L'UNIVERSITÉ LIBERTÉ

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octobre 16, 2014

Histoire concise du libéralisme politique et sa critique

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A l'époque moderne, on a désigné sous le nom de libéral un parti politique qui s'efforce de poursuivre le progrès par la liberté. Dans la terminologie spéciale, le libéral s'oppose au conservateur qui s'efforce de maintenir les institutions existantes. Ce dualisme s'est d'abord manifesté d'une manière régulière en Angleterre, le premier pays européen qui ait eu un gouvernement d'opinion conforme au système parlementaire.




Toutefois, ce n'est qu'à une date relativement récente que les dénominations classiques de whigs et torys furent remplacées par celles de libéraux et conservateurs empruntées à l'Espagne. En France, celles-ci furent aussi employées lors de la Restauration, et l'épithète de libéral fut d'abord appliquée ironiquement par les monarchistes à ceux qui réclamaient sans cesse les libertés publiques. A la fin du second Empire, l'opposition reprit aussi ce titre de libéral, sous lequel on groupa républicains et orléanistes. Mais, en France et en Italie, on a préféré dans le vocabulaire politique les qualifications de gauche et de droite. Celles-ci s'appliquent aussi dans la plupart des pays continentaux où l'on n'a pu limiter la division à deux grands partis historiques alternant au pouvoir, ce qui ne se produit guère qu'en Angleterre, en Espagne et en Belgique. Cependant le titre de libéral et celui de conservateur sont souvent adoptés par l'une des fractions parlementaires; tels en Allemagne les nationaux-libéraux, les conservateurs et les conservateurs libres. D'autre part, le morcellement des partis avancés les a conduits à renchérir sur l'épithète de libéral, et ils se qualifient souvent de progressistes, démocrates, radicaux. D'une manière générale, les radicaux représentent la nuance la plus avancée du parti libéral, se proposant de réformer les institutions jusqu'à la racine.

La distinction classique des libéraux et des conservateurs, qui a prévalu au milieu du XIXe siècle dans les pays à gouvernement parlementaire, répond surtout à la lutte contre le pouvoir personnel du souverain et à la situation où l'Église, est associée au gouvernement, et les libéraux s'opposent aux légitimistes ou absolutistes et aux cléricaux, lesquels forment le noyau des partis conservateurs. Même en Angleterre, les libéraux sont recrutés principalement parmi les adversaires de l'Église officielle; en Belgique, en France, en Espagne, celle-ci fait la force des conservateurs. A la fin du XIXe siècle, la lutte entre libéraux et conservateurs perd de son acuité; d'une part, beaucoup des libertés réclamées par les premiers sont établies et entrées dans les moeurs; d'autre part, à leur programme de libéralisme politique, ils ont associé le libéralisme économique tel que l'affirmaient les économistes. Il en est résulté, à cause de la diversité des intérêts, une grande confusion. Ajoutez que dans les pays où les partis libéral et conservateur alternent régulièrement au pouvoir (Angleterre, Espagne), ils tendent de plus en plus à constituer deux coteries, différant moins par leur programme adapté chaque fois aux circonstances et à la nécessité de continuer les affaires engagées par les prédécesseurs que par la composition de leurs états-majors et de leurs cadres.

Enfin la prépondérance que prennent les questions sociales tend à substituer une division nouvelle à celle d'autrefois. Le parti socialiste, d'abord confondu à l'aile gauche des libéraux avec la fraction radicale, se constitue séparément, et contre lui se coalisent avec les conservateurs une grosse partie des libéraux, en particulier les économistes doctrinaires, de telle sorte que la qualification de libéral devient souvent synonyme de réactionnaire. C'est le cas en France ou le tiers parti libéral de 1870 répondait au centre droit et s'associa en majorité aux monarchistes de l'Assemblée de 1871-75; c'est encore le cas actuellement. En Belgique, les libéraux sont de même rejetés au centre par les progrès du socialisme. En Allemagne, les nationaux-libéraux furent les plus dociles serviteurs de Bismarck. En Autriche, les libéraux allemands se coalisent avec les cléricaux contre les aspirations particularistes de leurs adversaires des autres nationalités. Enfin, dans d'autres pays, tels que la Serbie, par exemple, le sens des termes de libéraux, progressistes, radicaux, répond à des groupements locaux qui n'ont plus de relation bien nette avec leur sens primitif. En somme, cette qualification de libéralisme n'a plus aujourd'hui qu'un sens assez vague et tend à s'effacer dans la phase nouvelle de l'évolution politique et sociale des États européens.
 
(A.-M. B., 1900).



 De Wikiberal

Le vocable de libéralisme fait son apparition au début du XIXe siècle (on trouve le mot dans le Journal de Maine de Biran en 1818, et le terme de liberalism se trouve dans le New English Dictionary dès 1819). Les racines du libéralisme sont plus anciennes. L'opposition à la dictature de l'absolutisme du souverain est développée au fil des siècles notamment par la montée du scepticisme face au droit divin dans l’Europe des Lumières (XVIIIe siècle), mais aussi auparavant par la scolastique de l'École de Salamanque (XVIe siècle) faisant obligation morale au souverain de respecter les droits fondamentaux de chaque être humain au motif de sa nature de créature de Dieu, ou plus anciennement par les chartes médiévales (telles la Magna Carta) introduisant des droits fondamentaux dont le respect est exigé du souverain, ou encore par certains pans de la philosophie thomiste. La date des débuts formels du libéralisme ou de ses composantes politiques, économiques ou religieuses diffère selon les auteurs. De nombreux auteurs font débuter le libéralisme avec la Lettre sur la tolérance de John Locke (1689) qui complète les racines préexistantes. 

La tradition et ses évolutions

La tradition libérale dont se réclament les libéraux remonte jusqu'au taoïsme original en Chine, à Aristote puis aux stoïques en Grèce.
http://www.dantou.fr/histoire.htm
Il n'y a pas une école unique du libéralisme, d'autorité ni de fondateur. Il y a par exemple de grandes différences entre Hayek et Aristote, Frédéric Bastiat et Thomas Paine ou John Stuart Mill. Friedrich Hayek écrit ainsi que : « Il n'y a rien dans les principes du libéralisme qui permette d'en faire un dogme immuable; il n'y a pas de règles stables, fixées une fois pour toutes. Il y a un principe fondamental : à savoir que dans la conduite de nos affaires nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées et recourir le moins possible à la coercition. »[2]
Certains libéraux, les utilitaristes (par exemple Maurice Allais), sans prendre parti sur les prémisses philosophiques du libéralisme, justifient le libéralisme parce qu'il engendre les organisations sociales les plus efficaces d'un point de vue économique.

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INCULTURE OU GAUCHISME AFFIRMÉ, VOIRE LES DEUX A LA FOIS

Contre-histoire du libéralisme
Domenico LOSURDO
 
http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Contre_histoire_du_liberalisme-9782707173485.html
CRITIQUE

Dès le XVIIe siècle, l’idéologie justifie l’esclavagisme et la ségrégation, raciale ou sociale

Si le triomphe et les excès du marché sont souvent dénoncés, le libéralisme comme philosophie politique l’est beaucoup moins. Pour remettre les choses à l’endroit, ce livre décapant part d’un constat : les trois pays qui ont successivement produit les trois grandes révolutions libérales (Hollande, Angleterre, Etats-Unis) et qui incarnent au mieux dans leur histoire l’idée libérale sont aussi ceux qui ont été en pointe dans l’essor de l’esclavage sous sa forme la plus brutale. «Formulé correctement et dans toute sa radicalité, voici le paradoxe auquel nous sommes confrontés : la montée du libéralisme et la diffusion de l’esclavage-marchandise sur une base raciale sont le produit d’un accouchement gémellaire.» Ce constat est d’autant plus troublant que, comme le rappelle Domenico Losurdo, les inventeurs de la tradition libérale ont justifié sans hésitation l’esclavage. Le fondateur du droit naturel, Hugo Grotius, loue le peuple hollandais - le sien - pour sa résistance au pouvoir despotique du roi d’Espagne en 1609, mais il défend la traite et l’esclavage. Quant à Locke, ses Deux Traités du gouvernement jettent les bases de la philosophie politique de l’Angleterre libérale après la Glorious Revolution de 1688, mais il justifie l’expulsion des Indiens de leurs territoires et il est actionnaire de la Royal African Company, laquelle pratique la traite atlantique. Le recours à un esprit de l’époque admettant l’esclavage ne peut cependant pas être une explication recevable, car déjà certains comme Montaigne ou Jean Bodin avaient condamné l’institution de l’esclavage.

Classes populaires. Après la guerre de Sécession et la défaite du Sud en 1865, l’esclavage fait bien l’objet d’une condamnation des deux côtés anglo-saxons de l’Atlantique, mais une vision racialisée du monde persiste longtemps au cœur du monde libéral. Même avant l’abolition de l’esclavage, l’Angleterre cherche à faire affluer des travailleurs indiens et chinois dans tout le Commonwealth, faisant dire à Engels que l’esclavage africain était remplacé par un «esclavage camouflé de coolies indiens et chinois». Une même sujétion est infligée aux classes populaires anglaises les plus misérables. En témoigne la création en 1834 des workhouses, lieux où sont détenus les pauvres pour les contraindre à travailler, qu’un admirateur de l’Angleterre libérale comme Tocqueville approuve en ces termes : «Nous devons évidemment rendre le secours déplaisant ; nous devons séparer les familles, faire de la maison de travail une prison, et rendre notre charité repoussante.» Comme les esclaves, les classes populaires sont dans une relation de totale extériorité par rapport aux classes dirigeantes au point, estime l’auteur, «qu’elles sont même assimilées, dans la culture et les publications de l’époque, à une "race" inférieure», représentation qui autorise une exploitation sans vergogne. Les rapports de classe sont en quelque sorte pensés par les élites comme des rapports de race.
La dimension raciale est encore plus présente dans l’histoire américaine. Le pays s’est dès l’origine construit sur la discrimination, celle des esclaves noirs et des Indiens exterminés ou parqués comme des bêtes sauvages. Si Lincoln abolit la servitude par conviction, il n’a aucunement l’intention d’intégrer les Noirs dans la vie publique, persuadé qu’il est, comme la grande majorité des Blancs, de la différence radicale qui sépare les deux races et de l’incontournable supériorité blanche. A l’opposé de la plupart des Etats d’Amérique latine où, après l’indépendance, la fusion des peuples aux origines différentes devient un projet politique, les Etats-Unis pendant très longtemps, quoique pays d’immigrants, manifestent un refus profond du métissage.

Loi naturelle. Les deux sociétés américaine et anglaise se ressemblent sur le fond, estime Domenico Losurdo, ce sont pendant longtemps des démocraties réservées à une élite. Flirtant avec le darwinisme social, les doctrinaires du libéralisme expliquent le pouvoir et la richesse des classes dominantes comme étant le produit d’une loi naturelle. De ce fait, la liberté ne peut être pleinement vécue que par les individus supérieurs, axiome qui conduit l’économiste libéral John Stuart Mill à considérer que la liberté ne peut «s’appliquer qu’aux êtres humains dans la maturité de leurs facultés», et qu’elle ne peut donc être revendiquée par «ces sociétés naissantes où la race elle-même peut être regardée comme mineure». Cette perspective ouvre sur les jugements paradoxaux de certains grands auteurs libéraux, comme Mill et Tocqueville, qui à la fois dénoncent toute tyrannie avec passion et saluent avec enthousiasme le despotisme exercé sur les peuples coloniaux. Des constats justifiant l’analyse de Hannah Arendt qui voyait dans les colonies de l’Empire britannique la genèse des totalitarismes du XXe siècle.

Histoire partielle. Cette vision sans concession du passé des deux grandes démocraties anglo-saxonnes se veut donc une «contre-histoire», Domenico Losurdo estime que le libéralisme fait trop souvent l’objet d’une histoire partielle, voire partiale. Il ne s’agit pourtant pas d’une condamnation radicale de l’idée libérale. Ses mérites, estime-t-il, sont «trop évidents pour qu’on ait besoin de lui en attribuer d’autres, complètement imaginaires».
Jean-Yves GRENIER

http://www.thierry-guinhut-litteratures.com/categorie-12579836.html

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