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août 30, 2026

Pessimisme dans l'enseignement, enseignants lassés par un trop-plein de réformes !

Sommaire:

A) - Après dix ans de politique éducative d'Emmanuel Macron, les enseignants lassés par un trop-plein de réformes

B) - Pour les enseignants, une rentrée scolaire sous le signe du pessimisme

C) - A huit mois de la présidentielle, Attal et Philippe veulent séduire les enseignants avec des hausses des rémunérations

 


 

A) - Après dix ans de politique éducative d'Emmanuel Macron, les enseignants lassés par un trop-plein de réformes

Les professeurs reprennent, ce lundi, le chemin de leur école, collège ou lycée. C'est la dixième et dernière rentrée scolaire des deux quinquennats écoulés. Le chef de l'Etat se rendra mardi dans un lycée de Mende avec le ministre de l'Education nationale.

« Pour poursuivre le redressement de notre école, ce n'est pas d'une réforme de plus dont nous avons besoin », assurait mardi dernier le ministre de l'Education nationale, Edouard Geffray, lors de sa conférence de presse de rentrée. « Il faut d'abord un cap, peu de priorités, mais tenues dans la durée, avec une confiance absolue en ce qui se fait sur le terrain, avec l'appui des parents et des collectivités », poursuivait-il. Faut-il lire dans ces propos une critique en creux de dix ans de politique éducative faite de réformes menées au pas de charge… et souvent détricotées avant d'arriver à leur terme ?

Comme directeur général de l'enseignement scolaire entre 2019 et 2024, Edouard Geffray, qui se rendra mardi au lycée Chaptal de Mende (Lozère) avec le président de la République, a été aux avant-postes pour observer le travail des six ministres qui l'ont précédé Rue de Grenelle. Alors, que retenir des dix ans d'une politique éducative durant lesquels Emmanuel Macron s'est posé en super-ministre de l'Education ?

Sept ans d'hésitations sur les mathématiques

La réforme du bac général et technologique qui a mis fin aux séries S, ES et L restera, avec Parcoursup, l'un des changements majeurs des deux quinquennats. Elle n'a cessé d'évoluer chaque année depuis sa mise en place en 2019, remettant en cause la place des mathématiques telle que Jean-Michel Blanquer l'avait pensée. L'ancien ministre avait exclu cette discipline des enseignements du tronc commun au profit d'un enseignement scientifique regroupant plusieurs matières.

La nouvelle épreuve de mathématiques en première - que les lycéens ont passée en juin dernier - est le dernier acte d'une série d'amendements à la réforme après sept ans d'hésitations gouvernementales sur la place à accorder à cette discipline. Du « rafistolage », selon les syndicats.

Le lycée professionnel a, lui aussi, été confronté à un yo-yo. Au début de son deuxième quinquennat, en 2022, Emmanuel Macron promet une « grande réforme », en passant sous silence celle que Jean-Michel Blanquer vient tout juste de mettre en oeuvre.

Il faut en finir avec le millefeuille des dispositifs et des réformes.

Le syndicat des personnels de direction ID-FO

La deuxième réforme de la voie professionnelle se met en place en 2025… mais la désorganisation qu'elle provoque dans les lycées est telle qu'Edouard Geffray « tire les conséquences » d'un « constat d'échec » et revient, en 2026, sur le parcours personnalisé de six semaines en terminale qui était critiqué de toutes parts. Les épreuves du bac, qui avaient été avancées à la mi-mai, auront finalement de nouveau lieu en juin.

« Il faut en finir avec le millefeuille des dispositifs et des réformes qui produisent une perte de sens et un découragement des personnels », s'agace à l'époque le syndicat des personnels de direction ID-FO qui, lors d'une conférence de presse, présente des millefeuilles débordant de crème pâtissière pour frapper les esprits…

Le collège a, lui aussi, connu les secousses de réformes annoncées puis détricotées. Les groupes de niveau en français et en mathématiques, voulus par Gabriel Attal dans le cadre de son vaste « choc des savoirs », resteront comme l'exemple emblématique des revirements ministériels. Anne Genetet, qui lui succède, assouplit ce qu'elle a rebaptisé « groupes de besoins » face à la fronde d'enseignants qui refusent de trier les élèves avant qu'Elisabeth Borne ne les abandonne pour les collégiens de quatrième et de troisième, et qu'Edouard Geffray ne les enterre définitivement.

« Il y a des endroits où les groupes de besoins marchent, et d'autres où ça ne marche pas, déclarait-il en janvier dernier. Ceux qui veulent continuer à y avoir recours pourront les garder. Ceux chez qui ça ne produit pas de résultat parce que leur organisation scolaire et leur paysage scolaire n'étaient pas adaptés à cette mesure-là, je ne vais pas m'entêter à leur dire de continuer. »

Les dédoublements de classes en question

Dans les écoles maternelles et élémentaires, le dédoublement des petites classes en éducation prioritaire restera comme la mesure phare des deux quinquennats. Cette réforme-là n'a pas été détricotée. Elle a même été étendue du CP et du CE1 à la grande section de maternelle. Mais des voix s'élèvent pour la remettre en cause, de parlementaires à l'Inspection générale des finances en passant par la Cour des comptes.

Un rapport du Sénat paru en mai dernier proposait de passer, dans ces classes, de 12 à 15 élèves, pour faire des économies et ainsi « fermer 839 classes », « soit autant de postes qui se libéreraient pour les zones en tension ». Le service statistique du ministère de l'Education nationale ne vole pas vraiment au secours de la mesure quand il affirme, dans une étude de février dernier, que « les bénéfices de court terme observés jusqu'en fin de CE1 n'apparaissent plus à l'entrée en sixième ».

Le développement du nombre d'accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) est une autre mesure phare dont le coût interroge. Leur nombre (135.000) a été multiplié par 3,3 depuis 2017, à tel point que les AESH sont désormais le second métier de l'Education nationale derrière les enseignants.

La valse des réformes n'épargne pas non plus l'école inclusive : après l'organisation des ressources autour des PIAL (pôles inclusifs d'accompagnement localisés), le gouvernement tente, malgré l'opposition du Parlement, de généraliser les PAS (pôles d'appui à la scolarité) - composés d'un binôme entre un enseignant et un éducateur spécialisé - alors que plusieurs rapports ont pointé « les limites » du modèle français. L'erreur est, selon Edouard Geffray, d'avoir « tout fait reposer sur la compensation humaine ».

Changer l'école « par petites touches »

La succession des réformes a aussi touché directement les enseignants dans leur formation initiale. En février 2019, Jean-Michel Blanquer annonce le déplacement du concours en deuxième année de master (au lieu du M1). Mais en août 2022, alors que la mesure se met en place, Emmanuel Macron fait une annonce surprise aux recteurs en affirmant vouloir « reprendre à bras-le-corps » la formation des enseignants pour susciter davantage de vocations.

Après moult rebondissements, la nouvelle réforme vient de se mettre en place en cette rentrée 2026. Elle positionne les concours enseignants après la 3e année de licence. Pour les professeurs, le deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron restera aussi celui de la mise en place du « pacte », ce « travailler plus pour gagner plus » qui a suscité tant de critiques… et sur lequel le gouvernement a finalement réduit la voilure pour faire des économies.

Pour « changer l'école », il faut « avancer par petites touches », estimait Christophe Kerrero, ancien directeur de cabinet de Jean-Michel Blanquer entre 2017 et 2020, dans un livre publié l'an dernier (1). « Le temps long de l'école n'est pas celui du politique » et « les meilleures intentions du monde se heurtent aux exigences du réel », y déplore-t-il. Selon l'ancien recteur, les effets des réformes menées se font sentir « dix ans après au minimum ». A condition qu'elles ne soient pas détricotées entre-temps.

(1) « L'école n'a pas dit son dernier mot », Editions Robert Laffont, 2025.

Marie-Christine Corbier

https://www.lesechos.fr/politique-societe/education/apres-dix-ans-de-politique-educative-demmanuel-macron-les-enseignants-lasses-par-un-trop-plein-de-reformes-2248845

 

B) - Pour les enseignants, une rentrée scolaire sous le signe du pessimisme

A la veille de la rentrée scolaire, le dernier baromètre du syndicat SE Unsa met en exergue le manque de confiance des personnels de l'Education nationale vis-à-vis de l'Etat.

Pour cette dernière rentrée scolaire des dix ans d'Emmanuel Macron au pouvoir, le moral des personnels de l'Education nationale est très loin d'être au beau fixe. Dans le dernier baromètre du syndicat enseignant SE Unsa, réalisé auprès de 42.000 agents et publié avant la rentrée des enseignants ce lundi, leur pessimisme est au sommet.

Seuls 0,3 % des sondés se disent confiants pour l'avenir du système éducatif, alors que les trois quarts des agents se déclarent inquiets sur leur avenir. « A la place de tout employeur, il y aurait de quoi se poser les bonnes questions » déclare Elisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du syndicat SE Unsa.

Défiance et manque de reconnaissance

« Ça dit quelque chose de très important sur la défiance qui s'est installée entre les personnels et les politiques éducatives qui ont été conduites ces dernières années », avance-t-elle. Les réponses du sondage l'appuient : 91 % ne se sentent pas d'accord avec les choix politiques en matière d'éducation et se disent infantilisés et 71 % ne se sentent ni respectés ni reconnus dans l'exercice de leur métier.

Selon le baromètre, près de la moitié des sondés (48 %) pensent d'abord au salaire lorsqu'ils évoquent leur travail. Un bon de 14 points par rapport à 2024. « C'est la préoccupation majeure de l'éducation nationale », pour Julie Duhamel, secrétaire nationale SE Unsa, qui explique que, pour beaucoup d'agents, le salaire de base n'est plus suffisant pour vivre décemment face à la hausse du coût de la vie.

Le salaire, une préoccupation majeure

Le syndicat réclame une revalorisation générale « pour tous les collègues, sans exception ». Julie Duhamel rappelle le statut précaire des AESH (accompagnant d'élèves en situation de handicap) et AED (assistants d'éducation), dont « le salaire actuel leur permet à peine de survivre ».

Le bilan que fait Elisabeth Allain-Moreno des dix dernières années est sans appel : « Le mot déception est faible, nous ressentons beaucoup de colère et d'amertume. » « Si on n'a pas un candidat à la présidentielle qui est en capacité de comprendre et de porter un petit peu une école où on investit davantage, il y a vraiment un avenir sombre pour notre pays qui est en train de se conforter » a-t-elle alerté, alors que le syndicat ne cache pas ses doutes quant à la sincérité des premières promesses - notamment sur les salaires - avancées dans le débat présidentiel qui s'ouvre.

Sevil Demir

https://www.lesechos.fr/politique-societe/education/pour-les-enseignants-une-rentree-scolaire-sous-le-signe-du-pessimisme-2248755


C) - A huit mois de la présidentielle, Attal et Philippe veulent séduire les enseignants avec des hausses des rémunérations

Gabriel Attal et Edouard Philippe proposent l'un et l'autre des mesures visant à augmenter la rémunération des professeurs. D'autres volets de leurs programmes respectifs sont nettement moins populaires auprès des enseignants.

« La priorité numéro 1 de l'école, ce n'est pas le confort des profs, c'est l'intérêt des élèves mais ça passe par les profs, indiquait Edouard Philippe en juin, dans une longue interview au podcast « gdiy ». Il faut mieux payer. »

Dans « Le Figaro », lundi, le candidat Horizons à la présidentielle envisage « une augmentation de 20 % de la rémunération moyenne des enseignants en cinq ans ». Car « c'est indispensable pour redonner de la dignité à leur métier », cette rémunération doit être portée « au moins au niveau de la moyenne européenne ».

Dans « Le Monde » de ce mardi, l'autre candidat du bloc central, Gabriel Attal, entend aussi s'attirer les faveurs du vivier électoral des professeurs. « Le métier a été progressivement smicardisé », déplore-t-il. Il s'engage à ce que « le traitement des enseignants soit revalorisé de 200 euros net par mois, jusqu'à 500 euros net pour les milieux de carrière ». Son entourage en évalue le coût à 2,5 milliards d'euros. « Ce sera financé par des économies, notamment sur nos dépenses sociales », affirme Gabriel Attal.

Cette mesure serait complétée d'une « revalorisation à l'échelle de l'établissement », au titre du remplacement de courte durée. Les engagements budgétaires seraient intégrés à une loi de programmation pour l'Education nationale qui serait votée dès l'année 2027.

Un chef d'établissement « patron »


La séduction du vivier électoral par les deux candidats s'accompagne de mesures moins populaires auprès des enseignants. La proposition de les augmenter « va de pair avec l'autonomie des établissements », souligne Gabriel Attal qui entend la « renforcer, y compris en primaire » où le sujet de la direction d'école reste sensible.

Edouard Philippe se dit, lui aussi, prêt à donner plus d'autonomie aux chefs d'établissement, pour décider par exemple d'instaurer ou non l'uniforme ou encore de « rajouter des heures d'enseignement lorsque c'est nécessaire ».

Il faut « que le chef d'établissement puisse effectivement devenir le patron, si j'ose dire », soulignait-il en juin, évoquant des chefs d'établissement qui ont « pas mal de responsabilités » mais « zéro moyen pour les exercer ». « Plus on donnera de la liberté à l'école, à son conseil d'administration, à la façon dont elle organise ses classes, parfois ses horaires, plus on trouvera des bonnes conditions », ajoutait Edouard Philippe.

Sur le niveau des élèves, pour s'attaquer au « système qui dysfonctionne », il s'interrogeait aussi sur le collège unique : « Tel qu'il fonctionne aujourd'hui, est-il encore adapté ? Est-ce qu'aujourd'hui ça a encore du sens ? » Avant d'y répondre en partie : « C'est une question qui peut déclencher tout de suite des positions très tranchées. Est-ce que, objectivement, on peut avoir son bac, c'est-à-dire l'instrument qui permet de faire des études supérieures quand le niveau de français est mal maîtrisé ? »

Sur le collège et les autres niveaux de la scolarité, Gabriel Attal veut instaurer des « cordes de rappel » - à la fin du primaire avec le certificat d'études ou à la fin du collège avec l'obtention obligatoire du brevet pour pouvoir passer au lycée. « Il faut que les taux de réussite aux examens, bac et brevet, diminuent, traduit l'entourage de Gabriel Attal. On ne peut pas se féliciter que chaque année il y ait entre 85 et 95 % des élèves qui aient le bac parce que c'est fait au prix d'une dévalorisation du diplôme. »

Un seul ministre par quinquennat

Quitte à reprendre des thématiques chères au Rassemblement national ? En aucun cas, balaie le candidat qui évoque par exemple des classes passerelles pour rattraper les élèves en difficulté et des mesures favorables à l'école inclusive.

Gabriel Attal propose de fermer les 100 établissements les plus ghettoïsés et de généraliser les groupes de niveau en français et en mathématiques, pourtant très contestés quant à leurs effets. La mesure « n'a pas vraiment été mise en oeuvre », rétorque-t-il tout en se disant « pas complètement rigide sur une prescription nationale ».

« Il y a eu des virages à 180 degrés pour des raisons parfois politiques, ce qui a nui à la continuité et à la stabilité dont l'école a besoin », glisse l'entourage de Gabriel Attal. Elisabeth Borne avait vidé de leur substance les groupes de niveau. Pour éviter les changements de cap, le candidat Attal propose de garder le même ministre de l'Education pendant cinq ans.

Marie-Christine Corbier

https://www.lesechos.fr/politique-societe/education/a-huit-mois-de-la-presidentielle-attal-et-philippe-veulent-seduire-les-enseignants-avec-des-hausses-des-remunerations-2248216

 


 

 

 

 

 

 

 

 

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