L'UNIVERSITÉ LIBERTÉ

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mars 08, 2015

Étatisme, égalitarisme vs Libéralisme: François-René Rideau l'entretien avec Grégoire Canlorbe

L'Université Liberté, un site de réflexions, analyses et de débats avant tout, je m'engage a aucun jugement, bonne lecture, librement vôtre. Je vous convie à lire ce nouveau message. Des commentaires seraient souhaitables, notamment sur les posts référencés: à débattre, réflexions...Merci de vos lectures, et de vos analyses.

Sommaire: 

A) L'État, les monopoles et le profit - Entretien de François-René Rideau par Grégoire Canlorbe via QL

B) L'État-providence, Hans Hermann Hoppe, et les dictatures - Entretien de François-René Rideau par Grégoire Canlorbe via QL

C)  La concurrence et l'harmonie spontanée des intérêts - Entretien de François-René Rideau par Grégoire Canlorbe via QL

D) Entretien avec François-René Rideau sur l'égalitarisme, le socialisme et la démocratie via QL

E) à suivre....?



A) L'État, les monopoles et le profit 

1. On entend fréquemment: La liberté à l'état brut (sans restriction imposées par l'État) c'est la liberté du renard libre dans le poulailler libre. C'est la liberté du plus fort d'écraser le plus faible, la liberté du capitaliste d'exploiter le prolétaire, la liberté du riche de dire au pauvre: « Tu gagneras mon pain à la sueur de ton front. » Que penser, selon vous, de ce lieu commun couramment formulé pour diaboliser et désarçonner les partisans de la liberté individuelle?
Petite pause terminologique: avant de répondre à vos questions, je voudrais clarifier dans quel sens j'emploierai certains mots que d'autres emploient souvent à tort et à travers, parfois sans dénoter de concept clair, parfois en faisant des glissements sémantiques d'une définition à l'autre.

J'appellerai capitalisme un système social fondé sur le respect de la propriété privée: la propriété est un domaine où chacun est libre d'agir à sa guise, et responsable des conséquences; il est prohibé d'enfreindre le domaine d'autrui, sous peine de devoir réparer les dommages causés, voire de payer des dommages doubles ou triples si on l'a fait de mauvaise foi. Cette propriété s'étend à tout ce que l'on acquiert sans nuire à la propriété d'autrui, par primo-possession (à commencer par son propre corps), par son travail transformant sa propriété existante, ou par échange mutuellement consenti avec d'autres propriétaires. Elle comprend bien sûr tous les « moyens de production » – après tout, chacun possède son propre corps et sa propre tête qui sont des moyens de production, et a besoin d'outils et machines, de matériaux à transformer, d'immobilier, sans parler de nourriture et autres moyens de subsistance, pour toute activité productive. Nationaliser tous les moyens de production, c'est donc faire de tous des esclaves de l'état.
  J'appellerai étatisme un système social fondé sur le pouvoir d'un état, organisation disposant de la suprématie des armes sur un territoire donné, et revendiquant un monopole légal sur l'usage de la force sur ce territoire. Un état pourra étendre ce monopole sur de nombreux autres domaines, et s'arroge ipso facto le droit d'exproprier les individus de leur choix dans tous les domaines qu'il monopolise, à commencer par celui de l'usage des armes. Un état pourra proclamer agir au nom de ses agents conquérants ou de ses victimes conquises, d'un dieu incarné ou d'un principe abstrait, ou pour quelque prétexte que ce soit; son essence reste ce monopole. Cet état peut être limité dans son domaine d'action par la reconnaissance d'un Droit antérieur et supérieur à l'état (droit naturel, droit divin, tradition, etc.), ou peut n'avoir d'autre limite que celles qu'il se donne lui-même et se permet d'interpréter ou de réviser quand cela lui convient, et être donc totalitaire.

Par extension, et quand le contexte rend la chose claire, j'appellerai aussi capitalisme ou étatisme le désir de se rapprocher d'un tel système, ou la tendance à évoluer vers un système plutôt que l'autre, plutôt que forcément absolu où l'état serait tout ou rien. J'appellerai libéralisme la philosophie qui justifie le capitalisme et dénonce l'étatisme, sa dynamique de pensée, l'école qui l'a développé, la tradition qui l'accompagne, et réalisation délibérée de ses idées. J'appellerai socialisme la philosophie qui justifie l'étatisme et dénonce le capitalisme, son état d'esprit, l'école qui l'a développé, la tradition qui l'accompagne, et réalisation délibérée de ses idées. J'appellerai respectivement libéraux et socialistes les personnes, les idées, les actions, les tendances qui participent de ces écoles de pensée respectives.

Notons aussi que j'écrirai « état » sans majuscule, car loin d'être une institution au-dessus des hommes méritant d'être sacralisé, ce n'est qu'une organisation criminelle composée de la lie de la société, digne de l'opprobre.

Maintenant, pour répondre à votre question, les paroles qu'une personne prononce souvent échouent à nous informer sur le (reste du) monde mais toujours nous informent sur la personne qui les prononce. En l'occurrence, ces slogans ne décrivent absolument pas la liberté, mais en disent long sur l'état d'esprit de ses ennemis.

Un de mes tous premiers écrits libéraux inclut une analyse du slogan comparant le libéralisme au « renard libre dans le poulailler libre ». J'ai récemment republié cette analyse comme un court essai à part entière. Souvent, des étatistes ressortiront cette métaphore animalière pour dénoncer la liberté économique, avec le sous-entendu que l'état est nécessaire pour protéger les citoyens comme le fermier l'est pour protéger les poules. Mais cette métaphore ne renseigne absolument pas sur la liberté, puisque les poules libres ne vivent pas confinées entre poules dans un espace clos où elles sont sans défense à la merci d'un prédateur faufilé, mais vivent au grand air, où elles ont de l'espace pour s'enfuir en courant et sautant, des arbres pour se percher, et des coqs qui combattront à mort pour la défense de leur famille plutôt que pour amuser des parieurs (ou plutôt qu'être broyés vivants à la naissance pour être nés du mauvais sexe). Par contre cette métaphore est riche pour décrire la nature de l'état; par elle, les étatistes reconnaissent implicitement que le rapport de l'état aux citoyens est celui du fermier aux poules: celui d'un prédateur qui exploite au maximum ses victimes, les réduisant à l'esclavage pour profiter des œufs qu'elles pondent, jusqu'à ce que n'étant plus assez productives, elles sont abattues pour finir en rôti ou en pâtée pour chat. La différence entre le fermier et le renard est la même qu'entre le bolchévique en temps de paix qui prend le temps de tuer ses victimes de mort lente en camp de concentration et le bolchévique en temps de guerre qui extermine ses prisonniers à l'approche des troupes ennemies. Mort lente ou mort rapide – en aucun cas le gardien du camp n'est l'ami du prisonnier. Certes, les poules sont plus heureuses élevées en plein air que parquées en batterie ou massacrées par un renard – mieux vaut un état pseudo-démocratique qu'une dictature socialiste voire un régime démocidaire. Mais en aucun cas l'état n'est l'ami du citoyen. La liberté, ce n'est pas une ferme avec un plus grand espace, mais la vie sauvage; s'échapper, ce n'est pas trouver un fermier plus « humain » ou plus compétent, mais se passer de fermier.

Quant à l'idée absurde que la liberté profite au fort qui spolie le faible, ou la variante connue d'Anatole France selon laquelle « la majestueuse égalité des lois interdit aux riches comme aux pauvres de coucher sous les ponts, de mendier dans la rue et de voler du pain », elle est typique du « deux poids deux mesures et pétition de principe » par lequel les étatistes justifient toujours l'état: en proposant un critère qu'ils refusent d'appliquer à leur propre état, dont ils supposent sans réfléchir une seconde que leur état chéri satisferait au critère et sortirait vainqueur de la comparaison. Car la liberté que nous revendiquons, c'est bien, pour reprendre François Guillaumat, « la propriété naturelle, qui interdit de voler aux puissants comme aux faibles ». Or, c'est par l'état principalement que les citoyens sont spoliés, délestés de la moitié de leur production, sans parler de leur dignité, de leur liberté, etc.; c'est l'état dont la fiscalité et les réglementations monstres écrasent les petits entrepreneurs et favorisent les grandes entreprises bureaucratiques qui vivent de rentes de monopole ou d'oligopole; c'est l'état qui crée et protège une classe très particulière de riches: les prédateurs, les corrompus, les recéleurs de faveurs, etc., au détriment du public, et des entrepreneurs qui eux ne peuvent devenir et rester riches qu'en créant de la richesse et en satisfaisant leurs clients. Bref, c'est bien l'état qui garantit l'immunité à une classe croissante de prédateurs, là où la liberté consiste justement à les pourchasser sans pitié.

Encore une fois, les arguments utilisés pour vilipender la liberté, bien loin de démontrer quoi que ce soit contre le libéralisme, au contraire ne font que révéler la déchéance intellectuelle dans laquelle se vautrent les étatistes.

D'ailleurs, j'ai récemment tracé grâce à Google Books l'origine en France de cette expression: elle apparaît en 1914 dans une recension du livre de Henry Wickham Steed, The Habsburg Monarchy (1913), qui, dans une tirade aussi antisémite qu'antilibérale (l'un par l'autre), citait avec approbation ce mot qui se veut d'esprit du révolutionnaire allemand Ferdinand Kürnberger. Je dénonce souvent le fallacieux argument ad hominem du « lieu d'où l'on parle » que Marx a popularisé auprès des socialistes, selon lequel l'identité du prosateur disqualifierait automatiquement son propos; mais il est approprié d'appliquer à des débattants les critères qu'ils prétendent imposer aux autres, et de renvoyer les anticapitalistes à la fange antisémite dont ils ne sont jamais complètement sortis.

2. Sous quelles circonstances et pour quelles raisons êtes-vous devenu un défenseur de la liberté et de la propriété privée? Avez-vous découvert la philosophie libérale à l'ENS ou en autodidacte?

Je crois que le tour d'esprit libéral était en moi depuis très jeune, mais qu'il était latent par absence de contact avec les idées libérales, presque totalement occultées en France. Si je dois créditer quelqu'un pour mon libéralisme, c'est ma mère, qui m'a souvent guidé dans mes lectures, dans sa quête intellectuelle de comprendre le pouvoir et comment le contenir. En même temps, elle n'est pas libérale (quoiqu'elle se soit libéralisée quelque peu à mon contact), mais réactionnaire, nationaliste et protectionniste – et pourtant radicalement individualiste et anti-conformiste à la fois. C'est donc après de multiples détours que le contact s'est finalement fait en lisant La route de la servitude, de Friedrich Hayek, puis finalement en découvrant Frédéric Bastiat.

Ma mère et sa famille ont fui trois fois le communisme: la première fois au Vietnam, mon grand-père dut fuir la campagne avec sa famille, car les communistes l'avaient mis sur leur liste noire de personnes à assassiner; en effet, notable local, il contredisait publiquement leur propagande et moquait ouvertement leur idéologie (autant d'ailleurs qu'il raillait les Français et leur catholicisme – mais ceux-ci ne condamnaient pas à mort ni à rien pour délit d'opinion ni pour blasphème); heureusement pour lui, de sa jeunesse où dans son activisme anti-colonial il déjouait la police française, il lui restait des amis fidèles dont l'un était maintenant bien placé dans le Parti communiste, qui l'avertit à temps du danger mortel; échappant ainsi au sort de centaines d'opposants politiques assassinés par les communistes pour l'expression de leurs opinions, il se réfugia donc dans la ville de Hanoï, alors encore tenue par les Français. Après la reddition honteuse du gouvernement socialiste français, consécutive à la défaite incompétente de Diên Biên Phu, les Vietnamiens du Nord ayant à craindre pour leur futur aux mains des communistes n'eurent que quelques jours pour fuir vers le Sud – ce que fit mon grand-père et sa famille. Enfin, durant et après la guerre menée aussi de façon non moins affligeante par les Américains contre les démocidaires communistes, ma mère et tous mes oncles et tantes fuirent le Vietnam pour l'Occident, mon grand-père partant en dernier dans les années 1980 (là encore, l'influence de son ami lui permit après la chute de Saïgon d'éviter d'être envoyé à la mort en camp de concentration malgré sa grande gueule). Je fus donc vacciné très tôt contre le communisme, autant d'ailleurs que contre le catholicisme et la droite française bon teint. En 1984, ma mère traduisit en vietnamien le livre du même nom, que je lus alors (en français) – le lire me marqua, et je fus plus que jamais intéressé par la question de la liberté politique.
 
« Les capitalistes sont les humanistes qui célèbrent l'accomplissement humain personnel, qui en fin de compte est spirituel, même s'il est visible par le progrès matériel qui l'accompagne. Les socialistes sont les matérialistes qui réclament sans cesse des sous, des subsides, des avantages matériels. »

J'eus ma période d'utopie socialo-écologiste; sans même avoir lu grand-chose sur le sujet que la propagande ambiante, à quatorze ans, je réinventais les mêmes projets absurdes, et fus bien marri quand mon (grand) frère démonta l'idée de financer mes grands projets par l'inflation d'une monnaie légale imposée aux citoyens, m'expliquant qu'elle perdrait de la valeur aussi vite que j'en créerais, serait bientôt refusée à l'étranger, et ne serait acceptée dans mon pays que par la force la plus tyrannique. Ce fut une bonne leçon.

J'attendais beaucoup des cours de philosophie que j'aurais enfin en terminale, envisageant de peut-être me destiner à une carrière dans ce domaine. Mais je fus vite déçu par un cours empreint de relativisme post-moderne, où la plus grande confusion régnait entre idées et histoire des idées, où passé le XVIIIème siècle il n'y avait plus que des marxistes et des post-modernes franco-allemands, agrémentés d'un petit peu d'ethnographie et de psychologie à deux balles. La liberté n'y était nulle part, et c'était désespérant; à lire ou les manuels scolaires, ou des livres plus sérieux d'histoire de la philosophie, personne ne s'était jamais penché sérieusement sur la question, sauf peut-être John Stuart Mill, qui franchement avait plus de bons sentiments que d'idées claires.

Quand ma mère acheta dans une foire un vieil exemplaire de La route de la servitude, de Hayek, dont elle avait entendu parler, quelle ne fut pas ma surprise de voir qu'un « économiste » pouvait en dire plus sur la liberté qu'aucun « philosophe »! L'approche « cybernétique » de Hayek, en termes de causes et conséquences, de dynamique et de rétroaction, était exactement ce que je cherchais. Je me mis à creuser un peu plus, et trouvais dans le petit manuel de Turgot plus de concepts économiques que dans toute ma scolarité, même si cela paraissait un début incomplet dont il n'était pas clair qui était le successeur; mais je ne concevais toujours pas le rapport étroit entre économie et liberté, et Turgot ne me donna pas envie de lire activement des économistes. (Quant à l'économie mathématique, qui utilise des modèles formels comme poudre-aux-yeux, elle me laissait froid.) Heureusement, ma mère, encore une fois, me fit découvrir Frédéric Bastiat, au détour d'une recension dans Le Monde par Philippe Simonnot du deuxième tome de L'histoire des idées économiques, de Rothbard – elle avait été marquée par le fait qu'un économiste français soit inconnu en France et connu aux États-Unis; je fus quant à moi marqué parce que l'argument présenté de la vitre brisée était exactement ce que j'avais récemment opposé à une connaissance qui jetant des ordures par terre dans la rue prétendit que cela créait de l'emploi pour les éboueurs, à quoi je rétorquai que la même ressource pourrait être employée à débroussailler les forêts, ou toute autre tâche utile, si elle n'était pas gâchée à nettoyer les rues. Je m'empressai de lire du Bastiat, et séduit, de lire tout le Bastiat que je pouvais, et bientôt de le mettre en ligne, sur le site bastiat.org, dont le propriétaire me laissa gracieusement l'administration. Je contactais bientôt le propriétaire de bastiat.net, qui se trouvait alors être Jacques de Guenin; il me prit sous son aile et m'initia aux milieux libéraux, me fit découvrir Ayn Rand et Murray Rothbard, m'introduisit dans l'ALEPS, et me fit rencontrer des grands libéraux, y compris Christian Michel qui me guérit de l'étatisme. Ce fut donc mon privilège de l'avoir comme parrain en libéralisme, ce dont je lui serai éternellement reconnaissant.

Mon éclosion comme libéral a coïncidé dans le temps avec mon séjour à l'ENS; mais si ce séjour a eu un rôle, c'est a contrario via les débats houleux sur le forum électronique des élèves, où les débattants, tous plus étatistes les uns que les autres, me soumirent à un catalogue de poncifs antilibéraux et d'arguments fallacieux. Il ne faut pas mépriser l'importance de cette expérience contradictoire, car ce débat avec des participants tous très intelligents quoiqu'égarés m'obligea à affiner mes arguments, mes opinions – et mes attentes vis-à-vis de ce qu'est ou n'est pas l'intelligence. Ce fut donc une influence très positive. Et puisqu'il me faut reconnaître ces influences a contrario, je dois là encore avouer que ma mère, par son éducation autoritaire, m'a donné une soif de liberté que je n'ai toujours pas pleinement assouvie. Un grand merci et néanmoins un moins grand non merci, donc, maman.

3. Vous écrivez: « My reactionary side values order. My libertarian side values freedom. My conservative side values tradition. My progressive side values novelty. There is no contradiction. The contradiction would come from trying to establish a hierarchy between them, from trying to prop one of them up where it doesn't apply, or from denying it where it does. (And no, it's not a matter of « balance » – typical emotionalist nonsense – but of propriety – to each its own domain.) » Pourriez-vous expliciter votre pensée sur ce point?

Traduisons d'abord pour nos lecteurs non anglophones: « Mon côté réactionnaire attache une grande valeur à l'ordre. Mon côté libéral, à la liberté. Mon côté conservateur, aux traditions. Mon côté progressif, à la nouveauté. Il n'y a pas de contradiction. La contradiction ne viendrait qu'en essayant d'établir une hiérarchie entre eux, d'élever un de ces aspects où il ne s'applique pas, ou de le nier là où il s'applique effectivement. (Et non, ce n'est pas une question d'"équilibre" – absurdité émotionnaliste typique – mais de propriété – à chacun son propre domaine.) »

L'univers objectif est. Si dans une théorie décrivant l'univers, on décèle une contradiction, ce n'est pas l'univers qui se trouve soudain condamné à disparaître d'un coup de baguette logique, pour être remplacé par une fantaisie au choix du théoricien décelant la contradiction; c'est au contraire la théorie qui s'effondre, qui se révèle être fausse, et qu'il faut corriger ou abandonner pour une meilleure théorie. Ce que nos sens, ce que notre raison, ce que nos valeurs, nous apprennent de l'univers, ne peut pas être contradictoire, sauf par une erreur de notre part, qu'il nous faut identifier et corriger; au contraire, les différentes approches par lesquelles nous appréhendons l'univers sont en une profonde harmonie, et se complètent nécessairement les unes les autres – du fait même qu'en fin de compte elles décrivent le même univers objectif.

Les contradictions sont des symptômes qui nous indiquent où sont nos erreurs, et quelles suppositions nous devons reconsidérer: quand la conjonction de plusieurs de nos suppositions mène à une contradiction, au moins l'une de ces suppositions est fausse, et nous devons examiner laquelle ou lesquelles. Comme le disait Claude Bernard: « Il ne suffit pas de dire: "je me suis trompé"; il faut dire comment on s'est trompé. » C'est par un travail conscient d'élimination des erreurs à la source que nous améliorons notre compréhension du monde.

Résoudre de telles contradictions est important, parce que les idées ont des conséquences. Une explication du monde qui nie l'harmonie entre approches cognitives est fausse. Des actions basées sur de telles explications fausses mènent à l'échec et à la souffrance. Pour lire Confucius comme Hayek: quand les concepts nommés sont inadéquats, le discours est inadapté, et les actions mènent à l'échec. Or, quand il s'agit de philosophie, de politique, d'économie, ces conséquences négatives sont à grande échelle. Si seulement ces conséquences ne frappaient que les personnes dans l'erreur, ce serait bien fait, et ce serait un aiguillon pour qu'elles s'améliorent; malheureusement, trop souvent, ce sont des tiers innocents qui subissent les conséquences de ces erreurs, et quand bien même leur auteur en souffrirait en fin de compte, le lien est souvent trop indirect pour garantir que le fauteur apprenne une leçon. Face à des contradictions, refuser d'identifier ses erreurs souvent donc n'est seulement personnellement autodestructeur, mais aussi socialement criminel – car faisant tomber sur autrui les conséquences négatives de ses erreurs. Aussi, là comme ailleurs, errer est humain, mais persévérer est diabolique.

Donc pour en revenir à ces quatre aspects de la pensée politique, pour autant qu'ils nous permettent d'appréhender le vrai, ils ne peuvent pas être en contradiction. L'ordre naît de la liberté et se maintient par elle; la liberté bâtit sur cet ordre, dont elle est l'objet; la tradition accumule des innovations; les innovations qui valent deviennent traditions. Non seulement ce ne sont pas des paires de concepts opposés, ce sont chaque fois deux aspects complémentaires d'un même phénomène dynamique – et il est illusoire et voué à l'échec de vouloir promouvoir l'un par le sacrifice de l'autre.

Chaque concept à sa place, chaque concept a sa place. Tous témoignent d'une harmonie naturelle sans laquelle nulle société ne serait possible. Car l'homme est un animal social; il est dans sa nature de vivre en groupe plutôt que seul. Les sociétés humaines ne sont pas la conséquence d'une force supérieure et contre-nature, supernaturelle, qui aurait réuni les hommes contre leur gré pour les forcer à coopérer; elles sont au contraire une réalité naturelle antérieure à tous les arrangements sociaux forcés. D'ailleurs, la force étatique, loin d'être supérieure et supernaturelle, n'est que trop naturelle, et en fait résolument inférieure et infernale – sa nature de violence dominatrice par des humains trop humains est l'incarnation du Mal même. Le progrès social au cours des derniers millénaires consiste précisément en la découverte de comment s'organiser pour davantage de coopération impliquant moins de force – malgré de nombreuses régressions où le phénomène inverse s'est produit.

Car si les intérêts humains n'étaient pas convergents, par quelle force supérieure, quelle étincelle divine, auraient-ils jamais été liés ensemble en une société? Comment pourrait-il y avoir le moindre progrès, plutôt que dégénérescence au fur et à mesure que l'on s'éloigne dans le temps de cette étincelle divine, lointain souvenir dont la force se dissipe? C'est bien parce que les êtres humains y ont intérêt qu'ils coopèrent, échangent et s'organisent, librement. Et ce n'est jamais qu'en invoquant leur intérêt que les ennemis de la liberté peuvent jamais arriver à les convaincre (à tort) d'abandonner leur liberté et d'opprimer celle des autres.

Or, la pression des intérêts au pouvoir ne fait qu'augmenter cumulativement – car quand le devenir de chacun dépend d'être du « bon » côté du bâton qui réprime la liberté plutôt que du mauvais, nombreux sont ceux qui veulent rejoindre la classe prédatrice et passer du « bon » côté du bâton – à commencer par les plus dénués de scrupules. Entre ruine, extinction ou émigration de la classe productive, et pullulement, cooptation ou immigration dans la classe prédatrice, l'oppression des producteurs par les prédateurs ne fait jamais qu'augmenter – jusqu'à l'explosion, une révolution qui détruira l'établissement actuel, pour le remplacer par un nouveau cancer qui croîtra sur le champ de ruines. Car les esprits ayant été corrompus par le monopole, comment appelleraient-ils de leur vœux une autre solution qu'un nouveau monopole? Ce nouveau monopole repartira certes dans un état plus doux et moins oppressif (modulo la violence nécessaire à l'établir, si l'ancien résiste avant de s'effondrer), mais sa dynamique sera finalement la même. L'absence de liberté, bien loin de garantir l'ordre, apporte le désordre; Comme disait à raison Robert LeFevre: « l'état est une maladie qui se déguise en son propre remède ».

Le maintien ou l'abandon de traditions par la force ne profite qu'aux mauvaises traditions imposées, et nuit à la fois aux bonnes traditions prohibées et à celles imposées, qui perdent leur autorité naturelle. Chacun trouvera des moyens détournés de contourner les traditions imposées, de suivre celles prohibées, et, ayant son attention détournée par la menace promise de violence, paiera conséquemment moins attention aux vraies raisons de suivre ou ne pas suivre chaque tradition. À ce jeu-là ce sont les gens malhonnêtes qui ont l'avantage, tandis que les honnêtes gens sont handicapés. Toujours, la tentation d'utiliser la force comme outil pour le bien n'aboutit en fin de compte qu'à assujettir les hommes à cet outil, la force, qui est la source du mal même – le moyen subvertit le but; et l'outil devient maître de l'utilisateur qui le croyait esclave.

La création ou la prohibition de l'innovation ne fait que la corrompre, la mettre sous le contrôle des mains les moins scrupuleuses, celles des puissants assoiffés de pouvoir et prêts à user de violence pour l'acquérir et le garder. L'emploi de la force pour changer la société ou l'empêcher de changer, loin de pouvoir faire table rase des vices passés ou conjurer des vertus futures, ne fait que retourner à la barbarie et au crime de masse, là où il voulait faire table rase d'un passé honni pour certains crimes; or, c'est par la tradition que les nains que nous sommes pouvons nous tenir sur les épaules des géants du passé. Le monopole, là encore, ne fait que nuire et aux traditions et aux innovations, alors même que ses partisans prétendent qu'il serait nécessaire à défendre les premières et à financer les secondes.

Le monopole nuit à tout ce qui est bon et ne favorise que destruction et corruption. Une société libre, où chacun reconnaît à chaque autre la liberté d'agir à sa guise dans sa propriété, est une société sans conflit – ou en tout cas, où les conflits ne naissent que de l'incompréhension, et trouvent rapidement une résolution paisible. Une société avec un minimum de conflits, c'est une société ordonnée – et vice versa. La liberté, c'est l'ordre. L'ordre, c'est la liberté. C'est aussi le respect des bonnes traditions et la bonne innovation du remplacement progressif des traditions moins bonnes par des meilleures. Cet ordre est stable, car chacun est prêt à défendre sa propriété, qui est son espace de liberté et de responsabilité, pour autant que cette propriété par construction n'empiète pas sur celle d'autrui. Dans cet espace, il sera libre d'innover sur ce qu'il fait de mieux et pour le reste d'adopter les traditions qu'il pense les plus adaptées. Cette défense de la propriété assure que chacun reste pleinement responsable de ses actes, et ne peut pas en faire tomber les conséquences sur autrui – et fournit donc le mécanisme de rétroaction qui permet à tous d'apprendre et de s'améliorer.

D'expérience, les contradictions qui mènent à rejeter la liberté émergent toujours (ou presque?) d'une vision statique (c'est-à-dire sans changement) ou cinématique (c'est-à-dire où les changements importants sont inéluctables, donnés d'avance et pour tout temps, non causés par les actions humaines mais par quelque force supérieure). Cette vision est elle-même souvent liée à l'incapacité ou au refus de certains esprits d'appréhender la réalité en termes de causes et conséquences: la dynamique des relations causales leur est étrangère, et ils ne veulent voir entre phénomènes que des inclusions ou des oppositions, une catégorisation pour/contre, amis/ennemis, dans l'instant ou dans l'éternité; tensions et complémentarités pour eux sont vues comme oppositions, quand bien même leur effet dynamique serait celui d'une symbiose entre deux phénomènes. À l'inverse, ils pourront catégoriser comme « amis » des phénomènes actuellement ou historiquement coexistants dont la dynamique en fait est celle d'ennemis implacables, comme liberté et démocratie.
 
« Le pouvoir attire comme des mouches tous ceux qui veulent ne pas être responsables de leurs actes, qui aiment contrôler autrui, ceux qui n'ont pas de scrupule à mentir ou à nuire à autrui, ceux qui sont prêts à sacrifier au bien abstrait qu'ils prétendent poursuivre le bien concret de leurs victimes. »

Les esprits « statiques » inquiets de ces oppositions demanderont un monopole de la force pour les résoudre; le monopole obligerait tout le monde à choisir la « meilleure » option malgré leurs intérêts contradictoires; cette option serait décidée au départ par quelque autorité centrale au pouvoir mystique, au vu de l'ensemble de l'information disponible, sans regard possible sur les situations particulières et leurs changements dynamiques. Au contraire, les esprits « dynamiques » comprendront que les oppositions locales d'intérêts sont des tensions qui ne contredisent pas une harmonie globale; c'est en laissant chacun choisir pour lui-même que l'on découvrira la meilleure résolution; l'information pour la déterminer non seulement n'est pas disponible au départ, mais change au gré des événements et des découvertes, en plus de varier avec des circonstances dont la connaissance est largement implicite et répartie.

Le monopole cultive dans la population un complexe d'insécurité qui en appelle toujours à davantage de monopole pour résoudre les problèmes que ce monopole lui-même cause. Car le monopole de la force, bien loin de protéger la liberté, la nie et la détruit; le principe même de tout monopole est de violer la liberté de ceux auxquels on refuse le choix de leur fournisseur; et plus le monopole s'étend à de nouveaux domaines, plus la liberté s'étiole: en l'absence de choix, nulle comparaison possible, et pas d'information pour prendre des décisions; en l'absence de choix, seule la poignée de sociopathes aux commandes a le choix, alors à quoi bon s'informer pour les autres? Et vu que ces sociopathes ne subiront pas les conséquences des mauvais choix, eux non plus ne seront pas informés. Même avec la meilleure volonté du monde, la gestion de monopole est donc un désastre permanent qui apporte le chaos, opposé radical de l'ordre. Mais cette meilleure volonté n'a rien de garanti quand, au contraire, le monopole crée nécessairement une classe de prédateurs parasites, ceux qui vivent de la rente de monopole, nécessairement payée par une classe de producteurs parasités – et cette classe parasite au pouvoir a ses intérêts propres, opposés à ceux de la classe productive. Loin que l'opposition d'intérêts soit un phénomène inhérent à toute société, dont le monopole serait la solution, c'est l'harmonie des intérêts qui est consubstantielle à la notion même de société, cependant que le monopole introduit une opposition d'intérêts qui polarisera la société.


4. De nos jours l'entrepreneur est massivement perçu comme un être cupide, qui rend certes service aux consommateurs, mais sous réserve qu'il en tire un profit monétaire. Rendre service aux gens en vue de faire du profit n'est pas une activité décente, dit-on: les seuls actes d'altruisme véritables sont désintéressés – et non point motivés par l'appât du gain. À cet égard, la société libre est intrinsèquement mercantile et matérialiste, puisque l'entrepreneur est au cœur de son fonctionnement. Vous écrivez: « Dans une société capitaliste, le profit n'est pas un but ni une motivation. C'est une discipline: chacun doit apporter à la société davantage que ce qu'il en retire. » Pourriez-vous revenir sur le sens profond de cette affirmation?

Cette accusation contre le capitalisme est encore un exemple du « deux poids deux mesures et pétition de principe » des étatistes. Pour gober cet argument, il faut croire que l'état ferait magiquement disparaître la cupidité et que la liberté ferait la part belle aux penchants les plus sordides de l'âme humaine – alors que si l'on examine bien les choses, c'est tout le contraire. Il est d'autant plus ironique que des socialistes reprochent aux libéraux d'être matérialistes, quand ce sont ces mêmes socialistes qui réclament toujours des sous, des sous, tandis que tout ce que réclament jamais les libéraux, c'est la liberté.

Il existe deux façons de s'enrichir: la façon économique, celle des industriels et des marchands, qui consiste à échanger librement les fruits de son travail; et la façon politique, celle des voleurs et des gouvernants, qui consiste à s'emparer par la force des fruits du travail des autres. Le capitalisme, c'est la façon économique de s'enrichir; l'étatisme, c'est la façon politique de s'enrichir. Le profit d'un entrepreneur et de ses co-actionnaires est ce qui reste après qu'il a payé tous ses employés, tous ses fournisseurs, tous ses créditeurs – tous satisfaits d'avoir reçu davantage dans la transaction qu'il ne leur en a coûté; ce profit est le témoin de leur création d'une richesse qui bénéficie au reste de l'humanité. Si au contraire, après avoir satisfait tous les autres acteurs, il reste un déficit, l'entrepreneur et ses co-actionnaires connaîtront une perte, qu'ils devront combler avec leurs biens; cette perte est leur déshonneur d'avoir détruit des richesses et aussi l'aiguillon qui les poussera à se réformer – sinon, par leur vente de l'entreprise ou sa faillite, ils laisseront place à d'autres entrepreneurs qui feront meilleur usage du capital immobilisé. L'alternative au profit, c'est la perte. Faire un profit plutôt qu'une perte est la première et la seule responsabilité sociale d'un entrepreneur (du moins en tant que tel, puisqu'en tant que membre de la société avant d'être entrepreneur, il a aussi bien entendu la responsabilité de ne pas empiéter sur la propriété d'autrui); c'est une discipline qui s'impose à lui, c'est son honneur, c'est la preuve de sa contribution positive à l'humanité, et c'est sa récompense tout à la fois.

Mais ce n'est ni sa motivation, ni son but. Parlez à des entrepreneurs capitalistes à succès – leur psychologie est à l'opposé de la cupidité; demandez-leur ce qui les motive: c'est la création de produits et services nouveaux; c'est le développement d'une entreprise du berceau à l'âge adulte; c'est l'impact positif de son action sur la société; c'est endosser la responsabilité de tous les problèmes concernant l'entreprise, et tous les résoudre avec succès; c'est s'adonner à leur passion et la voir reconnue par d'autres au point qu'ils sont prêts à payer pour le service qu'elle rend. La récompense matérielle n'est que la rançon du succès, quand succès il y a. À vrai dire, la motivation d'un entrepreneur politique qui grimpe les échelons de la politique ou de la bureaucratie n'est pas non plus le train de vie indécent des puissants: c'est la création et le développement d'une structure politique; c'est l'exercice de ce pouvoir sur les autres hommes; l'idée d'avoir un impact sur la société et d'y laisser sa marque. La différence, qui est de taille, est que l'entrepreneur capitaliste doit son succès au jeu à somme positive de la coopération volontaire, tandis que l'entrepreneur politique doit le sien au jeu à somme négative de la coercition. Les profits indécents que font les hommes politiques par l'entremise du lobbying, des « dons » des supporters, de la corruption, des dessous de table, du délit d'initié à « investir » dans des entreprises sur le point d'être subventionnées, ou simplement du détournement d'argent public – sont la preuve d'une richesse équivalente détruite pour la société (voir la Loi de Bitur-Camember). Même le petit parasite, fier d'avoir fait la queue pendant longtemps pour bénéficier d'un soin gratuit de mauvaise qualité, d'un avantage apporté par un fonctionnaire complice, ou de subsides qu'il pense avoir « mérités » par l'obéissance à une consigne de non-travail, fait à petite échelle un profit politique qui témoigne d'une destruction de richesse. Il y a en politique un même déshonneur dans le profit et dans la perte: participer à ce jeu de dupes est en soi-même déshonorable.

L'alternative au capitalisme et son enrichissement économique, c'est l'état totalitaire et sa destruction politique. Les partisans du tout-à-l'état auront beau dénoncer la soi-disant cupidité et le matérialisme d'une société dans laquelle il reste encore du capitalisme, et auront beau prétendre aspirer à une société généreuse de bisounours sans égoïsme, ce qu'ils proposent en pratique est à l'opposé diamétral de leur propagande. Les capitalistes sont les humanistes qui célèbrent l'accomplissement humain personnel, qui en fin de compte est spirituel, même s'il est visible par le progrès matériel qui l'accompagne. Les socialistes sont les matérialistes qui réclament sans cesse des sous, des subsides, des avantages matériels – que l'état ne pourra donner d'une main que parce qu'il en aura volé la contrepartie d'une autre main aux seuls qui peuvent les financer, les citoyens productifs créateurs de richesse. Le capitalisme, c'est la réalisation du potentiel personnel de chaque individu, qui s'accomplit dans la création de richesses (qui n'ont pas à être matérielles) dont d'autres humains apprécient la valeur. Le socialisme c'est l'exploitation de l'homme par l'homme dans des masses informes où il n'y a d'individualité que dans la jouissance passive et la consommation matérialiste. Les socialistes projettent sur le capitalisme leur propre conception de l'individu. C'est leur idéologie mortifère qui porte en elle le mal dont ils accusent le capitalisme.

D'ailleurs mettons-nous bien d'accord: un changement de régime politique en soi ne change pas la nature humaine par un coup de baguette magique. Instaurez une monarchie, une dictature « du prolétariat », une démocratie directe à la suisse ou indirecte à l'américaine, voire l'original athénien qui a fort peu à voir, tirant au hasard les magistrats parmi les citoyens aisés, etc., les citoyens ne se réveilleront pas soudain avec un cerveau connecté différemment. Vous aurez beau proclamer le règne d'un Homme Nouveau purgé des vices de l'Ancien Régime, vous n'aboutirez, comme Robespierre ou ses disciples Lénine et Pol Pot qu'à un bain de sang, un traumatisme violent laissant des séquelles sur plusieurs générations.

Même sans en arriver au démocide, toute imposition unilatérale par un monopole au-dessus de toute rétaliation – que ce soit sous peine de mort, de prison, de perte d'emploi ou de clients, de harcèlement administratif, de placement dans un placard, ou simplement d'absence de promotion – ne fait que corrompre l'âme. Elle oblige les sujets à cacher leurs opinions et désirs interdits, à faire leurs affaires clandestinement, sans pouvoir bénéficier de la comparaison avec autrui, de l'expérience de camarades partageant le même intérêt, voire d'une pression sociale pacifique. Le plaisir du partage se transforme en peur. Chaque mensonge est une trahison – et la vérité elle-même en est une autre, quand elle révèlerait l'activité prohibée d'autrui. Le vrai et le faux laissent la place à l'utile et au nuisible, à l'officiel et à l'indicible. La force ayant remplacé la raison, les croyances se font irrationnelles. La responsabilité du choix et de ses conséquences est balayée par l'irresponsabilité vis-à-vis de décisions qui ne sont pas siennes ou dont les conséquences retombent sur autrui. Les travailleurs deviennent des êtres passifs soumis à une bureaucratie publique ou privée, toute initiative venant d'en haut; ils doivent courber l'échine devant leurs supérieurs: non seulement devant les Grands qui dirigent ce monde, mais, ce qui est plus humiliant, devant les petits chefs qui grouillent dans toute bureaucratie; et en retour ceux qui en ont l'occasion écrasent leurs inférieurs – et doivent se montrer sévère pour ne pas être submergés par les candidats profiteurs qui lui mendieront des faveurs. Transformer chaque être humain en un animal apeuré, en un double-penseur malhonnête qui doit mentir chaque jour, en un monstre pour qui la violence est un moyen juste pour imposer sa volonté à autrui, en un irresponsable qui se cache derrière la « loi » et les « ordres », en un atome isolé n'ayant de lien social qu'à travers l'état, etc. Même quand une règle imposée serait bénéficiaire à un individu qui la suit, en lui dérobant sa responsabilité, elle fait déjà injure à sa personnalité, et corrompt son caractère, enfin l'infantilise. La violence érigée en système a une influence ô combien néfaste: tous ses effets combinés entravent le développement moral et psychique de l'homme, jusqu'à en faire un estropié – apparemment sain de corps, mais mentalement ravagé. Or, tout état est violence – chacun de ses édits est une telle imposition par la force d'une volonté extérieure, à commencer par le monopole de la violence même par lequel cet état s'établit, et jusqu'au moindre petit règlement, à la moindre décision ou négligence par la bureaucratie administrative. Plus on s'éloigne du capitalisme, plus on tombe dans l'étatisme, plus l'emprise de l'état s'étend, et plus la population sombre moralement dans cette corruption.

Bien loin de faire disparaître la cupidité ou la sociopathie, absence d'empathie pour autrui, l'état ouvre une voie royale à l'expression de ces travers humain: la conquête du pouvoir et son exercice; que vous aimiez frapper violemment votre prochain, ou le contrôler par des obligations mesquines, ou le voir détruit par vos décisions, la bureaucratie vous accueille à bras ouverts, et tant que vous ne vous en prenez pas aux puissants ni ne trahissez le système, tant que vous n'êtes pas pris en flagrant délit d'un crime trop voyant pour échapper à une punition, vous n'aurez pas à répondre de vos méfaits et serez protégés par le système. Le pouvoir attire comme des mouches tous ceux qui veulent ne pas être responsables de leurs actes, qui aiment contrôler autrui, ceux qui n'ont pas de scrupule à mentir ou à nuire à autrui, ceux qui sont prêts à sacrifier au bien abstrait qu'ils prétendent poursuivre le bien concret de leurs victimes. Plus l'état grandit, et plus il fait la part belle aux apparatchiks, ceux qui savent jouer le jeu des faveurs et contre-faveurs, de la corruption et de la mafia protégée semi-légalement, de l'avancement mutuel en cliques et d'exclusion de ceux qui refusent de jouer le jeu, etc. Ce n'est pas un choix tous les quatre ou cinq ans entre deux ou trois partis de l'establishment qui offre le moindre contrôle sur la bureaucratie inamovible, ou sur le pouvoir des barons de la politique locale ou national, qui tiennent les cordons de la bourse, au mieux un apparatchik en pousse un autre, qui se recase aussitôt dans une sinécure politique.

Si l'état est trop fort, ne laisse aucune place au capitalisme ou presque, s'il suit l'idéologie socialiste, alors les citoyens se retrouvent déconnectés les uns des autres; les liens interpersonnels sont remplacés par des « droits » et « devoirs » administratifs; les intérêts économiques mutuellement bénéfiques font place à une rivalité bureaucratique pour la plus grande part du gâteau; le sens de la responsabilité disparaît, endossé par l'état; la neutralité bienfaisante vis-à-vis de partenaires potentiels directs ou indirects de jeux à somme positive est remplacée par la méfiance vis-à-vis d'ennemis et rivaux dans des jeux tous à somme négative; les citoyens voient se déliter autour d'eux le tissu social; tous sont prédateurs les uns des autres dans une guerre permanente de tous contre tous, et regardent l'Autre avec méfiance. Bientôt les seuls liens forts qui subsistent sont les liens tribaux ethnico-religieux; et quand l'état, inévitablement, s'effondre, c'est le conflit barbare entre clans tribaux qui lui fait place. Heureux les peuples qui ont déjà des séparations politico-géographiques correspondant à leurs séparations tribales, comme les Tchèques et les Slovaques; malheureux ceux qui vivent mélangés les uns avec les autres, comme les Indiens et Pakistanais, les Français et les Arabes d'Algérie (et bientôt, de France), les Bosniaques et les Serbes, etc. La chute inévitable d'un état fort, qu'elle soit une affaire d'années ou de siècles, fait peser une épée de Damoclès sur le pays qu'il contrôle, à moins qu'il n'arrive à imposer une « unité » artificielle par des siècles d'oppression tyrannique ou de « nettoyage » ethnico-religieux, dont la violence ne vaut pas mieux que celle de la chute évitée.

Par contraste, le capitalisme, par quoi je désigne ici le système d'organisation sociale fondée sur la formalisation et le respect de la propriété privée, favorise la coopération humaine et les vertus sociales, cependant qu'il réprime les comportements malhonnêtes ou sociopathiques. Réprimer ces comportements en est même la définition: le respect de la propriété privée, qui commence par la propriété de chacun sur son propre corps, c'est le consensus social pour la répression des meurtres, viols, coups et blessures; c'est aussi ce même consensus social pour réprimer vol, dol, pollution et toute autre atteinte nuisible à la propriété d'autrui. Il n'est pas un seul comportement malhonnête ou sociopathique qui ne soit ainsi réprimé; car tout crime a des victimes, et ces victimes réclameront justice – avec un consensus social derrière eux pour l'obtenir si le coupable résiste (c'est le critère même qui détermine si la société est capitaliste ou pas).

Certes dans un ordre capitaliste sans état, un milliardaire criminel pourrait se réfugier dans un palais-bunker qu'il aurait construit d'avance, pour échapper à la vindicte populaire; mais ses milliards restants seront de peu d'utilité après sa condamnation, car les mercenaires qu'il soudoierait se trouveraient condamnés à vivre avec lui en autarcie dans son bunker, incapables de dépenser leur solde tant qu'il resterait impuni – espérons pour lui que le bunker est bien équipé, et que tout ce beau monde aime la nourriture en conserve ou aime la pratique du jardinage hydroponique en circuit fermé. Bien moins lui coûterait de soudoyer les politiciens et bureaucrates d'un monopole d'état sur la justice – et c'est bien pourquoi l'état place au-dessus des lois ceux des riches qui sont de mèche avec le pouvoir (cependant qu'il écrase ceux qui ne le sont pas), alors qu'en son absence ces riches retors seraient des justiciables comme les autres.

À l'opposé de la corruption des âmes par le socialisme est la cultivation des vertus par le capitalisme. Le capitalisme, c'est la liberté individuelle de choisir ses actions, et la responsabilité d'endosser les conséquences de ses choix. Nous avons déjà vu la première vertu que le capitalisme développe en tout entrepreneur: la discipline de devoir sa subsistance à la sueur de son front, sans avoir lésé quiconque; mais cette autonomie personnelle n'est pas la seule vertu capitaliste. Entre deux entrepreneurs, chacun libre d'échanger ou d'aller voir ailleurs, l'union se fait dans la recherche de l'intérêt mutuel; c'est l'honnêteté d'être soi-même et de le montrer pour trouver des partenaires. C'est aussi le débat pacifique et la négociation entre égaux, et l'usage de la raison pour distinguer les bonnes affaires des mauvaises. C'est l'honneur de tenir sa parole passée et la prévoyance de se projeter dans le futur, pour pouvoir obtenir le crédit d'autrui. C'est la compétence de produire des richesses avec efficacité et la sagesse de diriger ses efforts avec efficience, là où ils sont le plus utiles. C'est la bienveillance générale envers son prochain, dont on peut prudemment attendre qu'il sera un producteur et non pas un prédateur. C'est un réseau de réseaux de liens interpersonnels qui est le tissu social même. Si au lieu d'être les pions passifs de machines bureaucratiques, les citoyens comprenaient qu'ils sont tous entrepreneurs de leur propre vie, ce sont toutes ces vertus qui seraient cultivées dans toute la société.
B) L'État-providence, Hans Hermann Hoppe, et les dictatures
 
5. On reproche souvent aux libertariens de prôner une forme subreptice d'eugénisme. Le démantèlement de l'État-providence aurait pour effet, avance-t-on, de condamner les plus fragiles et les plus démunis à dépendre de la charité d'autrui, très hypothétique. Les paralysés, les handicapés mentaux, les vieillards victimes d'Alzheimer, les enfants abandonnés à la naissance, ne pouvant plus compter sur le filet de sauvetage garanti par l'État-providence, leur sort dépend in fine de la bonne volonté des membres de la société. Ceux qui n'ont pas la chance de bénéficier de la générosité d'autrui sont tout simplement laissés pour compte. La société rêvée par les libertariens, c'est un monde où seuls les plus forts et les plus chanceux survivent. C'est l'expression la plus pure du darwinisme social. Que rétorqueriez-vous à ce discours assez répandu?

Ces reproches faits au libéralisme encore une fois reflètent la délétère mentalité d'esclaves propagée par les étatistes, et inversent la réalité. C'est bien le libéralisme, responsabilisateur, qui favorise la prospérité et la générosité et secourt les pauvres, cependant que l'état, déresponsabilisateur, apporte la ruine et le repli sur soi et fabrique les pauvres. Quant à l'eugénisme, il a mauvaise presse suite à la défaite des nazis et de leur eugénisme d'état (mais si celui-là fut notoire, il n'était malheureusement pas le seul); cependant, le problème avec l'eugénisme d'état, ce n'est pas l'eugénisme, qui est un bien, mais l'état et sa violence criminelle; d'ailleurs l'eugénisme d'état n'a d'eugénisme que le nom, car l'état est profondément dysgénique.
 
Les étatistes attendent leur salut d'êtres soi-disant supérieurs, les politiciens, source de tout bien, dont ils arroseraient la société de haut en bas; concurremment, les mêmes étatistes projettent sur leurs concitoyens le même modèle d'individu méprisable, dépendant, tricheur, qu'ils ont développé pour eux-mêmes. Les libéraux, au contraire, comprennent que toute générosité apparente de la part des dirigeants n'est que la corruption de la générosité des citoyens, qui s'exprimerait bien mieux sans cet intermédiaire monopoliste. Si une majorité de citoyens était contre cette aide, comment un état démocratique l'accorderait-elle? Et puisqu'il est établi qu'une majorité de citoyens est favorable à une aide pour ces faibles, que leurs fonds ne seraient-ils pas mieux employés s'ils n'étaient pas prélevés par l'impôt, si une large part des fonds n'était pas captée par des parasites ou détruite par des décisions incompétentes voire employée à tuer des innocents, avec petite fraction finalement dépensée dans le but charitable par une bureaucratie irresponsable, ou bien selon des règles inhumaines, ou bien avec une discrétion bien trop humaine.

Les hommes de l'état sont-ils des anges supérieurs humbles et désintéressés, comme le veut la mythologie étatique? Ou sont-ils des sociopathes capables de mentir impudemment et d'user envers autrui de violence parfois meurtrière, sans sourciller voire avec plaisir, comme le démontre chaque jour la réalité? Laquelle de ces deux attitudes mène naturellement à former des cliques qui grimpent les échelons du pouvoir, accumulent de l'influence et de la richesse, ou accaparent des subventions, via le monopole légal de la violence? Car c'est là le dysgénisme consubstantiel à tout état: il favorise ces individus et ces groupes qui partagent certains traits psychologiques très caractéristiques, et favorise un segment bien identifié de la population, les prédateurs politiques; et ceci se fait au détriment d'un autre segment bien identifié, les producteurs économiques. Les politiciens égalitaristes parmi eux ont un effet encore pire, car en subventionnant « également » toutes les naissances et toutes les vies, ils favorisent les familles qui de génération en génération se conduisent en parasites en faisant des enfants qu'ils ne peuvent pas nourrir, au détriment des familles prudentes qui se retiennent de faire des enfants avant de s'être assuré de pouvoir produire les ressources pour les élever.

Non seulement l'état est dysgénique, mais il est menteur. Pour citer Nietzsche: « Mais l'état ment dans toutes ses langues du bien et du mal; et, dans tout ce qu'il dit, il ment – et tout ce qu'il a, il l'a volé. Tout en lui est faux; il mord avec des dents volées, le hargneux. Même ses entrailles sont falsifiées.

Une confusion des langues du bien et du mal – je vous donne ce signe, comme le signe de l'état. En vérité, c'est la volonté de la mort qu'indique ce signe, il appelle les prédicateurs de la mort! Beaucoup trop d'hommes viennent au monde: l'état a été inventé pour ceux qui sont superflus! »

Quand l'état se prétend eugéniste, il ment; il utilise ce prétexte pour commettre des crimes à grande échelle, mais ni les moyens employés ni les résultats n'ont rien d'eugénistes; à peine le discours a-t-il de vagues slogans superficiellement eugénistes. De même, quand, au lieu du pool génétique, il prétend bénéficier aux pauvres (qu'il protègerait des riches), aux riches (qu'il protègerait des pauvres), aux nationaux (qu'il protègerait des étrangers), aux étrangers (auxquels il apporterait la civilisation), aux travailleurs (qu'il protègerait du chômage), aux chômeurs (qu'il protègerait de la nécessité de travailler), aux malades (qu'il soignerait), aux bien-portants (dont il diminuerait les frais d'assurance), ou à quiconque d'autre que ses agents criminels. L'état est intrinsèquement une organisation criminelle (s'il a jamais cessé de l'être, j'aimerais qu'on me dise à quel moment béni, depuis les meurtres de masse qui ont fondé chacune de ses incarnations, il a changé de nature, alors même que ses politiques restent continument similaires; ce sera un moment à célébrer chaque année); et le crime, opération à somme négative, ne bénéficie au mieux qu'au criminel, et encore seulement s'il ne se fait pas prendre (ce à quoi l'état certes aide fortement) et seulement s'il a la chance d'être vainqueur (et la course au pouvoir a plus de perdants que de gagnants).

En matière de soi-disant aide comme en toute autre matière, l'état détruit l'initiative privée, établit à sa place un monopole inefficace et onéreux qui rendra toute réforme impossible, et empêche toute comparaison entre propositions alternatives et donc toute amélioration. Or les dons caritatifs privés dans les pays relativement libres (Suisse, États-Unis) dépassent en proportion la somme des dons privés et « publics » dans les pays où l'état prétend s'occuper de tout (France), effet multiplié par la prospérité aussi supérieure dans ces pays, donc plus d'argent pour moins de gens dans le besoin – et cela n'a rien « d'hypothétique ». Ce n'est pas qu'une question de moyens: une avalanche de moyens employés à mauvais escient n'arrivera pas au but, mais au contraire pourra empirer les choses plutôt que de les améliorer, en sus d'être un gâchis de ressources qui ne pourront pas être employées ailleurs; et la nature même du monopole est que les moyens seront détournés des buts multiples et variés des citoyens et de leur dynamique d'amélioration par la concurrence pour ne satisfaire que les seuls buts des monopolistes et leur établissement d'une « crise » permanente qui ne fait qu'empirer au fur et à mesure qu'on y déverse davantage de ressources comme « solution » aux problèmes dont il est en fait la cause. Pour rappeler le mot de Robert LeFevre, « l'état est une maladie qui se déguise en son propre remède ».

La faillite pédagogique, financière et morale de l'éducation « publique » en est un exemple dans la plupart des pays où elle existe: machine à faire des illettrés, à enrichir une caste de syndicalistes dont l'unique but est de défendre leurs privilèges, incapable d'évoluer, mais capable d'absorber et de détruire toute ressource qui est versée dans ce tonneau des danaïdes; bien loin d'aider « les plus défavorisés » à s'en sortir, elle établit fermement un système de castes qui s'auto-reproduit, cependant que son principal rôle « pédagogique » est d'enseigner l'obéissance aveugle, le conformisme, la croyance en ce que la Vérité s'obtient en répétant l'Autorité, et la propagande antilibérale du tout-à-l'état.

En fin de compte, cette dénonciation constante du « darwinisme social » n'est qu'un procédé d'intimidation pour faire taire tout argument appliquant les principes de l'évolution à la société humaine. Les socialistes aiment se moquer des fondamentalistes juifs et chrétiens parmi leurs opposants (mais perversement, rarement des musulmans) qui nient que l'évolution ait eu lieu dans le passé, et de les traiter d'antiscientifiques; mais plus antiscientifiques encore, ils nient que ces principes s'appliquent au présent ou au futur, alors que cette application présente et future est bien plus directement importante pour toute décision politique que toute application passée hypothétique ou réelle. Parce que l'application correcte de ces principes montre aisément l'absurdité de leurs projets criminels, les socialistes font tout pour dénigrer comme « darwinistes sociaux » ceux qui oseraient faire cette application. La vague dénomination de « darwiniste social », donnée après-coup à une collection disparate d'auteurs qui n'ont jamais formé un groupe concerté ni d'ailleurs partagé d'opinion commune, n'est en fin de compte qu'une tentative de discréditer des auteurs sérieux par le fantasme d'une « culpabilité par association », en les mettant dans le même sac que les national-socialistes allemands honnis, alors même qu'aucun de ces auteurs ne s'est jamais réclamé d'idées ni nationalistes ni socialistes, et que les national-socialistes allemands ont combattus leurs idées. Des auteurs qualifiés de « darwinistes sociaux », comme Herbert Spencer, William Graham Sumner ou Friedrich Nietzsche, étaient à la fois anti-étatistes et anti-socialistes, ce qui les met à l'opposé radical du national-socialisme; et des auteurs contemporains traités de « darwinistes sociaux » ou menacés d'être taxés de tels n'ont rien en commun non plus avec les nazis. Quand bien même les nazis auraient effectivement tenté de récupérer pour eux l'aura de Nietzsche longtemps après sa mort, avec la complicité de sa sœur, il est impossible de trouver quoi que ce soit dans l'œuvre Nietzsche pour justifier leurs idées ou leurs exactions. C'est bien plutôt chez des socialistes célèbres, de Platon à Rousseau à Robespierre, de Marx et Engels à George Bernard Shaw, de Salvador Allende à Pol Pot ou Kim Il Sung, qu'on trouve de la sympathie pour les idées d'Hitler (lui-même un socialiste) et le meurtre en masse des individus « impropres » à l'utopie socialiste au nom de l'eugénisme d'état.

L'obscurantisme fanatique conduisant au meurtre de masse est consubstantiel au phénomène socialiste (cf. l'excellent livre éponyme d'Igor Chafarévitch, librement disponible en anglais et en russe), qui justifie tous les moyens, y compris le vol ou le meurtre de masse, aux fins décrétées par les dirigeants socialistes « au nom du peuple ». Le libéralisme, au contraire, condamne tout moyen criminel, qui plus est commis massivement, quelles que soient les fins de quiconque.

En fin de compte, quand ils ne sont plus forcés de financer les crimes, guerres, vols, viols de conscience et de corps des « dirigeants » de l'état, leur corruption, leurs parlotes et fêtes, leurs immenses gâchis, etc., les citoyens se retrouvent immensément plus riches et plus libres, et capables d'aider quiconque ils veulent; si dans une telle société libre, un pauvre et démuni ne trouve personne, personne, absolument pas une seule âme, pour prendre pitié de lui, pas même le geignard socialiste qui aujourd'hui prétend dénoncer le manque de générosité d'autrui, alors demandez-vous quels actes odieux cette personne a bien pu commettre pour mériter d'être au rebut de la société toute entière – y compris des geignards socialistes qui veulent se faire passer pour des bisounours. Avec tout l'argent qui ne sera pas déversé dans les guerres criminelles, les escroqueries de cavalerie financière « publiques », les bureaucraties ubuesques, et les palais des puissants, il y aura de quoi aider tous les pauvres et bien davantage – et, de l'admission même des pseudo-bisounours, une volonté majoritaire dans la population. Sans parler bien sûr qu'en l'absence de cette destruction massive de richesse, il y aurait bien moins de pauvres. Il y aura aussi et surtout la responsabilité pour chacun de « mettre son argent là où se trouve sa bouche » comme le veut la sagesse anglo-saxonne (put your money where your mouth is); à chacun d'aider ceux qu'il prétend urgent d'aider, plutôt que d'en rejeter la responsabilité sur autrui. Au lieu que les citoyens se battent les uns contre les autres dans une guerre de tous contre tous pour déterminer où iront les ressources capturées par l'état, dans une double destruction qui en fin de compte nuit à tous, ils pourront employer les mêmes doubles ressources pour construire, les uns avec les autres, un monde meilleur, où il a été reconnu que le paradigme du véritable progrès n'est pas la « lutte », mais la coopération.


6. Dans son ouvrage Democracy: The God that Failed, Hans Hermann Hoppe promeut notamment l'idée que l'ordre libertarien ne saurait se réduire à une association volontaire de propriétaires autonomes. Ce qui caractérise le mieux l'ordre libertarien c'est « une convention conclue entre un possesseur et des résidents communautaires avec pour but la protection de leur propriété privée » où « il n'existe rien de tel que la liberté (illimitée) de parole, pas même le droit illimité de parole sur sa propre propriété de résident. On peut dire des choses innombrables et promouvoir presque toute idée sous le soleil, mais naturellement personne n'est autorisé à soutenir des idées contraires à l'objet même de la convention – qui vise à préserver et à protéger la propriété privée, telles que la démocratie et le communisme ». Devront également être excommuniés « les avocats des styles de vie alternatifs, non familiaux, tels que par exemple, l'hédonisme individuel, le parasitisme, l'adoration de la nature-environnement, l'homosexualité. » Quels seraient selon vous les vices et mérites de cette thèse?

Tout d'abord, il est trop facile d'extraire les propos de Hoppe de leur contexte pour leur faire dire le contraire de ce qu'ils disent, ou de dénoncer les propos qu'il tiendrait effectivement selon des critères dont on excuserait ses contradicteurs, par une « un deux poids deux mesures » de plus (avec pétition de principe en sus pour ceux qui lui opposeraient l'état comme solution). Mais ce seraient encore des raisonnements fallacieux de plus. J'en réfèrerai donc à la bonne clarification (en anglais) que Stephan Kinsella a fait de ce que Hoppe dit ou ne dit pas, avec confirmation subséquente par Hoppe que tel était son propos.

Loin que Hoppe discute de l'« ordre libertarien » comme une convention, il discute au contraire ce que pourront être les nombreuses conventions, toutes différentes, qui prendront place dans un tel ordre libertarien. Le principe d'une convention unique, d'un monopole sur le « contrat social », qui pourrait imposer à tous uniformément ses « choix de société », ses standards de moralité, sa censure d'opinions contraires, ses réglements « légiférés », etc., – c'est l'étatisme, le contraire radical de ce que propose Hoppe, et ce que proposent ses contradicteurs.

 
« Quand ils ne sont plus forcés de financer les crimes, guerres, vols, viols de conscience et de corps des “dirigeants” de l'état, leur corruption, leurs parlotes et fêtes, leurs immenses gâchis, etc., les citoyens se retrouvent immensément plus riches et plus libres, et capables d'aider quiconque ils veulent. »

Hoppe affirme, et avec lui tout anarcho-capitaliste, que dans une société libre, chaque propriété foncière, chaque communauté de telles propriétés, chaque quartier, chaque agglomération, etc., pourra avoir des règles qui lui sont propres, qui seront le fait d'une convention entre propriétaires et résidents. La différence par rapport à ce qui existe d'ores et déjà dans nos sociétés étatisées n'est évidemment pas cette subdivision, mais bien plutôt dans l'absence de cette force extérieure qui se prétend supérieure, l'état, pour influencer ces arrangements, et les uniformiser de force. Ainsi, si d'aucuns propriétaires de bars veulent exclure les fumeurs, cependant que les autres veulent les accueillir, et que d'autres encore ont des heures fumeurs et des heures non-fumeurs, ou des salles séparées, c'est leur affaire. Si les propriétaires et résidents d'un quartier qui se veut familial veulent y financer des écoles et en exclure le commerce ouvert de diverses substances psychédéliques, de pornographie et de prostitution, cependant que ces mêmes activités seront les bienvenues voire encouragées dans un « quartier rouge » – là encore, c'est l'affaire des personnes concernées. Chacun choisira de vivre là où il sera libre d'exprimer sa personnalité: ubi libertas, ibi patria.

Il ne fait aucun doute que là où les fervents croyants en une religion se rassembleront, ils voudront exclure parmi eux la pratique des péchés qu'ils réprouvent et des religions qu'ils croient fausses, quitte à expulser ceux qui seraient pris à les pratiquer. Au contraire, ceux qui vivraient ouvertement une vie de débauche décourageront par là-même, explicitement ou implicitement, ceux pour qui une telle atmosphère est insupportable. D'autres quartiers seront habités par des habitants plus soucieux de prix abordables que de ce que font leurs voisins, et ne paieront donc pas une prime pour vivre entre semblables; quitte à devoir vivre entre étrangers ayant peu en commun. Selon les quartiers varieront donc les limites sur le niveau acceptable de bruit ambiant, sur les odeurs qui circulent, sur la propreté attendue dans les rues, etc. Une société libre sera donc le lieu d'une auto-ségrégation plus poussée que n'est actuellement le cas dans nos sociétés étatisées d'intégration forcée.

Hoppe ajoute que ces divers styles de vie ne sont ni arbitraires ni équivalents, et que dans une société libre, il faut donc s'attendre à ce que certaines conventions dominent tandis que d'autres restent marginales; mais aussi que certaines conventions moins adaptées tendent à laisser place à d'autres conventions mieux adaptées, que ce soit par l'évolution des mœurs à un endroit donné ou par la migration des habitants d'un endroit à l'autre. N'en déplaise aux immoralistes, quand nul ne pourra être forcé à subventionner la débauche d'autrui, les vices seront plus onéreux, et l'aide à ceux qui tomberont trop bas ne sera pas un « droit à » exigible sans contrepartie, mais un acte charitable soumis aux conditions paternalistes de ceux qui donneront volontairement (car la charité aveugle est immorale). N'en déplaise aux puritains, quand nul ne pourra imposer à autrui ses propres névroses, ce qui compte pour « vice » ne sera pas soumis à leurs diktats, mais chacun pourra trouver par soi-même et pour soi-même les règles de vie qui lui conviendront personnellement, quitte à faire ses propres erreurs – et ses propres découvertes. Bien sûr, une proportion non négligeable d'années humaines étant vécues par des enfants, par des parents élevant des enfants, ou par des personnes en contact régulier voire étroit avec des enfants, il faut s'attendre à ce qu'une grande partie de la planète sera régie par des règles protégeant ces enfants, au détriment des viveurs « hédonistes » (pour reprendre le qualificatif de Hoppe). Dans tous les cas, il faut s'attendre au progrès général d'une « morale bourgeoise » de responsabilité personnelle plongée dans une tradition reliant le passé de nos ancêtres au futur de nos progénitures, au détriment à la fois des morales religieuses, onéreuses parce qu'intolérantes et incapables de s'adapter au changement, et des anti-morales qui se veulent ignorantes de cette continuité temporelle, par un millénarisme niant le futur, ou une table rase du passé, ou un « hédonisme » niant l'importance du lien inter-générationnel, et sont donc inadaptées à résister aux forces d'évolution sociale – alors qu'a contrario l'étatisme en dissolvant la responsabilité individuelle favorise toutes ces morales et anti-morales détestables.

Il faut aussi s'attendre à ce que l'équilibre d'une société libre ne soit pas des conventions uniformes quasi identiques pour tous, mais précisément un marché de conventions de toute sorte. Les conventions formeront un patchwork, où les règles en ville différeront des règles à la campagne, et varieront du nord au sud et d'est en ouest, de quartier en quartier. Là encore, des phénomènes semblables existent déjà dans notre monde étatisé – et la différence encore et toujours est celle entre monopole et concurrence. Les états forment un oligopole qui homogénéise de force les règles de comportement sur des monopoles territoriaux dont les règles internes et les frontières externes ne changent que par des grands cataclysmes; même le changement individuel, par la migration, est fortement limité par diverses réglementations pénalisant et immigrés et émigrés, et ne permettant en fin de compte le déplacement que d'un capital humain fortement déprécié quand on change de pays; et pourtant, ces migrations existent et restent malgré tous ces obstacles la plus grande force pour tenir ces états comptables de leurs mauvaises décisions. En matière de découverte des bonnes règles de vie, comme dans toute autre, le monopole non seulement freine le changement, non seulement empêche la comparaison, mais aussi et surtout bénéficie à une caste criminelle, celle de ceux qui n'ont aucun scrupule à utiliser le monopole pour imposer leurs règles aux autres. Dans une société libre, chacun peut à tout moment changer les règles qu'il voudra bien adopter personnellement pour lui-même et sa propriété, sans avoir à convaincre des millions d'autres de faire pareil en même temps; et s'il y a des coûts incompressibles à vouloir agir différemment de tous ses voisins, du moins ces coûts ne sont-ils pas augmentés par le coût vastement supérieur de devoir tous les convaincre à l'échelle d'une nation; s'il faudra parfois s'exiler, ce ne sera pas d'un pays à l'autre ou d'un continent à l'autre, où une langue complètement différente est parlée, avec des us et coutumes et des lois différentes, mais simplement d'une rue à l'autre, d'un quartier à l'autre, d'une ville à l'autre, d'où l'on pourra souvent continuer de travailler dans le même emploi, dans le même centre-ville, ou le même pôle industriel ou commercial. Seul celui dont le style de vie est réprouvé quasi universellement devra s'exiler plus loin pour trouver une communauté où il pourra s'épanouir, sous le regard critique constant mais distant de tous ceux d'ailleurs qui continueront à réprouver cette communauté et à vouloir offrir une échappatoire à ses victimes réelles ou supposées; quant au criminel, qui ne se ferait que des ennemis, il ne trouverait nulle part où aller, sauf à se réformer: car partout il imposerait à ceux qui veulent malgré tout rester ses amis une charge supplémentaire pour garder à distance les victimes en quête de vengeance, pour payer ces victimes pour les apaiser quand elles demandent réparation, ou devenir soi-même l'objet d'ost-racisme quand on leur dénie justice.

Je suis sûr qu'à discuter avec Hoppe, je pourrais trouver de nombreux points de désaccords sur nos préférences personnelles et nos prédictions sur les styles de vie les plus adaptés – mais qu'importe! Car aucune de ces préférences personnelles ou prédictions spéculatives n'a valeur de norme qui puisse s'imposer à autrui, qui moins est par la force. Ceux qui font à Hoppe un procès en voulant le faire passer pour un bigot qui voudrait exclure de toute société les homosexuels, les hippies, les parasites ou les hédonistes, qui plus est de force voire par le massacre, n'ont rien compris à son propos, sans doute parce qu'ils ne veulent même pas essayer de comprendre – qu'ils projettent sur Hoppe la violence criminelle comme unique moyen qu'ils imaginent d'arriver à aucun changement social en dit plus sur eux que sur Hoppe. Car la société que décrit Hoppe est précisément une société où l'emploi de la force est minimisé, réservé à la seule défense des personnes et leur propriété, où l'agression est exclue, où le crime est pourchassé, plus encore s'il est de masse, où l'imposition des préférences personnelles des uns sur les autres ne peut pas se faire par la force, pas même au nom d'abstractions comme « l'état », « la nation », pas plus d'ailleurs que « les enfants », « la liberté » ou quoi que ce soit.

Finalement, là où Hoppe dénonce une illusoire « liberté illimitée de parole » que d'aucun proclameraient sur leur propriété, je ne vois pas trop qui lui en ferait le reproche. Chez soi pas plus (ni moins) qu'ailleurs il n'est légitime de diffamer autrui, d'émettre des menaces, de faire des fausses promesses, de tromper, escroquer, extorquer autrui, de s'associer avec d'autres malfaiteurs en vue de commettre des crimes, de déclencher à tort une panique, d'inciter à l'émeute, etc. Cette limite à la liberté de parole, qui vaut pour tous et en tout lieu, ce sont les droits d'autrui – qui pour un libéral sont tous des droits de propriété. Et ces droits ne limitent pas que la seule parole, mais tous les actes auxquels pourraient bien vouloir se livrer un individu, que ce soit chez soi ou ailleurs. Les étatistes sont certes les derniers qui seraient en position de nier qu'il existe un Droit au-dessus de la volonté des propriétaires fonciers, eux qui prétendent qu'un monopole militaire puisse imposer un tel droit, qui de plus puisse être « légiféré » par des mandataires qui « du peuple » qui « de dieu ». La seule question est la nature et l'origine de ce Droit, et non pas son existence. Pour Hoppe, comme pour tout libéral, ces droits sont immanents, et ni la majorité ni même l'unanimité des propriétaires (ou non-propriétaires) d'un lieu n'est suffisante pour justifier la négation et l'oblitération des droits individuels d'un résident (ou non-résident), que ce lieu soit une simple maison, ou une communauté ou « collectivité » territoriale selon quelques frontières que ce soit. Ce sont bien les étatistes qui font une exception à cette règle, quand cette collectivité se trouve être un « pays », proclamé tel par un gang armé disposant d'une suprématie territoriale, c'est-à-dire un état; ce sont eux qui affirment le pouvoir totalitaire de leurs politiciens élus ou « élus », seuls ou en assemblée, pour « légiférer » ou « décréter » toute règle sur tout sujet, quitte à devoir d'abord nommer des « juges » complaisants à un tribunal « suprême », ou à voter ensembles un amendement à la « constitution » censée les arrêter, voire à la réinterpréter à l'envers, ou à la piétiner impudemment.

Pour un libéral, donc, si un propriétaire légitime trouve à redire au comportement d'un résident, il peut certes l'expulser, mais non pas le tuer (à moins bien sûr que ledit comportement soit non seulement personnellement réprouvé par le propriétaire, mais criminel en soi), ni même confisquer aucun de ses avoirs (sauf éventuellement les frais liés à l'expulsion et autres liens relatifs à des obligations rompues). Voilà qui diffère totalement des règles que les étatistes accordent à leur état, dont les anarchistes libéraux nient non seulement la compétence ci-dessus, mais aussi et avant tout leur caractère de propriétaires légitimes – les hommes de l'état pour les anarcho-capitalistes ne sont que les membres d'un gang criminel en guerre contre le public, qui ont forfait tous leurs droits d'êtres humains, et n'ont plus de droit que celui de mourir, à moins qu'ils n'arrêtent leurs forfaits, se rendent, et acceptent de payer pour leurs crimes.

Et puisque nous en sommes à parler de guerre, ceux qui comploteraient, chez eux ou ailleurs, pour dépouiller, asservir, ou autrement asservir autrui, sont bel et bien en guerre contre leurs victimes déclarées. Ces victimes déclarées, leurs ennemis légitimes, sont en droit de leur faire la guerre en retour et de les anéantir. Et si cet asservissement prend la forme d'une « démocratie », d'une « monarchie », d'une « théocratie », ou de tout autre « régime politique », plutôt que de se montrer sans se cacher comme brigandage, il n'en est que plus criminel par cette escroquerie, et non pas moins; ceux qui se proposeraient d'imposer un tel arrangement par la ruse ou par la force sont les ennemis mortels de toutes leurs victimes désignées, qui sont bien justifiées de se défendre par une force non moins mortelle. La prémisse d'une société libre étant un consensus général sur les principes du Droit, y compris sur la nature criminelle de tout prétendu « état », les zélateurs de quel régime politique que ce soit seront par hypothèse les malvenus partout dans cette société. Hoppe a donc bien raison de déclarer que les conventions établissant des communautés anarcho-capitalistes prévoiront sans doute l'expulsion de tout activiste pro-démocratique, ou autre agent subversif de l'ordre social mutuellement reconnu – autant sont réprimés les subversifs, traitres et ennemis dans tout ordre social, jusque dans nos démocraties occidentales contemporaines (essayez donc d'inciter au non-paiement d'impôts ou de para-impôts, au défi des lois, voire au coup d'état, ou simplement protestez d'une façon que les puissants jugeront « outrageante », voire dénoncez trop fort une décision d'injustice).
Bien sûr, ceux qui voudraient fonder une communauté volontaire sur leurs principes d'organisation sociale seront libres de vivre comme bon leur semble sur leur propriété, et de s'imposer qui des chefs élus, qui des dirigeants à vie, qui des prêtres leur imposant des tabous religieux, etc.; ils seront tout aussi libres de faire de la publicité pour recruter de nouveaux venus qui les rejoindraient volontairement; et ils pourront utiliser pour cela tous moyens consensuels, mais ne pourront pas imposer leur discours dans la propriété d'autrui sans l'accord des propriétaires, que ce soit une maison, une rue, un lieu « ouvert au public », un média quelconque, etc. De plus, et cela est très important, ils ne seront pas libres d'appliquer les sanctions arbitraires (et parfois mortelles) prévues par leurs codes à ceux qui déclareraient vouloir quitter leur secte. Quand bien même leur religion ou idéologie condamnerait à mort les « relapses », ils n'auraient aucun droit de l'appliquer à celui ou celle qui aurait déjà quitté cette religion, et n'est donc plus tenu par ses règles. Certes, ils pourraient expulser ce relapse, lui appliquer l'ostracisme, lui refuser toute aide, refuser de lui restituer ce qu'il aurait librement contribué à la secte, inciter à son boycott, et faire publiquement connaître sa honte; mais pour pouvoir violer les droits individuels que le relapse proclame à nouveau, ayant rejeté l'autorité du groupe, il faudrait que, revenant volontairement dans le giron de ce groupe, le relapse en appelle à sa propre punition pour ce péché passé. Et s'ils exécutent un tel relapse repenti, sa famille, ses amis, ses alliés, ceux qui partageraient sa religion ou non-religion précédente ou suivante, seront justifiés à exiger des assurances qu'une telle action ait bien été volontaire, et sinon à déclarer l'état de guerre existant constaté entre cette secte et eux.
« D'après ce que j'ai lu de Hoppe et sur Hoppe, les reproches que j'ai pu voir faits à ses thèses sont au mieux superficiels, limités à une discussion des goûts et des couleurs qu'aurait la communauté préférée de chacun, et sinon complètement infondés. »

En conclusion, d'après ce que j'ai lu de Hoppe et sur Hoppe (mais j'avoue n'avoir pas tout lu, loin de là), les reproches que j'ai pu voir faits à ses thèses sont au mieux superficiels, limités à une discussion des goûts et des couleurs qu'aurait la communauté préférée de chacun, et sinon complètement infondés. Encore et toujours, il ne s'agit que de « deux poids deux mesures et pétition de principe », par lesquels les étatistes refusent de voir que tout ce qu'ils reprochent à la liberté, l'état le fait en pire, avec un monopole qui intrinsèquement viole les droits de chacun, et dont la dynamique délétère dissout le tissu social et empêche le progrès.

7. Dans quelle mesure seriez-vous en faveur d'une dictature libérale, c'est-à-dire un régime autoritaire tenu d'une main de fer par une figure qui se contenterait de faire respecter le droit libertarien? Cette situation serait-elle un moindre mal à vos yeux par rapport à nos social-démocraties ou au socialisme totalitaire?

Par définition, une dictature n'est pas libérale. Le seul régime absolument libéral est l'anarcho-capitalisme, décrit dans ma réponse à la question précédente, ou de façon équivalente et sous d'autres noms, un régime de liberté, des gouvernements libres, la panarchie, un ordre polycentrique concurrentiel, la démocratie avec un petit d, l'autarchisme, un ordre naturel, le volontarisme, la métarchie, etc. Une dictature est disqualifiée. Donc, pris hors contexte, comme un absolu, il s'agit d'un contresens.

Cela dit, le libéralisme n'est pas un « tout ou rien » utopiste, par lequel toutes les situations ne valent également rien et sont impossibles à distinguer tant que le nirvana rêvé n'a pas été atteint; c'est encore moins une eschatologie qui comme le marxisme justifie tous les moyens pour atteindre l'utopie désirée; au contraire c'est une théorie des moyens que les individus peuvent légitimement employer, indépendamment de leurs fins forcément diverses et variés. Le libéralisme est une philosophie du réel et, confronté à des choix réels entre alternatives, sait donner des réponses – mais certes il ne prétend pas apporter des réponses à tous les choix, n'étant pas une idéologie totalitaire prétendant tout régimenter, contrairement, encore une fois, à l'islamisme, au marxisme, et autres religions mortifères. Donc, si, en contexte, il est offert un choix entre un régime non libéral donné et une alternative encore moins libérale, alors par l'hypothèse même, la première alternative est plus libérale que la seconde alternative « moins libérale » proposée.

Notons toutefois qu'il n'y a aucun sens à comparer des régimes qui ne sont rivaux en aucun sens, comme la démocratie athénienne antique et le règne de Genghis Khan, ou la démocratie allemande de 1936 et la dictature de Napoléon III; à aucun moment il n'y a de choix réel entre de telles paires de régimes, et ce serait comparer des choux et des carottes que de vouloir distinguer l'un de l'autre. À se donner des choix imaginaires, on peut toujours piper les dés pour obtenir une réponse aussi arbitraire qu'imaginaire, en comparant un dictateur éclairé régnant sur un pays paisible à un peuple en proie au chaos élisant des démagogues sanguinaires menant le pays à la ruine, ou au contraire en comparant les électeurs civilisés d'un pays paisible au dictateur totalitaire d'un pays au fond du gouffre; cela ne nous apprend rien ni sur la dictature ni sur la démocratie, ni sur aucun des deux pays distincts aux époques différentes où ils sont comparés. Un choix réel se pose à un moment donné entre des rivaux donnés, qui ont chacun une chance de gagner sur un même territoire donné avec une même population donnée. Ainsi, on pourra comparer dans le temps l'évolution de tel pays avant et après une révolution, une conquête, une décolonisation; on pourra aussi comparer avec l'évolution de pays initialement semblables ayant vu des changements de régime (ou absences de changements) différents. Pour juger de la situation en Somalie, plutôt que de comparer son niveau de vie à celui de la Suisse, il faut donc comparer la Somalie en général durant la dictature socialiste précédente ou durant l'anarchie subséquente; il faut comparer l'évolution relative de régions de Somalie soumises à des régimes différents; il faut comparer l'évolution avant/après de régions de Somalie qui auraient changé de régime; il faut comparer l'évolution de la Somalie à celle de pays voisins qui n'ont pas transitionné d'une dictature centralisée à une anarchie relative. Les cas les plus clairs seront bien sûr ceux où on pourra faire une comparaison dans l'espace de pays partitionnés en deux ou plus, comme l'Allemagne Est/Ouest, la Corée Nord/Sud, le Vietnam Nord/Sud, l'Irlande Nord/reste, la partition entre Danemark-Norvège-Islande, la Chine continentale vs Taiwan, Hong Kong ou Macao, la Pologne divisée entre Prusse, Autriche et Russie, etc. Il est possible aussi de comparer plusieurs partis rivaux qui chacun prétendent au contrôle du même territoire (Girondins vs Jacobins vs Monarchistes, Russes blancs vs Bolchéviques, Guelfes et Gibelins, Bleus et Verts à Constantinople, etc.); bien sûr le conflit armé en lui-même peut rendre flou le résultat à attendre en temps de paix, mais la violence et l'agression relative des parties sur les territoires contrôlés peut donner une idée de laquelle est plus tyrannique. Bref, s'il est possible de faire des comparaisons pertinentes, il faut faire attention à n'en pas faire qui soit dénuée de sens.

Maintenant, pour comparer des régimes et en trouver un plus libéral qu'un autre, il n'est pas besoin d'imaginer, car les exemples abondent: Entre la Chine maoïste du « grand bond en avant » qui massacre et affame des dizaines de millions d'innocents et la Chine ouverte à l'économie de marché de Deng Xiao Ping qui fait de la Chine la première puissance économique mondiale, il n'y a pas photo sur laquelle préférer; toutes deux sont des dictatures communistes criminelles, réprimant en camps de concentration l'expression d'idées opposées à celles imposées par le régime; mais la seconde est néanmoins nettement meilleure. Toutes deux sont extrêmement antilibérales, mais un libéral n'aura néanmoins aucun mal à préférer l'une à l'autre. Entre la République populaire et « démocratique » de Corée (du Nord) de Kim Il Sung, avec ses camps de concentration, ses famines, son système de castes héréditaires, sa répression à peine croyable, et la dictature militaire criminelle de Park Chung-hee en Corée du Sud, qui ne se prétend pas aussi « démocratique », mais est combien plus ouverte politiquement et économiquement, et qui fera du pays un « dragon asiatique », il n'y a pas photo non plus sur laquelle préférer; encore moins entre la Corée du Nord des Kim suivants, et la Corée du Sud maintenant vraiment démocratique des successeurs de Park. Entre la république « démocratique » d'Allemagne de l'Est et la république « fédérale » de l'Ouest, il est aussi facile de préférer l'Ouest « capitaliste » à l'Est « socialiste »: en cas de doute, on peut regarder comment les Allemands votaient avec leurs pieds quand bien même ils devaient franchir un mur avec miradors et gardes qui tirent pour tuer. Entre un régime israélien imposant la suprématie juive mais reconnaissant aux citoyens arabes de toute confession tous leurs droits civiques tant qu'ils restent une minorité, et un régime palestinien démocratique où tous les partis prônent le génocide des juifs et l'oppression des non-musulmans, aujourd'hui ou demain selon le radicalisme du parti, il n'y a pas plus photo sur lequel est plus propice au développement individuel. Entre la dictature militaire criminelle du Shah d'Iran et le régime islamique encore plus massivement criminel qui l'a suivi, il n'y a pas photo non plus lequel est plus libéral et le plus propice à la belle vie. Entre un régime socialiste violant la constitution et se préparant ouvertement à la révolution violente, disant vouloir imiter Cuba, la Corée du Nord, le Nord-Vietnam, chantant la révolution sanglante, promettant des camps de concentration pour ses ennemis, déjà ruinant l'économie du pays et faisant descendre des millions de citoyens affamés dans les rues, et un coup d'état appelé de leurs vœux par la cour suprême et le parlement, qui sauvera le pays du communisme, et en fera à terme le plus prospère du continent, il n'y a toujours pas photo pour préférer le Chili de Pinochet à celui d'Allende.

Donc oui, sans cautionner le moins du monde aucun de ces régimes comme étant libéral dans l'absolu ou dans l'intention (et notons d'ailleurs qu'aucun des régimes cités ne se réclame du libéralisme), il est permis de les comparer à un autre régime rival, de trouver que l'un des deux rivaux est plus libéral que l'autre (ou moins illibéral) et de constater qu'en effet il y fait mieux vivre. Il est aussi permis de critiquer les aspects illibéraux de ces régimes, et d'offrir à leurs dictateurs des conseils sur la façon d'être plus libéraux, même en respectant leur condition irréductible qu'ils souhaitent rester au pouvoir. Quand Milton Friedman ou un autre libéral réputé vient donner des conférences en Chine communiste, au Chili de la dictamola, en Inde pré- ou post-coloniale, ou même aux États-Unis, cela n'implique aucunement qu'aucun de ces pays soit « libéral » par le seul fait qu'un libéral y ait été autorisé à parler. Cela n'implique aucunement que leurs dirigeants soient libéraux, que les libéraux trouvent que ces régimes sont libéraux, etc. – cela implique seulement que les libéraux ont la parole dans ces pays, et peuvent y critiquer le régime de n'être pas assez libéral sans être mis en prison. Cette liberté d'expression (du moins pour les professeurs connus) est effectivement un aspect relativement libéral de ces régimes, dont il faut savoir gré, et qui les place au-dessus des dictatures communistes typiques; mais c'est mettre la barre bien basse que de faire de cela le critère ultime du libéralisme; et avec le même critère mutatis mutandis, on pourrait tout aussi bien affubler les mêmes pays de l'épithète communistes, monarchistes, racialistes, fondamentalistes chrétiens ou musulmans, etc., parce que des orateurs de ces obédiences respectives ont pu s'y exprimer sans finir en prison.

Est-il donc possible qu'une dictature puisse positivement rivaliser avec une démocratie? Ma foi oui – on peut imaginer une dictature où le droit de vivre est reconnu à tous les non-opposants, et une démocratie qui vote le « nettoyage ethnique » par le meurtre de masse d'une partie de la population. De tels nettoyages ethniques dans un cadre plus ou moins démocratique se sont même vus, souvent, que ce soit en Allemagne, en Algérie, au Rwanda, au Soudan, au Zimbabwe, en Serbie, en Bosnie, au Pakistan, aux États-Unis. On peut même suspecter que la démocratie est une des inspirations majeures de ces massacres. Quand le principe politique accepté est celui d'un ordre supérieur qui s'impose à tous, quelle que soit leur culture, que cet ordre soit l'arbitraire impérial des réactionnaires ou l'ordre naturel des libéraux, alors de nombreuses cultures peuvent vivre en paix sous le même empire, dans un entrelacement paisible de communautés ethniquement et culturellement différentes; cela s'est vu à titres divers sous les empires romain, ottoman, colonial anglais ou français, austro-hongrois, et même russe tsariste ou communiste; cela se voit à un certain point dans des pays où les droits individuels libéraux l'emportent encore sur la démocratie, comme aux États-Unis ou au Canada. Mais que le principe démocratique remplace dans les esprits ce principe supérieur, alors soudain, la majorité aura le pouvoir totalitaire de faire ce qu'elle veut de la minorité; ainsi, selon les rapports de force et d'influence, une communauté se verra opprimée par une autre, imposer les règles de cette autre et dénier le respect de ses propres règles; la seule échappatoire est la résistance armée qui appelle une répression non moins armée, et se termine en nettoyage ethnique ou en sécession, mais forcément en l'établissement de territoires à domination ethnico-culturelle bien établie. Pourquoi Turcs et Arméniens, Allemands et juifs, Français (post)chrétiens et Algériens musulmans, hutus et tutsis, Soudanais arabisés et Soudanais nègres chrétiens du sud ou musulmans de l'ouest, Nigérians chrétiens du sud et musulmans du nord, Irakiens sunnites ou chiites, arabes et kurdes, Palestiniens juifs et musulmans, Libanais chrétiens et druzes et musulmans sunnites et chiites, Serbes et Croates ou Albanais, Indiens hindous et musulmans, Irlandais protestants et catholiques, etc., etc., doivent-ils s'entretuer jusqu'au massacre total, alors qu'ils vécurent en paix relative pendant des siècles? Parce que la démocratie rend complètement invivable la cohabitation dans le même pays où l'un votera l'oppression de l'autre.

Même sans en venir au nettoyage ethnique franc et massif, des dictatures peuvent surpasser des démocraties rivales. Entre la prospère Rhodésie du Sud d'Ian Smith et le Zimbabwe démocratique qui a porté Mobutu au pouvoir et réduit le pays à la misère et au chaos meurtrier, le choix est facile. Le régime démocratique mis en place par les États-Unis en Irak n'a pas l'air évidemment meilleur que la dictature pourtant sanguinaire de Saddam Hussein. La brève tentative égyptienne récente fut un fiasco de corruption et de fanatisme religieux heureusement vite renversé, et la tentative d'établir une démocratie en Lybie est passée directement à la guerre civile avant même la moindre élection. Donc oui, en tant que libéral ou simplement en tant qu'être humain, on peut parfois préférer une dictature donnée à une démocratie donnée comme rivales dans le même pays au même moment – ce qui n'est aucunement une caution de ladite dictature comme un régime souhaité plutôt qu'un moindre mal. Face à l'imprécation facile des bien-pensants aux certitudes fondées sur des préjugés superficiels, le libéralisme oppose une comparaison rationnelle entre alternatives effectivement offertes, qu'il juge par leurs effets prévisibles et constatés.



C) La concurrence et l'harmonie spontanée des intérêts

8. Il n’est pas rare d’entendre dire que la compétition à laquelle se vouent les entrepreneurs peut prendre l’aspect d’une bataille sans merci où le plus fort écrase le plus faible. Dans ce contexte il serait conforme aux exigences de la morale, affirme-t-on, que les entrepreneurs, par charité mutuelle, s’imposent des actes d’autolimitation et tempèrent la concurrence qu'ils se livrent.

L’argument généralement avancé peut se formuler comme suit: Les entrepreneurs les plus efficaces sur un marché peuvent ruiner leurs concurrents, et ceci se fait au détriment des salariés des boîtes les moins efficaces. Celui qui réussit à abaisser ses prix au point de retirer du marché ses concurrents commet un crime commercial ‒ il crée du chômage et il impose un monopole en sa faveur. Dès lors, il peut fixer les prix à sa guise et les consommateurs n’ont plus leur mot à dire. Le plus fort sur le marché devrait tempérer son agressivité et laisser survivre ses concurrents; et ce, puisque la loi morale nous ordonne avant toute chose de ne pas faire aux autres ce que nous n’aimerions pas qu’ils nous fassent. Ce précepte élémentaire vaut pour le monde des affaires.

Quel regard portez-vous sur ce discours en vogue?


Les socialistes ne savent voir dans tous les phénomènes sociaux que la lutte, le combat, le conflit, le commandement, la hiérarchie, l'opposition des volontés; ils n'ont rien d'autre à dire, et rien d'autre à proposer. Même quand ils parlent de « coopération », il ne s'agit jamais que de sacrifices unilatéraux; ils ne connaissent que des jeux à somme négative, gagnant-perdant ou perdant-perdant. Leur idéologie est donc profondément et fondamentalement antisociale ‒ leur nom même est un mensonge empoisonné, comme tout ce qu'ils contribuent à la société. Ils sont l'incarnation même de la dé-civilisation. Les libéraux au contraire, reconnaissent et célèbrent les jeux à somme positive, gagnant-gagnant, comme seule forme véritable de coopération, comme le fondement de toute société et comme le principe même de la civilisation ‒ et condamnent les jeux à somme négative comme autant d'absurdités à éviter et d'agressions à réprimer.

Le dernier des sophismes économiques fameusement raillés par Bastiat est celui de la domination par le travail. Pour n'en citer qu'un court extrait:
Dans une bataille, celui qui est tué est bien tué, et l'armée est affaiblie d'autant. En industrie, une usine ne succombe qu'autant que l'ensemble du travail national remplace ce qu'elle produisait, avec un excédent. Imaginons un état de choses où, pour un homme resté sur le carreau, il en ressuscite deux pleins de force et de vigueur. S'il est une planète où les choses se passent ainsi, il faut convenir que la guerre s'y fait, dans des conditions si différentes de ce que nous la voyons ici-bas, qu'elle n'en mérite pas même le nom.
Voilà toute la différence entre les jeux économiques à somme positive et les jeux politiques à somme négative. Alors que des ennemis politiques perdent tous deux à s'entretuer, des concurrents économiques gagnent tous deux à s'émuler. Chaque réussite de l'un est bientôt un gain pour tous: l'innovateur d'abord, qui peut produire mieux et moins cher, et faire ainsi de nouveaux profits; ses clients, qui auront trouvé meilleure qualité à meilleur marché; ses concurrents sur le même créneau qui, en l'imitant, peuvent bénéficier d'un progrès spécifique au capital qu'ils ont investi; leurs clients, fournisseurs, et de proche en proche toute la société, qui bénéficie du progrès réalisé. À l'opposé, chaque erreur, si elle touche d'abord celui qui la commet, est en fin de compte une occasion manquée pour tous, sauf a contrario comme opportunité pour tous d'en tirer les leçons. Ainsi, celui qui refuse de s'améliorer, d'apprendre des réussites et des erreurs qu'il fait et que d'autres font, perdra en fin de compte ses clients et fera faillite ‒ mais ce n'est pas la faute des autres, c'est la sienne, et en fait c'est bien dommage à la fois pour lui et pour les autres qui n'auront plus ce concurrent utile pour se calibrer, en plus de profiter de ses innovations. La compétition entre concurrents est donc une coopétition, où tous bénéficient du libre choix, de la comparaison, de l'innovation, de l'imitation. 
 Dans un marché libre, nul n'« écrase » nul autre. L'hypothèse même de liberté du marché est que les droits de propriété de chacun des participants sont respectés. Certes, un producteur peut « perdre des parts de marché » au bénéfice d'un concurrent; mais ce n'est pas un vol, car nul ne « possède » de parts de marché, chacun doit les mériter à chaque instant. Et en fin de compte, chaque part de marché est un consommateur effectif ou potentiel, que chaque producteur s'il veut « conquérir » cette part de marché doit convaincre d'accepter volontairement son offre de service, parce qu'elle est non seulement bonne et préférable à refuser tout service, mais aussi meilleure que l'offre de tout autre concurrent.

En effet, pour chaque service, chaque consommateur possède le droit d'accorder sa clientèle au fournisseur de son choix, ou de ne l'accorder à personne, quitte à devoir produire le service soi-même ou s'en passer. C'est le principe même de la concurrence (nous y reviendrons). Ni perdre ni gagner de parts de marché n'est donc un effet garanti de la concurrence, et d'ailleurs comme les parts perdues par l'un sont gagnées par l'autre, il n'y a aucun effet macro-économique négatif ou positif à voir dans cet aspect « redistributif » du phénomène. Montrer du doigt comme scandale une partie d'un phénomène tout en en occultant la contrepartie nécessaire est un cas de sophisme anti-comptable typique des socialistes.

La métaphore guerrière, si elle peut motiver certains gestionnaires ou fleurir le langage de commentateurs, ne décrit donc ni la relation entre fournisseurs et clients, ni celle entre concurrents. Les socialistes sont obnubilés par le conflit, les jeux à somme nulle ou négative, seul paradigme qu'ils puissent comprendre; mais la folie destructrice est entièrement dans leurs propres cerveaux malades, et non pas dans le capitalisme qu'ils prétendent critiquer.

Si on veut voir l'effet de la concurrence, il faut voir comment elle modifie le comportement des acteurs. Ce qui est clair, c'est qu'elle force tous les producteurs à produire toujours plus, mieux et moins cher, et ainsi rendre davantage de services aux consommateurs pour un moindre coût macroéconomique. Certains socialistes proclameront que le résultat de cette amélioration est de réduire le marché total pour les producteurs et de les appauvrir, puisque le prix total des services existants diminue; mais comme toujours, il s'agit d'un sophisme anti-comptable. Car cet effet de la concurrence, d'avoir produit mieux et plus pour moins de ressources, a donc rendu disponibles toutes les ressources non dépensées, aussi bien du côté du producteur, que du côté du consommateur. Le producteur pourra rediriger ses ressources économisées vers de nouvelles activités, et le consommateur pourra rediriger ses ressources économisées pour acquérir le produit de ces activités. Quant à l'innovateur, il pourra engranger en récompense de son service rendu à l'humanité les bénéfices du coût diminué à prix de vente constant, jusqu'à ce que ses concurrents l'imitent et que les prix baissent en conséquence.

Encore une fois, la concurrence ne garantit aucunement qu'aucun producteur gagnera ou perdra ‒ sauf celui le plus habile à améliorer les choses pour toute l'humanité, ce qui est la seule chose que la concurrence garantit. En d'autres termes, la concurrence est un jeu à somme positive, par lequel davantage de services sont rendus, davantage de satisfactions sont apportées, les ressources dépensées diminuent, celles disponibles augmentent.

La « concurrence », gros mot dans la bouche des collectivistes, n'est pas autre chose que la liberté du consommateur, ce consommateur que les collectivistes passent leur temps à insulter; car ce consommateur est chacun d'entre nous, êtres humains. D'ailleurs le producteur aussi est chacun d'entre nous, sauf que le faramineux gain en productivité dû à la division du travail fait que nous produisons en gros une petite catégorie de services, alors que nous en consommons en détail une vaste variété. Si les hommes comprenaient qu'ils sont les consommateurs et producteurs visés par la propagande étatiste et victimes de l'action de l'état, et s'ils comprenaient que les soi-disant aides à certains producteurs consistent forcément à voler la majorité d'entre eux au bénéfice hypothétique d'une petite clique bien introduite, ils ne soutiendraient pas ces exactions. Mais c'est bien pourquoi l'état et les étatistes dépensent des ressources considérables à la propagande et au contrôle des esprits, du berceau à la tombe, via les programmes scolaires obligatoires écrits par des communistes, les médias à la botte sous peine de voir leurs subventions remplacées par un contrôle fiscal, etc.

Cette concurrence a de nombreux autres bénéfices, tous dynamiques: ces bénéfices seront incompréhensibles aux esprits « statiques » qui examinent la structure de production à un instant donné et font comme si elle était un état permanent; ils seront tout aussi incompréhensibles aux esprits « cinématiques » qui veulent bien voir des changements, mais refusent d'en voir les causes, les forces en présence, et préfèrent une interprétation mystique de ce changement comme progrès téléologique vers leur utopie, guidé par Dieu, par l'avant-garde du prolétariat, ou quelque force collective supérieure, mais en tout cas pas par les choix et actions de simples individus. Or, les bénéfices de la concurrence (et les travers de l'intervention politique) sont tous en termes d'incitations, de forces économiques s'exprimant à travers les choix des divers acteurs individuels.

Nous avons déjà vu l'incitation au progrès (économique, technique, social, organisationnel, etc.) que crée la concurrence; mais il y a aussi le signal du progrès contenu dans le prix des services et produits. Grâce à la libre concurrence, chaque producteur peut comparer sa performance à celle des autres producteurs à partir des prix publiés, des profits engendrés, etc., et peut similairement comparer les prix de ses fournisseurs, etc. La concurrence, via le système des prix, donne donc aux producteurs non seulement l'incitation à s'améliorer, mais aussi le moyen de mesurer l'amélioration, sans lequel il n'y aurait pas de rétroaction positive, seulement au mieux une marche au hasard. Quand la concurrence diminue, le signal du système des prix s'estompe puis disparaît, et les entreprises restantes ont plus de difficulté à s'améliorer; sur le long terme, ces entreprises souffrent de cette absence, comme tous, même si sur le court terme elles peuvent gagner en « parts de marché » ‒ car du fait de l'inefficacité du monopole, leur marché ne s'étendra pas aussi vite; or mieux vaut 10% de beaucoup que 90% de fort peu.

En effet, contrairement à ce que prétendent les socialistes pour justifier leurs vols, il n'y a pas un gâteau de taille donnée quelles que soient les actions des hommes, dont il s'agirait de « redistribuer » les parts (euphémisme pour le vol qu'ils proposent); au contraire, il faut chaque jour refaire du gâteau, et la production en augmentera ou diminuera selon les actions des hommes ‒ et les déprédations du monopole et sa bureaucratie contribuent largement à diminuer cette production. Si ces déprédations empêchent 5% de croissance chaque année en moyenne, au bout de quinze ans, cela fait une nation plus de 2 fois moins riche, au bout d'un demi-siècle, plus de 11 fois, au bout d'un siècle, plus de 131 fois moins riche ‒ largement de quoi compenser toutes les « pertes » en « part de marché », et toutes les « inégalités » dont « souffriraient » les « pauvres » qui ne le seraient comparativement plus (et effectivement, un « pauvre » d'aujourd'hui dans un pays capitaliste vit mieux qu'un roi, dans la plupart des nations, il y a quelques siècles). Mais bien sûr, dans un marché libre c'est aux créateurs que bénéficierait d'abord la croissance, alors qu'avec le monopole, ce sont les parasites qui gagnent, et ces parasites ne veulent surtout pas abandonner leur pouvoir et le luxe qu'il leur apporte ‒ en fin de compte, cette sélection de qui a le pouvoir est un autre effet dynamique important du choix entre capitalisme et étatisme.

Les socialistes font aussi surgir tantôt le spectre d'entreprises qui feraient sans cesse des profits monstres sans rien faire pour les mériter à moins que l'état ne grève leurs profits, tantôt le spectre opposé d'entreprises qui feraient faillite si l'état ne les aidait pas. Ils ne se rendent pas compte que ces deux menaces fantômes sont mutuellement contradictoires, parce qu'en fait peu leur importe: leur but n'est pas de développer une théorie sociale cohérente, mais de faire feu de tout bois pour « combattre » le capitalisme (toujours le paradigme de la guerre, du jeu à somme négative) et justifier toujours davantage de pouvoirs étatiques. Or, les profits et les pertes tous deux sont des phénomènes sains: les uns récompensent ceux qui créent des richesses, qui prévoient quels investissements seront utiles, et les seconds punissent ceux qui détruisent des richesses, qui font des mauvais choix d'investissement. Taxer les uns pour aider les seconds, c'est décourager la création de richesse et encourager sa destruction; c'est bénéficier aux grandes banques complices de l'état qui sauront prendre des risques absurdes et privatiser leurs profits en nationalisant leurs pertes; c'est forcer des producteurs inefficaces à continuer de détruire des richesses, de maintenir des travailleurs dans des emplois absurdes (ou pire, des non-emplois) qui leur sucent la vie et en détruisent le sens. Bref, c'est appauvrir tout le monde, non seulement matériellement, mais ce qui est bien pire, spirituellement. Alors que la concurrence sur un marché libre au contraire, régénère l'homme spirituellement, lui donnant une boussole qui lui indique comment il peut se servir soi-même en servant l'humanité, alignant ainsi les incitations dans une plus grande harmonie sociale.

La faillite est saine. Les socialistes agitent le spectre de la faillite pour justifier le « sauvetage » de grandes banques et autres entreprises privilégiées; ce par quoi ils désignent en fait un transfert de fonds volés aux contribuables, soi-disant « dépense publique », que font les politiciens pour garnir les comptes en banque de leurs grands amis les plus mauvais gestionnaires. À écouter les lamentations des socialistes, on pourrait croire qu'une faillite consiste à fusiller les employés, dynamiter les usines, abandonner les clients et créanciers, et faire un bûcher de tout le capital de l'entreprise faillie. Or, il s'agit tout du contraire: Dans un système capitaliste, la faillite ne consiste par à détruire les ressources, mais à les sauver, à les rendre disponibles, à les enlever des mains incompétentes de leurs dirigeants actuels pour les confier à de nouveaux dirigeants qui sauront les sauver en leur donnant de nouvelles directions, créatrices plutôt que destructrices. Les employés perdent certes leur salaire, mais ils sont aussi libérés de leur obligation de travailler tous les jours pour cette entreprise contre-productive, et peuvent ainsi trouver ailleurs un emploi plus productif et donc mieux payé. De même, les machines, les matières premières, les inventions, les relations clients, etc., si elles valent toujours quelque chose, pourront être reprises par de nouveaux entrepreneurs. Peut-être même une partie des employés pourront-ils continuer de travailler sur le même projet, s'ils rendent un service utile, contrairement au reste de l'entreprise. Quant aux créditeurs (y compris les clients non servis), s'ils ne pourront pas être complètement remboursés (sinon, l'entreprise n'aurait pas à faire faillite), du moins ils pourront recevoir une compensation partielle d'autant plus importante que la faillite aura lieu plus tôt, au lieu d'avoir été différée.

C'est au contraire l'intervention de l'état qui, en dépouillant les producteurs pour alimenter des prédateurs, assure que les ressources immobilisées par l'entreprise en faillite continueront d'être gâchées, dans une orgie de destruction. Plus longtemps l'entreprise en faillite est maintenue dans sa configuration destructrice, plus s'étendra son passif, plus diminueront les chances d'une reprise favorable à la préservation des emplois existants ‒ moins des investisseurs voudront s'embarrasser des dettes accumulées, de l'esprit négatif d'employés qui croient que tout leur est dû et veulent continuer sans changement une activité condamnée, etc. Là où une faillite rapide permet une réallocation efficace du capital, et une préservation d'une fraction productive de l'activité terminée, une lente agonie prolongée par l'état assure la destruction complète du capital et la dissolution de l'entreprise tout entière.

Plus les acteurs d'une entreprise en faillite (dirigeants, actionnaires, travailleurs, etc.) persévèrent dans leur activité improductive, au lieu de se convertir aux nouvelles activités productives automatiquement rendues possibles par cette concurrence, plus ils sont des zombies qui vivotent sans objet aucun. L'état, quand il intervient pour prolonger une telle agonie, loin d'aider ni les employeurs, ni les employés, ni les clients, ni les fournisseurs, ni une économie abstraite désincarnée ne correspondant à aucun des précédents, ne fait que les maintenir dans cette état sous-humain, où les employeurs et employés sont privés de la dignité de gagner leur vie par leur propre activité mais sont transformés en parasites, où les fournisseurs restent en sursis d'une faillite, où les clients doivent se satisfaire d'un produit trop cher ou mal adapté. Une telle intervention n'est que pure destruction. Notons qu'un homme d'affaires qui ferait un mauvais investissement dans une telle entreprise aurait lui aussi le même effet délétère ‒ mais il serait puni par la perte de ses capitaux, et ou bien apprendrait à faire mieux, ou bien disparaîtrait bientôt du marché pour laisser place à ses meilleurs. Un homme politique qui prétend « sauver » une entreprise en faillite fait porter le poids de cette destruction sur les contribuables, tandis que lui savoure du caviar dans des salons à la mode, aussi aux frais du contribuable ‒ et, rendu populaire par les médias et réélu, continue à détruire de plus belle. Comme le dit Achille Tournier: « La politique est le seul métier qui se passe d'apprentissage, sans doute parce que les fautes en sont supportées par d'autres que par ceux qui les ont commises ».

Un autre spectre agité par les socialistes contre la concurrence est celui d'un monopole de fait vers lequel tendrait présumément tout marché libre, comme solution duquel ils proposent ou un monopole de droit, ou de façon plus subtile mais en fait équivalente, des réglementations écrasantes. Or, le monopole de droit comme solution à la peur d'un monopole de fait, c'est encore une fois la certitude du pire comme remède absurde au risque du mal: car le pire possible imaginable que cette liberté apporterait (si par quelque anti-miracle la dynamique de concurrence jouait à l'envers) serait qu'un monopole émerge temporairement, et que la « solution » proposée consiste précisément à établir de façon permanente cette pire de toutes les résolutions. Les réglementations sévères n'ont pour effet que d'exclure la concurrence, d'élever des barrières empêchant les petites entreprises et autres nouveaux venus d'entrer en concurrence, et de développer des bureaucraties aussi malsaines que puissantes au sein des entreprises autant que dans les administrations censées les surveiller, impliquant de vastes déséconomies d'échelle dont le public pâtit.

« Malheureusement, le nom d'“économiste” a depuis l'époque de Bastiat été largement (mais pas complètement) volé par des statisticiens étatistes et autres numérologues économétristes, qui nient les principes de base de l'économie (prétendument dépassés) pour défendre les interventions violentes de l'état, jeux à somme négative dont ils sont (ou du moins se croient) les bénéficiaires. »

On pourrait continuer, et continuer pour longtemps, pour déconstruire encore et toujours des thèses étatistes farfelues chaque fois recommencées comme si on n'avait rien prouvé. Après avoir identifié l'erreur, il est important d'aller au cœur du problème. Les socialistes chaque fois agitent un épouvantail, font valoir la peur de l'incertain avec comme remède la certitude du pire; chaque fois, ils font mousser l'envie contre ceux qui réussissent et les bas instincts tribaux de ceux qui se vautrent dans l'incapacité à produire leur subsistance via l'échange volontaire; chaque fois, ils veulent ne voir la société que comme une lutte, un jeu à somme négative, et vouent un culte à la violence écrasante comme solution miracle à tous les problèmes; chaque fois ils n'envisagent le monde qu'à travers une vision émotionnelle statique, non seulement ignorants de la dynamique causale de l'action humaine, mais à rebours de toutes les lois de cette dynamique; chaque fois, ils agitent la main douce par laquelle l'état dispenserait ses bienfaits bien visibles, et se gardent de montrer la main rude par lequel l'état, subrepticement mais nécessairement, leur fait dans le noir des misères plus grandes que ces bienfaits, jeu à somme négative oblige; chaque fois, par un tour de passe-passe ils font croire aux masses ignorantes qu'elles sont bénéficiaires de l'intervention de l'état, alors même que seule une toute petite minorité de ces socialistes est effectivement bénéficiaire, et que la masse des hommes est nécessairement exploitées par cet état.

Du début à la fin, c'est une escroquerie, et toute la logique du monde ne suffira pas à la faire cesser; à la racine du problème, c'est d'une psychothérapie qu'ont besoin les victimes, une mise à jour improbable de leur logiciel (voire matériel?) mental. La peur de l'inconnu, l'envie du succès d'autrui, la haine de l'Autre, la paresse à gagner honnêtement sa vie, une solution si facile (la force) qu'un enfant la comprendrait, la propagation de traumatismes violents issus de temps barbares pas encore révolus, la facilité émotionnelle de se sentir automatiquement dans le camp des gentils, le confort du conformisme bien-pensant, le refus de la responsabilité des décisions passées rejetée sur ceux qui ont réussi, le refus de la responsabilité des décisions futures rejetée sur une entité censément supérieure, la bassesse de s'aplatir devant une entité censément supérieure, l'évasion de la difficulté de raisonner, voilà les ficelles psychologiques sur lesquelles repose le socialisme, qu'il faut rompre toutes pour libérer chaque individu. Bien sûr, la plus solide n'est pas la même dans chaque cas, et certains individus ont noué un nœud si étroit qu'ils ne s'en sortiront jamais. Citons donc pour conclure Charles Mackay: « Les hommes, a-t-on bien dit, pensent en meute; on verra qu'ils perdent la raison en meute, mais ne retrouvent leurs sens que lentement, un par un. »

9. Remontant au moins à Bastiat, l’expression «  harmonie des intérêts  » est devenue un leitmotiv de la science économique. Elle ne laisse pas de susciter le mépris et la moquerie d’un grand nombre de savants car ils y voient la formulation d’un dogme naïf, niais et obsolète.

Ludwig von Mises s’exprime en ces termes au sujet de l’harmonie: «  Parce que beaucoup de gens, et même tous, désirent du pain, des vêtements, des chaussures, et des autos, la production en masse de ces biens devient réalisable et elle réduit les coûts de production au point qu'ils deviennent accessibles à peu de frais. (…) Tel est le sens du théorème de l'harmonie des intérêts bien compris de tous les membres d'une société de marché. Quand les économistes classiques ont fait cette affirmation, ils essayaient de souligner deux points: d'abord, que tout le monde est intéressé au maintien de la division sociale du travail, système qui multiplie la productivité des efforts humains. Secondement, que dans la société de marché, la demande des consommateurs dirige en dernier ressort toutes les activités productrices.  »

Ceci vous paraît-il un bon résumé, exhaustif et complet, du procès de l’harmonisation des intérêts dans la société de marché? Aimeriez-vous insister sur certains points éventuels non abordés par cette citation? Comment expliquer, selon vous, que le théorème de l’harmonie suscite à ce point la raillerie et la consternation?


Je partage totalement le point de vue de Bastiat et de Mises sur ce sujet: l'harmonie des intérêts humains est la condition nécessaire et suffisante de l'existence de toute société. Si une société existe, c'est nécessairement que les humains ont dans l'ensemble un intérêt à coopérer qui dépasse celui à s'affronter. Si les humains ont plus intérêt à coopérer qu'à s'affronter, alors ils s'organisent naturellement en société. Or, par définition même, la coopération, jeu à somme positive, vaut mieux que l'affrontement, jeu à somme négative ‒ et la possibilité de constamment améliorer cette coopération est la caractéristique même de l'homme: le langage qui permet de négocier des accords arbitraires, le respect de la parole tenue et le Droit qui permettent de projeter la coopération à travers le temps, la science qui permet de se mettre d'accord sur des choses mesurables toujours plus élaborées, etc., sont les outils mentaux qui font de l'homme un animal non seulement social, mais méta-social, capable de redéfinir la société vers toujours plus de coopération ‒ ou, malheureusement, quand il est victime de biais erronés systématiques, vers de moins en moins de coopération dans les domaines où s'étend l'erreur.

Cette harmonie des intérêts humains n'est donc rien d'autre que le phénomène social même, considéré sous le point de vue de la dynamique causale, le point de vue des économistes. Malheureusement, le nom d'« économiste » a depuis l'époque de Bastiat été largement (mais pas complètement) volé par des statisticiens étatistes et autres numérologues économétristes, qui nient les principes de base de l'économie (prétendument dépassés) pour défendre les interventions violentes de l'état, jeux à somme négative dont ils sont (ou du moins se croient) les bénéficiaires. De nos jours, seule l'école économique dite « autrichienne », et divers autres économistes libéraux, continuent la tradition des économistes classiques, depuis sa naissance jusqu'à l'invasion des suppôts de l'état au cours du XIXème siècle, placés dans les nouvelles universités publiques pour enseigner leur version dévoyée de la science économique.

Quant au second point formalisé par Mises, que Bastiat avant lui défendait inlassablement, il est une affaire de logique dynamique: de la consommation et de la production, laquelle est le but de l'autre, laquelle est le moyen de l'autre? Préféreriez-vous pouvoir consommer sans produire, ou produire sans consommer? La réponse est évidemment que la production est le moyen de la consommation, et que les choix qui mènent à dépenser plus d'efforts pour obtenir moins de satisfactions sont absurdes. Or c'est exactement ce en quoi consistent le protectionnisme, les subventions aux entreprises en détresse, l'exclusion de la concurrence sur certains services via prohibitions et « réglementations », et en fin de compte, toutes les interventions de l'état sur l'économie. Bien sûr, les castes dominantes, contrairement à celui de l'ensemble de la société, bénéficient de ces jeux à somme négative, et donc de leur point de vue, ces choix et ces interventions mènent à leur obtenir d'immenses satisfactions pour relativement peu d'efforts ‒ et c'est pourquoi ils font tout pour préserver leur pouvoir, y compris assommer les victimes par une propagande constante ‒ et tant qu'à faire croire soi-même à cette propagande qui fait d'eux des gentils plutôt que des méchants, ce qui est bon à la fois pour tromper les victimes et flatter pour leur propre égo. Si la société est par essence indissociable d'une harmonie générale des intérêts humains, l'état à l'opposé est donc indissociable d'un antagonisme irrémédiable entre dominants vivant de la violence et dominés forcés de leur payer tribut. Or, il est essentiel à l'état moderne d'utiliser la tromperie comme multiplicateur d'une force nécessairement moindre que celle du reste de la société s'il pouvait s'organiser; railler les théories qui expliquent la nature de l'harmonie sociale et par contraste celle de l'antagonisme politique, est donc une tâche nécessaire de toute propagande étatiste.

Cet antagonisme politique est au mieux un prix à payer, un défaut de la structure forcément imparfaite de la coopération humaine, un reliquat d'époques encore plus barbares que la nôtre, un mal qui n'a pas encore été résorbé car il n'est pas le sujet le plus urgent, quand la coopération peut s'améliorer plus vite par le progrès technique que le progrès moral. Au pire, c'est un parasite dangereux et mortel, dont l'humanité aura du mal à se débarrasser, et qui risque de la faire sombrer dans une conflagration mondiale de trop. Mais aussi destructeur et dangereux soit cet antagonisme, il reste un phénomène secondaire derrière celui de l'harmonie qui fonde la société ‒ car, menant une existence parasite, il ne peut se nourrir de ce que la société crée, et ne peut jamais détruire plus qu'il n'a été construit. Et pourtant, elle tourne: la civilisation est forcément plus créatrice que destructrice; la plupart des hommes vivent honnêtement et productivement, cependant que seule une minorité peut vivre de spoliation légale ou illégale. Du moins le progrès immense effectué en quelques siècles, grandissant toujours plus vite, est témoin que c'est bien le cas. La décadence et la chute attendent les sociétés pour lesquelles ce n'est plus le cas et qui, espérons-le, laisseront la place à des sociétés plus saines; mais tant que ces sociétés tiennent encore, c'est que la coopération est un phénomène prépondérant sur l'agression ‒ ou du moins que le capital matériel et moral accumulé et construit par la coopération des générations passées n'a pas (encore) été complètement dilapidé ou détruit par le socialisme.

Pour finir, je dirais qu'il n'y a bien sûr pas de résumé exhaustif ni complet du phénomène social, ni donc des controverses à son sujet. La société consiste en l'interaction de milliards d'individus, alors que « tous » les détails du comportement ne serait-ce que d'un seul individu, si même il était possible de tous les mesurer simultanément les sans modifier, dépasse et de loin non seulement l'entendement d'aucun individu, mais aussi celui de tous ces individus mis ensembles, cet entendement étant un petit sous-ensemble des mêmes détails qu'il lui faudrait prendre en compte. Il est impossible de représenter fidèlement tous ces détails, encore moins les comprendre. La formation de concepts synthétiques et abstraits est donc une nécessité de toute science sociale, voire de toute science en général. Mais là se trouve aussi l'occasion d'une erreur essentielle, celle de prétendre que certains concepts abstraits ont une vie propre par-delà la description des phénomènes qu'ils résument et en contradiction avec ces phénomènes. C'est l'animisme, la volonté de voire une « âme », une intention, un « plus » qui ne soit pas une propriété intrinsèque des phénomènes sous-jacents étudiés, mais une cause extrinsèque venue d'un « en haut » sacré. Alors que les libéraux comprennent que l'ordre social émerge des comportements individuels, les socialistes et autres étatistes veulent personnifier un « tout » préexistant indépendamment duquel dériverait l'ordre. Cette pensée magique leur dispense d'étudier la réalité de l'action humaine comme une science, et leur fait concevoir le monde comme un argile malléable soumis à la volonté arbitraire d'un pouvoir venu d'en haut dont les détenteurs ne seraient que les messagers de l'entité collective prétendue.

Sur la notion d'émergence d'ordre abstraits élaborés à partir de comportements individuels élémentaires plus simples, outre les classiques libéraux, on pourra lire les très beaux livres de Douglas Hofstadter et de Daniel C. Dennett, qui expliquent l'émergence de l'intelligence à partir de comportements neuronaux plus simples, combien même les auteurs sont paradoxalement de tendance socialiste eux-mêmes (par tribalisme d'universitaires?) n'ayant pas su appliquer leurs concepts à l'échelle d'une économie. Hofstadter comprend que des forces fondamentales de la physique, aux particules élémentaires, aux atomes, aux molécules, à la biochimie, à l'organisation cellulaire, à l'interaction entre neurones, à des activités correspondant à des sensations élémentaires, à des idées concrètes ou abstraites, à des enchaînements d'idées, à des pensées abstraites, à des raisonnements qui manipulent et comparent ces pensées, etc., il y a à chaque fois des niveaux d'abstraction qui ne peuvent ni contredire les niveaux plus bas, ni même apporter des informations supplémentaires à celles représentées pas ces niveaux plus bas.

De même, les meilleurs informaticiens comprennent l'architecture des ordinateurs numériques, du transistor, à la porte logique, au microprocesseur, à la convention d'appel des registres, à la machine virtuelle d'un langage de programmation, à la sémantique formelle de ce langage, à la sémantique de l'application écrite dans ce langage, au programme tel qu'écrit par le programmeur dans le langage source, au programme tel que conçu dans un langage dédié effectif ou conceptuel, à l'interaction avec l'utilisateur, aux activités humaines dont cette interaction participe; et ils voient que chaque niveau est une abstraction des niveaux plus bas et une implémentation des niveaux plus hauts, sans qu'à aucun moment il ne puisse possiblement y avoir de contradiction entre niveaux différents ‒ même s'il peut y avoir contradiction entre ce que l'auteur voulait faire et ce qui a été réalisé, lequel bogue se propage vers les niveaux supérieurs qui du coup ne correspondent plus non plus à ce qu'ils prétendaient être, étant basés sur une carte qui ne décrit pas fidèlement le territoire. (Dijkstra remarque que les informaticiens sont uniques dans le nombre de niveaux d'abstraction différents mais ainsi liés les uns aux autres qu'ils manipulent au cours d'un même projet; cela devrait les aider à comprendre le concept d'émergence. Par contre, ce qui ne les aide pas à comprendre ce concept, leurs niveaux d'abstraction sont des objets rigides plutôt que des concepts fluides, ce qui les rend à la fois plus expressifs et plus fragiles.)

Un économiste authentique de même verra que la société émerge des actions individuelles, et qu'il n'y a pas de force supérieure magique extérieure à la société qui fait régner l'ordre, seulement des forces internes à cette société; et qu'aucun phénomène ne peux apporter un « plus » qui viole les principes des phénomènes sous-jacents, ces phénomènes-là étant constitutifs de celui-ci. Ainsi les biens réels hommes de l'état, qui vivent d'employer la force ou de menacer de l'employer, n'ont pas d'effet magiquement positif quand chaque élément de violence mis en œuvre a un effet négatif. Non seulement ils ne sont ni supérieurs ni extérieurs, ils sont véritablement la lie de la société, des sociopathes sans scrupules, et qui introduisent non pas l'ordre mais le désordre. L'ordre, le vrai, naît de l'harmonie des intérêts des hommes à coopérer entre eux dans des jeux à somme positive. 

Par François-René Rideau,

François-René Rideau est un informaticien français. Parmi les sites qu'il anime, Bastiat.org est consacré à l'oeuvre de l'économiste libéral Frédéric Bastiat, Le Libéralisme, le vrai contient ses essais, et Cybernéthique est son blog apériodique. 

Via QL, propos recueillis par Grégoire Canlorbe 









D) Entretien avec François-René Rideau sur l'égalitarisme, le socialisme et la démocratie
 
10. On entend souvent dire que la division du travail, au fur et à mesure qu’elle gagne du terrain, implique l’accroissement des inégalités sociales. Les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres deviennent de plus en plus pauvres, au point qu’une nouvelle aristocratie voit le jour: l’aristocratie des capitaines d’industrie, des actionnaires et des banquiers.

Ce point de vue était notamment défendu par Tocqueville. Je lui laisse la parole:
« À mesure que le principe de la division du travail reçoit une application plus complète, l'ouvrier devient plus faible, plus borné et plus dépendant. L'art fait des progrès, l'artisan rétrograde. D'un autre côté, à mesure qu'il se découvre plus manifestement que les produits d'une industrie sont d'autant plus parfaits et d'autant moins chers que la manufacture est plus vaste et le capital plus grand, des hommes très riches et très éclairés se présentent pour exploiter des industries qui, jusque-là, avaient été livrées à des artisans ignorants ou malaisés. Ainsi donc, dans le même temps que la science industrielle abaisse sans cesse la classe des ouvriers, elle élève celle des maîtres. Qu'est-ce ceci, sinon de l'aristocratie? L’aristocratie manufacturière de nos jours, après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir. » (De la Démocratie en Amérique, Tome II, deuxième partie, chapitre 20.)
Que vous inspirent ces propos de Tocqueville?

La première remarque que ces propos m'inspirent est que le culte que certains libéraux font à Tocqueville est tout à fait exagéré. Si Tocqueville avait effectivement le goût de la liberté, et si sa finesse d'esprit lui a permis à la fois de voir et d'exprimer certaines choses que d'autres n'ont pas su voir et dire avant lui, il n'était décidément pas un libéral très conséquent ni très érudit. C'est donc un auteur sympathique et éclairant, mais certes pas une autorité d'aucune sorte ni un modèle à suivre, et surtout pas pour ses théories, qui ne valent pas grand-chose, contrairement à ses observations, qui elles valent beaucoup. Il n'en est donc pas un porte-parole des idées libérales, qu'il n'a d'ailleurs jamais prétendu être. Que d'aucuns ne trouvent pas d'étendard meilleur que lui en dit plus sur la pauvreté d'esprit de ceux-là que rien sur Tocqueville, auteur méritant d'être lu, même si avec une pincée de sel. S'il faut un porte-parole du libéralisme en France à la moitié du XIXème siècle, prenons plutôt Bastiat à la place, homme à la fois de plume et d'action, qui a non seulement une compréhension profonde des principes mais aussi un verbe clair agrémenté d'un brin d'humour.

Quant à la substance du débat, il en reste trois points: d'une part une exhortation à l'égalité, revendication socialiste par excellence, et aussi absurde que tout le socialisme; d'autre part l'affirmation socialiste non moins typique et absurde que la liberté économique aboutirait à rendre les riches plus riches et les pauvres plus pauvres; enfin, une dénonciation d'une soi-disant « aristocratie » économique par analogie avec le pouvoir effectivement néfaste de la ci-devant aristocratie politique.

Réglons son compte à l'égalitarisme

J'ai écrit plusieurs articles sur le sujet de l'égalité, ce miroir aux alouettes absurde, corruption de la justice par un émotionnalisme envieux: dans « Universalité et non pas "égalité" », je démonte le faux concept de soi-disant égalité des droits, qui n'est qu'un prétexte pour justifier le pouvoir arbitraire des puissants, et je le remplace par le vrai concept d'universalité du Droit naturel; dans « John Rawls, ou le socialisme diabolique », je démonte les escroqueries intellectuelles du soi-disant plus brillant philosophe égalitariste du XXème siècle, en fait filou soviétoïde tendance NEP, un socialiste cupide; et dans « Socialist Fable » (en anglais), je dénonce son successeur nobélisé le tout aussi totalitaire bon teint Amartya Sen. Il est décidément facile de faire de la propagande socialiste quand on est riche à millions dans une tour d'ivoire.

Sauvons d'abord ce qui peut et doit être sauvé. François Guillaumat a systématisé cette idée de sauver les concepts: identifier ce qui, dans une escroquerie intellectuelle, est l'hameçon de vérité, par lequel les victimes se laissent attraper, et par lequel elles peuvent être rescapées; le bébé à ne pas jeter avec l'eau du bain – ou plutôt, avec l'eau du marais et ses alligators. En effet, si vous n'offrez pas de planche de salut à ceux dont vous dénoncez les idées criminelles, si en acceptant vos explications, ils n'avaient d'autre recours que de s'identifier soi-même à des criminels ou à des idiots, alors, ils ne feront que s'attacher davantage à leurs idées délétères; ils préféreront ignorer vos arguments, se réfugier dans l'identification tribale à leur Nous, supposé camp du bien, et vous rejeter par un anathème dans l'Autre, maudit camp du mal. Si au contraire, vous expliquez quel est ce point de départ positif que vous reconnaissez à l'autre, ce fond honnête sur lequel reposent leurs opinions, et expliquez comment ce fond a été corrompu, travesti, parasité par une idéologie criminelle; si vous accordez à votre interlocuteur le statut de victime honnête plutôt que d'escroc malhonnête; si vous leur permettez de conserver et respecter tout l'engagement émotionnel qu'ils ont eu en l'ancrant dans ce cœur conceptuel valide; si vous leur permettez de rediriger cette énergie positive, du piège mortel où l'a détourné le parasite mental du socialisme vers la vie que leur offre le libéralisme; alors ils pourront, plus facilement, vous écouter, et rentrer dans le droit chemin. François Guillaumat préfixera donc systématiquement du mot pseudo- le concept faussé par le socialisme; et il utilise le mot sans préfixe, ou parfois qualifié de vrai, pour préciser le concept sauvé. On pourrait même parler de pseudo-socialisme, si on voulait prendre la peine de sauver ce qu'il y a à sauver dans le socialisme; mais vu que le mot n'est jamais employé que dans un sens déjà corrompu, dont il n'y a pas grand-chose à sauver, nous laisserons (pour l'instant) cette tâche à d'autres.

Ainsi, derrière le pseudo-concept d'égalité, il y a un cœur de concept valide; je peux même identifier deux concepts valables, tous deux effectivement rattachés à la notion de justice, qui sont confondus et dénaturés dans le pseudo-concept d'égalité. Il y a d'une part le concept d'universalité du droit, et d'autre part le concept d'équité dans la distribution de gains ou de pertes.

Je ne m'attarderai pas longtemps sur le concept généralement accepté quoique rarement bien compris d'universalité du droit. Je l'ai déjà discuté dans mon article « Universalité et non pas "égalité" ». Mais dirai quelques mots sur la façon dont il est dénaturé. L'universalité du droit, c'est le méta-principe selon lequel le droit se fonde sur des principes universels qui s'appliquent en tout temps, en tout lieu et pour toute personnes. En fait, ce n'est rien d'autre que le principe selon lequel la justice se fonde sur la raison et la reconnaissance que les arguments ad hoc sont fallacieux. La justice c'est la paix. Dans une discussion pour déterminer un accommodement qui satisfera les parties en présence (ou du moins qui ralliera derrière lui ceux qui sinon s'allieraient à l'une des parties en conflit) seuls les arguments rationnels sont des outils pacifiques à même de ramener la paix. En dehors de la raison, il ne reste que la force et la tromperie, qui sont la guerre, donc le contraire même de la paix qui est l'objet de la justice.

La soi-disant « égalité en droit » est un faux concept, car le droit consiste précisément à arbitrer des différends entre deux parties différentes qui ne sont par hypothèse jamais égales et surtout pas interchangeables; si les deux parties étaient égales, le sort du procès serait indifférent et on le réglerait plus vite aux dés que devant une cour. Les hommes sont partout différents, mais la raison, et donc le droit, est partout la même – c'est le droit qui est égal à lui-même. L'expression « égalité en droit » est une façon au mieux fort maladroite, et trop souvent délibérément trompeuse, d'invoquer le principe d'universalité du droit, et de le subvertir comme faux prétexte à l'égalitarisme.

L'autre concept dénaturé par les égalitaristes est celui d'équité: dans une négociation, dans l'arbitrage d'un différend, quand il s'agit de distribuer de gains ou autres biens disputés entre plusieurs parties, la solution juste est de les répartir en proportion des titres légitimement revendiqués, mesurés et reconnus de part et d'autre. Or, en l'absence partielle ou totale de tels titres, ou d'autre aulne mutuellement accepté proportionnellement auquel établir les parts, on pourra arbitrairement décréter comme égales les parts du résidu. Cette égalité des parts peut alors se justifier comme point de Schelling sur lequel fonder un équilibre pacifique; et celui qui voudrait sans justification s'écarter de cet équilibre se frotterait à la résistance légitime des autres parties.  

Mais notons bien qu'alors cette égalité des parts n'est pas un principe qui s'impose par-dessus toute autre considération; c'est au contraire une position de repli, un principe par défaut, qui ne se substitue pas aux autres critères de partage, et ne les éclipse pas, mais fournit un ultime moyen de départage en leur absence. Elle ne vaut que quand toutes les autres revendications ont été prises en compte, qu'après avoir épuisé tout autre principe, que dans l'ignorance de facteurs supplémentaires, que dans la présomption d'invalidité des revendications ou accusations qui n'auront pas été établies. C'est pourquoi dans un différend entre un voleur et sa victime, il ne viendrait pas l'idée d'accorder la moitié du butin au voleur, et ne rendre que la moitié à la victime. Entre le propriétaire innocent et le plaintif malveillant qui voudrait utiliser la force publique pour le dépouiller à coup d'accusations frauduleuses, on ne récompense pas systématiquement le calomniateur à chaque fois à hauteur de la moitié des sommes qu'il revendique. Dans la répartition de gains entre associés, il ne viendrait pas l'idée de donner autant à chacun, quand certains ont contribué beaucoup et d'autres presque rien. Dans une transaction commerciale déjà conclue, il ne viendrait pas l'idée de revenir sur le prix mutuellement accepté pour déterminer le profit (ou la perte) que chacun aurait fait dans la transaction et partager ce profit (ou cette perte) en deux.

Dans son œuvre empoisonnée dont j'ai analysé les grandes lignes, le pseudo-libéral Rawls invoque fameusement un « voile d'ignorance » comme un tour de passe-passe pour renverser l'ordre de priorité entre critères de justice: il invite le lecteur à s'imaginer en philosophe-dieu devant choisir la répartition des biens et des jouissances entre membres d'une société, avant de s'y incarner « au hasard », mais avec une distribution de hasard que Rawls focalise autour du sort plus mal loti. Acceptons un instant comme exercice la prémisse contrefactuelle que Rawls ou ses lecteurs aient des pouvoirs divins ou puissent sérieusement se l'imaginer; mettons momentanément de côté le tour proprement diabolique (que j'ai examiné ailleurs) par lequel tous sont projetés sur le cas le pire, permettant au diable de gagner à tous les coups plutôt que de ne jouer qu'une seule fois. Oublions l'arbitraire total par lequel l'intellectuel aux bottes du pouvoir définit à son gré qui fera ou ne fera pas partie de l'ensemble des plus mal lotis, et quelles interventions justifier en leur nom. Il reste encore l'escroquerie intellectuelle de vouloir forcer un choix dans des décisions de justice dans l'ignorance volontaire de toutes les circonstances particulières qui sont censées informer la décision! Pour autant que le philosophe-dieu dusse choisir à l'avance d'une règle de décision, la solution évidente est que cette règle consistera à examiner les faits particuliers disponibles au moment du choix final plutôt que d'en faire abstraction. (Un informaticien dira que la décision sera calculée dynamiquement au moment de l'exécution, plutôt que d'être une constante décidée statiquement au moment de la compilation. Un logicien prendra soin de ne pas inverser l'ordre de quanteurs existentiels et universels du moins sans remplacer les symboles existentiels par des fonctions de Skolemisation.)

S'il fallait prendre l'argument général de Rawls au sérieux – que le premier philosophe venu peut décider arbitrairement quelle information est ou n'est pas utilisable par un juge dans une décision d'importance vitale –, on pourrait tout autant exiger d'un docteur qu'ils recommande un traitement sans rien savoir du patient, ou d'un guide qu'il choisisse le chemin à prendre sans savoir ni où il est ni où il va. Et en choisissant d'avance de façon toute aussi arbitraire quelle autre information un philosophe-dieu pourrait ou ne pourrait pas utiliser pour prendre des décisions, on pourrait éliminer toute information cruciale que l'on voudra; mais notons que cela ne pourra jamais favoriser que les coupables et imméritants au détriment des innocents et des méritants. Rawls veut rendre interchangeable le coupable et l'innocent, l'agresseur et la victime, le travailleur et le paresseux, le chercheur (ou chasseur) qui trouve et celui qui rentre bredouille, etc. Derrière les tours de prestidigitation intellectuelle, tout cela n'est en fin de compte qu'un prétexte pour subvertir les principes de toute justice, et draper l'injustice du nom de justice. Ayn Rand écrit « il n'y a rien de si injuste que de donner ce qui n'est pas mérité » – c'est d'ailleurs la définition même de l'injustice.

J'ajouterai que le pseudo-concept d'égalité est typique de la pré-pensée statique: échec à se projeter dans le temps, ce pseudo-concept d'égalité est en fait d'une iniquité grotesque quand on examine ses effets intergénérationnels. Considérer à chaque instant que tous les humains vivants sont égaux, malgré la diversité flagrante de leurs comportements et de leurs résultats, c'est donner un poids disproportionné aux familles de ceux qui se reproduisent de façon irresponsable et que d'autres devront nourrir, aux dépens de ceux qui travaillent et ne se reproduisent qu'ayant assuré l'avenir de leur progéniture. Sans que les prudents aient rien fait pour démériter, et sans que les imprudents et impudents aient rien fait pour rien mériter, voilà que les plus responsables se retrouvent à devoir travailler à jamais pour les plus irresponsables. Outre l'injustice flagrante, on voit aussi l'effet dysgénique délétère d'une telle politique qui, de génération en génération, favorise chaque fois les plus irresponsables. En termes techniques, le socialisme promeut la r-stratégie de ceux qui se reproduisent le plus vite possible comme des lapins, qui plus est aux frais d'autrui comme des coucous, et pénalise la K-stratégie de ceux qui visent pour leur progéniture et pour l'humanité la qualité plutôt que la quantité. Ainsi, là où règne le socialisme, les producteurs effectifs se retrouvent proprement cocus, au profit d'une nouvelle caste de parasites.

Notons que même en niant l'évidence que tous ne sont pas aussi productifs que les autres, ou la justice de ne pas leur voler les fruits de leur travail, il reste que ceux qui sont plus frugaux ou plus prévoyants, qui consomment moins aujourd'hui, se voient dénier le droit de consommer plus tard les fruits de leur travail, que d'autres consomment aujourd'hui et font des enfants pour consommer demain. Dans la logique socialiste, les frugaux forfont leurs droits à consommer au nom de les empêcher de posséder individuellement quel capital que ce soit. Or, bien sûr, il faut un aveuglement volontaire singulier pour ignorer que tous ne sont pas aussi productifs. Ceux qui ont individuellement ou collectivement inventé, construit et utilisé des machines ou des techniques d'organisation qui permettent à un homme seul ou un groupe d'hommes de faire ce que des centaines de fois plus d'hommes faisaient auparavant (ou étaient incapables de faire) sont évidemment des centaines de fois plus productifs que ceux qui, par paresse, abrutissement, manque de vision, ou à cause de l'oppression qui leur est imposée, n'ont pas su ou pas pu créer ces machines, et continuent d'œuvrer à l'ancienne. Les créateurs de ces outils manuels mêmes sont plus productifs que ceux utilisant des outils plus primitifs voire pas d'outil. Les machines, les techniques d'organisation, sont un capital, qui a dû être créé par des individus plus prévoyants et meilleurs dans leurs prédictions que ceux qui ont failli à les créer, voire ont consommé tout ce qu'ils possédaient; et le travail sauvé par ce capital est libéré pour être mieux employé ailleurs, enrichissant ainsi l'humanité. Mais les socialistes veulent dépouiller les créateurs et les prévoyants de tout capital, par haine de tout capital individuel, par rage de tout collectiviser.

Les socialistes veulent ignorer que leur monopolisation « nationale » du capital (tout socialiste est un socialiste national) non seulement détruira l'incitation à innover de façon productive (tandis qu'elle créera une incitation à l'innovation dans le parasitisme) mais aussi détruira les moyens de comparer les diverses innovations pour déterminer objectivement lesquelles sont bonnes (il n'y en aura dans les activités officielles au plus qu'une innovation, celle imposée par l'état, et elle sera le fruit de l'arbitraire subjectif des puissants). Même au niveau « collectif », les socialistes internationaux voudront punir ces nations qui sont les plus productives et innovantes pour les sacrifier à celles qui se vautrent dans des comportements improductifs, dans l'arriération, la superstition, et surtout dans la tyrannie – en un mot, dans la barbarie. Ils auront aussi la haine des entreprises multinationales qui apportent leurs capitaux matériels et leurs comportements productifs aux pays pauvres, au nom de la préservation des techniques productives arriérées de ces pays ou au nom d'interdire à tout autre qu'à l'état (d'ordures) corrompu de ces pays l'initiative d'améliorer quoi que ce soit dans les méthodes de production. Les socialistes sacrifient donc tout progrès matériel et moral à leur culte religieux de l'égalité – culte que le fondateur du socialisme moderne, Pierre Leroux, revendiquait d'ailleurs ouvertement et fièrement.
 
   

« Selon un mensonge sans cesse répété, la liberté rendrait les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres. Apparemment, le matraquage intellectuel marche, puisque cette affirmation fait figure de poncif jamais mis en cause, alors même que la moindre examination honnête suffit à en déterminer l'absurdité. »
 

Le socialisme mène donc directement à la fois au sacrifice inique des plus travailleurs, des plus productifs, des plus responsables, des plus moraux, des plus frugaux, mais aussi à la promotion d'une idiocratie, peuplée de dépravés, de parasites, d'irresponsables, des plus vicieux, des plus dépensiers – jusqu'à ce que la société ou la planète s'écroule du fait de sa déchéance morale, les successeurs dégénérés étant incapables de faire fonctionner les institutions de la société que leur a légué leurs aînés. Or, pour reprendre le mot de Margaret Thatcher, « le problème avec le socialisme c'est qu'il vient inévitablement à bout d'argent des autres »; ne pouvant alors continuer leur parasitisme effréné, les parasites socialistes bientôt s'entre-déchirent violemment pour se partager les lambeaux de la civilisation léguée par leurs meilleurs qu'ils contribuent chaque jour à détruire.

Bien sûr, les socialistes nieront que la théorie de l'évolution s'applique à l'espèce humaine. L'évolution selon eux ce serait magiquement arrêtée il y a quelques milliers d'années, simultanément sur toute la planète, pour la seule espèce humaine, du moins pour tout ce qui influence la cognition, le sens moral et la valeur personnelle. Ils nieront d'ailleurs cette évolution pour tout caractère héritable, qu'il soit d'origine génétique, ou reproduit et transmis après la naissance, ou une combinaison des deux: tout capital humain est pour eux une injure à l'Égalité, leur idole assoiffée de sang. Ainsi d'aucuns comme Bourdieu dénonceront-ils comme un scandale la « reproduction des élites », le fait qu'une famille puisse léguer d'une génération, la soif du travail et des études, la connaissance de matières étudiées ou les ficelles de divers métiers, la discipline sur soi-même ou les bonnes habitudes commerciales, un carnet d'adresses renseignant sur quelles sont les bonnes personnes fiables, ou le capital confiance que ces personnes auront envers vous, etc. Leur haine de possession personnelle de capital s'étend donc non seulement au capital matériel, mais aussi à tout capital humain.

Les socialistes nieront donc contre toute évidence la moindre différence existant entre êtres humains et, s'ils sont obligés de la reconnaître, la dénonceront comme un scandale qu'il faut abolir par la force suprême de l'état. Leur hypothèse aussi bien que leur idéal est que les humains sont ou doivent être des unités interchangeables, dénuées de valeur morale individuelle, simples machines à obéir et à jouir; et ils sont toujours prompts à sacrifier la jouissance à l'obéissance, l'individu devant s'effacer devant un collectif sans cesse glorifié, qui n'est que la marionnette à travers laquelle s'expriment les désirs des puissants auxquels les socialistes s'identifient à raison ou à tort (selon qu'ils soient caves ou Affranchis). Les socialistes sont incapables de supporter le poids de la morale individuelle qui s'étend à toute action humaine; ils veulent diviser cette action entre des actes de « production » et de « consommation » qui, pour eux, sont ou doivent être matériels et mécaniques, sans décision aucune, sans implication morale ni conséquence morale, et sans relation les premiers aux seconds. Au contraire, pour un libéral, la charge morale n'est que l'autre face inséparable de la liberté, et les choix individuels que chacun fait dans cette liberté sont la vie même; « production » et « consommation » ne sont pas des activités séparées ni séparables, mais participent de la même action humaine, se disputent les mêmes ressources à commencer par le temps de vie humain, partagent les mêmes satisfactions à commencer par le sens que l'homme donne à sa vie, et sont nécessairement liées les unes aux autres.

Les socialistes endurcis, s'ils n'arrivent plus à nier l'existence du dysgénisme inhérent à leur système, opteront pour toujours davantage de totalitarisme comme « solution » aux problèmes posés par leurs interventions oppressives précédentes; en l'occurrence, ils proposeront d'établir un totalitarisme reproductif (comme ils en ont établi un en Chine depuis les années 1970): non seulement leur état devra rationner strictement toutes les consommations pour donner ou bien strictement « les mêmes » à tous (malgré leurs besoins différents), ou des paquets strictement « égaux » selon quelques critères mystérieux (les membres du parti restant bien sûr « plus égaux que les autres »); mais encore leur état devra aussi décider qui aura combien d'enfants. Si on les laisse imposer sérieusement l'égalitarisme intergénérationnel, ils décideront aussi qui aura ces enfants avec qui et à quel âge; les bureaucrates devront décider quels gènes devront être transmis et quels gènes éteints. Ce totalitarisme se fera ou bien au nom de l'eugénisme (qui a mauvaise presse ces temps-ci, après la défaite du socialisme raciste allemand), ou bien au nom de la préservation d'un statu quo supposé magiquement optimal, à préserver à jamais, en tout cas au nom d'une « égalité » mystique et d'un « progrès » non moins mythique vers un « avenir radieux ».

Enfin, les socialistes les plus fanatiques présenteront ouvertement l'irresponsabilité comme un idéal à revendiquer, dans leur renversement habituel de toute valeur morale; ils nieront l'existence même de ressources économiques limitées, ce qui ne les empêchera pas de prétendre simultanément que les ressources de la nature sont taboues et qu'il faut en prohiber l'usage par l'homme; certains se diront même fiers d'êtres des parasites et mépriseront ouvertement tout travail productif, tout en exigeant du reste de la société qu'elle continue d'alimenter leur train de vie. Si des socialistes osent jamais reconnaître des différences entre individus quant aux valeurs morales et à la valeur morale, ce sera tantôt pour se prétendre eux-mêmes dignes de régner car supérieurs, tantôt comme une injustice qu'il faut extirper par la force, en faisant rentrer tous les hommes dans un carcan qui gommera toute individualité entre eux en toute matière morale.

Alors, les socialistes vont-ils réglementer la reproduction pour figer les gênes dans leur répartition actuelle? Devront-ils cloner ceux qui seraient morts prématurément pour préserver l'équilibre sacré du statu quo? Vont-ils instaurer un contrôle totalitaire des naissances, de qui épouse qui et se reproduit quand, pour « égaliser » de force le « taux de fécondité » entre tous les individus et/ou tous les gènes? Notons que le fameux taux de fécondité, dont les statisticiens étatistes raffolent, est une statistique imbécile qui ne renseigne aucunement sur l'évolution de la population; en effet, la croissance de la population dépend tout aussi crucialement de la vitesse de reproduction: comparez donc la croissance de la population à un même taux de fécondité de trois enfants par femme, dans un cas où elles se reproduisent en moyenne tous les trente ans ou dans celui où elles se reproduisent en moyenne tous les vingt ans. Entre les membres productifs de la société qui ne se reproduisent pas, et les parasites professionnels qui font des dizaines d'enfants, le dysgénisme socialiste programmé dans les pays occidentaux les transformeront bientôt en Idiocratie. Notons que contrairement à ce que croient certains socialistes « nationaux » dans leur conception tribale, ce parasitisme n'est pas un problème d'immigration en soi: l'immigration ne fait qu'amplifier le phénomène dysgénique inhérent au socialisme; les migrants étant tous à la marge et particulièrement sensibles aux incitations seront en moyenne plus parasites que les locaux dans un pays socialiste; dans un pays libéral, au contraire, ils tendront à être plus productifs en moyenne que les locaux. Chaque pays a l'immigration qu'il mérite. « Lutter contre l'immigration » ne fera donc que laisser les coudées franches au socialisme pour qu'il continue à détruire le pays, peut-être plus lentement, cependant que seul « guérir du socialisme » pourra non seulement arrêter la ruine, mais aussi l'inverser, auquel cas l'immigration devient un atout.

D'un point de vue de la dynamique multigénérationnelle, l'égalitarisme est donc un concept absurde, qui n'est prétexte qu'au génocide statistique des populations et gènes portant la civilisation, et leur remplacement en quelques générations par des populations et gènes portant la barbarie. Notons qu'un « génocide statistique », en tant que tel, n'est pas un mal que l'on peut reprocher au socialisme: le remplacement de populations relativement inadaptées par des populations plus adaptées est l'essence même de tout phénomène d'évolution par sélection, tel que mis en évidence par Darwin. La sélection existe de toute façon, c'est un fait de la nature que rien ne changera. Non, le reproche à faire au socialisme n'est pas l'existence de la sélection, mais l'effet proprement diabolique du socialisme sur le critère de sélection: c'est le jeu à somme négative généralisé qui gangrène toute la société, la polarisation de toute interaction sociale en terme de « lutte », la guerre de tous contre tous, la violence permanente et universelle, la récompense aux comportements proprement antisociaux, la négation systématique du seul principe à même d'arrêter les conflits, le droit de propriété. Les conséquences statistiques à long terme ne sont qu'une façon d'appréhender clairement le mal déversé sur le monde, en terme de ses conséquences nécessaires prévisibles à grande échelle. Le socialisme n'empêche pas magiquement la sélection darwinienne, mais ne fait que l'orienter vers la sélection d'une population de parasites éhontés et d'esclaves sans espoir, de brutes dénuées d'âme et de pleutres sans initiative, de petits chefs mesquins et de moutons tantôt obéissants tantôt tricheurs, d'inquisiteurs démoniaques de la pensée unique et de menteurs hypocrites de la double-pensée, de pseudo-idéalistes insouciants des conséquences de leurs idées et de calculateurs sans scrupules incapables de compassion. La vision d'un monde sans pitié que les socialistes projettent sur le capitalisme, n'est en fait que la noirceur du monde intérieur de ces socialistes – et cette noirceur, ils la réalisent et la propagent partout autour d'eux dès qu'ils ont la moindre once de pouvoir.

Une fois que l'on a pris conscience de la monstruosité au cœur du socialisme, on se rend compte que l'oppression voire l'extermination pure et simple des opposants par les très nombreux socialistes qui sont arrivés au pouvoir n'est pas une aberration contre-nature, mais le prolongement naturel de cette philosophie. Les socialistes pressés de trouver des résultats plus rapides que via un génocide seulement « statistique » par déni systématique de reproduction, en arrivent au génocide violent. L'extermination a ainsi été prônée aussi bien par Marx pour les juifs, par Engels pour les slaves, ou par George Bernard Shaw (avec un gaz « humanitaire ») pour tous les « impropres » aux socialisme, etc. Quand ces exterminations sont effectivement réalisées par les terroristes jacobins, par leurs émules Lénine, Staline, Hitler, Mao, Pol Pot, et autres grands chefs socialistes, ce n'est pas une trahison du socialisme, mais sa forme la plus pure et la plus directe – du premier jour où ils ont eu le pouvoir. Les socialistes conséquents vouent une haine tenace à la civilisation et à ses vertus pacifiques qu'ils accusent d'être « bourgeoises », voire « racistes » ou « patriarchiques » ou des symptômes d'un privilège. Il veulent sans cesse les éradiquer et créer par la terreur et par la propagande un « homme nouveau », un homo sovieticus, plus « pur », dénué de tout individualisme ou toute individualité, et qui sera ainsi adapté à leurs utopies collectivistes. Mais c'est la nature humaine même qu'ils veulent extirper et, en fait, ils ne peuvent pas l'éliminer, seulement la corrompre; le socialisme n'est pas fait pour l'homme réel, ni d'ailleurs pour aucun homme digne de ce nom.

Fort heureusement, la plupart des socialistes ne sont pas conséquents et n'osent pas aller jusqu'à cette conclusion logique du socialisme – ils se contentent de promouvoir les aspects qui sont dans leur intérêt personnel ou tribal, tel qu'ils le perçoivent; le collectivisme et l'anti-individualisme ne sont que des prétextes pour écraser autrui et se faire mousser soi-même – hypocrisie continuelle des socialistes « modérés ». Ainsi, ils sont prompts à demander impôts, contrôle bureaucratique et oppression policière pour les autres, ceux qui sont loin de leur cercle de connaissance ou de leur affiliation tribale; et ils sont prompts à demander subventions, liberté d'action et protection policière pour eux-mêmes. Mais c'est un jeu de dupes, à somme négative où ils sont tous perdants ou presque: seule la classe dirigeante s'en sort, et elle s'en sort très très bien – elle dupe ses victimes en leur faisant croire qu'ils sont exploiteurs, alors qu'ils sont doublement exploités, une fois matériellement, en les dépouillant et les opprimant, et une fois spirituellement, en leur faisant croire qu'ils sont élevés par l'état (de socialauds) alors qu'en fait ils sont corrompus jusque dans leur âme, en cultivant leurs penchants les plus vils. L'égoïsme dont ces socialistes font preuve à l'intérieur de leur cercle égoïste élargi est en général proportionnel à la violence qu'ils proposent d'infliger à ceux au-delà: plus l'image qu'ils ont d'eux-mêmes est noire, celle d'un profiteur mesquin et partial, plus celle qu'ils ont d'autrui l'est, et réciproquement. C'est en fin de compte de l'image dans leur propre miroir qu'ils ont peur. Ainsi, les faux bons sentiments théoriques du socialisme ne sont en pratique que la peur névrotique de l'Autre, autant que celle de Soi-Même: une peur de la liberté, un refus de la responsabilité, une envie de la propriété, un manque dans la confiance en soi, une faille dans l'intégrité du caractère, en un mot: un trouble du sens de sa propre personnalité.

L'égalitarisme n'est que la ratiocination de ces névroses; en tant que projet utopique, il ne veut rien dire, son contenu précis étant indéfinissable et changeant au gré des jalousies infinies de ses zélateurs; en tant que mouvement politique, c'est un phénomène historique qui n'échappe pas aux conséquences logiques nécessaires et immanquablement néfastes de ses actions; en tant que mantra religieuse, il n'est qu'une excuse au pouvoir sans cesse plus étendu des puissants, un prétexte pour tous les candidats à davantage de parasitisme, un leurre pour les esprits énervés, une idole pour les masses subjuguées, qui préfèrent se croire maîtres, quand elles sont esclaves.

Tous toujours plus riches!

Venons-en maintenant au mensonge sans cesse répété selon lequel la liberté rendrait les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres. Apparemment, le matraquage intellectuel marche, puisque cette affirmation fait figure de poncif jamais mis en cause, alors même que la moindre examination honnête suffit à en déterminer l'absurdité: en effet on s'aperçoit bien vite qu'aucun fait historique ni aucun argument logique ne saurait appuyer cette allégation, ni n'est d'ailleurs jamais invoqué pour la justifier; la seule « justification » jamais apportée est que ce serait une « évidence ». En fin de compte, ce sophisme repose entièrement sur une vision émotionnelle statique comme faille psychologique pour parasiter ses hôtes: le « penseur » statique, appelons-le statipenseur, incapable d'appréhender la dynamique économique, préfère se replier sur une vision mécanique qui reproduit à jamais ses perceptions instantanées. Le mensonge n'est « évidence » que parce que le public a été inlassablement conditionné pour ne pas penser, mais à confortablement se sentir intelligents si, et seulement si, ils répètent la réponse voulue par les autorités, à commencer par les enseignants de l'éducation nationale socialiste.

Le progrès humain fantastique des trois derniers siècles, qui dans le temps comme dans l'espace coïncide largement avec le capitalisme, alors qu'ailleurs règnent stagnation et cycles de famines, devrait pourtant suffire à montrer l'absurdité de cette thèse fantaisiste. Comment? Les pauvres s'appauvrirait? Ils devraient donc être plus pauvre qu'il y a dix, vingt, cinquante, cent ou deux cents ans. Et par récurrence, ils devraient être plus pauvres que les hommes préhistoriques vivant dans des cavernes, ou des singes vivant nus dans des arbres. Or, c'est tout le contraire! Jamais les pauvres n'ont été aussi riches; un « pauvre » dans un pays africain un tant soit peu capitaliste (i.e. qui n'est pas massacré dans des guerres et famines organisées par l'état (de dictateurs)), non seulement ne meurt plus de faim, mais a souvent accès à un téléphone sans fil, aux bases de la médecine moderne, à des spectacles sur une radio ou une télévision, et un train de vie qui rendrait jaloux un roi dans son pays il y a quelques siècles; un « pauvre » dans un pays riche vit dans un luxe inimaginable pour la plupart des riches d'il y a à peine quelques décennies. Non seulement manger à sa faim, non seulement ne pas avoir un travail physiquement exténuant, mais de plus risquer de souffrir d'obésité parce qu'il est si facile de manger trop sans faire d'effort physique? L'eau courante? l'électricité? un ascenseur? des bus, trains, voitures? Ne pas avoir à marcher plusieurs heures par jour? Une machine à laver le linge ou la vaisselle, des aspirateurs et lave-sols? Des jouets – électroniques – pour les enfants? Non seulement ne pas marcher pieds nus, mieux que des sabots, des chaussures, et pas qu'une seule paire? Des vêtements propres et beaux, tous les jours et pas que le dimanche (pour les moins pauvres qui possédaient des vêtements du dimanche!)? De la viande tous les jours, si l'on veut? Voire pouvoir s'offrir un repas dans un restaurant? Une semaine de travail de moins de 70 heures? Ceux de ces concepts qui avaient un sens à l'époque étaient des luxes pour nos grands-parents quand ils étaient enfants, même au sein de familles aisés – sans parler des pauvres. Partout où le capitalisme a pu tant bien que mal s'exprimer, les conditions humaines ont progressé de manière phénoménale, cependant que les pays tombant dans le socialisme les ont vues stagner voire régresser (comme l'ont montré Cuba, le Zimbabwe, le Venezuela, et maintenant la Grèce, sans parler du contraste entre les deux Allemagnes ou les deux Corées). Non seulement les conditions d'existence, mais l'existence elle-même d'une population décuplée en trois siècles est un luxe inestimable; comme le constatait Jean Fourastié: Les prolétaires des années 1800 en Europe et des années 1950 en Asie et en Afrique, ne sont pas d'anciens riches ruinés par le capitalisme. On pourrait dire que ce sont d'anciens morts qui ne meurent plus. Leur existence vient de la suppression des famines par le progrès des techniques de production.

Pour cacher toutes ces évidences criantes, les socialistes jettent parfois une statistique soigneusement choisie pour être interprétée à tort et à travers. Par exemple, ils compareront d'une décade à l'autre des statistiques sur les part de richesses possédées par « les pauvres » ou « les riches » dans un pays donné – alors même que l'identité de ces « pauvres » et de ces « riches » a changé du tout au tout: ceux qui étaient pauvres ou riches il y a dix ans souvent ne le sont plus; les étudiants, les immigrés, les débutants, ont trouvé un bon travail depuis; une nouvelle vague d'immigrés partis de riens, venus de leurs pays pauvres car anticapitalistes, forme une nouvelle classe de « plus pauvres » qui ne va pas le rester; à eux s'ajoute une nouvelle génération d'étudiants, apprentis et débutants qui partent d'à peine plus; ceux qui étaient au firmament de la liste des plus riches l'ont quittée, remplacés par des entrepreneurs aussi talentueux que pour l'instant chanceux, dont les entreprises leur rapportent aujourd'hui des milliards, et qui perdront une bonne partie de ces milliards au prochain changement de conjoncture (bizarrement, les socialistes ne crient jamais « oh, ceux qui ont perdu le plus d'argent étaient des milliardaires (avant de perdre cet argent)! »). Entre biais de sélection, regard aussi partial que partiel et grille de lecture collectiviste qui ignore l'identité des individus pour ne regarder que des agrégats ne correspondant à rien et surtout à personne, les socialistes n'ont jamais que des statistiques bidons à offrir en support de leurs affirmations d'une absurdité patente. Encore et toujours, leurs croyances ne se fondent jamais sur la réalité; mais au contraire, est l'affaire d'une religion démoniaque qui nie la réalité et a juré de la détruire. Lequel de l'étatisme ou du capitalisme explique comment Bébé Doc s'est enrichi, et lequel explique comment il s'est ruiné?

Les fortunes varient; les identités des gagnants et des perdants fluctuent; de nouvelles entreprises naissent, deviennent grandes, fusionnent, cependant que d'autres encore se divisent, rapetissent, meurent. L'identité des actionnaires elle-même varie. Ceux qui travaillent d'arrache-pied à produire toujours mieux, ceux qui anticipent correctement le changement et font des choix positifs, s'enrichissent; ceux qui dorment sur leurs lauriers, qui refusent de s'adapter au changement, qui furent simplement chanceux une fois, qui font de mauvais choix, s'appauvrissent. Ceux qui n'osent pas prendre leurs chances restent salariés peinards; certes ils ne deviennent jamais riches, mais jamais pauvres non plus, et peuvent jouir en paix et profiter de leur vie de famille, grâce à ceux qui eux prennent tous les risques pour rendre cela possible, et gagnent (parfois). Et si d'aucuns en venaient à prétendre que c'est grâce aux « corrections » de l'état (de sociopathes) que les variations de richesse et les changements de destin apparaissent, il faut alors se demander quel genre de favoritisme l'état (de corrompus) fait pour les uns au détriment des autres et avec quelle contrepartie; on verrait que le lobbyisme pour davantage de privilège non seulement n'est pas un bienfait que dispense cet état, mais qu'il est une calamité qui pourrit l'ordre économique apporté par le capitalisme, et favorise les plus parasites là où l'absence d'intervention d'état (de pourritures) favorise les plus productifs.

Déjà dans l'introduction à ses Harmonies Économiques, Frédéric Bastiat expliquait bien (en 1850!) comme les riches et les pauvres pouvaient très bien s'enrichir ensemble, voire même de façon que les pauvres s'enrichissent en proportion plus vite que les riches quand bien même les riches s'enrichiraient davantage en absolu. La raison en est même d'évidente stupéfiante: la loi de l'offre et la demande s'applique aux capitaux! Ainsi, plus les capitaux sont abondants et se font librement concurrence, plus leur prix diminue relativement à celui du travail ou de toute autre denrée ou service. Au contraire, plus les capitaux sont monopolisés par l'état (de politiciens voleurs) et leur emploi entravé par l'état (de bureaucrates irresponsables), plus leur prix relatif augmente. La concurrence entre capitalistes est donc le meilleur allié des travailleurs, cependant que la monopolisation du capital par l'état est leur pire ennemi. Après avoir été mis de côté par Staline, Trotski a d'ailleurs bien décrit la monstruosité du système qu'il avait aidé à mettre en place: « Dans un pays où le seul employeur est l'État, toute opposition signifie une lente mort de faim. L'ancien principe: "qui ne travaille pas, ne mange pas" a été remplacé par un nouveau: "qui n'obéit pas ne mangera pas." » Le socialisme, loin d'aider les travailleurs, loin d'alléger les imperfections de l'existence que le capitalisme lui-même ne peut éliminer, rend les travailleurs plus pauvres, et, quand il atteint son but, esclaves.
 
   
« Tout pouvoir politique institue nécessairement une cheiristocratie, pouvoir détenu par les pires éléments de la sociétés, les plus parasites, les plus manipulateurs, les plus dénués de scrupules, etc. Pour autant qu'on pourra appeler les membres de la classe dominante une “aristocratie”, ce sera donc une aristocratie du parasitisme politique. »
   

Avant de clore cette discussion sur pauvreté et richesse durable, il faut bien noter qu'il existe en effet des facteurs qui font que dans une société capitaliste certains pauvres restent pauvres, et certains riches restent riches – d'ailleurs, dans toute société, il y aura de tels critères, à moins que cette société soit basée entièrement sur le tirage au sort – et même là on verra que d'aucuns savent mieux que d'autres tirer parti de leur sort désigné. La nature est plus forte que les fantasmes des control-freaks ayant la phobie du changement. Il y aura toujours sélection – il ne s'agit que de déterminer selon quels critères. Or, quels sont les traits favorisés dans une société capitalistes, par contraste avec ceux qui sont relativement punis? Sont récompensées les « vertus bourgeoises »: l'honnêteté, le débat pacifique, la négociation (qui comprend l'assertion individuelle autant que la (re)connaissance et le respect de l'autre), l'usage de la raison, l'honneur de garder la parole donnée, la prévoyance (y compris la frugalité), la compétence, la sagesse, la bénévolence, la bonne conduite en société, et bien sûr l'esprit d'entreprendre – tout ce qui contribue à jouer ensemble des jeux à somme positive plutôt que négative. Il y a donc bien des vertus qui sont promues par le capitalisme, et ceux qui les cultivent et les maîtrisent auront tendance à s'enrichir, et riches, à s'enrichir davantage. A contrario, ceux qui cultivent les vices opposés: malhonnêteté, agressivité, incapacité à négocier, irrationalité, manque de fiabilité, impéritie, incompétence, ineptitude, malveillance, mépris d'autrui, manque d'initiative – ceux-là s'appauvriront, et pauvres, s'appauvriront encore. Ainsi, ceux qui se feront une carrière de vivre d'aide sociale plutôt que de rebondir vers un emploi productif, ceux qui se contenteront indéfiniment d'emplois sans qualification et sans initiative, ceux qui ne voudront pas rechercher et cultiver le talent d'être utile à soi-même et autrui, ne feront que s'enfoncer, et leur progéniture avec eux, dans la pauvreté permanente, malgré toutes les « aides » reçues, tandis que d'autres, fraichement immigrés, partis de rien, ne connaissant pas la langue, sans amis ni famille ni structure de support, sans compétence vendable sur le marché, trop vieux et trop chargés d'enfants pour avoir le temps d'en acquérir, bûcheront tous les jours pour offrir à leurs enfants les meilleures études qui les propulseront dans les classes moyennes supérieures, même sans avoir reçu aucune « aide ». Voilà la différence, dans une société capitaliste, entre les pauvres, qui restent à jamais pauvres, et les pauvres qui sortent de la pauvreté en dix à vingt ans: non pas que les uns sont plus ou moins opprimés que les autres, mais que les uns ont une bonne hygiène de vie tandis que les autres en ont une mauvaise. Déjà Périclès disait: Quant à la pauvreté, il n'y a aucune honte à avouer être pauvre; la vraie honte est de ne pas faire ce qu'il faut pour échapper à cette pauvreté.

Nous avions déjà discuté dans les questions 4 et 5 les vertus bourgeoises et leur effet eugénique – et par contraste l'effet dysgénique du socialisme qui promeut les vices opposés. Le socialisme n'est pas seulement un retour à des temps barbares, il est le culte même de la barbarie. En effet, les sociétés d'ancien régime, en général, et à l'exception de rares sociétés capitalistes (comme certaines cités grecques antiques et autres républiques romaine, vénitienne ou hollandaise), faisaient peu de cas de ces vertus bourgeoises, mettant le commerce et ses vertus au rang le plus bas de la société; à la place, les régimes guerriers glorifiaient la force et la ruse, l'honneur tribal du respect de règles socialement imposées plutôt que d'engagements individuels librement consentis, la dépense effrénée comme signe de statut social, la discipline de groupe, l'esprit de corps, la Haine de l'Autre, l'obéissance sans question et sans scrupules aux chefs et aux prêtres, etc. En France, la fierté de vivre du travail d'autrui allait jusqu'à considérer toute activité productrice comme dérogeant à la noblesse: seule était noble l'exploitation sans vergogne des ressources naturelles et du bétail humain. C'est cette même morale guerrière qui règne dans tous les partis politiques – car elle accompagne nécessairement leur mode de vie guerrier, celui de groupes organisés pour la raison d'être de s'emparer du pouvoir sur autrui, pour parasiter ces victimes par la force et la ruse. Dans leur vision du monde où tout n'est que lutte, il n'est pas étonnant que les socialistes cohérents adoptent et appliquent entre eux la morale guerrière de ceux qui sont à la conquête du pouvoir (et/ou disparaissent dans la non-pertinence s'ils n'appliquent pas cette morale et se retrouvent incapables de conquérir ce pouvoir qui reste leur obsession). Pour eux, le mot « bourgeois », et tout ce qui s'y rattache, est une insulte; ils haïssent de tout leur cœur ces vertus bourgeoises qu'ils vouent à la destruction, par le formatage des nouvelles générations à leur idéologie via l'« éducation » nationale socialiste, voire par la « rééducation » des adultes et le massacre des irrécupérables.

Aristocratie ou Cheiristocratie

Venons-en enfin à cette calomnie selon laquelle les riches dans une société capitaliste formeraient une « aristocratie » économique. Là encore, un tel concentré de mensonges qu'il faut plusieurs pages pour tous les démêler. D'abord, il y a comme toujours l'aveuglement à toute la dynamique toxique de l'état, et à celle vitale de la liberté. Ensuite, il y a le deux poids deux mesures et pétition de principe par lequel, comme d'habitude, les sectateurs de l'état présentent comme « solution » ce qui est en mille fois pire que tous les « problèmes » qu'ils reprochent à la liberté – faire passer un mal pour un bien. Puis, il y a l'implication fallacieuse qu'une inégalité signifierait pouvoir. Enfin, il y a cette équivoque entre le pouvoir économique de faire du bien contre contrepartie et le pouvoir politique de nuire impunément – faire passer un bien pour un mal.

L'égalité est un leurre; les hommes ne sont pas interchangeables, leurs situations individuelles seront toujours non seulement différentes l'une de l'autre, mais encore irréductibles l'une à l'autre: il n'y a pas d'échelle unique sur laquelle les comparer objectivement. Comme nous l'avons vu ci-dessus, l'égalitarisme est un tissu d'absurdité, et non seulement l'étatisme ne peut pas éliminer les inégalités, mais il ne fait que contribuer pour le pire à quel genre d'inégalités prévaudront. En effet, l'idée que le pouvoir politique pourrait possiblement servir à effacer les inégalités est d'autant plus absurde que le pouvoir politique lui-même est une relation intrinsèquement dissymétrique, plus polarisante que toute autre relation. Entre celui qui commande et celui qui obéit, celui qui dirige et celui qui suit, celui qui décrète les lois et celui qui les subit, celui qui reçoit les impôts et celui qui les paie, celui qui décide de l'allocation des fonds publics et celui qui doit les quémander, celui qui prend les décisions politiques ou administratives et celui qui les subit, celui qui surveille et celui qui est surveillé, celui qui punit et celui qui est puni, celui qui emprisonne et celui qui est mis en cage, celui qui tue et celui qui est tué, celui qui gagne au jeu à somme négative ou nulle et celui qui perd davantage que l'autre reçoit, la situation est pire qu'inégale. Quand les uns ont le pouvoir sur les autres, c'est non seulement une inégalité, mais c'est une relation de contrôle.

Si un voisin possède plus que l'autre, chacun reste indépendant de l'autre; si chaque voisin possède nominalement « autant » que l'autre, mais décide comment l'autre peut employer son bien, alors ni l'un ni l'autre n'est libre, chacun dépend du bon vouloir de l'autre, et celui des deux qui par le jeu de la politique et des alliances avec des tiers possèdera le pouvoir effectif sur l'autre sera non seulement inégal, mais bien plus, maître. Pire encore, alors que comparer les bonnes et mauvaises fortunes (au sens large!) de deux personnes est largement et irréductiblement subjectif et qu'en déduire une « inégalité » hiérarchique tient de l'escroquerie intellectuelle, l'inégalité qui découle de la relation de contrôle politique est elle totalement objective. Le pouvoir politique non seulement ne peut donc aucunement éliminer les inégalités, mais tout au contraire, il constitue la pire de toutes les inégalités imaginables.

En fin de compte, le pouvoir politique est tautologiquement le pouvoir des puissants sur les faibles. Quel que soit l'arrangement par lequel le régime désigne les dirigeants, il y a forcément une machin-cratie: il y aura forcément une rétroaction positive tautologique par laquelle les personnes et institutions qui utiliseront le pouvoir pour se promouvoir elles-mêmes au détriment des moins agressives seront promues au détriment des autres. La conséquence nécessaire de cette pression évolutionnaire est qu'aussi « noble » soit la distribution initiale de pouvoir, l'évolution naturelle de tout régime politique est vers un Establishment stable de sociopathes égoïstes hiérarchisés selon leur capacité à capturer le pouvoir et l'utiliser pour leur propre profit, par tous les moyens malhonnêtes et violents, au détriment de ceux qui ne voudraient pas jouer leur jeu.

Ainsi, tout pouvoir politique, tout « égalitariste » qu'il puisse prétendre être, crée de toute nécessité une classe d'individus « plus égaux que les autres »: ceux qui contrôlent plutôt qu'ils ne sont contrôlés. Les maîtres. Leurs chantres. Leurs clercs. Leurs surveillants. Leurs espions. Leurs sicaires. Ce n'est pas là une aristocratie, pouvoir détenu par les meilleurs éléments de la société, les plus productifs, les plus talentueux, les plus honnêtes, etc. Au contraire, tout pouvoir politique institue nécessairement une cheiristocratie, pouvoir détenu par les pires éléments de la sociétés, les plus parasites, les plus manipulateurs, les plus dénués de scrupules, etc. Pour autant qu'on pourra appeler les membres de la classe dominante une « aristocratie », ce sera donc une aristocratie du parasitisme politique. Elle pourra être composée d'une multitude de petits parasites « pauvres », membres de classes protégées, vandales destructeurs et animaux sauvages vivant de subsides de l'état, et d'une petite minorités de grands parasites riches, qu'ils soient « politiciens », « fonctionnaires » ou qu'ils possèdent des positions privilégiées soi-disant « privées ». Peu importe, ce qui les caractérise, c'est qu'ils sont du bon côté du fusil, tandis que la majorité des citoyens opprimés sont du mauvais côté (il est possible d'opprimer une minorité de citoyens, mais cela ne peut pas suffire à soutenir très longtemps les consommations d'une majorité des citoyens – puis la société entière se désintègre, les parasites mangeant leur capital, puis se dévorant entre eux). Les étatistes qui se plaignent du soi-disant pouvoir des capitalistes pour promouvoir le pouvoir des politiciens, c'est vraiment la paille et la poutre.

Plus ils sont socialistes, plus les étatistes aiment cultiver le mythe selon lequel ils sont une avant-garde du prolétariat, une élite populaire, qui représentent le peuple par quelque force mystique qui préside aux élections (et s'ils perdent c'est forcément que les élections ont été empêchées de fonctionner proprement). Ils prétendent posséder une prêtrise par laquelle l'entité collective « peuple » parle toujours à travers leur bouche et jamais à travers celle de leurs dissidents. Mais toute cette soi-disant « démocratie » de façade, moins prononcée mais tout aussi fausse en Occident que dans les pays ouvertement communistes anciens ou survivants, est toujours la même escroquerie intellectuelle: elle cache aux victimes crédules que l'Establishment politique, bureaucratique, « public » et para-« public », constitue une caste qui écrase et exploite la majorité productive via réglementations et taxes.

Comme disait bien Tom Paine, qui ne faisait que populariser une théorie plus longuement développée par Adam Ferguson: « Il y a deux classes distinctes d'hommes dans la Nation, ceux qui paient l'impôt et ceux qui le reçoivent et en vivent. » On pourra aussi reprendre la formulation d'Achille Tournier: « Grâce à la bureaucratie et au socialisme, il n'y aura bientôt que deux partis en France: ceux qui vivent de l'impôt et ceux qui en meurent. » Le concept d'une classe d'oppresseurs et une classe d'opprimés a été popularisé par Karl Marx; mais Marx n'a fait que reprendre en la dénaturant la théorie bien antérieure développée par les philosophes libéraux. Sa contribution consiste en au moins deux corruptions majeures: d'une part il a fait de cette « lutte des classes » le centre de la théorie sociale, lui qui comme tout socialiste ne veut voire partout que des jeux à somme négative – alors même que ces jeux ne pouvant détruire que ce que d'autres ont construit, ils constituent nécessairement un phénomène parasite secondaire; et, d'autre part, il a substitué au critère correct de l'exploitation (qui impose à l'autre par la force taxes et réglementations) un faux critère lui permettant d'accuser les producteurs capitalistes innocents au profit d'une nouvelle classe de parasites socialistes dont il justifie les crimes. Or derrière tous ses mensonges, le socialisme ne sert pas à justifier une caste exploitrice comme les autres. Les régimes exploiteurs d'antan, s'ils valorisaient à outrance la force guerrière, du moins ne méprisaient pas systématiquement le commerce pacifique – en tout cas pas tous. Le socialisme lui s'en prend explicitement aux capitalistes précisément parce qu'ils sont les hommes s'enrichissant par des moyens moraux, réussissant au commerce pacifique. Le socialisme, c'est le mal incarné.

Comme contre-exemple à l'idée de cheiristocratie, d'aucuns assommés par la propagande d'état voudront montrer quelques « grands hommes » qui auraient fait tant de grandes choses. Mais si on examine cette « grandeur », on s'aperçoit que le plus souvent, il s'agit du nombre des victimes innocentes qu'ils ont laissées derrière eux, et de la puissance écrasante par laquelle ils régnaient en maîtres sur autrui; qu'ils n'ont pas créé le talent des artistes qu'ils ont mis à leur service avec leur richesse volée, et que ces artistes auraient été tout aussi talentueux en oeuvrant au service de ceux dont les richesses ont été volées (richesses qui n'auraient été que plus abondantes sans le vol). Toutefois, on peut reconnaître que souvent, aux détours d'une révolution ou d'une guerre, la première génération à diriger un nouveau régime du moins fait montre de valeurs positives: leur génie militaire, leur talent d'organisateurs, leur assise intellectuelle, leur opposition à l'oppression d'un régime précédent pire que le leur, en faillite car incapable d'inspirer parmi le peuple assez de soutiens pour se maintenir en place, etc. Ceux qui conquièrent initialement le pouvoir sont rarement des anges, mais du moins ce sont des quelqu'uns: ils possèdent de la substance, qui leur a permis de se distinguer avant d'accéder au pouvoir, qui ne se résume pas à leur habileté dans l'exploitation politique après leur accession au pouvoir (ce dont il faut faire attention à ne pas les disculper pour autant).

Cependant, bien vite cette première génération laisse place aux apparatchiks, les hommes de l'appareil d'état, bureaucrates imbus de leur pouvoir, politiciens professionnels, etc. – des zéros en tout, sauf pour les intrigues du pouvoir, qu'ils maîtrisent parfaitement. Assoiffés du pouvoir en soi, adorateurs de l'état, lèche-bottes et démagogues, sociopathes, ils grimpent quatre à quatre les échelons du pouvoir, en se marchant sur la tête les uns des autres dans leur sélection des pires, tous écrasant le public; et pour asseoir leur pouvoir, ils s'entourent d'une masse de parasites minables qui leur vendent leur soutien en échange d'une part du butin volé aux producteurs opprimés. Un nouveau régime politique ne commence donc pas toujours cheiristocratique, mais le devient toujours très vite.

Même s'il est établi que l'état (d'ordures) est tout le contraire d'une solution, d'aucuns socialistes continueront à propager la haine du riche, au prétexte que la richesse même serait injuste. Désamorçons cette haine, ce sentiment d'injustice injustifié qui n'est que la ratiocination de l'envie et de la jalousie, la culture de l'insécurité et de l'aliénation.

Notons d'abord l'absurdité de la notion selon laquelle une inégalité en soi serait automatiquement une relation de pouvoir du riche sur le pauvre, et/ou serait une injustice qui ouvrirait une dette de la part du riche envers le pauvre. Cette notion va à l'encontre de tous les principes reconnus de justice, entre autres: la présomption d'innocence, la non-rétroactivité du droit, et le fait que l'on ne peut être coupable que de ses propres actions. Comme le dit Hayek, « la Justice ne s'intéresse pas aux résultats des diverses transactions mais seulement au fait que ces transactions elles-mêmes soient justes ».

En effet, les situations économiques seront forcément différentes, mais ces différences n'impliquent pas en soi un pouvoir de l'un sur l'autre; si les pêcheurs d'une île tropicale se trouvent être plus ou moins aisés que les pasteurs de steppes lointaines, les tisserands de montagnes éloignées, ou les habitants inconnus des confins de la galaxie, seuls les socialistes les plus irrémédiablement tordus prétendront que les plus riches le sont aux dépens des moins riches, selon la comptabilité arbitraire par laquelle sont mesurées tous les coûts et bénéfices divers de leurs situations respectives. La différence de richesse entre ces contrées lointaines n'implique évidemment ni relation de pouvoir ni injustice.

Or, cette différence ne devient pas magiquement l'une ou l'autre si l'on considère des villages plus proches, ou si des villageois se rencontrent au gré d'un voyage. Et si la population d'un des deux villages augmente ou diminue par naissance, mort ou migration, cela ne multiplie ni ne divise automatiquement la part que les plus riches devraient aux plus pauvres. Si on découvrait soudain un village perdu dans la jungle, dont les habitants ne possèdent rien, cela ne créerait pas soudain de dette pour quiconque. Et si on découvrait demain mille milliards d'extra-terrestres dénués de tout à l'autre bout de la galaxie ou qu'après création d'une intelligence artificielle il y avait bientôt mille milliards d'êtres sensibles miniaturisés et tout aussi dénués de tout, cela n'impliquerait nullement que soudain, les humains dussent partager leurs biens à égalité avec ces entités, ce qui d'ailleurs reviendrait pour eux à mourir.

Si les pêcheurs d'une île, pratiquant des techniques plus avancées, ont un train de vie supérieur à ceux d'une île voisine, cela n'est pas au détriment de ces derniers. Si les premiers viennent offrir aux derniers leur savoir faire et leurs bateaux déjà construits en échange de travail volontaire, ce serait au bénéfice mutuel, et ne serait aucunement une injustice ni une relation de pouvoir. Ou alors, il faut bien distinguer le « pouvoir économique » du « pouvoir politique », comme notion complètement opposée. Le « pouvoir économique », c'est le pouvoir de créer: le pouvoir de jouer des jeux à somme positive, et de bénéficier à autrui s'il coopère volontairement. Le « pouvoir politique », c'est le pouvoir de détruire: le pouvoir de jouer des jeux à somme négative et de nuire à autrui s'il ne se soumet pas de force. J'ai longuement élaboré l'opposition entre ces deux notions dans mon essai « L'état, règne de la magie noire ». L'exercice du « pouvoir économique », c'est la justice même. L'exercice du « pouvoir politique », c'est l'injustice même.

De plus, dans un régime de liberté, non seulement la soi-disant « aristocratie » économique s'enrichit en produisant, en coopérant avec autrui pour un bénéfice mutuel dans un jeu à somme positive; mais encore il n'y a pas qu'un critère de succès qui l'emporte sur l'autre: chacun est libre de choisir ses propres critères de succès, d'exceller à ses propres buts, de trouver son propre public; nul n'est forcé de mettre l'argent devant le reste. Il est donc faux de ne compter que « les riches » comme étant « les » gagnants de la société, quand tout le monde gagne aux jeux à somme positive, et qu'il y a une infinité de critères par lesquels les uns ou les autres peuvent se retrouver au sommet des critères qui importent pour eux. C'est tout le contraire d'une société complètement politisée, où les jeux à somme négative ou nulle aboutissent nécessairement à un classement des gagnants selon une unique l'échelle d'influence sociale, qui devient tout-importante. Notons ici que ceux qui s'enrichissent par la collusion avec l'état sont l'opposé de l'élite économique dont il est question: ils ont au contraire des exemples infâmes de l'aristocratie politique, ceux qui s'enrichissent par la violence politique de l'état. Ce n'est donc pas le seul fait d'être riche qui compte – mais comment on s'est enrichi.

Alors, oui, dans un régime de liberté il y aura une « aristocratie naturelle », une « élite naturelle », composée des gens ayant le mieux réussi et étant les plus accomplis dans leurs domaines respectifs. Est-ce un dommage pour quiconque quand un pâtissier, un chanteur, un avocat, un médecin, un inventeur, un chef d'entreprise, excelle à son métier? Tout au contraire! C'est un bien pour tous. Et tous gagnent à ce que chaque poste soit occupé par la personne la plus accomplie pour la profession donnée, et non pas le contraire. Non seulement l'élite naturelle n'usurpe pas son autorité par la force, mais elle gagne et renouvelle à chaque action la confiance de ses semblables par sa compétence. Et aux socialistes qui oseront prétendre que ce libre choix constitue un « pouvoir » (politique), j'opposerai Bakounine lui-même, anarchiste s'il en est un, qui dans « Dieu et l'État » paie hommage à l'autorité naturelle des hommes dont la compétence est mieux reconnue – tous ceux que les socialistes accusent ici de former une aristocratie (Bakounine malheureusement dans d'autres pages moins inspirée adopte lui-même la plupart des idées socialistes). Pour citer Henry Ford: « La question "Qui devrait être le patron?" est la même que "Qui devrait être le ténor dans le quatuor?" Évidemment, celui qui peut chanter ténor. » Ou encore, pour citer Renan: « [...] le préjugé français, qui voit dans la fonction une rente à distribuer au fonctionnaire bien plus qu'un devoir public. Ce préjugé est l'inverse du vrai principe de gouvernement, lequel ordonne de ne considérer dans le choix du fonctionnaire que le bien de l'État ou, en d'autres termes, la bonne exécution de la fonction. Nul n'a droit à une place; tous ont droit que les places soient bien remplies. »

En fin de compte, accuser cette élite naturelle, forte de son « pouvoir » économique de créer, de sa compétence reconnue par un large public qui s'en fait volontairement les acheteurs, de former une « aristocratie » – c'est une équivoque avec le pouvoir politique de détruire. Et les socialistes de proposer le pouvoir politique absolu comme « solution » à l'existence de cette élite. Le socialisme est une idéologie diabolique qui fait passer le bien pour le mal et le mal pour le bien.





 

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