juillet 14, 2026

14 Juillet 2026, un défilé Franco-Ukrainien !

 Sommaire:
 
A) - 14 Juillet 2026 : Que viennent faire les QR codes et les soldats ukrainiens dans le défilé de la fête nationale française ?
 
B) - Réformer nos jours fériés pour libérer le travail, sanctuariser le 14 juillet pour fédérer la Nation
 

 
A) - 14 Juillet 2026 : Que viennent faire les QR codes et les soldats ukrainiens dans le défilé de la fête nationale française ?
 
Le défilé militaire du 14 Juillet 2026 s’annonce exceptionnel par son ampleur. Mais il sera également profondément politique. Environ 500 militaires représentant les pays de la « Coalition des volontaires », dont l’Ukraine, doivent ouvrir la parade sur les Champs-Élysées, tandis que cette édition sera placée sous le signe officiel du « réveil stratégique de l’Europe ». La présence de contingents étrangers lors de la fête nationale française n’a, en elle-même, rien d’inédit. Mais l’Ukraine n’est pas aujourd’hui un pays comme un autre : elle est une nation en guerre, au cœur d’un conflit majeur dans lequel la France n’est officiellement pas cobelligérante. Dès lors, une question mérite d’être posée sans caricature ni procès d’intention : le 14 Juillet reste-t-il d’abord la célébration de la France, de son armée et de son unité nationale, ou devient-il progressivement l’instrument symbolique d’une politique étrangère dont les choix et les risques n’ont jamais fait l’objet d’un véritable débat national ?
 

Le défilé militaire du 14 Juillet 2026 s’annonce exceptionnel par son ampleur. Mais il sera également profondément politique. Environ 500 militaires représentant les pays de la « Coalition des volontaires », dont l’Ukraine, doivent ouvrir la parade sur les Champs-Élysées, tandis que cette édition sera placée sous le signe officiel du « réveil stratégique de l’Europe ». La présence de contingents étrangers lors de la fête nationale française n’a, en elle-même, rien d’inédit. Mais l’Ukraine n’est pas aujourd’hui un pays comme un autre : elle est une nation en guerre, au cœur d’un conflit majeur dans lequel la France n’est officiellement pas cobelligérante. Dès lors, une question mérite d’être posée sans caricature ni procès d’intention : le 14 Juillet reste-t-il d’abord la célébration de la France, de son armée et de son unité nationale, ou devient-il progressivement l’instrument symbolique d’une politique étrangère dont les choix et les risques n’ont jamais fait l’objet d’un véritable débat national ?

Une fête nationale française qui a toujours parlé au monde

Il faut commencer par rappeler une évidence historique : la présence de militaires étrangers au défilé du 14 Juillet n’est nullement une innovation d’Emmanuel Macron. La France a régulièrement invité des contingents étrangers à participer à sa fête nationale, souvent afin de célébrer une alliance, une coopération militaire ou un anniversaire diplomatique. En 2023, des militaires indiens ouvraient ainsi la parade ; en 2025, l’Indonésie était à l’honneur. D’autres armées alliées ont participé au défilé au fil des décennies, et cette dimension internationale appartient désormais à la diplomatie militaire française.

Le 14 Juillet lui-même n’a d’ailleurs jamais été une cérémonie dépourvue de message politique. Institué comme fête nationale en 1880, dans une France encore profondément marquée par la défaite de 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine, le défilé militaire devait aussi manifester le redressement d’une nation qui reconstruisait son armée et entendait retrouver sa place parmi les grandes puissances. Depuis lors, les Champs-Élysées sont devenus chaque année une scène sur laquelle la France montre ses forces, honore ses soldats et adresse, qu’elle le veuille ou non, un message au reste du monde.

L’édition 2026 assume pleinement cette dimension. Le ministère des Armées la présente comme le reflet d’un environnement stratégique transformé et comme l’illustration du « réveil stratégique de l’Europe ». Environ 500 militaires issus des pays de la Coalition des volontaires doivent ouvrir le défilé, dans une parade qui comptera environ 6 800 militaires à pied. Le dispositif officiel présente cette coalition, portée notamment par la France et le Royaume-Uni, comme un instrument destiné à préparer des garanties de sécurité pour l’Ukraine dans la perspective d’un éventuel cessez-le-feu.

Tout cela est parfaitement assumé. Et c’est précisément pour cette raison que la question mérite d’être posée.

Car inviter l’armée d’un pays allié en temps de paix n’a pas exactement la même signification que mettre à l’honneur, au cœur de la fête nationale, les militaires d’un État actuellement engagé dans une guerre de haute intensité contre une puissance nucléaire avec laquelle la France n’est officiellement pas en guerre.

Soutenir l’Ukraine ne signifie pas abolir toute distinction entre solidarité et engagement

Depuis l’invasion russe de février 2022, la France soutient l’Ukraine politiquement, financièrement et militairement. Cette politique est celle de l’État français et s’inscrit dans un engagement plus large des puissances européennes. On peut en approuver les modalités ou les contester ; on ne peut nier sa réalité.

Mais la diplomatie et la stratégie reposent précisément sur des distinctions.

Soutenir un pays ne signifie pas devenir ce pays. Lui fournir des armes ne signifie pas partager automatiquement tous ses objectifs de guerre. Défendre son droit à l’existence ne signifie pas que ses intérêts nationaux se confondent nécessairement avec ceux de la France. Toute politique étrangère sérieuse commence par cette séparation entre l’émotion légitime suscitée par un conflit et la définition froide de l’intérêt national.

C’est précisément ici que le débat devient stratégique. Pour Roland Lombardi, géopolitologue et directeur du Diplomate média : « soutenir l’Ukraine est un choix politique et surtout idéologique ; glisser progressivement vers une situation de cobelligérance contre la Russie en est un autre, infiniment plus dangereux. Du point de vue strict de l’intérêt national français, l’Ukraine ne constitue pas un intérêt vital comparable à l’intégrité du territoire national ou à la protection de nos approches immédiates. Quant à la présentation d’une invasion prochaine de l’Europe occidentale par la Russie comme une quasi-certitude, elle mérite pour le moins d’être confrontée aux réalités militaires : après plus de quatre années d’une guerre extrêmement coûteuse, Moscou n’a conquis qu’une partie (moins de 20% !) du territoire ukrainien. Imaginer ses armées déferlant demain jusqu’à Paris relève donc davantage, en l’état du rapport de forces, du scénario mobilisateur que de l’analyse stratégique sérieuse ».

Il ajoute : « le véritable désastre européen pourrait précisément consister à transformer durablement la Russie en ennemi irréductible. Cette rupture a déjà un coût géopolitique, économique, énergétique et stratégique considérable et désastreux pour le continent. Elle rapproche mécaniquement Moscou de Pékin et renforce parallèlement la dépendance sécuritaire de l’Europe envers Washington. Pour une pensée authentiquement souverainiste européenne, l’objectif de long terme devrait au contraire être celui d’une Europe des nations forte et indépendante, capable d’établir avec la Russie un partenariat solide fondé sur la complémentarité entre la puissance économique et technologique européenne, les immenses ressources russes et la profondeur stratégique de l’espace eurasiatique. Un tel rapprochement, un bloc eurasiatique, constituerait naturellement un cauchemar géopolitique pour Washington comme pour Pékin. C’est précisément pourquoi l’Europe devrait peut-être commencer par se demander quels sont ses propres intérêts, plutôt que de raisonner éternellement à travers ceux des autres ».

Cette fuite en avant ne peut enfin être dissociée des intérêts économiques considérables qui accompagnent le réarmement européen. Dans son éditorial consacré au complexe militaro-industriel américain, publié également ce jour dans Le Diplomate média, Roland Lombardi défend l’idée que celui-ci exerce une influence considérable non seulement à Washington, mais aussi, directement ou indirectement, sur les choix stratégiques européens. « La permanence d’un « croquemitaine » russe contribue à entretenir une politique de confrontation et à légitimer durablement la hausse des dépenses militaires. Pour mesurer les conséquences industrielles de cette dépendance, il suffit d’observer le succès spectaculaire du F-35 américain auprès des chancelleries européennes.

Il suffit également de constater, parfois avec une certaine consternation, le ton adopté par une partie des dirigeants européens face à Moscou. Malgré le coût économique et géostratégique déjà considérable de la rupture avec la Russie, et alors même qu’une confrontation directe entre puissances nucléaires pourrait conduire au cataclysme, certains responsables européens semblent parfois plus belliqueux qu’Attila ». 

La formule est volontairement provocatrice, mais elle soulève une question sérieuse : l’Europe poursuit-elle encore une stratégie définie à partir de ses propres intérêts, ou s’enferme-t-elle dans une logique d’escalade dont d’autres puissances et d’autres industries pourraient finalement être les principales bénéficiaires ?

C’est pourquoi la présence ukrainienne au défilé de 2026 pose une question différente de celle des invitations étrangères habituelles. Le symbole intervient au moment où le pouvoir français a considérablement durci son discours envers Moscou et où la Coalition des volontaires travaille précisément à l’architecture militaire de l’après-cessez-le-feu en Ukraine. Le ministère des Armées ne dissimule d’ailleurs pas la portée du message : la présence de la coalition doit illustrer « la solidarité européenne » et « l’engagement de la France auprès de ses partenaires ». 

Le problème n’est donc pas la présence de quelques militaires ukrainiens en elle-même. Il réside dans la transformation possible du 14 Juillet en outil de légitimation symbolique d’une orientation géopolitique précise. Or la fête nationale n’appartient ni à un gouvernement ni à une majorité présidentielle. Elle appartient à la nation.

Il existe une différence fondamentale entre utiliser le 14 Juillet pour honorer une alliance ancienne ou une coopération militaire et l’inscrire dans une séquence diplomatique destinée à afficher l’unité d’une coalition constituée autour d’une guerre toujours en cours. Dans le second cas, le symbole militaire peut devenir un acte politique. Et en géopolitique, les symboles sont rarement innocents.

Une contestation qui gagne aussi les milieux militaires

Cette interrogation n’est pas seulement portée par des responsables politiques d’opposition ou par les réseaux sociaux. Elle trouve également un écho dans certains milieux militaires et anciens combattants, même s’il convient de ne pas transformer des prises de position particulières en expression officielle de « l’armée française », la « grande muette »…

C’est notamment le cas de l’association Place d’Armes, qui rassemble principalement d’anciens militaires et qui a publié une tribune intitulée Le 14 juillet doit rester une fête nationale. Son existence témoigne d’un malaise réel dans une partie de la communauté militaire, sans permettre pour autant de prétendre que l’ensemble des armées françaises partagerait cette position. La nuance est essentielle : les militaires d’active sont soumis à un devoir de réserve et l’institution militaire, par définition, exécute les décisions du pouvoir civil.

Il n’en demeure pas moins qu’une colère plus sourde existe dans certains cercles militaires. Elle ne vise pas nécessairement les soldats ukrainiens eux-mêmes, dont le courage au combat est difficilement contestable, mais ce qui est perçu comme une instrumentalisation politique de l’armée française et de son rendez-vous le plus symbolique avec la nation.

Le général Loïc Mizon, gouverneur militaire de Paris, présente lui-même le défilé comme « l’expression ultime de notre cohésion nationale » et comme un moment de communion entre la nation et ses armées. C’est précisément cette définition qui nourrit le débat : si le 14 Juillet constitue l’un des rares moments où la France se rassemble autour de ses soldats, jusqu’où peut-on charger cette cérémonie d’un message diplomatique lié à un conflit extérieur qui divise une partie de l’opinion publique ?

Il serait évidemment excessif de prétendre que 500 militaires étrangers effacent les milliers de soldats français présents sur les Champs-Élysées. Le ministère prévoit une parade massive des forces françaises et rappelle que le défilé est d’abord celui des militaires servant leur pays. Mais le protocole possède sa propre grammaire. Ouvrir un défilé, placer une coalition à l’honneur et inscrire toute la cérémonie sous le signe du « réveil stratégique de l’Europe » ne relèvent pas de simples détails d’organisation.

C’est un message.

La seule question est de savoir si ce message correspond réellement à celui que la nation française souhaite adresser au monde.

Le 14 Juillet appartient-il encore à la nation ?

Le débat dépasse finalement largement la seule Ukraine.

Depuis plusieurs années, la politique étrangère française semble parfois hésiter entre la défense d’une autonomie stratégique nationale, héritée du gaullisme, et une européanisation croissante de ses choix de sécurité. La guerre en Ukraine a accéléré cette évolution, tandis que le discours officiel présente désormais régulièrement la sécurité ukrainienne comme indissociable de celle du continent européen.

Cette thèse peut être défendue. Elle peut également être discutée. Mais elle ne devrait pas être soustraite au débat démocratique par la puissance du symbole.

Le 14 Juillet n’est pas un sommet diplomatique. Ce n’est pas une réunion de l’OTAN, ni une conférence de la Coalition des volontaires. C’est la fête nationale française et, depuis 1880, le grand rendez-vous de la nation avec ses armées. 

Cette interrogation prend cette année une dimension supplémentaire avec la polémique provoquée par les nouvelles conditions d’accès au défilé. Pour la première fois, le grand public devra obligatoirement s’inscrire au préalable et présenter un QR code nominatif pour accéder aux Champs-Élysées. La mesure est officielle et justifiée par des impératifs de sécurité. Elle n’en produit pas moins un symbole pour le moins malheureux : après les QR codes du Covid pour entrer dans un restaurant, il faudra désormais en présenter un pour assister à la fête nationale. Dans le même temps, de nombreux Français verront leurs festivités locales soumises à diverses restrictions concernant l’alcool, les pétards ou certaines manifestations populaires. D’où ce sentiment, chez une partie de l’opinion, d’une fête nationale progressivement encadrée, filtrée et presque privatisée, tandis que des contingents étrangers seront, eux, placés à l’honneur sur les Champs-Élysées. Le raccourci est évidemment polémique ; le malaise symbolique, lui, mérite d’être entendu. L’obligation d’inscription préalable et de QR code est bien confirmée par la préfecture de police…

Comme l’écrit Roland Lombardi dans son éditorial dans Le Diplomate média cité plus haut : « Notre défilé du 14 Juillet n’échappe évidemment pas à cette logique. Cette année encore, les autorités ont mis en place un dispositif d’accès renforcé aux Champs-Élysées, notamment par un système d’inscription préalable et de QR codes. Officiellement, il s’agit de répondre aux impératifs de sécurité. Sans doute. Mais il est difficile de ne pas y voir également une manière de mieux maîtriser un événement public susceptible d’offrir une caisse de résonance aux contestations visant Emmanuel Macron, dont la popularité et surtout l’autorité figurent parmi les plus exécrables enregistrées sous la Ve République. Là encore, la communication officielle et la Realpolitik ne racontent pas toujours exactement la même histoire… »

La présence ponctuelle de contingents étrangers peut naturellement y avoir sa place lorsqu’elle célèbre une fraternité d’armes ou une alliance. Mais lorsque cette invitation devient le prolongement d’une idéologie plus qu’une stratégie diplomatique concernant une guerre en cours, la frontière entre célébration nationale et communication politique devient plus difficile à distinguer.

La France peut soutenir l’Ukraine sans ukrainiser sa fête nationale. Elle peut coopérer avec ses partenaires européens sans transformer le 14 Juillet en démonstration d’adhésion à une stratégie dont les conséquences peuvent engager durablement sa sécurité. Elle peut enfin honorer le courage des soldats étrangers tout en réservant le cœur symbolique de sa fête nationale à ceux qui servent sous son propre drapeau.

Car la véritable question n’est pas de savoir si les soldats ukrainiens méritent le respect. Ils le méritent.

Elle est de savoir ce que la France veut encore célébrer lorsqu’elle célèbre le 14 Juillet.

Dans une époque où les repères nationaux s’effacent, où la guerre revient aux frontières de l’Europe et où les choix stratégiques peuvent avoir des conséquences considérables, les symboles devraient être maniés avec davantage de prudence que jamais. Le défilé militaire n’est pas un décor offert à la diplomatie du moment. Il est l’expression d’une continuité historique qui dépasse les gouvernements, les présidents et les alliances circonstancielles.

Le 14 Juillet peut parler au monde. Mais il devrait d’abord parler à la France.

Le Diplomate 

https://lediplomate.media/decryptage-14-juillet-2026-viennent-faire-qrcodes-soldats-ukrainiens-defile-fete-nationale-francaise/

 

B) - Réformer nos jours fériés pour libérer le travail, sanctuariser le 14 juillet pour fédérer la Nation
 

Les questions du travail, de la productivité et de la retraite restent des sujets éminemment sensibles du débat social en France. Elles seront au cœur du débat présidentiel. Alors que notre pays fait face à une dette publique au sens de Maastricht qui s’établit à 3 536,1 milliards d’euros (soit 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026) et des dépenses publiques culminant à 57,2 % du PIB, le débat sur le « travailler plus ou plus longtemps » se heurte trop souvent à des dogmes figés. Pourtant, face au blocage persistant sur l’évolution de l’âge de la retraite, persister dans le statu quo est une erreur stratégique. Le sujet n’est pas populaire mais il est grand temps de faire le tri dans nos jours fériés : sanctuariser ceux qui font sens, et assouplir les autres pour redonner de la liberté à l’économie réelle.

Le 14 juillet : le ciment de nos valeurs républicaines

S’il n’y avait qu’un seul jour férié à sanctuariser ce serait incontestablement le 14 juillet. Dans une société française en voie de communautarisation et profondément fracturée, cette date porte haut nos valeurs d’égalité citoyenne, laïques et républicaines.

Le 14 juillet ne doit pas être un simple jour de repos parmi d’autres ; il est l’expression d’une révolution populaire et le symbole d’une grande fête fédératrice. Dans un contexte marqué par une forme de « guerre civile permanente », un antisémitisme décomplexé et une absence de projet politique clair, cette date renforce notre sentiment d’appartenance à la Nation. Elle rappelle notre attachement viscéral au lien « État-Armée-Liberté-Nation », protecteur de notre souveraineté nationale, moteur de la reconnaissance des compétences, de la promotion par le mérite, et fondateur d’une égalité des droits et des devoirs. Le 14 juillet mérite plus d’attention que n’importe quelle autre date du calendrier.

Lever les tabous économiques

Cependant, sanctuariser pleinement le 14 juillet exige, en contrepartie, d’oser assouplir d’autres dates, à commencer par le 1er mai. Rappelons la réalité des chiffres : un seul jour de travail supplémentaire en semaine peut générer un gain de croissance d’environ 0,10 point de PIB, soit près de 3 milliards d’euros de richesse supplémentaire injectés dans l’économie nationale. À l’inverse, l’alignement de jours fériés chômés agit comme un frein direct sur notre productivité.

Célébrer la valeur du travail en se faisant un devoir absolu de l’interdire est devenu le paradoxe suprême de notre législation. La partition orchestrée à l’occasion du 1er mai 2026 a été une étonnante cacophonie politique. Cette « camisole administrative » sur le travail étouffe le bon sens et engendre des incohérences proprement hallucinantes sur le terrain (commerces de proximité) tandis que les grandes plateformes de e-commerce continuent de dominer les échanges sans contrainte.

Il ne faut plus de tabou sur le travail des jours fériés et du dimanche. Les Français veulent travailler mieux et être payés plus. La nouvelle relation au travail – portée par l’ubérisation, le télétravail ou la semaine des 4 jours – exige de la flexibilité.

Le pari du volontariat et du dialogue social de terrain

Les Français qui supportent de moins en moins les discours politiciens sont fortement attachés à leurs libertés. Empêcher les salariés volontaires de travailler pour doubler (et pourquoi pas tripler ?) leur rémunération alors que le pouvoir d’achat reste leur préoccupation numéro 1 face à l’inflation, est une faute économique et politique. La solution réside dans la confiance accordée au dialogue social de terrain. Il convient de libérer la possibilité de travailler les jours fériés, et le dimanche, en se basant strictement sur le volontariat. Transformer certains jours fériés en journées de solidarité basées sur le volontariat rapporterait, selon le Sénat, près de 4,8 milliards d’euros pour le financement de notre modèle social.

Le sujet été instrumentalisé à des fins partisanes. Pourtant cette approche pragmatique permettrait aux salariés de « choisir de travailler » pour gagner beaucoup plus ou de s’arrêter via leur compteur de durée annuelle ; aux PME de maintenir leur service client, de créer de la richesse et de faire face à la concurrence agressive des plateformes en ligne. C’est-à-dire : respecter la réalité économique tout en préservant les symboles des conquêtes sociales.

En dehors des dates clés religieuses ou historiques qu’il faut sanctuariser (comme Noël, la Saint-Sylvestre, le 15 août et le 14 juillet, le 8 mai), la liberté de travailler doit primer. Il est grand temps de déverrouiller notre économie figée, de remettre de la cohérence dans notre droit du travail et de la souplesse dans nos entreprises pour libérer ceux qui ont l’envie d’avancer.

Bernard Cohen-Hadad

Bernard Cohen-Hadad est entrepreneur et président du Think Tank Étienne Marcel. Membre de la Société d’économie politique, il est aussi président de la commission du développement économique du Conseil économique, social et environnemental régional en Île-de-France. Il est également membre de la Chambre de commerce et d’industrie de la Région de Paris-Île-de-France. Auteur de L'Avenir appartient aux PME paru chez Dunod, Bernard Cohen-Hadad est l’auteur de nombreuses tribunes publiées dans les médias. Il a été membre de l’Observatoire de l’épargne réglementée, de l’Observatoire du financement des entreprises, de l’Observatoire des PME et ETI par le marché et du Comité consultatif du secteur financier (CCSF). Il participe actuellement à l’Euro Retail Payment Board (ERPB) auprès de la Banque centrale européenne, au Comité national des moyens de paiements (CNMP) et au Comité pour l’éducation financière (EDUCFI). Il est membre du Conseil scientifique de l’École supérieure des métiers du droit.

https://nouvellerevuepolitique.fr/reformer-nos-jours-feries-pour-liberer-le-travail-sanctuariser-le-14-juillet-pour-federer-la-nation/

 

 

 

 

juillet 13, 2026

.Le capitalisme expliqué !

Le capitalisme  

Découvrez comment le libre marché, l'entrepreneuriat, les droits de propriété et l'échange volontaire ont permis de sortir des milliards de personnes de la pauvreté et d'étendre la liberté humaine.

Quel est le secret de l'amélioration du niveau de vie, de l'innovation mondiale et de la sortie de la pauvreté pour des millions de personnes ? Ce n'est pas la chance. C'est le capitalisme. En moins d'une heure, ce post vous aidera à comprendre le fonctionnement du capitalisme, les raisons pour lesquelles ses détracteurs font souvent fausse route, et pourquoi les marchés demeurent essentiels à la prospérité, à l'innovation et aux opportunités.

Sommaire:

A) - Pourquoi le monde s'est-il enrichi ?

      A-1) - Pauvreté

     A-2) - Commerce

     A-3) - Innovation

     A-4) -Liberté individuelle

B) - Qu’est-ce que le capitalisme ?

     B-1) - Capitalisme

     B-2) - Propriété

    B-3) - Échange

     B-4) - Valeur

 

 C) Quelles sont les causes des crises économiques ?

    C-1) - Crise

   C-2) - Inflation  

   C-3) - Économie

 

 D) - Les marchés peuvent-ils fournir des biens publics ?

   D-1) - Marché

   D-2) - Biens publics

  D-3) - Défense nationale

E) - Le capitalisme et l'épanouissement humain 


 

A) - Pourquoi le monde s'est-il enrichi ? 

 Pendant la majeure partie de l'histoire de l'humanité, la pauvreté était la norme.  

Puis, la situation a changé.  

Découvrez le rôle du commerce, de l'innovation et de la liberté individuelle dans l'émergence de la prospérité sans précédent du monde moderne.

 

A-1) - Pauvreté

La pauvreté est la situation ou condition dans laquelle se retrouvent des personnes qui n'ont pas suffisamment de ressources ou de moyens matériels pour subvenir à leurs besoins de base.

Pour les libéraux, la pauvreté est « l'état naturel de l'homme », dont on sort (ou dont on se prémunit) par la coopération sociale, l'éducation, la division du travail, la croissance, la prise de risque entrepreneuriale, le progrès technique et scientifique, l'assurance, l'épargne, la solidarité volontaire. 

Un effet de l'étatisme

Alors qu'une société libérale tend à réduire la pauvreté par la hausse progressive du niveau de vie, l'État de son côté favorise sciemment la pauvreté : il aime les pauvres et les choie particulièrement - mais à condition qu'ils restent pauvres ! En effet le pauvre est l'alibi idéal pour :

On appelle trappe à pauvreté (ou assistanat dans un registre plus polémique) le fait que des phénomènes sociaux, dus à des dispositifs d'assistance, cantonnent certaines populations dans une situation peu enviable : chômage, bas salaire, mauvais logements, etc. Ce phénomène est particulièrement développé en France. Par exemple, une famille qui touche le RSA (revenu de solidarité active), l'allocation logement, etc., n'est pas incitée à prendre un emploi payé au SMIC (salaire minimum), compte tenu de la dégressivité des prestations.

On appelle seuil de pauvreté d'un pays la moitié du revenu médian des habitants du pays (le revenu médian étant le revenu pour lequel il y a autant de gens qui gagnent davantage que ce revenu, que de gens qui gagnent moins). Cet indicateur, souvent cité à tort et à travers pour affirmer qu'il y a plus de pauvres dans tel pays que dans tel autre, reflète très imparfaitement la réalité de la pauvreté : ainsi, une baisse des salaires élevés aboutit à un abaissement du seuil de pauvreté, et donc à un nombre de "pauvres" inférieur, alors que le pays s'est en réalité appauvri ; un pays très pauvre pourrait n'avoir personne en-dessous du seuil de pauvreté, pour peu que l'éventail des revenus soit suffisamment resserré. Une définition de la pauvreté en termes absolus présente l'inconvénient de ne pas tenir compte du niveau de vie, variable d'un pays à l'autre.

On parle de "pauvrophobie" pour désigner une hostilité à l’égard des personnes qui vivent la pauvreté ou la précarité. Inversement, certains libertariens parlent de pauvrisme pour désigner une attitude étatique qui cherche à favoriser les pauvres, par démagogie électoraliste, et qui tend à augmenter toujours davantage leur nombre, par des politiques économiques socialistes. On peut rapprocher ce terme de l'expression politique d'inaptocratie, qui elle s'applique aux incompétents plus qu'aux pauvres.

La réduction de la pauvreté par l'entrepreunariat

L'entrepreunariat a été largement reconnu comme un puissant outil de réduction de la pauvreté. De nombreux économistes soulignent l'impact positif que l'entrepreneuriat peut avoir sur la réduction de la pauvreté et l'amélioration du bien-être des individus et des communautés.

Les points clés liés à la réduction de la pauvreté grâce à l'entrepreneuriat

Voici quelques points clés liés à la réduction de la pauvreté grâce à l'entrepreneuriat :

1. Création d'emplois : l'entrepreneuriat crée des opportunités d'emploi, ce qui peut aider à réduire la pauvreté en fournissant aux individus une source de revenus. Lorsque les entrepreneurs démarrent des entreprises et étendent leurs activités, ils embauchent souvent des travailleurs, contribuant ainsi à la création d'emplois et à la réduction des taux de chômage.

2. Génération de revenus : l'entrepreneuriat permet aux individus de générer des revenus grâce à leurs activités commerciales. En démarrant leur propre entreprise, les individus peuvent potentiellement augmenter leur potentiel de revenus et améliorer leur niveau de vie. Cela peut être particulièrement percutant dans les communautés où les opportunités d'emploi sont limitées ou où les options d'emploi traditionnelles sont rares.

3. Croissance économique : l'entrepreneuriat est étroitement lié à la croissance économique. Lorsque des personnes créent une entreprise, elles contribuent à l'expansion de l'économie, ce qui peut entraîner une prospérité globale accrue. À mesure que l'économie se développe, elle peut créer un effet d'entraînement, bénéficiant à divers secteurs et réduisant potentiellement les taux de pauvreté.

4. Innovation et productivité : l'entrepreneuriat stimule l'innovation et favorise les gains de productivité. Les entrepreneurs introduisent souvent de nouveaux produits, services et modèles commerciaux, qui peuvent créer de la valeur, stimuler la compétitivité et ouvrir de nouvelles opportunités économiques. Ceci, à son tour, peut contribuer à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté.

5. Autonomisation et autosuffisance : l'entrepreneuriat peut autonomiser les individus et les communautés en leur donnant les moyens de prendre en main leur destin économique. En démarrant leur propre entreprise, les individus peuvent devenir autonomes, créer des actifs et acquérir un sentiment d'agence et d'indépendance. Cela peut avoir des effets à long terme sur la réduction de la pauvreté et la mobilité sociale.

6. Développement local et impact communautaire : l'entrepreneuriat au niveau local peut avoir un impact significatif sur le développement local. Les petites entreprises et les startups contribuent souvent à la revitalisation des communautés, à la création d'emplois dans les zones mal desservies et à la fourniture de biens et de services qui répondent aux besoins locaux. Ces activités peuvent contribuer à réduire la pauvreté en stimulant les économies locales et en améliorant les conditions de vie.

Il est important de noter que si l'entrepreneuriat recèle un grand potentiel de réduction de la pauvreté, il ne s'agit pas d'une solution unique. Divers facteurs, notamment l'accès aux ressources, l'environnement institutionnel, l'éducation et la formation, et les conditions du marché, influencent l'efficacité de l'entrepreneuriat dans la réduction de la pauvreté. Par conséquent, une approche holistique qui aborde ces facteurs est souvent nécessaire pour maximiser l'impact de l'entrepreneuriat sur la réduction de la pauvreté.

L'entrepreneuriat social au secours de l'extrême pauvreté

Partout dans le monde, comme en Indonésie, au Pakistan, au Kenya, en Bolivie et dans d'autres pays en voie de développement, des gens participent à une économie de marché informelle. Ils font des efforts inlassables pour maintenir leur niveau d'existence extrêmement bas. Souvent, ces personnes ne bénéficient pas de l'aide de l'État mais d'entrepreneurs sociaux qui les aident à développer leur esprit d'entreprise. Parmi ces organisations se trouve le programme Trickle Up. Il s'agit d'une organisation privée d'assistance qui reconnaît véritablement la capacité des personnes pauvres à travailler dur et à mener une vie productive. Il a été fondé par un couple, Glen Leet et Mildred Robbins Leer au début des années 1980. Depuis son existence, le programme Trickle Up, ou TUP[1], a remporté des succès remarquables en grande partie en mettant en valeur l'esprit d'entrepreneuriat si répandu dans les pays sous-développés. Les dotations financières sont accordées à des groupes sélectionnés et constitués d'au moins cinq personnes après l'examen du business plan par les coordonnateurs bénévoles du projet TUP. La dotation est de 100 dollars et les bénéficiaires doivent s'engager à réinvestir au moins 20 % de leurs bénéfices dans leur entreprise.

Erreurs communes

  • Le capitalisme engendre la pauvreté. Il serait plus exact de dire que le capitalisme, en tant que système économique voué à la création de valeur et reposant sur l'échange libre (à l'inverse de l'étatisme), engendre la richesse (pour certains) et améliore le niveau de vie des autres (salariés, actionnaires, partenaires commerciaux). Le capitalisme n'engendre pas plus la pauvreté que l'impôt n'engendrerait la richesse. On cite souvent à l'appui de la thèse erronée d'un capitalisme qui "appauvrirait les plus pauvres" les conditions de la classe ouvrière au XIXe siècle. On oublie ainsi que les ouvriers étaient souvent des paysans misérables qui trouvaient dans la condition ouvrière une amélioration notable de leur condition de vie. Hayek a expliqué l'illusion d'optique des gens qui font coïncider essor de l'industrialisation et du capitalisme moderne avec augmentation de la pauvreté. Il explique que la pauvreté était alors bien plus visible... tout simplement parce que le capitalisme avait empêché des tas de gens de mourir de faim, et les avait fait passer de la misère et de la disette à la condition de personnes pauvres (i. e. à revenus modestes, mais pas inexistants). En d'autres termes, ce que beaucoup de gens ne comprennent pas, est que si l'on peut dire que le capitalisme a créé des pauvres, ce n'est pas dans le sens où des personnes auraient sombré dans la misère, mais bien plutôt parce qu'elles sont passées de la misère (et de l'économie de subsistance) à la pauvreté, grâce au salariat.
Deux professeurs britanniques, Norman Gash et Rhodes Boyson, ont étudié de près la condition ouvrière dans le Lancashire au XVIIIe siècle. Ils écrivent:
"Nous semblons oublier que, aussi pénible qu'il fut, le passage à l'usine représentait pour beaucoup d'ouvriers de l'époque, même des femmes et des enfants, une véritable libération par rapport aux conditions de vie infernale qui étaient le lot des journaliers agricoles ou des travailleurs à domicile de la période préindustrielle dont aujourd'hui nous idéalisons la situation, avec nos yeux d'hommes du XXe siècle. De même, nous oublions que le travail à l'usine et dans la mine, pour beaucoup d'enfants, valait tout de même mieux que de périr de faim, et que, de toute façon, dès le milieu du XIXe siècle, grâce à la progression du niveau de vie permise par les salaires industriels, le travail des femmes et des enfants était pratiquement en voie de disparition avant même que l'Etat n'intervienne. Ce n'est pas le pouvoir politique qui mit fin au scandale du travail des enfants, mais bien le succès même du capitalisme industriel à promouvoir la hausse du pouvoir d'achat des masses et à révolutionner par là les conditions de vie familiale.
Affirmer que le capitalisme (ou le libéralisme) engendre la pauvreté revient à prétendre que la pluie engendre la sécheresse là où elle ne tombe pas, ce qui est un sophisme.

Citations

  • Les pauvres ne sont pas le problème, ils sont la solution. (Hernando de Soto)
  • L'argument classique selon lequel la délinquance est causée par la pauvreté n'est qu'une façon de calomnier les pauvres. (H. L. Mencken)
  • La pauvreté est certainement demeurée très grande au début du XIXe siècle. Mais les historiens de l'économie sont à peu près d'accord, depuis 50 ans, pour affirmer, contrairement à la croyance la plus répandue, que le salaire et le revenu moyen ont augmenté depuis la fin du XVIIIe siècle. Ils ont augmenté considérablement, malgré quelques irrégularités dues aux guerres ou aux crises économiques. Et c'est un fait qu'à partir de la fin du XVIIIe siècle, en France, les famines ont cessé. Dès lors, si l'on prétend attribuer à la Révolution industrielle et au capitalisme la pauvreté qui régnait à l'époque, il faut expliquer aussi pourquoi les gens étaient encore plus pauvres avant. (François Guillaumat)
  • Les démocrates-sociaux aiment les pauvres, soi-disant. Pour une fois, donnons-leur raison. À l’évidence, il les aiment tellement qu’ils font ce qu’il faut pour qu’il y en ait sans cesse davantage. Quant aux capitalistes, il est certain qu’eux ne les aiment pas. La preuve, c’est qu’en dépit de la démocratie sociale, ils s’efforcent toujours de faire qu’il y en ait moins. (François Guillaumat)
  • Les vrais capitalistes sont tous ces pauvres qui luttent pour leur survie en déployant des trésors d'imagination pour contourner les obstacles que les pouvoirs en place mettent sur leur chemin. (Pascal Salin)
  • Le paupérisme est un corollaire de la non-valeur du Moi, de mon impuissance à me faire valoir. Aussi État et paupérisme sont-ils deux phénomènes inséparables. L'État n'admet pas que je me mette moi-même à profit, et il n'existe qu'à condition que je n'aie pas voix au marché : toujours il vise à tirer parti de moi, c'est-à-dire à m'exploiter, à me dépouiller, à me faire servir à quelque chose, ne fût-ce qu'à soigner une proles (prolétariat); il veut que je sois « sa créature ». Le paupérisme ne pourra être enrayé que du jour où ma valeur ne dépendra plus que de moi, où je la fixerai moi-même et ferai moi-même mon prix. Si je veux me voir en hausse, c'est à moi à me hausser et à me soulever. (Max Stirner)
  • En essayant de faire plus pour les pauvres, nous avons réussi à faire plus de pauvres. En essayant de faire tomber les barrières qui interdisaient aux pauvres d'échapper à leur sort, nous leur avons par mégarde dressé un piège. (Charles Murray)
  • La gauche n’aime pas tant les pauvres que la dépendance et l’assistanat dont elle entend assurer seule la gestion sans participer à son financement. Pour que la gauche prospère il faut que les pauvres restent pauvres. (Xavier Prégentil)
  • Je n’ai jamais oublié que l’objectif inavoué du socialisme – municipal ou national – était d’accroître la dépendance. La pauvreté n’était pas seulement le sol nourricier du socialisme : elle en était l’effet délibérément recherché. (Margaret Thatcher)
  • Le fait que les pauvres sont vivants est une preuve évidente de leur capacité. Ils n’ont pas besoin de nous pour leur apprendre à survivre, ils savent déjà comment le faire. Donner aux pauvres accès au crédit leur permet de mettre en pratique les compétences qu’ils ont déjà. (Mohammad Yunus)
  • Nous ne croyons pas que tous les riches soient généreux, ni que tous les pauvres soient capables d’autonomie, mais il suffit que les uns et les autres soient toujours plus nombreux à l’être pour que la société devienne meilleure. (Christian Michel)
  • Nos souffrances viennent non de la pauvreté, mais de la convoitise. (Epictète)
  • Ah ! Que ne suis-je riche, pour venir en aide au pauvre que je suis ! (Tristan Bernard, Le fardeau de la liberté) (humour)
  • L'argent est plus utile que la pauvreté, ne serait-ce que pour des questions financières. (Woody Allen) (humour)
  • La pauvreté ne relèverait que de la redistribution ? Est-ce que les hommes des cavernes étaient pauvres parce que les peaux d’animaux ou les pointes de flèches n’étaient pas redistribuées équitablement ? En vérité, nous sommes nés dans la pauvreté. La pauvreté est l’état naturel de l’Homme. Il doit se servir de son cerveau pour découvrir les possibilités des matières premières qu’il trouve dans la nature puis fournir un effort productif pour les transformer en richesses. (Don Watkins)
  • La seule chose que le socialisme ait jamais faite pour les pauvres est leur donner beaucoup de compagnie. (Lawrence W. Reed)
  • Quand on me dit : "le capitalisme n'aime pas les pauvres", je réponds, c'est vrai, nous voulons en faire des riches. Ce sont les socialistes qui en ont besoin comme clientèle. (Daniel Hannan)
  • Nous, on créera l'internationale de la justice et de la paix. On éradiquera le capital et tout le monde sera pauvre, mais la pauvreté n'est-elle pas notre seule dignité ? Celui qui donne ce qu'il n'a pas est mille fois plus digne que celui qui ne donne pas ce qu'il a. (Oskar Freysinger, Antifa, 2011)
  • La pauvreté n'a pas de cause. La pauvreté est l'état naturel de l'homme ! (...) La bonne question est : quelles sont les causes de la richesse ? (Armando de la Torre)
  • Aucun groupe humain n'est condamné à la pauvreté, sinon par son régime politique et ses politiciens. (Jean Bæchler)
  • Un homme n’est pas pauvre parce qu’il n’a rien, mais parce qu’il ne travaille pas. (Montesquieu, De l'Esprit des Lois, XXIII, 29)
  • C'est un très grand malheur que d'être pauvre, mais ce malheur est bien plus grand lorsqu'on n'est entouré que de pauvres comme soi. A défaut de richesses pour soi, on doit en souhaiter pour les autres. Un indigent a infiniment plus de moyens de gagner sa vie et de parvenir à l'aisance s'il se trouve au milieu d'une population riche, que s'il n'est entouré que de pauvres comme lui... Loin donc que les intérêts du pauvre et ceux du riche soient opposés entre eux, comme on le trouve établi dans les livres de la vieille politique, et journellement répété par l'ignorance, on peut affirmer qu'ils sont exactement les mêmes. (Jean-Baptiste Say, Cours complet d'économie politique, 1828)
  • Les pauvres sont devenus gras et heureux, les riches se sont appauvris. C’est pour ça que nous sommes dans un tel pétrin. Tout le monde veut être pauvre, parce que ça présente tellement d’avantages ! (Jude Wanniski)

Informations complémentaires

Notes et références

Bibliographie

  • 1984, Gertrude Himmelfarb, "The Idea of Poverty", New York: Knopf
  • 1996, Michael Tanner, "The End of Welfare: Fighting Poverty in the Civil Society", Washington, DC: Cato Institute
    • Extraction d'un chapitre en 2002, "Ending Welfare as We Know It", In: David Boaz, dir., "Toward liberty. The idea that is changing the world: 25 years of public policy", Washington DC: Cato Institute, pp111-124
  • 2001, Michael W. Cox, Proof That a Free Market System Enriches the Poor, Journal of Private Enterprise, Volume 16
  • 2009, Arnold Kling, Nick Shulz, "From Poverty to Prosperity: Intangible Assets, Hidden Liabilities, and the Lasting Triumph Over Scarcity", New York: Encounter

Voir aussi

Liens externes

B0.jpg Discussions sur le forum
Exclusion : Liberté Vs Communautarisme, SDF... (for)





 https://www.wikiberal.org/wiki/Pauvret%C3%A9

 

A-2) - Commerce

Le commerce désigne l'échange de biens et de services entre deux partenaires en contrepartie d'une somme d'argent (le prix). Dans cette opération, le vendeur fournit le bien ou le service à l'acheteur qui lui paye le prix en contrepartie. Le développement du commerce a renforcé la nécessité de régler les différends entre co-échangeurs. Les contrats privés sont passés sous l'autorité de l'État, transformant le droit privé en bien public, par l'intermédiaire de la justice. Cependant, la résurgence des idées libertariennes prolifiques durant ces trente dernières années et la mise en cause des fonctions régaliennes de l'État posent la question de l'ontologie de la loi privée.

D'après Hayek, la première forme connue de commerce serait née à Çaytal Huyuk, en Anatolie, bien avant l’ère antique, près de 2900 ans avant J.-C. 

Importance du commerce dans les contextes historiques et modernes

Le commerce revêt une importance cruciale, à la fois dans l'histoire et dans le monde contemporain, influençant de manière significative l'évolution de nos sociétés et de nos économies. Voici quelques-unes des raisons pour lesquelles le commerce est si fondamental :

1. Moteur de l'économie : le commerce est un moteur essentiel de l'activité économique. Il stimule la production, la distribution, et la consommation de biens et de services. L'ampleur du commerce peut déterminer la croissance économique d'un pays ou d'une région.

2. Création de richesse : le commerce crée de la richesse en reliant des personnes et des marchés. Il permet aux individus et aux entreprises de générer des revenus, des profits, et d'améliorer leur situation financière.

3. Diversité culturelle : le commerce favorise les échanges culturels. Lorsque les biens et les idées se déplacent à travers les frontières, ils apportent avec eux des éléments de diverses cultures. Cela contribue à enrichir la diversité culturelle.

4. Réduction de la pauvreté : le commerce international peut aider à réduire la pauvreté en créant des opportunités d'emploi, en stimulant le développement économique, et en augmentant les revenus.

5. Innovation : le commerce favorise l'innovation. La compétition sur les marchés mondiaux pousse les entreprises à innover, à améliorer la qualité de leurs produits et à réduire les coûts.

6. Interdépendance mondiale : dans un monde de plus en plus interconnecté, le commerce est au cœur de l'interdépendance économique entre les nations. Les chaînes d'approvisionnement mondiales et les échanges internationaux de biens et de services sont devenus inextricablement liés.

7. Défis et opportunités : le commerce peut également engendrer des défis, notamment en matière de régulation, de commerce équitable, d'environnement, et de droits de l'Homme. Néanmoins, il offre aussi des opportunités de collaboration et de développement durable.

Les commerces présentés comme illégaux

Le libertarianisme, en tant que philosophie politique, remet en question de nombreuses interdictions étatiques, y compris celles liées à certains types de commerce jugés illégaux par la plupart des gouvernements. Parmi les domaines commerciaux controversés qui suscitent des débats parmi les libertariens, on trouve :

1. Drogues : les libertariens soutiennent souvent la légalisation de la plupart, voire de toutes les drogues, en se basant sur le principe de la liberté individuelle. Ils estiment que les adultes devraient avoir le droit de consommer ce qu'ils veulent, tant qu'ils ne causent pas de tort à autrui. La guerre contre la drogue est souvent critiquée pour ses conséquences négatives, telles que l'augmentation du trafic illégal.

2. Vente d'organes : certains libertariens remettent en question l'interdictions de vente d'organes, soutenant que cela pourrait encourager les dons d'organes et sauver des vies. Ils affirment que l'interdiction actuelle crée un marché noir et met en danger ceux qui ont besoin d'une transplantation.

3. Armes : les libertariens sont généralement favorables au droit de posséder des armes, soutenant que cela fait partie de la défense de soi-même et de ses biens. Ils s'opposent aux restrictions excessives sur la possession d'armes, considérant que cela va à l'encontre des droits individuels.

4. Prostitution : de nombreux libertariens plaident en faveur de la légalisation de la prostitution, considérant que les adultes ont le droit de choisir leur propre travail. Ils soutiennent que la réglementation de cette profession peut la rendre plus sûre pour les personnes qui l'exercent.

5. Contrebande : le commerce de produits de contrebande, tels que des biens illégaux ou contrefaits, est également un domaine qui soulève des questions parmi les libertariens. Certains estiment que la prohibition et les lourdes peines pour la contrebande ne font que créer un marché noir lucratif.

En effet, dès qu'il y a consentement entre vendeur et acheteur et absence de coercition, l’État ne devrait pas intervenir. Son intervention pour punir ces crimes sans victimes n'aboutit qu'à une violence contre les individus et un gâchis de ressources. L'illégalité de ces commerces ne mène jamais à leur disparition (car la demande ne disparaît jamais), mais bien plutôt à l'apparition de trafics très fructueux : effet pervers du paternalisme d’État, tout se passe comme si la prohibition servait les intérêts des trafiquants et augmentait leurs bénéfices.

Citations

  • C’est la nature du commerce de rendre les choses superflues utiles et les utiles nécessaires (L'Esprit des Lois, XX,23)
Montesquieu
  • L’histoire du commerce est celle de la communication des peuples (L'Esprit des Lois, XXI,5)
Montesquieu
  • La guerre et le commerce ne sont que deux moyens différents d'arriver au même but, celui de posséder ce que l'on désire. Le commerce n'est pas autre chose qu'un hommage rendu à la force du possesseur par l'aspirant à la possession. C'est une tentative pour obtenir de gré à gré ce que l'on n'espère plus conquérir par la violence. Un homme qui serait toujours le plus fort n'aurait jamais l'idée du commerce. C'est l'expérience qui, en lui prouvant que la guerre, c'est-à-dire l'emploi de sa force contre la force d'autrui, est exposée à diverses résistances et à divers échecs, le porte à recourir au commerce, c'est-à-dire au moyen plus doux et plus sûr d'engager l'intérêt des autres à consentir à ce qui convient à son intérêt. La guerre est donc antérieure au commerce : l'une est l'impulsion d'un désir sans expérience, l'autre le calcul d'un désir éclairé. Le commerce doit donc remplacer la guerre ; mais en la remplaçant il la décrédite, et la rend odieuse aux nations.
Benjamin Constant, Commentaire sur l'ouvrage de Filangieri
  • Le principe de liberté commerciale n’est pas basé sur l’utilité mais sur la justice.
Edmund Burke

Bibliographie

  • 1996,
    • Tom W. Bell, "Virtual Trade Dress: A Very Real Problem", University of Maryland Law Review, Vol 56
    • Shannon Kathleen O'Byrne, Economic Justice and Global Trade: An Analysis of the Libertarian Foundations of the Free Trade Paradigm, American Journal of Economics and Sociology, Vol. 55, No. 1 (Jan.), pp. 1-15
  • 1997, Karen Clay, “Trade Without Law: Private-Order Institutions in Mexican California”, Journal of Law, Economics, and Organization, Vol 13(1), pp202-231

Voir aussi

https://www.wikiberal.org/wiki/Commerce 

 

A-3) - Innovation

L'innovation est un concept qui est malheureusement largement confondu dans le langage grand public avec celui de l'invention. Or, ces deux termes complémentaires sont strictement bien différents. L'invention se rattache à la création d'un produit ou d'une idée. L'invention technologique est brevetable, celle des idées ne l'est pas. Depuis Joseph Schumpeter, dans son ouvrage, Capitalisme, socialisme et démocratie, nous savons que ce ne sont pas les inventions mais les innovations qui engendrent le développement économique. L'innovation peut être interprétée comme l'application économique et discursive[1] d'une invention ou d'une novation d'idées. Ainsi, l'innovation est un concept beaucoup plus large que celui de l'invention. 

La théorie évolutionniste de l'innovation

Selon la théorie évolutionniste du sentier de dépendance, le développement de la science et de la technologie est intégré dans des contextes d'utilisation spécifiques qui déterminent la direction et le calendrier de l'innovation. Les inégalités entre les chemins d'apprentissage dans les différents domaines d'expertise technologiques génèrent différentes structures de coûts et, a fortiori, produisent de l'incertitude dans l'adoption et le développement des nouvelles technologies. La littérature économique sur l'innovation[2] a identifié le phénomène du processus de l'innovation, qui tout en se développant, s'inscrit comme un « modèle dominant ».

E. Rogers considère que la diffusion d’une innovation dans une population suit le tracé d'une loi normale[3]. Le segment des récepteurs précoces est essentiellement composé de leaders d’opinion. En général, les premiers early adopters correspondent à 16 % de la population. Il y a alors de fortes pressions à la conformité avec celui-ci qui s'exercent sous formes de fortes pressions psychologiques (initié par des groupes dominants) et par des pressions sociales (acquisition de légitimité de l'innovation). Les théoriciens néo-institutionnels de l'organisation (Paul DiMaggio et Walter Powell[4]) indiquent qu'il existe des pressions vers un isomorphisme, c'est-à-dire une similarité de comportements et de stratégies au sein des entreprises qui composent l'industrie. Trois types de forces occasionnent cette similarité.

  • L'isomorphisme coercitif : les sanctions sociales ou les lois ont un effet exogène qui imposent une certaine forme de structure et de stabilité. Les entreprises au sein de l'industrie adoptent des structures et des comportements similaires en réponse à cette coercition partagée.
  • L'isomorphisme mimétique : les entreprises observent la structure et la performance de l'autre (par exemple, par une analyse comparative). Les entreprises qui réussissent au sein de l'industrie adoptent des structures et des comportements similaires parce qu'elles tentent de copier les succès de leurs rivaux, souvent en réponse à des environnements avec des incertitudes élevées.
  • L'isomorphisme normatif : les valeurs sont socialisées à travers les organisations en dehors des entreprises (par exemple, par les associations professionnelles) pour encourager l'adoption de caractéristiques structurelles sélectionnés. Les entreprises au sein de l'industrie adoptent des structures et des comportements similaires parce que leurs gestionnaires adhèrent aux valeurs et aux normes professionnelles partagées par les responsables d'autres entreprises (fournisseurs, clients, concurrents, et les organismes publics et para-public de réglementation).

Les formes de l'innovation

Selon Joseph Schumpeter, l'innovation est un processus de destruction créatrice, donnant l'impulsion fondamentale au développement économique. Il a fourni les cinq cas suivants du concept de l'innovation :

  • (1) Un nouveau bien ou une nouvelle qualité d'un produit
  • (2) De nouvelles méthodes et procédés de production et de distribution
  • (3) L'ouverture d'un nouveau marché
  • (4) De nouvelles ressources
  • (5) De nouvelles formes d'organisation

L'innovation est un processus de création destructrice. Elle a un effet déstabilisant sur l'économie et sur l'emploi en affaiblissant l'attractivité d'autres produits ou services. Jean Fourastié, en 1963, dans son livre, Le grand espoir du XXe siècle, tout comme Alfred Sauvy[5], présentant sa théorie du déversement, montrèrent que le progrès technique est la source de la croissance économique et de la création d'emplois. L'innovation fait certes disparaître des entreprises, des procédés de production et des métiers qui y sont liés. Mais en même temps, elle fait apparaître de nouvelles entreprises, de nouveaux procédés, de nouveaux métiers et de nouveaux emplois[6]. Dans l'histoire de l'humanité, l'innovation a toujours été globalement créatrice nette d'emplois. L'innovation est un moteur très important lors de [[la naissance des technologies du XXe siècle]].

Dans le cas de l'innovation de rupture (par exemple, les fibres synthétiques, les lampes à incandescence, le micro-ordinateur), une véritable création est à l'origine de l'innovation. Mais dans d'autres cas, il peut s'agir d'une simple modification d'un produit ou d'un procédé. Certaines innovations proviennent d'une transposition et d'une adaptation d'une technologie appliquée dans une autre industrie. Par exemple, le système de freinage de la navette spatiale européenne fut adapté à l'industrie automobile pour la conception des freins ABS. Alliée à une politique marketing, l'innovation permet de relancer un produit, voire un métier. Par exemple, la société Microsoft lance sur le marché tous les deux ans une nouvelle version d'exploitation Windows.

Pour un entrepreneur, la recherche de l'innovation est une recherche d'un avantage concurrentiel durable en saisissant des opportunités. Sur un marché en concurrence, voire en hypercompétition, l'innovation fournit à l'entreprise un monopole provisoire. Ce monopole est temporaire car le marché en concurrence va faire émerger tôt ou tard un autre entrepreneur qui va mettre au point, à son tour, une innovation pour attirer les mêmes acheteurs. Il serait illusoire de considérer que l'origine de l'innovation provient toujours du côté de l'entreprise et des ingénieurs. Eric Von Hippel a montré l'importance des consommateurs et des groupes de communautés d'utilisateurs qui ont un rôle important dans l'innovation.

Empiriquement, on observe que l'innovation débouche sur un raccourcissement de la durée de vie des produits et à la prolifération des segments d'un même produit. Par exemple, l'entreprise ne fabrique plus un meuble pour s'asseoir, elle fabrique des canapés, des fauteuils, des chaises, des poufs, etc, en différentes couleurs et en différents designs. La production se complexifie sur des unités de produits de plus en plus nombreuses posant des problématiques sur l'effet d'expérience, les économies d'échelle et l'effet d'apprentissage.

Les efforts d'investissement pour l'innovation

L'innovation repose généralement sur un effort de recherche et développement (R & D) dépendant de la recherche fondamentale (nouvelles connaissances théoriques), de la recherche appliquée (application nouvelle de connaissances théoriques) et du développement (prototypage de produits). Au niveau d'un pays, on prend souvent l'habitude d'analyser le niveau d'innovation prospective en fonction de certains critères (dépenses de recherche en pourcentage du PIB, nombre de chercheurs pour 1000 actifs ou nombre de brevets déposés).

La part des dépenses de recherche en pourcentage du PIB se situe pour les pays développés entre 2 et 3 % du PIB. La France est légèrement au-dessus du niveau de 2 %, devancée par l'Allemagne, les États-Unis et loin derrière le Japon caracolant en tête avec presque 3 % du PIB consacré aux dépenses de recherche. En comparaison, également, le nombre de chercheurs varie de 5 à 10 pour mille pour l'ensemble des pays développés. La France et l'Allemagne ont presque le même niveau (6 pour 1000), largement dépassés par les États-Unis ou le Japon (entre 9 et 10 pour mille). Les Japonais déposent 30 fois plus de brevets que les Français.

La réussite de l'innovation dans une organisation implique la présence de ressources de capacités ce qui en fait un avantage concurrentiel durable. Ces ressources proviennent de la flexibilité des structures, donc de la complémentarité ou de la substituabilité du capital, l'efficacité de ses systèmes d'information et de décision, et de son organisation entrepreneuriale (mise en confiance des intrapreneurs).

Le financement de l'innovation est avancé souvent comme le premier obstacle à l'innovation. Quelquefois, le regroupement d'entreprises en coopétition[7](entreprises en concurrence directe) ou des alliances inter-entreprises avec des partenaires verticaux (clients, fournisseurs) permet une coopération en recherche et développement afin de partager des charges qui ne seront rentabilisées qu'à moyen terme. Certaines entreprises collaborent avec les laboratoires de recherche financés par les impôts. Diverses solutions sont présentes pour faire face au coût de l'innovation. En France, l'ANVAR a pour mission de faciliter l'innovation en apportant aux entreprises des financements avantageux. Les aides régionales et les autres aides publiques sont généralement assez présentes dès l'amorce de l'innovation. L'Etat encourage l'innovation par sa politique de crédit d'impôt-recherche en défiscalisant les charges dues à la recherche. Mais dans le secteur privé, d'autres moyens financiers peuvent intervenir, comme les fonds de capital risque ou les sociétés d'amorçage. Cette préoccupation des charges financières sur la pratique de l'innovation est, certes, légitime, mais elle fait oublier qu'il n'existe pas d'innovation sans une organisation entrepreneuriale et une mémoire organisationnelle, c'est-à-dire sans un esprit d'innovation créé et maintenu au sein de l'organisation et au travers d'un écosystème d'innovations[8] pour maintenir sans cesse en place des innovateurs.

L'innovation entrepreneuriale au sens autrichien

L'innovation entrepreneuriale ne se produit pas nécessairement à cause de divergences entre la quantité demandée par les consommateurs et la quantité fournie par les entreprises sur le marché de façon globale et agrégative. L'innovation se produit parce que certains entrepreneurs estiment (ou imaginent[9]) qu'il existe des opportunités encore inexploitées, comme par exemple des écarts de prix entre produits substituables, par combinaison de produits complémentaires ou par l'apport de technologies[10] ou de nouveaux designs à certains produits ou services. Ces lacunes sont potentiellement précieuses et sont considérées avoir de la valeur aux yeux des acheteurs. Les entrepreneurs créent de la valeur en comblant ces lacunes. Cette notion se distingue de l'invention car un inventeur recombine des connaissances anciennes et crée de nouvelles connaissances. L'innovateur n'a pas obligatoirement conscience de convertir des connaissances dans une forme d'économiquement utile. Sa problématique n'est pas d'ordre épistémologique, même si elle en induit des conséquences. L'entrepreneur ne se considère pas comme un révolutionnaire qui a inventé une idée géniale. Il peut l'exprimer, certes, mais c'est en appliquant son idée qu'il devient génial, non pas en l'imaginant. Bien souvent, l'entrepreneur innovant se contente de combiner des idées existantes, de tester des expériences banales, et de saisir les connaissances locales pour créer des biens économiques.

La théorie de l'innovation autrichienne[11] intègre la connaissance, l'expérience et l'importance de la liberté dans la création de toute nouvelle catégorie conceptuelle et dans les initiatives entrepreneuriales fondamentalement innovantes. Pour Friedrich Hayek, l'être humain est capable de voir plus que ce qu'il ne voit. On est capable de voir ce que l'on est prêt à voir, c'est-à-dire que nous pouvons percevoir des phénomènes sensoriels, seulement si nous avons classé préalablement les données dans des catégories abstraites et souvent implicites qui nous sont parvenues physiologiquement. Il s'agit du processus d'apprentissage par l'utilisation de catégories préalablement créées. Cependant, l'être humain est aussi génétiquement doté d'une capacité d'innovation par la création de nouvelles catégories ou par le déplacement des données d'une catégorie à une autre, ce qui est souvent le cas lorsqu'on tente de résoudre des anomalies ou des énigmes, ou lorsqu'on se pose la question de savoir si un nouveau produit rencontrera son public. La nouvelle conscience perceptive nécessaire pour les nouvelles pistes de découverte crée, à son tour, une nouvelle catégorisation et de nouveaux horizons de perception. Cette innovation nécessite souvent non seulement la liberté de curiosité épistémique, mais aussi la liberté d'action afin d'être en mesure d'essayer différentes possibilités perceptives, d'une quantité numériquement infinie.

Dans la plupart des modèles théoriques de l'innovation, la structure temporelle des processus d'innovation est systématiquement ignorée. La production et l'innovation semblent être des actes simultanés. Pour l'École autrichienne, la dimension temporelle et évolutionniste de l'innovation est très importante. L'innovation suppose un processus séquentiel d'apprentissage, d'essais et d'erreurs, de plans de révisions, d'échecs de coordination et d'ajustement dynamique des processus. L'innovation est fondamentalement un processus de découverte et de création de ressources.

Erreur courante : l'innovation accroît le chômage

Cette erreur est largement répandue, y compris chez les « élites dirigeantes ». Par exemple un homme politique a déclaré :

« Notre économie connaît des problèmes structurels attribuables au fait que beaucoup d’entreprises ont compris qu’elles peuvent être plus efficaces avec moins de travailleurs. Quand on va à la banque, on utilise le guichet automatique, on ne va pas au comptoir. À l’aéroport, on utilise la billetterie électronique plutôt que de s’enregistrer au comptoir. » (Barack Obama sur NBC en juin 2011)

Les innovations font disparaître certains emplois (en général peu qualifiés), mais elles en créent d'autres : il faut des ingénieurs pour les concevoir, des usines pour les produire et des travailleurs pour les mettre en œuvre. Refuser le progrès, c'est refuser que la productivité puisse être améliorée, et par conséquent que les coûts et les conditions de vie des gens puissent s'améliorer (une pensée aussi rétrograde est d'ailleurs une des motivations du protectionnisme : la volonté de maintenir coûte que coûte la situation présente).

Citations

  • L’innovation est un produit de la liberté, elle est par nature implanifiable, et c’est ça précisément qui excite la férocité réglementaire, taxatrice ou castratrice des pouvoirs publics. (Olivier Méresse[12])
  • Le pari de l’innovation s’inscrit dans la nature même de toute activité économique. Une activité économique est une activité de création de richesses, donc une activité de création. L’innovation, parce qu’elle crée des nouvelles connaissances qui s’additionnent aux connaissances existantes, est par essence une activité économique comme l’activité de création de richesses est par essence une activité d’innovation. (Jean-Louis Caccomo)
  • L'innovation d’un pays est l'expression d'une culture capable de protéger et d'inspirer l'individualisme, l'imagination, la compréhension et l'expression de soi. (Edmund Phelps, Mass Flourishing, 2013)
  • Réaliser quelque chose de différent, voilà ce qui est vraiment bon pour la société, et c’est aussi ce qui permet à une entreprise d’engranger des profits en monopolisant un nouveau marché. Les meilleurs projets seront aussi sans doute ceux qui seront négligés, ceux que la foule ne claironnera pas haut et fort ; les meilleurs problèmes sur lesquels travailler sont souvent ceux que personne d’autre ne tente même de résoudre. (Peter Thiel, De zéro à un)

Informations complémentaires

Notes et références

  • * Thèse également soutenue par la théorie de la traduction de M. Akrich, M. Callon et B. Latour, 1987, «A quoi tient le succès des innovations?», Gérer et comprendre, n°11, pp4-18, n° 12, pp14-30
    • 1986, M. Callon, "Éléments pour une sociologie de la traduction. La domestication des coquilles Saint-Jacques dans la Baie de Saint-Brieuc", L’Année sociologique, Vol 36, pp169-208

    • 1975, W.J. Abernathy et J. M. Utterback, "A dynamic model of process and product innovation", Omega, Vol 3, n°6, pp639-656
    • 1985, W. J. Abernathy et K. B. Clark, "Innovation: Mapping the winds of creative destruction", Research Policy, Vol 14, pp3-22

  • Pour une critique de cette conception de la diffusion d'une inovation :
    • J. Bayer, N. Melone, 1989, "A critique of diffusion theory as a managerial framework for understanding adoption of software engineering innovations", Journal of Systems and Software, 9(2), pp161-166

  • Paul DiMaggio et Walter W. Powell, 1983, "The iron cage revisited: Institutional isomorphism and collective rationality in organizational fields", American Sociological Review, n°48, pp147-160

  • * Alfred Sauvy, 1980, La machine et le chômage, Dunod

  • Benjamin Fairless, "More Machines Mean More Jobs", The Freeman, Mai, Vol 5, n°5

  • A. O’Donnell, D. Carson, A. Gilmore, 2002, "Competition and Co-operation between Small Firms and Their Competitors”, Journal of Research in Marketing and Entrepreneurship, Vol 4, n°1, pp7-15

  • C. Freeman, 1991, "Networks of innovators: A Synthesis of Research Issues", Research Policy, vol 20, pp499-514

  • G. Morgan, 1993, "Imaginization: The Art of Creative Management", London: Sage

  • Randall Holcombe examine le cas de la souris sans fil, qui n'a pas vu le jour parce que ce produit était trop demandé ou sous-approvisionné, mais parce que quelqu'un a remarqué l'écart entre la technologie sans fil et les innovations complémentaires, et il s'est dépêché de remplir cet écart. Randall Holcombe, 2008, Entrepreneurship and Economic Growth, In: Benjamin Powell, dir., Making Poor Nations Rich: Entrepreneurship and the Process of Economic Development. Stanford: Stanford Economics and Finance and the Independent Institute, p66

  • La théorie cognitive de Friedrich Hayek a été longtemps et souvent négligée. Elle est issue de son ouvrage en psychologie, The Sensory Order, qui traite, comme son nom l'indique, de l'ordre sensoriel, c'est-à-dire de la perception et de la catégorisation des données à partir d'un ordre physiologique et cognitif

  • Bibliographie sur l'innovation

    Searchtool-80%.png Article détaillé : Bibliographie sur l'innovation.

    Liens externes

    https://www.wikiberal.org/wiki/Innovation 

     

     

    A-4) -Liberté individuelle

    La liberté individuelle est un concept fondamental dans les sociétés démocratiques qui reconnaît les droits et les possibilités des individus à exercer leur autonomie, à prendre des décisions et à mener leur vie selon leurs propres choix. Elle englobe la capacité de penser librement, de s'exprimer, de pratiquer sa religion, de choisir son mode de vie, et d'agir sans interférence excessive de l'État ou d'autres entités.

    Fondements de la liberté individuelle

    La liberté individuelle : pilier fondamental des sociétés démocratiques

    La liberté individuelle est considérée comme l'un des piliers fondamentaux des sociétés démocratiques. Elle garantit aux citoyens la possibilité de participer activement à la vie politique, sociale et économique, tout en respectant les droits et les libertés des autres. La liberté individuelle favorise l'épanouissement personnel, l'innovation, la diversité et la pluralité des idées, ainsi que la créativité et le progrès.

    Effectivement, la liberté individuelle est largement reconnue comme l'un des piliers fondamentaux des sociétés démocratiques. Voici quelques raisons qui expliquent pourquoi elle revêt une telle importance :

    1. Respect des droits humains : la liberté individuelle garantit le respect des droits humains fondamentaux tels que la liberté d'expression, la liberté de pensée, la liberté de conscience, la liberté de religion et la liberté de réunion pacifique. Ces droits sont essentiels pour permettre à chaque individu de s'exprimer, de vivre selon ses convictions personnelles et de participer pleinement à la vie publique.

    2. Autonomie et dignité humaine : la liberté individuelle reconnaît la dignité inhérente à chaque être humain et lui confère le droit d'exercer son autonomie. Elle permet à chacun de prendre des décisions concernant sa vie, ses choix personnels, sa carrière, sa vie familiale, sa santé, etc. Elle garantit également le droit à l'intégrité physique et à la protection de la vie privée.

    3. Participation démocratique : la liberté individuelle est un prérequis essentiel pour la participation démocratique. Elle permet aux citoyens de s'engager politiquement, de former et de rejoindre des associations, de débattre des idées, de critiquer le gouvernement et de participer aux élections. La liberté d'expression et la liberté de la presse sont particulièrement importantes pour garantir un débat public libre et ouvert, ainsi que pour assurer la responsabilité et la transparence des institutions gouvernementales.

    4. Innovation et progrès : la liberté individuelle favorise l'innovation et le progrès dans tous les domaines de la société. En permettant aux individus de poursuivre leurs idées, leurs talents et leurs ambitions, elle encourage la créativité, l'entrepreneuriat et le développement de nouvelles solutions aux problèmes sociaux, économiques et technologiques.

    5. Tolérance et diversité : la liberté individuelle encourage la tolérance et la diversité en reconnaissant que chaque individu a le droit d'avoir ses propres convictions, sa propre identité culturelle et ses propres choix de vie. Elle favorise la coexistence pacifique des différences et la reconnaissance mutuelle des droits et des libertés de tous les individus.

    En conclusion, la liberté individuelle est un pilier fondamental des sociétés démocratiques car elle garantit le respect des droits humains, permet l'autonomie et la dignité humaine, favorise la participation démocratique, stimule l'innovation et le progrès, et encourage la tolérance et la diversité. Elle constitue ainsi un élément essentiel pour la construction de sociétés justes, égalitaires et respectueuses de la dignité de chaque individu.

    L'origine historique de la liberté individuelle

    La promotion de la liberté individuelle remonte à l'Antiquité, lorsque des philosophes grecs comme Socrate et Aristote ont développé des idées sur l'autonomie et la dignité humaine. Au fil de l'histoire, des penseurs tels que John Locke, Voltaire et John Stuart Mill ont formulé des théories sur les droits naturels et les libertés individuelles.

    Plusieurs événements historiques ont également contribué à la reconnaissance et à la promotion de la liberté individuelle, notamment la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789, la Constitution des États-Unis d'Amérique et la Charte des droits et libertés de la personne dans de nombreux pays. Ces documents ont établi des protections juridiques pour garantir les droits fondamentaux et la liberté individuelle des citoyens.

    L'origine historique de la liberté individuelle remonte à plusieurs siècles et est influencée par divers courants de pensée et événements historiques. Voici quelques points clés de son évolution historique :

    1. Philosophie grecque et romaine : les philosophes grecs et romains de l'Antiquité, tels que Socrate, Platon, Aristote et Cicéron, ont posé les bases de la réflexion sur la liberté individuelle. Ils ont exploré des concepts tels que l'autonomie, la volonté libre et la dignité humaine, jetant ainsi les fondements philosophiques de la liberté individuelle.

    2. Magna Carta (1215) : la Magna Carta, un document historique signé en 1215 en Angleterre, a jeté les bases de la primauté du droit et a limité le pouvoir arbitraire du monarque. Bien que ses dispositions initiales étaient davantage destinées à protéger les droits des barons, elle a ouvert la voie à une reconnaissance plus large des droits individuels.

    3. Les Lumières : au XVIIIe siècle, le mouvement des Lumières a joué un rôle majeur dans la promotion de la liberté individuelle. Des penseurs tels que John Locke, Montesquieu, Voltaire et Rousseau ont développé des idées sur les droits naturels, la séparation des pouvoirs, la liberté de pensée et d'expression, et ils ont critiqué les abus de pouvoir.

    4. Révolutions américaine et française : les révolutions américaine (1775-1783) et française (1789-1799) ont été des moments clés dans l'histoire de la liberté individuelle. La Déclaration d'indépendance des États-Unis (1776) a proclamé que tous les individus sont dotés de droits inaliénables, tels que la vie, la liberté et la poursuite du bonheur. La Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen en France (1789) a énoncé les principes de liberté, d'égalité et de fraternité.

    5. Déclarations et chartes des droits : au cours des XIXe et XXe siècles, de nombreux pays ont adopté des déclarations et des chartes des droits qui reconnaissent la liberté individuelle comme un droit fondamental. Parmi les exemples notables, citons la Déclaration universelle des droits de l'Homme des Nations unies (1948), la Convention européenne des droits de l'Homme (1950) et la Charte des droits et libertés de la personne du Québec (1975).

    Ces événements et courants de pensée ont contribué à façonner la conception moderne de la liberté individuelle, en reconnaissant les droits et les libertés fondamentaux des individus, et en limitant le pouvoir des gouvernements et des autorités. La lutte pour la liberté individuelle est un processus continu et des mouvements et débats se poursuivent pour garantir son respect et son application dans les sociétés contemporaines. Aujourd'hui, la liberté individuelle est considérée comme un droit fondamental et universel, et elle est protégée par des lois nationales et internationales, telles que la Déclaration universelle des droits de l'homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

    En résumé, la liberté individuelle joue un rôle essentiel dans les sociétés démocratiques, offrant aux individus la possibilité de façonner leur propre destin, de contribuer à la société et de jouir de leurs droits et de leurs libertés fondamentales. La promotion de la liberté individuelle est un défi permanent qui nécessite une vigilance constante pour préserver et renforcer ce droit essentiel dans nos sociétés.

    Les constituants de la liberté individuelle

    A. Autonomie et libre arbitre

    1. La capacité de prendre des décisions indépendantes : la liberté individuelle repose sur la capacité des individus à exercer leur libre arbitre et à prendre des décisions autonomes. Cela implique d'être affranchi des contraintes et des influences extérieures qui limitent notre capacité à agir selon notre propre jugement et nos propres valeurs.

    2. La responsabilité individuelle : la liberté individuelle implique également la responsabilité personnelle. Les individus sont responsables de leurs propres choix et de leurs actions, et doivent en assumer les conséquences. La responsabilité individuelle contribue à la préservation de la liberté en évitant la domination et en favorisant l'autonomie.

    B. Droits individuels et protection de la liberté

    1. Les droits de l'Homme et les libertés civiles : les droits individuels sont des droits inhérents à chaque personne, indépendamment de facteurs tels que la race, la religion ou le sexe. Ils incluent des droits fondamentaux tels que la liberté d'expression, la liberté de religion, le droit à la vie privée et le droit à la propriété. Ces droits sont essentiels pour préserver la liberté individuelle et sont souvent protégés par les constitutions et les lois nationales.

    2. L'État de droit et la garantie des libertés individuelles : l'État de droit est un principe fondamental qui implique que tous les individus, y compris le gouvernement, sont soumis à la loi. Un État de droit efficace garantit la protection des libertés individuelles en établissant des mécanismes juridiques et judiciaires pour faire respecter ces droits et pour limiter les abus de pouvoir. La présence d'un système juridique indépendant et impartial contribue à maintenir l'équilibre entre les droits individuels et les intérêts collectifs.

    Les fondements de la liberté individuelle reposent sur des principes tels que l'autonomie, la responsabilité individuelle, les droits de l'homme et l'État de droit. Ces éléments sont essentiels pour garantir la protection des libertés individuelles et pour permettre aux individus de vivre une vie libre et épanouissante. La reconnaissance de ces fondements est cruciale pour la préservation et la promotion de la liberté individuelle dans les sociétés contemporaines.

    Philosophies et théories de la liberté individuelle

    A. Liberté naturelle et droits fondamentaux

    1. John Locke et la théorie du contrat social : John Locke, philosophe du XVIIe siècle, a développé la théorie du contrat social pour expliquer l'origine de la liberté individuelle. Selon Locke, chaque individu naît avec des droits naturels inaliénables tels que la vie, la liberté et la propriété. Les gouvernements sont créés par un contrat volontaire entre les individus pour protéger ces droits, et doivent être limités dans leurs pouvoirs.

    2. Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen : La Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789, adoptée pendant la Révolution française, a énoncé les principes fondamentaux de la liberté individuelle. Elle reconnaît que tous les individus naissent libres et égaux en droits, et garantit des droits tels que la liberté d'expression, la liberté de religion et le droit à la propriété.

    B. Liberté positive et liberté négative

    1. Isaiah Berlin et la distinction entre les deux concepts de liberté : le philosophe Isaiah Berlin a proposé une distinction entre la liberté positive et la liberté négative. La liberté positive se réfère à la capacité d'un individu à réaliser son potentiel et à atteindre ses objectifs, tandis que la liberté négative se réfère à l'absence de contraintes ou d'interférences extérieures. Selon Berlin, les deux formes de liberté sont importantes et doivent être équilibrées.

    2. Les débats sur la nature de la liberté individuelle : la question de savoir quelle forme de liberté est la plus importante a fait l'objet de débats philosophiques et politiques. Certains soutiennent que la liberté individuelle doit être comprise comme la liberté négative, c'est-à-dire la non-ingérence de l'État dans la vie des individus. D'autres soutiennent que la liberté positive est essentielle pour permettre aux individus de réaliser leur plein potentiel et de vivre une vie épanouissante.

    Les débats sur la nature de la liberté individuelle continuent de susciter réflexions et controverses dans les domaines de la philosophie politique et de la théorie sociale. La compréhension de ces différentes perspectives contribue à enrichir notre compréhension de la liberté individuelle et de son rôle dans les sociétés contemporaines.

    Limites et défis de la liberté individuelle

    Les limites de la liberté individuelle

    A. Les conflits entre libertés individuelles

    1. Les dilemmes éthiques et les droits concurrents : dans certaines situations, les droits et libertés individuelles peuvent entrer en conflit les uns avec les autres. Par exemple, le droit à la liberté d'expression peut être en opposition avec le droit à la vie privée ou le droit à la sécurité. Dans de tels cas, il est nécessaire de trouver un équilibre entre ces droits concurrents afin de préserver la cohésion sociale et le bien-être commun.

    2. La nécessité de trouver un équilibre entre les droits individuels : la liberté individuelle ne peut être absolue et illimitée. Dans une société démocratique, il est souvent nécessaire de limiter certains droits individuels afin de garantir la protection et le respect des droits d'autrui. Par exemple, la liberté d'expression peut être restreinte pour prévenir les discours de haine ou la diffamation. Trouver un juste équilibre entre les droits individuels est un défi complexe, nécessitant des délibérations et des décisions basées sur des principes éthiques et juridiques.

    B. Les limites imposées par l'intérêt public

    1. Les restrictions pour garantir la sécurité et le bien-être de la société : la liberté individuelle peut être restreinte lorsque cela est jugé nécessaire pour protéger la sécurité et le bien-être de la société dans son ensemble. Par exemple, des lois sont en place pour prévenir les comportements criminels, protéger la santé publique ou réglementer certaines industries. Ces restrictions visent à maintenir un équilibre entre la liberté individuelle et la nécessité de préserver l'ordre social et la stabilité.

    2. Les débats sur la légitimité de ces limites : les limites imposées à la liberté individuelle soulèvent souvent des débats sur leur légitimité et leur justification. Il existe des différences d'opinions sur la manière dont les restrictions devraient être établies et appliquées. Les questions de proportionnalité, d'équité et de transparence sont essentielles dans l'évaluation des limites imposées à la liberté individuelle.

    Il est important de reconnaître que la liberté individuelle n'est pas absolue, et qu'elle comporte des limites nécessaires pour préserver l'harmonie sociale et les intérêts communs. Les conflits entre libertés individuelles et les restrictions imposées dans l'intérêt public soulèvent des questions complexes qui nécessitent un dialogue continu et une réflexion éthique pour trouver un équilibre équitable entre les droits individuels et les besoins collectifs de la société.

    Les implications de la liberté individuelle dans différents domaines

    A. La liberté d'expression et la liberté de pensée

    1. Le pluralisme des idées et la liberté de débat : la liberté d'expression et la liberté de pensée sont des composantes essentielles de la liberté individuelle. Elles permettent la diversité des opinions, la créativité intellectuelle et le progrès de la société. La possibilité de s'exprimer librement et d'échanger des idées favorise le débat démocratique, encourage la recherche de la vérité et renforce la participation citoyenne.

    2. Les défis liés à la censure et à la désinformation : malgré l'importance de la liberté d'expression, il existe des défis tels que la censure, la désinformation et la diffusion de discours haineux. La protection de la liberté individuelle nécessite un équilibre délicat entre la préservation du droit à la liberté d'expression et la lutte contre les discours incitant à la violence ou à la discrimination. Les sociétés démocratiques sont confrontées au défi de trouver des solutions pour préserver la liberté d'expression tout en évitant les abus et les conséquences néfastes.

    B. La liberté économique et le libre marché

    1. L'entrepreneuriat et la libre concurrence : la liberté individuelle s'étend également au domaine économique. La liberté économique implique la possibilité pour les individus de créer leur propre entreprise, de prendre des décisions commerciales autonomes et de participer à un marché concurrentiel. L'entrepreneuriat favorise l'innovation, la croissance économique et offre aux individus des opportunités de réaliser leur plein potentiel.

    2. Les inégalités et les externalités négatives : les inégalités économiques et les externalités négatives sont des conséquences naturelles de la liberté économique. Lorsque les individus sont libres de poursuivre leurs intérêts économiques, il peut y avoir des différences de richesse entre eux. De plus, certaines activités économiques peuvent avoir des effets indésirables sur l'environnement ou les travailleurs. Cependant, la solution ne réside pas dans une régulation excessive qui entrave l'initiative entrepreneuriale et la croissance économique. Au contraire, une approche libérale préconise la mise en place de mécanismes de régulation limités et ciblés pour remédier aux externalités négatives, tout en préservant la liberté d'entreprise et le dynamisme du marché. De plus, la promotion de la liberté économique offre des opportunités pour tous les individus d'améliorer leur condition et de prospérer, encourageant ainsi un environnement favorable à l'innovation et à la création de richesse.

    La liberté individuelle a des implications profondes dans divers domaines de la vie sociale, politique et économique. Elle permet la diversité des idées, encourage l'innovation, favorise la participation citoyenne et offre des opportunités d'épanouissement personnel. Cependant, elle nécessite également des efforts personnels et collectifs pour faire face aux défis tels que la censure, la désinformation, les inégalités économiques et les externalités négatives. La promotion et la protection de la liberté individuelle restent des enjeux cruciaux pour les sociétés démocratiques, nécessitant un effort constant afin de promouvoir les droits individuels, facteurs de succès pour la réussite des intérêts collectifs.

    La protection et la promotion de la liberté individuelle

    A. Les institutions et les mécanismes de protection des libertés individuelles

    La sauvegarde de la liberté individuelle repose sur des institutions et des mécanismes spécifiques qui garantissent le respect des droits fondamentaux de chaque individu. Les constitutions, par exemple, établissent les droits constitutionnels qui servent de socle pour la protection des libertés individuelles. Ces droits garantissent des domaines clés tels que la liberté d'expression, la liberté de religion, la liberté de réunion et la liberté de la presse.

    En plus des constitutions, il existe des organismes de surveillance et des organisations de défense des droits qui jouent un rôle crucial dans la protection des libertés individuelles. Ces entités veillent à ce que les gouvernements et les institutions respectent les droits des individus et enquêtent sur les éventuelles violations de ces droits. Ils jouent un rôle essentiel dans la promotion d'une société libre et juste.

    B. Les défis contemporains pour la liberté individuelle

    Dans un monde en constante évolution, de nouveaux défis émergent pour la liberté individuelle. Les progrès technologiques, par exemple, soulèvent des questions importantes concernant la vie privée. Les technologies de surveillance, la collecte de données personnelles et l'utilisation de l'intelligence artificielle peuvent potentiellement porter atteinte à la liberté individuelle. Il est donc essentiel de trouver une source de liberté afin de garder les avantages offerts par ces avancées technologiques et de préserver la sphère privée des individus.

    De plus, les avancées scientifiques et technologiques posent des défis éthiques importants. Chaque individu a le droit de prendre ses propres décisions concernant l'utilisation de ces technologies. Les dilemmes éthiques qui surgissent, tels que la modification génétique, l'intelligence artificielle avancée et l'automatisation croissante, doivent être abordés en tenant compte de la primauté de la liberté individuelle.

    Plutôt que de mettre en place des cadres réglementaires restrictifs, les individus doivent être libres de choisir comment ils utilisent ces avancées technologiques, tant qu'ils respectent les droits et les libertés des autres. La responsabilité individuelle et la conscience éclairée guideront les décisions prises dans ce domaine. Les mécanismes du marché, tels que la concurrence et la responsabilité des consommateurs, peuvent jouer un rôle dans la régulation et l'orientation des pratiques technologiques.

    La liberté individuelle et la responsabilité personnelle doivent être les principes directeurs dans la gestion des défis éthiques liés aux avancées scientifiques et technologiques. En permettant aux individus de prendre des décisions informées et autonomes, nous favorisons l'innovation, la diversité des choix et le progrès, tout en préservant les droits et les libertés fondamentales de chaque personne.

    Informations complémentaires

    Bibliographie

    • 1956, Walter Gellhorn, "Individual Freedom and Governmental Restraints", Baton Rouge: Louisiana State Uriiv. Press

    https://www.wikiberal.org/wiki/Libert%C3%A9_individuelle

    B) - Qu’est-ce que le capitalisme ? 

    Qu’est-ce que le capitalisme exactement, et qu’est-ce qu’il n’est pas ?  

    Ce chapitre propose une définition claire du capitalisme comme un système fondé sur la propriété privée, l’échange volontaire et le mécanisme des prix.

    L’IMPÔT SUR LE REVENU ÉTAIT TEMPORAIRE. C’ÉTAIT EN 1914. 

    B-1) - Capitalisme

    Le capitalisme est un système économique fondé sur la primauté du droit de propriété individuelle, en particulier de la propriété privée des moyens de production, et la libre concurrence. Le capitalisme est un régime économique et social dans lequel les capitaux, sources de revenus, appartiennent à un entrepreneur ou à un actionnaire (et n'appartiennent pas nécessairement à celles et ceux qui les mettent en valeur par leur travail, les salariés).

    Est considéré comme capital tout bien qui n'a pas été consommé immédiatement par son détenteur, mais réservé à un usage futur, directement (simple stockage) ou indirectement (conversion en un bien de production, capable par combinaison avec plus ou moins de travail de générer des biens nouveaux).

    Le mot capitalisme (qui date du XVIIIe siècle) est popularisé par Karl Marx au milieu du XIXe siècle et utilisé par lui avec une connotation péjorative. C'est plus d'un siècle plus tard seulement que le mot sera revendiqué positivement, notamment par Ayn Rand. Les définitions du capitalisme varient donc et, selon les cas (social-démocratie, démocratie libérale...) le capitalisme est plus ou moins dépendant du système politique et législatif en place, voire pas du tout dans le modèle anarcho-capitaliste. Au capitalisme libéral originel, on peut donc opposer de nombreux dévoiements. 

    Histoire du capitalisme

    Il serait erroné de présenter l'histoire du capitalisme comme une « invention » récente, qui serait de plus typiquement occidentale, née de la « révolution industrielle » du XIXe siècle, comme certains le prétendent après Marx et Karl Polanyi, confondant capitalisme et industrialisme. On en retrouve des prémices auparavant, même si la généralisation du système capitaliste s'est faite dans les sociétés occidentales modernes.

    On cite l'économie de l'Empire mésopotamien (3360-312 avant J.-C.) comme un exemple de capitalisme précoce[1] : la Mésopotamie, partie du monde pré-libérale et décentralisée (par opposition à l'Empire égyptien, statique et centré sur la figure du Pharaon), favorisait la petite propriété agricole, le commerce, l'artisanat, l'import-export (Afrique, Perse) et la banque de prêt. Durant l'Antiquité gréco-romaine, les échanges commerciaux sont restés très importants. Les premiers capitalistes furent les propriétaires terriens, et le capital foncier circulait, s'échangeait, s'accumulait. L'activité bancaire elle-même est importante avec une technique bancaire romaine très développée : dépôts (rémunérés ou non), virements, chèques, prêts, etc.[2]. Le droit de propriété est respecté et l'impôt n'est conçu que comme une contrepartie de services rendus (usage d'un lieu public, port, marché, route…) ou comme une contribution exceptionnelle (dépenses militaires), l'impôt foncier n'existant pas sous l'Empire romain et l'impôt direct ne concernant que les provinces conquises.

    Les cités italiennes de la Renaissance comme Florence voient apparaître aussi de nombreux prémices du capitalisme avec de grandes innovations bancaires, et de fait une prospérité jamais vue.

    Max Weber verra aussi dans le développement du protestantisme à partir du XVIe siècle le socle religieux indispensable au développement du capitalisme (voir l'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme).

    C'est avec la révolution industrielle à partir de la fin du XVIIIe siècle et surtout au XVIIIe siècle que le capitalisme se développe et prend son importance jamais démentie depuis.

    Mécanisme

    Le capitalisme est basé sur le principe d'accumulation continue du capital, sachant que celui-ci se déprécie au cours du temps. L'investissement permet l'augmentation et le renouvellement du capital. L'entreprise est le lieu central de cette accumulation.

    Pour démarrer une entreprise, un investisseur (le capitaliste) fournit un capital initial sous forme d'argent, d'apports physiques, matériel ou immatériel. Cela va servir dans un premier temps à acheter ou louer les moyens de production (machines, locaux, terrains, bureaux) ou rétribuer des employés. La production de l'entreprise est propriété du capitaliste, de même que le résultat des ventes réalisées par l'entreprise. Le chiffre d'affaires doit servir à couvrir les coûts de production et à procurer un profit au capitaliste et à ses associés (dividendes). Des parts de l'entreprise (actions) peuvent être vendues sur le marché, les nouveaux propriétaires deviennent actionnaires de l'entreprise et peuvent participer aux décisions ou recevoir leur part des dividendes.

    Sont souvent considérées aussi comme « capitaux » des ressources immatérielles, notamment éducation, réseau social, propriété intellectuelle, etc. On parle parfois alors de capitalisme cognitif.

    Les dévoiements du capitalisme

    Capitalisme d'État

    On appelle capitalisme d'État un régime où la propriété n'est pas individuelle, mais collective : la richesse étant concentrée entre les mains de responsables politiques censés ne pas s'en servir pour eux, mais pour le compte de tous. En réalité, il s'agit pour les hommes politiques de s'assurer une emprise sur la société civile à leur propre bénéfice :

    Comment se fait-il que des sociétés aussi différentes que les cités grecques de l'âge du bronze (Knossos, Mycène ou Pylos), l'Empire inca, la Russie soviétique, la Corée du Sud et maintenant la Chine aient toutes abouti au capitalisme d’État ? La réponse implique de reconnaître que le capitalisme d’État ne consiste pas à allouer efficacement les ressources économiques, mais à maximiser le contrôle politique sur la société et sur l'économie. Si les dirigeants de l’État peuvent s’emparer de toutes les ressources productives et en contrôler l'accès, cela maximise leur emprise, même s'il faut sacrifier l'efficacité économique.[3]

    Les deux capitalismes (d'État et privé) sont parfaitement compatibles, conduisant à un régime mixte (exemple : France).

    Dans un capitalisme d'État appliqué de façon intégrale (contrôle étatique de tous les moyens de production, comme ce fut le cas en URSS), les travailleurs louent leur force de travail à une bourgeoisie politique, qui contrôle les moyens de production. Le résultat, malgré une propagande productiviste (stakhanovisme), est un appauvrissement général (ils font semblant de nous payer, nous faisons semblant de travailler).

    Capitalisme de connivence

    Nuvola apps colors.png Article principal : capitalisme de connivence.

    Dans le capitalisme de connivence (crony capitalism, corporatism) l'État soutient certaines entreprises, par corruption ou à des fins politiques.

    Trois positions sur le capitalisme

    Utilitarisme

    Les utilitaristes de gauche et de droite, qui jugent le système à ses résultats sociaux, auront deux points de vue plus ou moins compatibles :

    • pour les uns, le capitalisme produit des rapports entre riches et pauvres toujours plus déséquilibrés en termes de pouvoir et d'inégalités économiques, et une sclérose sociale. Il appartient alors au pouvoir politique de rétablir l'équilibre ;
    • pour les autres (et parfois les mêmes), il résulte du capitalisme une coopération générale qui inclut les générations passées et futures, et un accroissement de production général qui bénéficie à tous. Une interférence du pouvoir politique ne peut que perturber le système économique et provoquer des pertes.
    • selon leur sensibilité à l'un ou l'autre aspect, les utilitaristes préconiseront un arbitrage politique variable.

    Libéralisme

    Pour les libéraux, le système ne doit pas être jugé (seulement) en termes d'utilitarisme, mais surtout d'un point de vue moral : il appartient à chacun de déterminer ce qu'il fait de son capital de départ, l'important est d'assurer un bon départ. Les libéraux ne nient pas les rapports de forces économiques, mais ils nient que l'on puisse les équilibrer ou les résoudre : on peut seulement les déplacer avec une perte due à la prise en compte de critères moins pertinents du point de vue de l'allocation optimum des ressources, et sans garantir plus de justice sociale. Toute notion d'arbitrage est alors considérée comme un leurre.

    Pour les libertariens, le capitalisme est un système économique qui est libéral dans la mesure où il respecte les droits individuels (droit naturel pour les jusnaturalistes). Comme le résume Xavier Prégentil, « en quoi la liberté d’entreprendre peut-elle gêner, en quoi la création de richesses et le service des besoins exprimés lèsent-ils qui que ce soit ? » .

    Marxisme

    L'analyse marxiste, développée par Marx à travers plusieurs ouvrages dont le plus connu, Le Capital, est que dans une société capitaliste, les prolétaires sont obligés de vendre leur force de travail pour subvenir à leurs besoins contre un salaire. Cette dépendance les placerait dans une situation d'exploitation (domination) par les capitalistes, propriétaires du capital, nécessaire à la valorisation de la force de travail des prolétaires. La force de travail seule ne produit pas de valeur, elle nécessite l'usage de capital, détenu par les capitalistes.

    Pour les erreurs de cette analyse, voir les articles exploitation, plus-value, baisse tendancielle du taux de profit, salaire, marxisme, capitalisme libéral, etc.

    Erreurs courantes

    Le libéralisme et le capitalisme, c'est la même chose

    Parmi les idées reçues les plus tenaces, on trouve celle qui consiste à assimiler le libéralisme au capitalisme. Pourtant, s'il est vrai que le capitalisme ne prospère jamais mieux que dans une société de liberté, la France montre l’exemple d’un capitalisme d'État dans une société dans laquelle de nombreux pans de l'activité humaine sont collectivisés ; l'État prend en charge des secteurs entiers de la vie économique et sociale (santé, éducation, transports, production électrique, une partie des services financiers, etc.).

    Le capitalisme (au sens large : mode de production fondé sur le capital et le travail) est en réalité « politiquement neutre », c'est un système économique qui peut être mis en œuvre dans différents types de sociétés. Le capitalisme d’État n'a rien de libéral, l'arbitraire du Prince en matière économique n'étant pas du libéralisme. Il faut aussi noter que le patronat dans une société social-démocrate n'est pas spécialement libéral car il est mercantiliste : il ne recherche que son intérêt, et ne se prive pas d'utiliser la contrainte étatique et ses accointances avec la haute fonction publique pour sauvegarder ses privilèges ou ses monopoles à l'encontre de ses concurrents.

    Soulignons également que le libéralisme va bien au-delà du simple domaine économique, son domaine étant en réalité celui du droit, et non de l'économie. Comme le rappelle Milton Friedman :

    «  Le capitalisme n'est pas une condition suffisante pour la liberté, c'est une condition nécessaire pour la liberté. Je n'ai jamais dit que là où il y a capitalisme, il y a liberté. C'est le contraire : partout où vous avez la liberté, vous avez le capitalisme[4]. »

    L'amalgame libéralisme / capitalisme représente l'argument incontournable dont se servent ceux qui veulent présenter le libéralisme comme une idéologie destinée à favoriser les « riches » et à paupériser le reste de la population. Mais remplaçons le mot « riches » par le mot « privilégiés » et le libéralisme devient le procureur et non l'accusé. Car ce sont les privilèges de toutes sortes qui empêchent les êtres humains d'exprimer tout leur potentiel et d'accomplir leur vie. Et le premier des privilèges est celui de l'État, qui réduit le champ de la liberté, supprime la compétition et la diversité et instaure des privilèges, des monopoles, des interdictions, des règlementations dans le but de gêner certains individus pour en favoriser d'autres, amis du pouvoir ou faisant partie de la « clientèle » politique ou électorale. Le résultat est sans appel : chômage, violence, assistanat, pauvreté, corruption. Si certains sont privilégiés par l'État et les politiciens, il faut bien qu'il y en ait d'autres qui payent pour ces privilèges.

    Quant à l'affirmation selon laquelle un riche est un « privilégié », comme le précise Jean-François Revel : « un privilégié est quelqu'un qui bénéficie d'un avantage payé par quelqu'un d'autre ». Tout dépend donc de l'origine de cette richesse : légitime (travail, héritage, épargne…) ou illégitime (vol, détournement, privilège d'origine étatique ou politique, subvention publique, etc.).

    Ayn Rand adopte une définition du capitalisme qui lui est propre, et qui ne se distingue pas de la définition du libéralisme, puisque selon elle le capitalisme est « un système social fondé sur la reconnaissance des droits individuels, droits de propriété inclus, dans lequel toute propriété est privée ». Une telle définition ne pouvant s'appliquer au capitalisme d'État, il conviendrait de parler plutôt de capitalisme libéral, dont la limite extrême serait l'anarcho-capitalisme.

    L'étatisme et le capitalisme, c'est la même chose

    Nuvola apps colors.png Article principal : étatisme.

    C'est ce que soutiennent par exemple les anarchistes collectivistes. Or, le capitalisme repose sur l'échange libre, alors que l'étatisme repose sur la coercition. Il est clair que certains capitalistes peuvent s'appuyer sur l'État pour obtenir des privilèges ou des faveurs (et le capitalisme de connivence à la française en est un excellent exemple), mais ceci n'est pas à mettre au débit du capitalisme, de la même façon que le fait qu'il existe des commerçants malhonnêtes n'est pas un argument valable contre le commerce. De même que l'étatisme peut se passer du capitalisme, le capitalisme existerait même dans une société sans État.

    Le capitalisme est mauvais parce qu'il est imparfait

    C'est une remarque typique des gens de gauche, qui préfèrent une utopie totalitaire à l'imperfection des marchés. Ils utilisent le sophisme du deux poids, deux mesures pour comparer une réalité imparfaite avec le monde parfait de leurs rêves. Les libéraux n'ont jamais prétendu que le marché, la concurrence, conduisaient à un monde parfait, ils soutiennent seulement que c'est le moins imparfait des mondes :

    C'est à tort qu'on compare le capitalisme existant à une situation purement idéale où n'existerait jamais d'erreur de gestion, jamais de dissimulation comptable, jamais de faillite, jamais de licenciements, jamais de baisse de valeur des actifs. Car l'erreur est humaine, elle est nécessairement présente dans toute organisation sociale, et elle est bien souvent un élément essentiel de tout processus d'apprentissage. Ne poursuivons donc pas la chimère d'un monde idéal sans problème, mais demandons-nous plutôt quel est le système qui donne le plus de chances à tous de poursuivre efficacement leurs propres objectifs. La réponse est simple : c'est le capitalisme, car il repose ­plus que tout autre ­sur la discipline de la responsabilité individuelle, parce que l'erreur y est sanctionnée et parce qu'il incite à la création de connaissances (éventuellement à partir des leçons tirées des erreurs). (Pascal Salin)
    Je suis constamment éberlué de voir qu'on demande aux défenseurs du libre marché de fournir perfection et sécurité alors qu'en ce qui concerne le gouvernement on se contente de ses promesses et de l'expression de ses bonnes intentions. (Lawrence Reed)
    Contrairement à un mythe encore populaire dans les cercles de gauche, le capitalisme n'a pas entraîné la misère, mais il a littéralement sauvé des millions de personnes de la mort par famine et les a progressivement extraits de leur état de pauvreté abjecte. (Hans-Hermann Hoppe)

    Une autre variante de cet argument consiste à condamner la richesse soit parce qu'elle se ferait au détriment des pauvres, soit qu'elle ne profiterait pas à l'ensemble de la société. Sur ce dernier point, on prétend réfuter une théorie du ruissellement en réalité fictive (jamais soutenue par aucun économiste libéral) selon laquelle le libéralisme et l'existence d'inégalités de fortune permettrait de supprimer la pauvreté, par ruissellement automatique des riches vers les pauvres. On transforme en argument contre le capitalisme un fait évident : que la richesse des uns ne permet pas forcément à tous les autres de sortir de la pauvreté. Il est d'ailleurs paradoxal que les étatistes s'inscrivent en faux contre la prétendue théorie du ruissellement tout en pratiquant exactement cette théorie par la redistribution étatique (selon eux, plus il y a d'activité, plus celle-ci peut faire l'objet de prélèvements contraints, et donc plus il y a de redistribution possible).

    Citations

    Voir Citations sur le capitalisme pour une liste de citations drôles, réalistes ou acerbes sur le capitalisme.

    Notes et références

  • Capital.fr

  • Philippe Simonnot, Vingt et un siècles d'économie, Folio, chap. 2

  • Is State Capitalism Winning?, Daron Acemoglu, James A. Robinson

  • Bibliographie

    • 1926, H. E. Sée, "Les origines du capitalisme moderne", Paris
      • Traduit en anglais en 1928 par H. B. Vanderblue, G. F. Donot, "Modern Capitalism", London
    • 1930, Werner Sombart, "Capitalism", In: Edwin R. A. Seligman, dir., "Encyclopaedia of The Social Sciences", Vol III, New York: MacMillan
      • Nouvelle édition en 1937, "Capitalism", In: Edwin R. A. Seligman, dir., "Encyclopaedia of The Social Sciences", Vol III, New York: MacMillan, pp195-208
    • 1947, R. H. Tawney, "Religion and the Rise of Capitalism", New York, Penguin
    • 1979,
      • G. Deleplace, "Théorie du capitalisme : une introduction", Grenoble, PUG Maspero
      • Paul Johnson, "Has Capitalism a Future?", The Freeman, January, Vol 29, n°1, pp47-59 (L'historien britannique, Paul Johnson, vérifie le bilan de 5 000 ans de l'humanité et nos perspectives de survie en ces temps menaçants.)
    • 1987, Alan MacFarlane, "The Culture of Capitalism", Basil Blackwell, Oxford
    • 2001, Ernest van den Haag, "The hostility of intellectuals to capitalism", The Intercollegiate Review, Vol 36, n°1-2, Fall
    • 2004, Syed B. Hussain, "Encyclopedia of Capitalism", (Facts on File Library of World History), Facts on File (3 Vols.)
    • 2013, J. Mackey, R. Sisodia, "Conscious capitalism: liberating the heroic spirit of business", Boston, MA: Harvard Business School Publishing Corporation
    • 2019, Silvia Ručinská, Ronny Müller, Jannik A. Nauerth, "Capitalism", In: Alain Marciano, Giovanni Battista Ramello, dir., "Encyclopedia of Law and Economics", New York: Springer, pp172-176

    Articles connexes

    Liens externes

    B0.jpg Discussions sur le forum
    La Révolution Capitaliste, Cinquante Propositions, Peter L. Berger (for)
    L'avenir Du Capitalisme (for)





     

     

     https://www.wikiberal.org/wiki/Capitalisme

     

    DOSSIER CAPITALISME: « Le capitalisme autoritaire, capitalisme bulldozer » qui ne défend plus l’idéal libéral

     

    B-2) - Propriété

    La propriété, dans le sens général, est l'ensemble des droits exclusifs d'une personne sur une ou plusieurs choses (propriété individuelle) ou partagés avec d'autres (propriété commune, copropriété). Un individu a un droit de propriété sur une ou plusieurs choses. Lorsqu'un individu a le droit de jouir d'une chose de manière exclusive, de l'utiliser, de la céder, ou de la détruire, cet individu possède le droit de propriété sur cette chose. Selon le droit romain, le droit de propriété se sépare traditionnellement en trois droits :

    • fructus : le droit de recueillir les fruits,
    • usus : le droit d'utiliser,
    • abusus : le droit de disposer c'est-à-dire de modifier, de céder à un autre ou de détruire en tout ou partie.

    La propriété, de même que la liberté dont elle constitue une condition indispensable, est inséparable de la responsabilité. Le propriétaire est responsable de ses propriétés, notamment en cas de dommage sur autrui. Il peut également supporter différentes servitudes légales ou conventionnelles, souvent anodines (comme l'obligation de laisser passer les ondes radios), mais parfois plus contraignantes (droit de passage).

    La propriété matérielle est la plus intuitive : elle traduit le fait qu'une chose ne peut généralement servir qu'à une personne à la fois.

    En droit français, la propriété est divisée en biens meubles et biens immeubles. En droit anglo-saxon (common law), il y a une distinction à peu près semblable entre biens personnels (personal property) et biens immeubles (real property). 

    La propriété intellectuelle

    Nuvola apps colors.png Article principal : Propriété intellectuelle.

    La « propriété intellectuelle » est une invention moderne, contestée par les libéraux dans beaucoup de ses aspects, qui consiste en un artifice juridique d'appropriation d'une chose immatérielle ; elle permet aux personnes propriétaires d'une licence d'exploitation, d'un brevet, d'un logo ou d'une marque de protéger le produit de leur travail intellectuel, notamment en imposant des droits d'utilisation aux utilisateurs potentiels de leur "propriété".

    La propriété naturelle

    Jusqu'au XVIIe siècle, l'opinion commune à la plupart des auteurs prélibéraux est que le droit de propriété permet l'allocation la plus juste des ressources. Rares sont ceux qui la présentent comme un droit inhérent à la nature humaine, mais la plupart - tels les membres de l'école de Salamanque à la suite de Thomas d'Aquin - estiment que, tout en ne prescrivant pas d'injonction positive à ce sujet, le Droit naturel autorise la propriété. John Locke formalisera le premier la notion de propriété présentée comme un droit naturel :

    « Tout homme possède une propriété sur sa propre personne. À cela personne n'a aucun Droit que lui-même. Le travail de son corps et l'ouvrage de ses mains, nous pouvons dire qu'ils lui appartiennent en propre. Tout ce qu'il tire de l'état où la nature l'avait mis, il y a mêlé son travail et ajouté quelque chose qui lui est propre, ce qui en fait par là même sa propriété. Comme elle a été tirée de la situation commune où la nature l'avait placé, elle a du fait de ce travail quelque chose qui exclut le Droit des autres hommes. En effet, ce travail étant la propriété indiscutable de celui qui l'a exécuté, nul autre que lui ne peut avoir de Droit sur ce qui lui est associé. »
        — John Locke, Deuxième traité du gouvernement civil

    Le droit de propriété découle de la nécessité pour chacun de survivre et donc de « prendre » (s'approprier) ce qui existe dans la nature pour garantir cette survie. Ensuite c'est le travail qui permet d'évoluer d'une situation de relative pénurie à une situation d'excédent pouvant profiter à d'autres personnes (d'où le commerce), et du même coup légitimer le fait qu'une personne possède tel ou tel bien.

    La propriété naturelle ne se limite pas aux seuls biens corporels. Pour les libéraux, la propriété est un phénomène social et non simplement "physique", d'où découlent des comportements. Un droit de propriété permet d'établir quels comportements sont légitimes ou ne le sont pas. Cela peut concerner des biens corporels ou des services. Ce droit de propriété naturelle s'exprime ensuite d'un point de vue juridique (qui peut alors notablement différer du point de vue du droit naturel). Comme l'exprime Hernando de Soto :

    « La propriété [juridique] n'est pas un objet matériel qu'on pourrait photographier ou représenter sur une carte. Ce n'est pas une qualité primaire des biens, mais l'expression juridique d'un consensus économiquement significatif à propos des biens. Le droit est l'instrument qui fixe et matérialise le capital (...). La propriété n'est pas formée des biens eux-mêmes, mais d'un consensus entre citoyens sur la manière de les détenir, de les utiliser et de les échanger. »
        — Hernando de Soto, Le Mystère du Capital

    Cependant, la propriété naturelle, pour les libéraux, ne peut sous peine d'arbitraire être subordonnée ni se résumer à la propriété juridique, qui ne voit la propriété que comme le droit qu'à chaque citoyen de jouir et de disposer de la portion de biens qui lui est garantie par la loi, car la loi peut aussi être un instrument de spoliation

    Proudhon, les anarcho-individualistes et certains collectivistes ont défini une possession distincte de la propriété (le droit) et de la possession au sens légal (le fait). Il s'agit de la propriété privée de tout ce qui n'est pas moyen de production (par exemple, des objets personnels). Pour les libéraux et les libertariens, cette distinction est factice, elle n'est destinée qu'à évacuer la notion d'entreprise, vue comme un lieu d'oppression.

    La propriété comme convention sociale

    Pour Rousseau, la propriété n'est qu'une convention sociale car « l’État est maître de tous les biens » de ses membres en vertu du contrat social, et « le droit de chaque particulier à son propre fonds est subordonné au droit que la communauté a sur tout ».

    De même Benjamin Constant affirme que « la propriété n'est point antérieure à la société, car sans l'association qui lui donne une garantie, elle ne serait que le droit du premier occupant, en d'autres mots, le droit de la force » :

    « La propriété n'est autre chose qu'une convention sociale ; mais de ce que nous la reconnaissons pour telle, il ne s'ensuit pas que nous l'envisagions comme moins sacrée, moins inviolable, moins nécessaire, que les écrivains qui adoptent un autre système.
    La propriété, en sa qualité de convention sociale, est de la compétence et sous la juridiction de la société. » (Principes de politique, Chapitre XV : De l’inviolabilité des propriétés)

    Cependant pour lui une société avancée ne peut exister sans propriété privée, condition indispensable à la division du travail. Son apologie de la propriété est en fait utilitariste et non jusnaturaliste. Il montre tous les inconvénients des attaques portées à la propriété, notamment le fait qu'une atteinte à la propriété conduit à une atteinte à la liberté.

    Les libertariens font remarquer que les seules justifications à la propriété définie comme convention sociale reposent en dernier lieu sur la loi du plus fort : la propriété n'est une telle convention que parce que la société (en réalité le plus fort du moment, que ce soit un état, un dictateur ou même un criminel quelconque) pourrait la confisquer arbitrairement. Pour eux, il n'y a aucun fondement à spolier autrui d'une propriété honnêtement acquise (c'est-à-dire acquise sans agression à l'égard d'autrui) ; un tel arbitraire mène à une violence institutionnalisée et finalement à la destruction de la vie en société. »

    Ayn Rand persifle le concept de propriété comme convention sociale par la bouche de l'un de ses personnages :

    « Le droit de propriété est parfaitement irrationnel. On ne possède quelque chose que tant qu'on ne vous le prend pas. Or le peuple peut vous le prendre à tout moment. Et s'il le peut, pourquoi s'en priverait-il ? » (La Grève, p. 145)

    Propriété de soi-même

    Nuvola apps colors.png Article principal : propriété de soi-même.

    L'État est l'ennemi de la propriété

    L'État, loin d'en être le garant, est le premier ennemi de la propriété, soit qu'il la confisque à son profit, soit qu'il la détruise :

    • Impôts, taxes, contributions forcées ;
    • expropriation sous prétexte d'intérêt général ;
    • dilapidation des deniers publics, corruption, concussion, prévarication, détournements ;
    • règlementations sur des lieux "publics", en réalité privés (et ouverts à un grand nombre de personnes), bafouant les droits du propriétaire
    • instauration de monopoles de droit qui font payer le prix fort au consommateur forcé ;
    • l'inflation permet à l'État, qui dispose de l'arme de la création monétaire, de ne pas rembourser ses dettes ;
    • les guerres menées par l'État sont l'occasion de destructions des biens privés, de réquisitions, de rafles sur les biens et les richesses de l'ennemi (les musées publics français en témoignent encore abondamment).

    L'idéologie étatique détruit également le concept de droit de propriété de plusieurs façons :

    • en laissant entendre que toute propriété appartient in fine à l'État (par exemple, la notion de "cadeau fiscal" pour désigner une baisse d'impôt : ne pas prendre par la force reviendrait à faire un cadeau) ;
    • en laissant entendre que tout droit de propriété n'est qu'une concession de l'État, ou de la nation, ou du peuple, qui peut être reprise à tout instant. Ayn Rand exprime ce point de vue par la bouche de l'un de ses personnages : "Le droit de propriété est parfaitement irrationnel. On ne possède quelque chose que tant qu'on ne vous le prend pas. Or le peuple peut vous le prendre à tout moment. Et s'il le peut, pourquoi s'en priverait-il ?" (La Grève, p. 145) ;
    • les interventions étatiques constantes, théorisées de multiples façons (théorie des biens publics, théorie des externalités...) sont prétextes à destruction de propriété.

    Max Stirner rappelle la propriété résulte en réalité, de façon plus ou moins visible, de la loi du plus fort :

    «  La force seule décide de la propriété ; l'État (que ce soit l'État des bourgeois, des gueux ou tout uniment des hommes) étant seul fort, est aussi seul propriétaire ; Moi, l'Unique, je n'ai rien, je ne suis qu'un métayer sur les terres de l'État, je suis un vassal, et par suite un serviteur. Sous la domination de l'État, aucune propriété n'est à Moi. (...) Dire que l'État ne retire pas arbitrairement à l'individu ce que l'individu tient de l'État revient simplement à dire que l'État ne se vole pas lui-même. Celui qui est un « Moi d'État », c'est-à-dire un bon citoyen ou un bon sujet, jouit de son fief en toute sécurité, mais il en jouit comme moi d'État et non comme Moi propre, comme individu. »

    De même, le prix Nobel d'économie Douglass North présente les Droits de propriété privée comme des droits qui sont accordés par l'État afin d'accroître ses revenus. Les gouvernements et les fonctionnaires conçoivent des droits de propriété pour soutenir leur intérêt.

    Aussi, certains économistes soutiennent que les Droits de propriété privée doivent être mis en place en raison de l'inefficacité du marché et de l'existence des coûts de transaction. Ces mêmes économistes (Harold Demsetz [1], Bruce D. Johnsen[2], Steven Cheung[3], Terry L. Anderson et Peter J. Hill[4] et John R. Umbeck[5]) promeuvent "la construction" d'institutions du marché afin de faire émerger les droits de propriété. Ils accordent donc aux différents gouvernements et fonctionnaires le droit de concevoir et d'utiliser des droits de propriété qui vont servir leurs propres intérêts.

    En fait, les droits de propriété existent en dehors de la reconnaissance par l'État. S'ils ne peuvent pas émerger, c'est parce que ce même État n'y a pas intérêt.

    « L'existence d'un droit des sociétés et d'un droit des affaires donne l'illusion que les formes institutionnelles conçues pour organiser la production dépendent d'abord et avant tout de choix législatifs. Dans l'optique évolutionniste de la théorie des droits de propriété, les codes législatifs ne sont eux-mêmes que des produits dérivés de l'évolution qui reconnaissent, officialisent et sanctionnent davantage des pratiques de fait qui existaient déjà, qu'ils ne sont des constructions rationnelles ex ante. Par exemple, il est clair que les sociétés anonymes n'ont pas attendu la publication des lois sur la société anonyme pour exister. La législation n'a fait qu'entériner des pratiques déjà plus ou moins implicitement codifiées par des coutumes commerciales. A l'origine, la loi a essentiellement joué un rôle de « contrat-type » définissant un cadre qui permet aux contractants de réduire les coûts de transaction impliqués par la rédaction de telles conventions contractuelles. »
        — Henri Lepage, Pourquoi la Propriété

    Tom Bethell, correspondant à Washington de l'American Spectator, a écrit un livre très intéressant sur les droits de Propriété et l'État de Droit. Selon un plan conséquentialiste, il cite des exemples ou les Droits de propriété ont permis la prospérité et leur absence a conduit à des catastrophes : les colonies de Jamestown et de Plymouth, la communauté de Robert Owen dans l'Indiana, les défenses des éléphants, la forêt amazonienne, la famine en Irlande, l'Union Soviétique et la Chine, les lois de réformes dans les pays du Tiers Monde, la politique d'urbanisation etc.

    Comme le signale Armen Alchian, il ne peut y avoir concurrence sans droit de propriété. Et inversement, il ne peut pas y avoir de Droit de propriété sans concurrence sur les possibilités d'enregistrement de ces droits, sur la reconnaissance de ces droits, sur la définition de ces droits, sur la composition de ces droits (package ou composite, addition ou soustraction) et sur la défense de ces droits que tout individu sur terre, propriétaire de lui-même, peut exercer. James A. Sadowsky indique qu'il est primordial pour le politique, l'économiste ou le scientifique de revenir à l'unique être en considération : l'être humain. Toute entité de groupe nous ferait perdre de vue sur quoi repose la notion de propriété. Et, Warren Nutter ajoute qu'il n'existe pas de marchés sans propriété privée.

    Les attributs de la propriété

    La propriété, issue de l'existence de l'individu, n'a pas l'apparence d'un package scellé. Il s'agit d'un ensemble de Droits qui se rattachent à l'utilisation d'une chose. Toutefois, ces Droits peuvent être

    • séparés (nue-propriété et usufruit, par exemple),
    • renforcés (la clôture de fer barbelé ou une autre technologie),
    • évolutifs (par exemple, la création de Droits en 3D comme le propose Bruce Yandle),
    • enregistrés ou non (agence monopolistique ou en concurrence),
    • exclusives (nul ne peut enfreindre vos Droits sans votre consentement préalable),
    • Tangibles ou non (ex ondes hertzienne)
    • de passage (une servitude peut être accordée à autrui, répondant au critère du proviso lockéen et du non enclavement de la propriété sur soi-même)
    • négociables (les droits sur l'usage de la chose peuvent, en partie ou en totalité, s'échanger contre d'autres Droits).

    Par ailleurs, selon Henri Lepage, le droit de propriété est le substrat majeur du droit libéral. De lui découlent un très grand nombre de droits dérivés (la liberté de produire et de commercer, mais également la liberté de parole, la liberté d'expression, la liberté de la presse, ou encore la liberté d'utiliser ses ressources pour contribuer à la constitution d'associations contractuelles aux objectifs les plus divers), pour autant seulement que ces objectifs ne sont pas en contradiction avec la protection même de ce droit de propriété qui est le fondement de la société.

    Propriété publique

    La propriété publique, par opposition à la propriété privée, désigne la propriété de l'État, d'une collectivité publique ou d'un établissement public.

    Les libertariens considèrent ce type de propriété à la fois comme un mythe et comme un abus. Comme un mythe, parce que cette propriété est justifiée par un autre mythe, celui de l'intérêt général, au nom duquel l'État interdit la privatisation (voir aussi : biens publics, capitalisme d'État). Comme un abus, parce que cette propriété publique, présentée par les étatistes comme une propriété commune, propriété de tous les citoyens, est en réalité la propriété de quelques-uns, le citoyen n'ayant aucun droit sur cette propriété, si ce n'est d'obéir aux lois qui la règlementent, instaurées pour prévenir des « abus » illustrés par la « tragédie des biens communs » : chaque propriétaire d'un bien commun est conduit à exploiter au maximum la ressource commune sans égard pour les autres (« la liberté des biens communs apporte la ruine à tous », Garret Hardin[6]).

    «  [La propriété publique sert uniquement] à dégager un prestataire de biens et de services dits publics d'une concurrence privée en lui donnant le droit de se servir dans la poche des contribuables pour pallier les inévitables aberrations d'une gestion de type administrative. La propriété publique sert à procéder à une appropriation privative des biens de la collectivité au bénéfice des hommes publics, qu'ils soient hauts fonctionnaires, politiques, managers ou apparatchiks syndicaux. »
        — Xavier Prégentil

    «  Dans la mesure où il a le contrôle d’une ressource naturelle (ou de toute autre chose), un fonctionnaire en a la quasi-propriété. Mais cette quasi-propriété prend fin avec la fin de son mandat. S’il veut en tirer un quelconque avantage, il doit faire feu de tout bois. Ainsi, les fonctionnaires tendront à se presser de tirer chaque avantage de tout ce qu’ils contrôlent, l’épuisant aussi vite que possible (ou pourvu qu’ils arrivent à s'échapper). Les propriétaires privés, parce qu’ils peuvent garder leur propriété autant qu’ils le désirent ou la vendre à tout moment au prix du marché, font d’ordinaire très attention d’en préserver valeur actuelle comme future. Clairement, la meilleure personne possible pour conserver des ressources rares est le propriétaire de ces ressources qui a un intérêt égoïste à protéger son investissement. Le pire gardien de ressources rares est un fonctionnaire - il n’a aucun intérêt à les protéger, mais il est probable qu’il ait un grand intérêt à les piller. »
        — Linda et Morris Tannehill, Market for Liberty

    Selon Henri Lepage dans Pourquoi la propriété, la propriété publique (de type socialiste ou soviétique) n'est qu'un cas particulier, « où la totalité des droits appartient en théorie à une entité collective — le peuple, mais où les droits de propriété sur les biens de production sont en réalité regroupés de façon exclusive et non transférable dans les mains d'un appareil bureaucratique qui se présente comme l'instrument de la volonté populaire. Cet arrangement institutionnel n'interdit pas la présence de certaines sphères de possession privative (par exemple pour les objets personnels, les meubles particuliers, les automobiles, certains logements). Mais ces propriétés personnelles ne sont qu'une tolérance déléguée et font l'objet de sévères restrictions d'usage, comme par exemple les logements « privés » qui ne peuvent être utilisés à des fins de location payante. Il en va de même dans les autres démocraties populaires, y compris celles qui ont réintroduit une certaine dose d'initiative et d'entreprise privée. Il ne s'agit jamais que de droits délégués qui peuvent à tout moment se trouver remis en cause par les autorités, dépositaires ultimes de l'ensemble des droits de propriété attribués dans la société. »

    Les anarcho-capitalistes refusent la notion de propriété publique :

    «  En tant qu’organisation criminelle dont toutes les ressources et les actifs proviennent du crime d’imposition fiscale, l’État ne peut pas détenir de juste propriété. Ce qui signifie qu’il ne saurait être injuste ni immoral de ne pas payer les impôts de l'État, de s’approprier ce qu’il possède (puisque cela se trouve entre des mains criminelles), de refuser d’obéir à ses ordres ni de rompre un contrat avec lui (puisque la rupture d’un contrat avec une organisation criminelle ne peut être contraire à la justice). Moralement, selon la bonne philosophie politique, "voler" l'État revient à reprendre quelque chose à des criminels, à "recréer un Droit sur" la chose au sens où, au lieu d’approprier une terre vierge, on arrache un bien au domaine criminel de la société - ce qui est sans conteste une bonne action. »
        — Murray Rothbard, Éthique de la Liberté, chap.24

    «  Nous ne pouvons certainement pas dire que la propriété publique appartient au gouvernement, puisque le gouvernement ne peut rien posséder légitimement. Le gouvernement acquiert ses propriétés par la force, en général par l’intermédiaire de la taxation. Un libéral ne peut accepter la légitimité morale de ce genre d’acquisition de propriété, puisque cela implique l’usage de la force (l’extraction d’impôts) sur des gens innocents. Ainsi les prétendus titres de propriété du gouvernement ne sont pas légitimes.  »
        — Lew Rockwell, "Frontières ouvertes : un réexamen libertarien", 2018

    «  Quand on vole le gouvernement, le pire qu'il puisse advenir est qu'un certain nombre de coquins et de fainéants auront moins d'argent pour s'amuser qu'auparavant. »
        — Henri Louis Mencken

    Pages correspondant à ce thème sur les projets liberaux.org :

    Ils indiquent aussi que la propriété publique est une source infinie de conflits, de "guerre de tous contre tous":

    «  La propriété publique ne peut que générer des conflits. Supposément, ce qui appartient à l’État appartient à tous. Si nous ne sommes pas d’accord, les conflits deviennent alors inévitables. Si les syndicats veulent manifester dans la rue et que les automobilistes veulent utiliser ces mêmes voies, les deux prétendent en être propriétaires et le conflit est inévitable. Si tout est possession individuelle, il devient parfaitement clair de savoir quelles règles s’appliquent. »
        — Hans-Hermann Hoppe

    Pour autant, cela ne signifie pas que tout soit permis dans une propriété publique : la violation du droit naturel de propriété que constitue la propriété publique n'autorise personne à s'en prévaloir pour réclamer de faux droits. François Guillaumat explique que pour cette raison il est normal de ne pas tolérer les sans-papiers, le port de la burqa en public, la construction de minarets, d'interdire le nudisme dans les lieux publics, etc.[7]. La propriété publique n'est pas une propriété privée, mais reste cependant une propriété :

    «  En fait, il existe une différence fondamentale entre les biens non possédés et la propriété publique. Cette dernière est de facto la propriété des contribuables du peuple national. Ils ont financé cette propriété ; ils doivent donc, en fonction du montant des impôts payés par les membres individuels, être considérés comme ses propriétaires légitimes. Ni le clochard, qui n’a vraisemblablement payé aucun impôt, ni tout étranger, qui n’a très certainement payé aucun impôt national, ne peuvent donc être considérés comme ayant un droit quelconque sur la propriété publique. »
        — Hans-Hermann Hoppe, Démocratie, le dieu qui a échoué, chap.8

    Pour les libertariens, il peut exister des biens communs à tous et non privés, mais ceux-ci sont appropriables librement sans qu'il y ait besoin d'une institution coercitive pour les gérer. Ces biens communs peuvent être matériels (l'air qu'on respire), ou immatériels, par exemple une œuvre ancienne qui ne fait plus l'objet de droits et est donc tombée dans le domaine commun, ou une idée, une invention (la notion de brevet étant rejetée par le libertarianisme). Tout bien sans propriétaire peut être acquis par le premier venu qui le met en valeur (voir la pratique du homesteading aux États-Unis au XIXe siècle).

    Droit de propriété et contrat

    Le contrat d'achat est une source importante du droit de propriété. La preuve du droit de propriété est le plus souvent une facture d'achat. Une facture d'achat prouve l'existence de la transmission d'un droit de propriété. Une facture d'achat est fréquemment le seul titre de propriété d'une chose possédée par un agent économique. Une reconnaissance de dette est le droit de propriété du bénéficiaire du contrat. Un titre financier est un contrat unilatéral librement cessible. On peut posséder un titre financier. Un titre financier a un propriétaire. On peut être propriétaire d'une action Renault, ou d'une obligation sur l'État, d'un "bon du Trésor", d'un titre financier.

    Notes et références

  • Toward a Theory of Property Rights, 1967, Am. Econ. Rev., Vol 57, n°347

  • The Formation and Protection of Property Rights among the Southern Kwakiutl Indians, 1986, J. Legal Stud., Vol 15, n°41

  • The Structure of a Contract and the Theory of a Non-exclusive Resource, 1970, J. Law & Econ., Vol 13, n°49

  • The Evolution of Property Rights: A Study of the American West, 1975, J. Law & Econ, Vol 18, n°163

  • Might Makes Rights: A Theory of the Formation and Initial Distribution of Property Rights, 1981, Econ. Inquiry, Vol 19, n°38

  • Garrett Hardin, 1968, "The Tragedy of the Commons", Science, 13 décembre, vol 162, n°3859, pp1243-1248

    1. Burqa et espace public : les libertariens ne sont pas des libertaires, Turgot, anciennement accessible à blog.turgot.org/index.php?post%2FGuillaumat-Burqa

    Bibliographie

    • 1951, Richard Schlatter, "Private Property: The History of An Idea", London: George Allen & Unwin
    • 1961, William Tolisches, "Private Property and Freedom", The Freeman, February, Vol 11, n°2
    • 1968, Warren Nutter : "Markets Without Property : A Grand Illusion". In Money, the Market and the State : Essays in Honor of James Muir Waller, rassemblé par Nicholas A. Beadles et L. Aubrey Drewry, Jr. (Athens : University of Georgia Press, 1968)
    • 1969, A. Devany; R. Eckert, C. Meyers, D. O’Hara et R. Scott, A Property System for Market Allocation of Electro-Magnetic Spectrum: A Legal-Economic-Engineering Study (Un système de propriété pour l'attribution des marchés de la bande de fréquence électro-magnétique : une étude juridique-économique-ingénieriale,), Stanford Law Rev., juin, Vol 21, pp1499-1561
    • 1970, William W. Bayes, "What Is Property?", The Freeman, July, Vol 20, n°7
    • 1975, C. B. Macpherson, "Capitalism and the Changing Concept of Property", In: E. Kamena, R. S. Neale, dir., "Feudalism, Capitalism and Beyond", London: Edward Arnold
    • 1981, Douglass North, Structure and change in Economic History, New York : W.W. Norton and Cie
    • 1988, A. C. Vachet, "L'idéologie libérale. L'individu et sa propriété", Presses de l'université d'Ottawa
    • 1989,
      • Francis P. Bowles, Margaret C. Bowles, "Holding the Line: Property Rights in the Lobster and Herring Fisheries of Matinicus Island, Maine", In: John Cordell, dir., "A Sea ofSmall Boats", Cambridge, Mass.: Cultural Survival, Inc., pp228-257
      • Wendy J. Gordon, "An Inquiry into the Merits of Copyright: The Challenges of Consistency, Consent, and Encouragement Theory", Stanford Law Review, Vol 41, n°6, Jul., pp1343-1469
    • 1990,
      • Paul D. Kamenar, "Private Property Rights: An Endangered Species", The Freeman, May, Vol 40, n°5, pp164-166 (L'auteur prévient que les droits de propriété privée et le développement économique succombent rapidement à la réglementation bureaucratique au nom de l’environnement.)
      • Sumner J. La Croix, James Roumasset, "The Evolution of Private Property in Nineteenth-Century Hawaii", The Journal of Economic History, Vol 50, n°4, Dec., pp829-852
      • William H. Riker, "Civil Rights and Property Rights", In: Ellen Frankel Paul, Howard Dickman, dir., "Liberty, Property and the Future of Constitutional Development", State University of New York Press, Albany, pp49-64
    • 1991, W. H. Riker, I. Senedn, “A Political Theory of the Origin of Property Rights: Airport Slots”, American Journal of Political Science, 35(4), pp951-969
    • 1998,
      • Tom Bethell, The Noblest Triumph: Property and Prosperity through the Ages. New York: St. Martin’s Press
      • Jeremy Waldron, "The Right to Private Property", Oxford: Clarendon Press
    • 2000, Richard Pipes, Property and Freedom: The Story of How through the Centuries Private Ownership has Promoted Liberty and the Rule of Law (New York: Knopf)
    • 2002, Luciano Pellicani, "Proprietà privata e libertà " ("Propriété privée et liberté"), In: Alberto Mingardi, Enrico Colombatto, dir., "Il coraggio della libertà, saggi in onore di Sergio Ricossa", Soveria, Rubbettino, pp379-392
    • 2003, Dean Lueck, "First possession as the basis of property", In: Terry L. Anderson, Fred McChesney, dir., "Property Rights in the Firm", Princeton University Press, Princeton, pp200-226
    • 2009, Karol Boudreaux, Property Rights, In: J. C. Lester, dir., A Beginner's guide tor Liberty, Adam Smith Institute, pp47-55
    • 2010, S. Galiani, E. Schargrodsky, "Property rights for the poor: Effects of land titling", Journal of Public Economics, Vol 94, n°9, pp700–729
    • 2014, S. Galiani, E. Schargrodsky, "Land property rights”, In: S. Galiani, I. Sened, dir., "Institutions, Property Rights and Economic Growth: The Legacy of Douglass North", New York: Cambridge University Press, pp107‒120
    • 2022, Bas van der Vossen, "Property Rights", In: Benjamin Ferguson, Matt Zwolinski, dir., "The Routledge Companion to Libertarianism", London and New York: Routledge, pp120-134

    Voir aussi

    Liens externes

    B0.jpg Discussions sur le forum
    Propriété Foncière Et Droit De Guerre, Le proprio peut-il tuer son invité? (for)
    État Et Propriété Privée, Property and State, of course (for)
    Droit De Propriété (for)
    La Propriété, un point de départ (for)





     https://www.wikiberal.org/wiki/Propri%C3%A9t%C3%A9

     

    B-3) - Échange

    L'échange est un mode de circulation de biens et services impliquant une évaluation, une négociation, un accord de deux volontés et un transfert entre les parties. 

    Introduction

    Quel est le moteur de la croissance économique ? Malgré la rupture de rythme causée par la Révolution industrielle, il n'y a pas eu de rupture de nature. L'échange constitue un invariant plurimillénaire.

    En tout temps, en tous lieux, l'échange apparaît comme le moteur de l'économie. Il a bien souvent changé de forme, contrairement à ce que l'on imagine : marchandises contre marchandises, certes, mais aussi marchandises contre travail, marchandises contre protection, marchandises contre monnaie.

    Selon Jan de Vries et Ad van der Woude, la première économie proprement moderne est apparue en Hollande entre les XVIe et XVIIe siècles, et doit presque tout à l'échange.

    Trois erreurs à propos de l'échange

    1. Le marché ne crée pas de valeur, l'échange est un jeu à somme nulle
    2. On ne peut échanger que des biens de même valeur
    3. Le marché ne profite qu'aux plus compétitifs

    Première erreur : le commerce est stérile

    Le commerce a toujours eu mauvaise presse. Aristote le qualifiait de « stérile », parce qu'il ne fait que déplacer la marchandise sans rien ajouter à sa matière. Le loisir (otium) étant considéré comme une activité positive par les aristocrates grecs et romains, son contraire, le neg-otium, le négoce, ne pouvait être que méprisé, et d'abord pour sa vulgarité.

    Un esprit aussi avisé que Montaigne s'est laissé prendre aux apparences : sa formule fameuse, « Nul ne gagne qu'un autre ne perde » exprime bien que, pour lui, le commerce est un jeu à somme nulle. Saint Jérôme (347-420) ajoute que « toutes les richesses viennent de l'iniquité, et à moins que l'un n'ait perdu, un autre ne peut gagner ». Giovanni Botero (1543-1617) remarque : « le moyen très commun de s'enrichir aux frais d'autrui, c'est le commerce ».

    Que l'échange puisse avoir des effets positifs pour ceux qui s'y livrent est pourtant, elle aussi, une idée très ancienne. Philon d'Alexandrie écrit (dans De Legatione, ad Cajum) : « Toutes les mers sont parcourues par des vaisseaux marchands, qui naviguent en sûreté pour exercer le commerce que les nations établissent entre elles, par ce désir naturel d'entretenir une société, et de faire en sorte que l'abondance des unes vienne au secours de la disette des autres ». Florus, un des premiers écrivains d'origine africaine du IIe siècle, prévoit : « Supprimez le commerce, vous rompez l'alliance du genre humain ». Libanius, un important rhéteur du IVe siècle, note : « Dieu n'a pas accordé toutes choses à toutes les parties de la Terre, mais il a distribué ses dons à différents pays, afin que les hommes, ayant besoin les uns des autres, entretinssent société ensemble. Ainsi a-t-il suscité le négoce comme un moyen facile à tout le monde de jouir en commun de toutes choses, en quelque endroit de la terre qu'elles naissent ».

    Saint Thomas d'Aquin, malgré ses erreurs sur le juste prix, marque clairement que « l'achat et la vente semblent avoir été institués pour l'avantage mutuel  des deux parties, puisque l'une a besoin de quelque chose qui appartient à l'autre, et réciproquement ». Pourquoi en est-il ainsi ? C'est parce qu'au lieu d'être un jeu à somme nulle, l'échange signifie que cette opération dégage une sorte de surplus. Ce qui a quelque chose d'inconcevable, puisque rien n'est produit par l'échange. C'est pourquoi, depuis Aristote, on tient le commerce pour improductif. Aujourd'hui encore, il est méjugé. Et pourtant, on se trompe, pour deux raisons.

    Deuxième erreur : équivalence des biens échangés

    À première vue, des biens sont échangés parce qu'ils sont d'égale valeur. Mais, si tel était le cas, que gagne-t-on à les échanger ? Condillac trouve la solution, au XVIIIe siècle seulement : « Il est faux, écrit-il, que dans l'échange on donne une valeur égale pour une valeur égale. Au contraire, chacune des parties toujours abandonne une moins grande pour une plus grande valeur »[1]. Ainsi l'échange, quel qu'il soit, ne peut avoir lieu que s'il y a cette inégalité dans l'esprit de chacune des parties, qui découle de la subjectivité de la valeur. En témoignent toutes les formes de marchés existantes, depuis les sites d'enchères en ligne jusqu'aux « systèmes d'échanges locaux » (SEL), avec monnaie privée ou sans monnaie.

    Deux parties sont donc toujours gagnantes lors d'un échange libre, sinon l'échange n'aurait pas lieu, l'une des parties (vendeur ou acheteur) n'y trouvant pas avantage :

    «  L'équivalence comptable des valeurs échangées ne doit pas masquer ce phénomène fondamental que l'échange est productif, en ce sens qu'il est créateur de valeur, c'est-à-dire qu'il permet aux deux partenaires dans l'échange de se placer dans des situations qu'ils préfèrent. Autrement dit encore, lorsque l'échange est possible et autorisé, un individu pourrait très bien ne pas échanger effectivement. S'il se lance dans l'échange, c'est parce qu'il en tire un profit. »
        — Pascal Salin, Le libre-échange, PUF, 2002

    La subjectivité de la valeur explique que l'échange puisse être possible, et un point de vue extérieur sur la validité ou la légitimité de cet échange est hors de propos : chaque protagoniste pense accroître sa satisfaction par l'échange, car chacun a des "échelles de valeur" différentes. Dans ce cadre, les prix exprimés dans une monnaie permettent d'effectuer des comparaisons. Le vol (même opéré par l’État sous les meilleurs prétextes) ne crée jamais de la valeur, sinon une société pourrait exister entièrement sur le vol.

    Troisième erreur : pour participer à l'échange, il faut être compétitif

    C'est Adam Smith qui commet cette erreur, par sa théorie des avantages absolus. L'autre théorie, celle des avantages comparatifs, est beaucoup plus subtile. Mais elle seule permet de rendre compte de la tendance congénitale de l'économie d'échange à se mondialiser. Les avantages comparatifs font intervenir les prix relatifs. Ceux-ci ne sont jamais les mêmes d'individu à individu, et non seulement de pays à pays. Par conséquent, un échange profitable aux deux parties est toujours possible.

    Un exemple classique est le suivant. Supposons un chirurgien talentueux, qui est meilleur dactylo que n'importe quel(le) secrétaire qu'il pourrait embaucher pour taper son courrier à son domicile. Ce chirurgien aurait cependant intérêt à se consacrer entièrement à son métier, car il gagne par heure cent fois plus qu'il n'aurait à dépenser en frais de secrétariat. Le chirurgien a un avantage absolu dans les deux sortes d'activités, néanmoins elles ont pour lui des coûts différents, et à partir de ce moment-là, un échange peut s'engager avec un secrétaire.

    Au plan mondial, tous les groupements humains peuvent ainsi trouver intérêt à l'échange. Autrement dit, la marche à la mondialisation ne date pas d'aujourd'hui. Seules la guerre, qui est la continuation du commerce par d'autres moyens, et la politique, qui comme la guerre est l’institutionnalisation de la loi du plus fort, aboutissent à un jeu à somme nulle, voire négative. 

    L'échange n'est jamais inégal

    L'échange n'étant pas un jeu à somme nulle est créateur net de valeur, c'est le seul progrès social possible. L'histoire montre que les sociétés les plus riches sont les sociétés ouvertes, qui progressent non pas par la coercition mais par l'échange.

    Certains auteurs (non libéraux ou antilibéraux) soutiennent une théorie de l'échange « inégal » : une des parties, la plus pauvre, se verrait contrainte d'échanger une valeur supérieure contre une valeur inférieure. Par exemple, Noam Chomsky écrit :

    «  L'idée d'un contrat libre entre un potentat et son sujet affamé est une farce sordide, qui vaut peut-être qu'on lui consacre un peu d'attention dans un séminaire qui explorerait les conséquences de ces idées (à mon sens absurdes), mais qui ne mérite rien de plus. »

    Ce à quoi l'on peut répondre[2] :

    Soit le « potentat » dispose d’un pouvoir politique à l’origine du dénuement de son « sujet », ce qui veut dire que le potentat a restreint à un moment donné les choix de ce « sujet » par la violence. Dans ce cas, il est indéniable que « l'idée d'un contrat libre entre eux est une farce sordide » : car c’est là simplement la nature du pouvoir politique.
    Soit, et c’est probablement ce qu’a voulu dire Noam Chomsky, le « potentat » dispose d’un pouvoir économique par lequel il peut offrir au « sujet » de nouvelles possibilités de survie qui n’existaient pas préalablement. N’en déplaise au célèbre linguiste, un contrat libre entre eux est alors une chance merveilleuse pour le sujet affamé.

    Le libéralisme s'inscrit en faux contre la conception de l'échange inégal, qui enlève toute validité au consentement de l'individu :

    «  Cette notion d'échange inégal est centrale dans la théorie marxiste et il faut bien voir qu'elle porte en germe la condamnation radicale de toute liberté contractuelle. [...] Adhérer à la thèse marxiste de l'échange inégal, de l'exploitation, c'est prétendre qu'un contrat qui est accepté de part et d'autre est malgré tout injuste, qu'il est malgré tout le signe d'une « exploitation ». C'est là récuser toute logique, puisque, dans ce sens, il ne peut y avoir d'exploitation sans violence ou fraude. C'est aussi nier toute responsabilité personnelle, puisque l'on suppose implicitement que les agents ne sont pas autonomes. »
        — François Guillaumat

    Outre son aspect arbitraire (qu'est-ce qui différencie un échange inégal d'un échange normal ?), cette idée sous-entend que la victime de l'échange « inégal » est en fait un irresponsable qu'il faut à tout prix assister (ou dont il faut brider le comportement par diverses interdictions), car si elle manifeste le moindre désir d'entrer en contrat, elle risque de « se faire exploiter » (le marxisme formalise cette affirmation par exemple dans sa « théorie » de la plus-value). Si vraiment « il y a des perdants à l'échange » (au commerce, à la mondialisation, etc.), pourquoi y participent-ils quand même, plutôt que de s'abstenir d'y « perdre » ainsi ?[3]

    Citations

    • «  L'idée selon laquelle l'échange pourrait être inégal est largement répandue. Or elle est fausse, radicalement et définitivement fausse. Il est en effet un principe universel, à savoir qu'un échange libre est profitable aux deux partenaires (sinon, bien sûr, ils ne le décideraient pas). »
          — Pascal Salin[4])

    • «  L'essence de l'échange […] c'est que les hommes sont différents. Et l'échange, en réalité, ne se fait pas entre des nations […] mais entre des hommes. Ou entre des groupes d'hommes qui eux aussi sont forcément différents, avec des coûts ou des avantages différents, et donc qui sont incités à l'échange. »
          — Philippe Simonnot

    • «  Rien, aucun des objets que vous voyez dans cette salle, n'est le produit du travail d'une seule personne. À part la mûre sauvage que nous cueillons dans les bois, toutes nos consommations sont le fruit de la collaboration et de l'échange entre plusieurs individus. »
          — Hernando de Soto[5]

    • «  La société est purement et simplement une série continuelle d’échanges ; elle n’est jamais autre chose dans aucune époque de sa durée, depuis son commencement le plus informe jusqu’à sa plus grande perfection ; et c’est là le plus grand éloge qu’on en puisse faire, car l’échange est une transaction admirable dans laquelle les deux contractants gagnent toujours tous deux : par conséquent la société est une suite non interrompue d’avantages sans cesse renaissants pour tous ses membres. »
          — Destutt de Tracy, Traité de la volonté

    • «  Si un échange entre deux parties est volontaire, il n'aura lieu que si les deux pensent qu’ils en tireront profit. La plupart des erreurs économiques découlent de l'oubli de cette idée, de la tendance à supposer qu'il y a un gâteau figé, qu'une partie ne peut gagner qu'au détriment de l’autre. »
          — Milton Friedman, 1990

    • «  Si quelqu’un veut toucher du doigt tout ce que nous devons au processus d’échange, qu’il imagine seulement ce qu’il adviendrait du monde moderne si on interdisait tout d’un coup à chaque homme d'échanger quoi que ce soit avec quiconque. Chacun serait forcé de produire lui-même tous les biens et services dont il veut disposer. On peut tout de suite imaginer le chaos absolu qui s’ensuivrait, la famine qui frapperait la grande majorité de la race humaine, et le retour à une subsistance primitive pour la petite poignée de survivants. »
          — Murray Rothbard, L'Éthique de la liberté

    • «  L'échange est une rencontre libre entre des hommes libres. Si vous supprimez l'échange, si vous ne libérez pas l'échange, naissent l'incompréhension, puis, après l'incompréhension, la xénophobie, et, après la xénophobie, la guerre. »
          — Jacques Garello

    Notes et références

  • Condillac, Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre, 1ère partie, Section 6

  • Liberté, capacité et pouvoir

  • La réponse des antilibéraux est que ces « perdants à l'échange » n'ont en général « pas le choix ». C'est donc reconnaître qu'ils poursuivent leur propre intérêt, comme tout un chacun, et que finalement ils gagnent à l'échange. En quoi le fait qu' « ils n'ont pas le choix » devrait-il être imputé au partenaire avec lequel ils pratiquent l'échange ? Ce partenaire est-il responsable de leur situation ?

  • Pascal Salin, Préface à Attac ou l'intoxication des personnes de bonne volonté de Jacques de Guénin, [lire en ligne]

    1. Hernando de Soto, Conférence de l'Institut Turgot en juin 2005 à Paris

    Voir aussi

    Voir aussi

     https://www.wikiberal.org/wiki/%C3%89change

     

    B-4) - Valeur

    https://www.wikiberal.org/wiki/Valeur

     


     

    C) Quelles sont les causes des crises économiques ? 

    Récessions, paniques financières et inflation : qu’est-ce qui provoque réellement les crises économiques ? Ce chapitre vous invite à approfondir votre réflexion sur les liens de cause à effet au sein d’économies complexes.

    C-1) - Crise

    La notion de crise s'applique à deux domaines différents quoique très souvent intimement liés :

    Voir aussi

    Citations

    • Les gouvernements raffolent des crises – d'ailleurs, ils les provoquent ou contribuent souvent à les aggraver. Elles leur permettent en effet d'accroître leur pouvoir. (Hans-Hermann Hoppe, 7/12/2002)
    • L'histoire nous démontre que les crises alimentent la croissance de l’État. Ce fait devient particulièrement manifeste avec les guerres ou les attaques terroristes. Les gouvernements exploitent ces crises, dans le but de se faire passer pour des sauveurs. Il en va de même pour la crise financière. Cela a fourni aux gouvernements et aux banques centrales une excellente occasion d’intervenir de façon encore plus massive dans l’économie. (Hans-Hermann Hoppe, 4/1/2014)
    • Une crise prend bien plus de temps à venir que ce que vous pensez, et lorsqu’elle arrive, cela se produit bien plus vite que vous ne l’auriez pensé. (Rudiger Dornbush)
    • Les moments de crise produisent un redoublement de vie chez les hommes. (Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe)
    • La crise exprime, reflète la généralisation des fausses valeurs, l’écart entre les valeurs financières, monétaires, boursières et le monde réel, le monde de l’économie.et de la production de richesses. Toutes les valeurs ont été inflatées, perverties par le crédit, la création monétaire et l’inflation de la masse des promesses, alors que le progrès des sciences, des technologies et des procédés de fabrication provoque une tendance continue à la baisse des prix. (Bruno Bertez, 04/08/2015)
    • C’est cela la modernité. La gestion par la formation/destruction de bulles successives. La gestion de crise en crise ; nous pensons d’ailleurs que leur caractère récurrent impliquerait que l’on trouve de nouveaux mots. Nous vivons une période de banalisation des crises. (Bruno Bertez, 01/02/2016)
    • La crise sera attribuée à l'échec du système capitaliste plutôt qu'à l‘échec d'un système monétaire contrôlé par l'État. (Thorsten Polleit, avril 2006)
    • S'il était possible d'empêcher absolument les crises, serait-il utile de le faire ? On serait tenté de répondre affirmativement, mais un examen un peu plus approfondi de la question fait surgir de nombreux doutes. Il n'est pas du tout sûr que le mouvement rythmique ne soit pas une des conditions du progrès économique. Au contraire, il paraît fort probable que ce mouvement n'est qu'une manifestation de la vitalité de l'organisme économique. Les alternatives de repos et d'excitation paraissent nécessaires à tous les organismes vivants supérieurs. (Vilfredo Pareto, Cours d'économie politique)
    • Une crise est une rupture dans la linéarité, dans la continuité extrapolable, c’est une cassure qui remet en question un modèle, un ordre, une manière de fonctionner. Une crise s’attaque aux invariants d’un système, ce qu’il ne faut pas confondre avec le mouvement des cycles qui lui ne touche que les paramètres, les variables, les inputs. Les cycles répètent, c’est l’Éternel Retour. Les crises disent que l’on ne peut pas répéter, que l’on ne peut reproduire. (Bruno Bertez, L'AGEFI, 27/06/2016)
    • Les crises ne sont pas des accidents – il faut en finir avec cette manière de voir caractéristique de l'économie néo-classique contemporaine — mais le produit d'un processus endogène qui fait qu'arrive un moment où le système lui-même ne fait pas une pause, mais éprouve la nécessité de procéder à un nettoyage, un lessivage de ses artères pour éliminer les corps parasites qui s'y accumulent, et remettre en quelque sorte les compteurs à zéro pour assurer un nouveau départ sur des bases assainies. [...] Dès qu’il y a boom il y a nécessairement promesse de crise, et rien ne pourra jamais absolument l’empêcher. Imaginer que l’on puisse absolument éviter les crises est un incongruité absolue. La crise n’est pas un mal absolu, mais l’équivalent d’une cure médicale imposée à un corps malade, une nuisance malheureusement nécessaire pour remettre le patient en état de fonctionner. (Henri Lepage)
    • Il est paradoxal et même tragique que, d'une part, l’on attribue la crise financière et économique au fonctionnement libre des marchés – alors qu’elle a été provoquée par une mauvaise politique monétaire – et que, d'autre part, l’on attende maintenant des solutions de la politique économique, alors qu’il conviendrait de faire confiance aux marchés ! Compte tenu du matraquage idéologique auquel est soumise l’opinion, on comprend que les hommes politiques soient tentés de se précipiter dans la brèche ainsi ouverte, ce qui leur permet d’apparaître comme des sauveurs. Mais les victimes en seront les citoyens eux-mêmes. (Pascal Salin, La crise financière : causes, conséquences, solutions)
    • Les États aiment les crises parce que la peur rend les gens plus disposés à renoncer à leurs libertés en contrepartie d’une promesse de sécurité affirmée par le gouvernement. (Ron Paul, The Coronavirus Hoax, 16/03/2020)

    Publications

    • 2010, Gerhard Jandl, "Bedürfnisse, der Markt und die Krise – Betrachtungen aus 'österreichischer' Sicht" (Les besoins du marché et la crise - Réflexions d'un point de vue 'autrichien'", préface au livre de B. Begovic et al., dir., "Von Armut zu Wohlstand" ("De la pauvreté à la prospérité"), The International Library of Austrian Economics, Vol 13, Vienna: Hayek Institut, pp7-ss

    Liens externes

    https://www.wikiberal.org/wiki/Crise 

     

     C-2) - Inflation

    Qu'elle soit rampante ou galopante, tous les pays ont connu le phénomène de l'inflation lors de leur évolution historique[1] et quel que soit leur niveau de développement ou de leur structure politique[2]. Cependant, les économies libérales sont celles qui connaissent un taux d'inflation le plus mesuré.

    L'inflation est une baisse durable de la valeur de la monnaie, entraînant une hausse généralisée et persistante du niveau général des prix, se répercutant sur les anticipations des agents économiques. La monnaie n'est pas uniquement une expression de la valeur des biens comme le mètre pour la distance ou le kilogramme pour le poids. Elle sert de lien entre le présent et le futur. La stabilité des prix qui décrit la situation où la variation des prix est très faible ou nulle, n’influe pas sur les décisions des agents économiques dans la mesure où elle est uniforme entre tous les secteurs économiques[3]. Par contre, les comportements des agents économiques, sensibles à l'inflation, à la déflation[4] ou à la désinflation[5], influencent l'évolution de l'inflation. Les ménages tentent de conserver leurs encaisses réelles[6] car ils ne sont pas dupes de l'illusion monétaire créée par l'inflation et ils exigent le maintien de leur pouvoir d'achat en valeur réelle.

    L'inflation est un processus de hausse générale des prix. Le mot processus est essentiel. Cette autre définition ne présuppose pas quelles seraient les causes de l'inflation. Elle est plus générale. Ainsi un événement contribue à la hausse des prix ; et un autre évènement contribue simultanément à faire baisser les prix. Dans certains cas, ces deux événements contribuent tous les deux au processus de l'inflation, mais en sens contraire. 

    L'injustice de l'inflation incitée par l'État

    L'inflation a toujours été, au cours de l'histoire, un outil politique employé par l'État, avec facilité[7] pour fausser la valeur de la monnaie, particulièrement quand il est endetté au-delà du raisonnable ou qu'il souhaite répondre à la demande sociale et tenir des promesses électorales.

    L'État profite prioritairement de l'injustice de l'inflation en manipulant les électeurs par son effet d'ébriété[8]. L'inflation n'est pas seulement inique parce qu'elle répartit artificiellement les revenus et la distribution de ceux-ci, elle perturbe également le système économique. La création de monnaie ex nihilo permet aux gouvernements d'acheter de vraies ressources avec de la fausse monnaie. Les premiers utilisateurs du « nouvel argent » sont les politiciens, les bureaucrates, les fournisseurs du gouvernement et ces entrepreneurs qui obtiennent de généreux prêts bancaires. Ceux qui perdent le plus sont les derniers à employer les billets : les pauvres et les épargnants. Le transfert se fait par l'inflation, qui érode le pouvoir d'achat des billets.

    L'inflation crée des faux droits

    Les dépenses publiques sont financées par l'emprunt ou par l'impôt. Une hypothèse possible est que les autorités monétaires créent directement (planche à billets) ou indirectement (politique d'open market) de la monnaie pour financer la dette publique. Cette solution n'est pas possible si la monnaie est rattachée à un étalon, à un valorimètre comme peut l'être l'or. Dans ce cas, la monnaie est indépendante de la politique gouvernementale. Dans le passé, le système de l'étalon-or limitait le pouvoir discrétionnaire des autorités monétaires.

    L'or ne doit pas entrer dans la circulation monétaire comme le préconisait le système au XIXe siècle mais la banque centrale doit prendre l'engagement d'acheter et de vendre sa propre monnaie contre de l'or à prix fixe et de manière illimitée. Dans l'hypothèse d'une politique monétaire laxiste menant à un excès de création monétaire, les détenteurs de monnaie tendent à s'en débarrasser pour demander une monnaie étrangère. Le taux de change de la monnaie nationale se déprécie. La banque centrale perd ses réserves d'or et se voit obligée de ralentir sa politique monétaire expansionniste.

    Les nouveaux économistes[9] font des restrictions à l'hypothèse de l'étalon-or car les gouvernements ont tendance à ne pas respecter cette règle. Ils préfèrent dévaluer la monnaie plutôt que d'adopter une politique monétaire restrictive. Le système de l'étalon-or ne fonctionnerait que si l'on acceptait de supprimer ou de privatiser les banques centrales.

    Lorsque le gouvernement s'attribue des droits de prendre possession des marchandises, il évince des acheteurs privés. Dans le domaine monétaire, la situation est amplifiée. L'inflation est caractérisée par la distribution de faux droits notamment par le refus de la répartition des revenus qui se constaterait dans une situation de prix stables, c'est-à-dire que la création excessive de moyens de paiement et des hausses de salaires, en valeur nominale, est très supérieure aux gains de productivité en valeur réelle.

    La monnaie est l'égout collecteur des fausses créances indésirées.
    Jacques Rueff, L'ordre social
    Il semble que dans une économie de marché, c'est-à-dire une économie où les décisions sont décentralisées et fortement complexes, la régulation, seule efficace, est la régulation de la masse monétaire à condition que les différents agents économiques acceptent l'application des règles du jeu fondamentales d'une économie de marché décentralisée.
    Maurice Allais, Impôt et capital, p157

    Maurice Allais assimile le mécanisme de crédit et la création de faux droits à une association de faux monnayeurs qui prêteraient moyennant intérêt la fausse monnaie qu'ils fabriqueraient [10]. Or, nos institutions fonctionnent ainsi sans être dénoncées par l'opinion publique. Il existe une création de faux droits lorsque la masse monétaire s'accroît, ce qui engendre un pouvoir d'achat ex nihilo ne correspondant à aucun service rendu. Ces faux droits créent la hausse des prix, ce qui appauvrit les agents économiques qui ne sont pas détenteurs de ces faux droits, mais favorise une oligarchie financière :

    On est sorti des limites, des contraintes de rareté, et c’est la conséquence ultime, non perçue, non théorisée par les fondamentalistes, du décrochage de 1971. La monnaie est libre comme l’air, le crédit aussi, les assets également. Nous sommes sortis du monde dual, du monde pesant où la régulation se faisait par les deux outils/leviers, le monétaire et le budgétaire, et nous sommes dans un monde mono-outil, un seul outil est utilisé et c’est le monétaire. [...] C’est la possibilité de créer de la monnaie « out of thin air » qui permet la lévitation structurelle qui constitue l’originalité du nouveau système.
    Bruno Bertez, L'Agefi, 16/07/2014, p.18

    Nous sommes tous victimes de l'inflation

    L'inflation provoque à court ou à long terme l'augmentation du taux d'intérêt en valeur nominale. Cette hausse du taux d'intérêt occasionne une augmentation du coût du crédit. De plus, lorsqu'il s'élève moins vite en valeur nominale que le niveau des prix, alors le taux d'intérêt réel s'abaisse quelquefois pour devenir négatif, les agents économiques sont alors sollicités pour s'endetter. Ce processus conduit à une spoliation de l'épargnant et à un enrichissement indu des emprunteurs. Les agents économiques protestent contre cette spoliation en fuyant la monnaie, c'est-à-dire en accélérant la vitesse de circulation de la monnaie et créant l'hyperinflation[11]. L'augmentation des moyens de paiement a des effets de processus auto-entretenus avec une augmentation induite de la vitesse de circulation[12] qui mène à l'effondrement complet du système économique[13].

    L'erreur fréquente des autorités monétaires fut souvent de conclure que l'augmentation de la vitesse de circulation était provoquée par une insuffisance des moyens de paiement et que les agents rétablissent d'eux-même l'équilibre en accélérant le rythme de leur transaction. Alors qu'une augmentation de la vitesse de circulation n'est que le symptôme d'une surabondance et non d'une insuffisance de moyens de paiement. En définitive, le fait que les banques commerciales créent de la monnaie en contrepartie de la distribution de crédit a pour effet de transférer le pouvoir d'achat aux bénéficiaires de crédit sans que simultanément quelqu'un d'autre renonce à un pouvoir d'achat correspondant. L'inflation est facteur de dégradation de l'ordre social et d'interventionnisme de l'État[14].

    L'évidence voudrait que l'on désigne tous ceux qui empruntent et tous ceux qui accordent ces emprunts (banque et État) comme les grands bénéficiaires de l'inflation. Or, dans la réalité, eux aussi sont tôt ou tard des victimes de l'inflation.

    Pour certains agents économiques, l'inflation réduit le poids de l'endettement. Elle facilite le financement des achats immobiliers et déclenche un engouement pour la propriété[15]. Malheureusement, cet acquis immobilier s'obtient avec de l'argent durement gagné. Les salaires en valeur nominale sont nettement inférieurs à ceux obtenus au début du prêt. Les entreprises investissent quand l'inflation réduit la charge qui en résulte et rentabilise de façon quasi certaine l'opération puisqu'il est plus profitable de s'endetter que d'épargner. Néanmoins, l'inflation gonfle artificiellement le profit et le bénéfice imposable. En effet, les déductions fiscales pour amortissements s'effectuent sur la base du coût historique. La comptabilisation des stocks ou le maintien du fonds de roulement gênent le remplacement des installations et provoquent des pertes sèches pour l'entreprise. Il se produit un gaspillage du capital car la productivité des investissements n'est pas suffisante pour compenser l'effort d'épargne.

    Les banques commerciales sont incitées, lors du développement de l'inflation, à accompagner ce laxisme inflationniste, ce qui permet d'accroître leur profit. Pourtant, le pouvoir de création monétaire n'est que temporaire et la création est annihilée par la destruction monétaire lorsque le remboursement de l'emprunt est réalisé. Or, ce remboursement s'effectue sur la base de la valeur réelle de l'emprunt de départ diminué du taux d'inflation sur la période. En définitive, l'emprunteur ne rembourse pas complètement la banque et les profits que la banque estime réaliser ne sont qu'une illusion monétaire. Pour maintenir ou accroître ses profits, la banque ne peut qu'accroître ses autorisations de crédit en se reposant de moins en moins sur des créances fiables. Le système court à la catastrophe et l'État fait croire qu'il est le seul à pouvoir subvenir à la situation en appliquant l'arsenal de ses règlementations (contrôle de crédit, hausse du taux d'intérêt...) et il s'installe en assureur général omniscient, omniprésent et digne de confiance pour les autorités bancaires et pour les individus ayant des revenus en dépôt dans les banques les moins sérieuses.

    L'inflation réduit effectivement la dette publique de l'État. La pression fiscale augmente du fait de la modification de la grille d'imposition lorsque l'impôt sur le revenu est progressif. Les augmentations de revenus sont nominales mais le pouvoir d'achat est stable ou décroît en raison de l'inflation. L'impôt est basé sur les revenus nominaux et non réels. Un individu va passer d'un échelon inférieur à un échelon supérieur sans croissance de ses revenus réels. En définitive, il est facile de dénoncer quel est le bénéficiaire direct ou indirect de l'inflation. Maurice Allais remarque parmi les principaux bénéficiaires de l'inflation « ceux qui appartiennent aux féodalités ploutocratiques, politocratiques et technocratiques » [16]. En situation d'inflation, les prix et les rémunérations ne jouent plus leur rôle régulateur. Lorsque l'hyperinflation arrive, ce n'est plus seulement une crise économique et sociale qui survient, c'est également une crise dans la survie de l'humanité[17].

    Inflation et hausse des prix

    • inflation monétaire : une trop grande quantité de monnaie est émise, ou à l'inverse une trop faible demande de monnaie survient ;
    • inflation par les coûts : le coût d'un produit essentiel augmente de façon notable, ce qui a des répercutions sur les coûts des autres produits ou services (par exemple, la hausse du cours du pétrole à partir de la rupture de 1973) ;
    • inflation par la demande : la demande d'un produit ou d'un service essentiel excède l'offre, et les producteurs augmentent leur prix ;
    • l'indexation : si le prix d'un élément essentiel augmente, tous les autres prix indexés sur lui suivent mécaniquement ;
    • panique monétaire : si les acteurs économiques se persuadent que la monnaie va perdre de sa valeur, on assistera à une chute sur le marché des changes et à une forte inflation, qui validera l'anticipation inflationniste et la renforcera (tout le monde est pressé d'échanger son argent contre d'autres monnaies ou des biens réels, qu'on en ait besoin ou pas, et à n'importe quel prix).

    Progressivité de l'inflation

    Il faut noter qu'une création monétaire excessive ne se traduit pas forcément immédiatement en augmentation des prix : les montants créés peuvent en effet être détenus par les banques commerciales sous la forme de réserves excédentaires auprès de la banque centrale et ne pas se traduire immédiatement par des prêts à leurs clients (les banques cherchent à assurer leur liquidité ou sont confrontées à une absence de demande de crédit à cause de la récession). La monnaie créée peut rester au sein du système financier sans avoir été injectée dans l'économie au sens large, et donc sans avoir créé d'inflation (on parle de trappe à liquidités). L'inflation n'est pas liée seulement à la quantité de monnaie, mais aussi à sa vitesse de circulation, un facteur qui n'est pas contrôlable :

    L’inflation n’est pas un pur phénomène monétaire mais également un phénomène comportemental. À elle seule, la planche à billets ne produit pas de l’inflation. Elle doit se combiner à la volonté des individus à emprunter, dépenser et investir. Une telle volonté est principalement psychologique — elle dépend des « esprits animaux » décrits par Keynes. Toutefois, une fois que les anticipations passent de déflationnistes à inflationnistes, elles s’inversent difficilement.
    Jim Rickards, 22/12/2016

    La monnaie nouvellement créée peut souvent engendrer des « bulles spéculatives » sur certains marchés, par exemple celui des actifs financiers[18]. Son principal usage, en dépit de toutes les dénégations des banquiers centraux, est toutefois d'acquérir des actifs publics et donc de monétiser indirectement la dette publique, ce qui contribue à appauvrir le pays sans qu'un coupable puisse être nommément désigné.

    On appelle effet Cantillon le caractère progressif de transmission de l'inflation, du nom de Richard Cantillon (Essai sur la nature du commerce en général), qui étudie la grande inflation du XVIe siècle due à l'introduction en Europe de l'or des conquêtes espagnoles d'Amérique du Sud. Cantillon montre que l’inflation apparaît de manière progressive, en démarrant auprès des fournisseurs du roi d'Espagne qui voient leurs prix augmenter. L'inflation se déplace en cercles concentriques, à partir d'un petit noyau de personnes (les riches et les puissants) vers un groupe de plus en plus large d'individus qui en sont affectés. L'action des banques centrales contemporaines est typique de cet effet :

    La question n’est pas seulement de savoir combien de jetons on crée, mais bien de savoir à qui on les donne. C’est cela qui est important, car ceux à qui on les donne, ces jetons, les banques, les ploutocrates, les kleptocrates, la Communauté Spéculative Mondiale, ont accès à un pouvoir d’achat quasi gratuit qui leur permet de rafler toutes les richesses avant les autres : l’immobilier, les actions, les œuvres d’art, l’or, etc. En clair, ceux qui sont proches du guichet qui distribue les jetons bénéficient d’un avantage incroyable, par comparaison à ceux qui sont en bout de chaine et qui ont à peine accès au crédit pour se loger ou s’installer un petit commerce, ou payer les études de leurs enfants.
    Bruno Bertez, L'Agefi, 15/09/2016, p.20

    L’École autrichienne a généralisé ce principe pour expliquer la transmission de la création monétaire dans l'économie. Les réels bénéficiaires d'une hausse de la masse monétaire sont ceux qui reçoivent l'argent les premiers. Ils peuvent alors s'approprier davantage de biens disponibles qu'avant l'augmentation de la masse monétaire. Cela signifie que moins de biens sont désormais disponibles pour les personnes qui n'ont pas reçu le nouvel argent, les derniers bénéficiaires de l'inflation monétaire. Le fait que leur demande effective doit diminuer est rendu manifeste par la hausse des prix et la chute conséquente de leur pouvoir d'achat.

    Schizophrénie de l’État

    Plutôt que de s'attaquer aux causes de l'inflation dont il est lui-même la source réelle, l'État préfère en général lutter contre ses effets, par exemple en interdisant les hausses de prix, ou en accusant les profiteurs, spéculateurs, affameurs, etc. Ce faisant, il ne fait qu'accélérer la ruine du pays.

    Un exemple ancien est celui de l'Édit du Maximum (301 après J.-C.) : l'empereur romain Dioclétien, confronté à une inflation galopante (dont il était lui-même la cause de par sa politique monétaire), impose un prix plafond maximum pour plus d'un millier de produits. Le résultat fut la faillite des marchands, le retour au troc et le développement d'une économie de marché noir. C'est la réforme de Constantin Ier, vers 311, qui mettra fin à l'inflation en instaurant une monnaie-or, le solidus.

    Le système de Law (1715-1720) essaie de remédier à l'énorme endettement laissé par Louis XIV par l'émission de monnaie-papier contre de l'or. La banque de Law finit par émettre beaucoup plus de papier-monnaie qu'elle n'avait réellement d'or et d'argent en dépôt, jusqu'à sa banqueroute en 1720.

    Lors de la Révolution française, la crise financière durera de 1789 à 1799, marquée par l'inflation, l'accroissement de la dette publique, et l'instauration de l'assignat, monnaie-papier gagée sur les biens de l’Église. Les différents pouvoirs qui vont se succéder essaieront toutes les recettes pour lutter contre l'inflation : impôts sur les riches, subventions aux pillards, confiscations des grandes propriétés de propriétaires terriens, émission de nouveaux assignats, guerres, etc.[19] En 1793, la Convention vote la Loi du maximum général, qui fixe des prix maximum pour de nombreuses denrées (ainsi que pour les salaires) ; cette loi, qui tente de remédier à la disette qui sévit dans la France révolutionnaire, sera abolie en 1794, au vu de son inefficacité et des pénuries qu'elle provoque. C'est la restauration de l'étalon-or par Napoléon qui permettra à la France de retrouver un équilibre économique.

    Citations

    • « L'inflation, c'est de subventionner des dépenses qui ne rapportent rien avec de l'argent qui n'existe pas. » (Jacques Rueff)
    • « L'inflation est à l'argent ce que la salade verbale du schizophrène est au langage ; ils illustrent tout d'abord que l'homme, selon les termes de Nietzsche, est « un animal qui fait des promesses », et ensuite, qu'il est plus facile de rompre une promesse que de la tenir. » (Thomas Szasz)
    • « La meilleure façon de détruire le système capitaliste est de s'attaquer à sa monnaie. Par des procédés constants d'inflation, les gouvernements peuvent confisquer d'une façon secrète et inaperçue une part notable de la richesse de leurs nationaux. Par cette méthode, ils ne font pas que confisquer : ils confisquent arbitrairement et tandis que le système appauvrit beaucoup de gens, en fait il en enrichit quelques-uns. La méthode se poursuivant, la valeur réelle de la monnaie variant de mois en mois, les rapports constants de débiteurs à créanciers, qui constituent le premier fondement du capitalisme, sont troublés au point de perdre toute signification. Et les procédés d'enrichissement deviennent un jeu de hasard, une loterie. Il n'y a pas de moyen plus subtil et plus sûr de bouleverser la base actuelle de la société que de corrompre la circulation monétaire. Le procédé range toutes les forces cachées des lois économiques du côté de la destruction, et cela d'une façon que pas un homme sur un million ne peut prévoir. » (John Maynard Keynes, La Réforme monétaire, 1923)
    • « L’État est fondamentalement inflationniste : c’est parce que l’inflation est un moyen à la fois puissant et subtil de s’approprier les ressources de la population. Elle est d’autant plus dangereuse qu’elle est moins douloureuse que l’impôt. » (Murray Rothbard )
    • « L'inflation est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu'elle est et qu'elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production. » (Milton Friedman)
    • « L'inflation est une forme d'imposition qui possède une caractéristique tout à fait particulière : c'est la seule forme d'imposition qui puisse être appliquée sans l'accord de personne. Aucun représentant du Congrès ne s'est jamais trouvé dans l'obligation de prendre parti et de dire « je vote pour l'inflation », mais il n'empêche que l'inflation est tout de même une forme d'imposition. Elle l'est directement, à travers la monnaie émise pour financer les dépenses du gouvernement. Elle l'est aussi indirectement, dans la mesure où, lorsqu'il y a inflation, les contribuables se trouvent placés dans des tranches de plus en plus élevées et sont soumis à des taux d'imposition plus forts sans qu'il y ait de relèvement officiel. » (Milton Friedman, Inflation et systèmes monétaires, 1968)
    • « Recourir à l'inflation pour surmonter des difficultés passagères équivaut à brûler ses meubles pour se chauffer. » (Ludwig von Mises)
    • « L'inflation est la voie vers le chômage. » (Friedrich Hayek, Nouveaux Essais de philosophie, de science politique et d'économie)
    • « Je ne pense pas que cela soit une exagération de dire que l’Histoire est largement une histoire de l’inflation, une inflation habituellement fabriquée par les gouvernements, pour le gain des gouvernements. » (Friedrich Hayek)
    • « Qu'est-ce que le scandale de Panama au regard de l'énorme racket permis par l'inflation ? Presque une goutte d'eau dans la mer. » (Maurice Allais)
    • « La première panacée d’une nation mal gouvernée est l’inflation monétaire ; la seconde, c’est la guerre. Toutes deux apportent une prospérité temporaire ; toutes deux apportent une ruine permanente. Mais toutes deux sont le refuge des opportunistes politiques et économiques. » (Ernest Hemingway, Notes sur la prochaine guerre, 1935)
    • « Il est frappant – mais pas surprenant – de constater que jamais dans l’Histoire il n’y a eu autant d’inflation et de crises monétaires que depuis ces nationalisations des monnaies qui ont ôté aux monnaies formelles la plus grande partie de leur caractère monétaire. » (Pascal Salin)
    • « Le gain dans la mutation de la monnaie est pire que l’usure. » (Nicolas Oresme, Traité de la première invention des monnaies, 1355)
    • « Vous ne pouvez raisonnablement penser que si la quantité de blé, de draps, de navires, de chapeaux, de souliers reste la même, la part de chacun puisse être plus grande, parce que nous nous présenterons tous sur le marché avec une plus grande quantité de francs métalliques ou fictifs. » (Frédéric Bastiat[20])
    • « À défaut de QI (quotient intellectuel), l’État procède à des QE (quantitative easing). » (Philippe Béchade, décembre 2013)
    • « L'inflation c'est l'impôt qui ne se voit pas. Et c'est la solution des gouvernements qui sont ruinés. Quand on n'a plus d'argent, on le vole, tout simplement. » (Nicolas Doze, février 2014)
    • « [Il suffit] de lire les livres qui racontent le passé. Les ouvrages monétaires qui traitent de l’Expérience de Law, de celle des Assignats, de celle de Weimar. Quand on met le doigt dans le monétaire, on n’en sort pas, le monétaire demande toujours plus, c’est une règle issue de l’expérience. » (Bruno Bertez)
    • « Je rappelle que l'inflationnisme n'est pas la hausse des prix des biens et de services ; l'inflationnisme, c'est la destruction des bases, des soubassements, des fondations de la monnaie. C'est la destruction des principes mêmes de la monnaie saine et viable. » (Bruno Bertez[21])
    • « L'inflation est l'élixir magique de la fée banque centrale qui permet de ronger les dettes d’État en taxant de façon invisible épargne et consommation. L'inflation est un petit impôt sournois payé par tous qui permet, selon le mot de Colbert, de "plumer l'oie sans la faire crier". » (Simone Wapler[22])
    • « L'inflation, c'est comme la pâte dentifrice. Une fois qu'elle est sortie du tube, il est impossible de l'y faire rentrer. » (Karl Otto Pöhl)
    • « Plus on fabrique de monnaie, plus sa valeur qui de surcroit ne repose que sur la confiance dans l’État qui l’émet (le fait d’avoir écrit dans la même phrase confiance et État m’a fait beaucoup rire), tend vers zéro. » (Olivier Delamarche, octobre 2017)
    • « Je ne pense pas que cela soit une exagération de dire que l’Histoire est largement une histoire de l’inflation, une inflation habituellement fabriquée par les gouvernements, pour le gain des gouvernements. » (Friedrich Hayek)

    Informations complémentaires

    Notes et références

  • Suite à la découverte de métaux précieux dans le nouveau Monde, au XVIe siècle, l'Europe subit un triplement des prix.

  • Dans les anciens pays socialistes, l'inflation prend des formes perverses : rationnement, épargne forcée, magasins privilégiés...

  • Des biens de consommation, en passant par les biens intermédiaires et les biens de production

  • La déflation est le contraire de l'inflation. C'est donc un phénomène permanent (on dit aussi auto-entretenu) et généralisé de baisse des prix. Comme le phénomène historiquement (du moins dans la période contemporaine) le plus fréquent est bien l'inflation, on parle parfois d'une inflation négative (par exemple : inflation de -0,1 %).

  • La désinflation est une baisse du taux d'inflation. Par exemple, si pendant des années l'inflation s'est située à 10 % en moyenne et que l'inflation des années suivantes baisse à 7 %, puis 5 %, puis 2 %, on parlera de phénomène désinflatoire. Poussée plus loin, on passe à la déflation.

  • Montant des comptes chèques et de la monnaie en circulation, divisé par un indice du niveau général des prix

  • Le gouvernement est la seule institution qui peut prendre une feuille de papier de très bonne qualité, y imprimer quelques nobles paroles, et lui faire perdre toute valeur. (Ludwig von Mises)

  • « L'inflation est l'opium du peuple » Henry Hazlitt

  • Emil Claasen, Pascal Salin et alii, 1978, L'Occident en désarroi, Dunod, Paris

  • Maurice Allais, 1974, L'inflation française et la croissance, colloque du 18 décembre 1974, ALEPS, p69

  • L'inflation allemande a conduit à une augmentation de l'indice des prix de 1 à 135 d'avril à août 1923, alors que les moyens de paiement augmentaient de 1 à 15, soit dix fois moins.

  • Montant total des transactions effectuées au cours d'une certaine période, rapporté à la masse monétaire.

  • Il n’y a aucun moyen d’éviter l’effondrement final d’une croissance économique générée par l’expansion du crédit. La seule alternative est de savoir si la crise viendra plus rapidement par l’abandon volontaire de l’expansion du crédit, ou plus tardivement par un effondrement catastrophique et inéluctable du système monétaire concerné. (Ludwig von Mises)

  • Contrôle des prix, contrôle des changes, contrôle des loyers, contrôle des taux d'intérêt...

  • En 1982, deux ménages français sur cinq étaient propriétaires de leur logement. Aujourd'hui, plus de 50 % des Français sont propriétaires de leur logement.

  • Maurice Allais, 1977, L'impôt sur le capital, Hermann, Paris, pp167-168. En fait, Maurice Allais est moins sévère à l'encontre de l'État car il considère que c'est le seul à pouvoir contrôler la monnaie.

  • Maurice Allais appuie sa démonstration de l'illusion monétaire par l'apologie du marchand de clous de Colson. En régime d'hyperinflation, le marchand de clous augmente de jour en jour sa recette sur la vente de clous. Mais, en réalité, il vend de moins en moins d'unités de clous. Pire, chaque matin, il est obligé de se réapprovisionner avec des clous de plus en plus chers. À la fin, il ne lui reste en stock plus qu'un clou... L'économiste Colson ajoute de façon cynique et morbide, que ce dernier clou ne sert au marchand que pour se pendre.

  • Voir par exemple La montagne de cash.

  • "La crise financière française de 1789-1799", le Jardin des Livres, 2013.

  • Maudit argent, Frédéric Bastiat

  • Bruno Bertez, L'Agefi, 11 novembre 2019

    1. L'assouplissement quantitatif pour les nuls, Simone Wapler dans Contrepoints, 24 avril 2016

    Bibliographie

    • 1922, Albert Despaux, "L'Inflation dans l'histoire", Paris: Impression spéciale de l'Information
    • 1971, George Hagedorn, "Uneven Inflation", The Freeman, April, Vol 21, n°4, pp200-202 (L'auteur explique que les réponses inégales des différents prix et des revenus introduisent des distorsions et des inégalités dans l'économie)
    • 1977,
      • William L. Baker, "Inflation and Stabilization. The Elusive Promise", The Freeman, August, Vol 27, n°8, pp462-465 (L'auteur estime que quelle que soit la décision de l'État, que ce soit pour intervenir pour gonfler ou pour stabiliser la masse monétaire, l’effet est de frustrer les producteurs et les consommateurs.)
      • Elmer A. Fike, "Why Inflation", The Freeman, August, Vol 27, n°8, pp475-476 (L'auteur précise que ce n’est pas les biens et les services sur le marché, mais la quentité de monnaie qui est le facteur critique de l'inflation.)
      • Milton Friedman. « Nobel Lecture: Inflation and Unemployment ». Journal of Political Economy 85, n° 3 (June) : p. 451-472. [lire en ligne]
      • Harry Johnson, "A Note on the Dishonest Government and the Inflation Tax", Journal of Monetary Economics, July, pp375-377
    • 1983. François Seurot. Inflation et emploi dans les pays socialistes. Libre échange. Paris : Presses Universitaires de France. (ISBN 2-13-037624-X) [lire en ligne]
    • 1993, David Ranson, "Inflation", In David R. Henderson, dir., "The Fortune Encyclopedia of Economics: 141 Top Economists Explain the Theories, Mechanics, and Institutions of Money, Trade, and Markets", New York: Time-Warner Books, Inc., pp211-216 [lire en ligne]
    • 2008. Friedrich A. Hayek. « La campagne contre l'inflation keynésienne ». Chap. 13 des Nouveaux essais de philosophie, de science politique, d'économie et d'histoire des idées. Bibliothèque classique de la liberté. Paris : Les Belles Lettres. (ISBN 978-2-251-39047-5) [prés. en ligne]
    • 2018, Brendan Brown, "What Is Wrong with the 2% Inflation Target?", In: Annette Godart-van der Kroon, Patrik Vonlanthen, dir., "Banking and monetary policy from the perspective of Austrian economics", Cham: Springer, pp85-101

    Articles connexes

    Liens externes

     https://www.wikiberal.org/wiki/Inflation

     

    C-3) - Économie

    L’économie (du grec oïkos, maison et nomos, administrer) est la science sociale qui étudie comment les ressources rares sont employées pour la satisfaction des besoins des hommes vivant en société ; elle s’intéresse d’une part, aux opérations essentielles que sont la production, la distribution, et la consommation des biens, d’autre part, aux institutions et aux activités ayant pour objet de faciliter ces opérations. Plus brièvement, l'objet de l'économie est de répondre au problème : comment faire au mieux avec ce dont on dispose.

    L'économiste est un spécialiste de l'économie.

    L’École autrichienne d'économie conteste la définition de l'économie comme science de « l’allocation des ressources rares », ou science du « choix », car cette définition conduit vers l'ingénierie sociale (constructivisme ou interventionnisme). Elle préfère parler de praxéologie (science de l'action humaine), catallactique (étude des échanges) et thymologie (psychologie de l'action humaine). 

    Toute l'économie en une page ?

    Milton Friedman, prix Nobel d'économie, a eu l'occasion de dire « ce qui est extraordinaire avec la science économique, c'est que toutes ses lois tiennent réellement en une page, mais leur simplicité n'a jamais été acceptée par la plupart des gens ».

    L'économiste américain Mark Skousen a relevé le défi. Le texte ci-dessous a été publié par la revue du FEE (Foundation for Economic Education, New York), The Freeman, en janvier 1997. Ce texte a été traduit par Jacques Garello, président de l'ALEPS, Association pour la liberté économique et le progrès social, pour La Nouvelle Lettre, numéro du 15 février 1997.

    1. Intérêt personnel : personne ne dépense l'argent des autres avec autant de soin que le sien propre.
    2. Croissance économique : la clé de l'élévation du niveau de vie est de développer l'épargne, la formation de capital, l'éducation et la technologie.
    3. Commerce : lors de tout échange volontaire, quand ils disposent d'une information précise, l'acheteur et le vendeur sont tous les deux gagnants ; de ce fait, une augmentation du commerce entre individus, entre groupes ou entre pays est profitable aux deux parties.
    4. Concurrence : étant donné la réalité physique et universelle de la disponibilité limitée des ressources et une demande toujours croissante, la concurrence existe dans toutes les sociétés et ne peut pas être abolie par décret gouvernemental.
    5. Coopération : puisque la plupart des individus ne sont pas autosuffisants, et que presque toutes les ressources naturelles doivent être transformées pour devenir utilisables, les individus - travailleurs, propriétaires, capitalistes et entrepreneurs - doivent travailler ensemble dans le but de produire des biens et services de valeur.
    6. Division du travail et avantages comparatifs : les différences de talents, d'intelligence, de savoir et de propriété conduisent à la spécialisation et à un avantage comparatif détenu par chaque individu, entreprise ou pays.
    7. Dispersion du savoir : l'information sur le comportement du marché est si diverse et omniprésente qu'elle ne peut être saisie ni calculée par une autorité centrale.
    8. Perte et profit : le profit et la perte sont des mécanismes du marché qui indiquent ce qui doit être ou ne pas être produit dans le long terme.
    9. Coût d'opportunité : étant donné les contraintes de temps et de ressources, il faut toujours faire des arbitrages. Vouloir faire quelque chose demande de renoncer à autre chose que l'on aurait aimé faire aussi. Le prix payé pour s'engager dans une activité est égal au coût des activités auxquelles on a renoncé.
    10. Théorie des prix : les prix sont déterminés par l'estimation subjective des acheteurs (demande) et des vendeurs (offre), et non par un quelconque coût de production objectif ; plus le prix est élevé, moins les quantités achetées seront grandes et plus les quantités offertes seront importantes.
    11. Causalité : à chaque cause correspond un effet. Les actions des individus, des entreprises ou des gouvernements ont un impact sur les autres acteurs de l'économie, impact qui peut être prédit, bien que le niveau de prédictibilité dépende de la complexité des actions engagées.
    12. Incertitude : il existe toujours une dose de risque et d'incertitude sur l'avenir, car les gens effectuent des réévaluations, tirent des leçons de leurs erreurs et changent d'avis, ce qui rend délicate toute prédiction sur leurs comportements à venir.
    13. Économie du travail : l'augmentation des salaires sur le long terme ne peut être réalisée que par une plus grande productivité, c'est-à-dire par davantage d'investissements en capital pour chaque travailleur ; le chômage chronique est une conséquence de l'action du gouvernement qui fixe les taux de salaire au-dessus du niveau d'équilibre du marché.
    14. Contrôles du gouvernement : les contrôles des prix, des salaires ou des loyers peuvent bénéficier à certains individus ou groupes, mais pas à la société dans son ensemble ; en fin de compte, ces contrôles créent de la pénurie, du marché noir et une détérioration de la qualité et des services. Les repas gratuits, ça n'existe pas.
    15. Monnaie : des tentatives délibérées pour déprécier la monnaie nationale, ou baisser artificiellement les taux d'intérêt, ou encore pour s'engager dans des politiques d'argent facile conduisent inévitablement à l'inflation, à des cycles prospérité/récession et aux crises économiques. C'est le marché, et non l'État, qui devrait régler la monnaie et le crédit.
    16. Finances publiques : dans toutes les entreprises publiques, et afin de maintenir un haut niveau d'efficacité et une bonne gestion, les principes du marché doivent être adoptés chaque fois que cela est possible :
    1) le gouvernement devrait essayer de se cantonner à ce que les entreprises privées ne peuvent pas faire ; il ne doit pas s'engager dans des affaires que le secteur privé gère mieux que lui.
    2) le gouvernement devrait fonctionner selon ses moyens.
    3) l'analyse coût/avantage : les bénéfices marginaux doivent être supérieurs aux coûts marginaux.
    4) le principe de commutativité : ceux qui bénéficient d'un service devraient payer pour ce service.

    Économie et mathématiques

    Une idée assez répandue est celle que l'économie, puisque elle est une matière scientifique, doit obligatoirement être traitée de manière mathématique. Par exemple, l'économiste néerlandais Jan Tinbergen (1903-1994), physicien de formation et un des fondateurs de l'économétrie, tire la conclusion que « nul n'est économiste s'il n'est mathématicien ».

    L'emploi des mathématiques en économie permet d'aboutir à des résultats rigoureusement exacts, et tout à fait conformes à un modèle (censé représenter la réalité) qui, lui, est hélas parfaitement irréaliste ! Ce travers scientiste se retrouve aussi bien chez les économistes anglo-saxons (par exemple Paul Samuelson) que chez les Français (par exemple Maurice Allais).

    Notons d'abord qu'il est impossible de tester empiriquement les théories économiques, parce que les faits sociaux sont des phénomènes complexes non répétables.

    L'économie mathématique introduit des suppositions qui l'aide à arriver aux conclusions désirées, des hypothèses arbitraires qui, à la limite, rendent le modèle totalement irréel. Elle se limite aux problèmes qui peuvent être résolus. On obtient des réponses abstraites à des questions abstraites, mais qui ne décrivent pas une économie réelle. On préfère traiter les problèmes qu'on sait résoudre plutôt que les problèmes réels.

    Exemples :

    • la théorie de l'équilibre général des économistes de l'École de Lausanne (Léon Walras), avec les hypothèses irréalistes de la concurrence dite parfaite (atomisation des marchés, parfaite divisibilité et parfaite mobilité des biens et des services productifs, instantanéité, homogénéité des produits, connaissance parfaite de la part des agents économiques).
    • la théorie des anticipations rationnelles, qui part de suppositions aussi irréalistes (tous les agents sont d'une intelligence surnaturelle et les marchés sont continuellement en équilibre).

    L'approche mathématique, malgré ses prétentions, n'a donc rien de scientifique (son seul avantage est qu'elle arrive, par le calcul, à des résultats, qu'elle prétend valables pourvu qu'on ne conteste pas les hypothèses de départ). La principale déficience de l'économie mathématique provient de ce qu'elle ignore le processus de marché, c'est-à-dire l'action humaine et ses implications logiques, toutes choses qui ne peuvent pas être traduites dans des équations mathématiques.

    L'École autrichienne a longtemps combattu le traitement mathématique des questions économiques. Murray Rothbard écrit :

    « Le meilleur guide du lecteur pour la jungle de l'économie mathématique est de passer outre au fatras arbitraire de ses équations et d’aller rechercher ses hypothèses sous-jacentes. Invariablement, celles-ci sont en petit nombre, elles sont simples, et elles sont fausses. Elles sont fausses justement parce que les économistes mathématiciens sont des positivistes, qui ne savent pas que l'économie part d’axiomes qui sont vrais. Les économistes mathématiciens passent donc leur temps à élaborer des hypothèses dont ils reconnaissent qu’elles sont fausses, totalement ou partiellement, mais dont ils espèrent qu’elles pourront servir comme autant d’approximations utiles, comme ils le feraient en physique. (Note sur l'économie mathématique)

    Déjà Jean-Baptiste Say parlait ainsi des personnes qui utilisaient les mathématiques en économie :

    « Ces personnes [...] n'ont pu énoncer ces problèmes en langage analytique sans les dépouiller de leur complexité naturelle, au moyen de simplifications et de suppressions arbitraires, avec les conséquences, insuffisamment appréciées, qu'ils changeaient toujours la condition du problème et viciaient tous ses résultats ; cela fait qu'on ne peut déduire de tels calculs aucune autre inférence que celles qui se dégagent de la formule arbitrairement supposée. (Traité d'économie politique, 1803)

    Un autre défaut de la science économique mathématisée est qu'elle ne tient pas compte d'un élément important : les règles de droit (et si elle en tient compte, elle confond droit avec législation ou réglementation).

    Voir aussi scientisme, économisme, planisme.

    Séparation de l’État et de l'économie

    ‎ De même qu'au cours des siècles on a abouti, au moins en Occident, à une séparation de l’État et de l’Église, l'expression la plus simple du libéralisme économique est la suivante : séparation de l’État et de l'économie, l’État ne conservant que les fonctions régaliennes indispensables à la bonne marche de l'économie (répression du meurtre, du vol, de l'escroquerie...) :

    « Quand je dis capitalisme, je veux dire un capitalisme de laissez-faire entier, pur, incontrôlé, non réglementé - avec une séparation de l’État et de l'économie, de la même façon et pour les mêmes raisons qu'on a réalisé la séparation de l'église et de l’État. (Ayn Rand)

    Cela implique l'interdiction de toute dette publique, la fin du capitalisme de connivence et cela peut en particulier aller jusqu'à la suppression d'institutions inutiles et nuisibles : banque centrale, FMI, etc. avec l'emploi de monnaies privées en remplacement des monnaies contrôlées par l’État.

    Aux interventionnistes qui exigent de mettre l'économie au service des peuples, les libéraux répliquent que l'économie est toujours au service des peuples, pourvu que l’État n'intervienne pas pour favoriser certains aux dépens des autres (capitalisme de connivence, protectionnisme, privilèges, autres formes d'interventionnisme, etc.)

    Citations

    Searchtool-80%.png Article détaillé : Citations sur l'économie.
    • [L’économie] est une science des moyens à mettre en œuvre pour la réalisation de fins choisies, et non pas, assurément, une science du choix des fins. Les décisions ultimes, l’évaluation et le choix des buts, sont au-delà du champ d’une science, quelle qu’elle soit. La science ne dit jamais à l’homme comment il doit agir ; elle montre seulement comment un homme doit agir s’il veut atteindre des objectifs déterminés.
    Ludwig von Mises
    • L’économie semble paraître hermétique ou inintéressante pour le commun des mortels qui ne se doute pas à quel point elle façonne tous les jours notre existence. À ne pas comprendre l’économie, on prend le risque de la subir, et de se laisser influencer par les apprentis sorciers du contrôle social qui sont nombreux aujourd’hui à profiter de l’ignorance ou de l’aveuglement.
    Jean-Louis Caccomo
    • Un roi fit venir un économiste. Celui-ci arriva avec une encyclopédie en 18 volumes ; le roi le fit mettre à mort. Le second arriva avec un gros dictionnaire ; le roi le chassa. Un troisième vint et dit : « Sire, un repas gratuit, cela n'existe pas » ; le roi le nomma Premier ministre.
    Milton Friedman
    • L'économie est la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre les fins et les moyens rares à usages alternatifs.
    Lionel Robbins, 1932
    • La science économique est la façon de comprendre le comportement en partant de l'hypothèse que les gens ont des objectifs et tendent à choisir la façon correcte de les réaliser.
    David Friedman
    • Quand on cesse de compter, c'est la peine des hommes que l'on cesse de compter.
    (Charles Bettelheim, économiste marxiste)
    • La connaissance économique conduit nécessairement au libéralisme.
    Ludwig von Mises
    • La théorie économique, pour sa part, est une théorie du comportement humain, donc une théorie du comportement d'hommes qui vivent en société, c'est-à-dire dans un système d'interrelations, d'hommes qui sont confrontés au problème de la rareté et qui recherchent les moyens de la surmonter. Elle est correcte si elle part d'hypothèses cohérentes avec la manière dont les hommes se comportent effectivement, mais elle ne l'est pas si elle est purement formaliste ou si elle repose sur des hypothèses purement rêvées.
    Pascal Salin (Libéralisme, 2000)
    • Être ignorant en économie n'est pas un crime, puisque après tout c'est une discipline spécialisée, considérée par la plupart des gens comme une science rébarbative[1]. Mais ce qui est totalement irresponsable est d'exprimer une opinion forte et véhémente sur les sujets économiques tout en restant dans cet état d'ignorance.
    Murray Rothbard
    • L’économie se venge toujours.
    Raymond Barre
    • Apprenez à un perroquet les termes « offre et demande » et vous obtenez un économiste.
    Thomas Carlyle
    • Contrairement à ce que pensent beaucoup d’économistes, l’économie n’est pas une branche des mathématiques, encore moins de la psychologie ou, comme le pensent bien des observateurs neutres, de l’astrologie. C’est tout simplement le dernier avatar de la logique, branche de la philosophie, que nous avons hérité de nos ancêtres grecs. L’économie n’est rien d’autre qu’une application de la logique aux activités purement humaines de création, de distribution et de transfert de la richesse entre générations.
    Charles Gave
    • Quand une personne ne comprend pas l'économie, cela s'appelle de l'ignorance. Quand il s'agit de millions de personnes, cela s'appelle un mouvement politique.
    Scott Adams
    • Le but de l’économie est d’infuser de l’être au sein de l’avoir. L’économie est déjà devenue le principe unificateur entre les peuples. Mais l’économie n’est pas seulement globale, elle est ce qui permet de penser la globalité. Car elle met en jeu non seulement les êtres humains entre eux, mais l’humanité et son environnement, l’esprit et la matière.
    Christian Michel
    • L'économie est la science qui connaît le prix de tout et la valeur de rien.
    Oscar Wilde

    Informations complémentaires

    Notes et références

    1. Ce qualificatif péjoratif de dismal science (science lugubre) est dû à Thomas Carlyle dans son essai de 1849, Un discours occasionnel sur la question des nègres. À l'époque, les économistes classiques comme John Stuart Mill ou Nassau Senior utilisaient l'analyse économique des institutions pour expliquer les différences de richesse entre les nations, alors que les membres du mouvement eugénique tels que Thomas Carlyle et Thomas Malthus prétendaient que les « différences de race » étaient la principale explication.

    Voir aussi

    Liens externes

    https://www.wikiberal.org/wiki/%C3%89conomie

     

     


     

    D) - Les marchés peuvent-ils fournir des biens publics ? 

    La défense nationale, la pureté de l'air et les routes publiques sont souvent qualifiées de « biens publics » et citées comme un angle mort du capitalisme. Mais cette affirmation est-elle fondée ?

    D-1) - Marché

    En économie, le « marché » est l'ensemble des règles (juridiques ou informelles) qui permettent la réalisation d'un échange libre entre individus, en permettant l'interaction entre acheteurs et vendeurs confrontant leurs offres et demandes, réelles ou potentielles, aboutissant à déterminer la valeur d'un produit, service ou actif, ou d'un ensemble de produits, services ou actifs.

    Le marché est un concept central en économie. Le marché est un processus entièrement produit par des actions humaines qui porte tout aussi bien sur les échanges de biens et de services, d'actifs financiers et immobiliers, tant au niveau local que mondial. Un processus de marché[1] est un ajustement continuel aux exigences des différents acteurs économiques.

    En marketing, on divise le marché en segments, car l'échange permet à la fois de délivrer des biens et des services et de révéler des préférences. On s'aperçoit par exemple que dans une économie ouverte, les innovations de biens et de services sont de plus en plus développées. Nous ne sommes plus à l'heure de la Ford T du début du XXe siècle où le vendeur déclarait ironiquement qu'il était possible de choisir la couleur de sa voiture dans la mesure où on l'acceptait noire. Dans le secteur de la parfumerie, il y avait dans les années 1980 six nouvelles créations de parfums par an. On dépasse la centaine aujourd'hui. Dans la grande distribution (hors hard discount), à superficie égale, il y a 70 % de références supplémentaires qu'il y a 20 ans. Pour une surface de 7000 m², il existe désormais 100 000 références. Dans la presse, également, il sort plus de 1000 titres nouveaux par an avec un fort taux de mortalité. Le marché libre accompagne l'hétérogénéité des choix des consommateurs qui explique, en partie, l'hétérogénéité des entreprises[2].

    Les libéraux, tenants du libre-échange, estiment que lorsque des contraintes étatiques portent sur les échanges, au niveau des quantités pouvant être offertes ou achetées, ou au niveau des prix, on s'éloigne en partie ou totalement du concept de marché. Dans cette vision, on considère que le marché est dit efficace s'il concourt à approcher le juste prix et une allocation des ressources optimum. 

    Erreurs fréquentes

    Les libéraux ramènent tout au marché

    Dans des discussions économiques à propos du « marché », ceux qui essayent d'apporter une définition plus exacte sont accusés de « tout ramener au marché », c'est-à-dire tout expliquer dans l'optique d'un processus de marché.

    Le libéral n'a aucune dévotion irraisonnée envers le marché, et n'affirme pas que le libre marché soit la solution magique à tous les maux de la vie en société ; il affirme que c'est le processus le plus juste, celui qui respecte le mieux le droit de l'individu. Comme l'énonce Pascal Salin : « Les libéraux ne sont pas concernés par le marché, ils sont concernés par les droits, ce qui n'est pas du tout la même chose »[3].

    Celui qui accuse les libéraux d'avoir la religion du marché montre précisément son incompréhension de toute réalité économique : il personnifie le marché et en fait une entité maléfique, alors qu'il n'est qu'un mode d'interaction entre les personnes, issu de la civilisation et de l'échange pacifique.

    Par ailleurs, le don, le bénévolat, la solidarité, la mise en commun volontaire de biens, constituent autant de façons d'agir, respectables tant qu'elles ne sont pas coercitives. Elles illustrent en fait la thèse libérale de la subjectivité de la valeur : une personne peut accorder plus de valeur à telle forme d'échange (peut-être non marchand, non monnayé ou non monnayable) qu'à telle autre.

    Autre élément important : l'homme n'est pas une marchandise car il ne peut faire l'objet d'un droit de propriété. Comme philosophie politique opposée à l'esclavage et à la servitude, le libéralisme ne cautionne donc pas l'idée selon laquelle un individu pourrait être cédé ou vendu comme le serait un produit commercialisé. À ceux qui assimilent le salariat à l'esclavage, il convient de répondre qu'en tant que salarié un individu est payé pour le service qu'il rend à son employeur, et non pas parce qu'il aurait loué ou, a fortiori, vendu son corps. Ensuite, le contrat de travail a été signé librement par celui qui a accepté de devenir employé, et a trouvé ce statut préférable à celui de travailleur indépendant[4] ou d'entrepreneur.

    Les adversaires du libéralisme, qui prétendent souvent que les libéraux déifient le marché, cherchent en fait des justifications à l'interventionnisme et au constructivisme étatiques, censés remédier aux prétendues défaillances du marché. De telles interventions n'aboutissent qu'à perturber l'économie, au bénéfice des uns et au détriment des autres, ce qui justifie de nouvelles interventions toujours plus liberticides, dans un processus de cercle vicieux dont se nourrit l'étatisme. « Optimiser », « planifier », « corriger », tels sont les mots d'ordre de tous ceux qui veulent régenter la vie des autres.

    Le marché est immoral (ou amoral), c'est pour cela qu'il doit être régulé

    Il n'est pas dans la nature du marché d'être ou de ne pas être moral. Le marché existe parce qu'il est le lieu naturel où peuvent s'effectuer en toute liberté les échanges des acteurs. Cela gêne beaucoup de monde parce que ça fonctionne tout seul (la fameuse métaphore[5] de la main invisible) et beaucoup se sont essayés à moraliser ce processus : il léserait celui-ci, avantagerait celui-là, etc. Mais au nom de quelle chimérique échelle de valeur neutre et non-idéologique pourrait-on apporter un jugement moral sur le fonctionnement du marché ? Au nom de quels critères une poignée d'hommes, même sous prétexte qu'ils sont élus, peuvent-ils intervenir sur ce marché en décrétant qu'il fonctionne mal ? Au nom de quoi apporter un correctif, si ce n'est par orgueil, par suffisance ? Et pour apporter quoi ? Des bons sentiments plus que de la morale (ils constituent la morale de celui qui n'en a pas).

    Pourquoi les libéraux exigent-ils le libre-échange ? Par respect du droit de propriété de chaque personne comme de chaque entreprise. Les mêmes qui demandent la mise en place de toutes sortes d'entraves fiscales ou réglementaires sont les premiers qui s'insurgeraient si on prétendait les empêcher de jouir comme ils l'entendent de leur propriété individuelle. En bons égoïstes, ils réclament pour les autres ce qu'ils n'accepteraient pas pour eux.

    Le marché est coercitif

    Il y a souvent dans le public, même chez les personnes supposées bien informées (journalistes, commentateurs) un fantasme du marché coercitif, avec l'idée non exprimée que l'acheteur (appelé prédateur s'il s'agit d'une OPA inamicale) peut faire ce qu'il veut à coups de millions ou de milliards. Comme si en face d'un acheteur, il n'y avait pas un vendeur, ou des vendeurs (les actionnaires), qui sont libres de vendre ou de ne pas vendre.

    Ce fantasme antilibéral voit le marché comme une bête immonde, comme la loi de la jungle, alors qu'il n'est qu'un lieu d'échanges volontaires. Le marché est considéré aussi comme une machine, un distributeur automatique : on met l'argent d'un côté, et de l'autre on récupère ce qu'on voulait acheter. Comme si la vie économique revenait à faire ses courses au supermarché, où l'on a ce qu'on veut du moment qu'on peut payer.

    Le marché ne permet pas forcément à l'acheteur d'acheter au prix qu'il souhaite ni au vendeur de vendre au prix qu'il désire. C'est pour cela que le marché est l'objet de toutes les critiques (la loi du marché, s'aligner sur les prix du marché, etc.). On oublie que le marché n'est pas un être en soi, mais résulte de décisions d'une multitude d'individus. Fausser le marché par une décision étatique (au nom d'une fiction telle que le juste prix) revient toujours à léser certaines personnes au profit d'autres.

    Le marché ne se soucie que du court terme

    Plusieurs économistes, y compris certains présentés comme libéraux tels Raymond Barre, ne manquent pas de fustiger la myopie du marché et sa vision à très court terme.

    En réalité, les prix du marché intègrent toutes les informations pertinentes sur les produits, y compris leur rareté actuelle et leur rareté à venir. En effet, dans le cas des actions, ce sont les bénéfices futurs des entreprises qui sont les plus importants dans la valorisation de l'entreprise. Ainsi, pratiquement et rapidement, les investisseurs évaluent quels seront les bénéfices futurs de l'entreprise et, en en faisant la somme, obtiennent la valeur actuelle de l'entreprise.

    De nombreuses études académiques se sont intéressées à la question de la myopie supposée du marché, toujours avec les mêmes conclusions : comme le note les économistes Augustin Landier et David Thesmar, « la théorie économique confirme les faits : le marché n'est pas myope » mais valorise correctement les entreprises dont on attend des bénéfices même à long terme[6]. Ainsi, comme l'ont noté les économistes Steve Kaplan et Per Stromber en 2005, 82 % des entreprises qui s'introduisent en bourse ne sont pas bénéficiaires. 85 % subissent encore des pertes trois ans plus tard[7]. Formulé autrement, les entreprises qui font des pertes mais dont on peut attendre des bénéfices importants dans le futur trouvent des capitaux en bourse, contredisant l'idée reçue de la myopie du marché. Comme le remarque Agnès Verdier-Molinié, « si les marchés étaient myopes, comment pourraient-ils accepter de continuer à financer ces entreprises ? »[8].

    On peut également remarquer que les marchés financiers organisés (Bourse de valeurs) sont nés aux Pays-Bas, en partie pour permettre aux armateurs de lever des fonds d'expéditions futures. Là encore, le marché était là pour apporter des capitaux à des entreprises déficitaires sur le moment mais porteuses d'espoirs de bénéfices futurs. Non seulement le marché ne se soucie que peu du court terme mais il se soucie surtout du long terme (à la différence du politicien qui n'a en vue que la prochaine élection).

    Le marché existe, on peut le rencontrer

    Dans certains discours altermondialistes ou étatistes, on parle de « dictature du marché » ou de « règne du marché », comme si le marché existait comme entité. Cette personnalisation sert généralement des fins de diabolisation facile. Ainsi, « le grand méchant marché » est-il souvent présenté par ses opposants comme un épouvantail à abattre.

    Ce raisonnement est faux, car le marché n'existe pas en tant qu'entité. Le marché, c'est chacun d'entre nous, chacun de ses acteurs, producteurs et consommateurs ou intermédiaires. Ce n'est qu'un raccourci pour parler de la conjonction d'une multitude d'initiatives privées. Le marché, ce sont des acteurs plus ou moins nombreux selon le type de produit échangé. Ainsi, le marché du pain en France est constitué des millions de consommateurs qui achètent leur baguette, des dizaines de milliers de boulangers, d'agriculteurs, etc.

    On retrouve une constante de la logique collectiviste : invoquer des entités collectives mal définies soit pour les mettre en accusation (le marché, le capitalisme) soit pour parler en leur nom (le prolétariat, les travailleurs). Une analyse individualiste ou nominaliste permet de réfuter ce type d'affirmations.

    Le marché ? Je ne connais pas cette personne

    Murray Rothbard rattache au même type de sophisme organiciste le fait de parler du marché comme d'une personne, ou une non-personne :

    « Une erreur semblable est commise, aussi bien par les partisans que les adversaires de l’économie de marché, lorsqu’ils disent que le marché est impersonnel. Ainsi, l’on trouve souvent des gens qui se plaignent que le marché serait trop impersonnel parce qu’il ne leur accorde pas une part suffisante des biens de ce monde. C’est oublier que le marché n’est pas une espèce d’être conscient, qui prendrait de bonnes ou de mauvaises décisions : le concept n’est qu’une étiquette dont on se sert pour désigner un type d’interactions volontaires entre des personnes singulières. Si Untel pense que le marché impersonnel ne le paie pas assez, la réalité concrète dont il se plaint en fait, c’est que les citoyens Dupont, Durand, Duchmolle et Tartempion ne sont pas prêts à le payer autant qu’il voudrait recevoir. Ce n’est pas une sorte de monstre qui s’appellerait Marché, et qui le frustrerait dans ses efforts. (Les oripeaux de la science - Chapitre premier d'Économistes et Charlatans, traduction François Guillaumat)

    Le marché libre est une fiction libérale

    Selon certains critiques, le marché libre est une fiction, car il aboutit en général à des oligopoles et à une fermeture à l'entrée, qui fait que ce marché n'a en réalité plus rien de libre.

    Ce qui se cache derrière cette critique est en fait une volonté égalitariste. Cela revient à critiquer un concours comme inégalitaire parce qu'il y aura des reçus et des recalés. Et le marché est précisément cela : un concours où les meilleurs (tels que les jugent les consommateurs ou les clients des entreprises) gagnent et s'assurent des parts de marché. Les critiques ignorent également l'aspect dynamique du marché : une position n'est jamais acquise définitivement, et peut être perdue suite à des innovations ou à des erreurs stratégiques.

    Un oligopole peut effectivement fausser la concurrence par le biais d'ententes sur les prix. La question est de savoir si l'apparition d'un nouveau concurrent pratiquant des prix inférieurs ou offrant un meilleur service est possible (légalement). Ludwig von Mises (L'Action humaine) souligne que cet état de fait est « le résultat des politiques interventionnistes adoptées par les gouvernants de tous les pays [...], le fruit de politiques hostiles au capitalisme et qui visent à saboter et détruire son fonctionnement. » Les situations pérennes de monopoles ou d'oligopoles tiennent toujours de la corruption politique ou du capitalisme de connivence.

    Citations

    • « Le marché ne désigne que l’ensemble des relations à la fois volontaires et potentielles entre les personnes. Volontaires, cela veut dire que tout le monde y entre exprès en relation, et c’est une preuve suffisante qu’elles y trouvent toutes leur intérêt. Potentielles, cela veut dire qu’il y a marché tant qu’il y a choix. Si l’échange est à long terme, on entre alors dans un contrat, et quand les contrats sont multiples, dans une organisation. »
    (François Guillaumat)
    • « Ce qui marche, c’est le vote avec ses pieds, et c’est le vote avec son argent. Le vote avec son argent, la véritable démocratie, celle cent mille fois, un million de fois plus démocrate que les simulacres de représentation que nous connaissons, c’est le marché. Et c’est pour ça bien entendu que le marché est le bouc émissaire de toute cette caste exploiteuse. »
    (François Guillaumat)
    • L'alternative au marché, c'est la violence : je m'impose à l'autre par la violence, je dispose de sa personne et de ses possessions contre sa volonté.
    (François Guillaumat, Crise scientifique et crise intellectuelle, Lumière101, 11/02/2009)
    • « Le marché est le mode d’organisation et de coopération « co-essentiel » à l’État de droit libéral. »
    (Henri Lepage)
    • « Le marché est une démocratie de consommateurs. »
    (Ludwig von Mises, L'Action humaine[9])
    • « Les tentatives pour corriger l'ordre de marché conduisent à sa destruction. »
    (Friedrich Hayek, Droit, législation et liberté)
    • « Comme nous le savons, la justification fondamentale du marché, ou plus précisément d’un système de droits de propriété privés et de choix individuels, n’est pas l’efficacité d’un tel système - pourtant indéniable - ou sa capacité à assurer le « bien commun ». Sa justification est d’ordre moral : le marché fondé sur des droits de propriété légitimes est « juste » parce qu’il est conforme à la nature humaine et qu’il permet donc l’exercice de la responsabilité individuelle. »
    (Pascal Salin, Libéralisme[10])
    • « Le marché est une institution, et qui postule et promeut certaines vertus : la loyauté, le respect de la règle du jeu, l'initiative, le sens du risque, la prévoyance, le sang-froid, l'effort discipliné. Le marché est un jeu, éducateur comme tout jeu. L'économie libre fait les hommes libres, et les hommes libres sont des hommes moralement supérieurs. »
    (Daniel Villey)
    • « Le marché est le seul moyen possible de réaliser sous forme de travail utile la synthèse d'un travail divisé analytiquement en spécialisés diverses. Le cultivateur mourrait de faim faute d'un morceau de pain, le planteur de coton resterait nu, le charpentier devrait vivre dans une caserne, s'il n'y avait des marchés pour réunir les cultivateurs, les meuniers et les boulangers, les planteurs, les filateurs, les tisserands et les tailleurs, les bûcherons et les charpentiers. Ce rassemblement au moment opportun, en quantités appropriées, conformément à l'aptitude de produire et au désir de consommer, ne saurait être organisé et administré d'en haut par aucune puissance humaine. C'est une synthèse organique, et non artificielle, qui ne peut être réalisée que par la continuelle mise en présence des demandes et des offres. Car la division du travail et son réglage sur les marchés sont deux aspects inséparables d'un même processus de production des richesses ; si l'on ne comprend pas cette vérité, on ne peut pas comprendre le principe technique de la production dans le monde moderne. »
    (Walter Lippmann, La Cité Libre)

    Notes et références

  • Loic Sauce, 2017, « Market Process(es) and (un)Knowledge », The Review of Austrian Economics, 30 (3), pp305–321

  • G. Cattani, 2005, « Pre-adaptation, firm heterogeneity, and technological performance: A study on the evolution of fiber optics, 1970–1995 », Organization Science, Vol 16, pp563–580

  • Pascal Salin repris sur Quitter la Sécu

  • Un travailleur indépendant est propriétaire de son entreprise. Il gagne sa vie en travaillant pour lui-même, pas en tant qu'employé ou en tant que propriétaire (actionnaire) d'une société. Un entrepreneur indépendant est un homme ou une femme d'affaires indépendant. Il/elle est responsable de la gestion de son propre commerce ou entreprise. Celui qui travaille pour différentes entreprises ou pour différents individus peut être également un travailleur indépendant, par exemple, un pigiste (journaliste) qui travaille pour différents éditeurs. Il existe également beaucoup de travailleurs indépendants qui exercent leur métier en ligne.
    • 1987, G. R. Carroll, E. Mosakowski, "The career dynamics of the self-employed", Administrative Science Quarterly, Vol 32, pp570–590
    • 2014, M. Caliendo, F. Fossen, A. S. Kritikos, "Personality characteristics and the decisions to become and stay self-employed", Small Business Economics, 42(4), pp787-814

  • A. Bernard, M. B. Adelman, 1990, « Market metaphors for meeting mates », In: M. E. Goldberg, G. Gorn, R. W. Pollay, dir., « Advances of Consumer Research », Association of Consumer Research, Provo, UT, pp78-

  • Augustin Landier & David Thesmar, Le Grand méchant marché, Flammarion, édition 2008, p.21

  • Steve Kaplan & Per Stromber, « What are firms ? Evolution from birth to public companies », NBER Working Paper, 2005

  • Agnès Verdier-Molinié, La Mondialisation va-t-elle nous tuer?, JC Lattès, 2008, p.48

  • Ludwig von Mises, L'Action Humaine, 1949, 6e partie, chap. XXXIII, [lire en ligne]

    1. Pascal Salin, Libéralisme, Odile Jacob, 2000, p.383

    Annexes

    Bibliographie

    • 1992, Kunal Sen et Rajendra Vaidya, Move towards a Market Economy: Modern Austrian and Post-Keynesian Perspectives, Economic and Political Weekly, Vol 27, n°30, Jul. 25, pp73-80
    • 1999, Sandye Gloria, Discovery versus creation: implication in the Austrian view of the market process, in Vromen, J., Groenenwegen, J. eds. The Institutions of Capitalism. Edward Elgar;
      • Repris en 2002, In: Geoffrey Hodgson, Dir., A Modern Reader in Institutional and Evolutionary Economics: Key Concept, Aldershot and Lyme, NH: Edward Elgar
    • 2003, Naomi Lamoreaux, D. M. Raff et P. Temin, "Beyond Markets and Hierachies: Toward a New Synthesis of American Business History", American Historical Review, Vol 108, n°2, pp404-433.
      • Ces auteurs critiquent Hayek et l'émergence spontané de celui-ci. Ils argumentent qu'il y a eu dans l'histoire des périodes où des gouvernants ou des rois ont initié des marchés, où acheteurs et vendeurs et des organisations ont créé le marché en inventant de nouvelles institutions pour le faire fonctionner. Ils citent comme exemple le marché des citrons de Chicago. Cette critique a été effacée par Judit Kapas, entre autres auteurs, qui expliquent la différence entre le Marché et les marchés (formes organisationnelles). Le Marché est une émergence spontanée, les autres sont des formes organisées de marchés.

    Articles connexes

    Liens externes

    https://www.wikiberal.org/wiki/March%C3%A9

     

    D-2) - Biens publics

    La théorie des biens publics tente de justifier l'intervention de l'État à partir du postulat qu’en présence de biens collectifs le marché est défaillant. Les biens publics sont des biens ou des services qui peuvent avoir trait à la sécurité (police, justice, défense), aux infrastructures (transports, télécommunications, éducation, santé), à l'harmonisation dans un domaine (information, éducation, langue, standardisation), ou à la certification (identification, registre foncier, conformité aux standards), etc.

    Paul Samuelson a qualifié les biens publics par les principes de non-rivalité et de non-excluabilité, ce qui signifie que la consommation d'une unité du bien peut être faite par plusieurs individus et qu'il est impossible d'exclure les consommateurs qui refusent de payer alors qu'ils utilisent ce même bien ou service en question. Par exemple, la Défense nationale serait un bien public : même si quelqu'un refuse de payer ses impôts, il est cependant protégé d'une agression d'un pays ennemi par la Défense de son pays (non-excluabilité) et le fait qu'il soit ainsi protégé ne diminue pas la protection de ses voisins (non-rivalité). 

    Point de vue libertarien

    Pour les libertariens, l'État n'est pas une institution nécessaire, mais au contraire une institution nuisible, régulièrement confondue avec les institutions nécessaires qu'elle monopolise. Il n'existe aucune justification rationnelle de l'intervention étatique, tous les arguments avancés ne visent qu'à cacher la seule raison, qui est l'emploi de la force selon la loi du plus fort, pour réaliser l'oppression des politiquement faibles par les politiquement forts.

    L'argument des biens publics permet aux étatistes de justifier d'intervenir dans n'importe quel domaine de la vie des individus, en posant comme pétition de principe que cette intervention est utile, voire indispensable.[1]

    Les arguments avancés à l'encontre des biens publics sont examinés ci-dessous, d'un point de vue exclusivement libertarien.

    La commodité

    L'État prétend toujours prendre des mesures pour rendre service au citoyen, lui assurer davantage de sécurité, de commodité dans ses démarches, etc. Les conséquences de ces mesures ne sont jamais examinées, le but non avoué étant d'augmenter l'emprise de l'État sur ses sujets.

    Par exemple, en France, la carte d’identité obligatoire a été instituée par le maréchal Pétain (loi du 27 octobre 1940) sous ce prétexte de commodité pour les citoyens, outre celui de l’état de guerre dont le régime de Vichy se servait également pour justifier cette obligation. En réalité, les papiers d’identité ne sont avantageux que pour l’État et le contrôle des citoyens, comme le fut le certificat de civisme sous la Terreur. L'identification des Juifs par l'occupant nazi en Europe de l'Est fut grandement facilitée par les cartes d'identité déjà instituées dans ces pays. Très longtemps, dans les démocraties populaires, la nécessité de disposer de laissez-passer (propousk) pour aller seulement d'une ville à une autre permettait de contrôler tous les déplacements.

    Certains services étatiques améliorent la vie des gens, mais en ce cas il n'y a aucune raison pour que ces services soient monopolisés par l'État et financés de façon aveugle par le contribuable plutôt que rendus par des entreprises privées.

    Les « défaillances » du marché

    Le mythe de la défaillance du marché[2] postule que, soit que le marché ne sait pas faire, soit que l'État est à même de faire mieux, comme si les étatistes étaient des êtres supérieurs, et que pour cette raison il faudrait leur conférer le pouvoir.

    Selon les étatistes, il existerait des activités que le marché ne peut prendre en charge parce qu'elles ne seraient pas rentables. Ces activités correspondent comme par hasard aux services publics actuels. Les étatistes ne peuvent concevoir que les pompiers, l'aide médicale d'urgence (SAMU en France), la police, la justice, la recherche scientifique, etc., puissent être des activités rentables, assurées par le marché et payées par leurs clients, ou prises en charge par des associations sans but lucratif, sans aucune intervention étatique.

    Les externalités

    Certaines activités présenteraient des externalités (des effets de bord positifs ou négatifs qui affectent des tiers, par exemple la pollution) qui seraient mieux gérées par le gouvernement. En réalité, l'État crée des externalités par ses monopoles et son protectionnisme, il concentre et amplifie les problèmes potentiels en ne reconnaissant pas les droits de propriété seuls capables de régler les conflits sur une base de droit. Il est malhonnête de vouloir conférer à l'État la gestion des biens publics parce qu'ils sont le siège d'externalités, alors même la législation interdit l'apparition de droits privés de propriété qui résoudraient la question. De plus, l'État traite le problème des externalités en substituant ses préférences à celles des citoyens.

    L'arbitre impartial

    La théorie des jeux modélise des situations où il y a un bénéfice potentiel pour les joueurs, seulement s'ils trouvent un moyen de coordonner leurs actions (exemple : le dilemme du prisonnier). Le sophisme étatiste non sequitur qui en dérive est que l'État serait la meilleure façon d'accomplir cette coordination. En réalité, la coordination a un coût. De plus, l'État n'est pas impartial, il est composé d'individus. Il a pour lui la loi du plus fort, c'est un joueur qui cherche aussi à maximiser son intérêt. Coordonner un jeu lui permet de récolter à son profit exclusif la majeure partie des bénéfices du jeu.

    La non-excluabilité

    Un bien collectif est excluable quand on peut empêcher quelqu'un de le consommer une fois qu'il est produit. Par exemple, l'air qu'on respire est un bien commun non excluable. Les étatistes affirment que de nombreux biens communs ne sont pas excluables et qu'ils doivent donc être gérés de façon monopolistique par l'État. Par exemple, on ne peut empêcher le capitaine d'un navire de profiter d'un phare, même s'il n'a pas participé à son financement (problème dit du passager clandestin, (free rider)[3], il serait donc impossible au secteur privé de financer des phares ou tout bien collectif non excluable.

    Concernant l'argument du free rider, il faut convenir avant tout que nous sommes tous des passagers clandestins du présent et du passé (comme disait Murray Rothbard). En effet, chacun de nous profite du savoir-vivre inculqué à la plupart de ses semblables. Ainsi que le résume Pierre Lemieux, « l'attaque contre les passagers clandestins relève de postulats éthiques indémontrés et indémontrables : que nous n'avons pas le droit de recevoir des dons ou des avantages gratuits, pas le droit de les donner, ou que certains sont obligés de les fournir à d'autres. »

    En réalité, la gestion des biens collectifs par l'État ou par les pouvoirs locaux montre précisément que ces biens sont excluables via des quotas, des péages, un rationnement, etc. Certains économistes ont démontré qu'il n'existe pas une forme absolue de production et de distribution des services publics. Il existe une grande amplitude d'organisations différentes (voir par exemple, l'analyse de Roger Ahlbrandt sur les services des pompiers aux États-Unis[4], ou celle de Steven Cheung pour les apiculteurs). Avoir le monopole de décider qui accepter ou exclure c'est par définition même exercer un droit de propriété. Ce que l'État et les pouvoirs locaux revendiquent sous de faux prétextes est donc l'expropriation hors de leurs biens des propriétaires légitimes, pour confier ces biens à un corps politique illégitime.

    Pour en revenir à l'exemple du phare, Ronald Coase a montré que des phares privés sont rentables. D'ailleurs en Angleterre des phares ont été construits et gérés par des entreprises privées jusqu'au XIXe siècle.

    La prévention des catastrophes

    Cet argument justifie l'intervention de l'État sur un marché pour prévenir (ou remédier à) une défaillance simultanée de tous les fournisseurs d'un service donné. Mais, loin d'etre une solution, le monopole que s'arroge ainsi l'État augmente le risque de catastrophe à cause de la gestion centralisée de tout l'approvisionnement en un tel service. Si certaines catastrophes occasionnelles dans le secteur privé justifieraient de retirer la gestion des mains du privé, est-ce que les catastrophes permanentes dans le secteur public (déficits, gabegies, irresponsabilité généralisée) ne justifieraient pas de retirer la gestion des mains des fonctionnaires de l'État ?

    La volonté collective

    L'intervention étatique est présentée comme résultant d'une volonté collective : volonté du peuple (variante démocratique), de la nation (variante nationaliste), de la société socialiste, etc. Mais si la majorité de la population est en faveur de cette intervention, qu'est-ce qui l'empêche d'agir à la place de l'État ? La coercition étatique est alors injustifiée. Voir l'exemple de la solidarité, un des nombreux biens collectifs confisqués par l'État, sous prétexte que « sans l'État, il n'y aurait pas de solidarité ». Par ailleurs, le concept de volonté collective en démocratie est réfuté par plusieurs théorèmes : théorème d'Arrow, théorème de l’électeur médian.

    Certains affirment que sans l'État, il n'y aurait pas eu Internet, la conquête de l'espace, voire les pyramides d'Égypte ! En réalité, soit une invention est justifiée économiquement, et en ce cas elle apparaîtra (sans les entreprises privées, Internet, ou plutôt son prédécesseur ArpaNet, ne serait qu'un obscur réseau limité à quelques organismes de recherche et à la Défense américaine), soit elle n'a pas de sens et n'existe que par la coercition étatique (un gratte-ciel est justifié économiquement, les pyramides d'Égypte, à l'époque où elles furent construites, ne l'étaient pas, leur seul but étant la glorification du pharaon). La conquête de l'espace aurait été très différente si l'État ne l'avait pas accaparée : la recherche de la rentabilité aurait prévalu sur l'orgueil national et la stérile compétition entre États (URSS et États-Unis dans les années 1960).

    La vitre brisée

    Searchtool-80%.png Article connexe : Parabole de la vitre cassée.

    Les étatistes ne prennent en compte que les effets positifs de l'interventionnisme et évitent de compter les effets négatifs ; sophisme qui fonctionne parce que les bénéfices sont concentrés et visibles, tandis que les coûts sont largement répartis et moins visibles. Pour les étatistes, les destructions et atteintes aux libertés que l'État commet pour « créer » les biens publics par son pouvoir de coercition ne comptent pas. Les exemples sont nombreux, depuis la gratuité de certains services « offerts » par l'État, jusqu'aux « vertus » du keynésianisme en économie. C'est le sophisme de la vitre brisée dénoncé par Frédéric Bastiat, joint aux deux poids, deux mesures, qui permet de sacraliser une action criminelle (impôt, guerre, monnaie frauduleuse, monopoles, etc.) uniquement parce que l'État en est l'auteur.

    Les collectivistes voient l'État comme une source inépuisable de richesses à redistribuer : il faut qu'il prenne en charge ceci, qu'il fasse cela. Comme s'ils ignoraient que l'État ne crée en réalité aucune richesse mais vit de l'impôt. L'État ne crée pas la richesse, il la détruit.

    Il n’existe pas de biens ou de services qui, par nature, devraient être fournis collectivement, et même s’il en était ainsi on ne peut en déduire que l'État devrait les fournir avec l'argent des impôts.

    Le sophisme moral

    Ce sophisme suppose que l'humain est trop mauvais (ou trop immoral, trop faible, etc.) pour se gouverner lui-même. C'est pour cela que certaines missions (la production de certains biens publics) doivent être confiées à l'État. Comme si l'État lui-même était fait d'hommes différents du reste de l'humanité. Les étatistes cultivent ainsi le mythe du bon homme de l'État. En réalité, le pouvoir de coercition de l'État a une nature corruptrice qui rend les personnes à sa tête plus mauvaises que bonnes :

    «  Si l'on rejette le laissez-faire en raison de la faillibilité et de la faiblesse morale de l'être humain, alors on doit également rejeter, pour la même raison, toute espèce d'action gouvernementale. »
        — Ludwig von Mises

    Une grande partie de l'activité de l'État consiste d'ailleurs à imposer des interdictions le plus souvent motivées par des raisons morales arbitraires, et à tenter de faire respecter ces interdictions par la coercition. Tous les domaines d'activité sont plus ou moins touchés : salaire minimum, règlementations sur les lieux dits publics (tabagie, port de signes religieux en France), prohibitions diverses (boissons, drogue, prostitution, armes, vente d'organes), jusqu'au lancer de nains ou le calibrage des cornichons !

    L'intérêt à long terme

    Ce sophisme suppose que seul l'État peut prendre en compte les intérêts à long terme des personnes. Or, hormis en cas de dictature, les gouvernements ne sont jamais assurés de rester au pouvoir, ils ne gèrent jamais rien que pour du court terme, leur horizon étant celui du prochain mandat électif. Les administrations technocratiques durant plus longtemps que les gouvernements, peuvent agir sur le long terme ; mais alors, n'étant soumises à aucun contrôle, elles agissent sur le long terme selon leur intérêt propre et en vue de l'extension indéfinie de leur pouvoir (loi d'airain de l'oligarchie). Seul l'intérêt privé des personnes prévoyantes peut susciter des plans positifs à long terme. Comme l'explique Pascal Salin :

    «  L’interventionnisme étatique est fréquemment justifié sous le prétexte que seul l’État serait capable de prendre des décisions en tenant compte de leurs conséquences à long terme pour l’ensemble d’une société. Cet argument est en fait très étrange. En effet l’État, cette abstraction, est en réalité composé d’hommes et de femmes qui poursuivent leurs propres buts et recherchent leur propre intérêt. Or, pour eux, l’horizon naturel est celui de la prochaine élection et ils sont donc incités à donner des avantages immédiats aux citoyens, quelles qu’en soient les conséquences fâcheuses à long terme. Par contre, un individu a intérêt à prévoir les conséquences de ses décisions pour sa vie entière et même celle de ses enfants. »

    L'uniformité

    Ce sophisme suppose que l'uniformité dans certains domaines est un bien en soi, un bien public, qui présuppose qu'une régulation étatique aussi étendue que possible est nécessaire pour obtenir cette uniformité. Mais l'uniformité n'est pas forcément un bien en soi, et à supposer qu'elle le soit dans certains domaines, la coercition étatique n'est pas le seul moyen ni le meilleur moyen d'y parvenir car elle empêche le processus de découverte par impossibilité de comparer, en imposant aux acteurs du marché des standards donnés.

    La gratuité

    Certains biens publics offriraient l'avantage de la gratuité pour le consommateur (éducation, justice, sécurité sociale, etc.). Cette gratuité est évidemment complètement illusoire puisqu'en dernier lieu c'est le contribuable qui la finance via l'impôt ou les prélèvements sociaux, ou indirectement via la dette publique : il ne s'agit que d'une redistribution par extorsion des actifs, avec les effets pervers qui en découlent : irresponsabilité, surconsommation, etc.

    La "copropriété étatique"

    Pour certains, l’État serait comparable à un syndic de copropriété qui offre un mécanisme de décision pour les décisions communes à la nation. La réalité est bien différente :

    «  Une copropriété fonctionne sur le principe du contrat préalable sur un domaine bien délimité, sur le droit de se désengager, et sur l'absence de coercition entre copropriétaires. L'État est fondé sur l'obligation bon gré mal gré, un ensemble de lois extensibles unilatéralement, l'interdiction de se désengager sans tout perdre, la coercition à l'encontre des récalcitrants. »
        — Faré[5]

    La copropriété étatique a le défaut majeur, comparé à la copropriété immobilière qui ne concerne que l'usage de parties communes dans un immeuble, de s'immiscer dans la vie des individus pour leur imposer un comportement ou pour altérer leur propriété, bien loin de concerner seulement l'usage de biens publics.

    L'analogie avec la copropriété est trompeuse, puisque le présumé copropriétaire des biens publics ne peut en réalité s'en séparer en les revendant et n'a aucun pouvoir de décision sur ces biens, seulement l'obligation de financer aveuglément leur production ou leur fonctionnement.

    Voir aussi FAQ Quitter le pays.

    Bibliographie

    • 1964, Jora Minasian, “Television Pricing and the Theory of Public Goods”, Journal of Law and Economics 7 (octobre 1964): 78—79
    • 1970, Harold Demsetz, “The Private Production of Public Goods,” Journal of Law and Economics 13 (octobre 1970): 295—306
    • 1986,
      • Theodore Bergström, Lawrence Blume, Hal Varian, "On the Private Provision of Public Goods", Journal of Public Economics, Vol 29, n°1, February, pp25–49
      • C. P. Kindleherger, "International Public Goods without International Government", American Economic Review, n°76, March, pp1-13
    • 1988, James Andreoni, "Privately Provided Public Goods in a Large Economy: The Limits of Altruism", Journal of Public Economics, Vol 35, n°1, February, pp57–73
    • 1993, David E. van Zandt, The Lessons of the Lighthouse: "Government" or "Private" Provision of Goods, The Journal of Legal Studies, January, Vol 22, n°1, pp47-72
    • 2019, Elodie Bertrand, "Lighthouses", In: Alain Marciano, Giovanni Battista Ramello, dir., "Encyclopedia of Law and Economics", New York: Springer, pp1326-1330

    Citations

    • «  Si les citoyens connaissaient exactement ce que leur coûte la machine gouvernementale, il est fort probable qu'ils se refuseraient à soutenir plus longtemps des dépenses aussi considérables et aussi peu productives pour leur bien-être. Il faut donc les tromper, et prendre leur argent sans qu'ils s'en aperçoivent. »
          — Vilfredo Pareto, Libre-échangisme, protectionnisme et socialisme[6]

    • «  L’existence du service public est en elle-même grosse d’un mensonge considérable. Ce mensonge consiste à faire croire que l’action de l’État serait indispensable à la fourniture d’un service. »
          — le préfet François Lefebvre, cité par François Guillaumat

    • «  Le « secteur privé » de l'économie, c'est en fait le secteur volontaire, et le secteur public est en fait le secteur coercitif. »
          — Henry Hazlitt

    • «  Des concepts tels que le bien public, le bien-être général, etc., devraient être écartés comme totalement non-scientifiques ; et la prochaine fois que quelqu'un prône la priorité du bien public sur le bien individuel, nous devons poser la question : qui est le public dans ce cas de figure ? »
          — Murray Rothbard

    • «  La seule bonne raison pour s’opposer à la constitution d’un « domaine public » ou réclamer son démantèlement est la conscience du fait que l’État n’en est propriétaire qu’à titre illégitime et criminel. »
          — Murray Rothbard

    • «  Ne pas reconnaître que la propriété publique est par essence conditionnelle ou usurpée engendre une conception contradictoire du droit et des libertés, dont tous les gangsters antisociaux profitent pour en abuser au détriment de ses propriétaires véritables. »
          — François Guillaumat

    • «  Service public ne veut pas dire service gratuit, ça veut dire service payé par le public. »
          — Anonyme

    • «  La théorie des biens publics n'est en fait qu'un avatar de la théorie des externalités positives, qui est elle-même contradictoire, comme Rothbard le démontre brillamment. »
          — François Guillaumat

    • «  En parlant des choses de l'État, évitez l'adjectif « public », qui est trompeur. Utilisez « étatique » à la place. Fonctionnaire étatique, école étatique, rue étatique, intérêt étatique, secteur étatique. Réservez le terme de « public » pour les places et les bars, qui peuvent être étatiques ou non. La perpétuation de la mystique de la puissance étatique nous cache une dure réalité : l'État n’est pas vous, ce qui est à lui ne vous appartient pas, il n’y a pas une volonté collective derrière lui et il ne connaît ni ne sert vos intérêts mieux que ne le ferait toute autre organisation. »
          — Joel Pinheiro da Fonseca

    • «  Rien n'est un bien-en-soi : les biens sont des biens aux yeux de quelqu'un qui les considère comme tels. Mais alors, puisque les biens ne sont pas des biens-en-soi, puisqu'aucune analyse physico-chimique ne pourra jamais prouver qu'une chose est un bien économique, alors il n'existe non plus aucun critère fixe, objectif, pour classer les produits comme singuliers ou collectifs. Ils ne peuvent jamais être des produits singuliers ou collectifs en soi. Ils ne peuvent jamais être des produits singuliers ou collectifs en soi, mais leur caractère singulier ou collectif dépend du nombre des gens qui les considèrent comme bons (ou mauvais). »
          — Hans-Hermann Hoppe

    • «  Tout argent prélevé par l’État, parce qu’il n’a plus de légitime propriétaire, mais qu’il est censé être un « bien collectif », devient l’objet d’un conflit pour son appropriation. Et c’est pourquoi la social-démocratie est nécessairement conflictuelle. Loin de réaliser la cohésion sociale, elle la détruit. »
          — Pascal Salin

    • «  En France, sans doute à cause de l’influence de « l’école des services publics » (encore appelée école de Bordeaux, avec Duguit et Gèze) on a tendance à voir des biens publics partout. La classe politique, toujours à la recherche de clientèle électorale, s’est progressivement imaginé de proposer aux citoyens toutes sortes de biens et services, qui se trouvent ainsi « nationalisés ». En France les biens deviennent publics par décret. [...] En réalité l’on ne peut diminuer la dépense publique sans réduire le nombre de services publics, et l’on a baptisé services publics des activités qui ne produisent pas de biens publics, mais des biens marchands ou privativement partagés. C’est l’inflation de biens publics qui mène à l’inflation de dépenses publiques : nous sommes à la limite d’une lapalissade. »
          — Jacques Garello

    Notes et références

  • Le concept de bien public peut s'étendre à de très nombreuses prestations de l’État. Exemples classiques de biens publics : les feux d'artifice, les prévisions météorologiques, les campagnes de vaccination, etc.

  • Voir aussi La grande peur de la « défaillance du marché ».

  • Peter Farrell, 1966,"The Case of the Free Rider", The Freeman, octobre, Vol 16, n°10, pp12-16

  • Ahlbrandt, Roger, Jr. 1973. Municipal Fire Protection Services: Comparison of Alternative Organizational Forms. Beverly Hills, CA: Sage Publications.

  • Sur le Libéralisme (Faré)

    1. Vilfredo Pareto, 1890, dans Busino G. éditeur, Œuvres complètes de Vilfredo Pareto, tome 4 : Libre-échangisme, protectionnisme et socialisme, Librairie Droz, Genève, 1965, pp. 51-52

    Articles connexes

    Liens externes

    En Français

    En Anglais

    https://www.wikiberal.org/wiki/Biens_publics 

     

     D-3) - Défense nationale

    La Défense nationale est l'ensemble des moyens civils et militaires mis en œuvre par un État pour assurer l'intégrité de son territoire, la protection de sa population et/ou la sauvegarde de ses intérêts. Le terme, la Défense, qualifie couramment l'ensemble de ces moyens, généralement gérés par un ministère de la Défense.

    L'émergence d'une armée permanente a facilité l'émergence de l'État moderne, en rendant le monarque moins dépendant de ses vassaux à qui il devait demander de l'aide lors de conflits. En France, c'est sous le règne de Charles VII (1422-1461) que cette évolution a eu lieu. Elle est à rapprocher de la notion de fonctions régaliennes

    Point de vue libéral

    Pour les libéraux classiques et les minarchistes, la défense nationale fait partie des fonctions régaliennes de l'État et doit donc être assurée par ce dernier.

    Les anarcho-capitalistes divergent et considèrent que ce rôle peut être assuré par des armées privées, embauchées contractuellement par les individus ou des groupes d'individus.

    Citations

    • Que faire pour n'avoir rien à craindre de l'armée ? La réduire, et arrêter le pouvoir par la crainte du pouvoir. Il est donc indispensable de former une milice nationale très nombreuse, et même d'armer chaque citoyen non suspect. Il est indispensable aussi que les grandes villes du royaume aient de l'artillerie, un train de guerre et des munitions aux ordres des municipalités. Enfin il est indispensable que la milice bourgeoise s'exerce au maniement des armes, et qu'elle nomme ses officiers. Sans cela, tout ce qu'on ferait pour assurer la liberté publique ne serait que jeux d'enfants; et la Constitution, quelque parfaite qu'elle fût d'ailleurs, ne serait qu'un château de cartes, que le moindre souffle renverserait. (Projet de Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, suivi d'un plan de Constitution juste, sage et libre par l'auteur de L'Offrande à la Patrie [Marat], in Christine Fauré, Les déclarations des droits de l'Homme en 1789, Paris, Payot, 1992, p. 371)

    Informations complémentaires

    Bibliographie

    • 2014, Christopher Coyne, Peter Leeson, Thomas K. Duncan, "A Note on the Market Provision of National Defense", Journal of Private Enterprise, Vol 29, n°1, pp51–55
    • 2016,
      • Peter Leeson, Christopher Coyne, Thomas K. Duncan, "Market-Provided National Defense: Reply to Newhard", The Journal of Private Enterprise, Summer, Vol 31, n°2, pp83-86
      • Christopher Coyne, David Lucas, [=2016%20Journal%20of%20Private%20Enterprise%20vol%2031%20no%204%20Winter%20parte4.pdf "Economists Have No Defense: A Critical Review of National Defense in Economics Textbooks"], The Journal of Private Enterprise, Winter, Vol 31, n°4, pp65-83
      • Joseph Michael Newhard, "A Note on the Market Provision of National Defense: Comment", The Journal of Private Enterprise, Summer, Vol 31, n°2, pp79-86

    Voir aussi

    https://www.wikiberal.org/wiki/D%C3%A9fense_nationale

     

     

     

    E) - Le capitalisme et l'épanouissement humain 

    Le capitalisme améliore-t-il notre situation, non seulement sur le plan matériel, mais aussi en tant qu'êtres humains ? 

    Relation entre le capitalisme et l'épanouissement humain. 

    Des exemples concis avec liens respectifs

     

    Le capitalisme est bénéfique pour les pauvres

    Dans l'attention portée à la pauvreté, on se pose souvent la mauvaise question : comment apparait-elle ? La vraie question que nous devons nous poser est de savoir comment la prospérité arrive.

    Par Mihailo Gajić1.

    On entend souvent que grâce au capitalisme les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres. Mais ce point de vue est-il juste ?

    La définition d’un système économique comme le capitalisme est basée sur une approche marxiste observant le monde seulement à travers les forces de production. Le capital concernerait les outils de production, lesquels ne doivent pas appartenir seulement aux individus, mais aussi à l’État. Par exemple, les usines et les machines existaient aussi en Union sovietique, mais elles appartenaient à l’État, pas aux entrepreneurs privés. En Chine, en Russie, au Brésil et dans les pays riches en minéraux (pétrole inclus), les entreprises qui appartiennent à l’État ont un rôle très important. Il s’agit d’un capitalisme d’État.

    C’est pour cela qu’il est préférable d’utiliser l’expression économie de marché pour désigner ce qui est communément nommé capitalisme : un système économique fondé sur la propriété privée des moyens de production, le libre échange et le mécanisme des prix.

    Mais comment définir l’économie de marché ?

    Tous les pays du monde (excepté peut-être Cuba ou la Corée du Nord) s’organisant plus ou moins autour de l’économie de marché, il est possible d’établir une comparaison permettant de constater que les économies des pays de l’Union européenne sont différentes.

    Pour cela, aidons-nous de l’Economic Freedom in the World Index, qui mesure si les pays sont proches de l’idéal de l’économie de marché : les taux bas, libre échange international, monnaie stable, pas de régulation des affaires. Cet Index a été développé par un grand nombre de scientifiques incluant quelques économistes ayant obtenu le prix Nobel d’économie, comme Gary Becker, Douglass North ou Milton Friedman.

    Il montre que la situation n’est pas noire ou blanche à travers de monde, mais beaucoup plus nuancée. Dans son dernier rapport, Hong Kong et Singapour sont au sommet de la liste des pays en termes de liberté économique, avec 8,94 et 8,65 points (le maximum étant 10) alors que le Soudan et le Venezuela sont derniers avec 4,21 et 3,34 points.

    Quand on regroupe les pays par leurs résultats dans l’Index, on observe des choses intéressantes.

    Les pays les plus libres économiquement sont aussi plus développés, avec des revenus considérablement plus élevés. Les économies libres ont un meilleur environnement pour les affaires, ce qui a une influence positive sur les investissements. Et les investissements d’aujourd’hui sont la croissance économique de demain.

    Quand on divise les pays par leur niveau de liberté économique en quatre parts (quartiles), on voit que davantage de liberté donne plus de revenus.

    Mais à quoi cela sert-il ?

    La croissance économique est une belle chose, mais si les fruits de cette croissance sont distribués seulement entre les riches, il ne restera rien pour les autres, pauvres inclus. Le problème de ce raisonnement est qu’il n’établit pas de liaison entre la part de revenu des plus pauvres et la liberté économique. Ou plus simplement : davantage de capitalisme ne rend pas les pauvres plus pauvres qu’avant.

    Niveau des libertés économiques et de la proportion de revenus des plus pauvres 10 % de la population. Source: Fraser Institute. 

    Mais le résultat final peut nous tromper.

    Voyons donc la situation dans chaque pays pris individuellement. J’ai pris les données de la Banque Mondiale concernant la proportion des revenus des plus pauvres soit 10 % de la population (excluant les pays dont les données datent de plus de 5 ans et les micro pays) pour obtenir ce graphique. Il montre également qu’il n’y a pas de liaison statistique entre la liberté économique (axe X) et la proportion de revenus des plus pauvres 10 % (axe Y). Ce fait est aussi confirmé par l’analyse de régression – R Square pratiquement n’existe pas (inférieure à 0,002), et la valeur p est très élevée (0,96).

    Les libertés économiques et la proportion des revenus des plus pauvres représentent 10 % de la population  (axe X) et (axe Y). Source: Fraser Institute et la Banque Mondiale

    Enfin, cette différence de revenus indique que les pauvres vivant dans un pays plus libre économiquement ont des revenus plus importants que les pauvres des pays qui ne sont pas économiquement libres.

    En d’autres termes, où que l’on soit, il n’est pas agréable d’être pauvre, mais tandis que dans certains pays, être pauvre signifie vivre dans une hutte de terre, travailler dur du matin au soir et s’inquiéter de chaque repas suivant, dans d’autres cela signifie vivre modestement mais décemment.

    Les libertés économiques et les revenus des plus pauvres représentent 10 % de la population. Source: Fraser Institute.

    Quand vous regardez cela, il est clair qu’une économie de marché (ou une économie nommée familièrement capitaliste) est bénéfique pour les pauvres : vivre dans de telles sociétés économiquement organisées augmente considérablement leurs revenus et leur niveau de vie. Nombreux sont ceux qui n’ont pas confiance dans le capitalisme ou les libertés économiques car ils pensent qu’ils auront un impact négatif sur le niveau de pauvreté ou augmenteront les inégalités déjà existantes dans leur société.

    Dans l’attention portée à la pauvreté ou à l’inégalité, on se pose souvent la mauvaise question : comment apparait la pauvreté ? Mais la pauvreté est la condition de base de l’humanité : l’espèce humaine a passé la plus grande partie de son existence dans une misère terrible, et seule une partie de l’humanité a réussi à y échapper au cours des deux siècles précédents.

    La vraie question que nous devons nous poser est de savoir comment la prospérité arrive.

    Mihailo Gajić

    Mihailo Gajic est un économiste de Belgrade (Serbie) où il dirige les activités de recherche de Libek, un think-tank sur le marché libre, depuis 2014. Ses principaux domaines d'intérêt sont les libertés économiques, le commerce international, la réglementation des affaires et les finances publiques. Fervent défenseur du marché libre, de la gouvernance démocratique et de l'état de droit en Serbie et dans les Balkans, et membre du Couvent National, organe consultatif du Parlement national de Serbie. Il fournit également des conseils en affaires aux entrepreneurs étrangers qui investissent en Serbie. 

     

    La vérité sur les vertus éthiques du capitalisme

    Un système qui défend la propriété privée et la liberté individuelle a fait ses preuves depuis deux siècles, à l’inverse de toutes les alternatives. Le capitalisme n’est pas seulement efficace. Il est vertueux, comme le montre l’historienne Deirdre McCloskey

    Comme chaque année avant Noël, les organisations caritatives tentent de nous faire comprendre que la pauvreté augmente en Suisse. De l’avis de Caritas, une personne sur six vit dans la pauvreté dans notre pays, soit 1,3 million de personnes. C’est naturellement oublier que la pauvreté se définit généralement en termes relatifs. Est pauvre celui qui dispose de moins de 60% du revenu médian (le revenu que la moitié des individus dépasse et que l’autre moitié ne parvient pas à atteindre). Si la médiane ne cesse de s’améliorer depuis cinquante ans, le sort des pauvres s’améliore pareillement. Il n’est certes pas facile de supporter la hausse des loyers et des primes d’assurance maladie, mais il serait bon de considérer les conditions de vie sur le long terme. En 1960, pour un grand nombre de Suisses, les toilettes étaient à l’étage, la télévision un luxe et les voyages à l’étranger extrêmement rares. Et à la retraite, il n’y avait que l’AVS. Le libéralisme des soixante dernières années a été la meilleure recette pour améliorer le sort des pauvres, des riches et de la classe moyenne.

    Lorsque la Banque mondiale définit les personnes en situation de pauvreté absolue comme celles «qui ne peuvent pas accéder à l’ensemble de biens et de services qui sont nécessaires pour vivre dans des conditions décentes», le concept est matière à toutes les dérives.

    https://www.letemps.ch/opinions/verite-vertus-ethiques-capitalisme


    Quels sont les avantages du capitalisme ?

    Qu’est-ce qu’au juste le capitalisme ? Quels avantages et quels inconvénients présente ce système économique ? Lisez cet article pour mieux comprendre la notion économique du capitalisme.

    Le capitalisme, comment peut-on le définir ?

    Principalement, le capitalisme est vu comme un système économique dans lequel les acteurs privés possèdent et contrôlent ainsi les biens de manière conforme à leurs intérêts et dans lequel l’offre et la demande fixent de manière libre les prix pratiqués sur les marchés. En d’autres termes, dans ce système, les principaux moyens de production appartiennent à des particuliers ou à des entreprises privées. Par conséquent, les profits réalisés sont exploités par les actionnaires qui choisissent d’investir dans ces entreprises ou par les dirigeants.

    Ainsi, dans une économie capitaliste, on trouve le capital fixe et les sources de production qui sont possédés et contrôlés par les acteurs privés, le travail qui est acheté contre les salaires et les plus-values qui appartiennent aux propriétaires privés.

    Les piliers du capitalisme

    Le système économique du capitalisme repose sur quelques piliers principaux. Le premier pilier de ce système est la propriété privée, qui donne la possibilité aux individus de posséder des biens matériels, voire des maisons et des terres, ou immatériels, voire des obligations ou des actions. Le capitalisme repose également sur le pilier de l’intérêt personnel, qui mène les individus à agir selon leur propre avantage, et de la concurrence, qui donne la liberté aux entreprises de pénétrer ou de quitter un marché afin de maximiser sa prospérité sociale.

    Par ailleurs, le capitalisme se caractérise par un mécanisme de marché qui assure la détermination des prix de manière décentralisée à travers les interactions réalisées entre les vendeurs et les acheteurs.  Les prix jouent un rôle ensuite à déterminer l’affectation des ressources dans le but d’atteindre une plus grande satisfaction, tant pour les biens et les services que pour les salaires.

    Ce système économique offre également la liberté de choix en termes de consommation, d’investissement et de production. En effet, les clients peuvent acheter multiples produits, les investisseurs peuvent opter pour des projets plus lucratifs et les travailleurs peuvent quitter leurs emplois pour un autre offrant une meilleure rémunération.

    Finalement, au sein d’un système économique capitaliste, les pouvoirs publics ont un rôle limité et ils sont tenus de protéger les droits des citoyens et de veiller au maintien d’un environnement propre dans le but de favoriser le bon fonctionnement des marchés.

    Quels sont les avantages du capitalisme ?

    Le système économique capitaliste peut certainement présenter multiples avantages. Tout d’abord, il est directement lié au libre-échange qui assure un accès à une grande variété de services et de biens. Grâce à cet échange, l’offre et la demande dans un marché spécifique déterminent les prix pratiqués sur ce dernier, d’où les consommateurs peuvent atteindre un point qui satisfait leurs besoins. De même, ce système promouvait l’égalité des changes. En effet, bien que le capitalisme est lié à des différences socio-économiques, les personnes à faible revenu peuvent toujours grimper dans la société. Par ailleurs, ce système est généralement lié aux libertés individuelles et de nature sociale, notamment le droit d’expression et de vote quant aux idées politiques.

    Le système capitaliste impose également le respect de la propriété privée, grâce auquel les individus n’ont pas à craindre que le gouvernement s’approprie de leurs biens, et encourage l’innovation, vu que les individus disposent toujours de la possibilité de créer des idées d’affaires et par conséquent de générer de la richesse.

    Azzam Soualmia

    DG et fondateur de l'entreprise Swiver

     

    Conclusion / Vivre avec le capitalisme ?

    Notre système social a bien des tares : il engendre des inégalités, il se soucie comme d’une guigne de l’avenir de l’humanité, il privilégie les profits à réaliser, pas les besoins à combler, il repose sur des motivations — égoïsme, esprit de lucre… — qu’une société civilisée dirait perverses, il enseigne à chacun à devenir « chasseur de dollars », pour reprendre l’expression de John Stuart Mill au milieu du xixe siècle.
    Tout cela est vrai. Mais, en même temps, il a permis à une partie importante de l’humanité d’en finir avec la misère et la pauvreté, il a stimulé le changement technique et contribué à briser le fatalisme séculaire de l’homme impuissant face à son destin. Comme l’écrit Joan Robinson, une grande économiste anglaise décédée en 1983 : « Le système est cruel, injuste, agité, mais il fournit vraiment des biens, et, que le diable l’emporte, ce sont des biens qu’on veut. » Même si, ce faisant, il en fournit beaucoup à certains et peu à d’autres, sans considération pour l’équité et les générations futures. Comme il n’existe pas de jugement dernier pour les systèmes économiques, nous ne saurons jamais ce qui, aux yeux de l’éternité, l’emporte dans la balance, entre ces vices et ces vertus de notre système social.


    Ce n’est d’ailleurs pas important : nous n’en avons pas d’autre. Depuis l’écroulement du socialisme, nous n’avons plus le choix, si tant est que nous l’ayons jamais eu. Il nous faut vivre avec le capitalisme. Donc tenter de le rendre plus acceptable et plus juste, moins gaspilleur et moins pollueur…

    Denis Clerc

    https://shs.cairn.info/dechiffrer-l-economie--9782707136305-page-363?lang=fr 

     

    Cato Institute et de Heritage Foundation. 

    Extrait :
    Les deux enquêtes montrent une forte corrélation entre l’indice de liberté et le revenu moyen par personne, mais Cato pousse plus loin l’analyse en montrant que cet indice est aussi fortement corrélé avec le taux de croissance et l’espérance de vie. Il indique aussi que le revenu des 10% les plus pauvres dans chaque pays est à peu près partout le même pourcentage du revenu total (entre 2 et 2.9%), et serait plutôt plus élevé dans les pays les plus riches. Autrement dit, la distribution des revenus entre les différentes couches de la société est à peu près indépendante de l’ action de l’Etat !


    Et puisque le niveau des revenus moyens est très fortement corrélé avec l’indice de liberté, il en résulte que plus une économie est libre, plus le revenu des plus pauvres est élevé. De fait, le revenu moyen des 10% les plus pauvres est presque 10 fois plus élevé dans les pays les plus libres que dans les moins libres. Les faits parlent haut et clair : la liberté économique engendre une prospérité qui profite à tous y compris aux plus pauvres, sans aggraver les inégalités dans la distribution des revenus.
     

     

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