L'UNIVERSITÉ LIBERTÉ

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juin 26, 2015

L'EUROPE de demain, visions...

L'Université Liberté, un site de réflexions, analyses et de débats avant tout, je m'engage a aucun jugement, bonne lecture, librement vôtre. Je vous convie à lire ce nouveau message. Des commentaires seraient souhaitables, notamment sur les posts référencés: à débattre, réflexions...Merci de vos lectures, et de vos analyses.

Sommaire:

A) Quelle Europe au XXIème siècle ? -  Laurent Chamontin* - Diploweb

B) LE FUTUR DE L'EUROPE - RAPPORT - Mars 2014 - Cette étude a été commandée par la Commission européenne, Direction générale Communication et coordonnée par la Direction générale Communication. http://ec.europa.eu/public_opinion/index_fr.htm

C) Peut-on encore penser le futur de l’Europe? - NICOLAS TENZER - jolpress.com

D) - Quelques liens sur le futur de l'Europe


A) Quelle Europe au XXIème siècle ? 


Confrontée à d’importants défis extérieurs, l’Europe fait face à d’important blocages internes et doit se renouveler dans l’urgence. Laurent Chamontin propose ici une vaste réflexion pour mettre en perspective le présent et l’avenir de l’Union européenne. 

L’ANNEE 2014 a mis en lumière une configuration qui risque fort d’être durable aux confins du Vieux continent : au Sud comme à l’Est, on assiste à des crises de modernisation particulièrement aigües, dont le potentiel de déstabilisation est élevé, pour les populations concernées mais aussi pour une Europe mal préparée à ces défis. Cette inadaptation ne se résume pas à un problème institutionnel (Quelle Union européenne, pour quelle Europe puissance ?) : 10 ans après l’échec retentissant du référendum constitutionnel de 2005, alors que Grèce, Hongrie et Royaume-Uni s’engagent peut-être, chacun à sa manière, sur des chemins divergents, alors qu’on assiste à une montée des populismes, c’est à la nécessité impérieuse d’une refondation politique que nous faisons face aujourd’hui – tâche immense, pour laquelle cet article ne peut que proposer quelques pistes. Confrontée à d’importants défis extérieurs (I), l’Europe fait face à d’important blocages internes (II) et doit se renouveler dans l’urgence (III). 

I. L’Europe est confrontée à d’importants défis extérieurs...
Il faudra au Vieux continent plus qu’un sursaut pour conserver un peu de son lustre au XXIe siècle, en premier lieu parce que ce qui faisait sa puissance jusqu’en 1914 a disparu à jamais. Selon la thèse classique de Paul Kennedy, la compétition permanente entre États européens, au sein d’un Monde encore relativement statique, avait assuré pendant 400 ans leur suprématie économique et technique [1] ; ce facteur bénéfique pour leur puissance disparaît peu à peu au XXe siècle : les deux guerres mondiales, qui laissent l’Europe exsangue, y sont bien sûr pour quelque chose, mais ne jouent finalement qu’un rôle d’accélération. Dès le XVIIIe siècle en effet, la Russie, puis les États-Unis, lancent un vaste processus de rattrapage qui s’étend peu à peu aux autres aires géographiques. Peu importe au fond que celui-ci soit chaotique (cas russe et chinois) ou tardif (cas brésilien ou indien) : il vient un moment (nous y sommes) où l’égalisation des conditions est suffisamment avancée pour renvoyer l’Europe à la réalité de son faible poids démographique, de sa relative pauvreté en ressources, et de sa division devenue un handicap dans ces circonstances nouvelles. Épouvantée à juste titre par les horreurs liées au déchainement des nationalismes sur son sol, protégée en sa partie occidentale par les États-Unis pendant la Guerre froide, le Vieux continent atteint par le vieillissement aborde le XXIe siècle dans un état de profonde léthargie diplomatique et stratégique. Sa division en 2003 lors de l’intervention américaine en Irak (pays dont la situation actuelle ne permet plus d’ignorer le rôle essentiel pour la sécurité européenne) en fournit un premier indice ; celui-ci est loin d’être isolé puisqu’entre tant d’autres, la mollesse de la réaction des européens à l’intervention russe de 2008 en Géorgie (qui a encouragé l’aventurisme de V. Poutine aux portes de l’Union européenne et de l’OTAN) ou en 2013 l’amateurisme de l’accord d’association UE-Ukraine (qui a offert un boulevard aux tendances les plus négatives de la Russie) vont dans le même sens, ainsi bien sûr que la faiblesse de la réaction à l’annonce du pivot stratégique américain vers l’Asie par B. Obama. Malgré ce dernier évènement, pourtant peu susceptible d’être nié ou minimisé, les dépenses militaires des États européens restent d’une faiblesse insigne (la France, le Royaume-Uni et la Pologne faisant figure d’exceptions relatives), au moment où il n’est plus possible d’ignorer la déstabilisation des façades méridionale et orientale du continent. Cette léthargie, que nous analyserons plus en détail ci-dessous, est particulièrement pernicieuse dans la mesure où l’UE a ainsi la malchance stratégique d’être bordée par deux zones où la modernisation est particulièrement problématique [2]. Malgré des conditions démographiques, économiques et politiques très différentes, ces deux zones, que nous appellerons par commodité ‘monde russe’ et ‘monde arabe’, font en effet face à des blocages internes (corruption, illégitimité des élites, marasme social, incapacité de l’État à organiser la modernisation, etc.) qui, en empêchant l’émergence d’une perspective de mieux-être, alimentent l’exaspération et les tentations extrémistes. Pour ce qui concerne le flanc Sud, l’émergence de Daesh, ses liens avec l’islamisme européen comme la crise dite des migrants matérialisent d’ores et déjà le risque pour l’Europe de voisiner avec des États faillis. Sur le flanc Est, la menace résulte de l’imprévisibilité fondamentale du Kremlin, engagé dans une fuite en avant nationaliste qu’il sera infiniment plus difficile d’arrêter que de lancer. La stabilité de l’Ukraine, frontalière de la Russie comme de l’UE, est évidemment un enjeu de sécurité essentiel : mais force est de constater que Moscou a choisi un autre chemin et risque fort de s’entêter dans l’erreur, avec des conséquences potentiellement incontrôlables. L’européen, avec son pacifisme de l’opulence, doit aujourd’hui regarder en face cet objet pour lui étrange qu’est l’extrémisme russe, profondément enraciné dans la population [3]. 
 
II. L’Europe fait face à d’importants blocages internes
En bref, si l’émergence d’une Europe puissance reste aujourd’hui hypothétique, elle suppose la démonstration, dans la décennie qui vient, de sa capacité à soutenir la modernisation de ses flancs Sud et Est, bien au delà du nécessaire soutien à l’Ukraine et à la Tunisie ; ceci requiert une politique commune ou coordonnée, dans la mesure où cet objectif relève d’un intérêt commun et dépasse les possibilités de chacun des États européens. L’acceptation réaliste du défi ainsi posé, pour les peuples du Vieux continent, se heurte à toutes sortes d’obstacles. Le premier est une forme de résistance psychologique à la réalité pénible de l’augmentation du risque, certes compréhensible après les dévastations de la Seconde guerre mondiale, qui se combine aux effets anesthésiants d’une vie opulente (en tout cas plus opulente qu’en Russie ou en Égypte). À cette combinaison de pacifisme et d’indifférence pour des évènements perçus comme lointains et incompréhensibles s’ajoute une dissymétrie fondamentale de la guerre de l’information, où le souci éthique, qui est certes à l’honneur de la presse mais la contraint à la lenteur dans les vérifications, fait aussi les délices de Vladimir Poutine, qui peut de son côté déformer la réalité tant qu’il le veut sans risquer d’être contredit par quiconque [4]. Ce que l’on pointe ici plus généralement, c’est la dissonance entre un conflit que la technologie rend accessible en temps réel et les habitudes paisibles de notre quotidien. À tout ceci s’ajoute bien sûr le travail de sape des groupes de pression attachés à la déstabilisation du mode de vie européen, supportés par l’argent du Kremlin ou des intégristes du Golfe. Là encore, la société ouverte fait face à un défi, d’abord parce qu’une action en sens inverse, en Russie ou dans les milieux islamistes, est difficilement imaginable, et d’autre part, parce qu’elle accorde droit de cité à tous les discours, y compris les plus négatifs. Promouvoir la stabilité à son voisinage, ce n’est ni du colonialisme, ni de l’impérialisme, mais une politique honorable et d’un réalisme bien compris. S’il faut bien sûr contrecarrer l’action de ces groupes de pressions dans le cadre de l’État de droit, il n’est pas moins nécessaire de faire pièce à une lecture du Monde qui, chez beaucoup d’européens, fait de l’Occident la source de tous les maux. Sans même parler de ceux qui rêvent du califat de Daesh, ceux de nos concitoyens qui privilégient le relativisme culturel en direction des musulmans européens contribuent à élargir des failles déjà préoccupantes dans nos sociétés ; quant à ceux qui interprètent la crise en Ukraine comme un mauvais coup des américains, ils s’interdisent de comprendre le caractère rétrograde et menaçant du régime de V. Poutine. Cet état d’esprit pernicieux est en soi un obstacle à l’affirmation des intérêts de sécurité évoqués plus haut : sans doute faudra-t-il dire et redire que promouvoir la stabilité à son voisinage, ce n’est ni du colonialisme, ni de l’impérialisme, mais une politique honorable et d’un réalisme bien compris. À ce point, il faut aussi parler d’un populisme dont l’Europe institutionnelle est l’une des cibles – ce qui n’est pas un hasard. Le développement de ce phénomène dans les proportions qu’il atteint aujourd’hui signale une fragilité des sociétés européennes dont les causes sont multiples. En premier lieu, le populisme est le signe d’une difficulté de fond liée à l’extrême sophistication de nos sociétés et de leurs procédures. De nos jours, toute prise de décision concertée suppose l’intervention d’une multiplicité d’acteurs et de centres de pouvoir d’où souvent un caractère irrémédiablement opaque et complexe, à l’origine d’un populisme de frustration [5], ou, chez les élites, d’une tentation de s’affranchir du jeu démocratique, évidente dans la négation du résultat du référendum de 2005 par la classe politique française comme dans le transfert à la BCE des compétences monétaires [6]. Dans cette optique, il est évident qu’une Union européenne tentant de fédérer 28 États solidement enracinés depuis plusieurs siècles porte d’emblée un lourd handicap politique par le supplément de complexité qu’elle comporte. Si on ajoute à cela des politiques combinant dérégulation financière au delà de toute limite raisonnable, une ouverture économique qui met en compétition les classes populaires avec les travailleurs à bas salaire de toute la planète, et l’austérité pressurant la demande, il devient clair que le populisme représente une réaction à une politique d’adaptation sans perspectives, et exprime une profonde défiance vis-à-vis des élites [7]. Cette situation est fort dommageable dès aujourd’hui pour le fonctionnement de l’Union européenne comme de ses États-membres, en particulier parce que la stagnation des classes populaires les rend hermétique à tout débat sur une augmentation d’une immigration perçue comme concurrente, alors même que la structure démographique de nos contrées réclame des bras supplémentaires, ne serait-ce que pour financer les retraites. Il faut enfin insister sur le danger, déjà matérialisé en partie du côté de Moscou, d’une coopération entre ce populisme et les forces extérieures attachées à la destruction du mode de vie européen, qu’il s’agisse de coopération active ou de connivence dans l’alimentation de l’extrémisme. Dans cette optique, une arrivée au pouvoir des populistes, pas absolument impossible au vu des derniers résultats électoraux en France, conduirait au minimum à un retour en arrière et au gaspillage de nombreux atouts, et au pire au chaos. 
 
III. L’Europe doit se renouveler d’urgence
Si, en dehors de toute autre considération, «les grands paramètres démographiques, économiques et stratégiques militent (...) pour l’effacement relatif » de la puissance européenne [8], on voit donc que le cours des événements s’accélère, forçant les habitants du Vieux continent à se réformer ou à accepter la perte de contrôle de leur destin. Aujourd’hui comme au temps de la Guerre froide, la menace extérieure peut contribuer à donner une cohésion nouvelle au projet européen. La justification initiale de la construction européenne, la conjuration de la guerre en Europe, n’a plus lieu d’être, tant il est clair que celle-ci est devenue hors de saison. Il n’en est pas de même de la conflictualité à ses frontières : aujourd’hui comme au temps de la Guerre froide, la menace extérieure peut contribuer à donner une cohésion nouvelle au projet européen ; quant à la pertinence de celui-ci vis-à-vis du reste du Monde, elle reste d’actualité en raison du déclin relatif évoqué plus haut, mais aussi du fait d’une unité qui compense en partie l’hétérogénéité constitutive de l’Europe. Cette unité peut s’appréhender à différents niveaux ; sur un plan intellectuel, le Vieux continent peut se définir, selon Jan Patočka et Alexandra Laignel-Lavastine comme celui « de la vie interrogée » et d’une « perpétuelle mise en question du sens donné » [9] ; sur un plan plus sociologique, la comparaison entre monde russe et Europe, remise à l’honneur par la crise en Ukraine, rappelle utilement que cette dernière est le lieu unique de l’émergence de l’individu et de la propriété privée, avec les garanties juridiques qui en sont inséparables, à partir de son passé féodal [10] [11]. Comme on le voit, il y a place pour une définition pragmatique et ancrée dans la réalité culturelle qui permettrait de clore les éternels débats sur les frontières de l’Europe, et de mettre fin dans un avenir proche aux négociations d’adhésion en cours. On ne dira jamais assez combien l’élargissement de 2004 a été préjudiciable à la construction européenne par sa maladresse, la continuation du processus jusqu’à nos jours signalant la prégnance d’une approche technocratique qui a pourtant largement montré ses limites. Aujourd’hui, pour donner un second souffle à l’idée européenne, loin de la tour de Babel fédérale qui est encore le but de beaucoup d’européistes, il faut avoir le courage de soumettre à un examen critique tout ce qui a été édifié, et tout d’abord intégrer certaines réalités structurantes. Parmi celles-ci, il en est au moins trois qui sautent aux yeux pour peu qu’on s’intéresse aux facteurs culturels : d’abord, que la majeure partie des européens ne parlent pas anglais et ne sont pas prêts à être gouvernés dans une autre langue que leur idiome maternel ; ensuite, que le peuple européen n’existe pas. Pour paraphraser Joseph de Maistre, il y a en Europe des anglais, des français, des allemands, des polonais, etc. ; quant au citoyen européen, il fait figure d’abstraction sociologique et politique qui ne s’incarne nulle part. Enfin, et cette constatation est bien sûr liée aux deux précédentes, il faut bien constater que les nations continuent d’exister, et que les États qui les incarnent ne perdent pas une occasion d’affirmer leurs prérogatives aux dépends de l’Union, en particulier dans les domaines diplomatique et militaire. Il s’ensuit que le rêve fédéraliste doit être liquidé dès que possible, ce qui ne signifie pas que toutes les institutions existantes doivent être mises à bas, mais que la construction européenne doit être rappelée à la modestie, et à l’objectif de concourir à la prospérité de tous les citoyens de ses États-membres. Si certaines politiques ne semblent pas devoir affronter de remise en cause fondamentale, par exemple la Politique Agricole Commune, d’autres comme le Marché Unique pourraient nécessiter des aménagements ; quant à l’Euro, la crise grecque fournit une bonne occasion de s’interroger sérieusement sur sa pertinence. Il y a d’abord à son encontre un argument purement pragmatique : ses partisans eux-mêmes répètent que la politique monétaire commune n’est qu’un instrument incomplet en l’absence d’une politique économique et budgétaire commune qui, sur un plan politique, n’a aucune chance d’advenir dans un horizon prévisible, compte tenu de la défiance populaire pointée plus haut. Sur le fond, la crise grecque, si elle a pour cause immédiate un déficit structurel important, met aussi en lumière l’incongruité qu’il y a à avoir une monnaie unique pour des pays aussi dissemblables que la Grèce et l’Allemagne, et l’absence de souplesse que l’Euro introduit entre des économies qui, étant cloisonnées parce qu’informées par le cadre national, divergent par la nature des choses. Que nous a fait gagner, au fond, la rigidification qui a transformé en monnaie unique le défunt Système Monétaire Européen ? Comme évoqué plus haut, il est également temps de se demander enfin, après des décennies de chômage de masse, si le Monde que nous avons construit offre des perspectives aux jeunes et à ceux de nos concitoyens à qui la vie n’a pas permis d’acquérir un diplôme universitaire. La question concerne certes au premier chef les États avant de concerner l’UE, cependant le Marché unique rend les deux niveaux indiscernables, ce qui contribue à discréditer le projet européen, dont la politique industrielle n’est clairement pas assez développée. Il ne faudra pas moins pour assainir la vie politique en Europe, et pour disposer enfin des bases qui permettraient en particulier d’envisager à pleine échelle l’immigration consensuelle et la politique de défense et de sécurité commune esquissées ci-dessus. Une chose est sûre : le temps presse ; les initiatives diplomatiques et militaires communes devraient privilégier les structures souples de coordination entre États focalisées sur des objectifs précis, assorties si nécessaire d’aménagements à définir dans le fonctionnement de l’OTAN. Un spécialiste d’histoire antique a comparé récemment la crise de l’Europe à celle de la République romaine, et nous promet soit un avenir « impérial et autoritaire », soit l’effacement progressif qu’ont connu les cités grecques [12]. Il n’est plus besoin aujourd’hui d’insister sur la vraisemblance de ce dernier scénario ; quant à celui de l’Empire autoritaire, les dénis de démocratie relevés plus haut montrent qu’il n’est hélas pas tout à fait dénué de sens. Il est temps de montrer que notre ambition est autre et de déployer les ressources de notre inventivité à cette fin. 

 Laurent Chamontin*
 
*Écrivain et russophone, Laurent Chamontin est auteur de L’empire sans limites – Pouvoir et société dans le monde russe (préface d’Isabelle Facon, Éditions de l’Aube, 2014). Né en 1964, il est diplômé de l’Ecole Polytechnique. Il a vécu et voyagé dans le monde russe.

[1] Paul Kennedy, « Naissance et déclin des grandes puissances », trad. M.-A. Cochez et J.-L. Lebrave, Payot, 1991.
[2] Il faut noter de ce point de vue une convergence objective d’intérêts avec la Turquie, Etat relativement moderne malgré ses tentations autoritaires et ses forts contrastes régionaux, et avec Israël.
[3] http://blogs.mediapart.fr/blog/anna...
[4] Il faudrait sans doute réfléchir à une approche de l’information et de son éthique qui permette de s’écarter un peu des faits strictement validés et contrôlés : quand des soldats sans insignes se déploient en quelques jours à travers toute la Crimée, il est certes difficile de prouver que ce sont des russes, mais d’où peuvent-ils venir sinon de Sébastopol ?...
[5] Ce populisme de frustration trouve un débouché très important sur les réseaux sociaux, qui apparaissent ainsi comme l’un des champs essentiels à investir pour le contrer.
[6] Ledit transfert a certes fait l’objet d’un processus de décision démocratique, mais le dessaisissement n’en est pas moins incontestable.
[7] Voir à ce sujet Emmanuel Todd, « L’illusion économique », Gallimard, 1999.
[8] Gérard-François Dumont, Pierre Verluise « Géopolitique de l’Europe – de l’Atlantique à l’Oural », PUF, 2015.
[9] Alexandra Laignel-Lavastine, « La pensée égarée islamisme, populisme, antisémitisme : essai sur les penchants suicidaires de l’Europe », Bernard Grasset, 2015.
[10] Sans doute serait-il intéressant d’explorer les liens souterrains qui unissent ces deux définitions possibles...
[11] Cf. à ce sujet Richard Pipes, « Property and freedom », Vintage books, New York, 1999.
[12] David Engels, « Le déclin – la crise de l’Union européenne et la chute de la République romaine analogies historiques », Éd. Du toucan, 2013.



B) LE FUTUR DE L'EUROPE - RAPPORT - Mars 2014


Ce rapport est le cinquième de la série « Le Futur de l'Europe » et fait suite aux études conduites en 20061, 20092, 20113 et 20124. Il présente un aperçu de la manière dont les Européens perçoivent l'Union européenne et ses orientations au début de l'année 2014. 

Le premier chapitre présente l'environnement européen actuel, les personnes interrogées devant identifier les principaux atouts de l'Union européenne et les principaux défis auxquels elle doit faire face. 

Le second chapitre examine la fin de cette décennie, et demande aux répondants d'indiquer si les enfants d'aujourd'hui, dans l'Union européenne, peuvent espérer des conditions de vie meilleures ou pires que celles des personnes de leur génération, et si l'Union européenne sera plus ou moins influente que les autres puissances mondiales en 2020. 

Dans le troisième et dernier chapitre, l'attention est portée sur la planification de l'Europe de 2020. Les personnes interrogées indiquent quelles devraient être les priorités des dirigeants européens et si, dans certains domaines clés, l'intervention politique au niveau de l'Union européenne devrait être renforcée ou allégée. Enfin, elles expriment leur soutien ou leur opposition à un renforcement de l'intégration européenne dans trois domaines spécifiques. 

Le sondage a été réalisé par le réseau TNS Opinion & Social dans les 28 Etats membres de l'Union européenne entre le 18 et le 27 janvier 2014. Les interviews ont été menées auprès de 27 739 citoyens, issus de groupes sociaux et démographiques variés. Elles ont eu lieu en face-à-face à domicile, dans la langue maternelle de la personne interrogée, pour le compte de la Direction générale Communication. 

La méthodologie utilisée est celle des enquêtes Eurobaromètre de la Direction générale Communication (Unité « Stratégie, actions de communication corporate et Eurobaromètre »)5.
Une note technique relative à la manière dont les entretiens ont été réalisés par les instituts du réseau TNS Opinion & Social est présentée en annexe à ce rapport. Elle inclut également les méthodes d’interview et les intervalles de confiance6

     
1 http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_251_fr.pdf 
2 http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/eb/eb71/eb713_future_europe.pdf  
3 http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_379_en.pdf  
4 http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_394_en.pdf  
5 http://ec.europa.eu/public_opinion/index_fr.htm
6 Les tableaux de résultats sont joints en annexe. Il convient de noter que le total des pourcentages présentés dans les tableaux de ce rapport peut être supérieur à 100% lorsque les personnes interrogées ont la possibilité de donner plusieurs réponses à une même question.


PRINCIPAUX RESULTATS
L'Union européenne en 2014
  • - La puissance économique, industrielle et commerciale de l’UE est considérée comme son principal atout par un cinquième des Européens (19%), suivi de son respect pour la démocratie, les droits de l’homme et l’Etat de droit (17%).
  • - Environ une personne interrogée sur sept pense que le niveau de vie des citoyens de l’UE (14%) ou que les bonnes relations entre Etats membres de l’UE (13%) constituent le principal atout de l'UE.
  • - Dans 15 Etats membres, la puissance économique, industrielle et commerciale de l’UE est le plus souvent citée comme l'un de ses deux principaux atouts. Dans six pays, le respect de l’UE pour la démocratie, les droits de l’homme et l’Etat de droit arrive en première position.
  • - Le chômage est considéré comme le principal défi auquel doit faire face l'UE, puisque plus de la moitié des personnes interrogées (53%) le placent dans le duo de tête. Environ trois personnes interrogées sur dix identifient les inégalités sociales (32%) et la dette publique des Etats membres de l'UE (29%) parmi les deux principaux défis posés à l'UE. 

    Le futur de l'Europe : générations et géopolitique
    • - La proportion des personnes interrogées pensant que la vie des enfants aujourd'hui dans l’UE sera plus facile, a augmenté par rapport à 2012 (22% contre 15% en 2012), et elles sont moins nombreuses à penser qu'elle sera plus difficile (56% contre 64% en 2012).
    • - Une majorité des personnes interrogées estime que l'influence globale de l'UE en 2020 sera plus forte que celle du Brésil, de l'Inde, de la Russie et du Japon. La plupart indiquent toutefois que cette influence sera plus faible que celle de la Chine et des Etats-Unis. 

      En route vers 2020 : priorités et préférences
      • - Pour faire face aux principaux défis mondiaux, près de la moitié des personnes interrogées (49%) estime que la société devrait mettre l'accent sur l’égalité sociale et la solidarité, un résultat en hausse par rapport à novembre/décembre 2012 (43%). Le progrès et l’innovation (34%) et la protection de l’environnement (31%) recueillent également un important soutien.
      • - Une majorité estime que plus de décisions doivent être prises au niveau européen sur tout un éventail de politiques communes, telles que la protection de l’environnement et la lutte contre le chômage.
      • - Une étroite majorité (47% contre 43%) se déclare en faveur d'une « Europe à deux vitesses » qui autoriserait certains pays à intensifier le développement d'une politique européenne commune dans certains domaines importants, sans devoir attendre que tous les autres Etats membres de l’UE soient prêts.
  • - Une proportion importante des personnes interrogées (69%) est favorable à l'élection directe d'un Président de la Commission européenne par les citoyens européens.
  • - Une majorité (58%) soutient également la nomination d’un ministre de la justice de l’UE.
  • - Les Européens apparaîssent toutefois divisés au sujet de la création d'une armée de l'UE (46% y sont favorables, 47% y sont opposés).
1. L'UNION EUROPEENNE EN 2014
Ce premier chapitre se concentre sur la manière dont est perçue l'Union européenne, au regard de ses forces actuelles et des principaux défis auxquels elle doit faire face. 

1.1. Les principaux atouts de l'UE
– La puissance économique, industrielle et commerciale de l’UE est considérée comme son principal atout, suivi du respect pour la démocratie, les droits de l’homme et l’Etat de droit – 

Les personnes interrogées devaient indiquer, à partir d'une liste de neuf propositions, quel était, d'après elles, le principal atout de l’UE. Elles devaient ensuite choisir un deuxième atout. 

Le diagramme ci-dessous n'indique que la première réponse des personnes interrogées. Sur la base de cette première réponse, près d'un cinquième des personnes interrogées (19%) indique que la puissance économique, industrielle et commerciale de l’UE constitue son atout principal, tandis que 17% citent le respect de l’UE pour la démocratie, les droits de l’homme et l’Etat de droit

Environ une personne interrogée sur sept pense que le niveau de vie des citoyens de l’UE (14%) ou que les bonnes relations entre Etats membres de l’UE (13%) constituent le principal atout de l'UE, alors que moins d'une sur dix cite la capacité de l’UE à promouvoir la paix et la démocratie en dehors de ses frontières (8%), et qu'une sur vingt ou moins mentionne les compétences et les talents des citoyens de l’UE (5%), la qualité des infrastructures dans l’UE (4%), les capacités de l’UE pour la recherche et l’innovation (4%) et l’engagement de l’UE en matière de responsabilité environnementale (4%). 

Par ailleurs, 7% des personnes interrogées indiquent spontanément que l'UE n'a aucun atout principal, tandis que 4% déclarent ne pas connaître le principal atout de l'UE. 

La hiérarchie reste très similaire à celle basée sur la première réponse dans le précédent diagramme. Dans l'ensemble, un tiers des personnes interrogées (33%) pense que la puissance économique, industrielle et commerciale de l’UE constitue l'un de ses deux principaux atouts, tandis qu'ils sont environ trois sur dix (31%) à citer le respect de l’UE pour la démocratie, les droits de l’homme et l’Etat de droit

Environ une personne interrogée sur quatre cite les bonnes relations entre Etats membres de l’UE (25%) et le niveau de vie des citoyens de l’UE (24%), et environ une sur six (17%) mentionne la capacité de l’UE à promouvoir la paix et la démocratie en dehors de ses frontières

Environ une personne interrogée sur dix cite chacune des options restantes comme étant le premier ou le deuxième principal atout de l'UE : la qualité des infrastructures dans l’UE (11%) ; les compétences et les talents des citoyens de l’UE (11%) ; l’engagement de l’UE en matière de responsabilité environnementale (10%) ; et les capacités de l’UE pour la recherche et l’innovation (10%). 

Un dixième des personnes interrogées (10%) indique spontanément que l'UE n'a aucun atout principal, tandis que 4% déclarent ne pas connaître le principal atout de l'UE. 

Dans 15 Etats membres, la puissance économique, industrielle et commerciale de l’UE arrive en première position comme étant le premier ou le deuxième principal atout de l'UE. C'est aux Pays-Bas (47%), en Croatie (43%) et au Danemark (43%) que les proportions de personnes interrogées donnant cette réponse sont les plus élevées, tandis que les proportions les plus faibles sont enregistrées à Chypre (21%) et en Grèce (22%). 

Dans sept pays, le respect de l’UE pour la démocratie, les droits de l’homme et l’Etat de droit est le plus souvent cité comme l'un des deux principaux atouts de l'UE. Les personnes interrogées citant cette réponse sont les plus nombreuses en Suède (56%), au Danemark (46%) et en Allemagne (42%). A l'inverse, elles sont moins d'un cinquième à partager cet avis au Portugal et en Grèce (18% dans les deux cas). 

Dans quatre pays les bonnes relations entre Etats membres de l’UE sont le plus souvent citées comme l'un des deux principaux atouts de l'UE : en Slovaquie (37%), à Chypre (29%), en Slovénie (29%) et en Grèce (24%). Une proportion de répondants relativement importante en Allemagne (32%) et au Portugal (30%) cite cet atout, à l'inverse de la Croatie et du Royaume-Uni (16% dans les deux cas), où elle est la plus faible. 

Dans cinq pays, le niveau de vie des citoyens de l’UE est le plus souvent évoqué comme étant l'un des deux principaux atouts de l'UE : en Bulgarie (57%), en Roumanie (48%), à Malte (39%), en Lettonie (37%) et en Pologne (36%). Les pays où la proportion de répondants citant cette réponse est la plus faible sont la Suède (11%), l'Italie (14%) et le Danemark (16%). 

Une proportion relativement importante des personnes interrogées en Allemagne (26%), à Chypre (24%) et en Finlande (23%) sont d'avis que la capacité de l’UE à promouvoir la paix et la démocratie en dehors de ses frontières représente l'un des deux principaux atouts de l'UE. 

En Irlande (19%) et en Pologne (18%), c'est la qualité des infrastructures qui arrive en tête. A l'inverse, au Danemark (4%), en Suède (5%) et au Royaume-Uni (5%), cette option rassemble le moins de réponses. 

Une proportion assez élevée de répondants en Irlande (25%) pense que ce sont les compétences et les talents des citoyens de l’UE qui représentent le premier ou le deuxième principal atout de l'UE, contre 5% au Danemark, en Roumanie et en Slovénie. 

En Italie, 17% des personnes interrogées considèrent que les capacités de l’UE pour la recherche et l’innovation représentent son premier ou son deuxième atout. Suivent la Croatie, Chypre et la Grèce (14% dans chacun de ces pays). Ces résultats sont bien différents de ceux de la Bulgarie et des Pays-Bas, où seules 5% des personnes interrogées partagent cet avis. 

Enfin, au Danemark, à Chypre et en Suède, 18% des personnes interrogées indiquent que l’engagement de l’UE en matière de responsabilité environnementale constitue l'un de ses deux principaux atouts. Elles ne sont que 5% à partager cette opinion en Irlande, en Lituanie et au Portugal. 

C'est en Grèce que la proportion de personnes interrogées indiquant spontanément que l'UE n'a aucun atout principal est la plus importante (29%). Elle est également relativement importante au Portugal, en Slovénie et en Espagne (18% dans chacun de ces trois pays). Dans 10 Etats membres, cette proportion atteint 10% ou plus. 

1.2. Les principaux défis de l'UE
– Le chômage est considéré comme le principal défi auquel l'UE doit faire face –
Après avoir examiné les principales forces de l'Europe, les personnes interrogées devaient identifier, à partir d'une liste de huit propositions, les deux principaux défis auxquels l'UE est confrontée aujourd'hui. 

Le chômage est considéré comme le principal défi de l'UE, plus de la moitié des personnes interrogées (53%) le plaçant dans le duo de tête. 

Environ trois personnes interrogées sur dix identifient les inégalités sociales (32%) et la dette publique des Etats membres de l'UE (29%) parmi les deux principaux défis de l'UE, alors qu'un peu plus d'un cinquième (22%) citent une croissance économique insuffisante

Plus d'un dixième des personnes interrogées pense que le vieillissement de la population (17%) et la concurrence des pays émergents (12%) constituent l'un des deux principaux défis que rencontre l'UE. Viennent ensuite les problèmes environnementaux (8%) et l’instabilité dans les régions frontalières de l’UE (6%). 

Le chômage arrive en tête des deux principaux défis cités dans tous les États membres à l'exception de deux: l'Estonie et l'Allemagne. Dans 21 pays sur 28, il est cité par au moins 50% des personnes interrogées. Chypre (78%) affiche la proportion la plus élevée de personnes interrogées partageant cette opinion, suivie de la Pologne (68%) et de l'Espagne (67%), alors que cette proportion est la plus faible en Allemagne (37%), en Estonie (42%) et au Royaume-Uni (45%). 

En Allemagne (50%), la dette publique des Etats membres arrive en tête des préoccupations. Elle inquiète également beaucoup les personnes interrogées en Autriche (46%). A l'inverse, celle-ci n'est mentionnée que par 11% des personnes interrogées en Estonie et par 13% en Bulgarie, en Pologne et en Roumanie. 

En Estonie (45%), c'est le vieillissement de la population qui est le plus souvent cité. La proportion des personnes interrogées partageant cette opinion est relativement élevée à Malte (34%) et en Bulgarie (32%), alors que les proportions les plus faibles sont enregistrées en Italie (6%), à Chypre (8%), en Croatie (9%) et en Grèce (9%). 

Dans sept Etats membres, au moins quatre personnes interrogées sur dix considèrent que les inégalités sociales constituent l'un des deux principaux défis que rencontre l'UE. L'Allemagne (48%), la Slovaquie (45%) et la Lettonie (44%) affichent les taux les plus élevés, à l'inverse de Malte (11%), de l'Italie (16%) et de l'Irlande (19%), où ils sont les plus faibles. 

Dans quatre Etats membres, au moins trois personnes interrogées sur dix citent la croissance économique insuffisante comme l'un des deux principaux défis de l'UE : en Italie (38%), en Grèce (30%), en Hongrie (30%) et en Roumanie (30%). En Allemagne, elles ne sont que 6% à partager cette opinion – nettement moins que dans les autres pays de l'UE.
Le Danemark (22%) est le seul Etat membre dans lequel plus d'un cinquième des personnes interrogées pense que la concurrence des pays émergents constitue l'un des deux principaux défis de l'UE. Il est suivi de la France (18%) et des Pays-Bas (17%). C'est également au Danemark (16%) que la proportion de personnes interrogées considérant l’instabilité dans les régions frontalières de l’UE comme l'un des deux principaux défis est la plus importante, suivi des Pays-Bas (13%), de la Bulgarie (11%) et du Royaume-Uni (10%). 

Dans la plupart des pays, les problèmes environnementaux ne représentent pas une préoccupation majeure. La Suède (31%) affiche toutefois un taux particulièrement important (plus du double du taux de tous les autres Etats membres). 

L'analyse sociodémographique fait ressortir les éléments suivants : 

- Les plus jeunes répondants ont plus fréquemment tendance à penser que le chômage constitue l'un des deux principaux défis de l'UE : 58% des 15-24 ans expriment cette opinion, contre 51% des personnes âgées de 40 ans et plus. En revanche, les 15-24 ans sont les moins nombreux à citer la dette publique des Etats membres parmi les deux principaux défis de l'UE. Ils sont 25% à l'évoquer, contre 31% des 40-54 ans.
  • -  Si 59% des personnes interrogées ayant arrêté leurs études au plus tard à 15 ans pensent que le chômage est l'un des deux principaux défis de l'UE, seules 47% de celles ayant étudié jusqu'à 20 ans ou au-delà partagent cet avis. Ce dernier groupe est légèrement plus susceptible d'identifier la dette publique des Etats membres comme l'un des deux principaux défis de l'UE (31% contre 26%).
  • -  Les différences sont plus marquées au niveau des groupes socioprofessionnels : deux tiers des personnes au chômage (66%) pensent que le chômage constitue l'un des deux principaux défis de l'UE, ainsi que 58% des personnes au foyer et 57% des ouvriers. Toutefois, seuls 41% des cadres partagent cet avis. En revanche, les cadres sont plus susceptibles d'indiquer que la dette publique des Etats membres constitue l'un des deux principaux défis de l'UE (37% contre 24% des personnes interrogées au chômage).
2. LE FUTUR DE L'EUROPE : GENERATIONS ET GEOPOLITIQUE
Ce second chapitre est prospectif. Il s'interroge sur la vie future de ceux qui sont encore des enfants aujourd'hui dans l’UE et cherche à déterminer si leur vie sera plus facile, plus difficile ou à peu près la même que pour les adultes vivant aujourd'hui dans l'UE. Il soulève également la question de l'influence future de l'UE sur la scène internationale. 

2.1. Quelles perspectives pour les jeunes Européens ?
– La proportion des personnes interrogées pensant que la vie de ceux qui sont enfants aujourd'hui dans l’UE sera plus facile a augmenté par rapport à 2012, contrairement à celle qui pense qu'elle sera plus difficile – 

Une majorité de personnes interrogées (56%) pense que la vie de ceux qui sont enfants aujourd'hui dans l’UE sera plus difficile que celle de leur propre génération. Cette proportion s’avère toutefois en forte baisse par rapport à novembre/décembre 2012, quand 64% des personnes interrogées partageaient cette opinion. 

Un peu plus d'un cinquième des personnes interrogées (22%) considèrent que la vie des enfants aujourd'hui sera plus facile que celle de leur propre génération – une hausse par rapport aux 15% de 2012. Environ un cinquième des personnes interrogées (19%, +1 point par rapport à 2012) pense que leur vie sera à peu près la même. 

Dans sept Etats membres, une majorité de personnes interrogées pense que la vie de ceux qui sont enfants aujourd'hui sera plus facile que celle des gens de leur propre génération. Le Portugal se distingue de loin avec 56% ; Malte (43%) et la Croatie (41%) affichent également des proportions relativement importantes de répondants partageant cette opinion. Les autres pays appartenant à ce groupe sont la Lituanie (39%), la Pologne (39%), la Bulgarie (35%) et la Lettonie (33%). 

Dans les 21 Etats membres restants, une majorité de personnes interrogées pense que la vie de ceux qui sont enfants aujourd'hui dans l’UE sera plus difficile que celle des gens de leur propre génération. Dans 16 de ces pays, ils sont au moins 50% à exprimer cette opinion. Au moins sept répondants sur dix partagent cette opinion en Grèce (75%), à Chypre (73%), en France (71%) et en Belgique (70%). 

Comme cela a été indiqué plus haut, la proportion de personnes interrogées qui s'attendent à ce que la vie de ceux qui sont enfants aujourd'hui dans l’UE soit plus facile, a sensiblement augmenté au niveau européen. Cette tendance s'accompagne d'une baisse de la proportion de personnes interrogées pensant que leur vie sera plus difficile. 

Cette tendance touche par ailleurs chaque pays individuellement, puisque tous les Etats membres (à l'exception de la Belgique, où aucun changement n'est observé) enregistrent une hausse de la proportion de personnes interrogées d'avis que la vie sera plus facile pour les enfants vivant aujourd'hui dans l'UE. Dans trois pays, la hausse atteint plus de 20 points : au Portugal (56%, +28), en Irlande (39%, +23) et à Malte (43%, +23). Dans quatre autres, elle atteint au moins dix points : en Estonie (33%, +12), en Roumanie (29%, +12), en Croatie (41%, +11) et en Pologne (39%, +10). 

La proportion de personnes interrogées estimant que la vie sera plus difficile pour les enfants vivant aujourd'hui dans l'UE a baissé de manière généralisée, sauf en Autriche (51%, +2) et en Italie (54%, +1), où la proportion de personnes interrogées partageant cette opinion a légèrement augmenté. Les baisses les plus importantes touchent l'Irlande (40%, -28), Malte (38%, -27) et la Croatie (28%, -25). 

L'analyse sociodémographique des résultats fait ressortir quelques disparités entre les catégories :
  • -  Les personnes interrogées plus âgées se montrent en général plus pessimistes que les plus jeunes : si 59%-60% des personnes âgées de 40 ans et plus pensent que la vie sera plus difficile pour ceux qui sont enfants aujourd'hui, seuls 44% des 15-24 ans partagent cette opinion.
  • -  Les personnes les plus instruites portent un jugement plus optimiste sur les perspectives des enfants d'aujourd'hui. Alors que 60%-61% des personnes interrogées ayant arrêté leurs études au plus tard à 19 ans sont d'avis que la vie sera plus difficile pour ceux qui sont enfants aujourd'hui, 53% de celles ayant étudié jusqu'à 20 ans ou au-delà, et seulement 39% de celles qui étudient encore, partagent cette opinion.
  • -  La catégorie socioprofessionnelle semble également influencer les perceptions. 61% des ouvriers estiment que la vie de ceux qui sont enfants aujourd'hui dans l’UE sera plus difficile que celle des gens de leur génération, alors que seuls 53% des cadres sont du même avis.
2.2. L'influence de l'UE sur la scène internationale
– Une majorité d'Européens estime que l'UE sera plus influente en 2020 que d'autres puissances mondiales, à l'exception de la Chine et des Etats-Unis – 

Les personnes interrogées devaient indiquer si l'influence globale de l'UE à la fin de la décennie sera plus forte ou plus faible que celle de six pays en dehors de l'UE. 

Plus de la moitié des personnes interrogées déclarent que l'influence de l'UE sera plus forte que celle du Brésil (59% contre 23% déclarant qu'elle sera plus faible) et de l'Inde (56% contre 26% estimant qu'elle sera plus faible). 

Une majorité des personnes interrogées pense également que l'influence de l'UE sera plus forte que celle de la Russie (47% contre 35%) et du Japon (44% contre 41%). 

Toutefois, la plupart des personnes interrogées estime que l'influence de l'UE sera plus faible que celle de la Chine (56% contre 32% déclarant qu'elle sera plus forte) et des Etats-Unis (52% contre 34%). 

Dans tous les Etats membres sauf quatre, au moins 50% des personnes interrogées pensent que l'UE sera plus influente que le Brésil en 2020. Elles sont plus de sept sur dix à exprimer cette opinion au Luxembourg (75%), en Suède (75%), en Finlande (71%) et en Grèce (70%). Les quatre pays faisant exception et affichant une proportion inférieure à 50% sont le Portugal (45%), la Bulgarie (46%), l'Italie (46%) et Malte (47%). Dans ces pays, toutefois, une majorité pense encore que l'influence globale de l'UE sera plus grande. 

Les résultats concernant l'Inde sont similaires à ceux du Brésil. La Finlande (68%), la Grèce (68%) et le Luxembourg (66%) enregistrent de nouveau les proportions les plus élevées de personnes interrogées estimant que l'influence de l'UE sera plus forte que celle de l'Inde en 2020. Dans tous les pays à l'exception de trois - l'Italie (45%), la Bulgarie (47%) et Malte (47%) - elles sont plus de 50% à partager cette opinion. Toutefois, même dans ces trois pays, une majorité pense que l'influence de l'UE sera plus grande. 

En ce qui concerne la Russie, plus de 50% des personnes interrogées dans 11 Etats membres estiment que l'influence relative de l'UE se renforcera, avec en tête la Suède (61%), la Finlande (59%) et le Danemark (55%). A l'inverse, seules 24% des personnes interrogées à Chypre, 32% en Grèce et 37% en Slovénie partagent cette opinion. Dans ces trois Etats membres, ainsi qu'en Slovaquie, une majorité des personnes interrogées estime que l'influence de l'UE sera plus faible que celle de la Russie en 2020. 

Dans cinq Etats membres seulement, plus de 50% des personnes interrogées pensent que l'influence de l'UE sera plus forte que celle du Japon : en Suède (63%), en Finlande (58%), en Allemagne (58%), au Danemark (56%) et aux Pays-Bas (54%). Toutefois, dans 14 Etats membres une majorité considère que l'influence de l'UE sera plus forte. C'est en Espagne (28%), en Bulgarie (31%), à Malte (32%) et au Portugal (32%) que la proportion de personnes interrogées partageant cette opinion est la plus faible. 

Dans la plupart des Etats membres (24 sur 28), une majorité de la population estime que l'influence de l'UE sera plus faible que celles des Etats-Unis en 2020. Les quatre pays faisant exception sont la Pologne (44% indiquent que l'influence de l'Europe sera plus grande), l'Italie (43%), la Lituanie (42%) et l'Allemagne (41%). A l'autre extrême, se situent la Grèce (19%), l'Espagne (21%) et la France (22%). 

La Hongrie (49%), la Lituanie (42%) et la Pologne (42%) sont les seuls Etats membres à afficher une majorité de personnes interrogées estimant que l'influence de l'UE sera plus forte que celle de la Chine en 2020. Dans tous les autres pays de l'UE, une majorité pense que l'influence de l'UE sera plus faible. 

Seules la Lituanie et la Pologne enregistrent une majorité de personnes interrogées estimant que l'influence de l'UE sera plus forte que celle de tous ces pays en 2020. 

3. EN ROUTE VERS 2020 : PRIORITES ET PREFERENCES
Ce troisième et dernier chapitre se concentre sur les différentes approches possibles des défis présents et futurs de l'UE. 

3.1. Quelles priorités pour l'UE ?
– Près de la moitié des Européens estiment que la société devrait mettre l'accent sur l’égalité sociale et la solidarité pour faire face aux principaux défis mondiaux – 

Les personnes interrogées devaient désigner les sujets considérés comme une priorité par leur société pour faire face aux principaux défis mondiaux. Elles devaient choisir tout au plus deux sujets parmi une liste de six sujets proposés. 

Environ la moitié des personnes interrogées (49%) estime que la société devrait mettre l'accent sur l’égalité sociale et la solidarité – en hausse par rapport à novembre/décembre 2012 (43%). 

Plus de trois personnes interrogées sur dix estiment que la société devrait privilégier le progrès et l’innovation (34%, -3 points par rapport à 2012) et la protection de l’environnement (31%, -1), tandis qu'un peu moins de trois sur dix (28%, -2) citent le libre-échange et l’économie de marché

La diversité culturelle et l’ouverture aux autres devrait être mise en avant d'après 18% des personnes interrogées (+1), et environ une sur dix (11%, +1) évoquent les traditions

Dans 22 Etats membres, la proportion des personnes interrogées qui pensent que la société devrait mettre l'accent sur l’égalité sociale et la solidarité est la plus importante. Dans 16 pays, elles sont au moins 50% à répondre ainsi. L'Espagne (64%), la Bulgarie (60%) et le Luxembourg (60%) affichent les taux les plus élevés, à l'inverse de l'Italie (33%) et du Royaume-Uni (36%), où ils sont les plus faibles. 

L'Italie (41%) est le seul pays dans lequel le progrès et l’innovation arrivent en tête des priorités, même si les proportions de personnes interrogées à citer cette réponse sont légèrement plus élevées en Grèce (44%), en Espagne (43%), en Hongrie (42%) et en Slovénie (42%). Moins d'un répondant sur quatre partage cette opinion en Lituanie (21%), en Estonie (24%) et en Lettonie (24%). 

Dans les cinq Etats membres restants, les personnes interrogées pensent que l'attention devrait être portée sur la protection de l'environnement. C'est le cas en Suède (61%), au Danemark (52%), en Roumanie (43%), en Irlande (41%) et à Malte (41%). Les pays où la proportion des personnes interrogées qui partagent cette opinion est la plus faible sont le Portugal (18%), la Croatie (20%), l'Italie (20%) et la Pologne (20%). 

Dans neuf pays, au moins trois personnes interrogées sur dix estiment que la société devrait mettre l'accent sur le libre-échange et l’économie de marché. La proportion des personnes interrogées citant cette réponse est comprise dans une fourchette allant de 39% en Bulgarie, 37% en Roumanie et en Lettonie, à 16% en Suède et 17% en Espagne. 

Dans huit Etats membres, au moins un cinquième des personnes interrogées souhaiterait que la priorité soit accordée à la diversité culturelle et l’ouverture aux autres. La Suède (29%) et le Danemark (28%) affichent les taux les plus élevés, à l'inverse de la Slovénie (10%), la Grèce (12%) et la Slovaquie (12%), où ils sont les plus faibles. 

Dans la plupart des pays, assez peu de répondants considèrent que la société devrait mettre l'accent sur les traditions. Chypre (21%), la République tchèque (18%) et la Pologne (17%) affichent les proportions les plus élevées. 

Depuis 2012, la plupart des Etats membres ont enregistré une hausse de la proportion des personnes interrogées estimant que la société devrait mettre l'accent sur l’égalité sociale et la solidarité. La Lituanie (57%, +12), l'Estonie (50%, +11), l'Espagne (64%, +10) et l'Autriche (53%, +10) enregistrent les plus fortes hausses. Seules quelques exceptions sont à noter, notamment l'Irlande (39%, -3) et la Roumanie (40%, -3), où cette proportion a baissé sur la période. 

L’attention portée au progrès et à l’innovation a fortement progressé au Portugal (37%, +9) et à Malte (37%, +8), tandis que le Luxembourg (25%, -10) et la Roumanie (25%, -8) enregistrent les baisses les plus importantes sur ce sujet. 

En Irlande (41%, +14) et en Roumanie (43%, +8), la proportion de personnes interrogées estimant que la société devrait accorder plus d'attention à la protection de l'environnement a fortement augmenté. A l'inverse, les plus fortes baisses concernent la Suède (61%, -9), la Bulgarie (26%, -9), le Luxembourg (39%, -8) et la Finlande (36%, -8).
L'analyse sociodémographique fait ressortir quelques disparités entre catégories :
  • -  Les femmes sont un peu plus nombreuses que les hommes à mettre l'accent sur l’égalité sociale et la solidarité (51% contre 46%), alors que les hommes ont plutôt tendance à privilégier le libre-échange et l’économie de marché (30% contre 25%), et le progrès et l’innovation (37% contre 32%).
  • -  Les 25-39 ans (39%) pensent davantage que la société devrait mettre l'accent sur le progrès et l’innovation, tandis que les personnes âgées de 55 ans ou plus (30%) sont les moins nombreuses à penser de même. Les 15-24 ans (22%) pensent davantage que la société devrait mettre l'accent sur la diversité culturelle et l’ouverture aux autres, tandis que les personnes âgées de 55 ans ou plus (16%) sont de nouveau les moins nombreuses à être de cet avis.
  • -  Les personnes ayant étudié jusqu'à 20 ans ou au-delà sont plus nombreuses que celles ayant arrêté leurs études au plus tard à 15 ans à privilégier le progrès et l’innovation (39% contre 29%), la protection de l'environnement (33% contre 27%) et la diversité culturelle et l’ouverture aux autres (22% contre 13%).
  • -  Si environ la moitié (50%-52%) des ouvriers, des personnes au foyer, des retraités et des personnes au chômage souhaitent accorder la priorité à l’égalité sociale et la solidarité, seuls 40% des indépendants et 44% des cadres partagent cet avis.
3.2. Plus ou moins de décisions prises au niveau européen ?
– Une majorité d'Européens se prononce en faveur de prises de décisions renforcées au niveau européen sur tout un éventail de politiques communes –
Les personnes interrogées devaient indiquer si elles pensaient que plus ou moins de décisions devaient être prises au niveau européen pour s'attaquer à certains des sujets clés touchant l'UE. 

Plus de sept personnes interrogées sur dix (72%) s'accordent à dire que la protection de l’environnement nécessite plus de prises de décisions au niveau européen (-8 points par rapport à 2012), alors qu'un peu plus de six sur dix (62%) le réclament dans la lutte contre le chômage (-4). 

Près de six personnes interrogées sur dix (59%) pensent que les questions d’immigration nécessitent plus de prises de décisions au niveau européen, et elles sont la moitié (50%) à penser ainsi au sujet de la santé et la sécurité sociale

Les avis sont moins tranchés sur la politique économique et les impôts: 48% des personnes interrogées indiquent que ce domaine nécessite plus de prises de décisions au niveau européen, tandis que 44% ont une opinion inverse. 

Il apparaît nettement que les personnes interrogées habitant dans la zone euro sont plus favorables que celles habitant en dehors de la zone euro, à un renforcement des prises de décisions au niveau de l'UE dans la plupart des domaines d'intervention politique, en particulier sur les sujets relatifs à la protection de l'environnement (75% contre 67%) et à l'immigration (63% contre 52%). La seule exception concerne la politique de santé et de sécurité sociale, pour laquelle les résultats sont divergents : 53% des personnes interrogées en dehors de la zone euro pensent que plus de décisions doivent être prises au niveau européen, contre 49% dans la zone euro. 

Dans tous les Etats membres – à l'exception de l'Estonie (49%) – au moins la moitié des personnes interrogées estime que la protection de l'environnement devrait impliquer plus de prises de décisions au niveau européen, et même en Estonie une majorité des personnes interrogées est de cet avis. Dans cinq pays, au moins 80% des personnes interrogées expriment cette opinion : en Suède (85%), à Chypre (83%), en Allemagne (81%), en Belgique (80%) et en République tchèque (80%). La proportion des personnes interrogées favorables à un renforcement des décisions au niveau européen est toutefois en baisse dans tous les pays à l'exception de la Croatie (72%, +4), de la République tchèque (80%, +1) et de l'Autriche (69%, inchangé). On constate les plus fortes baisses en Estonie (49%, -18), en Lettonie (52%, -17), en Lituanie (58%, -14) et en Slovénie (64%, -14). 

Dans tous les Etats membres à l'exception de trois, plus de la moitié des personnes interrogées souhaiteraient plus de prises de décisions au niveau européen dans la lutte contre le chômage. La Croatie (83%), le Portugal (78%) et Chypre (75%) affichent les taux les plus élevés. Les trois pays faisant exception sont la Finlande (40%), le Royaume-Uni (40%) et l'Estonie (42%). Si la Croatie (83%, +19)7 connaît une forte augmentation du nombre des personnes interrogées favorables à plus de prises de décisions au niveau européen au sujet du chômage, cette tendance n'est pas généralisée. L'Espagne (60%, -12), la Grèce (57%, -11) et la Roumanie (72%, -11) enregistrent les plus fortes baisses. 

Dans 23 pays, au moins 50% des personnes interrogées se prononcent en faveur de plus de prises de décisions au niveau européen sur les questions d’immigration. Malte (80%) affiche un taux exceptionnellement élevé à ce sujet, suivi de la Belgique (74%), de la Bulgarie, de la République Tchèque et de l'Italie (69% dans chacun de ces pays). Les pays se montrant les moins favorables sont la Finlande (35%), l'Estonie (36%) et le Royaume-Uni (37%). 

Dans 19 pays, au moins 50% des personnes interrogées se prononcent en faveur de plus de prises de décisions au niveau européen sur la question de la la santé et la sécurité sociale. Les pays se montrant les plus favorables sont Chypre (78%), le Portugal (73%), la Roumanie (72%) et la Hongrie (71%). A l'inverse, le soutien est particulièrement faible en Finlande (21%) et en Autriche (24%).


La dernière fois que cette question a été posée en Croatie, ce pays n'était encore qu'un pays candidat (la Croatie a formellement intégré l'UE le 1er juillet 2013). Ceci peut expliquer cette évolution positive. 

Dans 11 pays, plus de la moitié des personnes interrogées réclament que plus de décisions soient prises au niveau européen sur la politique économique et les impôts. Le Portugal (68%) et la Croatie (63%) affichent les taux les plus élevés, à l'inverse de la Suède (21%) et du Danemark (24%) où ils sont les plus faibles. 

3.3. Que pensent les Européens d'une poursuite du processus d'intégration européenne ?
– L'opinion est divisée sur l'idée d'une « Europe à deux vitesses » lorsqu'il s'agit de mettre en œuvre de nouvelles politiques européennes communes –
Que pensent les Européens d'une « Europe à deux vitesses » ?
Les personnes interrogées devaient indiquer si les pays qui sont prêts à intensifier le développement d’une politique européenne commune dans certains domaines importants devraient le faire sans attendre les autres pays ou s’ils devraient attendre que tous les Etats membres de l’UE soient prêts à le faire. 

Une majorité des personnes interrogées (47%, +2 points par rapport à 2012) déclare que ces pays ne devraient pas attendre. Toutefois, une importante minorité (43%, +1) estime à l’inverse qu’ils devraient attendre. Un dixième des personnes interrogées (10%, -3) déclare ne pas savoir. 

Dans 16 Etats membres, une majorité des personnes interrogées pense que les pays devraient pouvoir agir sans attendre les autres. Cette approche est particulièrement répandue aux Pays-Bas (69%), au Danemark (64%) et en Slovénie (62%). Elle a le plus progressé en Lettonie (61%, +10) et en Italie (43%, +9), mais a beaucoup reculé en Irlande (33%, -12) et en Bulgarie (36%, -10). 

Dans 12 pays, cependant, une majorité des personnes interrogées indique que les pays devraient attendre que tous les Etats membres de l’UE soient prêts. La Grèce (70%), l'Espagne (63%) et le Portugal (60%) affichent les taux les plus élevés. Par rapport à 2012, cette approche a fortement progressé en Irlande (52%, +11) et à Malte (44%, +10), tandis que la Slovénie (28%, -8) et la Lettonie (32%, -7) enregistraient les reculs les plus importants. 

Quelles sont les évolutions possibles dans l'Union européenne ?
Enfin, les personnes interrogées devaient indiquer si elles étaient favorables ou opposées à trois changements possibles qui pourraient être introduits à l'avenir au sein de l'UE. 

Près de sept personnes interrogées sur dix (69%) se déclarent favorables à un Président de la Commission européenne élu directement par les citoyens européens, tandis que 22% s'opposent à cette idée. 

La plupart des répondants (58%) sont également favorables à la nomination d’un ministre de la justice de l’UE, alors que près d'un tiers (32%) des personnes interrogées s'y opposent. 

L'opinion publique européenne est divisée quant à la création d’une armée de l’UE : 47% y sont opposés, tandis que 46% y sont favorables. 

Dans tous les Etats membres, plus de 50% des personnes interrogées se déclarent favorables à un Président de la Commission européenne élu directement par les citoyens européens. Le niveau d'approbation oscille entre 80% en Croatie et 54% en Estonie et en Finlande. 

Dans 27 pays sur 28, une majorité soutient également la nomination d’un ministre de la justice de l’UE (le Danemark fait exception). L'Italie (75%) et la Bulgarie (73%) affichent le plus fort soutien. 

Dans 13 pays, une majorité est favorable à la création d’une armée de l’UE. La Belgique, la Bulgarie, la France et la Lituanie (60% dans chacun de ces pays) affichent les taux de soutien les plus élevés. Toutefois, dans 14 pays, une majorité des personnes interrogées est opposée à cette idée, l'opposition la plus forte étant enregistrée en Finlande et en Suède (69% dans ces deux pays). 

L'analyse sociodémographique des résultats fait ressortir les éléments suivants :
  • -  Les hommes sont légèrement plus nombreux que les femmes (48% contre 43%)
    à soutenir l'idée d’une armée de l’UE.
  • -  Les 15-39 ans sont les plus nombreux à soutenir l'élection directe du Président de la Commission européenne par les citoyens européens (71%-74%) et la nomination d’un ministre de la justice de l’UE (63%-64%), à l'inverse des personnes âgées de 55 ans et plus qui sont les moins favorables à de telles mesures (respectivement 66% et 52%).
  • -  Les employés autres que les cadres (73%) et les étudiants (72%) sont les plus nombreux à être favorable à soutenir l'élection directe du Président de la Commission européenne par les citoyens européens, alors que les personnes au foyer (64%) et les retraités (66%) y sont le moins favorables. Les employés autres que les cadres et les étudiants, sont également les plus nombreux à soutenir la nomination d’un ministre de la justice de l’UE (64% dans ces deux cas).
CONCLUSIONS
La vague précédente de cette enquête avait été menée alors que l’Union européenne connaissait une période de grande incertitude politique et économique. Cette dernière édition s’inscrit dans un environnement plus stable. Quoique les inquiétudes politiques et économiques persistent, l'avenir de l'euro paraît beaucoup plus sûr et la plupart des pays européens ont retrouvé le chemin de la croissance. 

Les résultats de cette enquête reflètent cette situation. D'une manière générale, si les personnes interrogées se montrent encore inquiètes pour l'UE et son avenir, leurs inquiétudes s’avèrent beaucoup moins prononcées qu'en novembre-décembre 2012. 

Ainsi, le nombre de personnes estimant que la vie de ceux qui sont enfants aujourd'hui sera plus difficile que celle des gens de leur génération a diminué, et le nombre de personnes estimant qu'elle sera plus facile a augmenté. Des disparités apparaissent entre les pays : par exemple, trois quarts des personnes interrogées en Grèce pensent que leurs enfants peuvent s'attendre à une vie plus difficile, soit près du triple de la Croatie et de la Lituanie. 

Par ailleurs, certains signes laissent à penser que l'opinion des Européens évolue sur la manière dont la société devrait s'attaquer à ces nouveaux défis. Ils sont environ la moitié désormais à déclarer que l'accent devrait être mis sur l’égalité sociale et la solidarité – plus qu'en 2012 – et le nombre de ceux désirant accorder la priorité à des sujets économiques tels que le libre-échange ou le progrès et l’innovation est en baisse. Ce résultat est important. Il suggère qu'un nombre croissant de personnes soutient un changement de direction dans le traitement des problèmes à venir. 

Par ailleurs, la plupart des Européens continuent de penser que plus de décisions doivent être prises au niveau européen dans des domaines importants tels que la protection de l’environnement et la lutte contre le chômage. 

Toutefois, il apparaît clairement que la plupart des personnes interrogées estiment encore que l'UE a un rôle central à jouer dans les réponses à apporter aux principaux problèmes de l'UE. Ainsi, une majorité d'Européens considère le chômage comme l'un des principaux défis de l'UE, et plus de six sur dix se prononcent en faveur de prises de décisions plus importantes au niveau européen pour y remédier. 

Les Européens se montrent par ailleurs flexibles lorsqu'il s'agit de s'adapter aux défis à venir. Une petite majorité se déclare favorable à une « Europe à deux vitesses » qui autoriserait les Etats membres à mettre en œuvre de nouvelles politiques sans attendre que tous les autres pays de l'UE soient prêts à le faire ; ils sont également nombreux à apporter leur soutien à certaines innovations institutionnelles, dont l'élection directe du Président de la Commission européenne et la désignation d'un ministre de la justice de l'UE. En revanche, d'autres innovations les divisent, comme la création d'une armée européenne : si certains pays y sont fortement favorables, d'autres y sont fortement opposés.
 


C) Peut-on encore penser le futur de l’Europe?

Nicolas Tenzer est philosophe, normalien, qui se revendique du libéralisme de gauche. Dans la Nouvelle Revue de Géopolitique, il évoque l'avenir de la construction européenne, et les conditions dans lesquelles doivent/peuvent se penser le futur de l'Europe. Pour lui, cette Europe se doit d'être plus explicite sur ses ambitions, ses finalités.

Tout se passe aujourd’hui comme si nul responsable politique n’imaginait plus le futur souhaitable de l’Europe. En tout cas, nul ne se risque à en parler dans un discours officiel au-delà de quelques incantations rituelles, préambules à des points de situation techniques. La parole publique à visée globale semble réservée aux eurosceptiques, parfois radicaux dans leur dénonciation des valeurs qui ont permis la construction européenne et libéré les espoirs conjoints de progrès économiques, sociaux et démocratiques. Certes, il existe encore des cercles qui se plaisent à imaginer une "Europe politique" – sans que soit toujours précisé ce qu’on entend par là – ou qui cherchent encore à promouvoir une Europe fédérale, mais cette utopie européenne reste peu crédible, faute d’être reprise par des personnalités qui ont par leur aura, leur force de conviction et surtout leur pouvoir, la capacité de transformer ces idées en actes.

Il serait pourtant trop facile et surtout peu opérant de gloser sur les égoïsmes nationaux et les réelles discordances d’intérêts et de trouver dans les crises majeures – en particulier, celle de l’euro, mais plus largement la crise économique qui bouleverse de nombreux pays européens – l’origine de cet évitement. Il convient d’en imputer l’origine à la fois à la méthode de construction de l’Europe, forte quant à ses résultats passés, mais grosse de germes destructeurs pour l’avenir, et à une forme de retrait stratégique qui gagne de nombreux États développés. La méthode implicite de construction de l’Europe a permis de faire avancer l’Europe, mais sans une stratégie suffisamment publique pour être partagée et pour soumettre ses propres ambitions à un examen contradictoire qui, dans certains cas, aurait pu éviter certaines erreurs. Présente dans l’esprit des décideurs, même si l’on peut douter qu’elle ait toujours été vraiment pensées dans ses buts ultimes, nourrie surtout par un pragmatisme intelligent et un sens machiavélien des opportunités, elle n’a pas permis de communiquer sur les objectifs, sur les valeurs et sur les résultats.

Que survienne la crise, et l’Europe se trouve injustement au banc des accusés à un moment où, précisément, il faudrait changer de méthode et rendre explicites les objectifs à moyen terme et les atouts. On monte en épingle certains de ses échecs, tout aussi réels, ou certaines positions peu acceptables ou technocratiques – et l’arbre de l’aberration cache la forêt des réussites. On a trop longtemps dissimulé pour ne pas entraîner désappointement et suspicion. Mais, surtout, l’incroyable pression du court terme, alliée à une prépondérance des techniciens sur les stratèges dans les équipes de conseillers, a entravé le surgissement d’un horizon de pensée plus lointain et plus global – ce qu’on retrouve évidemment dans les politiques nationales. Les gouvernements ont été fort embarrassés dans l’élaboration d’une vision systémique des facteurs qu’il fallait favoriser pour remettre l’Europe sur les rails et sur les diverses dimensions que sa construction future pouvait ou devait revêtir.

Les facteurs déterminants de l’avenir de l’Europe

Aucune stratégie européenne ne peut passer sous silence les facteurs positifs ou incapacitants qui vont déterminer tant la capacité des dirigeants de forger un projet européen que son acceptation par les peuples.

Les facteurs internes sont bien connus. Le premier est naturellement lié aux leaders des pays européens eux-mêmes et à ceux dont l’Union européenne se sera dotée. Des dirigeants sans charisme et sur la défensive ne pourront porter aucune avancée substantielle. La situation économique en Europe est à l’évidence un élément fondamental : la crise sociale a toujours entraîné la montée de groupes hostiles à la construction européenne et aux valeurs qui la fondent. Des divergences accrues de compétitivité, de situation des comptes publics et d’emploi sont aussi des vecteurs de destruction de l’esprit européen. La capacité des institutions européennes, et en particulier de la Commission européenne, de fonctionner efficacement, de se prémunir des conflits de compétences et de produire des résultats visibles est le seul moyen de lutter contre les attaques dont l’Europe est victime. Enfin, la faculté de l’Europe de se prémunir contre les régressions des principes fondateurs chez ses États-membres – songeons à la Hongrie – et à empêcher les dérives de type mafieux – pensons-là à la Roumanie et à la Bulgarie – est indispensable.

On oublie aussi trop souvent que les rapports que l’Europe entretient avec le reste du monde – et qui dépendent aussi de nous – et la manière dont les autres régions évoluent exercent une influence majeure sur son avenir. L’Europe est ainsi directement touchée par les modifications de son voisinage européen et par les relations, y compris par sa capacité de pression, avec celui-ci. C’est particulièrement vrai pour les pays balkaniques, mais aussi, et de manière plus stratégique, pour la Russie. Suivant que Moscou parviendra à diviser l’Europe, notamment sur les questions énergétiques et sécuritaires, ou qu’elle adoptera au contraire une attitude plus coopérative sur les principaux dossiers internationaux, l’Europe sera affaiblie ou pourra se renforcer. Il est trop peu perçu aussi que l’état de la relation transatlantique conditionne dans une large mesure la possibilité de construire un projet européen. Une opposition ou une indifférence des États-Unis plutôt qu’une relation partenariale marquée par la confiance conduirait aussi à diviser l’Europe et à l’enfermer dans une stratégie de différenciation a priori, empêchant même de traiter adéquatement les différences réelles d’intérêts et de conceptions.

Sur un plan différent, le rôle des laboratoires d’idées en matière européenne est important à prendre en compte. Certes, nous disposons à la fois de tels groupes qui produisent des documents intéressants sur plusieurs aspects des politiques européennes – malgré certains manques, notamment sur les politiques d’aide, l’éducation et la recherche – et de groupes de pression qui plaident en faveur de l’avancée de la cause européenne. Toutefois, les premiers n’offrent que rarement une perspective d’ensemble et leurs propositions, quoique souvent pertinentes, restent essentiellement sectorielles tandis que les seconds ne fournissent pas la "boîte à outils" nécessaire pour avancer et ne s’engagent pas dans une réflexion sur les méthodes politiques pour faire accepter leurs thèses. On peut ajouter que leur impact tant sur les dirigeants que sur les opinions reste limité. L’existence d’un débat intellectuel sur l’Europe, à la fois d’ordre politique et technique, capable d’avoir une accroche sur le processus de décision, est la condition aussi pour que la construction européenne puisse progresser. Sans préparation de cet ordre, les cercles du pouvoir politico-administratif en seront incapables.

Des forces contradictoires

Les chances d’un sursaut européen – appelons-le ainsi, faute de mieux – sont difficiles à évaluer. Les forces qui agissent en Europe sont plus contradictoires qu’il n’y paraît et, même si de nombreux éléments conduisent à des conclusions pessimistes, des facteurs souterrains plus positifs jouent également.

Bien sûr, les opinions éclairées ne peuvent que constater le manque de leaders d’envergure européenne, dont la personnalité leur permettrait de s’adresser au-delà des frontières du pays dont ils sont membres. Ce défaut est naturellement encore plus visible dans les institutions européennes. Du côté des populations, comment aussi ne pas constater la montée de l’euroscepticisme comme des partis extrémistes auxquels, comme en Hongrie, les pouvoirs en place donnent une place accrue dans les institutions politiques et civiles nationales et adoptent l’idéologie ? Sur un autre plan, malgré le sauvetage de la zone euro, chacun perçoit la limite de la durabilité sur le moyen terme des plans de sauvetage et l’effritement du sens de la solidarité européenne, dont le dernier budget n’est qu’un témoignage parmi d’autres. De manière générale, en tout cas sur le plan politique, l’Union européenne n’est pas épargnée par la crise générale des institutions internationales et des unions régionales. Les rivalités sur les marchés extérieurs, la divergence d’intérêts et des conceptions géopolitiques opposées sont des ferments de destruction d’une partie de la communauté de valeurs et de projet qui fonde l’Europe.

En même temps, il est aussi des forces positives en Europe. L’une peut paraître paradoxale : en raison même de la crise européenne et parce que, depuis l’établissement de l’euro et les référendums négatifs français et néerlandais de 2005, un coup d’arrêt à son approfondissement a eu lieu, les attentes à l’égard de l’Europe sont devenues peut-être plus réalistes. Parallèlement, les inquiétudes et les préoccupations des peuples sont devenues plus clairement, dans l’esprit des dirigeants, une donnée avec laquelle compter. Cet évanouissement d’un certain idéalisme européen peut certes conduire au pire – le détricotage de l’Union et un laxisme devant des valeurs opposées à l’esprit européen –, mais aussi au meilleur : de nouvelles avancées, mais plus explicites, et le retrait d’une certaine forme de naïveté. Les crises européennes rendent plus évidentes encore pour les Européens convaincus le caractère essentiel de ces valeurs et devraient conduire à de nouvelles avancées, à la fois dans leur nécessaire explicitation et dans des alliances plus fermes avec les autres démocraties qui les partagent. De surcroît, la diffusion du "modèle" européen ne concerne pas que celles-ci, mais aussi la mise à niveau remarquable, quoique parfois trop fragile, des institutions, des règles et des économies tant des États qui ont finalement rejoint l’Union que des pays du voisinage et bien au-delà, grâce à des programmes de réforme de vaste ampleur. Enfin, il pourrait bien apparaître dans les prochaines années que l’Europe est centrale dans le jeu géopolitique – tant avec la Russie, la Turquie et le Caucase qu’avec les pays de la rive Sud de la Méditerranée et l’Afrique subsaharienne. L’Europe reste la seule zone du monde qui, par elle-même ou par ses programmes de coopération, peut connaître une expansion sans être ni impérialiste, ni un simple élément de l’équilibre des puissances. L’Europe reste le principal allié des États-Unis et réciproquement, même si les instruments de cette alliance, autres que militaires, manquent encore.

Tous ces éléments relèvent naturellement d’une logique non linéaire. L’Europe ne peut être conçue ni comme un État ou une simple confédération, ni comme une "fédération d’États-nations" comme le disait Jacques Delors en une formule qui, juridiquement, est ambiguë. Ce n’est pas une "Europe politique", mais une union dont la dimension politique doit être forte pour ne pas se dissoudre. Ce n’est pas non plus seulement un marché unique unifié, ou cela ne pourra plus être à l’avenir un tel marché sans capacités politiques et d’innovation. De même, l’Europe doit réconcilier ses deux idées traditionnelles en opposition apparente : celle d’une zone de droit à vocation universelle et celle d’une puissance. Elle n’est pas une "puissance banale", car un idéal la mène qui dépasse ses intérêts propres. Mais si elle renonce à jouer un rôle de puissance dans le monde, nous ne donnerons pas cher de la survie des principes qui sont les siens. De même, sans une forme d’unité de règles et de direction, elle ne peut exister ; mais elle n’existera pas davantage à l’avenir sans une différenciation en son sein, et pas seulement celle qui concerne l’Eurozone. Il lui faudra renforcer les éléments d’intégration plus forte de certains de ses membres, qui en bâtiront l’histoire, mais sans que ces avancées à quelques-uns nuisent au progrès de l’ensemble. C’est ainsi qu’elle devra continuer son approfondissement en inventant de nouvelles politiques. Pour autant, si elle renonce à toute perspective nouvelle l’élargissement, sa dynamique, sa capacité à étendre ses valeurs et sa fonction géopolitique disparaîtront.

On retrouve ces contradictions apparentes, toutes aussi indispensables à surmonter, dans ses relations avec le reste du monde. Sans vision de son rôle global, une capacité à peser – certes pas seule – dans les affaires mondiales, l’Europe aura manqué sa mission historique. Elle doit ainsi dépasser sa simple logique interne d’amélioration de l’économie et de la législation de sa zone. C’est aussi dans ce cadre qu’elle doit envisager de meilleurs ajustements dans ses relations avec les autres organisations européennes (mais pas exclusivement) que sont l’OTAN et l’OSCE. Le scénario d’un pilier européen de défense et de sécurité, en grande partie autonome, dans le cadre d’une OTAN rénovée est la voie sur laquelle nous devrons travailler à l’avenir. Enfin, sur le plan interne, l’Europe ne peut pas renoncer à ses règles qui visent à renforcer une concurrence transparente et une compétition régulée. Pour autant, si elle renonce à la solidarité, y compris dans un cadre de concurrence croissante entre les entreprises et les institutions des pays européens – songeons aux universités –, elle ne parviendra pas à résister aux critiques des peuples. Ces règles elles-mêmes risquent d’être menacées si elles ne sont pas orientées vers le renforcement de l’Europe dans la conquête des marchés extérieurs et le renforcement, y compris par leur taille, de ses acteurs économiques et académiques.

Entre le tout et le rien, œuvrer pour des avancées réalistes

La principale difficulté pour les Européens consiste aujourd’hui à dépasser la logique de sauvetage et de colmatage des brèches pour s’engager dans la définition de l’Europe qu’ils souhaitent d’ici quinze ou vingt ans. Certes, on ne saurait blâmer les dirigeants d’avoir consacré beaucoup de leur énergie à ce travail de préservation de l’essentiel. Mais il accroît, de manière involontaire, l’idée d’une Europe menacée par une sorte de chaos qui donne d’ailleurs espoir et arguments à ceux qui le souhaitent. Dans cette perspective, l’Europe des incantations ou de l’attente d’un sauveur messianique produit le même effet, en laissant croire que, sauf à aboutir à un fédéralisme européen animé par un visionnaire alliant capacité de gouverner et génie conceptuel, elle est vouée à disparaître. Placer la barre trop haut nourrit le pessimisme, annonce la déception et incruste l’insatisfaction.

Certes, chacun pourra aisément imaginer un scénario d’effondrement, emportant l’Europe dans un cercle vicieux où tous les facteurs négatifs se combinent et se renforcent les uns les autres : sortie de certains pays, montée électorale massive des partis extrêmes avec sa traduction au Parlement européen, effondrement économique de plusieurs nations auxquelles les plus riches refusent désormais d’accorder le bénéfice d’un énième plan de sauvetage, divisions des États sur des dossiers fondamentaux et critiques majeures envers la Commission européenne, divergences accentuées sur le plan géopolitique lors des crises internationales, succès du jeu de division conduit par la Russie, notamment en matière énergétique, nouvelle guerre commerciale avec les États-Unis, affaires massives de corruption au sein des institutions européennes, montée du crime organisé, divisions des institutions entre elles, durcissement de la Turquie qui décide aussi de quitter l’OTAN, renforcement de la mainmise des capitaux chinois, russes et moyen-orientaux sur une large partie des fleurons industriels et financiers européens. Ponctuellement, chaque élément de ce scénario est possible, mais la cumulation de tous reste quand même improbable. Ce scénario-repoussoir doit surtout conduire à concevoir une dynamique contraire et pas seulement de prévention.

On pourrait aussi imaginer en théorie un scénario de "reconquête" par l’Europe des esprits et des politiques : croissance des partis pro-européens partout en Europe, ardents dans la défense des atouts de l’Europe auprès des opinions publiques, succès des scénarios de sauvetage des pays en difficulté, croissance retrouvée et nouveau dynamisme de l’euro que, poussé par la City, le gouvernement britannique décide de rejoindre, accroissement du budget européen désormais doté de ressources fiscales propres et orienté vers des dépenses d’avenir, nouveau plan d’élargissement, meilleures relations avec la Russie à la suite d’un changement de gouvernement, affirmation d’une politique extérieure et de défense commune montrant son efficacité lors de conflits extérieurs, affirmation plus claire d’un partenariat entre l’Europe et les États-Unis sur les sujets stratégiques et économiques et désignation d’un responsable unique de haut niveau – président à la fois de la Commission et du Conseil – donnant au monde un visage positif du pouvoir européen. Qui se risquerait sérieusement à prédire la réalisation d’un tel scénario, même à l’horizon 2030 ?

La voie la plus judicieuse consiste à s’engager dans un scénario intermédiaire. On peut parfaitement imaginer une croissance retrouvée, mais sans atteindre les niveaux d’il y a quarante ans, une stabilisation durable de la zone euro et des élargissements graduels. De même, sans accroissement majeur du budget, on peut concevoir à la fois qu’il soit mieux orienté et que les dépenses soient mieux adaptées aux besoins réels. Il est aussi possible d’envisager un meilleur fonctionnement des institutions sans dirigeant exceptionnel et un succès des idées européennes dans les grandes négociations internationales, par exemple en matière commerciale, environnementale et énergétique. Sans élimination de l’euroscepticisme, il est aussi concevable d’envisager une stabilisation de la frange extrémiste de la population comme une relation plus équilibrée avec les États-Unis ou le renforcement de l’Europe et son unité dans les discussions avec la Russie. Enfin, rien n’interdit d’envisager que l’Europe marque des points dans la lutte contre la corruption et le crime organisé et parvienne à lancer de nouvelles politiques d’innovation. Entre le chaos et le "grand soir", il existe des marges sérieuses pour des projets conséquents qui, progressivement, changeront beaucoup la nature de l’Europe.

Sortir de l’implicite

Les efforts à fournir pour s’engager dans un tel scénario réaliste restent considérables. Ils requièrent que l’Europe sorte de l’implicite et qu’un plan d’action soit conçu par ses dirigeants et "vendu" aux opinions publiques. L’Europe doit d’abord gagner la bataille des idées et, pour ce faire, il convient aussi qu’elle insiste plus qu’elle ne le fait aujourd’hui sur ses atouts et sur ce qu’elle apporte concrètement à chacun. Sans doute aussi, convient-il de décréter une pause dans la révision des traités existants. Nous pourrions utilement exploiter d’abord toutes les opportunités qu’ils offrent, tant en matière de refonte budgétaire, de création de ressources propres, de réorientation des politiques que de création de "groupes pionniers" ou de zones à plus forte intégration. Sur le plan institutionnel, la désignation par le Parlement européen de la future Commission et de son président sera un test important. Rien non plus n’interdit que ce président soit aussi celui du Conseil – c’est une responsabilité historique que pourraient décider d’assumer les chefs d’Etat et de gouvernement en 2014. Il est envisageable de lancer une nouvelle stratégie de Lisbonne, mieux définie et impliquant les États nationaux de manière impérieuse, avec des facteurs incitatifs et des pénalités.

Sur le plan extérieur, il est devenu nécessaire aussi de définir plus clairement – même si une totale fixation des frontières est difficile et pas nécessairement opportune – jusqu’où l’Europe a vocation à s’élargir. Rien n’interdit non plus de lancer des groupes de travail partenariaux sur les sujets de conflit potentiel entre l’Europe, ses principaux États et les États-Unis et de concevoir des politiques mieux coordonnées à l’égard de la Russie et de la Chine. Enfin, dans l’ensemble de ses politiques d’aide, tant à l’égard de son voisinage que des pays du Sud, l’Europe doit être capable de mieux communiquer sur ses projets, ses innovations et les pratiques qu’elle entend promouvoir. Alors que ses financements sont souvent supérieurs à ceux de la Banque mondiale ou du Programme des Nations unies pour le développement, elle peine à fixer la doctrine sur le plan international, ce qui la marginalise intellectuellement et politiquement dans le nouvel ordre mondial.

Si l’Europe devient plus explicite sur ses ambitions, ses valeurs et ses idéaux, elle pourra devenir une puissance qui compte, qui inspire le respect et qui redeviendra un modèle attractif pour le monde. Alors que la plupart des prévisionnistes parlaient il y a vingt ans de la montée de l’Est du monde et que les faits ne semblent pas les démentir, on aimerait que, de manière tout aussi sensée et avec de bons arguments, ils puissent pronostiquer la montée de l’Ouest d’ici 20 à 30 ans. À nous de faire qu’ils puissent s’y risquer.

NICOLAS TENZER - jolpress.com

1. Nous nous permettons de renvoyer au Monde à l’horizon 2030, Paris, Perrin, 2011, où cette thèse est développée au-delà du cadre européen.
2. Nous avons détaillé ces scénarios dans "EU: Decline or Rebirth? Towards 2030", Le Banquet, n° 30, juin 2012, pp. 99-112.



D) - Quelques liens sur le futur de l'Europe

Quel avenir pour l'Europe ? - par Vox europe: Le meilleur de la presse européenne 

L'Europe du futur par différents auteurs de Contrepoints

 

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