A) - Droite et les "Inertiopihèques"
B) - Gauche et les "Égalopithèques"
C) - Diagramme de Nolan
D) - Fascisme et les "Nationalopithèques" illibéral & anticapitaliste
E) - Islamisme et "Islamopithèques" (LFIistes)
A) - Droite et les "Inertiopihèques"
La droite s'est toujours définie par opposition à la gauche ou inversement. Originellement, la droite rassemblait autour de l'opposition au « progrès », plutôt qu'autour d'un projet véritablement assumé. Les gens de droite sont à ce titre souvent des conservateurs, prônant la défense d'un modèle existant ou passé. Le positionnement du libéralisme face à la droite ou à la gauche est plus complexe qu'une opposition ou une adhésion, comme l'illustre le diagramme de Nolan ou la célèbre citation de José Ortega y Gasset via Raymond Aron : « Qu'on soit de droite ou qu'on soit de gauche, on est toujours hémiplégique. »
Le libéralisme est-il de droite ?
En toute rigueur, le libéralisme ne peut être classé ni à droite ni à gauche. En déduire qu'il est centriste serait aussi une erreur, sauf à dire qu'il est éloigné tant des tendances redistributives de la gauche (et aussi de la droite) que des tendances autoritaires de la droite (et aussi de la gauche), ces deux types de tendances reposant sur l'étatisme et l'interventionnisme, réprouvés par les libéraux :
- « Les conservateurs veulent tous être votre papa, qui vous dit ce qu'il faut faire et ne pas faire. Les sociaux-démocrates veulent tous être votre maman, qui vous nourrit, borde vos draps et vous mouche. » (David Boaz, Libertarianism: A Primer)
Ou encore :
- « Les libéraux sont « ailleurs » et il est erroné de les situer à droite ou à gauche. Ils sont favorables à la liberté individuelle dans tous les domaines, précisément parce que la vie des hommes ne peut pas se découper en tranches, avec une partie économique, une partie sociale ou une partie familiale. » (Pascal Salin)
Si on tient à tout prix à coller des étiquettes politiques sur les libéraux, on aura :
- plutôt à droite, les libéraux conservateurs ;
- plutôt à gauche, les libéraux de gauche ;
- plutôt centristes (dans le bon sens du terme), les libéraux classiques, qui historiquement s'opposent tant aux conservateurs de droite qu'aux socialistes ;
- inclassables, les libertariens, qui tendent vers l'anarchisme ou l'État minimal.
La confusion est à son comble quand on voit des étatistes forcenés se proclamant libéraux (c'est parfois le cas de l'extrême droite nationaliste), ou sont considérés à tort comme des libéraux (alors que ce sont des conservateurs ou des néoconservateurs), et des anti-libéraux dont l'antilibéralisme repose sur une idée fausse du libéralisme, alors qu'ils seraient en fait très proches des libéraux s'ils pouvaient écarter leurs idées reçues ! Le libéralisme sert souvent de repoussoir, tant chez les gens de droite qui refusent le laissez-faire, la liberté d'expression ou la liberté des mœurs, que chez les gens de gauche, qui refusent le marché, l'entreprise et la liberté économique : droite et gauche se retrouvent souvent pour flétrir ce qu'ils appellent « l'ultra-libéralisme », alors qu'il s'agit en fait du libéralisme le plus classique qui combat l'étatisme et l'interventionnisme.
En réalité, l'épouvantail du libéralisme (ou de l'« ultralibéralisme ») est une aubaine pour tous les politiciens, de droite comme de gauche, car le véritable ennemi de la politique est bien le libéralisme, qui, en minimisant le rôle de l'État, tend à arracher leur pouvoir aux politiciens pour le redonner à la société civile.
Historique
En France, historiquement, à partir de 1789, les libéraux constituent un mouvement de gauche jusqu’à la fin du XIXe siècle. Benjamin Constant est le chef de la gauche libérale. Alexis de Tocqueville siège au centre gauche et il en sera de même plus tard de Léon Say, le petit-fils « libéral-conservateur » de Jean-Baptiste Say, ou encore d’Yves Guyot[1] et de Jules Simon.
Selon les pays et les circonstances, les libéraux se retrouvent à « gauche » (lorsque le libéralisme économique est majoritaire et que le conservatisme s'exerce sur les mœurs : cas des États-Unis, ou de la France du XIXe siècle), à « droite » (inversement quand l'interventionnisme économique et les services publics sont majoritaires, mais les mœurs relativement libres : cas de la France) ou « nulle part » (cas du Royaume-Uni où le parti libéral de Lloyd George n'a pas survécu à la Deuxième Guerre mondiale).
- « S'il fallait désigner une catégorie de Français qui détestent le libéralisme plus encore que les autres, alors ce seraient les politiques. Presque tous consacrent une partie de leur activité à dénoncer ses prétendus méfaits. Aucun grand ténor ne le tient en estime [...] et depuis la Libération - en fait depuis les années 1920 - personne, à droite ni à gauche, ne s'est jamais tenu à une politique libérale.
- À gauche comme à droite cette allergie au libéralisme est d'autant plus curieuse que les deux camps pourraient y retrouver des racines et y nourrir un projet : la gauche, revendiquant l'héritage des grands mouvements de lutte contre la tyrannie, devrait aimer le mot même de « libéralisme », la promesse de progrès qu'il porte en lui, son culte de la différence. La droite, plus soucieuse, elle, d'ordre et d'épanouissement personnel, devrait chérir cette doctrine fondée sur un droit à la réussite garantissant la stabilité sociale. L'une et l'autre devraient y trouver, surtout, comme le montrent les expériences étrangères, les moyens et les instruments pour enfin lutter efficacement contre le chômage qu'elles dénoncent justement comme le fléau de notre temps, le cancer de notre pays.
- Pourquoi cet aveuglement collectif de la gent politique, qui entretient celui du pays ? Parce que les hommes politiques français sont comme leurs compatriotes : ils tiennent à leur emploi ! »
- Extrait de L'Aveuglement français, de Philippe Manière, 1988.
Citations
- « Qu'on soit de droite ou qu'on soit de gauche, on est toujours hémiplégique. » (Raymond Aron)
- « Les libéraux ne sont pas à droite, ils sont « ailleurs » et on ne peut pas leur appliquer des étiquettes - droite ou gauche - dont seuls les constructivistes peuvent être affublés. » (Pascal Salin)
- « Le libéralisme est à l’opposé de la droite conservatrice ou réactionnaire. Je m’en sens très éloigné. Je suis beaucoup plus proche de ceux qui défendent les droits de l’homme, fussent-ils anarchisants. Il n’est pas question de défendre les privilèges ni les rentes de situation. Dans ses Soirées de la rue Saint-Lazare (ouvrage publié en 1849), Gustave de Molinari met en présence un socialiste, un conservateur et un économiste (mot alors synonyme de « libéral »). Les deux premiers sont généralement d’accord parce qu’ils veulent construire la société à leur guise, tandis que le troisième est presque toujours en désaccord avec eux. Ce n’est pas pour rien que l’auteur a été qualifié d’anarcho-capitaliste : le libéral est un anarchiste qui défend la propriété ! » (Pascal Salin)
- « Que la droite française ne soit pas libérale n‘a pas besoin d‘être démontré. Qu‘il suffise de comparer sa pratique depuis 50 ans aux propositions constitutives du libéralisme. Il est plus intéressant alors, pour finir, de se demander pourquoi la droite refuse l‘idée même de se dire libérale. La raison de ce paradoxe profond réside dans le fait qu‘un système reposant sur la poursuite de l‘intérêt personnel, qui explique que c‘est parce que chacun pratique le self-love que tous s‘enrichissent, est difficile à comprendre pour beaucoup et heurte la morale commune de presque tous. En outre, l‘idée d‘ordre spontané est pour beaucoup une énigme. Mais surtout, cet ordre ramène les hommes de l‘État à leur juste mesure, c‘est-à-dire peu de chose. » (Serge Schweitzer, Libres ! 100 idées, 100 auteurs)
Orléanisme
L'orléanisme est un des courants de la droite française, distinguée par René Rémond. Il prend forme sous le règne de Louis-Philippe qui, duc d'Orléans jusqu'en 1830, donne à cette sensibilité le nom de sa famille. Il ne résume cependant ni à l'apport d'une tradition familiale ni même à un régime, sinon il n'aurait pas survécu à la révolution de 1848. Il se caractérise par le juste milieu, la recherche de la voie moyenne entre le retour à l'Ancien Régime prôné par les légitimistes et les excès de la Révolution magnifiée par les Républicains. Il accomplit le souhait des Doctrinaires sous la Restauration d'unir le roi et la nation sur le compromis de la Charte. Pour Guizot, la Monarchie de Juillet marquait l'aboutissement de l'histoire de France. C'est un certain système monarchique associé à une forme de parlementarisme.
Le gouvernement des élites
Aux yeux de ses contempteurs, la Monarchie de Juillet (1830 - 1848) a été le règne de la bourgeoisie, Louis-Philippe « roi bourgeois » symbolisant la domination d'une classe concentrant entre ses mains tous les signes et attributs de la puissance. Ce régime reflète l'idéal d'un gouvernement à bon marché, permettant de prévenir les excès du pouvoir et l'arbitraire gouvernemental, mais également transpose à la conduite des affaires publiques les procédés du monde des affaires : économie, prudence et équilibre, gestion d'un bon père de famille.
Cette notion de bourgeoisie est cependant très vague : ce mot renvoie à des réalités distinctes. C'est la plus ancienne bourgeoisie, la haute bourgeoisie, dont la richesse est foncière et non industrielle, qui constitue le personnel orléaniste et la présence d'un homme nouveau comme Adolphe Thiers fait figure d'exception.
Il existe également une aristocratie orléaniste qui se recrute dans la noblesse d'empire, l'ancienne noblesse de robe (les Molé, les Pasquier) et l'ancienne noblesse libérale (Victor et Albert de Broglie). Enfin, la monarchie de Louis-Philippe marque l'arrivée au gouvernement des professeurs : Guizot, Villemain, Cousin. L'Académie française et l'Académie des Sciences morales et politiques deviennent des salons orléanistes.
L'orléanisme est donc avant tout le gouvernement des élites, les notables qui reposent aussi bien sur la naissance que sur la fortune et l'intelligence.
Un courant libéral
« L'orléanisme ce n'est pas un parti, c'est un état d'esprit » selon Thibaudet. C'est l'arrivée au pouvoir des Doctrinaires, les équipes de rédaction du Globe (1826) et de La Revue française (1828) fournissant les cadres du régime. Pour la première fois, le journalisme politique ouvre la voie du pouvoir et devient un moyen de faire une carrière politique. Le Journal des Débats va devenir le porte-parole officieux de la doctrine orléaniste. « La presse et l'enseignement, voilà les deux colonnes de l'orléanisme, comme doctrine : le journaliste et le professeur en sont les ministres. » (René Rémond). Son rationalisme et son relativisme s'accompagnent d'un anticléricalisme discret.
Ordre et liberté
Le parlementarisme, c'est le compromis érigé en règle de gouvernement. Aussi le reproche que font les orléanistes à Napoléon III est d'avoir supprimé les libertés parlementaires : le discours de Thiers sur les « libertés nécessaires » (11 janvier 1864) en est la meilleure illustration. Le libéralisme orléaniste rêve d'une société dominée par une aristocratie foncière puissante et éclairée, ouverte au mérite et au talent, sur le modèle d'une Angleterre idéalisée.
Pour un orléaniste, la question dynastique est secondaire et le régime importe moins que les institutions : ainsi s'explique la conversion à la république d'un grand nombre d'entre eux, à l'origine de la création de la Troisième République. La république qu'ils acceptent est la République conservatrice.
Sources
- René Rémond, Les droites en France, Aubier Montaigne 1982, p. 84-98
Bonapartisme
Le bonapartisme est un courant politique et un système attachés à la personne des deux empereurs français : Napoléon et Napoléon III, ainsi qu'au Premier Empire et au Second Empire.
Un césarisme jacobin qui a marqué la France
Le bonapartisme ne se veut ni de droite ni de gauche; il se propose de réconcilier les Français en les tournant vers une œuvre d'avenir. Se posant en héritier de 1789 et de la France nouvelle, il affirme un principe d'autorité dans la lignée du jacobinisme et par son souci de la gloire se situe bien au-dessus des querelles de partis. Il n'a cessé cependant d'être tiraillé entre deux tendances : un bonapartisme de gauche, populaire, démocratique, voire anticlérical et un bonapartisme de droite, conservateur, s'appuyant sur les notables et l'église.
Louis-Napoléon Bonaparte président de la République déclare en 1849 : « Tout un système a triomphé au 10 décembre, car le nom de Napoléon est à lui seul un programme ; il veut dire à l'intérieur ordre, autorité, religion, bien-être du peuple, à l'extérieur dignité nationale ».
L'esprit général des institutions bonapartistes est celui d'un pouvoir personnel appuyé sur le suffrage universel et opposé au parlementarisme. Tocqueville a noté dans ses Mémoires sur Louis-Napoléon : « S'il avait une sorte d'adoration abstraite pour le peuple, il ressentait très peu de goût pour la liberté. Le trait caractéristique et fondamental de son esprit, en matière politique, était la haine et le mépris des assemblées. Le régime de la monarchie constitutionnelle lui paraissait plus insupportable que celui même de la république ».
La Cinquième République est souvent considérée par les libéraux comme une adaptation du bonapartisme au XXe siècle : centralisation autoritaire, prééminence de l'exécutif, pleins pouvoirs en cas de crise, rôle subsidiaire des parlements, etc.
Lettre du duc de Persigny aux électeurs de la Loire (17 juin 1871)
- « Je m’empresse de répondre à l’offre que vous voulez bien me faire de soutenir une candidature aux prochaines élections de la Loire. Permettez-moi de décliner cet honneur et vous en exposer les raisons.
- « Quelles que soient les causes qui ont écarté de l’Assemblée actuelle la plupart des hommes associés depuis vingt ans au gouvernement du pays, je me demande ce qu’ils feraient dans cette Assemblée. Ne pouvant en modifier sensiblement la composition, ils n’y seraient qu’un embarras, qu’une difficulté de plus.
- « En réalité, la plupart des membres de l’Assemblée, légitimistes, orléanistes, républicains, n’ont pas d’autre idée que le maintien, sous une forme ou un nom quelconque, du parlementarisme anglais. Ce qu’ils veulent les uns comme les autres, c’est le contraire des institutions impériales, le contraire du régime des États-Unis, où il est interdit aux détenteurs de l’autorité publique, aux chefs de la hiérarchie administrative, aux ministres de paraître dans les Chambres; en un mot, c’est l’absorption du pouvoir exécutif par le pouvoir législatif.
- « Quoique le principe du régime américain se concilie parfaitement, non seulement avec l’état d’une société démocratique comme la nôtre, mais avec toutes les libertés nécessaires, quoique le régime anglais, au contraire, ne se conçoive logiquement qu’au sein d’une société aristocratique complètement différente de la nôtre : quoique enfin ce dernier régime importé en France ait renversé tous les gouvernements qui l’ont adopté, la force des habitudes ou des préjugés domine encore chez nous les leçons de l’expérience.
- « Pour moi, fidèle aux principes fondamentaux posés au commencement de ce siècle par le grand empereur, par l’homme de génie qui a le mieux compris la nation française, j’ai toujours pensé que le parlementarisme anglais, tel qu’on le pratique chez nous, était incompatible avec le caractère impressionnable de notre pays.
- « Même dans les temps les plus tranquilles, j’étais convaincu et je soutenais que, en préférant la parole à l’action, en livrant inévitablement le gouvernement aux avocats, en surexcitant toutes les ambitions, en obligeant même les plus honnêtes à ne songer qu’à conquérir ou à défendre le pouvoir au lieu de s’en servir, enfin en appelant sans cesse les passions populaires au secours des diverses compétitions, ce régime ne pouvait produire que des agitations stériles ou dangereuses. Aujourd’hui que les temps sont devenus plus difficiles et les éléments de désordre plus nombreux, plus redoutables, je me demande comment cette conviction n’est pas générale. »
Sources
- René Rémond, 1982, Les droites en France, Aubier Montaigne 1982, p. 99-121
- Monica Quirico, 2003, Nicos Poulantzas: il bonapartismo come paradigma dello Stato capitalistico, In: Bonapartismo cesarismo e crisi della società. Luigi Napoleone e il colpo di Stato del 1851, M. Ceretta, dir., Firenze, Olschki, pp143-152
- D. Losurdo, 1993, Democrazia o bonapartismo. Trionfo e decadenza del suffragio universale, Torino, Bollati Boringhieri
Citations
- « Ma politique est de gouverner les hommes comme le grand nombre veut l'être…C'est me faisant catholique que j'ai fini la guerre de Vendée, en me faisant musulman que je me suis établi en Égypte, en me faisant ultramontain que j'ai gagné les prêtres en Italie. Si je gouvernais un peuple de Juifs, je rétablirais le temple de Salomon. Aussi je parlerai de Liberté dans la partie libre de Saint-Domingue ; je confirmerai l'esclavage à l'île de France et même dans la partie esclave de Saint-Domingue, en me réservant d'adoucir et de limiter l'esclavage là où je le maintiendrai, de rétablir l'ordre et de maintenir la discipline là où je maintiendrai la liberté. C'est là, je crois, la manière de reconnaître la souveraineté du peuple ». (Napoléon Bonaparte au Conseil d'État, 16 août 1800)
- « Si vous voulez que le buonapartisme meure avec Buonaparte, sortez vous-même du buonapartisme ; ne le pratiquez pas comme système en le dénonçant comme sentiment ». (Guizot, Des moyens de gouvernement et d'opposition dans l'état actuel de la France, 1821)
- « L’idée napoléonienne consiste à reconstituer la société française bouleversée par 50 ans de révolution, à concilier l’ordre et la liberté, les droits du peuple et les principes d’autorité. Au milieu de deux partis acharnés dont l’un ne voit que le passé et l’autre que l’avenir, elle prend les anciennes formes et les nouveaux principes. Elle va dans les chaumières, non pas en tenant à la main de stériles déclarations des droits de l’homme, mais avec les moyens nécessaires pour étancher la soif du pauvre, pour apaiser sa faim ; et, de plus, elle a un récit de gloire pour éveiller son amour de la patrie ! L’empereur Napoléon a contribué plus que tout autre à accélérer le règne de la liberté, en sauvant l’influence morale de la révolution, et en diminuant les craintes qu’elle inspirait. Sans le Consulat et l’Empire, la Révolution n’eût été qu’un grand drame qui laisse de grands souvenirs mais peu de traces. Napoléon enracina en France et introduisit partout en Europe les principaux bienfaits de la grande crise de 1789 ». (Louis-Napoléon Bonaparte, Les idées napoléoniennes, 1839).
- « Enfin Napoléon, qui réunissait les passions d'un jacobin aux préjugés d'un réactionnaire, sans aucun mélange de libéralisme, essaya de concilier le communisme de la Convention avec les monopoles et les privilèges de l'ancien régime. Il organisa l'enseignement communautaire, subventionna des cultes communautaires, institua un corps des ponts et chaussées dans le but d'établir un vaste réseau de voies de communication communautaires, décréta la conscription, c'est-à-dire l'armée communautaire; en outre, il centralisa la France comme une grande commune, et ce ne fut pas sa faute s'il organisa point dans cette commune centralisée toutes les industries sur le modèle de l'Université et de la régie des tabacs. » (Gustave de Molinari, Douzième soirée de la rue Saint-Lazare)
- « Le bonapartisme (est) la quintessence de la culture politique française. C’est en effet en lui qu’ont prétendu fusionner le culte de l’État rationalisateur et la mise en scène d’un peuple-Un. Le bonapartisme est aussi pour cela la clef de compréhension de l’illibéralisme français. Il le radicalise, en effet, d’une certaine manière, en mettant brutalement à nu ses ressorts les plus profonds. » (Pierre Rosanvallon)
- « Les bonapartistes : loin de vouloir un État neutre et soumis au droit, ils veulent un État "fort", c’est-à-dire soumettant le droit à la volonté d’un "chef" qui prendrait le contrôle de l’État et le dirigerait en fonction de l’Intérêt général qu’il serait bien sûr seul à même de déterminer. La Constitution de la Ve République est organisée selon ces principes. On en voit les résultats heureux tous les jours. » (Charles Gave)
- « Si la définition du fascisme est « tout pour l’Etat, tout par l’Etat, rien en dehors de l’Etat (Mussolini) », la définition du bonapartisme serait « tout pour le grand homme, tout par le grand homme, rien en dehors du grand homme » et la nature bonapartiste de la Constitution de la Ve est bien sûr la principale raison qui explique l’effondrement de notre pays. » (Charles Gave)
- « On prétend que Napoléon a propagé, les armes à la main, les idées de liberté et d'égalité de la Révolution française ; mais ce qu'il a principalement propagé, c'est l'idée de l'État centralisé, l'État comme source unique d'autorité et objet exclusif de dévouement ; l'État ainsi conçu, inventé pour ainsi dire par Richelieu, conduit à un point plus haut de perfection par Louis XIV, à un point plus haut encore par la Révolution, puis par Napoléon, a trouvé aujourd'hui sa forme suprême en Allemagne. Il nous fait à présent horreur, et cette horreur est juste ; n'oublions pas pourtant qu'il est venu de chez nous. » ("Réflexion sur les origines de l'hitlérisme", Simone Weil, 1940)
- « Le bonapartisme est tout à la fois l'anticipation et la version française du fascisme. [...] Il escamote la souveraineté du peuple dont il prétend émaner. Il contraint et asservit le peuple prétendument souverain en réduisant les plébiscites à des farces, en érigeant en loi le bon plaisir d’un individu. Bien loin d’unir réellement les groupes et les partis, il laisse subsister, en les camouflant un temps, toutes les divisions et se borne à superposer l’arbitraire au chaos. » (Raymond Aron)
Conservatisme
Le conservatisme est une philosophie politique ou un ensemble de philosophie politique qui ont en commun la préservation d'une situation ou le retour à une situation passée. Elle s'exprime par la défense des valeurs traditionnelles, et de la primauté du droit naturel sur le droit positif. Il existe de nombreuses formes de conservatisme, avec des expressions dans les domaines social, politique, moral, culturel, religieux.
L'expression est soit associée à un parti politique, une pratique politique, un état d'esprit, un comportement ou attitude. Le mot conservateur vient du latin conservare, signifiant maintenir, préserver ou garder.
D'une façon précise, le conservateur est un tenant du conservatisme, et donc qui adhère à certains principes :
- visant à conserver un certain mode de vie, culture ou ordre de choses. Toutefois cette posture ne doit pas être confondue avec l'immobilisme ou le passéisme.
- la liberté et la propriété sont intimement connectées et constituent les bases d'une civilisation stable. La propriété privée s'inscrit dans une forme d’enracinement comportant certains devoirs et obligations morales.
- la nature humaine et l'harmonie morale sont permanentes, il ne s'agit pas d'objets éphémères transformables selon l'arbitraire. La juste mesure et le principe de prudence sont des vertus et doivent guider la conduite humaine.
- les communautés humaines ne sont pas parfaites et infaillibles, il ne suffit pas de transformer la société pour supprimer les maux et souffrances humaines. Il existe des limites à tout pouvoir politique, la croyance aveugle dans un tout-puissant progrès sans limites raisonnables met en péril la stabilité et la continuité de toute communauté sociale.
Le conservatisme en philosophie politique
En tant que courant de pensée, le conservatisme existe depuis plus de trois siècles et s'exprime dans une disposition et relation d’être au monde. Souvent ostracisé et critiqué, rares sont les penseurs qui s'y identifient ouvertement, par crainte d'être méprisés, accusés de nostalgie d'un monde traditionnel disparu ou encore d'être traités de réactionnaires. Pourtant, l'idée de société civile autonome, de responsabilité et vertu ne sont pas des idées obscures et absentes de nos champs de vision culturels. Historiquement le conservatisme a comme point de départ une réflexion sur la condition humaine. Deuxièmement, la notion et le sens de la continuité et permanence des institutions humaines fait aussi partie des valeurs importantes du conservatisme.
Historiquement, le phénomène dit conservateur est né en réaction aux trois grandes révolutions, la révolution anglaise de 1688, la révolution américaine de 1783 et la révolution française de 1789. Même s'il est un produit des Lumières, il est tout aussi l'héritier d'une tradition philosophique remontant à la Grèce antique.
Malgré l'héritage et la tradition, il n'existe pas de système conservateur universel, encore moins une idéologie conservatrice. Pour cette raison, un conservateur peut être caractérisé par son scepticisme envers tout système dogmatique rationnel. Loin d'être un sentimentaliste moderne, un conservateur vit la modernité dans son actualité, le passé est selon lui un réservoir d'expériences non-idéalisé, mais les plans et promesses renvoyant à un avenir radieux sont à mettre en cause et propres à inspirer la méfiance. De tendance réactive, le conservateur prend comme sienne la citation de Confucius selon laquelle « l'expérience est une lanterne que l'on porte sur le dos et qui n'éclaire jamais que le chemin parcouru ».
Conservatisme et libéralisme
Un libéral ne se positionne pas pour ou contre le conservatisme : il est à la fois conservateur sous un certain plan, ce qui peut être résumé par l'affirmation de Mathieu Laine selon laquelle « le libéralisme est la seule idéologie qui n’aspire pas à changer l'homme mais à le respecter »[1], et progressiste sous un autre, car selon Friedrich Hayek « le libéralisme n'est hostile ni à l'évolution ni au changement ; et là où l'évolution spontanée a été étouffée par des contrôles gouvernementaux, il réclame une profonde révision des mesures prises »[2].
Bien que Friedrich Hayek considère le conservatisme comme une attitude légitime, il en dresse une critique en soulignant certaines différences entre la tradition américaine et la tradition européenne. Il souligne que « le défenseur de la tradition américaine était un libéral au sens européen du terme », ainsi la tentative de transplanter dans la tradition américaine le type européen de conservatisme, étranger à la tradition américaine, a produit certaines confusions et constitue une source de malentendus.
Hayek dresse une série d'objections à tout conservatisme proprement dit[3] :
- il ne propose pas une réelle alternative à la direction actuelle et n'indique aucun autre chemin ;
- la propension à user des pouvoirs du gouvernement pour empêcher le changement ;
- son manque de compréhension des forces spontanées sur lesquelles se fonde une politique de liberté ;
- complaisance envers les actions de l’autorité établie ;
- méfiance envers les théories abstraites et les principes généraux permettant la formulation de principes politiques postulant une compréhension des forces générales coordonnant la société ;
- la position conservatrice repose sur une vision élitiste de la société, même si un libéral n'est pas égalitariste non plus ;
- son interventionnisme pour raisons morales, alors que pour un libéral « les convictions morales qui concernent des aspects du comportement personnel n'affectant pas directement la sphère protégée des autres personnes ne justifient aucune intervention coercitive » ;
- sa résistance à tout progrès des connaissances, même si un libéral ne tient pas tout changement comme un progrès ;
- sa propension à rejeter les connaissances nouvelles débouche sur une sorte d'obscurantisme, car le conservateur craint que les nouvelles théories bouleversent les croyances auxquelles il est attaché.
Conservatisme et libertarianisme
Hans-Hermann Hoppe estime qu'il existe deux sens possibles du terme conservateur. Selon lui, le « conservatisme moderne, aux États-Unis et en Europe, est une notion de nos jours confuse et diversifiée »[4]. Cette confusion résulte de l'influence de la démocratie représentative et « évolua en un mouvement d’étatistes culturellement conservateurs : l’aile droite des socialistes et socio-démocrates ». Selon Hoppe la définition exacte du conservatisme, qui n'est pas une opposition au changement, préservation du status quo ou conservation de l’ordre établi, mais qui est liée à sa conception d'un ordre naturel[5] :
« Est conservateur celui qui croit en l'existence d'un ordre naturel, correspondant à la nature des choses : celle de la nature et celle de l'homme. »
« Le « conservateur » reconnaît l’ancien et le naturel à travers la contingence des anomalies et accidents et le défend, le soutient et aide à le préserver du temporaire et de l’anormal. »
Pour Edmund Burke, le conservatisme libéral découle d'un refus de faire table rase du passé : la tradition, la famille, la religion, la hiérarchie, etc. fournissent des cadres de référence aux individus qui leur permettent de se développer. Ce sont de précieux garde-fous contre les doctrinaires constructivistes. Ainsi, Burke critique la conception française des droits de l'homme, construction abstraite et universaliste, pour lui préférer les droits des Anglais, héritage du passé. Pour son disciple Russell Kirk, le conservatisme est lié à la foi religieuse et en la croyance en « une sorte d'ordre moral transcendant ».
Hans-Hermann Hoppe conteste l'idée que le libertarianisme et le conservatisme soient incompatibles ou même antagonistes, car selon lui, Ludwig von Mises et Murray Rothbard furent des conservateurs culturels assumés. En effet, tant le libertarianisme comme le conservatisme considèrent que le normal et le naturel sont anciens et omniprésents. Il existe donc une certaine affinité substantielle entre les deux dispositions : « la propriété et les relations entre propriétaires n’existent pas hors des familles et des relations entre pairs ». De cette manière le libertarianisme peut être entendu aussi comme une critique radicale de la désintégration et déclin moral et culturel des noyaux familiaux par l’état providence moderne.
Conservatisme antilibéral
De nombreux conservateurs de droite ou de gauche sont antilibéraux par nationalisme, traditionalisme, bellicisme, étatisme, interventionnisme, anti-individualisme, corporatisme, etc. Ils considèrent généralement que la coercition et la violence sont justifiées pour sauvegarder des "valeurs" nationales ou des "valeurs" morales.
Conservatisme contemporain aux États-Unis
Le mouvement conservateur américain de la seconde moitié du XXe siècle s'est largement construit autour de la doctrine du fusionnisme. Ce terme politique américain désigne la « fusion » entre conservateurs classiques et libertariens dans le mouvement conservateur. On parle parfois également de libertarianisme conservateur. C'est Frank S. Meyer, un auteur conservateur américain, qui est le père de la notion.
Plus que dans d'autres pays, en particulier en France, les conservateurs américains ont incorporé des éléments libéraux voire libertariens dans leur doctrine. Dans son livre, paru en 1987, sur le mouvement conservateur aux Etats-Unis, John Porter East cite 7 personnalités importantes : Russell Kirk, Richard Weaver, Frank S. Meyer, Willmoore Kendall, Leo Strauss, Eric Voegelin et Ludwig von Mises. Ce dernier, penseur majeur de l'école autrichienne est aussi proche du libertarianisme.
Citations
- « Le conservatisme est une utopie car l’État finit toujours par devenir un Léviathan incontrôlable. « Si l’on rejette le laissez-faire à cause de la faillibilité de l’homme et de sa faiblesse morale, il faut aussi, pour les mêmes raisons, rejeter toute espèce d’action du gouvernement », écrit Ludwig von Mises. » (Damien Theillier[6])
- « Être conservateur, c’est donc préférer le familier à l’inconnu, ce qui a été essayé à ce qui ne l’a pas été, le fait au mystère, le réel au possible, le limité au démesuré, le proche au lointain, le suffisant au surabondant, le convenable au parfait, le rire de l’instant présent à la béatitude utopique. » (Michael Oakeshott[7])
- « L'affaire des progressistes est de continuer à faire des erreurs. L'affaire des conservateurs est d'éviter que ces erreurs ne soient corrigées. » (G.K. Chesterton)
- « Le conservateur est un homme d’État qui est épris des maux existants, ce qui le distingue du progressiste qui souhaite remplacer ces maux par d'autres. » (Ambrose Bierce)
- « Un véritable conservateur, c'est quelqu'un qui vous explique que le gouvernement ne marche pas, qui est élu et qui prouve ainsi ses dires ! » (Milton Friedman)
- « Le terme de conservateur suggère le maintien du statu quo, même quand cela peut impliquer un ensemble de règles inadéquates ou des programmes gouvernementaux excessivement interventionnistes. Cela peut aussi correspondre à des formes de conservatisme social que je juge peu attrayantes : par exemple des restrictions sur l'avortement, des lois anti-drogues strictes, des contraintes sur l'immigration, des limitations dans le commerce international. Je préfère de beaucoup les termes de libertarien ou de libéral classique. » (Robert J. Barro[8])
- « Les conservateurs sont partisans d’une économie mixte et d’un État-providence. Leur différence avec les progressistes n’est qu’une différence de degré et non de principe. » (Ayn Rand)
- « L’état actuel de dégénérescence morale, de désintégration sociale et de pourrissement culturel est précisément le résultat de trop de tolérance – et avant tout, une tolérance totalement erronée et faussement appréhendée. [...] Comme de vrais conservateurs, qui devront se dissocier des faux conservateurs socialistes tels les buchananiens et néoconservateurs, les vrais libertariens doivent se dissocier visiblement et avec ostentation de ces imposteurs que sont les faux libertariens de gauche, adeptes du multiculturalisme, de la contre-culture et de l’antiautoritarisme égalitariste. » (Hans-Hermann Hoppe[9])
Informations complémentaires
Notes et références
- Hans-Hermann Hoppe, Democracy, the God That Failed - On conservatism and libertarianism
Bibliographie
- 1953, Russell Kirk, "The Conservative Mind: From Burke to Santayana", Chicago: Regnery
- 1966, Jeffrey Hart, "The American Dissent: A Decade of Modern Conservatism", Garden City, NY, Doubleday
- 1967,
- Robert Goldwin, dir., "Left, Right and Center: Essays in Liberalism and Conservatism in the United States", Chicago, Rand McNally
- Allan Guttman, "The Conservative Tradition in America", New York, Oxford University Press
- 1969, Clarence Manion, "The Conservative American", Devin Adair
- 1976,
- George H. Nash, "The Conservative Intellectual Movement in America", New York, Basic Books
- Nouvelle édition en 1998, Wilmington, DE: Intercollegiate Studies Institute Press
- N. O'Sullivan, "Conservatism", London, Dent
- George H. Nash, "The Conservative Intellectual Movement in America", New York, Basic Books
- 1979, Russell G. Fryer, "Recent conservative political thought: American perspectives", Washington, D.C.: University Press of America
- 1982, William R. Harbour, "The Foundations of Conservative Thought: An Anglo-American Tradition in Perspective", Notre Dame, IN, University of Notre Dame Press
- 1985, Willmoore Kendall, "The Conservative Affirmation", Chicago, Henry Regnery
- 1986, K. Mannheim, "Conservatism", London, Routledge & Kegan Paul
- 1987, John P. East, "The American Conservative Movement", Washington, D.C.: Regnery
- 1988,
- William Buckley, Cjarles R. Kesler, dir., "Keeping the Tablets: Modern American Conservative Thought", Chicago, IL, Regnery
- John Chamberlain, commentaire du livre de John P. East, "The American Conservative Movement", The Freeman, December, Vol 38, n°12
- Paul Gottfried, T. Fleming, "The Conservative Movement", Boston, MA, Twayne
- 1989, Bobby Taylor, "Anti-Imperialism on the Right", Liberty Magazine, May, vol 2, n°5, pp37-42,p68
- 1991,
- Nigel Ashford, "American conservatism", In: Nigel Ashford, Steve Davies, dir., "A Dictionary of Conservative and Libertarian Thought", New York: Routledge
- Norman Barry, "British conservatism", In: Nigel Ashford, Steve Davies, dir., "A Dictionary of Conservative and Libertarian Thought", New York: Routledge
- Norman Barry, "Conservatism", In: Nigel Ashford, Steve Davies, dir., "A Dictionary of Conservative and Libertarian Thought", New York: Routledge
- Steve Davies, "French Conservatism", In: Nigel Ashford, Steve Davies, dir., "A Dictionary of Conservative and Libertarian Thought", New York: Routledge
- Steve Davies, "German Conservatism", In: Nigel Ashford, Steve Davies, dir., "A Dictionary of Conservative and Libertarian Thought", New York: Routledge
- J. David Hoeveler, Jr. "Watch on the Right: Conservative Intellectuals in the Reagan Era", Madison, Wis.: University of Wisconsin Press
- 1998, George W. Carey, dir., "Freedom and Virtue: The Conservative/Libertarian Debate", Wilmington, DE: Intercollegiate Studies Institute
- 1999, Ronald Lora, William Longton, dir., "The Conservative Press in Twentieth Century America", Westport, Conn.: Greenwood
- 2001, Roger Scruton, "The Meaning of Conservatism", Basingstoke, UK: Palgrave Macmillan, 3ème édition
- 2003, Gregory Schneider, dir., "Conservatism in America since 1930: A Reader", New York: New York University Press
- 2008,
- George W. Carey, "CONSERVATISM", In: Ronald Hamowy, dir., "The Encyclopedia of Libertarianism", Cato Institute - Sage Publications, pp93-95
- Robert P. Kraynak, “Conservative Critics of Modernity: Can They Turn Back the Clock?”, In: Mark C. Henrie, dir., "Arguing Conservatism: Four Decades of the Intercollegiate Review", Wilmington, DE: ISI Books, p63, pp70–71
- 2010, Larry Arnhart, "Darwinian Conservatism versus Metaphysical Conservatism", Intercollegiate Review, Fall, Vol 45, n°1, pp22-32
Voir aussi
- Néoconservateur
- Libéraux conservateurs
- Progressisme
- Réaction
- Obscurantisme
- Révolution conservatrice
- Fusionnisme
- Penseurs libéraux : Edmund Burke, Michael Oakeshott
B) - Gauche et les "Égalopithèques"
Gauche
Le terme gauche dans la vie politique désigne aujourd'hui surtout des partis ou doctrines défendant des thèses socialistes, communistes, social-démocrates ou assimilées en économie, et des thèses libérales sur les sujets de société ou les questions de mœurs. Le positionnement du libéralisme face à la droite ou à la gauche est plus complexe qu'une opposition ou une adhésion, comme l'illustre le diagramme de Nolan ou la célèbre citation de José Ortega y Gasset via Raymond Aron :
« Qu'on soit de droite ou qu'on soit degauche, on est toujours hémiplégique. »
Point de vue libéral
Une grande partie des libéraux refuse la distinction simpliste entre « gauche » et « droite » et préfère par exemple une classification sur deux axes telle que le diagramme de Nolan :
- « Les libéraux sont « ailleurs » et il est erroné de les situer à droite ou à gauche. Ils sont favorables à la liberté individuelle dans tous les domaines, précisément parce que la vie des hommes ne peut pas se découper en tranches, avec une partie économique, une partie sociale ou une partie familiale. » (Pascal Salin)
Les libertariens contestent l'opposition droite/gauche ; pour eux, ce dualisme simpliste est dépassé si l'on pose comme point de départ à la politique l'impérieuse nécessité de respecter d'abord les libertés individuelles. Extrait du Manifeste libertarien de Murray Rothbard :
- « Si personne n’a le droit d’agresser quelqu’un d’autre, en bref, si chacun a le droit absolu d’être « libre » de toute agression, il s’ensuit immédiatement que le libertarien approuve pleinement ce qu’on appelle généralement les « libertés civiles » : liberté d’expression, de publication, d’association, liberté de « commettre » des délits sans victimes tels que la pornographie, les « déviations » sexuelles, la prostitution, la drogue, toutes choses que le libertarien ne considère pas du tout comme des délits, puisqu’il ne s’agit pas d’agression à l’encontre d’une autre personne ou de sa propriété. En outre, il considère la conscription comme un esclavage à grande échelle. Et puisque la guerre, et plus particulièrement la guerre moderne, entraîne l’exécution massive de civils, le libertarien considère de tels conflits comme du meurtre de masse, et donc comme quelque chose d’absolument illégitime.
- « Tous ces points de vue sont considérés comme « de gauche » sur l’échelle idéologique contemporaine. D’autre part, le libertarien s’opposant à l’agression contre le droit de propriété privée, il s’oppose tout aussi vigoureusement à l’intrusion du gouvernement dans les droits de propriété et dans l’économie de marché au travers de contrôles, règlementations, subventions ou interdictions. Car si chaque individu a le droit de posséder et de ne pas être agressé et volé, alors il a aussi le droit de se défaire de sa propriété (par la transmission ou l’héritage) et de l’échanger contre la propriété d’autres personnes (liberté de contrat et économie de marché libre) sans subir d’intrusion. Le libertarien est donc en faveur d’un droit de propriété sans restriction et du libre-échange, c’est-à-dire d’un système capitalistique de laissez-faire.
- « Le libertarien ne voit aucune incohérence à être « de gauche » dans certains domaines et « de droite » dans d’autres. Au contraire, il considère que sa position est quasiment la seule qui soit cohérente du point de vue de la liberté individuelle. »
Les libéraux jugent incohérents ceux qui soutiennent les libertés individuelles mais refusent la liberté économique. Certains se définissent comme libéraux de gauche et rappellent que le terme de « gauche » n'a pas toujours été associé au collectivisme ou à l'étatisme.
La gauche en France
En France, historiquement, à partir de 1789, les libéraux constituent un mouvement de gauche jusqu’à la fin du XIXe siècle. Benjamin Constant est le chef de la gauche libérale. Alexis de Tocqueville siège au centre gauche et il en sera de même plus tard de Léon Say, le petit-fils « libéral-conservateur » de Jean-Baptiste Say, ou encore d’Yves Guyot[1] et de Jules Simon.
Un constat qui fait dire à l'essayiste Philippe Manière dans L'Aveuglement français[2] : « Si l'histoire est un guide de quelque valeur, s'il est vrai que la droite incarne l'ordre et la conservation, alors le libéralisme, incontestablement est de gauche. »
Selon les pays et les circonstances, les libéraux se retrouvent à « gauche » (lorsque le libéralisme économique est majoritaire et que le conservatisme s'exerce sur les mœurs : cas des USA, ou de la France du XIXe siècle), à « droite » (inversement quand l'interventionnisme économique et les services publics sont majoritaires mais les mœurs relativement libres : cas de la France) ou « nulle part » (cas du Royaume-Uni où le parti libéral de Lloyd George n'a pas survécu à la Deuxième Guerre mondiale).
Même historiquement, toute la gauche a loin d'avoir été libérale cependant. Analysant la « gauche » et ses mythes dans L'Opium des intellectuels, le philosophe français Raymond Aron en propose une typologie en trois catégories :
- la gauche organisatrice, autoritaire, nationale sinon nationaliste, parfois impérialiste (en faveur de la colonisation au XIXe siècle) ;
- la gauche libérale qui se dresse contre le socialisme et qui est internationaliste ;
- la gauche égalitaire, qui semble condamnée à une constante opposition contre les riches et puissants.
Dans une lecture différente, pour le philosophe Philippe Nemo, la caractéristique de la gauche, en France, est d'être « antilibérale, anticapitaliste, de prôner toujours plus d’État : la solution aux problèmes est que l'État s'en occupe, et il ne peut s'en occuper qu'en prenant plus d'impôts »[3].
Une explication à l'antilibéralisme d'une partie des personnes de gauche peut être simplement économique : la plupart d’entre elles auraient un niveau de vie bien moins important si elles étaient confrontées aux lois du marché, plutôt que dépendantes de l’État ou des privilèges que celui-ci leur octroie.
Le camp du bien ?
Pour ses critiques, on peut parfois caractériser la gauche, dans la plupart des pays, par une prétention à représenter le camp du bien, ou le camp de la morale, ce qui l'amène à soutenir des positions antilibérales (par exemple des restrictions à la liberté d'expression, le soutien à certains dictateurs (communistes par exemple), l'exigence de privilèges au bénéfice de minorités, l'apologie d'un étatisme forcené, l'accusation d'islamophobie envers les critiques de la religion, etc.) sans référence ni aux faits ni aux droits individuels (« mieux vaut avoir tort avec Sartre que raison avec Aron »). Ce dernier écrivait ainsi dans L'Opium des intellectuels en 1955 : « Cherchant à expliquer l'attitude des intellectuels, impitoyables aux défaillances des démocraties, indulgents aux plus grands crimes, pourvu qu'ils soient commis au nom des bonnes doctrines, je rencontrai d'abord les mots sacrés : gauche, Révolution, prolétariat. »
Cette supposée prééminence morale lui permet d'exercer ce qui est vu par ses critiques comme du « terrorisme intellectuel » tel qu'il obligerait la droite à adopter les mêmes points de vue qu'elle sous peine de diabolisation. En France, en détournant l'attention sur les turpitudes de l'adversaire, elle parvient même à faire oublier ses propres turpitudes (colonialisme au XIXe siècle, soutien au régime de Vichy et à la collaboration avec l'occupant allemand pendant la Seconde Guerre mondiale ; soutien aux dictateurs communistes ; apologie de la pédophilie, du négationnisme ; antisémitisme[4] ; etc.) :
- « Alors que la droite incarnait les valeurs morales, et la gauche au contraire une certaine exigence historique et politique contradictoire, aujourd’hui, celle-ci, dépouillée de toute énergie politique, est devenue une pure juridiction morale, incarnation des valeurs universelles, championne du règne de la Vertu et tenancière des valeurs muséales du Bien et du Vrai, juridiction qui peut demander des comptes à tout le monde sans avoir à en rendre à personne. » (Jean Baudrillard, article de Libération, 1997)
- « Il y a beaucoup plus de mensonges de gauche que de droite. (...) L’évocation des crimes de gauche n’est possible de façon suivie que dans quelques revues spécialisées, dans quelques colloques dont les participants se voient aussitôt classés à l’ultra-droite. » (Jean-François Revel, La connaissance inutile)
- « Quiconque étudie l'histoire des idées devrait remarquer à quel point les gens de la gauche politique, plus que les autres, dénigrent et diabolisent ceux qui ne sont pas d'accord avec eux, au lieu de répondre à leurs arguments. » (Thomas Sowell)
Citations
- « À gauche comme à droite cette allergie au libéralisme est d'autant plus curieuse que les deux camps pourraient y retrouver des racines et y nourrir un projet : la gauche, revendiquant l'héritage des grands mouvements de lutte contre la tyrannie, devrait aimer le mot même de "libéralisme", la promesse de progrès qu'il porte en lui, son culte de la différence. La droite, plus soucieuse, elle, d'ordre et d'épanouissement personnel, devrait chérir cette doctrine fondée sur un droit à la réussite garantissant la stabilité sociale. L'une et l'autre devraient y trouver, surtout, comme le montrent les expériences étrangères, les moyens et les instruments pour enfin lutter efficacement contre le chômage qu'elles dénoncent justement comme le fléau de notre temps, le cancer de notre pays. » (Philippe Manière, L'Aveuglement français[5])
- « Je n'ai jamais cessé de me considérer comme étant de gauche. À l'origine, être de gauche, c'est lutter pour la vérité et la liberté, et pour le maximum de justice sociale. Mais une justice sociale établie selon des méthodes qui marchent, pas selon des méthodes qui échouent, comme la redistribution à tout-va qui ne fait qu'affaiblir l'économie. (...) Ce qu'on appelle la gauche n'est plus aujourd'hui qu'un clan, une espèce de tribu, un ensemble de spécialistes de l'escroquerie dans les relations publiques, de manipulateurs habiles, qui ont l'art de présenter des idées et des théories qui ont amené les plus grandes catastrophes dans l'histoire de l'humanité comme étant des choses progressistes. » (Jean-François Revel, Entretien dans Lire, février 1997[6])
- « C'est pas grave d'être de gauche... en général ça passe au premier relevé d'ISF. » (Gaspard Proust) (humour)
- « Pour moi, les gens de gauche ça n'existe pas. Vous en connaissez des gens de gauche qui, lors de la chute du mur de Berlin, se soient enfuis à l'est ? » (Gaspard Proust) (humour)
- « J’adorerais être de gauche. C’est un souhait, mais je trouve que c’est tellement élevé comme vertu que j’y ai renoncé. C’est un gros boulot, un dépassement de soi, c’est une attitude, une présence à l’autre… Il faut être "exceptionnel" quand tu es de gauche. Quand tu n’es pas de gauche, tu peux être moyen. Quand tu es de gauche, c’est l’excellence, le génie moral, le génie de l’entraide. C'est trop de boulot ! » (Fabrice Luchini, France 2, 17/10/2013) (humour)
- La vision égalitaire de la gauche n’est pas seulement incompatible avec le libertarisme. Elle est si déconnectée de la réalité qu’on doit se demander comment on peut la prendre au sérieux. L’homme de la rue ne croit certainement pas à l’égalité de tous les hommes. Le simple bon sens fait obstacle à cela. Et je suis assuré que personne parmi les vrais partisans de la doctrine égalitaire ne croit vraiment, au fond, à ce qu’il proclame. Mais comment, alors, la vision de gauche du monde a-t-elle pu devenir l’idéologie dominante de notre époque ? Pour un libertarien, la réponse devrait être évidente : la doctrine égalitaire a atteint ce statut non pas parce qu’elle est vraie, mais parce qu’elle fournit la parfaite couverture intellectuelle qui permet le contrôle social totalitaire par une élite dirigeante. (Hans-Hermann Hoppe)
- Être de gauche, pour beaucoup de militants, c’est préférer l’idéologie au réel, le manichéisme à l’intelligence, et les bons sentiments à l’efficacité. De là ses échecs répétés. (André Comte-Sponville, Causeur, 14/05/2019)
Notes et références
- Jean-François Revel, Entretien avec Olivier Todd dans le magazine Lire, février 1997, [lire en ligne]
Bibliographie
- 1955, Raymond Aron, L'Opium des intellectuels, ISBN 2012790615, Acheter en ligne
- 2000, Thierry Leterre, La gauche et la peur libérale, Presses de Science-Po, ISBN 2724608038, Acheter en ligne
- 2007, Alberto Alesina, Francesco Giavazzi, Il liberismo è di sinistra (Le libéralisme économique est de gauche)
- 2012, Jean-Philippe Feldman, "Gauche", In: Mathieu Laine, dir., "Dictionnaire du libéralisme", Paris: Larousse, pp278-280
- 2015, Roger Scruton, L'Erreur et l'orgueil - Penseurs de la gauche moderne, L'Artilleur, Acheter en ligne
Liens externes
- (fr)Le libéralisme est-il de gauche ?, Alberto Alesina
- (fr)Le libéralisme peut-il être de gauche ? sur Contrepoints, entretien avec Jérôme Perrier
- Citations sur la gauche
-
Citations sur la gauche, drôles ou célèbres, de Gaspard Proust, Raymond Aron, Fabrice Luchini ou Jean-François Revel
- « Je n'ai jamais cessé de me considérer comme étant de gauche. À l'origine, être de gauche, c'est lutter pour la vérité et la liberté, et pour le maximum de justice sociale. Mais une justice sociale établie selon des méthodes qui marchent, pas selon des méthodes qui échouent, comme la redistribution à tout-va qui ne fait qu'affaiblir l'économie. (...) Ce qu'on appelle la gauche n'est plus aujourd'hui qu'un clan, une espèce de tribu, un ensemble de spécialistes de l'escroquerie dans les relations publiques, de manipulateurs habiles, qui ont l'art de présenter des idées et des théories qui ont amené les plus grandes catastrophes dans l'histoire de l'humanité comme étant des choses progressistes. »
- Jean-François Revel, Entretien dans Lire, février 1997[1])
- « Qu'on soit de droite ou qu'on soit de gauche, on est toujours hémiplégique. »
- « C'est pas grave d'être de gauche... en général ça passe au premier relevé d'ISF. »
- Gaspard Proust (humour)
- « Pour moi, les gens de gauche ça n'existe pas. Vous en connaissez des gens de gauche qui, lors de la chute du mur de Berlin, se soient enfuis à l'est ? »
- Gaspard Proust (humour)
- « J’adorerais être de gauche. C’est un souhait, mais je trouve que c’est tellement élevé comme vertu que j’y ai renoncé. C’est un gros boulot, un dépassement de soi, c’est une attitude, une présence à l’autre… Il faut être "exceptionnel" quand tu es de gauche. Quand tu n’es pas de gauche, tu peux être moyen. Quand tu es de gauche, c’est l’excellence, le génie moral, le génie de l’entraide. C'est trop de boulot ! »
- Fabrice Luchini, France 2, 17 octobre 2013) (humour)
- « La vision égalitaire de la gauche n’est pas seulement incompatible avec le libertarianisme. Elle est si déconnectée de la réalité qu’on doit se demander comment on peut la prendre au sérieux. L’homme de la rue ne croit certainement pas à l’égalité de tous les hommes. Le simple bon sens fait obstacle à cela. Et je suis assuré que personne parmi les vrais partisans de la doctrine égalitaire ne croit vraiment, au fond, à ce qu’il proclame. Mais comment, alors, la vision de gauche du monde a-t-elle pu devenir l’idéologie dominante de notre époque ? Pour un libertarien, la réponse devrait être évidente : la doctrine égalitaire a atteint ce statut non pas parce qu’elle est vraie, mais parce qu’elle fournit la parfaite couverture intellectuelle qui permet le contrôle social totalitaire par une élite dirigeante. »'
- « Être de gauche, pour beaucoup de militants, c’est préférer l’idéologie au réel, le manichéisme à l’intelligence, et les bons sentiments à l’efficacité. De là ses échecs répétés. »
- André Comte-Sponville, Causeur, 14 mai 2019
- « Le communisme, c'est une des seules maladies graves qu'on n'a pas expérimentées d'abord sur les animaux »
- Coluche
- « A part la droite, il n'y a rien au monde que je méprise autant que la gauche. »
- Pierre Desproges
- Derrière l’apparence avenante d’un politicien de gauche qui se dit modéré, il y a toujours un totalitaire qui ne demande qu’à jeter le masque.
- David Horowitz
- « Égoïste : personne de mauvais goût, qui s'intéresse davantage à elle-même qu'à moi. »
- Ambrose Bierce, Le dictionnaire du diable
- « À gauche comme à droite cette allergie au libéralisme est d'autant plus curieuse que les deux camps pourraient y retrouver des racines et y nourrir un projet : la gauche, revendiquant l'héritage des grands mouvements de lutte contre la tyrannie, devrait aimer le mot même de "libéralisme", la promesse de progrès qu'il porte en lui, son culte de la différence. La droite, plus soucieuse, elle, d'ordre et d'épanouissement personnel, devrait chérir cette doctrine fondée sur un droit à la réussite garantissant la stabilité sociale. L'une et l'autre devraient y trouver, surtout, comme le montrent les expériences étrangères, les moyens et les instruments pour enfin lutter efficacement contre le chômage qu'elles dénoncent justement comme le fléau de notre temps, le cancer de notre pays. »
- Philippe Manière, L'Aveuglement français[2])
Notes et références
- Jean-François Revel, Entretien avec Olivier Todd dans le magazine Lire, février 1997, [lire en ligne]
Libéraux de gauche
Le libéralisme est un ensemble de courants qui vise à faire reconnaître la primauté de l'individu. Parmi les libéraux, les libéraux de gauche se distinguent en insistant sur la nécessité d'une certaine égalité des conditions de départ pour tous.
Caractéristiques des libéraux de gauche
Les libéraux de gauche soulignent les limites du principe de première appropriation, qui fait partie du droit naturel, en s'appuyant sur une argumentation a contrario du paragraphe 33 du Traité du gouvernement civil de John Locke [1]. Pour rétablir l'égalité des conditions initiales, ils proposent de nombreux mécanismes souvent complexes : allocation universelle, propriété collective, principe de compensation, loyer, etc.
Ce qu’ils essaient de faire est de résoudre un conflit : les ressources sont rares et il faut les répartir entre les individus. Comment résoudre ce conflit ? Pour eux, la solution apportée par le droit naturel n’est pas la bonne. Bien qu’ils acceptent le reste du droit naturel, ils cherchent à le concilier avec un principe de répartition des ressources qui serait plus égalitaire (notion subjective et qui varie d’un libéral de gauche à un autre).
Historiquement, on qualifie parfois de libéraux de gauche ceux des libéraux qui, en France, siégeaient à gauche à l'Assemblée nationale : Frédéric Bastiat, Yves Guyot, etc., la gauche française à l'époque n'étant pas dans sa totalité collectiviste ni étatiste.
Certains libéraux, tels Jean-François Revel, se considèrent comme des hommes de gauche, attachés à une justice sociale qui ne soit pas de la simple redistribution, mais plutôt l'abolition de privilèges étatiques indus.
Applications concrètes
La gauche libérale a illustré cette vision avec la situation politique française.
Cette carte dessine le paysage politique français sur deux axes :
- en abscisse, le traditionnel droite-gauche, incontournable curseur médiatique du positionnement politique
- en ordonnée, le degré de libéralisme des partis politiques, à savoir l'importance qu'ils accordent à la liberté individuelle ou au dirigisme.
Cette représentation montre donc le libéralisme comme une deuxième dimension de la vie politique. Le contraire du libéralisme n'est ni la gauche ni la droite, c'est l'étatisme, le dirigisme et le constructivisme.
Bien entendu, les idées politiques ne se limitent pas non plus à cette cartographie en deux dimensions, mais cette représentation se révèle nettement plus précise que le traditionnel positionnement linéaire droite - gauche.
Erreur courante : le libéralisme est une idéologie de droite
En toute rigueur, le libéralisme ne peut être classé ni à droite ni à gauche. En déduire qu'il est « centriste » serait aussi une erreur, sauf à dire qu'il est éloigné tant des tendances redistributives de la gauche (et aussi de la droite) que des tendances autoritaires de la droite (et aussi de la gauche), ces deux types de tendances reposant sur l'étatisme et l'interventionnisme, réprouvés par les libéraux :
- « Les conservateurs veulent tous être votre papa, qui vous dit ce qu'il faut faire et ne pas faire. Les sociaux-démocrates veulent tous être votre maman, qui vous nourrit, borde vos draps et vous mouche. » (David Boaz, Libertarianism: A Primer)
Si on tient à tout prix à coller des étiquettes politiques sur les libéraux, on aura :
- plutôt à droite, les libéraux conservateurs ;
- plutôt à gauche, les libéraux de gauche ;
- plutôt centristes (dans le bon sens du terme), les libéraux classiques, qui historiquement s'opposent tant aux conservateurs de droite qu'aux socialistes ;
- inclassables, les libertariens, qui tendent vers l'anarchisme ou l'État minimal.
Citations
- « Il existe des courants de gauche, il faut le souligner, qui, au plan économique, sont des partisans des libertés économiques. À la fin du XIXe siècle, les solidaristes, par exemple, ne considèrent pas antithétique par nature avec le libre marché de construire une société plus solidaire. On a tendance à couper les courants de pensée dans un axe gauche-droite, suivant leur position sur le libéralisme économique. Mais même au sein du Parti socialiste d’avant 1914, il existait un courant assez libéral en économie qui s’opposait aux dirigistes. C’est le cas de l’opposition entre Jaurès et Jules Guesde. Jaurès a écrit un article faisant l’éloge du chef d’entreprise. Malheureusement, il a été assassiné, il eut mieux valu que ce fût Guesde ! Jaurès ne récusait pas du tout une économie libérale. » (Philippe Nataf)
- « Si elles étaient établies, la réalité et la viabilité d’un libéralisme de gauche aussi authentiquement libéral que de gauche contribuerait assurément à dédroitiser et recentrer une tradition libérale au champ élargi et à la dynamique revivifiée. En tête de leurs conditions théoriques de possibilité figure l’existence d’une gauche dont l’engagement anti-totalitaire serait également anti-collectiviste. Qui ne se fourvoie pas dans l’illusion syncrétique d’une « troisième voie » entre capitalisme et socialisme, ne s’en tienne pas à la dimension politique du libéralisme pour oser en finir avec les excès de l’interventionnisme assistanciel, redistributif et ultra-règlementariste de l’État-providence – et adhère sans restriction aux principes individualistes de responsabilité individuelle, de liberté contractuelle et de respect du droit de propriété. Sur la base du paradigme libéral, le libéralisme de gauche illustrerait alors la possibilité intellectuelle d’en déduire des conséquences et applications pratiques autres que celles du libéralisme de pur laissez-faire. Son pari : dans la ligne des idées d’un Karl Popper suggérant dès 1958 de « réduire ce qui semble tant faire question dans l’État welfare : la bureaucratisation et la mise en tutelle de l’individu » (En quoi croit l’Occident ?), parvenir à concilier l’éradication des principes et effets pervers de l’État-providence avec l’exigence d’accompagner le libre marché de dispositifs qui en suppriment la brutalité et la clôture pour les moins bien lotis. Il s’agirait de « rendre tout un chacun capable de prendre ses responsabilités et de faire preuve d’initiative pour affirmer sa compétence sur le marché au lieu de se comporter comme un « raté » et de recourir à l’assistance de l’État », pour reprendre les termes d’Habermas dans Après l’État-nation. » (Alain Laurent)
- « Si j’avais le malheur de ne voir dans le capital que l’avantage de capitalistes, et de ne saisir ainsi qu’un côté, et, assurément, le côté le plus étroit et le moins consolant de la science économique, je me ferais socialiste ; car de manière ou d’une autre, il faut que l’inégalité s’efface progressivement, et si la liberté ne renfermait pas cette solution, comme les socialistes je la demanderais à la loi, à l’État, à la contrainte. » (Frédéric Bastiat, Gratuité du crédit)
Bibliographie
- 2000, Thierry Leterre, La Gauche et la peur libérale, Presses de Sciences Po, ISBN 2724608038
- 2006,
- V. Bourdeau, "Les républicains du 19eme siècle étaient-ils des libertariens de gauche?", Raisons politiques, vol 23, pp93-108
- David Goodway, "Anarchist Seeds Beneath the Snow: Left-Libertarian Thought and British Writers from William Morris to Colin Ward", Liverpool, UK: Liverpool University Press
- Nicolas Tenzer et Monique Canto-Sperber, Faut-il sauver le libéralisme?
- 2008,
- Monique Canto-Sperber, Le libéralisme et la gauche, Hachette Littératures
- David Trenchard, Jan Narveson, "Left libertarianism", In: Ronald Hamowy, dir., "The Encyclopedia of Libertarianism", Cato Institute - Sage Publications, pp288-289
- 2022, Hillel Steiner, "Left Libertarianism", In: Benjamin Ferguson, Matt Zwolinski, dir., "The Routledge Companion to Libertarianism", London and New York: Routledge, pp229-240
Tentative de recensement
La liste suivante de libéraux de gauche ou assimilés comme tels, se base sur les travaux d'Alain Laurent (La Philosophie libérale et Les grands courants du libéralisme) et ceux de Peter Vallentyne et Hillel Steiner.
XVIe siècle
XVIIIe siècle
XIXe siècle
- Frédéric Bastiat
- Carlo Cattaneo
- Antoine Cherbuliez
- Henry George
- Yves Guyot
- Elie Halévy
- Frédéric Passy
- Herbert Spencer
- John Stuart Mill
- Antonio De Viti De Marco
XXe siècle
- Alain
- Norberto Bobbio
- Luigi Einaudi
- David Ellerman
- Anthony Giddens
- Géolibertariens : Peter Vallentyne
- Piero Gobetti
- Élie Halévy
- Bertrand de Jouvenel
- John Maynard Keynes qui se serait défini comme un néo-libéral [2], mais qui est considéré comme antilibéral par les libéraux de gauche.
- Serge-Christophe Kolm
- Roderick Long
- Mutualistes : Kevin Carson, Gary W. Chartier
- Ruwen Ogien
- Ordolibéraux : Walter Eucken, Wilhelm Röpke, Hans Großmann-Doerth
- Michael Otsuka
- Karl Popper
- John Rawls qui affirma pourtant lui-même ne pas être un libéral [3]
- Gaetano Salvemini
- Amartya Sen
- Mario Vargas Llosa
XXIe siècle
Notes et références
- Voir Alain Laurent.
Lien externe
- (fr)Un extrait de La philosophie libérale d'Alain Laurent
- (fr)L'entrepreneur dans le libertarisme de gauche, une discussion critique, Jean-Sébastien Gharbi
- (en) Alliance of the Libertarian Left
- (en) Video de Gary Chartier sur le capitalisme : Advocates of freed markets should oppose capitalism
Gauchisme
Le gauchisme est un terme qui qualifie l'action politique d'individus (ou d'organisations) considérée comme étant « trop à gauche ».
Le terme date du XIXe siècle, et c'est Lénine qui le met à l'honneur en 1920 avec son livre La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »)[1], où il critique les gauchistes de la Troisième Internationale pour leur vision de la lutte politique, leur refus du syndicalisme et des élections.
Le gauchisme se définit aujourd'hui moins comme une doctrine structurée que par ses détestations : le capitalisme, le FMI, la finance, les riches, la religion, Israël, etc. Il est cependant fréquemment influencé par le marxisme, le communisme ou l'altermondialisme.
Citations
- « En 1920, Lénine avait défini le gauchisme comme étant la maladie infantile du communisme. Le camarade Oulianov n’était pas un tendre et il n’avait pas la moindre empathie pour ces gazouillis de nourrisson, incompréhensibles mais non dépourvus de charme. Aujourd’hui le nourrisson est devenu un vieillard cacochyme qui se déplace en chaise roulante. Aux gazouillis ont succédé des borborygmes chevrotants. Cela porte un nom : la maladie sénile du communisme. Et, plus généralement, de la gauche. » (Benoît Rayski)
- « Reste qu’il ne faut pas trop taper sur le gauchiste. C’est un être malheureux, dont la souffrance doit être prise en considération. En effet, que ce soit post coïtem ou ante coïtem, l’animal est triste. Au-dessus de lui plane la main invisible du marché. Il essaie de la mordre, de la broyer dans ses mâchoires. Peine perdue, elle est trop haute, et les bonds révoltés du gauchiste n’excèdent pas ceux d’un batracien. » (Benoît Rayski)
Notes et références
- Детская болезнь «левизны» в коммунизме.
Bibliographie
- 2013 : Le gauchisme, maladie sénile du communisme, Benoît Rayski, Atlantico / Eyrolles, Acheter en ligne
C) - Diagramme de Nolan
Le diagramme de Nolan est un échiquier politique qui permet de se représenter sur une échelle du positionnement de partis ou mouvements politiques. Il a été élaboré par le libertarien David Nolan.
Ce diagramme montre les libertés économiques (comme le niveau des impôts, le marché libre et la libre entreprise) sur l'axe des abscisses, et les libertés individuelles (liberté de circulation, laïcité, libre possession de son corps qui regroupe la légalisation des drogues, l'avortement, l'euthanasie...) sur l'axe des ordonnées.
Ceci place l'aile gauche en haut à gauche de ce diagramme, l'aile droite en bas à droite, les libertariens en haut à droite, et en bas à gauche les totalitaristes (d'extrême gauche comme d'extrême droite), qui furent regroupés par Nolan sous l'appellation de populistes pour leur tendance à s'appuyer sur le « petit peuple ». Toutefois, cela ne recoupe pas l'usage récent du terme populiste pour désigner des programmes économiquement très libéraux. L'axe droite/gauche est donc représenté par une diagonale traversant le diagramme du coin supérieur gauche au coin inférieur droit.
Il faut noter que Friedrich Hayek dans son Postscript de La Constitution de la liberté décrit l'esquisse d'un schéma qui pourrait préfigurer le diagramme de Nolan : « si nous voulons faire un schéma, il serait plus approprié de disposer [conservateurs, socialistes et libéraux] en triangle, les conservateurs occupant l'un des angles, les socialistes tirant vers un second, et les libéraux vers un troisième. » [1]
Citation
- « Les libéraux ne sont pas à droite, ils sont « ailleurs » et on ne peut pas leur appliquer des étiquettes - droite ou gauche - dont seuls les constructivistes peuvent être affublés. » (Pascal Salin[2])
Références
- Friedrich Hayek, La constitution de la liberté, Paris, Litec, 1994, p.395
D) - Fascisme et les "Nationalopithèques" illibéral & anticapitaliste
Le fascisme (en italien fascismo, de fasci, faisceaux, en référence au symbole de la Rome antique) est un mouvement politique nationaliste, antilibéral et corporatiste d'origine italienne.
Selon Henri Lepage, même s'il n'abolit pas officiellement le principe de la propriété privée des biens de production, le fascisme s'identifie à une politique économique et industrielle qui aboutit au contrôle des principales activités économiques par l'État et transfère à des bureaucraties publiques ou corporatives l'essentiel des attributs réels de la propriété. Un cas de figure qui, somme toute, est assez proche de celui des sociétés socialistes.
Benito Mussolini, le fondateur de l'idéologie, définit ainsi le fascisme :
« La base de la doctrine fasciste est la conception de l'État. Pour le fascisme, l'État est un absolu en face duquel l'individu et les groupes sont le relatif. Sans l'État, il n'y a pas de nation. Pour le fasciste tout est dans l'État et rien d'humain et de spirituel n'existe hors de l'État, pas d'individus, pas de groupes [...] l'État fasciste s'attribue aussi le domaine économique. Le corporatisme dépasse le libéralisme, il crée une nouvelle synthèse où tous les intérêts sont conciliés dans l'unité de l'État. Seule la guerre porte au maximum de tension toutes les énergies humaines et imprime un sceau de noblesse aux peuples qui l'affrontent. »
— Benito Mussolini[1]
Cette place dévolue à l’État tout-puissant par le fascisme le différencie du nazisme, pour lequel l’État n'est qu'un instrument au service de l'idéologie au lieu d'être une fin en soi.
Un socialisme nouveau en France
Dès le début du XXe siècle, la révision « antimatérialiste » du marxisme opérée par Georges Sorel constitue un élément fondamental de la synthèse fasciste. Ce socialisme sorélien est une philosophie de l'action fondée sur l'intuition, sur le culte de l'énergie et de l'élan. Le mythe de la violence constitue chez Sorel un « facteur essentiel du marxisme ». Elle n'est pas un expédient mais une valeur éthique et esthétique permanente qui « peut engendrer les éléments d'une civilisation nouvelle propre à un peuple de producteurs ». (Réflexions sur la violence).
Ce socialisme nouveau n'a besoin du prolétariat qu'aussi longtemps qu'il considère celui-ci comme capable de remplir sa fonction d'agent révolutionnaire. Lorsque ce prolétariat montrera en Occident son incapacité à prendre le pouvoir, le socialisme de ces penseurs restera révolutionnaire, alors que celui du prolétariat a cessé de l'être. Entre le prolétariat et la révolution, ils choisiront la révolution. Dans les années qui précèdent la guerre, il ne reste plus aux soréliens qu'à remplacer le prolétariat défaillant par la grande force montante, la nation dans toutes ses classes rassemblées.
Ainsi se fait la synthèse naturelle entre ce socialisme nouveau qui découvre la nation comme agent révolutionnaire et le mouvement nationaliste, qui se dresse lui aussi contre les injustices sociales, et qui considère que la nation ne sera entière que lorsqu'elle aura intégré en son corps le prolétariat. Ainsi se rencontrent les soréliens et les maurassiens, pour nous en tenir au cas français. La revue L'Indépendance en est le point focal en 1911-1913, puis le projet avorté de La Cité française, annoncé dans les Cahiers du cercle Proudhon, dirigés par le socialiste sorélien Edouard Berth et le maurassien Georges Valois.
Leur éthique est nouvelle, elle se veut créatrice d'un monde nouveau, viril, héroïque, pessimiste et puritain, fondé sur le sens du devoir et du sacrifice.
Par ailleurs, ce processus de transition du socialisme le plus intransigeant au fascisme n'est pas limité aux soréliens de stricte obédience. Hubert Lagardelle, directeur du Mouvement socialiste, n'est pas un sorélien. Or cette revue ne craint pas de se lancer dans l'antisémitisme. Lagardelle passera par le Faisceau de Georges Valois, premier grand parti fasciste en dehors d'Italie fondé en 1925, et le frontisme de Gaston Bergery, une des nombreuses formules de fascisme de gauche dans les années 1930, avant de devenir ministre du Travail du maréchal Pétain.
Citons aussi Gustave Hervé, directeur de la Guerre sociale, hebdomadaire d'extrême gauche, antimilitariste, antipatriote, en révolte permanente contre la démocratie. La guerre de 1914 lui apporte la preuve que le moteur de l'Histoire n'est pas la classe mais la nation. Son hebdomadaire deviendra La Victoire, titre que gardera l'ancien journaliste gauchiste quand il sera, un quart de siècle plus tard, le premier journal à reparaître dans Paris occupé. Ce même Hervé est le fondateur du Parti socialiste national (PSN), où il est secondé par Alexandre Zévaès, ancien député de l'Isère, guesdiste militant.
Le fascisme italien
Cependant, c'est en Italie que le sorélisme s'épanouit, trouve ses assises sociologiques et nourrit une véritable force révolutionnaire. À la fin de 1902, Arturo Labriola fonde une revue hebdomadaire, Avanguardia Socialista, qui devient le porte-parole de l'extrême gauche du mouvement socialiste qui s'oppose à la politique réformiste de Turati : il adopte la théorie de la violence prolétarienne de Sorel, dont le grand protagoniste sera Sergio Panunzio. En 1905, Enrico Leone et Paolo Mantica fondent Divenire Sociale, et un an plus tard, l'un des futurs idéologues les plus importants du fascisme, Angelo Oliviero Olivetti, fonde une autre revue syndicaliste révolutionnaire, Pagine Libere. La convergence entre les nationalistes et les syndicalistes naît autour de la revue La Lupa fondée en octobre 1910.
La synthèse se fait sur les mêmes bases qu'en France : d'une part, le refus de la démocratie et du libéralisme, des valeurs dites bourgeoises, d'autre part, le culte de l'héroïsme, du vitalisme. Robert Michels, figure de proue de l'aile gauche de la social-démocratie d'outre-Rhin, Allemand italianisé, sera un des tout premiers théoriciens du fascisme jusqu'à sa mort en [1935]. Il faut une élite capable de conduire les masses au combat. Michels apporte, avec dans une moindre mesure Pareto et Mosca, au fascisme la caution des jeunes sciences sociales.
Pendant les années de la Première Guerre mondiale, le syndicalisme révolutionnaire se développe en syndicalisme national. Ce syndicalisme nouveau n'est plus, comme le dit Panunzio, un syndicalisme révolutionnaire, négatif, partiel, ouvrier, mais un syndicalisme réunissant toutes les classes sociales. Tous les syndicalistes révolutionnaires ne seront pas fascites. Ernesto Cesare Longobardi adhérera au Parti communiste, Alceste De Ambris rompra finalement avec Mussolini. Labriola et Leone, après quelques années de collaboration, auront des positions très critiques envers le régime mussolinien. Mais tous les autres syndicalistes révolutionnaires importants, Michels, Panunzio, Olivetti, Lanzillo, Orano, Paolo Mantica, Michele Bianchi, Edmondo Rossoni, Cesare Rossi, Umberto Pasella, Tullio Masotti, Ottavio Dinale, seront fascistes militants et leur fidélité ne faillira pas.
Sans être syndicaliste révolutionnaire dans le sens strict du terme, Mussolini appartient à ce courant idéologique. Certes de 1910 à 1914, alors qu'il monte rapidement en grade -- de leader socialiste provincial, il devient le chef de la gauche révolutionnaire du Parti socialiste et directeur d'Avanti --, Mussolini entre en conflit avec les socialistes révolutionnaires qui, eux, viennent de quitter le Parti. Mais Mussolini ne les attaque que sur des questions de tactique politique, non d'idéologie. Dès le début de son activité politique, Mussolini accepte les principes de base du syndicalisme révolutionnaire, et il suit son évolution en syndicalisme national, puis en fascisme.
Fascisme belge
Dans cette voie franco-italienne, s'engage la nouvelle génération révisionniste, sortie des tranchées. Le plus fameux de ces hommes est le Belge Henri de Man. Son ouvrage majeur, Au-delà du marxisme, aura un énorme succès. Avec de Man revient cette forme de révisionnisme qui consiste à vider le marxisme de son contenu matérialiste, déterministe et hédoniste et à le remplacer par diverses formes de volontarisme et de vitalisme. Les forces profondes sont celles de l'inconscient et l'humanité marche à coups de mythes et d'images. De Man fait appel à Freud et Jung, pour rechercher derrière les faits économiques les réalités psychiques qu'ils expriment. Pour lui, « l'infériorité sociale des classes laborieuses » ne repose ni sur un manque d'égalité politique ni sur les structures économiques existantes, « mais sur un état psychologique ». Comme Michels, il affirme qu'aucune société n'est possible sans aristocratie. L'égalité politique et sociale, tout comme ses dérivées institutionnelles, la démocratie, le parlementarisme et le système des partis ne peuvent avoir d'existence réelle pour la simple raison qu'ils sont contraires à ce qu'il y a d'immuable dans la nature humaine.
Voilà pourquoi ce courant de pensée peut concevoir la révolution nécessaire non plus comme une révolution sociale et économique mais comme une révolution psychologique, une révolution morale et spirituelle. Dans Corporatisme et socialisme (1934), de Man propose la mise sur pied d'un véritable État corporatif. Ce n'est alors pas un hasard si en juin 1940, de Man, successeur d'Émile Vandervelde, mort en 1938, à la tête du socialisme belge, accueille avec bienveillance la victoire nazie comme une « délivrance » et comme la naissance d'un monde nouveau.
Fascisme français et britannique
Telle est aussi la voie empruntée par Marcel Déat, l'un des grands espoirs du socialisme français des années 1930. Dans son ouvrage majeur, Perspectives socialistes, tout comme dans les centaines d'articles que le député de Paris livre à La Vie socialiste, la revue de la droite de la SFIO, Déat théorise le corporatisme d'un État autoritaire d'où sont bannies les faiblesses de la démocratie libérale, notamment le parlementarisme. Déat et ses camarades lancent rapidement une campagne antimarxiste, dès 1930 : en 1933, ils font scission sur des slogans et un programme -- « Ordre, autorité, nation » -- qui associent l'autoritarisme politique au nationalisme et l'anti-individualisme à l'anti-marxisme.
Il y a encore une autre filière commune aux socialistes révisionnistes et à ces éléments de la gauche non marxiste ou antimarxiste, tels le travaillisme britannique ou le Parti radical français, qui cherchent eux aussi une réponse à la crise du capitalisme. Le brillant ministre britannique Oswald Mosley et le jeune radical français Bertrand de Jouvenel constatent ainsi l'échec du libéralisme politique des années 1930. Tous participent de la volonté fasciste de briser le libéralisme bourgeois, le socialisme prolétarien et marxiste, les antagonismes de classes.
Mosley s'emploie ainsi à entraîner le Parti travailliste vers le national-socialisme. Membre du gouvernement McDonald de 1929, il constituera la British Union of Fascists. En mars 1931, il jette les bases d'une nouvelle formation politique, le New Party, qui évolue progressivement vers le fascisme.
La démarche de Jouvenel est plus mesurée : après le 6 février 1934, il rompt avec le Parti radical et lance un hebdomadaire, La Lutte des jeunes, et clame, avec Drieu La Rochelle, ou Jacques Doriot, leader du Parti populaire français (PPF), sa volonté d'ériger un système politique autoritaire, d'où sont éliminés les partis politiques et les groupes de pression. Jouvenel quitte le PPF à l'époque des accords de Munich : il s'en va en compagnie de tous les autres intellectuels fascistes, Drieu ou Paul Marion, communiste et ministre à Vichy. En 1941, dans un ouvrage intitulé Après la défaite, Jouvenel accueille le triomphe nazi comme une victoire de l'esprit.
Intéressant également est le cas de Pierre Biétry, ancien secrétaire général des Jeunesses communistes (JC) et qui porte l'uniforme nazi sur le front de l'Est. Député communiste depuis 1924, maire de Saint-Denis, Doriot est candidat au poste de secrétaire général du PCF. Staline lui préfère Maurice Thorez. Des 8 membres du premier bureau politique du PPF formé en novembre 1936, 7 viennent de l'extrême gauche, 6 sont des anciens communistes.
La filière maurassienne du fascisme est beaucoup mieux connue. Par le biais de revues, dont la plus connue est Je suis partout, elle sera, à l'écart des organisations, le laboratoire intellectuel le plus remarqué du « collaborationnisme » de l'Occupation. On l'a dit, c'est Georges Valois qui fonde, en 1925, le premier mouvement fasciste structuré en dehors d'Italie, le Faisceau. Le prolétariat, bien intégré à la communauté nationale, accepte le leadership industriel de la bourgeoisie, mais l'État fort, autoritaire, maître de l'économie, sera le véritable tribun du peuple, et assurera la défense de celui-ci contre les grands et les puissants.
Pour tous, ceux qui se revendiquent fascistes, comme Drieu La Rochelle ou Robert Brasillach, ou ceux qui ne se définissent pas comme fascistes, comme l'équipe de Combat avec Jean Fabrègues et Maurice Blanchot, et conduite par Thierry Maulnier, comme pour les hommes de la génération du tournant du siècle, le fascisme a été bien autre chose qu'une simple défense bourgeoise.
Le fascisme a cristallisé, plus peut-être que toute autre idéologie, les haines du libéralisme. Son origine, par essence située à gauche de l'échiquier politique, n'est sans doute pas le fruit du hasard. Elle marque un avatar supplémentaire, quoique inédit, de la lutte que livrent depuis bien longtemps les corporatismes autoritaires au libéralisme.
Fascisme contemporain
Pour un certain nombre de libertariens, l'étatisme contemporain n'est qu'une forme de fascisme, habilement caché par le masque de l’habitude :
« Le fascisme est le système de gouvernement qui cartellise le secteur privé, planifie l’économie en vue de subventionner les producteurs, exalte l’État policier comme source de l’ordre, nie les droits et les libertés fondamentales des individus, et fait de l’exécutif le maître sans bornes de la société. Cela décrit le courant dominant de la politique en Amérique aujourd’hui. Et pas seulement en Amérique. C’est également vrai en Europe. Cela fait tellement partie de la pensée dominante qu’on ne s’en rend pratiquement plus compte. […] Si le fascisme nous est invisible, c’est vraiment le tueur silencieux. Il greffe sur le marché libre un État énorme, violent et pesant qui draine son capital et sa productivité comme un parasite mortel sur son hôte. C’est pourquoi l’État fasciste a été appelé l’économie vampire. Il suce la vie d’une nation et conduit une économie jadis prospère à une mort lente. »
— Llewellyn H. Rockwell, Qu’est-ce que le fascisme ?
Mussolini ne traçait d'ailleurs pas de frontière nette entre fascisme, étatisme et totalitarisme :
« Pour le fascisme, tout est dans l'État et rien d'humain ou de spirituel n'existe et encore moins n'a de valeur en dehors de l'État. En ce sens le fascisme est totalitaire, et l'État fasciste, la synthèse et l'unité de toutes les valeurs, interprète, développe et donne pouvoir à tous les aspects de la vie d'un peuple. »
Certains libéraux estiment que l'étatisme à la française, gaulliste ou bonapartiste, relève d'une sorte de fascisme :
« Le bonapartisme est tout à la fois l'anticipation et la version française du fascisme. [...] Le bonapartisme escamote la souveraineté du peuple dont il prétend émaner. »
— Raymond Aron
John T. Flynn décrit huit caractéristiques de l'État fasciste, qui se retrouvent dans les démocraties contemporaines :
- L’État est totalitaire parce qu’il n’admet aucune restriction à ses pouvoirs.
- L’État est une dictature de fait basée sur le principe de commandement.
- L’État administre un système capitaliste au moyen d’une énorme bureaucratie.
- Les producteurs sont organisés en cartels à la manière du syndicalisme.
- La planification économique est basée sur le principe d’autarcie.
- L’État entretient la vie économique en dépensant et en empruntant.
- Le militarisme est un pilier de la dépense publique.
- Les dépenses militaires ont un but impérialiste.
Umberto Eco[2] constate que « le fascisme est devenu une synecdoque, la dénomination pars pro toto de mouvements totalitaires différents. » Il indique 14 archétypes qui relèvent d'un « fascisme primitif et éternel » : culte de la tradition, refus du modernisme, culte de l’action pour l’action (penser est une forme d’émasculation), refus de toute critique, recherche du consensus (peur de la différence), appel aux classes moyennes frustrées, nationalisme et obsession du complot, sentiment d'humiliation devant la richesse ostentatoire et la force de l’ennemi, recherche d’une guerre permanente contre un ennemi intérieur et extérieur, élitisme, culte de l’héroïsme, rôle important du sexe et du machisme, populisme qualitatif et utilisation d’une novlangue.
Citations
« La conception fasciste de la vie insiste sur l’importance de l’État et n’accepte l’individu que pour autant que ses intérêts coïncident avec ceux de l’État. Cette conception s’oppose au libéralisme classique qui écarte l’État au nom de l’individu ; le fascisme réintroduit les droits de l’État comme étant l’expression de la véritable essence de l’individu. Si le libéralisme défend l’individualisme, le fascisme défend le gouvernement. »
— Benito Mussolini
« Le fascisme est absolument opposé aux doctrines du libéralisme, à la fois dans la sphère politique et dans la sphère économique. L’État fasciste veut gouverner dans le domaine économique pas moins que dans les autres ; cela fait que son action, ressentie à travers le pays de long en large par le moyen de ses institutions corporatives, sociales et éducatives, et de toutes les forces de la nation, politiques, économiques et spirituelles, organisées dans leurs associations respectives, circule au sein de l’État. »
— Benito Mussolini
« Dans ce qu’on appelle l’homme, le fascisme considère la nation et la patrie, les individus et les générations se trouvant unis, dans une même tradition et dans une même mission, par une loi morale qui supprime l’instinct de la vie maintenu dans le cercle étroit du plaisir, pour instaurer dans le devoir une vie supérieure, libérée des limites du temps et de l’espace : une vie où l’individu, par l’abnégation de lui-même, par le sacrifice de ses intérêts particuliers, par la mort même, réalise cette existence toute spirituelle qui fait sa valeur d’homme. »
— Benito Mussolini, La Doctrine du fascisme, 1938
« Accusez vos adversaires de fascisme, le temps qu’ils se justifient, vous avez tout le loisir de leur porter de nouvelles attaques. »
— Dmitri Manouilsky, un des dirigeants du Komintern
« Le fascisme est totalitarisme et ne saurait être rien d’autre. Son éclectisme lui permet de tout admettre, excepté une chose : la discussion. La discussion le tuerait à l’instant. »
— Carlo Sforza
« En Italie les fascistes se divisent en deux catégories : les fascistes et les antifascistes. »
— Ennio Flaiano
« Fascisme et communisme ne sont pas deux opposés, ce sont deux gangs rivaux qui se disputent le même territoire. Tous les deux sont des variantes de l'étatisme, fondés sur le principe collectiviste que l'homme n'a pas de droits et est l'esclave de l’État. »
— Ayn Rand
« Les fascistes de demain s'appelleront eux-mêmes antifascistes. »
— Winston Churchill
« Si les néoconservateurs et les progressistes comprenaient vraiment le fascisme, ils cesseraient d’utiliser ce terme à la va-vite. En effet, les deux groupes, comme une majorité du personnel politique, embrassent des idées et des politiques fascistes. L’une des caractéristiques du fascisme est une économie mixte. Contrairement aux socialistes et aux communistes qui cherchent à écraser l’entreprise privée, les fascistes sont satisfaits de pouvoir maintenir les entreprises entre des mains privées. Les fascistes ont recours à des régulations, à des mandats et à des taxes pour contrôler les entreprises - et ruiner l’économie. Un système fasciste est un système au sein duquel les entreprises servent les politiciens et les bureaucrates plutôt que les consommateurs. »
— Ron Paul
« La conception fasciste de la vie, dit Mussolini, « n'admet l'individu que dans la mesure où ses intérêts coincident avec ceux de l'État ». Le communisme l'admet-il à d'autres conditions ? Reconnaît-il au travail, à la propriété, à la pensée, à la foi et à la parole le moindre droit qui ne coincide pas avec les intérêts de l'État ? Il ne saurait en reconnaître. L'idéal suprême, le but pragmatique, l'inévitable destinée de tout véritable collectivisme ont été annoncés par Mussolini, qui, au cours de sa vie, a professé toutes les variétés de collectivisme : « Tout dans l'État, rien en dehors de l'État, rien contre l'État ». »
— Walter Lippmann, La Cité Libre
« Le bonapartisme est tout à la fois l'anticipation et la version française du fascisme. [...] Le bonapartisme escamote la souveraineté du peuple dont il prétend émaner. »
— Raymond Aron
« Le fascisme n'était qu'une autre variété de socialisme. Le mot « nazi » était un acronyme pour le socialisme national. Les socialistes allemands se sont distingués des socialistes russes en qualifiant leur variété de socialisme de « national » par opposition à « international ». »
— Thomas DiLorenzo, What Are Socialism’s Dirty Secrets That Must Be Kept From America’s Youth?, 20/03/2019
Informations complémentaires
Notes et références
- Umberto Eco, Reconnaître le fascisme, Grasset, 2017.
Bibliographie
- 1988, Walter Laqueur, dir., "Fascism: a Reader’s Guide", London: Wildwood House
- 1996, Stanley G. Payne, "A History of Facism", Madison: University of Wisconsin Press
Voir aussi
- (fr)Deux ou trois choses sur le fascisme, sur Contrepoints
- (fr)Communisme et national-socialisme, une étude croisée
- (fr)Fascisme et communisme, selon François Furet et Ernst Nolte
- (fr)Qu’est-ce que le fascisme ? sur Contrepoints
- (fr)Joseph de Maistre, précurseur du fascisme ? (Damien Theillier)
- (en)Liberalism vs. Fascism, Roderick T. Long
- (en)The Mystery of Fascism, David R. Steele
- (en)
[video]The 19th-Century Libertarian Critique of Fascism, Roderick T. Long
E) - Islamisme et "Islamopithèques"(LFIistes)
L'islamisme est un courant de pensée de l'islam, essentiellement politique, apparu au XIXe siècle et qui s'est largement développé au cours du XXe siècle.
Un fondamentalisme islamique
L'érudit jésuite égyptien Henri Boulad définit le fondamentalisme islamique (frères musulmans, salafistes...) par les trois caractéristiques suivantes[1] :
- le Coran est considéré comme incréé (donc intouchable) ;
- les versets médinois (belliqueux et fermés) remplacent les versets mecquois (mystiques et ouverts) ;
- l'interdiction du libre examen en matière religieuse (fermeture de la porte de l'ijtihâd au Xe siècle[2])
Selon lui, dans un but de conquête du monde, les islamistes s'appuient sur la dénonciation de « l'islamophobie » et de la laïcité, en utilisant le mensonge (autorisé en vertu de la taqîya[3] quand il permet de faire progresser l'islam).
La différence entre fondamentalistes et musulmans tient au fait que les fondamentalistes souhaitent rétablir la charia (la loi islamique telle qu'elle découle du Coran et de la « tradition du Prophète ») et un État islamique. Ils sont donc clairement ennemis de toute vision libérale de la société, car la charia est clairement contraire aux droits de l'Homme (statut inférieur des femmes et des non-musulmans, mise à mort des apostats et des incroyants, etc.[4]). La version musulmane des Droits de l’Homme subordonne ainsi tous les droits individuels à la loi divine[5]. Historiquement, peu d'États musulmans ont appliqué la charia dans toute sa rigueur, et un droit différent s'y appliquait (par exemple les kanuns, codes de lois édictés par les califes et sultans de l'ancien empire ottoman).
Islamisme et islam
Plusieurs islamologues[6] ou adversaires de l'islam refusent de distinguer entre islam et islamisme (ils rappellent que le même mot était employé jusqu'au XXe siècle[7]) : ils arguent qu'il est impossible à un musulman pondéré de résister aux menées islamiques, car les fondamentalistes peuvent toujours s'appuyer sur la lettre du Coran (ou les hadiths, propos attribués au prophète de l'islam) pour justifier leur fanatisme et dénoncer les modérés comme de mauvais musulmans [8]. Pour eux, l'Occident s'abuse en voulant séparer la charia de l'islam, car « la charia sous ses différentes formes, et avec toutes ses règles, fait partie intégrante de la religion[9] ». Pour les plus critiques, le germe du fondamentalisme est présent dans la culture musulmane et dans l'enseignement qui en est fait :
« Tous les enfants apprennent l’islam au début de leur scolarité, et sont ainsi immergés dès leur plus jeune âge dans la violence véhiculée par le Coran. À défaut de laisser les enfants libres de ne pas étudier l’Islam, au moins pourrait-on mieux expliciter les textes appelant à tuer les non-musulmans, afin de ne pas générer de nouveau kamikazes. Mais ce système éducatif ne craint pas de fabriquer des générations entières acquises à l’Islam dans sa forme la plus radicale. » (Waleed Al-Husseini, Blasphémateur !, Grasset, 2015)
« La frontière est très perméable entre le musulman pieux, l’islamiste militant et le terroriste islamique. Ils se nourrissent du même livre. » (Waleed Al-Husseini,15/11/2015)
« L’islam est à l’islamisme ce que l’alcool est à l’alcoolisme. » (Hamed Abdel-Samad, Le Fascisme islamique, 2014)
« Le fait est que beaucoup de musulmans souhaitent le pluralisme, la tolérance et la démocratie. Mais ils sont déchirés entre leur appartenance à la Ummah - la communauté mondiale des musulmans - et les attraits du mode de vie occidental. Ils sont déchirés entre les codes culturels de l'Occident et ceux qu'ils partagent avec leurs coreligionnaires. Et quand il s'agit de prendre position publiquement, leur fidélité va trop souvent au Coran et à la charia. » (Howard Bloom, 2017, interview par Grégoire Canlorbe)
Pour le philosophe Rémi Brague, la distinction entre islam et islamisme est fausse, au vu des sources islamiques et du comportement violent du prophète[10].
Jean-François Revel[11] critique le manque de tolérance propre à l'islam, et le fait que les musulmans modérés soient en réalité minoritaires. Il en voit la preuve dans la liesse générale qui aurait régné dans le monde musulman (y compris en France) après les attentats du 11 septembre 2011, et l'absence totale de réaction des modérés contre les excès islamiques.
Islamisme et jihad
L’islamisme jihadiste est issu de l’islam sunnite, plus précisément d’un courant dominant et officiel dans les pays sunnites du Golfe. Il n’a jamais été dénoncé dans ses fondements théologiques et canoniques par ceux qui contrôlent les lieux saints (haramaïn) de l’islam (Arabie saoudite). Pour certains, il s'agit d'une « maladie qui gangrène le corps même de l’islam » (selon le théologien libéral Soheib Bencheikh) depuis des siècles (avant même la colonisation), une maladie issue de l’intérieur même de l'Oumma. Certains analystes distinguent trois stades dans le jihad[12] :
- jihad camouflé : quand les musulmans sont très minoritaires, l'islam se borne à un message de tolérance et de paix (analogue à celui du prophète au début de sa période mecquoise) ;
- jihad défensif : quand la minorité devient importante, elle peut se déclarer opprimée ou victime, et combattre ses adversaires par la violence (la notion d'oppression est très large, elle inclut la simple critique et l'islamophobie) ; cela correspond à la période médinoise du prophète ;
- jihad offensif : en position majoritaire, avec la détention du pouvoir politique, tout non-musulman est un ennemi qui doit être tué (chrétiens et juifs exceptés s'ils acceptent de payer la jizyah).
Il existe également un extrémisme fondamentaliste, le takfirisme, doctrine violente et terroriste.
Voir aussi
Citations
- L’islamisme [...] tiendra au XXIe siècle un rôle géopolitique similaire à celui du communisme au XXe siècle, et polluera la vie politique occidentale, et surtout européenne durant les quarante prochaines années comme le communisme le fit au lendemain de la Seconde guerre mondiale. (Philippe Fabry, Erdogan : un Staline musulman, 24/05/2019)
- Quand le mur de Berlin est tombé, si vous aviez dit que quinze ans plus tard la situation serait redevenue une opposition jumelle entre deux forces et que l’une de ces forces serait nommée islam, les gens vous auraient ri au nez. (René Girard)
Notes et références











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