Le capitalisme
Découvrez comment le libre marché, l'entrepreneuriat, les droits de propriété et l'échange volontaire ont permis de sortir des milliards de personnes de la pauvreté et d'étendre la liberté humaine.
Quel est le secret de l'amélioration du niveau de vie, de l'innovation mondiale et de la sortie de la pauvreté pour des millions de personnes ? Ce n'est pas la chance. C'est le capitalisme.
En moins d'une heure, ce post vous aidera à comprendre le fonctionnement du capitalisme, les raisons pour lesquelles ses détracteurs font souvent fausse route, et pourquoi les marchés demeurent essentiels à la prospérité, à l'innovation et aux opportunités.
Sommaire:
A) - Pourquoi le monde s'est-il enrichi ?
A-1) - Pauvreté
A-2) - Commerce
A-3) - Innovation
A-4) -Liberté individuelle
B) - Qu’est-ce que le capitalisme ?
B-1) - Capitalisme
B-2) - Propriété
B-3) - Échange
B-4) - Valeur
C) Quelles sont les causes des crises économiques ?
C-1) - Crise
C-2) - Inflation
C-3) - Économie
D) - Les marchés peuvent-ils fournir des biens publics ?
D-1) - Marché
D-2) - Biens publics
D-3) - Défense nationale
E) - Le capitalisme et l'épanouissement humain
A) - Pourquoi le monde s'est-il enrichi ?
Pendant la majeure partie de l'histoire de l'humanité, la pauvreté était la norme.
Puis, la situation a changé.
Découvrez le rôle du commerce, de l'innovation et de la liberté individuelle dans l'émergence de la prospérité sans précédent du monde moderne.
A-1) - Pauvreté
La pauvreté
est la situation ou condition dans laquelle se retrouvent des personnes
qui n'ont pas suffisamment de ressources ou de moyens matériels pour
subvenir à leurs besoins de base.
Pour les libéraux, la pauvreté est « l'état naturel de l'homme »,
dont on sort (ou dont on se prémunit) par la coopération sociale, l'éducation, la division du travail, la croissance, la prise de risque entrepreneuriale, le progrès technique et scientifique, l'assurance, l'épargne, la solidarité volontaire.
Alors qu'une société libérale tend à réduire la pauvreté par la hausse progressive du niveau de vie, l'État
de son côté favorise sciemment la pauvreté : il aime les pauvres et les
choie particulièrement - mais à condition qu'ils restent pauvres ! En
effet le pauvre est l'alibi idéal pour :
On appelle trappe à pauvreté (ou assistanat
dans un registre plus polémique) le fait que des phénomènes sociaux,
dus à des dispositifs d'assistance, cantonnent certaines populations
dans une situation peu enviable : chômage, bas salaire, mauvais logements, etc. Ce phénomène est particulièrement développé en France.
Par exemple, une famille qui touche le RSA (revenu de solidarité
active), l'allocation logement, etc., n'est pas incitée à prendre un
emploi payé au SMIC (salaire minimum), compte tenu de la dégressivité des prestations.
On appelle seuil de pauvreté
d'un pays la moitié du revenu médian des habitants du pays (le revenu
médian étant le revenu pour lequel il y a autant de gens qui gagnent
davantage que ce revenu, que de gens qui gagnent moins). Cet indicateur,
souvent cité à tort et à travers pour affirmer qu'il y a plus de
pauvres dans tel pays que dans tel autre, reflète très imparfaitement la
réalité de la pauvreté : ainsi, une baisse des salaires élevés aboutit à
un abaissement du seuil de pauvreté, et donc à un nombre de "pauvres"
inférieur, alors que le pays s'est en réalité appauvri ; un pays très
pauvre pourrait n'avoir personne en-dessous du seuil de pauvreté, pour
peu que l'éventail des revenus soit suffisamment resserré. Une
définition de la pauvreté en termes absolus présente l'inconvénient de
ne pas tenir compte du niveau de vie, variable d'un pays à l'autre.
On parle de "pauvrophobie" pour désigner une hostilité à l’égard
des personnes qui vivent la pauvreté ou la précarité. Inversement,
certains libertariens parlent de pauvrisme pour désigner une attitude étatique qui cherche à favoriser les pauvres, par démagogie
électoraliste, et qui tend à augmenter toujours davantage leur nombre,
par des politiques économiques socialistes. On peut rapprocher ce terme
de l'expression politique d'inaptocratie, qui elle s'applique aux incompétents plus qu'aux pauvres.
La réduction de la pauvreté par l'entrepreunariat
L'entrepreunariat a été largement reconnu comme un puissant outil de
réduction de la pauvreté. De nombreux économistes soulignent l'impact
positif que l'entrepreneuriat peut avoir sur la réduction de la pauvreté
et l'amélioration du bien-être des individus et des communautés.
Les points clés liés à la réduction de la pauvreté grâce à l'entrepreneuriat
Voici quelques points clés liés à la réduction de la pauvreté grâce à l'entrepreneuriat :
1. Création d'emplois : l'entrepreneuriat crée des opportunités
d'emploi, ce qui peut aider à réduire la pauvreté en fournissant aux
individus une source de revenus. Lorsque les entrepreneurs démarrent des
entreprises et étendent leurs activités, ils embauchent souvent des
travailleurs, contribuant ainsi à la création d'emplois et à la
réduction des taux de chômage.
2. Génération de revenus : l'entrepreneuriat permet aux individus
de générer des revenus grâce à leurs activités commerciales. En
démarrant leur propre entreprise, les individus peuvent potentiellement
augmenter leur potentiel de revenus et améliorer leur niveau de vie.
Cela peut être particulièrement percutant dans les communautés où les
opportunités d'emploi sont limitées ou où les options d'emploi
traditionnelles sont rares.
3. Croissance économique : l'entrepreneuriat est étroitement lié à
la croissance économique. Lorsque des personnes créent une entreprise,
elles contribuent à l'expansion de l'économie, ce qui peut entraîner une
prospérité globale accrue. À mesure que l'économie se développe, elle
peut créer un effet d'entraînement, bénéficiant à divers secteurs et
réduisant potentiellement les taux de pauvreté.
4. Innovation et productivité : l'entrepreneuriat stimule
l'innovation et favorise les gains de productivité. Les entrepreneurs
introduisent souvent de nouveaux produits, services et modèles
commerciaux, qui peuvent créer de la valeur, stimuler la compétitivité
et ouvrir de nouvelles opportunités économiques. Ceci, à son tour, peut
contribuer à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté.
5. Autonomisation et autosuffisance : l'entrepreneuriat peut
autonomiser les individus et les communautés en leur donnant les moyens
de prendre en main leur destin économique. En démarrant leur propre
entreprise, les individus peuvent devenir autonomes, créer des actifs et
acquérir un sentiment d'agence et d'indépendance. Cela peut avoir des
effets à long terme sur la réduction de la pauvreté et la mobilité
sociale.
6. Développement local et impact communautaire :
l'entrepreneuriat au niveau local peut avoir un impact significatif sur
le développement local. Les petites entreprises et les startups
contribuent souvent à la revitalisation des communautés, à la création
d'emplois dans les zones mal desservies et à la fourniture de biens et
de services qui répondent aux besoins locaux. Ces activités peuvent
contribuer à réduire la pauvreté en stimulant les économies locales et
en améliorant les conditions de vie.
Il est important de noter que si l'entrepreneuriat recèle un
grand potentiel de réduction de la pauvreté, il ne s'agit pas d'une
solution unique. Divers facteurs, notamment l'accès aux ressources,
l'environnement institutionnel, l'éducation et la formation, et les
conditions du marché, influencent l'efficacité de l'entrepreneuriat dans
la réduction de la pauvreté. Par conséquent, une approche holistique
qui aborde ces facteurs est souvent nécessaire pour maximiser l'impact
de l'entrepreneuriat sur la réduction de la pauvreté.
L'entrepreneuriat social au secours de l'extrême pauvreté
Partout dans le monde, comme en Indonésie, au Pakistan, au Kenya, en Bolivie
et dans d'autres pays en voie de développement, des gens participent à
une économie de marché informelle. Ils font des efforts inlassables pour
maintenir leur niveau d'existence extrêmement bas. Souvent, ces
personnes ne bénéficient pas de l'aide de l'État mais d'entrepreneurs
sociaux qui les aident à développer leur esprit d'entreprise. Parmi ces
organisations se trouve le programme Trickle Up. Il s'agit d'une
organisation privée d'assistance qui reconnaît véritablement la capacité
des personnes pauvres à travailler dur et à mener une vie productive.
Il a été fondé par un couple, Glen Leet et Mildred Robbins Leer au début
des années 1980. Depuis son existence, le programme Trickle Up, ou TUP[1], a remporté des succès remarquables en grande partie en mettant en valeur l'esprit d'entrepreneuriat
si répandu dans les pays sous-développés. Les dotations financières
sont accordées à des groupes sélectionnés et constitués d'au moins cinq
personnes après l'examen du business plan par les coordonnateurs
bénévoles du projet TUP. La dotation est de 100 dollars et les
bénéficiaires doivent s'engager à réinvestir au moins 20 % de leurs
bénéfices dans leur entreprise.
Erreurs communes
- Le capitalisme engendre la pauvreté. Il serait plus exact de dire que le capitalisme, en tant que système économique voué à la création de valeur et reposant sur l'échange libre (à l'inverse de l'étatisme), engendre la richesse
(pour certains) et améliore le niveau de vie des autres (salariés,
actionnaires, partenaires commerciaux). Le capitalisme n'engendre pas
plus la pauvreté que l'impôt
n'engendrerait la richesse. On cite souvent à l'appui de la thèse
erronée d'un capitalisme qui "appauvrirait les plus pauvres" les
conditions de la classe ouvrière au XIXe siècle. On oublie ainsi que les
ouvriers étaient souvent des paysans misérables qui trouvaient dans la
condition ouvrière une amélioration notable de leur condition de vie. Hayek a expliqué l'illusion d'optique des gens qui font coïncider essor de l'industrialisation et du capitalisme
moderne avec augmentation de la pauvreté. Il explique que la pauvreté
était alors bien plus visible... tout simplement parce que le
capitalisme avait empêché des tas de gens de mourir de faim, et les
avait fait passer de la misère et de la disette à la condition de
personnes pauvres (i. e. à revenus modestes, mais pas inexistants). En
d'autres termes, ce que beaucoup de gens ne comprennent pas, est que si
l'on peut dire que le capitalisme a créé des pauvres, ce n'est pas dans
le sens où des personnes auraient sombré dans la misère, mais bien
plutôt parce qu'elles sont passées de la misère (et de l'économie de
subsistance) à la pauvreté, grâce au salariat.
- Deux professeurs britanniques, Norman Gash et Rhodes Boyson, ont
étudié de près la condition ouvrière dans le Lancashire au XVIIIe
siècle. Ils écrivent:
- "Nous semblons oublier que, aussi pénible qu'il fut, le
passage à l'usine représentait pour beaucoup d'ouvriers de l'époque,
même des femmes et des enfants, une véritable libération par rapport aux
conditions de vie infernale qui étaient le lot des journaliers
agricoles ou des travailleurs à domicile de la période préindustrielle
dont aujourd'hui nous idéalisons la situation, avec nos yeux d'hommes du
XXe siècle. De même, nous oublions que le travail à l'usine et dans la
mine, pour beaucoup d'enfants, valait tout de même mieux que de périr de
faim, et que, de toute façon, dès le milieu du XIXe siècle, grâce à la
progression du niveau de vie permise par les salaires industriels, le
travail des femmes et des enfants était pratiquement en voie de
disparition avant même que l'Etat n'intervienne. Ce n'est pas le pouvoir
politique qui mit fin au scandale du travail des enfants, mais bien le
succès même du capitalisme industriel à promouvoir la hausse du pouvoir
d'achat des masses et à révolutionner par là les conditions de vie
familiale.
- Affirmer que le capitalisme (ou le libéralisme) engendre la pauvreté revient à prétendre que la pluie engendre la sécheresse là où elle ne tombe pas, ce qui est un sophisme.
Citations
- Les pauvres ne sont pas le problème, ils sont la solution. (Hernando de Soto)
- L'argument classique selon lequel la délinquance est causée par la pauvreté n'est qu'une façon de calomnier les pauvres. (H. L. Mencken)
- La pauvreté est certainement demeurée très grande au début du XIXe
siècle. Mais les historiens de l'économie sont à peu près d'accord,
depuis 50 ans, pour affirmer, contrairement à la croyance la plus
répandue, que le salaire
et le revenu moyen ont augmenté depuis la fin du XVIIIe siècle. Ils ont
augmenté considérablement, malgré quelques irrégularités dues aux
guerres ou aux crises économiques. Et c'est un fait qu'à partir de la
fin du XVIIIe siècle, en France, les famines ont cessé. Dès lors, si
l'on prétend attribuer à la Révolution industrielle et au capitalisme la pauvreté qui régnait à l'époque, il faut expliquer aussi pourquoi les gens étaient encore plus pauvres avant. (François Guillaumat)
- Les démocrates-sociaux aiment les pauvres, soi-disant. Pour une
fois, donnons-leur raison. À l’évidence, il les aiment tellement qu’ils
font ce qu’il faut pour qu’il y en ait sans cesse davantage. Quant aux
capitalistes, il est certain qu’eux ne les aiment pas. La preuve, c’est
qu’en dépit de la démocratie sociale, ils s’efforcent toujours de faire
qu’il y en ait moins. (François Guillaumat)
- Les vrais capitalistes sont tous ces pauvres qui luttent pour leur survie en déployant des trésors d'imagination pour contourner les obstacles que les pouvoirs en place mettent sur leur chemin. (Pascal Salin)
- Le paupérisme est un corollaire de la non-valeur du Moi, de mon
impuissance à me faire valoir. Aussi État et paupérisme sont-ils deux
phénomènes inséparables. L'État n'admet pas que je me mette moi-même à
profit, et il n'existe qu'à condition que je n'aie pas voix au marché :
toujours il vise à tirer parti de moi, c'est-à-dire à m'exploiter, à me
dépouiller, à me faire servir à quelque chose, ne fût-ce qu'à soigner
une proles (prolétariat); il veut que je sois « sa créature ». Le
paupérisme ne pourra être enrayé que du jour où ma valeur ne dépendra
plus que de moi, où je la fixerai moi-même et ferai moi-même mon prix.
Si je veux me voir en hausse, c'est à moi à me hausser et à me soulever.
(Max Stirner)
- En essayant de faire plus pour les pauvres, nous avons réussi à
faire plus de pauvres. En essayant de faire tomber les barrières qui
interdisaient aux pauvres d'échapper à leur sort, nous leur avons par
mégarde dressé un piège. (Charles Murray)
- La gauche n’aime pas tant les pauvres que la dépendance et
l’assistanat dont elle entend assurer seule la gestion sans participer à
son financement. Pour que la gauche prospère il faut que les pauvres
restent pauvres. (Xavier Prégentil)
- Je n’ai jamais oublié que l’objectif inavoué du socialisme
– municipal ou national – était d’accroître la dépendance. La pauvreté
n’était pas seulement le sol nourricier du socialisme : elle en était
l’effet délibérément recherché. (Margaret Thatcher)
- Le fait que les pauvres sont vivants est une preuve évidente de leur
capacité. Ils n’ont pas besoin de nous pour leur apprendre à survivre,
ils savent déjà comment le faire. Donner aux pauvres accès au crédit
leur permet de mettre en pratique les compétences qu’ils ont déjà.
(Mohammad Yunus)
- Nous ne croyons pas que tous les riches soient généreux, ni que tous
les pauvres soient capables d’autonomie, mais il suffit que les uns et
les autres soient toujours plus nombreux à l’être pour que la société
devienne meilleure. (Christian Michel)
- Nos souffrances viennent non de la pauvreté, mais de la convoitise. (Epictète)
- Ah ! Que ne suis-je riche, pour venir en aide au pauvre que je suis ! (Tristan Bernard, Le fardeau de la liberté) (humour)
- L'argent est plus utile que la pauvreté, ne serait-ce que pour des questions financières. (Woody Allen) (humour)
- La pauvreté ne relèverait que de la redistribution ? Est-ce que les
hommes des cavernes étaient pauvres parce que les peaux d’animaux ou les
pointes de flèches n’étaient pas redistribuées équitablement ? En
vérité, nous sommes nés dans la pauvreté. La pauvreté est l’état naturel
de l’Homme. Il doit se servir de son cerveau pour découvrir les
possibilités des matières premières qu’il trouve dans la nature puis
fournir un effort productif pour les transformer en richesses. (Don
Watkins)
- La seule chose que le socialisme ait jamais faite pour les pauvres est leur donner beaucoup de compagnie. (Lawrence W. Reed)
- Quand on me dit : "le capitalisme
n'aime pas les pauvres", je réponds, c'est vrai, nous voulons en faire
des riches. Ce sont les socialistes qui en ont besoin comme clientèle. (Daniel Hannan)
- Nous, on créera l'internationale de la justice et de la paix. On
éradiquera le capital et tout le monde sera pauvre, mais la pauvreté
n'est-elle pas notre seule dignité ? Celui qui donne ce qu'il n'a pas
est mille fois plus digne que celui qui ne donne pas ce qu'il a. (Oskar Freysinger, Antifa, 2011)
- La pauvreté n'a pas de cause. La pauvreté est l'état naturel de
l'homme ! (...) La bonne question est : quelles sont les causes de la
richesse ? (Armando de la Torre)
- Aucun groupe humain n'est condamné à la pauvreté, sinon par son régime politique et ses politiciens. (Jean Bæchler)
- Un homme n’est pas pauvre parce qu’il n’a rien, mais parce qu’il ne travaille pas. (Montesquieu, De l'Esprit des Lois, XXIII, 29)
- C'est un très grand malheur que d'être pauvre, mais ce malheur est
bien plus grand lorsqu'on n'est entouré que de pauvres comme soi. A
défaut de richesses pour soi, on doit en souhaiter pour les autres. Un
indigent a infiniment plus de moyens de gagner sa vie et de parvenir à
l'aisance s'il se trouve au milieu d'une population riche, que s'il
n'est entouré que de pauvres comme lui... Loin donc que les intérêts du
pauvre et ceux du riche soient opposés entre eux, comme on le trouve
établi dans les livres de la vieille politique, et journellement répété
par l'ignorance, on peut affirmer qu'ils sont exactement les mêmes. (Jean-Baptiste Say, Cours complet d'économie politique, 1828)
- Les pauvres sont devenus gras et heureux, les riches se sont
appauvris. C’est pour ça que nous sommes dans un tel pétrin. Tout le
monde veut être pauvre, parce que ça présente tellement d’avantages ! (Jude Wanniski)
Informations complémentaires
Notes et références
Bibliographie
- 1984, Gertrude Himmelfarb, "The Idea of Poverty", New York: Knopf
- 1996, Michael Tanner, "The End of Welfare: Fighting Poverty in the Civil Society", Washington, DC: Cato Institute
- Extraction d'un chapitre en 2002, "Ending Welfare as We Know It", In: David Boaz, dir., "Toward liberty. The idea that is changing the world: 25 years of public policy", Washington DC: Cato Institute, pp111-124
- 2001, Michael W. Cox, Proof That a Free Market System Enriches the Poor, Journal of Private Enterprise, Volume 16
- 2009, Arnold Kling,
Nick Shulz, "From Poverty to Prosperity: Intangible Assets, Hidden
Liabilities, and the Lasting Triumph Over Scarcity", New York: Encounter
Voir aussi
Liens externes
https://www.wikiberal.org/wiki/Pauvret%C3%A9
A-2) - Commerce
Le commerce désigne l'échange
de biens et de services entre deux partenaires en contrepartie d'une
somme d'argent (le prix). Dans cette opération, le vendeur fournit le
bien ou le service à l'acheteur qui lui paye le prix en contrepartie. Le
développement du commerce a renforcé la nécessité de régler les
différends entre co-échangeurs. Les contrats privés sont passés sous
l'autorité de l'État, transformant le droit privé en bien public, par
l'intermédiaire de la justice. Cependant, la résurgence des idées
libertariennes prolifiques durant ces trente dernières années et la mise
en cause des fonctions régaliennes de l'État posent la question de l'ontologie de la loi privée.
D'après Hayek,
la première forme connue de commerce serait née à Çaytal Huyuk, en
Anatolie, bien avant l’ère antique, près de 2900 ans avant J.-C.
Importance du commerce dans les contextes historiques et modernes
Le commerce revêt une importance cruciale, à la fois dans l'histoire
et dans le monde contemporain, influençant de manière significative
l'évolution de nos sociétés et de nos économies. Voici quelques-unes des
raisons pour lesquelles le commerce est si fondamental :
1. Moteur de l'économie : le commerce est un moteur essentiel de
l'activité économique. Il stimule la production, la distribution, et la
consommation de biens et de services. L'ampleur du commerce peut
déterminer la croissance économique d'un pays ou d'une région.
2. Création de richesse : le commerce crée de la richesse en
reliant des personnes et des marchés. Il permet aux individus et aux
entreprises de générer des revenus, des profits, et d'améliorer leur
situation financière.
3. Diversité culturelle : le commerce favorise les échanges
culturels. Lorsque les biens et les idées se déplacent à travers les
frontières, ils apportent avec eux des éléments de diverses cultures.
Cela contribue à enrichir la diversité culturelle.
4. Réduction de la pauvreté : le commerce international peut
aider à réduire la pauvreté en créant des opportunités d'emploi, en
stimulant le développement économique, et en augmentant les revenus.
5. Innovation : le commerce favorise l'innovation. La compétition
sur les marchés mondiaux pousse les entreprises à innover, à améliorer
la qualité de leurs produits et à réduire les coûts.
6. Interdépendance mondiale : dans un monde de plus en plus
interconnecté, le commerce est au cœur de l'interdépendance économique
entre les nations. Les chaînes d'approvisionnement mondiales et les
échanges internationaux de biens et de services sont devenus
inextricablement liés.
7. Défis et opportunités : le commerce peut également engendrer
des défis, notamment en matière de régulation, de commerce équitable,
d'environnement, et de droits de l'Homme. Néanmoins, il offre aussi des
opportunités de collaboration et de développement durable.
Les commerces présentés comme illégaux
Le libertarianisme,
en tant que philosophie politique, remet en question de nombreuses
interdictions étatiques, y compris celles liées à certains types de
commerce jugés illégaux par la plupart des gouvernements. Parmi les
domaines commerciaux controversés qui suscitent des débats parmi les
libertariens, on trouve :
1. Drogues :
les libertariens soutiennent souvent la légalisation de la plupart,
voire de toutes les drogues, en se basant sur le principe de la liberté individuelle.
Ils estiment que les adultes devraient avoir le droit de consommer ce
qu'ils veulent, tant qu'ils ne causent pas de tort à autrui. La guerre
contre la drogue est souvent critiquée pour ses conséquences négatives,
telles que l'augmentation du trafic illégal.
2. Vente d'organes :
certains libertariens remettent en question l'interdictions de vente
d'organes, soutenant que cela pourrait encourager les dons d'organes et
sauver des vies. Ils affirment que l'interdiction actuelle crée un
marché noir et met en danger ceux qui ont besoin d'une transplantation.
3. Armes :
les libertariens sont généralement favorables au droit de posséder des
armes, soutenant que cela fait partie de la défense de soi-même et de
ses biens. Ils s'opposent aux restrictions excessives sur la possession
d'armes, considérant que cela va à l'encontre des droits individuels.
4. Prostitution :
de nombreux libertariens plaident en faveur de la légalisation de la
prostitution, considérant que les adultes ont le droit de choisir leur
propre travail. Ils soutiennent que la réglementation de cette
profession peut la rendre plus sûre pour les personnes qui l'exercent.
5. Contrebande : le commerce de produits de contrebande, tels que
des biens illégaux ou contrefaits, est également un domaine qui soulève
des questions parmi les libertariens. Certains estiment que la
prohibition et les lourdes peines pour la contrebande ne font que créer
un marché noir lucratif.
En effet, dès qu'il y a consentement entre vendeur et acheteur et absence de coercition, l’État ne devrait pas intervenir. Son intervention pour punir ces crimes sans victimes n'aboutit qu'à une violence
contre les individus et un gâchis de ressources. L'illégalité de ces
commerces ne mène jamais à leur disparition (car la demande ne disparaît
jamais), mais bien plutôt à l'apparition de trafics très fructueux :
effet pervers du paternalisme d’État, tout se passe comme si la prohibition servait les intérêts des trafiquants et augmentait leurs bénéfices.
Citations
- C’est la nature du commerce de rendre les choses superflues utiles et les utiles nécessaires (L'Esprit des Lois, XX,23)
- Montesquieu
- L’histoire du commerce est celle de la communication des peuples (L'Esprit des Lois, XXI,5)
- Montesquieu
- La guerre et le commerce ne sont que deux moyens différents
d'arriver au même but, celui de posséder ce que l'on désire. Le commerce
n'est pas autre chose qu'un hommage rendu à la force du possesseur par
l'aspirant à la possession. C'est une tentative pour obtenir de gré à
gré ce que l'on n'espère plus conquérir par la violence. Un homme qui
serait toujours le plus fort n'aurait jamais l'idée du commerce. C'est
l'expérience qui, en lui prouvant que la guerre, c'est-à-dire l'emploi
de sa force contre la force d'autrui, est exposée à diverses résistances
et à divers échecs, le porte à recourir au commerce, c'est-à-dire au
moyen plus doux et plus sûr d'engager l'intérêt des autres à consentir à
ce qui convient à son intérêt. La guerre est donc antérieure au
commerce : l'une est l'impulsion d'un désir sans expérience, l'autre le
calcul d'un désir éclairé. Le commerce doit donc remplacer la guerre ;
mais en la remplaçant il la décrédite, et la rend odieuse aux nations.
- Benjamin Constant, Commentaire sur l'ouvrage de Filangieri
- Le principe de liberté commerciale n’est pas basé sur l’utilité mais sur la justice.
- Edmund Burke
Bibliographie
- 1996,
- Tom W. Bell, "Virtual Trade Dress: A Very Real Problem", University of Maryland Law Review, Vol 56
- Shannon Kathleen O'Byrne, Economic Justice and Global Trade: An
Analysis of the Libertarian Foundations of the Free Trade Paradigm,
American Journal of Economics and Sociology, Vol. 55, No. 1 (Jan.), pp.
1-15
- 1997,
Karen Clay, “Trade Without Law: Private-Order Institutions in Mexican
California”, Journal of Law, Economics, and Organization, Vol 13(1),
pp202-231
Voir aussi
https://www.wikiberal.org/wiki/Commerce
A-3) - Innovation
L'innovation
est un concept qui est malheureusement largement confondu dans le
langage grand public avec celui de l'invention. Or, ces deux termes
complémentaires sont strictement bien différents. L'invention se
rattache à la création d'un produit ou d'une idée. L'invention
technologique est brevetable, celle des idées ne l'est pas. Depuis Joseph Schumpeter, dans son ouvrage, Capitalisme, socialisme et démocratie,
nous savons que ce ne sont pas les inventions mais les innovations qui
engendrent le développement économique. L'innovation peut être
interprétée comme l'application économique et discursive[1] d'une invention ou d'une novation d'idées. Ainsi, l'innovation est un concept beaucoup plus large que celui de l'invention.
La théorie évolutionniste de l'innovation
Selon la théorie évolutionniste du sentier de dépendance,
le développement de la science et de la technologie est intégré dans
des contextes d'utilisation spécifiques qui déterminent la direction et
le calendrier de l'innovation. Les inégalités entre les chemins
d'apprentissage dans les différents domaines d'expertise technologiques
génèrent différentes structures de coûts et, a fortiori, produisent de
l'incertitude dans l'adoption et le développement des nouvelles technologies. La littérature économique sur l'innovation[2] a identifié le phénomène du processus de l'innovation, qui tout en se développant, s'inscrit comme un « modèle dominant ».
E. Rogers considère que la diffusion d’une innovation dans une population suit le tracé d'une loi normale[3]. Le segment des récepteurs précoces est essentiellement composé de leaders d’opinion.
En général, les premiers early adopters correspondent à 16 % de la
population. Il y a alors de fortes pressions à la conformité avec
celui-ci qui s'exercent sous formes de fortes pressions psychologiques
(initié par des groupes dominants) et par des pressions sociales
(acquisition de légitimité de l'innovation). Les théoriciens
néo-institutionnels de l'organisation (Paul DiMaggio et Walter Powell[4])
indiquent qu'il existe des pressions vers un isomorphisme, c'est-à-dire
une similarité de comportements et de stratégies au sein des
entreprises qui composent l'industrie. Trois types de forces
occasionnent cette similarité.
- L'isomorphisme coercitif : les sanctions sociales ou les lois
ont un effet exogène qui imposent une certaine forme de structure et de
stabilité. Les entreprises au sein de l'industrie adoptent des
structures et des comportements similaires en réponse à cette coercition
partagée.
- L'isomorphisme mimétique : les entreprises observent la structure et
la performance de l'autre (par exemple, par une analyse comparative).
Les entreprises qui réussissent au sein de l'industrie adoptent des
structures et des comportements similaires parce qu'elles tentent de
copier les succès de leurs rivaux, souvent en réponse à des
environnements avec des incertitudes élevées.
- L'isomorphisme normatif : les valeurs sont socialisées à travers les
organisations en dehors des entreprises (par exemple, par les
associations professionnelles) pour encourager l'adoption de
caractéristiques structurelles sélectionnés. Les entreprises au sein de
l'industrie adoptent des structures et des comportements similaires
parce que leurs gestionnaires adhèrent aux valeurs et aux normes
professionnelles partagées par les responsables d'autres entreprises
(fournisseurs, clients, concurrents, et les organismes publics et
para-public de réglementation).
Les formes de l'innovation
Selon Joseph Schumpeter, l'innovation est un processus de destruction créatrice, donnant l'impulsion fondamentale au développement économique. Il a fourni les cinq cas suivants du concept de l'innovation :
- (1) Un nouveau bien ou une nouvelle qualité d'un produit
- (2) De nouvelles méthodes et procédés de production et de distribution
- (3) L'ouverture d'un nouveau marché
- (4) De nouvelles ressources
- (5) De nouvelles formes d'organisation
L'innovation est un processus de création destructrice. Elle a un
effet déstabilisant sur l'économie et sur l'emploi en affaiblissant
l'attractivité d'autres produits ou services. Jean Fourastié, en 1963, dans son livre, Le grand espoir du XXe siècle, tout comme Alfred Sauvy[5], présentant sa théorie du déversement,
montrèrent que le progrès technique est la source de la croissance
économique et de la création d'emplois. L'innovation fait certes
disparaître des entreprises, des procédés de production et des métiers
qui y sont liés. Mais en même temps, elle fait apparaître de nouvelles
entreprises, de nouveaux procédés, de nouveaux métiers et de nouveaux
emplois[6].
Dans l'histoire de l'humanité, l'innovation a toujours été globalement
créatrice nette d'emplois. L'innovation est un moteur très important
lors de [[la naissance des technologies du XXe siècle]].
Dans le cas de l'innovation de rupture (par exemple, les fibres
synthétiques, les lampes à incandescence, le micro-ordinateur), une
véritable création est à l'origine de l'innovation. Mais dans d'autres
cas, il peut s'agir d'une simple modification d'un produit ou d'un
procédé. Certaines innovations proviennent d'une transposition et d'une
adaptation d'une technologie appliquée dans une autre industrie. Par
exemple, le système de freinage de la navette spatiale européenne fut
adapté à l'industrie automobile pour la conception des freins ABS.
Alliée à une politique marketing,
l'innovation permet de relancer un produit, voire un métier. Par
exemple, la société Microsoft lance sur le marché tous les deux ans une
nouvelle version d'exploitation Windows.
Pour un entrepreneur, la recherche de l'innovation est une recherche d'un avantage concurrentiel durable en saisissant des opportunités. Sur un marché en concurrence, voire en hypercompétition, l'innovation fournit à l'entreprise un monopole provisoire. Ce monopole
est temporaire car le marché en concurrence va faire émerger tôt ou
tard un autre entrepreneur qui va mettre au point, à son tour, une
innovation pour attirer les mêmes acheteurs. Il serait illusoire de
considérer que l'origine de l'innovation provient toujours du côté de
l'entreprise et des ingénieurs. Eric Von Hippel
a montré l'importance des consommateurs et des groupes de communautés
d'utilisateurs qui ont un rôle important dans l'innovation.
Empiriquement, on observe que l'innovation débouche sur un
raccourcissement de la durée de vie des produits et à la prolifération
des segments d'un même produit. Par exemple, l'entreprise ne fabrique
plus un meuble pour s'asseoir, elle fabrique des canapés, des fauteuils,
des chaises, des poufs, etc, en différentes couleurs et en différents
designs. La production se complexifie sur des unités de produits de plus
en plus nombreuses posant des problématiques sur l'effet d'expérience,
les économies d'échelle et l'effet d'apprentissage.
Les efforts d'investissement pour l'innovation
L'innovation repose généralement sur un effort de recherche et
développement (R & D) dépendant de la recherche fondamentale
(nouvelles connaissances théoriques), de la recherche appliquée
(application nouvelle de connaissances théoriques) et du développement
(prototypage de produits). Au niveau d'un pays, on prend souvent
l'habitude d'analyser le niveau d'innovation prospective en fonction de
certains critères (dépenses de recherche en pourcentage du PIB, nombre
de chercheurs pour 1000 actifs ou nombre de brevets déposés).
La part des dépenses de recherche en pourcentage du PIB se situe
pour les pays développés entre 2 et 3 % du PIB. La France est légèrement
au-dessus du niveau de 2 %, devancée par l'Allemagne, les États-Unis et loin derrière le Japon caracolant en tête avec presque 3 % du PIB consacré aux dépenses de recherche.
En comparaison, également, le nombre de chercheurs varie de 5 à 10 pour mille pour l'ensemble des pays développés. La France et l'Allemagne ont presque le même niveau (6 pour 1000), largement dépassés par les États-Unis ou le Japon (entre 9 et 10 pour mille).
Les Japonais déposent 30 fois plus de brevets que les Français.
La réussite de l'innovation dans une organisation implique la présence de ressources de capacités ce qui en fait un avantage concurrentiel durable. Ces ressources proviennent de la flexibilité des structures, donc de la complémentarité ou de la substituabilité du capital, l'efficacité de ses systèmes d'information et de décision, et de son organisation entrepreneuriale (mise en confiance des intrapreneurs).
Le financement de l'innovation est avancé souvent comme le
premier obstacle à l'innovation. Quelquefois, le regroupement
d'entreprises en coopétition[7](entreprises
en concurrence directe) ou des alliances inter-entreprises avec des
partenaires verticaux (clients, fournisseurs) permet une coopération en
recherche et développement afin de partager des charges qui ne seront
rentabilisées qu'à moyen terme. Certaines entreprises collaborent avec
les laboratoires de recherche financés par les impôts. Diverses
solutions sont présentes pour faire face au coût de l'innovation. En
France, l'ANVAR a pour mission de faciliter l'innovation en apportant
aux entreprises des financements avantageux. Les aides régionales et les
autres aides publiques sont généralement assez présentes dès l'amorce
de l'innovation. L'Etat
encourage l'innovation par sa politique de crédit d'impôt-recherche en
défiscalisant les charges dues à la recherche. Mais dans le secteur
privé, d'autres moyens financiers peuvent intervenir, comme les fonds de
capital risque ou les sociétés d'amorçage. Cette préoccupation des
charges financières sur la pratique de l'innovation est, certes,
légitime, mais elle fait oublier qu'il n'existe pas d'innovation sans
une organisation entrepreneuriale et une mémoire organisationnelle,
c'est-à-dire sans un esprit d'innovation créé et maintenu au sein de
l'organisation et au travers d'un écosystème d'innovations[8] pour maintenir sans cesse en place des innovateurs.
L'innovation entrepreneuriale au sens autrichien
L'innovation entrepreneuriale ne se produit pas nécessairement à
cause de divergences entre la quantité demandée par les consommateurs et
la quantité fournie par les entreprises sur le marché de façon globale
et agrégative. L'innovation se produit parce que certains entrepreneurs
estiment (ou imaginent[9])
qu'il existe des opportunités encore inexploitées, comme par exemple
des écarts de prix entre produits substituables, par combinaison de
produits complémentaires ou par l'apport de technologies[10]
ou de nouveaux designs à certains produits ou services. Ces lacunes
sont potentiellement précieuses et sont considérées avoir de la valeur
aux yeux des acheteurs. Les entrepreneurs créent de la valeur en
comblant ces lacunes. Cette notion se distingue de l'invention car un
inventeur recombine des connaissances anciennes et crée de nouvelles
connaissances. L'innovateur n'a pas obligatoirement conscience de
convertir des connaissances dans une forme d'économiquement utile. Sa
problématique n'est pas d'ordre épistémologique, même si elle en induit
des conséquences. L'entrepreneur
ne se considère pas comme un révolutionnaire qui a inventé une idée
géniale. Il peut l'exprimer, certes, mais c'est en appliquant son idée
qu'il devient génial, non pas en l'imaginant. Bien souvent,
l'entrepreneur innovant se contente de combiner des idées existantes, de
tester des expériences banales, et de saisir les connaissances locales
pour créer des biens économiques.
La théorie de l'innovation autrichienne[11]
intègre la connaissance, l'expérience et l'importance de la liberté
dans la création de toute nouvelle catégorie conceptuelle et dans les
initiatives entrepreneuriales fondamentalement innovantes. Pour
Friedrich Hayek, l'être humain est capable de voir plus que ce qu'il ne
voit. On est capable de voir ce que l'on est prêt à voir, c'est-à-dire
que nous pouvons percevoir des phénomènes sensoriels, seulement si nous
avons classé préalablement les données dans des catégories abstraites et
souvent implicites qui nous sont parvenues physiologiquement. Il s'agit
du processus d'apprentissage par l'utilisation de catégories
préalablement créées. Cependant, l'être humain est aussi génétiquement
doté d'une capacité d'innovation par la création de nouvelles catégories
ou par le déplacement des données d'une catégorie à une autre, ce qui
est souvent le cas lorsqu'on tente de résoudre des anomalies ou des
énigmes, ou lorsqu'on se pose la question de savoir si un nouveau
produit rencontrera son public. La nouvelle conscience perceptive
nécessaire pour les nouvelles pistes de découverte crée, à son tour, une
nouvelle catégorisation et de nouveaux horizons de perception. Cette innovation nécessite souvent non seulement la liberté de curiosité épistémique,
mais aussi la liberté d'action afin d'être en mesure d'essayer
différentes possibilités perceptives, d'une quantité numériquement
infinie.
Dans la plupart des modèles théoriques de l'innovation, la
structure temporelle des processus d'innovation est systématiquement
ignorée. La production et l'innovation semblent être des actes
simultanés. Pour l'École autrichienne,
la dimension temporelle et évolutionniste de l'innovation est très
importante. L'innovation suppose un processus séquentiel
d'apprentissage, d'essais et d'erreurs, de plans de révisions, d'échecs
de coordination et d'ajustement dynamique des processus. L'innovation
est fondamentalement un processus de découverte et de création de
ressources.
Erreur courante : l'innovation accroît le chômage
Cette erreur est largement répandue, y compris chez les « élites dirigeantes ». Par exemple un homme politique a déclaré :
- « Notre économie connaît des problèmes structurels attribuables
au fait que beaucoup d’entreprises ont compris qu’elles peuvent être
plus efficaces avec moins de travailleurs. Quand on va à la banque, on
utilise le guichet automatique, on ne va pas au comptoir. À l’aéroport,
on utilise la billetterie électronique plutôt que de s’enregistrer au
comptoir. » (Barack Obama sur NBC en juin 2011)
Les innovations font disparaître certains emplois (en général peu
qualifiés), mais elles en créent d'autres : il faut des ingénieurs pour
les concevoir, des usines pour les produire et des travailleurs pour les
mettre en œuvre. Refuser le progrès, c'est refuser que la productivité
puisse être améliorée, et par conséquent que les coûts et les conditions
de vie des gens puissent s'améliorer (une pensée aussi rétrograde est
d'ailleurs une des motivations du protectionnisme : la volonté de maintenir coûte que coûte la situation présente).
Citations
- L’innovation est un produit de la liberté, elle est par nature
implanifiable, et c’est ça précisément qui excite la férocité
réglementaire, taxatrice ou castratrice des pouvoirs publics. (Olivier Méresse[12])
- Le pari de l’innovation s’inscrit dans la nature même de toute
activité économique. Une activité économique est une activité de
création de richesses, donc une activité de création. L’innovation,
parce qu’elle crée des nouvelles connaissances qui s’additionnent aux
connaissances existantes, est par essence une activité économique comme
l’activité de création de richesses est par essence une activité
d’innovation. (Jean-Louis Caccomo)
- L'innovation d’un pays est l'expression d'une culture capable de
protéger et d'inspirer l'individualisme, l'imagination, la compréhension
et l'expression de soi. (Edmund Phelps, Mass Flourishing, 2013)
- Réaliser quelque chose de différent, voilà ce qui est vraiment bon
pour la société, et c’est aussi ce qui permet à une entreprise
d’engranger des profits en monopolisant un nouveau marché. Les meilleurs
projets seront aussi sans doute ceux qui seront négligés, ceux que la
foule ne claironnera pas haut et fort ; les meilleurs problèmes sur
lesquels travailler sont souvent ceux que personne d’autre ne tente même
de résoudre. (Peter Thiel, De zéro à un)
Informations complémentaires
Notes et références
* Thèse également soutenue par la théorie de la traduction de M. Akrich, M. Callon et B. Latour, 1987, «A quoi tient le succès des innovations?», Gérer et comprendre, n°11, pp4-18, n° 12, pp14-30
- 1986,
M. Callon, "Éléments pour une sociologie de la traduction. La
domestication des coquilles Saint-Jacques dans la Baie de Saint-Brieuc",
L’Année sociologique, Vol 36, pp169-208
- 1975, W.J. Abernathy et J. M. Utterback, "A dynamic model of process and product innovation", Omega, Vol 3, n°6, pp639-656
- 1985, W. J. Abernathy et K. B. Clark, "Innovation: Mapping the winds of creative destruction", Research Policy, Vol 14, pp3-22
Pour une critique de cette conception de la diffusion d'une inovation :
- J. Bayer, N. Melone, 1989,
"A critique of diffusion theory as a managerial framework for
understanding adoption of software engineering innovations", Journal of
Systems and Software, 9(2), pp161-166
Paul DiMaggio et Walter W. Powell, 1983, "The iron cage revisited: Institutional isomorphism and collective rationality in organizational fields", American Sociological Review, n°48, pp147-160
* Alfred Sauvy, 1980, La machine et le chômage, Dunod
Benjamin Fairless, "More Machines Mean More Jobs", The Freeman, Mai, Vol 5, n°5
A. O’Donnell, D. Carson, A. Gilmore, 2002, "Competition and Co-operation between Small Firms and Their Competitors”, Journal of Research in Marketing and Entrepreneurship, Vol 4, n°1, pp7-15
C. Freeman, 1991, "Networks of innovators: A Synthesis of Research Issues", Research Policy, vol 20, pp499-514
G. Morgan, 1993, "Imaginization: The Art of Creative Management", London: Sage
Randall Holcombe
examine le cas de la souris sans fil, qui n'a pas vu le jour parce que
ce produit était trop demandé ou sous-approvisionné, mais parce que
quelqu'un a remarqué l'écart entre la technologie sans fil et les
innovations complémentaires, et il s'est dépêché de remplir cet écart. Randall Holcombe, 2008, Entrepreneurship and Economic Growth, In: Benjamin Powell,
dir., Making Poor Nations Rich: Entrepreneurship and the Process of
Economic Development. Stanford: Stanford Economics and Finance and the
Independent Institute, p66
La théorie cognitive de Friedrich Hayek a été longtemps et souvent négligée. Elle est issue de son ouvrage en psychologie, The Sensory Order, qui traite, comme son nom l'indique, de l'ordre sensoriel, c'est-à-dire de la perception et de la catégorisation des données à partir d'un ordre physiologique et cognitif
Bibliographie sur l'innovation
Liens externes
https://www.wikiberal.org/wiki/Innovation
A-4) -Liberté individuelle
La liberté individuelle
est un concept fondamental dans les sociétés démocratiques qui
reconnaît les droits et les possibilités des individus à exercer leur
autonomie, à prendre des décisions et à mener leur vie selon leurs
propres choix. Elle englobe la capacité de penser librement, de
s'exprimer, de pratiquer sa religion, de choisir son mode de vie, et
d'agir sans interférence excessive de l'État ou d'autres entités.
Fondements de la liberté individuelle
La liberté individuelle : pilier fondamental des sociétés démocratiques
La liberté individuelle est considérée comme l'un des piliers
fondamentaux des sociétés démocratiques. Elle garantit aux citoyens la
possibilité de participer activement à la vie politique, sociale et
économique, tout en respectant les droits et les libertés des autres. La
liberté individuelle favorise l'épanouissement personnel, l'innovation,
la diversité et la pluralité des idées, ainsi que la créativité et le
progrès.
Effectivement, la liberté individuelle est largement reconnue
comme l'un des piliers fondamentaux des sociétés démocratiques. Voici
quelques raisons qui expliquent pourquoi elle revêt une telle
importance :
1. Respect des droits humains : la liberté individuelle garantit
le respect des droits humains fondamentaux tels que la liberté
d'expression, la liberté de pensée, la liberté de conscience, la liberté
de religion et la liberté de réunion pacifique. Ces droits sont
essentiels pour permettre à chaque individu de s'exprimer, de vivre
selon ses convictions personnelles et de participer pleinement à la vie
publique.
2. Autonomie et dignité humaine : la liberté individuelle
reconnaît la dignité inhérente à chaque être humain et lui confère le
droit d'exercer son autonomie. Elle permet à chacun de prendre des
décisions concernant sa vie, ses choix personnels, sa carrière, sa vie
familiale, sa santé, etc. Elle garantit également le droit à l'intégrité
physique et à la protection de la vie privée.
3. Participation démocratique : la liberté individuelle est un
prérequis essentiel pour la participation démocratique. Elle permet aux
citoyens de s'engager politiquement, de former et de rejoindre des
associations, de débattre des idées, de critiquer le gouvernement et de
participer aux élections. La liberté d'expression et la liberté de la
presse sont particulièrement importantes pour garantir un débat public
libre et ouvert, ainsi que pour assurer la responsabilité et la
transparence des institutions gouvernementales.
4. Innovation et progrès : la liberté individuelle favorise
l'innovation et le progrès dans tous les domaines de la société. En
permettant aux individus de poursuivre leurs idées, leurs talents et
leurs ambitions, elle encourage la créativité, l'entrepreneuriat et le
développement de nouvelles solutions aux problèmes sociaux, économiques
et technologiques.
5. Tolérance et diversité : la liberté individuelle encourage la
tolérance et la diversité en reconnaissant que chaque individu a le
droit d'avoir ses propres convictions, sa propre identité culturelle et
ses propres choix de vie. Elle favorise la coexistence pacifique des
différences et la reconnaissance mutuelle des droits et des libertés de
tous les individus.
En conclusion, la liberté individuelle est un pilier fondamental
des sociétés démocratiques car elle garantit le respect des droits
humains, permet l'autonomie et la dignité humaine, favorise la
participation démocratique, stimule l'innovation et le progrès, et
encourage la tolérance et la diversité. Elle constitue ainsi un élément
essentiel pour la construction de sociétés justes, égalitaires et
respectueuses de la dignité de chaque individu.
L'origine historique de la liberté individuelle
La promotion de la liberté individuelle remonte à l'Antiquité, lorsque des philosophes grecs comme Socrate et Aristote ont développé des idées sur l'autonomie et la dignité humaine. Au fil de l'histoire, des penseurs tels que John Locke, Voltaire et John Stuart Mill ont formulé des théories sur les droits naturels et les libertés individuelles.
Plusieurs événements historiques ont également contribué à la
reconnaissance et à la promotion de la liberté individuelle, notamment
la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789, la
Constitution des États-Unis d'Amérique et la Charte des droits et
libertés de la personne dans de nombreux pays. Ces documents ont établi
des protections juridiques pour garantir les droits fondamentaux et la
liberté individuelle des citoyens.
L'origine historique de la liberté individuelle remonte à
plusieurs siècles et est influencée par divers courants de pensée et
événements historiques. Voici quelques points clés de son évolution
historique :
1. Philosophie grecque et romaine : les philosophes grecs et romains de l'Antiquité, tels que Socrate, Platon, Aristote et Cicéron,
ont posé les bases de la réflexion sur la liberté individuelle. Ils ont
exploré des concepts tels que l'autonomie, la volonté libre et la
dignité humaine, jetant ainsi les fondements philosophiques de la
liberté individuelle.
2. Magna Carta (1215) : la Magna Carta, un document historique signé en 1215
en Angleterre, a jeté les bases de la primauté du droit et a limité le
pouvoir arbitraire du monarque. Bien que ses dispositions initiales
étaient davantage destinées à protéger les droits des barons, elle a
ouvert la voie à une reconnaissance plus large des droits individuels.
3. Les Lumières : au XVIIIe siècle, le mouvement des Lumières a joué un rôle majeur dans la promotion de la liberté individuelle. Des penseurs tels que John Locke, Montesquieu, Voltaire et Rousseau
ont développé des idées sur les droits naturels, la séparation des
pouvoirs, la liberté de pensée et d'expression, et ils ont critiqué les
abus de pouvoir.
4. Révolutions américaine et française : les révolutions
américaine (1775-1783) et française (1789-1799) ont été des moments clés
dans l'histoire de la liberté individuelle. La Déclaration
d'indépendance des États-Unis (1776) a proclamé que tous les individus
sont dotés de droits inaliénables, tels que la vie, la liberté et la
poursuite du bonheur. La Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen
en France (1789) a énoncé les principes de liberté, d'égalité et de
fraternité.
5. Déclarations et chartes des droits : au cours des XIXe et XXe
siècles, de nombreux pays ont adopté des déclarations et des chartes
des droits qui reconnaissent la liberté individuelle comme un droit
fondamental. Parmi les exemples notables, citons la Déclaration
universelle des droits de l'Homme des Nations unies (1948), la
Convention européenne des droits de l'Homme (1950) et la Charte des
droits et libertés de la personne du Québec (1975).
Ces événements et courants de pensée ont contribué à façonner la
conception moderne de la liberté individuelle, en reconnaissant les
droits et les libertés fondamentaux des individus, et en limitant le
pouvoir des gouvernements et des autorités. La lutte pour la liberté
individuelle est un processus continu et des mouvements et débats se
poursuivent pour garantir son respect et son application dans les
sociétés contemporaines. Aujourd'hui, la liberté individuelle est
considérée comme un droit fondamental et universel, et elle est protégée
par des lois nationales et internationales, telles que la Déclaration
universelle des droits de l'homme et le Pacte international relatif aux
droits civils et politiques.
En résumé, la liberté individuelle joue un rôle essentiel dans
les sociétés démocratiques, offrant aux individus la possibilité de
façonner leur propre destin, de contribuer à la société et de jouir de
leurs droits et de leurs libertés fondamentales. La promotion de la
liberté individuelle est un défi permanent qui nécessite une vigilance
constante pour préserver et renforcer ce droit essentiel dans nos
sociétés.
Les constituants de la liberté individuelle
A. Autonomie et libre arbitre
1. La capacité de prendre des décisions indépendantes : la
liberté individuelle repose sur la capacité des individus à exercer leur
libre arbitre et à prendre des décisions autonomes. Cela implique
d'être affranchi des contraintes et des influences extérieures qui
limitent notre capacité à agir selon notre propre jugement et nos
propres valeurs.
2. La responsabilité individuelle : la liberté individuelle
implique également la responsabilité personnelle. Les individus sont
responsables de leurs propres choix et de leurs actions, et doivent en
assumer les conséquences. La responsabilité individuelle contribue à la
préservation de la liberté en évitant la domination et en favorisant
l'autonomie.
B. Droits individuels et protection de la liberté
1. Les droits de l'Homme et les libertés civiles :
les droits individuels sont des droits inhérents à chaque personne,
indépendamment de facteurs tels que la race, la religion ou le sexe. Ils
incluent des droits fondamentaux tels que la liberté d'expression, la
liberté de religion, le droit à la vie privée et le droit à la
propriété. Ces droits sont essentiels pour préserver la liberté
individuelle et sont souvent protégés par les constitutions et les lois
nationales.
2. L'État de droit et la garantie des libertés individuelles :
l'État de droit est un principe fondamental qui implique que tous les
individus, y compris le gouvernement, sont soumis à la loi. Un État de
droit efficace garantit la protection des libertés individuelles en
établissant des mécanismes juridiques et judiciaires pour faire
respecter ces droits et pour limiter les abus de pouvoir. La présence
d'un système juridique indépendant et impartial contribue à maintenir
l'équilibre entre les droits individuels et les intérêts collectifs.
Les fondements de la liberté individuelle reposent sur des
principes tels que l'autonomie, la responsabilité individuelle, les
droits de l'homme et l'État de droit. Ces éléments sont essentiels pour
garantir la protection des libertés individuelles et pour permettre aux
individus de vivre une vie libre et épanouissante. La reconnaissance de
ces fondements est cruciale pour la préservation et la promotion de la
liberté individuelle dans les sociétés contemporaines.
Philosophies et théories de la liberté individuelle
A. Liberté naturelle et droits fondamentaux
1. John Locke et la théorie du contrat social : John Locke, philosophe du XVIIe
siècle, a développé la théorie du contrat social pour expliquer
l'origine de la liberté individuelle. Selon Locke, chaque individu naît
avec des droits naturels inaliénables tels que la vie, la liberté et la
propriété. Les gouvernements sont créés par un contrat volontaire entre
les individus pour protéger ces droits, et doivent être limités dans
leurs pouvoirs.
2. Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen : La
Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789, adoptée pendant
la Révolution française, a énoncé les principes fondamentaux de la
liberté individuelle. Elle reconnaît que tous les individus naissent
libres et égaux en droits, et garantit des droits tels que la liberté
d'expression, la liberté de religion et le droit à la propriété.
B. Liberté positive et liberté négative
1. Isaiah Berlin
et la distinction entre les deux concepts de liberté : le philosophe
Isaiah Berlin a proposé une distinction entre la liberté positive et la
liberté négative. La liberté positive se réfère à la capacité d'un
individu à réaliser son potentiel et à atteindre ses objectifs, tandis
que la liberté négative se réfère à l'absence de contraintes ou
d'interférences extérieures. Selon Berlin, les deux formes de liberté
sont importantes et doivent être équilibrées.
2. Les débats sur la nature de la liberté individuelle : la
question de savoir quelle forme de liberté est la plus importante a fait
l'objet de débats philosophiques et politiques. Certains soutiennent
que la liberté individuelle doit être comprise comme la liberté
négative, c'est-à-dire la non-ingérence de l'État dans la vie des
individus. D'autres soutiennent que la liberté positive est essentielle
pour permettre aux individus de réaliser leur plein potentiel et de
vivre une vie épanouissante.
Les débats sur la nature de la liberté individuelle continuent de
susciter réflexions et controverses dans les domaines de la philosophie
politique et de la théorie sociale. La compréhension de ces différentes
perspectives contribue à enrichir notre compréhension de la liberté
individuelle et de son rôle dans les sociétés contemporaines.
Limites et défis de la liberté individuelle
Les limites de la liberté individuelle
A. Les conflits entre libertés individuelles
1. Les dilemmes éthiques et les droits concurrents : dans
certaines situations, les droits et libertés individuelles peuvent
entrer en conflit les uns avec les autres. Par exemple, le droit à la
liberté d'expression peut être en opposition avec le droit à la vie
privée ou le droit à la sécurité. Dans de tels cas, il est nécessaire de
trouver un équilibre entre ces droits concurrents afin de préserver la
cohésion sociale et le bien-être commun.
2. La nécessité de trouver un équilibre entre les droits
individuels : la liberté individuelle ne peut être absolue et illimitée.
Dans une société démocratique, il est souvent nécessaire de limiter
certains droits individuels afin de garantir la protection et le respect
des droits d'autrui. Par exemple, la liberté d'expression peut être
restreinte pour prévenir les discours de haine ou la diffamation.
Trouver un juste équilibre entre les droits individuels est un défi
complexe, nécessitant des délibérations et des décisions basées sur des
principes éthiques et juridiques.
B. Les limites imposées par l'intérêt public
1. Les restrictions pour garantir la sécurité et le bien-être de
la société : la liberté individuelle peut être restreinte lorsque cela
est jugé nécessaire pour protéger la sécurité et le bien-être de la
société dans son ensemble. Par exemple, des lois sont en place pour
prévenir les comportements criminels, protéger la santé publique ou
réglementer certaines industries. Ces restrictions visent à maintenir un
équilibre entre la liberté individuelle et la nécessité de préserver
l'ordre social et la stabilité.
2. Les débats sur la légitimité de ces limites : les limites
imposées à la liberté individuelle soulèvent souvent des débats sur leur
légitimité et leur justification. Il existe des différences d'opinions
sur la manière dont les restrictions devraient être établies et
appliquées. Les questions de proportionnalité, d'équité et de
transparence sont essentielles dans l'évaluation des limites imposées à
la liberté individuelle.
Il est important de reconnaître que la liberté individuelle n'est
pas absolue, et qu'elle comporte des limites nécessaires pour préserver
l'harmonie sociale et les intérêts communs. Les conflits entre libertés
individuelles et les restrictions imposées dans l'intérêt public
soulèvent des questions complexes qui nécessitent un dialogue continu et
une réflexion éthique pour trouver un équilibre équitable entre les
droits individuels et les besoins collectifs de la société.
Les implications de la liberté individuelle dans différents domaines
A. La liberté d'expression et la liberté de pensée
1. Le pluralisme des idées et la liberté de débat : la liberté
d'expression et la liberté de pensée sont des composantes essentielles
de la liberté individuelle. Elles permettent la diversité des opinions,
la créativité intellectuelle et le progrès de la société. La possibilité
de s'exprimer librement et d'échanger des idées favorise le débat
démocratique, encourage la recherche de la vérité et renforce la
participation citoyenne.
2. Les défis liés à la censure et à la désinformation : malgré
l'importance de la liberté d'expression, il existe des défis tels que la
censure, la désinformation et la diffusion de discours haineux. La
protection de la liberté individuelle nécessite un équilibre délicat
entre la préservation du droit à la liberté d'expression et la lutte
contre les discours incitant à la violence ou à la discrimination. Les
sociétés démocratiques sont confrontées au défi de trouver des solutions
pour préserver la liberté d'expression tout en évitant les abus et les
conséquences néfastes.
B. La liberté économique et le libre marché
1. L'entrepreneuriat et la libre concurrence : la liberté
individuelle s'étend également au domaine économique. La liberté
économique implique la possibilité pour les individus de créer leur
propre entreprise, de prendre des décisions commerciales autonomes et de
participer à un marché concurrentiel. L'entrepreneuriat favorise
l'innovation, la croissance économique et offre aux individus des
opportunités de réaliser leur plein potentiel.
2. Les inégalités et les externalités négatives : les inégalités
économiques et les externalités négatives sont des conséquences
naturelles de la liberté économique. Lorsque les individus sont libres
de poursuivre leurs intérêts économiques, il peut y avoir des
différences de richesse entre eux. De plus, certaines activités
économiques peuvent avoir des effets indésirables sur l'environnement ou
les travailleurs. Cependant, la solution ne réside pas dans une
régulation excessive qui entrave l'initiative entrepreneuriale et la
croissance économique. Au contraire, une approche libérale préconise la
mise en place de mécanismes de régulation limités et ciblés pour
remédier aux externalités négatives, tout en préservant la liberté
d'entreprise et le dynamisme du marché. De plus, la promotion de la
liberté économique offre des opportunités pour tous les individus
d'améliorer leur condition et de prospérer, encourageant ainsi un
environnement favorable à l'innovation et à la création de richesse.
La liberté individuelle a des implications profondes dans divers
domaines de la vie sociale, politique et économique. Elle permet la
diversité des idées, encourage l'innovation, favorise la participation
citoyenne et offre des opportunités d'épanouissement personnel.
Cependant, elle nécessite également des efforts personnels et collectifs
pour faire face aux défis tels que la censure, la désinformation, les
inégalités économiques et les externalités négatives. La promotion et la
protection de la liberté individuelle restent des enjeux cruciaux pour
les sociétés démocratiques, nécessitant un effort constant afin de
promouvoir les droits individuels, facteurs de succès pour la réussite
des intérêts collectifs.
La protection et la promotion de la liberté individuelle
A. Les institutions et les mécanismes de protection des libertés individuelles
La sauvegarde de la liberté individuelle repose sur des
institutions et des mécanismes spécifiques qui garantissent le respect
des droits fondamentaux de chaque individu. Les constitutions, par
exemple, établissent les droits constitutionnels qui servent de socle
pour la protection des libertés individuelles. Ces droits garantissent
des domaines clés tels que la liberté d'expression, la liberté de
religion, la liberté de réunion et la liberté de la presse.
En plus des constitutions, il existe des organismes de
surveillance et des organisations de défense des droits qui jouent un
rôle crucial dans la protection des libertés individuelles. Ces entités
veillent à ce que les gouvernements et les institutions respectent les
droits des individus et enquêtent sur les éventuelles violations de ces
droits. Ils jouent un rôle essentiel dans la promotion d'une société
libre et juste.
B. Les défis contemporains pour la liberté individuelle
Dans un monde en constante évolution, de nouveaux défis émergent
pour la liberté individuelle. Les progrès technologiques, par exemple,
soulèvent des questions importantes concernant la vie privée. Les
technologies de surveillance, la collecte de données personnelles et
l'utilisation de l'intelligence artificielle peuvent potentiellement
porter atteinte à la liberté individuelle. Il est donc essentiel de
trouver une source de liberté afin de garder les avantages offerts par
ces avancées technologiques et de préserver la sphère privée des
individus.
De plus, les avancées scientifiques et technologiques posent des
défis éthiques importants. Chaque individu a le droit de prendre ses
propres décisions concernant l'utilisation de ces technologies. Les
dilemmes éthiques qui surgissent, tels que la modification génétique,
l'intelligence artificielle avancée et l'automatisation croissante,
doivent être abordés en tenant compte de la primauté de la liberté
individuelle.
Plutôt que de mettre en place des cadres réglementaires
restrictifs, les individus doivent être libres de choisir comment ils
utilisent ces avancées technologiques, tant qu'ils respectent les droits
et les libertés des autres. La responsabilité individuelle et la
conscience éclairée guideront les décisions prises dans ce domaine. Les
mécanismes du marché, tels que la concurrence et la responsabilité des
consommateurs, peuvent jouer un rôle dans la régulation et l'orientation
des pratiques technologiques.
La liberté individuelle et la responsabilité personnelle doivent
être les principes directeurs dans la gestion des défis éthiques liés
aux avancées scientifiques et technologiques. En permettant aux
individus de prendre des décisions informées et autonomes, nous
favorisons l'innovation, la diversité des choix et le progrès, tout en
préservant les droits et les libertés fondamentales de chaque personne.
Informations complémentaires
Bibliographie
- 1956, Walter Gellhorn, "Individual Freedom and Governmental Restraints", Baton Rouge: Louisiana State Uriiv. Press
https://www.wikiberal.org/wiki/Libert%C3%A9_individuelle
B) - Qu’est-ce que le capitalisme ?
Qu’est-ce que le capitalisme exactement, et qu’est-ce qu’il n’est pas ?
Ce chapitre propose une définition claire du capitalisme comme un système fondé sur la propriété privée, l’échange volontaire et le mécanisme des prix.
L’IMPÔT SUR LE REVENU ÉTAIT TEMPORAIRE. C’ÉTAIT EN 1914.
B-1) - Capitalisme
Le capitalisme est un système économique fondé sur la primauté du droit de propriété individuelle, en particulier de la propriété privée des moyens de production, et la libre concurrence. Le capitalisme est un régime économique et social dans lequel les capitaux, sources de revenus, appartiennent à un entrepreneur ou à un actionnaire (et n'appartiennent pas nécessairement à celles et ceux qui les mettent en valeur par leur travail, les salariés).
Est considéré comme capital
tout bien qui n'a pas été consommé immédiatement par son détenteur,
mais réservé à un usage futur, directement (simple stockage) ou
indirectement (conversion en un bien de production, capable par
combinaison avec plus ou moins de travail de générer des biens
nouveaux).
Le mot capitalisme (qui date du XVIIIe siècle) est popularisé par Karl Marx au milieu du XIXe siècle
et utilisé par lui avec une connotation péjorative. C'est plus d'un
siècle plus tard seulement que le mot sera revendiqué positivement,
notamment par Ayn Rand. Les définitions du capitalisme varient donc et, selon les cas (social-démocratie, démocratie libérale...) le capitalisme est plus ou moins dépendant du système politique et législatif en place, voire pas du tout dans le modèle anarcho-capitaliste. Au capitalisme libéral originel, on peut donc opposer de nombreux dévoiements.
Histoire du capitalisme
Il serait erroné de présenter l'histoire du capitalisme comme une « invention » récente, qui serait de plus typiquement occidentale, née de la « révolution industrielle » du XIXe siècle, comme certains le prétendent après Marx et Karl Polanyi,
confondant capitalisme et industrialisme. On en retrouve des prémices
auparavant, même si la généralisation du système capitaliste s'est faite
dans les sociétés occidentales modernes.
On cite l'économie de l'Empire mésopotamien (3360-312 avant J.-C.) comme un exemple de capitalisme précoce[1] : la Mésopotamie,
partie du monde pré-libérale et décentralisée (par opposition à
l'Empire égyptien, statique et centré sur la figure du Pharaon),
favorisait la petite propriété agricole, le commerce, l'artisanat, l'import-export (Afrique, Perse) et la banque
de prêt. Durant l'Antiquité gréco-romaine, les échanges commerciaux
sont restés très importants. Les premiers capitalistes furent les
propriétaires terriens, et le capital foncier circulait, s'échangeait,
s'accumulait. L'activité bancaire
elle-même est importante avec une technique bancaire romaine très
développée : dépôts (rémunérés ou non), virements, chèques, prêts, etc.[2]. Le droit de propriété est respecté et l'impôt
n'est conçu que comme une contrepartie de services rendus (usage d'un
lieu public, port, marché, route…) ou comme une contribution
exceptionnelle (dépenses militaires), l'impôt foncier n'existant pas
sous l'Empire romain et l'impôt direct ne concernant que les provinces conquises.
Les cités italiennes de la Renaissance comme Florence
voient apparaître aussi de nombreux prémices du capitalisme avec de
grandes innovations bancaires, et de fait une prospérité jamais vue.
Max Weber verra aussi dans le développement du protestantisme à partir du XVIe siècle le socle religieux indispensable au développement du capitalisme (voir l'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme).
C'est avec la révolution industrielle à partir de la fin du XVIIIe siècle et surtout au XVIIIe siècle que le capitalisme se développe et prend son importance jamais démentie depuis.
Mécanisme
Le capitalisme est basé sur le principe d'accumulation continue du
capital, sachant que celui-ci se déprécie au cours du temps. L'investissement permet l'augmentation et le renouvellement du capital. L'entreprise est le lieu central de cette accumulation.
Pour démarrer une entreprise, un investisseur (le capitaliste) fournit un capital
initial sous forme d'argent, d'apports physiques, matériel ou
immatériel. Cela va servir dans un premier temps à acheter ou louer les
moyens de production (machines, locaux, terrains, bureaux) ou rétribuer
des employés. La production de l'entreprise est propriété
du capitaliste, de même que le résultat des ventes réalisées par
l'entreprise. Le chiffre d'affaires doit servir à couvrir les coûts de
production et à procurer un profit au capitaliste et à ses associés (dividendes). Des parts de l'entreprise (actions) peuvent être vendues sur le marché, les nouveaux propriétaires deviennent actionnaires de l'entreprise et peuvent participer aux décisions ou recevoir leur part des dividendes.
Sont souvent considérées aussi comme « capitaux » des ressources immatérielles, notamment éducation, réseau social, propriété intellectuelle, etc. On parle parfois alors de capitalisme cognitif.
Les dévoiements du capitalisme
Capitalisme d'État
On appelle capitalisme d'État un régime où la propriété
n'est pas individuelle, mais collective : la richesse étant concentrée
entre les mains de responsables politiques censés ne pas s'en servir
pour eux, mais pour le compte de tous. En réalité, il s'agit pour les
hommes politiques de s'assurer une emprise sur la société civile à leur propre bénéfice :
- Comment se fait-il que des sociétés aussi différentes que les
cités grecques de l'âge du bronze (Knossos, Mycène ou Pylos), l'Empire
inca, la Russie soviétique, la Corée du Sud et maintenant la Chine aient
toutes abouti au capitalisme d’État ? La réponse implique de
reconnaître que le capitalisme d’État ne consiste pas à allouer
efficacement les ressources économiques, mais à maximiser le contrôle
politique sur la société et sur l'économie. Si les dirigeants de l’État
peuvent s’emparer de toutes les ressources productives et en contrôler
l'accès, cela maximise leur emprise, même s'il faut sacrifier
l'efficacité économique.[3]
Les deux capitalismes (d'État et privé) sont parfaitement compatibles, conduisant à un régime mixte (exemple : France).
Dans un capitalisme d'État appliqué de façon intégrale (contrôle
étatique de tous les moyens de production, comme ce fut le cas en URSS),
les travailleurs louent leur force de travail à une bourgeoisie
politique, qui contrôle les moyens de production. Le résultat, malgré
une propagande productiviste (stakhanovisme), est un appauvrissement
général (ils font semblant de nous payer, nous faisons semblant de
travailler).
Capitalisme de connivence
Dans le capitalisme de connivence (crony capitalism, corporatism) l'État soutient certaines entreprises, par corruption ou à des fins politiques.
Trois positions sur le capitalisme
Utilitarisme
Les utilitaristes de gauche et de droite, qui jugent le système à ses résultats sociaux, auront deux points de vue plus ou moins compatibles :
- pour les uns, le capitalisme produit des rapports entre riches et pauvres toujours plus déséquilibrés en termes de pouvoir et d'inégalités économiques, et une sclérose sociale. Il appartient alors au pouvoir politique de rétablir l'équilibre ;
- pour les autres (et parfois les mêmes), il résulte du capitalisme
une coopération générale qui inclut les générations passées et futures,
et un accroissement de production général qui bénéficie à tous. Une
interférence du pouvoir politique ne peut que perturber le système
économique et provoquer des pertes.
- selon leur sensibilité à l'un ou l'autre aspect, les utilitaristes préconiseront un arbitrage politique variable.
Libéralisme
Pour les libéraux,
le système ne doit pas être jugé (seulement) en termes d'utilitarisme,
mais surtout d'un point de vue moral : il appartient à chacun de
déterminer ce qu'il fait de son capital de départ, l'important est
d'assurer un bon départ. Les libéraux ne nient pas les rapports de
forces économiques, mais ils nient que l'on puisse les équilibrer ou les
résoudre : on peut seulement les déplacer avec une perte due à la prise
en compte de critères moins pertinents du point de vue de l'allocation
optimum des ressources, et sans garantir plus de justice sociale. Toute notion d'arbitrage est alors considérée comme un leurre.
Pour les libertariens, le capitalisme est un système économique qui est libéral dans la mesure où il respecte les droits individuels (droit naturel pour les jusnaturalistes). Comme le résume Xavier Prégentil, « en quoi la liberté d’entreprendre peut-elle gêner, en quoi la création de richesses et le service des besoins exprimés lèsent-ils qui que ce soit ? » .
Marxisme
L'analyse marxiste, développée par Marx à travers plusieurs ouvrages dont le plus connu, Le Capital, est que dans une société capitaliste, les prolétaires sont obligés de vendre leur force de travail pour subvenir à leurs besoins contre un salaire. Cette dépendance les placerait dans une situation d'exploitation (domination) par les capitalistes, propriétaires du capital, nécessaire à la valorisation de la force de travail des prolétaires. La force de travail seule ne produit pas de valeur, elle nécessite l'usage de capital, détenu par les capitalistes.
Pour les erreurs de cette analyse, voir les articles exploitation, plus-value, baisse tendancielle du taux de profit, salaire, marxisme, capitalisme libéral, etc.
Erreurs courantes
Le libéralisme et le capitalisme, c'est la même chose
Parmi les idées reçues les plus tenaces, on trouve celle qui consiste à assimiler le libéralisme au capitalisme. Pourtant, s'il est vrai que le capitalisme ne prospère jamais mieux que dans une société de liberté, la France montre l’exemple d’un capitalisme d'État dans une société dans laquelle de nombreux pans de l'activité humaine sont collectivisés ; l'État prend en charge des secteurs entiers de la vie économique et sociale (santé, éducation, transports, production électrique, une partie des services financiers, etc.).
Le capitalisme (au sens large : mode de production fondé sur le
capital et le travail) est en réalité « politiquement neutre », c'est un
système économique qui peut être mis en œuvre dans différents types de
sociétés. Le capitalisme d’État n'a rien de libéral,
l'arbitraire du Prince en matière économique n'étant pas du
libéralisme. Il faut aussi noter que le patronat dans une société
social-démocrate n'est pas spécialement libéral car il est
mercantiliste : il ne recherche que son intérêt, et ne se prive pas
d'utiliser la contrainte étatique et ses accointances avec la haute fonction publique pour sauvegarder ses privilèges ou ses monopoles à l'encontre de ses concurrents.
Soulignons également que le libéralisme va bien au-delà du simple domaine économique, son domaine étant en réalité celui du droit, et non de l'économie. Comme le rappelle Milton Friedman :
« Le capitalisme n'est pas une condition suffisante
pour la liberté, c'est une condition nécessaire pour la liberté. Je n'ai
jamais dit que là où il y a capitalisme, il y a liberté. C'est le
contraire : partout où vous avez la liberté, vous avez le capitalisme[4]. »
L'amalgame libéralisme / capitalisme représente l'argument
incontournable dont se servent ceux qui veulent présenter le libéralisme
comme une idéologie destinée à favoriser les « riches »
et à paupériser le reste de la population. Mais remplaçons le mot
« riches » par le mot « privilégiés » et le libéralisme devient le
procureur et non l'accusé. Car ce sont les privilèges
de toutes sortes qui empêchent les êtres humains d'exprimer tout leur
potentiel et d'accomplir leur vie. Et le premier des privilèges est
celui de l'État, qui réduit le champ de la liberté, supprime la
compétition et la diversité et instaure des privilèges, des monopoles,
des interdictions, des règlementations dans le but de gêner certains
individus pour en favoriser d'autres, amis du pouvoir ou faisant partie de la « clientèle » politique ou électorale. Le résultat est sans appel : chômage, violence, assistanat, pauvreté, corruption.
Si certains sont privilégiés par l'État et les politiciens, il faut
bien qu'il y en ait d'autres qui payent pour ces privilèges.
Quant à l'affirmation selon laquelle un riche est un « privilégié », comme le précise Jean-François Revel : « un privilégié est quelqu'un qui bénéficie d'un avantage payé par quelqu'un d'autre ». Tout dépend donc de l'origine de cette richesse : légitime (travail, héritage, épargne…) ou illégitime (vol, détournement, privilège d'origine étatique ou politique, subvention publique, etc.).
Ayn Rand
adopte une définition du capitalisme qui lui est propre, et qui ne se
distingue pas de la définition du libéralisme, puisque selon elle le
capitalisme est « un système social fondé sur la reconnaissance des droits individuels, droits de propriété inclus, dans lequel toute propriété est privée ».
Une telle définition ne pouvant s'appliquer au capitalisme d'État, il
conviendrait de parler plutôt de capitalisme libéral, dont la limite
extrême serait l'anarcho-capitalisme.
L'étatisme et le capitalisme, c'est la même chose
C'est ce que soutiennent par exemple les anarchistes collectivistes. Or, le capitalisme repose sur l'échange libre, alors que l'étatisme repose sur la coercition. Il est clair que certains capitalistes peuvent s'appuyer sur l'État pour obtenir des privilèges ou des faveurs (et le capitalisme de connivence
à la française en est un excellent exemple), mais ceci n'est pas à
mettre au débit du capitalisme, de la même façon que le fait qu'il
existe des commerçants malhonnêtes n'est pas un argument valable contre
le commerce. De même que l'étatisme peut se passer du capitalisme, le capitalisme existerait même dans une société sans État.
Le capitalisme est mauvais parce qu'il est imparfait
C'est une remarque typique des gens de gauche, qui préfèrent une utopie totalitaire à l'imperfection des marchés. Ils utilisent le sophisme
du deux poids, deux mesures pour comparer une réalité imparfaite avec
le monde parfait de leurs rêves. Les libéraux n'ont jamais prétendu que
le marché, la concurrence, conduisaient à un monde parfait, ils soutiennent seulement que c'est le moins imparfait des mondes :
- C'est à tort qu'on compare le capitalisme existant à une
situation purement idéale où n'existerait jamais d'erreur de gestion,
jamais de dissimulation comptable, jamais de faillite, jamais de
licenciements, jamais de baisse de valeur des actifs. Car l'erreur est
humaine, elle est nécessairement présente dans toute organisation
sociale, et elle est bien souvent un élément essentiel de tout processus
d'apprentissage. Ne poursuivons donc pas la chimère d'un monde idéal
sans problème, mais demandons-nous plutôt quel est le système qui donne
le plus de chances à tous de poursuivre efficacement leurs propres
objectifs. La réponse est simple : c'est le capitalisme, car il repose
plus que tout autre sur la discipline de la responsabilité
individuelle, parce que l'erreur y est sanctionnée et parce qu'il incite
à la création de connaissances (éventuellement à partir des leçons
tirées des erreurs). (Pascal Salin)
- Je suis constamment éberlué de voir qu'on demande aux défenseurs du
libre marché de fournir perfection et sécurité alors qu'en ce qui
concerne le gouvernement on se contente de ses promesses et de
l'expression de ses bonnes intentions. (Lawrence Reed)
- Contrairement à un mythe encore populaire dans les cercles de
gauche, le capitalisme n'a pas entraîné la misère, mais il a
littéralement sauvé des millions de personnes de la mort par famine et
les a progressivement extraits de leur état de pauvreté abjecte. (Hans-Hermann Hoppe)
Une autre variante de cet argument consiste à condamner la richesse
soit parce qu'elle se ferait au détriment des pauvres, soit qu'elle ne
profiterait pas à l'ensemble de la société. Sur ce dernier point, on
prétend réfuter une théorie du ruissellement en réalité fictive (jamais
soutenue par aucun économiste libéral) selon laquelle le libéralisme et
l'existence d'inégalités de fortune permettrait de supprimer la pauvreté,
par ruissellement automatique des riches vers les pauvres. On
transforme en argument contre le capitalisme un fait évident : que la
richesse des uns ne permet pas forcément à tous les autres de sortir de
la pauvreté. Il est d'ailleurs paradoxal que les étatistes s'inscrivent
en faux contre la prétendue théorie du ruissellement tout en pratiquant
exactement cette théorie par la redistribution étatique (selon eux, plus
il y a d'activité, plus celle-ci peut faire l'objet de prélèvements
contraints, et donc plus il y a de redistribution possible).
Citations
Voir Citations sur le capitalisme pour une liste de citations drôles, réalistes ou acerbes sur le capitalisme.
Notes et références
Capital.fr
Philippe Simonnot, Vingt et un siècles d'économie, Folio, chap. 2
Is State Capitalism Winning?, Daron Acemoglu, James A. Robinson
Bibliographie
- 1926, H. E. Sée, "Les origines du capitalisme moderne", Paris
- Traduit en anglais en 1928 par H. B. Vanderblue, G. F. Donot, "Modern Capitalism", London
- 1930, Werner Sombart, "Capitalism", In: Edwin R. A. Seligman, dir., "Encyclopaedia of The Social Sciences", Vol III, New York: MacMillan
- Nouvelle édition en 1937, "Capitalism", In: Edwin R. A. Seligman, dir., "Encyclopaedia of The Social Sciences", Vol III, New York: MacMillan, pp195-208
- 1947, R. H. Tawney, "Religion and the Rise of Capitalism", New York, Penguin
- 1979,
- G. Deleplace, "Théorie du capitalisme : une introduction", Grenoble, PUG Maspero
- Paul Johnson, "Has Capitalism a Future?", The Freeman,
January, Vol 29, n°1, pp47-59 (L'historien britannique, Paul Johnson,
vérifie le bilan de 5 000 ans de l'humanité et nos perspectives de
survie en ces temps menaçants.)
- 1983,
- Donald B. Billings, "The Moral Case for Competitive Capitalism", The Freeman,
July, Vol 33, n°7, pp413-419 (L'auteur affirme que la force du
capitalisme ne réside pas seulement dans son efficacité mais aussi dans
ses fondements éthiques.)
- Charles Dykes, "Is There a Moral Basis for Capitalism?", The Freeman, August
- Peter F. Koslowski, "The Ethics of Capitalism", In: Steve Pejovich, dir., "Philosophical and Economic Foundations of Capitalism", Lexington: Lexington Books, pp33-64
- Karl-Dieter Opp, "Problems of Defining and Explaining Capitalism", In: Steve Pejovich, dir., "Philosophical and Economic Foundations of Capitalism", Lexington: Lexington Books, pp25-32
- 1987, Alan MacFarlane, "The Culture of Capitalism", Basil Blackwell, Oxford
- 2001, Ernest van den Haag, "The hostility of intellectuals to capitalism", The Intercollegiate Review, Vol 36, n°1-2, Fall
- 2004, Syed B. Hussain, "Encyclopedia of Capitalism", (Facts on File Library of World History), Facts on File (3 Vols.)
- 2013,
J. Mackey, R. Sisodia, "Conscious capitalism: liberating the heroic
spirit of business", Boston, MA: Harvard Business School Publishing
Corporation
- 2019, Silvia Ručinská, Ronny Müller, Jannik A. Nauerth, "Capitalism", In: Alain Marciano, Giovanni Battista Ramello, dir., "Encyclopedia of Law and Economics", New York: Springer, pp172-176
Articles connexes
Liens externes
https://www.wikiberal.org/wiki/Capitalisme
B-2) - Propriété
La propriété, dans le sens général, est l'ensemble des droits
exclusifs d'une personne sur une ou plusieurs choses (propriété
individuelle) ou partagés avec d'autres (propriété commune,
copropriété). Un individu a un droit de propriété sur une ou plusieurs
choses. Lorsqu'un individu a le droit de jouir d'une chose de manière
exclusive, de l'utiliser, de la céder, ou de la détruire, cet individu
possède le droit de propriété sur cette chose. Selon le droit romain, le
droit de propriété se sépare traditionnellement en trois droits :
- fructus : le droit de recueillir les fruits,
- usus : le droit d'utiliser,
- abusus : le droit de disposer c'est-à-dire de modifier, de céder à un autre ou de détruire en tout ou partie.
La propriété, de même que la liberté dont elle constitue une condition indispensable, est inséparable de la responsabilité.
Le propriétaire est responsable de ses propriétés, notamment en cas de
dommage sur autrui. Il peut également supporter différentes servitudes
légales ou conventionnelles, souvent anodines (comme l'obligation de
laisser passer les ondes radios), mais parfois plus contraignantes
(droit de passage).
La propriété matérielle est la plus intuitive : elle traduit le
fait qu'une chose ne peut généralement servir qu'à une personne à la
fois.
En droit français, la propriété est divisée en biens meubles et biens immeubles. En droit anglo-saxon (common law), il y a une distinction à peu près semblable entre biens personnels (personal property) et biens immeubles (real property).
La propriété intellectuelle
La « propriété intellectuelle » est une invention moderne, contestée
par les libéraux dans beaucoup de ses aspects, qui consiste en un
artifice juridique d'appropriation d'une chose immatérielle ; elle
permet aux personnes propriétaires d'une licence d'exploitation, d'un
brevet, d'un logo ou d'une marque de protéger le produit de leur travail
intellectuel, notamment en imposant des droits d'utilisation aux
utilisateurs potentiels de leur "propriété".
La propriété naturelle
Jusqu'au XVIIe siècle,
l'opinion commune à la plupart des auteurs prélibéraux est que le droit
de propriété permet l'allocation la plus juste des ressources. Rares
sont ceux qui la présentent comme un droit inhérent à la nature humaine, mais la plupart - tels les membres de l'école de Salamanque à la suite de Thomas d'Aquin - estiment que, tout en ne prescrivant pas d'injonction positive à ce sujet, le Droit naturel autorise la propriété. John Locke formalisera le premier la notion de propriété présentée comme un droit naturel :
« Tout homme possède une propriété sur sa propre
personne. À cela personne n'a aucun Droit que lui-même. Le travail de
son corps et l'ouvrage de ses mains, nous pouvons dire qu'ils lui
appartiennent en propre. Tout ce qu'il tire de l'état où la nature
l'avait mis, il y a mêlé son travail et ajouté quelque chose qui lui est
propre, ce qui en fait par là même sa propriété. Comme elle a été tirée
de la situation commune où la nature l'avait placé, elle a du fait de
ce travail quelque chose qui exclut le Droit des autres hommes. En
effet, ce travail étant la propriété indiscutable de celui qui l'a
exécuté, nul autre que lui ne peut avoir de Droit sur ce qui lui est
associé. »
— John Locke, Deuxième traité du gouvernement civil
Le droit de propriété découle de la nécessité pour chacun de survivre
et donc de « prendre » (s'approprier) ce qui existe dans la nature pour
garantir cette survie. Ensuite c'est le travail qui permet d'évoluer
d'une situation de relative pénurie à une situation d'excédent pouvant
profiter à d'autres personnes (d'où le commerce), et du même coup
légitimer le fait qu'une personne possède tel ou tel bien.
La propriété naturelle ne se limite pas aux seuls biens
corporels. Pour les libéraux, la propriété est un phénomène social et
non simplement "physique", d'où découlent des comportements. Un droit de
propriété permet d'établir quels comportements sont légitimes ou ne le
sont pas. Cela peut concerner des biens corporels ou des services. Ce
droit de propriété naturelle s'exprime ensuite d'un point de vue
juridique (qui peut alors notablement différer du point de vue du droit naturel). Comme l'exprime Hernando de Soto :
« La propriété [juridique] n'est pas un objet matériel
qu'on pourrait photographier ou représenter sur une carte. Ce n'est pas
une qualité primaire des biens, mais l'expression juridique d'un consensus économiquement significatif à propos des biens. Le droit est l'instrument qui fixe et matérialise le capital
(...). La propriété n'est pas formée des biens eux-mêmes, mais d'un
consensus entre citoyens sur la manière de les détenir, de les utiliser
et de les échanger. »
— Hernando de Soto, Le Mystère du Capital
Cependant, la propriété naturelle, pour les libéraux, ne peut sous
peine d'arbitraire être subordonnée ni se résumer à la propriété
juridique, qui ne voit la propriété que comme le droit qu'à chaque citoyen de jouir et de disposer de la portion de biens qui lui est garantie par la loi, car la loi peut aussi être un instrument de spoliation
Proudhon, les anarcho-individualistes
et certains collectivistes ont défini une possession distincte de la
propriété (le droit) et de la possession au sens légal (le fait). Il
s'agit de la propriété privée de tout ce qui n'est pas moyen de
production (par exemple, des objets personnels). Pour les libéraux et
les libertariens, cette distinction est factice, elle n'est destinée
qu'à évacuer la notion d'entreprise, vue comme un lieu d'oppression.
La propriété comme convention sociale
Pour Rousseau, la propriété n'est qu'une convention sociale car « l’État est maître de tous les biens » de ses membres en vertu du contrat social, et « le droit de chaque particulier à son propre fonds est subordonné au droit que la communauté a sur tout ».
De même Benjamin Constant
affirme que « la propriété n'est point antérieure à la société, car
sans l'association qui lui donne une garantie, elle ne serait que le
droit du premier occupant, en d'autres mots, le droit de la force » :
- « La propriété n'est autre chose qu'une convention sociale ;
mais de ce que nous la reconnaissons pour telle, il ne s'ensuit pas que
nous l'envisagions comme moins sacrée, moins inviolable, moins
nécessaire, que les écrivains qui adoptent un autre système.
- La propriété, en sa qualité de convention sociale, est de la compétence et sous la juridiction de la société. » (Principes de politique, Chapitre XV : De l’inviolabilité des propriétés)
Cependant pour lui une société avancée ne peut exister sans propriété privée, condition indispensable à la division du travail. Son apologie de la propriété est en fait utilitariste
et non jusnaturaliste. Il montre tous les inconvénients des attaques
portées à la propriété, notamment le fait qu'une atteinte à la propriété
conduit à une atteinte à la liberté.
Les libertariens font remarquer que les seules justifications à
la propriété définie comme convention sociale reposent en dernier lieu
sur la loi du plus fort :
la propriété n'est une telle convention que parce que la société (en
réalité le plus fort du moment, que ce soit un état, un dictateur ou
même un criminel quelconque) pourrait la confisquer arbitrairement. Pour
eux, il n'y a aucun fondement à spolier autrui d'une propriété
honnêtement acquise (c'est-à-dire acquise sans agression à l'égard
d'autrui) ; un tel arbitraire mène à une violence institutionnalisée et
finalement à la destruction de la vie en société. »
Ayn Rand persifle le concept de propriété comme convention sociale par la bouche de l'un de ses personnages :
- « Le droit de propriété est parfaitement irrationnel. On ne
possède quelque chose que tant qu'on ne vous le prend pas. Or le peuple
peut vous le prendre à tout moment. Et s'il le peut, pourquoi s'en
priverait-il ? » (La Grève, p. 145)
Propriété de soi-même
L'État est l'ennemi de la propriété
L'État,
loin d'en être le garant, est le premier ennemi de la propriété, soit
qu'il la confisque à son profit, soit qu'il la détruise :
- Impôts, taxes, contributions forcées ;
- expropriation sous prétexte d'intérêt général ;
- dilapidation des deniers publics, corruption, concussion, prévarication, détournements ;
- règlementations sur des lieux "publics", en réalité privés (et
ouverts à un grand nombre de personnes), bafouant les droits du
propriétaire
- instauration de monopoles de droit qui font payer le prix fort au consommateur forcé ;
- l'inflation permet à l'État, qui dispose de l'arme de la création monétaire, de ne pas rembourser ses dettes ;
- les guerres
menées par l'État sont l'occasion de destructions des biens privés, de
réquisitions, de rafles sur les biens et les richesses de l'ennemi (les
musées publics français en témoignent encore abondamment).
L'idéologie étatique détruit également le concept de droit de propriété de plusieurs façons :
- en laissant entendre que toute propriété appartient in fine à l'État (par exemple, la notion de "cadeau fiscal" pour désigner une baisse d'impôt : ne pas prendre par la force reviendrait à faire un cadeau) ;
- en laissant entendre que tout droit de propriété n'est qu'une
concession de l'État, ou de la nation, ou du peuple, qui peut être
reprise à tout instant. Ayn Rand
exprime ce point de vue par la bouche de l'un de ses personnages : "Le
droit de propriété est parfaitement irrationnel. On ne possède quelque
chose que tant qu'on ne vous le prend pas. Or le peuple peut vous le
prendre à tout moment. Et s'il le peut, pourquoi s'en priverait-il ?" (La Grève, p. 145) ;
- les interventions étatiques constantes, théorisées de multiples façons (théorie des biens publics, théorie des externalités...) sont prétextes à destruction de propriété.
Max Stirner rappelle la propriété résulte en réalité, de façon plus ou moins visible, de la loi du plus fort :
« La force seule décide de la propriété ; l'État (que
ce soit l'État des bourgeois, des gueux ou tout uniment des hommes)
étant seul fort, est aussi seul propriétaire ; Moi, l'Unique, je n'ai
rien, je ne suis qu'un métayer sur les terres de l'État, je suis un
vassal, et par suite un serviteur. Sous la domination de l'État, aucune
propriété n'est à Moi. (...) Dire que l'État ne retire pas
arbitrairement à l'individu ce que l'individu tient de l'État revient
simplement à dire que l'État ne se vole pas lui-même. Celui qui est un
« Moi d'État », c'est-à-dire un bon citoyen ou un bon sujet, jouit de
son fief en toute sécurité, mais il en jouit comme moi d'État et non
comme Moi propre, comme individu. »
De même, le prix Nobel d'économie Douglass North
présente les Droits de propriété privée comme des droits qui sont
accordés par l'État afin d'accroître ses revenus. Les gouvernements et
les fonctionnaires conçoivent des droits de propriété pour soutenir leur
intérêt.
Aussi, certains économistes soutiennent que les Droits de
propriété privée doivent être mis en place en raison de l'inefficacité
du marché et de l'existence des coûts de transaction. Ces mêmes
économistes (Harold Demsetz [1], Bruce D. Johnsen[2], Steven Cheung[3], Terry L. Anderson et Peter J. Hill[4] et John R. Umbeck[5])
promeuvent "la construction" d'institutions du marché afin de faire
émerger les droits de propriété. Ils accordent donc aux différents gouvernements et fonctionnaires le droit de concevoir et d'utiliser des droits de propriété qui vont servir leurs propres intérêts.
En fait, les droits de propriété existent en dehors de la
reconnaissance par l'État. S'ils ne peuvent pas émerger, c'est parce que
ce même État n'y a pas intérêt.
« L'existence d'un droit des sociétés et d'un droit
des affaires donne l'illusion que les formes institutionnelles conçues
pour organiser la production dépendent d'abord et avant tout de choix
législatifs. Dans l'optique évolutionniste de la théorie des droits de
propriété, les codes législatifs ne sont eux-mêmes que des produits
dérivés de l'évolution qui reconnaissent, officialisent et
sanctionnent davantage des pratiques de fait qui existaient déjà,
qu'ils ne sont des constructions rationnelles ex ante. Par exemple, il
est clair que les sociétés anonymes n'ont pas attendu la publication
des lois sur la société anonyme pour exister. La législation n'a fait
qu'entériner des pratiques déjà plus ou moins implicitement codifiées
par des coutumes commerciales. A l'origine, la loi a essentiellement
joué un rôle de « contrat-type » définissant un cadre qui permet aux
contractants de réduire les coûts de transaction impliqués par la
rédaction de telles conventions contractuelles. »
— Henri Lepage, Pourquoi la Propriété
Tom Bethell, correspondant à Washington de l'American Spectator,
a écrit un livre très intéressant sur les droits de Propriété et l'État
de Droit. Selon un plan conséquentialiste, il cite des exemples ou les
Droits de propriété ont permis la prospérité et leur absence a conduit à
des catastrophes : les colonies de Jamestown et de Plymouth,
la communauté de Robert Owen dans l'Indiana, les défenses des
éléphants, la forêt amazonienne, la famine en Irlande, l'Union
Soviétique et la Chine, les lois de réformes dans les pays du Tiers
Monde, la politique d'urbanisation etc.
Comme le signale Armen Alchian, il ne peut y avoir concurrence
sans droit de propriété. Et inversement, il ne peut pas y avoir de
Droit de propriété sans concurrence sur les possibilités
d'enregistrement de ces droits, sur la reconnaissance de ces droits, sur
la définition de ces droits, sur la composition de ces droits (package
ou composite, addition ou soustraction) et sur la défense de ces droits
que tout individu sur terre, propriétaire de lui-même, peut exercer. James A. Sadowsky
indique qu'il est primordial pour le politique, l'économiste ou le
scientifique de revenir à l'unique être en considération : l'être
humain. Toute entité de groupe nous ferait perdre de vue sur quoi repose
la notion de propriété. Et, Warren Nutter ajoute qu'il n'existe pas de marchés sans propriété privée.
Les attributs de la propriété
La propriété, issue de l'existence de l'individu, n'a pas l'apparence
d'un package scellé. Il s'agit d'un ensemble de Droits qui se
rattachent à l'utilisation d'une chose. Toutefois, ces Droits peuvent
être
- séparés (nue-propriété et usufruit, par exemple),
- renforcés (la clôture de fer barbelé ou une autre technologie),
- évolutifs (par exemple, la création de Droits en 3D comme le propose Bruce Yandle),
- enregistrés ou non (agence monopolistique ou en concurrence),
- exclusives (nul ne peut enfreindre vos Droits sans votre consentement préalable),
- Tangibles ou non (ex ondes hertzienne)
- de passage (une servitude peut être accordée à autrui, répondant au critère du proviso lockéen et du non enclavement de la propriété sur soi-même)
- négociables (les droits sur l'usage de la chose peuvent, en partie ou en totalité, s'échanger contre d'autres Droits).
Par ailleurs, selon Henri Lepage,
le droit de propriété est le substrat majeur du droit libéral. De lui
découlent un très grand nombre de droits dérivés (la liberté de produire
et de commercer, mais également la liberté de parole, la liberté
d'expression, la liberté de la presse, ou encore la liberté d'utiliser
ses ressources pour contribuer à la constitution d'associations
contractuelles aux objectifs les plus divers), pour autant seulement que
ces objectifs ne sont pas en contradiction avec la protection même de
ce droit de propriété qui est le fondement de la société.
Propriété publique
La propriété publique, par opposition à la propriété privée, désigne
la propriété de l'État, d'une collectivité publique ou d'un
établissement public.
Les libertariens
considèrent ce type de propriété à la fois comme un mythe et comme un
abus. Comme un mythe, parce que cette propriété est justifiée par un
autre mythe, celui de l'intérêt général, au nom duquel l'État interdit la privatisation (voir aussi : biens publics, capitalisme d'État).
Comme un abus, parce que cette propriété publique, présentée par les
étatistes comme une propriété commune, propriété de tous les citoyens,
est en réalité la propriété de quelques-uns, le citoyen n'ayant aucun
droit sur cette propriété, si ce n'est d'obéir aux lois qui la
règlementent, instaurées pour prévenir des « abus » illustrés par la « tragédie des biens communs » :
chaque propriétaire d'un bien commun est conduit à exploiter au maximum
la ressource commune sans égard pour les autres (« la liberté des biens
communs apporte la ruine à tous », Garret Hardin[6]).
« [La propriété publique sert uniquement] à dégager
un prestataire de biens et de services dits publics d'une concurrence
privée en lui donnant le droit de se servir dans la poche des
contribuables pour pallier les inévitables aberrations d'une gestion de
type administrative. La propriété publique sert à procéder à une
appropriation privative des biens de la collectivité au bénéfice des
hommes publics, qu'ils soient hauts fonctionnaires, politiques, managers
ou apparatchiks syndicaux. »
— Xavier Prégentil
« Dans la mesure où il a le contrôle d’une ressource
naturelle (ou de toute autre chose), un fonctionnaire en a la
quasi-propriété. Mais cette quasi-propriété prend fin avec la fin de son
mandat. S’il veut en tirer un quelconque avantage, il doit faire feu de
tout bois. Ainsi, les fonctionnaires tendront à se presser de tirer
chaque avantage de tout ce qu’ils contrôlent, l’épuisant aussi vite que
possible (ou pourvu qu’ils arrivent à s'échapper). Les propriétaires
privés, parce qu’ils peuvent garder leur propriété autant qu’ils le
désirent ou la vendre à tout moment au prix du marché, font d’ordinaire
très attention d’en préserver valeur actuelle comme future. Clairement,
la meilleure personne possible pour conserver des ressources rares est
le propriétaire de ces ressources qui a un intérêt égoïste à protéger
son investissement. Le pire gardien de ressources rares est un
fonctionnaire - il n’a aucun intérêt à les protéger, mais il est
probable qu’il ait un grand intérêt à les piller. »
— Linda et Morris Tannehill, Market for Liberty
Selon Henri Lepage dans Pourquoi la propriété, la propriété publique (de type socialiste ou soviétique) n'est qu'un cas particulier, « où
la totalité des droits appartient en théorie à une entité collective —
le peuple, mais où les droits de propriété sur les biens de production
sont en réalité regroupés de façon exclusive et non transférable dans
les mains d'un appareil bureaucratique qui se présente comme
l'instrument de la volonté populaire. Cet arrangement institutionnel
n'interdit pas la présence de certaines sphères de possession privative
(par exemple pour les objets personnels, les meubles particuliers, les
automobiles, certains logements). Mais ces propriétés personnelles ne
sont qu'une tolérance déléguée et font l'objet de sévères restrictions
d'usage, comme par exemple les logements « privés » qui ne peuvent être
utilisés à des fins de location payante. Il en va de même dans les
autres démocraties populaires, y compris celles qui ont réintroduit une
certaine dose d'initiative et d'entreprise privée. Il ne s'agit jamais
que de droits délégués qui peuvent à tout moment se trouver remis en
cause par les autorités, dépositaires ultimes de l'ensemble des droits
de propriété attribués dans la société. »
Les anarcho-capitalistes refusent la notion de propriété publique :
« En tant qu’organisation criminelle dont toutes les ressources et les actifs proviennent du crime d’imposition fiscale, l’État ne peut pas détenir de juste propriété. Ce qui signifie qu’il ne saurait être injuste ni immoral de ne pas payer les impôts
de l'État, de s’approprier ce qu’il possède (puisque cela se trouve
entre des mains criminelles), de refuser d’obéir à ses ordres ni de
rompre un contrat
avec lui (puisque la rupture d’un contrat avec une organisation
criminelle ne peut être contraire à la justice). Moralement, selon la
bonne philosophie politique, "voler" l'État revient à reprendre quelque
chose à des criminels, à "recréer un Droit sur" la chose au sens où, au
lieu d’approprier une terre vierge, on arrache un bien au domaine
criminel de la société - ce qui est sans conteste une bonne action. »
— Murray Rothbard, Éthique de la Liberté, chap.24
« Nous ne pouvons certainement pas dire que la
propriété publique appartient au gouvernement, puisque le gouvernement
ne peut rien posséder légitimement. Le gouvernement acquiert ses
propriétés par la force, en général par l’intermédiaire de la taxation.
Un libéral ne peut accepter la légitimité morale de ce genre
d’acquisition de propriété, puisque cela implique l’usage de la force
(l’extraction d’impôts) sur des gens innocents. Ainsi les prétendus
titres de propriété du gouvernement ne sont pas légitimes. »
— Lew Rockwell, "Frontières ouvertes : un réexamen libertarien", 2018
« Quand on vole le gouvernement,
le pire qu'il puisse advenir est qu'un certain nombre de coquins et de
fainéants auront moins d'argent pour s'amuser qu'auparavant. »
— Henri Louis Mencken
Pages correspondant à ce thème sur les projets liberaux.org :
Ils indiquent aussi que la propriété publique est une source infinie de conflits, de "guerre de tous contre tous":
« La propriété publique ne peut que générer des
conflits. Supposément, ce qui appartient à l’État appartient à tous. Si
nous ne sommes pas d’accord, les conflits deviennent alors inévitables.
Si les syndicats veulent manifester dans la rue et que les
automobilistes veulent utiliser ces mêmes voies, les deux prétendent en
être propriétaires et le conflit est inévitable. Si tout est possession
individuelle, il devient parfaitement clair de savoir quelles règles
s’appliquent. »
— Hans-Hermann Hoppe
Pour autant, cela ne signifie pas que tout soit permis dans une
propriété publique : la violation du droit naturel de propriété que
constitue la propriété publique n'autorise personne à s'en prévaloir
pour réclamer de faux droits. François Guillaumat
explique que pour cette raison il est normal de ne pas tolérer les
sans-papiers, le port de la burqa en public, la construction de
minarets, d'interdire le nudisme dans les lieux publics, etc.[7]. La propriété publique n'est pas une propriété privée, mais reste cependant une propriété :
« En fait, il existe une différence fondamentale
entre les biens non possédés et la propriété publique. Cette dernière
est de facto la propriété des contribuables du peuple national. Ils ont
financé cette propriété ; ils doivent donc, en fonction du montant des
impôts payés par les membres individuels, être considérés comme ses
propriétaires légitimes. Ni le clochard, qui n’a vraisemblablement payé
aucun impôt, ni tout étranger, qui n’a très certainement payé aucun
impôt national, ne peuvent donc être considérés comme ayant un droit
quelconque sur la propriété publique. »
— Hans-Hermann Hoppe, Démocratie, le dieu qui a échoué, chap.8
Pour les libertariens, il peut exister des biens communs à tous et
non privés, mais ceux-ci sont appropriables librement sans qu'il y ait
besoin d'une institution coercitive
pour les gérer. Ces biens communs peuvent être matériels (l'air qu'on
respire), ou immatériels, par exemple une œuvre ancienne qui ne fait
plus l'objet de droits et est donc tombée dans le domaine commun, ou une
idée, une invention (la notion de brevet étant rejetée par le
libertarianisme). Tout bien sans propriétaire peut être acquis par le
premier venu qui le met en valeur (voir la pratique du homesteading aux États-Unis au XIXe siècle).
Droit de propriété et contrat
Le contrat d'achat est une source importante du droit de propriété. La preuve du droit de propriété
est le plus souvent une facture d'achat. Une facture d'achat prouve
l'existence de la transmission d'un droit de propriété. Une facture
d'achat est fréquemment le seul titre de propriété d'une chose possédée par un agent économique. Une reconnaissance de dette est le droit de propriété du bénéficiaire du contrat. Un titre financier est un contrat unilatéral
librement cessible. On peut posséder un titre financier. Un titre
financier a un propriétaire. On peut être propriétaire d'une action
Renault, ou d'une obligation sur l'État, d'un "bon du Trésor", d'un
titre financier.
Notes et références
Toward a Theory of Property Rights, 1967, Am. Econ. Rev., Vol 57, n°347
The Formation and Protection of Property Rights among the Southern Kwakiutl Indians, 1986, J. Legal Stud., Vol 15, n°41
The Structure of a Contract and the Theory of a Non-exclusive Resource, 1970, J. Law & Econ., Vol 13, n°49
The Evolution of Property Rights: A Study of the American West, 1975, J. Law & Econ, Vol 18, n°163
Might Makes Rights: A Theory of the Formation and Initial Distribution of Property Rights, 1981, Econ. Inquiry, Vol 19, n°38
Garrett Hardin, 1968, "The Tragedy of the Commons", Science, 13 décembre, vol 162, n°3859, pp1243-1248
- Burqa
et espace public : les libertariens ne sont pas des libertaires,
Turgot, anciennement accessible à
blog.turgot.org/index.php?post%2FGuillaumat-Burqa
Bibliographie
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Nicholas A. Beadles et L. Aubrey Drewry, Jr. (Athens : University of
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System for Market Allocation of Electro-Magnetic Spectrum: A
Legal-Economic-Engineering Study (Un système de propriété pour
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- 1970, William W. Bayes, "What Is Property?", The Freeman, July, Vol 20, n°7
- 1974,
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- Tim Besley,
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- Gary M. Pecquet, "Private Property and Government Under the Constitution. Where have all our property rights gone?", The Freeman, January, Vol 45, n°1, pp23-32
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- Jeremy Waldron, "The Right to Private Property", Oxford: Clarendon Press
- 2000,
Richard Pipes, Property and Freedom: The Story of How through the
Centuries Private Ownership has Promoted Liberty and the Rule of Law
(New York: Knopf)
- 2002, Luciano Pellicani, "Proprietà privata e libertà " ("Propriété privée et liberté"), In: Alberto Mingardi, Enrico Colombatto, dir., "Il coraggio della libertà, saggi in onore di Sergio Ricossa", Soveria, Rubbettino, pp379-392
- 2003, Dean Lueck, "First possession as the basis of property", In: Terry L. Anderson, Fred McChesney, dir., "Property Rights in the Firm", Princeton University Press, Princeton, pp200-226
- 2009, Karol Boudreaux, Property Rights, In: J. C. Lester, dir., A Beginner's guide tor Liberty, Adam Smith Institute, pp47-55
- 2010,
S. Galiani, E. Schargrodsky, "Property rights for the poor: Effects of
land titling", Journal of Public Economics, Vol 94, n°9, pp700–729
- 2014,
S. Galiani, E. Schargrodsky, "Land property rights”, In: S. Galiani, I.
Sened, dir., "Institutions, Property Rights and Economic Growth: The
Legacy of Douglass North", New York: Cambridge University Press,
pp107‒120
- 2022, Bas van der Vossen, "Property Rights", In: Benjamin Ferguson, Matt Zwolinski, dir., "The Routledge Companion to Libertarianism", London and New York: Routledge, pp120-134
Voir aussi
Liens externes
https://www.wikiberal.org/wiki/Propri%C3%A9t%C3%A9
B-3) - Échange
L'échange est un mode de circulation de biens et services
impliquant une évaluation, une négociation, un accord de deux volontés
et un transfert entre les parties.
Introduction
Quel est le moteur de la croissance économique ? Malgré la rupture de rythme causée par la Révolution industrielle, il n'y a pas eu de rupture de nature. L'échange constitue un invariant plurimillénaire.
En tout temps, en tous lieux, l'échange apparaît comme le moteur
de l'économie. Il a bien souvent changé de forme, contrairement à ce que
l'on imagine : marchandises contre marchandises, certes, mais aussi
marchandises contre travail, marchandises contre protection,
marchandises contre monnaie.
Selon Jan de Vries et Ad van der Woude, la première économie proprement moderne est apparue en Hollande entre les XVIe et XVIIe siècles, et doit presque tout à l'échange.
Trois erreurs à propos de l'échange
- Le marché ne crée pas de valeur, l'échange est un jeu à somme nulle
- On ne peut échanger que des biens de même valeur
- Le marché ne profite qu'aux plus compétitifs
Première erreur : le commerce est stérile
Le commerce a toujours eu mauvaise presse. Aristote le qualifiait de « stérile », parce qu'il ne fait que déplacer la marchandise sans rien ajouter à sa matière. Le loisir (otium) étant considéré comme une activité positive par les aristocrates grecs et romains, son contraire, le neg-otium, le négoce, ne pouvait être que méprisé, et d'abord pour sa vulgarité.
Un esprit aussi avisé que Montaigne
s'est laissé prendre aux apparences : sa formule fameuse, « Nul ne
gagne qu'un autre ne perde » exprime bien que, pour lui, le commerce est
un jeu à somme nulle. Saint Jérôme (347-420) ajoute que « toutes les
richesses viennent de l'iniquité, et à moins que l'un n'ait perdu, un
autre ne peut gagner ». Giovanni Botero (1543-1617) remarque : « le
moyen très commun de s'enrichir aux frais d'autrui, c'est le commerce ».
Que l'échange puisse avoir des effets positifs pour ceux qui s'y livrent est pourtant, elle aussi, une idée très ancienne. Philon d'Alexandrie écrit (dans De Legatione, ad Cajum) :
« Toutes les mers sont parcourues par des vaisseaux marchands, qui
naviguent en sûreté pour exercer le commerce que les nations établissent
entre elles, par ce désir naturel d'entretenir une société, et de faire
en sorte que l'abondance des unes vienne au secours de la disette des
autres ». Florus, un des premiers écrivains d'origine africaine du IIe siècle, prévoit : « Supprimez le commerce, vous rompez l'alliance du genre humain ». Libanius, un important rhéteur du IVe
siècle, note : « Dieu n'a pas accordé toutes choses à toutes les
parties de la Terre, mais il a distribué ses dons à différents pays,
afin que les hommes, ayant besoin les uns des autres, entretinssent
société ensemble. Ainsi a-t-il suscité le négoce comme un moyen facile à
tout le monde de jouir en commun de toutes choses, en quelque endroit
de la terre qu'elles naissent ».
Saint Thomas d'Aquin, malgré ses erreurs sur le juste prix,
marque clairement que « l'achat et la vente semblent avoir été
institués pour l'avantage mutuel des deux parties, puisque l'une a
besoin de quelque chose qui appartient à l'autre, et réciproquement ».
Pourquoi en est-il ainsi ? C'est parce qu'au lieu d'être un jeu à somme
nulle, l'échange signifie que cette opération dégage une sorte de
surplus. Ce qui a quelque chose d'inconcevable, puisque rien n'est
produit par l'échange. C'est pourquoi, depuis Aristote, on tient le
commerce pour improductif. Aujourd'hui encore, il est méjugé. Et
pourtant, on se trompe, pour deux raisons.
Deuxième erreur : équivalence des biens échangés
À première vue, des biens sont échangés parce qu'ils sont d'égale valeur. Mais, si tel était le cas, que gagne-t-on à les échanger ? Condillac trouve la solution, au XVIIIe
siècle seulement : « Il est faux, écrit-il, que dans l'échange on donne
une valeur égale pour une valeur égale. Au contraire, chacune des
parties toujours abandonne une moins grande pour une plus grande
valeur »[1]. Ainsi l'échange, quel qu'il soit, ne peut avoir lieu que s'il y a cette inégalité dans l'esprit de chacune des parties, qui découle de la subjectivité de la valeur. En témoignent toutes les formes de marchés existantes, depuis les sites d'enchères en ligne jusqu'aux « systèmes d'échanges locaux » (SEL), avec monnaie privée ou sans monnaie.
Deux parties sont donc toujours gagnantes lors d'un échange libre, sinon l'échange n'aurait pas lieu, l'une des parties (vendeur ou acheteur) n'y trouvant pas avantage :
« L'équivalence comptable des valeurs échangées ne doit pas masquer ce phénomène fondamental que l'échange est productif, en ce sens qu'il est créateur de valeur, c'est-à-dire qu'il permet aux deux
partenaires dans l'échange de se placer dans des situations qu'ils
préfèrent. Autrement dit encore, lorsque l'échange est possible et
autorisé, un individu pourrait très bien ne pas échanger effectivement.
S'il se lance dans l'échange, c'est parce qu'il en tire un profit. »
— Pascal Salin, Le libre-échange, PUF, 2002
La subjectivité de la valeur
explique que l'échange puisse être possible, et un point de vue
extérieur sur la validité ou la légitimité de cet échange est hors de
propos : chaque protagoniste pense accroître sa satisfaction par
l'échange, car chacun a des "échelles de valeur" différentes. Dans ce
cadre, les prix exprimés dans une monnaie
permettent d'effectuer des comparaisons. Le vol (même opéré par l’État
sous les meilleurs prétextes) ne crée jamais de la valeur, sinon une
société pourrait exister entièrement sur le vol.
Troisième erreur : pour participer à l'échange, il faut être compétitif
C'est Adam Smith qui commet cette erreur, par sa théorie des avantages absolus. L'autre théorie, celle des avantages comparatifs,
est beaucoup plus subtile. Mais elle seule permet de rendre compte de
la tendance congénitale de l'économie d'échange à se mondialiser. Les
avantages comparatifs font intervenir les prix relatifs.
Ceux-ci ne sont jamais les mêmes d'individu à individu, et non
seulement de pays à pays. Par conséquent, un échange profitable aux deux
parties est toujours possible.
Un exemple classique est le suivant. Supposons un chirurgien
talentueux, qui est meilleur dactylo que n'importe quel(le) secrétaire
qu'il pourrait embaucher pour taper son courrier à son domicile. Ce
chirurgien aurait cependant intérêt
à se consacrer entièrement à son métier, car il gagne par heure cent
fois plus qu'il n'aurait à dépenser en frais de secrétariat. Le
chirurgien a un avantage absolu dans les deux sortes d'activités,
néanmoins elles ont pour lui des coûts différents, et à partir de ce
moment-là, un échange peut s'engager avec un secrétaire.
Au plan mondial, tous les groupements humains peuvent ainsi trouver intérêt à l'échange. Autrement dit, la marche à la mondialisation ne date pas d'aujourd'hui. Seules la guerre, qui est la continuation du commerce par d'autres moyens, et la politique, qui comme la guerre est l’institutionnalisation de la loi du plus fort, aboutissent à un jeu à somme nulle, voire négative.
L'échange n'est jamais inégal
L'échange n'étant pas un jeu à somme nulle est créateur net de valeur,
c'est le seul progrès social possible. L'histoire montre que les
sociétés les plus riches sont les sociétés ouvertes, qui progressent non
pas par la coercition mais par l'échange.
Certains auteurs (non libéraux ou antilibéraux)
soutiennent une théorie de l'échange « inégal » : une des parties, la
plus pauvre, se verrait contrainte d'échanger une valeur supérieure
contre une valeur inférieure. Par exemple, Noam Chomsky écrit :
« L'idée d'un contrat libre entre un potentat et son
sujet affamé est une farce sordide, qui vaut peut-être qu'on lui
consacre un peu d'attention dans un séminaire qui explorerait les
conséquences de ces idées (à mon sens absurdes), mais qui ne mérite rien
de plus. »
Ce à quoi l'on peut répondre[2] :
- Soit le « potentat » dispose d’un pouvoir politique à l’origine du dénuement de son « sujet »,
ce qui veut dire que le potentat a restreint à un moment donné les
choix de ce « sujet » par la violence. Dans ce cas, il est indéniable
que « l'idée d'un contrat libre entre eux est une farce sordide » : car c’est là simplement la nature du pouvoir politique.
- Soit, et c’est probablement ce qu’a voulu dire Noam Chomsky, le « potentat » dispose d’un pouvoir économique par lequel il peut offrir au « sujet »
de nouvelles possibilités de survie qui n’existaient pas préalablement.
N’en déplaise au célèbre linguiste, un contrat libre entre eux est
alors une chance merveilleuse pour le sujet affamé.
Le libéralisme s'inscrit en faux contre la conception de l'échange inégal, qui enlève toute validité au consentement de l'individu :
« Cette notion d'échange inégal est centrale dans la
théorie marxiste et il faut bien voir qu'elle porte en germe la
condamnation radicale de toute liberté contractuelle. [...] Adhérer à la
thèse marxiste de l'échange inégal, de l'exploitation, c'est prétendre qu'un contrat
qui est accepté de part et d'autre est malgré tout injuste, qu'il est
malgré tout le signe d'une « exploitation ». C'est là récuser toute
logique, puisque, dans ce sens, il ne peut y avoir d'exploitation sans
violence ou fraude. C'est aussi nier toute responsabilité personnelle, puisque l'on suppose implicitement que les agents ne sont pas autonomes. »
— François Guillaumat
Outre son aspect arbitraire (qu'est-ce qui différencie un échange
inégal d'un échange normal ?), cette idée sous-entend que la victime de
l'échange « inégal » est en fait
un irresponsable qu'il faut à tout prix assister (ou dont il faut brider
le comportement par diverses interdictions), car si elle manifeste le
moindre désir d'entrer en contrat, elle risque de « se faire exploiter » (le marxisme formalise cette affirmation par exemple dans sa « théorie » de la plus-value). Si vraiment « il y a des perdants à l'échange » (au commerce, à la mondialisation, etc.), pourquoi y participent-ils quand même, plutôt que de s'abstenir d'y « perdre » ainsi ?[3]
Citations
« L'idée selon laquelle l'échange pourrait
être inégal est largement répandue. Or elle est fausse, radicalement et
définitivement fausse. Il est en effet un principe universel, à savoir
qu'un échange libre est profitable aux deux partenaires (sinon, bien
sûr, ils ne le décideraient pas). »
— Pascal Salin[4])
« L'essence de l'échange […] c'est que les hommes sont différents. Et l'échange, en réalité, ne se fait pas entre des nations
[…] mais entre des hommes. Ou entre des groupes d'hommes qui eux aussi
sont forcément différents, avec des coûts ou des avantages différents,
et donc qui sont incités à l'échange. »
— Philippe Simonnot
« Rien, aucun des objets que vous voyez dans
cette salle, n'est le produit du travail d'une seule personne. À part la
mûre sauvage que nous cueillons dans les bois, toutes nos consommations
sont le fruit de la collaboration et de l'échange entre plusieurs
individus. »
— Hernando de Soto[5]
« La société est purement et simplement une série
continuelle d’échanges ; elle n’est jamais autre chose dans aucune
époque de sa durée, depuis son commencement le plus informe jusqu’à sa
plus grande perfection ; et c’est là le plus grand éloge qu’on en puisse
faire, car l’échange est une transaction admirable dans laquelle les
deux contractants gagnent toujours tous deux : par conséquent la société
est une suite non interrompue d’avantages sans cesse renaissants pour
tous ses membres. »
— Destutt de Tracy, Traité de la volonté
« Si un échange entre deux parties est
volontaire, il n'aura lieu que si les deux pensent qu’ils en tireront
profit. La plupart des erreurs économiques découlent de l'oubli de cette
idée, de la tendance à supposer qu'il y a un gâteau figé, qu'une partie
ne peut gagner qu'au détriment de l’autre. »
— Milton Friedman, 1990
« Si quelqu’un veut toucher du doigt tout ce que
nous devons au processus d’échange, qu’il imagine seulement ce qu’il
adviendrait du monde moderne si on interdisait tout d’un coup à chaque
homme d'échanger quoi que ce soit avec quiconque. Chacun serait forcé de
produire lui-même tous les biens et services dont il veut disposer. On
peut tout de suite imaginer le chaos absolu qui s’ensuivrait, la famine
qui frapperait la grande majorité de la race humaine, et le retour à une
subsistance primitive pour la petite poignée de survivants. »
— Murray Rothbard, L'Éthique de la liberté
« L'échange est une rencontre libre entre des
hommes libres. Si vous supprimez l'échange, si vous ne libérez pas
l'échange, naissent l'incompréhension, puis, après l'incompréhension, la
xénophobie, et, après la xénophobie, la guerre. »
— Jacques Garello
Notes et références
Condillac, Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre, 1ère partie, Section 6
Liberté, capacité et pouvoir
La réponse des antilibéraux est que ces « perdants à l'échange » n'ont en général « pas le choix ».
C'est donc reconnaître qu'ils poursuivent leur propre intérêt, comme
tout un chacun, et que finalement ils gagnent à l'échange. En quoi le
fait qu' « ils n'ont pas le choix »
devrait-il être imputé au partenaire avec lequel ils pratiquent
l'échange ? Ce partenaire est-il responsable de leur situation ?
Pascal Salin, Préface à Attac ou l'intoxication des personnes de bonne volonté de Jacques de Guénin, [lire en ligne]
Voir aussi
Voir aussi
https://www.wikiberal.org/wiki/%C3%89change
B-4) - Valeur
https://www.wikiberal.org/wiki/Valeur
C) Quelles sont les causes des crises économiques ?
Récessions, paniques financières et inflation : qu’est-ce qui provoque réellement les crises économiques ? Ce chapitre vous invite à approfondir votre réflexion sur les liens de cause à effet au sein d’économies complexes.
C-1) - Crise
La notion de crise s'applique à deux domaines différents quoique très souvent intimement liés :
Voir aussi
Citations
- Les gouvernements raffolent des crises – d'ailleurs, ils les
provoquent ou contribuent souvent à les aggraver. Elles leur permettent
en effet d'accroître leur pouvoir. (Hans-Hermann Hoppe, 7/12/2002)
- L'histoire nous démontre que les crises alimentent la croissance de
l’État. Ce fait devient particulièrement manifeste avec les guerres ou
les attaques terroristes. Les gouvernements exploitent ces crises, dans
le but de se faire passer pour des sauveurs. Il en va de même pour la
crise financière. Cela a fourni aux gouvernements et aux banques
centrales une excellente occasion d’intervenir de façon encore plus
massive dans l’économie. (Hans-Hermann Hoppe, 4/1/2014)
- Une crise prend bien plus de temps à venir que ce que vous pensez,
et lorsqu’elle arrive, cela se produit bien plus vite que vous ne
l’auriez pensé. (Rudiger Dornbush)
- Les moments de crise produisent un redoublement de vie chez les hommes. (Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe)
- La crise exprime, reflète la généralisation des fausses valeurs,
l’écart entre les valeurs financières, monétaires, boursières et le
monde réel, le monde de l’économie.et de la production de richesses.
Toutes les valeurs ont été inflatées, perverties par le crédit, la
création monétaire et l’inflation de la masse des promesses, alors que
le progrès des sciences, des technologies et des procédés de fabrication
provoque une tendance continue à la baisse des prix. (Bruno Bertez, 04/08/2015)
- C’est cela la modernité. La gestion par la formation/destruction de
bulles successives. La gestion de crise en crise ; nous pensons
d’ailleurs que leur caractère récurrent impliquerait que l’on trouve de
nouveaux mots. Nous vivons une période de banalisation des crises. (Bruno Bertez, 01/02/2016)
- La crise sera attribuée à l'échec du système capitaliste plutôt qu'à l‘échec d'un système monétaire contrôlé par l'État. (Thorsten Polleit, avril 2006)
- S'il était possible d'empêcher absolument les crises, serait-il
utile de le faire ? On serait tenté de répondre affirmativement, mais un
examen un peu plus approfondi de la question fait surgir de nombreux
doutes. Il n'est pas du tout sûr que le mouvement rythmique ne soit pas
une des conditions du progrès économique. Au contraire, il paraît fort
probable que ce mouvement n'est qu'une manifestation de la vitalité de
l'organisme économique. Les alternatives de repos et d'excitation
paraissent nécessaires à tous les organismes vivants supérieurs. (Vilfredo Pareto, Cours d'économie politique)
- Une crise est une rupture dans la linéarité, dans la continuité
extrapolable, c’est une cassure qui remet en question un modèle, un
ordre, une manière de fonctionner. Une crise s’attaque aux invariants
d’un système, ce qu’il ne faut pas confondre avec le mouvement des
cycles qui lui ne touche que les paramètres, les variables, les inputs.
Les cycles répètent, c’est l’Éternel Retour. Les crises disent que l’on
ne peut pas répéter, que l’on ne peut reproduire. (Bruno Bertez, L'AGEFI, 27/06/2016)
- Les crises ne sont pas des accidents – il faut en finir avec cette
manière de voir caractéristique de l'économie néo-classique
contemporaine — mais le produit d'un processus endogène qui fait
qu'arrive un moment où le système lui-même ne fait pas une pause, mais
éprouve la nécessité de procéder à un nettoyage, un lessivage de ses
artères pour éliminer les corps parasites qui s'y accumulent, et
remettre en quelque sorte les compteurs à zéro pour assurer un nouveau
départ sur des bases assainies. [...] Dès qu’il y a boom il y a
nécessairement promesse de crise, et rien ne pourra jamais absolument
l’empêcher. Imaginer que l’on puisse absolument éviter les crises est un
incongruité absolue. La crise n’est pas un mal absolu, mais
l’équivalent d’une cure médicale imposée à un corps malade, une nuisance
malheureusement nécessaire pour remettre le patient en état de
fonctionner. (Henri Lepage)
- Il est paradoxal et même tragique que, d'une part, l’on attribue la
crise financière et économique au fonctionnement libre des marchés –
alors qu’elle a été provoquée par une mauvaise politique monétaire – et
que, d'autre part, l’on attende maintenant des solutions de la politique
économique, alors qu’il conviendrait de faire confiance aux marchés !
Compte tenu du matraquage idéologique auquel est soumise l’opinion, on
comprend que les hommes politiques soient tentés de se précipiter dans
la brèche ainsi ouverte, ce qui leur permet d’apparaître comme des
sauveurs. Mais les victimes en seront les citoyens eux-mêmes. (Pascal Salin, La crise financière : causes, conséquences, solutions)
- Les États aiment les crises parce que la peur rend les gens plus
disposés à renoncer à leurs libertés en contrepartie d’une promesse de
sécurité affirmée par le gouvernement. (Ron Paul, The Coronavirus Hoax, 16/03/2020)
Publications
- 2010,
Gerhard Jandl, "Bedürfnisse, der Markt und die Krise – Betrachtungen
aus 'österreichischer' Sicht" (Les besoins du marché et la crise -
Réflexions d'un point de vue 'autrichien'", préface au livre de B.
Begovic et al., dir., "Von Armut zu Wohlstand" ("De la pauvreté à la
prospérité"), The International Library of Austrian Economics, Vol 13,
Vienna: Hayek Institut, pp7-ss
Liens externes
https://www.wikiberal.org/wiki/Crise
C-2) - Inflation
Qu'elle soit rampante ou galopante, tous les pays ont connu le phénomène de l'inflation lors de leur évolution historique[1] et quel que soit leur niveau de développement ou de leur structure politique[2]. Cependant, les économies libérales sont celles qui connaissent un taux d'inflation le plus mesuré.
L'inflation est une baisse durable de la valeur de la monnaie,
entraînant une hausse généralisée et persistante du niveau général des
prix, se répercutant sur les anticipations des agents économiques. La
monnaie n'est pas uniquement une expression de la valeur des biens comme
le mètre pour la distance ou le kilogramme pour le poids. Elle sert de
lien entre le présent et le futur. La stabilité des prix qui
décrit la situation où la variation des prix est très faible ou nulle,
n’influe pas sur les décisions des agents économiques dans la mesure où
elle est uniforme entre tous les secteurs économiques[3]. Par contre, les comportements des agents économiques, sensibles à l'inflation, à la déflation[4] ou à la désinflation[5], influencent l'évolution de l'inflation. Les ménages tentent de conserver leurs encaisses réelles[6] car ils ne sont pas dupes de l'illusion monétaire créée par l'inflation et ils exigent le maintien de leur pouvoir d'achat en valeur réelle.
L'inflation est un processus de hausse générale des prix.
Le mot processus est essentiel. Cette autre définition ne présuppose pas
quelles seraient les causes de l'inflation. Elle est plus générale.
Ainsi un événement contribue à la hausse des prix ; et un autre
évènement contribue simultanément à faire baisser les prix. Dans
certains cas, ces deux événements contribuent tous les deux au processus
de l'inflation, mais en sens contraire.
L'injustice de l'inflation incitée par l'État
L'inflation a toujours été, au cours de l'histoire, un outil politique employé par l'État, avec facilité[7] pour fausser la valeur de la monnaie, particulièrement quand il est endetté au-delà du raisonnable ou qu'il souhaite répondre à la demande sociale et tenir des promesses électorales.
L'État profite prioritairement de l'injustice de l'inflation en manipulant les électeurs par son effet d'ébriété[8].
L'inflation n'est pas seulement inique parce qu'elle répartit
artificiellement les revenus et la distribution de ceux-ci, elle
perturbe également le système économique. La création de monnaie ex
nihilo permet aux gouvernements
d'acheter de vraies ressources avec de la fausse monnaie. Les premiers
utilisateurs du « nouvel argent » sont les politiciens, les
bureaucrates, les fournisseurs du gouvernement et ces entrepreneurs qui
obtiennent de généreux prêts bancaires.
Ceux qui perdent le plus sont les derniers à employer les billets : les
pauvres et les épargnants. Le transfert se fait par l'inflation, qui
érode le pouvoir d'achat des billets.
L'inflation crée des faux droits
Les dépenses publiques sont financées par l'emprunt ou par l'impôt.
Une hypothèse possible est que les autorités monétaires créent
directement (planche à billets) ou indirectement (politique d'open market) de la monnaie pour financer la dette publique. Cette solution n'est pas possible si la monnaie est rattachée à un étalon, à un valorimètre comme peut l'être l'or. Dans ce cas, la monnaie est indépendante de la politique gouvernementale. Dans le passé, le système de l'étalon-or limitait le pouvoir discrétionnaire des autorités monétaires.
L'or ne doit pas entrer dans la circulation monétaire comme le préconisait le système au XIXe siècle mais la banque centrale
doit prendre l'engagement d'acheter et de vendre sa propre monnaie
contre de l'or à prix fixe et de manière illimitée. Dans l'hypothèse
d'une politique monétaire laxiste menant à un excès de création
monétaire, les détenteurs de monnaie tendent à s'en débarrasser pour
demander une monnaie étrangère. Le taux de change de la monnaie
nationale se déprécie. La banque centrale perd ses réserves d'or et se voit obligée de ralentir sa politique monétaire expansionniste.
Les nouveaux économistes[9] font des restrictions à l'hypothèse de l'étalon-or
car les gouvernements ont tendance à ne pas respecter cette règle. Ils
préfèrent dévaluer la monnaie plutôt que d'adopter une politique
monétaire restrictive. Le système de l'étalon-or ne fonctionnerait que
si l'on acceptait de supprimer ou de privatiser les banques centrales.
Lorsque le gouvernement s'attribue des droits de prendre
possession des marchandises, il évince des acheteurs privés. Dans le
domaine monétaire, la situation est amplifiée. L'inflation est
caractérisée par la distribution de faux droits notamment par le refus de la répartition des revenus
qui se constaterait dans une situation de prix stables, c'est-à-dire
que la création excessive de moyens de paiement et des hausses de
salaires, en valeur nominale, est très supérieure aux gains de
productivité en valeur réelle.
- La monnaie est l'égout collecteur des fausses créances indésirées.
- Jacques Rueff, L'ordre social
- Il semble que dans une économie de marché, c'est-à-dire une économie
où les décisions sont décentralisées et fortement complexes, la
régulation, seule efficace, est la régulation de la masse monétaire à
condition que les différents agents économiques acceptent l'application
des règles du jeu fondamentales d'une économie de marché décentralisée.
- Maurice Allais, Impôt et capital, p157
Maurice Allais assimile le mécanisme de crédit et la création de faux droits à une association de faux monnayeurs qui prêteraient moyennant intérêt la fausse monnaie qu'ils fabriqueraient [10].
Or, nos institutions fonctionnent ainsi sans être dénoncées par
l'opinion publique. Il existe une création de faux droits lorsque la
masse monétaire s'accroît, ce qui engendre un pouvoir d'achat ex nihilo
ne correspondant à aucun service rendu. Ces faux droits créent la hausse
des prix, ce qui appauvrit les agents économiques qui ne sont pas
détenteurs de ces faux droits, mais favorise une oligarchie financière :
- On est sorti des limites, des contraintes de rareté,
et c’est la conséquence ultime, non perçue, non théorisée par les
fondamentalistes, du décrochage de 1971. La monnaie est libre comme
l’air, le crédit aussi, les assets également. Nous sommes sortis du
monde dual, du monde pesant où la régulation se faisait par les deux
outils/leviers, le monétaire et le budgétaire, et nous sommes dans un
monde mono-outil, un seul outil est utilisé et c’est le monétaire. [...]
C’est la possibilité de créer de la monnaie « out of thin air » qui
permet la lévitation structurelle qui constitue l’originalité du nouveau
système.
- Bruno Bertez, L'Agefi, 16/07/2014, p.18
Nous sommes tous victimes de l'inflation
L'inflation provoque à court ou à long terme l'augmentation du taux
d'intérêt en valeur nominale. Cette hausse du taux d'intérêt occasionne
une augmentation du coût du crédit. De plus, lorsqu'il s'élève moins
vite en valeur nominale que le niveau des prix, alors le taux d'intérêt réel s'abaisse quelquefois pour devenir négatif, les agents économiques sont alors sollicités pour s'endetter. Ce processus conduit à une spoliation
de l'épargnant et à un enrichissement indu des emprunteurs. Les agents
économiques protestent contre cette spoliation en fuyant la monnaie,
c'est-à-dire en accélérant la vitesse de circulation de la monnaie et
créant l'hyperinflation[11].
L'augmentation des moyens de paiement a des effets de processus
auto-entretenus avec une augmentation induite de la vitesse de
circulation[12] qui mène à l'effondrement complet du système économique[13].
L'erreur fréquente des autorités monétaires fut souvent de
conclure que l'augmentation de la vitesse de circulation était provoquée
par une insuffisance des moyens de paiement et que les agents
rétablissent d'eux-même l'équilibre en accélérant le rythme de leur
transaction. Alors qu'une augmentation de la vitesse de circulation
n'est que le symptôme d'une surabondance et non d'une insuffisance de
moyens de paiement. En définitive, le fait que les banques commerciales
créent de la monnaie en contrepartie de la distribution de crédit
a pour effet de transférer le pouvoir d'achat aux bénéficiaires de
crédit sans que simultanément quelqu'un d'autre renonce à un pouvoir
d'achat correspondant. L'inflation est facteur de dégradation de l'ordre
social et d'interventionnisme de l'État[14].
L'évidence voudrait que l'on désigne tous ceux qui empruntent et tous ceux qui accordent ces emprunts (banque et État) comme les grands bénéficiaires de l'inflation. Or, dans la réalité, eux aussi sont tôt ou tard des victimes de l'inflation.
Pour certains agents économiques, l'inflation réduit le poids de
l'endettement. Elle facilite le financement des achats immobiliers et
déclenche un engouement pour la propriété[15].
Malheureusement, cet acquis immobilier s'obtient avec de l'argent
durement gagné. Les salaires en valeur nominale sont nettement
inférieurs à ceux obtenus au début du prêt. Les entreprises investissent
quand l'inflation réduit la charge qui en résulte et rentabilise de
façon quasi certaine l'opération puisqu'il est plus profitable de
s'endetter que d'épargner. Néanmoins, l'inflation gonfle
artificiellement le profit et le bénéfice imposable. En effet, les
déductions fiscales pour amortissements s'effectuent sur la base du coût
historique. La comptabilisation des stocks ou le maintien du fonds de
roulement gênent le remplacement des installations et provoquent des
pertes sèches pour l'entreprise. Il se produit un gaspillage du capital car la productivité des investissements n'est pas suffisante pour compenser l'effort d'épargne.
Les banques commerciales sont incitées, lors du développement de
l'inflation, à accompagner ce laxisme inflationniste, ce qui permet
d'accroître leur profit. Pourtant, le pouvoir de création monétaire
n'est que temporaire et la création est annihilée par la destruction
monétaire lorsque le remboursement de l'emprunt est réalisé. Or, ce
remboursement s'effectue sur la base de la valeur réelle de l'emprunt de
départ diminué du taux d'inflation sur la période. En définitive,
l'emprunteur ne rembourse pas complètement la banque et les profits que
la banque estime réaliser ne sont qu'une illusion monétaire.
Pour maintenir ou accroître ses profits, la banque ne peut qu'accroître
ses autorisations de crédit en se reposant de moins en moins sur des
créances fiables. Le système court à la catastrophe et l'État fait
croire qu'il est le seul à pouvoir subvenir à la situation en appliquant
l'arsenal de ses règlementations (contrôle de crédit, hausse du taux
d'intérêt...) et il s'installe en assureur général omniscient,
omniprésent et digne de confiance pour les autorités bancaires et pour
les individus ayant des revenus en dépôt dans les banques les moins
sérieuses.
L'inflation réduit effectivement la dette publique
de l'État. La pression fiscale augmente du fait de la modification de
la grille d'imposition lorsque l'impôt sur le revenu est progressif. Les
augmentations de revenus sont nominales mais le pouvoir d'achat est
stable ou décroît en raison de l'inflation. L'impôt
est basé sur les revenus nominaux et non réels. Un individu va passer
d'un échelon inférieur à un échelon supérieur sans croissance de ses
revenus réels. En définitive, il est facile de dénoncer quel est le
bénéficiaire direct ou indirect de l'inflation. Maurice Allais
remarque parmi les principaux bénéficiaires de l'inflation « ceux qui
appartiennent aux féodalités ploutocratiques, politocratiques et
technocratiques » [16]. En situation d'inflation, les prix et les rémunérations ne jouent plus leur rôle régulateur. Lorsque l'hyperinflation
arrive, ce n'est plus seulement une crise économique et sociale qui
survient, c'est également une crise dans la survie de l'humanité[17].
Inflation et hausse des prix
- inflation monétaire : une trop grande quantité de monnaie est émise, ou à l'inverse une trop faible demande de monnaie survient ;
- inflation par les coûts : le coût d'un produit essentiel
augmente de façon notable, ce qui a des répercutions sur les coûts des
autres produits ou services (par exemple, la hausse du cours du pétrole à
partir de la rupture de 1973) ;
- inflation par la demande : la demande d'un produit ou d'un service essentiel excède l'offre, et les producteurs augmentent leur prix ;
- l'indexation : si le prix d'un élément essentiel augmente, tous les autres prix indexés sur lui suivent mécaniquement ;
- panique monétaire : si les acteurs économiques se persuadent que la monnaie
va perdre de sa valeur, on assistera à une chute sur le marché des
changes et à une forte inflation, qui validera l'anticipation
inflationniste et la renforcera (tout le monde est pressé d'échanger son
argent contre d'autres monnaies ou des biens réels, qu'on en ait besoin
ou pas, et à n'importe quel prix).
Progressivité de l'inflation
Il faut noter qu'une création monétaire excessive ne se traduit pas
forcément immédiatement en augmentation des prix : les montants créés
peuvent en effet être détenus par les banques commerciales sous la forme de réserves excédentaires auprès de la banque centrale
et ne pas se traduire immédiatement par des prêts à leurs clients (les
banques cherchent à assurer leur liquidité ou sont confrontées à une
absence de demande de crédit à cause de la récession). La monnaie créée
peut rester au sein du système financier sans avoir été injectée dans
l'économie au sens large, et donc sans avoir créé d'inflation (on parle
de trappe à liquidités).
L'inflation n'est pas liée seulement à la quantité de monnaie, mais
aussi à sa vitesse de circulation, un facteur qui n'est pas
contrôlable :
- L’inflation n’est pas un pur phénomène monétaire mais également un phénomène comportemental. À elle seule, la planche à billets
ne produit pas de l’inflation. Elle doit se combiner à la volonté des
individus à emprunter, dépenser et investir. Une telle volonté est
principalement psychologique — elle dépend des « esprits animaux »
décrits par Keynes. Toutefois, une fois que les anticipations passent de
déflationnistes à inflationnistes, elles s’inversent difficilement.
- Jim Rickards, 22/12/2016
La monnaie nouvellement créée peut souvent engendrer des « bulles
spéculatives » sur certains marchés, par exemple celui des actifs
financiers[18].
Son principal usage, en dépit de toutes les dénégations des banquiers
centraux, est toutefois d'acquérir des actifs publics et donc de
monétiser indirectement la dette publique, ce qui contribue à appauvrir le pays sans qu'un coupable puisse être nommément désigné.
On appelle effet Cantillon le caractère progressif de transmission de l'inflation, du nom de Richard Cantillon (Essai sur la nature du commerce en général), qui étudie la grande inflation du XVIe siècle due à l'introduction en Europe de l'or
des conquêtes espagnoles d'Amérique du Sud. Cantillon montre que
l’inflation apparaît de manière progressive, en démarrant auprès des
fournisseurs du roi d'Espagne qui voient leurs prix augmenter.
L'inflation se déplace en cercles concentriques, à partir d'un petit
noyau de personnes (les riches et les puissants) vers un groupe de plus
en plus large d'individus qui en sont affectés. L'action des banques
centrales contemporaines est typique de cet effet :
- La question n’est pas seulement de savoir combien de jetons on
crée, mais bien de savoir à qui on les donne. C’est cela qui est
important, car ceux à qui on les donne, ces jetons, les banques, les
ploutocrates, les kleptocrates, la Communauté Spéculative Mondiale, ont
accès à un pouvoir d’achat quasi gratuit qui leur permet de rafler
toutes les richesses avant les autres : l’immobilier, les actions, les
œuvres d’art, l’or, etc. En clair, ceux qui sont proches du guichet qui
distribue les jetons bénéficient d’un avantage incroyable, par
comparaison à ceux qui sont en bout de chaine et qui ont à peine accès
au crédit pour se loger ou s’installer un petit commerce, ou payer les
études de leurs enfants.
- Bruno Bertez, L'Agefi, 15/09/2016, p.20
L’École autrichienne
a généralisé ce principe pour expliquer la transmission de la création
monétaire dans l'économie. Les réels bénéficiaires d'une hausse de la
masse monétaire sont ceux qui reçoivent l'argent les premiers. Ils
peuvent alors s'approprier davantage de biens disponibles qu'avant
l'augmentation de la masse monétaire. Cela signifie que moins de biens
sont désormais disponibles pour les personnes qui n'ont pas reçu le
nouvel argent, les derniers bénéficiaires de l'inflation monétaire. Le
fait que leur demande effective doit diminuer est rendu manifeste par la
hausse des prix et la chute conséquente de leur pouvoir d'achat.
Schizophrénie de l’État
Plutôt que de s'attaquer aux causes de l'inflation dont il est
lui-même la source réelle, l'État préfère en général lutter contre ses
effets, par exemple en interdisant les hausses de prix, ou en accusant
les profiteurs, spéculateurs, affameurs, etc. Ce faisant, il ne fait
qu'accélérer la ruine du pays.
Un exemple ancien est celui de l'Édit du Maximum
(301 après J.-C.) : l'empereur romain Dioclétien, confronté à une
inflation galopante (dont il était lui-même la cause de par sa politique
monétaire), impose un prix plafond maximum pour plus d'un millier de
produits. Le résultat fut la faillite des marchands, le retour au troc
et le développement d'une économie de marché noir. C'est la réforme de Constantin Ier, vers 311, qui mettra fin à l'inflation en instaurant une monnaie-or, le solidus.
Le système de Law (1715-1720) essaie de remédier à l'énorme
endettement laissé par Louis XIV par l'émission de monnaie-papier contre
de l'or. La banque de Law finit par émettre beaucoup plus de
papier-monnaie qu'elle n'avait réellement d'or et d'argent en dépôt,
jusqu'à sa banqueroute en 1720.
Lors de la Révolution française, la crise financière durera de 1789 à 1799, marquée par l'inflation, l'accroissement de la dette publique, et l'instauration de l'assignat,
monnaie-papier gagée sur les biens de l’Église. Les différents pouvoirs
qui vont se succéder essaieront toutes les recettes pour lutter contre
l'inflation : impôts sur les riches, subventions aux pillards,
confiscations des grandes propriétés de propriétaires terriens, émission
de nouveaux assignats, guerres, etc.[19] En 1793,
la Convention vote la Loi du maximum général, qui fixe des prix maximum
pour de nombreuses denrées (ainsi que pour les salaires) ; cette loi,
qui tente de remédier à la disette qui sévit dans la France
révolutionnaire, sera abolie en 1794, au vu de son inefficacité et des
pénuries qu'elle provoque. C'est la restauration de l'étalon-or par Napoléon qui permettra à la France de retrouver un équilibre économique.
Citations
- « L'inflation, c'est de subventionner des dépenses qui ne rapportent rien avec de l'argent qui n'existe pas. » (Jacques Rueff)
- « L'inflation est à l'argent ce que la salade verbale du
schizophrène est au langage ; ils illustrent tout d'abord que l'homme,
selon les termes de Nietzsche, est « un animal qui fait des promesses »,
et ensuite, qu'il est plus facile de rompre une promesse que de la
tenir. » (Thomas Szasz)
- « La meilleure façon de détruire le système capitaliste est de
s'attaquer à sa monnaie. Par des procédés constants d'inflation, les
gouvernements peuvent confisquer d'une façon secrète et inaperçue une
part notable de la richesse de leurs nationaux. Par cette méthode, ils
ne font pas que confisquer : ils confisquent arbitrairement et tandis
que le système appauvrit beaucoup de gens, en fait il en enrichit
quelques-uns. La méthode se poursuivant, la valeur réelle de la monnaie
variant de mois en mois, les rapports constants de débiteurs à
créanciers, qui constituent le premier fondement du capitalisme, sont
troublés au point de perdre toute signification. Et les procédés
d'enrichissement deviennent un jeu de hasard, une loterie. Il n'y a pas
de moyen plus subtil et plus sûr de bouleverser la base actuelle de la
société que de corrompre la circulation monétaire. Le procédé range
toutes les forces cachées des lois économiques du côté de la
destruction, et cela d'une façon que pas un homme sur un million ne peut
prévoir. » (John Maynard Keynes, La Réforme monétaire, 1923)
- « L’État est fondamentalement inflationniste : c’est parce que
l’inflation est un moyen à la fois puissant et subtil de s’approprier
les ressources de la population. Elle est d’autant plus dangereuse
qu’elle est moins douloureuse que l’impôt. » (Murray Rothbard )
- « L'inflation est toujours et partout un phénomène monétaire en
ce sens qu'elle est et qu'elle ne peut être générée que par une
augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la
production. » (Milton Friedman)
- « L'inflation est une forme d'imposition qui possède une
caractéristique tout à fait particulière : c'est la seule forme
d'imposition qui puisse être appliquée sans l'accord de personne. Aucun
représentant du Congrès ne s'est jamais trouvé dans l'obligation de
prendre parti et de dire « je vote pour l'inflation », mais il n'empêche
que l'inflation est tout de même une forme d'imposition. Elle l'est directement, à travers la monnaie émise pour financer les dépenses du gouvernement. Elle l'est aussi indirectement,
dans la mesure où, lorsqu'il y a inflation, les contribuables se
trouvent placés dans des tranches de plus en plus élevées et sont soumis
à des taux d'imposition plus forts sans qu'il y ait de relèvement
officiel. » (Milton Friedman, Inflation et systèmes monétaires, 1968)
- « Recourir à l'inflation pour surmonter des difficultés passagères équivaut à brûler ses meubles pour se chauffer. » (Ludwig von Mises)
- « L'inflation est la voie vers le chômage. » (Friedrich Hayek, Nouveaux Essais de philosophie, de science politique et d'économie)
- « Je ne pense pas que cela soit une exagération de dire que
l’Histoire est largement une histoire de l’inflation, une inflation
habituellement fabriquée par les gouvernements, pour le gain des
gouvernements. » (Friedrich Hayek)
- « Qu'est-ce que le scandale de Panama au regard de l'énorme racket permis par l'inflation ? Presque une goutte d'eau dans la mer. » (Maurice Allais)
- « La première panacée d’une nation mal gouvernée est l’inflation
monétaire ; la seconde, c’est la guerre. Toutes deux apportent une
prospérité temporaire ; toutes deux apportent une ruine permanente. Mais
toutes deux sont le refuge des opportunistes politiques et
économiques. » (Ernest Hemingway, Notes sur la prochaine guerre, 1935)
- « Il est frappant – mais pas surprenant – de constater que jamais
dans l’Histoire il n’y a eu autant d’inflation et de crises monétaires
que depuis ces nationalisations des monnaies qui ont ôté aux monnaies
formelles la plus grande partie de leur caractère monétaire. » (Pascal Salin)
- « Le gain dans la mutation de la monnaie est pire que l’usure. » (Nicolas Oresme, Traité de la première invention des monnaies, 1355)
- « Vous ne pouvez raisonnablement penser que si la quantité de
blé, de draps, de navires, de chapeaux, de souliers reste la même, la
part de chacun puisse être plus grande, parce que nous nous présenterons
tous sur le marché avec une plus grande quantité de francs métalliques
ou fictifs. » (Frédéric Bastiat[20])
- « À défaut de QI (quotient intellectuel), l’État procède à des QE (quantitative easing). » (Philippe Béchade, décembre 2013)
- « L'inflation c'est l'impôt qui ne se voit pas. Et c'est la
solution des gouvernements qui sont ruinés. Quand on n'a plus d'argent,
on le vole, tout simplement. » (Nicolas Doze, février 2014)
- « [Il suffit] de lire les livres qui racontent le passé. Les
ouvrages monétaires qui traitent de l’Expérience de Law, de celle des
Assignats, de celle de Weimar. Quand on met le doigt dans le monétaire,
on n’en sort pas, le monétaire demande toujours plus, c’est une règle
issue de l’expérience. » (Bruno Bertez)
- « Je rappelle que l'inflationnisme n'est pas la hausse des prix
des biens et de services ; l'inflationnisme, c'est la destruction des
bases, des soubassements, des fondations de la monnaie. C'est la
destruction des principes mêmes de la monnaie saine et viable. » (Bruno Bertez[21])
- « L'inflation est l'élixir magique de la fée banque centrale qui
permet de ronger les dettes d’État en taxant de façon invisible épargne
et consommation. L'inflation est un petit impôt sournois payé par tous
qui permet, selon le mot de Colbert, de "plumer l'oie sans la faire crier". » (Simone Wapler[22])
- « L'inflation, c'est comme la pâte dentifrice. Une fois qu'elle est sortie du tube, il est impossible de l'y faire rentrer. » (Karl Otto Pöhl)
- « Plus on fabrique de monnaie, plus sa valeur qui de surcroit ne
repose que sur la confiance dans l’État qui l’émet (le fait d’avoir
écrit dans la même phrase confiance et État m’a fait beaucoup rire),
tend vers zéro. » (Olivier Delamarche, octobre 2017)
- « Je ne pense pas que cela soit une exagération de dire que l’Histoire
est largement une histoire de l’inflation, une inflation habituellement
fabriquée par les gouvernements, pour le gain des gouvernements. » (Friedrich Hayek)
Informations complémentaires
Notes et références
Suite à la découverte de métaux précieux dans le nouveau Monde, au XVIe siècle, l'Europe subit un triplement des prix.
Dans
les anciens pays socialistes, l'inflation prend des formes perverses :
rationnement, épargne forcée, magasins privilégiés...
Des biens de consommation, en passant par les biens intermédiaires et les biens de production
La déflation
est le contraire de l'inflation. C'est donc un phénomène permanent (on
dit aussi auto-entretenu) et généralisé de baisse des prix. Comme le
phénomène historiquement (du moins dans la période contemporaine) le
plus fréquent est bien l'inflation, on parle parfois d'une inflation
négative (par exemple : inflation de -0,1 %).
La désinflation
est une baisse du taux d'inflation. Par exemple, si pendant des années
l'inflation s'est située à 10 % en moyenne et que l'inflation des années
suivantes baisse à 7 %, puis 5 %, puis 2 %, on parlera de phénomène désinflatoire. Poussée plus loin, on passe à la déflation.
Montant des comptes chèques et de la monnaie en circulation, divisé par un indice du niveau général des prix
Le gouvernement est la seule institution qui peut prendre une feuille
de papier de très bonne qualité, y imprimer quelques nobles paroles, et
lui faire perdre toute valeur. (Ludwig von Mises)
« L'inflation est l'opium du peuple » Henry Hazlitt
Emil Claasen, Pascal Salin et alii, 1978, L'Occident en désarroi, Dunod, Paris
Maurice Allais, 1974, L'inflation française et la croissance, colloque du 18 décembre 1974, ALEPS, p69
L'inflation
allemande a conduit à une augmentation de l'indice des prix de 1 à 135
d'avril à août 1923, alors que les moyens de paiement augmentaient de 1 à
15, soit dix fois moins.
Montant total des transactions effectuées au cours d'une certaine période, rapporté à la masse monétaire.
Il
n’y a aucun moyen d’éviter l’effondrement final d’une croissance
économique générée par l’expansion du crédit. La seule alternative est
de savoir si la crise viendra plus rapidement par l’abandon volontaire
de l’expansion du crédit, ou plus tardivement par un effondrement
catastrophique et inéluctable du système monétaire concerné. (Ludwig von Mises)
Contrôle des prix, contrôle des changes, contrôle des loyers, contrôle des taux d'intérêt...
En
1982, deux ménages français sur cinq étaient propriétaires de leur
logement. Aujourd'hui, plus de 50 % des Français sont propriétaires de
leur logement.
Maurice Allais, 1977, L'impôt sur le capital,
Hermann, Paris, pp167-168. En fait, Maurice Allais est moins sévère à
l'encontre de l'État car il considère que c'est le seul à pouvoir
contrôler la monnaie.
Maurice Allais appuie sa démonstration de l'illusion monétaire par l'apologie du marchand de clous de Colson. En régime d'hyperinflation,
le marchand de clous augmente de jour en jour sa recette sur la vente
de clous. Mais, en réalité, il vend de moins en moins d'unités de clous.
Pire, chaque matin, il est obligé de se réapprovisionner avec des clous
de plus en plus chers. À la fin, il ne lui reste en stock plus qu'un
clou... L'économiste Colson ajoute de façon cynique et morbide, que ce
dernier clou ne sert au marchand que pour se pendre.
Voir par exemple La montagne de cash.
"La crise financière française de 1789-1799", le Jardin des Livres, 2013.
Maudit argent, Frédéric Bastiat
Bruno Bertez, L'Agefi, 11 novembre 2019
Bibliographie
- 1922, Albert Despaux, "L'Inflation dans l'histoire", Paris: Impression spéciale de l'Information
- 1959,
- Romulo A. Ferrero, "Inflation in Underdeveloped Countries", The Freeman, February, Vol 9, n°2, pp15-17
- Hughston McBain, "A merchant's appraisal of inflation", The Freeman, June, Vol 9, n°6, pp14-20
- Samuel Pettengill, "Inflation is a burglar", The Freeman, September, Vol 8, n°9, pp13-16
- 1971, George Hagedorn, "Uneven Inflation", The Freeman,
April, Vol 21, n°4, pp200-202 (L'auteur explique que les réponses
inégales des différents prix et des revenus introduisent des distorsions
et des inégalités dans l'économie)
- 1977,
- William L. Baker, "Inflation and Stabilization. The Elusive Promise", The Freeman,
August, Vol 27, n°8, pp462-465 (L'auteur estime que quelle que soit la
décision de l'État, que ce soit pour intervenir pour gonfler ou pour
stabiliser la masse monétaire, l’effet est de frustrer les producteurs
et les consommateurs.)
- Elmer A. Fike, "Why Inflation", The Freeman,
August, Vol 27, n°8, pp475-476 (L'auteur précise que ce n’est pas les
biens et les services sur le marché, mais la quentité de monnaie qui est
le facteur critique de l'inflation.)
- Milton Friedman. « Nobel Lecture: Inflation and Unemployment ». Journal of Political Economy 85, n° 3 (June) : p. 451-472. [lire en ligne]
- Harry Johnson, "A Note on the Dishonest Government and the Inflation Tax", Journal of Monetary Economics, July, pp375-377
- 1983. François Seurot. Inflation et emploi dans les pays socialistes. Libre échange. Paris : Presses Universitaires de France. (ISBN 2-13-037624-X) [lire en ligne]
- 1993, David Ranson, "Inflation", In David R. Henderson,
dir., "The Fortune Encyclopedia of Economics: 141 Top Economists
Explain the Theories, Mechanics, and Institutions of Money, Trade, and
Markets", New York: Time-Warner Books, Inc., pp211-216 [lire en ligne]
- 2008. Friedrich A. Hayek. « La campagne contre l'inflation keynésienne ». Chap. 13 des Nouveaux essais de philosophie, de science politique, d'économie et d'histoire des idées. Bibliothèque classique de la liberté. Paris : Les Belles Lettres. (ISBN 978-2-251-39047-5) [prés. en ligne]
- 2012,
- Guido Hulsmann, "Inflation", In: Mathieu Laine, dir., "Dictionnaire du libéralisme", Paris: Larousse, pp325-327
- Tyler Watts, "Not Enough Inflation? It Just Ain’t So!", The Freeman, July-August, Vol 62, n°6, pp6-7
- 2018, Brendan Brown, "What Is Wrong with the 2% Inflation Target?", In: Annette Godart-van der Kroon, Patrik Vonlanthen, dir., "Banking and monetary policy from the perspective of Austrian economics", Cham: Springer, pp85-101
Articles connexes
Liens externes
https://www.wikiberal.org/wiki/Inflation
C-3) - Économie
L’économie (du grec oïkos, maison et nomos, administrer) est la science
sociale qui étudie comment les ressources rares sont employées pour la
satisfaction des besoins des hommes vivant en société ; elle s’intéresse
d’une part, aux opérations essentielles que sont la production, la distribution, et la consommation des biens, d’autre part, aux institutions
et aux activités ayant pour objet de faciliter ces opérations. Plus
brièvement, l'objet de l'économie est de répondre au problème : comment
faire au mieux avec ce dont on dispose.
L'économiste est un spécialiste de l'économie.
L’École autrichienne d'économie
conteste la définition de l'économie comme science de « l’allocation
des ressources rares », ou science du « choix », car cette définition
conduit vers l'ingénierie sociale (constructivisme ou interventionnisme). Elle préfère parler de praxéologie (science de l'action humaine), catallactique (étude des échanges) et thymologie (psychologie de l'action humaine).
Toute l'économie en une page ?
Milton Friedman,
prix Nobel d'économie, a eu l'occasion de dire « ce qui est
extraordinaire avec la science économique, c'est que toutes ses lois
tiennent réellement en une page, mais leur simplicité n'a jamais été
acceptée par la plupart des gens ».
L'économiste américain Mark Skousen a relevé le défi. Le texte ci-dessous a été publié par la revue du FEE (Foundation for Economic Education, New York), The Freeman, en janvier 1997. Ce texte a été traduit par Jacques Garello, président de l'ALEPS, Association pour la liberté économique et le progrès social, pour La Nouvelle Lettre, numéro du 15 février 1997.
- 1. Intérêt personnel : personne ne dépense l'argent des autres avec autant de soin que le sien propre.
- 2. Croissance économique : la clé de l'élévation du niveau de vie est de développer l'épargne, la formation de capital, l'éducation et la technologie.
- 3. Commerce : lors de tout échange volontaire, quand ils disposent d'une information précise, l'acheteur et le vendeur
sont tous les deux gagnants ; de ce fait, une augmentation du commerce
entre individus, entre groupes ou entre pays est profitable aux deux
parties.
- 4. Concurrence :
étant donné la réalité physique et universelle de la disponibilité
limitée des ressources et une demande toujours croissante, la
concurrence existe dans toutes les sociétés et ne peut pas être abolie
par décret gouvernemental.
- 5. Coopération : puisque la plupart des individus ne sont pas
autosuffisants, et que presque toutes les ressources naturelles doivent
être transformées pour devenir utilisables, les individus -
travailleurs, propriétaires, capitalistes et entrepreneurs - doivent travailler ensemble dans le but de produire des biens et services de valeur.
- 6. Division du travail et avantages comparatifs : les différences de talents, d'intelligence, de savoir et de propriété conduisent à la spécialisation et à un avantage comparatif détenu par chaque individu, entreprise ou pays.
- 7. Dispersion du savoir : l'information sur le comportement du marché est si diverse et omniprésente qu'elle ne peut être saisie ni calculée par une autorité centrale.
- 8. Perte et profit : le profit et la perte sont des mécanismes du marché qui indiquent ce qui doit être ou ne pas être produit dans le long terme.
- 9. Coût d'opportunité :
étant donné les contraintes de temps et de ressources, il faut toujours
faire des arbitrages. Vouloir faire quelque chose demande de renoncer à
autre chose que l'on aurait aimé faire aussi. Le prix payé pour
s'engager dans une activité est égal au coût des activités auxquelles on
a renoncé.
- 10. Théorie des prix : les prix sont déterminés par l'estimation subjective des acheteurs (demande) et des vendeurs
(offre), et non par un quelconque coût de production objectif ; plus le
prix est élevé, moins les quantités achetées seront grandes et plus les
quantités offertes seront importantes.
- 11. Causalité : à chaque cause correspond un effet. Les actions des individus, des entreprises ou des gouvernements
ont un impact sur les autres acteurs de l'économie, impact qui peut
être prédit, bien que le niveau de prédictibilité dépende de la
complexité des actions engagées.
- 12. Incertitude : il existe toujours une dose de risque et
d'incertitude sur l'avenir, car les gens effectuent des réévaluations,
tirent des leçons de leurs erreurs et changent d'avis, ce qui rend
délicate toute prédiction sur leurs comportements à venir.
- 13. Économie du travail : l'augmentation des salaires sur le long terme ne peut être réalisée que par une plus grande productivité, c'est-à-dire par davantage d'investissements en capital pour chaque travailleur ; le chômage chronique est une conséquence de l'action du gouvernement qui fixe les taux de salaire au-dessus du niveau d'équilibre du marché.
- 14. Contrôles du gouvernement :
les contrôles des prix, des salaires ou des loyers peuvent bénéficier à
certains individus ou groupes, mais pas à la société dans son
ensemble ; en fin de compte, ces contrôles créent de la pénurie, du
marché noir et une détérioration de la qualité et des services. Les
repas gratuits, ça n'existe pas.
- 15. Monnaie :
des tentatives délibérées pour déprécier la monnaie nationale, ou
baisser artificiellement les taux d'intérêt, ou encore pour s'engager
dans des politiques d'argent facile conduisent inévitablement à l'inflation, à des cycles prospérité/récession et aux crises économiques. C'est le marché, et non l'État, qui devrait régler la monnaie et le crédit.
- 16. Finances publiques : dans toutes les entreprises publiques, et afin de maintenir un haut niveau d'efficacité et une bonne gestion, les principes du marché doivent être adoptés chaque fois que cela est possible :
- 1) le gouvernement devrait essayer de se cantonner à ce que les
entreprises privées ne peuvent pas faire ; il ne doit pas s'engager dans
des affaires que le secteur privé gère mieux que lui.
- 2) le gouvernement devrait fonctionner selon ses moyens.
- 3) l'analyse coût/avantage : les bénéfices marginaux doivent être supérieurs aux coûts marginaux.
- 4) le principe de commutativité : ceux qui bénéficient d'un service devraient payer pour ce service.
Économie et mathématiques
Une idée assez répandue est celle que l'économie, puisque elle est
une matière scientifique, doit obligatoirement être traitée de manière
mathématique. Par exemple, l'économiste néerlandais Jan Tinbergen (1903-1994), physicien de formation et un des fondateurs de l'économétrie, tire la conclusion que « nul n'est économiste s'il n'est mathématicien ».
L'emploi des mathématiques
en économie permet d'aboutir à des résultats rigoureusement exacts, et
tout à fait conformes à un modèle (censé représenter la réalité) qui,
lui, est hélas parfaitement irréaliste ! Ce travers scientiste se retrouve aussi bien chez les économistes anglo-saxons (par exemple Paul Samuelson) que chez les Français (par exemple Maurice Allais).
Notons d'abord qu'il est impossible de tester empiriquement les
théories économiques, parce que les faits sociaux sont des phénomènes
complexes non répétables.
L'économie mathématique introduit des suppositions qui l'aide à
arriver aux conclusions désirées, des hypothèses arbitraires qui, à la
limite, rendent le modèle totalement irréel. Elle se limite aux
problèmes qui peuvent être résolus. On obtient des réponses abstraites à
des questions abstraites, mais qui ne décrivent pas une économie
réelle. On préfère traiter les problèmes qu'on sait résoudre plutôt que
les problèmes réels.
Exemples :
- la théorie de l'équilibre général des économistes de l'École de Lausanne (Léon Walras), avec les hypothèses irréalistes de la concurrence
dite parfaite (atomisation des marchés, parfaite divisibilité et
parfaite mobilité des biens et des services productifs, instantanéité,
homogénéité des produits, connaissance parfaite de la part des agents
économiques).
- la théorie des anticipations rationnelles,
qui part de suppositions aussi irréalistes (tous les agents sont d'une
intelligence surnaturelle et les marchés sont continuellement en
équilibre).
L'approche mathématique, malgré ses prétentions, n'a donc rien de
scientifique (son seul avantage est qu'elle arrive, par le calcul, à des
résultats, qu'elle prétend valables pourvu qu'on ne conteste pas les
hypothèses de départ). La principale déficience de l'économie
mathématique provient de ce qu'elle ignore le processus de marché,
c'est-à-dire l'action humaine et ses implications logiques, toutes
choses qui ne peuvent pas être traduites dans des équations
mathématiques.
L'École autrichienne a longtemps combattu le traitement mathématique des questions économiques. Murray Rothbard écrit :
- « Le meilleur guide du lecteur pour la jungle de l'économie
mathématique est de passer outre au fatras arbitraire de ses équations
et d’aller rechercher ses hypothèses sous-jacentes. Invariablement,
celles-ci sont en petit nombre, elles sont simples, et elles sont
fausses. Elles sont fausses justement parce que les économistes
mathématiciens sont des positivistes,
qui ne savent pas que l'économie part d’axiomes qui sont vrais. Les
économistes mathématiciens passent donc leur temps à élaborer des
hypothèses dont ils reconnaissent qu’elles sont fausses, totalement ou
partiellement, mais dont ils espèrent qu’elles pourront servir comme
autant d’approximations utiles, comme ils le feraient en physique. (Note sur l'économie mathématique)
Déjà Jean-Baptiste Say parlait ainsi des personnes qui utilisaient les mathématiques en économie :
- « Ces personnes [...] n'ont pu énoncer ces problèmes en langage
analytique sans les dépouiller de leur complexité naturelle, au moyen de
simplifications et de suppressions arbitraires, avec les conséquences,
insuffisamment appréciées, qu'ils changeaient toujours la condition du
problème et viciaient tous ses résultats ; cela fait qu'on ne peut
déduire de tels calculs aucune autre inférence que celles qui se
dégagent de la formule arbitrairement supposée. (Traité d'économie politique, 1803)
Un autre défaut de la science économique mathématisée est qu'elle ne tient pas compte d'un élément important : les règles de droit (et si elle en tient compte, elle confond droit avec législation ou réglementation).
Voir aussi scientisme, économisme, planisme.
Séparation de l’État et de l'économie
De même qu'au cours des siècles on a abouti, au moins en Occident, à une séparation de l’État et de l’Église, l'expression la plus simple du libéralisme économique est la suivante : séparation de l’État et de l'économie, l’État ne conservant que les fonctions régaliennes indispensables à la bonne marche de l'économie (répression du meurtre, du vol, de l'escroquerie...) :
- « Quand je dis capitalisme, je veux dire un capitalisme de laissez-faire
entier, pur, incontrôlé, non réglementé - avec une séparation de l’État
et de l'économie, de la même façon et pour les mêmes raisons qu'on a
réalisé la séparation de l'église et de l’État. (Ayn Rand)
Cela implique l'interdiction de toute dette publique, la fin du capitalisme de connivence et cela peut en particulier aller jusqu'à la suppression d'institutions inutiles et nuisibles : banque centrale, FMI, etc. avec l'emploi de monnaies privées en remplacement des monnaies contrôlées par l’État.
Aux interventionnistes qui exigent de mettre l'économie au
service des peuples, les libéraux répliquent que l'économie est toujours
au service des peuples, pourvu que l’État n'intervienne pas pour
favoriser certains aux dépens des autres (capitalisme de connivence, protectionnisme, privilèges, autres formes d'interventionnisme, etc.)
Citations
- [L’économie] est une science des moyens à mettre en œuvre pour
la réalisation de fins choisies, et non pas, assurément, une science du
choix des fins. Les décisions ultimes, l’évaluation et le choix des
buts, sont au-delà du champ d’une science, quelle qu’elle soit. La
science ne dit jamais à l’homme comment il doit agir ; elle montre
seulement comment un homme doit agir s’il veut atteindre des objectifs
déterminés.
- Ludwig von Mises
- L’économie semble paraître hermétique ou inintéressante pour le commun des mortels
qui ne se doute pas à quel point elle façonne tous les jours notre
existence. À ne pas comprendre l’économie, on prend le risque de la
subir, et de se laisser influencer par les apprentis sorciers du
contrôle social qui sont nombreux aujourd’hui à profiter de l’ignorance
ou de l’aveuglement.
- Jean-Louis Caccomo
- Un roi fit venir un économiste. Celui-ci arriva avec une encyclopédie en 18 volumes ; le roi le fit mettre à mort. Le second arriva avec un gros dictionnaire ; le roi le chassa. Un troisième vint et dit : « Sire, un repas gratuit, cela n'existe pas » ; le roi le nomma Premier ministre.
- Milton Friedman
- L'économie est la science qui étudie le comportement humain en
tant que relation entre les fins et les moyens rares à usages
alternatifs.
- Lionel Robbins, 1932
- La science économique est la façon de comprendre le comportement
en partant de l'hypothèse que les gens ont des objectifs et tendent à
choisir la façon correcte de les réaliser.
- David Friedman
- Quand on cesse de compter, c'est la peine des hommes que l'on cesse de compter.
- (Charles Bettelheim, économiste marxiste)
- La connaissance économique conduit nécessairement au libéralisme.
- Ludwig von Mises
- La théorie économique, pour sa part, est une théorie du
comportement humain, donc une théorie du comportement d'hommes qui
vivent en société, c'est-à-dire dans un système d'interrelations,
d'hommes qui sont confrontés au problème de la rareté
et qui recherchent les moyens de la surmonter. Elle est correcte si
elle part d'hypothèses cohérentes avec la manière dont les hommes se
comportent effectivement, mais elle ne l'est pas si elle est purement
formaliste ou si elle repose sur des hypothèses purement rêvées.
- Pascal Salin (Libéralisme, 2000)
- Être ignorant en économie n'est pas un crime, puisque après tout
c'est une discipline spécialisée, considérée par la plupart des gens
comme une science rébarbative[1].
Mais ce qui est totalement irresponsable est d'exprimer une opinion
forte et véhémente sur les sujets économiques tout en restant dans cet
état d'ignorance.
- Murray Rothbard
- L’économie se venge toujours.
- Raymond Barre
- Apprenez à un perroquet les termes « offre et demande » et vous obtenez un économiste.
- Thomas Carlyle
- Contrairement à ce que pensent beaucoup d’économistes,
l’économie n’est pas une branche des mathématiques, encore moins de la
psychologie ou, comme le pensent bien des observateurs neutres, de
l’astrologie. C’est tout simplement le dernier avatar de la logique,
branche de la philosophie, que nous avons hérité de nos ancêtres grecs.
L’économie n’est rien d’autre qu’une application de la logique aux
activités purement humaines de création, de distribution et de transfert
de la richesse entre générations.
- Charles Gave
- Quand une personne ne comprend pas l'économie, cela s'appelle de
l'ignorance. Quand il s'agit de millions de personnes, cela s'appelle
un mouvement politique.
- Scott Adams
- Le but de l’économie est d’infuser de l’être au sein de l’avoir.
L’économie est déjà devenue le principe unificateur entre les peuples.
Mais l’économie n’est pas seulement globale, elle est ce qui permet de
penser la globalité. Car elle met en jeu non seulement les êtres humains
entre eux, mais l’humanité et son environnement, l’esprit et la
matière.
- Christian Michel
- L'économie est la science qui connaît le prix de tout et la valeur de rien.
- Oscar Wilde
Informations complémentaires
Notes et références
Voir aussi
Liens externes
https://www.wikiberal.org/wiki/%C3%89conomie
D) - Les marchés peuvent-ils fournir des biens publics ?
La défense nationale, la pureté de l'air et les routes publiques sont souvent qualifiées de « biens publics » et citées comme un angle mort du capitalisme. Mais cette affirmation est-elle fondée ?
D-1) - Marché
En économie, le « marché » est l'ensemble des règles (juridiques ou informelles) qui permettent la réalisation d'un échange libre entre individus, en permettant l'interaction entre acheteurs et vendeurs confrontant leurs offres et demandes, réelles ou potentielles, aboutissant à déterminer la valeur d'un produit, service ou actif, ou d'un ensemble de produits, services ou actifs.
Le marché est un concept central en économie.
Le marché est un processus entièrement produit par des actions humaines
qui porte tout aussi bien sur les échanges de biens et de services, d'actifs financiers et immobiliers, tant au niveau local que mondial.
Un processus de marché[1] est un ajustement continuel aux exigences des différents acteurs économiques.
En marketing,
on divise le marché en segments, car l'échange permet à la fois de
délivrer des biens et des services et de révéler des préférences. On
s'aperçoit par exemple que dans une économie ouverte, les innovations de
biens et de services sont de plus en plus développées. Nous ne sommes
plus à l'heure de la Ford T du début du XXe siècle où le vendeur
déclarait ironiquement qu'il était possible de choisir la couleur de sa
voiture dans la mesure où on l'acceptait noire. Dans le secteur de la
parfumerie, il y avait dans les années 1980 six nouvelles créations de
parfums par an. On dépasse la centaine aujourd'hui. Dans la grande
distribution (hors hard discount), à superficie égale, il y a 70 % de
références supplémentaires qu'il y a 20 ans. Pour une surface de 7000
m², il existe désormais 100 000 références. Dans la presse, également,
il sort plus de 1000 titres nouveaux par an avec un fort taux de
mortalité. Le marché libre accompagne l'hétérogénéité des choix des consommateurs qui explique, en partie, l'hétérogénéité des entreprises[2].
Les libéraux, tenants du libre-échange, estiment que lorsque des contraintes étatiques
portent sur les échanges, au niveau des quantités pouvant être offertes
ou achetées, ou au niveau des prix, on s'éloigne en partie ou
totalement du concept de marché. Dans cette vision, on considère que le
marché est dit efficace s'il concourt à approcher le juste prix et une allocation des ressources optimum.
Erreurs fréquentes
Les libéraux ramènent tout au marché
Dans des discussions économiques à propos du « marché », ceux qui
essayent d'apporter une définition plus exacte sont accusés de « tout
ramener au marché », c'est-à-dire tout expliquer dans l'optique d'un
processus de marché.
Le libéral
n'a aucune dévotion irraisonnée envers le marché, et n'affirme pas que
le libre marché soit la solution magique à tous les maux de la vie en
société ; il affirme que c'est le processus le plus juste, celui qui
respecte le mieux le droit de l'individu.
Comme l'énonce Pascal Salin :
« Les libéraux ne sont pas concernés par le marché, ils sont concernés par les droits, ce qui n'est pas du tout la même chose »[3].
Celui qui accuse les libéraux d'avoir la religion du marché
montre précisément son incompréhension de toute réalité économique : il
personnifie le marché et en fait une entité maléfique, alors qu'il n'est
qu'un mode d'interaction entre les personnes, issu de la civilisation
et de l'échange pacifique.
Par ailleurs, le don, le bénévolat, la solidarité, la mise en commun volontaire de biens, constituent autant de façons d'agir, respectables tant qu'elles ne sont pas coercitives. Elles illustrent en fait la thèse libérale de la subjectivité de la valeur : une personne peut accorder plus de valeur à telle forme d'échange (peut-être non marchand, non monnayé ou non monnayable) qu'à telle autre.
Autre élément important : l'homme n'est pas une marchandise car il ne peut faire l'objet d'un droit de propriété. Comme philosophie politique opposée à l'esclavage et à la servitude, le libéralisme ne cautionne donc pas l'idée selon laquelle un individu
pourrait être cédé ou vendu comme le serait un produit commercialisé. À
ceux qui assimilent le salariat à l'esclavage, il convient de répondre
qu'en tant que salarié
un individu est payé pour le service qu'il rend à son employeur, et non
pas parce qu'il aurait loué ou, a fortiori, vendu son corps. Ensuite,
le contrat de travail
a été signé librement par celui qui a accepté de devenir employé, et a
trouvé ce statut préférable à celui de travailleur indépendant[4] ou d'entrepreneur.
Les adversaires du libéralisme, qui prétendent souvent que les libéraux déifient le marché, cherchent en fait des justifications à l'interventionnisme et au constructivisme
étatiques, censés remédier aux prétendues défaillances du marché. De
telles interventions n'aboutissent qu'à perturber l'économie, au
bénéfice des uns et au détriment des autres, ce qui justifie de
nouvelles interventions toujours plus liberticides, dans un processus de
cercle vicieux dont se nourrit l'étatisme. « Optimiser », « planifier », « corriger », tels sont les mots d'ordre de tous ceux qui veulent régenter la vie des autres.
Le marché est immoral (ou amoral), c'est pour cela qu'il doit être régulé
Il n'est pas dans la nature du marché d'être ou de ne pas être moral. Le marché existe parce qu'il est le lieu naturel où peuvent s'effectuer en toute liberté les échanges des acteurs. Cela gêne beaucoup de monde parce que ça fonctionne tout seul (la fameuse métaphore[5] de la main invisible)
et beaucoup se sont essayés à moraliser ce processus : il léserait
celui-ci, avantagerait celui-là, etc. Mais au nom de quelle chimérique
échelle de valeur neutre et non-idéologique pourrait-on apporter un
jugement moral sur le fonctionnement du marché ? Au nom de quels
critères une poignée d'hommes, même sous prétexte qu'ils sont élus,
peuvent-ils intervenir sur ce marché en décrétant qu'il fonctionne mal ?
Au nom de quoi apporter un correctif, si ce n'est par orgueil, par
suffisance ? Et pour apporter quoi ? Des bons sentiments plus que de la
morale (ils constituent la morale de celui qui n'en a pas).
Pourquoi les libéraux exigent-ils le libre-échange ? Par respect du droit de propriété de chaque personne comme de chaque entreprise.
Les mêmes qui demandent la mise en place de toutes sortes d'entraves
fiscales ou réglementaires sont les premiers qui s'insurgeraient si on
prétendait les empêcher de jouir comme ils l'entendent de leur propriété
individuelle. En bons égoïstes, ils réclament pour les autres ce qu'ils n'accepteraient pas pour eux.
Le marché est coercitif
Il y a souvent dans le public, même chez les personnes supposées bien
informées (journalistes, commentateurs) un fantasme du marché
coercitif, avec l'idée non exprimée que l'acheteur (appelé prédateur
s'il s'agit d'une OPA inamicale) peut faire ce qu'il veut à coups de
millions ou de milliards. Comme si en face d'un acheteur, il n'y avait
pas un vendeur, ou des vendeurs (les actionnaires), qui sont libres de vendre ou de ne pas vendre.
Ce fantasme antilibéral
voit le marché comme une bête immonde, comme la loi de la jungle, alors
qu'il n'est qu'un lieu d'échanges volontaires. Le marché est considéré
aussi comme une machine, un distributeur automatique : on met l'argent
d'un côté, et de l'autre on récupère ce qu'on voulait acheter. Comme si
la vie économique revenait à faire ses courses au supermarché, où l'on a ce qu'on veut du moment qu'on peut payer.
Le marché ne permet pas forcément à l'acheteur d'acheter au prix qu'il souhaite ni au vendeur
de vendre au prix qu'il désire. C'est pour cela que le marché est
l'objet de toutes les critiques (la loi du marché, s'aligner sur les
prix du marché, etc.). On oublie que le marché n'est pas un être en soi,
mais résulte de décisions d'une multitude d'individus. Fausser le
marché par une décision étatique (au nom d'une fiction telle que le juste prix) revient toujours à léser certaines personnes au profit d'autres.
Le marché ne se soucie que du court terme
Plusieurs économistes, y compris certains présentés comme libéraux tels Raymond Barre, ne manquent pas de fustiger la myopie du marché et sa vision à très court terme.
En réalité, les prix du marché intègrent toutes les informations
pertinentes sur les produits, y compris leur rareté actuelle et leur
rareté à venir. En effet, dans le cas des actions, ce sont les bénéfices
futurs des entreprises qui sont les plus importants dans la
valorisation de l'entreprise. Ainsi, pratiquement et rapidement, les
investisseurs évaluent quels seront les bénéfices futurs de l'entreprise
et, en en faisant la somme, obtiennent la valeur actuelle de
l'entreprise.
De nombreuses études académiques se sont intéressées à la
question de la myopie supposée du marché, toujours avec les mêmes
conclusions : comme le note les économistes Augustin Landier et David Thesmar,
« la théorie économique confirme les faits : le marché n'est pas
myope » mais valorise correctement les entreprises dont on attend des
bénéfices même à long terme[6].
Ainsi, comme l'ont noté les économistes Steve Kaplan et Per Stromber en
2005, 82 % des entreprises qui s'introduisent en bourse ne sont pas
bénéficiaires. 85 % subissent encore des pertes trois ans plus tard[7].
Formulé autrement, les entreprises qui font des pertes mais dont on
peut attendre des bénéfices importants dans le futur trouvent des
capitaux en bourse, contredisant l'idée reçue de la myopie du marché. Comme le remarque Agnès Verdier-Molinié, « si les marchés étaient myopes, comment pourraient-ils accepter de continuer à financer ces entreprises ? »[8].
On peut également remarquer que les marchés financiers organisés (Bourse de valeurs) sont nés aux Pays-Bas,
en partie pour permettre aux armateurs de lever des fonds d'expéditions
futures. Là encore, le marché était là pour apporter des capitaux
à des entreprises déficitaires sur le moment mais porteuses d'espoirs
de bénéfices futurs. Non seulement le marché ne se soucie que peu du
court terme mais il se soucie surtout du long terme (à la différence du
politicien qui n'a en vue que la prochaine élection).
Le marché existe, on peut le rencontrer
Dans certains discours altermondialistes ou étatistes,
on parle de « dictature du marché » ou de « règne du marché », comme si
le marché existait comme entité. Cette personnalisation sert
généralement des fins de diabolisation facile. Ainsi, « le grand méchant
marché » est-il souvent présenté par ses opposants comme un épouvantail
à abattre.
Ce raisonnement est faux, car le marché n'existe pas en tant
qu'entité. Le marché, c'est chacun d'entre nous, chacun de ses acteurs,
producteurs et consommateurs ou intermédiaires. Ce n'est qu'un raccourci
pour parler de la conjonction d'une multitude d'initiatives privées. Le
marché, ce sont des acteurs plus ou moins nombreux selon le type de
produit échangé. Ainsi, le marché du pain en France est constitué des
millions de consommateurs qui achètent leur baguette, des dizaines de
milliers de boulangers, d'agriculteurs, etc.
On retrouve une constante de la logique collectiviste : invoquer
des entités collectives mal définies soit pour les mettre en accusation
(le marché, le capitalisme) soit pour parler en leur nom (le
prolétariat, les travailleurs). Une analyse individualiste ou nominaliste permet de réfuter ce type d'affirmations.
Le marché ? Je ne connais pas cette personne
Murray Rothbard rattache au même type de sophisme organiciste le fait de parler du marché comme d'une personne, ou une non-personne :
- « Une erreur semblable est commise, aussi bien par les partisans
que les adversaires de l’économie de marché, lorsqu’ils disent que le
marché est impersonnel. Ainsi, l’on trouve souvent des gens qui se
plaignent que le marché serait trop impersonnel parce qu’il ne leur
accorde pas une part suffisante des biens de ce monde. C’est oublier que
le marché n’est pas une espèce d’être conscient, qui prendrait de
bonnes ou de mauvaises décisions : le concept n’est qu’une étiquette
dont on se sert pour désigner un type d’interactions volontaires entre
des personnes singulières. Si Untel pense que le marché impersonnel ne
le paie pas assez, la réalité concrète dont il se plaint en fait, c’est
que les citoyens Dupont, Durand, Duchmolle et Tartempion ne sont pas
prêts à le payer autant qu’il voudrait recevoir. Ce n’est pas une sorte
de monstre qui s’appellerait Marché, et qui le frustrerait dans ses
efforts. (Les oripeaux de la science - Chapitre premier d'Économistes et Charlatans, traduction François Guillaumat)
Le marché libre est une fiction libérale
Selon certains critiques, le marché libre est une fiction, car il aboutit en général à des oligopoles et à une fermeture à l'entrée, qui fait que ce marché n'a en réalité plus rien de libre.
Ce qui se cache derrière cette critique est en fait une volonté égalitariste.
Cela revient à critiquer un concours comme inégalitaire parce qu'il y
aura des reçus et des recalés. Et le marché est précisément cela : un
concours où les meilleurs (tels que les jugent les consommateurs
ou les clients des entreprises) gagnent et s'assurent des parts de
marché. Les critiques ignorent également l'aspect dynamique du marché :
une position n'est jamais acquise définitivement, et peut être perdue
suite à des innovations ou à des erreurs stratégiques.
Un oligopole peut effectivement fausser la concurrence
par le biais d'ententes sur les prix. La question est de savoir si
l'apparition d'un nouveau concurrent pratiquant des prix inférieurs ou
offrant un meilleur service est possible (légalement). Ludwig von Mises (L'Action humaine)
souligne que cet état de fait est « le résultat des politiques
interventionnistes adoptées par les gouvernants de tous les pays [...],
le fruit de politiques hostiles au capitalisme et qui visent à saboter
et détruire son fonctionnement. » Les situations pérennes de monopoles
ou d'oligopoles tiennent toujours de la corruption politique ou du capitalisme de connivence.
Citations
- « Le marché ne désigne que l’ensemble des relations à la fois
volontaires et potentielles entre les personnes. Volontaires, cela veut
dire que tout le monde y entre exprès en relation, et c’est une preuve
suffisante qu’elles y trouvent toutes leur intérêt. Potentielles, cela
veut dire qu’il y a marché tant qu’il y a choix. Si l’échange est à long
terme, on entre alors dans un contrat, et quand les contrats sont multiples, dans une organisation. »
- (François Guillaumat)
- « Ce qui marche, c’est le vote avec ses pieds, et c’est le vote avec son argent. Le vote avec son argent, la véritable démocratie,
celle cent mille fois, un million de fois plus démocrate que les
simulacres de représentation que nous connaissons, c’est le marché. Et
c’est pour ça bien entendu que le marché est le bouc émissaire de toute
cette caste exploiteuse. »
- (François Guillaumat)
- L'alternative au marché, c'est la violence : je m'impose à l'autre par la violence, je dispose de sa personne et de ses possessions contre sa volonté.
- (François Guillaumat, Crise scientifique et crise intellectuelle, Lumière101, 11/02/2009)
- « Le marché est le mode d’organisation et de coopération « co-essentiel » à l’État de droit libéral. »
- (Henri Lepage)
- « Le marché est une démocratie de consommateurs. »
- (Ludwig von Mises, L'Action humaine[9])
- « Les tentatives pour corriger l'ordre de marché conduisent à sa destruction. »
- (Friedrich Hayek, Droit, législation et liberté)
- « Comme nous le savons, la justification fondamentale du marché, ou plus précisément d’un système de droits de propriété
privés et de choix individuels, n’est pas l’efficacité d’un tel système
- pourtant indéniable - ou sa capacité à assurer le « bien commun ». Sa
justification est d’ordre moral : le marché fondé sur des droits de
propriété légitimes est « juste » parce qu’il est conforme à la nature
humaine et qu’il permet donc l’exercice de la responsabilité individuelle. »
- (Pascal Salin, Libéralisme[10])
- « Le marché est une institution, et qui postule et promeut
certaines vertus : la loyauté, le respect de la règle du jeu,
l'initiative, le sens du risque, la prévoyance, le sang-froid, l'effort
discipliné. Le marché est un jeu, éducateur comme tout jeu. L'économie
libre fait les hommes libres, et les hommes libres sont des hommes
moralement supérieurs. »
- (Daniel Villey)
- « Le marché est le seul moyen possible de réaliser sous forme de
travail utile la synthèse d'un travail divisé analytiquement en
spécialisés diverses. Le cultivateur mourrait de faim faute d'un morceau
de pain, le planteur de coton resterait nu, le charpentier devrait
vivre dans une caserne, s'il n'y avait des marchés pour réunir les
cultivateurs, les meuniers et les boulangers, les planteurs, les
filateurs, les tisserands et les tailleurs, les bûcherons et les
charpentiers. Ce rassemblement au moment opportun, en quantités
appropriées, conformément à l'aptitude de produire et au désir de
consommer, ne saurait être organisé et administré d'en haut par aucune
puissance humaine. C'est une synthèse organique, et non artificielle,
qui ne peut être réalisée que par la continuelle mise en présence des
demandes et des offres. Car la division du travail
et son réglage sur les marchés sont deux aspects inséparables d'un même
processus de production des richesses ; si l'on ne comprend pas cette
vérité, on ne peut pas comprendre le principe technique de la production
dans le monde moderne. »
- (Walter Lippmann, La Cité Libre)
Notes et références
Loic Sauce, 2017, « Market Process(es) and (un)Knowledge », The Review of Austrian Economics, 30 (3), pp305–321
G. Cattani, 2005, « Pre-adaptation, firm heterogeneity, and technological performance: A study on the evolution of fiber optics, 1970–1995 », Organization Science, Vol 16, pp563–580
Pascal Salin repris sur Quitter la Sécu
Un
travailleur indépendant est propriétaire de son entreprise. Il gagne sa
vie en travaillant pour lui-même, pas en tant qu'employé ou en tant que
propriétaire (actionnaire) d'une société. Un entrepreneur indépendant
est un homme ou une femme d'affaires indépendant. Il/elle est
responsable de la gestion de son propre commerce ou entreprise. Celui
qui travaille pour différentes entreprises ou pour différents individus
peut être également un travailleur indépendant, par exemple, un pigiste
(journaliste) qui travaille pour différents éditeurs. Il existe
également beaucoup de travailleurs indépendants qui exercent leur métier
en ligne.
- 1987, G. R. Carroll, E. Mosakowski, "The career dynamics of the self-employed", Administrative Science Quarterly, Vol 32, pp570–590
- 2014,
M. Caliendo, F. Fossen, A. S. Kritikos, "Personality characteristics
and the decisions to become and stay self-employed", Small Business
Economics, 42(4), pp787-814
A. Bernard, M. B. Adelman, 1990,
« Market metaphors for meeting mates », In: M. E. Goldberg, G. Gorn, R.
W. Pollay, dir., « Advances of Consumer Research », Association of
Consumer Research, Provo, UT, pp78-
Augustin Landier & David Thesmar, Le Grand méchant marché, Flammarion, édition 2008, p.21
Steve Kaplan & Per Stromber, « What are firms ? Evolution from birth to public companies », NBER Working Paper, 2005
Agnès Verdier-Molinié, La Mondialisation va-t-elle nous tuer?, JC Lattès, 2008, p.48
Ludwig von Mises, L'Action Humaine, 1949, 6e partie, chap. XXXIII, [lire en ligne]
Annexes
Bibliographie
- 1992,
Kunal Sen et Rajendra Vaidya, Move towards a Market Economy: Modern
Austrian and Post-Keynesian Perspectives, Economic and Political Weekly,
Vol 27, n°30, Jul. 25, pp73-80
- 1999, Sandye Gloria,
Discovery versus creation: implication in the Austrian view of the
market process, in Vromen, J., Groenenwegen, J. eds. The Institutions of
Capitalism. Edward Elgar;
- Repris en 2002, In: Geoffrey Hodgson, Dir., A Modern Reader in Institutional and Evolutionary Economics: Key Concept, Aldershot and Lyme, NH: Edward Elgar
- 2003,
Naomi Lamoreaux, D. M. Raff et P. Temin, "Beyond Markets and
Hierachies: Toward a New Synthesis of American Business History",
American Historical Review, Vol 108, n°2, pp404-433.
- Ces auteurs critiquent Hayek et l'émergence spontané de
celui-ci. Ils argumentent qu'il y a eu dans l'histoire des périodes où
des gouvernants ou des rois ont initié des marchés, où acheteurs et vendeurs
et des organisations ont créé le marché en inventant de nouvelles
institutions pour le faire fonctionner. Ils citent comme exemple le
marché des citrons de Chicago. Cette critique a été effacée par Judit
Kapas, entre autres auteurs, qui expliquent la différence entre le
Marché et les marchés (formes organisationnelles). Le Marché est une
émergence spontanée, les autres sont des formes organisées de marchés.
- 2012, Guido Hulsmann, "Marché", In: Mathieu Laine, dir., "Dictionnaire du libéralisme", Paris: Larousse, pp387-391
- 2014, Laurence Fontaine, Le Marché, Histoire et usages d’une conquête sociale, Paris, Gallimard, coll. « NRF Essais », 464 p., Acheter sur Amazon
Articles connexes
Liens externes
https://www.wikiberal.org/wiki/March%C3%A9
D-2) - Biens publics
La théorie des biens publics tente de justifier l'intervention de l'État à partir du postulat qu’en présence de biens collectifs le marché est défaillant. Les biens publics sont des biens ou des services qui peuvent avoir trait à la sécurité (police, justice, défense), aux infrastructures (transports, télécommunications, éducation,
santé), à l'harmonisation dans un domaine (information, éducation,
langue, standardisation), ou à la certification (identification,
registre foncier, conformité aux standards), etc.
Paul Samuelson a qualifié les biens publics par les principes de non-rivalité et de non-excluabilité,
ce qui signifie que la consommation d'une unité du bien peut être faite
par plusieurs individus et qu'il est impossible d'exclure les
consommateurs qui refusent de payer alors qu'ils utilisent ce même bien
ou service en question. Par exemple, la Défense
nationale serait un bien public : même si quelqu'un refuse de payer ses
impôts, il est cependant protégé d'une agression d'un pays ennemi par
la Défense de son pays (non-excluabilité) et le fait qu'il soit ainsi protégé ne diminue pas la protection de ses voisins (non-rivalité).
Point de vue libertarien
Pour les libertariens,
l'État n'est pas une institution nécessaire, mais au contraire une
institution nuisible, régulièrement confondue avec les institutions
nécessaires qu'elle monopolise. Il n'existe aucune justification
rationnelle de l'intervention étatique, tous les arguments avancés ne
visent qu'à cacher la seule raison, qui est l'emploi de la force selon
la loi du plus fort, pour réaliser l'oppression des politiquement faibles par les politiquement forts.
L'argument des biens publics permet aux étatistes de justifier d'intervenir
dans n'importe quel domaine de la vie des individus, en posant comme
pétition de principe que cette intervention est utile, voire
indispensable.[1]
Les arguments avancés à l'encontre des biens publics sont examinés ci-dessous, d'un point de vue exclusivement libertarien.
La commodité
L'État prétend toujours prendre des mesures pour rendre service au
citoyen, lui assurer davantage de sécurité, de commodité dans ses
démarches, etc. Les conséquences de ces mesures ne sont jamais
examinées, le but non avoué étant d'augmenter l'emprise de l'État sur
ses sujets.
Par exemple, en France, la carte d’identité obligatoire a été instituée par le maréchal Pétain (loi du 27 octobre 1940) sous ce prétexte de commodité pour les citoyens, outre celui de l’état de guerre dont le régime de Vichy
se servait également pour justifier cette obligation. En réalité, les
papiers d’identité ne sont avantageux que pour l’État et le contrôle des
citoyens, comme le fut le certificat de civisme sous la Terreur.
L'identification des Juifs par l'occupant nazi en Europe de l'Est fut
grandement facilitée par les cartes d'identité déjà instituées dans ces
pays. Très longtemps, dans les démocraties populaires, la nécessité de
disposer de laissez-passer (propousk) pour aller seulement d'une ville à une autre permettait de contrôler tous les déplacements.
Certains services étatiques améliorent la vie des gens, mais en
ce cas il n'y a aucune raison pour que ces services soient monopolisés
par l'État et financés de façon aveugle par le contribuable plutôt que
rendus par des entreprises privées.
Les « défaillances » du marché
Le mythe de la défaillance du marché[2]
postule que, soit que le marché ne sait pas faire, soit que l'État est à
même de faire mieux, comme si les étatistes étaient des êtres
supérieurs, et que pour cette raison il faudrait leur conférer le
pouvoir.
Selon les étatistes, il existerait des activités que le marché ne
peut prendre en charge parce qu'elles ne seraient pas rentables. Ces
activités correspondent comme par hasard aux services publics actuels.
Les étatistes ne peuvent concevoir que les pompiers, l'aide médicale
d'urgence (SAMU en France), la police, la justice, la recherche
scientifique, etc., puissent être des activités rentables, assurées par
le marché et payées par leurs clients, ou prises en charge par des
associations sans but lucratif, sans aucune intervention étatique.
Les externalités
Certaines activités présenteraient des externalités (des effets de bord positifs ou négatifs qui affectent des tiers, par exemple la pollution) qui seraient mieux gérées par le gouvernement. En réalité, l'État crée des externalités par ses monopoles et son protectionnisme, il concentre et amplifie les problèmes potentiels en ne reconnaissant pas les droits de propriété seuls capables de régler les conflits sur une base de droit.
Il est malhonnête de vouloir conférer à l'État la gestion des biens
publics parce qu'ils sont le siège d'externalités, alors même la
législation interdit l'apparition de droits privés de propriété qui
résoudraient la question. De plus, l'État traite le problème des
externalités en substituant ses préférences à celles des citoyens.
L'arbitre impartial
La théorie des jeux
modélise des situations où il y a un bénéfice potentiel pour les
joueurs, seulement s'ils trouvent un moyen de coordonner leurs actions
(exemple : le dilemme du prisonnier).
Le sophisme étatiste non sequitur qui en dérive est que l'État serait
la meilleure façon d'accomplir cette coordination. En réalité, la
coordination a un coût. De plus, l'État n'est pas impartial, il est composé d'individus. Il a pour lui la loi du plus fort,
c'est un joueur qui cherche aussi à maximiser son intérêt. Coordonner
un jeu lui permet de récolter à son profit exclusif la majeure partie
des bénéfices du jeu.
La non-excluabilité
Un bien collectif est excluable quand on peut empêcher quelqu'un de
le consommer une fois qu'il est produit. Par exemple, l'air qu'on
respire est un bien commun non excluable. Les étatistes affirment que de
nombreux biens communs ne sont pas excluables et qu'ils doivent donc
être gérés de façon monopolistique par l'État. Par exemple, on ne peut
empêcher le capitaine d'un navire de profiter d'un phare, même s'il n'a
pas participé à son financement (problème dit du passager clandestin, (free rider)[3], il serait donc impossible au secteur privé de financer des phares ou tout bien collectif non excluable.
Concernant l'argument du free rider, il faut convenir avant tout
que nous sommes tous des passagers clandestins du présent et du passé
(comme disait Murray Rothbard). En effet, chacun de nous profite du savoir-vivre inculqué à la plupart de ses semblables. Ainsi que le résume Pierre Lemieux,
« l'attaque contre les passagers clandestins relève de postulats
éthiques indémontrés et indémontrables : que nous n'avons pas le droit
de recevoir des dons ou des avantages gratuits, pas le droit de les
donner, ou que certains sont obligés de les fournir à d'autres. »
En réalité, la gestion des biens collectifs par l'État ou par les
pouvoirs locaux montre précisément que ces biens sont excluables via
des quotas, des péages, un rationnement, etc. Certains économistes ont
démontré qu'il n'existe pas une forme absolue de production et de
distribution des services publics. Il existe une grande amplitude
d'organisations différentes (voir par exemple, l'analyse de Roger
Ahlbrandt sur les services des pompiers aux États-Unis[4], ou celle de Steven Cheung pour les apiculteurs). Avoir le monopole de décider qui accepter ou exclure c'est par définition même exercer un droit de propriété.
Ce que l'État et les pouvoirs locaux revendiquent sous de faux
prétextes est donc l'expropriation hors de leurs biens des propriétaires
légitimes, pour confier ces biens à un corps politique illégitime.
Pour en revenir à l'exemple du phare, Ronald Coase
a montré que des phares privés sont rentables. D'ailleurs en Angleterre
des phares ont été construits et gérés par des entreprises privées
jusqu'au XIXe siècle.
La prévention des catastrophes
Cet argument justifie l'intervention de l'État sur un marché
pour prévenir (ou remédier à) une défaillance simultanée de tous les
fournisseurs d'un service donné. Mais, loin d'etre une solution, le monopole
que s'arroge ainsi l'État augmente le risque de catastrophe à cause de
la gestion centralisée de tout l'approvisionnement en un tel service. Si
certaines catastrophes occasionnelles dans le secteur privé
justifieraient de retirer la gestion des mains du privé, est-ce que les
catastrophes permanentes dans le secteur public (déficits, gabegies,
irresponsabilité généralisée) ne justifieraient pas de retirer la
gestion des mains des fonctionnaires de l'État ?
La volonté collective
L'intervention étatique est présentée comme résultant d'une volonté collective : volonté du peuple (variante démocratique), de la nation (variante nationaliste), de la société socialiste,
etc. Mais si la majorité de la population est en faveur de cette
intervention, qu'est-ce qui l'empêche d'agir à la place de l'État ? La coercition étatique est alors injustifiée. Voir l'exemple de la solidarité, un des nombreux biens collectifs confisqués par l'État, sous prétexte que « sans l'État, il n'y aurait pas de solidarité ». Par ailleurs, le concept de volonté collective en démocratie est réfuté par plusieurs théorèmes : théorème d'Arrow, théorème de l’électeur médian.
Certains affirment que sans l'État, il n'y aurait pas eu
Internet, la conquête de l'espace, voire les pyramides d'Égypte ! En
réalité, soit une invention est justifiée économiquement, et en ce cas
elle apparaîtra (sans les entreprises
privées, Internet, ou plutôt son prédécesseur ArpaNet, ne serait qu'un
obscur réseau limité à quelques organismes de recherche et à la Défense
américaine), soit elle n'a pas de sens et n'existe que par la coercition
étatique (un gratte-ciel est justifié économiquement, les pyramides
d'Égypte, à l'époque où elles furent construites, ne l'étaient pas, leur
seul but étant la glorification du pharaon). La conquête de l'espace
aurait été très différente si l'État ne l'avait pas accaparée : la
recherche de la rentabilité aurait prévalu sur l'orgueil national et la
stérile compétition entre États (URSS et États-Unis dans les années 1960).
La vitre brisée
Les étatistes ne prennent en compte que les effets positifs de l'interventionnisme
et évitent de compter les effets négatifs ; sophisme qui fonctionne
parce que les bénéfices sont concentrés et visibles, tandis que les
coûts sont largement répartis et moins visibles. Pour les étatistes, les
destructions et atteintes aux libertés que l'État commet pour « créer » les biens publics par son pouvoir de coercition ne comptent pas. Les exemples sont nombreux, depuis la gratuité de certains services « offerts » par l'État, jusqu'aux « vertus » du keynésianisme en économie. C'est le sophisme de la vitre brisée dénoncé par Frédéric Bastiat, joint aux deux poids, deux mesures, qui permet de sacraliser une action criminelle (impôt, guerre, monnaie frauduleuse, monopoles, etc.) uniquement parce que l'État en est l'auteur.
Les collectivistes voient l'État comme une source inépuisable de richesses
à redistribuer : il faut qu'il prenne en charge ceci, qu'il fasse cela.
Comme s'ils ignoraient que l'État ne crée en réalité aucune richesse
mais vit de l'impôt. L'État ne crée pas la richesse, il la détruit.
Il n’existe pas de biens ou de services qui, par nature,
devraient être fournis collectivement, et même s’il en était ainsi on ne
peut en déduire que l'État devrait les fournir avec l'argent des
impôts.
Le sophisme moral
Ce sophisme
suppose que l'humain est trop mauvais (ou trop immoral, trop faible,
etc.) pour se gouverner lui-même. C'est pour cela que certaines missions
(la production de certains biens publics) doivent être confiées à l'État.
Comme si l'État lui-même était fait d'hommes différents du reste de
l'humanité. Les étatistes cultivent ainsi le mythe du bon homme de
l'État. En réalité, le pouvoir de coercition de l'État a une nature corruptrice qui rend les personnes à sa tête plus mauvaises que bonnes :
« Si l'on rejette le laissez-faire
en raison de la faillibilité et de la faiblesse morale de l'être
humain, alors on doit également rejeter, pour la même raison, toute
espèce d'action gouvernementale. »
— Ludwig von Mises
Une grande partie de l'activité de l'État consiste d'ailleurs à
imposer des interdictions le plus souvent motivées par des raisons
morales arbitraires, et à tenter de faire respecter ces interdictions
par la coercition. Tous les domaines d'activité sont plus ou moins touchés : salaire minimum, règlementations sur les lieux dits publics (tabagie, port de signes religieux en France), prohibitions diverses (boissons, drogue, prostitution, armes, vente d'organes), jusqu'au lancer de nains ou le calibrage des cornichons !
L'intérêt à long terme
Ce sophisme suppose que seul l'État
peut prendre en compte les intérêts à long terme des personnes. Or,
hormis en cas de dictature, les gouvernements ne sont jamais assurés de
rester au pouvoir, ils ne gèrent jamais rien que pour du court terme,
leur horizon étant celui du prochain mandat électif. Les administrations
technocratiques durant plus longtemps que les gouvernements, peuvent
agir sur le long terme ; mais alors, n'étant soumises à aucun contrôle,
elles agissent sur le long terme selon leur intérêt propre et en vue de
l'extension indéfinie de leur pouvoir (loi d'airain de l'oligarchie). Seul l'intérêt privé des personnes prévoyantes peut susciter des plans positifs à long terme. Comme l'explique Pascal Salin :
« L’interventionnisme
étatique est fréquemment justifié sous le prétexte que seul l’État
serait capable de prendre des décisions en tenant compte de leurs
conséquences à long terme pour l’ensemble d’une société. Cet argument
est en fait très étrange. En effet l’État, cette abstraction, est en
réalité composé d’hommes et de femmes qui poursuivent leurs propres buts
et recherchent leur propre intérêt. Or, pour eux, l’horizon naturel est
celui de la prochaine élection et ils sont donc incités à donner des
avantages immédiats aux citoyens, quelles qu’en soient les conséquences
fâcheuses à long terme. Par contre, un individu a intérêt à prévoir les
conséquences de ses décisions pour sa vie entière et même celle de ses
enfants. »
L'uniformité
Ce sophisme suppose que l'uniformité dans certains domaines est un
bien en soi, un bien public, qui présuppose qu'une régulation étatique
aussi étendue que possible est nécessaire pour obtenir cette uniformité.
Mais l'uniformité n'est pas forcément un bien en soi, et à supposer
qu'elle le soit dans certains domaines, la coercition
étatique n'est pas le seul moyen ni le meilleur moyen d'y parvenir car
elle empêche le processus de découverte par impossibilité de comparer,
en imposant aux acteurs du marché des standards donnés.
La gratuité
Certains biens publics offriraient l'avantage de la gratuité pour le consommateur (éducation, justice, sécurité sociale, etc.). Cette gratuité est évidemment complètement illusoire puisqu'en dernier lieu c'est le contribuable qui la finance via l'impôt ou les prélèvements sociaux, ou indirectement via la dette publique :
il ne s'agit que d'une redistribution par extorsion des actifs, avec
les effets pervers qui en découlent : irresponsabilité, surconsommation,
etc.
La "copropriété étatique"
Pour certains, l’État serait comparable à un syndic de copropriété
qui offre un mécanisme de décision pour les décisions communes à la
nation. La réalité est bien différente :
« Une copropriété fonctionne sur le principe du
contrat préalable sur un domaine bien délimité, sur le droit de se
désengager, et sur l'absence de coercition entre copropriétaires. L'État
est fondé sur l'obligation bon gré mal gré, un ensemble de lois
extensibles unilatéralement, l'interdiction de se désengager sans tout
perdre, la coercition à l'encontre des récalcitrants. »
— Faré[5]
La copropriété étatique a le défaut majeur, comparé à la copropriété
immobilière qui ne concerne que l'usage de parties communes dans un
immeuble, de s'immiscer dans la vie des individus pour leur imposer un
comportement ou pour altérer leur propriété, bien loin de concerner
seulement l'usage de biens publics.
L'analogie avec la copropriété est trompeuse, puisque le présumé
copropriétaire des biens publics ne peut en réalité s'en séparer en les
revendant et n'a aucun pouvoir de décision sur ces biens, seulement
l'obligation de financer aveuglément leur production ou leur
fonctionnement.
Voir aussi FAQ Quitter le pays.
Bibliographie
- 1964, Jora Minasian, “Television Pricing and the Theory of Public Goods”, Journal of Law and Economics 7 (octobre 1964): 78—79
- 1970, Harold Demsetz, “The Private Production of Public Goods,” Journal of Law and Economics 13 (octobre 1970): 295—306
- 1986,
- Theodore Bergström, Lawrence Blume, Hal Varian, "On the Private
Provision of Public Goods", Journal of Public Economics, Vol 29, n°1,
February, pp25–49
- C. P. Kindleherger, "International Public Goods without International Government", American Economic Review, n°76, March, pp1-13
- 1988,
James Andreoni, "Privately Provided Public Goods in a Large Economy:
The Limits of Altruism", Journal of Public Economics, Vol 35, n°1,
February, pp57–73
- 1993,
David E. van Zandt, The Lessons of the Lighthouse: "Government" or
"Private" Provision of Goods, The Journal of Legal Studies, January, Vol
22, n°1, pp47-72
- 2019, Elodie Bertrand, "Lighthouses", In: Alain Marciano, Giovanni Battista Ramello, dir., "Encyclopedia of Law and Economics", New York: Springer, pp1326-1330
Citations
« Si les citoyens connaissaient exactement ce
que leur coûte la machine gouvernementale, il est fort probable qu'ils
se refuseraient à soutenir plus longtemps des dépenses aussi
considérables et aussi peu productives pour leur bien-être. Il faut donc
les tromper, et prendre leur argent sans qu'ils s'en aperçoivent. »
— Vilfredo Pareto, Libre-échangisme, protectionnisme et socialisme[6]
« L’existence du service public est en
elle-même grosse d’un mensonge considérable. Ce mensonge consiste à
faire croire que l’action de l’État serait indispensable à la fourniture
d’un service. »
— le préfet François Lefebvre, cité par François Guillaumat
« Le « secteur privé » de l'économie, c'est en fait le secteur volontaire, et le secteur public est en fait le secteur coercitif. »
— Henry Hazlitt
« Des concepts tels que le bien public, le
bien-être général, etc., devraient être écartés comme totalement
non-scientifiques ; et la prochaine fois que quelqu'un prône la priorité
du bien public sur le bien individuel, nous devons poser la question :
qui est le public dans ce cas de figure ? »
— Murray Rothbard
« La seule bonne raison pour s’opposer à la
constitution d’un « domaine public » ou réclamer son démantèlement est
la conscience du fait que l’État n’en est propriétaire qu’à titre
illégitime et criminel. »
— Murray Rothbard
« Ne pas reconnaître que la propriété
publique est par essence conditionnelle ou usurpée engendre une
conception contradictoire du droit et des libertés, dont tous les
gangsters antisociaux profitent pour en abuser au détriment de ses
propriétaires véritables. »
— François Guillaumat
« Service public ne veut pas dire service gratuit, ça veut dire service payé par le public. »
— Anonyme
« La théorie des biens publics n'est en fait qu'un avatar de la théorie des externalités positives, qui est elle-même contradictoire, comme Rothbard le démontre brillamment. »
— François Guillaumat
« En parlant des choses de l'État, évitez
l'adjectif « public », qui est trompeur. Utilisez « étatique » à la
place. Fonctionnaire étatique, école étatique, rue étatique, intérêt
étatique, secteur étatique. Réservez le terme de « public » pour les
places et les bars, qui peuvent être étatiques ou non. La perpétuation
de la mystique de la puissance étatique nous cache une dure réalité :
l'État n’est pas vous, ce qui est à lui ne vous appartient pas, il n’y a
pas une volonté collective derrière lui et il ne connaît ni ne sert vos
intérêts mieux que ne le ferait toute autre organisation. »
— Joel Pinheiro da Fonseca
« Rien n'est un bien-en-soi : les biens sont
des biens aux yeux de quelqu'un qui les considère comme tels. Mais
alors, puisque les biens ne sont pas des biens-en-soi, puisqu'aucune
analyse physico-chimique ne pourra jamais prouver qu'une chose est un
bien économique, alors il n'existe non plus aucun critère fixe,
objectif, pour classer les produits comme singuliers ou collectifs. Ils
ne peuvent jamais être des produits singuliers ou collectifs en soi. Ils
ne peuvent jamais être des produits singuliers ou collectifs en soi,
mais leur caractère singulier ou collectif dépend du nombre des gens qui
les considèrent comme bons (ou mauvais). »
— Hans-Hermann Hoppe
« Tout argent prélevé par l’État, parce qu’il
n’a plus de légitime propriétaire, mais qu’il est censé être un « bien
collectif », devient l’objet d’un conflit pour son appropriation. Et
c’est pourquoi la social-démocratie est nécessairement conflictuelle.
Loin de réaliser la cohésion sociale, elle la détruit. »
— Pascal Salin
« En France, sans doute à cause de
l’influence de « l’école des services publics » (encore appelée école de
Bordeaux, avec Duguit et Gèze) on a tendance à voir des biens publics
partout. La classe politique, toujours à la recherche de clientèle
électorale, s’est progressivement imaginé de proposer aux citoyens
toutes sortes de biens et services, qui se trouvent ainsi
« nationalisés ». En France les biens deviennent publics par décret.
[...] En réalité l’on ne peut diminuer la dépense publique sans réduire
le nombre de services publics, et l’on a baptisé services publics des
activités qui ne produisent pas de biens publics, mais des biens
marchands ou privativement partagés. C’est l’inflation de biens publics
qui mène à l’inflation de dépenses publiques : nous sommes à la limite
d’une lapalissade. »
— Jacques Garello
Notes et références
Le
concept de bien public peut s'étendre à de très nombreuses prestations
de l’État. Exemples classiques de biens publics : les feux d'artifice,
les prévisions météorologiques, les campagnes de vaccination, etc.
Voir aussi La grande peur de la « défaillance du marché ».
Peter Farrell, 1966,"The Case of the Free Rider", The Freeman, octobre, Vol 16, n°10, pp12-16
Ahlbrandt,
Roger, Jr. 1973. Municipal Fire Protection Services: Comparison of
Alternative Organizational Forms. Beverly Hills, CA: Sage Publications.
Sur le Libéralisme (Faré)
- Vilfredo Pareto, 1890, dans Busino G. éditeur, Œuvres complètes de Vilfredo Pareto, tome 4 : Libre-échangisme, protectionnisme et socialisme, Librairie Droz, Genève, 1965, pp. 51-52
Articles connexes
Liens externes
En Français
En Anglais
https://www.wikiberal.org/wiki/Biens_publics
D-3) - Défense nationaleLa Défense nationale est l'ensemble des moyens civils et militaires mis en œuvre par un État
pour assurer l'intégrité de son territoire, la protection de sa
population et/ou la sauvegarde de ses intérêts. Le terme, la Défense,
qualifie couramment l'ensemble de ces moyens, généralement gérés par un
ministère de la Défense.
L'émergence d'une armée permanente a facilité l'émergence de
l'État moderne, en rendant le monarque moins dépendant de ses vassaux à
qui il devait demander de l'aide lors de conflits. En France, c'est sous
le règne de Charles VII (1422-1461) que cette évolution a eu lieu. Elle
est à rapprocher de la notion de fonctions régaliennes.
Point de vue libéral
Pour les libéraux classiques et les minarchistes, la défense nationale fait partie des fonctions régaliennes de l'État et doit donc être assurée par ce dernier.
Les anarcho-capitalistes
divergent et considèrent que ce rôle peut être assuré par des armées
privées, embauchées contractuellement par les individus ou des groupes
d'individus.
Citations
- Que faire pour n'avoir rien à craindre de l'armée ? La réduire,
et arrêter le pouvoir par la crainte du pouvoir. Il est donc
indispensable de former une milice nationale très nombreuse, et même
d'armer chaque citoyen non suspect. Il est indispensable aussi que les
grandes villes du royaume aient de l'artillerie, un train de guerre et
des munitions aux ordres des municipalités. Enfin il est indispensable
que la milice bourgeoise s'exerce au maniement des armes, et qu'elle
nomme ses officiers. Sans cela, tout ce qu'on ferait pour assurer la
liberté publique ne serait que jeux d'enfants; et la Constitution,
quelque parfaite qu'elle fût d'ailleurs, ne serait qu'un château de
cartes, que le moindre souffle renverserait. (Projet de Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, suivi d'un plan de Constitution juste, sage et libre par l'auteur de L'Offrande à la Patrie [Marat], in Christine Fauré, Les déclarations des droits de l'Homme en 1789, Paris, Payot, 1992, p. 371)
Informations complémentaires
Bibliographie
- 2016,
- Peter Leeson, Christopher Coyne, Thomas K. Duncan, "Market-Provided National Defense: Reply to Newhard", The Journal of Private Enterprise, Summer, Vol 31, n°2, pp83-86
- Christopher Coyne, David Lucas, [=2016%20Journal%20of%20Private%20Enterprise%20vol%2031%20no%204%20Winter%20parte4.pdf
"Economists Have No Defense: A Critical Review of National Defense in
Economics Textbooks"], The Journal of Private Enterprise, Winter, Vol
31, n°4, pp65-83
- Joseph Michael Newhard, "A Note on the Market Provision of National
Defense: Comment", The Journal of Private Enterprise, Summer, Vol 31,
n°2, pp79-86
Voir aussi
https://www.wikiberal.org/wiki/D%C3%A9fense_nationale
E) - Le capitalisme et l'épanouissement humain
Le capitalisme améliore-t-il notre situation, non seulement sur le plan matériel, mais aussi en tant qu'êtres humains ?
Relation entre le capitalisme et l'épanouissement humain.
Des exemples concis avec liens respectifs
Le capitalisme est bénéfique pour les pauvres
Dans l'attention portée à la pauvreté, on se pose souvent la
mauvaise question : comment apparait-elle ? La vraie question que nous
devons nous poser est de savoir comment la prospérité arrive.
Par Mihailo Gajić1.
On entend souvent que grâce au capitalisme les riches deviennent plus
riches et les pauvres plus pauvres. Mais ce point de vue est-il juste ?
La définition d’un système économique comme le capitalisme est basée
sur une approche marxiste observant le monde seulement à travers les
forces de production. Le capital concernerait les outils de production,
lesquels ne doivent pas appartenir seulement aux individus, mais aussi à
l’État. Par exemple, les usines et les machines existaient aussi en
Union sovietique, mais elles appartenaient à l’État, pas aux
entrepreneurs privés. En Chine, en Russie, au Brésil et dans les pays
riches en minéraux (pétrole inclus), les entreprises qui appartiennent à
l’État ont un rôle très important. Il s’agit d’un capitalisme d’État.
C’est pour cela qu’il est préférable d’utiliser l’expression économie de marché
pour désigner ce qui est communément nommé capitalisme : un système
économique fondé sur la propriété privée des moyens de production, le
libre échange et le mécanisme des prix.
Mais comment définir l’économie de marché ?
Tous les pays du monde (excepté peut-être Cuba ou la Corée du Nord)
s’organisant plus ou moins autour de l’économie de marché, il est
possible d’établir une comparaison permettant de constater que les
économies des pays de l’Union européenne sont différentes.
Pour cela, aidons-nous de l’Economic Freedom in the World Index, qui
mesure si les pays sont proches de l’idéal de l’économie de marché : les taux bas, libre échange international, monnaie stable, pas de régulation
des affaires. Cet Index a été développé par un grand nombre de
scientifiques incluant quelques économistes ayant obtenu le prix Nobel
d’économie, comme Gary Becker, Douglass North ou Milton Friedman.
Il montre que la situation n’est pas noire ou blanche à travers de monde, mais beaucoup plus nuancée. Dans son dernier rapport, Hong Kong et Singapour
sont au sommet de la liste des pays en termes de liberté économique,
avec 8,94 et 8,65 points (le maximum étant 10) alors que le Soudan et le Venezuela sont derniers avec 4,21 et 3,34 points.
Quand on regroupe les pays par leurs résultats dans l’Index, on observe des choses intéressantes.
Les pays les plus libres économiquement sont aussi plus développés,
avec des revenus considérablement plus élevés. Les économies libres ont
un meilleur environnement pour les affaires, ce qui a une influence
positive sur les investissements. Et les investissements d’aujourd’hui
sont la croissance économique de demain.
Quand on divise les pays par leur niveau de liberté économique en
quatre parts (quartiles), on voit que davantage de liberté donne plus de
revenus.
Mais à quoi cela sert-il ?
La croissance économique est une belle chose, mais si les fruits de
cette croissance sont distribués seulement entre les riches, il ne
restera rien pour les autres, pauvres inclus. Le problème de ce
raisonnement est qu’il n’établit pas de liaison entre la part de revenu
des plus pauvres et la liberté économique. Ou plus simplement :
davantage de capitalisme ne rend pas les pauvres plus pauvres qu’avant.
Niveau des libertés économiques et de la proportion de revenus
des plus pauvres 10 % de la population. Source: Fraser Institute.
Mais le résultat final peut nous tromper.
Voyons donc la situation dans chaque pays pris individuellement. J’ai
pris les données de la Banque Mondiale concernant la proportion des
revenus des plus pauvres soit 10 % de la population (excluant les pays
dont les données datent de plus de 5 ans et les micro pays) pour obtenir
ce graphique. Il montre également qu’il n’y a pas de liaison
statistique entre la liberté économique (axe X) et la proportion de
revenus des plus pauvres 10 % (axe Y). Ce fait est aussi confirmé par
l’analyse de régression – R Square pratiquement n’existe pas (inférieure
à 0,002), et la valeur p est très élevée (0,96).
Les libertés économiques et la proportion des revenus des plus
pauvres représentent 10 % de la population (axe X) et (axe Y). Source:
Fraser Institute et la Banque Mondiale
Enfin, cette différence de revenus indique que les pauvres vivant
dans un pays plus libre économiquement ont des revenus plus importants
que les pauvres des pays qui ne sont pas économiquement libres.
En d’autres termes, où que l’on soit, il n’est pas agréable d’être
pauvre, mais tandis que dans certains pays, être pauvre signifie vivre
dans une hutte de terre, travailler dur du matin au soir et s’inquiéter
de chaque repas suivant, dans d’autres cela signifie vivre modestement
mais décemment.
Les libertés économiques et les revenus des plus pauvres représentent 10 % de la population. Source: Fraser Institute.
Quand vous regardez cela, il est clair qu’une économie de marché (ou une économie nommée familièrement capitaliste)
est bénéfique pour les pauvres : vivre dans de telles sociétés
économiquement organisées augmente considérablement leurs revenus et
leur niveau de vie. Nombreux sont ceux qui n’ont pas confiance dans le
capitalisme ou les libertés économiques car ils pensent qu’ils auront un
impact négatif sur le niveau de pauvreté ou augmenteront les inégalités
déjà existantes dans leur société.
Dans l’attention portée à la pauvreté ou à l’inégalité, on se pose
souvent la mauvaise question : comment apparait la pauvreté ? Mais la
pauvreté est la condition de base de l’humanité : l’espèce humaine a
passé la plus grande partie de son existence dans une misère terrible,
et seule une partie de l’humanité a réussi à y échapper au cours des
deux siècles précédents.
La vraie question que nous devons nous poser est de savoir comment la prospérité arrive.
Mihailo Gajić
Mihailo Gajic est un économiste de Belgrade (Serbie) où il dirige
les activités de recherche de Libek, un think-tank sur le marché libre,
depuis 2014. Ses principaux domaines d'intérêt sont les libertés
économiques, le commerce international, la réglementation des affaires
et les finances publiques. Fervent défenseur du marché libre, de la
gouvernance démocratique et de l'état de droit en Serbie et dans les
Balkans, et membre du Couvent National, organe consultatif du Parlement
national de Serbie. Il fournit également des conseils en affaires aux
entrepreneurs étrangers qui investissent en Serbie.
La vérité sur les vertus éthiques du capitalisme
Un système qui défend la propriété privée et la
liberté individuelle a fait ses preuves depuis deux siècles, à l’inverse
de toutes les alternatives. Le capitalisme n’est pas seulement
efficace. Il est vertueux, comme le montre l’historienne Deirdre
McCloskey
Comme chaque année avant Noël, les organisations caritatives
tentent de nous faire comprendre que la pauvreté augmente en Suisse. De
l’avis de Caritas, une personne sur six vit dans la pauvreté dans notre
pays, soit 1,3 million de personnes. C’est naturellement oublier que la
pauvreté se définit généralement en termes relatifs. Est pauvre celui
qui dispose de moins de 60% du revenu médian (le revenu que la moitié
des individus dépasse et que l’autre moitié ne parvient pas à
atteindre). Si la médiane ne cesse de s’améliorer depuis cinquante ans,
le sort des pauvres s’améliore pareillement. Il n’est certes pas facile
de supporter la hausse des loyers et des primes d’assurance maladie,
mais il serait bon de considérer les conditions de vie sur le long
terme. En 1960, pour un grand nombre de Suisses, les toilettes étaient à
l’étage, la télévision un luxe et les voyages à l’étranger extrêmement
rares. Et à la retraite, il n’y avait que l’AVS. Le libéralisme des
soixante dernières années a été la meilleure recette pour améliorer le
sort des pauvres, des riches et de la classe moyenne.
Lorsque la
Banque mondiale définit les personnes en situation de pauvreté absolue
comme celles «qui ne peuvent pas accéder à l’ensemble de biens et de
services qui sont nécessaires pour vivre dans des conditions décentes»,
le concept est matière à toutes les dérives.
https://www.letemps.ch/opinions/verite-vertus-ethiques-capitalisme
Quels sont les avantages du capitalisme ?
Qu’est-ce qu’au
juste le capitalisme ? Quels avantages et quels inconvénients présente
ce système économique ? Lisez cet article pour mieux comprendre la
notion économique du capitalisme.
Le capitalisme, comment peut-on le définir ?
Principalement,
le capitalisme est vu comme un système économique dans lequel les
acteurs privés possèdent et contrôlent ainsi les biens de manière
conforme à leurs intérêts et dans lequel l’offre et la demande fixent de
manière libre les prix pratiqués sur les marchés. En d’autres termes,
dans ce système, les principaux moyens de production appartiennent à des
particuliers ou à des entreprises privées. Par conséquent, les profits
réalisés sont exploités par les actionnaires qui choisissent d’investir
dans ces entreprises ou par les dirigeants.
Ainsi, dans une
économie capitaliste, on trouve le capital fixe et les sources de
production qui sont possédés et contrôlés par les acteurs privés, le
travail qui est acheté contre les salaires et les plus-values qui
appartiennent aux propriétaires privés.
Les piliers du capitalisme
Le
système économique du capitalisme repose sur quelques piliers
principaux. Le premier pilier de ce système est la propriété privée, qui
donne la possibilité aux individus de posséder des biens matériels,
voire des maisons et des terres, ou immatériels, voire des obligations
ou des actions. Le capitalisme repose également sur le pilier de
l’intérêt personnel, qui mène les individus à agir selon leur propre
avantage, et de la concurrence, qui donne la liberté aux entreprises de
pénétrer ou de quitter un marché afin de maximiser sa prospérité
sociale.
Par ailleurs, le capitalisme se caractérise par un
mécanisme de marché qui assure la détermination des prix de manière
décentralisée à travers les interactions réalisées entre les vendeurs et
les acheteurs. Les prix jouent un rôle ensuite à déterminer
l’affectation des ressources dans le but d’atteindre une plus grande
satisfaction, tant pour les biens et les services que pour les salaires.
Ce
système économique offre également la liberté de choix en termes de
consommation, d’investissement et de production. En effet, les clients
peuvent acheter multiples produits, les investisseurs peuvent opter pour
des projets plus lucratifs et les travailleurs peuvent quitter leurs
emplois pour un autre offrant une meilleure rémunération.
Finalement,
au sein d’un système économique capitaliste, les pouvoirs publics ont
un rôle limité et ils sont tenus de protéger les droits des citoyens et
de veiller au maintien d’un environnement propre dans le but de
favoriser le bon fonctionnement des marchés.
Quels sont les avantages du capitalisme ?
Le
système économique capitaliste peut certainement présenter multiples
avantages. Tout d’abord, il est directement lié au libre-échange qui
assure un accès à une grande variété de services et de biens. Grâce à
cet échange, l’offre et la demande dans un marché spécifique déterminent
les prix pratiqués sur ce dernier, d’où les consommateurs peuvent
atteindre un point qui satisfait leurs besoins. De même, ce système
promouvait l’égalité des changes. En effet, bien que le capitalisme est
lié à des différences socio-économiques, les personnes à faible revenu
peuvent toujours grimper dans la société. Par ailleurs, ce système est
généralement lié aux libertés individuelles et de nature sociale,
notamment le droit d’expression et de vote quant aux idées politiques.
Le
système capitaliste impose également le respect de la propriété privée,
grâce auquel les individus n’ont pas à craindre que le gouvernement
s’approprie de leurs biens, et encourage l’innovation, vu que les
individus disposent toujours de la possibilité de créer des idées
d’affaires et par conséquent de générer de la richesse.
Conclusion / Vivre avec le capitalisme ?
Notre système social a bien des tares : il engendre des inégalités, il
se soucie comme d’une guigne de l’avenir de l’humanité, il privilégie
les profits à réaliser, pas les besoins à combler, il repose sur des
motivations — égoïsme, esprit de lucre… — qu’une société civilisée
dirait perverses, il enseigne à chacun à devenir « chasseur de
dollars », pour reprendre l’expression de John Stuart Mill au milieu du
xixe siècle.
Tout cela est vrai. Mais, en même temps, il a permis à
une partie importante de l’humanité d’en finir avec la misère et la
pauvreté, il a stimulé le changement technique et contribué à briser le
fatalisme séculaire de l’homme impuissant face à son destin. Comme
l’écrit Joan Robinson, une grande économiste anglaise décédée en 1983 :
« Le système est cruel, injuste, agité, mais il fournit vraiment des
biens, et, que le diable l’emporte, ce sont des biens qu’on veut. » Même
si, ce faisant, il en fournit beaucoup à certains et peu à d’autres,
sans considération pour l’équité et les générations futures. Comme il
n’existe pas de jugement dernier pour les systèmes économiques, nous ne
saurons jamais ce qui, aux yeux de l’éternité, l’emporte dans la
balance, entre ces vices et ces vertus de notre système social.
Ce
n’est d’ailleurs pas important : nous n’en avons pas d’autre. Depuis
l’écroulement du socialisme, nous n’avons plus le choix, si tant est que
nous l’ayons jamais eu. Il nous faut vivre avec le capitalisme. Donc
tenter de le rendre plus acceptable et plus juste, moins gaspilleur et
moins pollueur…
Cato Institute et de Heritage Foundation.
Extrait :
Les deux enquêtes montrent une forte corrélation entre l’indice de
liberté et le revenu moyen par personne, mais Cato pousse plus loin
l’analyse en montrant que cet indice est aussi fortement corrélé avec le
taux de croissance et l’espérance de vie. Il indique aussi que le
revenu des 10% les plus pauvres dans chaque pays est à peu près partout
le même pourcentage du revenu total (entre 2 et 2.9%), et serait plutôt
plus élevé dans les pays les plus riches. Autrement dit, la distribution
des revenus entre les différentes couches de la société est à peu près
indépendante de l’ action de l’Etat !
Et puisque le niveau des revenus moyens est très fortement corrélé avec
l’indice de liberté, il en résulte que plus une économie est libre, plus
le revenu des plus pauvres est élevé. De fait, le revenu moyen des 10%
les plus pauvres est presque 10 fois plus élevé dans les pays les plus
libres que dans les moins libres. Les faits parlent haut et clair : la
liberté économique engendre une prospérité qui profite à tous y compris
aux plus pauvres, sans aggraver les inégalités dans la distribution des
revenus.