novembre 28, 2025

Nouvelles de France/UE Fin Nov.25

Sommaire :

A) - Pièces Jaunes : des dons aux enfants hospitalisés détournés vers une association amie de Brigitte Macron ? 

B) - Le retour fantasmé du service militaire : une manœuvre idéologique au service d’une Europe en marche vers le chaos

C) - Ukraine : pas de paix sans confiance !

D) - Robert Fico : « Sur les 177 milliards distribués à Kiev : combien ont atterri dans des poches privées ? »

E) - La justice française n’est plus rendue au nom du peuple

 


 

A) - Pièces Jaunes : des dons aux enfants hospitalisés détournés vers une association amie de Brigitte Macron ?  

Le Canard enchaîné du 26 novembre 2025 a révélé qu’environ 2 millions d’euros issus de l’opération Pièces Jaunes ont été versés entre 2022 et 2025 à l’association e-Enfance (reconnue d’utilité publique…), qui gère le numéro d’écoute 3018 contre le cyberharcèlement des mineurs. Cette association est dirigée par Justine Atlan, présentée dans l’article comme une proche de Brigitte Macron et trésorière du think tank Renaissance Numérique.

Le problème soulevé par le journal satirique est simple : les statuts et le règlement de la Fondation des Hôpitaux – fondation reconnue d’utilité publique, régie par la loi n° 87-571 du 23 juillet 1987 sur le mécénat, et plus spécifiquement par les articles L. 6141-7-3 et suivants du Code de la santé publique, section sur les fondations hospitalières) – qui organise les Pièces Jaunes, limitent strictement l’usage des dons à l’amélioration du quotidien des enfants et adolescents hospitalisés. Sont expressément exclus le financement de salaires permanents, les frais de fonctionnement (loyers, etc.) ou les formations qui ne sont pas directement liées à un projet hospitalier.

Or, selon les documents cités par Le Canard enchaîné, les fonds ont notamment servi à :

  • Recruter huit écoutants supplémentaires (salaires permanents) ;
  • Financer le déménagement d’e-Enfance dans de nouveaux locaux près de la Bourse, inaugurés par Brigitte Macron en février 2023 ;
  • Subventionner une formation qui, initialement devait concerner 1.200 personnes, mais n’en a finalement touché que 159, en visioconférence (format non prévu par l’appel à projets).

Par ailleurs, alors que le nombre d’appels au 3018 a fortement augmenté, le taux de réponse serait passé de 80 % à 30 %, ce qui interroge sur l’efficacité réelle de cette injection massive de fonds.

La Fondation des Hôpitaux, par la voix de sa directrice générale Marion Cinalli, se défend en expliquant que la protection des mineurs en ligne entre dans le champ de la vulnérabilité des enfants, et que le soutien à e-Enfance est donc cohérent avec sa mission élargie en faveur des enfants et adolescents fragilisés.

 

Le cabinet de Brigitte Macron n’a pas souhaité commenter.

Or, ce « cabinet » n’a aucune existence juridique : en France, la Première dame n’a aucun statut officiel reconnu par la loi ni par la Constitution. Les quatre collaborateurs qui l’assistent (deux conseillers et deux secrétaires) sont simplement détachés du cabinet présidentiel et rémunérés sur le budget de l’Élysée (environ 310.000 € par an selon les derniers rapports de la Cour des comptes). Cette absence de cadre légal, déjà critiquée depuis 2017, rend d’autant plus sensible le silence de cette équipe informelle face à une polémique touchant directement à l’une des causes emblématiques portées par Brigitte Macron.

Cette affaire pose, au-delà du cas particulier, une question de confiance : quand une opération caritative aussi populaire que les Pièces Jaunes (près de 20 millions d’euros collectés chaque année grâce à la générosité des Français) finance des projets qui s’éloignent sensiblement de l’objectif initial, communiqué très clairement aux donateurs, cela mérite explication et transparence.

Pour l’instant, aucune enquête officielle n’a été annoncée, mais le sujet risque de peser sur la prochaine campagne des Pièces Jaunes, prévue en janvier 2026. Les Français, qui donnent souvent quelques euros avec le cœur, sont en droit d’attendre que chaque centime aille bien là où on le leur a promis : auprès des enfants malades et de leurs familles dans les hôpitaux.

https://multipol360.com/pieces-jaunes-des-dons-aux-enfants-hospitalises-detournes-vers-une-association-amie-de-brigitte-macron/


 

B) - Le retour fantasmé du service militaire : une manœuvre idéologique au service d’une Europe en marche vers le chaos 

Le 27 novembre 2025, depuis la base militaire de Varces-Allières-et-Risset en Isère, Emmanuel Macron a prononcé un discours solennel devant les soldats de la 27e Brigade d’Infanterie de Montagne. Devant un pupitre orné des drapeaux tricolore et européen, le président de la République a annoncé la création d’un « nouveau service national » de dix mois, « purement militaire » et volontaire, destiné à remplacer le Service National Universel (SNU) jugé inefficace. Ce dispositif, lancé progressivement dès l’été 2026 avec 3.000 volontaires et visant 50.000 par an d’ici 2035, est présenté comme une réponse aux « menaces croissantes » – un euphémisme pour désigner la Russie, la Chine et d’autres adversaires fantasmés.

Rémunéré à hauteur de 800 euros par mois, ce service cible principalement les jeunes de 18-19 ans, avec une formation initiale d’un mois suivie de neuf mois en unité opérationnelle sur le territoire national.

 


À première vue, cette mesure pourrait sembler pragmatique : renforcer les effectifs de l’armée française, qui compte aujourd’hui environ 200.000 actifs et 47.000 réservistes, face à un monde instable. Mais creusons un peu. Ce projet n’est rien d’autre qu’une opération purement idéologique, démagogique et opportuniste, qui dénature la fonction originelle d’un service militaire pour la subordonner à des ambitions géopolitiques délétères. Macron, qui n’a lui-même jamais porté l’uniforme – une absence qu’il compense par une rhétorique guerrière effrénée –, transforme un outil de cohésion nationale en machine de propagande au service d’une armée européenne chimérique et d’un sentiment d’insécurité artificiellement entretenu.

Pire, il s’agit d’une pré-mobilisation déguisée, un piège tendu à une jeunesse désemparée, qui coûtera cher à la Nation pour un rendement nul, tout en préparant le terrain à une conflagration européenne dont les Français ne veulent absolument pas.

Une idéologie au cœur d’un projet sans âme

L’ « esprit de défense » , ce concept historique et fondamental de la République française, est le premier sacrifié sur l’autel des ambitions macroniennes. Né des leçons de 1870 et forgé dans les tranchées de 1914-1918, cet esprit n’est pas une simple gymnastique militaire, mais une manifestation collective de la cohésion nationale face aux menaces polymorphes. Comme l’explique le ministère de l’Éducation nationale dans ses programmes, il repose sur une éducation civique dès l’école, intégrant la culture humaniste, les compétences sociales et l’autonomie citoyenne pour former des individus responsables, unis par un patriotisme ouvert qui défend des valeurs universelles au-delà des frontières. 

Historiquement, il s’agit de cette « force morale » qui, selon le général de Gaulle, unit l’Armée à la Nation, transcendant le strict domaine militaire pour englober la résilience sociale, économique et culturelle.

L’Institut Montaigne, dans une note récente, insiste sur son rôle essentiel : avant les armes et la dissuasion nucléaire, la première ligne de défense reste celle des citoyens et des entreprises prêts à un effort collectif, ancré dans un socle culturel partagé.

Or, le service annoncé par Macron ignore superbement cet esprit. Au lieu de promouvoir une éducation transversale à la citoyenneté – via les trinômes académiques ou les formations de l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale) –, il se réduit à une formation technique aux armes et à la discipline, limitée au territoire métropolitain et ultramarin. Pas de place pour la mémoire des conflits, la compréhension géopolitique ou le débat sur les valeurs républicaines. C’est une vision utilitariste, où la jeunesse est canalisée vers des besoins opérationnels immédiats, sans éveiller une conscience collective. Comme le soulignait un historien dans une conférence récente, l’esprit de défense passe par le « rassemblement des énergies » et la « préservation des valeurs » qui unissent la communauté nationale, non par une militarisation sélective qui divise plus qu’elle n’unit.


Cette dénaturation idéologique sert avant tout à justifier une dérive atlantiste et européenne.

Macron, fidèle à sa vision d’une « souveraineté européenne » , utilise ce service pour ancrer la France dans une Union qui, sous l’impulsion de figures comme Ursula von der Leyen, se militarise à marche forcée. La présidente de la Commission, lors de sa tournée des pays baltes et frontaliers de la Russie en août-septembre 2025, a visité des usines d’armement en Lettonie et en Bulgarie, inspecté des frontières fortifiées en Pologne et en Lituanie, et rencontré des troupes OTAN en Roumanie, incluant 2.000 soldats français. Elle y a qualifié Vladimir Poutine de « prédateur » et appelé à un « sentiment d’urgence » pour déployer des dizaines de milliers de soldats européens en Ukraine, avec des systèmes de commandement et de renseignement intégrés. Ce n’est pas de la diplomatie ; c’est un appel à l’escalade, aligné sur les discours des chefs d’état-major français successifs, qui entretiennent un narratif alarmiste sur une Russie expansionniste.


Démagogie et opportunisme : un écran de fumée pour les échecs intérieurs

Démagogique jusqu’à l’os, ce service flatte une jeunesse en quête de sens tout en masquant les carences flagrantes du pouvoir. Macron y voit une « soif d’engagement » chez les jeunes, prêts à « se lever pour la patrie » dans un « monde incertain« . Belle phrase, mais creuse. Le SNU, lancé en 2019 pour 600 millions d’euros annuels, n’a attiré que 20-30 % des appelés, critiqué pour son manque de mixité sociale et son format hybride civil-militaire. Au lieu d’en tirer les leçons – investir dans l’éducation, l’emploi ou la transition écologique –, le président opte pour un retour aux sources militaires, opportuniste callé pile avant les débats budgétaires de 2026. Avec un coût estimé à plus de 2 milliards d’euros d’ici 2035, financé par un budget défense en hausse de 40 % depuis 2017, cette mesure détourne des fonds qui pourraient pallier les urgences sociales : précarité juvénile (25 % de chômage chez les moins de 25 ans), explosion des loyers, effondrement du système hospitalier.

Opportuniste, oui, car elle surfe sur la peur. Les déclarations délirantes des chefs d’état-major des armées (CEMA) successifs – du général Thierry Burkhard en juillet 2025, alertant sur les « menaces périphériques » de la Russie, l’Iran et la Chine, à Fabien Mandon en novembre, appelant à « accepter de perdre ses enfants » pour restaurer une « force d’âme » face à un choc russe en 2030 – instillent un sentiment d’insécurité permanent. Ces propos, tenus devant les maires de France ou les commissions parlementaires, ne sont pas des analyses neutres :


ils préparent les esprits à des sacrifices humains et économiques, tout en justifiant des hausses d’impôts et des coupes ailleurs.

Fabien Mandon, ancien chef de cabinet militaire de Macron, n’hésite pas à évoquer une Russie « convaincue que les Européens sont faibles » , préparant une « confrontation » avec l’OTAN. Résultat ? Une population divisée, où 78 % des Français s’opposent à un engagement direct en Ukraine (sondage Ipsos, février 2025), mais où la rhétorique officielle impose un fatalisme guerrier.

Cette démagogie séduit deux profils distincts, tous deux promis à la déception. D’abord, les jeunes patriotes en mal d’aventures, attirés par l’uniforme et l’adrénaline, mais peu qualifiés pour les rigueurs d’une unité opérationnelle. Ensuite, les oisifs en année sabbatique, voyant dans ces 800 euros mensuels une bouffée d’air financier pour rompre la monotonie. Rémunération minimale (inférieure au SMIC pour un travail physique intense), hébergement spartiate, discipline inflexible : la réalité frappera vite. Des abandons massifs sont prévisibles, comme lors du SNU où 40 % des participants ont fui les contraintes. Le coût pour la Nation ? Pharaonique pour un résultat limité : 50.000 recrues en 2035 ne combleront pas les 10.000 postes vacants actuels de l’armée, et créeront un vivier hétérogène de « mobilisables prioritaires » :

 

une chair à canon légale en cas de « crise majeure » , comme l’autorise la clause parlementaire évoquée par Macron.

Coût service militaire

Ce tableau, basé sur les échecs passés du SNU et les analyses de réservistes, illustre l’inefficacité flagrante. Au lieu d’un véritable esprit de défense, on fabrique une génération frustrée, exposée à des risques inutiles.

Une pré-mobilisation déguisée : le piège du gouvernement

Derrière le volontariat affiché, ce service est une pré-mobilisation camouflée, un piège tendu par un exécutif qui prépare la France à un conflit qu’il contribue à provoquer. La « Journée Défense et Citoyenneté » (JDC), repensée dès 2025 pour identifier les « compétences utiles » , deviendra un vivier de profils mobilisables en cas d’urgence. Macron insiste sur le caractère « exceptionnel » de l’obligation, mais l’histoire montre que les clauses d’exception deviennent la norme : rappelez-vous 1914 ou 1939, où des mobilisations « temporaires » ont englouti des générations.

Ce piège s’inscrit dans une préparation plus large de la population française – et européenne – à une guerre contre la Russie, la Chine et d’autres chimères. Depuis la guerre en Ukraine en 2022, les autorités déploient un discours récurrent pour ancrer l’idée d’un « engagement majeur de haute intensité » d’ici 2027-2030, parallèle à des attaques hybrides sur le sol national. Le général Mandon, devant les maires, a martelé : « La Russie ne s’arrêtera pas à l’Ukraine » et prépare une « confrontation pour 2030 » . Ces avertissements, relayés par une Revue nationale stratégique 2025 qui pointe les « liens resserrés » entre Russie, Chine, Iran et Corée du Nord, visent à légitimer un réarmement massif : 64 milliards d’euros pour la défense en 2030, doublant les efforts depuis 2017.


Côté infrastructures, les hôpitaux français sont discrètement mobilisés.

Une note confidentielle du ministère de la Santé datée du 18 juillet 2025 ordonne aux agences régionales de santé (ARS) de préparer, d’ici mars 2026, des centres médicaux spécialisés près des hubs de transport pour gérer jusqu’à 100 patients par jour pendant deux mois, ou 250 lors de pics de trois jours.

Ces unités, destinées à traiter des milliers de blessés – y compris étrangers –, compensent les limites du service de santé des armées face à une guerre de haute intensité. Critiqué pour son inefficacité post-Covid, ce système civil-militaire expose les soignants à des flux massifs, au mépris d’une opinion publique majoritairement pacifiste.

À l’échelle européenne, la donne est identique. Von der Leyen, dans son discours au Parlement européen du 26 novembre 2025, a averti contre tout « partage » de l’Ukraine, qui ouvrirait la porte à « de nouvelles guerres » , et plaidé pour des garanties de sécurité robustes, incluant un déploiement multinational sur le sol ukrainien. Son « plan de paix » américain-russe en 28 points, fuité récemment, est rejeté comme une capitulation : réduction de l’armée ukrainienne de moitié, absence de troupes étrangères pour la sécuriser post-conflit. L’Europe, dit-elle, doit « maintenir la pression sur la Russie » jusqu’à une « paix juste » , via un fonds de 150 milliards d’euros pour des achats d’armes conjoints et des revues biannuelles des investissements défense. Résultat ?

Une UE qui dépense plus de 100 milliards d’euros en aide à Kiev depuis 2022, tandis que ses citoyens subissent inflation et austérité.

En France, cette préparation s’articule autour de la Défense Opérationnelle du Territoire (DOT), réactivée pour gérer les menaces internes lors d’engagements OTAN externes. Intégrée à l’Organisation Interarmées de Défense Territoriale (OTIAD), elle protège les sites stratégiques – centrales nucléaires, infrastructures vitales – avec des gendarmes équipés d’armes d’assaut, véhicules blindés et vision nocturne, prêts à réprimer sabotages, cyberattaques ou émeutes. C’est un double front : guerre extérieure contre la Russie, contrôle intérieur pour étouffer l’opposition. Macron, maître en division – opposant classes sociales, partis politiques –, utilise l’article 16 de la Constitution ou le 49-3 pour contourner le Parlement, légitimant un pouvoir absolu au nom de la « crise » .

Ce n’est pas de la résilience ; c’est le spectre d’une dictature européenne, où la souveraineté nationale s’efface devant Bruxelles et l’OTAN.

Réactions et fractures : une jeunesse au pas, une Nation divisée

Les réactions à l’annonce de Macron confirment la fracture. À gauche, La France insoumise (LFI) dénonce un « projet pour la jeunesse » réduit à « mourir pour ses guerres » : Louis Boyard fustige l’absence de mesures sur l’école ou l’emploi, tandis que Manon Aubry y voit une « mise au pas » payée moins que le SMIC. Mathilde Panot propose une « conscription citoyenne » axée sur le climat, opposée à cette « volonté belliqueuse« . L’UNEF et la FAGE appellent à refuser cette « tentative de mise au pas« , soulignant que la jeunesse n’a pas besoin d’être « encadrée à marche forcée« . À droite, le Rassemblement national (RN) salue l’initiative mais critique l’échec du SNU, un « gâchis » qui a fait « perdre du temps aux Français« . Sébastien Chenu y voit du « bon sens« , mais doute de sa mise en œuvre.

Sur les réseaux, le tollé est viral : « Même contre un Twix, je ne me battrais pas pour la France de Macron« , ironise un utilisateur, tandis que des lycéens présents à la JDC confessent leur peur d’être la « future chair à canon » (Le Dauphiné Libéré). Les syndicats comme la CGT Isère alertent sur les « dérives militaristes » , plaidant pour des priorités sociales. À l’international, Reuters note un « volontariat modéré » face à la Russie, mais RFI souligne les divergences avec les États-Unis.

Cette polarisation n’est pas anodine : elle reflète une Nation qui s’oppose à l’envoi de troupes. En Bulgarie ou en Roumanie, 80 % rejettent une guerre contre la Russie ; en Pologne, malgré l’élitisme pro-OTAN, les craintes pour la paix dominent. Von der Leyen, huée lors de sa tournée (« Dégage, Nazie ! » en Bulgarie), incarne cette déconnexion : une élite qui impose le bellicisme contre une opinion publique épuisée par l’inflation et les coupes budgétaires.


 

Perspectives : Vers une Escalade Inévitable ?

En conclusion, ce service national n’est pas une réforme ; c’est un leurre idéologique qui, sous couvert de volontariat, prépare une mobilisation forcée et entretient une insécurité fabriquée.

En dénaturant l’esprit de défense – cette cohésion civique et morale forgée par l’Histoire –, Macron sacrifie la jeunesse à des ambitions géopolitiques stériles : une armée européenne illusoire, un alignement atlantiste forcené, une Europe qui, sous von der Leyen, appelle à la guerre aux portes de la Russie. Le coût humain et financier sera exorbitant pour un résultat médiocre, tandis que la France glisse vers un chaos orchestré – divisions internes, répression via la DOT, hôpitaux militarisés.

Face à cela, la réponse doit être collective : exiger un vrai débat parlementaire, restaurer l’esprit de défense par l’éducation et la diplomatie, non par les armes. Car, comme l’avertissait Thucydide il y a 2 500 ans, « qu’importe la taille des vaisseaux et des murailles si la volonté de défense du citoyen n’existe pas » .

Aujourd’hui, cette volonté est piétinée par un pouvoir qui préfère la peur à la paix. Il est temps de dire non à ce piège, avant qu’il ne se referme.

chiffres à retenir !

Rappel très important :

La Russie dispose déjà du plus grand territoire habité continu de la planète (17 millions de km²) et d’une densité de population extrêmement faible (8 hab/km²) : conquérir des terres supplémentaires, déjà très densément peuplées, ne résoudrait en rien son problème démographique et compliquerait au contraire sa gestion.

→ La Russie est immensément plus vaste territorialement, mais l’UE est beaucoup plus peuplée et donc bien plus densément peuplée.

Superficie et population de la Russie par rapport à l'union européenne

L’Union européenne et la France représentent une densité moyenne de plus de 100 hab/km², avec des villes et infrastructures ultra-concentrées : toute tentative d’occupation se heurterait à une guérilla urbaine ingérable sur des centaines de milliers de kilomètres carrés hostiles, pour un bénéfice territorial négligeable.

Superficie et population de la Russie par rapport à la France

Enfin, la partie européenne de la Russie (moins de 4 millions de km²) concentre déjà 77 % de sa population et presque toute son industrie : elle n’a aucun besoin d’espace supplémentaire à l’ouest, mais au contraire tout intérêt à préserver la paix avec ses voisins immédiats pour développer enfin ses immenses territoires vides à l’est.

Ce qu’il faut donc retenir :

  • La russie est plus de 4 fois plus grande que l’Union européenne et 27 fois plus grande que la France
  • L’Union Européenne est 3 fois plus peuplée que la Russie (La France a 2 fois plus d’habitants seulement que la Russie)

 https://multipol360.com/le-retour-fantasme-du-service-militaire-une-manoeuvre-ideologique-au-service-dune-europe-en-marche-vers-le-chaos/

 


C) - Ukraine : pas de paix sans confiance !

Analyse sans concession du conflit ukrainien avec un vétéran américain des services de renseignement

Dans une interview fleuve et brutale publiée hier sur YouTube, un ancien officier du renseignement militaire américain, aujourd’hui analyste indépendant très suivi dans les milieux réalistes, démonte point par point les prétendus « plans de paix » qui circulent actuellement entre Washington, Bruxelles et Kiev. Son verdict est sans appel : ces documents ne sont pas des propositions de paix, mais des actes de reddition unilatérale imposés à la Russie, conçus pour l’affaiblir durablement et préparer la « grande guerre » à venir.

Le « plan Trump » en 28 puis 19 points : une lettre d’intention vide

« Un mémorandum n’est pas un traité. C’est une lettre d’intention sans valeur juridique. » 

L’intervenant commence par rappeler que les 28 points (devenus 19 pour « rallier Zelensky et les Européens ») exigent de la Russie :

  • une modification de sa Constitution (interdiction de toute action militaire à l’étranger) ;
  • une réforme complète de son système éducatif (« enseigner la tolérance », comprendre : déconstruire la culture russe) ;
  • le retour à une Ukraine « souveraine »… alors que tout le monde sait qu’elle est un proxy américain depuis 2014 (services de renseignement reconstruits par la CIA, ministre des Finances américain, 90 % des médias financés par les États-Unis, etc.) ;
  • un cessez-le-feu préalable à toute négociation sérieuse – que Moscou a déjà refusé catégoriquement.

Le dernier point est le plus révélateur : le cessez-le-feu entre en vigueur « dès que les parties se seront mises d’accord sur les modalités de mise en œuvre ». Autrement dit : la Russie doit d’abord geler les fronts, puis faire confiance à l’Occident pour respecter le reste. Or l’histoire des trente dernières années est une succession de promesses trahies : élargissement de l’OTAN malgré les assurances données à Gorbatchev, violation de l’Acte fondateur OTAN-Russie, accords de Minsk avoués comme des leurres par Angela Angela Merkel et François Hollande eux-mêmes.

Bon flic / mauvais flic : Washington contre Bruxelles, même combat

Derrière l’apparente divergence entre le « plan Trump » (un peu moins extravagant) et le plan européen (Ukraine dans l’OTAN, aucune concession territoriale, réparations payées par Moscou, troupes européennes sur le sol ukrainien), il n’y a qu’une seule stratégie : qui va rafler les 300 milliards d’actifs russes gelés et les contrats de « reconstruction » ? « Les Européens veulent leur part du gâteau. Les Américains aussi. C’est tout. »

Le reste (réintégration de la Russie dans un G8 qui ne veut plus d’elle, levée progressive des sanctions validée par un Congrès américain qui n’en a jamais levé aucune) n’est que de la fumée.

L’Ukraine n’est plus un État souverain, c’est un territoire sous administration extérieure

L’analyste rappelle des faits rarement évoqués dans les grands médias :

  • 2019 : les Ukrainiens votent à 73 % pour Zelensky et sa plateforme de paix. Des néonazis formés par les États-Unis et des ONG occidentales posent immédiatement des lignes rouges.
  • Depuis 2014 : ministres américains ou formés par Washington (Santé, Finances), services de renseignement entièrement reconstruits par la CIA, planification militaire depuis Wiesbaden (Allemagne).
  • Mobilisation forcée des plus de 60 ans, démantèlement de la santé publique pour « économiser » sur les retraites : « un génocide par classe d’âge et par catégorie sociale », dit-il avec un humour très noir.

Sur le terrain : la guerre est déjà terminée

« La phase finale de la guerre d’usure a commencé. Un camp va craquer. »

  • Effondrement des lignes ukrainiennes à Pokrovsk, Mirnograd, Kupyansk.
  • Brèche de 100 km ouverte vers le Dniepr.
  • Les Russes parlent désormais de « libération » des oblasts de Kharkov, Soumy, Dniepropetrovsk – signe qu’ils envisagent d’y rester.
  • La Russie contrôle le cours supérieur du Dniepr : l’Ukraine perd son « Mississippi » économique.

« D’ici deux mois, les 18 % restants du Donetsk sous contrôle ukrainien auront disparu. »


Pourquoi l’Occident refuse toute paix réelle

L’analyste replace le conflit dans une perspective historique longue :

  • L’OTAN a été créée AVANT le Pacte de Varsovie (1949 vs 1955). Staline avait demandé à y adhérer… refus immédiat.
  • Opération Gladio, attentats sous faux drapeau en Europe occidentale pendant toute la Guerre froide pour maintenir la peur de l’URSS.
  • Plan britannique « Operation Unthinkable » (mai 1945) : attaquer l’URSS avec les restes de la Wehrmacht quelques jours après la victoire sur Hitler.
  • Objectif constant depuis 1945 : empêcher tout rapprochement russo-européen et maintenir l’Europe sous tutelle américaine.

« Les États-Unis n’ont que deux choses pour tenir ensemble 330 millions d’habitants aux cultures très différentes : le dollar… et un ennemi commun. Sans ennemi, le pays se régionalise et explose. »

Vers la capitulation ou l’escalade nucléaire ?

Dans ce contexte de confiance zéro, aucun accord sérieux n’est possible tant que l’Occident n’aura pas subi une défaite militaire claire et massive. Tout le reste n’est que du temps acheté pour réarmer l’Europe et préparer la « grande guerre » dans 3 à 5 ans.

Le risque ultime : une logique d’escalade incontrôlée où chaque camp, craignant une première frappe de l’autre, pourrait être tenté de frapper le premier. Les missiles hypersoniques russes Zircon à ogive nucléaire tactique (75 kt) peuvent atteindre Washington en 3 minutes depuis un sous-marin au large des côtes.


 

Conclusion de l’intervenant (verbatim) :

« La posture morale durera tant que ce sont des Slaves de l’Est qui meurent. Dès que les premières bombes tomberont sur Varsovie, Berlin ou Paris, elle disparaîtra en une nuit. On entendra soudain : “Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi sommes-nous en guerre ?” Tant que leur peau n’est pas en jeu, tout va bien. »

Un témoignage glacial, brutal, mais d’une cohérence historique effrayante. Pour ceux qui veulent comprendre pourquoi aucun accord de paix réaliste n’est actuellement envisageable, cette heure et demie d’analyse est probablement la description la plus lucide disponible aujourd’hui.

https://multipol360.com/il-ny-aura-pas-de-paix-seulement-une-capitulation/ 

 


 D) - Robert Fico : « Sur les 177 milliards distribués à Kiev : combien ont atterri dans des poches privées ? »

À Bratislava, le 22 novembre 2025, devant les caméras slovaques et européennes, le Premier ministre Robert Fico brandit un document et lâche la phrase qui fait trembler Bruxelles :

« 177 milliards d’euros ont été envoyés par l’UE à l’Ukraine depuis le début de la guerre. Combien de cet argent a été volé par les Ukrainiens ? Combien ont fait l’objet de scandales de corruption ? Et maintenant, on nous annonce 100 milliards de plus… sans même nous demander notre avis. »

Le ton est glacial, le message limpide : la Slovaquie, membre de l’Union européenne et de l’OTAN, refuse de signer un nouveau chèque en blanc tant que la lumière n’aura pas été faite sur l’utilisation des fonds précédents.

Les chiffres qui dérangent

Selon le dernier rapport de la Commission européenne (novembre 2025), l’Union et ses États membres ont engagé 177,6 milliards d’euros depuis février 2022 :

  • ~50 Md€ d’aide militaire
  • ~100 Md€ d’aide macro-financière et budgétaire
  • ~27 Md€ d’aide humanitaire et réfugiés

À cela s’ajouterait, selon le projet actuellement sur la table, 100 à 140 milliards supplémentaires sous forme de prêts gagés sur les actifs russes gelés (environ 300 Md€ au total)

un mécanisme que la Slovaquie et la Hongrie menacent de bloquer à l’unanimité.

Robert Fico n’est pas seul à poser la question. Des audits internes ukrainiens (couvrant 2024-2025) ont révélé des surpaiements de 129 millions de dollars sur des contrats d’armement secrets, sans justification claire. Le FMI estime que 10 à 20 % des fonds globaux pourraient être perdus en raison de la bureaucratie et de la corruption. Des affaires retentissantes – villas à Dubaï, comptes offshore, surfacturations massives sur les obus – ont éclaboussé des proches du pouvoir à Kiev, comme dans le scandale Energoatom de novembre 2025 impliquant environ 100 millions de dollars de pots-de-vin (10-15 % sur les contrats).

 


 

Une goutte d’eau ? Peut-être. Mais une goutte qui fait déborder le vase slovaque.

Le contexte géopolitique : Trump dicte le tempo

Robert Fico ne parle pas dans le vide. Depuis l’investiture de Donald Trump en janvier 2025, Washington pousse activement pour un cessez-le-feu rapide et un accord de paix russo-ukrainien avant Noël. Le « plan en 28 points » américain, révélé le 21 novembre, prévoit notamment :

  • un partage des revenus futurs des ressources ukrainiennes (gaz, minerais rares) entre Kiev et Moscou ;
  • une contribution américaine limitée à 50 milliards de dollars ;
  • exigence que l’Europe prenne à sa charge au moins 100 milliards pour la reconstruction.

Autrement dit : l’Europe paierait la note, mais serait exclue des bénéfices. C’est exactement ce que Robert Fico a dénoncé devant les journalistes : « Les accords sur la table laissent l’Union européenne complètement de côté. »

Une fracture est-ouest au cœur de l’Europe

La sortie slovaque n’est pas isolée. Viktor Orbán, en Hongrie, a applaudi Fico et critiqué l’UE pour son manque de fonds et sa volonté de prolonger le conflit, qualifiant l’aide supplémentaire de « vodka pour un alcoolique ».

Les deux pays, déjà en conflit ouvert avec Bruxelles sur l’État de droit, se posent désormais en porte-voix d’une fronde anti-aide illimitée.

À l’inverse, les pays baltes, la Pologne et les pays nordiques exigent au contraire une augmentation massive de l’aide militaire. La France et l’Allemagne, elles, cherchent un compromis : maintenir la pression sur Moscou tout en évitant l’effondrement budgétaire ukrainien.

Vers un audit européen ?

Face au tollé, l’UE prépare depuis le 26 novembre un « mécanisme de secours » pour garantir un financement à Kiev dès 2026, incluant des audits indépendants et un suivi accru des flux (publications périodiques via l’Ukraine Facility). Une concession qui ressemble fort à un recul tactique pour contourner les vetos au Sommet du 28-29 novembre.

Mais pour Robert Fico, c’est déjà trop tard :

« Tant qu’on n’aura pas la preuve que chaque euro est arrivé là où il devait arriver, la Slovaquie dira non. »

Et la France dans tout ça ?

À Paris, on suit l’affaire avec une certaine gêne. La France est le deuxième contributeur bilatéral européen, avec près de 8,6 milliards d’euros d’aide totale depuis 2022 (dont 5,9 Md€ pour les armes, maintenance et formation). L’Élysée n’a pas réagi officiellement à la charge slovaque, mais des sources internes laissent filtrer une inquiétude :

si Bratislava et Budapest bloquent le prochain paquet, ce sont les contribuables français et allemands qui devront combler le trou… ou accepter de laisser Kiev négocier seule avec Moscou.

Un scénario que personne, à Bruxelles comme à Paris, n’osait encore envisager il y a six mois. Il est cependant important de rappeler que le gouvernement Lecornu recherche 60 milliards d’euros pour boucler son budget 2026…

La phrase de Fico résonne donc bien au-delà des Carpates : elle pose brutalement la question que tout le monde murmurait dans les couloirs européens.

Combien de milliards avons-nous vraiment envoyés ? 

Et surtout : combien en avons-nous réellement retrouvés ?

https://multipol360.com/robert-fico-sur-les-177-milliards-distribues-a-kiev-combien-ont-atterri-dans-des-poches-privees/

 


E) - La justice française n’est plus rendue au nom du peuple

Enquête sur cinquante ans de dérive idéologique

Ils sont 9 000. Neuf mille magistrats pour juger 68 millions de Français. Un corps minuscule, homogène, urbain, diplômé, presque exclusivement de gauche, qui décide chaque jour qui va en prison, qui reste libre, qui perd sa nationalité, qui peut manifester ou non, qui entre ou sort du territoire. 

Et pourtant, quand on demande aux Français s’ils font confiance à leur justice, la réponse est tombée à 32 % en 2024, son plus bas historique.

Comment une institution censée incarner l’impartialité absolue a-t-elle pu devenir, aux yeux d’une majorité de citoyens, un contre-pouvoir idéologique qui censure la loi quand elle lui déplaît et protège le délinquant au détriment de la victime ? La réponse tient en une date : 1968.

Le poison originel

En pleine effervescence post-soixante-huitarde, une génération de jeunes magistrats, fils de bonne famille fascinés par le tiers-mondisme et la révolution, crée le Syndicat de la magistrature. Le logo : un poing levé. Le texte fondateur, la « harangue d’Oswald Baudot » (1974), est un programme de rupture explicite : 

« Soyez partiaux. Méprisez la loi, elle dira ce que vous voudrez qu’elle dise. Défendez le voleur contre la police, l’ouvrier contre le patron. »

Le délinquant n’est plus coupable : il est malade de la société. La prison est une « école du crime ». Le juge doit soigner, réinsérer, jamais punir. L’idée est séduisante pour une jeunesse qui veut refaire le monde. Elle va devenir l’idéologie dominante de l’institution.

1981, l’année de la prise de pouvoir

L’élection de François Mitterrand offre au Syndicat de la magistrature (SM) l’occasion rêvée. Robert Badinter arrive place Vendôme. En quelques mois : abolition de la peine de mort, abrogation de la loi Sécurité et Liberté votée trois mois plus tôt, amnistie massive (20 % des détenus libérés), suppression des quartiers de haute sécurité. 

Le nouveau code pénal Badinter supprime les peines minimales : un vol simple peut être puni de trois ans… mais ne le sera jamais.

Les anciens du SM trustent les cabinets, la direction de l’École nationale de la magistrature, les postes de président de cour d’appel. Le message est clair : sois du « camp du Bien », ta carrière est assurée ; résiste, tu es fini.

Le mur des cons, ou l’impunité totale

Le 5 avril 2013, un journaliste entre au siège du Syndicat de la magistrature. Sur un mur entier : des centaines de photos sous le titre « Mur des cons ». On y trouve Nicolas Sarkozy, Éric Ciotti, des journalistes, des parents de victimes… mais aucun violeur, aucun terroriste, aucun récidiviste. 

La présidente du SM, Françoise Martres, est condamnée à 500 € d’amende avec sursis

Elle est immédiatement promue à un poste hiérarchique supérieur. Tout est dit : l’impunité est absolue.

Un corps judiciaire devenu caste

Aujourd’hui, le profil type du jeune magistrat est une femme, fille de cadres supérieurs ou d’enseignants, urbaine, diplômée de Sciences Po ou d’Assas, qui lit Libération dans le métro et Le Monde le soir. 70 à 80 % des promotions de l’ENM votent à gauche ou extrême gauche. 

À l’École comme en juridiction, la pensée unique règne. Contredire est vu comme une trahison. La « loyauté envers les collègues » est une obligation déontologique. Le Syndicat de la magistrature, qui représente officiellement 30 % des syndiqués (50 % à Paris), tient toujours un stand à la Fête de l’Humanité et appelle ouvertement à faire barrage au Rassemblement National.

Cinq cours suprêmes pour censurer le peuple

Le juge français n’applique plus la loi : il la réécrit. 

Conseil constitutionnelConseil d’ÉtatCour de cassationCEDHCJUE : cinq cours suprêmes peuvent retoquer la loi votée par le Parlement. Résultat : 

  • 40 % de la loi immigration 2023 censurés
  • loi narcotrafic, loi justice des mineurs, loi rétention des étrangers irréguliers : systématiquement détricotées
  • jurisprudence inventée de toutes pièces (« les parlementaires sont agents publics ») pour poursuivre François Fillon, Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy.

Le peuple vote, le juge censure.

Les chiffres qui font mal

Pendant que l’idéologie « humaniste » triomphe : 

  • coups et blessures volontaires ×5 en trente ans
  • tentatives d’homicide +76 % depuis 2017
  • récidive légale ×9 depuis 1990
  • France championne d’Europe de la hausse des violences physiques

Et pourtant : 

  • une peine prononcée représente en moyenne 19 % de la peine encourue
  • 95 % des sanctions pénales sont inférieures à deux ans
  • la France incarcère moins qu’en 1980

Le fossé abyssal

80 à 90 % des Français veulent des peines plus sévères, la perpétuité réelle, l’expulsion des délinquants étrangers, la fin des aménagements automatiques. Aucune de ces mesures n’a tenu plus de quelques mois. De gauche comme de droite, les gouvernements ont toujours reculé devant le corporatisme judiciaire.

Le constat

La justice française n’est plus une autorité indépendante : elle est devenue un pouvoir idéologique non élu qui impose sa vision de la société contre la volonté clairement exprimée du peuple souverain.

Tant que le politique n’aura pas le courage de réformer le statut de la magistrature, de supprimer le syndicalisme politique, de rétablir des peines planchers impératives et de limiter le pouvoir de censure des juges constitutionnels et européens, la fracture continuera de s’élargir.

Et un jour, quand les Français comprendront que la justice n’est plus rendue en leur nom, mais contre eux, il sera peut-être trop tard pour sauver la République.

https://multipol360.com/la-justice-francaise-nest-plus-rendue-au-nom-du-peuple/

 

 

Spooner-Tucker : le point de vue de Murray N. Rothbard

La doctrine Spooner-Tucker : le point de vue d'un économiste

Je tiens d'abord à réaffirmer ma conviction que Lysander Spooner et Benjamin R. Tucker furent des philosophes politiques inégalés et que rien n'est plus nécessaire aujourd'hui qu'une renaissance et un développement de l'héritage largement oublié qu'ils ont légué à la philosophie politique. Au milieu du XIXe siècle, la doctrine individualiste libertarienne avait atteint un stade où ses penseurs les plus avancés, chacun à sa manière (Thoreau, Hodgskin, le jeune Fichte, le jeune Spencer), commencèrent à prendre conscience de l'incompatibilité de l'État avec la liberté et la morale. Mais ils se contentèrent d'affirmer le droit de l'individu de se soustraire au réseau de pouvoir et de prélèvement fiscal de l'État. Sous cette forme inachevée, leurs doctrines ne représentaient pas une réelle menace pour l'appareil d'État, car rares sont ceux qui envisagent de renoncer aux nombreux avantages de la vie sociale pour échapper à l'autorité de l'État. 
 


 
 
Il revint à Spooner et Tucker d'esquisser la manière dont tous les individus pourraient s'affranchir de l'État et coopérer pour leur propre bénéfice mutuel au sein d'une société d'échanges et d'interactions libres et volontaires.
Ce faisant, Spooner et Tucker firent évoluer l'individualisme libertaire, passant d'une protestation contre les maux existants à la définition d'une société idéale vers laquelle tendre ; et qui plus est, ils situèrent judicieusement cet idéal dans le marché libre, qui existait déjà en partie et procurait d'immenses avantages économiques et sociaux. Ainsi, Spooner, Tucker et leur mouvement ne se contentèrent pas de fournir un but à atteindre, mais ils surpassèrent largement les « utopistes » précédents en ancrant ce but dans des institutions préexistantes plutôt que dans une vision coercitive ou irréaliste d'une humanité transformée. Leur réalisation fut véritablement remarquable, et nous sommes encore loin d'avoir atteint leur niveau de perspicacité.
 
Je ne saurais conclure cet hommage à la philosophie politique de Spooner et Tucker sans citer un passage particulièrement remarquable du livre de Spooner, « No Treason No. VI », qui a profondément marqué mon propre cheminement idéologique : 
 
« Il est vrai que la théorie de notre Constitution repose sur le principe que tous les impôts sont payés volontairement ; que notre gouvernement est une mutuelle d’assurance, à laquelle le peuple souscrit volontairement… » 
 
 « Mais cette théorie de notre gouvernement est bien différente de la réalité. En réalité, le gouvernement, tel un bandit de grand chemin, dit à l’homme : “Votre argent ou votre vie.” Et nombre d’impôts, sinon la plupart, sont payés sous la contrainte de cette menace. 
 
Certes, le gouvernement n’intercepte pas un homme dans un lieu isolé, ne surgit pas du bord de la route pour lui braquer un pistolet sur la tempe et le dépouiller. Mais le vol n’en reste pas moins un vol ; et il est bien plus ignoble et honteux. » 
 
Le brigand de grand chemin assume l'entière responsabilité, le danger et le crime de son acte. Il ne prétend pas avoir un droit légitime sur votre argent, ni vouloir l'utiliser à votre avantage. Il ne prétend être rien d'autre qu'un voleur. Il n'a pas l'impudence de se faire passer pour un simple « protecteur » et de prendre l'argent des gens contre leur gré, uniquement pour « protéger » ces voyageurs naïfs qui se croient parfaitement capables de se défendre eux-mêmes ou qui ne comprennent pas son système de protection particulier. Il est trop sensé pour tenir de tels propos. De plus, une fois votre argent pris, il vous laisse, comme vous le souhaitez. Il ne s'obstine pas à vous suivre sur la route, contre votre gré, en se prenant pour votre « souverain » légitime, en raison de la « protection » qu'il vous accorde. Il ne vous « protège » pas en vous ordonnant de vous prosterner et de le servir, en vous demandant de faire ceci et en vous interdisant de faire cela. En vous dépouillant d'argent aussi souvent qu'il le juge opportun ; en vous traitant de rebelle, de traître, d'ennemi de votre patrie, et en vous abattant sans pitié si vous contestez son autorité ou résistez à ses exigences. Il est trop intègre pour se rendre coupable de telles impostures, insultes et vilesries. Bref, en plus de vous voler, il ne cherche pas à faire de vous sa dupe ou son esclave. 
 
Les agissements de ces voleurs et assassins qui se font appeler « l'État » sont diamétralement opposés à ceux du simple bandit de grand chemin. 1
 
Qui, après avoir lu ce passage remarquable, pourrait encore se laisser berner par l'État ?
 
Je suis donc fortement tenté de me qualifier d’« anarchiste individualiste », si ce n’est que Spooner et Tucker ont en quelque sorte accaparé cette appellation pour leur doctrine et que je m’en écarte sur certains points. Politiquement, ces divergences sont mineures, et le système que je préconise est donc très proche du leur ; mais économiquement, elles sont substantielles, ce qui signifie que ma vision des conséquences de la mise en œuvre de notre système, plus ou moins commun, est très éloignée de la leur. 
 
Politiquement, mes divergences avec l’anarchisme individualiste de Spooner-Tucker sont de deux ordres. Premièrement, il y a le rôle du droit et du système de jury dans la société anarchiste individualiste. Spooner-Tucker étaient partisans d’une totale autonomie pour chaque tribunal de marché, et plus précisément pour chaque jury de marché, en matière de décisions judiciaires. Il n'existerait aucun corpus de droit rationnel ou objectif que les jurés seraient tenus de consulter, même moralement, ni aucun précédent judiciaire, puisque chaque jury aurait le pouvoir de statuer sur les faits et le droit de chaque affaire de manière strictement ad hoc. Sans directives ni normes à suivre, même les jurés les plus bienveillants ne pourraient être tenus de rendre des décisions justes, ni même respectueuses des principes libertariens. 
 
 À mon sens, le droit est un bien précieux qui n'est pas plus nécessairement produit par l'État que les services postaux ou la défense ; l'État peut être dissocié de l'élaboration des lois, tout comme il peut être dissocié des sphères religieuse ou économique de la vie. Concrètement, il ne serait pas très difficile pour les juristes et avocats libertariens d'élaborer un code rationnel et objectif de principes et de procédures juridiques libertariens, fondé sur l'axiome de la défense de la personne et de la propriété, et par conséquent sur le principe de non-violence à l'encontre de quiconque n'est pas un agresseur reconnu coupable d'atteinte à cette personne et à ces biens. Ce code serait alors appliqué aux cas particuliers par des tribunaux et des juges indépendants, fonctionnant selon les principes de la concurrence et du libre marché. Tous seraient tenus de respecter ce code et leur rémunération serait proportionnelle à la qualité de leurs services, qui répondrait aux attentes des consommateurs. Dans la société actuelle, les jurys possèdent l'inestimable vertu de défendre le citoyen contre l'État ; ils constituent un noyau indispensable de personnes extérieures à l'appareil d'État, capables de protéger le prévenu en difficulté devant les tribunaux. Mais dans une société libertarienne, cette vertu particulière disparaîtrait.² 
 
Sur la question de la justice, une conciliation est toutefois possible : Tucker affirme d'ailleurs que « l'anarchisme signifie précisément le respect et l'application du droit naturel de la liberté », et c'est précisément ce que je préconise.³ 
 
Ma seconde divergence politique avec Spooner-Tucker porte sur la question foncière, et plus précisément sur celle des droits de propriété. Ici, cependant, je crois que la position de Tucker est supérieure à celle des économistes libéraux actuels qui, soit ne prennent pas position sur la question foncière, soit présument naïvement que tous les titres de propriété doivent être protégés simplement parce qu'un gouvernement les a déclarés « propriété privée » ; et supérieure à celle des géorgistes d'Henry, qui reconnaissent l'existence d'un problème foncier mais nient la légitimité de toute propriété privée sur le sol. La thèse des anarchistes individualistes, développée par Joshua K. Ingalls, était que la propriété privée de la terre ne devrait être reconnue qu'à ceux qui utilisent directement les parcelles de terre concernées. Une telle théorie de la propriété abolirait automatiquement tout paiement de rente foncière, puisque seul l'utilisateur direct d'une parcelle de terre serait reconnu comme son propriétaire.
 
Bien que je sois en profond désaccord avec cette doctrine, elle apporte un correctif utile aux libertariens et aux économistes du laissez-faire qui refusent d'examiner le problème du monopole foncier lié à l'octroi arbitraire de titres de propriété par l'État à ses favoris, et qui, de ce fait, échouent complètement à s'attaquer à ce qui est probablement le problème numéro un des pays en développement aujourd'hui. Il ne suffit pas de réclamer la simple défense des « droits de propriété privée » ; il faut une théorie adéquate de la justice en matière de droits de propriété, sans quoi toute propriété qu'un État a jadis décrétée « privée » doit désormais être défendue par les libertariens, aussi injuste que soit la procédure ou quelles que soient ses conséquences néfastes. 
 
À mon sens, la théorie appropriée de la justice en matière de propriété foncière se trouve chez John Locke : la propriété devient privée d'abord par le critère de l'usage. Ceci exclut la vente par l'État de terres du « domaine public » non utilisées et non possédées à des spéculateurs fonciers avant même leur utilisation, car cela ne confère aucun titre de propriété valable. C'est en grande partie ainsi que je raisonne avec Ingalls et les anarchistes. Mais dès lors que l'usage et l'établissement confèrent un titre de propriété légitime, il me semble constituer une violation flagrante du principe d'égalité des libertés énoncé par Spooner et Tucker que d'empêcher le propriétaire légitime de vendre son terrain à un tiers. 
 
 En bref, dès lors qu'une parcelle de terrain est légitimement devenue la propriété de M. A, on ne peut considérer qu'il en est véritablement propriétaire à moins qu'il ne puisse en céder ou vendre le titre à M. B. Empêcher M. B d'exercer son droit de propriété simplement parce qu'il choisit de ne pas l'utiliser lui-même mais la loue volontairement à M. C constitue une atteinte à sa liberté contractuelle et à son droit à la propriété privée légitimement acquise. À l'inverse, je ne vois aucun fondement rationnel au principe selon lequel nul ne peut se dessaisir ou louer un bien légitimement acquis. La défense habituellement vigoureuse et intelligente du libre marché et de la propriété privée, chère à Tucker, fait ici cruellement défaut. De plus, une telle entrave à l'utilisation optimale des terres, à leur culture et à leur exploitation, ainsi qu'une telle répartition arbitraire des terres, nuit à l'ensemble de la société. 
 
Mais mon principal désaccord avec la doctrine Spooner-Tucker n'est pas d'ordre politique, mais économique ; il ne s'agit pas de la forme de notre système idéal, mais des conséquences qu'entraînerait son adoption. En ce sens, le désaccord n'est ni moral ni éthique, mais scientifique. Je suis le premier à reconnaître que la plupart des économistes, avec une certaine vanité, considèrent leur science comme la clé de voûte des décisions éthiques et politiques ; mais lorsqu'il est question d'économie, il est de notre responsabilité de prendre en compte les conclusions de la science économique. 
 
En réalité, contrairement aux anarchistes collectivistes et à de nombreux autres radicaux, Spooner et Tucker ont cherché à utiliser l'économie plutôt que de la rejeter comme excessivement rationnelle. Certaines de leurs erreurs (par exemple, la « loi du coût », la théorie de la valeur-travail) étaient profondément ancrées dans l'économie classique ; et c'est leur adoption de la théorie de la valeur-travail qui les a convaincus que la rente, l'intérêt et le profit étaient des paiements extorqués au travailleur de manière abusive.  
 
Contrairement aux marxistes, Spooner et Tucker, conscients des nombreux avantages du libre marché, ne souhaitaient pas abolir cette institution fondamentale. Ils pensaient au contraire que la liberté totale conduirait, par le jeu des lois économiques, à la disparition progressive de ces trois catégories de revenus.  
 
Le mécanisme de cette abolition progressive, Spooner et Tucker l’ont trouvé – et là, malheureusement, ils ont ignoré les enseignements de l’économie classique pour y substituer leurs propres erreurs – dans la sphère monétaire. 
 
Les deux erreurs fondamentales et interdépendantes de la théorie spoonérienne (et de la théorie de tous les courants de pensée qualifiés, à tort, par les économistes, de « monétaires ») résident dans l’incompréhension de la nature de la monnaie et de la nature de l’intérêt.⁴ Le monétarisme postule : (1) qu’il faut toujours plus de monnaie sur le marché ; 
 
(2) que plus le taux d’intérêt est bas, mieux c’est ; et (3) que le taux d’intérêt est déterminé par la quantité de monnaie, le premier étant inversement proportionnel au second. Compte tenu de cet ensemble d'hypothèses totalement erronées, la prescription est la suivante : continuer à augmenter la quantité d'argent et à baisser le taux d'intérêt (ou les profits).
 
À ce stade, le débat sur la monnaie fiduciaire se divise en deux écoles : les « orthodoxes », qui préconisent que l’État imprime suffisamment de papier-monnaie pour résoudre le problème (par exemple, Ezra Pound, le mouvement du Crédit social) ; et les anarchistes ou mutualistes, qui souhaitent que ce travail soit laissé aux particuliers ou aux banques (par exemple, Proudhon, Spooner, Greene, Meulen). En réalité, dans ce cadre restreint, les étatistes sont de bien meilleurs économistes que les anarchistes ; car si l’État peut semer le chaos en provoquant une inflation galopante et en abaissant temporairement les taux d’intérêt, la société anarchiste, contrairement aux idées anarchistes, aboutirait à une monnaie beaucoup plus « dure » ​​que celle que nous connaissons actuellement. 
 
Dans la première erreur de raisonnement, il faut conclure que les partisans de la monnaie fiduciaire poussent à son terme logique une erreur largement répandue chez les auteurs préclassiques et keynésiens contemporains. L’essentiel est qu’une augmentation de la masse monétaire n’apporte aucun bénéfice à la société. Au contraire, c'est un moyen d'exploitation de la majeure partie de la société par l'État, les banques sous son contrôle et leurs protégés. En effet, contrairement aux pommes de terre ou à l'acier, dont l'augmentation permet de consommer davantage de biens et d'en faire bénéficier un plus grand nombre de personnes, la monnaie remplit pleinement son rôle social, quelle que soit sa quantité sur le marché. Plus de monnaie ne fait que diluer le pouvoir d'achat, la valeur d'échange, de chaque dollar ; moins de monnaie augmente la valeur de chaque dollar. 
 
David Hume, l'un des plus grands économistes de tous les temps, a abordé le cœur du problème en se demandant ce qui se passerait si chacun se réveillait comme par magie un matin avec la quantité d'argent qu'il possède doublée, triplée, voire plus. Il est évident que le sentiment subjectif de richesse de chacun s'estomperait rapidement, car les nouveaux dollars feraient grimper les prix des biens et services, jusqu'à ce que ces prix aient doublé ou triplé, et la société ne s'en trouverait pas améliorée. Il en serait de même si les actifs monétaires de chacun étaient soudainement réduits de moitié. On peut aussi imaginer un changement soudain d'appellation, du « centime » au « dollar », avec une augmentation proportionnelle de toutes les coupures. Tout le monde serait-il vraiment cent fois plus riche ? Non ; la popularité de l'inflation à travers les siècles tient précisément au fait que la masse monétaire de chacun ne double ni ne quadruple d'un coup. Elle tient au fait que l'inflation monétaire se fait progressivement et que les premiers bénéficiaires, ceux qui reçoivent la nouvelle monnaie en premier, s'enrichissent au détriment des derniers arrivés. 
 
Il y a quelques années, un dessin brillant du New Yorker pointait du doigt le processus inflationniste et les justifications sophistiquées du pillage et de l'exploitation qui ont servi à le justifier : un groupe de faussaires contemple avec satisfaction son œuvre, et l'un d'eux déclare : « Les dépenses de consommation dans le quartier vont bientôt connaître un véritable coup de pouce. » Oui, ceux qui reçoivent en premier les nouveaux apports monétaires (que la contrefaçon soit légale ou illégale) en profitent immédiatement (c'est-à-dire les contrefacteurs et ceux à qui ils dépensent cet argent, ou, comme les banques, à qui ils le prêtent). Mais ce, au détriment de ceux qui reçoivent cet argent en dernier et qui voient les prix des biens de consommation s'envoler avant même que les nouveaux revenus ne leur parviennent. L'injection de monnaie nouvelle a certes un effet multiplicateur, mais cet effet exploite certains au profit d'autres et, de par son origine, il freine et pèse sur la production authentique du marché libre.
 
Quant au taux d'intérêt, il ne correspond pas simplement au prix de l'argent et n'est donc pas inversement proportionnel à sa quantité. Dans le cas de David Hume, par exemple, une multiplication par quatre de la masse monétaire entraînera une multiplication par quatre des prix, des actifs, etc., mais rien ne justifie que cette hausse affecte le taux d'intérêt. 
 
Si 1 000 $ rapportaient autrefois 50 $ d'intérêts par an, 4 000 $ n'en rapporteront plus que 200 ; le montant des intérêts sera multiplié par quatre, comme tout le reste, mais rien ne justifie que le taux d'intérêt change. Lysander Spooner pensait que si la masse monétaire augmentait suffisamment (comme cela serait supposément le cas sur un marché parfaitement libre), le taux d'intérêt tomberait à zéro ; en réalité, rien ne justifie qu'il change. 
 
Dans le processus d'inflation, tel qu'il se déroule dans le monde réel, la nouvelle monnaie entre généralement d'abord sur le marché du crédit ; pendant ce temps, le taux d'intérêt sur ce marché baisse ; mais cette baisse est strictement temporaire, et le marché rétablit rapidement le taux à son niveau normal. En effet, lors des phases avancées de l'inflation, le taux d'intérêt augmente fortement. Ce processus de distorsion inflationniste du taux d'intérêt, suivi d'un retour à la normale par le marché libre, constitue en réalité le véritable sens du fameux « cycle économique » qui affecte le capitalisme depuis l'avènement de l'inflation du crédit bancaire.⁵ 
 
Quant au taux d'intérêt, il ne dépend pas de la quantité de monnaie. Il dépend de la « préférence temporelle », c'est-à-dire du degré auquel les individus préfèrent les satisfactions immédiates aux mêmes satisfactions futures. En bref, chacun préférera disposer de 100 € aujourd'hui plutôt que de 100 € dans dix ans (abstraction faite des fluctuations possibles de la valeur de la monnaie entre-temps ou du risque de ne pas recevoir cet argent plus tard), car il est plus avantageux pour lui de pouvoir dépenser, ou simplement conserver, cet argent immédiatement. 
 
 Il est clair que ce phénomène de préférence temporelle est profondément ancré dans la nature humaine ; il ne s'agit nullement d'un phénomène monétaire, mais il serait tout aussi vrai dans un monde de troc. Sur un marché libre, l'intérêt n'est pas seulement un phénomène de prêt, mais (sous la forme d'un profit à long terme) serait tout aussi vrai que dans un monde où chacun investirait son propre argent et où personne ne prêterait ni n'emprunterait. En bref, les capitalistes verseraient 100 $ cette année aux travailleurs et aux propriétaires fonciers, puis vendraient le produit et encaisseraient, disons, 110 $ l'année suivante, non pas par exploitation, mais parce que toutes les parties préfèrent un montant donné cette année à l'année suivante. Ainsi, les capitalistes, pour payer les salaires et les loyers d'avance et attendre ensuite la vente, ne le feront que s'ils sont compensés par un rendement d'« intérêt » (profit) ; tandis que, pour la même raison, les travailleurs et les propriétaires fonciers sont prêts à accepter cette remise de 10 % sur leur produit afin d'encaisser leur argent maintenant et de ne pas avoir à attendre la vente au consommateur. 
 
 Il convient de rappeler aux radicaux que, s'ils le voulaient, tous les travailleurs pourraient refuser de travailler pour un salaire et former leurs propres coopératives de producteurs et attendre des années pour être payés, jusqu'à ce que les produits soient vendus aux consommateurs. Le fait qu'ils ne le fassent pas démontre l'immense avantage du système d'investissement de capitaux et de rémunération des salariés, qui permet aux travailleurs de gagner de l'argent bien avant la vente de leurs produits. Loin d'être une exploitation des travailleurs, l'investissement de capitaux et le système des intérêts et des profits constituent un atout considérable pour eux et pour l'ensemble de la société.
 
Le taux d'intérêt ou de profit sur le marché libre reflète donc les préférences temporelles des individus, lesquelles déterminent la répartition volontaire de leurs actifs entre épargne et consommation. Un taux d'intérêt plus bas sur le marché libre est un bon signe, car il traduit une moindre préférence temporelle et, par conséquent, une épargne et des investissements accrus. Cependant, toute tentative d'imposer un taux d'intérêt inférieur à celui qui reflète cette épargne volontaire engendre des dommages incalculables et provoque des récessions. Essayer de baisser le taux d'intérêt en espérant de bons résultats revient à essayer d'augmenter la température d'une pièce en montant le thermomètre. 
 
Enfin, il est important de montrer les véritables conséquences économiques de la mise en pratique du système Spooner-Tucker. Sans l'intervention de l'État pour créer les conditions et les mécanismes de coercition nécessaires à une inflation continue, les tentatives d'inflation et d'expansion du crédit seraient vouées à l'échec sur le marché libre. Imaginons, par exemple, que je décide d'imprimer des billets de banque intitulés « deux Rothbards », « dix Rothbards », etc., et que j'essaie ensuite de les utiliser comme monnaie. Dans une société libertarienne, j'aurais le droit et la liberté absolus de le faire. Mais la question est : qui accepterait ces billets comme « monnaie » ? La monnaie repose sur l'acceptation générale, et l'acceptation générale d'un moyen d'échange ne peut commencer qu'avec des matières premières, comme l'or et l'argent. Le « dollar », le « franc » et les autres unités monétaires n'ont pas été créés comme des noms en soi, mais comme les noms de certaines unités de poids d'or ou d'argent sur le marché libre. 
 
Et c'est précisément ce qui se produirait si le marché libre était libre de ses mouvements. L'or et l'argent seraient couramment utilisés comme monnaie, et les diverses tentatives hasardeuses de créer de nouvelles unités monétaires à partir de rien… disparaîtraient comme par magie. Les banques qui imprimeraient frauduleusement des billets appelés « dollars », laissant ainsi entendre qu'ils étaient équivalents à l'or et à l'argent et donc garantis par eux, pourraient continuer leurs activités un peu plus longtemps. Mais même elles, sans l'État, ses lois sur le cours légal, ses banques centrales et sa « garantie des dépôts » pour les soutenir, disparaîtraient suite à des paniques bancaires ou verraient leur influence fortement réduite. Car si une banque émettait de nouveaux billets et les prêtait à ses clients, dès que ces derniers tenteraient d'acheter des biens et des services auprès de personnes n'étant pas clientes de cette banque, ils seraient ruinés, car ces personnes n'accepteraient pas plus les billets ou les dépôts de la Banque A comme monnaie que quiconque n'accepterait mes « dix Rothbard ».⁶ 
 
Ainsi, un système de banque libre, tel qu'envisagé par Spooner et Tucker, loin de conduire à une augmentation indéfinie de la masse monétaire et à la disparition des intérêts, aboutirait à une masse monétaire bien plus « dure » et plus restreinte. Et dans la mesure où il n'y aurait pas d'expansion du crédit manipulée par l'État, le taux d'intérêt serait plus élevé. L'économiste français du XIXe siècle, Henri Cemuschi, l'a très bien exprimé : 
 
 « Je crois que ce que l'on appelle la liberté bancaire aboutirait à une suppression totale des billets de banque (et aussi des dépôts bancaires) en France. » Je souhaite donner à chacun le droit d'émettre des billets de banque afin que plus personne n'en accepte.⁷ 
 
Il semble regrettable que les groupes libertariens et quasi-libertariens consacrent l'essentiel de leur temps et de leur énergie à défendre leurs arguments les plus fallacieux ou contraires au libéralisme. Ainsi, nombre de géorgistes seraient d'excellents libertariens s'ils abandonnaient seulement les conceptions géorgistes sur la question foncière, mais, bien sûr, cette question est de loin leur principal sujet de préoccupation. De même, en tant que fervent admirateur de Spooner et Tucker, j'ai été particulièrement consterné de constater que leurs disciples ont privilégié leurs conceptions monétaires totalement erronées, au point d'en exclure presque tout le reste, et même de les présenter comme une panacée à tous les maux économiques et sociaux. 
 
 Il existe, dans le courant de pensée connu sous le nom d'« économie autrichienne », une explication scientifique du fonctionnement du marché libre (et des conséquences de l'intervention de l'État sur ce marché) que les anarchistes individualistes pourraient aisément intégrer à leur vision politique et sociale du monde. Mais pour ce faire, ils doivent se débarrasser du bagage inutile et superflu du monétarisme et reconsidérer la nature et la justification des catégories économiques d'intérêt, de rente et de profit.
 
À au moins deux reprises, à l'apogée de l'anarchisme aux États-Unis, les anarchistes individualistes furent confrontés à des critiques de leurs erreurs de raisonnement économique ; mais, malheureusement, malgré la faiblesse des réponses de Tucker, la leçon ne fut pas retenue. Dans le numéro d'août 1877 de la *Tucker's Radical Review*, Spooner écrivait : « La loi des prix : une démonstration de la nécessité d'une augmentation indéfinie de la masse monétaire ». Dans le numéro de novembre 1877, l'économiste Edward Stanwood publia une excellente critique, « La communauté insulaire de M. Spooner ». De plus, dans *Tucker's Instead of a Book*, on trouve une série d'échanges où J. Greevz Fisher, disciple anglais du quasi-anarchiste Auberon Herbert, critique les doctrines monétaires de Tucker d'un point de vue économique rigoureux.
 

 
Murray N. Rothbard a apporté des contributions majeures à l'économie, à l'histoire, à la philosophie politique et à la théorie juridique. Il a combiné…
 
1- Lysander Spooner, No Treason: The Constitution of No Authority, n° VI (Boston, 1870), p. 12-13. 
 
2- Le professeur Bruno Leoni de l'université de Pavie, bien que loin d'être anarchiste, a récemment écrit une défense stimulante de la supériorité de l'élaboration du droit par des juges indépendants et compétitifs sur les décrets arbitraires et changeants d'une assemblée législative d'État. Lui aussi, cependant, ne reconnaît pas la nécessité d'un code rationnel et libertaire pour servir de norme. Voir Bruno Leoni, Freedom and the Law (Princeton, N.J. : D. Van Nostrand, 1961) et Murray N. Rothbard, « On Freedom and the Law », New Individualist Review (hiver 1962) : 37-40. 
 
3- Benjamin R. Tucker, Instead of a Book (New York, 1893), p. 37. 
 
4- Par souci de simplicité, nous poursuivrons ici la pratique des économistes classiques consistant à regrouper « intérêt » et « profit ». En réalité, le taux de profit sur le marché tend, à long terme, à égaler le taux d’intérêt. Les profits (et les pertes) à court terme continueraient d’exister sur le marché même si Spooner avait obtenu gain de cause et que le taux d’intérêt (et le taux de profit à long terme) tombait à zéro. La véritable nature de la distinction entre intérêt et profit n’a été mise en lumière qu’avec l’ouvrage de Frank H. Knight, <i>Risk, Uncertainty, and Profit</i> (Boston, Mass. : Houghton Mifflin, 1921). 
 
5- La Grande Dépression de 1929 a été universellement imputée au capitalisme de marché. Pour une explication de cette dépression fondée sur la théorie de l’inflation du crédit bancaire présentée ci-dessus, voir Murray N. Rothbard, <i>America’s Great Depression</i> (Auburn, Ala. : Mises Institute, 2000).  
 
6- Pour une description plus complète des principes de la monnaie et du système bancaire en régime de marché libre et sous intervention de l'État, voir Murray N. Rothbard, What Has Government Done to Our Money? (Auburn, Ala. : Mises Institute, 1990). 
 
7- Henri Cernuschi, Conte Le Billet de Banque (Paris, 1866), p.55. Cité dans Ludwig von Mises, Human Action (Auburn, Ala. : Mises Institute, 1998), p.443.
 
 

 
Lysander Spooner : piétiste libertarien
 
[Cet article est un extrait de l’introduction de Murray Rothbard à « Les vices ne sont pas des crimes : une défense de la liberté morale », de Lysander Spooner. Il est également disponible en format PDF, accompagné de l’intégralité de l’essai de Spooner.] Nous sommes tous redevables à Carl Watner d’avoir mis au jour une œuvre inédite du grand Lysander Spooner, qui avait échappé à l’éditeur de ses Œuvres complètes.

Le titre et le contenu de « Les vices ne sont pas des crimes » soulignent le rôle unique que la morale et les principes moraux revêtaient pour Spooner parmi les anarchistes et les libertariens de son époque. Car Spooner était le dernier des grands théoriciens des droits naturels parmi les anarchistes, les libéraux classiques et, plus généralement, les théoriciens de la morale ; le vaillant héritier de la tradition du droit naturel et des droits naturels des XVIIe et XVIIIe siècles menait un combat d'arrière-garde contre l'effondrement de l'idée d'une morale scientifique ou rationnelle, ou de la science de la justice ou du droit individuel. 
 
 Non seulement le droit naturel et les droits naturels avaient cédé la place, dans toute la société, à la loi arbitraire du calcul utilitariste ou au caprice nihiliste, mais ce même processus de dégénérescence s'était également produit chez les libertariens et les anarchistes. Spooner savait que le fondement des droits et libertés individuels n'était que du vent si toutes les valeurs et l'éthique étaient arbitraires et subjectives. Pourtant, même au sein de son propre mouvement anarchiste, Spooner était le dernier des fervents défenseurs des droits naturels. Ses successeurs au sein du mouvement anarchiste individualiste, menés par Benjamin R. Tucker, proclamèrent tous l'arbitraire et la loi du plus fort comme fondement de la théorie morale libertarienne.  
 
Pourtant, Spooner savait que ce fondement était illusoire ; car l'État est infiniment plus puissant que n'importe quel individu, et si ce dernier ne peut se prévaloir d'une théorie de la justice pour se défendre contre l'oppression étatique, il ne dispose d'aucun appui solide pour la combattre et la vaincre. 
 
Avec son insistance sur les principes moraux cognitifs et les droits naturels, Spooner devait paraître désespérément démodé aux yeux de Tucker et des jeunes anarchistes des années 1870 et 1880. Et pourtant, un siècle plus tard, c'est le nihilisme et l'amoralisme intransigeant, jadis en vogue, de ces derniers qui nous apparaissent comme vides de sens et destructeurs de la liberté même qu'ils s'efforçaient d'instaurer. Nous commençons aujourd'hui à renouer avec la grande tradition des droits individuels objectivement fondés. En philosophie, en économie et en analyse sociale, nous commençons à comprendre que le rejet des droits moraux n'a pas constitué le monde nouveau et merveilleux qu'il paraissait, mais plutôt un long et désastreux détour de la philosophie politique qui, heureusement, touche à sa fin. 
 
 Les opposants à l'idée d'une moralité objective affirment souvent que la théorie morale exerce une tyrannie sur l'individu. Certes, cela se produit avec de nombreuses théories morales, mais pas lorsque la théorie morale établit une distinction nette et claire entre l'« immoral » et l'« illégal », ou, selon les termes de Spooner, entre les « vices » et les « crimes ». L'immoral ou le « vicieux » peut recouvrir une multitude d'actions humaines, allant des questions d'importance vitale à la simple méchanceté envers son voisin ou au refus délibéré de prendre ses vitamines. Mais aucune de ces actions ne doit être confondue avec une action qui devrait être « illégale », c'est-à-dire une action devant être prohibée par la loi. Selon la conception libertarienne de Spooner, cette dernière devrait se limiter strictement à l'incitation à la violence contre les droits de la personne et de la propriété. 
 
D'autres théories morales tentent d'appliquer la loi – instrument de violence socialement légitimée – pour imposer l'obéissance à diverses normes de comportement ; à l'inverse, la théorie morale libertarienne affirme l'immoralité et l'injustice de toute ingérence dans le droit de tout homme (ou plutôt, de tout homme non criminel) de gérer sa vie et ses biens sans entrave. Pour le libertarien des droits naturels, sa théorie cognitive de la justice constitue donc un rempart essentiel contre l'empiètement perpétuel de l'État sur les droits – contrairement à d'autres théories morales qui cherchent à utiliser l'État pour combattre l'immoralité.
 
Il est instructif d'examiner Spooner et son essai à la lumière des éclairages fascinants apportés ces dernières années par la « nouvelle histoire politique » sur la politique américaine du XIXe siècle. Si cette nouvelle histoire a été appliquée à la majeure partie du XIXe siècle, les travaux les plus pertinents concernent le Midwest après la guerre de Sécession, notamment l'étude remarquable de Paul Kleppner, *The Cross of Culture*¹. 
 
Kleppner et d'autres ont démontré que les idées politiques des Américains peuvent être ramenées, avec une précision presque remarquable, à leurs attitudes et croyances religieuses. Plus précisément, leurs opinions politiques et économiques dépendent de leur degré d'adhésion aux deux pôles fondamentaux de la foi chrétienne : piétiste ou liturgique (ce dernier terme pouvant être complété par « liturgique et doctrinal »). Au XIXe siècle, le terme « piétiste » désignait tous les groupes protestants à l'exception des épiscopaliens, des luthériens de la Haute Église et des calvinistes orthodoxes ; le terme « liturgique » englobait ces derniers, auxquels s'ajoutaient les catholiques romains. (Et les attitudes « piétistes », souvent déistes et athées.) 
 
 En bref, le piétiste tend à considérer que, pour être véritablement religieux, une personne doit vivre une conversion émotionnelle ; le converti, dans ce qu’on appelle le « baptême du Saint-Esprit », entretient une relation directe avec Dieu ou avec Jésus. Le piétiste, quant à lui, s’intéresse soit à la croyance doctrinale, soit au respect des rites prescrits par l’Église comme clé du salut. 
 
Or, l’accent mis par le piétisme sur l’individu pourrait sembler conduire à un individualisme politique, à la conviction que l’État ne doit pas intervenir dans les choix et les actions morales de chacun. Au XVIIᵉ siècle, c’était souvent le cas. Mais au XIXe siècle, malheureusement, ce n’était plus le cas. La plupart des piétistes adoptaient le point de vue suivant : puisqu’on ne peut juger de la moralité d’un individu par sa pratique des rituels, ni même par son adhésion déclarée à un credo, il faut observer ses actions pour déterminer s’il est réellement moral. 
 
 De là, les piétistes concluaient qu'il était du devoir moral de chacun, pour son propre salut, de veiller à ce que ses semblables, comme lui-même, soient préservés de la tentation. Autrement dit, il incombait à l'État d'imposer une morale obligatoire, de créer le climat moral propice au salut. En bref, au lieu d'être un individualiste, le piétiste tendait désormais à devenir un importun, un indiscret, un gardien de la morale pour son prochain, et un moraliste autoritaire utilisant l'État pour interdire le « vice » autant que le crime. 
 
Les liturgistes, quant à eux, considéraient que la moralité et le salut s'atteignaient par le respect du credo et des rituels de leur Église. Les experts en matière de croyances et de pratiques ecclésiastiques n'étaient évidemment pas l'État, mais les prêtres ou les évêques (ou, dans le cas des rares calvinistes orthodoxes, les pasteurs). Rassurés par les enseignements et les pratiques de leur Église, les liturgistes souhaitaient simplement qu'on les laisse tranquilles pour suivre les conseils de leurs prêtres. Ils ne cherchaient ni à harceler ni à contraindre leurs semblables à se convertir. Ils croyaient profondément que la moralité ne relevait pas de l'État, mais uniquement de leurs propres guides spirituels. 
 
Des années 1850 aux années 1890, le Parti républicain était presque exclusivement un parti piétiste, communément appelé le « parti des grandes idées morales » ; le Parti démocrate, quant à lui, était presque exclusivement un parti liturgique, et largement connu comme le « parti de la liberté individuelle ». 
 
Plus précisément, après la guerre de Sécession, trois luttes locales interdépendantes ont ressurgi à travers l'Amérique ; dans chaque cas, les Républicains et les Démocrates ont joué ce rôle contrasté. Il s'agissait : de la tentative des groupes piétistes (presque toujours républicains) d'imposer la prohibition ; de la tentative des mêmes groupes d'imposer le repos dominical ; et de la tentative des mêmes piétistes d'imposer la scolarité obligatoire dans les écoles publiques, afin d'utiliser ces écoles pour « christianiser » les catholiques.
 
Qu’en est-il des luttes politiques et économiques sur lesquelles les historiens se sont, jusqu’à récemment, concentrés presque exclusivement : monnaie saine contre monnaie fiduciaire ou inflation argentique ; libre-échange contre droits de douane protectionnistes ; marchés libres contre réglementation étatique ; dépenses publiques modérées contre dépenses publiques importantes ? Certes, ces débats ont été maintes fois animés, mais ils se déroulaient à l’échelle nationale et étaient généralement éloignés des préoccupations du citoyen lambda. Je me suis longtemps demandé comment, au XIXe siècle, le grand public pouvait s’enthousiasmer autant pour des questions aussi complexes que les droits de douane, les crédits bancaires ou la monnaie. Comment cela est-il possible aujourd’hui, alors qu’il est presque impossible de susciter l’intérêt du grand public pour ces sujets ? 
 
Kleppner et ses collègues ont apporté le chaînon manquant, le lien entre ces questions économiques abstraites et les enjeux sociaux concrets qui touchent au cœur et au quotidien des citoyens. Plus précisément, les Démocrates, qui (du moins jusqu'en 1896) défendaient une position libertarienne et libérale sur toutes ces questions économiques, les associaient (à juste titre) dans l'esprit de leurs sympathisants religieux à leur opposition à la prohibition, aux lois sur le repos dominical, etc. Les Démocrates soulignaient que toutes ces mesures économiques étatiques — y compris l'inflation — étaient « paternalistes », au même titre que les atteintes piétistes qu'ils abhorraient à leur liberté individuelle. De cette manière, les dirigeants démocrates parvenaient à élever la conscience de leurs partisans, de leurs préoccupations locales et personnelles à des enjeux économiques plus vastes et abstraits, et à adopter une position libertarienne sur l'ensemble de ces questions. 
 
Les Républicains piétistes agissaient de même auprès de leur base électorale, affirmant que l'État devait réglementer et contrôler les questions économiques au même titre que la morale. Sur ce point, les Républicains suivaient les traces de leurs prédécesseurs, les Whigs, qui, par exemple, furent généralement à l'origine du système d'écoles publiques dans leurs régions. 
 
En général, les tenants d'une liturgie respectueuse des valeurs morales adoptaient presque instinctivement une position libertarienne sur toutes les questions. Mais il existait bien sûr un domaine – avant la Guerre de Sécession – où il fallait insister lourdement et haranguer pour corriger une injustice monstrueuse : l'esclavage. Ici, le souci piétiste typique des principes moraux universels et de leur mise en pratique a donné naissance aux mouvements abolitionnistes et antiesclavagistes. L'esclavage constituait la grande faille du système américain à plus d'un titre : car il était aussi la source du ressentiment liturgique instinctif envers les grandes croisades morales. 
 
Revenons-en à Lysander Spooner. Issu de la tradition piétiste de Nouvelle-Angleterre, Spooner a débuté sa brillante carrière idéologique comme abolitionniste convaincu. Malgré des divergences d'interprétation de la Constitution américaine, Spooner appartenait essentiellement à l'aile anarchiste et « sans gouvernement » du mouvement abolitionniste, celle des Garrisoniens. Cette aile prônait l'abolition de l'esclavage non par le biais du gouvernement central (de toute façon dominé par le Sud), mais par une combinaison de ferveur morale et de révoltes d'esclaves. Loin d'être de fervents partisans de l'Union, les Garrisoniens estimaient que les États du Nord devaient faire sécession d'une Amérique pro-esclavagiste.
 
Jusqu'alors, Spooner et les partisans de Garrison avaient adopté une approche libertarienne exemplaire vis-à-vis de l'esclavage. Mais la trahison tragique survint lorsque l'Union entra en guerre contre les États du Sud au sujet de leur indépendance proclamée. Garrison et son ancien mouvement « sans gouvernement » oublièrent leurs principes anarchistes dans leur enthousiasme pour le militarisme, les massacres et l'étatisme centralisé, au nom de ce qu'ils pensaient, à juste titre, être une guerre contre l'esclavage. 
 
 Seuls Lysander Spooner et quelques rares autres s'opposèrent fermement à cette trahison ; seul Spooner comprit qu'il serait aggraver le crime et l'erreur que de tenter d'utiliser le gouvernement pour corriger les injustices commises par un autre gouvernement. Ainsi, parmi ses collègues abolitionnistes, souvent pieux et moralisateurs, seul Spooner sut percevoir avec une clarté éclatante, malgré toutes les tentations, la différence fondamentale entre le vice et le crime. Il comprit qu'il était juste de dénoncer les crimes des gouvernements, mais que maximiser le pouvoir de l'État en guise de solution ne faisait qu'aggraver ces crimes. Spooner ne s'est jamais joint aux autres piétistes pour cautionner le crime ou pour tenter d'interdire le vice. 
 
L'anarchisme de Spooner, tout comme son abolitionnisme, constituait un autre volet précieux de son héritage piétiste. Car, là encore, son souci piétiste des principes universaux – en l'occurrence, comme dans le cas de l'esclavage, le triomphe absolu de la justice et l'élimination de l'injustice – l'a conduit à une application cohérente et courageuse des principes libertaires là où il était socialement inopportun (c'est le moins qu'on puisse dire) de soulever la question. 
 
Bien que les liturgistes se soient révélés bien plus libertaires que les piétistes durant la seconde moitié du XIXe siècle, un esprit piétiste demeure toujours important dans le libertarianisme pour souligner une détermination sans faille à éradiquer le crime et l'injustice. Ce n'est certainement pas un hasard si les écrits anarchistes les plus importants et les plus fervents de Spooner étaient dirigés contre les démocrates Cleveland et Bayard ; il ne s'est pas soucié des républicains ouvertement étatistes. Un ferment piétiste dans la masse liturgique quasi-libertarienne ? 
 
Mais il faut une fermeté inébranlable dans les principes libertariens pour veiller à ce que sa croisade morale piétiste se limite au crime (par exemple, l’esclavage, l’étatisme), et n’aille pas jusqu’à ce que certains pourraient qualifier de « vice ». Heureusement, nous avons l’immortel Lysander Spooner, par sa vie et par ses œuvres, pour nous guider sur le droit chemin.
 

 
Murray N. Rothbard a apporté des contributions majeures à l'économie, à l'histoire, à la philosophie politique et à la théorie juridique. Il a combiné… 
 
  • 1 - Paul Kleppner, The Cross of Culture: A Social Analysis of Midwestern Politics, 1850–1900 (New York: Free Press, 1970). Also see Richard Jensen, The Winning of the Midwest: Social and Political Conflicts, 1888–1896 (Chicago: University of Chicago Press, 1971).
 

 

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