Sommaire:
A) - L'Asharshylyq, la « grande famine »
B) - Holodomor
C) - Communisme
D) - Le Livre noir du communisme
E) - Alexandre Soljenitsyne
A) - L'Asharshylyq, la « grande famine »
Entre 1930 et 1933, la République socialiste soviétique autonome kazakhe traverse l'Asharshylyq, la « grande famine ». Selon les estimations des historiens, elle fait entre 1,3 et 2,3 millions de morts, en immense majorité des Kazakhs. Environ 38 à 42 % du peuple kazakh disparaît en trois ans, la proportion la plus lourde de toutes les famines soviétiques du début des années 1930, supérieure encore à celle du Holodomor ukrainien.

La cause n'est pas la sécheresse. Elle tient à la collectivisation forcée, menée au Kazakhstan par Filipp Golochtchekine, premier secrétaire du Parti, sous le nom de « Petit Octobre » (Maly Oktiabr). Sa thèse : les Kazakhs, peuple d'éleveurs nomades, n'auraient pas connu de vraie révolution et devaient être « soviétisés » par la force. Moscou impose la sédentarisation et verse les troupeaux dans des kolkhozes inadaptés à la steppe. Les réquisitions de bétail et de grain fixent des quotas intenables. Des districts entiers, incapables de livrer, sont « blacklistés », privés de commerce et de secours.
L'effondrement est total. Le cheptel, estimé autour de 40 millions de têtes, tombe sous les 5 millions ; le foyer moyen, qui comptait 41 animaux en 1929, n'en garde plus que 2 à 3 en 1933. Beaucoup de Kazakhs abattent leurs bêtes plutôt que de les livrer. Privées de leur seule ressource, des familles entières meurent de faim, et des cas de cannibalisme sont rapportés. Des centaines de milliers de personnes, jusqu'à près d'un million, fuient vers la Chine (Xinjiang), la Mongolie, l'Ouzbékistan ou l'Iran. Beaucoup meurent en route, d'autres sont abattus aux frontières.
La démographie du pays bascule. Majoritaires avant la famine, autour de 57 à 60 % de la population, les Kazakhs tombent à près de 38 % et ne redeviendront majoritaires chez eux qu'après l'indépendance de 1991. Le mode de vie nomade, lui, ne se relève pas.
Longtemps tabou sous l'URSS, l'Asharshylyq est aujourd'hui commémoré chaque 31 mai. Une commission d'État de 1992 y a vu « une manifestation de politique génocidaire », sans que le pays retienne officiellement ce terme. Des historiens comme Sarah Cameron (The Hungry Steppe) ou Niccolò Pianciola décrivent une catastrophe née de la politique soviétique tout en discutant la qualification de génocide. Le débat reste ouvert. Ce qui ne l'est pas : des millions de morts, et un peuple amputé au cœur de sa propre terre
Kronos
B) - Holodomor
L'Holodomor (Голодомо́р en ukrainien), littéralement
« famine » mais qu'on peut traduire par « extermination par la faim »)
désigne la grande famine qui eut lieu en République socialiste soviétique d'Ukraine et dans le Kouban, en URSS, en 1932 et 1933, et qui fit, selon les estimations des historiens, entre 2,6[1] et 5 millions de morts. L'évènement, sans précédent dans l'histoire de l'Ukraine,
se produisit dans le contexte plus général des famines soviétiques de
1931-1933 et fit un nombre particulièrement élevé de victimes.
Depuis l'ouverture des archives soviétiques après la dislocation de l'URSS en 1991,
la négation de l'Holodomor a cessé, mais celle de son ampleur et de son
caractère intentionnel continue, y compris jusqu'au sommet de l'État
russe. La responsabilité des autorités soviétiques dans la genèse et
l'ampleur de la famine (à travers la collectivisation,
les campagnes de « dékoulakisation », les réquisitions excessives de
denrées alimentaires auprès des paysans et les limitations aux
déplacements imposées en pleine famine) est universellement reconnue.
Fin 2006, l'Ukraine indépendante qualifie officiellement l'Holodomor de génocide, qualification reconnue par un certain nombre de pays dont les États-Unis, mais le caractère génocidaire de cette famine reste niée par la Russie. Le Parlement européen a reconnu en 2008 l'Holodomor comme un crime contre l'humanité, jugeant qu'il s'agissait d'une famine provoquée et d'un crime contre le peuple ukrainien et contre l'humanité[2].
Notes et références
(en)
Jacques Vallin, France Mesle, Serguei Adamets et Serhii Pyrozhkov, « A
New Estimate of Ukrainian Population Losses During the Crises of the
1930s and 1940s », Population Studies, Vol. 56, No. 3, novembre 2002, p.249-264.
Voir aussi
C) - Communisme
Le communisme est un système théorique d'organisation sociale reposant sur la propriété commune des moyens de production. C'est également un mouvement politique qui prétend renverser le capitalisme pour instaurer une société sans classe. Sa réalité reste cependant très éloignée de sa théorie.
Manifeste politique du communisme
Le communisme désigne également le système politique proposé par Karl Marx dont voici les 10 points-clés du Manifeste du Parti Communiste[1] :
- Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l'État
- Impôt fortement progressif
- Abolition de l'héritage
- Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles
- Centralisation du crédit entre les mains de l'État, au moyen d'une banque nationale, dont le capital appartiendra à l'État et qui jouira d'un monopole exclusif
- Centralisation entre les mains de l'État de tous les moyens de transport
- Multiplication des manufactures nationales et des instruments de
production ; défrichement des terrains incultes et amélioration des
terres cultivées d'après un plan d'ensemble
- Travail obligatoire pour tous ; organisation d'armées industrielles, particulièrement pour l'agriculture
- Combinaison du travail agricole et du travail industriel ; mesures
tendant à faire graduellement disparaître la distinction entre la ville
et la campagne
- Éducation publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du
travail des enfants dans les fabriques tel qu'il est pratiqué
aujourd'hui. Combinaison de l'éducation avec la production matérielle,
etc.
On peut remarquer que la social-démocratie a réalisé au XXe siècle tous ces objectifs, en partie et à des degrés divers.
Le communisme, un système inéluctablement totalitaire ?
Si la théorie communiste promet un monde de liberté, sans classes, de
nombreux auteurs ont montré que le communisme impliquait au contraire
le totalitarisme. Parmi les théoriciens du communisme comme totalitarisme, Friedrich Hayek dans La Route de la servitude (1944) souligna que l'interventionnisme étatique était une pente glissante vers le totalitarisme, sur une « route de la servitude ».
La planification économique est le contrôle des moyens par lesquels les
hommes peuvent réaliser les fins qu'ils se fixent ainsi que le contrôle
de ces fins. Un contrôle total de la vie économique signifie que les
moyens et les fins humaines sont décidées par l'État et qu'ainsi la
liberté est abolie. John Jewkes développa une thèse proche dans Ordeal by planning (1946)
Le philosophe Karl Popper dans La Société ouverte et ses ennemis range Karl Marx avec Friedrich Hegel et Platon dans la lignée des intellectuels responsables de la genèse des idées totalitaires.
Au socialisme proprement dit, qui est un collectivisme coercitif, le communisme, religion séculière selon Raymond Aron[2], rajoute une eschatologie, soit une perspective de fin des temps. Pour l'idéologie marxiste, un État libre et abondant, dans lequel sera terminée la lutte des classes, s'établira plus tard, après la dictature du prolétariat et la phase présumée transitoire de capitalisme d'État.
Cet État utopique, le communisme, constituera une sorte de paradis
terrestre, l'adage « à chacun selon ses besoins » sera réalisé. On
conçoit aisément qu'au pays de Cocagne, où tous nos besoins sont
satisfaits magiquement, le communisme soit facile à instaurer (n'importe
qui est disposé à partager la surabondance), mais au nom de ce paradis
terrestre sont morts au XXe siècle une centaine de millions d'êtres humains.
Un système économique qui ne peut pas fonctionner
La théorie communiste, dans sa version marxiste,
se fonde sur un certain nombre de concepts dont la validité a été mise
en pièces depuis bien longtemps. Ces points sont développés dans les
articles concernés.
Le débat sur le calcul économique en régime socialiste avait dès les années 1920 - 1930 établi l'impossibilité d'une économie socialiste, en se fondant cette fois là sur l'impossibilité d'une économie sans prix.
Les prix jouent en effet un rôle irremplaçable de transmission de
l'information dans l'économie, pour permettre à chacun de ses acteurs de
se coordonner avec les autres, sans une autorité centrale. Le
communisme substitue à cela des autorités centrales omnipotentes, en
charge d'orienter l'économie pour le bien de tous. Michael Polanyi dans La Logique de la liberté montra que cette planification
voulue par le communisme ne peut pas fonctionner car les ordres
monocentriques (dirigés d'en haut) sont incapables de gérer la masse
d'information utilisée dans les sociétés polycentriques.
Des auteurs comme Oskar Lange ont tenté de définir un « socialisme de marché »
pour dépasser ce problème essentiel du communisme. Dans ce système les
prix, sans être libres, seraient fixés par l'État, par « essai et
erreur », en mimant les mécanismes des acteurs du marché. Autrement
formulé, la seule solution possible pour faire fonctionner la
planification est que l'autorité centrale copie les acteurs du marché de
façon moins efficiente. Friedrich Hayek fit une critique détaillée de
ces thèses du socialisme de marché, en insistant sur le rôle de la
connaissance et sur le vecteur d'information des prix dans un système de
libre économie.
« De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins »
L'utopie
communiste de « chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins »,
apparemment généreuse, ne pourrait se réaliser que dans un monde idéal
où la rareté serait éliminée. Cette idée fausse et largement discréditée y compris à gauche a pourtant laissé d'importantes traces dans les social-démocraties contemporaines : ainsi, les dirigeants de la Sécurité sociale française ne cachent pas que leur seule règle de gestion est « chacun cotise selon ses moyens, et reçoit selon ses besoins »[3]. En pratique, on obtient des déficits continuels et un accroissement ininterrompu de la dette publique.
Les dirigeants socialistes étant amenés très vite à constater que
les besoins sont illimités alors que les moyens sont restreints, deux
stratégies leur sont ouvertes :
Bilan du communisme
Les résultats des expériences communistes, anciennes comme récentes,
ont tristement tous confirmé les analyses des théoriciens sur la nature
intrinsèquement totalitaire du communisme. Dans leur ouvrage de
référence Le Livre noir du communisme, un collectif d'historiens emmené par Stéphane Courtois
arrivent à une estimation d'environ 80 millions de mort causés de
manière directe par les régimes communistes du XXe siècle. Certains
avancent même jusqu'à 100 millions de morts. Parmi les principales
« contributions » à ce bilan macabre :
- URSS : 15 millions de morts environ selon Nicolas Werth, entre goulags, holodomor, antisémitisme et autres outils répressifs tristement célèbres
- Chine maoïste : de 45 à 72 millions de mort selon Jean-Louis Margolin,
avec le « grand bond en avant ». En cause dans ce bilan massif, la
tentative maoïste d'avoir voulu « rééduquer une société tout entière »[4]
- Cambodge : entre 1,3 et 2,3 millions de personnes exterminées par
les Khmers rouges de 1975 à 1979, soit jusqu'à 30 % de la population du
pays
- Amérique Latine : 150 000 morts selon Stéphane Courtois, à Cuba, au Nicaragua ou au Pérou (Sentier lumineux). Che Guevara,
figure marketing du communisme, exécuta lui-même à la prison de la
Cabana plus d'une centaine de policiers et militaires du régime
précédent jugés coupables de crimes de guerre ou de compagnons de route
trop « tièdes ».
- Europe de l'Est (Pologne, pays baltes, coup de Prague, etc.)
- Corée du Nord
- Afrique (Angola, etc.)
De nombreux rapprochements sont effectués entre le communisme soviétique et le nazisme, les deux grands totalitarismes du XXe
siècle, qui s'allièrent avec le Pacte Germano-Soviétique du 23 août
1939. Au delà de la ressemblance d'un triste bilan macabre (80-100
millions pour le communisme, 12 millions pour le nazisme), et de la
différence dans les objectifs affichés, beaucoup soulignent que nazisme
et communisme procèdent d'une même logique. Ernst Nolte est l'un des
historiens qui a défendu avec le plus de véhémence les liens
substantiels entre nazisme et communisme. Dans La Guerre civile européenne, publié en Allemagne
en 1987, il affirme : « Ce qu'il y a dans le national-socialisme de
plus essentiel, c'est son rapport au marxisme, au communisme
particulièrement, dans la forme qu'il a prise grâce à la victoire des
bolcheviks[5] ».
Sa thèse est que les fascismes sont une double réaction à la fois
contre la révolution bolchevique et le système démocratique libéral qui
leur sont antérieures. Les fascismes empruntent une part importante de
leur idéologie aux démocraties (le système de l'union du peuple avec le gouvernement, l'idée de « volonté générale ») et au communisme (système totalitaire, élimination des opposants, unification de la société). Partisan de la théorie du totalitarisme,
Nolte établit un lien de causalité, un « nexus causal », entre le
Goulag et Auschwitz : ce dernier serait pour une bonne part une
adaptation nationale de l'original communiste et une réponse à ce
dernier.
Le philosophe Jean-François Revel résumait cela de manière lapidaire : « Le communisme, c'est le nazisme, le mensonge en plus ».
Le communisme volontaire ?
Au plan politique, les libéraux sont opposés au communisme d'une part parce que celui-ci ne peut exister qu'avec la coercition et la violence,
et d'autre part parce que l'idéal communiste est total et collectif et
ne laisse aucune place à la liberté individuelle. Néanmoins, si des
communautés veulent mettre en œuvre une espèce de communisme en leur
sein par mise en commun de tous les biens de leurs membres, rien ne s'y
oppose dans un régime libéral, tant que les droits de chacun sont respectés et que chacun a exprimé son consentement. C'est ainsi le cas pour certaines formes de coopération comme le mutualisme, ou dans certaines communautés religieuses monastiques ou laïques, adeptes d'une pauvreté volontaire (par exemple les huttérites).
Christian Michel résume ces remarques :
« Le communisme est un bel idéal. Que les communistes
s'organisent dans leurs communes et phalanstères, qu'ils affichent leur
bonheur d'y vivre, et ils seront rejoints par des millions et des
milliards de gens. [...] Ce qu'il faut combattre n'est pas le
communisme, ni aucune autre idéologie, mais la traduction politique de
cette idéologie. »
Il y a eu au moins une expérience de communisme volontaire : celle du kibboutz en Israël
après l’indépendance de 1947. Elle s'est soldée par un échec et la
disparition de quasiment tous les kibboutzim, transformés en entreprises
privées[6].
La raison de l'échec de toute idéologie collectiviste telle que
le communisme est que, dans un tel type d'organisation sociale, les
personnes les plus capables ne voient pas leurs mérites reconnus et
récompensés, et finissent par rejeter un collectif qui les exploite ; un
système où la responsabilité est collective pousse chacun à vivre aux dépens des autres, comme l'ont montré dès le départ les premières expériences de « socialisme utopique » telles que celle du philanthrope Robert Owen au XIXe siècle. La pauvreté
(faute de motivation à produire des biens et services) est ainsi le
résultat inéluctable du communisme politique. L'autoritarisme,
l'oppression et la dictature en constituent l'autre aspect : dans
l'optique d'un Lénine, le prolétariat ignore ce qui est bon pour lui et doit donc être contraint par le parti.
Pays communistes aujourd'hui
Ces pays sont dirigés par un parti communiste (pas de liberté politique), mais pour la plupart sont passés à une économie de marché, à la suite de l'exemple chinois.
- Corée du Nord,
depuis 1948 (conserve une économie pour l'essentiel planifiée et
étatisée, sans propriétés privées, mais autorise le petit commerce
depuis quelques années)
- Chine, depuis 1949 (sur le plan économique passée à l'économie de marché depuis 1990)
- Viêt Nam, depuis 1976, ou 1954 pour le Nord Vietnam (sur le plan économique ouvert à l'économie de marché depuis 1991)
- Laos, depuis 1975 (sur le plan économique passé à l'économie de marché depuis 1991)
- Cuba, depuis 1959 (sur le plan économique passé à l'économie de marché depuis 2011)
Le communisme en France au XXIe siècle
La sortie du Livre noir du communisme en 1997
suscita une vague de réactions à l'extrême gauche et d'attaques
violentes envers leurs auteurs, offrant une révélation de l'influence
toujours majeure du communisme sur l'intelligentsia française au tournant du XXe siècle. Comme le formula Gérald Messadié dans 4000 ans de mystifications historiques (2011) :
« En 1997 paraissait un ouvrage dont il fut d’emblée évident qu’il ferait date : Le Livre noir du communisme : crimes, terreur, répression.
Il dénonçait, quatre-vingts ans après la révolution d’Octobre, les
crimes du communisme et, plus particulièrement, ceux du régime
soviétique. Le bilan en était accablant : quatre-vingts millions de
morts, douze fois celui des camps de la mort. [...] En réalité, la
distorsion du regard requise pour les crimes du communisme tient à des
raisons idéologiques ; elle procède du refus obstiné à admettre que le
communisme était un totalitarisme. Elle est à peu près la même partout
et, en France, elle équivaudrait à renier de vastes pans de l’histoire
politique et idéologique, de la Révolution française
à l’adoration professée par des écrivains, des penseurs et des artistes
pour Joseph Staline. La liste en est longue. Et, pour plus d’un,
inscrire Lénine, Staline
et leurs sectateurs au tableau de ceux qui commirent des crimes contre
l’humanité serait organiser l’office funèbre du socialisme. [...] La
distorsion demeure donc. Le constat désabusé d’un historien respecté tel
que François Furet dans Le passé d'une illusion n'y a rien changé. »
— Gérald Messadié, 4000 ans de mystifications historiques
Même aujourd'hui, certains philosophes du début du XXIe
siècle, encore dans le sillage du marxisme, cultivent une sorte de
nostalgie à l'égard du communisme, ou le voient toujours comme une utopie acceptable. Pour Alain Badiou, le communisme est « le nom générique d’une alternative au capitalisme »[7].
Slavoj Žižek critique le « manque de radicalisme » des dirigeants communistes du XXe
siècle (qu'il s'agisse des maoïstes ou des Khmers Rouges) et affirme la
valeur intrinsèque de la violence révolutionnaire ; proche d'un nihilisme subjectiviste, il évite soigneusement de décrire sa vision de ce que pourrait être un monde communiste[8].
De même, le philosophe et économiste souverainiste Frédéric
Lordon prône un « soulèvement » contre les tenants du système, et dit
publiquement qu'« il faut mettre les jetons » aux gens de la finance,
sans expliquer quel type de société il envisage pour remplacer le
système[9].
Des politiques ou universitaires peuvent aujourd'hui encore se
réclamer ouvertement de l'URSS et remettre en cause la réalité des
crimes de Joseph Staline et de Lénine (PRCF, Annie Lacroix-Riz).
Un certain nombre d'universitaires français restent fascinés par le côté romantique des révolutions et oublient volontairement tant les crimes communistes que l'effondrement économique qu'entraîne cette idéologie :
« Au lendemain de 1989, il sembla un temps que le
programme communiste avait été défait, et que tout indiquait un rejet
décisif des idées qui avaient réduit en esclavage les peuples d’Europe
de l’Est depuis la guerre. Mais la machine à non-sens fut lancée pour
détruire les jeunes pousses de l’argument rationnel, pour tout recouvrir
d’un brouillard d’incertitude et pour relancer l’idée – déjà présente
et toxique chez Lukács – que la vraie révolution était encore à venir,
et que ce serait une révolution des mentalités, une libération
intérieure, contre laquelle l’argument rationnel (qui est une simple
« idéologie bourgeoise ») ne peut se défendre. Ainsi, le règne du
non-sens coupa si radicalement la question de la révolution de toute
possibilité d’enquête rationnelle que celle-ci ne pouvait plus être
directement posée. »
— Roger Scruton, L'Erreur et l'orgueil - Penseurs de la gauche moderne, L'Artilleur, 2015
On peut également parler d'un « marxisme de droite », typiquement français (Jean-Claude Michéa, Alain de Benoist). Le marxiste de droite déteste le libéralisme économique et approuve certaines idées marxistes relativement à l'économie, tout en étant lucide sur les dérives extrémistes de la gauche
en matière sociétale. Il considère la France comme un pays beaucoup
trop libéral et recommande par conséquent de le socialiser davantage. On
trouve de même aux États-Unis des identitaires suprémacistes (par
exemple Richard Spencer) qui approuvent le socialisme, pourvu qu'il soit
régi par des Blancs et au bénéfice des Blancs.
Citations
- « On ne peut bien vivre là où tout est en commun. Comment
l'abondance de produits peut-elle se réaliser là où chacun essaye de se
soustraire au travail, étant donné qu'il n'est point stimulé par la
pensée de son propre profit et que la confiance dans le travail de
l'autre le rend indolent ? » (Thomas More, Utopia, 1516)
- « Communisme : rêve de quelques-uns, cauchemar de tous. » (Victor Hugo, Choses vues)
- « Communistes : Votre ennemi c'est le mur mitoyen. Le mien, c'est le despotisme. J'aime mieux escalader les trônes que la haie du voisin. » (Victor Hugo, Choses vues)
- « Tous les révolutionnaires proclament à leur tour que les
révolutions précédentes ont fini par tromper le peuple ; c'est leur
révolution seule qui est la vraie révolution. « Tous les mouvements
historiques précédents », déclarait le Manifeste communiste de 1848,
« étaient des mouvements de minorités ou dans l'intérêt de minorités. Le
mouvement prolétarien est le mouvement conscient et indépendant de
l'immense majorité, dans l'intérêt de l'immense majorité ».
Malheureusement cette vraie révolution, qui doit apporter aux hommes un
bonheur sans mélange, n'est qu'un mirage trompeur qui ne devient jamais
une réalité. Elle est apparentée à l'âge d'or des millénaristes :
toujours attendue, elle est toujours perdue dans les brumes du futur,
échappant toujours à ses adeptes au moment où ils pensent la tenir. » (Vilfredo Pareto)
- « En abolissant la propriété
personnelle, le communisme ne fait que me rejeter plus profondément
sous la dépendance d'autrui, autrui s'appelant désormais la généralité
ou la communauté. Bien qu'il soit toujours en lutte ouverte contre l'État,
le but que poursuit le communisme est un nouvel « État », un status, un
ordre de choses destiné à paralyser la liberté de mes mouvements, un
pouvoir souverain supérieur à moi. [...] Désormais toute distinction
s'efface, tous étant des gueux, et la société communiste se résume dans
ce qu'on peut appeler la « gueuserie » générale. » (Max Stirner)
- « Si on n'est pas communiste à 20 ans, c'est qu'on a pas de cœur. Si on l'est toujours à 40 ans, c'est qu'on a pas de tête. » (Attribuée à George Bernard Shaw (hautement improbable), Clemenceau, Winston Churchill, probablement apocryphe pour tous)
- « Le Parti n'a pas raison parce que la doctrine est vraie, la doctrine est vraie parce que le Parti a toujours raison. » (Étienne Gilson)
- « Si les régimes communistes se sont effondrés, c'est parce qu'ils ont perdu leurs deux piliers : la foi et la peur. » (Václav Klaus, président tchèque)
- « L’une des plus amères ironies du XXe siècle fut que le communisme, qui se voulait une doctrine égalitaire et accusait le capitalisme d’égoïsme
et de sacrifier cruellement les autres pour son bonheur, est devenu une
fois au pouvoir un système d’un égoïsme et d’une cruauté telle qu’elle
rendait les péchés du capitalisme pâles en comparaison. »' (Thomas Sowell)
- « Le communisme n'est ni un système économique ni un système
politique. C'est une forme de folie, une aberration temporaire qui
disparaîtra un jour de la surface de la Terre parce qu'elle est
contraire à la nature humaine. » (Ronald Reagan)
- « Communisme : système généreux, qui enrichit la population en l'appauvrissant, et rend l'homme plus libre en l'enfermant. » (Christian Millau, Dictionnaire d'un peu tout et n'importe quoi)
- « Entre le communisme et le socialisme, il y a la différence entre l'assassinat et l'homicide par imprudence. » (Wilhelm Röpke)
- « Le communisme veut le bonheur de l’humanité – mais à la
condition que les méchants en aient été écartés au préalable. Comment
peut-on encore croire à l’universalisme de la doctrine quand celle-ci
affirme qu’elle repose sur la lutte, la violence, la révolution
permanente, la haine, la dictature, la guerre ? La justification qu’elle
se donne est que le prolétariat est la majorité, la bourgeoisie est une
minorité, ce qui nous mène déjà loin de l’universalisme . » (Enzo Traverso, Le totalitarisme. Le XXe siècle en débat [10]
Notes et références
Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste, 1848, [lire en ligne]
Qualifier le communisme de religion est pour Hannah Arendt un usage déplorable qui réduit le sens des choses en assimilant l'objet à sa fonction. Appliquer le terme religion à l'idéologie revient selon cette auteur à appeler marteau la chaussure dont on s'est servi pour planter un clou
Déclaration de Gérard Quevillon, président du RSI, sur RMC le 14 juillet 2014 (émission d'Éric Brunet).
Le bilan des crimes communistes, L'Express, 6 novembre 1997
Cité dans Le Siècle des communismes, Points Seuil, 2004, p. 19.
The Transformation of the Kibbutz and the Rejection of Socialism (Gary Becker).
Alain
Badiou :« Le communisme est le nom de l’alternative », anciennement
accessible à michelcollon.info/Alain-Badiou-Le-communisme-est-le.html
The Violent Visions of Slavoj Žižek (John Gray)
Frédéric Lordon, l’intransigeant colérique (Libération, 29/02/2016)
Bibliographie
- 1904, Maurice Bourguin, Les Systèmes socialistes et l'évolution économique, [lire en ligne]
- 1944, Friedrich Hayek, La Route de la servitude
- 1945, Karl Popper, La Société ouverte et ses ennemis
- 1950, George Orwell, 1984, [lire en ligne]
- 1955, Raymond Aron, L'Opium des intellectuels
- 1988, Friedrich Hayek, La Présomption fatale
- 1992,
George Weigel, "The Final Revolution: The Resistance Church and the
Collapse of Communism", New York; Oxford University Press (L'auteur
exprime la thèse que la chute du communisme a été rendue possible grâce à
une réhabilitation morale et culturelle au sein de la société civile en
Europe centrale et orientale.)
- 1995, François Furet, Le Passé d'une illusion
- 1999, Claude Lefort, La Complication
- 2000,
- 2001, Richard Pipes, "Communism: A Brief History", London: Weidenfeld and Nicolson
- 2002, Marc Lazar, Le Communisme, une passion française, Perrin
- 2008, Michael Chapman, "COMMUNISM", In: Ronald Hamowy, dir., "http://ciudadanoaustral.org/biblioteca/The%20Encyclopedia%20Of%20Libertarianism%20-%20Ronald%20Hamowy.pdf The Encyclopedia of Libertarianism", Cato Institute - Sage Publications, pp81-84
Voir aussi
- Spécialistes du communisme (souvent anciens communistes eux-mêmes) : Annie Kriegel, Stéphane Courtois, François Furet, Marc Lazar, Alain Besançon, Leszek Kołakowski, Claude Lefort
- Citations sur le communisme
- Marxisme
- Socialisme
- Collectivisme
- Collectivisme libertaire
- Prolétariat
- Lutte des classes
- France et communisme
- Autocritique
- Baisse tendancielle du taux de profit
- Matérialisme historique
- Exploitation
- Plus-value
- Karl Marx
- Planification
- URSS, Cuba, Corée du Nord, Chine, Albanie
Liens externes
https://www.wikiberal.org/wiki/Communisme
D) - Le Livre noir du communisme
Sous la direction de Stéphane Courtois, Paris, 2000, un collectif d'historiens s'est livré à un recensement des victimes des régimes marxistes-léninistes dans Le Livre noir du communisme. Stéphane Courtois écrit dans la préface que « [l]e total approche la barre des cent millions de morts. »[1]
Le Livre noir du communisme est un procès intenté au communisme réel, un réquisitoire général après les terrifiants témoignages accumulés depuis L'Aveu d'Arthur London, ou L'Archipel du Goulag, d'Alexandre Soljenitsyne.
On ressort accablé de cette litanie d'exactions sanglantes. Les purges
de Staline, les famines idiotes du Grand Bond en avant sont d'une
monstruosité abstraite. Mais ce qui, dans cet ouvrage, laisse sans voix,
ce sont les très nombreuses paroles de survivants. Rescapés de la
Kolyma, du Laogai chinois ou de l'Angkar khmer rouge, ils sont des
dizaines dont les filets de voix font jaillir des visages blessés, des
vies en miettes. Et leurs petites voix confluent pour donner mille
visages, mille âmes, à la foule anonyme des centaines de millions de
victimes.
Le Livre noir du communisme rend compte de l'abjecte réalité du crime
de masse, où, derrière des prétextes idéologiques, se dissimulent les
nombreuses complicités, la bestialité des bourreaux et de leurs chefs.
Sans doute le meilleur bilan à ce jour du marxisme et du communisme.
Citations
- Il faut voir qu'il y a toujours, même dans les démocraties, une fraction importante de gens qui n'aiment pas la liberté et préfèrent la tyrannie.
C'est la tentation totalitaire. Certains pour l'exercer, d'autres pour
subir cette tyrannie, ce qui est plus mystérieux. Si on discrédite Stéphane Courtois et Le Livre noir du communisme,
c'est que cela souligne que des milliers d'auteurs de manuels
scolaires, d'intellectuels et d'artistes ont soutenu un régime criminel.
Il n'est pas agréable de l'entendre. (Jean-François Revel, Le Figaro, 24 février 2000[2])
- En 1997 paraissait un ouvrage dont il fut d’emblée évident qu’il ferait date : Le Livre noir du communisme : crimes, terreur, répression.
Il dénonçait, quatre-vingts ans après la révolution d’Octobre, les
crimes du communisme et, plus particulièrement, ceux du régime
soviétique. Le bilan en était accablant : quatre-vingts millions de
morts, douze fois celui des camps de la mort. [...] En réalité, la
distorsion du regard requise pour les crimes du communisme tient à des
raisons idéologiques ; elle procède du refus obstiné à admettre que le
communisme était un totalitarisme. Elle est à peu près la même partout
et, en France, elle équivaudrait à renier de vastes pans de l’histoire
politique et idéologique, de la Révolution française
à l’adoration professée par des écrivains, des penseurs et des artistes
pour Joseph Staline. La liste en est longue. Et, pour plus d’un,
inscrire Lénine, Staline
et leurs sectateurs au tableau de ceux qui commirent des crimes contre
l’humanité serait organiser l’office funèbre du socialisme. [...] La
distorsion demeure donc. Le constat désabusé d’un historien respecté tel
que François Furet dans Le Passé d’une illusion n’y a rien changé. (Gérald Messadié, 4000 ans de mystifications historiques, 2011)
Notes et références
Stéphane Courtois, Préface au livre noir du communisme, p.8
Lien externe
https://www.wikiberal.org/wiki/Le_Livre_noir_du_communisme
E) - Alexandre Soljenitsyne
Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne, (Kislovodsk, Russie, 11 décembre 1918, Moscou, 3 août 2008) est un écrivain russe, lauréat du prix Nobel de littérature 1970. Il est le premier à avoir relaté de l'intérieur le système concentrationnaire soviétique, notamment dans Une journée d'Ivan Denissovitch et L'archipel du Goulag.
Biographie
Élève à l'école et à l'université des sciences de Rostov-sur-le-Don,
il y étudie la littérature, les mathématiques et la doctrine communiste.
Il reçoit une éducation religieuse par sa mère, qui lui vaut des
brimades répétées des enseignants. Quand il a neuf ans, on arrache la
croix qu'il portait autour du cou. À dix-sept ans, il devient marxiste
et athée sous la pression du système. Il considèrera a posteriori cette
conversion comme sincère, et l'expliquera par la propagande permanente
du système.
À vingt et un ans, il est enrôlé dans l'armée russe où il servira
comme artilleur pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Il y est
extrêmement critique vis-à-vis de l'armée. Il entretient en particulier
une correspondance critique à l'égard de la « compétence » militaire de Joseph Staline. Cela lui vaut une condamnation à huit ans de goulag en 1945. Il y retrouve la foi et développe des idées de plus en plus anticommunistes. Il sort du goulag le 5 mars 1953, jour de la mort de Staline[1], et est envoyé en exil perpétuel au Kazakhstan. Les critiques de Nikita Khrouchtchev lors du XXe
congrès du PCUS permettent une certaine libéralisation du régime et sa
réhabilitation la même année. Il s'installe à Riazan, à 200 km au sud de
Moscou, où il enseigne les sciences physiques. Il est opéré pour
traiter un cancer, dont il réchappe à la surprise des médecins.
Il se fait connaître internationalement avec la publication d'Une journée d'Ivan Denissovitch en 1962 dans la revue soviétique Novi Mir.
Cette parution, autorisée directement par Khrouchtchev lui vaut
cependant d'être mis à l'écart, et toute publication de ses œuvres est
empêchée par le régime. Il fait passer sous le manteau plusieurs de ses
œuvres qui sont publiées en Occident : Le Premier Cercle et Le Pavillon des Cancéreux. En URSS, elles sont publiées sous forme de samizdat. Parait également à l'étranger le premier tome de son épopée historique La Roue rouge.
Ses ouvrages lui valent d'être récompensé en 1970 du prix Nobel de
littérature, récompense qu'il ne pourra recevoir que quatre ans plus
tard, après avoir été expulsé d'URSS. Il n'a en effet pas pu se rendre à
Stockholm, de peur d'être déchu de sa nationalité soviétique et de ne
pouvoir revenir en URSS. Il est de plus en plus surveillé par le KGB et
doit pour écrire multiplier les ruses et les caches secrètes de ses
manuscrits. À deux reprises, il manque d'être assassiné, dont une fois
en août 1971 par un « parapluie bulgare ». Une partie de ses archives
est saisie chez un de ses amis en septembre 1965, et une de ses aides
est retrouvée pendue dans des circonstances troubles, après avoir
dévoilé au KGB la cachette de son ouvrage majeur, alors non publié, L'Archipel du Goulag.
Il décide d'en hâter la publication, qui est faite pour la première
fois en décembre 1973 à Paris, grâce à une librairie slave du Ve arrondissement. Écrit entre 1958 et 1967
sur de minuscules feuilles de papier enterrées une à une dans des
jardins amis, une copie y avait été envoyée pour échapper à la censure. Cette publication lui vaut d'être déchu de sa citoyenneté et d'être expulsé d’Union soviétique en février 1974.
Il est accueilli en RFA par l'écrivan Heinrich Böll. De là, il part pour la Suisse puis émigre aux États-Unis.
Après une période agitée d'interviews et de discours (comme le fameux
discours de Harvard prononcé en 1978), aux États-Unis, Soljenitsyne fut
souvent invité à d’importantes conférences. Le 15 juillet 1975, il fut
même invité à donner une conférence sur la situation mondiale au Sénat
américain. L'Occident découvre alors un homme orthodoxe conservateur et
profondément slavophile, très critique sur la société occidentale de
consommation qu'il qualifie de « bazar » lors de son discours de
Harvard. Il se retire avec sa famille dans le Vermont pour écrire
l'œuvre dont il rêvait depuis sa jeunesse : La Roue rouge. Épopée
historique qui retrace l'embourbement de la Russie dans la folie
révolutionnaire, elle compte plusieurs milliers de pages.
Après la chute de l'URSS, sa nationalité russe lui est restituée et L'Archipel du Goulag
publié. Il revient alors en Russie le 27 mai 1994 où il résidera
jusqu'à sa mort. Jusqu'en 1998, il conserve une activité sociale
intense, a sa propre émission de télévision, voyage à travers la Russie,
rencontre une multitude de personnes. La maladie interrompt cette
activité.
Soljenitsyne vit ensuite retiré près de Moscou, au milieu de sa famille. Le Fond Soljenitsyne aide les anciens zeks
et leurs familles démunies en leur versant des pensions, en payant des
médicaments. Après avoir cru qu'il jouerait un rôle décisif dans la
Russie post-communiste, puis, déçus, après l'avoir déjà plus ou moins
« enterré », les Russes semblent ces derniers temps s'intéresser de
nouveau à sa figure et redécouvrir la valeur de ses écrits
politico-sociaux. Un colloque international sur son œuvre lui a été
consacré en décembre 2003 à Moscou.
Le 12 juin 2007, le président Vladimir Poutine rend hommage à Soljenitsyne en lui décernant le prestigieux Prix d'État[2].
Malgré plusieurs rencontres privés avec Poutine et des marques de
sympathie, Soljenitsyne a condamné très tôt la guerre en Tchétchénie et
accuse la politique impérialiste d'épuiser à l'extérieur les forces
vives de la Nation. Ces positions sur la politique extérieure de la
Russie sont expliquées dès 1990 dans son essai Comment réamménager notre Russie[3].
Il meurt à son domicile moscovite à 89 ans dans la nuit du 3 au 4
août 2008 d'une insuffisance cardiaque aiguë. Il est enterré au cimetière du monastère de Donskoï.
Son œuvre
Alexandre Soljenitsyne restera dans l'histoire pour sa dénonciation des horreurs du communisme dont au premier chef le goulag. Cependant, la pensée qu'il développe n'est pas libérale mais marquée par le nationalisme et le conservatisme, l'histoire de la Russie, sa culture et sa religion orthodoxe. L'historien François Furet écrivit ainsi lors de la parution de L'Archipel du Goulag que Soljenitsyne restait « un héros parfois inquiétant, frôlant les précipices de la pensée contre-révolutionnaire »[4]. L'occasion de souligner que l'anticommunisme n'est pas forcément libéral. Comme l'exprimait Jean-François Revel, « Je n'ai pas combattu le communisme au nom des idées libérales ; je l'ai combattu au nom de la dignité humaine. »[5]
Les libéraux comme tous les hommes attachés aux dignités
essentielles de l'homme lui sont cependant reconnaissants de son combat
pour la fin du totalitarisme communiste en URSS, qui a permis d'éclairer le monde sur la réalité de l'enfer soviétique et, partant, de hâter sa fin.
Citations
- Ce mensonge
général, imposé, obligatoire, est l’aspect le plus terrible de
l’existence des hommes de notre pays. C’est une chose pire que toutes
les infortunes matérielles, pire que l’absence de toute liberté civique.
Et tout cet arsenal de mensonges [...] est le tribut payé à l’idéologie
[...]. C’est elle, l’idéologie, qui a besoin, pour survivre, que l’on
mette derrière les barreaux ceux qui osent penser autrement [...]. C’est
elle qui est responsable de tout ce sang versé, du sang de 66 millions
d’hommes. (Lettre ouverte aux dirigeants de l’Union soviétique, Seuil, 1974)
- Le stalinisme
n'a existé ni en théorie ni en pratique : on ne peut parler ni de
phénomène stalinien, ni d'époque stalinienne, ces concepts ont été
fabriqués après 1956 par la pensée occidentale de gauche pour garder les
idéaux communistes. (Alexandre Soljenitsyne, L'Erreur de l'Occident[6])
- J'ai affronté leur idéologie. Mais en marchant contre eux, c'était ma propre tête que je portais sous le bras.
- Le mensonge généralisé, imposé, obligatoire, est l’aspect le plus terrible des hommes de votre pays. (1974)
- L’imagination et la force intérieure des scélérats de Shakespeare
s’arrêtaient à une dizaine de cadavres parce qu’ils n’avaient pas
d’idéologie. L’idéologie,
c’est ce qui vient justement légitimer la scélératesse. C’est la
théorie sociale qui aide le scélérat à blanchir ses actes à ses propres
yeux et à ceux d’autrui. (L’Archipel du goulag)
- La Révolution française s'est déroulée au nom d'un slogan
intrinsèquement contradictoire et irréalisable : liberté, égalité,
fraternité. Mais dans la vie sociale, liberté et égalité tendent à
s'exclure mutuellement, sont antagoniques l'une de l'autre ! La liberté
détruit l'égalité sociale - c'est même là un des rôles de la liberté -,
tandis que l'égalité restreint la liberté, car, autrement, on ne saurait
y atteindre. Quant à la fraternité, elle n'est pas de leur famille. Ce
n'est qu'un aventureux ajout au slogan et ce ne sont pas des
dispositions sociales qui peuvent faire la véritable fraternité. Elle
est d'ordre spirituel. (25 septembre 1993)
- L’Archipel du goulag de Soljenitsyne, en 1973, a changé le monde. Le livre a été un coup de tonnerre en France. Le glas a sonné pour le marxisme. (Michel Houellebecq[7])
Informations complémentaires
Notes et références
« Soljenitsyne, l'empreinte d'un géant », Le Figaro Magazine, 9 août 2008
« Vladimir Poutine rend hommage à Soljenitsyne »], Le Figaro,
13 juin 2007, anciennement accessible sur
lefigaro.fr/international/20070613.FIG000000051_vladimir_poutine_rend_hommage_a_soljenitsyne.html
« Décès d'Alexandre Soljenitsyne, conscience d’un siècle »], La Croix, 4 août 2008, anciennement accessible sur la-croix.com/article/index.jsp?docId=2345606&rubId=1094
François Furet dans Le Nouvel Observateur du 28 juillet 1975
in La grande parade, 2000.
Alexandre Soljenitsyne, L'Erreur de l'Occident, Grasset, 1980, p.46-47
- Michel Houellebecq, Valeurs Actuelles, 23/11/2017
Publications
La datation des œuvres d'Alexandre Soljenitsyne est difficile à
établir avec précision, car la plupart d'entre elles ont connu une
gestation très longue et plusieurs versions (y compris parfois une
réécriture quasi complète). En ce sens, l'exergue placé au début du Premier Cercle est significatif : Écrit de 1955 à 1958. Défiguré en 1964. Réécrit en 1968.
- Une journée d'Ivan Denissovitch (1962)
- Le Pavillon des cancéreux (1968)
- Les Droits de l'écrivain (1969)
- Le Premier cercle (commencé en 1955, version finale en 1968) ISBN 2-213-01157-5
- Août 14, premier nœud (série de livres (nœuds) en plusieurs volumes (tomes) réédités en 1983 sous le titre commun La Roue rouge) (1972)
- 1974,
- a. avec Mikhail Agursky et al., From Under the Rubble, Boston: Little, Brown, and Company
- b. L'Archipel du Goulag (tomes I et II)
- Le chêne et le veau (1975)
- Discours américains (1975)
- Des voix sous les décombres (1975)
- Lénine à Zurich (1975)
- 1976,
- a. "AFL Speeches, 30 June 1975 and 9 July 1975", Washington: AFL-CIO
- b. "L'Archipel du Goulag (tome III)"
- 1978,
- a. "Le Déclin du courage"
- b. "A World Split Apart", National Review, 7 juillet 1978, p839
- 1980,
- a. "Solzhenitsyn at Harvard", Washington: Ethics and Public Policy Center
- b. "L'erreur de l'Occident"
- Les tanks connaissent la vérité (1982)
- Nos Pluralistes (1983)
- La Roue rouge, tome 2 : Deuxième nœud - Novembre 16 (1985)
- Comment réaménager notre Russie ? (1990)
- Les Invisibles (1992)
- La Roue rouge, tome 3 : Troisième nœud - Mars 17 (4 tomes) (1993-1998)
- Le « Problème russe » à la fin du XXe siècle (1994)
- Ego (1995)
- Nos jeunes (1997)
- Le Grain tombé entre les meules (1998), éd. Fayard, 500 pages.
- La Russie sous l'avalanche (1998)
- Deux récits de guerre (2000)
- Deux siècles ensemble, 1795-1995, tome 1 : Juifs et Russes avant la révolution (2002)
- Deux siècles ensemble, 1917-1972, tome 2 : Juifs et Russes pendant la période soviétique (2003)
- Esquisses d'exil – Le grain tombé entre les meules, tome 2, 1979-1994, traduit du russe par Françoise Lesourd, (2005)
- Aime la révolution ; Les yeux dessillés, (2007)
- Réflexions sur la révolution de février, (2007)
- Une minute par jour, (2007)
- 2009 : La Roue rouge : Quatrième nœud : Avril 17
Littérature secondaire
- 1974,
- George H. Douglas, "Alexsandr Solzhenitsyn - Some Lessons for Americans", The Freeman, December, Vol 24, n°12, pp707-718
- Martha Treichler, Commentaire du livre d'Alexander Solzhenitsyn, "August 1914", The Freeman, June, Vol 24, n°6, pp375-377
- 2001, Daniel J. Mahoney, "Aleksandr Solzhenitsyn: The Ascent From Ideology", Rowman & Littlefield
- Traduction en français augmentée et révisée en 2008, "Alexandre Soljenitsyne: En finir avec l’idéologie", Fayard
- 2009, Georges Nivat, "Le Phénomène Soljénitsyne", Fayard
- 2010,
- Daniel J. Mahoney, commentaire du livre de Georges Nivat, "Le Phénomène Soljénitsyne", Commentaire, n°129, Vol 1, pp231-234
- Ljudmila Saraskina, "Solzenicyn", Milano: San Paolo, Cinisello
- 2015, Giovanni Formicola, commentaire du livre de Ljudmila Saraskina, "Solzenicyn", StoriaLibera, n°1, Anno: 2015, pp165-169
Voir aussi
Lien externe
https://www.wikiberal.org/wiki/Alexandre_Soljenitsyne
« En 1954, de retour d’URSS, il [Sartre] déclare à Libération, (…) qu’une « entière liberté de critique » règne en Union soviétique.
Un encenseur attitré ose en 1990 excuser cette phrase en arguant que l’écrivain était souffrant quand il la prononça. (…) Imagine-t-on Newton affirmant que la terre est plate parce qu’il a une crise de foie ? Non, Sartre entrait dans la logique du mensonge totalitaire.
Encore en 1973, il disait au magazine Actuel : « Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas d’autre moyen que la mort. On peut toujours sortir d’une prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué. »
D’où son approbation de Mao, de Castro, ces grands tueurs, de la bande à Baader, des Brigades rouges, de tous les terrorismes et de tous les despotismes dirigés contre les démocraties, pourvu qu’ils émanassent de la gauche. »
Jean-François Revel, Le voleur dans la maison vide (1999)
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A) Quelle tragédie ! 100 ans après, la France doit subir Mélenchon et une opposition léniniste - Nicolas Lecaussin - IREF
B) Il y a 100 ans, une révolution bolchévique sanguinaire… et féministe - Eric Martin - NDF + Liste Youtube de Juri Lina
C) The Bolshevik Great Experiment: One Hundred Years Later - T. Hunt Tooley - Mises Institute.
D) Robert Fulford: Smart people still fall for the murderous fraud of communism - Robert Fulford - National Post
E) A Revolution to Always Remember but Never Celebrate - Lawrence W. Reed - Foundation for Economic Education
F) Il y a 100 ans, la révolution russe - Jérôme Métellus - marxiste.org
G) Lénine de Wikiberal
H) Communisme de Wikiberal
I) URSS de Wikiberal
J) La révolution russe de 1917 - CRI
Sommaire:
A) - François Hollande n’a pas tiré les leçons de l’échec du socialisme
B) - Des idées ? en voici ! «l’eurolibéralisme» ? « l’eurosocialisme » ?
C) - « Tocqueville est un penseur pour les temps difficiles comme les nôtres »
D) - Le socialisme....
E) - L'échec du socialisme - Par Christian BIGAUT
F) - Le communisme...le fascisme !
Sommaire:
A) L'erreur de l'Occident, Alexandre Soljenitsyne, éd. Grasset, 1980, p. 46-47
B) Alexandre Soljenitsyne: Le déclin du courage. - Une synthése par
Rebeyne! dans Jalons Théoriques
C) Le Déclin du courage, par Alexandre SOLJENITSYNE, Harvard (juin 1978)
D) Alexandre Soljenitsyne de Wikiberal
La gouvernance perverse : une analyse psychologique et politique de la France
Sommaire:
A) Ukraine. Une loi anti-propagande votée - © Le Télégramme http://www.letelegramme.fr
B) L'Ukraine en voie de dé-soviétisation Par France Inter
C) Quand les communistes aimaient les nazis - Par Stéphane Montabert via Contrepoints
D) Good Bye Lenin - Par Alexandre C. via Contrepoints