mai 06, 2018

#33 Diverses informations politico-socio/économique en Macronie

Ce site n'est plus sur FB (blacklisté sans motif), alors n'hésitez pas à le diffuser au sein de différents groupes ( notamment ou j'en étais l'administrateur), comme sur vos propres murs respectifs. 
D'avance merci. 

L'Université Liberté, un site de réflexions, analyses et de débats avant tout, je m'engage a aucun jugement, bonne lecture. Je vous convie à lire ce nouveau message. Des commentaires seraient souhaitables, notamment sur les posts référencés: à débattre, réflexions...

Merci de vos lectures, et de vos analyses. Librement vôtre - Faisons ensemble la liberté, la Liberté fera le reste. 
Al, 

PS: N'hésitez pas à m'envoyer vos articles (voir être administrateur du site) afin d'être lu par environ 3000 lecteurs jour sur l'Université Liberté (genestine.alain@orange.fr). Il est dommageable d'effectuer des recherches comme des CC. 
Merci


Sommaire

A) Rapport Borloo, "une erreur de diagnostic" -

B) Interview d’Ayn Rand pour Playboy - Alvin Toffler -

C) «Si Jean-Luc Mélenchon avait le pouvoir, la France serait la Corée du Nord», assure Malek Boutih - RT France

D) "L'Etat n'est pas là pour éponger les dettes" d'Air France, sermonne Bruno Le Maire - franceinfo avec AFP

E) Cannabis : Pourquoi et comment légaliser. - Francis CABALLERO, Amine BENYAMINA - Generation libre

F) Sonia Mabrouk : “La civilisation survivra si les valeurs chrétiennes sont défendues” - Charlotte d'Ornellas, Geoffroy Lejeune  - Valeurs Actuelles

G) Ces « petits riens » de l’islamisme « soft » qui s’infiltrent dans notre quotidien, Témoignage d'un musulman de Suisse excédé - Mohamed Hamdaoui - Causeur




A) Rapport Borloo, "une erreur de diagnostic"

L'ancien élu PS et président de SOS-Racisme appelle à "rétablir l'ordre républicain", avant l'adoption de toute mesure.

"L'heure n'est plus aux rapports d'experts, l'heure est à l'action". Les premières lignes du rapport sur les banlieues de Jean-Louis Borloo, remis ce matin au Premier ministre Edouard Philippe, annoncent 19 "programmes" pour réparer et redynamiser les quartiers oubliés de la République. Sans convaincre pour autant Malek Boutih, ancien député PS de l'Essonne, ex-président de SOS-Racisme et récent auteur lui-même d'un rapport sur la radicalisation de la jeunesse. 

Dix-neuf programmes pour l'éducation, l'emploi, les transports, la sécurité... Après lecture du rapport, diriez-vous que les quartiers ont enfin des raisons d'espérer ?  
Ce rapport porte la marque de l'ingéniosité et de l'esprit de Jean-Louis Borloo, mais il est voué, comme tout ce qui a été entrepris précédemment, à un échec profond. Parce qu'il est basé sur une erreur d'analyse fondamentale, qui consiste à penser que la banlieue dysfonctionne sur l'encadrement, le social, l'économie, alors que dans ces territoires, c'est la République qui est en train de s'effondrer. Le temps passant, l'accumulation des erreurs politiques a changé la nature de certains territoires où règne désormais le désordre social. Ce sont des territoires en marge de la République. 

Ces quartiers "en marge" doivent-ils bénéficier d'un traitement différent des autres territoires, ce qui semble être la philosophie profonde du plan Borloo ?  
Le rapport préconise une sorte de "Make banlieue great again". Mais ce temps est révolu. Soit la banlieue rejoint la France, soit la fracture qui est déjà terrible va continuer à s'aggraver. La banlieue est vue dans ce texte comme une start-up potentielle pour la France. Il s'agirait plutôt de renouer avec une tradition très ancrée : celle d'une République garante du traitement égalitaire de tous les citoyens, pas seulement les plus géniaux ou les plus excentriques. Nous devons normaliser ces quartiers. Oui, il peut y avoir des réalités sociales différentes, mais pas de "pays" dans le pays. 

Quitte à renoncer à toute discrimination "positive", comme la création de cette "académie des leaders" qui serait réservée, dans un premier temps, aux jeunes des quartiers ciblés ?  
L'objectif, c'est d'envoyer ces jeunes à l'ENA, pas dans la sous-ENA. Je préfère avoir cinq jeunes issus de ces quartiers à l'ENA plutôt que mille dans une sous-ENA. Parce que la lecture, en creux, c'est que l'on considère que la population et ces zones territoriales ne peuvent plus avoir une espérance dans ce pays. C'est de la charité politique, pas une politique républicaine.  

Qu'entendez-vous exactement par une "politique républicaine" ?  
Commencer par rétablir un ordre républicain social. Le "gangrénage" par la violence détruit tous les efforts de ceux qui continuent à se battre dans ces territoires. Prenons le cas de l'Education nationale : le rapport s'appuie sur des stéréotypes complètement faux. Certes, il s'agit de milieux populaires et pauvres, mais aujourd'hui, c'est la violence qui empêche les gosses de pouvoir étudier, et qui conduit les parents à les envoyer dans des écoles privées. Il y a une rupture de confiance totale. Les gens ne croient plus à l'Etat pour assurer la sécurité et l'avenir de leurs enfants. L'éducation, c'est un problème de décomposition sociale, mais aussi de violence. Il y a urgence à faire de toutes les écoles de la République des bastions de tranquillité, à l'abri des voyous et de tous ceux qui veulent faire du mal à la jeunesse. La police est donc une priorité, une condition sine qua non au lancement de tout processus. Le rapport n'en parle pas beaucoup, car il a été pensé à côté de la société. Une fois que l'ordre républicain est rétabli, vous pouvez engager des mesures. Ca doit être l'objectif prioritaire. Un objectif simple, mais qui paraît aujourd'hui inatteignable. Et c'est cela qui est inquiétant.

Pour vous, ces 48 milliards d'euros promis par le rapport ne serviront donc à rien ? 
Ce rapport est une boîte à idées, plus ou moins neuves. Avec quelques gadgets dans l'air du temps comme le développement du numérique. Le dispositif va finir comme une petite poire financière, pour étancher la soif pour les villes en difficulté et répondre aux cris d'alarme des élus, comme Stéphane Gatignon. On tend un filet pour retenir ces zones sous contrôle. Au final, il restera une petite enveloppe de 500 millions d'euros par an. Il y aura trois ou quatre expériences pilotes, du grain à moudre pour les éditorialistes, mais la décomposition, elle, va suivre son cours. 


Source




B) Interview d’Ayn Rand pour Playboy

Ci-dessous, une longue interview d’Ayn Rand donnée au magazine Playboy, en mars 1964, que le site officiel du magazine a remis en ligne en 2015, traduite par mes soins. Aux ignorants qui pensent que Playboy est un « simple » magazine de fesses, sachez que l’édition américaine de cette revue est également célèbre pour ses grandes interviews des personnalités les plus marquantes de leur époque (Martin Luther King, Vladimir Nabokov, Jean-Paul Sartre, Stanley Kubrick, Bertrand Russell, Miles Davis, Franck Sinatra, Salvador Dali, etc, etc.) L’interview était conduite par le futurologue Alvin Toffler (1928-2016).
Avertissement : Cette interview contient quelques spoilers de certains romans d’Ayn Rand tel que La Grève !

Miss Rand, vos romans et vos essais, en particulier votre best-seller controversé La Grève, présentent une vision du monde soigneusement conçue et qui a une cohérence interne. Ils sont, en effet, l’expression d’un système philosophique qui englobe tout. Que cherchez-vous à accomplir avec cette nouvelle philosophie ?
Je cherche à fournir aux hommes — ou à ceux qui se soucient de penser — une vision intégrée, cohérente et rationnelle de la vie.

Quelles sont les prémisses fondamentales de l’Objectivisme ? Où cela commence-t-il ?
Cela commence par l’axiome : l’existence existe, ce qui signifie qu’une réalité objective existe indépendamment de tout observateur ou de ses émotions, ses sentiments, ses souhaits, ses espoirs ou ses peurs. L’Objectivisme soutient que la raison est pour l’homme le seul moyen de percevoir la réalité et son seul guide d’action. Par « raison », j’entend la faculté humaine qui identifie et intègre le matériel fourni par ses sens.

Dans La Grève, votre héros, John Galt, déclare : « Je jure, sur ma vie et l’amour que j’ai pour elle, de ne jamais vivre pour les autres, ni demander aux autres de vivre pour moi. » Comment est-ce lié à vos principes fondamentaux ?
La déclaration de Galt est une somme dramatisée de l’éthique Objectiviste. Tout système éthique, implicitement ou explicitement, est basé sur et dérivé d’une métaphysique. L’éthique qui dérive de la base métaphysique de l’Objectivisme soutient que, puisque la raison est l’outil de survie fondamental de l’homme, la rationalité est sa plus haute vertu. Utiliser son esprit, percevoir la réalité et agir en conséquence, est l’impératif moral de l’homme. La norme des valeurs de l’éthique Objectiviste est : la vie de l’homme — la survie de l’homme en tant qu’homme — ou celle que la nature d’un être rationnel exige pour sa propre survie. L’éthique Objectiviste, en essence, soutient que l’homme existe pour lui-même, que la poursuite de son propre bonheur est son but moral le plus élevé, qu’il ne doit pas se sacrifier aux autres, ni sacrifier les autres à lui-même. C’est ce dernier point que la déclaration de Galt résume.

Quel genre de morale en découle, en termes de comportement de l’individu ?
Ceci est présenté en détail dans La Grève.

L’héroïne de La Grève était, selon vos mots, « complètement incapable de ressentir un sentiment de culpabilité fondamentale ». Un système de moralité est-il possible sans culpabilité ?
Le mot important dans la déclaration que vous avez citée est « fondamentale ». La culpabilité fondamentale ne signifie pas la capacité de juger ses propres actions et de regretter une mauvaise action si on en commet une. La culpabilité fondamentale signifie que l’homme est méchant et coupable par nature.

Vous voulez dire le péché originel ?
Exactement. C’est le concept du péché originel que mon héroïne, ou moi, ou tout Objectiviste, est incapable d’accepter ou même d’éprouver émotionnellement. C’est le concept du péché originel qui nie la moralité. Si l’homme est coupable par nature, il n’a pas le choix à cet égard. S’il n’a pas le choix, la question n’appartient pas au domaine de la morale. La morale n’appartient qu’à la sphère du libre arbitre de l’homme — uniquement aux actions où il a le choix. Considérer l’homme comme coupable par nature est une contradiction dans les termes. Mon héroïne serait capable de ressentir la culpabilité d’une action spécifique. Seulement, étant une femme de haute stature morale et d’estime d’elle-même, elle veillerait à ne jamais acquérir de culpabilité par ses actions. Elle agirait d’une manière totalement morale et, par conséquent, n’accepterait pas une culpabilité imméritée.

Dans La Grève, on demande à l’un de vos principaux personnages : « Quel est le type d’être humain le plus dépravé ? » Sa réponse est surprenante : il ne dit pas un sadique ou un meurtrier ou un maniaque sexuel ou un dictateur ; il dit: « L’homme sans but. » Pourtant, la plupart des gens semblent traverser leur vie sans but clairement défini. Les considérez-vous comme dépravés ?
Oui, dans une certaine mesure.

Pourquoi?
Parce que cet aspect de leur caractère est à la racine et cause tous les maux que vous avez mentionnés dans votre question. Le sadisme, la dictature, toute forme de malfaisance est la conséquence de l’évasion de la réalité par l’homme. Une conséquence de son échec à penser. L’homme sans but est un homme qui dérive à la merci de sentiments aléatoires ou de pulsions non identifiées et qui est capable de n’importe quelle malfaisance, parce qu’il est totalement hors de contrôle de sa propre vie. Pour être en contrôle de votre vie, vous devez avoir un but — un but productif.

Hitler et Staline, pour nommer deux tyrans, ne contrôlaient-ils pas leur propre vie et n’avaient-ils pas un but précis ?
Certainement pas. Remarquez que les deux ont finis littéralement psychotiques. C’étaient des hommes qui manquaient d’estime d’eux-même et, par conséquent, détestaient toute existence. Leur psychologie, en fait, est résumée dans La Grève par le personnage de James Taggart. L’homme qui n’a aucun but, mais qui doit agir, agit pour détruire les autres. Ce n’est pas la même chose qu’un but productif ou créatif.

Si une personne organise sa vie autour d’un but unique, bien défini, n’est-il pas en danger de devenir extrêmement restreint dans ses horizons ?
Bien au contraire. Un but central sert à intégrer toutes les autres préoccupations de la vie d’un homme. Ce but établit la hiérarchie, l’importance relative de ses valeurs, il le sauve des conflits intérieurs inutiles, il lui permet de profiter de la vie à une grande échelle et de porter ce plaisir dans n’importe quel domaine ouvert à son esprit ; alors qu’un homme sans but est perdu dans le chaos. Il ne sait pas quelles sont ses valeurs. Il ne sait pas juger. Il ne peut pas dire ce qui est ou n’est pas important pour lui, et, par conséquent, il dérive impuissant à la merci de n’importe quel stimulus au hasard ou n’importe quel caprice du moment. Il ne peut jouir de rien. Il passe sa vie à chercher des valeurs qu’il ne trouvera jamais.

Ne pourrait-on pas voir dans la tentative d’exclure le caprice de la vie, d’agir de manière totalement rationnelle, comme une sorte d’existence sans saveur et sans joie ?
Sincèrement, je dois dire que je ne sais pas de quoi vous parlez. Définissons nos termes. La raison est l’outil de connaissance humain, la faculté qui permet à l’homme de percevoir les faits de la réalité. Agir rationnellement, c’est agir en accord avec les faits de la réalité. Les émotions ne sont pas des outils cognitifs. Ce que vous ressentez ne vous dit rien sur les faits ; cela vous dit simplement quelque chose à propos de votre estimation des faits. Les émotions sont le résultat de vos jugements de valeur ; elles sont causées par vos prémisses fondamentales, que vous pouvez tenir consciemment ou inconsciemment, qui peuvent être bonnes ou mauvaises. Un caprice est une émotion dont vous ne connaissez ni ne voulez découvrir la cause. Donc que signifie, agir par caprice ? Cela signifie qu’un homme agit comme un zombie, sans aucune connaissance de ce avec quoi il traite, de ce qu’il veut accomplir, ou de ce qui le motive. Cela signifie qu’un homme agit dans un état de démence temporaire. Est-ce ce que vous appelez savoureux ou coloré ? Je pense que la seule saveur qui peut résulter d’une telle situation est celle du sang. Agir contre les faits de la réalité ne peut aboutir qu’à la destruction.

Faut-il ignorer complètement les émotions, les exclure entièrement de la vie ?
Bien sûr que non. Il faut simplement les garder à leur place. Une émotion est une réponse automatique, un effet automatique des prémisses de l’homme. Un effet, pas une cause. Il n’y a pas de conflit nécessaire, pas de dichotomie entre la raison et les émotions de l’homme — pourvu qu’il respecte leur relation appropriée. Un homme rationnel connaît — ou tente de découvrir — la source de ses émotions, les prémisses fondamentale dont elles proviennent ; si ses prémisses sont fausses, il les corrige. Il n’agit jamais d’après des émotions sur lesquelles il ne peut compter, dont il ne comprend pas le sens. En évaluant une situation, il sait pourquoi il réagit ainsi et s’il a raison. Il n’a pas de conflits intérieurs, son esprit et ses émotions sont intégrés, sa conscience est en parfaite harmonie. Ses émotions ne sont pas ses ennemis ; elles sont ses moyens de profiter de la vie. Mais elles ne sont pas son guide ; le guide est son esprit. La relation ne peut pas être inversée. Si un homme prend ses émotions comme cause et son esprit comme leur effet passif, s’il est guidé par ses émotions et n’utilise son esprit que pour les rationaliser ou les justifier d’une façon ou d’une autre — alors il agit immoralement, il se condamne à la misère, à l’échec, à la défaite, et il n’obtiendra que la destruction — la sienne et celle des autres.

Selon votre philosophie, le travail et l’accomplissement sont les objectifs les plus élevés de la vie. Considérez-vous comme immoraux ceux qui se réalisent plutôt dans la chaleur des liens amicaux et familiaux ?
S’ils placent des choses telles que l’amitié et les liens familiaux au-dessus de leur propre travail productif, oui, alors ils sont immoraux. L’amitié, la vie de famille et les relations humaines ne sont pas primordiales dans la vie d’un homme. Un homme qui place les autres en premier, au-dessus de son propre travail créatif, est un parasite émotionnel ; alors que s’il place son travail en premier, il n’y a pas de conflit entre son travail et sa jouissance des relations humaines.

Croyez-vous que les femmes aussi bien que les hommes devraient organiser leur vie autour du travail — et si oui, quel genre de travail ?
Bien sûr. Je crois que les femmes sont des êtres humains. Ce qui est approprié à un homme est approprié à une femme. Les principes fondamentaux sont les mêmes. Je n’essayerai pas de prescrire le genre de travail qu’un homme devrait faire, et je n’essayerai pas en ce qui concerne les femmes. Il n’y a pas de travail particulier, spécifiquement féminin. Les femmes peuvent choisir leur travail en fonction de leurs propres buts et prémisses de la même manière que les hommes.

Selon vous, une femme est-elle immorale si elle choisit de se consacrer au foyer et à la famille plutôt que de faire carrière ?
Pas immorale — je dirais qu’elle n’est pas pratique, parce qu’une maison ne peut pas être une occupation à temps plein, sauf quand ses enfants sont jeunes. Toutefois, si elle veut une famille et veut en faire sa carrière, au moins pendant un temps, ce serait légitime — si elle l’approche en tant que carrière, c’est-à-dire si elle étudie le sujet, si elle définit les règles et les principes par lesquels elle veut élever ses enfants, si elle approche sa tâche d’une manière intellectuelle. C’est une tâche très responsable et très importante, mais seulement lorsqu’elle est considérée comme une science, et non comme une simple complaisance émotionnelle.

Où diriez-vous que l’amour romantique doit s’inscrire dans la vie d’une personne rationnelle dont la seule passion motrice est le travail ?
C’est sa plus grande récompense. Le seul homme capable d’éprouver un amour romantique profond est l’homme conduit par la passion pour son travail — parce que l’amour est une expression de l’estime de soi, des valeurs les plus profondes dans le caractère d’un homme ou d’une femme. On tombe amoureux de la personne qui partage ces valeurs. Si un homme n’a pas de valeurs clairement définies et aucun caractère moral, il n’est pas capable d’apprécier une autre personne. À cet égard, je voudrais citer La Source Vive, dans lequel le héros énonce une phrase souvent citée par les lecteurs : « Pour dire ‘Je t’aime’, il faut d’abord savoir dire ‘Je’ ».

Vous soutenez que notre propre bonheur est notre fin la plus élevé, et que le sacrifice de soi est immoral. Ceci s’applique t-il aussi bien à l’amour qu’au travail ?
Encore plus à l’amour qu’à tout le reste. Lorsque vous êtes amoureux, cela signifie que la personne que vous aimez a une grande importance personnelle et égoïste pour vous et pour votre vie. Si vous êtes altruiste, cela signifie que vous ne tirez aucun plaisir ou bonheur personnel de la compagnie et de l’existence de la personne que vous aimez, et que vous êtes uniquement motivé par une pitié sacrificielle envers le besoin que cette personne a de vous. Je n’ai pas besoin de vous faire remarquer que personne ne serait flatté ou n’accepterait un concept de ce genre. L’amour n’est pas le sacrifice de soi, mais l’affirmation la plus profonde de vos besoins et valeurs propres. C’est pour votre propre bonheur que vous avez besoin de la personne que vous aimez, et c’est le plus grand compliment, le plus grand hommage que vous puissiez rendre à cette personne.

Vous avez dénoncé la notion puritaine d’après laquelle l’amour physique est répugnant ou mauvais ; pourtant, vous avez écrit que « Le désir sans discrimination et la luxure non sélective ne sont possibles que pour ceux qui voient le sexe et eux-mêmes comme mauvais ». Diriez-vous que la discrimination et l’indulgence sélective dans le sexe sont morales ? [Note du traducteur : Le mot indulgence, difficile à traduire dans ce contexte, désigne un plaisir pris à la légère.]
Je dirais qu’une vie sexuelle sélective et discriminatoire n’est pas une indulgence. Le terme indulgence implique qu’il s’agit d’une action prise à la légère et avec désinvolture. Je dis que le sexe est l’un des aspects les plus importants de la vie de l’homme et par conséquent, ne doit jamais être abordé à la légère ou de façon désinvolte. Une relation sexuelle n’est appropriée que sur la base des valeurs les plus élevées que l’on puisse trouver chez un être humain. Le sexe ne doit pas être autre chose qu’une réponse aux valeurs. Et c’est pourquoi je considère la promiscuité immorale. Pas parce que le sexe est mauvais, mais parce que le sexe est trop bon et trop important.

Cela signifie-t-il, d’après vous, que le sexe ne devrait concerner que des partenaires mariés ?
Pas nécessairement. Ce que le sexe doit impliquer est une relation très sérieuse. Que cette relation devienne ou non un mariage est une question qui dépend des circonstances et du contexte de la vie des deux personnes. Je considère le mariage comme une institution très importante, mais il est important de savoir quand et si deux personnes ont trouvé la personne avec laquelle elles souhaitent passer le reste de leur vie — une question à laquelle aucun homme ou femme ne peut avoir automatiquement une réponse certaine. Lorsqu’on est certain que le choix est définitif, alors le mariage est, bien sûr, une situation désirable. Mais cela ne signifie pas que toute relation fondée sur une certitude incomplète est inappropriée. Je pense que la question d’une liaison ou d’un mariage dépend de la connaissance et de la position des deux personnes impliquées et devrait leur être laissée. L’un ou l’autre est moral, à condition que les deux parties prennent la relation au sérieux et qu’elle soit basée sur des valeurs.

En tant que grand défenseur de la cause de l’intérêt personnel éclairé, que pensez-vous du fait de consacrer sa vie à l’autosatisfaction hédoniste ?
Je suis profondément opposée à la philosophie hédoniste. L’hédonisme est la doctrine qui soutient que le bien est ce qui vous donne du plaisir et, par conséquent, que le plaisir est la norme de la moralité. L’Objectivisme soutient que le bien doit être défini par une norme rationnelle de valeur, que le plaisir n’est pas une cause première, mais seulement une conséquence, que seul le plaisir qui résulte d’un jugement de valeur rationnel peut être considéré comme moral, que le plaisir en tant que tel n’est pas un guide d’action ni une norme morale. Dire que le plaisir devrait être la norme de la morale signifie simplement que quelles que soient les valeurs que vous avez choisies, consciemment ou inconsciemment, rationnellement ou irrationnellement, elles sont justes et morales. Cela signifie que vous devez être guidé par des sentiments, des émotions et des caprices hasardeux, et non par votre esprit. Ma philosophie est le contraire de l’hédonisme. Je considère que l’on ne peut pas atteindre le bonheur par des moyens aléatoires, arbitraires ou subjectifs. On ne peut atteindre le bonheur que sur la base de valeurs rationnelles. Par valeurs rationnelles, je ne veux pas dire tout ce qu’un homme peux déclarer arbitrairement ou aveuglément être rationnel. C’est au domaine de la morale, à la science de l’éthique, de définir pour les hommes ce qu’est une norme rationnelle et quelles sont les valeurs rationnelles à poursuivre.

Vous avez dit que le genre d’homme qui passe son temps à courir après les femmes est un homme qui « se méprise lui-même ». Pourriez-vous développer ?
Ce type d’homme inverse la cause et l’effet en ce qui concerne le sexe. Le sexe est une expression de l’estime de soi d’un homme, de sa propre valeur. Mais l’homme qui ne se valorise pas lui-même essaie d’inverser ce processus. Il essaie de faire découler son amour-propre de ses conquêtes sexuelles, ce qui n’est pas possible. Il ne peut acquérir sa valeur propre à partir du nombre de femmes qui le considèrent comme ayant de la valeur. C’est pourtant cette vaine chose qu’il tente.

Vous attaquez l’idée que le sexe est « imperméable à la raison ». Mais le sexe n’est-il pas un instinct biologique non rationnel ?
Non. Pour commencer, l’homme ne possède pas le moindre instinct. Physiquement, le sexe est simplement une capacité. Mais comment un homme exercera cette capacité et qui il trouvera attirant dépend de sa norme de valeur. Cela dépend de ses prémisses, qu’il peut tenir consciemment ou inconsciemment, et qui déterminent ses choix. C’est de cette manière que sa philosophie dirige sa vie sexuelle.

L’individu n’est-il pas doté de pulsions biologiques puissantes et non rationnelles?
Non. Un homme est équipé d’un certain type de mécanisme physique et de certains besoins, mais sans la moindre connaissance sur la façon de les satisfaire. Par exemple, l’homme a besoin de nourriture. Il a faim. Mais, à moins qu’il n’apprenne d’abord à identifier cette faim, puis à savoir qu’il a besoin de nourriture et comment l’obtenir, il mourra de faim. Le besoin, la faim, ne lui dira pas comment le satisfaire. L’homme naît avec certains besoins physiques et psychologiques, mais il ne peut ni les découvrir ni les satisfaire sans l’usage de son esprit. L’homme doit découvrir ce qui est bon ou mauvais pour lui en tant qu’être rationnel. Ses pulsions ne lui diront pas quoi faire.

Dans La Grève, vous avez écrit : « Face à une alternative, il y a deux solutions : l’une est correcte et l’autre fausse, mais le moyen terme est toujours mauvais. » N’est-ce pas un ensemble de valeurs plutôt noir et blanc ?
Certainement. Je défends avec insistance une vision du monde en noir et blanc. Définissons ceci. Qu’entend t-on par l’expression « noir et blanc » ? Cela veut dire le bien et le mal. Avant que vous puissiez identifier quelque chose comme gris, comme le moyen terme, vous devez savoir ce qui est noir et ce qui est blanc, parce que le gris est simplement un mélange des deux. Et lorsque vous avez établi qu’une alternative est bonne et que l’autre est mauvaise, il n’y a aucune justification pour le choix d’un mélange. Il n’y a aucune justification à choisir une partie de ce que vous savez être mal.

Donc vous croyez aux absolus ?
Oui.

L’Objectivisme peut-il être alors appelé un dogme?
Non. Un dogme est un ensemble de croyances acceptées sur la foi ; c’est-à-dire sans justification rationnelle ou contre des preuves rationnelles. Un dogme est une question de foi aveugle. L’Objectivisme est exactement le contraire. L’Objectivisme vous dit que vous ne devez accepter aucune idée ou conviction à moins de pouvoir démontrer sa véracité par la raison.

S’il était largement accepté, l’Objectivisme ne pourrait-il pas se durcir en un dogme?
Non. J’ai remarqué que l’Objectivisme est sa propre protection contre les personnes qui pourraient tenter de l’utiliser comme un dogme. Puisque l’Objectivisme requiert l’usage de son esprit, ceux qui tentent de prendre des principes généraux et de les appliquer sans réfléchir et sans discernement aux choses concrètes de leur propre existence trouvent que cela ne peut être fait. Ils sont alors contraints soit de rejeter l’Objectivisme, soit de l’appliquer. Quand je dis l’appliquer, je veux dire qu’ils doivent utiliser leur propre esprit, leur propre pensée, afin de savoir comment appliquer les principes Objectivistes aux problèmes spécifiques de leur propre vie.

Vous avez dit que vous êtes opposée à la foi. Croyez-vous en Dieu?
Certainement pas.

Vous avez été citée disant : « La croix est le symbole de la torture, du sacrifice de l’idéal au non-idéal. Je préfère le signe du dollar. » Vous avez vraiment l’impression que deux mille ans de christianisme peuvent se résumer au mot « torture » ?
Pour commencer, je n’ai jamais dit ça. Ce n’est pas mon style. Ni littérairement ni intellectuellement. Je ne dis pas que je préfère le signe du dollar — c’est un pauvre non-sens, et laissez ceci dans votre copie s’il vous plaît. Je ne connais pas l’origine de cette citation particulière, mais la signification du signe du dollar est clairement exprimée dans La Grève. C’est le symbole, clairement expliqué dans l’histoire, du libre-échange et, par conséquent, d’un esprit libre. Un esprit libre et une économie libre sont des corollaires. L’un ne peut pas exister sans l’autre. Le signe du dollar, symbole de la monnaie d’un pays libre, est le symbole de l’esprit libre. De plus, en ce qui concerne l’origine historique du signe du dollar, bien que cela n’ait jamais été prouvé, une hypothèse très probable est qu’il représente les initiales des États-Unis. Voilà pour le signe du dollar. Maintenant vous voulez que je parle de la croix. Ce qui est exact, c’est que je considère la croix comme le symbole de l’idéal pour le non-idéal. N’est-ce pas ce que cela signifie ? Le Christ, en termes de philosophie chrétienne, est l’idéal humain. Il personnifie ce que les hommes devraient s’efforcer d’imiter. Pourtant, d’après la mythologie chrétienne, il mourut sur la croix non pour ses propres péchés mais pour les péchés des gens non-idéaux. En d’autres termes, un homme à la vertu parfaite a été sacrifié pour des hommes qui sont vicieux et qui sont censés ou supposés accepter ce sacrifice. Si j’étais chrétienne, rien ne pourrait m’indigner davantage que cela : l’idée de sacrifier l’idéal au non-idéal, ou la vertu au vice. Et c’est au nom de ce symbole que l’on demande aux hommes de se sacrifier pour leurs inférieurs. C’est précisément ainsi que le symbolisme est utilisé. C’est une torture.

Aucune religion, d’après vous, n’a jamais offert quelque chose de l’ordre des valeurs constructives à la vie humaine ?
En tant que religion, non — au sens d’une croyance aveugle, d’une croyance qui n’est pas soutenue par les faits de la réalité ou par les conclusions de la raison, ou au contraire de celles-ci. La foi, en tant que telle, est extrêmement préjudiciable à la vie humaine : c’est la négation de la raison. Mais vous devez vous rappeler que la religion est une première forme de philosophie, que la première tentative d’expliquer l’univers, de donner un cadre cohérent à la vie de l’homme et un code de valeurs morales, a été faite par la religion avant que les hommes progrèssent et se développent suffisament pour avoir la philosophie. Et, en tant que philosophies, certaines religions ont des points moraux de grande valeur. Elles peuvent avoir une bonne influence ou des principes légitimes à inculquer, mais dans un contexte très contradictoire et, sur une — comment dire ? — base très dangereuse ou malveillante : sur la base de la foi.

Alors vous diriez que si vous deviez choisir entre le symbole de la croix et le symbole du dollar, vous choisiriez le dollar ?
Je n’accepterais pas un tel choix. Autrement dit : si je devais choisir entre la foi et la raison, je ne considérerais même pas ce choix concevable. En tant qu’être humain, on choisit la raison.

Considérez-vous les riches hommes d’affaires comme les Ford et les Rockefellers immoraux parce qu’ils utilisent leur richesse pour soutenir la charité ?
Non. C’est leur droit, s’ils le veulent. Mon point de vue sur la charité est très simple. Je ne considère pas cela comme une vertu majeure et, par-dessus tout, je ne considère pas cela comme un devoir moral. Il n’y a rien de mal à aider les autres, si et quand ils sont dignes de l’aide et que vous pouvez vous permettre de les aider. Je considère la charité comme une question marginale. Ce que je combats, c’est l’idée que la charité est un devoir moral et une vertu première.

Quelle est la place de la compassion dans votre système philosophique ?
Je considère la compassion comme étant légitime seulement envers ceux qui sont des victimes innocentes, mais pas envers ceux qui sont moralement coupables. Si l’on ressent de la compassion pour les victimes d’un camp de concentration, on ne peut pas en ressentir pour les tortionnaires. Si l’on ressent de la compassion pour les tortionnaires, c’est un acte de trahison morale envers les victimes.

Serait-il contraire aux principes de l’Objectivisme que quiconque se sacrifie en se placant devant une balle pour protéger une autre personne ?
Non. Cela dépend des circonstances. Je me placerais sur la trajectoire d’une balle si elle visait mon mari. Ce n’est pas un sacrifice de soi que de mourir en protégeant ce que vous valorisez : si la valeur est assez grande, vous ne vous souciez pas d’exister sans elle. Ceci s’applique à n’importe quel soi-disant sacrifice envers ceux qu’on aime.

Seriez-vous prête à mourir pour votre cause, et vos disciples devraient-ils être prêts à mourir pour celle-ci ? Et pour l’Objectiviste vraiment non-sacrificiel, y a-t-il une cause pour laquelle il vaut la peine de mourir ?
La réponse à cette question est clairement exposée dans mon livre. Dans La Grève, j’explique qu’un homme doit vivre, et se battre si nécessaire, pour ses valeurs — car tout le processus de la vie consiste en l’accomplissement des valeurs. L’homme ne survit pas automatiquement. Il doit vivre en tant qu’être rationnel et ne rien accepter de moins. Il ne peut pas survivre en tant que brute. Même la valeur la plus simple, comme la nourriture, doit être créée par l’homme, doit être plantée, doit être produite. La même chose est vraie de ses réalisations les plus intéressantes et les plus importantes. Toutes les valeurs doivent être acquises et conservées par l’homme, et si elles sont menacées, il doit être prêt à se battre et à mourir, si nécessaire, pour son droit de vivre comme un être rationnel. Vous me demandez, si je serais prête à mourir pour l’Objectivisme? Oui. Mais plus important, je suis prête à vivre pour cela — ce qui est beaucoup plus difficile.

Dans votre accent mis sur la raison, vous êtes en conflit philosophique avec les écrivains, les romanciers et les poètes contemporains — dont beaucoup sont des mystiques revendiqués, ou des irrationalistes, comme ont les appelle. Pourquoi en est-il ainsi ?
Parce que l’art a un fondement philosophique, et les tendances philosophiques dominantes d’aujourd’hui sont une forme de néo-mysticisme. L’art est une projection de la vision fondamentale de l’artiste de l’homme et de l’existence. Comme la plupart des artistes ne développent pas une philosophie indépendante, ils absorbent, consciemment ou inconsciemment, les influences philosophiques dominantes de leur temps. La majorité de la littérature actuelle est un reflet fidèle de la philosophie d’aujourd’hui — regardez ce que ça donne !

Mais un écrivain ne devrait-il pas refléter son époque ?
Non. Un écrivain doit être un leader intellectuel actif de son époque, pas un suiveur passif surfant sur n’importe quel courant. Un écrivain doit façonner les valeurs de sa culture ; il doit projeter et concrétiser les objectifs de valeur de la vie humaine. C’est l’essence de l’école Romantique en littérature, qui a presque disparu de la scène contemporaine.

En nous laissant où, littérairement parlant ?
Dans l’impasse du Naturalisme. Le Naturalisme soutient qu’un écrivain doit être un photographe ou un reporter passif qui doit transcrire sans esprit critique tout ce qu’il observe autour de lui. Le Romantisme soutient qu’un écrivain doit présenter les choses, non telles qu’elles sont à un moment donné, mais, pour citer d’Aristote, « telles qu’elles pourraient être et devraient être ».

Diriez-vous que vous êtes la dernière des Romantiques ?
Ou la première de leur retour — pour citer un de mes propres personnages dans La Grève.

Comment jugez-vous la littérature contemporaine en général ?
Philosophiquement, immorale. Esthétiquement, elle m’ennuie mortellement. Elle dégénère en égout, consacré exclusivement à l’étude de la dépravation. Et il n’y a rien d’aussi ennuyeux que la dépravation.

Y a t-il un romancier que vous admirez ?
Oui. Victor Hugo.

Qu’en est-il des romanciers modernes ?
Non, il n’y a personne dont je puisse dire que je l’admire parmi les écrivains dits sérieux. Je préfère la littérature populaire d’aujourd’hui, qui est ce qui reste du Romantisme de nos jours. Mon préféré est Mickey Spillane.

Pourquoi l’appréciez-vous ?
Parce que c’est avant tout un moraliste. Sous une forme primitive, la forme d’un roman policier, il présente le conflit entre le bien et le mal, en termes de noir et de blanc. Il ne présente pas une sale mixture grise de canailles indifférenciés des deux côtés. Il présente un conflit sans compromis. En tant qu’écrivain, c’est un brillant expert de l’aspect de la littérature que je considère comme le plus important : la structure de l’intrigue.

Que pensez-vous de Faulkner ?
Pas grand chose. C’est un bon styliste, mais pratiquement illisible en termes de contenu — donc je n’ai pas lu grand-chose de lui.

Et Nabokov ?
J’ai lu uniquement un livre et la moitié d’un autre — la moitié était Lolita, que je ne pouvais pas le finir. C’est un brillant styliste, il écrit magnifiquement, mais ses sujets, son sens de la vie, sa vision de l’homme, sont si malfaisants qu’aucun talent artistique ne peut les justifier.

En tant que romancière, considérez-vous la philosophie comme le but premier de vos écrits ?
Non. Mon but premier est la projection d’un homme idéal, de l’homme « tel qu’il pourrait être et devrait être ». La philosophie est le moyen nécessaire à cette fin.

Dans l’un de vos premiers romans, Hymne, votre protagoniste déclare : « C’est ma volonté qui choisit, et le choix de ma volonté est le seul édit que je respecte. » N’est-ce pas de l’anarchisme ? Le désir ou la volonté de quelqu’un est-il la seule loi qu’il doit respecter ?
Pas sa propre volonté. Il s’agit, plus ou moins, d’une expression poétique éclaircit par la totalité du contexte de l’histoire dans Hymne. Son propre jugement rationnel. Voyez-vous, j’utilise le terme libre arbitre dans un sens totalement différent du sens habituellement attaché à celui-ci. Le libre arbitre consiste en la capacité humaine à penser ou à ne pas penser. L’acte de penser est l’acte de choix humain premier. Un homme rationnel ne sera jamais guidé par des désirs ou des caprices, seulement par des valeurs basées sur son jugement rationnel. C’est la seule autorité qu’il peut reconnaître. Cela ne signifie pas l’anarchie, car si un homme veut vivre dans une société libre et civilisée, il devrait, en raison, choisir de respecter les lois, quand ces lois sont objectives, rationnelles et valides. J’ai écrit un article à ce sujet pour The Objectivist Newsletter — sur la nécessité et la fonction légitime d’un État.

Quelle est, selon vous, la fonction légitime d’un État ?
Fondamentalement, il n’y a vraiment qu’une seule fonction légitime : la protection des droits individuels. Comme les droits ne peuvent être violés que par la force physique et par certains dérivés de la force physique, la fonction légitime de l’État est de protéger les hommes de ceux qui initient l’usage de la force physique : de ceux qui sont criminels. La force, dans une société libre, ne peut être utilisée qu’en représailles et seulement contre ceux qui initient son usage. C’est la tâche légitime de l’État : servir de policier qui protège les hommes de l’usage de la force.

Si la force ne peut être utilisée qu’en représailles contre la force, l’État a-t-il le droit d’utiliser la force pour percevoir des impôts, par exemple, ou pour recruter des soldats ?
En principe, je crois que la fiscalité devrait être volontaire, comme tout le reste. Mais comment le mettre en œuvre est une question très complexe. Je ne peux que suggérer certaines méthodes, mais je ne tenterai pas d’insister sur celles-ci en tant que réponse définitive. Une loterie étatique, par exemple, utilisée dans de nombreux pays d’Europe, est une bonne méthode d’imposition volontaire. Il y en a d’autres. Les impôts devraient être des contributions volontaires pour les services légitimes de l’État, dont les gens ont besoin et donc seraient et devraient être prêts à payer pour — comme ils payent leur assurance. Mais, bien sûr, c’est un problème pour un avenir lointain, pour le jour où les hommes établiront un système social entièrement libre. Ce serait la dernière et non la première réforme à défendre. Quant au service militaire, il est illégitime et inconstitutionnel. C’est une violation des droits fondamentaux, du droit de l’homme à sa propre vie. Aucun homme n’a le droit d’envoyer un autre homme se battre et mourir pour sa cause, celle de celui qui envoie l’autre. Un pays n’a pas le droit de forcer les hommes à la servitude involontaire. Les armées devraient être strictement volontaires ; et, comme vous le diront les autorités militaires, les armées volontaires sont les meilleures armées.

Qu’en est-il des autres besoins publics ? Considérez-vous la poste, par exemple, comme une fonction légitime de l’État ?
Allons droit au but. Ma position est entièrement cohérente. Non seulement la poste, mais aussi les rues, les routes et, surtout, les écoles, devraient toutes être des propriétés privées régies par le privé. Je défends la séparation de l’État et de l’économie. L’État devrait se préoccuper uniquement des questions qui impliquent l’usage de la force. Ce qui veut dire : la police, les services armés et les tribunaux pour régler les différends entre les hommes. Rien d’autre. Tout le reste devrait être privé et serait mieux géré.

Créeriez-vous de nouveaux ministères ou organismes gouvernementaux ?
Non, et je ne peux vraiment pas discuter de cette manière. Je ne suis pas un planificateur de l’État et je ne passe pas mon temps à inventer des utopies. Je parle de principes dont les applications pratiques sont claires. Si j’ai dit que je suis opposé à l’initiation de la force, de quoi faut-il encore discuter ?

Qu’en est-il de la force dans la politique étrangère ? Vous avez dit que toute nation libre avait le droit d’envahir l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale …
Tout à fait.

… et que toute nation libre aujourd’hui a le droit moral — mais pas le devoir — d’envahir la Russie soviétique, Cuba ou toute autre « cage à esclave ». C’est exact ?
C’est exact. Une dictature — un pays qui viole les droits de ses propres citoyens — est hors-la-loi et ne peut revendiquer aucun droit.

Défendriez-vous activement l’idée que les États-Unis envahissent Cuba ou l’Union soviétique ?
Pas pour le moment. Je ne pense pas que ce soit nécessaire. Je préconiserais ce que l’Union Soviétique craint par-dessus tout : le boycott économique. Je préconiserais un blocus de Cuba et un boycott économique de la Russie soviétique ; et vous verriez ces deux régimes s’effondrer sans la perte d’une seule vie américaine.

Seriez-vous favorable au retrait des États-Unis des Nations Unies ?
Oui. Je ne souscris pas à la prétention grotesque d’une organisation prétendument dédiée à la paix mondiale et aux droits de l’homme, qui comprend parmi ses membres la Russie soviétique, le pire agresseur et le boucher le plus sanglant de l’Histoire. La notion de protection des droits, avec la Russie soviétique parmi les protecteurs, est une insulte à la notion de droits et à l’intelligence de tout homme à qui l’on demande d’approuver ou de sanctionner une telle organisation. Je ne crois pas qu’un individu devrait coopérer avec des criminels et, pour toutes les mêmes raisons ; je ne crois pas que les pays libres devraient coopérer avec les dictatures.

Seriez-vous en faveur d’une rupture des relations diplomatiques avec la Russie ?
Oui.

Que pensez-vous du traité d’interdiction des essais nucléaires, qui a été récemment signé ?
Je suis d’accord avec le discours de Barry Goldwater sur ce sujet au Sénat. Les meilleures autorités militaires, et surtout la meilleure autorité scientifique, le Dr Teller, l’auteur de la bombe à hydrogène, ont déclaré que ce traité n’est pas simplement dénué de sens mais positivement dangereux pour la défense de l’Amérique.

Si le sénateur Goldwater est nommé candidat Républicain à la présidentielle en juillet, voteriez-vous pour lui ?
Pour le moment, oui. Quand je dis « pour le moment », je veux dire à la date à laquelle cette interview est enregistrée. Je suis en désaccord avec lui sur beaucoup de choses, mais je suis principalement d’accord avec sa politique étrangère. De tous les candidats disponibles aujourd’hui, je considère Barry Goldwater comme le meilleur. Je voterais pour lui, s’il nous offre une plate-forme plausible, ou au moins semi-cohérente.

Et Richard Nixon?
Je suis opposée à lui. Je suis opposée aux compromis et aux « moi aussi », et M. Nixon est probablement le champion à cet égard.

Et le président Johnson ?
Je n’ai pas d’opinion particulière à son sujet.

Vous êtes une anticommuniste revendiquée, une anti-socialiste et une anti-progressiste. Pourtant, vous rejetez l’idée que vous seriez une conservatrice. En fait, vous avez réservé aux conservateurs certaines de vos plus vives critiques. Où vous situez-vous politiquement ?
Correction. Je ne décris jamais ma position en termes négatifs. Je suis un défenseur du capitalisme de laissez-faire, des droits individuels — il n’y en a pas d’autres — de la liberté individuelle. C’est sur cette base que je m’oppose à toute doctrine qui propose le sacrifice de l’individu au collectif, tel que le communisme, le socialisme, l’État-providence, le fascisme, le nazisme et le progressisme moderne. Je m’oppose aux conservateurs sur la même base. Les conservateurs sont partisans d’une économie mixte et d’un État-providence. Leur différence avec les progressistes n’est qu’une différence de degré et non de principe.

Vous avez déclaré que l’Amérique souffrait de faillite intellectuelle. Incluez-vous dans cette condamnation des publications de droite comme la National Review ? Ce magazine n’est-il pas une puissante voix contre toutes les choses que vous considérez comme étant de l’ »étatisme » ?
Je considère la National Review comme le pire et le plus dangereux magazine en Amérique. Le genre de défense du capitalisme qu’il propose ne débouche sur rien d’autre que le discrédit et la destruction du capitalisme. Voulez-vous que je vous dise pourquoi ?

Oui, s’il vous plaît.
Parce qu’il associe le capitalisme à la religion. La position idéologique de la National Review est en fait la suivante : Pour accepter la liberté et le capitalisme, il faut croire en Dieu ou en une quelconque forme de religion, une forme de mysticisme surnaturel. Ce qui signifie qu’il n’y a pas de motifs rationnels sur lesquels on puisse défendre le capitalisme. Ce qui revient à admettre que la raison est du côté des ennemis du capitalisme, qu’une société esclavagiste ou une dictature est un système rationnel, et que c’est seulement sur la base de la foi mystique que l’on peut croire à la liberté. On ne pourrait jamais alléguer quelque chose de plus dénigrant envers le capitalisme, et c’est l’exact contraire qui est vrai. Le capitalisme est le seul système qui peut être défendu et validé par la raison.

Vous avez attaqué le gouverneur Nelson Rockefeller pour avoir « assimilé tous les opposants à l’État-providence à de véritables cinglés ». Il ressort clairement de ses remarques que ses critiques visaient, entre autres, la John Birch Society. Vous n’aimez pas être assimilée à John Birchers ? Les considérez-vous comme des « cinglés » ou une force agissant pour le bien ?
Je n’aime pas être assimilée à qui que ce soit. Je n’aime pas la méthode moderne consistant à ne jamais définir d’idées et à amalgamer des personnes totalement différentes dans un collectif au moyen de dénigrements et de termes méprisants. Je n’aime pas les tactiques de dénigrement du gouverneur Rockefeller : son refus d’identifier spécifiquement qui il désignait et ce qu’il voulait dire. En ce qui me concerne, je le répète, je ne veux pas être assimilée à qui que ce soit, et certainement pas à la John Birch Society. Est-ce que je les considère comme des cinglés ? Non, pas nécessairement. Ce qui ne va pas chez eux, c’est qu’ils ne semblent pas avoir de philosophie politique spécifique, clairement définie. Par conséquent, certains d’entre eux peuvent être des cinglés ; d’autres peuvent être des citoyens très bien intentionnés. Je considère la Birch Society comme futile, parce qu’ils ne sont pas pour le capitalisme, mais simplement contre le communisme. J’imagine qu’ils croient que l’état désastreux du monde actuel est causé par une conspiration communiste. C’est naïvement infantile et superficiel. Aucun pays ne peut être détruit par une simple conspiration ; il ne peut être détruit que par des idées. Les Birchers ne semblent pas être intellectuels, ou bien être anti-intellectuels. Ils n’accordent pas d’importance aux idées. Ils ne se rendent pas compte que la grande bataille dans le monde aujourd’hui est un conflit philosophique et idéologique.

Y a-t-il des groupes politiques aux États-Unis aujourd’hui que vous approuvez ?
Des groupes politiques, en tant que tels — non. Y a-t-il un groupe politique aujourd’hui qui soit complètement cohérent ? Ces groupes sont aujourd’hui guidés par, ou préconisent, des contradictions flagrantes.

Avez-vous des aspirations politiques personnelles vous-même ? Avez-vous déjà envisagé de vous porter candidate ?
Certainement pas. Et j’espère que vous ne me détestez pas au point de me souhaiter une telle chose.

Mais vous êtes intéressée par la politique, ou du moins par la théorie politique, n’est-ce pas ?
Permettez-moi de vous répondre de la façon suivante : lorsque je suis arrivée ici de Russie soviétique, je m’intéressais à la politique pour une seule raison — atteindre le jour où je n’aurais pas à m’intéresser à la politique. Je voulais garantir une société dans laquelle je serais libre de poursuivre mes propres préoccupations et objectifs, sachant que l’État n’interviendrait pas pour les ruiner, sachant que ma vie, mon travail, mon avenir n’étaient pas à la merci de l’État ou du caprice d’un dictateur. C’est encore mon attitude aujourd’hui. Seulement, je sais aujourd’hui qu’une telle société est un idéal qui n’a pas encore été réalisé, que je ne peux pas attendre que les autres le réalise pour moi, et que, comme tout autre citoyen responsable, je dois faire tout mon possible pour l’atteindre. En d’autres termes, je ne m’intéresse à la politique que pour assurer et protéger la liberté.

Tout au long de votre œuvre, vous soutenez que la façon dont le monde contemporain est organisé, même dans les pays capitalistes, submerge l’individu et étouffe l’initiative. Dans La Grève, John Galt conduit une grève des hommes d’esprit — qui entraîne l’effondrement de la société collectiviste autour d’eux. Pensez-vous que le moment est venu pour les artistes, les intellectuels et les hommes d’affaires créatifs d’aujourd’hui de retirer leurs talents de la société de cette façon ?
Non pas pour le moment. Mais avant d’expliquer, je dois corriger une partie de votre question. Ce que nous avons aujourd’hui n’est pas une société capitaliste, mais une économie mixte — c’est-à-dire un mélange de liberté et de contrôle qui, par la tendance actuelle dominante, va vers la dictature. L’action dans La Grève a lieu à un moment où la société a atteint le stade de la dictature. Quand et si cela arrive, ce sera le moment de faire grève, mais pas avant.

Qu’entendez-vous par dictature ? Comment la définiriez-vous ?
Une dictature est un pays qui ne reconnaît pas les droits individuels, dont l’État détient un pouvoir total et illimité sur les hommes.

Quelle est la ligne de démarcation, d’après votre définition, entre une économie mixte et une dictature?
Une dictature a quatre caractéristiques : la règle du parti unique, les exécutions sans procès pour délits politiques, l’expropriation ou la nationalisation de la propriété privée et la censure. Surtout, le dernier point. Tant que les hommes peuvent parler et écrire librement, tant qu’il n’y a pas de censure, ils ont encore une chance de réformer leur société ou de la mettre sur une meilleure voie. Lorsque la censure est imposée, c’est le signe que les hommes devraient faire une grève intellectuelle, je veux dire par là, ne devraient coopérer avec le système social en aucune façon.

En dehors d’une telle grève, que pensez-vous qu’il faudrait faire pour apporter les changements sociétaux que vous jugez souhaitables ?
Ce sont les idées qui déterminent les tendances sociales qui créent ou détruisent les systèmes sociaux. Par conséquent, les bonnes idées, la bonne philosophie, devraient être défendus et diffusées. Les désastres du monde moderne, y compris la destruction du capitalisme, ont été causés par la philosophie altruiste-collectiviste. C’est l’altruisme que les hommes devraient rejeter.

Et comment définiriez-vous l’altruisme ?
C’est un système moral qui soutient que l’homme n’a pas le droit d’exister pour lui-même, que le service aux autres est la seule justification de son existence, et que le sacrifice de soi est son plus haut devoir moral, sa plus haute valeur et vertu morale. C’est la base morale du collectivisme, de toutes les dictatures. Pour chercher la liberté et le capitalisme, les hommes ont besoin d’un code éthique non mystique, non-altruiste et rationnel — une morale qui soutient que l’homme n’est pas un animal sacrificiel, qu’il a le droit d’exister pour lui-même, sans se sacrifier aux autres. ni les autres à lui-même. En d’autres termes, ce dont on a désespérément besoin aujourd’hui, c’est de l’éthique de l’Objectivisme.

Donc, ce que vous dites, c’est que pour réaliser ces changements, il faut utiliser essentiellement des méthodes éducatives ou propagandistes ?
Oui, bien sûr.

Que pensez-vous de l’affirmation de vos adversaires selon laquelle les principes moraux et politiques de l’Objectivisme vous placent en dehors du courant dominant de pensée Américaine ?
Je ne reconnais pas un concept comme « courant dominant de pensée« . Ceci pourrait convenir à une dictature, à une société collectiviste où la pensée est contrôlée et où il existe un courant collectif dominant — de slogans, pas de pensée. Ceci n’existe pas en Amérique. Il n’y en a jamais eu. Toutefois, j’ai entendu cette expression utilisée dans le but d’exclure de la communication publique tout innovateur, tout non-conformiste, toute personne qui a quelque chose d’original à offrir. Je suis une innovatrice. C’est un terme de distinction, d’honneur, plutôt que quelque chose qu’il faudrait cacher ou dont il faudrait s’excuser. Quiconque a des idées nouvelles ou utiles à offrir se situe en dehors du statu quo intellectuel. Mais le statu quo n’est pas un courant, encore moins un « courant dominant ». C’est un marécage stagnant. Ce sont les innovateurs qui font avancer l’humanité.

Croyez-vous que l’Objectivisme en tant que philosophie finira par changer le monde ?
Personne ne peut répondre à une question de ce genre. Les hommes ont le libre arbitre. Il n’y a aucune garantie qu’ils choisiront d’être rationnels, à n’importe quel moment ou dans n’importe quelle génération. D’autre part, il n’est pas nécessaire pour une philosophie de « changer le monde ». Si vous posiez la question sous une forme quelque peu différente, si vous dites, est-ce que je pense que l’Objectivisme sera la philosophie de l’avenir, je dirais oui, mais avec cette précision : Si les hommes se tournent vers la raison, s’ils ne sont pas détruits par la dictature et précipités dans un autre âge des ténèbres, si les hommes restent libres assez longtemps pour avoir le temps de réfléchir, alors l’Objectivisme est la philosophie qu’ils accepteront.

Pourquoi ?
Dans toute période historique où les hommes étaient libres, ça a toujours été la philosophie la plus rationnelle qui a gagné. C’est dans cette perspective que je dirais, oui, l’Objectivisme va gagner. Mais il n’y a aucune garantie, aucune nécessité prédéterminée à ce sujet.

Vous êtes sévèrement critique du monde tel que vous le voyez aujourd’hui, et vos livres offrent des propositions radicales pour changer non seulement la forme de la société, mais la manière même dont la plupart des hommes travaillent, pensent et aiment. Êtes-vous optimiste quant à l’avenir de l’humanité ?
Oui, je suis optimiste. Le collectivisme, en tant que puissance intellectuelle et idéal moral, est mort. Mais la liberté et l’individualisme, et leur expression politique, le capitalisme, n’ont pas encore été découverts. Je pense que les hommes auront le temps de les découvrir. Il est significatif que la philosophie collectiviste mourante d’aujourd’hui n’ait produit qu’un culte de la dépravation, de l’impuissance et du désespoir. Regardez l’art moderne et la littérature avec leur image de l’homme en tant que créature impuissante, sans esprit, vouée à l’échec, à la frustration et à la destruction. Ce peut être la confession psychologique des collectivistes, mais ce n’est pas une image de l’homme. Si c’était le cas, nous ne serions jamais sortis de la grotte. Mais nous l’avons fait. Regardez autour de vous et regardez l’histoire. Vous verrez les réalisations de l’esprit humain. Vous verrez la potentialité illimitée de l’homme pour la grandeur, et la faculté qui la rend possible. Vous verrez que l’homme n’est pas par nature un monstre incapable, mais le devient dès lorsqu’il se débarrasse de cette faculté : son esprit. Et si vous me demandez : Qu’est-ce que la grandeur ? — Je répondrai, c’est la capacité de vivre selon les trois valeurs fondamentales de John Galt : raison, but, estime de soi.


BONUS : L’intervieweur interviewé

Ce qui suit est une interview d’Alvin Toffler au sujet de l’interview d’Ayn Rand, traduite par mes soins. Les propos ont été recueillis en février 1999 par Scott McConnell et publiés dans 100 Voices: An Oral History of Ayn Rand.

Scott McConnell : Pourquoi avez-vous été choisi par Playboy pour interviewer Miss Rand en décembre 1963 ?

Alvin Toffler : Simplement parce que j’avais fait des interviews et qu’ils les avaient aimés.

Aviez-vous alors une forte idéologie ?
Je mélangeais les idéologies plutôt que de les adopter. À cette époque, c’était bien mélangé, mais j’ai débuté à l’extrême gauche, puis j’ai migré. Je pensais que les idées d’Ayn Rand étaient extrêmes, mais qu’elle était une dame très tranchante, très intelligente. Honnêtement, je ne savais pas grand-chose d’elle jusqu’à ce que quelqu’un me dise : « Fais attention ».

Que saviez-vous à son sujet ?
Je savais qu’elle était controversée. J’avais probablement lu quelques critiques de La Grève. Ce qui est vraiment drôle c’est quand j’ai eu l’affectation, je lisais tout ce que je pouvais me mettre sous la main, sauf La Grève, qui comptait onze cent formidables pages. Je suis allé la voir, avec — à l’époque — mon énorme enregistreur cassette. J’ai passé pas mal de temps avec elle, peut-être une heure ou deux. À un moment donné, elle s’assit, se redressa, et dit sur un ton vraiment accusateur : « Vous n’avez pas lu La Grève ! » J’ai répondu en tremblant, qu’effectivement, elle m’avait eu. J’avais lu tout le reste, mais pas La Grève. Elle a dit : « Sortez et ne revenez pas jusqu’à ce que vous l’ayez lu. » Ce que j’ai fait. C’était vraiment drôle.

Vous a t-elle questionnée après pour voir si vous aviez effectivement lu La Grève ?
Écoutez, nous autres auteurs pouvons repérer ça à plus de dix kilomètres.

Lorsque vous l’avez rencontrée, quelle était votre impression ?
La surprise. Je ne savais pas qu’elle parlait avec un accent, et elle me fit penser à une gentille grand-mère juive.

Décrivez le déroulement de l’interview.
La première session dura probablement une ou deux heures dans son appartement à Manhattan. Ensuite je suis revenu, et je ne me souviens plus combien de temps cette interview a duré. Je n’ai pas remis en question ses idées. Mon job en tant qu’intervieweur était de les obtenir, et je pense que c’est ce que j’ai fait. C’était une personnalité très frappante. On oublie pas une rencontre avec elle, en particulier une où elle vous jette et vous invite à nouveau.

Pourquoi avez-vous choisi les questions et les sujets que vous avez choisi ?
Je suis sûr qu’ils reflétaient mes centre d’intérêts. Mes centre d’intérêts ont toujours été sociologiques, en terme d’analyse sociale et économique, aussi bien que philosophique. L’interview était longue, donc on avait l’opportunité de développer les idées c’est la raison pour laquelle j’ai apprécié ces sujets.

Pouvez-vous vous souvenir qui a décidé quelle questions seraient publiées ?
Playboy disait « Faites une interview avec X, Y, Z, » et pouvait suggérer quelques points d’intérêts, mais je travaillais à une gamme de questions proposées et je leur envoyais, probablement.
Je me souviens qu’elle avait été si incendiée par la presse qu’elle tenait férocement à contrôler tous les aspects de ce projet, y compris — et ça va au-delà de l’habituel — les légendes sous les photos. Ce n’est pas du tout une chose classiquement autorisée aux interviewés. Je n’avais jamais vu quelque chose comme ça avant pour une personne interviewée.
 
A-t-elle eu un contrôle d’édition ?
Je crois qu’elle a eu une forme de contrôle. Elle ne l’aurait pas fait sans une relecture préalable. Je ne me souviens d’aucune grande controverse ou difficultée.

Que pensiez-vous de ses réponses ?
Tranchantes ! Elle était extrêmement intelligente et très, très tranchante. Parce qu’elle travaillait à partir d’un système philosophique, elle pouvait probablement anticiper la direction de toutes les questions, et avait des réponses très bien formulées.

Quelle était votre opinion générale de votre interview d’elle ?
Je pensais que c’était une bonne interview, mais là encore j’étais un observateur partial. C’était une femme avec laquelle vous n’aviez pas besoin d’être d’accord pour reconnaître la scintillation.

En tant qu’intervieweur, quelle est la clef pour une bonne interview ?
L’ironie, en particulier à la lumière de ce que je vous ai raconté, c’est que c’est de bien faire ses devoirs avant d’y aller — et lisez tout — lisez La Grève.
En tant qu’écrivain et journaliste, j’ai eu beaucoup de rencontres et d’aventures magnifiques avec toute sorte de gens — des présidents aux premiers ministres, en passant par des prix Nobel, et je l’évaluerais hautement parmi tous ces gens. Elle n’a jamais disparu dans l’arrière-plan. Elle étincelait.

Pour en savoir plus sur les coulisses de cette interview, voir cet article en anglais de Don Hauptman pour Navigator : « The ‘Lost’ Parts of Ayn Rand’s Playboy Interview«



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C) «Si Jean-Luc Mélenchon avait le pouvoir, la France serait la Corée du Nord», assure Malek Boutih
Alors qu’il s’exprimait sur la récente manifestation anti-Macron sur Radio J, l’ancien député socialiste et ex-président de SOS Racisme a violemment taclé le leader de La France insoumise qu'il a qualifié d'«admirateur des pouvoirs totalitaires». 

«Si Jean-Luc Mélenchon avait le pouvoir, la France serait la Corée du Nord avec un peu plus de potentiel alimentaire. Mais je suis persuadé qu’il est trop limité politiquement pour avoir un avenir. Il est au summum, il ne peut que descendre», a déclaré Malek Boutih, ancien député socialiste de l’Essonne, le 6 mai sur la radio communautaire Radio J.

Face au journaliste Frédéric Haziza, l'ancien président de SOS Racisme a poursuivi ses accusations contre plusieurs personnalités de gauche : «Globalement, il y a un axe qui va d’Europe Ecologie-les Verts en passant par Mélenchon, l’extrême gauche, jusqu’à Benoît Hamon, qui sont dans une fuite en avant et qui empêchent la gauche de se reconstruire.» 

Malek Boutih a ensuite vertement critiqué les organisateurs du rassemblement la «Fête à Macron», qui s'est tenu le 5 mai à l’appel notamment du député insoumis François Ruffin : «Quand vous avez des gens comme eux qui sont dans les institutions, qui disent que le président Macron est illégitime, ils sont à la limite de contester le système démocratique.»

Alors que la manifestation du 5 mai s'est déroulée sans incident majeur et dans une ambiance générale bon enfant, l'ancien député socialiste a poursuivi : «En fait, pour eux, il y a deux sortes de violences ; il y a une violence légitime, la leur, et une violence illégitime, celle des autres. Et ça montre quoi ? Ça montre que si vous donnez une once de pouvoir à ces gens-là, alors la démocratie sera en danger.»

Malek Boutih a alors à nouveau pris pour cible Jean-Luc Mélenchon, qui comptait parmi les dizaines de milliers de participants au rassemblement : «La réalité, c’est que par un glissement sémantique qui est politique, Jean-Luc Mélenchon qui était déjà un peu un admirateur des pouvoirs totalitaires, a lui-même la tentation d’un pouvoir totalitaire.»

Virulent envers l'opposition, Malek Boutih s'est en revanche montré très élogieux envers le président de la République, estimant : «Emmanuel Macron se démerde plutôt pas mal. Il y a beaucoup de gens qui font de la politique pour devenir président. Je crois qu’Emmanuel Macron, lui est devenu président pour faire de la politique.»

Policier blessé, camion de presse attaqué : légers débordements lors de la manifestation anti-Macron

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D) "L'Etat n'est pas là pour éponger les dettes" d'Air France, sermonne Bruno Le Maire
Pour le ministre de l'Economie, "la survie" de la compagnie aérienne est en jeu après la démission de son PDG.




"Air France était dans la bonne direction. (...) Je ne comprends pas ces revendications qui pourraient menacer sa survie." Invité dimanche 6 mai de BFMTV, Bruno Le Maire a déploré les positions des syndicats de la compagnie aérienne, en grève pour réclamer une hausse de salaire.
Vendredi, le PDG de la compagnie aérienne, Jean-Marc Janaillac, a démissionné après qu'il a été désavoué par les salariés lors d'un référendum d'entreprise. Le ministre de l'Economie a estimé que la priorité était au rétablissement du "dialogue social" et de la "compétitivité" pour permettre d'affronter la concurrence internationale dans le transport aérien.


"Quand on a le niveau de rémunération actuel des pilotes..."

"L'Etat n'est pas là pour éponger les dettes, venir à la rescousse d'entreprises qui ne feraient pas les efforts nécessaires de compétitivité", a-t-il poursuivi. "J'en appelle au sens des responsabilités de chacun, des personnels navigants, des personnels au sol, des pilotes qui demandent des augmentations de salaire qui sont injustifiées : prenez vos responsabilités, la survie d'Air France est en jeu" a encore dit Bruno Le Maire.
"Quand on a le niveau de rémunération actuel des pilotes, que l'on sait que l'entreprise est en danger, on ne demande pas des revendications salariales aussi élevées", a asséné le ministre.

 
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E) Cannabis : Pourquoi et comment légaliser.


Troisième substance psychoactive la plus consommée au niveau mondial, juste après le tabac et l’alcool, le cannabis constitue aujourd’hui un véritable phénomène de société.  
Coûteuse et inefficaces, notamment en matière de santé publique, les politiques de prohibition sont de plus en plus critiquées et contestées. Face à ce constat, de plus en plus d’Etats choisissent alors le chemin de la légalisation du cannabis.
En France, où 17 millions de personnes déclarent avoir consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie, cette alternative reste encore inenvisagée et très peu discutée. En témoigne le rapport d’information parlementaire le plus récent dont les conclusions écartent toute perspective de légalisation et concluent à un renforcement de la répression déjà à l’oeuvre en la matière.

La légalisation se justifie du simple point de vue utilitariste de la santé publique. Elle permet d’éradiquer les trafics, de contrôler la qualité des produits, et d’améliorer les programmes de prévention, notamment en direction des mineurs – sans même mentionner les bénéfices économiques.

Avec la contribution de deux experts, avocat au Barreau de Paris et addictologue, GenerationLibre  dresse un constat critique de la situation judiciaire française et de la politique de santé publique  en matière de cannabis ; et défend la légalisation du cannabis à des fins récréatives en France.
Certaines idées reçues sont battues en brèche, notamment en matière de santé, et deux options de légalisation sont étudiées : celle d’une légalisation contrôlée par un monopole d’Etat de production et de distribution du cannabis ; et celle d’une légalisation par le marché.

Le rapport
Francis CABALLERO;
Amine BENYAMINA

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F) Sonia Mabrouk : “La civilisation survivra si les valeurs chrétiennes sont défendues” - Charlotte d'Ornellas, Geoffroy Lejeune


Identité, terrorisme, islam… Il y a un an, Sonia Mabrouk livrait une discussion toute spontanée avec sa grand-mère, affolée de constater la course folle d’un monde apparemment perdu (Le monde ne tourne pas rond, ma petite-fille, Flammarion). Sur Europe 1 ou CNews, elle commente tous les jours une actualité qui contribue à nourrir l’inquiétude de son aînée. Mais en publiant aujourd’hui Dans son coeur sommeille la vengeance, la journaliste prend cette fois du recul, relève la tête, pour mettre en lumière ce qu’elle perçoit comme les prémices d’un sursaut national.

Le prétexte est grave : ce sont les “lionceaux” de Dae’ch. Ces enfants, biberonnés à l’idéologie islamiste, dressés pour tuer, reviennent d’Irak ou de Syrie. Le défi qu’ils lancent à la société française, réfractaire par nature à considérer des enfants comme coupables pour toujours, constitue le véritable sujet de son livre.

Elle aurait pu choisir l’enquête. Elle a préféré le roman. Moins froid. Elle a cherché, observé, interrogé. Elle a su trancher, aussi, en refusant le confortable désengagement d’une grande partie de ses confrères. Sonia Mabrouk est comme son héroïne : journaliste, certes, mais française également : pleinement concernée par le dilemme que posent ces enfants. Que faire d’eux ? Où trouver la force de croire à leur rédemption ? Faut-il seulement risquer leur retour ? Sous la rondeur d’une écriture simple, le doute aurait pu être anesthésiant. Il est en réalité l’outil qui permet à l’héroïne de retrouver le sens de ce qui fait battre le coeur de la France depuis si longtemps : la chrétienté, ses principes exigeants mais libérateurs qui ont forgé notre civilisation.

L’actualité est à la réforme de la SNCF, au testament de Johnny Hallyday ou à l’adoption d’une énième disposition sécuritaire… Sonia Mabrouk s’en éloigne, et déterre la question existentielle qu’une sécularisation excessive a voulu faire oublier : quelle est donc notre raison de vivre ?

Après un dialogue avec votre grand-mère, vous publiez un roman… Choix étonnant pour une journaliste, non ?
J’avais envie d’écrire sur ceux que l’on appelle les “lionceaux” de l’État islamique depuis longtemps, mais le sujet est difficile parce qu’on parle d’enfants. Le premier réflexe, dans la guerre, c’est de les protéger. Sauf qu’on parle là d’enfants imbibés d’idéologie islamiste… Comment protéger un enfant qui peut se révéler plus tard être une menace ? La question provoque des sentiments contradictoires, et seul le roman permet d’aller vraiment plus loin pour exprimer ces doutes. C’est un exercice qui offre une plus grande liberté. Le roman, c’est la réalité augmentée.

On ne sait pas grand-chose de ce sujet, quelle a été votre méthode de travail ?
J’ai rencontré des magistrats, des avocats, des familles et même des enfants… J’aurais pu raconter les traumatismes de ces enfants, ce que disent leurs mères, leurs grands-mères, leurs avocats, les services de renseignements… J’aurais pu rapporter les discours opposés de la justice, qui les considère majoritairement comme des victimes, et des renseignements, qui, eux, les tiennent pour de potentielles bombes à retardement. Mais j’ai préféré le roman, la fiction, parce que je ne voulais pas livrer le récit froid d’une journaliste.
Lorsqu’une grand-mère m’a montré la photo de sa petite-fille à Raqqa, j’ai vu une fillette de 5 ans dans une burqa, une victime forcément inconsciente de ce qui se passe autour d’elle. Puis je l’ai écoutée chanter dans une vidéo, et j’ai découvert des paroles guerrières et violentes… C’est cette double face-là que j’avais envie de raconter. Et le doute qui en découle.

Pourquoi ce sujet ?
Parce que ces enfants représentent aujourd’hui un défi inédit pour la France. Les renseignements estiment que 450 enfants sont concernés, et que 60 sont déjà rentrés. On ne sait pas grand-chose d’eux : ils ont baigné dans cette idéologie radicale, mais tous ne sont pas passés par des camps d’entraînement. En attendant, certains sont déjà là et posent de vraies questions de fond à notre société. Celles que se pose mon héroïne, la journaliste Lena.

Vous parlez très rapidement, dans votre roman, de la valeur chrétienne de la rédemption que Lena a héritée de sa mère… C’est une motivation étonnante aujourd’hui.
C’est le pivot de ce livre, parce qu’il fallait que mon héroïne veuille spontanément offrir une seconde chance à ces enfants.
C’est cette volonté qui va la révéler à elle-même. Lena commence cette aventure comme une exilée de l’intérieur, elle ne sait plus qui elle est. Et c’est en s’accrochant à l’espérance, à la seconde chance, qu’elle redécouvre sa religion et la force de ses valeurs. La civilisation chrétienne est forte grâce à ses valeurs. Elle survivra si les valeurs chrétiennes sont défendues et portées haut et fort par les chrétiens en France et ailleurs dans le monde.

Votre héroïne n’est pas naïve non plus. Si elle fait la différence entre des adultes djihadistes et des enfants, c’est qu’elle revendique également une saine prudence…
Elle est citoyenne avant d’être journaliste, et ressemble donc à la société. Or il est trop compliqué, aujourd’hui, de parler de seconde chance pour un adulte. Les djihadistes sont pleinement responsables de leurs actes, les femmes comme les hommes.
Tant mieux si cette rédemption existe pour certains, mais la guerre impose la prudence. Les renseignements le disent : il est impossible de jauger la sincérité de leur repentir. Dans mon livre, la mère djihadiste de l’enfant, Amra, est passée devant un juge, dans une prison, elle a beaucoup lu mais elle n’a absolument rien changé de ce qu’elle pense. C’est une réalité pour plusieurs djihadistes de retour de Syrie. Leur sort, ils l’ont choisi. Les enfants, non.
Les condamner définitivement malgré leur irresponsabilité et leur jeune âge, c’est refuser de croire que la France peut offrir autre chose que le projet mortifère de leurs parents. Mon héroïne se pose ces questions et sauver ce lionceau, c’est sauver son espérance. Mais son doute demeure aussi : et si ces enfants restaient une menace terrible pour la France ?

Dans ce roman, Lena discute avec Amra. Cette dernière lui parle de soumission, de déclin, de la disparition du christianisme. N’a-t-elle pas raison ?
Amra décrit en effet une réalité. Ce déclin et cette fragilité sont là. Mais la guerre contre l’islamisme interroge radicalement la civilisation judéo-chrétienne. En redécouvrant qui elle est et les paroles de sa mère catholique, mon héroïne trouve la force de résister à cette description apocalyptique. Certains ont tendance à voir la civilisation chrétienne et ses principes comme une immense fragilité. Je crois qu’en face de l’islam politique et conquérant, cette apparente fragilité devient au contraire une force. Mon héroïne Lena va puiser très loin dans les valeurs de cette civilisation pour résister, croire, espérer et peut-être se sauver…

La grande majorité, comme votre héroïne, a rejeté l’encens, les églises et la religion… Avez-vous vraiment l’impression d’un cheminement inverse ?
Lena a rejeté l’Église à 7 ans… et petit à petit, par ses doutes existentiels, elle en retrouve le chemin.
Quelque chose me frappe quand je vois les églises partout en France : elles ne sont pas du tout vides ! J’y vois des familles, des enfants et des jeunes qui savent très bien ce qu’ils font là. Pendant trop longtemps, des émissions de télévision ont mis en avant les tenants de l’islam politique, des journaux de la presse écrite ont mis en exergue des gens au double discours, beaucoup de lumière a été mise sur ceux qui portent leur religion en étendard. En revanche, dès qu’il s’agit des catholiques, on fait comme s’ils n’existaient pas, comme s’ils étaient une minorité silencieuse… et, pis, on les rabaisse ! C’est une erreur condamnable, car ces valeurs chrétiennes peuvent constituer un projet contre l’islamisme.

Qu’est-ce qui vous fait dire ça, dans la France d’aujourd’hui ?
La récente mort d’Arnaud Beltrame m’a profondément marquée. Le mouvement unanime avec lequel la France a salué cet homme nous montre que rien n’est perdu. J’en ai la profonde conviction.
Certains ont parlé, à son sujet, de sacrifice. Je pense vraiment qu’il est plutôt allé au bout de sa mission : il savait ce qu’il faisait, il s’est battu, il a voulu terrasser son ennemi. J’aime citer de Gaulle lorsqu’il dit : « Nous allons, même quand nous mourrons, vers la Vie. » C’est exactement ce qu’a fait Beltrame, en réalité. Il a opposé au terroriste islamiste ses valeurs, la mission de vie qu’il s’est assignée.

Que comprendre de sa force ?
Lorsque sa femme parle de l’acte d’un chrétien, il ne faut certainement pas le minorer. Beltrame a risqué sa vie pour en sauver une autre. Son exemple est incroyable. Il incarne, par son geste, un projet spirituel d’une puissance inouïe.
Et nous, dans les médias, nous n’en parlons pas parce que nous avons peur de mettre en avant une religion, parce que les mots de “civilisation chrétienne” sont devenus des gros mots… C’est ridicule !

Qu’est-ce que cet exemple a changé, pour vous ?
Avant, les terroristes avaient un avantage considérable : ils étaient les seuls à être capables de mourir pour leurs idées, ou plutôt leur idéologie. Dans le roman, Amra le dit à Lena : « Vous, vous avez peur, vous bombardez depuis des avions sophistiqués, la mort vous effraie. Vous ne regardez pas l’ennemi droit dans les yeux, vous n’êtes même pas capables de le nommer. » Dans mon livre, Lena finit par lui donner tort. Dans la réalité, c’est Arnaud Beltrame qui l’a fait. Ce jour-là, dans le supermarché, il est allé, malgré la mort, vers la vie, vers l’absolu, vers la transcendance.

On a parfois tendance à considérer que les convictions sont personnelles et qu’elles ont toutes la même valeur, vous semblez rejeter ce relativisme.
Il est urgent de sortir définitivement du déni et donc du relativisme. Tout ne se vaut pas. Ce jour-là, le projet d’Arnaud Beltrame n’avait pas d’équivalent. Il a tout transcendé et réveillé en nous une part de résistance, que nous exprimons chacun à notre manière. Beaucoup de Français le ressentent dans leur quotidien et au plus profond d’eux. C’est pour cela que je dis que le déclin de la civilisation chrétienne n’est pas pour demain, contrairement à tous ceux qui affirment que tout est fichu et qu’une mort lente attend les valeurs judéo-chrétiennes… Je crois à l’inverse au sursaut, à la renaissance, à la continuité millénaire.

Lorsqu’elle comprend ça, Lena entre dans une église et se signe. Vous y allez fort !
Je crois que même pour les non-croyants il est difficile d’échapper, à un moment ou à un autre de sa vie, à ce que l’on est. Lorsque je reviens en Tunisie et que j’entends le chant du muezzin, cela me fait quelque chose alors que je suis croyante mais non pratiquante. Je ne pourrais pas l’expliquer, c’est de l’ordre de l’irrationnel. C’est la même chose pour Lena. Elle franchit le porche d’une église, et la vérité, sa vérité, comme une évidence, se trouve là.

Est-ce que votre Lena est, pour vous, la France ?
Oui, Lena est la France. On nous parle aujourd’hui de lutte contre le terrorisme, de restrictions, de lois, mais les moyens ne suffisent pas. Ils ne font vivre personne. Mon héroïne comprend très vite qu’il faut opposer une mystique à cette idéologie mortifère. Seulement, dans mon livre, Lena fait cette démarche toute seule. Je me demande encore comment un pays entier pourrait y arriver. Il faudrait pour cela un discours, un projet, qui mène vers cette transcendance, qui n’est pas la religion mais qui incarne la spiritualité ! Ce projet doit être porté, il manque cruellement aujourd’hui !

“Dans son coeur sommeille la vengeance”, de Sonia Mabrouk, Plon, 288 pages, 18,90 €.



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G) Ces « petits riens » de l’islamisme « soft » qui s’infiltrent dans notre quotidien, Témoignage d'un musulman de Suisse excédé

Témoignage d’un musulman de Suisse excédé par ces « petits riens » qui, à force de se répéter, illustrent les tentatives d’intrusion de certains islamistes dans la sphère privée.

Août 2002. Mon oncle Driss ne s’était jamais vraiment relevé de la chute des deux tours new-yorkaises. En plus, quelques mois plus tôt, Jean-Marie Le Pen avait accédé au second tour de l’élection présidentielle française. « Je l’avais prédit. Si nous continuons de nous voiler la face, nous l’aurons bientôt dans le baba », avait-il dit sur son lit d’hôpital en crachant ses poumons.
Car à force de fumer, Tonton avait eu des métastases dans tout le corps. Il avait beau depuis son enfance faire ses cinq prières quotidiennes et connaître par cœur le Coran, son Dieu n’avait pas été très généreux. Mon oncle avait à peine 50 ans. Il était sur le point de s’en aller. Le temps était splendide, à croire que le ciel auquel il croyait tant avait ouvert ses volets pour mieux l’accueillir.

« Si un musulman meurt en présence de femmes… »

Nous étions à son chevet. Il murmurait : « Maman ! » Un aide-soignant que nous apprécions beaucoup nous avait rejoints. Comme nous, il était né dans le sud de l’Algérie. Nous lui faisions confiance. Il parlait à mon oncle en tamachek – la langue des Touaregs – et lui apportait des mets « du pays », dont le fameux « elftat », des crêpes rudimentaires enrobées de sauce piquante et de viande de mouton.
Alors que mon oncle avait de plus en plus de peine à sussurer « maman », cette blouse blanche m’avait attiré en dehors de sa chambre d’agonisant pour me dire ceci : « Momo  (c’est mon surnom), il ne faut pas que les deux filles de Driss et son épouse restent dans cette chambre. Car si un musulman meurt en présence de femmes, son âme sera souillée et il ne pourra pas aller au paradis. » Fin de citation.
Je n’avais pas eu d’autre alternative que de l’empoigner par sa barbichette et l’expulser manu militari. « Tu n’es pas digne de partager de notre souffrance. Va-t’en. »

« Vous êtes musulman, comme moi »

J’espérais que ces intrusions indécentes d’islamistes dans nos vies privées fussent exceptionnelles. Hélas, sans être envahissantes, elles ne sont pas rares et ne
font pas la « une » des journaux.
Petit florilège.
Ce soir-là de 2015, président d’une société locale permettant à des enfants et à des adolescents d’apprendre à peu de frais à jouer d’un instrument de musique (cotisation annuelle de 80 francs suisses), je devais m’acquitter d’une épouvantable corvée : dire à une jeune musicienne qu’elle n’était plus la bienvenue car malgré de nombreux rappels, ses parents n’avaient pas payé leur cotisation. Visiblement triste, la gamine m’avais alors dit : « Monsieur ! Allez-voir mon papa, il m’attend à la sortie. »
Effectivement, il était là, à bord d’une rutilante BMW. Il commença par m’expliquer que comme il était « au social », il n’avait pas les moyens de dépenser quatre fois 20 francs
par an pour que sa fillette puisse apprendre à jouer de la flûte traversière et s’intégrer à un groupe. Puis, constatant mon scepticisme, il m’interpella en ces termes : « Eh ! Mais si vous vous prénommez ‘Mohamed’, c’est que vous êtes musulman comme moi ! Dans ce cas, je paie. »
Fin de citation.
Quelques mois plus tôt, notre section locale du PS avait vécu une séance épouvantablement houleuse. Enjeu : la désignation de nos candidats et candidates au Conseil municipal. Je m’étais inconsciemment porté volontaire – face à une femme. Un quasi tabou. « Parqués » (car il n’existe hélas pas d’autre mot) au fond
de la salle, une vingtaine de travailleurs turcs membres d’un syndicat très influent. Ils avaient été convoqués pour répondre aux ordres de leur « chef », devenu depuis député. Ils avaient pour mission de me barrer la route. Mais découvrant mon prénom, l’un d’entre eux m’avait attiré à l’écart et m’avait dit : « Tu es musulman comme nous ? Alors nous allons voter pour toi et contre cette femme. » Heureusement, j’avais été battu pour une petite voix. La mienne !

« Nous seuls connaissons la vérité »

Et que dire de cette Suissesse convertie – c’est son droit légitime – qui refuse de me serrer la main, alors que je lui avais si souvent fait la bise auparavant ? « Si des connaissances me voient serrant la main d’un homme, ils risquent de me dénoncer à mon mari », avait-elle dit pour se faire pardonner.
Et que dire de cette autre femme au visage aussi pur que celui de Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l’Ouest ? Elle s’était mise à porter un discret foulard, puis un fichu plus impressionnant et désormais un niqab ! « Nous seuls connaissons la vérité », m’avait jeté à la figure cette ancienne copine du quartier.
Et que dire aussi de cette pizzeria, peut-être une des meilleures de la ville ? Qui propose de véritables filets d’anchois ou des merguez à damner un apôtre ! Malheureusement, son gérant refuse de servir du vin à ses clients. Tant pis pour lui.
Que dire enfin de cette vieille connaissance qui s’inquiétait de mon éternel célibat ? Ce quasi compatriote me proposait sans vergogne de me faire rencontrer de jeunes musulmanes. « Elles sont dociles ! », m’avait-il assuré. « Tu n’aurais pas plutôt une Juive ? », avais-je rétorqué par pure provocation. Il ne m’adresse plus la parole.
Ad libitum.

Une grosse poignée d’islamistes pourrissent notre quotidien

Ces petites scènes de la vie quotidienne ont pour la plupart eu lieu dans « ma » ville
: Bienne. Quelque 55 000 habitants. Un modèle d’une commune multi-ethnique qui a prospéré grâce à l’apport successif de travaileurs du Seeland, du Jura, de Toscane
et des Pouilles, d’Andalousie et de Galice, du Portugal, de Serbie et du Kosovo. Où l’école et l’entreprise ont été de formidables lieux d’intégration – sans oublier les nombreux clubs sportifs, les fanfares et les troupes de théâtre, les bistrots et même les cimetières.
Une politique intelligente en matière de logements avait jusqu’alors évité la création de « ghettos » ethniques.
Parfois cependant, j’ai des doutes. Au nom du magnifique multiculturalisme dont je suis un fruit, certains semblent prêts à renier leurs valeurs et à céder au mortifère relativisme culturel. N’osent plus dire que certains principes, acquis au terme de longues luttes, et souvent encore fragiles, ne sont pas négociables. Par exemple, l’égalité entre hommes et femmes (il y a du boulot !), la lutte contre l’homophobie, l’antisémitisme et toutes les formes de xénophobie, la dénonciation des dérives communautaristes et la réaffirmation que dans une civilisation des Lumières, la Loi prime sur la foi.
Il y a cinquante ans presque jour pour jour, j’avais, sans le demander, débarqué dans cette ville à mes yeux exemplaire : ouverte, modeste, laborieuse et innovante.
Mais cette image engageante ne doit pas masquer une triste réalité : à force de sectarisme et de revendications impossibles à justifier, une grosse poignée d’islamistes nous pourrissent l’existence au quotidien et donnent une image désastreuse de l’écrasante majorité de celles et ceux qui voudraient simplement pratiquer leur religion discrètement. Ou qui s’y réfèrent pour des raisons purement culturelles.
J’en fais partie. Car je le confesse. Je n’ai de profondément musulman que deux particularités : mon prénom, qui est bigrement typé, et mon prépuce, qui est pareillement coupé.

Mohamed Hamdaoui


La France doit exiger l’autocritique des représentants de l’islam


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