L'UNIVERSITÉ LIBERTÉ

L'UNIVERSITÉ LIBERTÉ

novembre 19, 2017

#8 Diverses informations politico-socio/économique en Macronie

Ce site n'est plus sur FB (blacklisté sans motif), alors n'hésitez pas à le diffuser au sein de différents groupes ( notamment ou j'en étais l'administrateur), comme sur vos propres murs respectifs. 
D'avance merci. 

L'Université Liberté, un site de réflexions, analyses et de débats avant tout, je m'engage a aucun jugement, bonne lecture. Je vous convie à lire ce nouveau message. Des commentaires seraient souhaitables, notamment sur les posts référencés: à débattre, réflexions...

Merci de vos lectures, et de vos analyses. 

Librement vôtre - Faisons ensemble la liberté, la Liberté fera le reste. 

Al,




Sommaire

A)  Les dangers du web pour les jeunes : fake news ou vrais risques ? - Gabrielle Richard - the conversation

B) Culte de la personnalité, manque de démocratie, arrogance : des déçus de « La République En Marche » dressent un portrait peu reluisant du parti présidentiel - Demotivateur - planetes 360

C) L’écriture pas très inclusive

D) Comment réaliser 15 milliards d’euros d’économies sur les aides au logement – APL - Philippe Herlin - Contribuables Associés

E) Arrangements entre élus et gestionnaires : le scandale du prix de l'eau - Capital

F) Les 7 chiffres à retenir sur la fonction publique - Pauline Chateau - Le Figaro

G) Evasion fiscale : quand nos très chers voisins européens nous siphonnent - Emmanuel Lévy - Marianne

H) Consentement sexuel des mineurs: l'âge minimal pourrait s'établir à "13 ou 15 ans" - Marlène Schiappa - LCP

I) Dix chiffres à connaître sur les entreprises françaises - Corinne Caillaud - Le Figaro

J) Paris Nouveau suicide dans la police : le commissaire Antoine Boutonnet s’est donné la mort. - C. Laudercq et R. Lefras - Actu 17

K) Nucléaire : les chiffres et les mots d’Hulot - Sylvestre HUET - son blog via Le Monde


L)  Paradise Papers : Au commencement était l’impôt ? -

M) La droite est-elle encore capable de penser l’État?


N) Carte bancaire : une guerre froide entre la France et les géants américains - C-Banque

O) Emploi fictif d’Anne Hidalgo : nouvelles accusations du Canard Enchaîné - Capital

P) Comment l'État peut réaliser 50 milliards d'économies tout de suite - Contribuables Associés

Q) La technique Overton, ou comment transformer l’opinion publique - Sputnik





A)  Les dangers du web pour les jeunes : fake news ou vrais risques ?

Cet article est publié dans le cadre de la deuxième édition du Festival des idées, qui a pour thème « L’amour du risque ». L’événement, organisé par USPC, se tient du 14 au 18 novembre 2017. The Conversation France est partenaire de la journée du 16 novembre intitulée « La journée du risque » qui se déroule à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).

Une classe de seconde. Les pupitres sont disposés en cercle. Les élèves, légèrement hébétés, évoquent la situation suivante : une amie aurait été filmée à son insu lors d’un acte sexuel, et sa vidéo circule sur le web.

– Adrien : Déjà, je lui dis : « Ne te suicide même pas ». Parce que les jeunes, ils peuvent trop se suicider.
– Margot : Si moi ça m’arrive, je vais être traumatisée donc je me suicide.
– Romane : Moi je me suicide, c’est clair. Parce qu’après, tous les gens vont parler de moi. (Les prénoms ont été changés)
L’anecdote ne rassurera aucun parent ou adulte. Il reste que dans une enquête récente menée auprès de collégien·ne·s et de lycéen.ne.s de la région Île-de-France, le suicide était sur toutes les lèvres, même s’il n’était abordé, de près ou de loin, par aucun.e des chercheur·e·s menant les entretiens. Les élèves évoquaient spontanément le désespoir susceptible d’être engendré chez leurs pairs, surtout chez les filles, aux prises avec des situations délicates sur Internet, principalement à caractère sexuel, où leur réputation viendrait à être entachée de façon grave.

Quels dangers d’Internet ?

Malgré cette omniprésence du suicide dans les discours des jeunes, celui-ci ne fait pas partie des « grands risques » associés à leurs cyberpratiques. Dans la mouture 2014 de l’enquête European Union Kids Online, menée auprès de 10 000 jeunes de 33 pays, 17 % des jeunes de 9 à 16 ans rapportent avoir été dérangés ou perturbés par quelque chose sur le web au cours de la dernière année.

Quels sont alors ces grands risques associés au cyberespace pour les jeunes ? À en croire les médias et les institutions publiques, ces dangers seraient d’au moins quatre ordres : exposition à du contenu non désiré (pornographie, violences), contact par une personne inconnue (stranger danger), addiction aux outils numériques et cyber-harcèlement. Ainsi, l’exposition des jeunes à la pornographie est perçue comme problématique, qu’elle soit non désirée ou consommée volontairement. Dans une enquête récente auprès d’un échantillon représentatif d’adolescent·e·s français.es, 55 % des garçons et 44 % des filles ayant déjà eu un rapport sexuel considèrent que la pornographie a influencé leur apprentissage de la sexualité, plusieurs affirmant avoir déjà « essayé de reproduire des scènes ou des pratiques » vues dans des vidéos pornos.

Ceci dit, en dépit de ce que soulignent les médias de masse, la prise de risque principale pour les jeunes n’est ni l’exposition à des contenus sexuels non désirés, ni d’être approché par un prédateur sexuel inconnu, ni de développer des comportements addictifs aux outils numériques.

Il s’agirait, selon la sociologue Jessica Ringrose, de la pression sexuelle exercée de la part des pairs et arbitrée sur le web. « Le harcèlement sexuel a toujours existé, mais les doubles standards sexuels se manifestent sous de nouveaux jours avec les outils numériques », explique la chercheuse qui s’intéresse à la régulation sexuelle des filles et à l’émergence d’un cyberactivisme féministe. « Il ne sert à rien d’interdire les portables ou de limiter l’accès au web. Ce qu’il faut, c’est une meilleure éducation à la sexualité, une éducation centrée sur l’égalité des sexes ».

Pourquoi naviguer malgré les risques ?

À force d’ancrer les usages numériques dans le champ des risques à la santé publique, on en viendrait à oublier que les réseaux sociaux et les outils numériques présentent également leur lot d’opportunités. En effet, pour peu que l’on s’intéresse aux pratiques quotidiennes des adolescent·e·s, force est de constater qu’elles sont beaucoup plus nuancées que le laissent entendre ces discours publics sur la prise de risque. Dans les faits, toutefois, le cyberespace présente une plus-value non contestable pour des adolescent·e·s qui cherchent à se constituer leur propre identité, à être reconnu·e·s par leurs pairs et à prendre leurs distances par rapport à leur famille.

Hormis l’aspect divertissement (vidéos, jeux) et le soutien au travail scolaire, les pratiques numériques contribuent en effet à l’alimentation d’une sociabilité juvénile numérique. La participation au monde virtuel nécessite de mettre en scène sa propre personne, c’est-à-dire de se présenter à son avantage en fonction de critères souvent fortement genrés. La production de photos ou de vidéos permet ainsi à un individu de prouver qu’elle ou il possède bien le dernier gadget technologique, a bien fréquenté telle personne ou réussi telle prouesse valorisée par ses pairs. L’enjeu est donc d’attirer l’attention sur soi, d’obtenir des retours de la part d’un public, souvent sous la forme de likes.

L’analyse microsociologique des échanges entre adolescent·e·s sur les réseaux sociaux suggère qu’elles et ils accordent une valeur sociale aux liens intimes entretenus avec certains pairs privilégiés. Les travaux de la sociologue de la communication Claire Balleys, notamment, suggèrent que la mise en scène de ces liens sociaux se fait souvent autour d’un partage réciproque d’intimité. Ici, la prise de risque (par exemple, en confiant un secret) n’est pas seulement un mal nécessaire, mais la preuve patente de la confiance qu’on accorde à certaines personnes. Dans ce contexte, la sociabilité numérique est à comprendre non seulement comme le prolongement d’une sociabilité en présentiel, mais bien comme une manière de la renforcer. Cela se produit par le partage d’expériences similaires (#balancetonporc), la diffusion d’informations privilégiées (secrets, rumeurs), le maintien du lien à distance ou encore la facilitation des rassemblements en présentiel. On comprend dès lors aisément à quel point le jeu semble en valoir la chandelle, et à quel point les avantages constatés quotidiennement justifient la prise de risques occasionnels et potentiels comme le ternissement de la réputation, l’exposition à des images choquantes ou la sollicitation occasionnelle par un quidam.

Quelles stratégies pour contourner les risques ?

Dans la plupart des enquêtes, les jeunes sont nombreux à rapporter avoir mis en place une stratégie pour minimiser les risques auxquels ils se retrouvent exposés. Leurs stratégies diffèrent en fonction des situations problématiques vécues ou appréhendées. Des mesures d’ordre technique peuvent être prises, soit de manière préventive, soit après avoir vécu un évènement désagréable. On choisit de modifier les paramètres de sécurité, d’installer des filtres ou de rapporter les utilisateurs problématiques aux instances décisionnelles du réseau social où ils sévissent. On décide de trier les demandes d’amitié ou de bloquer certains contacts. On préconise certaines plateformes au détriment d’autres en fonction de la possibilité d’y être anonyme, on falsifie les informations personnelles données ou on efface les tags nous identifiant dans des photos peu flatteuses. On opte pour des choix de photos de profil neutres et non-intimes.

Au-delà de ces ajustements, les jeunes rapportent préconiser d’autres stratégies pour éviter des situations dangereuses sans toutefois mettre en péril leur position sociale, puisque c’est là tout l’enjeu. Les adolescentes interrogées dans une étude britannique font preuve d’une grande créativité pour gérer leur réputation tout en ménageant les sensibilités des garçons à qui elles refusent d’envoyer une photo intime. Certaines évitent de dire non pour ne pas avoir l’air prudes, mais répondent que c’est une meilleure amie qui détient la photo désirée. D’autres déplorent ne pas avoir assez de crédits pour envoyer la photo par SMS, ou envoient celle d’un chat (au lieu de la photo de « chatte » réclamée…). D’autres encore choisissent de mettre elles-mêmes en ligne les photos demandées, pour être les actrices de leur production comme de leur diffusion.

Les efforts de prévention des risques dépendent évidemment de la manière dont on se représente ceux-ci. Il paraît vain, par exemple, de répéter aux filles d’arrêter d’envoyer des photos de leur corps, comme le suggèrent certaines campagnes sur la sécurité numérique. C’est ne pas comprendre que ce sont les dynamiques de pouvoir entre pairs qui permettent que les parties du corps des filles (comme les photos de poitrines) soient perçues comme des commodités à forte valeur. Il est inefficace de conseiller aux jeunes de faire preuve de la plus grande vigilance face aux personnes qui prennent contact avec eux si le « danger » principal, dans les faits, provient de leurs proches.

Et si on acceptait qu’en matière de prise de risque en ligne, les intuitions des adolescent·e·s et leur connaissance des réseaux sociaux valent mieux que les injonctions des adultes ?
 




B) Culte de la personnalité, manque de démocratie, arrogance : des déçus de « La République En Marche » dressent un portrait peu reluisant du parti présidentiel

La grogne commence à monter au sein du parti présidentiel. Un groupe de « marcheurs » déçus et mécontents du fonctionnement réel du parti par rapport à ce qui leur avait été promis, a décidé de rompre les rangs. Dans un texte intitulé la « Tribune des 100 démocrates », ils dénoncent des dysfonctionnements, une ambiance méprisante, et un manque de démocratie « qui fait penser à l’ancien régime ».

On dirait bien que c’est à présent au tour d’Emmanuel Macron de subir lui-même la présence de frondeurs au sein de son parti La République en marche (LREM). Un collectif d’adhérents fustige en effet le « manque de démocratie interne » du parti de la majorité, dans une tribune relayée par France Info.

Ces « marcheurs » déçus annoncent qu’ils quitteront le mouvement à la veille du congrès de La République en marche, et feront parvenir leurs lettres de démission au siège du parti vendredi 17 novembre par un huissier. « Comment expliquer, disent-ils, que les comités se soient vidés de leurs marcheurs cinq mois seulement après l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron ? » Et pour cause, après la ferveur des débuts, la vague d’enthousiasme qui portait Emmanuel Macron semble bel et bien être mollement retombée comme un soufflé mal cuit.

Parmi les critiques des « 100 démocrates », l’impression que leur avis ne compte pas, le culte de la personnalité malsain qui s’est formé autour d’Emmanuel Macron..mais également le sentiment amer de s’être fait embobiner par un process marketing extrêmement bien huilé pour vendre du rêve : « La République en Marche est tout sauf bienveillante et empathique. Ce n’est pas parce qu’elle a su mobiliser ces dispositions affectives comme des concepts marketing pour vendre le produit En Marche que La République en Marche est dotée de ces dispositions ». Ils dénoncent une attitude « méprisante et arrogante » ainsi que des « tentatives d’intimidation » pour les éventuels dissidents.

Mais, là où le bât blesse tout particulièrement, c’est dans le procédé qui est en train d’être mis en place pour élire le délégué général du parti. Christophe Castaner, candidat unique, de l’élection, devrait être élu sans grande surprise vendredi prochain. C’est, visiblement, de qui a fait visiblement déborder le vase pour une bonne partie des signataires : « Le prochain ‘sacre’ de Christophe Castaner, élu à la tête du parti, avant l’heure en l’absence de concurrents, laisse peu d’espoirs aux militants en attente de démocratie, »justifient-ils pour expliquer leur départ.

Contrairement à ce qui se passe dans la plupart des autres partis, les quelque 380 000 adhérents de LREM ne vont pas voter : à la place, la décision sera prise par un collège de divers élus et de cadres du parti, ainsi qu’une poignée d’adhérents tirés au sort. Un procédé qui a été vendu aux marcheurs comme une manière de conserver l’unité, et d’instaurer un principe de démocratie participative. Une belle idée… mais en fait de démocratie participative, ce ne seront finalement que 200 adhérents qui seront tirés au sort, bien loin des 50% de votants qui étaient initialement prévus, dénoncent les « 100 démocrates ».

Ce n’est pas la première fois que des témoignages discordants viennent érafler la couche de vernis flambant neuf du nouveau parti, ternissant la promesse de renouveler la politique et d’y apporter un vent de fraîcheur. Ainsi, certains parlementaires s’étaient plaints d’avoir reçu un code de « bonne conduite » visant à dicter leurs relations avec la presse, mais leur interdisant aussi de cosigner un amendement… issu « d’un autre groupe parlementaire ».





C) L’écriture pas très inclusive

Au vu du titre de cet article, je sens déjà des yeux se plisser, des sourcils se froncer, voire des couteaux être tirés. Mais, puisque le débat fait rage en ce moment, permettez-moi humblement d’y prendre part en énonçant ce fait tout simple :

L’écriture n’est pas faite pour se sentir bien.
Voilà. Du calme. Respirez bien fort. Si vous êtes un partisan de l’écriture inclusive, qui consiste pour rappel à accorder les phrases à tous les genres en les séparant par des points (ex : Ces larron.ne.s sont lourd.e.s) vous devez probablement être en train d’hyperventiler. Doucement. Voilààà.
Pourtant il est temps d’admettre la vérité : lorsque sur les bords de l’Euphrate, on grava il y a plus de 5000 ans d’archaïques tablettes pour y coucher des détails administratifs (l’administration étant connue pour durer dans le temps ; les Mésopotamiens le savaient déjà), personne ne se posa de questions quant au sexisme de la chose. Ou alors, ça a dû donner ça.
« Vois, Mikoub, comme cet outil est pratique. Il permet de communiquer simplement et rapidement une idée sans passer par la langue orale ! Ici par exemple, avec ces quelques signes, j’ai écrit : « La cité de Shuruppak compte 7000 habitants. » – Habitant.e.s. – De ? – Je dis : habitant.e.s. Non parce que sinon c’est pas représentatif. – Que ? Mais ? Bordel de pipe mon petit Mikoub ? On compte les habitants, pas les couilles ! Alors on s’en fiche de savoir s’ils en ont une, deux ou pas du tout ! – Oui mais c’est pas représentatif. – Bon Mikoub… on est d’accord, l’écriture, c’est pour communiquer ? – Oui. – Communiquer une idée, c’est l’énoncer clairement et sans y passer trois plombes ? – Oui. – Hé ben on va au plus simple pour rester compréhensible. Parce que là l’idée ici, c’est pas le genre des locaux, c’est ce qu’ils font. Combien de gens habitent là ? 7000 ? Ça fait 7000 habitants. Combien de gens touchent une solde ? 100 ? Hé ben ça fait 100 soldats. – Soldat.e.s »
Tels furent les derniers mots de Mikoub, peu avant d’être lapidé à coups de tablette gravée.
Car oui, l’écriture est un outil qui permet d’énoncer une idée dans le but de la communiquer efficacement à son prochain. Par exemple, vous noterez que dans aucune langue, il ne faut deux heures pour écrire le mot « chien » ou « moi ». Pourquoi ? Parce que le but reste d’être pratique. Sans tomber dans le SMS, sinon ça perd en clarté. C’est fou.

Alors, pourquoi diable vouloir alourdir la langue au seul motif de créer de la représentation ?
Mettons que, alors que vous faites les courses chez Leclerc, soudain, vous entendez du bruit. Vous vous tournez et apercevez Gengis Khan accompagné de toute la horde mongole en train d’envahir le rayon frais et de décapiter les passants qui cherchaient les yaourts 0%. C’est embêtant. Mais n’écoutant que votre courage, vous plongez entre deux laitues, et pour ne pas attirer l’attention, envoyez par SMS à votre ami dans la maréchaussée :
« À l’aide ! D’affreux Mongols montés sur des poneys s’en prennent aux clients !« 
Si en lisant ceci, vous espérez qu’il va répondre :
« Ah bon, il n’y a que des mâles ? Tu voulais sûrement dire : « À l’aide ! D’affreu.x.se.s Mongol.e.s monté.e.s sur des pon.ette.ey.s s’en prennent aux client.e.s ! » »
Vous méritez d’être donné à manger aux ponettes, et votre ami aussi.
Par contre s’il répond : « J’envoie le RAID. » il y a déjà plus d’espoir.
Car, disons-le, le contenu du slip des Mongols nous importe peu dans le cas présent. Par contre leur venue en armes, si. Et ça marche avec plein de choses.
Tenez, si je parle d’étudiants, je dis étudiants. Parce que ce sont les gens qui étudient à l’endroit dont je parle. En somme : les gens… étudiant. D’où le nom. Je sais, c’est audacieux. Par contre, si la question du genre vient dans la conversation, par exemple si on demande quelles proportions il y a, là on parlera d’étudiantes et d’étudiants. Pas d’étudiants tout court. Parce que l’évocation du genre aura ici un intérêt. Mais sinon, on prend la catégorie dont on parle : agriculteurs, électriciens ou ninjas (seul Sean Connery a le droit de dire « ninjasses », revoyez vos classiques).
J’entends d’ici l’hyperventilation qui reprend chez les plus militants d’entre vous. Et un cri guttural, venu du fond du cœur qui me dit :

« Ouais, mais on apprend aux enfants que le masculin l’emporte sur le féminin, et ça, c’est dégueulasse !« 

La formulation l’est clairement en effet. Du coup, on pourrait simplement la transformer en « Dans le cas d’un groupe de genres divers, par commodité, on écrit au plus court. ». Donc le masculin. Ou même le renommer le neutre. J’ai beau être un homme, vous pouvez  effacer mon genre de la langue française, j’espère avoir un peu plus de profondeur qu’une kikounette.
Mais s’il s’agit de remettre en question les règles à partir du moment où elles n’ont plus lieu d’être dans nos sociétés modernes, on peut y aller : tenez, nous roulons à droite car nos postes de conduite sont situés de manière à ce qu’un droitier puissent manœuvrer le véhicule plus aisément. Mais si je suis gaucher ? Ou pire, Anglais (… je demanderais l’euthanasie, notez) ? Les règles de conduite m’oppressent ! Alors pourquoi ne puis-je pas rouler où je veux ? On n’aura qu’à tous faire plus attention et à aller plus doucement et ça passera !
Vous me direz : c’est con.
Oui. Mais l’est-ce plus que de faire plus attention et d’aller plus lentement en écrivant pour aller contre une règle parce qu’un macho l’a formulée de manière absurde il y a des siècles ?
Si une andouille énonce une règle pratique, on peut garder la règle et jeter l’andouille.
Mourants sur leurs sièges à la vue de ce parallèle honteux, et s’étranglant d’un « Spapareil© » (la formule officielle de tous les gens qui n’aiment pas avoir le nez dans le caca), les défenseurs de l’inclusif me diront :

« Oui mais dans un groupe, ça invisibilise les femmes !« 

Pire, mes bons amis, cela invisibilise le genre de tout le monde. Que ce soit un être humain, un objet ou un concept. Parce qu’à nouveau, on s’en fout. Mais vous noterez que cela existe en sens inverse.
Reprenons l’exemple de la horde mongole qui sème la terreur au rayon frais. Hé bien, vous n’avez pas cillé quand j’ai dit parlé de ses « armes ». Alors qu’il y a dedans des arcs (masculins) et des épées (féminins). Le mot désignant un regroupement d’objets mortels est féminin. Notez que c’est logique. Idem, juste au-dessus, j’ai écrit « la horde ». Pourtant, elle est probablement majoritairement masculine. Faut-il en déduire que nos Mongols sont en fait transexuels et que Gengis Khan est secrètement danseuse de cabaret ? Pas sûr.
Mieux encore : quand vous désignez quelqu’un comme « une personne », vous n’avez même pas l’excuse du groupe. Pourtant, vous invisibilisez son genre. Et si à chaque fois que vous disiez à un garçon qu’il est « une personne », ses couilles tombaient dans la foulée, marcher dans les cours d’école demanderait une certaine adresse.
Raison pour laquelle le genre des mots et celui des gens sont deux choses différentes. Et si vous ne faites pas ladite différence, je préfère ne pas savoir ce qui sort de votre bouche.

« Oui mais c’est sexiste quand même. »

Non. L’outil n’est pas sexiste. Ce que l’on en fait, si.
Par exemple, si j’écris :
« Hommes et femmes égaux. » ce serait sexiste car je n’ai pas accordé « égaux » de toutes les manières possible. Remarquez, j’aurais pu utiliser la règle de proximité et mettre « égales », comme en vieux françois (et j’aime le vieux françois), mais ce serait toujours sexiste selon vos critères puisque ça invisibilise un des deux genres. Il faudrait donc comprendre que je serai un rabouin machiste tant que je n’aurai pas écrit « éga.l.s.ux ».
Maintenant, reprenez ce que j’ai écrit, insérez et lisez le tout à voix haute : ça ressemble à une inscription comme on en trouve dans les toilettes des aires d’autoroute. Charmant.
A contrario, si j’écris :
« La.es femme.s doit.vent rester dans sa.leur cuisine.s« , je ne suis pas sûr que ce soit tip top tolérant. Et pourtant, je m’adresse aussi bien à celles rôdant seules ou en groupes près de l’évier. C’est dire si je suis tolérant les enfants.
L’écriture inclusive nous vient tout droit des militants qui, justement, en restent à l’écrit : ils peuvent donner l’impression qu’ils combattent des symboles et se donner bonne conscience. Mais le souci des guerres contre les symboles, c’est qu’elles restent souvent symboliques. Ce qui est pratique quand on se contente de combattre depuis Twitter, notez.
Bref, ça ne règle rien, mais ça les viole toutes.

« Vous êtes de mauvaise foi ! La langue forge les esprits et donc, le sexisme !« 

Si la langue forgeait les esprits, au vu de la nôtre, mon concitoyen moyen serait bien moins con. Enfin, cela signifierait que dans les pays ou le genre des mots est quasiment absent (comme chez nos amis anglo-saxons par exemple), le sexisme n’existerait quasiment pas.
Je vais donc dire deux mots : Donald Trump.
Rajoutons tout de même que si la langue influençait tant et si bien les esprits, les féministes jusqu’alors auraient été bien emmerdées : qui ne se souvient pas de Simone de Beauvoir prenant feu en rédigeant son oeuvre car elle accordait au masculin ? Comment Élisabeth Badinter fait-elle pour oser continuer à écrire dans la langue de Molière et non de Jul ? Le mystère rester entier.
Ou bien, c’est du pipeau de compétition. Mais quiconque évoquera cela aura le droit à « Le masculin l’emporte sur le féminin, ce n’est pas sexiste, ça ? Ça n’influence pas la vision du monde ?« . Hé bien on en revient aux points précédents : en ce cas, rouler à droite oppresse les gauchers et il faut arrêter. « La règle peut évoluer » « Il suffit de faire attention » « Rien n’est figé« , etc. Alors braves gens, changez la formulation grossière de la règle, pas son efficacité. Et je vous re-propose d’appeler le masculin le neutre. Une castration offerte sur un plateau, ça ne saurait se refuser.

« De toute façon, je connais des profs qui ont commencé à l’enseigner à l’école. »

Voilà qui est très sain : placer son militantisme personnel au-dessus du programme scolaire.
Du coup, j’imagine que les gens qui défendent ce principe n’auront aucun souci avec des professeurs de biologie qui se mettent à enseigner le créationnisme, des enseignants de physique qui affirment que la Terre est plate, ou des professeurs d’Histoire qui assureront à leurs élèves que la colonisation n’avait que de bons côtés, parce que ce sont leurs convictions personnelles.
Ben quoi ? Ce sont leurs idées. Leurs combats. Alors pourquoi eux ne pourraient pas le faire, comme des professeurs de Français qui enseignent de fausses règles grammaticales ?
Ce à quoi on me rétorquera inévitablement que « Spapareil© » suivi de l’argument ultime  : ils ont tort. Certes. Mais eux aussi pensent avoir raison, sinon ils ne le feraient pas.
Non, sérieusement : défendre le militantisme à l’école n’a jamais été une bonne idée, hein. D’ailleurs, le saviez-vous ? L’Odieux Connard (ou bien sont-ce L’.es Odieu.se.s.x Conn.ard.asses, ce qui encore une fois, est splendide, n’est-il pas ?) est présent dans un manuel scolaire de collège cette année. Je laisse le soin aux gens qui bavent de rage devant cet article le soin de le retrouver pour s’insurger devant ces idées honteuses que l’on met dans la tête des élèves. Mais encore une fois : « Spapareil© ». Enfin, uniquement pour les autres.

« De toute façon, vous êtes de mauvaise foi. »

Hurleront mes détracteurs en se drapant dans la beauté de leur combat. Hé bien Mesdames et Messieurs, pour conclure cette démonstration qui n’a que trop traîné, je vais vous prouver que l’inclusif est en réalité exclusif, discriminant et que si j’étais vegan, je n’y toucherais même pas avec mes baguettes en bois recyclé.

D’abord, l’inclusif, c’est exclusif.
La langue française a le bon goût d’avoir une forme neutre. Bêtement appelée le masculin, avec la fameuse règle bien mal formulée, mais une forme neutre quand même. C’est-à-dire, qui n’a pas de genre marqué. Un lieutenant, par exemple, peut-être aussi bien un homme qu’une femme. Mais là où c’est fabuleux, c’est que ça peut aussi être un transexuel, un androgyne, un fantasme d’adolescent japonais ou que sais-je : c’est compris dedans. Parce que le neutre est exhaustif. Il inclut tous les genres. Présents, passés et futurs. Pas de questions à se poser, tout est prévu.
L’inclusif, lui, ne considère le masculin que comme masculin, en opposition avec le féminin. Et comme déjà vu, il confond le genre des mots et des gens (ce qui est dégoûtant). Donc si j’écris « Ces militant.e.s sont biaisé.e.s » il ne peut y avoir QUE des filles et des garçons dans le groupe. Venant des milieux qui défendent l’existence de dizaines de genres, et autant de pronoms pour aller avec, c’est doucement ironique.
Mais là où c’est le plus fort, c’est que cette écriture a pour but d’éviter une chose : de se sentir insulté quand son genre n’est pas représenté dans une phrase.
Or, je ne sais pas vous, mais personnellement, je n’ai jamais estimé que l’autre genre était une insulte. Pour avoir vécu des jours heureux dans une filière où nous étions 2 garçons et 28 filles, je ne vous cache pas que nous étions désignés comme « Les filles de telle filière » ou « Les étudiantes de telle filière« . Personnellement, je n’ai jamais eu l’impression d’en subir pour autant des bouleversements slipesques ou de me sentir privé de mon chromosome Y. Et signer des papiers mentionnant « L’étudiante » ne m’a jamais paru être un souci. Si c’est le cas pour vous, par contre, vous avez peut-être un problème.
Alors que si j’avais défendu l’écriture inclusive, j’aurais pété une durite en expliquant qu’on niait mon genre, mon identité, changez-moi ces papiers que je ne saurais voir et désormais, parlez des « étudiant.e.s de la filière« , j’vais vous apprendre la tolérance, tas de fascistos-nazis, heureusement que j’étais là pour vous rappeler que l’autre genre m’insulte.
Le raisonnement exact du « Je n’ai aucun souci de racisme, au contraire, mais si on me confond avec un Maghrébin, ça va chier. »
L’histoire a montré que les différences s’estompaient quand, pour être clair, en s’en battait le coquillou. Par exemple, il y a quelques siècles, on se définissait avant tout comme catholique ou protestant, champenois ou bourguignon. Et si vous mettiez les deux autour d’une table, ils s’étranglaient (au mieux ; sinon ils sortaient les couteaux et le rôti était ruiné). Depuis, on a évolué. On n’a pas inscrit d’identité officielle dans le langage, et maintenant, vous pouvez mettre un champenois catholique à côté d’un bourguignon protestant, tout le monde s’en foutra à commencer par eux. Invisibiliser les différences, ça marche. On a quelques milliers d’années d’histoire qui le prouvent. Parce que vous êtes supposé être plus qu’un chromosome ici ou un lieu de naissance là. Mais les partisans de la tolérance 2.0 vous diront que non. Ah.
Du coup, apprendre à un garçon que ce n’est pas grave de dire « Elles » pour parler d’un groupe de 99 filles et 1 garçon, histoire que lui aussi découvre l’invisibilisation de ses couilles, et qu’être une fille, ce n’est pas une insulte, ce serait plus progressiste que de dire « Non : ton genre est sacré, et tu dois poser tes burnes ou tes ovaires dans toutes les phrases.« , ce qui n’est ni malin, ni hygiénique.
Pour un peu, je dirais bien qu’on pourrait appeler ça « He For She« , mais les fans d’Emma Watson ET d’écriture inclusive risquent de prendre feu, et ça… ah bah du coup, si : He For She. Voilà.
Bref : l’écriture inclusive, c’est apprendre à ne surtout pas vouloir être confondu avec l’autre. Ce qui s’appelle de l’intolérance.

Ensuite, c’est discriminant.
Connaissez-vous le « validisme » ? Dans la guerre des débats pourris où les gens sans arguments collent des étiquettes pour compenser, le validisme signifie discriminer les handicapés.
Vous avez déjà essayé de faire passer un texte inclusif dans un logiciel pour malvoyants ? C’est facile : c’est imbitable. Cela se transforme en purée incompréhensible matinée de pauses longuettes sur tous les mots accordés, et empêche l’accès aux contenus dans ladite écriture.
Chose amusante : les défenseurs de l’écriture inclusive eux-même assument le fait que ce ne soit pas lisible. Donc, rappelez-moi : c’est fait pour plus de tolérance, mais c’est accessible à moins de gens qu’avant ? Et en plus, ça exclut l’un des seuls groupes pour qui la communication est déjà compliquée, raison pour lesquelles l’écriture se doit d’avoir des règles claires et efficaces ?
C’est un peu comme faire une réunion sur le thème de la tolérance, mais en haut d’un escalier parce que « Les escaliers, c’est un beau symbole, on s’élève, et c’est notre but« . Ça consiste à faire chier concrètement des gens pour une satisfaction symbolique.

Enfin, amis vegans et autres compagnons de la nature…
Couperiez-vous un arbre pour vous sentir bien ? Non, vous diriez que c’est barbare.
Bien. Prenez un texte. Passez le en inclusif. Ça alors, il augmente en taille ! Ce qui signifie qu’une fois imprimé – et des journaux et livres commencent à y passer – il va consommer plus de place, et donc, de papier. Donc va nécessiter plus d’arbres.
Alors oui, c’est plein de mauvaise foi. Mais le problème est réel : êtes-vous prêts à augmenter la consommation nationale de papier, même faiblement, juste pour vous donner le faux plaisir d’être un bon militant ? Chut. Réfléchissez-bien avant de me répondre. Je savoure mon brandy.
Bref, si je devais conclure, je dirais tout simplement ceci.
Dans cet article sans écriture inclusive, j’ai expliqué que « Il » était égal à « Elle », que fille, ce n’était pas une insulte, et accessoirement, mon article est intégralement accessible aux malvoyants, sans compter qu’en cas d’impression, il consommera moins de papier.
L’écriture inclusive ? C’est exactement l’inverse.
Maintenant, vous faites comme vous voulez.

 

D) Comment réaliser 15 milliards d’euros d’économies sur les aides au logement – APL

Philippe Herlin est l'auteur de "50 milliards d'euros d'économies sur le budget 2018, c'est possible!". Dans cette étude Philippe Herlin identifie les coupes budgétaires réalisables dans le budget de l’État. Voici un premier extrait sur la suppression des APL.

La politique du logement dans le budget de l’État représente 17,9 milliards d’euros 1. On ne touche pas au poste «Hébergement, parcours vers le logement et insertion des personnes vulnérables» (1,4 milliard d’euros). Mais le poste principal, celui des aides personnalisées au logement, les « APL », et qui pèse 15 milliards d’euros, peut être supprimé intégralement, sans léser les locataires, voyons comment.

Rappelons d’abord que la Cour des comptes dénonce régulièrement l’inefficacité de ces aides, notamment parce qu’elles poussent les loyers à la hausse : « Les effets redistributifs des aides sont pour partie annulés par des effets inflationnistes, l’augmentation de leur montant ayant pour conséquence une augmentation des loyers »2. Les bailleurs intègrent ces aides et augmentent leurs prix en conséquence.

30 % des bénéficiaires touchent davantage que le loyer qu’ils paient !
Citons encore la Cour des comptes :
« En 2005, dans une autre étude de référence, Gabrielle Fack a estimé, en étudiant la réforme des aides au logement du début des années 1990, qu’un euro d’aide supplémentaire se traduisait par une augmentation de 78 centimes du loyer, laissant seulement 22 centimes au bénéficiaire. »
78 % des APL sont absorbées par les bailleurs, par un surloyer en quelque sorte !
Signalons également que, selon le député PS du Val-d’Oise François Pupponi, est l’auteur d’un rapport parlementaire sur les aides au logement, 30 % des bénéficiaires touchent davantage que le loyer qu’ils paient !

La faute à un mode de calcul inefficient : « La prise en compte du loyer, des revenus et de la composition familiale permet dans certains cas de financer jusqu’à 90 voire 95 % du loyer. À cela s’ajoute ce qu’on appelle le “forfait charges”. Un forfait d’une cinquantaine d’euros pour tous qui conduit donc à cette aberration : des aides qui peuvent dépasser le loyer.3 »
D’autre part, il révèle que le coût de gestion des APL par la CAF est de 800 millions d’euros par an. Il est temps d’arrêter les frais.
Cependant, arrêter de verser ces aides, sans rien faire d’autre, mettrait une grande partie des 6,5 millions de bénéficiaires dans la difficulté, les loyers ne baisseraient pas forcément automatiquement du montant des aides disparues.
2,6 millions de logements vides en France
On touche ici aux problèmes de fond que connaît le logement en France : un foncier restrictif, un niveau de taxation qui décourage l’investissement locatif, et un laxisme complet concernant les locataires malhonnêtes qui ne payent pas leur loyer (il faut un an ou deux avant que la justice ne procède à l’expulsion). On estime le nombre de logements vides en France à 2,6 millions, dont 1 million en Île-de-France et en PACA, des régions très tendues.
Pourquoi ces propriétaires refusent-ils les rentrées financières que leur procurerait leur bien, si ce n’est en raison de la peur de tomber sur un locataire indélicat ?

Dans ce cadre, il faudrait légiférer rapidement pour rétablir l’équilibre entre propriétaires et locataires et permettre l’expulsion du mauvais payeur en trois mois maximum, avec l’obligation de payer toutes les dégradations éventuelles (et il faut aussi faire une loi anti-squatteurs).

Rassurés, les propriétaires ne manqueraient alors pas l’occasion d’arrondir leurs fins de mois, et ce sont plusieurs centaines de milliers, voire plus d’un million de logements qui reviendraient sur le marché, faisant en cela baisser le prix des locations en vertu de la loi de l’offre et de la demande. L’effet de la disparition des APL serait alors effacé.

Dans le même temps, avec l’économie réalisée, on pourra augmenter les dispositifs à destination des personnes vulnérables cités plus haut et les porter de 1,4 milliard d’euros à 2 milliards ou plus de façon à éviter aux personnes expulsées de se retrouver à la rue.
Philippe Herlin


Philippe Herlin est économiste et Docteur en économie du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Il a publié aux Éditions Eyrolles Finance, le nouveau paradigme (2010), Repenser l’économie (2012), France, la faillite ? (2010, 2012), L’or, un placement d’avenir (2012, 2017), La révolution du bitcoin (2013), (2015).
Entretien avec Philippe Herlin à propos de son étude « 50 milliards d’euros d’économies sur le budget 2018, c’est possible! »
 





E) Arrangements entre élus et gestionnaires : le scandale du prix de l'eau

Vingt ans après, rien ou presque n'a changé. Malgré la loi de moralisation du secteur, les géants de l'eau font toujours leurs petites affaires avec les élus... sur le dos des usagers.

Si la chambre régionale des comptes n'avait pas les yeux rivés sur le Syndicat des eaux d'Ile-de-France (Sedif), Dieu sait combien les habitants d'Issy-les-Moulineaux, de Livry-Gargan et de 148 autres villes de la région parisienne paieraient pour se laver le matin ! Lors d'un premier contrôle, en 2010, les magistrats ont dénoncé l'illégalité du marché passé avec Veolia par ce regroupement de communes pour l'assainissement et la distribution d'eau, épinglé la “comptabilité tronquée” de l'entreprise prestataire et obtenu du Sedif la promesse d'y mettre bon ordre.
Sept ans plus tard, les robes d'hermine ont remis le couvert, histoire de voir si les choses s'étaient améliorées. Eh bien, pas du tout. Cette fois, elles ont découvert que la rémunération nette de Veolia avait été discrètement triplée par le Sedif entre 2011 et 2014 (de 7 à 21 millions d'euros par an) au mépris de clauses du contrat initial, que l'entreprise facturait de surcroît 7 millions d'euros de frais de siège sans aucun justificatif, et que les 4,5 millions d'habitants concernés payaient leur eau 20% plus cher que leurs voisins parisiens (4,20 euros le mètre cube, contre 3,50).

Trois lois votées qui n’ont servi à rien

Décidément, le marché de l'eau ne brille toujours pas par sa transparence dans les 60% des villes où il est assuré par des sociétés privées (les 40% autres, où il est effectué par une régie municipale, sont loin d'être des modèles de gestion, mais au moins les choses n'y sont pas opaques). Voilà vingt ans que les pouvoirs publics nous ont pourtant promis de le remettre d'équerre. A l'époque, les sociétés privées qui assurent la filtration et la distribution du précieux liquide multipliaient les dérives. Corruption, abus de bien social, surfacturations, emplois fictifs, financement occulte de partis politiques... Tout y passait ou presque. Et c'était les usagers qui réglaient la note.
Coup sur coup, trois grandes lois ont donc été votées par la gauche, puis par la droite (Sapin en 1993, Barnier et Mazeaud en 1995), pour renforcer le cadre réglementaire et remettre un peu de morale dans le système. Deux décennies plus tard, force est de constater que ça n'a pas marché. Dans beaucoup des communes qui n'ont pas choisi de municipaliser le service, les petits arrangements avec les sociétés prestataires restent monnaie courante. Et pour une bonne partie des abonnés, notre enquête le prouve, la facture est toujours bien plus salée qu'elle ne le devrait.
Pire : en dépit des promesses mille fois répétées des élus locaux, elle ne cesse d'augmenter. Entre 2009 et 2014 (derniers chiffres disponibles), le prix moyen du mètre cube a augmenté de 10%, pour atteindre 3,98 euros (eau et assainissement collectif compris). Et la note moyenne frôle désormais les 500 euros par an (pour 120 mètres cubes consommés), quand elle n'était que de 430 il y a huit ans.
  • Ville par ville, ce que les Français paient en trop. Tous les experts indépendants que nous avons interrogés ont été formels : sauf rare exception, le prix du mètre cube d'eau, assainissement compris, ne devrait pas dépasser 3 euros. On en est loin ! En moyenne, dans l'Hexagone, il atteint 3,77 euros dans les collectivités où le service est effectué par une régie publique, et 4,17 euros dans celles qui confient la gestion à une entreprise privée (Veolia, Suez ou la Saur). Les exemples de villes pointés sur cette carte appartiennent toutes à la seconde catégorie. 


Des liens incestueux entre les collectivités locales et les sociétés privées

Un petit tour à Marseille permet de comprendre pourquoi. En 2013, Martine Vassal, une élue municipale qui participait au processus de désignation d'une société privée pour la distribution de l'eau, y a été prise la main dans la gourde. Au même moment, elle participait également au Forum mondial de l'eau, une manifestation organisée par le lobby des géants du secteur, alors dirigé par Loïc Fauchon, le patron de... la filiale marseillaise de Veolia. Et devinez qui a emporté le marché marseillais ? Veolia, bien sûr !
Alerté par la chambre régionale des comptes en 2014 sur cette confusion des genres et des rôles, le parquet national financier a ouvert une enquête pour favoritisme et prise illégale d'intérêts. Mais, en attendant, les hommes de Veolia tiennent la boutique à Marseille et ils s'en donnent à cœur joie. En 2015, leur filiale locale a affiché un niveau de bénéfice net représentant près de 10% de son chiffre d'affaires, alors qu'il était prévu officiellement dans son contrat qu'il soit trois fois moindre !

Le voilà, le cœur des dérives du marché de l'eau en France : les liens incestueux entre les collectivités locales et les sociétés privées n'ont jamais été rompus. Tout autant qu'il y a vingt ans, les trois sœurs ennemies du secteur, Veolia, Suez et la Saur, ont recours à toutes les méthodes imaginables pour entretenir l'amitié avec les élus et les fonctionnaires territoriaux. Du légal, comme le sponsoring du club de sport local ou la caisse de champagne envoyée à Noël, au plus contestable, comme les invitations à déjeuner dans les grands restaurants, les voyages d'études sous le soleil ou les matchs de football à répétition dans la loge VIP de l'entreprise. Vu le nombre d'élus qui se pressent chaque année au déjeuner organisé par Veolia à l'occasion du congrès de l'Association des maires de France à Paris, l'affaire tourne plutôt bien. Les plus chanceux ont même droit à une soirée au Lido ou au Crazy Horse.

Faire payer des services imaginaires


Ce climat d'amitié sincère est certainement très bon pour les comptes des entreprises. Mais il l'est beaucoup moins pour le portefeuille des abonnés. Déjà trop peu contrôlés sur le terrain, les opérateurs privés en profitent en effet pour faire du gras sur le dos des usagers, avec le consentement tacite des collectivités locales. Première astuce, facturer des services imaginaires ou des travaux inutiles. A Lourdes, par exemple, Suez s'est longtemps fait payer le remplacement des branchements de tuyaux de plomb, alors que l'entreprise s'était engagée à prendre ces travaux à sa charge lors du renouvellement de son contrat de délégation de service public (DSP). Bizarrement, la mairie réglait la note les yeux fermés (lire l'encadré ci-dessous).
Dans l'Essonne, Suez usait d'une autre tactique : il adressait à tous les usagers une taxe sur les eaux pluviales qui n'était due, en réalité, que par les entreprises. C'est Wissous, une petite commune limitrophe de l'aéroport d'Orly, qui a débusqué le loup en 2016, à l'occasion de son changement d'intercommunalité. Pour cette seule cité de 5.000 habitants, ce sont plusieurs centaines de milliers d'euros qui ont été versés en trop à Suez en deux ou trois ans !

Tout est fait pour compliquer les contrôles


Autre habitude contestable des trois géants du secteur : réclamer des indemnités de fin de contrat. Ils revendiquent ainsi régulièrement la propriété des usines de production d'eau ou celle des compteurs individuels, et exigent que la commune les leur rembourse quand elle décide de passer le relais à un concurrent. La jurisprudence du Conseil d'Etat est pourtant formelle : ces biens, réputés “essentiels”, appartiennent de droit à la collectivité et il n'y a, par conséquent, rien à rembourser. Cela n'empêche pas certains élus de le faire quand même, à l'image de ceux de Lille, qui ont payé au prix fort les usines de Suez. Mal informés, sans doute...

A priori, toutes ces dérives devraient être facilement repérables. Depuis vingt ans, les sociétés privées ont en effet obligation de remettre aux collectivités locales qui les ont choisies un rapport annuel avec une partie financière bien distincte. La loi stipule même qu'une commission locale doit se charger de contrôler que tout est en ordre. Mais, dans la réalité, ce dispositif ne fonctionne que très imparfaitement. Pour le contourner, les compagnies usent souvent d'une petite astuce très efficace : elles font exécuter leurs contrats par des filiales qui gèrent plusieurs DSP dans différentes villes, et elles remettent aux élus un rapport financier intégrant toutes ces activités. En omettant, bien sûr, de fournir la clé de répartition des charges et des dépenses entre les différents contrats. Du coup, les municipalités sont noyées dans un flot de chiffres auxquels elles ne peuvent rien comprendre. Impossible de savoir, par exemple, si la quote-part facturée pour “frais de siège” est ou non surestimée.

Cette pratique n'est pas nouvelle. Dès les années 1990, Jean-Luc Touly, un syndicaliste FO de Veolia devenu l'un des principaux opposants à la gestion privée de l'eau, l'avait dénoncée. A l'époque, il était responsable de la facturation des services d'eau dans une partie de l'Ile-de-France, et il s'était rendu compte que les charges de personnel imposées aux municipalités par son entreprise ne correspondaient pas à la réalité du service sur le terrain. Depuis, les choses n'ont guère changé. Au point que les compagnies s'emmêlent parfois elles-mêmes les pinceaux dans leurs petites bidouilles comptables. Ainsi, à Marseille, les responsables de Veolia ont-ils réussi le tour de force de présenter, dans le rapport annuel pour l'année 2015 remis à la collectivité locale, des chiffres différents de ceux des comptes déposés au greffe du tribunal de commerce ! “La communauté urbaine a ouvert une enquête, mais il y a peu de chances qu'elle aboutisse, car les élus sont comme tétanisés devant Veolia”, s'insurge Patrick du Fau de Lamothe, un expert indépendant qui conseille les écologistes de la cité phocéenne.

Des canalisations trouées qui laissent s’évaporer 20% de l’eau


Et ce n'est pas avec la nouvelle directive de Bruxelles sur les concessions de service public que les choses risquent de s'arranger ! Non seulement ce texte, qui vient tout juste d'entrer en application, n'impose aucune nouvelle contrainte aux sociétés concessionnaires, mais il renforce leur pouvoir. “C'est un véritable cauchemar, accuse Marc Laimé, un consultant spécialiste de ces questions. La directive met à bas toutes les améliorations obtenues depuis vingt ans.” Les collectivités locales pourront, par exemple, allonger indéfiniment la durée de vie des contrats sans mise en concurrence, en signant de simples avenants. Ou même, si cela leur chante, refuser de publier les rapports annuels des sociétés qui gèrent l'eau et l'assainissement. L'opacité du secteur risque de devenir totale.

C'est d'autant plus dommageable pour les usagers que le prix de l'eau va avoir naturellement tendance à augmenter dans les prochaines années. D'abord parce que les compagnies devront moderniser leurs usines de filtration à grands frais pour faire face aux nouvelles pollutions, notamment les nanoparticules. Et aussi parce qu'il va falloir investir des milliards pour colmater les innombrables fuites de notre réseau de canalisations.
Le croira-t-on ? Pas moins de 20% de l'eau distribuée en France s'évapore par ces trous ! Impossible de conserver un tel taux de perte alors que le changement climatique risque d'entraîner une diminution de la ressource. Pour être honnête, il faut reconnaître que des efforts ont été réalisés ces dernières années : au début de la décennie, le taux de fuite moyen s'élevait entre 25 et 30%. Mais la France est encore loin des normes fixées par la Commission européenne : ramener les pertes d'eau à moins de 10% dans les grandes villes et autour de 15% dans le reste du territoire. Les usagers n'ont pas fini de boire le calice...

Comment les habitants de Lourdes se sont fait avoir par Suez

Pour la cité de l'eau bénite, on peut dire que c'est le comble ! Selon nos informations, un rapport de police portant notamment sur la gestion de l'eau à Lourdes a été transmis début 2017 au parquet de Tarbes, qui pourrait décider d'ouvrir une information. Il serait temps ! Pendant des années, le marché de l'assainissement et de la distribution de l'eau dans la ville mariale, confié à Suez, a été vérolé par les petits arrangements et les surfacturations. Dans un rapport publié en janvier dernier, la Cour des comptes indique ainsi que, sur un lot de dix factures datées de 2013, les enquêteurs en ont trouvé trois qui ne correspondaient à aucune prestation. Ces pratiques, qui se seraient poursuivies jusqu'en 2015, après le changement de majorité de 2014, ne datent pas d'hier.
Dès 2008, un technicien de la ville avait calculé que, si l'on mettait fin à toutes ces dérives, on pourrait baisser les tarifs de 60% ! Dans le nouveau contrat signé l'année suivante avec Suez, Jean-Pierre Artiganave, le maire UMP de l'époque, n'a cependant accepté de les réduire que de 25%. “Il craignait que les habitants ne lui reprochent de s'être fait voler pendant toutes les années précédentes”, témoigne un ancien élu. Au reste, la foire aux factures a continué de plus belle. Bien qu'il se soit formellement engagé à les prendre à sa charge, Suez a, par exemple, facturé à la mairie le coût du remplacement des branchements en plomb. Et cette dernière a payé les yeux fermés…

A lire aussi :

 L’eau, cette ressource vitale rare sur laquelle vous pouvez (aussi) investir

 Eau, électricité… faut-il sanctionner les mauvais payeurs ?

Transports à Marseille : restos, voitures, bons-cadeaux… L’ex-trésorier du CE ne se refusait rien

Brita : ses carafes filtrantes sont-elles vraiment efficaces ?

Source  




F) Les 7 chiffres à retenir sur la fonction publique

Le ministère de l'Action et des comptes publics a publié son rapport annuel sur l'état de la fonction publique. Le Figaro fait la liste des points essentiels à retenir.
Nombre, statut, recrutement... Le rapport annuel sur l'état de la fonction publique a été mis en ligne, par le ministère de l'Action et des comptes publics, le 6 novembre dernier. Objectif affiché, dresser le tableau des plus de 5 millions d'agents de l'État, en se basant sur des données de 2015. Voici les 7 chiffres à retenir.

● 5,451 millions
C'est le nombre de personnes travaillant dans la fonction publique en France, au 31 décembre 2015, selon ce rapport. Dans le détail, 2,398 millions d'agents travaillent dans la fonction publique de l'État (FPE). 79,8 % d'entre eux exercent dans les ministères et 20,2 % dans les EPA nationaux. Dans un second temps, la fonction publique territoriale (FPT) représente 1,889 million d'agents. Les trois-quarts de ces derniers travaillent, dans les régions, les départements ou les communes. Les 25% restants travaillent dans les EPA locaux [NDLR: les établissements publics d'aménagement sont notamment chargés de commercialiser d'acquérir et de commercialiser des terrains, comme on peut le lire sur le site du ministère de la Cohésion des territoires]. Enfin, 1,163 million d'agents sont dans la fonction publique hospitalière (FPH): 88,2 % dans les hôpitaux, 8,4 % dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées et 3,4 % dans les autres établissements médico-sociaux.
«Les effectifs sont stables entre 2014 et 2015», notent les auteurs du rapport. «Les évolutions sont contrastées selon le versant de la fonction publique». Ainsi, on remarque une hausse des effectifs dans la fonction publique d'État (+0,2%) et dans la Fonction publique hospitalière (+0,2%). En revanche, ils ont baissé de 0,3% dans la fonction publique territoriale.  

● - 5,2%
C'est la baisse d'effectifs physiques la plus forte entre 2014 et 2015. Dans les faits, cette diminution a affecté le ministère de l'Écologie, du développement durable, de l'Énergie et du logement, qui a ainsi perdu 2963 personnes par rapport à l'année précédente

● 17.965
C'est le nombre de personnes recrutées au sein de la fonction publique d'État, en 2015, dans le cadre de concours internes. 36.976 recrutements ont eu lieu par le biais de concours externes. «La part de femmes dans l'ensemble des recrutements externes est de 63,6%», notent les auteurs. 

● 43 ans
C'est l'âge moyen des agents de la fonction publique. Dans le détail, ceux de la fonction publique hospitalière sont âgés de 41,7 ans, en moyenne. Ceux de la fonction publique d'État ont 42,4 ans . Les plus âgés sont dans la fonction publique territoriale, puisque la moyenne d'âge s'établit à 44,9 ans.

● 2219 euros
Tel est le montant du salaire net mensuel moyen en 2015 d'une personne exerçant au sein de la fonction publique. Dans le détail, il est légèrement supérieur dans la fonction publique d'État à 2495 euros et dans la fonction publique hospitalière à 2239 euros. En revanche, les personnes travaillant dans la fonction publique territoriale gagnent, en moyenne, 1891 euros par mois.  

● Un agent sur cinq est contractuel
C'est l'un des chiffres clés de ce dernier rapport. En 2015, la part de contractuels [NDLR: Pour rappel, il s'agit d'agents recrutés sous contrat de droit public, par un employeur public, mais qui ne bénéficient pas des mêmes droits que les fonctionnaires] s'élevait à 21,7% de l'ensemble des plus de 5 millions d'agents de la fonction publique. Il s'agit d'une proportion stable depuis cinq ans. Depuis 2005, le nombre d'agents contractuels a ainsi augmenté de 2,2% par an, en moyenne.
Dans le détail, la part d'agents contractuels est plus élevée dans la fonction publique territoriale, à 24,8%, contre 21,4% des agents de la fonction publique hospitalière. 
Selon le rapport, qui détaille dans une étude spécifique le parcours jusqu'à fin 2015 des 300.000 nouveaux contractuels entrants en 2011, les femmes ont plus de chances de devenir fonctionnaires que les hommes. Elles se présentent en effet davantage aux concours de la fonction publique et les réussissent mieux que leurs confrères masculins. 

● 20% de l'emploi total
Au 31 décembre 2015, la fonction publique «hors emplois aidés» représente 19,9% de l'emploi total, contre 75,7% pour l'emploi privé. 

Journaliste - Sa biographie




G) Evasion fiscale : quand nos très chers voisins européens nous siphonnent

Décidément prolixe, l'économiste Gabriel Zucman livre sa troisième étude en moins d'un mois sur les paradis fiscaux. Les multinationales y échappent à 25% de leurs impôts dus en France, soit 12 milliards d'euros. Au sein de l'UE, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Irlande, Malte, Chypre et la Belgique participent pour plus des 2/3 à cette hémorragie.
12 milliards d’euros par an. Voilà ce que coûtent chaque année au fisc français les artifices des multinationales pour échapper à l'impôt sur les sociétés (IS). Ce petit rabais de 25% de leur chèque à Bercy, ces multinationales l’obtiennent grâce à la magie de l’optimisation fiscale et surtout à la bienveillance des paradis fiscaux. C’est un secret de polichinelle : les grands groupes comptabilisent artificiellement dans ces endroits un gros paquet de leurs bénéfices. Reste à savoir qui, parmi les paradis fiscaux, et surtout pour combien, chacun y contribue. Et à ce petit jeu, nos très chers voisins et partenaires au sein de l’Union européenne ne sont pas les derniers. Bien au contraire. Ensemble, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Irlande, Malte, Chypre et la Belgique participent pour plus des deux tiers à l'hémorragie fiscale de l’Hexagone. Même saignée pour l’Allemagne, qui doit subir une fuite encore plus importante : près de 33% du produits de l’IS lui échappe, contre une moyenne de 20% pour l’ensemble des 22 autres pays de l’Union. Telles sont les principales conclusions du dernier article académique de Gabriel Zucman, co-écrit avec deux de ses confrères de l’Université de Copenhague, Thomas Tørsløv et Ludvig Wier. Auteur de La richesse cachées des Nations, ce Français professeur de l’Université de Berkeley en Californie enfonce le clou au moment où les "Paradise Papers" remettent le sujet des paradis fiscaux au cœur de l’actualité. Cette étude, intitulée « Comptabilité et 600 milliards d’euros : pourquoi les pays à forts prélèvements laissent fleurir les paradis fiscaux », est en effet le troisième papier sur le sujet qu’il publie en moins d’un mois, sans compter sa longue tribune dans Le Monde daté du 8 novembre.

Les ultrariches : 0,01% des ménages disposent chacun de 40 millions offshore

Marianne s’était fait l’écho du précédent, « Qui détient la richesse dans les paradis fiscaux. Les preuves macroéconomiques et ses effets sur les inégalités globales». Le sujet traité dans ces travaux est relatif à l’utilisation des paradis fiscaux, non par les entreprises mais par les ménages. Information principale pour les Français au moment où le gouvernement multiplie les cadeaux aux plus aisés : les 3.520 ménages les plus riches de France planquent 140 milliards d'euros dans les paradis fiscaux. A eux seuls, ces 0,01% de Français détiennent un peu moins de la moitié de la totalité des avoirs offshore des ménages français, soit un gros paquet estimé à 320 milliards d’euros, l’équivalent de 15% de notre richesse nationale…. Avec là aussi des pertes fiscales. La liste des 50 ultrariches affichant le plus gros plafonnement de leurs impôts, liste qu’avait publiée le Canard enchaîné il y a un an, donnait à voir l’effacement total de l’ISF de feue Lilianne Bettencourt, 66 millions d'impôt, 66 millions de plafonnement... Elle permet également de donner une approximation de la perte fiscale. Cette liste permet en effet de connaître le taux de rendement du patrimoine de ces ultrariches : de l’ordre de 6%. Appliqué aux 320 milliards planqués offshore, les revenus qui en sont issus seraient de l’ordre de 20 milliards d’euros. En France, les prélèvements obligatoires sont de 45%. Résultat, entre les impôts et les cotisations sociales, 9 milliards d’euros manquent à l’appel....

25 milliards d'exportations du Luxembourg portées disparues

A l’instar des ultrariches, ce sont les multinationales qui font un usage intensif des paradis fiscaux, comme l’indique la présente étude. Les auteurs se sont particulièrement penchés sur le cas du Luxembourg. Le petit Grand Duché niché entre l’Allemagne, la France et la Belgique est devenu une vaste machine à blanchir les profits. Une preuve ? Alors que les 22 pays de l’Union européenne (les 28 que compte l’UE minorés de ses 6 paradis fiscaux) comptabilisent un peu moins de 25 milliards d’euros d’importations venues du Luxembourg, les comptes nationaux du Grand Duché considèrent y exporter pour plus du double.

Ce phénomène, les auteurs de l’étude le décrivent comme “les services disparus”. Il s’agit en réalité du support au rapatriement des bénéfices artificiellement transférés : plus de 25 milliards d’euros chaque année. Une preuve supplémentaire ? Alors que les résultats taxables représentent en moyenne 34% de la masse salariale au sein des pays de l’OCDE, ce taux atteint des sommets dans les paradis fiscaux européens, avec un record absolu de plus de 260% au Luxembourg. Plus encore quand les auteurs y ajoutent les profits disparus des multinationales américaines : ce taux monte alors à 350%. Dit autrement, pour chaque euro versé à un salarié luxembourgeois, l’ensemble des entreprises du Duché déclarent 2,6 € de bénéfices taxables, 3,5 € avec le complément nord-étasunien. Si la réalité économique le justifiait, on verrait alors l’ensemble des activités se localiser là-bas avec à leur suite une migration de tous les salariés de l’Union….

Le Grand Duché a imprimé 8% des billet en euros

Pour le coucou niché au cœur de l’Europe, le jeu en vaut la chandelle. Avec un taux de prélèvement riquiqui de 2,5% sur les montagnes de profits artificiellement comptabilisés sur son territoire, le Luxembourg s’offre in fine un financement sur le dos de ses voisins. Cette large assiette fiscale génère 1,4 milliard d’euros de produit, soit près de 70% du total de l'impôt sur les sociétés collecté. Selon les chiffres avancés par Gabriel Zucman, ce petit milliard et demi d’euros entraînerait une perte équivalente à 18 milliards d’euros pour les 22 autres pays de l’Union.
Entre les pertes fiscales sur les ménages, 9 milliards d’euros, et celles sur les entreprises, la France est privée chaque année de 21 milliards d’euros, 60 milliards pour l’ensemble de l’UE. Comme le souligne l'étude des trois universitaires, le gros de cette hémorragie, les deux tiers environ, est le fait de nos propres voisins, véritables coucous fiscaux.
La reine des preuves ? Le cash. Ce sont des montagnes de billets que le petit duché du Luxembourg a été contraint d’imprimer pour servir les particuliers désireux de rapatrier leur galette. Alors qu’il ne pèse même pas 1% du PIB de la zone euro, le pays de Jean-Claude Juncker a imprimé 8% de la totalité des billets émis depuis la création de la monnaie unique. Au cours des 15 dernières années, presque 7 milliards d’euros en moyenne ont traversé les frontières.

 Emmanuel Lévy





H) Consentement sexuel des mineurs: l'âge minimal pourrait s'établir à "13 ou 15 ans"

L'âge de présomption de non-consentement des mineurs, seuil en dessous duquel un enfant ne pourrait être considéré comme sexuellement consentant, est "en train d'être débattu" et se situera entre "13 et 15 ans", a indiqué dimanche la secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa.
L'âge de présomption de non-consentement des mineurs, seuil en dessous duquel un enfant ne pourrait être considéré comme sexuellement consentant, est "en train d'être débattu" et se situera entre "13 et 15 ans", a indiqué dimanche la secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa.
Interrogée sur BFMTV sur l'acquittement récent par une cour d'assises d'un homme jugé pour le viol d'une jeune fille de 11 ans, Mme Schiappa a répondu qu'"en tant que membre du gouvernement", elle ne pouvait "pas réagir à des décisions de justice". 
"Néanmoins dans la loi contre les violences sexistes et sexuelles (que le gouvernement veut proposer en 2018, ndlr), nous avons identifié trois volets, dont celui de la création d'un seuil de présomption de non-consentement irréfragable", a-t-elle ajouté.
Cela consistera à inscrire dans la loi le fait "qu'en dessous d'un certain âge, on considèrerait qu'il ne peut pas y avoir débat, jamais, sur le consentement sexuel d'un enfant, et que tout enfant en dessous d'un certain âge serait d'office considéré comme violé ou agressé sexuellement".
"L'âge est un sujet qu'on est en train de débattre. Le Haut conseil à l'égalité préconise 13 ans, des parlementaires 15 ans, des experts aussi. Il faut regarder l'âge médian européen, l'âge de la maturité affective. Cela se jouera entre 13 et 15 ans", a-t-elle précisé.
Plusieurs décisions de justice récentes ont rouvert le sujet de la mise en place d'un âge en dessous duquel le consentement d'un enfant ne peut être présumé, ce qui n'existe pas en France contrairement à d'autres pays européens. Des parlementaires ont également déposé des propositions de loi en ce sens.
Dans un communiqué, l'association féministe Les Effronté-e-s regrette dimanche que "la justice (ait) tranché qu'une enfant de 11 ans a pu consentir à un rapport sexuel désiré avec un inconnu qui l'a abordée et entraînée vers un parc" et demande la fixation d'"un âge minimal à 15 ans".
Avec d'autres associations, elle appelle à un rassemblement "mardi à 18H30 devant le ministère de la Justice". 
Les deux autres volets du projet de loi annoncé par le gouvernement comprendront un allongement du délai de prescription des crimes sexuels sur les mineurs, qui pourraient déposer plainte jusqu'à 30 ans après leur majorité contre 20 ans actuellement, et une verbalisation du harcèlement de rue. Une concertation a été lancée auprès des acteurs du secteur (policiers, magistrats...) et des citoyens.




I) Dix chiffres à connaître sur les entreprises françaises

Selon la radiographie 2017 des entreprises en France que vient de publier l'Insee, ce sont les entreprises de taille intermédiaire qui créent le plus d'emplois.
La radiographie 2017 des «entreprises en France», réalisée par l'Insee, confirme l'importance des entreprises de taille intermédiaire (ETI) dans l'Hexagone. Entre 2009 et 2015, leur nombre d'emplois a bondi de 330.000 dans un contexte de faible croissance quand celui des grandes entreprises baissait de 80.000.

• 5800 ETI sont recensées en France en 2015 dans les secteurs marchands non agricoles. Ces entreprises emploient (en équivalent temps plein) 3,3 millions de salariés et comptent en moyenne 650 collaborateurs. Elles réalisent 26 % de la valeur ajoutée de l'ensemble des entreprises.

• 139.500 PME composent le tissu économique de l'Hexagone (hors microentreprises). Elles emploient 3,8 millions de salariés et réalisent 23 % de la valeur ajoutée. 54 % emploient moins de 20 personnes et 14 % seulement atteignent ou dépassent 50 collaborateurs.

• 3,7 millions de microentreprises emploient 2,4 millions de salariés. Elles regroupent une population très hétérogène (microentrepreneurs, artisans, sociétés civiles immobilières, etc.). Le 1,1 million de microentreprises au sens fiscal, c'est-à-dire bénéficiant de formalités comptables et fiscales simplifiées, a un poids économique faible, avec 1,7 % du chiffre d'affaires hors taxes et 1,8 % de la valeur ajoutée de l'ensemble de cette catégorie.

• 554.000 entreprises créées en 2016, soit 6 % de plus qu'en 2015 et la plus forte hausse enregistrée depuis six ans. Les créations de sociétés, tout comme les créations d'entreprises individuelles classiques, s'accroissent de 10 %. En revanche, les immatriculations de microentrepreneurs diminuent légèrement (de 0,3 %), avec 222 800 immatriculations, soit le plus bas niveau enregistré depuis la création de ce statut dérogatoire en 2009.

• 27,3 millions de personnes sont en emploi en France, fin 2015, dont 90 % en emploi salarié. Près de la moitié des salariés, soit 11,7 millions, sont dans le tertiaire marchand.

• 35,60 euros de coût horaire de la main-d'œuvre pour l'ensemble de l'industrie, de la construction et des services en France. En 2016, la France se classe au cinquième rang des pays de l'Union européenne ayant les coûts horaires de la main-d'œuvre les plus élevés. 

• 220.000 entreprises exportatrices ont déclaré en 2015 un chiffre d'affaires à l'exportation, pour un total de 630 milliards d'euros.

• 1014 milliards d'euros, c'est le chiffre d'affaires hors taxes des entreprises du secteur de l'industrie en 2015.

• 1992 milliards d'euros, c'est le montant de la valeur ajoutée de l'économie nationale en 2016, dont la moitié est produite par le commerce, les transports, l'hébergement et la restauration, et les branches des autres services marchands non financiers (information et communication, immobilier).

• 26,6 % de taux de marge moyen des entreprises sur l'ensemble des secteurs en 2015, en hausse d'un point, soit une hausse de 1 point, résultat de la croissance dynamique de la valeur ajoutée (+ 2,5%) et d'une hausse modérée de la masse salariale (+ 1%).






J) Paris Nouveau suicide dans la police : le commissaire Antoine Boutonnet s’est donné la mort.

Antoine Boutonnet avait disparu ce samedi. Les raisons de son suicide restent indéterminées pour l’heure indique Le Parisien. L’homme ne travaillait pas ce dimanche.
Le commissaire Boutonnet était connu dans le monde de la sécurité autour du football. Il est en effet l’ex-patron de la Division Nationale de lutte contre le Hooliganisme.

Une mutation mal supportée ?

Depuis février 2017, l’homme avait quitté son ancien service auquel il appartenait depuis sa création en 2009, pour rejoindre la sous-direction de l’anticipation opérationnelle de la Direction Générale de la Gendarmerie Nationale. Une mutation qu’il aurait eu du mal à supporter selon ses proches, relate Le Parisien.

Cible d’insultes sur les réseaux sociaux ?

D’après nos informations, le policier haut-gradé était régulièrement la cible d’insultes et menaces sur les réseaux sociaux notamment, en raison de sa fonction dans l’anti-hooliganisme pendant 8 ans.
Une enquête a été ouverte par l’Inspection Générale de la Police Nationale pour déterminer les raisons de ce drame.

Un taux de suicide très élevé parmi les forces de l’ordre.

C’est le 42ème policier à se donner la mort cette année en France. Sur les 25 dernières années, ce sont 1136 policiers à ce jour, qui se sont suicidés selon un document officiel.
C’est le troisième fonctionnaire de police a s’être donné la mort cette semaine. Un policier s’est pendu hier dans le bois de Vincennes et un autre s’est suicidé avec son arme de service à Nanterre. Deux gendarmes se sont également suicidés ces derniers jours, l’un à Méru (Oise), un second en Ardèche.

Actu17.

C. Laudercq et R. Lefras


K) Nucléaire : les chiffres et les mots d’Hulot
 
L’annonce par Nicolas Hulot d’un report de la mise en oeuvre de la loi de transition énergétique sur la part du nucléaire dans l’électricité a fait couler beaucoup d’encre. Mais la clarté n’était pas toujours au rendez-vous. Explications.

Le charbon et le nucléaire

Lorsque Nicolas Hulot a déclaré qu’on ne pouvait pas simultanément arrêter le charbon et des centrales nucléaires, de quoi parlait-il exactement ? Nombre de commentateurs, dont Pascal Canfin sur France Inter, ont fait semblant de ne pas avoir compris qu’il ne parlait que de la période 2018/2022. Et non d’un principe général sans calendrier. Or, si Nicolas Hulot a lancé cette affirmation, c’est simplement que son ministère a lu correctement l’alerte lancée par RTE (Réseau et transport d’électricité, qui gère le réseau haute tension et le « dispatching » national) dans son bilan prévisionnel 2017.
Dans ce document, RTE fait état des résultats de nombreuses simulations du système électrique et de son équilibre production/consommation pour les 5 prochaines années. Les simulations prennent en compte différentes trajectoires économiques et techniques pour le parc de production et les échanges extérieurs, confrontées à des scénarios climatiques. Au total, pour chaque heure de l’année (le pas de temps de calcul des simulations) 50 000 situations différentes sont simulées. Puis regroupées en 50 variantes structurantes.
Or, le résultat pour 2018/2020,  est sans appel : «La fermeture de moyens de  production supplémentaires (charbon ou nucléaire) n’est donc pas possible à très courte échéance sans dégrader la sécurité d’approvisionnement.» Pour la période 2020/2022, le résultat est un peu différent :  «Les fermetures de l’ensemble des centrales à charbon et des quatre réacteurs nucléaires ne peuvent être combinées sans dégrader la sécurité d’approvisionnement ; un choix doit donc être fait.»  Une conclusion technique illustrée par le schéma ci-dessous :



Aucun gouvernement ne peut prendre un tel risque, le prix à payer pour un black-out serait bien trop élevé… tant au plan économique qu’au plan politique s’il en est jugé responsable.

Une vulnérabilité accrue

Est-ce que RTE exagère le risque ? Cette filiale d’EDF est censée travailler indépendamment des intérêts de sa maison mère au service de l’Etat, en particulier pour lui fournir les analyses sur les risques d’un approvisionnement en électricité insuffisant et donc de black-out total comme en 1978. Et ses alertes sont sérieuses. Ainsi, les difficultés de l’hiver dernier avaient été anticipées dès 2015, dans le bilan prévisionnel de RTE qui soulignait qu’entre 2013 et 2016 près de 9000 MW de centrales à charbon et fioul ont été fermées. Autrement dit, des moyens de production dits « pilotables » et non dépendants de la météo et de l’heure de la journée comme les éoliennes et les panneaux solaires. Le système électrique français est donc depuis beaucoup plus vulnérable à une pointe de consommation hivernale, surtout lorsque le vent faiblit et que le Soleil se couche.
Or, depuis cette alerte de l’hiver 2016/2017, la situation ne s’est pas améliorée. Le parc nucléaire a vu sa disponibilité diminuer fortement, en raison de décisions d’arrêts temporaires de réacteurs prises par l’Autorité de sûreté nucléaire. La centrale du Tricastin, par exemple, est à l’arrêt probablement jusqu’à la fin novembre, car l’ASN a jugé qu’il ne fallait prendre aucun risque avec la digue qui la protège du canal Donzère/Mondragon. Durant le chantier de renforcement de cette digue, les quatre réacteurs sont donc à l’arrêt. Comme d’autres sont également en arrêt pour des travaux planifiés de rechargement du combustible, ou de décisions de l’ASN, la production nucléaire est faible en cette fin d’automne. Trop faible.



 
C’est ainsi que, en ce début de novembre, la France importe de grandes quantités d’électricité (8000 MW à 19 h le 9 novembre) – qu’elle pourrait produire en partie avec ses centrales à fioul (6 600 MW au maximum), en émettant CO2 et pollution aux particules fines… – comme le montre le graphique ci-dessus pour la journée du jeudi 9 novembre dernier. Une relative pénurie qui met tout le système européen en tension, avec des prix sur le marché spot qui grimpent ce jour et cette heure-là à près de 200 € le MWh en France ou 330 € en Belgique, 150 € en Italie, près de 100 € en Grande Bretagne.
Une situation qui signifie que RTE serait plutôt en train de sous-estimer le risque de défaillance du système pour les cinq années à venir si la situation du parc nucléaire n’est pas très rapidement améliorée. A plus long terme, il est évident que si l’on choisit de prolonger au delà de 40 ans la durée d’exploitation des centrales, il faudra tenir compte des travaux qui seront exigés par l’Autorité de sûreté nucléaire et qui conduiront à des arrêts nettement plus long, de l’ordre d’un an, et donc un hiver entier sans production pour chaque réacteur en cause.
La conclusion est donc simple : si l’on veut sortir du charbon, le combustible le plus émetteur de CO2, fermer des réacteurs nucléaires d’ici 2022 est impossible sans prendre de grands risques. Et seul le switch démarrage de l’EPR de Flamanville/fermeture de Fessenheim est envisageable.

2022/2025 : un choix possible

Pour la période suivante, 2022/2025, l’analyse de RTE est différente, puisqu’il est possible d’agir sur le parc de production. Mais le choix possible, soulignent les simulations, n’est pas entre ENR (éolien et solaire) ou nucléaire. Certes, les puissances installées en éolien et solaire vont continuer d’augmenter, boostées par les subventions. Mais ces moyens de production intermittents par nature ne peuvent apporter la garantie demandée à la production d’électricité. Aussi, RTE indique dans son bilan que si l’on maintenait l’objectif de diminuer de 75% à 50% la part du nucléaire dans la production électrique, il faudrait d’une part renoncer à stopper les centrales à charbon (3000 MW), mais en outre construire 11 000 MW de centrales à gaz, soit un doublement du parc à gaz actuel. Une telle stratégie aboutirait fatalement à augmenter les émissions de CO2 du système électrique ainsi qu’à élever fortement le prix de l’électricité. Pas certain qu’un gouvernement, quel qu’il soit, voit sa popularité s’améliorer avec un tel choix.
Le bilan prévisionnel de RTE regarde plus loin, vers la période 2025/2035. Pourquoi ? Parce que la durée nécessaire à la réalisation d’investissements de production ou de transport fait que le système électrique de 2035 va dépendre des décisions prises aujourd’hui, et dans les cinq ans qui viennent. Ainsi, il faut en moyenne dix ans pour réaliser une interconnexion avec l’étranger. Ou 7 ans pour un champ d’éoliennes de 2700 MW, 4 ans pour installer 4800 MW de solaire ou 5 ans pour 800 MW de gaz. Aussi, RTE a t-il étudié divers scénarios pour cette échéance. Ce sera l’objet d’une autre note.

Sylvestre HUET





L)  Paradise Papers : Au commencement était l’impôt ?
Depuis le 5 novembre dernier, le journal Le Monde nous régale d’un formidable feuilleton, les « Paradise Papers », savamment distillé dans ses pages au fil des jours à propos de l’évasion fiscale pratiquée massivement par de grands groupes internationaux et des personnalités richissimes sans foi ni loi qui ont l’audace de « soustraire à l’impôt » des milliards et des milliards d’euros qui seraient tellement mieux utilisés par la puissance publique pour apporter bonheur et bien-être aux citoyens méritants comme vous et moi.
Pillage immoral (Mélenchon), attaque contre le Trésor et atteinte à la démocratie (Bruno Le Maire) : de tous les côtés de l’échiquier politique français, les réactions outragées n’ont pas manqué. Il faut dire que la révélation a été parfaitement calibrée pour susciter l’indignation la plus vigoureuse. Nos vertueux journalistes ont promptement mis en avant yachts, actrices, chanteurs, politiciens en vue, les Bermudes, la reine d’Angleterre et Bernard Arnault (bête noire des Ruffin et Lordon) pour exciter à coup sûr la jalousie et la haine des riches qui cimentent la « solidarité » à la française. Excellente affaire pour prolonger un peu plus les remous provoqués par la suppression partielle de l’ISF dans le PLF 2018.
Ils n’ont pas négligé non plus de bien nous faire comprendre qu’on se trouve face à l’enquête du siècle ! On parle de 13,5 millions de documents(*), on parle du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et de ses 96 membres appartenant à 67 pays différents, on parle de centaines de journalistes, on parle de notre quotidien de référence qui en a affecté au dossier une douzaine à plein temps pendant un an. On parle d’une opération « top secret » qui s’est déroulée dans la plus grande clandestinité, nom de code : Athena ! Que du frisson !
Après tant d’efforts dans le sensationnel, il n’y a plus qu’à espérer que les médias impliqués verront effectivement leur audience s’accroître prodigieusement. On sait que la presse traditionnelle n’est pas au mieux de sa forme, challengée qu’elle est par la révolution numérique en cours et par l’émergence de nouvelles formes d’information. En France, elle ne survit que tenue à bout de bras par les aides de l’Etat qui comprennent notamment des subventions directes, une aide postale, un abattement fiscal spécial pour les journalistes et un taux de TVA réduit à 2,1 %. Pour l’indépendance et l’incitation à s’adapter aux évolutions de son secteur, on repassera.
Par contre, pour dénoncer les turpitudes avérées ou supposées des méchants riches qui n’ont aucun scrupule à enlever le pain de la bouche des gentils faibles, on peut compter sur nos médias subventionnés et nos journalistes fiscalement optimisés. Mais justement, de quelles turpitudes parle-t-on ? Dès le début, Le Monde indique que contrairement à la précédente opération « Panama Papers » de 2015 :
« L’argent, ici, a le plus souvent été soustrait à l’impôt de façon légale ou aux frontières de la légalité. »
La réaction des écologistes de EELV est particulièrement amusante et révélatrice. Ils dénoncent et déplorent « la légalité des montages fiscaux » employés.
Donc c’est légal. Donc il n’y a pas d’affaire « Paradise Papers ». Donc la phrase du Monde est absurde, car si ces pratiques sont légales, on voit mal quelles sommes ont été « soustraites » à l’impôt.
Finalement, on se retrouve face à un bête problème, extrêmement classique sous nos latitudes étatiques dépensières et chroniquement déficitaires : comment faire payer les riches davantage.
Il importe donc au premier chef vis-à-vis de l’opinion publique d’entretenir la confusion entre la fraude et l’optimisation fiscale (voir ma petite typologie ci-contre, cliquer pour agrandir).



Il importe de montrer qu’il existe dans la fiscalité mondiale des « trous noirs » et des « failles » qu’il faut absolument combler, il importe de bien jeter l’opprobre sur certains pays qui pratiquent une fiscalité attractive pour les entreprises ou les particuliers, fiscalité parfaitement légale qui a juste l’inconvénient d’être très en-deçà de nos évidents et incompressibles besoins pour couvrir notre dépense effrénée… Comme pour l’affaire des travailleurs détachés, plutôt que de nous réformer, oeuvrons à aligner les autres sur nos standards si élevés, moralité comprise !
EELV, complètement oublieux, comme pratiquement toute la classe politique, que la France réussit à avoir l’un des taux de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés au monde (45 %) en même temps qu’un taux de chômage au double de ses principaux voisins comparables, va jusqu’à prétendre que ces sommes qu’on laisse filer :
« devraient servir à la transition écologique et à la création d’emplois, pas à la prédation par quelques centaines de personnes, de l’argent de la planète. »
Quant à notre ministre de l’action et des comptes publics Gérald Darmanin, il a immédiatement entonné avec une belle démagogie le même refrain punitif que son collègue de l’économie Bruno Le Maire. Face à des révélations aussi scandaleuses, on peut compter sur la fermeté du gouvernement, quitte à bien brouiller les lignes entre la fraude (qui appelle logiquement sanctions) et l’optimisation fiscale (qui est le sujet des Paradise Papers) :
« Le gouvernement est favorable au renforcement des sanctions à l’encontre des fraudeurs au fisc, notamment de la déchéance des droits civiques automatique de tous ceux qui, caractérisés, font de l’évasion fiscale. »
.
Dans leur enquête, les journalistes de l’ICIJ se sont assurés les services d’un professeur d’économie de l’université de Berkeley (Californie) qui a fait une évaluation des sommes que l’évasion fiscale « coûte » chaque année aux services fiscaux de la planète. Il aboutit à un total de 350 milliards d’euros, dont 120 milliards pour les pays de l’Union européenne dont 20 milliards pour la France. S’agissant de la part légale, il est complètement abusif de parler de « coût » ou de « manque à gagner », mais le montant calculé est cependant très intéressant.
Au niveau mondial, cela représente 0,5 % du PIB. Ce n’est pas absolument colossal. Pour la France, c’est plutôt 1 % du PIB, mais surtout c’est seulement le double des 10 milliards d’euros que l’Etat français a indûment prélevé aux entreprises sous forme de taxe à 3 % sur les dividendes. Retoquée en partie par l’Union européenne puis totalement par le Conseil constitutionnel, cette taxe doit être remboursée aux entreprises victimes. Idée géniale du gouvernement, le remboursement se fera …  grâce à une surtaxe sur les grandes entreprises ! Ou comment se faire une idée lumineuse de la prédation et de l’incurie permanentes de l’Etat !
Dès lors, comment reprocher à des particuliers ou des entreprises de chercher à calculer au plus juste leurs contributions fiscales connaissant le niveau très élevé de notre fiscalité et sachant dans quel panier percé tout impôt est voué à se perdre pour des résultats sociaux plus que douteux ?
La bourde à 10 milliards de la taxe sur les dividendes n’a certes pas lieu chaque année, mais chaque année amène son lot de gabegie et catastrophes financières dans les dossiers gérés par l’Etat, ainsi que l’attestent avec une désolante régularité les rapports de la Cour des Comptes. On connaît AREVA et la SNCF, on peut citer aussi à titre d’exemples l’affaire des portiques pour l’écotaxe, le désastre du système Louvois de paiement des militaires ou le dérapage budgétaire du projet d’enfouissement des déchets radioactifs à Bure. Et n’oublions pas que le dernier budget concocté par l’équipe Sapin Hollande était « insincère ».
N’oublions pas non plus que dans certaines circonstances, et avec une incohérence parfaite, l’Etat français ne se fait pas tellement prier pour dérouler le tapis de l’optimisation fiscale bien comprise dans l’intérêt de tous, comme ce fut le cas pour l’UEFA lors de l’Euro de foot 2016 !
De plus, il ne faudrait pas s’imaginer que les 20 milliards en question, en n’alimentant pas les caisses de l’Etat, sont restés inemployés. Ils se sont forcément portés sur des investissements ou de la consommation, ce qui leur confère donc un rôle social direct important dans la création d’emplois et la croissance. Les GAFA sont ainsi capables d’investir plus en R&D. Ce ne sont pas les consommateurs qui le leur reprocheront. Comme le disait déjà Vauban à Louis XIV en 1707 dans son livre Projet d’une dîme royale :
« L’argent du royaume le mieux employé est celui qui demeure entre les mains des particuliers où il n’est jamais inutile ni oisif. »
.
Cette affaire met en lumière la façon dont la plupart des politiciens de notre pays considèrent l’impôt. Tout se passe comme si l’homme venait au monde non pas avec des droits naturels comme la liberté, la propriété et la sécurité, mais avec un devoir naturel qui prime sur tout le reste, celui de tenir tout son revenu et tout son patrimoine à la disposition discrétionnaire d’un Etat omnipotent, omniscient et omniprésent. Tout se passe comme s’il existait un niveau naturel d’impôt, toujours élevé, en-dessous duquel il est « immoral » de descendre. Tout se passe comme si au commencement était l’impôt.
Quand on entend Mélenchon et consorts fustiger les « cadeaux aux riches », quand EELV stigmatise la « prédation » de quelques centaines de personnes, quand on entend parler en permanence du « manque à gagner » dès qu’il est question de baisser un taux de prélèvement, on assiste à un complet renversement de valeur.
L’Etat n’a jamais rien produit. S’il peut encaisser des impôts, c’est uniquement parce que des personnes privées ont créé une richesse qui leur appartient entièrement au départ. En aucun cas le fait pour l’Etat de ponctionner une part plus faible de cette richesse ne peut s’assimiler à un cadeau fait à ceux qui la produisent.
Non seulement l’opération « Paradise Papers » est une vaste fumisterie journalistique qui cherche à créer du scandale à partir de rien à des fins aussi bien démagogiques que bêtement promotionnelles, mais le débat qui s’est enclenché alors au quart de tour chez nos dirigeants et dans l’opinion publique semble très mal parti.
Entre confusion dans les termes, obsession à faire payer les riches et détermination à punir, pas un instant ne sont évoqués la complexité folle de notre système fiscal, le périmètre indécent de l’action de l’Etat – le Français étant l’un des plus larges au monde, et l’incurie récurrente de sa gestion des deniers publics.
On peut en revenir à Vauban. Observateur des dégâts que provoquaient des impôts trop compliqués et trop lourds sur l’exploitation des terres dont beaucoup restaient en friche, il souhaitait instaurer une sorte de flat taxe de 10 % (la dîme royale) afin de financer un Etat qui se limiterait à assurer la protection des personnes et des biens. Malgré des évolutions historiques évidentes, sur ce point, tout reste à faire.

(*) Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung a obtenu les documents à la faveur d’une « fuite » anonyme en provenance des cabinets d’avocats fiscalistes Appleby aux Bermudes et Asiaciti Trust à Singapour ainsi que des registres commerciaux de 19 juridictions off-shore. Comme pour les « Panama Papers » en 2015, il a décidé de collaborer avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) qui se consacre spécialement à la corruption, les activités criminelles internationales et l’évasion fiscale. En France, Le Monde (subventionné) et Radio France (publique) sont partenaires de l’ICIJ.




Source




M) La droite est-elle encore capable de penser l’État?

La droite peut-elle encore penser l'État dans des termes adaptés au monde contemporain? Les événements des derniers jours laissent extrêmement sceptiques sur cette possibilité?

Alain Juppé songerait à une liste commune avec En Marche pour les élections européennes. Le discours de la Sorbonne a marqué favorablement notre ancien Premier Ministre. On ne sera guère étonné de cette connivence entre macroniens et orléanistes sur la question européenne, ce mantra de l'establishment français.
On se souvient aussi d'autres points communs. Juppé est celui qui a le mieux étatisé la sécurité sociale pour la sauver, en créant les lois de financement de la sécurité sociale. Macron poursuit la même oeuvre étatiste en absorbant d'un coup le RSI et l'assurance-chômage. Son prochain quinquennat, s'il a lieu, sera consacré à l'absorption des retraites complémentaires. 
Cette croyance naïve dans la nécessaire étatisation de tout ce qui n'est pas une entreprise au sens propre, et cette conviction qu'il faut sans restreindre le champ de l'activité privée dans la société française, sont bien le fil rouge qui traverse l'orléanisme français. Ce n'est pas cette droite-là qui produira le choc d'initiative dont la France a besoin. Elle continuera à entrelacer toute réforme avec l'expansion permanente de la sphère publique. 

Wauquiez et l'obsession étatiste

Hormis le "conservatisme", Laurent Wauquiez n'a guère de désaccord de fond avec Alain Juppé. Autrement dit, les deux compères devraient se retrouver sur la question de l'État et de son rôle dans la société française. La droite sociale appelle ouvertement à la force de l'État, contre-balancée, paraît-il, par la justice sociale. 
Tout le monde sait avec quoi riment ces mots: pression fiscale, services publics en goguette et usines à gaz incessantes pour étatiser ce que le marché peut faire. 

Le Front National prolonge le mouvement

Nul besoin d'épiloguer sur l'aversion du Front National au libéralisme. Disons même que, s'il est un parti en France où le mot "libéral" est vécu comme une attaque ou un dénigrement, c'est dans les troupes de Marine Le Pen. On ne comptera donc pas sur le Front National pour restaurer des marges d'initiative individuelle que la technostructure, qui contrôle les Républicains, conteste à la société civile. 
Dans ce grand mouvement orwellien qui parcourt la droite française, le Front National sera un bon élève. 

Le libéralisme orphelin de la droite

Ce qu'on appelle la recomposition macronienne s'apparente donc ici, surtout, à une reprise en main du discours politique par une idéologie étatiste. On se souvient du choc prôné par Fillon, avec de fortes baisses de dépenses publiques. 
Décidément, ce spectre s'éloigne, et on voit mal qui, à droite, pourrait le faire revenir.
 


Source




N) Carte bancaire : une guerre froide entre la France et les géants américains

NG Direct, Orange Bank, N26 : de plus en plus de banques exerçant en France se passent des services de CB, le réseau national de paiement par carte, pour s'adresser directement à MasterCard ou Visa, opérateurs internationaux. Quels sont les enjeux cachés derrière ce choix ?

MCO, pour MasterCard Only. Trois lettres qui, dans le jargon bancaire, désignent une carte bancaire fonctionnant uniquement sur le réseau de paiement international de la société américaine MasterCard. Un cas de figure encore rare en France.
C’est en effet une spécificité française : l’immense majorité des cartes en circulation y sont « cobadgées ». C’est-à-dire qu’elles peuvent fonctionner simultanément sur deux réseaux de paiement : CB, l’opérateur français géré par un groupement d’intérêt économique, le GIE Carte bancaire (GIE CB), et MasterCard ou Visa selon les cas. Pour faire simple : lorsque vous achetez en France, c’est CB qui traite le paiement ; lorsque vous achetez à l’étranger, c’est MasterCard ou Visa.
L’intérêt pour l’usager est évident : une seule carte suffit pour payer partout, près de chez soi comme à l’autre bout du monde, et ce quelle que soit la banque du commerçant.

Les cartes MCO gagnent du terrain

Ces derniers temps, les cartes MCO ont pourtant tendance à gagner du terrain. Plusieurs acteurs lancent, ou ont lancé, ce type de carte « non cobadgée » sur le marché français. Parmi les plus connus, citons des néobanques comme Compte Nickel ou N26, mais aussi une banque installée, ING Direct, qui renouvelle actuellement l’intégralité de son parc pour des cartes MCO.
Pourquoi ces acteurs choisissent-ils de se passer de CB ? Sans doute d’abord parce que ça ne porte pas beaucoup à conséquence pour leurs clients. Le GIE Carte Bancaire assure en effet aux cartes non cobadgées un accès au réseau interbancaire français de paiement par carte, moyennant le paiement d’une commission supplémentaire. Une pratique qui « pose la question d'une éventuelle entrave à la concurrence », s'interroge un spécialiste.
Pour des questions d’agilité et de coût ensuite. « Pour notre lancement, la solution MasterCard Only nous est apparue comme plus rapide et moins coûteuse à déployer », témoigne Arnaud Giraudon, directeur général du Compte Nickel, plus de 700 000 clients revendiqués en France. Un choix qui est plus généralement celui des néobanques françaises (C-zam, Morning, Lydia, etc.).
Ce qui pose la question de la capacité de CB à répondre aux besoins de ces fintechs. « Ces start-ups ne viennent pas toujours spontanément nous voir », reconnaît Loÿs Moulin, directeur du développement de CB. « Nous devons les convaincre que pour la sécurité, la lutte contre la fraude, les coûts, ils ont tout intérêt à travailler avec le système interbancaire CB en France. »

Penser à l’échelle européenne

Mais le choix de se passer de CB peut être également une question d’échelle. C’est le cas pour ING Direct. La filiale française de la banque néerlandaise, qui distribue des cartes dans l’Hexagone depuis 2009, a bien été membre de CB. Pour sa carte en cours de déploiement en France, elle a toutefois choisi l’option MCO. Et pour cause : il s’agit d’un produit conçu nativement pour l’international, dont le développement a été piloté depuis la Pologne et qui a vocation à être distribué sur plusieurs marchés européens. Dans ce cadre, y apposer le logo CB n’avait pas de sens.
La problématique est d’ailleurs la même pour N26 ou Revolut, deux néobanques qui proposent la même carte, que ce soit en France ou dans de nombreux pays européens. Avec ces nouveaux acteurs, le marché des paiements - et même de la banque en général - est donc en train de changer d’échelle.

Fluidifier le marché

Cette explosion du cadre national ne doit rien au hasard. C’est le produit de deux phénomènes conjoints : le premier technologique - l’entrée de la banque dans la nouvelle économie numérique, pour faire court -, le second réglementaire : la volonté des institutions européennes de fluidifier le marché de la banque, d’y encourager la concurrence afin de stimuler l’innovation et de faire baisser les prix.
Résultat : CB a perdu depuis 2016, et l’entrée en vigueur d’un règlement européen (1), son monopole sur le traitement des paiements par carte effectués dans les points de vente physiques en France. Parmi les mesures contenues dans ce règlement figure en effet la possibilité pour les consommateurs de choisir, y compris en magasin, le réseau qui traitera leur paiement.

Au choix du consommateur

Lorsque vous achetez en ligne, l'e-commerçant vous demande de choisir entre CB, Visa, MasterCard, voire American Express. Ici, ce n'est pas la marque de votre carte bancaire qui est demandée, mais bien le réseau qui traitera le paiement et sera rétribué pour cela.
Les consommateurs peuvent faire de même dans les points de vente physiques. Dans les faits pourtant, c’est le plus souvent le commerçant qui a présélectionné un réseau. Pour en changer, le consommateur peut théoriquement en faire la demande au moment du règlement.

CB fragilisé ?

Conséquence de ce règlement : CB se retrouve désormais en concurrence beaucoup plus frontale avec MasterCard et Visa. Et ces derniers sont logiquement tentés d’en profiter.
Le réseau domestique français dispose d’arguments. Sa proximité historique avec les banques bien sûr. Et ses coûts, généralement inférieurs à ceux des grands réseaux internationaux. Ces derniers sont en effet des opérateurs privés qui ont des actionnaires à satisfaire et des coûts marketing à assumer. Pas le GIE CB, de part sa structure juridique et son absence de communication de marque.
MasterCard - qui n’a pas donné suite à nos sollicitations - dispose toutefois d’une force de frappe commerciale sans commune mesure avec celle de CB, et n’hésite pas à s’en servir. « MasterCard est capable de faire des efforts sur ses tarifs pour éviter que des clients MCO passent cobadgés », souligne ainsi un spécialiste de la monétique. Une bonne nouvelle à court terme pour ceux qui peuvent profiter de cette concurrence entre les réseaux.
Mais qu’en sera-t-il à plus long terme ? « Les banques ont intérêt à maintenir grâce à CB une concurrence active face aux deux schèmes américains, qui risqueraient d'imposer leurs tarifs en cas de duopole », s’inquiète ainsi un banquier de la place. Les consommateurs aussi, qui paieraient au final l'addition.

Une première carte Visa Only chez Orange Bank

Si les cartes MasterCard Only ont tendance à se multiplier, Visa reste de son côté plutôt en retrait sur le sujet. La conséquence, sans doute, du passage sous pavillon américain de Visa Europe, racheté en juin 2016 par Visa Inc., et des réorganisations qui s’en sont suivies. Une première carte Visa Only vient toutefois d’apparaître sur le marché français, chez Orange Bank.
(1) Le Règlement relatif aux commissions d’interchange pour les opérations de paiement liées à une carte, adopté par le Parlement européen en 2015, est entrée en vigueur en deux vagues, en décembre 2015 et en juin 2016.









O) Emploi fictif d’Anne Hidalgo : nouvelles accusations du Canard Enchaîné

L’étau se resserre autour de la maire de Paris. Dans son édition de mercredi, le Canard Enchaîné vient étayer nos révélations du 25 octobre sur l’emploi (non) occupé d’Anne Hidalgo entre 2000 et 2002, de nouvelles preuves à l’appui.

La maire de Paris finira-t-elle comme François Fillon ? D’après les calculs du Canard Enchaîné en kiosque demain, Anne Hidalgo a perçu indûment 116.000 euros entre 2001 et 2002. Ce n’est certes pas autant que les 900.000 euros qu’avait empochés l’épouse de l’ancien candidat des Républicains dans des conditions suspectes. Mais ces nouvelles accusations viennent sérieusement alourdir le dossier de l’emploi fictif de la maire de Paris, que nous avons ouvert par nos révélations de fin octobre.
Pour rappel, Capital a dévoilé, bulletins de paye à l’appui, qu’Anne Hidalgo avait perçu un salaire mensuel de 3.040 euros (+ 1.000 à 2.000 euros de primes) de la part du ministère du travail jusqu’en janvier 2003, alors qu’elle était devenue en mars 2001 première adjointe au maire de Paris, Bertrand Delanoë, et pour cela rémunérée 5.575 euros puis 6.424 euros par mois. Problème : son job d’élue à temps plein ne lui laissait pas le temps d’assumer une activité annexe. Plusieurs de nos sources ont confirmé que l’emploi d’Hidalgo était imaginaire. 
Dans le détail, Anne Hidalgo, inspectrice du travail en chef de son état, était détachée par le Ministère du Travail depuis novembre 2000 au cabinet de Marylise Lebranchu, ministre de la Justice du gouvernement Jospin. Très vite, comme nous l’avons raconté, elle s’est surtout consacrée à la campagne municipale de Bertrand Delanoë. Le Canard de ce mercredi révèle qu’elle a pourtant touché durant cette période deux primes de cabinet - pour un montant total de 3.500 euros par mois - en plus de sa rémunération du ministère du travail, alors qu’elle n’effectuait selon nos confrères, qu’une “partie minime de cette fonction”.
Les choses s’aggravent à partir de mars 2001. Devenue première adjointe de la maire de Paris, Anne Hidalgo demande “à ne plus travailler qu’à mi-temps” au cabinet Lebranchu, selon le palmipède. Puis même à quart temps à partir du 1er juillet 2001. Par ces demandes, elle admet ainsi que ses multiples fonctions sont incompatibles et voit du coup ses primes de cabinet tomber à 800 euros par mois. Sauf que son salaire proprement dit, lui, demeure inchangé, à 3.040 euros par mois. En somme, Anne Hidalgo qui, de son propre aveu, travaillait à quart de temps (et en réalité pas du tout), continuait de se faire payer à plein temps. 



La situation perdure jusqu’en avril 2002. Lionel Jospin battu à la présidentielle, le cabinet de Marylise Lebranchu disparaît et les primes d’Anne Hidalgo avec. Dans un premier temps, la première adjointe demande à réintégrer le ministère du travail un jour par semaine avant de changer d’avis le 21 août estimant que “de nouvelles missions liées à [son] mandat d’élue [l’] empêchent d’assumer une activité professionnelle, même à temps partiel”, indique le Canard. Finalement, comme nous l’avions expliqué, ce n’est que le 7 janvier 2003, avec effet rétroactif à partir de juin 2002, qu’elle est placée en détachement auprès de la Mairie de Paris et cesse donc d’être payée par le ministère du Travail.
A l’appui de ces nouvelles révélations du Canard Enchaîné, deux questions se posent : pourquoi Anne Hidalgo a-t-elle attendu août 2002 pour réclamer un détachement qu’elle aurait dû exiger dès l’automne 2000, ou au moins en mars 2001 ? Et ne devrait-elle pas désormais rembourser les rémunérations perçues jusqu’en juin 2002 ?

A lire aussi : Emploi fictif d’Anne Hidalgo : la réponse incohérente de la mairie de Paris
Source




P) Comment l'État peut réaliser 50 milliards d'économies tout de suite

Chère amie, Cher ami,

Savez-vous que vous pourriez payer 1 333 euros d’impôts en moins l’année prochaine ?

Non, vous ne rêvez pas !

Si dans les jours qui viennent, l’ensemble des députés croule sous les pétitions de Contribuables Associés, c’est possible…

En collaboration avec l’économiste Philippe Herlin, Contribuables Associés vient de publier sa nouvelle étude :
« 50 milliards d’économies sur le budget 2018, c’est possible ! »

Nous avons méthodiquement analysé les principaux postes de dépenses de l’Etat.
Notre étude identifie les coupes budgétaires réalisables dès 2018, sans déstabiliser l’économie, sans accroître la pauvreté ni rogner sur les fonctions régaliennes.
Ces baisses de dépenses immédiates permettraient au nouveau gouvernement de se donner de réelles marges de manœuvre.

De plus, elles nous enverraient un signal fort à nous contribuables français qui sommes les plus taxés au monde !

Ces 50 milliards représentent 1 333 euros par foyer fiscal. C’est énorme !
Le plan de bataille que je vous propose est simple.

De mon côté, j’ai déjà personnellement envoyé l’étude à l’ensemble du gouvernement et aux députés…

De votre côté, je vous demande de signer votre pétition adressée à votre député en cliquant ici.

J’ai fait déposer notre étude dans le casier de chaque député à l’Assemblée. Elle est accompagnée d’un courrier et d’une demande de rendez-vous.

Notre demande est claire.
Tout mettre en œuvre pour que les parlementaires déposent un maximum d’amendements et qu’ils fassent preuve d’audace pour forcer le gouvernement à revoir son budget.
C’est ce signal fort qu’ils doivent envoyer à l’ensemble des Français.

Les vieux réflexes qui consistent à laisser filer la dépense publique doivent laisser la place à une nouvelle culture.

Parce que les économies du budget 2018 présenté aux parlementaires par le gouvernement viennent de passer de 20 à 16 milliards avec les premières manifestations !
On est loin du compte, bien loin de ce que demandent les contribuables !
C’est pourquoi vous devez agir de toute urgence. Signez vite votre pétition adressée à votre député.

Il y a 1 333 euros à la clé. Ils seront mieux dans votre poche que gaspillés par l’Etat.
Mais on risque d’en être loin !

C'est trop facile de faire des belles déclarations sur la maîtrise des dépenses publiques, la réduction du déficit, la baisse des impôts… alors que le projet de loi exprime le contraire.

Voilà le vrai programme du gouvernement : hausse de la CSG, baisse des retraites, taxes sur le PEL, ISF sur l’immobilier… Si nous n’agissons pas tout de suite, vous serez dépouillés.

Alors que la situation exige de grandes mesures d'urgence, le budget du gouvernement est loin d’être économe…

Pourtant je crois qu'il est encore temps d'obtenir des coupes sérieuses dans les dépenses et même des réductions d'impôts en signant votre pétition.
Si le gouvernement était courageux, il baisserait de 50 milliards les dépenses publiques dès cette année.

Avec votre aide je pense que c'est possible. De nombreux députés, et même quelques ministres, sont très sensibles aux combats de Contribuables Associés. Ne les lâchons pas !
Le temps presse. Il faut faire vite, très vite.

Les débats budgétaires sont en cours. C'est pourquoi je veux que les députés reçoivent des dizaines de milliers de pétitions, le plus tôt possible, pour amender au maximum le budget et qu’ils fassent à leur tour pression sur les ministres.
Dans l’étude, ils trouveront de réelles économies à faire, et dès maintenant !

Comme par exemple, sur les dépenses suivantes :

  •  Les aides personnalisées au logement (APL) : 15 milliards d’économies
  •  Les transferts de l’Etat aux collectivités : 7 milliards d’économies
  •  Les régimes spéciaux : 5 milliards d’économies

Mais aussi :
  •  Les aides à l’emploi : 3,5 milliards d’économies
  •  La politique de la ville : 3,1 milliards d’économies
  •  L’aide publique au développement : 3,1 milliards d’économies
  •  La politique de l’immigration : 2,3 milliards d’économies
  •  Les DOM-TOM : 2 milliards d’économies
  •  Le financement des associations : 1 milliard d’économies
  •  L’aide médicale d’état (AME) : 0,7 milliard d’économies

Et bien d’autres économies encore comme dans la culture et les médias, les aides aux entreprises, les commissions et comités inutiles…
Bref, vous l’aurez compris, tailler dans les dépenses publiques, c’est possible !
Mais pour cela, il faut enfin faire preuve de courage.

Aujourd'hui, pour des millions de Français, boucler le budget familial est devenu le principal souci quotidien. Imaginez ce que vous pourriez faire avec ces 1 333 euros…

Alors il est temps d’obtenir de réelles baisses des dépenses publiques pour voir baisser nos impôts.

De nombreux députés sont prêts à nous écouter. Un grand nombre est issu de la société civile et s’est présenté pour « changer les choses et mettre fin aux pratiques anciennes ».

Alors, à nous de montrer notre détermination. Maintenant !
Sinon, le budget du gouvernement nous enfoncera un peu plus dans la gabegie, le chômage et les fins de mois difficiles.

Donc, à nous de faire pression !

Grâce à la mobilisation des membres de Contribuables Associés, les mentalités ont déjà radicalement changé. Alors accentuons le combat pour que viennent les coupes budgétaires et les baisses d’impôts.

Ne rien faire, c'est accepter que les politiciens gaspillent notre argent !

Vous, moi, et tous les membres de Contribuables Associés devons convaincre un maximum de députés pour faire plier le gouvernement.

On veut de véritables coupes sombres dans les dépenses publiques inutiles.
Et pas de nouvelles augmentations d’impôts !

Nous ne pouvons pas nous taire sous prétexte que le gouvernement ne propose que 16 milliards d’économies alors qu’il en faut 50 !

C’est pour ça qu’il est indispensable de diffuser au maximum notre campagne. Transférez ce message à l'ensemble de vos amis.

Il faut que, de la France entière, cette pétition soit signée. Les contribuables n'en peuvent plus.
 

J’espère pouvoir compter sur vous.
Amicalement,

 
 
Q) La technique Overton, ou comment transformer l’opinion publique
Comment les politiques et les journalistes manipulent-ils l'opinion publique ? Nous sommes souvent sceptiques envers les idées politiques nées dans les bureaux des différents groupes de réflexion. Mais ces technologies sont un jeu d'enfant par rapport à la méthode appelée à faire accepter par la société même ce qui était auparavant absolument inacceptable et inconcevable.
Il s'agit du modèle d'ingénierie sociale baptisé Fenêtre Overton (The Overton Window). Le modèle a été développé dans les années 1990 par Joseph P. Overton (1960-2003), ancien vice-président du centre analytique américain Mackinac Center for Public Policy. Selon sa théorie, une fenêtre est l’intervalle d’idées qui peuvent être acceptées par la société à un moment donné et qui sont exprimées ouvertement pas les politiques sans être considérés comme des extrémistes.
Les idées évoluent selon les stades suivants :

1/ inconcevables (inacceptable, défendu);
2/ radicales (défendu mais avec des réserves);
3/ acceptables;
4/ utiles (raisonnable, rationnel);
5/ populaires (socialement acceptable);
6/ légalisation (dans la politique d'Etat).

L'utilisation de la fenêtre Overton est à la base de la technologie de manipulation de la conscience publique en vue de faire accepter par la société des idées qui lui étaient précédemment étrangères telles que la levée des tabous. L'essence de la technologie réside dans le fait que le changement d'opinion recherché se divise en plusieurs pas dont chacun déplace la perception à un stade nouveau et la norme universellement admise à son extrême limite. Cela provoque un déplacement de la fenêtre même, de sorte que la situation obtenue se retrouve de nouveau en son centre, ce qui permet de faire un pas suivant à l'intérieur de la fenêtre.
Les groupes de réflexion produisent et diffusent des opinions à l'extérieur de la Fenêtre Overton en vue de rendre la société plus perceptible envers diverses idées et vis-à-vis de d’une politique. Quand un groupe de réflexion veut imposer une idée considérée comme inacceptable par l'opinion publique, il utilise par étapes la Fenêtre.
Pour montrer comment l'opinion publique peut être modifiée graduellement, prenons l'exemple du mariage homosexuel. Dans le système de la Fenêtre Overton, l'idée du mariage homosexuel restait pendant de longues années dans la zone défendue : la société ne pouvait pas accepter l'idée d'un mariage entre des personnes du même sexe. Pourtant les médias ne cessaient d'exercer un impact sur l'opinion publique en soutenant les minorités sexuelles. Peu à peu, le mariage pour tous est devenu défendu mais avec des réserves, ensuite acceptable et, enfin, rationnel. A l'heure actuelle, il est « socialement acceptable » et bientôt, il sera évidemment complètement légalisé.
Le fonctionnement de la Fenêtre Overton est assuré par une multitude de spécialistes de la manipulation de l'opinion publique : consultants politiques, chercheurs, journalistes, conseillers en communications, célébrités, instituteurs. Quoi qu’on en pense, les thèmes comme le mariage homosexuel ou l'euthanasie ne nous semblent plus étranges. Ils ont subi l'ensemble du processus « technologique » de transformation, depuis le stade d'inconcevable jusqu'à celui de légalisation.
Dans son blog vidéo Besogon.TV (Exorciste.TV), le réalisateur russe Nikita Mikhalkov expose le schéma de ce processus à l'exemple du cannibalisme qui est jusqu'à présent un phénomène inconcevable pour la société. Le déplacement de la Fenêtre Overton vers un changement d'attitude envers le cannibalisme peut passer par les stades suivants :
Stade 0 : c'est l'état actuel où le problème est inacceptable, n'est pas discuté dans la presse et n'est pas admis par les gens.

Stade 1 : le thème évolue de « tout à fait inacceptable » vers « défendu mais avec des réserves ». Il est affirmé qu'il ne doit avoir aucun tabou, le thème commence à être discuté lors de petites conférences pendant lesquelles des chercheurs renommés font des déclarations sous forme de débats « scientifiques ». Parallèlement à ces débats pseudo-scientifiques, une Société des cannibales radicaux est créée, dont les déclarations sont parfois citées dans les médias. Le sujet cesse d'être tabou et est introduit dans l'espace médiatique. En résultat, le sujet inacceptable est mis en circulation, le tabou est désacralisé, le problème ne suscite plus la même réaction, ses différents degrés apparaissent.

Stade 2 : le thème du cannibalisme passe du stade de radical (défendu, mais avec des réserves) au stade d'acceptable. Des chercheurs continuent d'être cités et des termes élégants sont créés : il n'y a plus de cannibalisme, mais il y a, disons, l'anthropophilie et ses dérivés : anthropophiles, par exemple. L'objectif est de déconnecter la forme du mot de son contenu dans la conscience sociale. Dans le même temps, un précédent historique est créé (réel ou inventé) en vue d'enlever à l'anthropophilie son illégalité, au moins à un moment historique donné.

Stade 3 : la Fenêtre Overton se déplace ; en transférant le thème du domaine de l'acceptable à celui du raisonnable/rationnel, ce qui est argumenté par la « nécessité biologique ». Il est affirmé que le désir de manger de la chair humaine est génétiquement prédéterminé. En plus, en cas de famine (« circonstance insurmontable ») l'homme doit avoir le droit de faire un choix. Il ne faut pas cacher l'information selon laquelle chacun peut choisir entre l'anthropophilie et l'anthropophobie.

Stade 4 : de l'utile au populaire (socialement acceptable). Le débat est mené non seulement à l'exemple des personnages historiques ou mythiques, mais aussi à l'exemple des personnages médiatiques réels. L'anthropophilie commence à être largement discutée dans les programmes d'information, dans des débats télévisés, dans les films, la musique populaire et dans les clips. Pour populariser le thème, on cite souvent en exemple une célébrité disant qu'elle est un anthropophile.

Stade 5 : du socialement acceptable à la légalisation. Le sujet est lancé dans le top des actualités, est reproduit automatiquement dans les médias, dans le show-biz et reçoit une importance politique. A cette étape, « l'humanisation » des adeptes du cannibalisme est utilisée pour justifier la légalisation. Comme quoi, ils sont les victimes d'une mauvaise éducation, et pouvons-nous les juger ?

Stade 6: du thème populaire, le cannibalisme passe dans le domaine de la légalisation dans la politique d'Etat. Une base législative est créée, des lobbies apparaissent, des études sociologiques sont publiées en faveur des partisans de la légalisation du cannibalisme. Un dogme nouveau voit le jour : « il ne faut pas interdire l'anthropophilie ». La loi est adoptée, le sujet pénètre dans les écoles et les jardins d'enfants et la génération nouvelle ne sait pas comment on a pu penser autrement.

Certes, cet exemple cité par Nikita Mikhalkov est hypothétique. Cependant de nombreuses idées contemporaines semblaient être absolument inconcevables il y a plusieurs dizaines d'années, pour devenir complètement acceptables par la loi et aux yeux de la société. Ne croyez-vous pas que leur évolution a suivi le scénario ci-dessus ?
Source









Aucun commentaire: