L'UNIVERSITÉ LIBERTÉ

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octobre 13, 2014

Libéralisme et concurrence par Jacques Garello

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La concurrence reçoit tous les noms d’oiseaux, qui la discréditent et expriment tous les méfaits qu’elle engendrerait. Sauvage, elle crée le chômage en cassant les prix. Déloyale elle conduit au dumping, qu’il soit fiscal, social, environnemental. Imparfaite, elle permet aux grandes entreprises de nouer des ententes et d’imposer leurs conditions sur le marché. Inégale, elle avantage les pays émergents par rapport aux pays développés. Dommageable, elle freine la croissance.
La concurrence, c’est la faute de l’autre. Les uns veulent donc l’abandonner, les autres la réglementer pour instaurer une concurrence saine et « praticable ». Pas de concurrence sans harmonisation. 



La concurrence pure et parfaite
Dans la théorie classique de la concurrence, un marché peut être dit concurrentiel quand il présente cinq caractéristiques : polycité (un grand nombre d’entreprises en présence), atomicité (aucune n’a une taille suffisante pour imposer ses conditions), homogénéité (tous les concurrents offrent un même produit), fluidité (l’entrée et la sortie du marché sont ouvertes), transparence (tous les prix et les coûts sont connus). L’énumération de ces exigences montre qu’il est impensable d’avoir un marché qui puisse y satisfaire. Pourtant cette approche est celle qui inspire habituellement le droit de la concurrence et en particulier le fameux article 85 du traité de Rome, qui prohibe tout monopole, toute discrimination, toute position dominante, et toute entente ou tout cartel entre concurrents.
D’autre part, l’économiste Alfred Marshall a vulgarisé l’idée qu’un marché concurrentiel trouve par lui-même son équilibre en longue période, car les courbes de coûts des entreprises tendent à s’aligner les unes sur les autres, de sorte que l’offre serait rigoureusement égale à la demande, pour un prix unique. La concurrence serait « parfaite », on aurait la quantité optimale au juste prix. 

 
 
L’égalité entre concurrents
Evidemment, l’approche classique n’a rien à voir avec la réalité. Elle est même au départ incohérente, puisque la concurrence met en évidence la différence entre compétiteurs. Pour organiser une course à pied, doit-on s’assurer que tous les athlètes sont capables des mêmes performances ?
Pourtant, c’est ce que l’on prétend quand on exige l’égalité entre concurrents. Toutes les entreprises n’ont pas les mêmes coûts, ne subissent pas les mêmes charges fiscales et sociales : on va crier au dumping fiscal. Elles n’emploient pas les salariés aux mêmes conditions : on va crier au dumping social. Elles ne sont pas soumises aux mêmes réglementations qui limitent la pollution ou l’usage de l’énergie ou des ressources naturelles : on va crier au dumping environnemental. Elles ne passent pas leurs contrats dans la même monnaie : on va crier aux dévaluations compétitives.
Le rôle de la compétition est précisément de faire en sorte de faire apparaître ce qu’il y a de meilleur. Planifier la production, comme cela s’est fait en URSS, c’est niveler par le bas. Qui en supporte les conséquences ? 
 
Le libre choix des consommateurs
En fait, la première erreur a consisté à ne voir la concurrence que du côté des producteurs, alors qu’elle a pour raison d’être le meilleur service des consommateurs. Ce sont eux qui ont avantage à payer le moins cher les biens et services de la meilleure qualité. Mais les classiques étaient obnubilés par les courbes de coûts, comme si elles étaient données une fois pour toutes, et par l’équilibre, comme s’il devait s’établir durablement. En fait, le consommateur exerce une pression constante sur les producteurs, de sorte que les prix et les parts de marché se modifient sans cesse.
Sous la pression des clients, les entreprises vont chercher non seulement à s’améliorer de l’intérieur, mais aussi à faire pression sur leur environnement, et notamment sur leur gouvernement, pour obtenir les conditions d’une bonne compétitivité. Les unes vont le faire dans le sens de la protection (lutte contre les « dumpings », subventions, discriminations), les autres dans le sens de la libération (baisse de la fiscalité et des charges, stabilité monétaire, déréglementation). La mondialisation a pour effet de mettre les Etats eux-mêmes en concurrence, puisque les décisions politiques influent sans cesse sur la compétitivité.

 

La concurrence, un processus de découverte
La deuxième erreur des classiques aura été de juger de la concurrence en fonction de la situation instantanée du marché. Or, la concurrence n’est pas un état stationnaire. Comme l’a magistralement démontré Israël Kirzner, la concurrence est un processus de découverte. Elle permet aux entreprises d’exploiter les informations que livrent les signaux des prix et des profits. Mis en éveil par le marché, l’entrepreneur va chercher à répondre à des besoins aujourd’hui négligés ou mal satisfaits. Comme l’économie elle-même, le marché n’est pas en équilibre, il est en évolution.
L’exemple de l’innovateur est révélateur. Quand il propose une nouveauté, il détient au moins pour un temps un monopole, puisqu’il est le seul à savoir et à savoir faire. S’il rencontre l’accord des clients, il réalisera de grands profits, ce qui l’encouragera à persévérer, mais ce qui attirera aussi de nouveaux compétiteurs sur ce marché qui vient de s’ouvrir. Ainsi opère la concurrence. Et le processus n’a pour limites qu’un niveau élevé des coûts d’entrée (gros investissements de départ par exemple – mais ce cas est de moins en moins important parce que l’industrie est elle-même moins importante) ou une interdiction artificielle d’entrer sur le marché. Les véritables ennemis de la concurrence sont les monopoles publics, que personne ne peut menacer. Voilà pourquoi pour de nombreuses activités il ne peut y avoir de concurrence sans privatisation préalable. 
 
Etre en avance d’une idée
Mais la concurrence ne va-t-elle pas « tuer la concurrence » ? La bataille engagée par les entreprises ne va-t-elle pas se solder par une disparition partielle ou totale des compétiteurs ? Cette objection ne tient pas compte du fait que la baisse des prix élargit sans cesse le marché, et que ce que les entreprises perdent sur leur marge, elles le récupèrent sur la quantité. De plus, et c’est ici l’argument décisif, les entrepreneurs savent bien que la meilleure stratégie consiste à être toujours à la pointe de l’innovation, à être sans cesse « en avance d’une idée ». Il ne faut pas « s’endormir sur le mol oreiller du profit » (Schumpeter), il faut faire preuve de vigilance, (l’alertness de Kirzner). Mais l’entrepreneur n’y sera incité que s’il a la promesse de garder pour lui, au moins pour un temps, le salaire de son innovation. Toute traque fiscale au profit et à la réussite dénature et détruit en effet la concurrence. En revanche, la concurrence aboutit à une véritable « harmonisation », puisque les producteurs vont peu à peu s’aligner sur les meilleurs du moment. L’harmonisation n’est pas le préalable de la concurrence, c’en est le résultat provisoire, en attendant d’autres progrès.
 

Source: Libres.org , Aleps par Jacques Garello
 

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