Sommaire:
A) - François Hollande n’a pas tiré les leçons de l’échec du socialisme
B) - Des idées ? en voici ! «l’eurolibéralisme» ? « l’eurosocialisme » ?
C) - « Tocqueville est un penseur pour les temps difficiles comme les nôtres »
D) - Le socialisme....
E) - L'échec du socialisme - Par Christian BIGAUT
F) - Le communisme...le fascisme !
A) - François Hollande n’a pas tiré les leçons de l’échec du socialisme
Dans un livre récemment publié,
Le Défi de gouverner (Paris,
Perrin, 2024), l’ancien président de la République François Hollande
revient sur l’histoire de sa « famille politique » ainsi que sur son
propre bilan en tant que chef de l’exécutif français, de 2012 à 2017. Le
but de cet ouvrage serait, lit-on sur la quatrième de couverture, de
« rendre à la gauche sa fierté en exhumant son histoire ». L’auteur
multiplie en effet les pages afin d’illustrer ce que notre pays devrait à
la gauche (et à lui-même…), mais il oublie ce faisant l’essentiel, à
savoir l’échec cuisant du socialisme – échec qui aurait dû l’amener en
toute logique à abandonner cette politique une fois devenu président,
alors qu’il n’a bien souvent fait, dans la pratique, que nous y enfoncer
davantage.
Voici par exemple ce que François Hollande
écrit dans l’introduction du livre : « tout compte fait, la gauche au
pouvoir, c’est surtout une somme de réformes et de progrès qui ont
façonné la France. Sans la gauche, la laïcité, le droit du travail, la
protection sociale, les libertés publiques, la place de l’école
publique, l’égalité entre les femmes et les hommes, la reconnaissance de
l’urgence écologique ne seraient pas d’acquis aujourd’hui reconnus
comme fondamentaux » (p. 19). François Hollande oublie ainsi de dire que
la gauche en France depuis l’époque mitterrandienne, c’est la
croissance ininterrompue des prélèvements obligatoires et des
règlementations, qui ont fait de notre pays l’un des plus fiscalisés de
la planète. Du fait de ses excès de taxation et de de réglementations en
tous genres, la gauche a en réalité puni le travail, pénalisé la
création de richesses, détruit les incitations à produire et à innover,
ce qui s’est traduit en toute logique par le départ hors de nos
frontières d’un nombre croissant de nos compatriotes ne supportant plus
la haine fiscale qui s’abattait sur eux.
La fiscalité, point névralgique du socialisme
Disons-le clairement : si François Hollande entendait réellement
défendre les intérêts du plus grand nombre, il aurait dû faire au cours
de son quinquennat ce que d’autres gouvernants ont eu le courage de
faire ailleurs dans le monde : ainsi mener une grande réforme fiscale
digne de ce nom, consistant à abaisser substantiellement la
progressivité de l’impôt sur le revenu (IR), voire à la supprimer. En
effet, dans un pays libéral, ce sont les innovateurs – et certainement
pas les ministères qui rendent la croissance possible : plus il y a
d’efforts d’innovation et d’investissements privés dans une société et
plus la croissance est susceptible d’être forte, avec à terme ses
répercussions positives sur l’emploi et le niveau de vie en général.
Comme l’a souvent rappelé l’économiste Pascal Salin, il n’y a donc nulle
contradiction dans une société libre, bien au contraire, entre
l’enrichissement personnel d’un innovateur respectueux du droit – ce qui
est la récompense de son travail, de son talent et de sa prise de
risques – et l’essor des conditions de vie matérielles du plus grand
nombre. Si donc l’on veut encourager ce dernier phénomène, il convient
de supprimer tout ce qui nuit à la libre innovation et aux
investissements, ainsi la progressivité de l’IR – au profit d’une flat tax
ou impôt à taux unique -, de même que les droits de succession ou
encore l’ISF. Mais François Hollande est-il capable de comprendre cela
quand on sait sa conception de la place et du rôle de la fiscalité dans
un pays comme le nôtre ? Ainsi écrit-il dans le même livre de la
contribution sociale généralisée (CSG) qu’elle « reste la trace la plus
significative laissée par le gouvernement Rocard » (p. 244). « Vouée,
poursuit-il, à constituer une étape nouvelle dans l’édification d’une fiscalité efficace et redistributive
– je souligne – (après l’instauration de l’impôt sur le revenu au
lendemain de la Première Guerre mondiale, de la TVA en 1954 et de
l’impôt sur la fortune en 1981), elle élargit le prélèvement social à
tous les revenus – et donc à ceux tirés du capital » (ibid.). En lisant
ces lignes, on comprend pourquoi il était totalement illusoire de croire
que François Hollande pouvait mener la grande réforme fiscale dont la
France a tant besoin depuis si longtemps : une réforme qui rendrait
enfin la fiscalité juste et modérée, loin de notre système fiscal
confiscatoire et redistributif !
L’ « héritage » mitterrandien
Sans surprises, François Hollande défend largement le bilan de
François Mitterrand : à propos des nationalisations décidées par
celui-ci, il écrit : « Des dirigeants sérieux sont placés à la tête de
ces groupes et de ces établissements, et le capitalisme français, loin
d’être bouleversé par cette large extension du secteur public. L’État se
révèle un bien meilleur actionnaire que les propriétaires précédents,
et les marges retrouvées par ces entreprises sont essentiellement
consacrées aux investissements » (p. 180). Aussi va-t-il jusqu’à écrire
sans sourciller (p. 204) que la gauche peut ainsi « s’enorgueillir
d’avoir hâté la modernité du pays – y compris sur le plan économique ».
Si la politique économique poursuivie peu après l’accès de Mitterrand
à la présidence, en 1981, peut aujourd’hui être critiquée, c’est selon
François Hollande non pas parce qu’elle fut en elle-même un échec ni
parce qu’elle bafoua sans vergogne les droits de propriété de
l’individu… mais parce qu’elle s’accorde mal a posteriori avec
la « sobriété » et la « décarbonation » (p. 177) de nos économies que
les socialistes appellent de leurs vœux. « Cette politique, écrit en
outre François Hollande, reposait sur la recherche de la croissance la
plus élevée possible pour assurer la redistribution et l’accès de tous à
la consommation » (ibid.). Voilà bien la quintessence même du
socialisme : on prétend (à tort) favoriser la croissance économique par
l’interventionnisme étatique, pour s’engager ensuite dans une politique
de redistribution à tout-va, qui finit par dissuader l’effort et
encourager l’assistanat. Il ne faut pas s’étonner avec des conceptions
pareilles que la France connaisse depuis si longtemps une croissance
aussi molle et un taux de chômage aussi élevé – sur fond de prélèvements
obligatoires parmi les plus prohibitifs au monde.
« Résolument productiviste, sincèrement industrialiste et
authentiquement keynésienne », voilà comme François Hollande qualifie (à
juste titre) la gauche mitterrandienne. Or c’est bien là que réside
tout le problème : la gauche a toujours échoué dans notre pays car elle
n’est jamais parvenue à s’affranchir de ses préjugés collectivistes,
anti-individualistes et keynésiens : pour elle, la croissance et
l’emploi « se fabriquent » par des ingénieurs sociaux, censés ensuite
pouvoir les traduire dans la réalité grâce à l’action de la grande
machine étatique. Par ailleurs, la gauche réduit de la sorte l’individu
au rôle de pur consommateur : pour elle, la relance économique n’est
possible que par la hausse de la demande globale. Or si la gauche
française au pouvoir s’est toujours trompée dans ses politiques
économiques, c’est parce que celles-ci ont toujours été guidées à tort
par Keynes, alors qu’elles auraient dû l’être par Mises, Hayek ou Milton
Friedman. Mais cela aurait-il pu advenir quand on sait que ces deux
noms continuent d’incarner à ses yeux le diable en personne ? Si cela
avait été le cas, la France ne s’en porterait que mieux aujourd’hui – et
la gauche française aurait alors vraiment mérité d’entrer dans
l’histoire.
On lira également le livre pour ce qu’il contient sur l’action de
Lionel Jospin en tant que Premier ministre – dont le bilan est lui aussi
défendu, on ne sera guère surpris de l’apprendre, par François
Hollande… -, la mise en place des 35 heures et l’ouverture (bien timide)
de la gauche au marché. Quant à François Hollande lui-même, faut-il
rappeler qu’il avait envisagé durant la campagne présidentielle de 2012
de taxer les revenus des plus riches à hauteur de… 75% ? François
Hollande n’a nullement amené la gauche française à se libéraliser et à
se moderniser : il reste bien au contraire, comme son livre en atteste
dans un grand nombre de passages, encore prisonnier d’idées toutes
faites, qui constituent le substrat idéologique de la gauche française.
Quelle différence à cet égard avec un Tony Blair ou un Gerhard Schröder, des hommes de gauche plus ouvert à la pensée libérale.
Matthieu Creson
https://contrepoints.org/francois-hollande-na-pas-tire-les-lecons-de-lechec-du-socialisme/
François Hollande
François Hollande, né le
12 août 1954 à Rouen, est un homme d'État
français, président de la République de
2012 à
2017. Il est membre du
Parti socialiste (PS) jusqu'à son élection, et de nouveau après l'expiration de son mandat.
La fin de sa présidence est décrite comme sociale-libérale,
ce qui lui donne une réputation de "social-traître" auprès d'une partie
des Français. En 2026, il "se prépare à être prêt" pour une éventuelle
seconde candidature présidentielle en 2027[1],[2].
Biographie
Diplômé de l'ENA où il rencontre sa future compagne Ségolène Royal,
il est, ironie de l'histoire, magistrat à la Cour des comptes. Il
rejoint rapidement les rangs de l'Assemblée nationale, à partir de 1988.
Longuement premier secrétaire du Parti socialiste (PS), il représente celui-ci à l'élection présidentielle de 2012, face à Nicolas Sarkozy.
Il est président de la République de 2012 à 2017. Il mène une
politique largement étatiste, malgré un certain adoucissement à partir
de 2014 (voir la section bilan).
Distancé, il n'est pas candidat à sa réélection en 2017.
Il n'en reste pas moins engagé en politique, à nouveau candidat aux législatives en 2024 en Corrèze, où il remporte l'élection et redevient député. Bien éloigné de la social-démocratie, il plaide pour des mesures extrêmement radicales, comme un contrôle de tous les prix pendant six mois[3].
Bilan
Il s'illustre plus par sa recherche permanente du bon mot politique (« Il y a ceux qui n'attendent plus rien ; je fais en sorte de leur apporter ce qu'ils attendent. ») que par une clarté dans sa politique ou un courage sur les nécessaires réformes en France.
Son quinquennat de président de la République est ainsi marqué par un
fort côté brouillon et de nombreuses incohérences, rarement à l'avantage
de la liberté.
Il commença sa présidence aux cris de « Mon véritable adversaire, c'est
le monde de la finance » et sur fond d'une hausse inédite de la
fiscalité, à 75 % pour l'impôt sur le revenu. Elle s'acheva sur une
remise en cause des réformes initiales, et un Emmanuel Macron
au gouvernement pour tenter d'introduire une once de libéralisation
dans une économie dangereusement étatisée. Il aura présidé à une forte
augmentation de la progressivité de l'impôt sur le revenu, hautement dommageable sur le « consentement à l'impôt »
(qui n'est plus payé que par moins d'un ménage sur deux), et sur la
fuite des talents tellement nécessaires dans une économie de la
connaissance mondialisée. Les revenus du capital furent également taxés
de la même manière que les revenus du travail, une aberration
économique, alors que le capital a déjà été taxé lors de sa génération.
La fiscalité du patrimoine augmenta en dix ans de plus de 50 %[4].
Sa politique sociale fut marquée elle aussi par les volte-faces,
avec la Loi travail tentant de défaire une partie de son propre bilan
dramatique sur l'emploi (la fameuse « inversion de la courbe du chômage »).
Sur le plan énergétique, il entérina le choix désastreux de la fermeture de la centrale nucléaire
de Fessenheim, sans alternative crédible au nucléaire. La crise
énergétique de 2022 a remis à l'ordre du jour son bilan négatif sur le
sujet et ravivé les critiques de tout l'échiquier politique sur son
absence d'anticipation[5], absence d'anticipation consubstantielle à l'action politique.
Sur le plan sociétal, il présida à l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples de même sexe.
Devant son impopularité, il choisit de ne pas se représenter en 2017, laissant la voie libre à Emmanuel Macron.
Citations
- « Ça ne coûte rien, c'est l’État qui paye »[6].
Ce propos tenu par François Hollande est révélateur de la pensée
magique, totalement déconnectée de la réalité, qui voudrait que la dépense publique soit gratuite. Loin d'être gratuite, cette dépense est financée par le contribuable
- « Il y a ceux qui n'attendent plus rien ; je fais en sorte de leur apporter ce qu'ils attendent. » (François Hollande en 2015[7])
Informations complémentaires
Notes et références
https://www.wikiberal.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Hollande
B) - Des idées ? en voici ! «l’eurolibéralisme» ? « l’eurosocialisme » ?
PARTOUT en Occident, une révolution a commencé. Elle
balaiera toutes les élites administratives, politiques et économiques,
unies dans le même désaveu, solidaires d’un même échec. Parce qu’elles
n’auront pas réussi à justifier leurs privilèges par la création d’une
société de plein emploi et d’épanouissement collectif.
Partout en Europe, les gouvernements s’effacent, attendant de
l’assainissement financier la création d’emplois, abandonnant aux
banques centrales la conduite du dernier instrument de politique
économique, le taux d’intérêt, et limitant leurs ambitions à s’ajuster à
une Allemagne elle-même en crise grave.
La démocratie est menacée quand les partis ne proposent plus nulle
part que des versions à peine différenciées d’une même politique, quand
les revenus les plus élevés sont sans rapport avec le mérite, quand la
peur du lendemain gagne les classes moyennes, quand le chômage atteint
jusqu’aux diplômés de l’enseignement supérieur.
Bientôt les peuples d’Europe y mettront fin. Déjà, les mises en
examen fonctionnent comme une métaphore de guillotine sous les
applaudissements des citoyens. En Italie, en Espagne, en Belgique, une
partie de la classe politique a basculé dans le néant de l’échec. En
France, toutes les élites sont menacées du même sort.
Rassemblés autour d’un pauvre dessein commun la monnaie unique par la
récession rendu intolérable par son coût social à court terme et son
insignifiance à long terme, les partis politiques ne proposent plus de
projet ambitieux.
Les grandes entreprises ne sont plus occupées qu’à gérer leur
mondialisation, les grandes banques à masquer leur faillite virtuelle,
les jeunes diplômés à chercher, comme leurs aînés, une rente de
situation de moins en moins rentable, de moins en moins en situation.
Et pourtant, le pays aurait les moyens d’en finir avec cette peur de
l’avenir et de s’inscrire dans la vague de progrès mondial qui commence.
Il lui faudrait pour cela reprendre confiance, comprendre que c’est
l’emploi qui créera la croissance et non l’inverse, revivifier la
démocratie, sortir du consensus mou autour d’une pensée unique, aussi
vide que l’idéologie qui la fonde.
Dans un monde en plein bouleversement technologique, industriel et
géopolitique, deux stratégies à long terme, clairement distinctes, l’une
de droite, l’autre de gauche, devraient être proposées aux citoyens.
Elles devraient s’inscrire l’une et l’autre dans l’après- Maastricht et
proposer un usage politique de ce formidable instrument que sera l’euro.
La première stratégie qui n’est pas celle que je préfère consisterait
à accepter franchement la loi du marché, telle qu’elle s’installe à
l’échelle mondiale ; à admettre que la précarité des objets et des
situations sera la condition de la survie des économies. Elle viserait à
intégrer au mieux la France dans une Europe elle-même ouverte à la
concurrence du reste du monde, à en faire la nation la plus flexible, la
plus mobile, la plus nomade, la mieux préparée au capitalisme
planétaire. Elle se donnerait comme objectif de favoriser la mobilité du
travail et du capital qu’accélérera par ailleurs la création de la
monnaie unique et de faire de la France un modèle d’esprit d’entreprise
en la débarrassant du carcan d’un Etat surdimensionné, frein à la
compétitivité des entreprises et à la flexibilité du travail.
Ce projet « eurolibéral » mettrait progressivement en pratique les idées suivantes :
Faut-il en France «l’eurolibéralisme» ? « l’eurosocialisme » ? Il faut très vite lancer ce débat.
Réduire le poids de l’Etat et des prélèvements obligatoires en
supprimant la plupart des aides et subventions pour le logement et
l’emploi, en réduisant les investissements publics, militaires, sportifs
et autoroutiers, en multipliant la concurrence entre services publics
et entreprises privées dans de nombreux domaines (transports, santé,
éducation, poste, télécommunication, médias, police, justice), en
privatisant la gestion des retraites complémentaires et celle de
l’Agence nationale de l’emploi.
Encourager les entreprises à créer des emplois en supprimant le
salaire minimum et en ne payant d’heures supplémentaires qu’au-delà
d’une durée de travail annuelle et non plus hebdomadaire.
Permettre aux entrepreneurs créateurs d’emplois de s’enrichir en limitant le total des impôts personnels au tiers du revenu.
Développer l’esprit d’entreprise en donnant aux chômeurs le statut
d’entrepreneurs individuels chargés de rendre des services utiles à la
collectivité en échange de leur allocation.
Confier progressivement à l’épargne privée l’essentiel de ce qui est
encore aujourd’hui de la compétence des organismes de sécurité sociale.
Un tel projet constituerait un électrochoc. Il briserait des rentes,
casserait des féodalités, libérerait des énergies, créerait de la
croissance, et ferait surgir progressivement une nouvelle classe
dirigeante, rageuse, volontaire, venue des entreprises et des banlieues,
sans complexe à l’égard de l’argent.
Naturellement, le coût en serait énorme : généralisation de la
précarité, aggravation des inégalités, fin de la protection sociale pour
tous. Pour ma part, je n’y serais pas favorable. Mais cela aurait au
moins le mérite de la cohérence et de l’efficacité.
L’autre stratégie qui a ma préférence viserait à créer un nouveau
modèle social garantissant aux citoyens une réelle égalité d’accès aux
biens fondamentaux, donnant un contenu nouveau à l’Etat et aux services
publics, refusant les conséquences du libéralisme planétaire, installant
aux frontières des pays ayant en commun l’euro une réelle protection
douanière, industrielle, sociale et culturelle.
Une telle politique « eurosociale » supposerait elle aussi la mise en oeuvre de réformes radicales, telles que :
Simplifier l’Etat en remplaçant les 96 départements, les 22 régions
et les 36 000 communes par sept provinces et six mille municipalités, de
taille européenne. Et réduire de moitié le nombre de parlementaires.
Les économies budgétaires en découlant seraient gigantesques, car le
scandale n’est ni dans la taille de la fonction publique d’Etat ni dans
le cumul des mandats, mais dans la superposition labyrinthique
d’institutions redondantes.
Réduire le poids des prélèvements obligatoires en assortissant toutes
les prestations, subventions et allocations d’une simple condition de
revenu : nul ne devrait recevoir quoi que ce soit de l’Etat s’il gagne
plus de quatre fois le revenu minimum.
Favoriser l’esprit d’entreprise en particulier pour les technologies
de pointe en donnant aux collectivités locales les moyens juridiques et
financiers d’investir en capital-risque, à hauteur de 50 %, dans les
entreprises nouvelles créées par des chômeurs.
Mettre en place une véritable solidarité en garantissant un revenu
minimum à tout citoyen, dès dix-huit ans, qu’il soit en formation, au
travail ou en retraite, de 20 000 francs par an. Et en créant un service
civique obligatoire pendant lequel tous les jeunes rempliraient pendant
un an des tâches de tutorat éducatif, d’assistance sociale, de
valorisation écologique, ou d’assistance humanitaire.
Partager le travail en reportant l’essentiel des charges sociales
au-delà de 32 heures de travail par semaine, tout en permettant à ceux
qui le veulent de continuer à travailler au- delà de soixante-cinq ans,
afin de ne pas perdre leurs compétences.
Relancer la croissance en réduisant le poids de la dette publique et
privée en tolérant une modeste hausse des prix annuelle, inférieure à 5
%, et en accordant aux particuliers ce qu’on a accordé aux grandes
banques : socialiser une partie de leurs dettes rendues intolérables par
le chômage.
Associer les représentants des salariés aux choix des grands
investissements pour que soit retenue, à coût égal,la technologie la
plus créatrice d’emploi.
Introduire dans la loi, dans tous les domaines de service public
(éducation, logement, transport) une discrimination positive en faveur
des plus défavorisés.
Accepter chaque année autant de centaines de milliers de travailleurs
étrangers qu’il sera nécessaire pour financer l’équilibre des
retraites, compte tenu du déficit démographique français.
Cette stratégie créerait un grand nombre d’emplois et provoquerait
une formidable croissance en réduisant les dettes. Elle favoriserait le
développement des entreprises et de la cohésion sociale, réduirait la
peur de l’avenir, et ferait de la France le moteur d’une autre Europe,
plus libre, plus égale, plus fraternelle.
Le premier projet aurait pour ambition de faire de la France la
meilleure élève de la classe libérale. Le second d’en faire
l’avant-garde d’une social-démocratie continentale. L’un et l’autre
exigeraient de l’audace et du temps.
Naturellement, il ne s’agit pas d’installer entre ces projets quelque
manichéisme. Chacun d’eux pourrait s’enrichir de l’autre, dialoguer
avec l’autre, mettre en commun des réformes et, au moins, se reconnaître
réciproquement comme honorables.
Si l’on ne lance pas très vite ce débat, si l’on en reste à
l’opposition morne entre deux complets gris, alors le chômage restera
l’horizon lancinant du XXIe siècle. Et c’est la démocratie elle-même qui
sombrera, naufragée par des pirates noirs ou rouges. Noirs et rouges.
Jacques Attali
Jacques Attali est docteur en économie, diplômé de l'Ecole Polytechnique et conseiller d'Etat. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.
Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 spécifiquement consacrés à l'analyse future), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur aux journaux financiers Les Echos et Nikkei, après l'avoir été également à L'Express.
Jacques Attali dirige également régulièrement des orchestres à travers le monde. https://www.attali.com/en/positive-economy/des-idees-en-voici-2/
C) - « Tocqueville est un penseur pour les temps difficiles comme les nôtres »
Le
tempérament de Tocqueville est inséparable de l’œuvre qu’il nous a
laissée. Pouvez-vous revenir pour nos lecteurs sur ce tempérament ?
L’œuvre est inséparable d’une mélancolie liée à la situation historique de Tocqueville. On a dit que La Recherche du temps perdu
était l’œuvre réussie d’une vie ratée. Les livres de Tocqueville sont
l’œuvre réussie d’une vie empêchée, par les turbulences de notre
histoire nationale. Né en 1805 dans une famille aristocratique décimée
par la Terreur, il se convainc très jeune que le temps des aristocraties
est passé. Il se rallie à la démocratie, mais sans en méconnaître les
potentialités despotiques. C’est, comme Musset, un « enfant du siècle ».
Il a la nostalgie de la culture raffinée des Lumières et des grands
héroïsmes de l’époque révolutionnaire, mais il est né trop tard, dans
une basse époque ; il craint le nivellement démocratique et
l’asservissement des individus. À cette position inconfortable
d’entre-deux, entre l’aristocratie et la démocratie, il doit à la fois
sa lucidité singulière et ses fréquents découragements. « Je me débats
tous les jours entre la faiblesse de mes moyens et l’immensité de mes
désirs », écrit-il. Son admirable correspondance est, comme les Essais de Montaigne, une exploration de ses contradictions.
De la démocratie en Amérique est un livre important. Avant même
cette biographie, vous étiez l’une des plus grandes spécialistes de
cette œuvre qui comprend en fait deux volumes très différents l’un de
l’autre et dont la réception n’a pas du tout été la même ni en leur
temps, ni aujourd’hui. Nous ne pouvions faire autrement que de vous
demander de nous en parler.
Le premier volume que Tocqueville publie en 1835 est consacré aux
institutions politiques des États-Unis. Il connaît un succès immédiat et
inattendu pour l’ouvrage d’un tout jeune auteur. En France, il est lu
aussi bien par Guizot et les ministériels que par des socialistes comme
Proudhon et Cabet, à l’étranger par Metternich, le roi de Suède ou
Quincy Adams, l’ancien président des États-Unis. Le deuxième volume
publié en 1840 est beaucoup plus ambitieux : Tocqueville y traite des
idées, des mœurs et des sentiments des démocraties occidentales. Les
contemporains jugèrent l’ouvrage trop abstrait ; c’est aujourd’hui le
chef-d’œuvre dont sociologues et politistes s’inspirent pour étudier les
sociétés égalitaires.
Dans ses Souvenirs, Tocqueville nous livre le témoignage, à
chaud, du rôle qu’il a joué sous la Deuxième République, de ses
désillusions, de ses erreurs, de ses échecs. C’est une lecture dont
devraient s’inspirer nos dirigeants politiques aujourd’hui. Pouvez-vous
nous en donner quelques éléments marquants ?
Tocqueville écrit les Souvenirs en 1850-1852 pour lui seul,
afin de comprendre les raisons de l’échec de la Deuxième République, et
de son propre échec comme ministre des Affaires étrangères en 1849. Il
analyse admirablement l’impuissance du gouvernement républicain à
répondre aux attentes populaires qu’avait exacerbées l’immobilisme de la
monarchie de Juillet. Très vite, derrière l’enthousiasme lyrique des
débuts, il perçoit la force des haines entre les classes qui va conduire
à la répression féroce de juin 1848. Chez les paysans et les bourgeois,
le socialisme a pris la place du diable dans les imaginations
médiévales, dit-il, et la majorité du pays rêve d’un pouvoir
autoritaire. Il en tire une leçon, toujours pertinente, sur le danger de
la séparation entre le peuple et les classes supérieures et sur les
conséquences néfastes de la concentration du pouvoir. Le radicalisme des
revendications socialistes tout comme le recours à un homme
providentiel illibéral ont pour origine l’accaparement du pouvoir par la
ploutocratie du régime de Juillet et l’inexpérience politique de la
masse des citoyens.
Ministre des Affaires étrangères, il nous donne aussi une leçon de
géopolitique : la France est en 1849 une puissance moyenne qui se
souvient d’avoir été grande. D’où une double nécessité : faire respecter
le droit des gens et les principes de liberté et d’égalité proclamés en
1789, mais éviter les gesticulations théâtrales dépourvues d’efficacité
face aux autocraties comme la Russie, dont il prophétise qu’elle
dominera l’Europe.
Moins connu du grand public que La Démocratie en Amérique, L’Ancien Régime et la Révolution
est un très grand livre, peut-être le plus grand de Tocqueville. Quelle
thèse y soutient-il ? En quoi ce livre, lui aussi, peut nous parler en
2026 ?
Pour moi L’Ancien Régime et la Révolution publié en 1856 est
le plus grand livre de Tocqueville, le livre de la maturité. C’est là
encore un livre politique qui part d’une interrogation sur le présent ;
en 1848/1851, les Français rejouent l’histoire de la Grande Révolution :
Marx dira qu’ils la rejouent en farce. Tocqueville s’interroge sur
cette étrange pente qui conduit en 1848 comme en 1789 les Français de
l’élan initial de liberté vers le despotisme. Il en découvre l’origine
dans la confiscation du pouvoir par l’administration royale au détriment
des paroisses, si bien que les sujets du royaume perdent toute habitude
de la gestion commune de leurs affaires. La France du XVIIIᵉ siècle est
un grand magasin de rancunes, une « cascade de mépris » comme disait
Mirabeau, où les classes ne sont plus rassemblées que dans les dossiers
d’appel à l’aide de l’État considéré comme une providence. D’où la
montée des revendications et l’explosion révolutionnaire malgré la bonne
volonté de Louis XVI. Il n’y a pas de moment plus dangereux, écrit
Tocqueville, pour un prince que celui où il entreprend de réformer son
royaume. La remarque a été proposée il y a quelques années à la
réflexion des dirigeants du Parti communiste chinois… Elle n’avait pas
pour objectif de mettre en garde contre tout effort de réforme mais
d’inciter à éduquer la démocratie avant qu’il ne soit trop tard.
Tocqueville nous incite donc à réfléchir sur notre culture politique
dans la longue durée et aussi dans sa dimension européenne. En 1854, il
complète son travail d’archives en France par un voyage d’étude à Bonn,
au motif que l’Allemagne, en retard sur la France, lui permet de toucher
l’ancien régime encore vivant. La France, les principautés germaniques
et la Russie partagent la même culture : sur le continent européen, les
peuples abdiquent leurs libertés au profit d’un État qui les surplombe,
c’est le terreau du socialisme. À cette tradition continentale,
Tocqueville oppose la tradition libérale anglo-américaine qui a préservé
les libertés communales du Moyen Âge. L’Ancien Régime a
inspiré Tolstoï et les réformateurs russes de la fin du XIXᵉ siècle, il a
été très lu aussi en Allemagne. C’est le livre noir d’une Europe
continentale dont l’éducation politique a été faite par des despotes.
Tant dans sa manière d’approcher les problèmes que dans sa méthode
de travail et dans son écriture, Tocqueville se singularise. Pouvez-vous
nous expliquer en quoi ?
La méthode de travail de Tocqueville est très innovante et ne change
pas d’un livre à l’autre, quoiqu’ils nous semblent aujourd’hui relever
de disciplines académiques différentes, la science politique, la
philosophie, l’histoire ou la sociologie. Il commence par une
interrogation. Par exemple, pour La Démocratie en Amérique : peut-il exister une grande république, dans une société égalitaire, qui ne soit pas sanglante comme la Terreur ? Pour L’Ancien Régime,
il se demande pourquoi la révolution a éclaté en France plutôt
qu’ailleurs. À partir de ces « idées-mères », il élabore un
questionnaire. Son histoire est une histoire philosophique comme celle
de Guizot, dont il était allé écouter les cours d’histoire de
civilisation à la Sorbonne en 1828-1829, et celle de Montesquieu dans L’Esprit des lois ou dans les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence.
Après avoir mis au point ce questionnaire initial, il se livre à une
enquête. Il est contemporain des grands enquêteurs sociaux, qu’il
fréquente à l’Institut. La Démocratie en Amérique est construite à partir des carnets de voyage rédigés en Amérique et en Angleterre. Pour L’Ancien Régime,
Tocqueville se livre à une vaste enquête d’archives à Paris et dans la
généralité de Tours sur les mœurs administratives des Français. C’était
sans précédent, les archives à Paris comme ailleurs étaient alors en
cours d’inventaire. Tocqueville, qui se fait aider à Tours par un jeune
chartiste, sait s’orienter dans les liasses des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles
grâce à sa longue expérience de conseiller général, attentif aux
questions de voirie, de fiscalité locale, d’aide sociale, de rapports
entre le centre et la périphérie. Ce qui me fascine dans ces deux
ouvrages, c’est l’attention portée à la fois aux pratiques et à
l’opinion publique telle qu’on la saisit dans les pamphlets et les
écrits des philosophes ou des intendants. À l’archive, Tocqueville
ajoute l’enquête orale auprès de vieillards (dans les années 1850, la
mémoire de la Révolution restait vive) et le dialogue avec ses collègues
et amis. Puis vient la phase de la rédaction : Tocqueville
s’époussette, dit un critique du temps. Il cache l’échafaudage ; parfois
il mêle des sources diverses pour rendre l’exemple plus parlant,
rarement il cite ses sources (horribles choses à nos yeux d’historien,
mais Tocqueville ne visait pas une carrière dans l’université !)
Après quoi, à partir de ses liasses de notes, il rédige dans le style
classique appris au Collège, celui des grands prosateurs des XVIIᵉ et
XVIIIᵉ siècles ; il a ses maîtres en écriture. Pascal, Rousseau,
Montesquieu, les moralistes comme La Bruyère, les sermonnaires comme
Bossuet, Rousseau… D’où son génie de la formule, le déploiement d’une
prose qui suit les méandres de la pensée. Cette prose nous paraît
limpide ; elle ne l’est qu’au terme d’un épuisant travail de réécriture.
Pour la démocratie comme pour L’Ancien Régime, on possède plusieurs manuscrits successifs, et sur épreuves encore Tocqueville multipliait les corrections.
Le deuxième volume de La Démocratie publié en 1840 a une
genèse un peu différente quoique la démarche soit là encore déductive à
partir de quelques idées mères. Tocqueville, qui pensait rédiger une
continuation de son premier volume, prend progressivement conscience de
passer d’un objet trouvé (l’Amérique) à un objet construit, les
démocraties. « Tant que l’ouvrage n’est pas terminé, je ne sais
précisément où je vais », avoue-t-il. Il se lance dans un océan de
lectures : Montaigne, Bossuet, La Bruyère, Saint-Évremond, Mme de
Sévigné, Pascal mais aussi Montesquieu, Rousseau, les contemporains
Chateaubriand, Lamennais, Lacordaire, Lamartine, les historiens Guizot,
Thiers, Mignet… mais aussi Plutarque, le Coran, Cervantès, Machiavel… et
Platon qu’il juge trop antique. Ce nouvel ouvrage doit aussi beaucoup à
l’expérience politique que Tocqueville acquiert comme candidat à la
députation, battu en 1837 et élu en 1839 dans le Cotentin ; il découvre
alors la difficulté à implanter en France les institutions libres de
l’Amérique et la force de l’individualisme. De cette navigation
erratique, il tire son admirable tableau de l’individualisme et des
effets généraux de l’égalité. Admirable par l’ampleur et par la
subtilité dont Sainte-Beuve s’est moqué : « Tous les mais, tous les si et les car,
qui peuvent entrer dans une tête réfléchie, il les agitait et les
pesait avec soin dans sa balance. » Le style de Tocqueville doit son
charme au refus des conclusions précipitées.
Si Tocqueville a eu plusieurs biographes avant vous, jamais le lien
entre l’homme privé, le penseur et l’acteur politique n’avait été autant
mis en avant. Pourquoi était-ce si important de le faire ?
Nous considérons Tocqueville comme un grand penseur, lui voulait
d’abord être un grand homme d’État. Sa carrière, quoique honorable,
n’offre pas de succès éclatants. Député dans l’opposition de gauche sous
la monarchie, républicain conservateur en 1848, il est respecté mais
pas chef de parti. Il s’en sent du reste vite incapable faute de talent
oratoire et de sens des compromissions. Et il est ministre des Affaires
étrangères au pire moment, en 1849, quand partout triomphent les
autocraties qu’il appelle les « vieilles choses ». Mais à défaut d’être
brillante, sa carrière politique nourrit son œuvre qui est tout entière
un plaidoyer pour que les Français se réforment. Pas de neutralité
axiologique chez Tocqueville ; il faut, écrit-il, ne dire que la vérité
utile. D’où l’importance pour le biographe de saisir ce que l’œuvre doit
à cette volonté d’agir qui l’inscrit dans un temps et un lieu.
La vie privée importe aussi beaucoup à mes yeux pour l’intelligence
de l’œuvre. N’en donnons qu’un exemple : Tocqueville épouse ce qu’on
appelait au XIXᵉ siècle une « vieille maîtresse » : âgée de plus de
trente ans, elle est anglaise et pas fortunée, même pas jolie, disent
les mauvaises langues. C’est un mariage d’amour – quoique le mari soit
volage – et c’est assurément une mésalliance. Tocqueville, par son
mariage, choisit la démocratie. Mais il souffre de la persistance des
préjugés aristocratiques parmi ses proches, et cette expérience
douloureuse nourrit sa perception de la difficulté de la transition
démocratique.
Il y a chez Tocqueville une hantise du déclin de la France qui court
tout au long de sa vie et tout au fil de son œuvre. Pouvez-vous nous en
parler ?
Tocqueville ne se console pas de la perte du Canada français et de la
Louisiane et il n’oublie pas qu’en 1814 les cosaques ont occupé Paris. «
Il n’y a pas de pire malheur pour un peuple que d’être conquis » ni
pire politique que de se résigner au déclin quand les autres peuples
s’étendent. Ainsi s’explique son impérialisme qui choque aujourd’hui. Il
est partisan, après hésitation, de la colonisation en Algérie en
déplorant mais sans les écarter les « nécessités » fâcheuses de la
conquête (entendons par là les violences de Bugeaud). Contre Guizot, il
envisage une guerre avec l’Angleterre. Ministre, il renoue avec la
politique de Périclès selon Thucydide. Une nation qui a été grande est
en danger lorsqu’elle se montre faible dans un monde hostile.
En quoi la lecture de son œuvre peut-elle nous être utile pour notre temps ?
Tocqueville se méfiait des historiens entrés en politique comme
Guizot qui, se trompant d’époque, tuent leur patient avec érudition.
Évitons donc les anachronismes. Mais si l’histoire ne se répète pas,
elle nous instruit. Tocqueville est un penseur pour les temps difficiles
comme les nôtres. Il nous alerte sur la vulnérabilité des démocraties,
il nous incite à éduquer les citoyens à la liberté par plus de « self
government », plus de souci des garanties institutionnelles, plus de
démocratie délibérative, plus de contrepoids à l’abus de pouvoir par une
presse libre, un enseignement diversifié, des Églises respectueuses de
l’état de droit. Il ne nous lègue pas une doctrine clé en main. « Il
faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau. »
Une interview de Françoise Melonio par Éric Anceau
Professeure émérite de littérature française à Sorbonne Université
et ancienne directrice pédagogique de l’École normale supérieure-Ulm et
de Sciences-Po Paris, Françoise Melonio est la grande spécialiste de
Tocqueville, sur lequel elle vient de publier la biographie de référence
(Gallimard, 2025). Éric Anceau l’a interrogée pour la NRP.

Éric
Anceau est professeur d’histoire contemporaine à l’université de
Lorraine où il enseigne l’histoire politique et sociale de la France et
de l’Europe contemporaine. Ses recherches portent principalement sur
l’histoire de l’État, des pouvoirs, de l’expertise appliquée au
politique et des rapports entre les élites et le peuple et de la
laïcité. Directeur de collection chez Tallandier, co-directeur d’HES,
membre du comité de rédaction de plusieurs autres revues scientifiques
et de plusieurs conseils et comités scientifiques dont le Comité
d’histoire du Conseil d’État et de la Juridiction administrative, il a
publié une quarantaine d’ouvrages dont plusieurs ont été couronnés par
des prix. Parmi ses publications les plus récentes, on citera Les Élites françaises des Lumières au grand confinement (Passés Composés, 2020 et Alpha 2022), Laïcité, un principe. De l’Antiquité au temps présent (Passés Composés, 2022 et Alpha 2024), Histoire mondiale des impôts de l’Antiquité à nos jours (Passés Composés, 2023), Histoire de la nation française du mythe des origines à nos jours (Tallandier), Gambetta, fondateur de la République (PUF) et Nouvelle Histoire de France, collectif de 100 autrices et auteurs (Passés Composés).
Alexis de Tocqueville
Alexis de Tocqueville (Henri Charles de Clérel, vicomte de Tocqueville), né le
29 juin 1805 à
Paris et
mort le
16 avril 1859 à Cannes, est un penseur politique français et un historien. Ses œuvres comprennent :
- Du système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France (1833),
- Quinze Jours dans le désert (1840)
- De La Démocratie en Amérique (1835)
- L'Ancien Régime et la Révolution (1856).
Il est considéré comme l'un des défenseurs historiques de la liberté et de la démocratie, il fut anti-collectiviste et est l'une des références des libéraux. Il est également un théoricien du colonialisme, en légitimant par exemple l'expansion française d'Afrique du Nord. Il est élu dans le village normand dont il porte le nom en 1849 et dont il parle dans Souvenirs.
Son œuvre fondée sur ses voyages aux États-Unis est une base essentielle pour comprendre ce pays et en particulier lors du XIXe siècle.
Biographie courte d'Alexis de Tocqueville
Il est issu d’une famille légitimiste de la noblesse normande. Lamoignon de Malesherbes est l'un de ses arrière-grands-pères. Il est un neveu de Chateaubriand.
La chute de Robespierre mettant fin à la Terreur en l'an II (1794)
évita in extremis la guillotine à son père, Hervé de Tocqueville. Après
un exil en Angleterre, la famille rentre en France durant l'Empire, et Hervé de Tocqueville devient pair de France et préfet sous la Restauration.
Suivant l'enseignement de François Guizot, et licencié de droit, Alexis de Tocqueville est nommé juge auditeur en 1827
au tribunal de Versailles où il rencontre Gustave de Beaumont,
substitut, qui collaborera à plusieurs de ses ouvrages. Après avoir
prêté à contre-cœur serment à la Monarchie de Juillet, tous deux sont envoyés aux États-Unis (en 1831) pour y étudier le système pénitentiaire américain, d'où ils reviennent avec Du système pénitentiaire aux États-Unis et de son application (1832). Il s'inscrit ensuite comme avocat, et publie en 1835 le premier tome De la démocratie en Amérique (le deuxième en 1840), œuvre fondatrice de sa pensée politique. En 1840, il est reçu en Angleterre par son ami John Stuart Mill, et publie son essai L'État social et politique de la France avant et depuis 1789
qui formera ses grandes bases de réflexions sur l'Ancien Régime et la
révolution. Grâce à son succès, il est nommé chevalier de la légion
d'honneur (1837) et est élu à l'Académie des sciences morales et politiques (1838), puis à l'Académie française (1841).
À la même époque il entame une carrière politique, en devenant en 1839 député de la Manche (Valognes), siège qu'il conserve jusqu'en 1851. Il défend au Parlement ses positions abolitionnistes et libre-échangistes, et il devait défendre dans deux rapports officiels présentés à la Chambre des députés la colonisation de l'Algérie. En 1842, il est également élu conseiller général de la Manche par le canton de Sainte-Mère-Église, qu'il représente jusqu'en 1852. Le 6 août 1849, il est élu président du conseil générale au second tour de scrutin par 24 voix sur 44 votants, fonction qu'il occupe jusqu'en 1851.
Après la chute de la Monarchie de Juillet, il est élu à l'Assemblée constituante de 1848. Il est une personnalité éminente du parti de l'Ordre.
Il est membre de la Commission chargée de la rédaction de la Constitution de la Seconde République.
Il y défend surtout les institutions libérales, le bicamérisme,
l'élection du président de la République au suffrage universel, et la
décentralisation. Il est élu à l'Assemblée législative dont il devient
vice-président.
Hostile à la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence, lui préférant Cavaignac, il accepte cependant le ministère des Affaires étrangères entre juin et octobre 1849 au sein du deuxième gouvernement Odilon Barrot. Opposé au Coup d'État du 2 décembre 1851, il fait partie des parlementaires qui se réunissent à la mairie du Xe arrondissement et votent la déchéance du président de la République.
Incarcéré à Vincennes puis relâché, il quitte la vie politique. Retiré en son château de Tocqueville, il entame l'écriture de L'Ancien Régime et la Révolution, paru en 1856. La seconde partie reste inachevée quand il meurt en convalescence à la Villa Montfleury de Cannes le 16 Avril 1859, où il s'était retiré six mois plus tôt avec sa femme, pour soigner sa tuberculose. Il est enterré au cimetière de Tocqueville.
Pensée d'Alexis de Tocqueville
La Démocratie pour Tocqueville
Durant son séjour aux États-Unis, Tocqueville s'interroge sur les fondements de la démocratie. Contrairement à Guizot,
qui voit l'histoire de France comme une longue émancipation des classes
moyennes, il pense que la tendance générale et inévitable des peuples
est la démocratie. Selon lui, celle-ci ne doit pas seulement être
entendue dans son sens étymologique et politique (pouvoir du peuple) mais aussi et surtout dans un sens social : elle correspond à un processus historique permettant l'égalisation des conditions qui se traduit par :
- l'instauration d'une égalité de droit.
Tous les citoyens sont soumis aux mêmes règles juridiques alors que sous l'Ancien Régime, la noblesse et le clergé bénéficiaient d'une législation spécifique (les nobles étaient par exemple affranchis du paiement de l'impôt).
- une mobilité sociale potentielle alors que la société d'Ordres de l'Ancien Régime impliquait une hérédité sociale quasi totale. Par exemple, les chefs militaires étaient nécessairement issus de la noblesse.
- une forte aspiration des individus à l'égalité.
Toutefois, l'égalisation des conditions n'implique pas pour autant la disparition de fait des différentes formes d'inégalités de nature économique ou sociale.
Selon Tocqueville, le principe démocratique entraîne chez les individus « une sorte d'égalité imaginaire en dépit de l'inégalité réelle de leur condition ».
La tendance à l'égalisation des conditions qu'il considère comme inéluctable présente à ses yeux un danger.
Il constate que ce processus s'accompagne d'une montée de l'individualisme (« repli sur soi ») ce qui contribue d'une part à affaiblir la cohésion sociale et d'autre part incite l'individu à se soumettre à la volonté du plus grand nombre.
À partir de ce constat, il se demande si ce progrès de l'égalité est compatible avec l'autre principe fondamental de la démocratie : l'exercice de la liberté, c'est-à-dire la capacité de résistance de l'individu à l'égard du pouvoir politique.
Égalité et liberté semblent en fait s'opposer puisque l'individu tend de plus en plus à déléguer son pouvoir souverain à une autorité despotique et par conséquent à ne plus user de sa liberté politique :
« l'individualisme est un sentiment réfléchi qui dispose chaque
citoyen à s'isoler de la masse de ses semblables de telle sorte que,
après s'être créé une petite société à son usage, il abandonne
volontiers la grande société à elle même ».
Selon Tocqueville, une des solutions pour dépasser ce paradoxe, tout en respectant ces deux principes fondateurs de la démocratie, réside dans la restauration des corps institutionnels intermédiaires qui occupaient une place centrale dans l'Ancien Régime (associationss politiques et civiles, corporations, etc.). Seules ces instances qui incitent à un renforcement des liens sociaux, peuvent permettre à l'individu isolé face au pouvoir d'État d'exprimer sa liberté et ainsi de résister à ce que Tocqueville nomme « l'empire moral des majorités ».
Révolution française : rupture ou continuité institutionnelle ?
Dans son ouvrage L'Ancien Régime et la Révolution, Tocqueville montre que la Révolution de 1789 ne constitue nullement une rupture dans l'Histoire de France.
Selon lui, l'Ancien Régime s'inscrit déjà dans le processus d'égalisation des conditions qui s'explique par deux évolutions complémentaires :
- d'une part, sur le plan institutionnel, la France pré-révolutionnaire est marquée par la remise en cause progressive du pouvoir de la noblesse par l'État
(on assiste par exemple à un accroissement du pouvoir des intendants
aux dépens des Seigneurs). Cependant, son étude sur les intendants ne se
base que sur la généralité de Tours, proche de Paris et fidèle au
pouvoir royal. Cette idée de centralisation avec l'intendance doit être
nuancée. (cf. travaux d'Emmanuelli notamment).
- d'autre part, sur le plan des valeurs, Tocqueville rend compte de la montée de l'individualisme sociologique qui place l'individu-citoyen et avec lui le concept d'égalité au centre des préoccupations morales et politiques (Jean-Jacques Rousseau : Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes).
Tocqueville soulève aussi le problème de la bourgeoisie
qui est devenue l'égale de la noblesse : aisée, cultivée et adulant les
mêmes auteurs, alors même que des institutions fondées sur une
tradition obsolète la maintiennent dans un statut inférieur. Tocqueville
observe ainsi que l'Ancien Régime au moment de sa chute est la société
la plus démocratique d'Europe, dans ce sens que c'est là que l'égalité
des conditions y est le plus atteinte, mais la moins libérée
politiquement : la France est le pays où les bourgeois sont le plus
semblables aux nobles et les plus séparés par des barrières politiques.
C'est la convergence de ces deux logiques qui rend de plus en plus inacceptable l'inégalité des conditions : « le désir d'égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l'égalité est plus grande ».
Il en conclut que le progrès de l'égalité et non l'inverse a précédé la Révolution ;
il en est une des causes et non une de ces conséquences :
« tout ce que la Révolution a fait, se fût fait, je n'en doute pas, sans
elle ; elle n'a été qu'un procédé violent et rapide à l'aide duquel on a
adapté l'état politique à l'état social, les faits aux idées, les lois
aux mœurs ».
Il pense par un raisonnement similaire que c'est la prospérité
qui pave la route des grandes révolutions, les misères ne générant que
des émeutes.
L'État limité selon Tocqueville
Tout comme Benjamin Constant,
Tocqueville se préoccupe du cadre institutionnel capable de préserver
la liberté tout en assurant l'égalité en droit. Alors que Constant le
voit dans une constitution qui limite le pouvoir de l'État, Tocqueville le décrit comme quatre piliers :
- le fédéralisme au niveau régional ou communal ;
- l'indépendance de la justice : les juges (ou les jurys), garants de la liberté, doivent être au-dessus du pouvoir ;
- les associations, corps intermédiaires, propices à l'engagement individuel ;
- la religion, qui relève de la sphère privée.
Le changement social selon Tocqueville
Pour Tocqueville, le changement social résulte de l'aspiration à l'égalité des hommes.
Pour lui, si l'humanité doit choisir entre la liberté et l'égalité, elle tranchera toujours en faveur de la seconde, même au prix d'une certaine coercition, du moment que la puissance publique assure le minimum requis de niveau de vie et de sécurité.
L'enjeu, toujours d'actualité, est l'adéquation entre cette double revendication de liberté et d'égalité :
« les nations de nos jours ne sauraient faire que dans leur sein les
conditions ne soient pas égales ; mais il dépend d'elles que l'égalité
les conduise à la servitude ou à la liberté, aux lumières ou à la
barbarie, à la prospérité ou aux misères ».
Pour Tocqueville, la société démocratique caractérisée par l'égalité des conditions est l'aboutissement du changement social.
L'effet Tocqueville
Tocqueville remarque que le fait de satisfaire à des besoins peut
engendrer de l'insatisfaction, car cela légitime des attentes encore
plus élevées. Les avantages acquis sont tenus pour allant de soi et
cessent d’être une source de satisfaction, tandis qu'apparaissent des
aspirations impossibles à satisfaire :
- Le mal qu'on souffrait patiemment comme inévitable semble
insupportable dès qu'on conçoit l'idée de s'y soustraire. Tout ce qu'on
ôte alors des abus semble mieux découvrir ce qui en reste et en rend le
sentiment plus cuisant : le mal est devenu moindre, il est vrai, mais la
sensibilité est plus vive. (Tocqueville, L'ancien régime)
A cette loi Tocqueville, portant sur le paradoxe des irruptions
révolutionnaires dans l'histoire, s'ajoute l'effet Tocqueville, qui sera
théorisé plus tard en sociologie avec la théorie de la frustration relative (theory of rising expectations).
Tocqueville philosophe politique
Puisqu’il faut bien, dit Tocqueville, « que l’autorité se rencontre
quelque part » (postulat de base de toute la philosophie politique),
alors l’intérêt bien entendu (utilitarisme audible dans toute la pensée
politique moderne) et les lumières ou « bon sens de tous » (sens commun
adopté par la plupart des philosophes) s’accordent autour d’« idées
communes » ou « principales », baptisées « conviction commune » ou
« raison générale » par François Guizot. Cela constitue un corps social
(organisation ou morphologie politique) dont les membres acceptent des
croyances reçues et partagées sans examen (chose inévitable enseigne la
sociologie de la connaissance). Marc Crapez, 2010
Citations d'Alexis de Tocqueville
L'Amérique de son époque
- « Pour ma part, je ne saurais concevoir qu'une nation puisse
vivre ni surtout prospérer sans une forte centralisation
gouvernementale. Mais je pense que la centralisation administrative
n'est propre qu'à énerver les peuples qui s'y soumettent, parce qu'elle
tend sans cesse à diminuer parmi eux l'esprit de cité ». Extrait de La Démocratie en Amérique vol. I, Première partie
- « Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui
se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il
est absolu, prévoyant, régulier et doux. Il ressemblerait à la
puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les
hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer
irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent
pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur
bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il
pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite
leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur
industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne
peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de
vivre ? ». Extrait de La Démocratie en Amérique
- « Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu'en matière
de gouvernement la majorité d'un peuple a le droit de tout faire, et
pourtant je place dans les volontés de la majorité l'origine de tous les
pouvoirs. (...) Ce que je reproche le plus au gouvernement
démocratique, tel qu'on l'a organise aux États-Unis, ce n'est pas, comme
beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au
contraire sa force irrésistible ». Extrait de La Démocratie en Amérique vol. I, Deuxième partie, chapitre VII ;
Le citoyen et le gouvernement
- « Démocratie et socialisme
n'ont rien en commun sauf un mot, l'égalité. Mais notez la différence :
pendant que la démocratie cherche l'égalité dans la liberté, le
socialisme cherche l'égalité dans la restriction et la servitude ».
- « Le plus grand soin d’un bon gouvernement devrait être d’habituer peu à peu les peuples à se passer de lui ».
- « Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions
ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester
libres. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts
contraires, ils s’efforcent de le satisfaire à la fois tous les deux.
Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par
les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du
peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d’être en
tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs ».
- « Je ne crains pas qu'ils rencontrent des tyrans, mais plutôt des tuteurs. »
- « Les hommes veulent l’égalité dans la liberté, et s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage ».
- « Je n'ai pas de traditions, je n'ai pas de parti, je n'ai point de
cause, si ce n'est celle de la liberté et de la dignité humaine. »
Guerres et conflits
- « J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte,
mais que je n’approuve pas, trouver mauvais qu’on brûlât les moissons,
qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes,
des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités
fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux
Arabes sera obligé de se soumettre » (...) « Je crois que le droit de la
guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit
en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les
temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui
ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux. » 1841 -
Extrait de Travail sur l’Algérie, in Œuvres complètes, Gallimard, Pléiade, 1991, p. 704 & 705.
- « L’expérience ne nous a pas seulement montré où était le théâtre
naturel de la guerre ; elle nous a appris à la faire. Elle nous a
découvert le fort et le faible de nos adversaires. Elle nous a fait
connaître les moyens de les vaincre et (...) d’en rester les maîtres.
Aujourd’hui on peut dire que la guerre d’Afrique est une science dont
tout le monde connaît les lois, et dont chacun peut faire l’application
presque à coup sûr. Un des plus grands services que M. le maréchal
Bugeaud ait rendus à son pays, c’est d’avoir étendu, perfectionné et
rendu sensible à tous cette science nouvelle. » 1847 - Extrait de Rapports sur l’Algérie, in Œuvres complètes, op. cit, p. 806
- « En conquérant l'Algérie, nous n'avons pas prétendu, comme les Barbares qui ont envahi l'empire romain,
nous mettre en possession de la terre des vaincus. Nous n'avons eu pour
but que de nous emparer du gouvernement. La capitulation d'Alger en
1830 a été rédigée d'après ce principe. On nous livrait la ville, et, en
retour, nous assurions à tous ses habitants le maintien de la religion
et de la propriété. C'est sur le même pied que nous avons traité depuis
avec toutes les tribus qui se sont soumises. S'ensuit-il que nous ne
puissions nous emparer des terres qui sont nécessaires à la colonisation
européenne ? Non sans doute ; mais cela nous oblige étroitement, en
justice et en bonne politique, à indemniser ceux qui les possèdent ou
qui en jouissent. » Extrait de Premier rapport sur l’Algérie (travaux parlementaires)
- « J'avais toujours cru qu'il ne fallait pas espérer de régler par
degrés et en paix le mouvement de la Révolution de Février et qu'il ne
serait arrêté que par une grande bataille livrée dans Paris. Je l'avais
dit dès le lendemain du 24 février ; ce que je vis alors persuada que
non seulement cette bataille était inévitable mais que le moment en
était proche et qu'il était à désirer qu'on saisit la première occasion
de la livrer. » (Cité par Sartre dans la Critique de la raison dialectique, p.708)
Publications
Pages correspondant à ce thème sur les projets liberaux.org :
- Une édition en 9 volumes des œuvres complètes de Tocqueville est
disponible numérisée sur le site Gallica] (bibliothèque numérique de la
Bibliothèque nationale de France) :
- Œuvres complètes d'Alexis de Tocqueville, publiées par Mme de Tocqueville et Gustave de Beaumont (1864)
- 1835, Alexis de Tocqueville, vol 1, De la démocratie en Amérique
- Traduction en anglais
- par Henry Reeve en 1945, "Democracy in America", New York: Knopf (révisé par Francis Bowen, coordonné par Phillips Bradley)
- par Henry Reeve en 1954, "Democracy in America", 2 vols. New York, Vintage Books
- par George Lawrence en 1966, Harper (coordination par J. P. Mayer, introduction de Max Lerner)
- édition paperback en 1961 par Vintage et par Schocken
- Traduction en 1969, "Democracy in America", New York: Harper and Row
- Traduction en anglais en 1990, Democracy in America, Vol. 1, New York: Vintage Books
- Traduction en espagnol en 1984, "La democracia en América", vol. 1. Madrid: Sarpe
- 1835, Memoir on Pauperism
- Traduction en anglais en 1997, Memoir on Pauperism, Chicago: Ivan Dee
- 1840, Alexis de Tocqueville, vol 2, De la démocratie en Amérique
- Traduction en anglais en 1990, Democracy in America, vol 2, New York: Vintage Books
- Traduction en espagnol en 1984, "La democracia en América", vol 2. Madrid: Sarpe
- 1856, "L'Ancien Régime et la Révolution", Paris, Garnier-Flammarion, n°500 (édition F. Mélonio)
- Traduit en anglais en 1959 par Stuart Gilbert, "The Old Régime and the French Revolution", Garden City, N.Y.: Doubleday
- Lettres Choisies et Souvenirs (1814-1859). Gallimard, collection Quarto (édition: Françoise Mélonio et Laurence Guellec). 2003.
- De la démocratie en Amérique, Souvenirs, l'Ancien Régime et la Révolution. Paris, Bouquins. Éditions Robert Laffont, 1986. 1 volume.
- Alexis de Tocqueville, Œuvres Complètes. Paris, Gallimard, 1951-2002 (29 volumes parus)
Littérature secondaire
Pour voir les publications qui ont un lien d'étude, d'analyse ou de
recherche avec les travaux et la pensée d'Alexis de Tocqueville : Alexis de Tocqueville (Littérature secondaire)
Voir aussi
Liens externes
D) - Le socialisme....
Socialisme
Le socialisme est un système économique et politique qui repose sur la propriété collective, à divers degrés et sous diverses formes, des moyens de production. Sous sa forme étatique, il implique nationalisations et planisme ; sous sa forme utopique, il préconise coopération et mutualisme.
Dans un sens plus vague, le socialisme est un ensemble de
revendications et d'idées visant à améliorer le sort de la population,
via le remplacement du capitalisme
par une société supposée plus juste, sans nécessairement aboutir à une
propriété collective des moyens de production. Il est représenté par
plusieurs partis politiques sous diverses dénominations (parti
socialiste, parti social-démocrate, parti travailliste, etc.). Les
partis socialistes proposent généralement une fiscalité renforcée sur
les grandes fortunes et les multinationales, ainsi qu'une augmentation
des dépenses publiques.
Définition du socialisme
Le socialisme est une idéologie politique,
qui est aussi ancienne que les premières communautés humaines. Cette
forme d'organisation politique se retrouve chaque fois que les
individus, appréhendés comme un unique tout (collectivisme),
sont considérés soit comme les membres interchangeables d'un troupeau à
guider, soit comme sujets bailleurs d'un unique propriétaire, soit
encore comme administrés relevant d'une même bureaucratie.
Que cela relève d'une véritable bienveillance (despotisme) provenant de
l'idée que seul un ordre dirigiste ou dictatorial est nécessaire pour
assurer la vie en commun des hommes (par ailleurs obligés par nature de
coopérer) ou bien que cette dictature soit établie pour servir des
desseins peu avouables, et ce quel que soit le régime politique choisi
(monarchique, oligarchique ou démocratique), son objectif est alors
d'instaurer une propriété commune du capital
et une redistribution des richesses ; sinon de façon égale, tout du
moins avec les seules inégalités justifiées par le prétendu intérêt public.
Or dans les faits, le socialisme aboutit toujours à devoir
doubler son collectivisme économique d'un collectivisme mental
(conditionnement idéologique, appel au don de soi, imposition de la
fraternité et de la solidarité, morale républicaine) censé prévenir les
probables dissensions causées par l'inexorable survivance de l'intérêt
particulier au sein de la communauté (morale du troupeau).
On divise généralement le socialisme en cinq grands courants qui
divergent sur les méthodes à suivre pour instaurer l'ordre socialiste,
le sauvegarder, le degré d'étatisation et de libertés politiques :
Socialisme et communisme
Il faut noter que pour Marx et les marxistes le terme socialisme sert parfois à désigner l'abolition du capitalisme
et de l'État bourgeois grâce à la socialisation des moyens de
production (socialisme au sens fort, aujourd'hui défendu par les
communistes), même si dans le vocable marxien il sera délaissé, à partir
de 1848, au profit de celui de communisme,
socialisme venant alors désigner d'autres formes de pensées
crypto-communistes ou encore une phase transitoire avant l'avènement du
communisme. Dû à ce flottement, ou quand on désire appuyer sur leur
origine conceptuelle commune (comme ce sera ici le cas), socialisme et
communisme ne sont pas dissociés (usage large).
Les socio-démocrates, nés du schisme du révisionnisme de Bernstein au début du XXe
siècle, regroupés aujourd'hui dans les partis dit socialistes, y
verront un moyen, par intervention directe ou indirecte de l'État, de
limiter (sens faible) des maux qu'ils considèrent causés par le
capitalisme et des marchés qui en sont le modus operandi (usage
restreint).
Qu'un socialiste au sens faible devienne nécessairement (comme le
prévoyaient des libéraux comme Hayek) un socialiste au sens fort,
c'est-à-dire qu'il n'y ait pas, dans les faits, à long terme, de
véritable différence de nature dans le socialisme mais seulement de
degré, n'empêche pas que les uns et les autres ne poursuivent pas des
buts légèrement différents, en croyant participer à des socialismes de
natures différentes. Comme l'affirme crûment Ayn Rand :
« Il n'y a pas de différence entre le socialisme et
le communisme, excepté dans la façon dont ils réalisent le même but
ultime : le communisme propose l'esclavage par la force, le socialisme par le vote. C'est la même différence qu'il y a entre le meurtre et le suicide. »
Une impasse rationnelle
Quand il essaye de dépasser la simple sympathie affectée et veut se
donner une assise scientifique, le credo socialiste repose alors, selon Ludwig von Mises, sur trois dogmes :
- la société (en fait, ceux qui la dirigent) est un être tout-puissant et omniscient qui transcende les individus (holisme), exempt de la faillibilité[1] et des faiblesses humaines ;
- l'avènement du socialisme est inéluctable (par ex. thèse de « l'effondrement » du capitalisme chez Karl Marx et les marxistes);
- l'idée que, comme l'Histoire est un progrès continu, passant de situations imparfaites à des situations plus parfaites (historicisme), l'avènement du socialisme est programmé depuis la nuit des temps.
Mises (années 1920), puis Hayek (années 1930), se sont attachés à
réfuter les prétentions du socialisme à créer un ordre planifié, dans ce
qu'on a appelé le débat sur le calcul économique en régime socialiste : système condamné à tâtonner dans le noir à cause de la destruction du marché comme système d'évaluation de la valeur (via le système des prix),
donc faute de calcul économique, il conduit les dirigeants à créer un
régime nécessairement arbitraire et autoritaire, incapable, de surcroît,
de produire tout ce que l'« anarchie de la production » capitaliste
réussissait.
Une tragédie pour les hommes de bonne volonté
Malheureusement pour les véritables philanthropes, l'Histoire a
montré qu'à grande échelle le socialisme, ou sa version édulcorée la social-démocratie, aboutit nécessairement à une dictature politique et économique, à l'appauvrissement général, au totalitarisme, sous prétexte de planification, d'égalité économique, d'élimination du capitalisme.
Malgré la redondance des mises en garde, du bon chrétien anglais alerté par Mandeville dans la deuxième partie de La Fable des abeilles
à l'humaniste généreux dont Hayek (après tant d'autres) prédisait les
désillusions, toujours la volonté de bien faire associée à l'incrédulité
dans l'ordre spontané des marchés, a rencontré des résultats à l'exact opposé de la vision messianique ou de l'« idéal prométhéen » (Raymond Aron) sur laquelle repose l'idéologie socialiste : capitalisme d'État,
nouvelles inégalités (apparition d'une nomenklatura : apparatchiks en
URSS, énarques en France), fin des libertés (voir l'histoire des régimes
marxistes, l'Allemagne nazie).
Sa résistance aux faits
Si « l'Histoire du socialisme est faite
d'échecs, d'abdications, et de trahisons, qui ne lui ont permis, à aucun
moment au cours des deux siècles passés, de constituer un guide pour
l’Humanité » (Droz 1997, IV, p.660), il faut bien cependant reconnaître sa prégnance dans les esprits[2], la question était de savoir pourquoi cela est ainsi et comment cela est possible. D'où quelques pistes :
L'irrationalité
L'essence du socialisme est, en économie, la prétention de diminuer la rareté en s'attaquant aux droits de propriété en utilisant la violence et la coercition, ce qui n'aboutit qu'à la destruction de richesses (voir aussi loi de Bitur-camember),
cachée par le refus d'utiliser le calcul ou un système de prix qui
mesurerait la rareté (économie non monétaire). Politiquement, il peut se
cacher sous les oripeaux du libéralisme politique, alors que son mode
d'action est la contrainte et la loi du plus fort.
L'inconséquence et la foi aveugle
Grâce à l'application de stratégies de fuite en avant (nouvelle
théorisation et abandon de l'ancienne sans faire de bilan ni payer
l'addition) ou de la méthode Coué (ça n'a pas marché, mais c'est beau,
alors ça doit marcher), la plupart ne s'est pas détournée de lui, y
cherchant encore une solution à la misère et à l’oppression (Id.).
La solution par défaut
En absence « d'utopie de rechange » (Hayek) le socialisme serait la seule solution apparente. Soit que :
- les libéraux n'aient pas su proposer un idéal véritablement
humaniste du libéralisme, lui préférant (par stratégie ou par
conviction) un niveau d'argumentation strictement utilitariste,
- soit que sur le marché des idées, ils aient été défaillants, partant
avec un handicap puisque les socialistes se sont arrogés le « monopole
du cœur ».
Évolutionnisme
Pour Friedrich Hayek,
la persistance du socialisme prend sa source dans l'exacerbation
d'instincts tribaux ancestraux. Au contraire de ceux-ci, la société
libre et ouverte fondée sur la Rule of Law
constitue un phénomène relativement récent, qui n'a pas eu le temps
d'irriguer complètement les esprits. Pour nombre d'individus,
l'appartenance (et l'obéissance) à une communauté politique fermée,
décrétant collectivement les buts à atteindre, continue encore
aujourd'hui d'être considérée comme un modèle de société viable. En ce
sens, Hayek parle du socialisme (et en particulier du marxisme) en termes de « fabrication d'une nouvelle morale [visant à] vieux instincts ».
De ce point de vue, la nouveauté du libéralisme juridique le dessert
face à la fausse innovation présentée par l'idéologie socialiste qui, de
son côté, n'offre rien d'autre qu'un programme littéralement
réactionnaire de société close (économiquement, culturellement,
spirituellement, etc.). Sur la perception négative du passage de la
société close à la société de Droit, perception qui a ouvert la brèche
vers le socialisme, Hayek écrit dans le tome III de Droit, législation
et liberté (p. 196) :
« Voici où se situe le grand changement qui a
engendré un ordre de société de plus en plus incompréhensible pour
l'homme, et dont le maintien exigea de lui qu'il se soumette à des
règles apprises, souvent à ses instincts héréditaires : ce fut lorsque
l'on passa de la société de face à face, ou du moins du groupe restreint
composé de membres connus et reconnaissables, à la société ouverte,
abstraite, qui n'était plus soudée par des buts communs, mais seulement
par l'obéissance aux mêmes règles abstraites. Ce que l'homme eut le plus
de mal à comprendre, fut probablement que les seules valeurs communes
d'une société ouverte et libre n'étaient pas des objectifs concrets à
atteindre, mais seulement des règles de conduite abstraites admises par
tous, lesquelles assuraient le maintien d'un ordre tout aussi abstrait
qui procurait simplement à l'individu de meilleures perspectives de
réussite dans ses initiatives, mais ne lui ouvrait aucune créance sur
des biens particuliers. »
Machiavélisme
La demande d'un nombre sans cesse croissant de clients de l'État, de
plus en plus attirés par les privilèges et sinécures offerts, et le
caractère exponentiel que ces politiques égalitaristes (égalité matérielle, égalité des chances, « justice distributive »,
etc.) engendrent, expliquent et la permanence des régimes
collectivistes et la croissance de leur mainmise sur leurs communautés
respectives.
Religion et socialisme
Bien que le socialisme collectiviste, le socialisme scientifique se targue d’origines récentes et que le communisme, accomplissement du socialisme, prétende parfois remonter au début du XIXe
siècle, il est hors de doute que les différentes écoles socialistes
comptent de nombreux précurseurs, surtout parmi les sectes chrétiennes
du Moyen Âge. En France, en Allemagne, aux Pays-Bas et ailleurs ont
abondé les socialistes ou communistes qui prétendaient tirer des idées
évangéliques leurs idées d’égalité économique, de mise en commun de la
richesse collective. Ils ont d’ailleurs des successeurs contemporains.
Les épisodes historiques auxquels Albigeois, Vaudois, Anabaptistes,
Niveleurs et bien d’autres encore ont attaché leur nom et dû de passer à
la postérité en sont une preuve suffisante ; au temps de Cromwell,
Winstanley le piocheur rédigeait une charte collectiviste.
« D’ailleurs, l’idée d’égalité économique a toujours
persisté, latente, parmi les chrétiens hétérodoxes : c’est une tradition
qui paraît remonter loin, à l’agglomération judéo-chrétienne de
Jérusalem qui, au lendemain de la disparition du fondateur du
christianisme, se constituait en groupement collectiviste volontaire.
Légende, peut-être, qui ne ferait que prouver l’ancienneté de la
tradition. Quoi qu’il en soit, la forme scientifique du collectivisme ou
du communisme contemporain n’est qu’une adaptation économique à
l’esprit des temps actuels du christianisme, surtout du catholicisme.
Sous une terminologie différente le socialisme et le christianisme
préconisent l’amour entre les hommes, tous les hommes, qu’ils appellent
chacun et tous au banquet de la vie sans réclamer d’effort autre qu’une
adhésion extérieure à un programme, nous allions dire l'obéissance à un
credo. C’est avec raison qu’on a pu qualifier le socialisme : « la religion du fait économique ». »
— Émile Armand, L’Initiation individuelle anarchiste (1923), partie 1.8. « Les origines du socialisme. Les précurseurs socialistes »)
Optique libérale
Les libéraux ne rejettent pas les principes socialistes en bloc. Au
contraire, la famille peut-être considérée comme un ordre communiste,
soudé par l'amour filial, la solidarité, l'entraide financière et
affective. De même, dans le cadre d'une association, de rapports de
voisinage, certaines formes de socialisme sont viables et souvent
appréciables. Seulement, ces formes doivent respecter certaines
conditions: être volontaires et révocables, conformes à la volonté
commune des participants, dans le respect des droits de chacun à la
liberté et à la propriété. L’erreur des socialistes consiste alors à
hypostasier l’amour fraternel (comme chez Hegel) à l’ensemble d’un groupe disparate, unifié par la soumission au même État, et qu’on appellera société.
Il y a pourtant une différence de nature entre un petit groupe à
l’utilité commune clairement identifiable et/ou s’autorégulant grâce à
la connaissance personnelle de chacun des individus, et une foule
d’individus abstraits ne se connaissant pas et trop divergents pour
pouvoir s’accorder sinon en étant chapeautés par un monstre froid qui
maintient de force l’union au nom d’une solidarité factice et de compromis — paravent hypocrite d’un jeu où chacun essaye de tirer la couverture à soi.
Ce qui est vrai au niveau de la communauté nationale l'est aussi
dans les rapports internationaux : si un socialiste se prétend
humaniste, on s'aperçoit cependant qu'à défaut d'instaurer un régime
mondial unique, les partis socialistes nationaux (pourtant regroupés
dans une Internationale socialiste) défendent leur clientèle sans se
soucier des autres (cf. négociations européennes, délocalisations, patriotisme économique, etc.), démentant de fait l'idée que la poursuite d'un intérêt général est possible en dehors d'une théorie de la violence réfrénée et du chantage permanent. On parlera alors, de ce point de vue, de social-nationalisme qui est une forme soft du national-socialisme, épurée de toute la pseudo-science raciste.
Le seul critère libéral possible qui permette de savoir si le
socialisme est légitime dans les conditions où il se présente en
pratique est le consentement des individus. Le socialisme s'accompagne presque toujours de coercition et de violence,
les seules occasions où il se manifeste pacifiquement relèvent
d'organisations volontaires telles que peut en produire par exemple le mutualisme. Certains auteurs libertariens (notamment Benjamin Tucker, Kevin A. Carson, Gary W. Chartier) voient dans le socialisme la conséquence probable de l'adoption du marché libre et de la suppression de l'État.
Socialisme libéral
Le socialisme libéral prétend concilier les idéaux du socialisme à ceux du libéralisme
en revenant au libéralisme comme méthode politique d'émancipation et en
affirmant que le socialisme est dans son inspiration profonde une
philosophie de la liberté. Cette doctrine, qui est anti-marxiste,
promeut l'autonomie de la société civile, de l'individu et de la liberté,
l'idée de responsabilité sociale, l'indépendance des activités sociales
et économiques par rapport à l'État, la nécessité d'institutions
juridiques fortes ainsi que le pluralisme social et politique. Elle
diffère du socialisme libertaire (Bakounine), communiste ou collectiviste, qui refuse toute autorité et tout exercice du pouvoir.
Monique Canto-Sperber, dans l'entrée socialisme libéral du Dictionnaire du libéralisme, cite comme favorables à cette « interprétation libérale du socialisme » les auteurs suivants : Charles Renouvier, Alfred Fouillée, Léon Bourgeois, Proudhon
("un des premiers inspirateurs de la tradition socialiste libérale"),
Charles Andler, Lucien Herr, Jean Jaurès, Henri de Man, André Philip.
Les opposants à ce concept considèrent qu'il relève de l'oxymore,
et définissent volontiers le socialisme libéral comme "le socialisme
moins le Goulag, et le capitalisme plus l'enfer fiscal"... Ce système
provoque bien souvent l'apparition d'un secteur informel[3] important dans l'économie. Cependant, les libertariens n'excluent pas a priori l'existence de communautés socialistes fondées sur le volontariat :
- Il pourrait exister une société que certains socialistes
appelleraient socialiste, mais qui, à mon avis, serait à la fois
capitaliste et libre. Une telle société serait le fruit d’une
combinaison du principe socialiste du contrôle ouvrier avec
décentralisation radicale et de la structure commerciale nécessaire à
cette décentralisation. Il n’y aurait aucune autorité centrale capable
d’imposer sa volonté aux unités économiques individuelles. La
coordination se ferait par l’échange, le commerce, par un marché. A la
place des entreprises, il y aurait des coopératives ouvrières contrôlées
par leurs ouvriers. (David Friedman, 1973)
Voir aussi social-libéralisme et libéralisme social.
Notes et références
Cf. Rousseau,
Du Contrat social, chap. 2.3 : « la volonté générale est toujours
droite et tend toujours à l'utilité publique. » (suit une série de
restrictions qui rendent tout ceci nettement improbable, mais cela
n'affecte jamais l'idéologue...)
La
question étant de savoir si l'aversion spontanée de la plupart n'est
pas dû à un réflexe conditionné crée par des décennies de terrorisme
intellectuel, et si beaucoup ne sont pas plus libéraux qu'ils ne le
croient… et qu'ils ne redécouvrent qu'une fois leur liberté perdue (cf. Raymond Aron, Essai sur les libertés, II).
- A. Portes, J. Borocz, 1988,
"The Informal Sector under Capitalism and State Socialism: A
Preliminary Comparison", Social Justice. Dynamic of the Informal
Economy, Vol 15, n°3-4, pp17-28
Bibliographie
- 1949, Buhram Putnam Beckwith, "Liberal Socialism: The Pure Welfare Economics of a Liberal Socialist Economy"
- édition révisée en 1974, "Liberal Socialism: The Pure Welfare Economics of a Liberal Socialist Economy". Jericho, NY: Exposition
- 1977, Igor Chafarévitch, Le phénomène socialiste, Le Seuil (titre original : Социализм как явление мировой истории, c'est-à-dire Le socialisme en tant que phénomène de l'histoire mondiale)
- 1989, François Seurot, Le système économique de l'URSS, Paris : Presses universitaires de France, ISBN 2130420109, ISBN 9782130420101
- 1993,
- Richard J. Arneson, "Socialism as the Extension of Democracy", In: Ellen Frankel Paul, Fred D. Miller, Jeffrey Paul, dir., "Liberalism and the Economic Order" (Social Philosophy and Policy), Cambridge: Cambridge University Press, pp145-171
- Robert Heilbroner, "Socialism", In David R. Henderson,
dir., "The Fortune Encyclopedia of Economics: 141 Top Economists
Explain the Theories, Mechanics, and Institutions of Money, Trade, and
Markets", New York: Time-Warner Books, Inc., pp161-165
- 1997, Jacques Droz, dir., Histoire générale du socialisme, 4 vol., PUF/Quadrige
Voir aussi
https://www.wikiberal.org/wiki/Socialisme
E) - L'échec du socialisme - Par Christian BIGAUT
L’échec du socialisme. Pourquoi le socialisme ne marche pas. La malédiction du socialisme au pouvoir.
Le socialisme s’est édifié au XIXème siècle avec la révolution industrielle qui crée un déplacement de paysans qui deviennent ouvriers dans les industries naissantes. Le socialisme vise à améliorer la condition ouvrière. Il se définit comme action de transformation de la lutte des classes, lutte de la classe ouvrière en action politique au service du progrès matériel et social. Il est historiquement lié à la société industrielle. Il reposait sur trois éléments : au niveau social, la lutte de la classe ouvrière qui visait à modifier les rapports dans l’organisation du travail, au niveau politique, l’action des partis socialistes visait à substituer à la propriété capitaliste des entreprises une intervention accrue de l’Etat dans la conduite de l’économie et enfin, au niveau idéologique, la croyance -d’inspiration scientiste- au progrès naturel des forces de production, lui-même lié à l’existence d’un sens de l’histoire depuis la révolution Bolchevick de 1917 en Russie.
Deux types de socialisme vont coexister : le socialisme « révolutionnaire » scientifique qualifié de communisme et le socialiste « démocratique ».
1 : le socialisme scientifique ne tiendra pas ses promesses d’avenir radieux et sera répudié par les « démocraties populaires » en 1989 puis par la « patrie du socialisme réel » en 1991.
Le socialisme scientifique qualifié de communisme s’implante en 1917 en Russie avec la création en 1926 du parti communiste d’Union Soviétique (PCUS) et grâce à la victoire en 1945 sur la nazisme s’étend aux pays de l’Europe de l’Est en raison de l’intervention des chars soviétiques permettant l’établissements de gouvernements fantoches au service de l’URSS qui seront transformés en satellites qui imiteront le système politique et économique du modèle soviétique puis sur de nombreux territoires décolonisés. Le communisme se prétendait porteur d’une « forme scientifique » de socialisme, fondé sur une analyse du capitalisme et de son dépassement par la lutte des classes ainsi que sur l’abolition de la propriété privée en faveur de la propriété collective des moyens de production. Des contestations furent écrasées par la force, en RDA en 1953 après la mort de Staline, en Hongrie en 1956 et sous Léonid Brejnev, l’écrasement du printemps de Prague en 1968 qui abrégeait l’expérience d’un « socialisme à visage humain »et enfin, les grandes grèves Polonaises de 1970, 1976-1980 ou la classe ouvrière se dresse contre le régime qui se réclamait de celle-ci. En six mois en 1989, sous la pression des peuples qui aspiraient à la liberté, l’espace dominé par l’URSS basculait et les peuples des démocraties populaires recouvraient leur pleine souveraineté et liberté, accompagnant leur souhait de rattraper le retard qui avait été croissant par rapport à l’occident dans les domaines social et économique et surtout dans les modes de vie.
A partir de l’élection le 11 mars 1985 de Mikhaïl Gorbatchev, secrétaire général du comité central du PCUS, il souhaite réformer le communisme, pour le rendre plus convenable, plus humain et surtout viable avec la politique de Perestroïka et de la Glasnost. La Perestroïka supprime le Goulag, les déficiences de l’économie socialiste frappée par des pénuries chroniques mais plusieurs échecs du communisme apparaissent : l’échec économique, en raison de l’économie planifiée dans l’agriculture et la production de biens de consommation, entrainant une pénurie généralisée, la production de médiocre qualité, matérialisée par les rebuts massifs, le vieillissement des équipements industriels et la faiblesse des innovations à l’exception du domaine militaire, la très faible productivité de la main d’œuvre faute de stimulants financiers, le développement de phénomènes de corruption, de marché noir et d’économie souterraine. Le communisme n’a pas réussi à s’assurer l’adhésion de la population qui par ailleurs avait pris connaissance des inégalités, entre une nomenklatura disposant de privilèges considérables, et le reste de la population, privée de liberté, confrontée aux difficultés d’approvisionnement et à l’impossibilité de voyager.
2 : le socialisme démocratique malgré ses mutations se heurte aux réalités économiques puis, surtout, à partir des années 2000 à la mondialisation.
Le socialisme démocratique « réformiste » s’implante au cours du XIX siècle avec les révolutions de 1848 sur le continent européen et l’apparition, entre 1870 et 1890, de nombreux partis socialistes qui seront au pouvoir dans les années 1920-1930 dans l’ensemble des pays européens notamment dans l’Europe de Nord sous l’appellation de « social-démocratie » en rejetant le modèle marxiste et proclamant son attachement à l’économie de marché conjuguée à une intervention forte de l’Etat par une politique fiscale redistributive et des services publics nombreux. Il se convertit à la démocratie libérale et aux mécanismes du parlementarisme. Ces partis passent du parti du prolétariat à celui de parti populaire et démocratique étendu aux classes moyennes proposant des réformes visant une plus grande justice sociale. Aujourd’hui, face à la concurrence, ils sont qualifiés « d’Etat frugal ».
En France, le socialisme se scinde, lors du congrès de Tours de décembre 1920, entre les « révolutionnaires » et les « révisionnistes » qui évolueront vers le réformisme.
1 - Une dislocation politique interne rend, sous la III République, les socialistes réformistes incapables de gouverner.
-Sous la III République, la question de la participation gouvernementale divise les socialistes avec l’entrée au gouvernement, en 1899, du socialiste Alexandre Millerand, puis l’affrontement Guesdes-Jaurès au congrès du Globe en 1905 et enfin, l’entrée dans le gouvernement d'union nationale de 1914,puis le soutien sans participation au Cartel des Gauches 1924, et au Cartel renforcé 1932 qui entraina la scission des néo Socialistes adeptes d’un pouvoir fort, autour du triptyque « ordre, autorité, nation » et pour finir, en raison de premier parti de France la SFIO lors des élections des 26 avril et 3 mai 1936, la direction du gouvernement de Front populaire le 4 juin 1936. L'échec de chacun de ces gouvernements se constate, avec ses causes (adoptions des budgets militaires sous l'"Union sacrée" lors de la première guerre mondiale, explosion de la dette en 1926 et 1934, les dévaluations du Franc) et d’autres raisons, pour arriver, à cause du pacifisme de nombreux parlementaires de la S.F.I.O - pourtant élus pour s'opposer à l’hitlérisme au pouvoir depuis 1933 en Allemagne-, à se diviser sur les questions relatives aux interventions en Espagne Franquiste et en Italie fasciste et sur l’approbation des accords de Munich en septembre 1938, au vote de la loi du 10 juillet 1940 des pleins pouvoirs au maréchal Pétain et pour conclure, la participation socialiste au gouvernement de l'Etat Français et au Conseil national de Vichy !
2-Les socialistes divisés victimes de la schizophrénie entre les discours et les actes sous la IV République.
-Sous la IV République, les socialistes -dont 83 de leurs parlementaires « collaborationnistes sont épurés en 1944- sont incontournables, participent aux travaux constitutionnels des deux assemblées constituantes successives. Guy Mollet, dès 1946 élu secrétaire général de la SFIO insiste sur la pureté doctrinale et engage le combat contre le ralliement des Partis socialistes à l’économie de marché (Suède, Allemagne) . La SFIO participe aux gouvernements des débuts du régime, de 1946 à 1951, éjecte les ministres communistes en 1947 par le président du conseil socialiste Paul Ramadier sous la présidence de la République du socialiste Vincent Auriol, soutient le gouvernement Mendès-France en 1954 et surtout dirige, celui issu du Front Républicain de Guy Mollet chef de la SFIO en 1956. Si l’influence de la SFIO est réduite du fait de ses divisions qui s’afficheront, notamment, lors du rejet de la CED ne lui permet pas d’influer fortement sur la politique décidée. Le bilan du gouvernement socialiste, nonobstant quelques avancées sociales et la ratification du traité de Rome en 1957 sera entaché par le vote de la loi de pleins pouvoirs, les délégations de pouvoirs à l'armée, la couverture des actions illégales de cette dernière avec le détournement, le 22 octobre 1956, de l’avion de Ben Bella, l’expédition de Suez en novembre 1956... Les socialistes sont, depuis le coup de Prague en 1948, coincés entre les communistes qui ne sont « ni à droite, ni à gauche, mais à l’Est » et les gaullistes contestataires de la IV République. La SFIO de mai 1957 à mai 1958 refuse toute participation ministérielle pour se refaire "une virginité doctrinale". Enfin, après le 15 mai 1958 elle participe, à nouveau, au gouvernement Pflimlin, en s'opposant -officiellement- à l'arrivée de de Gaulle au pouvoir pendant que Guy Mollet, ministre et secrétaire général du parti, négocie officieusement avec de Gaulle, puis se rend à Colombey les deux Eglises, pour les postes ministériels futurs...
3-Les socialistes seront sous la V République successivement, partisans, opposants et enfin participants.
3-1) Partisans
-Sous la Ve République, les socialistes participent au gouvernement Debré et aux travaux constitutionnels. "La S.F.I.O sera la figure de proue de la V République" selon Guy Mollet, pour les élections législatives de 1958 qui ne seront pas un succès pour les socialistes. La mise en application des mesures de redressement économiques et financières conduisent à la démission des ministres socialistes et la question scolaire (loi Debré) du dernier d'entre-deux, André Boulloche le 22 décembre 1959. Les socialistes ont du mal à comprendre les nouvelles institutions et vont s'opposer à de Gaulle progressivement à partir de 1960 avec le refus du général de réunir le Parlement en session extraordinaire, tout en soutenant les référendums de septembre 1961 et du 8 avril 1962 sur l’indépendance de l’Algérie.
3-2) Opposants
Les socialistes s’opposeront frontalement en 1962 -sur l'élection du Président de la République au suffrage universel direct- à 1969 sur le projet de loi régional soumis au référendum. De 1969 à 1971, les socialistes tergiversent quant aux alliances électorales... L'arrivée de François Mitterrand à la tête du parti socialiste, lors du congrès d’Epinay des 11-13 juin 1971, et sa conquête du pouvoir jusqu'au 10 mai 1981 permettront la rénovation du parti socialiste et l'extension de nouvelles sensibilités socialistes pour en faire le premier parti de gauche puis de France. Un programme commun de gouvernement du parti communiste et du parti socialiste est adopté en 1972 dont l'actualisation -demandée par les communistes devancés par les socialistes dans les élections locales- aboutit à une division des gauches le 14 septembre 1977 entraînant un nouvel échec aux élections législatives de mars 1978.
3-3) Participants : les socialistes au pouvoir
Trois pratiquants se succéderont :
Le premier Président socialiste de 1981 à 1995 : François Mitterrand. La mise en œuvre du programme issu des 110 propositions de Créteil permise par la double victoire socialiste de mai et juin 1981.
François Mitterrand et le Premier ministre Pierre Mauroy mettront en œuvre « le socle du changement », les mesures sociales et étatistes du programme commun pour « changer la vie ».(mesures sociales, nationalisations, planification, décentralisation, accroissement massif de la fiscalité et des réglementations, les grands chantiers, une « nouvelle immigration », la relance par la consommation..). Mais dès juin 1982, les mesures de rigueur s’imposent, la dévaluation. Puis, la troisième dévaluation et la conversion du 25 mars 1983 « la pause » : du socialisme à l'Europe avec une politique désormais opposée aux engagements de 1081 de François Mitterrand. Du socialisme dans un seul pays, on passe à l'intégration européenne, à la politique du Franc fort, à la politique de rigueur budgétaire et des compressions de dépenses publiques. Les plans de restructuration industrielle se succèdent ainsi que l’enterrement du grand service public laïc de l’éducation nationale tandis qu’apparaissent les affaires politico-financières entachant gravement la morale, la probité, la pureté doctrinale de « la gauche morale » et l’honnêteté dont le vote de lois d’amnistie ont effacé les turpitudes mais développé l’antiparlementarisme et l’antisocialisme.
La première cohabitation avec un rôle de "père de la Nation" sage et protecteur assurera la réélection du chef de l'Etat et un second mandat activement mis en œuvre en faveur de l'Europe, aux antipodes du socialisme engendrant frustrations et désillusions devant l’insignifiance des mesures de la « Lettre à tous les Français » ne proposant plus de nouveaux bouleversements. Furent institués l’ISF, la CSG pour financer le RMI. Une succession d'affaires entachent la morale et la pureté doctrinale socialistes dont certaines mettent directement en cause le chef de l'Etat ainsi que son proche entourage dont certains se suicidèrent.
La seconde cohabitation de 1993 à 1995 fut sans confrontation importante. Le bilan du premier président socialiste affichait un quadruple reniement : 1/ constitutionnel avec des pratiques contestées mais appliquées depuis 1981 ; 2/ économique avec la mise en œuvre d’un libéralisme loin des engagements de 1981 ; 3/ en matière de politique étrangère avec le retour aux réalités et l’abandon du tiers-mondisme, la continuité de la « France Afrique », le renforcement de l’atlantisme et le soutien lointain aux mutations des anciennes démocraties populaires en 1989 et à l’implosion de la « patrie du socialisme » en 1991 ; et enfin, 4/ en matière de moralité avec la floraison d’affaires et de compromissions.
-Le deuxième pratiquant : le Premier ministre socialiste Lionel Jospin (1997-2002)
La troisième cohabitation résultant de la dissolution de 1997 décidée par Jacques Chirac, amène le gouvernement Jospin de 1997 à 2002 à mettre en œuvre le "programme de la gauche plurielle", les 35 heures, la CMU, bénéficiant d'une conjoncture internationale porteuse qui n'empêchera la mise en œuvre du plus grand programme de privatisation mis en œuvre par les gouvernements et n’évitera pas l'éclatement de la gauche et l'échec du Premier ministre dès le premier tour de l'élection présidentielle notamment sur la question de l'insécurité. De 2002 à 2012 le parti socialiste est divisé nonobstant le perpétuel rapport de synthèse rédigé par son premier secrétaire François Hollande.
-Le troisième pratiquant : le Président de la République François Hollande et la liquidation du socialisme (2012-2017)
Le dernier socialiste au pouvoir appelé le "liquidateur" François Hollande, devait par des promesses économiquement et socialement intenables conduire le socialisme à une série ininterrompue d'échecs (le « choc fiscal » de 2012 contesté, conduit à des exils fiscaux médiatiques et amène souvent à des reculades gouvernementales et à un décrochage du chef de l’Etat, rejet de l’écotaxe, la contestation socialiste des réformes de l’éducation « égalitaristes » qui relèguent la France dans les classements internationaux, sept réformes constitutionnelles sur sept qui n’aboutissent pas, la non inversion de la courbe du chômage, la non renégociation du traité Sarkozy-Merkel, et les réorientations politique , du CICE, de la loi réformant le code du travail, la déchéance de nationalité, les lois sur la sécurité dénoncées par les frondeurs, les déboires avec la valeur historique des socialiste, la laïcité, l’insécurité et l’immigration, au point de ne pouvoir défendre un bilan et se représenter à l'élection présidentielle de 2017. De 2012 à 2017 le parti socialiste a perdu toutes les élections. Enfin , la promesse d’une “République exemplaire” a été cruellement démentie par les nominations, les affaires tant personnelles qu’institutionnelles. Un désenchantement et un épuisement idéologique se constatent. Un "frondeur" devait représenter le parti socialiste et comme Lionel Jospin en 2002, ne pas être présent au deuxième tour de l'élection présidentielle de 2017.
L'ouvrage analyse "la malédiction du pouvoir" ou plus précisément la confrontation des promesses électorales et le difficile exercice de celui-ci à travers les trois Républiques, pourtant institutionnellement très différentes, dans la dévolution du pouvoir (scrutin majoritaire, scrutin proportionnel) et dans l'exercice du pouvoir (parlementariste, gouvernementaliste sous les cohabitations, présidentialiste avec la coïncidence des majorités parlementaires et présidentielles).
Le texte est accompagné des annexes (Lettres des socialistes de mai 1958 à 1961 à de Gaulle, lettre de Waldeck Rochet à Guy Mollet et réponse de celui-ci d'avril 1969, lettre du 12 décembre 1979 du président du groupe parlementaire socialiste, Gaston Defferre à Valery Giscard d'Estaing, lettre de 1984 de François Mitterrand aux sénateurs du groupe de l'Union des Républicains sur la liberté de l'enseignement, lettres de septembre 1983 Mitterrand-Chirac, Mauroy-Chirac, lettre du 13 février 1984 de François Mitterrand à Jean Marie Le Pen pour l'ouverture des antennes pour un droit d'expression et de représentation, lettres de Pierre Mauroy, de Pierre Bérégovoy, la lettre du ministre des finances Pierre Bérégovoy du 6 septembre 1984 et la réponse du 4 décembre 1984 du Premier ministre, Laurent Fabius, accordant, contre l'avis de son ministre, la garantie de la Coface à un projet soutenu par un ami personnel du chef de l'Etat, lettre de François Mitterrand du 31 octobre 1993 à François Léotard, ministre d'Etat, Ministre de la défense, concernant un rapport....).
Différents tableaux illustrent les données économiques, sociales et budgétaires de tous les exécutifs socialistes ainsi que des extraits de rapports et audits de la Cour des comptes. Enfin, sous le mandat de François Hollande, différents tableaux et graphiques mettent en relief les engagements et leur(s) réalisation(s). Lettre de Pierre Moscovici commissaire européen , à Michel Sapin, ministre des Finances et des comptes publics, sur le budget....) .
Christian BIGAUT,
Docteur d'Etat en droit public, Docteur en Histoire, Inspecteur Général de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche, Ancien membre des cabinets ministériels (gouvernements Chirac, Balladur, Juppé , Raffarin, de Villepin). https://cercleorion.com/blog-du-cercle/2023/2/2/lchec-du-socialisme-par-christian-bigaut
F) - Le communisme...le fascisme !
Communisme
Le communisme est un système théorique d'organisation sociale reposant sur la propriété commune des moyens de production. C'est également un mouvement politique qui prétend renverser le capitalisme pour instaurer une société sans classe. Sa réalité reste cependant très éloignée de sa théorie.
Manifeste politique du communisme
Le communisme désigne également le système politique proposé par
Karl Marx dont voici les 10 points-clés du
Manifeste du Parti Communiste[1] :
- Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l'État
- Impôt fortement progressif
- Abolition de l'héritage
- Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles
- Centralisation du crédit entre les mains de l'État, au moyen d'une banque nationale, dont le capital appartiendra à l'État et qui jouira d'un monopole exclusif
- Centralisation entre les mains de l'État de tous les moyens de transport
- Multiplication des manufactures nationales et des instruments de
production ; défrichement des terrains incultes et amélioration des
terres cultivées d'après un plan d'ensemble
- Travail obligatoire pour tous ; organisation d'armées industrielles, particulièrement pour l'agriculture
- Combinaison du travail agricole et du travail industriel ; mesures
tendant à faire graduellement disparaître la distinction entre la ville
et la campagne
- Éducation publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du
travail des enfants dans les fabriques tel qu'il est pratiqué
aujourd'hui. Combinaison de l'éducation avec la production matérielle,
etc.
On peut remarquer que la social-démocratie a réalisé au XXe siècle tous ces objectifs, en partie et à des degrés divers.
Le communisme, un système inéluctablement totalitaire ?
Si la théorie communiste promet un monde de liberté, sans classes, de
nombreux auteurs ont montré que le communisme impliquait au contraire
le totalitarisme. Parmi les théoriciens du communisme comme totalitarisme, Friedrich Hayek dans La Route de la servitude (1944) souligna que l'interventionnisme étatique était une pente glissante vers le totalitarisme, sur une « route de la servitude ».
La planification économique est le contrôle des moyens par lesquels les
hommes peuvent réaliser les fins qu'ils se fixent ainsi que le contrôle
de ces fins. Un contrôle total de la vie économique signifie que les
moyens et les fins humaines sont décidées par l'État et qu'ainsi la
liberté est abolie. John Jewkes développa une thèse proche dans Ordeal by planning (1946)
Le philosophe Karl Popper dans La Société ouverte et ses ennemis range Karl Marx avec Friedrich Hegel et Platon dans la lignée des intellectuels responsables de la genèse des idées totalitaires.
Au socialisme proprement dit, qui est un collectivisme coercitif, le communisme, religion séculière selon Raymond Aron[2], rajoute une eschatologie, soit une perspective de fin des temps. Pour l'idéologie marxiste, un État libre et abondant, dans lequel sera terminée la lutte des classes, s'établira plus tard, après la dictature du prolétariat et la phase présumée transitoire de capitalisme d'État.
Cet État utopique, le communisme, constituera une sorte de paradis
terrestre, l'adage « à chacun selon ses besoins » sera réalisé. On
conçoit aisément qu'au pays de Cocagne, où tous nos besoins sont
satisfaits magiquement, le communisme soit facile à instaurer (n'importe
qui est disposé à partager la surabondance), mais au nom de ce paradis
terrestre sont morts au XXe siècle une centaine de millions d'êtres humains.
Un système économique qui ne peut pas fonctionner
La théorie communiste, dans sa version marxiste,
se fonde sur un certain nombre de concepts dont la validité a été mise
en pièces depuis bien longtemps. Ces points sont développés dans les
articles concernés.
Le débat sur le calcul économique en régime socialiste avait dès les années 1920 - 1930 établi l'impossibilité d'une économie socialiste, en se fondant cette fois là sur l'impossibilité d'une économie sans prix.
Les prix jouent en effet un rôle irremplaçable de transmission de
l'information dans l'économie, pour permettre à chacun de ses acteurs de
se coordonner avec les autres, sans une autorité centrale. Le
communisme substitue à cela des autorités centrales omnipotentes, en
charge d'orienter l'économie pour le bien de tous. Michael Polanyi dans La Logique de la liberté montra que cette planification
voulue par le communisme ne peut pas fonctionner car les ordres
monocentriques (dirigés d'en haut) sont incapables de gérer la masse
d'information utilisée dans les sociétés polycentriques.
Des auteurs comme Oskar Lange ont tenté de définir un « socialisme de marché »
pour dépasser ce problème essentiel du communisme. Dans ce système les
prix, sans être libres, seraient fixés par l'État, par « essai et
erreur », en mimant les mécanismes des acteurs du marché. Autrement
formulé, la seule solution possible pour faire fonctionner la
planification est que l'autorité centrale copie les acteurs du marché de
façon moins efficiente. Friedrich Hayek fit une critique détaillée de
ces thèses du socialisme de marché, en insistant sur le rôle de la
connaissance et sur le vecteur d'information des prix dans un système de
libre économie.
« De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins »
L'utopie
communiste de « chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins »,
apparemment généreuse, ne pourrait se réaliser que dans un monde idéal
où la rareté serait éliminée. Cette idée fausse et largement discréditée y compris à gauche a pourtant laissé d'importantes traces dans les social-démocraties contemporaines : ainsi, les dirigeants de la Sécurité sociale française ne cachent pas que leur seule règle de gestion est « chacun cotise selon ses moyens, et reçoit selon ses besoins »[3]. En pratique, on obtient des déficits continuels et un accroissement ininterrompu de la dette publique.
Les dirigeants socialistes étant amenés très vite à constater que
les besoins sont illimités alors que les moyens sont restreints, deux
stratégies leur sont ouvertes :
Bilan du communisme
Les résultats des expériences communistes, anciennes comme récentes,
ont tristement tous confirmé les analyses des théoriciens sur la nature
intrinsèquement totalitaire du communisme. Dans leur ouvrage de
référence Le Livre noir du communisme, un collectif d'historiens emmené par Stéphane Courtois
arrivent à une estimation d'environ 80 millions de mort causés de
manière directe par les régimes communistes du XXe siècle. Certains
avancent même jusqu'à 100 millions de morts. Parmi les principales
« contributions » à ce bilan macabre :
- URSS : 15 millions de morts environ selon Nicolas Werth, entre goulags, holodomor, antisémitisme et autres outils répressifs tristement célèbres
- Chine maoïste : de 45 à 72 millions de mort selon Jean-Louis Margolin,
avec le « grand bond en avant ». En cause dans ce bilan massif, la
tentative maoïste d'avoir voulu « rééduquer une société tout entière »[4]
- Cambodge : entre 1,3 et 2,3 millions de personnes exterminées par
les Khmers rouges de 1975 à 1979, soit jusqu'à 30 % de la population du
pays
- Amérique Latine : 150 000 morts selon Stéphane Courtois, à Cuba, au Nicaragua ou au Pérou (Sentier lumineux). Che Guevara,
figure marketing du communisme, exécuta lui-même à la prison de la
Cabana plus d'une centaine de policiers et militaires du régime
précédent jugés coupables de crimes de guerre ou de compagnons de route
trop « tièdes ».
- Europe de l'Est (Pologne, pays baltes, coup de Prague, etc.)
- Corée du Nord
- Afrique (Angola, etc.)
De nombreux rapprochements sont effectués entre le communisme soviétique et le nazisme, les deux grands totalitarismes du XXe
siècle, qui s'allièrent avec le Pacte Germano-Soviétique du 23 août
1939. Au delà de la ressemblance d'un triste bilan macabre (80-100
millions pour le communisme, 12 millions pour le nazisme), et de la
différence dans les objectifs affichés, beaucoup soulignent que nazisme
et communisme procèdent d'une même logique. Ernst Nolte est l'un des
historiens qui a défendu avec le plus de véhémence les liens
substantiels entre nazisme et communisme. Dans La Guerre civile européenne, publié en Allemagne
en 1987, il affirme : « Ce qu'il y a dans le national-socialisme de
plus essentiel, c'est son rapport au marxisme, au communisme
particulièrement, dans la forme qu'il a prise grâce à la victoire des
bolcheviks[5] ».
Sa thèse est que les fascismes sont une double réaction à la fois
contre la révolution bolchevique et le système démocratique libéral qui
leur sont antérieures. Les fascismes empruntent une part importante de
leur idéologie aux démocraties (le système de l'union du peuple avec le gouvernement, l'idée de « volonté générale ») et au communisme (système totalitaire, élimination des opposants, unification de la société). Partisan de la théorie du totalitarisme,
Nolte établit un lien de causalité, un « nexus causal », entre le
Goulag et Auschwitz : ce dernier serait pour une bonne part une
adaptation nationale de l'original communiste et une réponse à ce
dernier.
Le philosophe Jean-François Revel résumait cela de manière lapidaire : « Le communisme, c'est le nazisme, le mensonge en plus ».
Le communisme volontaire ?
Au plan politique, les libéraux sont opposés au communisme d'une part parce que celui-ci ne peut exister qu'avec la coercition et la violence,
et d'autre part parce que l'idéal communiste est total et collectif et
ne laisse aucune place à la liberté individuelle. Néanmoins, si des
communautés veulent mettre en œuvre une espèce de communisme en leur
sein par mise en commun de tous les biens de leurs membres, rien ne s'y
oppose dans un régime libéral, tant que les droits de chacun sont respectés et que chacun a exprimé son consentement. C'est ainsi le cas pour certaines formes de coopération comme le mutualisme, ou dans certaines communautés religieuses monastiques ou laïques, adeptes d'une pauvreté volontaire (par exemple les huttérites).
Christian Michel résume ces remarques :
« Le communisme est un bel idéal. Que les communistes
s'organisent dans leurs communes et phalanstères, qu'ils affichent leur
bonheur d'y vivre, et ils seront rejoints par des millions et des
milliards de gens. [...] Ce qu'il faut combattre n'est pas le
communisme, ni aucune autre idéologie, mais la traduction politique de
cette idéologie. »
Il y a eu au moins une expérience de communisme volontaire : celle du kibboutz en Israël
après l’indépendance de 1947. Elle s'est soldée par un échec et la
disparition de quasiment tous les kibboutzim, transformés en entreprises
privées[6].
La raison de l'échec de toute idéologie collectiviste telle que
le communisme est que, dans un tel type d'organisation sociale, les
personnes les plus capables ne voient pas leurs mérites reconnus et
récompensés, et finissent par rejeter un collectif qui les exploite ; un
système où la responsabilité est collective pousse chacun à vivre aux dépens des autres, comme l'ont montré dès le départ les premières expériences de « socialisme utopique » telles que celle du philanthrope Robert Owen au XIXe siècle. La pauvreté
(faute de motivation à produire des biens et services) est ainsi le
résultat inéluctable du communisme politique. L'autoritarisme,
l'oppression et la dictature en constituent l'autre aspect : dans
l'optique d'un Lénine, le prolétariat ignore ce qui est bon pour lui et doit donc être contraint par le parti.
Pays communistes aujourd'hui
Ces pays sont dirigés par un parti communiste (pas de liberté politique), mais pour la plupart sont passés à une économie de marché, à la suite de l'exemple chinois.
- Corée du Nord,
depuis 1948 (conserve une économie pour l'essentiel planifiée et
étatisée, sans propriétés privées, mais autorise le petit commerce
depuis quelques années)
- Chine, depuis 1949 (sur le plan économique passée à l'économie de marché depuis 1990)
- Viêt Nam, depuis 1976, ou 1954 pour le Nord Vietnam (sur le plan économique ouvert à l'économie de marché depuis 1991)
- Laos, depuis 1975 (sur le plan économique passé à l'économie de marché depuis 1991)
- Cuba, depuis 1959 (sur le plan économique passé à l'économie de marché depuis 2011)
Le communisme en France au XXIe siècle
La sortie du Livre noir du communisme en 1997
suscita une vague de réactions à l'extrême gauche et d'attaques
violentes envers leurs auteurs, offrant une révélation de l'influence
toujours majeure du communisme sur l'intelligentsia française au tournant du XXe siècle. Comme le formula Gérald Messadié dans 4000 ans de mystifications historiques (2011) :
« En 1997 paraissait un ouvrage dont il fut d’emblée évident qu’il ferait date : Le Livre noir du communisme : crimes, terreur, répression.
Il dénonçait, quatre-vingts ans après la révolution d’Octobre, les
crimes du communisme et, plus particulièrement, ceux du régime
soviétique. Le bilan en était accablant : quatre-vingts millions de
morts, douze fois celui des camps de la mort. [...] En réalité, la
distorsion du regard requise pour les crimes du communisme tient à des
raisons idéologiques ; elle procède du refus obstiné à admettre que le
communisme était un totalitarisme. Elle est à peu près la même partout
et, en France, elle équivaudrait à renier de vastes pans de l’histoire
politique et idéologique, de la Révolution française
à l’adoration professée par des écrivains, des penseurs et des artistes
pour Joseph Staline. La liste en est longue. Et, pour plus d’un,
inscrire Lénine, Staline
et leurs sectateurs au tableau de ceux qui commirent des crimes contre
l’humanité serait organiser l’office funèbre du socialisme. [...] La
distorsion demeure donc. Le constat désabusé d’un historien respecté tel
que François Furet dans Le passé d'une illusion n'y a rien changé. »
— Gérald Messadié, 4000 ans de mystifications historiques
Même aujourd'hui, certains philosophes du début du XXIe
siècle, encore dans le sillage du marxisme, cultivent une sorte de
nostalgie à l'égard du communisme, ou le voient toujours comme une utopie acceptable. Pour Alain Badiou, le communisme est « le nom générique d’une alternative au capitalisme »[7].
Slavoj Žižek critique le « manque de radicalisme » des dirigeants communistes du XXe
siècle (qu'il s'agisse des maoïstes ou des Khmers Rouges) et affirme la
valeur intrinsèque de la violence révolutionnaire ; proche d'un nihilisme subjectiviste, il évite soigneusement de décrire sa vision de ce que pourrait être un monde communiste[8].
De même, le philosophe et économiste souverainiste Frédéric
Lordon prône un « soulèvement » contre les tenants du système, et dit
publiquement qu'« il faut mettre les jetons » aux gens de la finance,
sans expliquer quel type de société il envisage pour remplacer le
système[9].
Des politiques ou universitaires peuvent aujourd'hui encore se
réclamer ouvertement de l'URSS et remettre en cause la réalité des
crimes de Joseph Staline et de Lénine (PRCF, Annie Lacroix-Riz).
Un certain nombre d'universitaires français restent fascinés par le côté romantique des révolutions et oublient volontairement tant les crimes communistes que l'effondrement économique qu'entraîne cette idéologie :
« Au lendemain de 1989, il sembla un temps que le
programme communiste avait été défait, et que tout indiquait un rejet
décisif des idées qui avaient réduit en esclavage les peuples d’Europe
de l’Est depuis la guerre. Mais la machine à non-sens fut lancée pour
détruire les jeunes pousses de l’argument rationnel, pour tout recouvrir
d’un brouillard d’incertitude et pour relancer l’idée – déjà présente
et toxique chez Lukács – que la vraie révolution était encore à venir,
et que ce serait une révolution des mentalités, une libération
intérieure, contre laquelle l’argument rationnel (qui est une simple
« idéologie bourgeoise ») ne peut se défendre. Ainsi, le règne du
non-sens coupa si radicalement la question de la révolution de toute
possibilité d’enquête rationnelle que celle-ci ne pouvait plus être
directement posée. »
— Roger Scruton, L'Erreur et l'orgueil - Penseurs de la gauche moderne, L'Artilleur, 2015
On peut également parler d'un « marxisme de droite », typiquement français (Jean-Claude Michéa, Alain de Benoist). Le marxiste de droite déteste le libéralisme économique et approuve certaines idées marxistes relativement à l'économie, tout en étant lucide sur les dérives extrémistes de la gauche
en matière sociétale. Il considère la France comme un pays beaucoup
trop libéral et recommande par conséquent de le socialiser davantage. On
trouve de même aux États-Unis des identitaires suprémacistes (par
exemple Richard Spencer) qui approuvent le socialisme, pourvu qu'il soit
régi par des Blancs et au bénéfice des Blancs.
Citations
- « On ne peut bien vivre là où tout est en commun. Comment
l'abondance de produits peut-elle se réaliser là où chacun essaye de se
soustraire au travail, étant donné qu'il n'est point stimulé par la
pensée de son propre profit et que la confiance dans le travail de
l'autre le rend indolent ? » (Thomas More, Utopia, 1516)
- « Communisme : rêve de quelques-uns, cauchemar de tous. » (Victor Hugo, Choses vues)
- « Communistes : Votre ennemi c'est le mur mitoyen. Le mien, c'est le despotisme. J'aime mieux escalader les trônes que la haie du voisin. » (Victor Hugo, Choses vues)
- « Tous les révolutionnaires proclament à leur tour que les
révolutions précédentes ont fini par tromper le peuple ; c'est leur
révolution seule qui est la vraie révolution. « Tous les mouvements
historiques précédents », déclarait le Manifeste communiste de 1848,
« étaient des mouvements de minorités ou dans l'intérêt de minorités. Le
mouvement prolétarien est le mouvement conscient et indépendant de
l'immense majorité, dans l'intérêt de l'immense majorité ».
Malheureusement cette vraie révolution, qui doit apporter aux hommes un
bonheur sans mélange, n'est qu'un mirage trompeur qui ne devient jamais
une réalité. Elle est apparentée à l'âge d'or des millénaristes :
toujours attendue, elle est toujours perdue dans les brumes du futur,
échappant toujours à ses adeptes au moment où ils pensent la tenir. » (Vilfredo Pareto)
- « En abolissant la propriété
personnelle, le communisme ne fait que me rejeter plus profondément
sous la dépendance d'autrui, autrui s'appelant désormais la généralité
ou la communauté. Bien qu'il soit toujours en lutte ouverte contre l'État,
le but que poursuit le communisme est un nouvel « État », un status, un
ordre de choses destiné à paralyser la liberté de mes mouvements, un
pouvoir souverain supérieur à moi. [...] Désormais toute distinction
s'efface, tous étant des gueux, et la société communiste se résume dans
ce qu'on peut appeler la « gueuserie » générale. » (Max Stirner)
- « Si on n'est pas communiste à 20 ans, c'est qu'on a pas de cœur. Si on l'est toujours à 40 ans, c'est qu'on a pas de tête. » (Attribuée à George Bernard Shaw (hautement improbable), Clemenceau, Winston Churchill, probablement apocryphe pour tous)
- « Le Parti n'a pas raison parce que la doctrine est vraie, la doctrine est vraie parce que le Parti a toujours raison. » (Étienne Gilson)
- « Si les régimes communistes se sont effondrés, c'est parce qu'ils ont perdu leurs deux piliers : la foi et la peur. » (Václav Klaus, président tchèque)
- « L’une des plus amères ironies du XXe siècle fut que le communisme, qui se voulait une doctrine égalitaire et accusait le capitalisme d’égoïsme
et de sacrifier cruellement les autres pour son bonheur, est devenu une
fois au pouvoir un système d’un égoïsme et d’une cruauté telle qu’elle
rendait les péchés du capitalisme pâles en comparaison. »' (Thomas Sowell)
- « Le communisme n'est ni un système économique ni un système
politique. C'est une forme de folie, une aberration temporaire qui
disparaîtra un jour de la surface de la Terre parce qu'elle est
contraire à la nature humaine. » (Ronald Reagan)
- « Communisme : système généreux, qui enrichit la population en l'appauvrissant, et rend l'homme plus libre en l'enfermant. » (Christian Millau, Dictionnaire d'un peu tout et n'importe quoi)
- « Entre le communisme et le socialisme, il y a la différence entre l'assassinat et l'homicide par imprudence. » (Wilhelm Röpke)
- « Le communisme veut le bonheur de l’humanité – mais à la
condition que les méchants en aient été écartés au préalable. Comment
peut-on encore croire à l’universalisme de la doctrine quand celle-ci
affirme qu’elle repose sur la lutte, la violence, la révolution
permanente, la haine, la dictature, la guerre ? La justification qu’elle
se donne est que le prolétariat est la majorité, la bourgeoisie est une
minorité, ce qui nous mène déjà loin de l’universalisme . » (Enzo Traverso, Le totalitarisme. Le XXe siècle en débat [10]
Notes et références
Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste, 1848, [lire en ligne]
Qualifier le communisme de religion est pour Hannah Arendt un usage déplorable qui réduit le sens des choses en assimilant l'objet à sa fonction. Appliquer le terme religion à l'idéologie revient selon cette auteur à appeler marteau la chaussure dont on s'est servi pour planter un clou
Déclaration de Gérard Quevillon, président du RSI, sur RMC le 14 juillet 2014 (émission d'Éric Brunet).
Le bilan des crimes communistes, L'Express, 6 novembre 1997
Cité dans Le Siècle des communismes, Points Seuil, 2004, p. 19.
The Transformation of the Kibbutz and the Rejection of Socialism (Gary Becker).
Alain
Badiou :« Le communisme est le nom de l’alternative », anciennement
accessible à michelcollon.info/Alain-Badiou-Le-communisme-est-le.html
The Violent Visions of Slavoj Žižek (John Gray)
Frédéric Lordon, l’intransigeant colérique (Libération, 29/02/2016)
Bibliographie
- 1904, Maurice Bourguin, Les Systèmes socialistes et l'évolution économique, [lire en ligne]
- 1944, Friedrich Hayek, La Route de la servitude
- 1945, Karl Popper, La Société ouverte et ses ennemis
- 1950, George Orwell, 1984, [lire en ligne]
- 1955, Raymond Aron, L'Opium des intellectuels
- 1988, Friedrich Hayek, La Présomption fatale
- 1992,
George Weigel, "The Final Revolution: The Resistance Church and the
Collapse of Communism", New York; Oxford University Press (L'auteur
exprime la thèse que la chute du communisme a été rendue possible grâce à
une réhabilitation morale et culturelle au sein de la société civile en
Europe centrale et orientale.)
- 1995, François Furet, Le Passé d'une illusion
- 1999, Claude Lefort, La Complication
- 2000,
- 2001, Richard Pipes, "Communism: A Brief History", London: Weidenfeld and Nicolson
- 2002, Marc Lazar, Le Communisme, une passion française, Perrin
- 2008, Michael Chapman, "COMMUNISM", In: Ronald Hamowy, dir., "http://ciudadanoaustral.org/biblioteca/The%20Encyclopedia%20Of%20Libertarianism%20-%20Ronald%20Hamowy.pdf The Encyclopedia of Libertarianism", Cato Institute - Sage Publications, pp81-84
Voir aussi
- Spécialistes du communisme (souvent anciens communistes eux-mêmes) : Annie Kriegel, Stéphane Courtois, François Furet, Marc Lazar, Alain Besançon, Leszek Kołakowski, Claude Lefort
- Citations sur le communisme
- Marxisme
- Socialisme
- Collectivisme
- Collectivisme libertaire
- Prolétariat
- Lutte des classes
- France et communisme
- Autocritique
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Fascisme
Le fascisme (en italien fascismo, de fasci, faisceaux, en référence au symbole de la Rome antique) est un mouvement politique nationaliste, antilibéral et corporatiste d'origine italienne.
Selon Henri Lepage, même s'il n'abolit pas officiellement le principe de la propriété
privée des biens de production, le fascisme s'identifie à une politique
économique et industrielle qui aboutit au contrôle des principales
activités économiques par l'État et transfère à des bureaucraties
publiques ou corporatives l'essentiel des attributs réels de la
propriété. Un cas de figure qui, somme toute, est assez proche de celui
des sociétés socialistes.
Benito Mussolini, le fondateur de l'idéologie, définit ainsi le fascisme :
« La base de la doctrine fasciste est la conception de
l'État. Pour le fascisme, l'État est un absolu en face duquel
l'individu et les groupes sont le relatif. Sans l'État, il n'y a pas de nation.
Pour le fasciste tout est dans l'État et rien d'humain et de spirituel
n'existe hors de l'État, pas d'individus, pas de groupes [...] l'État fasciste s'attribue aussi le domaine économique. Le corporatisme dépasse le libéralisme, il crée une nouvelle synthèse où tous les intérêts sont conciliés dans l'unité de l'État. Seule la guerre porte au maximum de tension toutes les énergies humaines et imprime un sceau de noblesse aux peuples qui l'affrontent. »
— Benito Mussolini[1]
Cette place dévolue à l’État tout-puissant par le fascisme le différencie du nazisme, pour lequel l’État n'est qu'un instrument au service de l'idéologie au lieu d'être une fin en soi.
Un socialisme nouveau en France
Dès le début du XX
e siècle, la révision « antimatérialiste » du
marxisme opérée par Georges Sorel constitue un élément fondamental de la synthèse fasciste. Ce
socialisme sorélien est une philosophie de l'action fondée sur l'intuition, sur le culte de l'énergie et de l'élan. Le mythe de la
violence
constitue chez Sorel un « facteur essentiel du marxisme ». Elle n'est
pas un expédient mais une valeur éthique et esthétique permanente qui
« peut engendrer les éléments d'une civilisation nouvelle propre à un
peuple de producteurs ». (
Réflexions sur la violence).
Ce socialisme nouveau n'a besoin du prolétariat
qu'aussi longtemps qu'il considère celui-ci comme capable de remplir sa
fonction d'agent révolutionnaire. Lorsque ce prolétariat montrera en
Occident son incapacité à prendre le pouvoir,
le socialisme de ces penseurs restera révolutionnaire, alors que celui
du prolétariat a cessé de l'être. Entre le prolétariat et la révolution,
ils choisiront la révolution. Dans les années qui précèdent la guerre,
il ne reste plus aux soréliens qu'à remplacer le prolétariat défaillant
par la grande force montante, la nation dans toutes ses classes
rassemblées.
Ainsi se fait la synthèse naturelle entre ce socialisme nouveau qui découvre la nation
comme agent révolutionnaire et le mouvement nationaliste, qui se dresse
lui aussi contre les injustices sociales, et qui considère que la
nation ne sera entière que lorsqu'elle aura intégré en son corps le
prolétariat. Ainsi se rencontrent les soréliens et les maurassiens, pour
nous en tenir au cas français. La revue L'Indépendance en est le point focal en 1911-1913, puis le projet avorté de La Cité française, annoncé dans les Cahiers du cercle Proudhon, dirigés par le socialiste sorélien Edouard Berth et le maurassien Georges Valois.
Leur éthique est nouvelle, elle se veut créatrice d'un monde
nouveau, viril, héroïque, pessimiste et puritain, fondé sur le sens du
devoir et du sacrifice.
Par ailleurs, ce processus de transition du socialisme le plus
intransigeant au fascisme n'est pas limité aux soréliens de stricte
obédience. Hubert Lagardelle, directeur du Mouvement socialiste, n'est
pas un sorélien. Or cette revue ne craint pas de se lancer dans
l'antisémitisme. Lagardelle passera par le Faisceau de Georges Valois,
premier grand parti fasciste en dehors d'Italie fondé en 1925, et le
frontisme de Gaston Bergery, une des nombreuses formules de fascisme de
gauche dans les années 1930, avant de devenir ministre du Travail du
maréchal Pétain.
Citons aussi Gustave Hervé, directeur de la Guerre sociale,
hebdomadaire d'extrême gauche, antimilitariste, antipatriote, en révolte
permanente contre la démocratie. La guerre de 1914 lui apporte la preuve que le moteur de l'Histoire n'est pas la classe mais la nation. Son hebdomadaire deviendra La Victoire,
titre que gardera l'ancien journaliste gauchiste quand il sera, un
quart de siècle plus tard, le premier journal à reparaître dans Paris
occupé. Ce même Hervé est le fondateur du Parti socialiste national
(PSN), où il est secondé par Alexandre Zévaès, ancien député de l'Isère,
guesdiste militant.
Le fascisme italien
Cependant, c'est en Italie que le sorélisme s'épanouit, trouve ses
assises sociologiques et nourrit une véritable force révolutionnaire. À
la fin de 1902, Arturo Labriola fonde une revue hebdomadaire, Avanguardia Socialista,
qui devient le porte-parole de l'extrême gauche du mouvement socialiste
qui s'oppose à la politique réformiste de Turati : il adopte la théorie
de la violence prolétarienne de Sorel, dont le grand protagoniste sera
Sergio Panunzio. En 1905, Enrico Leone et Paolo Mantica fondent Divenire Sociale,
et un an plus tard, l'un des futurs idéologues les plus importants du
fascisme, Angelo Oliviero Olivetti, fonde une autre revue syndicaliste
révolutionnaire, Pagine Libere. La convergence entre les nationalistes et les syndicalistes naît autour de la revue La Lupa fondée en octobre 1910.
La synthèse se fait sur les mêmes bases qu'en France : d'une part, le refus de la démocratie et du libéralisme,
des valeurs dites bourgeoises, d'autre part, le culte de l'héroïsme, du
vitalisme. Robert Michels, figure de proue de l'aile gauche de la
social-démocratie d'outre-Rhin, Allemand italianisé, sera un des tout
premiers théoriciens du fascisme jusqu'à sa mort
en [1935]. Il faut une élite capable de conduire les masses au combat.
Michels apporte, avec dans une moindre mesure Pareto et Mosca, au
fascisme la caution des jeunes sciences sociales.
Pendant les années de la Première Guerre mondiale, le syndicalisme
révolutionnaire se développe en syndicalisme national. Ce syndicalisme
nouveau n'est plus, comme le dit Panunzio, un syndicalisme
révolutionnaire, négatif, partiel, ouvrier, mais un syndicalisme
réunissant toutes les classes sociales. Tous les syndicalistes
révolutionnaires ne seront pas fascites. Ernesto Cesare Longobardi
adhérera au Parti communiste, Alceste De Ambris rompra finalement avec
Mussolini. Labriola et Leone, après quelques années de collaboration,
auront des positions très critiques envers le régime mussolinien. Mais
tous les autres syndicalistes révolutionnaires importants, Michels,
Panunzio, Olivetti, Lanzillo, Orano, Paolo Mantica, Michele Bianchi,
Edmondo Rossoni, Cesare Rossi, Umberto Pasella, Tullio Masotti, Ottavio
Dinale, seront fascistes militants et leur fidélité ne faillira pas.
Sans être syndicaliste révolutionnaire dans le sens strict du
terme, Mussolini appartient à ce courant idéologique. Certes de 1910 à
1914, alors qu'il monte rapidement en grade -- de leader socialiste
provincial, il devient le chef de la gauche révolutionnaire du Parti
socialiste et directeur d'Avanti --, Mussolini entre en conflit avec les
socialistes révolutionnaires qui, eux, viennent de quitter le Parti.
Mais Mussolini ne les attaque que sur des questions de tactique politique, non d'idéologie.
Dès le début de son activité politique, Mussolini accepte les principes
de base du syndicalisme révolutionnaire, et il suit son évolution en
syndicalisme national, puis en fascisme.
Fascisme belge
Dans cette voie franco-italienne, s'engage la nouvelle génération
révisionniste, sortie des tranchées. Le plus fameux de ces hommes est le
Belge Henri de Man. Son ouvrage majeur, Au-delà du marxisme,
aura un énorme succès. Avec de Man revient cette forme de révisionnisme
qui consiste à vider le marxisme de son contenu matérialiste,
déterministe et hédoniste et à le remplacer par diverses formes de
volontarisme et de vitalisme. Les forces profondes sont celles de
l'inconscient et l'humanité marche à coups de mythes et d'images. De Man
fait appel à Freud et Jung, pour rechercher derrière les faits
économiques les réalités psychiques qu'ils expriment. Pour lui,
« l'infériorité sociale des classes laborieuses » ne repose ni sur un
manque d'égalité
politique ni sur les structures économiques existantes, « mais sur un
état psychologique ». Comme Michels, il affirme qu'aucune société n'est
possible sans aristocratie. L'égalité politique et sociale, tout comme
ses dérivées institutionnelles, la démocratie, le parlementarisme et le
système des partis ne peuvent avoir d'existence réelle pour la simple
raison qu'ils sont contraires à ce qu'il y a d'immuable dans la nature
humaine.
Voilà pourquoi ce courant de pensée peut concevoir la révolution
nécessaire non plus comme une révolution sociale et économique mais
comme une révolution psychologique, une révolution morale et
spirituelle. Dans Corporatisme et socialisme (1934), de Man propose la
mise sur pied d'un véritable État corporatif. Ce n'est alors pas un hasard si en juin 1940, de Man, successeur d'Émile Vandervelde, mort en 1938,
à la tête du socialisme belge, accueille avec bienveillance la victoire
nazie comme une « délivrance » et comme la naissance d'un monde
nouveau.
Fascisme français et britannique
Telle est aussi la voie empruntée par Marcel Déat, l'un des grands
espoirs du socialisme français des années 1930. Dans son ouvrage majeur,
Perspectives socialistes, tout comme dans les centaines d'articles que le député de Paris livre à La Vie socialiste, la revue de la droite de la SFIO, Déat théorise le corporatisme
d'un État autoritaire d'où sont bannies les faiblesses de la démocratie
libérale, notamment le parlementarisme. Déat et ses camarades lancent
rapidement une campagne antimarxiste, dès 1930 : en 1933, ils font
scission sur des slogans et un programme -- « Ordre, autorité, nation »
-- qui associent l'autoritarisme politique au nationalisme et
l'anti-individualisme à l'anti-marxisme.
Il y a encore une autre filière commune aux socialistes
révisionnistes et à ces éléments de la gauche non marxiste ou
antimarxiste, tels le travaillisme britannique ou le Parti radical
français, qui cherchent eux aussi une réponse à la crise du capitalisme.
Le brillant ministre britannique Oswald Mosley et le jeune radical
français Bertrand de Jouvenel constatent ainsi l'échec du libéralisme politique des années 1930. Tous participent de la volonté fasciste de briser le libéralisme bourgeois, le socialisme prolétarien et marxiste, les antagonismes de classes.
Mosley s'emploie ainsi à entraîner le Parti travailliste vers le
national-socialisme. Membre du gouvernement McDonald de 1929, il
constituera la British Union of Fascists. En mars 1931, il jette les
bases d'une nouvelle formation politique, le New Party, qui évolue
progressivement vers le fascisme.
La démarche de Jouvenel est plus mesurée : après le 6 février 1934, il rompt avec le Parti radical et lance un hebdomadaire, La Lutte des jeunes,
et clame, avec Drieu La Rochelle, ou Jacques Doriot, leader du Parti
populaire français (PPF), sa volonté d'ériger un système politique
autoritaire, d'où sont éliminés les partis politiques et les groupes de
pression. Jouvenel quitte le PPF à l'époque des accords de Munich : il
s'en va en compagnie de tous les autres intellectuels fascistes, Drieu
ou Paul Marion, communiste et ministre à Vichy. En 1941, dans un ouvrage
intitulé Après la défaite, Jouvenel accueille le triomphe nazi comme une victoire de l'esprit.
Intéressant également est le cas de Pierre Biétry, ancien
secrétaire général des Jeunesses communistes (JC) et qui porte
l'uniforme nazi sur le front de l'Est. Député communiste depuis 1924,
maire de Saint-Denis, Doriot est candidat au poste de secrétaire général
du PCF. Staline lui préfère Maurice Thorez. Des 8 membres du premier
bureau politique du PPF formé en novembre 1936, 7 viennent de l'extrême
gauche, 6 sont des anciens communistes.
La filière maurassienne du fascisme est beaucoup mieux connue. Par le biais de revues, dont la plus connue est Je suis partout,
elle sera, à l'écart des organisations, le laboratoire intellectuel le
plus remarqué du « collaborationnisme » de l'Occupation. On l'a dit,
c'est Georges Valois qui fonde, en 1925, le premier mouvement fasciste
structuré en dehors d'Italie, le Faisceau. Le prolétariat, bien intégré à la communauté nationale, accepte le leadership industriel de la bourgeoisie,
mais l'État fort, autoritaire, maître de l'économie, sera le véritable
tribun du peuple, et assurera la défense de celui-ci contre les grands
et les puissants.
Pour tous, ceux qui se revendiquent fascistes, comme Drieu La
Rochelle ou Robert Brasillach, ou ceux qui ne se définissent pas comme
fascistes, comme l'équipe de Combat avec Jean Fabrègues et Maurice
Blanchot, et conduite par Thierry Maulnier, comme pour les hommes de la
génération du tournant du siècle, le fascisme a été bien autre chose
qu'une simple défense bourgeoise.
Le fascisme a cristallisé, plus peut-être que toute autre idéologie, les haines du libéralisme. Son origine, par essence située à gauche
de l'échiquier politique, n'est sans doute pas le fruit du hasard. Elle
marque un avatar supplémentaire, quoique inédit, de la lutte que
livrent depuis bien longtemps les corporatismes autoritaires au libéralisme.
Fascisme contemporain
Pour un certain nombre de libertariens, l'étatisme contemporain n'est qu'une forme de fascisme, habilement caché par le masque de l’habitude :
« Le fascisme est le système de gouvernement qui
cartellise le secteur privé, planifie l’économie en vue de subventionner
les producteurs, exalte l’État policier comme source de l’ordre, nie
les droits et les libertés fondamentales des individus, et fait de
l’exécutif le maître sans bornes de la société. Cela décrit le courant
dominant de la politique en Amérique aujourd’hui. Et pas seulement en
Amérique. C’est également vrai en Europe. Cela fait tellement partie de
la pensée dominante qu’on ne s’en rend pratiquement plus compte. […] Si
le fascisme nous est invisible, c’est vraiment le tueur silencieux. Il
greffe sur le marché libre un État énorme, violent et pesant qui draine
son capital et sa productivité comme un parasite mortel
sur son hôte. C’est pourquoi l’État fasciste a été appelé l’économie
vampire. Il suce la vie d’une nation et conduit une économie jadis
prospère à une mort lente. »
— Llewellyn H. Rockwell, Qu’est-ce que le fascisme ?
Mussolini ne traçait d'ailleurs pas de frontière nette entre fascisme, étatisme et totalitarisme :
« Pour le fascisme, tout est dans l'État et rien
d'humain ou de spirituel n'existe et encore moins n'a de valeur en
dehors de l'État. En ce sens le fascisme est totalitaire, et l'État
fasciste, la synthèse et l'unité de toutes les valeurs, interprète,
développe et donne pouvoir à tous les aspects de la vie d'un peuple. »
Certains libéraux estiment que l'étatisme à la française, gaulliste ou bonapartiste, relève d'une sorte de fascisme :
« Le bonapartisme
est tout à la fois l'anticipation et la version française du fascisme.
[...] Le bonapartisme escamote la souveraineté du peuple dont il prétend
émaner. »
— Raymond Aron
John T. Flynn décrit huit caractéristiques de l'État fasciste, qui se retrouvent dans les démocraties contemporaines :
- L’État est totalitaire parce qu’il n’admet aucune restriction à ses pouvoirs.
- L’État est une dictature de fait basée sur le principe de commandement.
- L’État administre un système capitaliste au moyen d’une énorme bureaucratie.
- Les producteurs sont organisés en cartels à la manière du syndicalisme.
- La planification économique est basée sur le principe d’autarcie.
- L’État entretient la vie économique en dépensant et en empruntant.
- Le militarisme est un pilier de la dépense publique.
- Les dépenses militaires ont un but impérialiste.
Umberto Eco[2] constate que « le fascisme est devenu une synecdoque, la dénomination pars pro toto
de mouvements totalitaires différents. » Il indique 14 archétypes qui
relèvent d'un « fascisme primitif et éternel » : culte de la tradition,
refus du modernisme, culte de l’action pour l’action (penser est une
forme d’émasculation), refus de toute critique, recherche du consensus
(peur de la différence), appel aux classes moyennes frustrées, nationalisme
et obsession du complot, sentiment d'humiliation devant la richesse
ostentatoire et la force de l’ennemi, recherche d’une guerre permanente
contre un ennemi intérieur et extérieur, élitisme, culte de l’héroïsme,
rôle important du sexe et du machisme, populisme qualitatif et utilisation d’une novlangue.
Citations
« La conception fasciste de la vie insiste
sur l’importance de l’État et n’accepte l’individu que pour autant que
ses intérêts coïncident avec ceux de l’État. Cette conception s’oppose
au libéralisme classique
qui écarte l’État au nom de l’individu ; le fascisme réintroduit les
droits de l’État comme étant l’expression de la véritable essence de
l’individu. Si le libéralisme défend l’individualisme, le fascisme
défend le gouvernement. »
— Benito Mussolini
« Le fascisme est absolument opposé aux doctrines du libéralisme,
à la fois dans la sphère politique et dans la sphère économique. L’État
fasciste veut gouverner dans le domaine économique pas moins que dans
les autres ; cela fait que son action, ressentie à travers le pays de
long en large par le moyen de ses institutions
corporatives, sociales et éducatives, et de toutes les forces de la
nation, politiques, économiques et spirituelles, organisées dans leurs
associations respectives, circule au sein de l’État. »
— Benito Mussolini
« Dans ce qu’on appelle l’homme, le fascisme
considère la nation et la patrie, les individus et les générations se
trouvant unis, dans une même tradition et dans une même mission, par une
loi morale qui supprime l’instinct de la vie maintenu dans le cercle
étroit du plaisir, pour instaurer dans le devoir une vie supérieure,
libérée des limites du temps et de l’espace : une vie où l’individu, par
l’abnégation de lui-même, par le sacrifice de ses intérêts particuliers, par la mort même, réalise cette existence toute spirituelle qui fait sa valeur d’homme. »
— Benito Mussolini, La Doctrine du fascisme, 1938
« Accusez vos adversaires de fascisme, le
temps qu’ils se justifient, vous avez tout le loisir de leur porter de
nouvelles attaques. »
— Dmitri Manouilsky, un des dirigeants du Komintern
« Le fascisme est totalitarisme
et ne saurait être rien d’autre. Son éclectisme lui permet de tout
admettre, excepté une chose : la discussion. La discussion le tuerait à
l’instant. »
— Carlo Sforza
« En Italie les fascistes se divisent en deux catégories : les fascistes et les antifascistes. »
— Ennio Flaiano
« Fascisme et communisme ne sont pas deux opposés, ce sont deux gangs rivaux qui se disputent le même territoire. Tous les deux sont des variantes de l'étatisme, fondés sur le principe collectiviste que l'homme n'a pas de droits et est l'esclave de l’État. »
— Ayn Rand
« Les fascistes de demain s'appelleront eux-mêmes antifascistes. »
— Winston Churchill
« Si les néoconservateurs et les
progressistes comprenaient vraiment le fascisme, ils cesseraient
d’utiliser ce terme à la va-vite. En effet, les deux groupes, comme une
majorité du personnel politique, embrassent des idées et des politiques
fascistes. L’une des caractéristiques du fascisme est une économie
mixte. Contrairement aux socialistes et aux communistes qui cherchent à
écraser l’entreprise privée, les fascistes sont satisfaits de pouvoir
maintenir les entreprises entre des mains privées. Les fascistes ont
recours à des régulations, à des mandats et à des taxes pour contrôler
les entreprises - et ruiner l’économie. Un système fasciste est un
système au sein duquel les entreprises servent les politiciens et les
bureaucrates plutôt que les consommateurs. »
— Ron Paul
« La conception fasciste de la vie, dit
Mussolini, « n'admet l'individu que dans la mesure où ses intérêts
coincident avec ceux de l'État ». Le communisme l'admet-il à d'autres
conditions ? Reconnaît-il au travail, à la propriété, à la pensée, à la
foi et à la parole le moindre droit qui ne coincide pas avec les
intérêts de l'État ? Il ne saurait en reconnaître. L'idéal suprême, le
but pragmatique, l'inévitable destinée de tout véritable collectivisme
ont été annoncés par Mussolini, qui, au cours de sa vie, a professé
toutes les variétés de collectivisme : « Tout dans l'État, rien en
dehors de l'État, rien contre l'État ». »
— Walter Lippmann, La Cité Libre
« Le bonapartisme
est tout à la fois l'anticipation et la version française du fascisme.
[...] Le bonapartisme escamote la souveraineté du peuple dont il prétend
émaner. »
— Raymond Aron
« Le fascisme n'était qu'une autre variété de
socialisme. Le mot « nazi » était un acronyme pour le socialisme
national. Les socialistes allemands se sont distingués des socialistes
russes en qualifiant leur variété de socialisme de « national » par
opposition à « international ». »
— Thomas DiLorenzo, What Are Socialism’s Dirty Secrets That Must Be Kept From America’s Youth?, 20/03/2019
Informations complémentaires
Notes et références
Mussolini, Œuvre et discours (1938), Flammarion
- Umberto Eco, Reconnaître le fascisme, Grasset, 2017.
Bibliographie
- 1988, Walter Laqueur, dir., "Fascism: a Reader’s Guide", London: Wildwood House
- 1996, Stanley G. Payne, "A History of Facism", Madison: University of Wisconsin Press
Voir aussi
Liens externes
https://www.wikiberal.org/wiki/Fascisme