février 13, 2026

Peter Thiel: La démocratie est incompatible avec la liberté et le capitalisme via Jacques Attali !

La Silicon Valley, l'Antéchrist et l'avenir de l'Europe. 

Pourquoi Peter Thiel, cofondateur de PayPal, Facebook et Palantir, est-il venu à Paris donner une conférence à l'Institut de France sur l'Antéchrist ? 

Selon cet Allemand, devenu citoyen américain après avoir acquis la nationalité néo-zélandaise, la démocratie est incompatible avec la liberté et le capitalisme. Pourtant, à ses yeux, les deux sont nécessaires au progrès scientifique et technique, qui permettra un jour à l'humanité de s'affranchir des contraintes de la rareté, d'atteindre l'immortalité et d'instaurer le Royaume de Dieu sur Terre. 

 


 

S'appuyant sur une lecture très personnelle des Évangiles, Thiel en déduit que tout ce qui entrave le progrès scientifique et technique mènera à la victoire du Mal absolu, qu'il nomme l'Antéchrist, et imposera à terme une gouvernance mondiale totalitaire, hostile au progrès, conduisant à une catastrophe planétaire, l'Apocalypse. 

En réalité, son analyse du concept d'Antéchrist est très superficielle. Il caricature à la fois la conception juive du rôle du Mal dans l'Histoire (selon laquelle le Mal est toujours temporaire et provoque toujours un sursaut salutaire) et la conception chrétienne (pour laquelle le Mal absolu, appelé Antéchrist, est un simulacre du Bien, promettant ordre, paix et sécurité, tout en détruisant en réalité la valeur principale, la liberté). 

Pour Thiel, toute tentative de gouvernance mondiale serait une manifestation de l'Antéchrist, car il s'agirait d'un pouvoir imitant le Bien, promettant le salut en échange de la soumission et niant en réalité la dignité humaine. Pour lui, comme pour nombre de ses pairs de la Silicon Valley, les gouvernements, quels qu'ils soient, ont déjà provoqué une stagnation scientifique et technologique de longue durée par leur ingérence, et nous devons maintenant nous en débarrasser afin de développer toutes les technologies sans entrave, en particulier celles qui contribueront à détruire les pouvoirs étatiques, les banques centrales et toutes les normes mondiales, financières et écologiques. Pour ces personnes, toute prudence face à l'innovation, toute limite à l'artificialisation et à la robotisation, sont inacceptables. 

Ce retour de l'Antéchrist via la Californie n'est ni folklorique ni fortuit : il est le symptôme de l'ambition démesurée d'un groupe social très puissant, celui des GAFA et de la Silicon Valley. Maîtrisant l'IA, les biotechnologies et les neurosciences grâce à des ressources financières quasi illimitées, ces individus s'arrogent désormais la légitimité de mener un projet civilisationnel et de donner un sens à la condition humaine. Ils empruntent donc le vocabulaire de la théologie et parlent d'innovations de rupture comme d'autres parleraient de miracles ; et de valorisations boursières comme d'autres invoqueraient des manifestations de la Providence. De cette manière, ils tentent habilement de mettre le retour de la religion à leur service. 

Confrontés à la difficulté de décrire simplement leur vision positive de la transcendance, leur Parousie, ils fondent leur théologie sur la dénonciation d'ennemis, qu'ils présentent comme les incarnations de mythes négatifs : l'Antéchrist, l'Apocalypse, l'Extinction, la Guerre finale. D'où la résurgence de la pensée de René Girard, pour qui l'Antéchrist est celui qui promet la paix par l'égalité des droits et des conditions de vie, et qui, au contraire, provoque une violence généralisée par une standardisation suicidaire. Ils exigent donc que nous nous résignions à toutes les inégalités, que nous remettions tout le pouvoir aux scientifiques, aux fabricants de nouvelles technologies et aux entrepreneurs capitalistes – autrement dit, à eux-mêmes. 

 En effet, si la Silicon Valley peut légitimement se targuer de contrôler désormais les flux financiers et informationnels, de définir la perception du réel et du vrai, et de s'accaparer une part croissante de ce qui était autrefois la souveraineté nationale, elle est incapable de répondre à une question simple : au nom de quoi agissons-nous ? Tout ce qu'elle sait, c'est que, pour beaucoup, le « progrès » ne suffit plus comme justification morale, puisqu'il engendre l'injustice et détruit la nature. Aussi, pour légitimer leur pouvoir, les maîtres de la Silicon Valley invoquent-ils la fin des temps et appellent à une lutte existentielle contre l'Antéchrist, figure choisie pour désigner l'État et ses dirigeants. En réalité, et plus prosaïquement, tout cela ne sert qu'à donner un vernis philosophique et religieux à leurs luttes économiques (réglementation contre innovation) et politiques (État contre technologues), et à transformer, par des transgressions constantes, un affrontement de pouvoirs en une lutte civilisationnelle. 

Ce n'est pas totalement absurde. Et leurs arguments ne sont pas dénués de fondement : la démocratie et le marché ne suffisent pas à définir un projet de société ; ce ne sont que des bricolages institutionnels ; ils ne peuvent offrir un idéal humain. Et si nous ne parvenons pas à les imprégner de valeurs bien plus élevées, ils seront tous deux emportés par l'individualisme tyrannique des puissants du numérique. 

Particulièrement en Europe : pour survivre, l'Europe ne peut se contenter d'une rhétorique technocratique.

Elle doit énoncer les valeurs qu'elle entend défendre, protéger et reconquérir. Le marché ne suffit pas à définir un idéal. La démocratie non plus : la notion de république ne saurait être généralisée aux pays européens qui ne le sont pas ; le patriotisme continental n'existe pas en tant que tel ; la civilisation judéo-chrétienne ne saurait constituer une valeur suffisante dans les pays laïques ; la seule protection du patrimoine matériel et naturel du continent ne saurait former un idéal inspirant. Il ne reste plus que la défense des droits sociaux, des droits humains et des libertés fondamentales, à laquelle il faut ajouter le goût du risque, le refus de la peur et une quête acharnée d'une souveraineté libératrice. 
 
Tel doit être l'idéal européen : ni Antéchrist ni Messie, simplement une sorte de paradis terrestre imparfait, qui doit se défendre, réparer les injustices dont il est encore accablé et élever son idéal. 
 
Jacques Attali 

 
est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.
 
 
Image : L'Antéchrist écoutant les paroles de Satan, par Luca Signorelli. Les Actes de l'Antéchrist, vers 1505.

 

février 12, 2026

France Politique News Février 2026

Sommaire:

A) - Raul Magni Berton : Pour réduire la dette publique changeons de régime, plutôt que de gouvernement

B) - Les municipales : préfiguration de la présidentielle ?

C) - L’impasse politique française

 


 

A) - Raul Magni Berton : Pour réduire la dette publique changeons de régime, plutôt que de gouvernement

Depuis 50 ans, les gouvernements français ont beaucoup changé, mais, tous, ont creusé la dette. Nos représentants sont-ils tous mauvais gestionnaires ? S’ils échouent tous à cette tâche malgré leurs promesses, cela semble plutôt indiquer que les règles du jeu en elles-mêmes sont mal faites. Un regard sur les résultats des recherches scientifiques sur la question permet de conclure qu’un contrôle citoyen fort sur les décisions touchant les finances publiques conduit à favoriser un usage plus raisonnable des fonds publics et à réduire la dette.

Depuis 1975, pas un seul budget n’a été voté à l’équilibre. Les trente-huit gouvernements, qu’il s’agisse de la gauche, de la droite ou du centre, ont contribué à creuser la dette. Aujourd’hui, nous atteignons un sommet, avec une ardoise qui s’est alourdie de plus de mille milliards d’euros depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Il était pourtant très attendu dans ce domaine, surnommé le « Mozart de la finance ».

Le problème ne vient pas d’un manque de motivation. Tous nos gouvernements ont été conscients du problème de la dette, à l’image de Jacques Chirac qui, à la veille de sa réélection en 2002, affirmait : « Nous devons contenir l’évolution des déficits publics. Chacun sait bien que les déficits excessifs d’aujourd’hui seraient les impôts et les coupes sombres de demain ». Quatre présidents et vingt et un gouvernements plus tard, notre dette a été multipliée par trois.

Si changer de gouvernement ne semble donc pas produire les effets attendus, changer de régime, en revanche, peut-être la solution. À l’époque où Jacques Chirac prononçait ces mots, deux économistes suisses, Lars Feld et Gebhard Kirchgässner, publiaient une étude sur l’effet économique de la démocratie directe suisse. En se plongeant dans la gouvernance de 134 municipalités suisses en 1990, ils concluaient que « renforcer le pouvoir du peuple grâce à des procédures de démocratie directe semble être un moyen plus prometteur de réduire la dette publique que d’utiliser des règles de procédure spéciales [lire « règle d’or »] au sein du gouvernement ou entre le gouvernement et le parlement ».

Plusieurs fois répliqué lors des années suivantes, ce résultat est devenu consensuel, du moins en Suisse : lorsque les citoyens peuvent voter directement sur les questions fiscales, la dette est plus faible. John Matsusaka et ses collègues ont retrouvé cet effet dans les états américains qui disposaient de ces outils de démocratie directe. Des études ultérieures sur l’Allemagne, ou sur des comparaisons internationales menées par Voigt et ses collaborateurs en 2009 et 2015 retrouvent cet effet vertueux pour certains outils de la démocratie directe comme les referendums obligatoires, mais des effets négatifs pour d’autres comme l’initiative populaire. Pourquoi cette différence ? Dans les municipalités allemandes et dans beaucoup de pays au monde, les citoyens ne peuvent pas légiférer directement sur le budget. À l’inverse, dans les cantons suisses et états américains ils le peuvent. Cela peut expliquer pourquoi dans ces derniers, l’initiative populaire réduit la dette : quand les citoyens peuvent voter sur le budget, ils sont plus disciplinés que leurs représentants.

Pour comprendre cet effet surprenant, imaginez qu’un parti au gouvernement représente les intérêts des professeurs. Leurs syndicats viendront lui demander des avantages pour cette catégorie. Si le gouvernement leur accorde, il devra financer le manque à gagner soit en augmentant les impôts, soit en s’endettant. L’avantage pour les professeurs sera substantiel, alors que le coût sera partagé par tous les autres, mais extrêmement faible. Cela ne justifiera pas une campagne de l’opposition, d’autant qu’elle aura aussi besoin de ce type de manœuvres pour fidéliser son propre électorat. Le gouvernement aura donc tout à gagner à le faire. À noter aussi que, pour supprimer des niches fiscales et avantages spéciaux déjà existants, le problème se pose de la même manière : l’hostilité du groupe touché sera beaucoup plus forte que la gratitude de tous les autres.

La différence entre la démocratie représentative et la démocratie directe réside dans la prise en compte de ce qu’on appelle les « préférences faibles », c’est à dire celles qui ne sont pas assez marquées pour justifier d’investir sur une bataille politique ou de rejeter son candidat préféré, mais suffisamment marquées pour voter « contre » si on a la possibilité de le faire.

On pense souvent que les systèmes représentatifs présentent justement un avantage en donnant plus de poids aux préférences fortes par rapport aux préférences faibles. En effet, on peut considérer que les personnes très concernées par une décision devraient peser plus que ceux qui sont peu concernés. Mais cela produit également des problèmes, comme le risque d’explosion de la dette publique. Chaque groupe a une préférence forte pour son propre régime fiscal, et une préférence faible pour le régime fiscal des autres. Si les préférences fortes l’emportent, la dette publique continuera à se creuser à coups de faveurs fiscales pour tels ou tels groupes sociaux.

Si l’on veut mettre fin à la spirale de la dette qui se creuse d’année en année, changer les gouvernants en votant pour les partis qui promettent de réduire la dette ne semble pas être une stratégie gagnante. Il faut un véritable changement de régime en introduisant des mécanismes de démocratie directe. En exigeant des votes systématiques sur le budget, nous trouverons le meilleur rempart contre l’accumulation des déficits publics.

Raul Magni Berton, 

 Professeur de science politique à l’Université Catholique de Lille, chercheur associé à Génération Libre

https://nouvellerevuepolitique.fr/raul-magni-berton-pour-reduire-la-dette-publique-changeons-de-regime-plutot-que-de-gouvernement/ 

 

 

B) - Les municipales : préfiguration de la présidentielle ?

Elles approchent et elles seront peut-être plus déterminantes qu’on ne peut le penser à ce stade. Dans un peu plus d’un mois, le premier tour des élections municipales donnera une indication nationale sur les rapports de forces locaux mais aussi hexagonaux, à un an des présidentielles.

Ce scrutin de mars pourrait annoncer, en effet, les recompositions à venir d’un champ partisan en mutation profonde. Il faudra regarder de près ce qui se passe d’abord du côté du RN et de son allié UDR. Sur le pourtour méditerranéen, des possibilités de gains se dessinent, des alliances se profilent à bas bruit aussi, sous le radar des villes moyennes, entre autres ; ailleurs, dans les Hauts-de-France mais également dans de nombreuses localités de cette France que l’on dit « périphérique », le potentiel électoral de la droite nationale pourrait trouver des débouchés municipaux, de manière soutenue une marque politique en quête d’enracinement. L’entre-deux-tours constituera également un laboratoire grandeur nature de la porosité ou de l’imperméabilité de l’axe RN/LR et, plus largement, divers droite. Tout laisse à penser que les configurations seront sans doute contrastées en fonction des régions, mais le degré et la vitesse de coagulation des différentes forces de droite seront à observer avec attention. L’activité fusionnelle de la forge locale explicitera les restructurations en cours. Évidemment, dans les grandes métropoles, à Marseille où le RN fait jeu égal avec le maire sortant et à Paris où Sarah Knafo bénéficie d’une dynamique de début de campagne possiblement handicapante pour madame Dati, la tectonique entre les droites de gouvernement et les droites des droites interrogera avec une intensité renouvelée les interdits hérités du passé. Jamais la pression ne s’exercera sans doute avec autant de vigueur sur LR. Le phénomène ne manquera pas, à l’instar d’une onde de choc, de gagner petites et villes moyennes.

De l’autre côté de l’échiquier politique, le panorama est susceptible également de prodiguer des enseignements. L’impact de LFI sur les seconds tours dira si, oui ou non, la gauche choisit l’unité : dans la capitale ou dans la cité phocéenne, les insoumis privilégieront-ils le maintien de leurs listes au risque de faire perdre les socialistes ou se rallieront-ils à une démarche unitaire ? Les candidats PS qui disent ne pas vouloir s’unir avec LFI se résigneront-ils, realpolitik oblige, à un rapprochement avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, notamment, entre autres, là où le RN peut l’emporter ? Là où la pièce tombera, côté pile ou côté face, se dégagera une grande partie des stratégies présidentielles à venir. Le combat frontal, disposition susceptible d’être celle de l’insoumission pour tendre encore plus le rapport de forces endogène à la gauche, est l’hypothèse la plus probable pour préparer le rêve mélenchoniste d’un second tour présidentiel contre le RN. Pour autant, l’assouplissement n’est pas à exclure, ne serait-ce que pour respectabiliser l’image allergisante et provocante de Jean-Luc Mélenchon dans le but d’activer le rassemblement du « peuple de gauche ».

Dans tous les cas de figure, les mouvements électoraux et tactiques des deux bords les plus opposés du spectre partisan constitueront des marqueurs déterminants de la future cartographie politique. C’est là que pourrait se jouer l’essentiel, le bloc central et les anciennes forces de gouvernement, PS et LR, étant de ce point de vue tributaires des pressions électorales du RN d’une part, de LFI d’autre part. À un an de la mère de toutes les batailles que constitue la course à l’Élysée, la nationalisation de l’enjeu municipal sera forte. Dans ce contexte d’anomie politique où la démonétisation des partis gouvernementaux, anciens et actuels, est tendanciellement toujours plus croissante, les résultats électoraux et l’impact de ceux-ci, des grandes forces de clarification incarnées par le « Rassemblement national » et « La France insoumise », auront valeur de banc d’essai pour 2027 et au-delà.

Arnaud Benedetti
 
Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.
 https://nouvellerevuepolitique.fr/les-municipales-prefiguration-de-la-presidentielle/

 

 

C) - L’impasse politique française

« Un budget, et après ? » se demandent nombre de commentateurs. L’adoption sans vote du budget lundi, via un énième usage de l’art. 49 alinéa 3, pose très légitimement la question, et celle d’une schrizophrénie bien française. L’impasse paraît durable pour la politique française. 2026, année inutile, mais 2027 année impossible aussi ?  

 

Certes, l’État va pouvoir désormais fonctionner et ce n’est pas rien, après cette non-censure décisive d’un budget. Les taux d’intérêt français n’ont pas augmenté non plus et c’est important. La crise politique et financière est donc repoussée et la fin de mandat du Président Macron ne semble plus être remise en cause. Mais rien n’est réglé pour le pays. Et rien ne semble pouvoir l’être, même en regardant à l’horizon 2027 et au-delà.

 

2026, année déjà inutile

À court terme, on ne voit pas comment et à quoi 2026 pourrait être « utile », selon le vœu du chef de l’État, hormis à lui laisser finir son mandat et réussir quelques coups diplomatiques, comme à Davos, pour soigner sa sortie. La capacité d’action du gouvernement Lecornu est des plus limitées. Le 1ᵉʳ tour des municipales aura lieu dans un gros mois et toute la classe politique entre en campagne locale.  En septembre commenceront les pré-campagnes des potentiels candidats à la présidentielle, alors qu’en octobre débutera un nouveau marathon budgétaire. Il ne reste guère qu’un petit printemps, entre les deux, pour mener une activité législative Et toujours sans majorité bien sûr, mais avec une droite blessée par le compromis avec le Ps et un PS qui voudra réaffirmer son ancrage à gauche. On ne voit guère quelle réforme d’ampleur, hormis peut-être la loi sur la fin de vie (peut-être…), pourrait passer dans ces conditions.

Quant au futur budget 2027, débattu à l’automne prochain, il constitue un casse-tête encore plus difficile qu’en 2025 et 2026. Car pour tenir les engagements européens de la France (et surtout« rassurer » les marchés), l’effort budgétaire devrait être encore plus important, donc plus impopulaire, qu’en 2026 et 2025 puisqu’à chaque fois le compromis parlementaire a eu pour prix de le réduire. Et un tel effort douloureux devrait se décider, à l’automne, en pleine pré-campagne présidentielle, ce qui poussera tous les candidats, même ceux du bloc dit central, à se distinguer sinon à s’opposer à la politique proposée… Mission tout à fait impossible.

La solution à laquelle chacun commence à penser, celui du vote d’une loi spéciale qui reconduise le budget 2026 en 2027, en attendant 6 mois (élection présidentielle suivie des législatives) les nouvelles lois de finances, ne fait que repousser la question pendante et brûlante. Avec encore plus de pression financière, pour le futur président (e) et sa future majorité parlementaire.

 

2027 année déjà impossible ?

Le salut (la sortie de l’impasse) serait donc pour 2027, puisqu’en 2026 on n’y arrivera pas ! Il serait bien temps en effet que le pays redémarre avec une impulsion politique légitimée par les urnes. Après 3 ans et demi d’immobilisme forcé (janvier 2024, juin 2027), puisqu’avant même la dissolution, la nomination de G. Attal à Matignon n’avait en rien permis l’accord nécessaire entre bloc central et LR, et les européennes encore moins.

Notre croyance en la vertu de la présidentielle repose sur la qualité du débat public et sur celle des candidats. Or même quand le débat public n’était pas ce jeu de clashs et de punchlines auquel nous assistons et assisterons ; même quand les candidats avaient de l’envergure, il n’a pas été rare, dans le passé, qu’une campagne présidentielle contourne les sujets les plus douloureux. En 2027, est-on sûr que cette fois, « ce sera la bonne », alors que les candidats démagogues ne manquent pas, (et non les moindres) et que les conditions du débat se sont dégradées (sans parler de l’instabilité géopolitique) ?

À vrai dire, on ne voit guère comment cette campagne présidentielle tant attendue, comme une baguette magique, permettra au pays de « trancher » avec courage tous les problèmes saillants qui l’assiègent et dont la liste ne fait que s’allonger. Lequel sera d’ailleurs privilégié, pour devenir l’enjeu de l’élection ? Jamais une présidentielle n’aura eu à légitimer autant de solutions difficiles à des problèmes compliqués mais urgents… À commencer bien sûr par celui qui ennuie tout le monde, qui ne sera pas « l’enjeu » de l’élection, mais qui va se reposer avec plus d’acuité dès juin 2027 : nos finances publiques et sociales.

On n’aperçoit pas à ce jour les candidats, les forces politiques, ni d’ailleurs les électeurs, qui pourraient construire une majorité pour sortir de l’impasse financière dans laquelle la France s’est enfoncée. C’est-à-dire une protection sociale devenue intouchable, dépenses de retraites et de santé en tête, puisque leurs principaux bénéficiaires, les retraités « font » l’élection et que personne ne veut risquer de se les aliéner. Et un effort budgétaire qui dès lors se répartit entre hausse d’impôts sur les plus riches et sur les grandes entreprises, avec des risques économiques évidents, et des rabotages successifs sur le fonctionnement de l’État, sans réforme structurelle. Au risque cette fois d’abimer les services publics et l’efficience des administrations.

L’État en France, et le politique qui le dirige, est face à cette contradiction non surmontée. Ses obligations (et dépenses) régaliennes augmentent, car les armées, la justice et les forces de l’ordre demandent à être consolidées et réformées, au vu des évolutions géopolitiques, de la pression migratoire et de la montée des violences en France. Mais les Français ont comme intériorisé un « quoi qu’il en coûte » perpétuel. Au point que la providence de l’État désormais s’étend à leur « pouvoir d’achat », première de leurs préoccupations, sans que l’économie, la production, le travail et les entreprises soient assez encouragées à y répondre, quand ils ne sont pas pénalisés.

Là est la schizophrénie française, qui font des dirigeants politiques des suiveurs de l’opinion sans grand courage et des Français des « suivis » insatisfaits, englués dans le déni.

Quel candidat parviendra à prévenir et surmonter cette impasse, dans laquelle l’après 2027 risque de se fracasser ?

Philippe Guibert
 

Philippe Guibert est consultant, enseignant et chroniqueur TV. Il a publié en 2024 Gulliver Enchainé, le déclin du chef politique en France (Cerf). Il a été directeur du service d information du gouvernement (SIG) et directeur de la communication dans diverses structures publiques. Il a dirigé la rédaction de la revue Medium de Régis Debray.

 https://nouvellerevuepolitique.fr/limpasse-politique-francaise/


 

 

 

février 11, 2026

Décadence des élites au pouvoir & pantouflage, la république des copains sur les postes clés !

La décadence des élites au pouvoir 

Un système épuisé dans les gouvernements occidentaux et l’Union européenne

Les gouvernements occidentaux traversent une crise profonde, marquée par une déconnexion croissante entre les élites dirigeantes et les citoyens qu’elles sont censées représenter.

 

Cette décadence n’est pas le fruit d’une idéologie particulière, mais d’un système institutionnel et économique qui privilégie les intérêts d’une caste restreinte au détriment de l’intérêt général. Des États-Unis à l’Europe, les leaders, souvent issus des mêmes réseaux élitistes, accumulent les échecs en matière de gestion économique, sociale et géopolitique, érodant la confiance publique et favorisant une instabilité généralisée. L’Union européenne (UE), censée être conçue comme un modèle d’intégration harmonieuse, illustre particulièrement cette faillite, avec des bureaucraties déconnectées qui imposent des politiques opaques et inefficaces. Un sondage récent en France met en lumière cette fracture, révélant un rejet massif des institutions et un appel à une gouvernance renouvelée.


 

La décadence des élites occidentales : une déconnexion structurelle

Dans les démocraties occidentales, les élites au pouvoir – composées de hauts fonctionnaires, politiciens et dirigeants économiques – ont progressivement perdu le contact avec les réalités quotidiennes des citoyens. Cette déconnexion se manifeste par une « surproduction élitiste », où un excès de diplômés des grandes écoles et universités prestigieuses se disputent des postes limités, entraînant une compétition interne qui priorise les réseaux et la loyauté sur le mérite et l’innovation. Aux États-Unis, cela a conduit à une polarisation institutionnelle, où les partis traditionnels peinent à répondre aux défis comme l’inflation persistante ou les inégalités croissantes, favorisant une instabilité politique chronique. En politique étrangère, les élites occidentales affichent une incohérence, avec des décisions impulsives qui minent la crédibilité internationale, comme des sanctions économiques mal calibrées ou des alliances fragiles.

 Économiquement, ces élites ont promu un modèle extractif, où la finance et les multinationales capturent les richesses au détriment des classes moyennes et populaires, aggravant les inégalités et érodant la cohésion sociale. Cette approche a généré un sentiment d’humiliation chez de larges segments de la population, qui perçoivent les réformes comme imposées d’en haut sans consultation réelle. Résultat : une érosion des institutions démocratiques, avec une concentration du pouvoir exécutif et une capture des régulateurs par les intérêts privés, menant à une forme d’autoritarisme soft où les décisions clés échappent au débat public.

Les élites ont souvent ignoré ou minimisé des enjeux majeurs comme l’immigration, la précarité économique ou la transition écologique, optant pour des solutions bureaucratiques qui aggravent les problèmes plutôt que de les résoudre. Cette inertie institutionnelle a conduit à un affaiblissement des services publics, renforçant l’aliénation citoyenne et ouvrant la porte à des contestations de diverses natures, qu’elles soient de gauche ou de droite. En 2026, la liberté globale décline pour la 19e année consécutive, avec 60 pays voyant leurs droits politiques et libertés civiles se détériorer, témoignant d’une crise systémique des démocraties occidentales.

Focus sur l’Union européenne : une bureaucratie déconnectée et inefficace

L’UE représente un cas emblématique de cette décadence élitaire, avec une gouvernance dominée par des technocrates non élus qui priorisent les intérêts des grandes entreprises sur ceux des citoyens.

Le déficit démocratique est structurel : des décisions prises à Bruxelles sans responsabilité réelle, une implémentation faible des réformes promises, et une obsession pour l’austérité qui a creusé les disparités entre États membres. En 2026, l’UE est en « désorientation stratégique », confrontée à des fractures internes – comme les divergences sur l’énergie ou la défense – et à des pressions externes qui mettent en évidence l’incapacité des élites à anticiper les crises.

Les échecs sont multiples : des coûts énergétiques élevés dus à une dépendance mal gérée, un manque d’investissement dans l’innovation, et un marché des capitaux fragmenté qui entrave la croissance. Les élites européennes admettent une spirale économique négative, mais leur paralysie bureaucratique empêche des réformes audacieuses. Sur le plan des droits, l’inconsistance dans l’application de l’État de droit et le rétrécissement de l’espace civique érodent les valeurs fondatrices de l’UE, avec des politiques qui peinent à équilibrer sécurité et libertés. L’autonomie stratégique reste un vœu pieux, l’UE luttant pour s’affirmer face à des acteurs comme la Chine ou les États-Unis.

Cette élite bruxelloise impose souvent des politiques qui divergent des attentes citoyennes, comme une intégration politique forcée rejetée au profit d’une coopération plus souple. Cela alimente un mécontentement généralisé, transcendant les clivages idéologiques, et met en lumière l’incapacité des élites à adapter l’UE aux réalités contemporaines.

Cas d’étude : la France en crise multidimensionnelle, symptôme d’une élite épuisée

Un sondage de février 2026 en France capture l’ampleur de cette crise élitaire. 73% des Français qualifient Emmanuel Macron de « mauvais président », avec 65% exprimant de la « honte » à son égard et 78% estimant qu’il divise le pays. 58% appellent à sa démission immédiate. Le gouvernement inspire une défiance de 73%, perçu comme incompétent pour réformer (83%) et déconnecté des intérêts populaires (78%).


 

La perception de corruption est alarmante : 75% la jugent « trop importante », 58% doutent de l’indépendance de la Justice, et 59% suspectent des abus au sein de la Commission européenne, notamment autour d’Ursula von der Leyen. Économiquement, 40% notent une dégradation de leur situation, avec l’inflation impactant l’alimentation (55%) et l’électricité (32%). 95% exigent des actions contre la fraude aux fonds publics.

Concernant l’UE, 48% croient qu’elle opère aux dépens de la France, 64% veulent un moratoire sur l’immigration, et 48% soutiennent un Frexit. La confiance s’effondre : 74% envers le gouvernement, 64% envers les médias traditionnels, boostant les sources alternatives (51%). La gestion de la Covid amplifie ce scepticisme, avec 81% refusant le nouveau vaccin et 87% demandant une enquête sur les effets secondaires.

Ce sondage révèle une frustration transversale : les élites ont ignoré des signaux comme les référendums rejetés ou les crises sanitaires/financières, menant à un rejet institutionnel.

Les intentions de vote montrent une dispersion, avec le Rassemblement National à 31%, mais aussi un « parti du rejet » à 28%, indiquant un mécontentement non partisan.

Refonder ou périr

La décadence des élites occidentales, exacerbée en UE, résulte d’une gouvernance défaillante qui priorise les privilèges sur le bien commun. Pour inverser la tendance, il faut une transparence accrue : candidatures ouvertes pour les postes clés, renforcement des consultations citoyennes, et une réduction de la bureaucratie. Sans ces réformes, les crises s’amplifieront, menaçant la stabilité démocratique. 2026 pourrait être l’année d’un réveil citoyen, transformant la décadence en opportunité de renouveau.

https://multipol360.com/la-decadence-des-elites-au-pouvoir/ 

 


"La nomination de Richard Ferrand à la présidence du Conseil constitutionnel, celle d'Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, et la manœuvre sournoise autour de la Banque de France ne sont rien d'autre qu'un assaut frontal contre la démocratie française ! Emmanuel Macron, ce monarque républicain autoproclamé, est en train de verrouiller les institutions clefs de l'État comme un despote qui prépare son bunker avant la tempête. C'est un coup d'État rampant, une trahison abjecte envers les principes de la République, pour perpétuer un régime macronien au-delà de son mandat. On nous parle de continuité républicaine ? Balivernes ! C'est du népotisme pur et dur, une privatisation éhontée du pouvoir au profit d'une caste élitiste.
 
Commençons par Richard Ferrand, ce fidèle parmi les fidèles, ancien président de l'Assemblée nationale et pilier du macronisme originel. Nommé par Macron lui-même pour succéder à Laurent Fabius à la tête du Conseil constitutionnel, Ferrand n'est pas un sage impartial, mais un apparatchik pur jus ! Cet homme, impliqué dans des affaires passées qui sentent le conflit d'intérêts à plein nez, se retrouve catapulté au sommet de l'institution chargée de veiller à la constitutionnalité des lois. C'est une insulte à l'indépendance judiciaire. Ferrand n'est pas là pour servir la France, mais pour protéger les arrières de son mentor.
 
Et que dire d'Amélie de Montchalin, cette technocrate recyclée, propulsée à la présidence de la Cour des comptes ? Ancienne ministre des Comptes publics sous Macron, elle est censée contrôler... les comptes qu'elle a elle-même gérés il y a quelques mois ! C'est l'apothéose du conflit d'intérêts qui viole allègrement la charte de déontologie des juridictions financières exigeant neutralité, indépendance et prévention des conflits. 
 
L'opposition hurle au "scandale d'État", à la "République des copains", et elle a mille fois raison ! Macron place ses pions pour cadenasser les institutions avant 2027, empêchant tout contrôle réel sur les gaspillages et les dettes abyssales qu'il a creusées. Et cerise sur le gâteau : à seulement 40 ans, elle pourrait rester indéboulonnable pendant près de trois décennies, verrouillant l'institution pour une génération entière !
 
Enfin, le bouquet: la Banque de France. Le gouverneur François Villeroy de Galhau, en démissionnant prématurément pour des "raisons personnelles" (quelle blague !), offre sur un plateau d'argent à Macron la possibilité de nommer son successeur avant l'élection présidentielle de 2027. Au lieu de laisser cette nomination cruciale, qui influence la politique monétaire et les réunions de la BCE, au futur président, Macron s'empare du pouvoir pour installer un allié pro-européen et centriste, protégeant ainsi son legs contre une possible victoire du RN ou d'autres forces disruptives. C'est une insulte à la souveraineté populaire : Macron anticipe sa défaite et ligote son successeur, transformant la Banque en forteresse contre le changement. Un "Le Pen-proof" cynique, mais en réalité un verrouillage autoritaire pour perpétuer l'austérité et les intérêts des banques au détriment des Français.
 
Macron n'est pas un président, c'est un stratège machiavélique qui piétine la séparation des pouvoirs pour s'accrocher à l'influence post-mandat. En liant les bras et les jambes de son successeur, il orchestre un coup d'État institutionnel, sapant les fondements de la Ve République. Ces nominations ne sont pas des choix anodins, mais des actes de guerre contre la démocratie : un réseau de fidèles placés aux postes de contrôle pour bloquer toute alternance réelle. Le peuple français doit se réveiller et exiger des comptes, pas par la Cour des comptes macronisée, mais par la rue et les urnes ! C'est une honte absolue, une dictature en col blanc qui mérite la plus ferme condamnation. Vive la République, à bas le macronisme !"
 
Alain Weber


 

Les nominations Macron : un verrouillage institutionnel qui étrangle la démocratie française

En ce 10 février 2026, alors que la France se prépare à un remaniement gouvernemental mineur et à des élections présidentielles en 2027, deux annonces simultanées ébranlent les fondements de notre République. Emmanuel Macron, en fin de mandat et inéligible pour un troisième, place des fidèles à des postes clés :

Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics âgée de 40 ans, est nommée Première présidente de la Cour des comptes, tandis que le départ surprise de François Villeroy de Galhau ouvre la voie à un nouveau gouverneur de la Banque de France.

Ces mouvements, loin d’être anodins, illustrent une mainmise systématique du pouvoir exécutif sur les institutions indépendantes, transformant la démocratie en une « République des copains et des coquins ». Ils perpétuent un système opaque où le népotisme et le pantouflage minent l’intérêt général, au profit d’une élite autoprotégée.

 La nomination d’Amélie de Montchalin : juge et partie dans un système de contrôle financier verrouillé

Amélie de Montchalin, fidèle macroniste depuis 2017, accède à la tête de la Cour des comptes, une institution bicentenaire chargée de vérifier la régularité des comptes publics et d’évaluer les politiques budgétaires. Cette nomination, officialisée en Conseil des ministres aujourd’hui, fait d’elle la première femme et la plus jeune à occuper ce poste irrévocable, potentiellement jusqu’à ses 68 ans – soit 28 années de mandat. Mais derrière ce symbole de renouvellement et d’égalité des genres se cache une réalité plus sombre : un conflit d’intérêts flagrant.

Comment une ministre qui a piloté l’adoption du budget 2026 peut-elle impartialement juger les mêmes comptes qu’elle a élaborés ?

Des voix s’élèvent pour dénoncer une situation où elle sera « juge et partie », risquant de maquiller les défaillances d’un gouvernement dont elle est issue.

Cette désignation s’inscrit dans une longue série de placements stratégiques par Emmanuel Macron, rappelant des affaires passées où des alliés ont été « recasés » sans concurrence réelle. Elle illustre le pantouflage à l’envers : non pas un passage au privé, mais un glissement interne au sein de l’État pour sécuriser des positions influentes. Historiquement ancré en France depuis le XIXe siècle, ce phénomène voit des diplômés des grandes écoles comme l’ENA monnayer leurs réseaux pour des postes lucratifs, favorisant des arrangements opaques qui privilégient les intérêts particuliers sur l’intérêt général. Des critiques soulignent que cela expose à des fuites de données sensibles et à des risques de chantage, érodant la souveraineté nationale. Dans le cas de Montchalin, passée par plusieurs ministères et le privé, on craint une perte d’indépendance pour la Cour, déjà soupçonnée de partialité sous des présidences précédentes.

 Pire, cette nomination n’exige aucun vote parlementaire, renforçant l’accusation d’une concentration des pouvoirs. Des députés comme Éric Coquerel (LFI) ou Jean-Philippe Tanguy (RN) appellent à y renoncer, arguant qu’elle compromet l’impartialité des évaluations budgétaires futures. En pleine crise des finances publiques, avec une dette explosive et des sondages défavorables à Macron, cette manœuvre apparaît comme une tentative de pérenniser l’influence macroniste au-delà de 2027.

La nomination d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes par Emmanuel Macron, annoncée le 9 février 2026 et qui sera officialisée en Conseil des ministres le 11 février, est un énième scandale en raison de plusieurs facteurs remettant en question l’indépendance et l’impartialité de cette institution. La Cour des comptes est en effet une juridiction financière indépendante chargée de contrôler la régularité des comptes publics, d’évaluer les politiques publiques et d’alerter sur les dérives budgétaires, jouant un rôle essentiel dans la transparence et la bonne gestion des finances de l’État français.

Amélie de Montchalin, macroniste historique, est l’actuelle ministre des Comptes publics depuis décembre 2024. Elle a géré les débats budgétaires surréalistes pour les lois de finances 2025 et 2026, sous les gouvernements de François Bayrou et Sébastien Lecornu.

Conflits d’intérêts potentiels partout : En tant que ministre récente, Amélie de Montchalin a directement participé à l’élaboration et à la défense des budgets qu’elle devra désormais auditer. Cela pourrait compromettre l’objectivité des rapports de la Cour sur les finances de l’État, de la Sécurité sociale et des collectivités locales.

Atteinte à l’indépendance de la Cour des comptes : Cette institution est censée être un contre-pouvoir neutre vis-à-vis de l’exécutif.

Nommer une proche du président, issue du cœur du macronisme et sans expérience traditionnelle dans la haute fonction publique financière, est inacceptable. La Cour deviendra évidemment un outil de validation des politiques macronistes plutôt qu’un organe de contrôle rigoureux.

Triomphe du népotisme : Macron nomme des fidèles à tous les postes clés de la République, annihilant toute possibilité de véritable contrôle et transformant les institutions les plus prestigieuses en chambres d’enregistrement. Un clan est au pouvoir, dans un contexte d’instabilité politique post-dissolution de l’Assemblée en 2024, où la France fait face à des déficits persistants et à des défis budgétaires majeurs.

Passivité et complicité des fausses oppositions de gauche et de droite : Beaucoup de rodomontades devant les caméras, mais jamais rien de concret. Monsieur Macron ne sera pas destitué, le PS, après LR, gère la catastrophe avec lui. La France est devenue une République bananière.

Des réactions supplémentaires soulignent l’absurdité de cette nomination. Par exemple, certains appellent à la suppression de la Cour des comptes elle-même, arguant que ses rapports ne sont jamais suivis, que ses recommandations sont non-contraignantes, et qu’elle coûte un « pognon de dingue » (220 millions d’euros) sans servir à grand-chose. D’autres rappellent que Montchalin a été battue aux urnes en 2022 et a été recalée au Budget, où elle lisait des notes de ses sherpas de Bercy, particulièrement mise en difficulté par des opposants comme Jean-Philippe Tanguy. Des voix expriment le désespoir face à cette situation, notant que les opposants politiques corrompus ne font rien, laissant le pays être détruit. Il est suggéré de réviser les institutions et les modes de nomination, car la Ve République confie trop de pouvoirs au président. D’autres proposent une Constituante et une VIe République pour réduire drastiquement le pouvoir présidentiel. La marre de cette caste qui se refile les postes en toute impunité est partagée, et on questionne si la Ve peut encore protéger les Français contre un délire mégalomane.

 Le départ stratégique de François Villeroy de Galhau : un coup d’avance pour contrôler la politique monétaire

Simultanément, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France depuis 2015, annonce sa démission anticipée pour juin 2026, alors que son mandat s’étendait jusqu’en 2027. Officiellement motivé par une reconversion personnelle à la tête de la Fondation Apprentis d’Auteuil, ce départ permet à Macron de nommer un successeur pour un mandat irrévocable de six ans, évitant ainsi que le prochain président – potentiellement issu du RN, en tête des sondages – ne s’en charge. Ce timing suspect est perçu comme une stratégie pour verrouiller une institution clé de la politique monétaire et européenne, protégeant un profil pro-européen contre une alternance politique.

Mais ce choix de reconversion soulève une interrogation majeure : comment expliquer le passage d’un poste aussi lucratif, avec une rémunération globale avoisinant les 508.678 euros par an (incluant salaire de base, indemnités de logement et internationales), à une présidence bénévole à la Fondation des Apprentis d’Auteuil ?

Cette transition d’une fonction hautement rémunérée vers un engagement volontaire, sans compensation financière directe, paraît hautement improbable sans motivations cachées. Serait-ce une façade pour masquer une opération de verrouillage institutionnel, ou un calcul personnel pour sécuriser des réseaux influents au-delà de la sphère publique ? Dans un système déjà miné par le copinage, ce geste « altruiste » venant d’un banquier alimente les soupçons d’arrangements opaques, où les élites préservent leur pouvoir et leurs privilèges sous couvert de philanthropie…?

Ce mouvement renforce l’idée d’un système gangrené par le copinage, où les nominations priorisent la loyauté sur le mérite. Des exemples abondent sous la « Macronie » : tentatives de placer des proches à des postes diplomatiques sans concours, subsides à des associations liées à l’entourage présidentiel, ou dissolution de corps administratifs pour faciliter le « recasage » d’alliés. Cette opacité, couplée à une impunité perçue – comme dans les affaires Benalla ou McKinsey –, alimente une dérive autoritaire, avec un usage extensif du 49.3 et une marginalisation des oppositions. Le résultat ? Une érosion de la confiance publique, favorisant des théories « conspirationnistes » et une division sociétale profonde.

Le pantouflage et la république des copains : une mainmise systématique sur les postes clés

Ces nominations ne sont pas isolées ; elles s’inscrivent dans une pratique endémique où le pouvoir exécutif verrouille constamment des institutions supposées indépendantes.

Le pantouflage, ce passage fluide entre public et privé, permet aux élites de s’autoprotéger via des parachutes dorés, au détriment des citoyens contraints à l’austérité. Des cas comme celui d’Alexis Kohler, passé de l’Élysée à une banque internationale, ou de hauts fonctionnaires rejoignant des secteurs qu’ils régulaient, illustrent des conflits d’intérêts flagrants et un manque de transparence criant. L’encadrement juridique, via la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), reste permissif, avec des sanctions rares et des délais insuffisants.

Sous Macron, ce système opaque est exacerbé par un népotisme qui privilégie un réseau élitiste issu des mêmes écoles, gérant scandales par des enquêtes superficielles et une communication contrôlée. Cela mine la démocratie en concentrant le pouvoir dans un clan restreint, transformant l’État en outil de protection mutuelle. Les citoyens, eux, paient le prix d’une gouvernance déconnectée, marquée par une dette galopante et des réformes impopulaires.

Pour sauver la démocratie : des candidatures publiques et accessibles en externe

Face à cette « République des copains et des coquins », une réforme s’impose : rendre les candidatures à ces postes clés publiques et accessibles en externe.

Au lieu de nominations discrétionnaires par le président, des appels d’offres ouverts, avec évaluation par des commissions indépendantes et vote parlementaire systématique, éviteraient le pantouflage et les conflits d’intérêts. Cela renforcerait la HATVP avec des pouvoirs accrus, des délais d’incompatibilité allongés et des sanctions dissuasives. Des associations comme Anticor appellent à ces changements depuis des années, mais l’inertie des élites bloque toute avancée. Sans cela, la France risque une dérive autoritaire, où les institutions servent les puissants plutôt que le peuple.

En conclusion, ces nominations de février 2026 ne sont pas de simples transitions ; elles continuent d’assassiner la démocratie en verrouillant l’appareil d’État contre toute alternance. Elles perpétuent un système où l’opacité, le népotisme et l’impunité règnent, érodant la confiance et favorisant les extrêmes. Il est temps pour les citoyens et les oppositions de réclamer une transparence radicale, avant que la République ne devienne une coquille vide au service d’une caste.

https://multipol360.com/les-nominations-macron-un-verrouillage-institutionnel-qui-etrangle-la-democratie-francaise/

 

 

 

février 06, 2026

Les intellectuel(le)s "Epsteiniens" de France: "Apprenons l'amour à nos enfants".Pas de l'amour, de la pédophilie, pédocriminalité !

"1977: une partie de "l'élite" intello (même Kouchner dont le fils se faisait violer par Duhamel) signe une pétition pour autoriser les viols de gosses. Libération titrait "Apprenons l'amour à nos enfants". C'est pas de l'amour mais de la pédophilie."

Patricia Chaibriant 


 

Quand des intellectuels français défendaient la pédophilie

Le fil culture. La pédophilie n'a pas toujours été condamnée par les intellectuels français. À partir des années 1970, de nombreuses personnalités de tous bords politiques ont demandé, au nom de la liberté, que la loi permette aux adultes d'avoir des relations sexuelles avec des enfants. Une question d'époque ?

 


 

"En 2013, quand il (Gabriel Matzneff, ndlr) a reçu le prix Renaudot, aucun journaliste littéraire, pas un seul, ne s'est interrogé sur le bien-fondé de cette récompense. La vie d'une adolescente anonyme n'est rien face au statut d'un écrivain". Dans son roman autobiographique paru ce jeudi, Le Consentement, Vanessa Springora dénonce la complaisance des milieux artistiques et littéraires français qui comme les médias ont jusque très récemment fermé les yeux sur des écrits qui font la promotion de la pédophile au prétexte que l'oeuvre prime l'auteur. Goût pour la transgression ou tendance de fond issue d'un mouvement pro pédophile de la fin des années 1970 ? Aujourd'hui, ces intellectuels sont mis face à leur responsabilité.

Contre la famille et pour l'homosexualité : un militantisme pro pédophile


Jean-Paul Sartre, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Gilles et Fanny Deleuze, Francis Ponge, Philippe Sollers, Jack Lang, Bernard Kouchner, Louis Aragon, André Glucksmann, François Châtelet et bien d'autres encore, de Félix Guattari à Patrice Chéreau ou Daniel Guérin ; tous font partie des 69 intellectuels français qui, aux côtés de l'écrivain Gabriel Matzneff et du romancier, journaliste  à Libération et membre fondateur du Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR) Guy Hocquenghem ont signé une tribune publiée le 26 janvier 1977. D'abord dans Le Monde puis dans Libération pour défendre trois hommes incarcérés depuis plus de trois ans pour avoir abusé sexuellement de mineurs de moins de 15 ans. 

'Trois ans de prison pour des caresses et des baisers, cela suffit !' écrivaient les signataires. 

Ils demandaient la relaxe des trois hommes au prétexte que les enfants n'avaient pas été victimes de la moindre violence, mais, au contraire, qu'ils étaient consentants.

Le 23 mai 1977, dans les pages "Opinions" du Monde, 80 intellectuels français parmi lesquels Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Alain Robbe-Grillet, Jacques Derrida, Philippe Sollers et même Françoise Dolto, signent un autre texte pour demander que la loi décriminalise les rapports sexuels entre les adultes et les enfants de moins de 15 ans.

 De nombreux journaux se font l'écho de ce mouvement pro pédophile, qui aux Pays-Bas est devenu un mouvement politique. Libération en tête, avec même des petites-annonces sans ambiguïté, et par exemple en juin 1978 le philosophe René Schérer qui y écrit : 

L’aventure pédophilique vient révéler quelle insupportable confiscation d’être et de sens pratiquent à l’égard de l’enfant les rôles contraints et les pouvoirs conjurés.

Libération mais aussi Le Monde ou encore France Culture. Le 4 avril 1978, l'émission "Dialogues" (enregistrée en 1977) invite Michel Foucault, le romancier et membre fondateur du Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR) Guy Hocquenghem et le juriste Jean Danet, tous trois signataires de la pétition qui demande la décriminalisation de la pédophilie. Durant une heure et quart, en public dans le studio 107, ces intellectuels vont défendre l'idée que des pédophiles sont incarcérés à tort parce que les enfants qu'ils ont abusés étaient consentants. 

 Ce débat sera publié sous le titre La Loi de la pudeur dans la revue Recherches n°37 d’avril 1979, avant d'être inclus dans le recueil Dits et Écrits 1976-1979 de Foucault.

Dans la même émission, ils fustigent l'influence croissante des psychiatres dans les cours de justice parce qu'en "s'intéressant aux prétendues victimes, ils sont en train de créer une "victimologie très grave" parce qu'elle nie la parole des enfants qui répètent pourtant à la barre qu'ils étaient consentants. Ils s'inquiètent de la suspicion qui pèse sur les éducateurs et tous les professionnels de l'enfance et pressentent une véritable "chasse aux sorcières" pour des faits, des relations sexuelles entre un adulte et un enfant de moins de 15 ans, qui selon eux n'ont aucun caractère de gravité, "et sont des faits extrêmement légers qui dans n'importe quelle autre circonstance, à Paris notamment, n'auraient jamais valu trois mois de détention préventive" (sic).

Ces discours choquent peu à une époque où l'obsession sans cesse répétée est que la société a changé, qu'il faut se libérer du carcan de la famille et de pratiques sexuelles rétrogrades. "Le sexe est omniprésent dans la société", déclare Virginie Girod, docteure en histoire, spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité "et dans les années 1970, les gens se disent 'on fait ce que l'on veut'".

Surtout, il y a l'idée défendue dès le début de l'émission de France Culture par Michel Foucault que la liberté des homosexuels ne fait pas encore consensus dans la société française et qu'interdire la pédophilie pourrait progressivement glisser vers l'interdiction de l'homosexualité. Les deux pratiques, homosexualité et pédophilie, sont à l'époque mises sur le même plan.

Des publications comme Gai Pied, journal radical pro homosexuel dans lequel écrivent Jean-Paul Aron, Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault, aux côtés de l'écrivain Tony Duvert - pédophile revendiqué - et de Renaud Camus, deviennent ainsi des tribunes pour les pédophiles (la revue sera finalement suspendue en 1992). 

 Figure de mai 1968, Daniel Cohn Bendit raconte alors ses gestes sexuels sur des enfants. Dans le livre Le Grand bazar (publié en 1975 chez Belfond), où il évoque son activité d'éducateur dans un jardin d'enfants "alternatif" à Francfort. Puis en avril 1982, sur le plateau d'Apostrophes, où il déclare notamment : "La sexualité d'un gosse, c'est absolument fantastique, faut être honnête. J'ai travaillé auparavant avec des gosses qui avaient entre 4 et 6 ans. Quand une petite fille de 5 ans commence à vous déshabiller, c'est fantastique, c'est un jeu érotico-maniaque..." Devenu député vert européen, Cohn Bendit se défendra dans les colonnes de Libération en février 2001, soutenu par des parents et des enfants, mais reconnaîtra en réunion publique "des lignes insoutenables, intolérables ; avec ce que nous savons aujourd'hui sur la pédophilie, sur l'abus sexuel".

 https://www.dailymotion.com/video/x9jpb6 (En accusant sur France 2 Daniel Cohn-Bendit d'avoir "poussé et justifié des actes [inacceptables] à l'égard des enfants", François Bayrou a fait ressurgir un épisode ancien de trente-quatre ans ... mais jugé pendant plusieurs années "inintéressant" par les médias.

Tous les éléments du dossier sont dans notre article : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2022)

Toujours dans les années 1970, le chanteur Claude François se reconnaît "obsédé" par les filles mineures : "Les filles [de 18-30 ans] commencent à réfléchir. Elles ne sont plus naturelles. Elles se sentent obligées de prendre position. Elles ne sont plus cette espèce de rêve que représente pour moi la fille."

https://www.dailymotion.com/video/x88iza1 (

Et c'est à cette époque que Roman Polanski arrive en France.

 Pour justifier leurs pratiques sexuelles avec des enfants, beaucoup de pédophiles ont instrumentalisé ce mouvement intellectuel issu de mai 68 qui faisait la promotion de la liberté sexuelle et de la rupture avec la loi et les structures et qui voulaient à tout prix se défaire de la domination des adultes.

Ce qui était central dans ces années-là, c'était la question de savoir comment on pouvait rompre avec les normes pénales et familiales du XIXe siècle. Ce qui a ainsi fait le plus débat dans les années 1970, notamment du côté des mouvements homosexuels mais pas seulement, c'était la discrimination concernant l'âge de la majorité sexuelle.                                                                                      
Jean Bérard, historien, maître de conférence à l'ENS Paris Saclay

Des écrivains comme Gabriel Matzneff mais aussi Tony Duvert (prix Médicis en 1973 pour son roman Paysage de fantaisie, publié aux éditions de Minuit et qui met en scène des jeux sexuels entre un adulte et des enfants) ou René Schérer ont ainsi cherché à présenter la pédophilie comme une attirance sexuelle acceptable du moment que l'enfant en était "consentant", comme en témoigne ce séminaire de 2013 organisé à l'EHESS

 Comment admettre qu'on a été abusé quand on ne peut nier qu'on a été consentant ? Quand, en l'occurrence, on a ressenti du désir pour cet adulte qui s'est empressé d'en profiter ? Pendant des années, je me débattrai moi aussi avec cette notion de victime, incapable de m'y reconnaître.                                                                                      
Dans Le Consentement, Vanessa Springora témoigne de sa relation avec Gabriel Matzneff alors qu'elle avait 14 ans

Gabriel Matzneff a répondu à Vanessa Springora dans L'Express ce jeudi 

Un décalage avec la société et... avec les féministes

Si une partie des intellectuels défend ce mouvement pro-pédophile, ce n’est pas le cas de la société. "La majorité des personnes dans la société courante n’y était pas favorable", explique Virginie Girod, docteure en histoire, spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité. Et cette vision, ce "noyau dur d’intellectuels" l’a "défendue dans des journaux qui trouvaient génial de soutenir ces fameux mantras 'il est interdit d’interdire’ et ‘jouissons sans entrave’. Dans la petite intelligentsia parisienne, on défendait les valeurs de la liberté absolue sans se poser de questions". Ce côté "transgressif, cette faculté à bousculer les codes", ajoute l’historienne, a permis à certains intellectuels dont Gabriel Matzneff d’en tirer une "véritable aura médiatique"

Puis il y a eu les mouvements féministes qui ont dénoncé le patriarcat et la domination masculine, "qui se traduit par cette prise de possession et cette domination du corps des femmes et des enfants", explique Anne-Claude Ambroise-Rendu, historienne et professeure d’histoire à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

"Dans les mouvements qui luttaient contre l’idée d’une majorité sexuelle dans la seconde partie des années 1970, il y avait l’idée que des rapports entre adulte et enfant pouvaient être envisagés, exempts des rapports de domination traditionnelle, en particulier de domination familiale", ajoute Jean Bérard, maître de conférence à l’ENS Paris-Saclay. Un argument contesté, en particulier par les mouvements féministes. 

Dans les mêmes années, les féministes luttaient pour la redéfinition du viol et expliquaient que le rapport entre un mineur et un adulte est déjà dans un rapport de force, de domination, inégal et qui ne peut donc être considéré selon le seul critère du consentement mais sur le critère de l’âge.                                                                                                                                                  
Jean Bérard, maître de conférence en histoire à l’École normale supérieure Paris-Saclay.

D’ailleurs, certains parents des enfants ou adolescents qui fréquentaient les pédophiles eux-mêmes laissaient faire ces relations. "On peut s'interroger sur des parents pétris d'une idéologie soixante-huitarde dévoyée, qui laissent leurs enfants avoir des relations sexuelles avec un homme nettement plus âgé. Quelque part, il y a un côté un peu chic à voir sa fille dans le lit de quelqu'un reconnu comme un grand écrivain à l'école. Et cette pensée-là dérange aujourd'hui. C’est normal. Mais il faut aussi la concevoir pour pouvoir comprendre cette époque-là", confirme Virginie Girod.

La bascule

Le véritable tournant s’opère dans les années 1990. La France découvre le vrai visage de la pédophilie avec l’affaire Marc Dutroux dans la Belgique voisine. "Avec Matzneff et compagnie, on a une sorte de 'glamourisation' du câlin enfantin, des amours enfantines. C’est chic, c’est joli, c’est la nymphette, les égéries d’Hamilton… On est dans une esthétique qui existe dans la société", affirme Virginie Girod. L’affaire Dutroux dévoile une toute autre facette de la pédophilie : "On a pour la première fois une affaire de mœurs épouvantable, d’un homme qui kidnappe les petites filles, les séquestre, les viole et les assassine." 

C’est la fin de l’illusion d’un hypothétique consentement, on se rend compte qu’autour de la pédophilie, il y a tous les actes de la criminalité.                                                                                                                                                  
Virginie Girod, docteure en histoire, spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité

Désormais, il devient impensable pour la société de défendre la pédophilie. Le terme "pédophile" est employé dans le langage courant et aujourd’hui, il est peu à peu remplacé par celui de "pédocriminel", "on rajoute à la charge morale du crime pour bien signifier qu’on ne laisse plus passer ces pratiques socialement", conclut Virginie Girod. 

Et aujourd'hui ?... Encore et toujours la question du consentement !

N’oubliez pas l’ancienne exposition au palais de Tokyo

Dans les années 1980, à Paris, il existait des sortes de cercles de pédophiles anonymes où des pédophiles se réunissaient pour s'entraider à ne pas passer à l'action. "On savait qu'il y avait une charge morale sur ces pratiques-là et quelque part, il fallait se sentir un peu au-dessus des lois, soit parce qu'on était un puissant, soit parce qu'on n'avait pas conscience que la justice pouvait rappliquer", explique la spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité.

Au début des années 2000, après le traumatisme de l'affaire Dutroux, certaines associations ont cessé de s'intéresser exclusivement aux victimes pour s'intéresser aux pédophiles et plus largement aux promoteurs, actifs ou passifs de la pédophilie. L'association l'Ange bleu par exemple est la première à entreprendre d'écouter les pédophiles, via une ligne ouverte et très vite, ils le disent : les livres et émissions de télé qui font l'apologie des relations sexuelles avec des enfants les poussent à passer à l'acte. 

Latifa Benari est la fondatrice de l'association l'Ange bleu : "Écrire sur les ébats sexuels avec des enfants ou des adolescents et déclarer qu'avec cette relation, l'enfant ou l'adolescent peut être heureux, pour moi ils sont responsables. Un paumé qui viole un enfant, cela reste une affaire isolée. Mais quelqu'un qui a une relation [avec un enfant] et qui en plus en fait la promotion sur des plateaux télévisés, je trouve cela criminel !"

En attendant, les anciens intellectuels signataires regrettent-ils aujourd'hui leur signature ? Libération a posé la question ici...

Pour justifier de tels actes, le mouvement pro-pédophile s'est toujours caché derrière le "consentement" des enfants et adolescents. "Personne n'a jamais défendu la possibilité de violer des enfants. (...) L'idée de la violence n'effleure pas les personnes qui conceptualisent cette pédophilie-là", précise Virginie Girod.

Et dans les années 1980, la notion de "stranger danger", comme l'appellent les Américains, a fait son apparition. "La question du danger venu de l'extérieur devient prédominante et construit la peur du pédophile autour de la peur de celui qui va venir enlever et agresser les enfants", commente Jean Bérard.

Mais cela cache une autre réalité : une grande partie des actes pédophiles ont lieu dans le cadre intra-familial... Le Conseil de l'Europe évalue les violences sexuelles intra-familiales sur mineurs entre 70 et 85% d'après ce rapport du Sénat daté de mai 2019. Toutefois, les chiffres restent peu nombreux sur le sujet. Lors d'auditions au Sénat pour la mission commune d'information sur la répression d'infractions sexuelles sur mineurs, le réalisateur Éric Guéret, auteur du documentaire Enfance abusée, indique à propos de ces violences sexuelles sur mineurs, qu'"il n'y a pas de chiffres français officiels, fiables. Cela raconte quelque chose de notre société. Une société qui ne veut pas voir un problème se débrouille pour ne pas le quantifier." Il dénonce un "déni" de la société, un "fléau" qui a pour conséquence des victimes "avec un extrême sentiment d'abandon", qui les pousse à "garder le silence" et parfois "à se suicider", avec dans tous les cas, le sentiment "que les institutions ne leur viennent pas en aide". 


https://www.radiofrance.fr/franceculture/quand-des-intellectuels-francais-defendaient-la-pedophilie-2026242 

 

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Affaire Epstein !!

 

 

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