mai 23, 2026

INFORMATIONS FRANÇAISES - MAI 2026

Sommaire:

A) - Déficit public : la Commission européenne alerte sur une possible dégradation à 5,7 % du PIB en 2027

B) - Interview de Christophe Eoche-Duval : La « folie normative » a désormais son thermomètre et c’est une initiative civique

C) - Emmanuel Macron et le malentendu d’un double quinquennat

D) - Le temps d’une décision… Ou d’une indécision

E) - L’indépendance de la presse ? 175 millions d’euros d’aides de l’État : la grande hypocrisie médiatique

 

 


 

A) - Déficit public : la Commission européenne alerte sur une possible dégradation à 5,7 % du PIB en 2027  

La Commission européenne a publié jeudi 21 mai ses nouvelles prévisions économiques, dans lesquelles elle anticipe un déficit public de la France stable à 5,1 % du produit intérieur brut cette année, avant une remontée à 5,7 % en 2027 en l’absence de mesures correctrices supplémentaires. Ces projections contredisent l’objectif affiché par le gouvernement français, qui espérait ramener le déficit à 5 % dès 2026.

La trajectoire française reste éloignée du seuil de 3 % fixé par le pacte de stabilité européen. La France fait déjà l’objet d’une procédure pour déficit excessif depuis l’été 2024, comme sept autres pays de la zone euro. La Commission doit présenter début juin ses évaluations détaillées des budgets nationaux, ce qui pourrait entraîner des recommandations contraignantes si la réduction du déficit est jugée trop lente.

Le chiffre de 5,1 % pour cette année intègre pourtant le plan d’économies de six milliards d’euros annoncé mi-avril par le Premier ministre Sébastien Lecornu, ainsi que des aides ciblées sur les secteurs les plus exposés à la hausse des prix de l’énergie. L’exécutif bruxellois précise que la projection de 5,7 % pour 2027 est calculée « à politique inchangée », c’est-à-dire sans tenir compte des futures mesures de redressement qui pourraient figurer dans le prochain projet de loi de finances, ni de la prolongation de certaines recettes fiscales temporaires.

La croissance française, elle, a été revue à la baisse, à 0,8 % cette année contre 0,9 % anticipé auparavant. La Commission souligne toutefois que la France résiste mieux que l’Allemagne et l’Italie au choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient, grâce à son parc nucléaire qui limite la dépendance aux énergies fossiles. L’inflation française, qui restait modérée avant l’embrasement régional, devrait atteindre 2,4 % en 2026 avant de redescendre à 1,8 %, un niveau inférieur à la moyenne de la zone euro.

Le Premier ministre Lecornu a maintenu jeudi l’engagement de ramener le déficit sous les 3 % d’ici 2029, tout en annonçant de nouvelles aides pour les entreprises et les ménages touchés par la crise énergétique. Il a insisté sur la nécessité de réaliser des économies en parallèle de ces soutiens, sans donner de détail immédiat sur leur financement. Le gouvernement doit transmettre à Bruxelles, d’ici la fin du printemps, un plan budgétaire pluriannuel crédible, sous peine de voir la procédure de déficit excessif durcie.

La dette publique française dépasse désormais 110 % du PIB et son coût de financement a augmenté avec la remontée des taux d’intérêt. Selon des données de l’Insee, la charge de la dette est devenue le deuxième poste de dépense de l’État, derrière l’éducation nationale.

Antoine

https://multipol360.com/deficit-public-la-commission-europeenne-alerte-sur-une-possible-degradation-a-57-du-pib-en-2027/ 

 


 

B) - Interview de Christophe Eoche-Duval : La « folie normative » a désormais son thermomètre et c’est une initiative civique

La NRP a demandé à Christophe Eoche-Duval, haut-fonctionnaire et expert, pourquoi faut-il se féliciter des efforts de mesurer la « folie normative » très franco-française, avec l’annonce du bilan 2025 par Vigienormes.

NRP : Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est le baromètre Vigienormes ?

Christophe Eoche-Duval : Ce baromètre (vigienormes.fr) est une initiative de 2025 du think tank Contribuables associés auquel j’ai prêté mon expertise comme spécialiste de la « volumétrie normative ». Je me félicite de cette initiative civique qui montre aujourd’hui qu’une simple association de citoyens engagés fait plus et mieux qu’à la fois le Sénat, l’Assemblée nationale et Matignon. Pourquoi ? Parce qu’aucune de ces trois institutions n’est capable de tenir un baromètre officiel – au moins le mois – ni de la norme en général ni de la norme qu’ils produisent ou sont censés contrôler !

Cette lacune devrait interpeller davantage, dans une démocratie et un État modernes. Y aurait-il une politique publique crédible de lutte contre l’inflation des prix s’il n’avait été pris la décision depuis 1913 de mettre en place un « indice des prix » de plus en plus scientifique et indépendant ? On peut toujours discuter de l’indice des prix de l’INSEE, de son panier retenu, de la manière dont on a l’impression qu’il reflète bien ou imparfaitement ce que ressent la ménagère dans les achats de son caddie. Peu importe. Il existe, et il force à son tour – par sa transparence et son étalon – les efforts en matière de lutte contre l’inflation comme oblige à rendre compte politiquement. S’agissant de la production des normes, il n’y a rien. La « planche à normes » est sans contrôle, presque hors contrôle. On n’a pas encore assez pris conscience, non seulement de l’importance quantitative de la folie réglementaire, mais aussi de son interaction avec la courbe des prélèvements obligatoires et la courbe de l’endettement public. Jusqu’à l’initiative de Contribuables associés avec mon aide, aucun indicateur n’existait jusqu’en 2025 ! Jacques Chirac pouvait alerter en 1995 « trop de lois tue la loi », il exprimait, sans doute, une intuition d’un sentiment d’un « ras le bol » des normes, mais sans preuve, et, surtout, puisqu’il n’y avait pas eu d’indicateur de l’indice des « normes 1995 », à sa sortie du pouvoir en 2007, aucune confrontation de la réalité de ses efforts avec l’indice « 2007 », pour justifier avoir exécuté ses engagements. Les docteurs de la Politique n’ont pas de thermomètre.

NRP : Qu’est-ce qui a changé entre 1995 et 2025 ?

C.E.D : Grâce à la numérisation du Journal officiel (Légifrance), nous disposons maintenant de la preuve scientifique de la volumétrie, puisque tout texte juridique s’écrit forcément en « mots », seul indice fiable. Et les mots, on sait désormais les décompter grâce à vigienormes.

Vigienormes sert donc à rendre public, d’une part, l’évolution chaque mois de 20 codes témoins, qui sont les plus importants pour les administrés ou les entreprises, et, d’autre part, le compteur du volume global du droit national étatique en vigueur.

Ce qui vient de changer le 6 mai dernier, c’est que nous ne pouvions donner jusqu’ici que les données de l’évolution normative mensuelle de 20 codes témoins, c’est déjà un exploit, mais nous ne pouvions qu’avoir l’estimation (pour des raisons algorithmiques complexes sur lesquelles je n’ennuierai pas le lecteur) et non la réalité au mot près de la somme des 77 codes en vigueur et des environ 121 000 textes non codifiés. Désormais, avec Contribuables associés, cette somme vertigineuse est publiée – avant même Matignon – et il est ahurissant : 50 913 374 mots, soit 2828 heures de lectures en continu pour que, « nul n’étant censé ignorer la loi », le citoyen ou l’entreprise ne risque pas d’être en infraction et sanctionné. Un chiffre record auquel moi-même je ne m’attendais pas, qui, sur 2004-2026, aura grimpé à plus de 100 %.

NRP Pourquoi votre étonnement ?

C. E.D : Je pensais qu’on serait davantage autour de 1,8 à 2 % d’inflation entre 2024/2025 car les observateurs constatent qu’à la suite de la dissolution, et du temps venu des « majorités relatives » (ou comme on préfère des « majorités absolues impossibles »), la production de lois ralentit. Faute de trouver des majorités suffisantes. Par voie de conséquence, le nombre de décrets d’application des lois ralentit, tout va ensemble. Mais finalement, l’inflation définitive de 2,72 % montre, au contraire, que la dynamique, malgré le contexte, ne freine pas. Deux raisons. Ancien marin, je l’illustre par cette première image. Si le porte-avions Charles de Gaulle décide de stopper les machines, on dit qu’il continue d’avancer « sur son erre » sur plusieurs milles. Pour le « freiner », il faut battre en retraite. C’est la même chose pour les normes : le volume est tel que la technocratie a de quoi continuer à l’auto-alimenter. Qu’est-ce que cela aurait été si le gouvernement Attal, Barnier et Lecornu avait continué, comme par le passé, à jouir de majorités législatives « presse-bouton » acceptant tout ce qui leur est soumis au vote ?! Seconde raison que mes travaux ont démontrée : le paradoxe des années 2000 est moins de textes, mais des textes de plus en plus « bavards ». L’un compense l’autre, en mal.

Force est de le constater, il n’y a aucune volonté politique de baisser la pression normative. D’ailleurs, je mets au défi le Premier ministre de citer une instruction ou une circulaire adressée à ces ministres et à ses administrations depuis le 9 septembre 2025 de réduire la pression, en abrogeant significativement des normes inutiles, bureaucratiques, coûteuses et en le prouvant par une baisse mesurable, avant et après. Il y a un discours de façade sur la « simplification » administrative, ce discours de façade ressort de ce que j’appelle une forme de « clientélisme anti-normatif ». De Chirac à Macron en passant par le « choc de simplification » de Hollande, on surfe sur l’impopularité des normes pour faire croire qu’on va s’en occuper. Du bout des doigts, sans indicateur de reporting, s’empilent des projets décousus de fil rouge, à pure communication politique : tel le projet de loi « simplification de la vie de l’entreprise », encore encalminé à cause du refus du gouvernement de laisser la main au Parlement sur la simplification des « ZFE-m », comme tel le projet « simplification des normes des collectivités territoriales », qui vient d’être déposé, qui a déjà fait sourire l’AMF. Ces projets rabotent le micro du millimètre du roc de la montagne normative.

NRP : Quelles conséquences tirez-vous d’un point de vue de science politique ?

C.E.-D : Ce qui arrive à notre pays est particulièrement grave et inquiétant. L’ensemble de la littérature comparée accrédite une exception française. Grande-Bretagne, Allemagne, Pays-Bas feraient plus et mieux que nous en réduction de leur pression normative. Or ils ont les mêmes contraintes que nous (excepté la Grande-Bretagne) des normes européennes. La question européenne n’est donc pas uniquement la faute de la folie normative française. Cette folie normative a deux conséquences : elle entraîne des charges pour les entreprises et décourage l’entrepreneuriat, fait peser des contraintes sur la liberté d’action des administrés et même prend un caractère illibéral, engendre des charges administratives pour l’État et les collectivités locales, coûts qui se traduisent à leur tour par une baisse de compétitivité et une hausse des prélèvements obligatoires. Lesquels à leur tour se traduisent par de l’endettement public, quand – et à cause des normes pénalisant l’activité – il faut recourir à l’emprunt pour maintenir le « train de vie » de l’État, plutôt que la baisse des dépenses publiques. Tout est lié. C’est un cercle vicieux. Si demain, en 2027, on vient nous dire : « Je m’attaquerai à la dette publique », sans s’attaquer à la courbe de l’inflation des normes, je mets en garde contre le caractère soit mensonger soit irréaliste de cette promesse électorale. Baisser la folie normative, et non « simplifier » ou « ripoliner » les codes, doit être une des priorités publiques nᵒ Pour recouvrer d’abord la maîtrise démocratique de la création de norme, dans un pays largement devenu une « technocratie à mode électif », et ensuite des marges de compétitivité économique.

Je n’attends qu’une chose : que le Parlement « nationalise » vigienormes, cela voudrait dire – au-delà de l’hommage rendu à ce site de contribuables associés – qu’enfin l’État commence à s’engager sur des objectifs chiffrés de freiner, réduire, supprimer, alléger des normes. Je crois à l’objectif de réduction de 25 % de ces 50 millions de mots sur un quinquennat. Sinon, à la fin 2032, on fêtera les 100 millions ? L’URSS en a rêvé, la France l’aura fait.

https://nouvellerevuepolitique.fr/la-folie-normative-a-desormais-son-thermometre-et-cest-une-initiative-civique/



 

C) - Emmanuel Macron et le malentendu d’un double quinquennat

Il reste un an avant que la France ne se donne un successeur à Emmanuel Macron. Une longue année que l’actuel président entendra sans doute mettre à profit pour parfaire l’image qu’il entend laisser à l’histoire de son double quinquennat.


En Afrique, d’Alexandrie à Nairobi, le chef de l’État a voulu valoriser son action à l’international, et démontrer que dans un contexte de reflux de l’influence française sur le grand continent la France gardait sa capacité d’attractivité tout en étant à l’écoute des aspirations identitaires des jeunes Africains. À voir pour la première, quand la façon dont le Président théorise les secondes pose un problème fondamental à la conception qu’il se fait de l’appartenance commune à notre Nation. Lorsqu’il affirme que l’on peut être tout à la fois à 100 % français, et se réclamer tout autant et avec autant d’engagement d’une autre fidélité, Emmanuel Macron mélange la question de la citoyenneté avec celle des origines, sous couvert de la défense de la binationalité qui, au demeurant, ne constitue qu’une partie du problème qu’il entend traiter. Pour autant, Emmanuel Macron boucle en quelque sorte sa boucle, lui qui, candidat en 2017, se faisait le chantre des communautés dans un discours de campagne à Marseille, et qui, à Lyon, toujours dans sa conquête de l’Élysée, niait l’existence d’une culture française. S’il est un domaine où l’hôte élyséen, en dépit de nombreux “allers-retours”, aura néanmoins marqué une forme de relative constance, c’est bien celui de sa conviction que la France a vocation à devenir un “ hub” où les identités transitent et in fine acculturent la citoyenneté à une vision communautariste de la cité. Après des décennies de dérégulation migratoire, accélérée par des jurisprudences contraignant toujours plus les politiques de maîtrise et de contrôle, les Français ne l’avaient certainement pas élu pour qu’il acte le décès de leur modèle universaliste de citoyenneté, au travers d’une sémantique objectivant le communautarisme et dévitalisant encore plus qu’il ne l’était déjà le paradigme assimilationniste. En quelque sorte, le Président aura répondu à une question qui ne lui était pas posée, ou dans tous les cas qui ne lui était pas posée dans ces termes, prenant par ses propos le parti d’une pensée “postcoloniale“” orthogonale de notre forge républicaine.


Le moteur de sa victoire électorale était principalement porté par le crédit dont il jouissait dans le domaine économique : les enjeux de relance de la croissance, de gestion des finances publiques, de défense de l’initiative et du tissu entrepreneurial constituaient au demeurant à ses yeux les facteurs-clés pour combattre les logiques d’assignation qu’il dénonçait à juste titre. À quelques mois d’une échéance présidentielle capitale, les indicateurs après 10 années de macronisme sont, hélas, en berne : un déficit public de près de 6 % et une dette publique de 122 % du PIB, un service de celle-ci en hausse, un risque non négligeable de récession, un record de près de 70 000 faillites d’entreprises sur douze mois, une pression inflationniste persistante et un retour du chômage à plus de 8 %… Le marqueur existentiel des forces de gouvernement qu’il entendait incarner, c’est-à-dire l’alliage du réalisme et de la compétence, est en fin de quinquennat collisionné par un bilan dont ses opposants tant à droite qu’à gauche ne manqueront pas de souligner le passif. Ce faisant, le bloc centriste qu’il a fait tenir non sans habileté toutes ces années est lui-même profondément affecté par un inventaire dont tous les candidats probables de son camp apparaîtront, de Monsieur Philippe à Monsieur Attal, comme solidairement comptables…


Tout le malentendu de la présidence Macron n’aura-t-il pas dès lors été de cocher les cases d’un agenda dont la Nation n’exigeait pas la mise en œuvre quand le mandat qu’il avait reçu des Français, redresser notre économie pour restaurer la puissance française et affermir notre modèle républicain, sera non seulement resté lettre morte mais plus encore aura conduit à une aggravation de la situation ? L’année préélectorale dans laquelle nous sommes d’ores et déjà entrés ne suffira pas à effacer cette impression d’un “en même temps“ inversé où Emmanuel Macron aura fait ce que le peuple n’exigeait pas de lui et oublié de répondre à ce que les Français attendaient principalement de son exercice du pouvoir ainsi que de ses politiques publiques. Plus qu’un malentendu : un détournement de la mission qui lui avait été confiée…

Arnaud Benedetti

Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.

https://nouvellerevuepolitique.fr/emmanuel-macron-et-le-malentendu-dun-double-quinquennat/ 

 


 

D) - Le temps d’une décision… Ou d’une indécision

« Cet échec reste pour moi une blessure profonde. Elle a beau se refermer, elle laisse toujours une cicatrice ».
 IREF: https://contrepoints.org/bruno-le-maire-pretend-vouloir-chasser-la-dette-publique-mais-son-bilan-budgetaire-est-desastreux/

Ainsi parle Bruno Le Maire, prolixe écrivain, ex-Ministre quasi-indéboulonnable de l’Économie et des Finances de Jupiter, dans son dernier récit au titre évocateur, Le temps d’une décision[1]. Ainsi, avons-nous rendez-vous avec l’Homme, sa passionnante vie, la Grande Histoire qu’il fait et la Petite Histoire dont il est la malheureuse victime, tout au long de ces trois cents pages de ce récit à vous couper le souffle. Comme toujours, avant d’appréhender la substance de son dernier opus magnum, il est essentiel de rappeler le parcours exceptionnel de ce brillant homme politique, rarement effleuré par le doute cartésien. Une fois levé le voile sur ce destin hors-normes, nous sommes en mesure d’apprécier la densité de ce brillant récit d’expert es-politique intérieure et extérieure qu’il est manifestement, contre vents et marées. Enfin, nous pourrons porter un jugement sur ce brillant exercice de style qui s’apparente à maints égards à un bibelot d’inanité sonore.

Qui est Bruno Le Maire ? Un brillant homme politique bardé de certitudes

Bruno Le Maire, né le 15 avril 1969 à Neuilly-sur-Seine, est un homme politique et écrivain français. Normalien et énarque (sorti au Quai d’Orsay où il ne fait qu’un passage éclair et remarqué), il est directeur de cabinet du Premier ministre Dominique de Villepin entre 2006 et 2007, puis est élu député sous la bannière de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) dans l’Eure à partir de cette dernière année.

Il occupe les fonctions de secrétaire d’État aux Affaires européennes de 2008 à 2009, puis de ministre de l’Agriculture pendant près de trois ans au sein des deuxième et troisième gouvernements de François Fillon. Il est de nouveau élu député en 2012, et brigue sans succès la présidence de l’UMP en 2014 face à Nicolas Sarkozy. Il se présente à la primaire de la droite et du centre en vue de l’élection présidentielle de 2017, et obtient 2,4 % des voix. En 2017, il devient ministre de l’Économie dans le premier gouvernement Philippe, sous la présidence d’Emmanuel Macron. Son portefeuille est élargi aux Finances le mois suivant, dans le second gouvernement Philippe, puis à la Relance dans le gouvernement Castex. En 2022, après la réélection d’Emmanuel Macron, il reste à Bercy avec l’intitulé « ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique », dans le gouvernement Borne ; il est reconduit en 2024 dans le gouvernement Attal. Sa principale réforme durant cette période est la loi relative à la croissance et la transformation des entreprises (dite « loi PACTE »), adoptée en 2019.

Après son départ du gouvernement français en 2024, il commence à enseigner les politiques publiques et la géopolitique à l’université de Lausanne. Alors qu’il a été ministre de l’Économie et des Finances pendant plus de sept ans, un record, il devient le ministre le plus éphémère de la Ve République en devenant ministre des Armées dans le gouvernement Lecornu I durant à peine une journée en octobre 2025[2].

De ce brillant parcours exceptionnel, Bruno Le Maire en tire une analyse de notre monde et de notre France ! Une authentique histoire française qu’il nous relate dans son dernier ouvrage

Qu’écrit Bruno Le Maire ? Un brillant récit d’expert es-politique intérieure et extérieure

Le moins que l’on soit autorisé à dire est que Bruno Le Maire a une excellente plume. Nul ne le conteste. Il dispose également d’indéniables talents de portraitistes des grands de ce monde qu’il fréquente régulièrement au cours de ces dernières années avant qu’il ne quitte, bien malgré lui, les allées du pouvoir et les ors de la République. Nul ne le met en doute. Il nous narre par le menu ses rencontres avec des quidams à Chamonix, à Dax et dans d’autres villes de France et de Navarre. Nul ne met en doute sa sincérité d’élu proche du peuple. Il pose un diagnostic pertinent sur notre société : « La décision est l’essence de la politique. Elle est devenue le talon d’Achille des démocraties ». Nul ne peut critiquer sa capacité de jugement.

Son récit est parfaitement structuré autour de quelques idées simples qu’il expose clairement en introduction de son opus magnum (Qui décide ? Comment ?) qu’il présente à jet continu sur les plateaux de télévision où il semble tout à fait à l’aise.

Au titre du Thème I, il se livre à un panorama exhaustif du monde d’aujourd’hui à travers un exposé détaillé de l’évolution des relations internationales de 2003 à 2025 : « l’aube carnivore » ; le « panthéon noir » ; le « labyrinthe technologique » ; la relation entre pouvoir et de l’argent et les sociétés secrètes que sont Davos, le Bilderberg, le Vatican. Le tableau est ainsi planté. Bruno Le Maire peut alors dérouler son raisonnement dans ses deux thèmes suivants.

Sous le titre du Thème II, après un détour par Ligardes dans le Gers, notre grand homme nous rappelle les trois actes de la grande paix avec les illusions de la Fin de l’histoire chère à Francis Fukuyama après la chute du Mur de Berlin critiquées par Samuel Huntington avec son Choc des civilisations ; la proie facile européenne, la machine technocratique tournant à vide ; l’éclipse et l’impuissance européenne. Le jugement est sans concession tant tout va mal en ce bas monde.

Suivons le fil de sa pensée et de sa plume pour mesurer le fossé existant entre la théorie et la pratique !

Que retenir de ce brillant exercice de style ? Un bibelot d’inanité sonore

S’il est un parfait analyste de la vie politique française et de la scène internationale, Bruno Le Maire est un piètre prévisionniste clairvoyant. S’il excelle dans les descriptions de l’Histoire passée qu’il émaille de très nombreux souvenirs personnels à l’intérêt limité, son sens de la prospective apparait aujourd’hui comme une asymptote de zéro. À plusieurs reprises, notre homme reconnait, aujourd’hui, implicitement ou explicitement, ses erreurs d’appréciation passées.

Sur le plan extérieur, le défenseur de l’Union européenne qu’il fut, émet de vives réserves sur son fonctionnement. Bonne dans la défense, elle est défaillante dans l’attaque. Mais, nous n’avons encore rien vu. Nous découvrons, sidérés, qu’à Bruxelles, ce que lui dit l’un de ses homologues étrangers : « Nous sommes ici pour échanger, pas pour décider ». Nous apprenons, avec stupeur, que « L’Union européenne et la France ont brutalement en partie de leur puissance en ratant la révolution numérique ». Et, le reste est à l’avenant. On en apprend plus sur le fonctionnement de l’Europe en ouvrant ses oreilles et en écarquillant ses yeux qu’en découvrant la prose le mairienne. Ceux qui, hier, osaient émettre la moindre critique sur la machine à normes bruxelloise étaient immédiatement cloués au pilori pour nationalisme, souverainisme et autres quolibets du même acabit. Auraient-ils eu raison trop tôt ? Auraient-ils fait preuve de bon sens, qualité qui fait tant défaut à notre normalien-énarque ? Même chose pour le multilatéralisme, mantra de la diplomatie jupitérienne, à propos duquel notre vedette hors-pair écrit : « … le chuchotement des enceintes multilatérales … les institutions multilatérales, empêtrées dans la lenteur de leur processus de décision et dans la complexité de leur organisation … ». En un mot comme en cent, vénérée hier avec dévotion, la gouvernance mondiale et européenne est aujourd’hui vouée aux gémonies. Dont acte.

Sur le plan intérieur, le réquisitoire de notre technocrate de haut-vol est sans appel sur le fonctionnement de la « monarchie présidentielle », version Jupiter qu’il a servi fidèlement aussi longtemps. Tout y passe dans ce registre tout au long du Thème III. Après un coup de chapeau à la « Grande Nation » dont il est fier, il se livre à une charge brutale contre la manie des gouvernements pléthoriques ; l’omnipotence et le poids de l’administration ; la vénération de la norme ; de la mécanique de la dette ; l’obsolescence du modèle économique français ; le monarque républicain (il propose, lui qui en a été le serviteur fidèle, la fin de la « monarchie présidentielle »[3]) ….

Sa pensée est parfaitement résumée quand il écrit que : « Nous avons en France un art consommé de créer des querelles sur des prétextes (futiles) pour éviter des débats sur nos problèmes (réels) ». Pourquoi n’en a-t-il rien dit et n’a-t-il pas démissionné lorsque le déficit des finances publiques se creusait d’une manière inquiétante ? Il ne le pouvait pas pour ne pas quitter le navire qui sombrait. Et, il ne le regrette pas. Comme aimait à le rappeler, Jean-Pierre Chevènement : « Un ministre, ça ferme sa gueule ; si ça veut l’ouvrir, ça démissionne ». Bruno Le Maire a fermé sa gueule et n’a pas démissionné. Bonjour le courage de cet homme orgueilleux au point de courber l’échine pour un maroquin ministériel, voire Premier ministériel (projet avorté) qui flatte son tout à l’égo.

Sa démonstration constitue un morceau d’anthologie de la pleutrerie de notre technocratie qui ne veut pas dire ce qu’elle voit mais que le monde entier nous envie.

Courage fuyons !

« La politique est une question de mots. Qui trouve les mots gagne la partie et donne la possibilité de décider ». Comment mieux résumer la pensée profonde de notre romancier à succès régulièrement publié chez le prestigieux éditeur, Gallimard que ne le fait Bruno Le Maire, ex-diplomate, ex-conseiller de ministre, de Premier ministre, lui-même ministre à plusieurs reprises et, aujourd’hui, en quête d’un improbable avenir hexagonal ? On l’aura compris. Avec Bruno, c’est du sérieux ! L’homme ne doute de rien. De ses multiples talents d’universitaire (ENS et ENA), d’érudit, d’écrivain, de diplomate, d’éminence grise sous divers Présidents, d’homme politique à l’échine souple, de futur Président de la République, d’homme de conviction, d’homme qui appelle à décider mais qui ne décide pas lorsqu’il le faudrait. Le lecteur l’aura compris. Nous ne lui conseillons pas la lecture de ce roman de guerre dénué d’épaisseur stratégique que nous serions en droit d’attendre de lui. En dernière analyse, le temps d’une décision ressemble à s’y méprendre à celui d’une indécision.

[1] Bruno Le Maire, Le temps d’une décision, Récit, Gallimard, 2026.

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Bruno_Le_Maire

[3] Marie Pouzadoux, Bruno Le Maire plaide pour la fin de la « monarchie présidentielle », Le Monde, 28 avril 2026, p. 9.

https://lediplomate.media/tribune-le-temps-dune-decision-ou-dune-indecision/

 E) - L’indépendance de la presse ? 175 millions d’euros d’aides de l’État : la grande hypocrisie médiatique 

Une « indépendance » payée par le peuple pour enrichir les milliardaires

Ils se présentent comme les gardiens farouches de la liberté d’expression. Ils dénoncent les « ingérences » et les « pressions du pouvoir ». Ils se drapent dans le noble manteau de l’indépendance journalistique. Pourtant, en 2024, la presse française a encaissé 175,2 millions d’euros d’aides directes de l’État. Argent public, donc argent du contribuable.

Et qui en profite le plus ? Les groupes détenus par une poignée de milliardaires.

L’État français, c’est-à-dire vous et moi, finance grassement les médias contrôlés par les plus grandes fortunes du pays. L’indépendance ? Une vaste blague. La réalité, c’est une dépendance totale aux subventions publiques versées aux empires médiatiques des ultra-riches.

La carte qui dit tout : le « Parti de la Presse et de l’Argent »

La célèbre carte interactive du Monde diplomatique (« Médias français, qui possède quoi ? » – dernière mise à jour décembre 2025) expose sans fard cette réalité explosive.

La quasi-totalité des médias d’information qui « font l’opinion » est entre les mains d’une dizaine de milliardaires et de grands groupes industriels :

Bernard Arnault, Vincent Bolloré, la famille Dassault, Xavier Niel, Patrick Drahi… Le peuple n’a plus voix au chapitre dans les médias qu’il finance pourtant massivement.

Les grands gagnants : des millions pour les empires des milliardaires

Comme l’a révélé Jules Torres dans Le JDNews du 17 mai 2026, les chiffres officiels du ministère de la Culture (publiés en 2025 pour l’année 2024) sont édifiants :
  • Le Parisien / Aujourd’hui en France (Bernard Arnault, première fortune mondiale via LVMH) : 12,2 millions d’euros.
  • Le Figaro (famille Dassault) : 9,9 millions d’euros.
  • Le Monde et ses satellites (contrôlé par Xavier Niel et associés) : 7,8 millions d’euros.
  • Libération (Patrick Drahi) : 6,6 millions d’euros.
  • Ouest-France et d’autres grands groupes : plusieurs millions chacun. 

Au total, 527 titres ont touché ces aides, mais ce sont les grands groupes des milliardaires qui raflent la mise. Comme le soulignent régulièrement Acrimed, Oxfam et d’autres observateurs, plus de la moitié des aides profite à six ou sept grands groupes détenus par ces mêmes ultra-riches. Le contribuable modeste paie pour que les milliardaires puissent continuer à façonner l’opinion publique.

Une dépendance qui tue toute vraie liberté

Comment parler d’indépendance quand l’essentiel des revenus de nombreux titres vient directement de Bercy ?

Ces aides (pluralisme, diffusion, modernisation) sont censées préserver la diversité. En réalité, elles créent une chaîne de dépendance : les médias critiquent mollement le pouvoir… tant que les chèques continuent d’arriver. Pendant ce temps, les Français voient leurs impôts servir à subventionner des journaux qui souvent les méprisent, les traitent de « populistes » ou ignorent volontairement leurs préoccupations (immigration, pouvoir d’achat, insécurité). C’est le même schéma que pour les ZFE, les mariages sous OQTF ou le remplacement de population : on impose une narrative, et on finance ceux qui la relaient.

Le peuple finance ses propres chaînes

Le scandale est total. L’État prend l’argent des contribuables – artisans, ouvriers, familles modestes – pour le reverser aux empires médiatiques de milliardaires qui, par ailleurs, ne payent pas toujours leur juste part d’impôts ou délocalisent leurs profits. La carte du Monde diplomatique le montre noir sur blanc :

la presse n’est plus un contre-pouvoir, elle est devenue un outil de pouvoir entre les mains d’une oligarchie. Et c’est le peuple qui règle l’addition.

Le moment de vérité

175 millions d’euros par an. Voilà le vrai prix de cette prétendue indépendance. Le jour où ces aides seront supprimées ou strictement réservées à des médias réellement indépendants du pouvoir de l’argent, on verra enfin qui tient debout par ses seules ventes… et qui s’effondre comme un château de cartes. 

Le peuple n’est plus dupe. Il voit la connivence, il voit les biais, il voit les silences complices. Et il en a assez de financer une presse qui le regarde de haut tout en vivant à ses crochets. La vraie indépendance ne naîtra pas des subventions de l’État aux milliardaires. Elle naîtra quand les médias devront enfin choisir : servir le peuple… ou continuer à servir ceux qui les achètent. Le contribuable attend ce jour avec impatience.

https://multipol360.com/lindependance-de-la-presse-175-millions-deuros-daides-de-letat-la-grande-hypocrisie-mediatique/

 

 

Hoppe : « Mon rêve est celui d'une Europe composée de 1 000 Liechtenstein. »

« Les États ont tendance à étendre leur territoire. L'un des moyens qu'ils utilisent pour y parvenir est de mener des guerres. Après tout, ils peuvent répercuter le coût de la guerre sur la population. »
 
« Mon rêve est celui d'une Europe composée de 1 000 Liechtenstein. »

 

 


 
Interviewer : J'ai le plaisir d'accueillir notre deuxième invité en studio. Il s'agit du philosophe et économiste de renommée internationale Hans-Hermann Hoppe. Enchanté, Monsieur Hoppe. Le rêve d'une Europe unie, l'éternel désir d'empire… Partagez-vous ce rêve ? 
 
 Hans-Hermann Hoppe : Non. Je ne rêve absolument pas de cela. Mon rêve, c'est celui d'une Europe composée de mille Liechtenstein. Je vais tenter de vous l'expliquer. Il faut d'abord comprendre la différence entre les États et les entreprises privées. Les États sont des organisations qui ne gagnent pas leur argent en produisant des biens ou des services que les gens souhaitent acheter volontairement. Les États vivent des prélèvements obligatoires, des impôts et de la création monétaire. C'est pourquoi les États sont des institutions d'exploitation. Les économistes les ont qualifiés de « bandits stationnaires ». 
 
 

 
 
 I. : Des bandits stationnaires ? 
 
H. : Des bandits stationnaires. Ils restent au même endroit. Il y a aussi des bandits itinérants qui seraient… 
 
 I. : …des brigands de grand chemin. Des brigands institutionnalisés, en quelque sorte, c’est-à-dire l’État ? 
 
 H. : Exactement. Ils sont institutionnalisés. Et, bien sûr, les États, en tant qu’organisations de bandits, ont intérêt à accroître leur butin. Ils vivent, y compris l’ensemble de la fonction publique, aux dépens des personnes productives. Mais lorsque cette exploitation devient trop sévère, les gens ont tendance à migrer vers d’autres régions. Par conséquent, les États ont tendance à étendre leur territoire. L’un des moyens qu’ils utilisent pour y parvenir est de faire la guerre. Après tout, ils peuvent répercuter le coût de la guerre sur la population, alors qu’un particulier ou une organisation privée devrait supporter elle-même le coût de l’agression. Les États sont donc par nature plus belliqueux que les organisations de droit privé. 
 
 I. : Si je peux me permettre, Monsieur Hoppe, vous appelez en quelque sorte à une Europe de mille Liechtenstein. La Suisse est probablement déjà trop grande pour vous. 
 
H. : Trop grande. 
 
 I. : Une organisation trop vaste. Nous sommes, pour ainsi dire, la superpuissance imaginaire de ce nouveau paradigme. Mais cette atomisation de l'Europe n'est-elle pas une invitation faite aux États prédateurs, dont les armoiries arborent d'ailleurs des prédateurs ? Comme la Russie, par exemple, avec son aigle bicéphale aux serres acérées, capable de s'emparer du territoire de toutes parts. Ce morcellement, cette fissuration de l'Europe à travers les mille Liechtenstein, n'est-elle pas une invitation aux potentats qui, malheureusement, ont toujours existé dans l'histoire ? 
 
H. : Alors la seule façon de nous défendre contre ces grands États est de devenir nous-mêmes un grand État.

I. : Exactement. 
 
H. : Mais alors, les guerres deviendraient de très grandes guerres. Les petits États mènent tout au plus des guerres mineures et relativement inoffensives. Les grands États issus de conflits armés font la guerre comme on la connaît aujourd'hui. 
 
 I. : Vous avez vécu aux États-Unis. Vous vivez maintenant en Turquie. Vous connaissez les grands États ; vous connaissez aussi la logique des grandes puissances. Soyez honnête : les grandes puissances ont toujours menti sur les raisons de conquérir les petits pays. Elles ont inventé de toutes pièces des systèmes métaphysiques ou idéologiques. Alors, n'est-ce pas précisément cette désintégration, cette fragmentation de l'Europe, qui est le plus dangereux dans la situation actuelle ? 
 
 H. : Même les grands États doivent s'assurer du soutien de leur population pour les guerres qu'ils entreprennent. Il faut pouvoir expliquer clairement la cause de l'attaque à sa population. Ce n'est pas un hasard si l'on a souligné que le plus gros problème pour Poutine n'est probablement pas les événements militaires immédiats, mais le fait que la Russie soit un pays où il y a peu d'enfants. Les mères qui perdent aujourd'hui leurs enfants à cause de la guerre contribueront à l'érosion du soutien populaire dans leur pays. 
 
 I. : Votre argument confirme que Poutine ne peut rien dire, voire doit interdire de qualifier cette guerre de guerre, par crainte de perdre le soutien de son électorat. 
 
H. : Il faut donc conseiller aux petits États de mener une politique de neutralité stricte. Bien sûr, ils doivent s'armer. Les attaquer ne doit pas être sans conséquences. Néanmoins, s'il est impossible de gagner une guerre contre une puissance étrangère, il faut envisager la reddition, car on constate qu'on ne remplace qu'une bande de corrompus par une autre. Prenons l'exemple de la guerre en Ukraine : l'Ukraine n'a jamais été un modèle de démocratie occidentale. Sur les indices de corruption, elle était pire que la Russie. La productivité économique par habitant en Ukraine est inférieure à celle de la Russie. Les dirigeants ukrainiens sont corrompus. 
 
I. : Oui. Je partage votre avis sur ce principe : le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument. Et plus le pouvoir est grand, plus la corruption est grande. Il y a le principe selon lequel « petit est beau », alors peut-être qu'un petit pays est plus facile à gouverner. Mais revenons à cette volonté de se défendre pour le moment. Comment les petits États sont-ils censés se défendre lorsqu'un grand État, ivre de pouvoir et d'idéologie, se croit soudainement autorisé à s'emparer de certaines régions ? Comment peuvent-ils se défendre ? 
 
H. : Une solution serait de former nous aussi un grand État. Mais un grand État exploite particulièrement sa population. Est-ce vraiment ce que l'on souhaite en réponse à une éventuelle attaque d'un autre grand État ? L'autre possibilité est que les petits États forment une série d'alliances leur permettant d'agir ensemble contre un ennemi. Un droit de veto serait nécessaire, car on voit le danger au sein de l'OTAN : les petits États – disons, les pays baltes – se sentent en sécurité… 
 
 I. : … et deviennent trop confiants. 
 
 H. : … se comportent de manière particulièrement téméraire. Et, de ce fait, ils pourraient entraîner tout l'Occident dans des guerres, pour ainsi dire.
 
I. : Voici un tout autre défi : la question du changement climatique et des réfugiés. Si je comprends bien, vous préconisez un modèle intergouvernemental de coopération. Il faudrait alors lutter contre le changement climatique, peut-être par le biais d'une alliance de petits États. Comment envisagez-vous ce modèle face à ces autres défis dits mondiaux ? 
 
 H. : Je ne suis pas du tout certain qu'il s'agisse d'un défi mondial, ni même d'un problème inventé. Personne ne nie l'existence du changement climatique. La question est : quelle est la part de l'humanité dans ces problèmes ? Il n'y a pas de réponse unique. On nous laisse croire qu'il existe un consensus scientifique sur les causes exactes. C'est faux. L'alternative est la suivante : si de tels défis existent, comme le réchauffement climatique, les différentes régions se gouverneront naturellement différemment, car la crise se manifeste différemment selon les zones. Le Groenland est affecté différemment par le réchauffement climatique que les Maldives. L'idée qu'il devrait exister une température mondiale « idéale » est, pour ainsi dire, totalement absurde. 
 
 I. : En principe, on pourrait dire que toute cette histoire de climat relève presque d'une présomption idéologique du pouvoir. 
 
H. : Ils veulent centraliser et ont choisi ce sujet. Chacun s'adapte individuellement à ce genre de situation. On achète plus de réfrigérateurs, plus de climatiseurs, etc. Mais je n'arrive même pas à me mettre d'accord avec ma femme sur la température de la chambre. J'aimerais qu'il fasse plus frais. Elle, qu'il fasse plus chaud. Il faut être sacrément mégalomane pour que des gens, dont le niveau d'instruction est plus que celui d'un enfant de maternelle, croient savoir quelle devrait être la température moyenne mondiale. Ils prétendent savoir comment y parvenir en intervenant dans l'économie, dans tous les domaines. Ils disent : « Tu ne peux pas manger ça, tu dois boire ça. Tu n'as pas le droit d'aller là. Mais tu dois aller là-bas », et ainsi de suite. 
 
 I. : Eh bien, je pense que beaucoup de gens (moi en tout cas) partagent votre critique du pouvoir et de l'emprise bureaucratique. Mais je me dois néanmoins de vous interpeller un peu, Monsieur Hoppe. N'est-il pas vrai que la fondation des États est une réalisation culturelle ? Le célèbre politologue et sociologue, le grand libéral Dahrendorf, disait : l'État-nation, cette entité plus vaste, demeure le seul cadre adéquat pour l'État de droit et la démocratie. Qu'avez-vous à répondre à Ralf Dahrendorf ? Vous, ancien élève d'Habermas. 
 
H. : L'Allemagne a été unifiée par les guerres. L'Italie aussi. Même la Suisse est née d'une guerre. 
 
I. : Une guerre très courte. 
 
 H. : Mais tout de même, d'une guerre très courte, la guerre du Sonderbund, et un groupe a été contraint d'obéir à l'autre. Vous nous obéissez maintenant ! Or, la revendication initiale impliquait un accord unifié de tous les cantons, accord qui, en réalité, n'existait pas. Dès lors, comment accepter que les États-nations soient une grande invention, alors qu'une guerre a été nécessaire pour les créer ?

I. : Mais vous étiez aux États-Unis, et les États-Unis sont l'un de ces rares exemples où l'on pourrait dire qu'aux XVIIIe et XIXe siècles, l'État-nation libéral a très bien fonctionné, presque comme une entité impériale nationale libérale.

 


 

H. : Non. 
 
 I. : Diriez-vous également que les États-Unis doivent se scinder à nouveau ? 
 
H. : En Amérique, il y a eu une guerre, une guerre d'une brutalité inouïe, qui, comparée à ce que Poutine fait actuellement en Ukraine, était probablement pire, car les belligérants ont délibérément ciblé la population civile qu'ils voulaient anéantir. Aujourd'hui encore, une grande partie du Sud américain considère qu'il s'agissait d'une guerre d'agression du Nord. Auparavant, l'opinion était similaire à celle de la Suisse : les États pouvaient quitter l'Union américaine. La question a été tranchée depuis. 
 
 I. : Bon, je n'ai pas réussi à vous déstabiliser. Dernière question : quel est, selon vous, l'avenir de l'Union européenne ? Où allons-nous maintenant, suivant la voie tracée par Mme Guérot : une république européenne, une entité plus large, ou croyez-vous que le paradigme hoppéen d’une UE régionaliste plus cloisonnée représente l’avenir ? 
 
H. : Les États souhaitent bien sûr ce qu’a décrit Mme Guérot. 
 
 I. : Que va-t-il se passer ? 
 
H. : Je suis convaincu que l’idée fondamentale de la Communauté européenne est de réduire la concurrence entre les pays. Une politique fiscale commune est instaurée, ce qui supprime toute raison pour les entités économiques de se déplacer d’un endroit à l’autre. Avec l’euro, la concurrence monétaire a été abolie, ce qui empêchait auparavant les pays d’imprimer de la monnaie à leur guise. Ils craignaient de dévaluer leur monnaie. Avec l’euro, cette crainte n’est plus justifiée. La cohésion de la Communauté européenne actuelle repose essentiellement sur le fait que les dirigeants opportunistes des États les plus prospères corrompent, de fait, les dirigeants opportunistes des États les moins solvables. Dès que la puissance économique de l’Europe s’affaiblira, du fait de la sanction croissante infligée aux pays productifs, ces aides financières deviendront impossibles. L’Union européenne se désintégrera alors. 
 
I. : Une conclusion qui donne à réfléchir. Si je vous ai bien compris, vous ne croyez pas au fonctionnement de ces institutions de l'Union européenne. Notre discussion est maintenant terminée et je vous remercie beaucoup pour votre visite à l'atelier. 
 
H. : Merci beaucoup.
 
 
Hans-Hermann Hoppe est un économiste de l'école autrichienne et un philosophe libertarien/anarcho-capitaliste. Il est le fondateur et…
[Note de l’éditeur : Plus tôt ce mois-ci, le Dr Hans-Hermann Hoppe est apparu sur SERVUS TV pour une discussion intitulée « État, guerre, Europe, décentralisation et neutralité ». Une traduction anglaise de la transcription a été préparée par Leonhard Paul, un étudiant en droit allemand.]  
 



Le Pragmatique – Les faits. La compréhension. L'action. Direct. Le nouveau talk-show de ServusTV, chaque premier dimanche du mois. Retrouvez des versions longues exclusives et bien plus encore dans la médiathèque de ServusTV On : https://www.servustv.com/aktuelles/b/... Ni les menaces ni la diplomatie n'ont été efficaces : la guerre d'agression menée par la Russie en Ukraine est déjà considérée comme un tournant. L'Union européenne doit prendre conscience des nouveaux défis qui se posent dans de nombreux domaines, tels que la politique de défense et de sécurité, mais aussi l'énergie, le climat et la politique des réfugiés, et qui exigent une approche collective. Cependant, des dissensions apparaissent au sein des États membres quant à la manière d'y parvenir. L'UE, sous sa forme actuelle, est-elle dysfonctionnelle ? Des réformes profondes sont-elles nécessaires ? Comment l'Europe peut-elle rester compétitive face aux grandes puissances, les États-Unis et la Chine ? Et quelle voie empruntera l'Europe pour l'avenir ? L'animateur Roger Köppel aborde ce sujet en studio avec les invités suivants : • Ulrike Guérot, politologue et auteure à succès • Hans Hermann Hoppe, économiste libéral • Ulrich Menzel, politologue Roger Köppel mène l'entretien Pragmaticus avec : • Sir Michael Leigh, ancien directeur général de l'élargissement à la Commission européenne

Jean-Paul Oury : « Contrairement à l’homme, la machine sera toujours limitée »

Auteur de nombreux essais dont La querelle des OGM (Puf, 2006) et De Gaïa à l’IA : pour une science libérée de l’écologisme (VA Éditions, 2024), Jean-Paul Oury vient de publier son premier roman d’anticipation, Siliclone. Un ouvrage dans lequel il s’interroge sur la capacité de la machine à remplacer l’homme à long terme.
 
Une machine reste et restera une machine quoi qu’il arrive et ne pourra jamais devenir une sorte de nouvel être humain, estime le docteur en histoire des sciences et technologies et éditeur en chef du site Europeanscientist.
 
 
 
Epoch Times – Quel est l’objet de ce premier roman que vous publiez ?
L’histoire se passe en 2045 dans un univers dystopique dans lequel une caste que j’appelle l’algorithmocratie règne en maîtresse.
Dans ce monde, deux types d’individus existent. D’abord, ceux qui exercent un métier et qui n’ont pas été remplacés par les machines ; et ceux qui ont été totalement remplacés, les purposeless (les sans but en français).
Mais les algorithmocrates sont pris de remords. Ils constatent que même les individus qui n’ont pas encore été remplacés sont menacés et donc décident, pour les aider, de leur créer leur double androïde, un siliclone. C’est-à-dire un personnage qui leur ressemble comme deux gouttes d’eau et qui est capable de faire les mêmes choses qu’eux.
Admettons que je sois un silicone. Je serais le double androïde de Jean-Paul Oury répondant à vos questions à la place du vrai Jean-Paul Oury qui n’a pas le temps ou l’envie de réaliser cet entretien avec vous.
L’idée d’écrire ce roman d’anticipation m’est venue en réfléchissant à cette possibilité qu’un jour les machines prendront notre place. C’est une hypothèse qui effraie beaucoup de gens, et ils ont raison d’avoir peur.
 
Dans votre ouvrage, vous développez l’idée que l’homme programme les machines pour qu’elles finissent par lui ressembler. Cela correspond-il à un désir profond de l’homme ?
Il est certain que l’être humain aspire à créer des technologies qui lui ressemblent.
Regardez aujourd’hui le nombre d’entreprises, notamment américaines et chinoises, qui développent des androïdes. Chacun y va de son modèle. L’Américain Tesla devrait lancer prochainement Optimus, un robot humanoïde multifonctionnel. Le Chinois Unitree entend vendre le plus de modèles G1 cette année.
Je pourrais même vous parler de la société américano-polonaise Protoclone qui va encore plus loin dans l’humanisation des robots.
Cette entreprise propose de calquer directement un vrai squelette humain, de le reproduire en carbone, et enfin de le recouvrir d’une peau synthétique. On peut aisément imaginer que dans vingt ans, cette technologie aura largement évolué et sera capable de faire de vrais corps humains.
J’ai d’ailleurs inventé un terme dans mon ouvrage pour nommer la robotique qui entend imiter à la perfection le corps humain : la robiotique. 
 
Les hommes sont fascinés par les nouvelles technologies. Jusqu’où va cette fascination ?
Je pense que dans nos sociétés, il y a plutôt deux catégories d’individus : les algorithmocrates et les collapsocrates.
Les algorithmocrates sont par définition très friands de progrès technologiques.
Les collapsocrates quant à eux, que j’évoque dans mes précédents essais, appellent de leurs vœux la construction d’une société décroissante, un retour en arrière, c’est-à-dire une société où il n’y a plus de progrès technologiques.
Ces deux idéologies se positionnent par rapport au progrès technologique et au changement à vitesse exponentielle qu’il nous fait subir.
Pour ma part, je considère que nous devons sortir de ce débat stérile entre ces deux idéologies.
Le choix ne devrait pas être entre suivre les décroissants fanatiques et les pro-croissance qui, eux, ne remettent jamais en question le progrès technologique.
Nous devrions mettre en œuvre une véritable politique scientifique, basée sur le progrès tout en cherchant des valeurs externes au progrès lui-même comme la libre-responsabilité. Et ensuite, optimiser la libre-responsabilité par rapport à chaque innovation.
 
Certains philosophes sont très critiques à l’égard des nouvelles technologies et estiment que plus nous confierons de tâches à des robots, plus nous perdrons notre humanité. Qu’en pensez-vous ?
Je comprends leurs inquiétudes, mais qu’ils se rassurent, une machine reste et restera une machine quoi qu’il arrive et ne pourra jamais devenir une sorte de nouvel être humain. C’est ce que je démontre dans mon roman avec les siliclones.
Ils ne seront jamais semblables aux humains, puisqu’ils ne disposent pas de la liberté d’incarner des valeurs.
Même s’ils connaissent nos préférences et nos goûts, les siliclones ne les incarnent pas de la même manière que les sujets d’origine. Ils ont besoin d’une directive ou d’un commandement pour les incarner. À l’inverse, les êtres vivants sont capables de s’autodéterminer de manière finaliste.
Contrairement à l’homme, la machine sera toujours limitée.
 
Aujourd’hui l’Europe semble à la traîne par rapport aux États-Unis et à la Chine dans la course aux nouvelles technologies et préfère se comporter comme une grande autorité régulatrice. Quel est votre regard sur cette situation ?
J’aborde cette question de manière un peu humoristique dans le roman lorsque j’évoque la commission Guéreau, en référence au pianiste Étienne Guéreau qui est très critique à l’égard de l’IA.
Dans tout domaine, la législation est nécessaire. Encore faut-il que celle-ci soit instaurée après le développement d’une technologie, et non en amont. Pour filer la métaphore, l’Europe devrait inventer des voitures avant de créer un code de la route !
 
Journaliste Contact: @HerreroJulian1



Le mauvais serviteur est-il celui qui entre la possibilité de libérer les machines de leurs créateurs ou celui qui prend le risque de la faire advenir ? La réponse dans siliclone amzn.to/4ubA2LO
 




 
 Le chapitre 4 de SiliCLone, mon nouveau roman d'anticipation ...
 




 
Droïd Alex permettra-t-il à Doc. Alex son maître d’accéder à la vie éternelle ? Les 9 siliclones d’Élan Musklé lui procureront-ils le don d’ubiquité ? JiPé+ le siliclone augmenté de Jean-Patrick, le musicien raté, l'aidera-t-il à se réincarner en guitariste manouche ? PR_2FR, permettra-t-il au président Luc Templier d’échapper à un attentat ? ElwirX aidera-t-elle Elwira l’influenceuse paresseuse experte en recommandation touristique à rester sur son canapé à ne rien faire pendant qu’elle visite le monde ? Etc, etc….

 

 La liberté et le progrès sont les choses les plus importantes pour moi. Science-tech, politique, biotech, jazz, auteur de Greta a tué/ressuscité Einstein et de Gaia à l'IA

Jean-Paul Oury

Jean-Paul Oury, né à Verdun en 1971, est un essayiste français.

Il étudie à la faculté des lettres de Nancy puis suit un DEA en histoire des sciences, obtenu en 1996 à l'université de Strasbourg I. Il est également titulaire d'un doctorat en histoire des sciences et technologies obtenu à Paris Jussieu.

C'est un observateur critique du mouvement écologiste contemporain et de ses contradictions. Dans une tribune dans Le Figaro en octobre 2022, il se réjouit ainsi du ralliement, tardif, de Greta Thunberg au nucléaire comme réponse au réchauffement climatique[1]. Pour cet historien des sciences, le rôle majeur que peut avoir la science sur les sujets contemporains est injustement minoré, au profit de discours politiques.

Il a été engagé en politique, comme candidat d’Alternative Libérale aux élections législatives 2007 dans la 2e circonscription de Meurthe et Moselle.

Il est aujourd'hui directeur de publication du site Europeanscientist.com et consultant.

Citations

  • « [Nous vivons le] sacrifice de la science prométhéenne sur l'autel de l'écologisme: le second a eu la peau de la première en rendant tabou la possibilité de modifier le vivant, de fissionner l'atome, de diffuser des ondes et de synthétiser des molécules. »[1]
  • « La science et la technologie n'ont plus pour finalité de libérer l'humanité des déterminismes que lui impose la nature ; elles sont désormais au service des politiques qui s'appuient sur elles pour créer de nouvelles contraintes. »[1]

Notes et références

Publications

Liens externes

https://www.wikiberal.org/wiki/Jean-Paul_Oury
 
 
 

 
Il y a 17 ans le libéralisme n’avait pas le vent en poupe comme aujourd’hui malgré tous les talents d’Alternative Libérale ! On rasait les murs et on se prenait dans les dents : « mais comment osez-vous remettre en cause le modèle d’État que le monde nous envie ? » Aujourd’hui les choses ont bien changé et on peut mettre nos espoirs en .@davidlisnard et .@nouvelle_energie
 
 
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