mai 04, 2026

Les programmes connus pour les Présidentielles 2027 !

Sommaire:

A) - Prendre la France au sérieux.

B) - Programme de La France Insoumise pour 2027 : quelle place pour la démocratie ?

C) - Programme du Rassemblement National pour 2027 : quelle place pour la démocratie ?

D) - Et les autres candidats et partis à l’élection présidentielle 2027 ?

 


 

A) - Prendre la France au sérieux.

En France, la saison des programmes a commencé. On peut s’en réjouir. On a trop connu de campagnes électorales présidentielles avec des programmes bâclés dans les dernières semaines, et des présidents élus sans aucune idée de ce qu’ils devraient accomplir, oubliant immédiatement les rares promesses qu’ils auraient pu faire, pour gérer au jour le jour l’ivresse de leur pouvoir nouveau, éblouis par le protocole, fascinés par les rencontres internationales, et limitant leur exercice du pouvoir interne à des nominations plus ou moins capricieuses.

Ce que j’écris là peut paraître sévère. C’est pourtant ce qui s’est passé : depuis le deuxième mandat de François Mitterrand, aucun président n’a été élu avec l’ambition de conduire des réformes importantes. Aucun n’en a fait. Même si les trois résidents encore vivants peuvent inscrire à leur actif quelques actions significatives, essentiellement dans le domaine social, dans celui des mœurs, de la flexibilité du travail et de la création d’entreprise.

 


 

Cependant, aucune transformation majeure n’a touché l’essentiel et le pays en souffre. Certes, la France a encore des atouts immenses qui en font un des pays les plus privilégiés de la planète :  une démocratie qui fonctionne, un État de droit presque parfaitement respecté, une laïcité si précieuse en ces temps difficiles, un des niveaux de vie les plus élevés du monde.

Mais, tout cela est en train de se défaire. Nos industries traditionnelles, de l’aviation à l’automobile, du luxe à l’armement, voient venir avec angoisse un tsunami chinois. Nos starts-up ont le plus grand mal à trouver les financements privés dont elles auraient besoin, faute de retraites par capitalisation. Notre système hospitalier est chancelant. Notre agriculture vacille. Notre école décline. La mobilité sociale n’est plus au rendez-vous. Un quart des Français est au bord de la pauvreté. Des centaines de milliers d’enfants sont abandonnés à l’ASE et basculent dans la prostitution. Notre balance des paiements est à peine équilibrée, voire déficitaire ; notre balance commerciale est incertaine, nous importons désormais plus de produits agricoles que nous n’en exportons. Malgré toutes les promesses, le déficit public ne descend pas au-dessous de 5% ; la dette publique atteint les 3500 milliards, soit 115% du PIB et on ne dira jamais assez qu’elle est désormais hors de contrôle.

Non pas que la France puisse être mise en défaut (elle a une capacité à lever l’impôt, et une épargne nationale qui suffisent à rassurer tous les prêteurs), mais parce que le coût du service de la dette va maintenant grignoter toutes les marges de manœuvre.

Vraisemblablement, les élections de 2027 se dérouleront dans le même aveuglement que les précédentes, car j’en reste à une constatation simple : toutes les dépenses publiques paient des salaires, des retraites et des revenus pour les détenteurs de marchés publics ; elles sont toutes des revenus pour des habitants du pays et d’abord pour les électeurs et leurs familles. Et comme elles représentent 58% du PIB, il n’est pas déraisonnable de penser que plus de la moitié des électeurs vivent des dépenses publiques.

On ne peut pas s’attendre à ce qu’ils votent contre leurs intérêts. Pas plus en 2027 qu’avant, ils ne feront rien pour réduire leurs revenus par leurs votes, quel que soit le parti qui aura leur faveur.

La dette publique continuera d’augmenter. Et les mâchoires du piège se refermeront sur la France : Si le PIB augmente de 2,5% et si le taux d’intérêt reste de 4%, la dette publique atteindra 5 580 Md€ en 2035 et la charge annuelle d’intérêts bondira de 65 Md€ à 223 Md€. Si le taux d’intérêt atteint 6%, le stock de dette dépassera les 6 000 Md€ en 2035, et la charge annuelle d’intérêts atteindra 360 Md€, soit plus de 4 fois le budget de l’Éducation nationale, plus de 7 fois celui de la Défense et 20 % du PIB français actuel. La   part des dépenses publiques dans le PIB passera de 57,2 % en 2025 à environ 61 % en 2035, essentiellement par l’explosion des charges d’intérêts. Si la croissance nominale  est plus faible (1 % à 1,5 %, ce qui est plausible avec une inflation basse et une croissance réelle atone), la part des dépenses pourrait dépasser 67 % du PIB : près des deux tiers des électeurs auront la totalité ou une partie importante de leur revenu venant des dépenses publiques. Un niveau totalement inédit en temps de paix pour la France. L’État sera alors contraint de couper massivement dans les recrutements, les retraites, les allocations, les investissements pour l’école et les hôpitaux, ce qu’aucun pouvoir démocratique ne saura faire.

Voilà ce qui nous attend impitoyablement. Car on peut discuter de tout, sauf de l’arithmétique.

Si, en 2027, comme dans toutes les élections présidentielles depuis 1981, la campagne présidentielle ne prend pas en compte très sérieusement ces enjeux, si le président élu ne propose aucune réforme de structure, si, comme dans toutes les élections présidentielles depuis 1974, il ne fait pas de la réduction des dépenses publiques un objectif central, et s’il ne se préoccupe que de l’intérêt immédiat de ses électeurs, la France sombrera.

Les réformes nécessaires sont claires : réduire massivement les retraites les plus élevées, à la fois en montant et en durée du travail. Mettre en place une retraite complémentaire significative par capitalisation et utiliser l’épargne ainsi captée pour investir dans les entreprises de pointe. Réduire significativement les diverses strates administratives. Concentrer les allocations sur les plus défavorisés. En finir avec le tiers payant généralisé et avec la gratuité de tout et n’importe quoi, qui ne profitent qu’aux riches. Augmenter les impôts indirects, et d’abord la TVA, et réduire les impôts directs de tous, sauf ceux des plus privilégiés.

Les Français seront-ils assez sages pour élire quelqu’un qui leur promettra des moments difficiles ?

 Jacques Attali 

Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/finance/prendre-la-france-au-serieux/



 

B) - Programme de La France Insoumise pour 2027 : quelle place pour la démocratie ?

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la démocratie directe doit s’imposer comme un enjeu clé pour redonner du pouvoir aux citoyens. Cet article analyse dans quelle mesure le programme de La France insoumise (LFI), porté dans le cadre d’une éventuelle candidature de Jean-Luc Mélenchon, permet un réel impact des citoyens dans les décisions politiques, et évalue la crédibilité de ses engagements.

Où trouver le programme présidentiel 2027 de La France insoumise ?

À ce stade, La France insoumise n’a pas publié de programme présidentiel spécifique pour 2027.

En revanche, une version actualisée de son programme (2025) existe et sert de base de travail. Elle s’inscrit dans la continuité des campagnes précédentes, notamment celles de 2017 et 2022.

Ce programme comprend plus de 800 mesures et couvre un large éventail de politiques publiques.

Que peut-on lire sur la démocratie directe dans son programme ?

La France insoumise défend une transformation institutionnelle importante, centrée sur la mise en place d’une 6ᵉ République.

 Ce qui est proposé

  • Réécriture de la Constitution via une assemblée constituante
  • Participation citoyenne à ce processus constituant
  • Référendum obligatoire envisagé pour certaines décisions, notamment constitutionnelles

Ces éléments traduisent une volonté de refondation démocratique.

Mais plusieurs limites apparaissent

 Absence de RIC constituant (référendum d’initiative citoyenne permettant de modifier la Constitution) dans la version 2025 Pouvoir d’initiative directe des citoyens limité une fois les institutions mises en place Aucune garantie que la future Constitution inclura des outils forts de démocratie directe

En pratique, la logique repose sur un moment fondateur (la constituante), dont l’issue reste incertaine, plutôt que sur des mécanismes permanents donnant le pouvoir aux citoyens.

Selon quel calendrier La France insoumise s’engage à appliquer la démocratie directe ?

À ce jour, aucun calendrier précis n’est défini.

Malgré un programme très détaillé, il n’est pas indiqué :

  • quand la constituante serait lancée ;
  • dans quels délais les nouvelles institutions seraient mises en place ;
  • ni quelles mesures seraient prioritaires.

Cette absence de calendrier rend difficile l’évaluation de la faisabilité et de la priorité réelle de la démocratie directe dans le projet.

La France insoumise est-elle prête à s’engager sur tous ses biens devant notaire pour respecter cet engagement pour 2027 ?

Aucun engagement contraignant de ce type n’a été formulé par La France insoumise.

 Les propositions restent programmatiques :

  • sans mécanisme de garantie ;
  • sans engagement personnel contraignant.

Dans un contexte de défiance politique, l’absence de tels dispositifs peut limiter la crédibilité des engagements.

La France insoumise s’est-elle déjà significativement impliquée pour faire avancer la démocratie directe en France ?

La France insoumise a pris certaines initiatives, mais avec des limites importantes.

 Ce qui a été fait

  • Dépôt à deux reprises de propositions de loi visant à instaurer un RIC constituant (notamment sous l’impulsion de mobilisations citoyennes)

 Mais dans les faits :

  • ces propositions n’ont jamais été inscrites dans leur niche parlementaire (malgré les mobilisations citoyennes en ce sens) ;
  • elles n’ont donc pas été réellement mises en débat.

Par ailleurs :

  • la communication du mouvement reste centrée sur la 6ᵉ République ;
  • les outils concrets de démocratie directe sont peu détaillés.

Cela montre une volonté de transformation institutionnelle, mais sans stratégie claire pour installer durablement un pouvoir citoyen direct après la phase constituante.

L’équipe de Solution Démocratique se tient disponible pour interviewer La France insoumise sur ces sujets !

Et les autres candidats et partis à l’élection présidentielle 2027 ?

Découvrez notre comparatif:

Comparatif des candidats et programmes à l’élection présidentielle en France de 2027

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, vous serez confronté à une multitude de programmes et de promesses. Mais comment savoir lesquels offrent réellement les conditions d’un changement durable, réaliste, qui s’appuie sur l’expérience des pays fonctionnant mieux que le notre ?
Ce comparatif vous propose de regarder au-delà des annonces pour vous concentrer sur un critère souvent sous-estimé : la qualité démocratique des propositions. 

 https://solutiondemocratique.fr/comparatif-candidats-programme-elections-presidentielles-france-2027/

https://solutiondemocratique.fr/programme-lfi-2027/

 


 

C) - Programme du Rassemblement National pour 2027 : quelle place pour la démocratie ?

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la démocratie directe doit s’imposee comme un enjeu central pour redonner du pouvoir aux citoyens. Cet article analyse les positions du Rassemblement national (RN), dans le cadre d’une éventuelle candidature portée par Marine Le Pen ou Jordan Bardella, et évalue dans quelle mesure leur projet permet un véritable contrôle des institutions par les citoyens.

Où trouver le programme présidentiel 2027 du Rassemblement national ?

À ce jour, aucun programme officiel détaillé pour l’élection présidentielle de 2027 n’a été publié par le Rassemblement national.

Pour analyser sa position, il faut donc s’appuyer sur :

  • le programme présidentiel 2022 ;
  • les propositions portées lors des élections législatives 2024 ;
  • les prises de parole publiques de ses dirigeants

Cela signifie que l’analyse repose sur des éléments indirects, et non sur un projet structuré spécifiquement pour 2027.

https://rassemblementnational.fr/documents/202406-programme.pdf

Que peut-on lire sur la démocratie directe dans son programme ?

Le Rassemblement national défend depuis plusieurs années l’idée de recourir davantage au référendum, mais dans un cadre limité.

Ce qui est proposé

  • Mise en place d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC) législatif
  • Possibilité de consulter les Français par référendum sur certains sujets
  • Référendum obligatoire envisagé pour les réformes constitutionnelles

Ces propositions vont dans le sens d’un recours plus fréquent au vote des citoyens.

Mais plusieurs limites importantes apparaissent.

 Absence de RIC constituant : les citoyens ne pourraient pas modifier directement la Constitution eux-mêmes.

 Modalités floues :

  • aucun détail précis sur les seuils de déclenchement ;
  • aucune précision sur les conditions de validation ou de contrôle.

 Absence de traduction législative : aucune proposition de loi structurante déposée ces dernières années pour concrétiser ces mesures

Selon quel calendrier le Rassemblement national s’engage à appliquer la démocratie directe ?

Aucun calendrier précis n’a été communiqué.

 Cela signifie :

  • aucune échéance claire ;
  • aucune priorisation des mesures ;
  • aucune garantie de mise en œuvre rapide.

Dans l’analyse politique, l’absence de calendrier est un indicateur important : elle rend difficile l’évaluation du caractère opérationnel des propositions.

Le Rassemblement national est-il prêt à s’engager sur tous ses biens devant notaire pour respecter cet engagement pour 2027 ?

À ce jour, aucun engagement public de ce type n’a été formulé par le Rassemblement national ou ses représentants.

Concrètement :

  • aucun mécanisme contraignant n’est proposé ;
  • aucune garantie forte n’est donnée aux citoyens.

Dans un contexte de défiance politique, ce type d’engagement pourrait pourtant renforcer significativement la crédibilité des propositions.

Le Rassemblement national s’est-il déjà significativement impliqué pour faire avancer la démocratie directe en France ?

Le Rassemblement national évoque régulièrement le référendum dans ses discours, mais son implication concrète reste limitée.

Ce qui existe :

  • une communication régulière en faveur du recours au référendum ;
  • une volonté affichée de consulter davantage les citoyens.

 Mais dans les faits

  • aucune proposition de loi pour instaurer un RIC constituant ;
  • peu d’initiatives parlementaires structurantes sur la démocratie directe ;
  • absence de stratégie claire pour donner un pouvoir continu aux citoyens.

Cela suggère que la démocratie directe n’est pas aujourd’hui un axe prioritaire structuré du mouvement.

L’équipe de Solution Démocratique se tient disponible pour interviewer le Rassemblement national sur ces sujets (comme tous les autres candidats et partis, sans exception) !

 

 

D) - Et les autres candidats et partis à l’élection présidentielle 2027 ?

Découvrez notre comparatif:

Comparatif des candidats et programmes à l’élection présidentielle en France de 2027

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, vous serez confronté à une multitude de programmes et de promesses. Mais comment savoir lesquels offrent réellement les conditions d’un changement durable, réaliste, qui s’appuie sur l’expérience des pays fonctionnant mieux que le notre ?
Ce comparatif vous propose de regarder au-delà des annonces pour vous concentrer sur un critère souvent sous-estimé : la qualité démocratique des propositions. 

Pourquoi un comparatif des programmes pour la présidentielle 2027 ?

Solution Démocratique fait campagne en 2027 pour rendre possible une véritable transition démocratique en France. Avec ce comparateur, nos objectifs sont donc principalement :

  • d’encourager les Français et Françaises pour qui la démocratie est un thème important de tout programme à aller voter à la présidentielle 2027 (des études montrent que le fait d’être exposé à certains types de comparateurs augmente le taux de participation aux élections)  ;
  • aider à identifier les candidats dont le programme et les engagements pris garantissent le plus un vrai changement démocratique positif pour la France ;
  • inciter les candidats à s’engager sur ce thème.

Il est important selon nous de se focaliser sur l’aspect démocratique des programmes. C’est en effet l’élément central pour imaginer de vrais changements sur tous les autres aspects (économiques, environnementaux, sécurité, etc.).

Source des études mentionnées : Munzert, S., & Ramirez-Ruiz, S. (2021). Meta-Analysis of the Effects of Voting Advice Applications. Political Communication, 38(6), 691–706. https://doi.org/10.1080/10584609.2020.1843572


3 bonnes raisons de comparer les programme sur leur valeur démocratique

Peut-être que pour vous, ce qui compte le plus, c’est ce que le futur président va faire pour le pouvoir d’achat, contre la dette, pour l’environnement ou encore sur l’immigration ou la santé.

Il y a cependant au moins 3 bonnes raisons de choisir la démocratie directe comme principal critère comparatif des programmes. Et cela même pour les personnes qui, peut-être comme vous, ne le placeraient pas spontanément comme critère primordial.

1 – Les promesses n’engagent que ceux qui y croient

Rien n’oblige un président de la République à tenir ses promesses de campagne. Ceci est particulièrement vrai lorsque ces promesses :

  • sont nombreuses : il est alors facile de mettre en avant celles honorées et de mettre les autres sous le tapis.
  • Impliquent pour être réalisées d’autres représentants que le président de la République.

C’est pourquoi il est bon pour les citoyens de pouvoir rectifier le tir en cas de promesses non tenues.

2 – La démocratie directe pour mieux s’adapter aux imprévus

En 5 ans, il peut s’en passer des choses. Admettons que le Président tente d’appliquer à la lettre ce qu’il s’est engagé à faire dans son programme, dans tous les domaines. Ce dès son entrée au pouvoir. Mais il va être confronté à plusieurs problèmes :

  • il n’aura pas forcément l’appui d’assez d’autres parlementaires (députés et sénateurs) pour mettre en place tout ce qu’il souhaite ;
  • certaines choses qu’il voulait mettre en place vont s’avérer inefficaces ou ne pas produire les effets escomptés ;
  • d’autres priorités vont apparaître au cours du mandat à cause d’événements imprévisibles lorsque le programme a été établi (comme l’épidémie à la Covid-19).

Il va alors falloir qu’il redéfinisse des priorités en cours de mandat, qu’il abandonne certains projets au profit d’autres. Malheureusement, il ne peut pas avoir une expertise dans tous les domaines. Il va donc peut-être rechercher l’expertise de quelques personnes afin d’élaborer de nouveaux plans.

S’il a mis en place dès son entrée au pouvoir des modalités de fonctionnement beaucoup plus démocratiques, les choses se passeront bien autrement. Ce sont les citoyens, les élus locaux, les experts, les personnes engagées dans la vie associative qui vont directement suggérer de nouveaux projets plus pertinents (via l’initiative citoyenne). La pertinence de ces projets sera évaluée non pas par quelques représentants, mais par un grand nombre de citoyens (via un RIC). Cela augmente les choses que des projets plus pertinents voient le jour.

Des modalités de fonctionnement plus démocratiques incitent également les élus à :

  • mieux respecter leurs programmes, leurs engagements ;
  • prendre de meilleurs décisions puisqu’ils ont plus peur des réactions des citoyens.

3 – Des indicateurs objectifs existent

Le fonctionnement plus ou moins démocratique d’un pays est quelque chose de bien étudié en sciences politiques. Il est possible de trouver des critères pour comparer des programmes par rapport au cadre démocratique qu’ils proposent.

Comment réalisons-nous ce comparatif des programmes pour la présidentielle 2027 ?

Nous suivons une méthode rigoureuse pour établir et mettre à jour ce comparatif de programmes pour la présidentielle 2027. Nous vous l’indiquons pour que vous puissiez vous faire votre propre avis sur sa qualité.

  1. Identification de tous les candidats qui se sont déclarés comme se présentant à l’élection présidentielle et qui sont listés sur la page Wikipédia dédiée (ou annonce publique dans des médias nationaux ou la presse quotidienne régionale), ou pressentis.
  2. Recherche du programme de chaque candidat. Le moteur de recherche Google est utilisé avec les mots clés suivant : « programme + prénom/nom du candidat ou nom du parti + présidentielle 2027 ». Consultation des 10 premières pages de résultat Google pour trouver la plus pertinente.
  3. Exploration de la principale page synthétique du programme. Les mots démocratie, pouvoir ou référendum d’initiative citoyenne (RIC) sont-ils utilisés ?
  4. Si oui, un RIC est-il proposé ? Pour répondre à cette question, nous explorons toute la documentation accessible par internet relative au programme du candidat. Même chose pour établir s’il s’agit d’un RIC constituant (permettant de modifier la Constitution française), et s’il est obligatoire d’organiser un référendum pour toute modification de la Constitution. Idéalement, une proposition de loi constitutionnelle rédigée doit être disponible, car le diable est dans les détails.
  5. Enfin, quelle est la crédibilité du candidat ? Quel degré de certitude peut-on avoir pour qu’il tienne ses engagements ? Est-il prêt à s’engager sur ses biens pour appliquer son programme et respecter ses promesses de campagne ?

 

Notre comparatif des programmes pour la présidentielle 2027 à jour

Abonnez-vous à notre newsletter pour ne rien manquer de nos mises à jour ! Nous interviewons également sur le sujet de la démocratie tous les candidats à l’élection présidentielle 2027 en direct sur YouTube tous les dimanches soirs 20h30 (rediffusion dès le lendemain sur Spotify, Apple Podcast, YouTube).

Dernière mise à jour : 2 mai 2026. Écrivez-nous pour signaler toute erreur.

Comparatif des programmes : vue d’ensemble

Clara Egger 2027 (Solution Démocratique)

Clara Egger était la candidate d’Espoir RIC en 2022, le mouvement citoyen dont est originaire Solution Démocratique. C’est notre candidate pressentie pour 2027.


 

Elle est prête à s’engager sur tous ses biens devant notaire à suivre à la lettre notre calendrier si elle obtient les 500 parrainages pour accéder au premier tour de la présidentielle.

Depuis 2019, elle écrit des ouvrages et intervient dans de nombreux médias pour promouvoir l’instauration du RIC constituant en France.

François Asselineau 2027 (Union populaire républicaine, UPR)

Malgré nos nombreuses prises de contact ces dernières années, M. Asselineau a jusqu’à présent toujours refusé :

  • de relayer les pétitions déposées sur le site de l’Assemblée nationale pour le référendum obligatoire et le RIC constituant ;
  • de débattre avec nos experts Clara Egger ou Raul Magni Berton.

Dans le programme de 2022 le RIC est relégué à la 32ème place. Il n’y est pas précisé si les Français auront l’initiative citoyenne sur la constitution, et le droit de voter par référendum toute modification de cette dernière.

https://upr.fr/wp-content/uploads/2011/01/Programme-Francois-Asselineau-legislatif-2017.pdf

Article complet sur le programme 2027 de François Asselineau

Clémentine Autain 2027 (L’après)

Clémentine Autain a signé une des 2 propositions de loi pour le RIC constituant déposée par le député LFI Jean-François Coulomme suite à notre lobbying citoyen (n°1900), la dernière en date étant la n°722, non signée par Mme Autain (ici).

Article complet sur le programme 2027 de Clémentine Autain

Xavier Bertrand 2027 (Nous France)

M. Bertrand, député sous 4 légilatures puis ministre, n’a jamais proposé ou soutenu de proposition de loi visant l’instauration du RIC constituant.

En 2019, il s’est prononcé contre certaines formes de RIC et pour le maintien d’un RIP avec un seuil abaissé de signatures (mais en conservant un seuil de signataires parlementaires nécessaires) (source : France 24).

Son programme sur le site de son parti Nous France n’évoque l’importe la souveraineté populaire, la démocratie directe.

Article complet sur le programme 2027 de Xavier Bertrand

Nicolas Dupont-Aignan 2027 (Debout la France, DLF)

M. Dupont-Aignan a cosigné la proposition de loi pour le RIC constituant n°4516 déposée en 2021 par Jean Lassalle mais n’a pas soutenu la PPL n°1900 pour le RIC constituant déposée par Jean-François Coulomme en 2021 alors que M. Dupont-Aignant était encore député.


 

Dans son programme actualisé pour 2027, il évoque :

 Mention du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) Référendum obligatoire pour les révisions constitutionnelles Proposition de RIC Constituant non publiée Calendrier de mise en place non publié

En période électorale, suite au lobbying de nos militants, il s’est prononcé favorable au RIC constituant. Il n’a cependant jamais relayé auprès de son audience les pétitions déposées sur le site de l’Assemblée nationale sur le RIC constituant, malgré nos sollicitations.

Article complet sur le programme présidentiel 2027 de Nicolas Dupont-Aignan

 

Marine Le Pen 2027 (Rassemblement national, RN)

Mme Le Pen s’est à notre connaissance toujours prononcée contre le RIC constituant, promouvant uniquement le RIC législatif (voir par exemple cet article de CNews de 2022). Le RN avait a son programme des législatives 2024 le référendum obligatoire pour la constitution, mais n’a jamais déposé de proposition de loi à ce sujet.

https://rassemblementnational.fr/documents/202406-programme.pdf

Voir l’article complet sur le programme présidentielle 2027 de Marine Le Pen

David Lisnard 2027 (Nouvelle énergie)

À notre connaissance M. Lisnard ne s’est jamais investi ou prononcé favorablement ou non en faveur du RIC constituant ou du référendum obligatoire pour la Constitution. Il promeut en revanche le deuxième axe du programme de Solution Démocratique, la décentralisation par le bas où subsidiarité ascendante (voir par exemple ici), bien qu’il n’ait pas proposé dans son programme une proposition de loi précise et un calendrier définit de mise en place.

https://www.unenouvelleenergie.fr/notre-programme/

Voir l’article complet sur le programme de David Lisnard pour 2027.

Édouard Philippe 2027 (Horizons)

M. Philippe, député sous une législature puis ministre, n’a jamais proposé ou soutenu de proposition de loi visant l’instauration du RIC constituant.

À notre connaissance il s’est toujours prononcé contre le référendum d’initiative citoyenne, privilégiant le RIP (voir par exemple sur Europe 1 ou Le Monde).

Article complet sur le programme 2027 d’Édouard Philippe.

François Ruffin 2027 (Debout !)

François Ruffin a signé une des 2 propositions de loi pour le RIC constituant déposée par le député LFI Jean-François Coulomme suite à notre lobbying citoyen (n°1900), la dernière en date étant la n°722, non signée par M. Ruffin (ici).

Il n’a cependant à notre connaissance jamais partagé dans ses réseaux les pétitions enregistrées sur le site de l’Assemblée nationale pour le RIC constituant et le référendum obligatoire.

Le programme de Picardit (ici) mentionne de façon vague le RIC et la souveraineté populaire mais sans s’engager de manière précise et concrète sur le sujet (proposition de loi, référendum obligatoire pour toute modification de la constitution, initiative citoyenne y compris pour modifier la constitution).

Voir l’article complet consacré à François Ruffin, la démocratie directe et la présidentielle 2027

Laurent Wauquiez 2027 (Les Républicains)

M. Wauquiez n’a pas cosigné la proposition de loi pour le RIC constituant n°722 déposée par Jean-François Coulomme en 2024 alors que M. Wauquiez était député.

À notre connaissance il ne s’est jamais prononcé favorable au RIC constituant ou au référendum obligatoire pour la constitution.

Article complet sur le programme 2027 de Laurent Wauquiez

Bruno Retailleau 2027 (Les Républicains)

En 2018, au cours des mouvements des Gilets-Jaunes :

A droite, le chef de file des sénateurs Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, s’est dit « favorable » au référendum d’initiative citoyenne, sur « des grands sujets », afin d’« équilibrer notre démocratie représentative », mais cette mesure devra être « encadré[e] », a-t-il précisé sur LCI mardi, tout en rappelant que le référendum est « une tradition de la Ve République ». (source)

En 2019, il affirme :

Je pense que la démocratie directe peut amener beaucoup de violence. (source)

En 2026 :

Bruno Retailleau, qui fait partie des défenseurs d’une telle réforme, a indiqué, il y a quelques jours, vouloir consulter les Français pour « réduire drastiquement l’immigration, engager une véritable révolution de notre justice pénale, et redonner la primauté à notre droit national ». (source)

Au regard de ces déclarations, la position de Bruno Retailleau apparaît la suivante : il accepte le référendum à condition qu’il reste contrôlé et limité à certains sujets définis par le pouvoir. Sa méfiance exprimée en 2019 montre qu’il ne considère pas la démocratie directe comme un pilier du système politique, mais plutôt comme un outil à manier avec prudence. Enfin, ses propositions récentes confirment une logique de consultation descendante, où l’initiative reste gouvernementale.

 En résumé, il défend davantage un référendum d’encadrement politique qu’une véritable initiative citoyenne autonome.

https://republicains.fr/wp-content/uploads/2025/11/2019-10-02-lR-charte-principes-fondamentaux.pdf

Voir l’article complet sur le programme présidentienne 2027 de Bruno Retailleau pour la démocratie.

Juan Branco 2027 (La Ruche)

Malgré nos nombreuses prises de contact, M. Branco a jusqu’à présent toujours refusé :

  • de relayer les pétitions déposées sur le site de l’Assemblée nationale pour le référendum obligatoire et le RIC constituant ;
  • de débattre avec nos experts Clara Egger ou Raul Magni Berton.

Son programme propose des RIC sans qu’aucune proposition de loi ne soit formulée. Il n’est pas dit que seuls les citoyens pourront modifier la Constitution par référendum.

De plus :

  • p70 de « Comment fabriquer une guillotine », Juan Branco s’accorde le droit de mettre un véto présidentiel sur chaque référendum ;
  • p8 de « Le Projet » en petit et bas de page, il est écrit « ou en cas de mise en jeu de son véto ».

Article complet sur le programme 2027 de Juan Branco.

Jean Lassalle 2027 (Résistons !)

Suite à notre lobbying citoyen, Jean Lassalle a déposé en 2021 la proposition de loi pour le RIC constituant n°4516 . Il n’a cependant pas soutenu la PPL n°1900 pour le RIC constituant déposée par Jean-François Coulomme en 2021 alors que M. Lassalle était encore député.


 

Lors de la présidentielle 2022, sous les actions combinées d’Espoir RIC et de son équipe de campagne, Jean Lassalle inscrit en numéro 1 le RIC constituant dans son programme juste avant le premier tour. Ces mêmes actions le conduisent aussi à s’engager chez un notaire à léguer tous ses biens au cas où il ne respecterait pas son engagement.

M. Lassalle ne s’est pas encore engagé à le refaire potentiellement pour 2027, au cas où il obtiendrait les 500 parrainages.

Voir l’article complet sur Jean Lassalle et la présidentielle 2027

Eric Zemmour (Reconquête)

M. Zemmour a inscrit dans son programme le référendum obligatoire pour toute modification de la Constitution.

Il ne propose cependant pas que les citoyens puissent lancer des référendums : il laisse cette possibilité aux représentants nationaux uniquement.

De plus, même si le référendum obligatoire figure dans son programme, il ne prend jamais la parole à ce sujet (ou de manière anecdotique) et Reconquête (malgré nos sollicitations) n’a jamais relayé notre pétition enregistrée sur le site de l’Assemblée nationale pour le référendum obligatoire.

Article complet sur le programme 2027 d’Éric Zemmour

Sarah Knafo (Reconquête)

Le parti de Sarah Knafo a inscrit dans son programme le référendum obligatoire pour toute modification de la Constitution.

Il ne propose cependant pas que les citoyens puissent lancer des référendums : il laisse cette possibilité aux représentants nationaux uniquement.

De plus, même si le référendum obligatoire figure dans son programme, elle ne prend jamais la parole à ce sujet (ou de manière anecdotique) et Reconquête (malgré nos sollicitations) n’a jamais relayé notre pétition enregistrée sur le site de l’Assemblée nationale pour le référendum obligatoire.

Interviewée par le podcasteur Matthieu Stefani lors de sa campagne pour l’élection municipale 2026 à Paris, elle évoque l’importance de s’inspirer du système politique suisse pour l’échelon municipal. Ce sujet revient cependant très peu dans ses communications publiques pourtant très régulières.

Similaire de Paris: https://www.ifrap.org/sites/default/files/documents/2026-02/programme-sarah-knafo-paris-2026_4.pdf

Article complet sur le programme 2027 de Sarah Knafo

Dominique de Villepin (La France humaniste)

M. de Villepin a lancé en juin 2025 un nouveau parti politique, La France humaniste. À notre connaissance, il ne s’est jamais déclaré favorable à donner aux citoyens français le contrôle de leur système politique et n’a jamais rien fait en ce sens au cours de ses précédents mandats.

https://lafrancehumaniste.fr/

Article complet sur le programme 2027 de Dominique de Villepin.

Ségolène Royal (Parti Socialiste)

Mme Royal, qui a été députée et ministre, n’a jamais proposé ou soutenu de proposition de loi visant l’instauration du RIC constituant.

Article complet sur le programme 2027 de Ségolène Royal

Marine Tondelier (Écologistes)

Mme Tondelier, qui a été députée, n’a jamais proposé ou soutenu de proposition de loi visant l’instauration du RIC constituant, bien que son groupe parlementaire d’appartenance (Les Écologistes) ait déposé une telle proposition de loi en novembre 2025 (PPL n°2081).

Article complet sur le programme 2027 de Marine Tondelier

Jean-Luc Mélenchon (LFI)

Le groupe parlementaire LFI a déposé à 2 reprises une proposition de loi visant l’instauration du RIC constituant mais n’a jamais souhaité faire passer cette proposition de loi dans sa niche parlementaire. Dans la version 2025 du programme LFI, le référendum obligatoire est inclus, mais pas l’initiative citoyenne sur la constitution (voir ici). De plus, aucun calendrier précis d’instauration une fois le candidat au pouvoir est donné pour les plus de 800 mesures proposées.

Article complet sur le programme 2027 de LFI

Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière)

À notre connaissance elle ne s’est jamais prononcée favorable au RIC constituant ou au référendum obligatoire pour la constitution.

Article complet consacré à la candidature de Nathalie Arthaud à l’élection présidentielle 2027.

Jérôme Guedj (PS)

Groupe politique s’exprimant peu sur la démocratie directe. Certains députés ont cosigné une proposition de loi pour le RIC constituant, d’autres se sont prononcés contre en Commission des lois lors de l’examen de pétitions.

Voir l’article complet sur le programme présidentielle 2027 de Jérôme Guedj

Delphine Batho (Génération Écologie)

À notre connaissance elle ne s’est jamais prononcée favorable au RIC constituant ou au référendum obligatoire pour la constitution.

Article complet consacré à Delphine Batho et l’élection présidentielle 2027

Lydie Massard (Union démocratique bretonne)

Candidate pour la primaire de la gauche.

En 2024, elle déclare dans une tribune souhaiter :

Rendre l’autonomie aux régions, réformer la fiscalité pour les collectivités, donner du pouvoir aux élus locaux et, surtout, rapprocher les décisions des citoyens. (source)

Dans son discours d’annonce de candidature sur sa page Facebook, elle insiste particulièrement sur la facette fédérale.

Elle n’a pas formalisé à notre connaissance de texte de loi précis.

Article complet consacré à Lydie Massard pour la présidentielle 2027

Gabriel Attal (Renaissance / Ensemble pour la république)

Depuis que Solution Démocratique existe (2024), le groupe politique auquel appartient Gabriel Attal est le seul représenté à l’assemblée n’ayant jamais accepté sur les sujets démocratiques avec nous, malgré nos multiples sollicitations auprès de députés et sénateurs.

À notre connaissance il ne s’est jamais prononcé favorable au RIC constituant ou au référendum obligatoire pour la constitution. En tant que député, il n’a jamais non plus déposé ou cosigné de proposition de loi à ce sujet.

Article complet sur le programme 2027 de Gabriel Attal

Raphaël Glucksmann (Place Publique)

Parmi les 10 priorités listées par Place Publique (ici), aucune ne vise à donner plus de marge de manoeuvre aux citoyens ou aux communes.

À notre connaissance il ne s’est jamais prononcé favorable au RIC constituant ou au référendum obligatoire pour la constitution.

https://place-publique.eu/wp-content/uploads/2022/06/circulaire-MB.pdf

Article complet sur le programme 2027 de Raphaël Glucksmann


mai 03, 2026

L'incertitude, le régime des mollahs ou une pseudo démocratie occidentalisée ?

Sommaire:

A) - Les guerres américaines post-délibérées

B) - COMMENT ÉTRANGLER LE RÉGIME DES MOLLAHS

C) - Golfe : les monarchies face au défi d’une défense intégrée

D) - L’Iran tient-il le détroit d’Ormuz et Donald Trump à la gorge ? 

E) -  Hormuz ou la vie.

Lire aussi: https://universite-liberte.blogspot.com/2026/05/informations-etatsuniennes.html


A) - Les guerres américaines post-délibérées

La guerre contre l'Iran est peut-être la première guerre véritablement « post-délibérée » de l'histoire américaine. 

Bien que profondément imparfaites et peut-être menées à la hâte, les interventions militaires américaines en Afghanistan et l'invasion de l'Irak avaient néanmoins fait l'objet de débats au Congrès. Pour la guerre contre l'Iran, rien de comparable n'existait, écrit Brandan Buck, de l'institut Cato. 

Au cours des huit dernières semaines de guerre contre l'Iran, les deux institutions délibératives américaines, le Congrès et les médias, ont largement failli à leur devoir d'entretenir un débat public sur la question la plus importante à laquelle une république puisse être confrontée : le choix entre la guerre et la paix. Aucune de ces institutions n'a été irréprochable durant la guerre mondiale contre le terrorisme. Pourtant, au Capitole, des débats ont eu lieu avant le début des hostilités, et les médias ont déployé des efforts considérables pour susciter l'adhésion. Au regard des critères actuels, ces agissements semblent presque admirables. La guerre contre l'Iran est peut-être la première guerre véritablement « post-délibérative » de l'histoire américaine. 
 
 Pour saisir la différence, il faut remonter plus de vingt ans en arrière. Bien que profondément imparfaite et peut-être précipitée, une intervention militaire américaine en Afghanistan, puis l'invasion de l'Irak, ont néanmoins fait l'objet d'un débat au Capitole. La première a été directement déclenchée par une attaque directe, les attentats du 11 septembre. La seconde a été précédée d'environ deux mois d'auditions au Congrès, suivies d'un vote sur l'autorisation d'emploi de la force militaire (AUMF). L'AUMF autorisant la guerre en Irak a été adoptée par le Sénat passed the Senate par 77 voix contre 23 et par la Chambre des représentants par 296 voix contre 133. in the House Ces débats et votes ont depuis été largement considérés comme des erreurs, mais ils ont bien eu lieu. 
 
Aucune délibération comparable n'a eu lieu au Congrès à la veille du lancement unilatéral de la guerre contre l'Iran par le président. Malgré les précédents recours à la force par l'administration au Venezuela et contre l'Iran en juin 2025, le Congrès s'est montré peu enclin à un débat approfondi avant le début des hostilités. Alors que les forces américaines se déployaient au Moyen-Orient, aucun effort sérieux n'a été entrepris pour contraindre le Congrès à voter. Le Congrès n'a fait que réagir a posteriori, par le biais de résolutions sur les pouvoirs de guerre qui ont échoué – des tentatives timides pour tenter de rectifier le tir. Exprimant le sentiment quasi unanime des républicains au Congrès, le représentant Blake Moore said of the vote a déclaré à propos du vote qu'il serait « irresponsable de paralyser le commandant en chef et nos chefs militaires ». Dans le monde à l'envers de Washington, le fait de se soustraire à ses devoirs constitutionnels est requalifié en responsabilité.
 
De l'autre côté de l'hémicycle, tandis que de nombreux démocrates s'inquiétaient du recours à la force par le président Trump en Iran, les dirigeants du parti ont éludé le problème de fond, privilégiant la procédure au principe. Au printemps 2026, par exemple, le sénateur Mark Warner a critiqué Trump pour son intervention militaire au Venezuela, reiterated those critiques  y voyant une diversion par rapport à la possibilité d'un changement de régime en Iran. Warner a réitéré ces critiques après le début de la guerre en Iran, s'en prenant à Trump sur la manière dont elle menait le conflit plutôt que sur le fond. process of the war Face à une telle équivoque, il n'est pas absurde d'affirmer que les dirigeants démocrates ont acquiescé au vote sur les pouvoirs de guerre car ils savaient qu'il serait rejeté, permettant ainsi à leur parti de se donner des airs d'opposition alors que, dans les faits, leur désaccord était surtout rhétorique. 
 
Le rôle des grands médias durant la guerre en Iran a été largement réactif, sans qu'ils n'abordent les questions fondamentales relatives à l'autorité présidentielle ou à la prudence stratégique. Leurs reportages se sont limités à un récit des événements, se contentant de poser des questions du type « va-t-il le faire ou non ? »,will he or won’t he au lieu d'examiner les enjeux plus profonds de la guerre et sa signification pour la société américaine. La couverture médiatique a également minimisé des événements troublants,  troubling developments comme la destruction d'une école iranienne par l'armée américaine et le massacre de 165 civils iraniens au début du conflit. Plus inquiétant encore est le soutien apporté à la guerre par des chaînes comme Fox News et  CBS News qui ont frôlé la caricature. 
 
 Il ne s'agit pas ici de déterminer le bien-fondé des arguments pour ou contre la guerre, mais de souligner que ce débat est quasiment inexistant. Les grands médias traitent la guerre comme s'il s'agissait de la météo : un phénomène à observer plutôt qu'une décision à débattre. C'est l'antithèse même de l'autonomie que nous garantit la Constitution. 
 
Ces tendances à l'esquive ne sont évidemment pas nouvelles. La seconde moitié de la Guerre mondiale contre le terrorisme a été particulièrement déplorable du point de vue du débat public et parlementaire. Malgré ses promesses de campagne en matière de politique étrangère, le président Obama, tirant les mêmes leçons casualty aversion que ses prédécesseurs quant à la crainte des pertes humaines, a revu sa politique plutôt que de la réduire. S’appuyant sur des interprétations extensives des autorisations d’emploi de la force militaire, Obama a étendu la présence militaire clandestine américaine au Moyen-Orient. De même, il a lancé l’opération Odyssey Dawn,a no-fly zone turned regime-change une zone d’exclusion aérienne transformée en opération de changement de régime sans concertation préalable, et encore moins avec un vote du Congrès. Les conséquences de l’intervention en Libye, ainsi que des actions clandestines américaines en Syrie covert action in Syria et du soutien à la coalition saoudo-émiratie au Yémen, coalition in Yemen ont engendré des désastres à l’étranger et ont conforté le Congrès et les médias dans leur rôle de simples spectateurs.
 
Pour ceux qui aspirent à une politique étrangère plus conforme aux normes constitutionnelles et fondée sur un débat public vigoureux, les perspectives sont mitigées. Si la presse traditionnelle a souvent failli à ses responsabilités, un écosystème de « nouveaux médias » – podcasts, plateformes en ligne et commentaires indépendants – a, dans une certaine mesure, comblé ce manque. Ces sources présentent certes des lacunes, mais leur émergence constitue, globalement, un correctif bienvenu. Reste à savoir si ces commentaires dissidents peuvent susciter et entretenir un débat public plus vigoureux, susceptible d'influencer le paysage politique. Si les nouveaux médias ont mobilisé les auditeurs, transformer cette énergie en action politique est une autre affaire. Si les consommateurs de médias dissidents ne se transforment pas en électeurs dissidents, les commentaires en ligne d'aujourd'hui risquent d'être aussi inefficaces que l'opposition imprimée d'hier. 
 
La situation est plus sombre encore au Congrès. La guerre en Iran a renforcé une tendance de plusieurs décennies à l'abdication du Congrès, les législateurs s'en remettant au président plutôt que d'assumer leur responsabilité de débattre des questions de guerre et de paix. L'histoire récente n'est guère rassurante, car la polarisation accrue a alimenté la montée en puissance de la présidence impériale. Pourtant, quelques lueurs d'espoir subsistent : un petit nombre de voix conservatrices résolues se sont jointes a small number of resolute conservative voices à un nombre croissant de voix libérales plus constantes pour appeler à la retenue et au retour aux normes constitutionnelles. Pour faire entendre ce chœur, il faudra une mobilisation électorale soutenue, notamment lors des primaires, traditionnellement marquées par une faible participation. Si les Américains estiment que la politique étrangère relègue la politique étrangère au second plan au détriment des priorités nationales et souhaitent un contrôle parlementaire constant du pouvoir exécutif, ils doivent clairement faire savoir aux élus en place que leurs décisions auront des conséquences dans les urnes. Si, comme le dit l'adage, « le gouvernement que vous élisez est celui que vous méritez », alors les électeurs américains doivent clairement affirmer qu'ils exigent – ​​et méritent – ​​mieux. 
 
En dehors du contexte électoral, les sondages indiquent que l'opposition à la guerre en Iran n'est pas une position marginale, mais la norme but the norm – une position partagée par des voix de tous bords politiques. Pour concrétiser ce sentiment et le traduire en politique, il faudra ce qu'Abraham Lincoln appelait « une confiance patiente dans la justice ultime du peuple », associée à un effort soutenu pour y parvenir.
 
Brandan P. Buck 

Chercheur, Institut Cato
Fusion on May 1, 2026. 

https://ow.ly/SUpz50YTEl8

 


B) - COMMENT ÉTRANGLER LE RÉGIME DES MOLLAHS

Au jujitsu, on dénombre une douzaine de techniques d’étranglement, du gyaku au sankaku jimé (en utilisant ses mollets !), qui ont toutes le même résultat : afflux de sang au cerveau coupé, l’adversaire tombe dans les pommes en quelques secondes s’il ne se résigne pas à signaler sa défaite par une petite tape sur le bras.

C’est tout l’objectif du blocus du détroit d’Ormuz, où la Maison-Blanche espère prendre le régime des mollahs à son propre piège en le privant de devises, tandis que, contre-étranglement, Téhéran compte couper les 20 % de la consommation mondiale de pétrole transitant quotidiennement par cette voie de navigation.

Qui craquera le premier ? Certes, les pays importateurs de pétrole en Asie et en Afrique sont menacés de pénurie physique et, loi de l’offre et de la demande oblige, les prix flambent à la pompe même dans les pays exportateurs nets, comme les États-Unis Ce qui menace le monde d’une récession, voire d’ici quelques mois d’une crise énergétique sans précédent depuis, peut-être, le choc pétrolier de 1974. Mais le prix du baril, à 109 $ pour le brent mardi, est encore très loin des 150 $ prédit par des analystes au début du blocus début avril et l’impact ne serait pas existentiel. Alors que le régime des mollahs joue sa survie.

En effet, ses exportations de pétrole, déjà sous sanctions occidentales et donc réduites à 2 Mbj (millions de barils par jour), passaient en temps normal à 90 % par Ormuz. Or, l’or noir constitue 60 % des recettes en devises du pays. L’Iran ne pourrait plus payer ses importations vitales de denrées alimentaires, médicaments et pièces détachées. « À mesure que les exportations de pétrole iraniennes s’effondrent, il n’y aura plus de liquidités pour financer les importations ; l’activité économique s’effondrera alors, la monnaie entrera dans une spirale de dévaluation et l’hyperinflation s’ensuivra », affirme Robin Brooks, de la Brookings Institution. Sans oublier que la fermeture du détroit bloque déjà physiquement les importations iraniennes par voie navale. Alors que la possibilité de substitution des importations par des produits de l’industrie locale s’avère très faible. Emprunter à l’étranger pour remplacer les devises des hydrocarbures n’est pas non plus vraiment une option ; aucune banque internationale n’oserait se livrer à ce jeu-là, même basée en Chine…

Les Pasdarans privés de salaire

Surtout, la majorité des ressources budgétaires du régime est tirée des taxes sur les exportations d’hydrocarbures. Qui paierait les 8 millions de fonctionnaires et employés de structures parapubliques, et surtout les 190 000 gardiens de la Révolution, ainsi que les 90 000 miliciens Bassiji chargés de la répression intérieure ? Sachant qu’un nervi sans solde se montre vite bien moins motivé… Cela anéantirait aussi les capacités de patronage des Pasdarans, désormais le centre du pouvoir iranien.

Le régime pourrait toutefois régler les salaires en faisant tourner frénétiquement la planche à billets. Hyperinflation garantie au vu des nombreux précédents historiques, de l’Allemagne de Weimar à la Hongrie de 1953 (des milliards de milliards de %), en passant par, plus récemment, le Zimbabwe ou le Venezuela, pour cause d’explosion de la masse monétaire. Destruction de l’épargne populaire, fuite massive des capitaux, troubles sociaux et politiques assurés, sans compter que les Pasdarans et Bassijis n’aimeraient pas être payés en monnaie de singe.

Pour toutes ces raisons, le régime des mollahs serait donc acculé dans quelques semaines à la capitulation, ou s’effondrerait face à une révolte intérieure massive…

En théorie, du moins. Car, en pratique, il a encore des cartes en main, quoique pas simples à jouer. En bref, l’étranglement américain est redoutable mais pas forcément mortel.

Tout d’abord, il existe des régimes ayant survécu plusieurs années à des épisodes d’hyperinflation. Le régime iranien a en outre montré depuis un demi-siècle une résilience spectaculaire aux sanctions occidentales. Il peut exporter un peu par camions et trains via l’Asie centrale, ou utiliser un pipeline de contournement d’Ormuz, d’une capacité de 300 000 barils par jour. Insuffisant. Mais ses tankers peuvent aussi forcer le blocus. Deux ont été arraisonnés, mais un nombre surprenant, une douzaine selon Lloyds, transportant 15 millions de barils, est passé ces dix derniers jours. Ces pétroliers de « flotte fantôme » débranchent leurs transpondeurs et suivent des itinéraires près des côtes qui les rendent difficiles à arraisonner. Ou transbordent leur cargaison en pleine mer à des navires d’autres pavillons. À moins que la marine américaine n’ose pas intercepter certains tankers en fonction de leur destination, la Chine, par exemple. Washington assume d’ailleurs ne pas instaurer un blocus parfaitement hermétique, plutôt un nœud coulant pouvant être resserré surtout avec l’arrivée sur zone d’un troisième groupe naval.

L’Iran peut aussi vendre l’or noir des pétroliers déployés depuis des semaines par précaution au-delà du détroit, en mer d’Oman et jusqu’en Malaisie. Il y en a pour 10 à 25 millions de barils, selon les cabinets Kpler, Kayrros ou Vortexa à partir de données satellites. L’équivalent de dix jours d’exportations maximum.

Autre grave souci : puisqu’il ne peut plus exporter, Téhéran est obligé de stocker sur son sol le pétrole extrait de ses 4 000 puits… sauf que les capacités vont vite être saturées, même en remettant en service en panique des pétroliers désaffectés. Les mêmes cabinets spécialisés estiment les capacités disponibles entre 30 et 90 millions de barils. C’est-à-dire qu’entre mi-mai et mi-juin, l’Iran devrait arrêter de pomper son pétrole… mais cela serait catastrophique pour une raison technique connue sous le nom de « water coning » ; quand le pompage s’arrête, l’eau remonte mécaniquement, piégeant l’huile dans les pores de la roche de manière irréversible et rendant le puits définitivement hors service.

Le régime des mollahs sera donc confronté dans un mois à un dilemme existentiel : soit trouver un compromis avec Washington, soit voir ses puits de pétrole s’anéantir un par un, soit forcer le blocus au culot, soit surenchérir militairement en attaquant les États-Unis partout où c’est possible pour l’obliger à lâcher prise…

Yves Bourdillon

https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-bourdillon-comment-etrangler-le-regime-des-mollahs/

 


 

C) - Golfe : les monarchies face au défi d’une défense intégrée

Les frappes iraniennes contre les infrastructures pétrolières et les bases militaires du Golfe ont mis en évidence une limite structurelle : la sécurité régionale ne peut plus dépendre uniquement de dispositifs nationaux séparés. Pour les monarchies du Moyen-Orient, l’enjeu est désormais de partager les capacités d’interception, les radars et les renseignements afin de construire une défense régionale plus cohérente.

Durant la guerre, l’Iran a lancé plus de 550 missiles balistiques et 2 200 drones contre les Émirats arabes unis, soit un volume supérieur à celui dirigé contre Israël. Des frappes transfrontalières ont également visé des raffineries et des terminaux gaziers au Qatar, en Arabie saoudite, au Koweït et à Bahreïn. Les dégâts matériels sur les installations énergétiques ont été importants, notamment au Qatar, où près d’un sixième des exportations gazières aurait été affecté. Cette séquence a confirmé la capacité de l’Iran à imposer un coût élevé à ses adversaires régionaux. Elle a aussi révélé les limites des défenses aériennes actuelles pour protéger les actifs stratégiques du Golfe. Face à un arsenal iranien limité mais efficace, les États de la région sont poussés à mieux coordonner leurs systèmes de détection et d’interception afin de réduire les angles morts et d’éviter une réponse fragmentée.

Les limites des systèmes isolés

Aucun État du Golfe ne peut, seul, assurer une défense aérienne suffisamment profonde et redondante. La menace iranienne joue sur la masse, la dispersion et la saturation. Drones suicides. Missiles balistiques. Projectiles à bas coût. Attaques coordonnées. Salves multiples. Face à ce type d’offensive, une batterie nationale, même moderne, ne suffit plus. Et puis il y a la question du coût et des capacités de production et de stockage. Alors qu’un drone « low cost » est facile à produire et que son coût est inférieur à 50 000 dollars, son intercepteur coûte 2 millions de dollars et n’est pas disponible à volonté. À terme, ce n’est pas l’intercepteur qui abat un drone « Shahed » qui gagne.

La logique change. Il ne s’agit plus seulement de déployer des Patriot, des THAAD ou des systèmes de défense rapprochée. Il s’agit de créer un espace de défense commun. Un réseau. Une architecture capable de fusionner les données radar, d’identifier les trajectoires, d’attribuer les menaces et de répartir la charge d’interception entre plusieurs États.

Le Golfe a longtemps fonctionné avec des dispositifs fragmentés. Chaque capitale protégeait ses sites critiques. Chaque armée conservait ses chaînes de commandement. Chaque État verrouillait ses données. Cette logique rassurait les souverainetés. Elle affaiblissait la défense collective. La guerre a montré la limite de cette approche. Une brèche dans un espace aérien national peut menacer, en quelques minutes, les infrastructures d’un voisin. Dans le Golfe, les vulnérabilités circulent aussi vite que les missiles.

Les États-Unis et Israël avaient déjà intégré cette donnée. Pendant la guerre, Washington et Tel-Aviv ont synchronisé leurs frappes, leurs alertes et leurs messages de dissuasion. Les monarchies du Golfe en tirent une leçon brutale. Des systèmes nationaux perfectionnés restent insuffisants contre une offensive simultanée, hybride et volumétrique. La défense aérienne ne se pense plus comme une frontière. Elle se pense comme un maillage.

Initiatives américaines : postes de commandement et cellule multinationale

Washington a préparé ce basculement avant même le déclenchement de la guerre. Dès 2025, l’USCENTCOM a multiplié les dispositifs destinés à pousser les alliés du Golfe vers une coordination plus étroite. L’objectif était clair : passer de la coopération ponctuelle à une planification commune.

En novembre 2025, les commandements américain et qatari ont inauguré un Combined Command Post à Al Udeid. Le dispositif associe officiers qataris et américains dans la planification et la conduite de la défense aérienne. En décembre 2025, un poste similaire a été ouvert à Bahreïn avec la 5ᵉ Flotte américaine et l’armée bahreïnienne. Ces structures ne sont pas de simples symboles. Elles installent une habitude opérationnelle. Elles rapprochent les chaînes de commandement. Elles accélèrent la circulation des alertes.

Le palier supérieur a été franchi en janvier 2026 avec la création du MEAD-CDOC (Middle Eastern Air Defense – Combined Defense Operations Cell). Installée à Al Udeid, dans l’actuel Combined Air Operations Center qatari, cette cellule regroupe des officiers américains, qataris, bahreïniens et israéliens. Sa fonction est centrale : coordonner la défense aérienne et antimissile entre partenaires régionaux.

Le MEAD-CDOC doit servir de plateforme permanente pour les exercices multinationaux, le partage des alertes et l’allocation des interceptions. L’enjeu est autant militaire qu’économique. Intercepter deux fois la même menace coûte cher. Rater une salve coûte beaucoup plus. Dans une guerre de saturation, l’efficacité dépend de la hiérarchisation des cibles. Chaque missile d’interception doit être utilisé au bon moment, contre la bonne menace, par l’acteur le mieux placé.

Coordination intra-Golfe : exercices et structuration régionale

À l’échelle régionale, les monarchies du Golfe ont progressivement repris le chantier de la coopération militaire après la réconciliation d’Al-Ula, en 2021. La fin du blocus du Qatar a rouvert un espace politique. Elle n’a pas fait disparaître les méfiances, mais elle a permis de remettre au centre une évidence stratégique : face à l’Iran, les divisions internes coûtent cher. Il aura fallu des années de tensions pour redécouvrir cette vérité pourtant élémentaire.

Les États du Conseil de coopération du Golfe ont donc relancé leurs exercices conjoints. L’exercice Integration 1, organisé au Koweït en 2023, s’inscrivait dans cette logique. L’enjeu n’était plus seulement de faire manœuvrer des forces côte à côte. Il s’agissait surtout de tester des procédures communes, des circuits d’alerte, des protocoles de communication et des mécanismes de coordination entre centres de commandement.

Cette évolution s’analyse comme un réalignement fonctionnel dans lequel la défense unifiée prend le dessus sur les divergences politiques. Le Golfe ne devient pas homogène. Il devient plus pragmatique. Les différends demeurent, mais ils ne peuvent plus empêcher l’interconnexion minimale des systèmes de défense.

Le CCG a également réactivé une initiative plus ancienne : Hizam al-Taawun, la « Ceinture de coopération ». Son objectif est de connecter les radars et les centres de commandement aérien des États membres. L’ambition est de construire un réseau d’alerte précoce capable de produire une image aérienne commune. Une carte unique. Des données partagées. Des décisions plus rapides. Des protocoles d’engagement mieux harmonisés. Des réunions régulières à Riyad, avec l’appui des États-Unis, travaillent à cette common air picture régionale.

Le problème, c’est que ce n’est pas seulement technique. C’est aussi très politique. Les armées du Golfe n’ont pas le même matériel : Patriot, THAAD, systèmes occidentaux, russes ou nationaux. L’interopérabilité reste donc un vrai combat quotidien contre les incompatibilités techniques et les réflexes de souveraineté.

Renseignement et intégration discrète

Les États du Golfe ont aussi renforcé le partage de renseignements. Les liaisons sécurisées avec les commandements américains se sont améliorées, et les échanges entre radars et centres d’alerte se sont intensifiés. Cela permet un suivi radar mutuel et une meilleure anticipation des trajectoires de missiles. Ce n’est pas encore une défense intégrée à part entière, mais c’est déjà une mécanique commune qui se met en place. Cette évolution se fait davantage par petits pas fonctionnels que par grands traités officiels. Tous les États n’affichent pas le même niveau d’engagement : certains coopèrent discrètement, d’autres plus ouvertement. Mais tout le monde sait que le système actuel reste provisoire. Les bases américaines et les arrangements ad hoc ne suffiront pas à long terme.

Israël et les monarchies du Golfe : la coopération qui s’accélère

La guerre avec l’Iran a nettement accéléré la dynamique lancée par les accords d’Abraham. La coopération entre Israël et certains pays du Golfe est passée du stade diplomatique au stade opérationnel. Le geste le plus fort a été le déploiement, en 2026, d’un système Iron Dome complet aux Émirats arabes unis, avec du personnel israélien sur place pour le faire fonctionner. C’était une première : jamais une batterie complète n’avait été transférée à un pays tiers en pleine guerre régionale. Selon les Israéliens, elle a intercepté plusieurs dizaines de missiles iraniens visant les Émirats. Au-delà du résultat militaire, le message est clair : les Émirats sont prêts à coopérer directement avec Israël quand la menace iranienne l’exige. Bahreïn reste plus prudent, et l’Arabie saoudite observe, négocie et temporise. En échange, les Émirats accèdent à des technologies israéliennes dans les radars, les drones, le commandement numérique et les logiciels de C2. Israël, lui, gagne en profondeur stratégique grâce aux réseaux et aux positions d’observation que les pays arabes peuvent lui offrir.

Cette convergence repose sur une lecture très similaire de la menace iranienne. Des projets de coproduction, notamment de drones Hermes 900, aux Émirats arabes unis, vont dans ce sens. Cela dit, la prudence reste de mise des deux côtés : on partage, mais par filtres, par niveaux de confiance et sans tout mettre sur la table. Riyad, de son côté, continue de lier toute normalisation complète à des avancées sur le dossier palestinien. Cela freine une architecture ouverte, mais sur les sujets concrets – missiles balistiques, drones, attaques maritimes, cybermenaces ou C4I – les coopérations continuent d’avancer.

Des cadres souples plutôt que des pactes formels

Sur le plan diplomatique, le Forum du Néguev a créé en juin 2023 un groupe de travail sur la sécurité régionale, réunissant Israéliens, Américains, Égyptiens, Émiratis, Marocains, Bahreïniens et même des représentants palestiniens. Plus de trente responsables militaires y ont participé. Ce genre de format a l’avantage de ne créer aucune obligation juridique et de ne pas forcer les pays à rendre publiques des coopérations qu’ils préfèrent parfois garder secrètes. C’est exactement pour ça qu’il est utile : il permet d’avancer concrètement sans se heurter tout de suite aux symboles politiques. Le grand défi, à terme, sera de faire passer toutes ces coopérations bilatérales ou « minilatérales » vers une véritable architecture régionale plus structurée.

Vers une architecture régionale de défense

L’intégration antiaérienne du Golfe se construit progressivement. Rien ne ressemble encore à une OTAN du Golfe. Mais les fondations d’une architecture régionale de défense commencent à se dessiner, non par proclamation politique, mais par accumulation de mécanismes techniques, opérationnels et sécuritaires.

Le consensus opérationnel est désormais établi : la protection du Golfe contre les missiles et les drones iraniens exige un bouclier régional partagé. À terme, l’objectif est connu. Une ligne d’alerte unifiée. Des radars et des satellites connectés. Des procédures d’engagement harmonisées. Une image aérienne commune. Un réseau de données partagé. Une répartition plus rationnelle des interceptions. Une capacité à absorber la saturation sans s’effondrer dès la première vague.

La guerre avec l’Iran a joué le rôle de catalyseur. Elle a forcé les monarchies du Golfe à regarder en face l’obsolescence des défenses isolées. Elle a montré qu’une attaque contre un seul État peut mettre sous tension tout l’équilibre régional. Elle a aussi confirmé le poids central des États-Unis dans la coordination militaire du Golfe.

Mais les monarchies cherchent désormais à réduire leur dépendance. Non pas en se coupant de Washington. Ce serait un geste spectaculaire et peu réaliste. Elles veulent plutôt bâtir une autonomie opérationnelle relative. Une capacité régionale à voir, décider et agir plus vite. Une défense moins fragmentée. Un réseau plus dense. Un maillage capable de transformer la vulnérabilité partagée en avantage collectif.

Les prochains mois diront si ce basculement devient une doctrine durable ou s’il reste une réaction de crise. Le Golfe a souvent annoncé des architectures régionales qui se sont perdues dans les rivalités, les susceptibilités et les comités techniques. Cette fois, la pression est différente. L’Iran a montré la portée de son arsenal. Les monarchies ont vu leurs failles.

Karim Serraj

https://nouvellerevuepolitique.fr/karim-serraj-golfe-les-monarchies-face-au-defi-dune-defense-integree/

 


 

D) -L’Iran tient-il le détroit d’Ormuz et Donald Trump à la gorge ? 

L’analyse pragmatique d’un industriel indien

Dans le dernier numéro de Choc du monde, le magazine de prospective internationale de TVL, l’animateur revient sur la crise qui paralyse le Golfe.

Depuis les frappes israélo-américaines du 28 février 2026 contre l’Iran, le Détroit d’Ormuz est devenu l’épicentre d’un bras de fer économique et stratégique mondial.

L’Iran propose de rouvrir le détroit, de mettre fin à la guerre et de reporter les négociations sur le nucléaire à plus tard. Washington hésite. Pour décrypter les enjeux, l’émission reçoit Ram Divedi, industriel indien, fondateur de la Kutniti Foundation et observateur privilégié des rapports de force en Asie.

Une proposition iranienne qui force Trump à réfléchir

Selon la Maison Blanche, Donald Trump « n’aime pas » la dernière offre de Téhéran, mais « a-t-il vraiment le choix ? » interroge l’animateur. L’Iran offre la réouverture du détroit et la fin immédiate des hostilités en échange d’un report des discussions nucléaires. Sur Fox News, le secrétaire d’État Marco Rubio a rappelé la logique américaine : un blocus « extraordinaire » pèse sur l’Iran pour que « le coût de toutes leurs actions néfastes l’emporte sur les bénéfices ». Rubio insiste : le blocus ne vise pas à bloquer la navigation, mais à empêcher l’Iran d’être le seul bénéficiaire d’un « système de péage et de contrôle illégal » dans le détroit.

Ram Divedi nuance : « Ça peut arriver » que le blocus fasse plier Téhéran, mais le temps joue en faveur de l’Iran.

Les puissances asiatiques et arabes raisonnent sur le long terme, tandis que les Américains changent constamment de cap.

Le prisme indien : énergie, multialignement et réalisme

L’Inde, 3ᵉ importateur mondial de pétrole brut, voit 85 à 90 % de ses approvisionnements et de son GPL transiter par Ormuz. Le conflit est donc « quasiment à ses portes ». Ram Divedi rappelle le cas emblématique du port de Chabahar (financé en partie par l’Inde) : malgré les pressions américaines, New Delhi a injecté 120 millions d’euros pour maintenir l’activité, transférant la propriété à une société iranienne tout en gardant le pilotage opérationnel. « C’est très à l’indienne », résume-t-il (voir ici).

L’Inde pratique un multialignement assumé : bons rapports avec les États-Unis (malgré les tensions), avec l’Iran, la Russie, et même « paradoxalement » avec la Chine. Elle refuse de choisir un camp.

« L’Inde ne fait pas d’alliances, elle fait des partenariats », explique Divedi.

Technologie, investissements, chaînes d’approvisionnement et énergie : elle multiplie les partenariats concrets et sectoriels, construits de manière ascendante (de bas en haut), plutôt que de suivre une stratégie imposée d’en haut.

Le recul de l’hégémonie américaine

Pour le penseur indien, la puissance américaine reste « monstrueuse » sur les plans technologique, militaire et économique, mais elle est « beaucoup moins hégémonique qu’avant ». Deux éléments l’illustrent :

  • La guerre informationnelle : les Iraniens ont excellé dans l’asymétrie narrative, retournant les éléments de langage contre l’administration Trump elle-même.
  • La révolution des drones : un vieux F-5 iranien (avion américain des années 60) a réussi à bombarder une base américaine sans être abattu. Ram Divedi évoque la crainte de drones lancés depuis des porte-conteneurs ou des camions, rendant les frappes conventionnelles obsolètes.

Même les data centers indiens (70 milliards de dollars d’investissements Amazon, Google, Microsoft) deviennent des cibles potentielles, forçant New Delhi à repenser sa sécurité.

Nucléaire, BRICS et dédollarisation

L’Inde voit d’un œil intéressé la volonté américaine d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire : cela créerait un précédent utile face au Pakistan. Mais elle ne souhaite pas que Téhéran abandonne complètement son programme. Sur le plan énergétique, New Delhi accélère sa transition : 25 % du mix est déjà renouvelable, le nucléaire civil vient d’être privatisé, et les véhicules électriques sont poussés (y compris dans l’armée pour leur discrétion en Himalaya).

Les BRICS ? Ram Divedi démythifie : ce n’est ni une OTAN ni un bloc anti-occidental, mais un dialogue du « Sud global » pour contester la domination du dollar, du FMI et de la Banque mondiale. Résultat : 

les échanges russo-indiens se font de plus en plus hors dollar, et les guerres américaines accélèrent ce mouvement.

 

Edouard Chanot reçoit Ram Divedi, industriel indien et fondateur du think tank Kutniti. L’Iran tient le détroit d’Ormuz et peut-être aussi Donald trump à la gorge. Selon la Maison Blanche, Donald Trump « n’aime pas » la dernière proposition iranienne. Selon plusieurs sources, Téhéran a proposé une réouverture du détroit et mettre fin à la guerre, tout en reportant les négociations nucléaires à une phase ultérieure. Les négociations bloquent, la paix est-elle ou non au bout du détroit ? Comme le Sud global et l'Inde vivent-ils cette guerre menée par l'axe israélo-américain ?

 

L’Inde regarde d’abord ses frontières

L’Inde, 4ᵉ puissance économique mondiale (bientôt 3ᵉ), a une diplomatie discrète mais une puissance économique et militaire réelle. Elle appelle à la paix depuis le début du conflit sans condamner explicitement les frappes américaines.

« Les problèmes du reste du monde ne sont pas ceux de l’Inde, et inversement », conclut Ram Divedi en citant le ministre indien des Affaires étrangères.

Pour l’Inde, la crise d’Ormuz n’est pas une question idéologique, mais une équation pragmatique de prix du brut, de balance commerciale et de croissance (révisée à 6 % pour 2026-2027). New Delhi s’adaptera, comme toujours, « à l’indienne » : jour après jour, partenariat après partenariat.

L’émission rappelle une fois de plus que, dans le monde multipolaire de 2026, ce ne sont plus seulement Washington et Téhéran qui décident : les grands émergents, à commencer par l’Inde, pèsent de tout leur poids dans la balance.

https://multipol360.com/liran-tient-il-le-detroit-dormuz-et-donald-trump-a-la-gorge/

 


 

E) -  Hormuz ou la vie.

L’enjeu de la guerre en Iran, avec ses conséquences catastrophiques qui se profilent (même si l’on peut désormais espérer un répit), devrait nous rappeler une vérité trop longtemps passée sous silence.
 

Depuis 1973, les observateurs lucides savent que le monde est excessivement dépendant des puissances pétrolières ; depuis au moins 1990, les plus grands experts prédisent que la concentration de CO2 dans l’atmosphère, due à la combustion des énergies fossiles, perturberait le climat et menacerait à terme la survie de l’humanité. De fait, depuis 2010, nous subissons déjà les conséquences climatiques de ces émissions. Aujourd’hui, nous savons – même si nous refusons de l’admettre – que l’été 2026 sera exceptionnellement chaud presque partout dans l’hémisphère Nord, et que l’année suivante sera encore plus chaude en raison de l’évolution du phénomène El Niño. 
 
Et pourtant, la faible réduction de la production mondiale de combustibles fossiles, due à la guerre en Iran, suscite la panique et l'envie de développer de nouveaux moyens de polluer la planète. Or, la fermeture du détroit d'Ormuz devrait être perçue comme une excellente nouvelle, car elle nous offre une occasion unique d'accélérer la transition vers une économie non dépendante des énergies fossiles. En effet, depuis plusieurs décennies, nous utilisons d'autres formes d'énergie – durable, nucléaire ou renouvelable – pour les mêmes processus de production. 
 
De même, nous savons désormais que l'aménagement du territoire détruit la fine couche d'humus indispensable à la vie et à une agriculture durable. Nous savons aussi que le système agroalimentaire industriel qui en découle est un poison destructeur. Enfin, nous prenons conscience que les combustibles fossiles alimentent une autre forme majeure de pollution : la captation de l'attention, via les réseaux sociaux et autres addictions virtuelles. 
 
En définitive, nous savons désormais que plus de la moitié de ce que l'humanité produit, consomme et finance – principalement par l'endettement – ​​est désastreuse pour elle-même et, plus encore, pour les générations futures. Et qu'elle s'est désormais dotée des moyens de ne plus y penser. 
 
Pourtant, une grande partie de cette production, que j'ai appelée « l'économie de la mort », provient de ce qui nous parvient par le détroit d'Ormuz. 
 
Fermer ce détroit, même un instant, interromprait donc l'approvisionnement d'une partie de ce qui détruit la planète. Et lutter pour sa réouverture revient à agir comme un toxicomane qui voudrait massacrer tous ceux qui l'empêchent d'accéder à l'une des pharmacies vendant les substances dont il est dépendant.
 
Si l'économie de la mort représente au moins 50 % du PIB mondial, l'autre moitié, 
 
« l'économie de la vie », englobe tout ce qui découle de formes d'énergie durables, de la mobilité durable, de l'agriculture durable, d'une alimentation saine, de l'eau, du recyclage, de la culture, de la santé, de l'éducation, de la démocratie, de la liberté de la presse et des moyens de les défendre. Or, nous savons qu'une grande partie de ce qui est actuellement obtenu par la combustion d'énergies fossiles peut désormais être obtenue grâce à l'électricité produite à partir de sources durables. 
 
Alors pourquoi ne saisissons-nous pas cette opportunité pour orchestrer la transition de l'économie mondiale vers l'économie de la vie ? Pourquoi refusons-nous de voir que les Chinois le font déjà subrepticement ? Bien qu'ils soient actuellement les principaux producteurs de l'économie de la mort, dans 20 ans, ils seront les acteurs majeurs de l'économie de la vie – démocratie mise à part. 
 
La fermeture, même temporaire, du détroit d'Ormuz aurait pu être l'occasion de cette prise de conscience. Ce ne fut pas le cas. Les États-Unis foncent droit vers le désastre avec leurs propres énergies fossiles. L'Inde et l'Afrique suivent la même voie. Et l'Europe, pourtant la mieux placée pour être la championne de l'économie de la vie (car elle en possède toutes les formes, tous les talents, toutes les industries, tous les territoires), semble prise de panique à l'idée de perdre l'une de ses portes d'entrée vers l'économie de la mort. 
 
Aucun homme politique n'ose dire que la hausse des prix de l'essence, comme celle du tabac, est une bonne nouvelle et que toutes les subventions doivent être réservées aux transports publics, à ceux qui acceptent de passer aux véhicules à énergie durable dans un délai raisonnable, et à ceux qui, objectivement, ne peuvent le faire et qui, de toute évidence, ne doivent pas subir les conséquences de la négligence des pouvoirs publics qui, depuis tant d'années, n'ont pas compris que la transition vers une économie de la vie était la condition de la survie de nos sociétés. 
 
Il y a toujours de bonnes raisons de ne pas faire l'essentiel, en pensant que d'autres s'en chargeront plus tard. Mais le fait est que, depuis cinquante ans, personne ne l'a fait. Et que les drogues de toutes sortes continuent de nous tuer. 
 
Je le dis sans détour : l’humanité disparaîtra si, d’ici 30 ans, l’économie du vivant ne représente pas au moins les deux tiers du PIB mondial. C’est possible. Cela exige une transformation radicale et immédiate que personne n’entreprend, ni même ne prépare. Puissent au moins la folie de Trump nous faire enfin prendre conscience de cette urgence.
 
Jacques Attali  

Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.


 

 

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