Sommaire:
A) - États-Unis : Le mystère des 11 scientifiques disparus ou morts dans des secteurs sensibles
B) - À six mois des élections de mi-mandat : un sondage explosif de Fox News révèle que les républicains dominent les questions de sécurité, tandis qu’un scandale éclate au sein du SPLC, révélant un réseau de racisme.
C) - SPLC et ActBlue : Quand la gauche finance ses propres monstres
D) - Une guerre peut être juste.
A) - États-Unis : Le mystère des 11 scientifiques disparus ou morts dans des secteurs sensibles
Onze ombres sur la science américaine
Il existe un seuil au-delà duquel la coïncidence cesse d’être
rassurante et devient une question politique. Aux États-Unis, ce seuil
semble avoir été franchi avec l’affaire de onze scientifiques et
responsables liés à des secteurs sensibles, disparus ou morts en
l’espace de seulement quatre ans. Cinq décès, six disparitions, tous
insérés dans des domaines qui touchent au noyau dur de la puissance
américaine : nucléaire, recherche spatiale, pharmacie, radiofréquence,
défense avancée. Quand une telle série s’accumule, la vraie question
n’est plus seulement de savoir s’il existe une main cachée, mais
pourquoi l’appareil institutionnel d’une superpuissance donne
l’impression de courir derrière les événements au lieu de les maîtriser.
Le cœur du problème : les secteurs sensibles
Ce qui frappe n’est pas seulement le nombre. Ce qui inquiète surtout,
c’est le profil des personnes concernées. Il ne s’agit pas de figures
marginales, mais de professionnels qui, de différentes manières, avaient
ou pouvaient avoir accès à des programmes délicats, à des données
classifiées, à des technologies de pointe. C’est cet élément qui
transforme une suite de drames individuels en question stratégique. Car
lorsque le savoir scientifique se situe à l’intersection de la défense,
de l’espace et de l’industrie pharmaceutique, la sécurité du chercheur
n’est plus une affaire privée : elle devient une composante de la
sécurité nationale.
Parmi les cas évoqués, celui d’Amy Eskridge se détache. Chercheuse de
34 ans, elle a été retrouvée morte en Alabama en juin 2022, tuée par
balle à la tête. Les autorités avaient conclu à l’époque au suicide.
Mais le dossier n’a jamais vraiment cessé de soulever des questions,
parce que la jeune femme travaillait sur des thèmes liés à la gravité et
que, dans des enregistrements réalisés avant sa mort, elle affirmait se
sentir menacée. Pris isolément, un tel détail ne prouve rien. Mais dans
une série aussi dense, il prend un poids considérable.
Morts obscures, disparitions, soupçons
D’autres noms complètent le tableau : Monica Reza, Frank Maywall et
Michael David Hicks. La première travaillait dans la fabrication de
moteurs de fusée, les deux autres dans la radiofréquence ou des projets
de défense spatiale. Monica serait morte dans une chute en 2025, tandis
que les deux hommes sont décédés en 2023 et 2024 sans que les causes
exactes de leur mort aient été clarifiées. En outre, leurs collègues
travaillaient dans le même laboratoire lié à la NASA. Dans un milieu
déjà dominé par le secret, les intérêts industriels et la compétition
stratégique, cette concentration d’événements anormaux ne pouvait
qu’alimenter les interrogations.
L’affaire a d’ailleurs dépassé les cercles marginaux pour atteindre
le sommet politique. Elle a attiré l’attention de Donald Trump, tandis
que le FBI a indiqué vérifier l’existence éventuelle de liens entre ces
disparitions et ces décès. Ce passage est essentiel : lorsque la
Maison-Blanche et le Bureau entrent en scène, cela signifie que le
problème n’est plus perçu comme une simple rumeur de réseaux sociaux,
mais comme une possible vulnérabilité du système américain.
Entre menace extérieure et désordre intérieur
Les hypothèses restent contradictoires. D’un côté, le député James
Comer avance la piste extérieure : de nombreux pays auraient tout
intérêt à s’emparer du savoir-faire et des capacités nucléaires
américaines. En arrière-plan apparaissent les noms habituels de la
compétition mondiale : Chine, Russie, Iran. De l’autre, la NASA tempère,
en affirmant qu’à ce stade rien n’indique une menace directe contre la
sécurité nationale. Certaines familles, dans au moins deux cas, évoquent
des problèmes de santé ou des difficultés personnelles préexistantes.
Et l’épouse d’un ancien général de l’aviation, disparu sans laisser de
traces après avoir travaillé pour le Pentagone, rejette les lectures
complotistes en rappelant qu’il était à la retraite depuis plusieurs
années.
C’est là que l’affaire prend tout son sens. La fragilité américaine
ne réside pas seulement dans une éventuelle action d’un adversaire
extérieur, mais dans la possibilité qu’un pays technologiquement
dominant ne parvienne plus à distinguer clairement entre accident,
vulnérabilité systémique et interférence hostile. À une époque où la
supériorité se mesure aussi à la protection du capital humain
scientifique, la disparition de chercheurs et de spécialistes produit un
dommage qui dépasse le seul cadre judiciaire : elle érode la confiance,
élargit le soupçon, nourrit l’idée que les centres les plus
sophistiqués de la puissance sont aussi les plus exposés.
Le mystère comme symptôme d’une puissance inquiète
Pour l’instant, il n’existe pas de preuve définitive d’une trame
commune. Mais l’accumulation des cas suffit à montrer que la première
puissance mondiale se heurte à une contradiction majeure : elle dispose
du maximum de technologie, mais ne parvient pas à dissiper le doute sur
le sort de ses hommes clés. Et c’est souvent à partir de ces zones
d’ombre, plus qu’à partir des certitudes, que l’on mesure l’état réel
d’une puissance. Car le mystère, lorsqu’il touche à la science, à la
défense et à la sécurité, n’est jamais seulement un mystère : il est
déjà un problème stratégique.
Giuseppe Gagliano,
Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
https://lediplomate.media/decryptage-etats-unis-mystere-11-scientifiques-disparus-morts-secteurs-sensibles/
B) - À
six mois des élections de mi-mandat : un sondage explosif de Fox News
révèle que les républicains dominent les questions de sécurité, tandis
qu’un scandale éclate au sein du SPLC, révélant un réseau de racisme.
Six mois avant les élections de mi-mandat de 2026, un nouveau sondage national de Fox News, réalisé du 17 au 20 avril, dresse un tableau contrasté aux conséquences majeures pour les deux principaux partis. Les Républicains conservent une nette avance sur la sécurité des frontières, l'immigration, la criminalité et la sécurité nationale, tandis que les Démocrates sont en tête sur l'économie, l'inflation et la santé.
Mais au-delà de ces chiffres, c'est le scandale qui secoue le Southern Poverty Law Center (SPLC) qui cristallise le profond malaise des électeurs : cette organisation emblématique de la lutte contre le racisme est accusée par le ministère de la Justice d'avoir secrètement versé plus de 3 millions de dollars entre 2014 et 2023 à des individus liés à des groupes extrémistes violents, dont des factions du Ku Klux Klan.
Le procureur général Todd Blanche ne laisse planer aucun doute : le SPLC « fabriquait l'extrémisme même qu'il prétendait combattre » en rémunérant des sources pour attiser la haine raciale et justifier ses collectes de fonds. Cette révélation tombe au pire moment possible pour la gauche et offre aux républicains un argument de campagne dévastateur : une partie de l’activisme progressiste ne lutte plus contre le racisme, mais le perpétue à des fins financières et électorales.
Les Républicains en position de force sur les questions de sécurité
Selon un sondage, les Républicains bénéficient d'un net avantage de 16 points sur la sécurité des frontières, de 8 points sur l'immigration et la criminalité, et de 6 points sur la sécurité nationale.
Ces chiffres confirment que le Parti républicain est perçu comme plus crédible et plus déterminé sur les questions de maintien de l'ordre et de contrôle des frontières – des sujets qui demeurent au cœur des préoccupations quotidiennes d'une large partie de l'électorat.
Les Démocrates conservent leur avantage sur les questions économiques et sociales
À l'inverse, les Démocrates devancent les Républicains de 21 points sur la santé, de 8 points sur l'inflation et de 4 points sur l'économie. Ils disposent également d'une avance confortable sur le changement climatique (+29 points), l'avortement (+18), les questions transgenres (+13) et la politique étrangère (+6).
L'économie et l'inflation restent les principales priorités : 26 % des électeurs citent l'inflation et la hausse des prix comme le problème le plus important auquel le pays est confronté, tandis que 17 % mentionnent l'économie et l'emploi. Près des trois quarts des Américains (73 %) donnent une note négative à l'économie nationale, tandis que six sur dix évaluent négativement leur propre situation financière et sept sur dix pensent que l'économie se détériore.
Trump sous pression, les deux partis critiqués
Le taux d'approbation du président Donald Trump concernant sa gestion de l'inflation n'atteint que 28 %, et 34 % pour l'économie. Son taux d'approbation global reste négatif, avec 42 % d'opinions favorables et 58 % d'opinions défavorables. Plus largement, 61 % des électeurs estiment que les deux partis se concentrent sur les « mauvais » sujets. L'image des deux partis est fortement ternie : 58 % d'opinions défavorables s'appliquent aussi bien aux démocrates qu'aux républicains.
Concernant le vote pour les élections législatives, 52 % des électeurs déclarent qu'ils soutiendraient le candidat démocrate dans leur circonscription, contre 47 % pour le républicain – un léger avantage pour les démocrates, qui se situe dans la marge d'erreur du sondage. Par ailleurs, 68 % des démocrates se disent « extrêmement » motivés à voter, contre 60 % des républicains.
Le scandale du SPLC : De la lutte historique contre le racisme à l'instrumentalisation du récit victimaire
Le scandale du SPLC révèle une évolution tragique qui s'étend sur plusieurs décennies. Fondé à Montgomery, en Alabama – berceau du mouvement des droits civiques –, le Southern Poverty Law Center s'est longtemps imposé comme l'un des défenseurs les plus visibles et influents des droits des minorités. Pendant des décennies, il a bâti sa réputation et son empire financier sur la traque du racisme, de la suprématie blanche et des groupes d'extrême droite. Il se présentait comme le garant moral de l'Amérique progressiste, une référence incontournable pour les médias, les entreprises et les institutions cherchant à démontrer leur engagement contre la haine.
Pourtant, derrière cette façade historique, selon l'analyse de Bobby Burack dans OutKick, une dynamique perverse s'est progressivement installée : « Dans l'économie de l'activisme actuelle, la demande de racisme dépasse largement l'offre.» Lorsque la réalité ne fournit plus suffisamment d'exemples concrets de racisme systémique pour justifier l'ampleur des budgets et de l'influence, l'organisation est tout à fait incitée à fabriquer ou à amplifier ce racisme.
Le pasteur Corey Brooks, figure emblématique de la lutte contre le discours victimaire dans les quartiers noirs de Chicago, décrit cette évolution avec une lucidité implacable : « Nous l’avons constaté avec O.J. Simpson, Michael Brown, George Floyd… et maintenant avec le SPLC. Au lieu de promouvoir la responsabilité individuelle, le mérite et le rêve américain, certaines structures ont choisi de perpétuer la division raciale car c’est devenu leur modèle économique. »
Bobby Burack résume ce mécanisme par une formule frappante : « Dans l’économie de l’activisme, le racisme fait vendre. Et lorsque l’offre réelle se raréfie, certaines organisations n’hésitent plus à créer la demande.»
2014-2023 : Financement secret des « ennemis » et parallèles avec BLM et d’autres organisations
C’est précisément cette période qui révèle, selon le ministère de la Justice, le chapitre le plus sombre de cette évolution. Entre 2014 et 2023, le SPLC aurait « secrètement versé » plus de 3 millions de dollars à au moins huit individus liés à des groupes extrémistes violents, dont des factions du Ku Klux Klan. Le procureur général Todd Blanche est catégorique : « Au lieu de démanteler les réseaux extrémistes, le SPLC a en réalité fabriqué l’extrémisme qu’il prétendait combattre en rémunérant des sources pour attiser la haine raciale.»
Ce modèle n’est pas propre au SPLC. Bobby Burack cite l'exemple de la Human Rights Campaign (HRC) : après la victoire historique de 2015 dans l'affaire Obergefell v. Hodges, qui a légalisé le mariage homosexuel à l'échelle nationale, l'organisation a dû se réinventer en se concentrant sur les « droits des personnes trans ». « Les droits des personnes trans ne constituent pas une véritable crise. Les personnes trans ont les mêmes droits que tous les autres Américains. Mais la HRC a compris qu'elle devait s'emparer d'un autre problème, quitte à en créer un.»
Le même mécanisme s'applique au mouvement Black Lives Matter (BLM). Suite à la mort de George Floyd en 2020, BLM a levé des centaines de millions de dollars en quelques mois, alimentant un discours de racisme systémique et de victimisation permanente. Pourtant, comme le souligne le pasteur Corey Brooks dans ses analyses, BLM a été accusé d'exacerber les tensions raciales et de détourner des fonds sans apporter d'améliorations concrètes aux quartiers noirs. Brooks, qui a passé des centaines de jours sur un toit à Chicago pour construire un centre communautaire sans aide gouvernementale, dénonce ce « tribalisme racial » qui, au lieu de résoudre les problèmes, perpétue les difficultés et sert ainsi à maintenir les financements et le pouvoir politique.
La même logique s'applique au SPLC : lorsque le racisme visible s'estompe, l'organisation doit entretenir un sentiment d'urgence permanent pour survivre.
Quand le discours victimaire se retourne contre ses créateurs
Ce sondage de Fox News et le scandale du SPLC dressent un tableau implacable : les Américains en ont assez. Ils exigent des réponses concrètes sur l’économie, l’inflation et la sécurité, tandis qu’une partie de la gauche semble prisonnière d’une instrumentalisation du discours victimaire qui a besoin du racisme pour survivre. Les Républicains dominent les sujets qui touchent directement le quotidien ; les Démocrates conservent leur crédibilité sur les questions économiques et sociales. Mais le scandale du SPLC transforme un débat culturel en un handicap électoral pour la gauche : il apporte aux Républicains la preuve flagrante que certains de leurs adversaires ne combattent plus le racisme, mais le perpétuent par intérêt financier et électoral.
À six mois des élections de mi-mandat, l’Amérique est à la croisée des chemins. Les électeurs trancheront. Et cette fois, l’exploitation du racisme pourrait bien coûter cher à ceux qui en ont fait leur gagne-pain. La grande bataille des élections de mi-mandat ne fait que commencer. Elle sera impitoyable et décisive pour l’avenir du pays.
Angélique Bouchard
C) - SPLC et ActBlue : Quand la gauche finance ses propres monstres
Aux États-Unis, les Démocrates sont actuellement éclaboussés par deux
énormes scandales qui pourraient bien remettre en question le fondement
même de ce parti, et qui touchent la caisse noire d’un côté et la
machine morale de l’autre de ce qui se présentait encore, il y a peu,
comme le Camp du Bien.
Le volet moral est, sans doute, le plus ironiquement savoureux.
Le Southern Poverty Law Center,
cette vénérable ONG d’Alabama dont le fonds de commerce consistait à
dresser chaque année la liste des plus gros racistes d’Amérique, vient
d’être inculpé par un grand jury fédéral pour
onze chefs d’accusation dont notamment fraude bancaire, fraude
électronique et blanchiment, pour avoir secrètement financé, entre 2014
et 2023, les dirigeants mêmes des groupes qu’il prétendait combattre.
Eh oui : trois millions de dollars, prélevés sur les dons de militants convaincus de combattre le Ku Klux Klan, ont transité,
par la magie comptable des sociétés-écrans aux noms aussi sobres que
« Fox Photography » ou « Rare Books Warehouse » vers un « imperial
wizard » du Klan, un leader du National Socialist Movement, et divers cadres de l’Aryan Nations.
On apprend même qu’un informateur stipendié par le SPLC faisait
lui-même partie du groupe de discussion qui a organisé la tristement
célèbre marche « Unite the Right » de Charlottesville en 2017, cette
marche où une militante antiraciste, Heather Heyer, est morte écrasée
par une voiture. Le même individu a touché 270 000 dollars entre autres pour aider à la logistique.
On peine à trouver plus beau retour sur investissement dans l’industrie compassionnelle.
On découvre, à la lecture de l’acte d’accusation, que tout ce petit monde entretenait depuis les années 1980 un réseau « d’agents de terrain »,
les fameux « Fs », financés en douce via un maquis de sociétés fictives
pour récolter la matière première nécessaire à l’élaboration des
rapports annuels « Year in Hate and Extremism » qui permettaient, eux, de lever des fonds auprès des bobos du Vermont ou d’ailleurs et des fondations bien intentionnées.
Un parfait circuit fermé qui permet de payer le racisme pour ensuite
vendre sa dénonciation, en encaissant à chaque étape : voilà ce que
produit mécaniquement une organisation dont la survie dépend de
l’existence du mal qu’elle combat.
Nous sommes ici devant le chef d’œuvre absolu de l’ingénierie sociale
doublée d’un cynisme total : une organisation non gouvernementale en
charge de la lutte contre le racisme finance sans vergogne le racisme
pour être sûre d’obtenir financement, visibilité et influence.
C’est malin, non ?
Pendant que le SPLC s’occupe de la logistique du chaos moral, le
scandale ActBlue touche à la logistique financière pure et dure, avec
l’émergence d’une documentation de la plomberie électorale proprement
édifiante.
ActBlue, c’est une plateforme qui collecte des milliards de dollars pour les campagnes démocrates, mais elle fait à présent l’objet d’une plainte retentissante
déposée par le procureur général du Texas, Ken Paxton, pour avoir
autorisé voire encouragé des dons frauduleux qui sentent bon le
recyclage industriel.
Les révélations de FTG Solutions et les enquêtes lancées par Ken Paxton suggèrent un système de micro-donations entièrement frauduleux, et le Comité Judiciaire de la Chambre des Représentants pointe du doigt une possible ingénierie de blanchiment de fonds politiques à grande échelle.
Les documents internes montrent que les équipes juridiques d’ActBlue avaient alerté en interne,
que tout le « département conformité » a depuis été remercié,
démissionné ou mis au placard et que plusieurs employés ont préféré invoquer le cinquième amendement devant les enquêteurs, ce qui dénote certainement d’une âme sereine quant à la suite de l’enquête.
Pris séparément, chacun de ces deux dossiers constituerait déjà un
petit tremblement de terre. Pris ensemble, et surtout maintenant, ils
dessinent tout autre chose, notamment car le Comité Républicain du
Congrès vient de pulvériser son record historique de levée de fonds au
premier trimestre avec 47,1 millions de dollars, et que le Comité
National Républicain détient près de sept fois plus de liquidités que
son homologue démocrate, lequel traîne en prime 17 millions de dettes.
En outre, la découverte de ces dossiers permet de poser une hypothèse de travail intéressante.
Il est assez clair que poursuivre des adversaires politiques est
délicat : cela revient à leur offrir un rôle de martyr, facilement
médiatisable, devant des juges fédéraux souvent peu favorables et sur
des dossiers où l’intention est difficile à prouver.
En revanche, les poursuivre financièrement, c’est infiniment plus
efficace : les virements bancaires laissent des traces, les
sociétés-écrans ont des statuts déposés, les courriels internes sont
archivés sur des serveurs, et les jurys n’ont besoin d’aucune expertise
idéologique pour comprendre qu’un chèque envoyé à un dirigeant du Klan
par une ONG antiraciste pose un léger problème de cohérence. La fraude
fiscale a toujours eu raison des Al Capone que les procès pour meurtre
n’atteignaient pas.
Les démocrates sont sans doute en train de redécouvrir ce principe élémentaire et c’est peut-être ce qui explique le remplacement récent de
Pam Bondi par Todd Blanche à la tête du ministère de la Justice : loin
d’être une reculade ou la marque d’une administration Trump incapable
d’aligner ses pièces, on assisterait donc plutôt à l’accélération des
enquêtes. Bondi aurait servi à poser les jalons, imposant à ses
adversaires de s’occuper d’elle alors que les actes décisifs seront
manifestement poussés par un autre…
De façon plus ironique, après avoir utilisé le « lawfare » contre
leurs adversaires pendant des années, les Démocrates découvrent que la
procédure peut aussi se retourner contre celui qui a les mains sales et
ici, cela se traduit par une application pratique du principe de base de
toute guerre d’usure, à savoir couper les lignes de ravitaillement
avant de lancer l’assaut final : on peut en effet légitimement se
demander s’il ne s’agit pas du début d’un grand nettoyage financier et
judiciaire visant à affaiblir durablement le parti Démocrate.
Après des années de prêches moralisateurs, voir les champions de la
justice sociale se faire prendre la main dans le sac de la corruption
financière et du financement de leurs propres épouvantails impose à
beaucoup un moment de clarté : non seulement, ces Démocrates vont avoir
des soucis de financement, mais ils ont maintenant aussi de gros soucis
de crédibilité avec leur base même…
Bien sûr, il convient de rester prudent : une inculpation n’est pas
une condamnation, et il faudra suivre les procédures avec attention.
Mais le calendrier, le choix des cibles, et la nature strictement
financière des dossiers ne doivent rien au hasard.
Ce n’est pas un hasard non plus si les deux scandales frappent pile
les deux poumons du Parti démocrate, son oxygène moral et son oxygène
monétaire. Les Démocrates voulaient « défendre la démocratie » ? Ils
vont vraisemblablement devoir commencer par défendre leur propre
solvabilité.
Les prochains mois promettent d’intéressants développements.
Par H16
– Son blog : https://h16free.com
D) - Une guerre peut être juste.
Deux Américains s'affrontent sur la scène internationale. L'un dirige l'empire le plus puissant de la planète. L'autre est à la tête de la plus ancienne institution morale occidentale. Le premier se prend pour Dieu. Le second lui affirme que Dieu, aujourd'hui, ne bénit pas les guerres. Cette confrontation est loin d'être anodine. Elle est le symptôme d'une profonde fracture au sein de la civilisation occidentale et, plus largement, au sein de la société humaine.
Après que Léon XIV eut déclaré : « Assez de l'idolâtrie de soi et de l'argent ! Assez de la démonstration de force ! Assez de la guerre ! » Et après avoir cité Isaïe : « Dieu n'écoute pas les prières de ceux qui font la guerre », il ajouta, dans ce style évangélique sans fioritures qui le caractérise, que « la véritable force se manifeste dans le service de la vie ».
Le lendemain, Trump répliqua qu'il n'était « pas un grand admirateur du pape Léon », qui « joue avec un pays désireux de se doter de l'arme nucléaire » et qui est « FAIBLE face à la criminalité et désastreux en matière de politique étrangère ». Avec une arrogance à couper le souffle, il ajoute : « Leo ne serait pas au Vatican si je n'étais pas à la Maison-Blanche. » Et il partage une image générée par intelligence artificielle où il se représente en Christ thaumaturge, entouré d'aigles et d'avions de chasse, guérissant un malade au nom de l'Amérique.
En réalité, par ce comportement, et en ravivant insidieusement la justification de la guerre au nom de Dieu, Donald Trump reprend à son compte la thèse que l'Église a longtemps défendue avant de se raviser.
Car l'Église, comme toutes les religions prosélytes ou conquérantes, a longtemps considéré que certaines guerres pouvaient être justes lorsqu'elles servaient ses intérêts ; avant de se taire lorsque les guerres sont devenues sécularisées.
C'est Augustin d'Hippone, au Ve siècle, qui a soutenu le premier que la guerre pouvait être moralement acceptable si elle réparait une injustice, si elle était décidée par une autorité légitime et si elle était menée avec une intention vertueuse (donc conforme aux intérêts de l'Église). Cela fut confirmé par les papes des Croisades au XIe siècle et systématisé par Thomas d'Aquin au XIIIe siècle. Un peu plus tard, les conquistadors invoquèrent la mission civilisatrice de conversion qui accompagnait la conquête ; et les colons anglais en Amérique du Nord massacrèrent les Amérindiens au nom de la divine Providence.
La papauté cessa alors de proclamer la justesse des guerres, d'abord en gardant un silence tragique lors des massacres des Première et Seconde Guerres mondiales.
Ce n'est qu'alors que l'Église commença timidement à s'élever contre toutes les guerres. Jean XXIII fut le premier à fixer des limites dans l'encyclique *Pace in Terris* ; le Vatican protesta ensuite lorsque Bush père et Bush fils affirmèrent que leurs guerres étaient justes ; et le pape François s'éleva contre la « militarisation des esprits ».
Et aujourd'hui, c'est Léon XIV qui proteste lorsque Trump s'empare du thème de la guerre juste.
Ce qui est en jeu entre ces deux Américains n'est donc pas une querelle personnelle. Il s'agit d'un choc de paradigmes. D'un côté, une vision normative de l'ordre international, que l'Église a embrassée en s'alignant sur l'ordre mondial d'après-guerre (institutions et règles supérieures aux États, droits inaliénables, responsabilité morale qui transcende la raison d'État) ; de l'autre, une vision cynique du monde (la force légitime les actions des États lorsque la cause est juste, et lorsque les négociations échouent, ils recourent, si nécessaire, à un prétexte religieux pour légitimer leur lutte). C'est également ce qui est en jeu lorsque des gouvernements et des mouvements politiques instrumentalisent d'autres religions pour justifier leurs ambitions de conquête ou de pouvoir.
La diatribe de Trump contre le Pape n'est donc pas une erreur de communication. Il s'agit d'un acte politique délibéré. Trump se moque du droit international. Il se moque éperdument du Vatican, de l'ONU et de l'Union européenne. Sa légitimité repose sur sa propre personne et, accessoirement, sur le vote populaire américain, qui l'a élu « triomphalement », selon ses propres termes. Dans cette idéologie, les intérêts du dirigeant priment sur toute norme supranationale. Et quiconque ose contester cette logique – même le Pape – devient automatiquement un ennemi politique. En s'attaquant à Léon XIV, Trump vise en réalité tous ceux (Européens, Japonais, Africains, Indiens, organisations internationales, sociétés civiles) qui oseraient protester contre ses guerres menées au nom d'une prétendue morale universelle. Tous ceux qui chercheraient à défendre l'État de droit et les institutions supranationales.
Si la plupart des guerres dites « justes » à travers l’histoire ont causé plus de souffrances qu’elles n’en ont prétendu soulager, si elles n’étaient justes qu’aux yeux d’un seul camp, on peut considérer comme justes, au nom de valeurs devenues universelles, la résistance des Amérindiens contre les colonisateurs européens, la lutte des peuples contre les nazis, la révolte des peuples colonisés pour leur indépendance, la défense de l’Ukraine contre l’invasion russe, et bien d’autres.
La morale internationale, fondée sur des valeurs universelles et affranchies de tout prétexte religieux, peut donc considérer une guerre comme juste lorsqu’elle constitue une réponse à une agression ; lorsqu’elle est une action préventive contre une menace vitale ; lorsqu’elle représente le dernier recours pour protéger les innocents, pour empêcher un ennemi déclaré d’attaquer ou d’acquérir des armes létales.
Cependant, cela suppose que toutes les voies de négociation aient été explorées, que la menace soit réelle et immédiate, et que la guerre soit menée dans le cadre du droit, avec des moyens limités, et en pleine conscience de son caractère tragique.
Jacques Attali
Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet.
Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express.
Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.
https://www.attali.com/en/geopolitics/a-war-can-be-just/
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