La Silicon Valley, l'Antéchrist et l'avenir de l'Europe.
Pourquoi Peter Thiel, cofondateur de PayPal, Facebook et Palantir, est-il venu à Paris donner une conférence à l'Institut de France sur l'Antéchrist ?
Selon cet Allemand, devenu citoyen américain après avoir acquis la nationalité néo-zélandaise, la démocratie est incompatible avec la liberté et le capitalisme.Pourtant, à ses yeux, les deux sont nécessaires au progrès scientifique et technique, qui permettra un jour à l'humanité de s'affranchir des contraintes de la rareté, d'atteindre l'immortalité et d'instaurer le Royaume de Dieu sur Terre.
S'appuyant sur une lecture très personnelle des Évangiles, Thiel en déduit que tout ce qui entrave le progrès scientifique et technique mènera à la victoire du Mal absolu, qu'il nomme l'Antéchrist, et imposera à terme une gouvernance mondiale totalitaire, hostile au progrès, conduisant à une catastrophe planétaire, l'Apocalypse.
En réalité, son analyse du concept d'Antéchrist est très superficielle.Il caricature à la fois la conception juive du rôle du Mal dans l'Histoire (selon laquelle le Mal est toujours temporaire et provoque toujours un sursaut salutaire) et la conception chrétienne (pour laquelle le Mal absolu, appelé Antéchrist, est un simulacre du Bien, promettant ordre, paix et sécurité, tout en détruisant en réalité la valeur principale, la liberté).
Pour Thiel, toute tentative de gouvernance mondiale serait une manifestation de l'Antéchrist, car il s'agirait d'un pouvoir imitant le Bien, promettant le salut en échange de la soumission et niant en réalité la dignité humaine.Pour lui, comme pour nombre de ses pairs de la Silicon Valley, les gouvernements, quels qu'ils soient, ont déjà provoqué une stagnation scientifique et technologique de longue durée par leur ingérence, et nous devons maintenant nous en débarrasser afin de développer toutes les technologies sans entrave, en particulier celles qui contribueront à détruire les pouvoirs étatiques, les banques centrales et toutes les normes mondiales, financières et écologiques.Pour ces personnes, toute prudence face à l'innovation, toute limite à l'artificialisation et à la robotisation, sont inacceptables.
Ce retour de l'Antéchrist via la Californie n'est ni folklorique ni fortuit : il est le symptôme de l'ambition démesurée d'un groupe social très puissant, celui des GAFA et de la Silicon Valley.Maîtrisant l'IA, les biotechnologies et les neurosciences grâce à des ressources financières quasi illimitées, ces individus s'arrogent désormais la légitimité de mener un projet civilisationnel et de donner un sens à la condition humaine.Ils empruntent donc le vocabulaire de la théologie et parlent d'innovations de rupture comme d'autres parleraient de miracles ;et de valorisations boursières comme d'autres invoqueraient des manifestations de la Providence.De cette manière, ils tentent habilement de mettre le retour de la religion à leur service.
Confrontés à la difficulté de décrire simplement leur vision positive de la transcendance, leur Parousie, ils fondent leur théologie sur la dénonciation d'ennemis, qu'ils présentent comme les incarnations de mythes négatifs : l'Antéchrist, l'Apocalypse, l'Extinction, la Guerre finale.D'où la résurgence de la pensée de René Girard, pour qui l'Antéchrist est celui qui promet la paix par l'égalité des droits et des conditions de vie, et qui, au contraire, provoque une violence généralisée par une standardisation suicidaire.Ils exigent donc que nous nous résignions à toutes les inégalités, que nous remettions tout le pouvoir aux scientifiques, aux fabricants de nouvelles technologies et aux entrepreneurs capitalistes – autrement dit, à eux-mêmes.
En effet, si la Silicon Valley peut légitimement se targuer de contrôler désormais les flux financiers et informationnels, de définir la perception du réel et du vrai, et de s'accaparer une part croissante de ce qui était autrefois la souveraineté nationale, elle est incapable de répondre à une question simple : au nom de quoi agissons-nous ?Tout ce qu'elle sait, c'est que, pour beaucoup, le « progrès » ne suffit plus comme justification morale, puisqu'il engendre l'injustice et détruit la nature.Aussi, pour légitimer leur pouvoir, les maîtres de la Silicon Valley invoquent-ils la fin des temps et appellent à une lutte existentielle contre l'Antéchrist, figure choisie pour désigner l'État et ses dirigeants.En réalité, et plus prosaïquement, tout cela ne sert qu'à donner un vernis philosophique et religieux à leurs luttes économiques (réglementation contre innovation) et politiques (État contre technologues), et à transformer, par des transgressions constantes, un affrontement de pouvoirs en une lutte civilisationnelle.
Ce n'est pas totalement absurde.Et leurs arguments ne sont pas dénués de fondement : la démocratie et le marché ne suffisent pas à définir un projet de société ;ce ne sont que des bricolages institutionnels ;ils ne peuvent offrir un idéal humain.Et si nous ne parvenons pas à les imprégner de valeurs bien plus élevées, ils seront tous deux emportés par l'individualisme tyrannique des puissants du numérique.
Particulièrement en Europe : pour survivre, l'Europe ne peut se contenter d'une rhétorique technocratique.
Elle doit énoncer les valeurs qu'elle entend défendre, protéger et reconquérir.Le marché ne suffit pas à définir un idéal.La démocratie non plus : la notion de république ne saurait être généralisée aux pays européens qui ne le sont pas ;le patriotisme continental n'existe pas en tant que tel ;la civilisation judéo-chrétienne ne saurait constituer une valeur suffisante dans les pays laïques ;la seule protection du patrimoine matériel et naturel du continent ne saurait former un idéal inspirant.Il ne reste plus que la défense des droits sociaux, des droits humains et des libertés fondamentales, à laquelle il faut ajouter le goût du risque, le refus de la peur et une quête acharnée d'une souveraineté libératrice.
Tel doit être l'idéal européen : ni Antéchrist ni Messie, simplement une sorte de paradis terrestre imparfait, qui doit se défendre, réparer les injustices dont il est encore accablé et élever son idéal.
Jacques Attali
est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État.Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet.
Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues.Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express.
Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.
Image : L'Antéchrist écoutant les paroles de Satan, par Luca Signorelli.Les Actes de l'Antéchrist, vers 1505.
A) - Raul Magni Berton : Pour réduire la dette publique changeons de régime, plutôt que de gouvernement
B) - Les municipales : préfiguration de la présidentielle ?
C) - L’impasse politique française
A) - Raul Magni Berton : Pour réduire la dette publique changeons de régime, plutôt que de gouvernement
Depuis 50 ans, les gouvernements français ont beaucoup changé, mais, tous, ont creusé la dette. Nos représentants sont-ils tous mauvais gestionnaires?S’ils échouent tous à cette tâche malgré leurs promesses, cela semble plutôt indiquer que les règles du jeu en elles-mêmes sont mal faites. Un regard sur les résultats des recherches scientifiques sur la question permet de conclure qu’un contrôle citoyen fort sur les décisions touchant les finances publiques conduit à favoriser un usage plus raisonnable des fonds publics et à réduire la dette.
Depuis 1975, pas un seul budget n’a été voté à l’équilibre. Les
trente-huit gouvernements, qu’il s’agisse de la gauche, de la droite ou
du centre, ont contribué à creuser la dette. Aujourd’hui, nous
atteignons un sommet, avec une ardoise qui s’est alourdie de plus de
mille milliards d’euros depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Il était
pourtant très attendu dans ce domaine, surnommé le « Mozart de la
finance ».
Le problème ne vient pas d’un manque de motivation. Tous nos
gouvernements ont été conscients du problème de la dette, à l’image de
Jacques Chirac qui, à la veille de sa réélection en 2002, affirmait : «
Nous devons contenir l’évolution des déficits publics. Chacun sait bien
que les déficits excessifs d’aujourd’hui seraient les impôts et les
coupes sombres de demain ». Quatre présidents et vingt et un
gouvernements plus tard, notre dette a été multipliée par trois.
Si changer de gouvernement ne semble donc pas produire les effets
attendus, changer de régime, en revanche, peut-être la solution. À
l’époque où Jacques Chirac prononçait ces mots, deux économistes
suisses, Lars Feld et Gebhard Kirchgässner, publiaient une étude sur
l’effet économique de la démocratie directe suisse. En se plongeant dans
la gouvernance de 134 municipalités suisses en 1990, ils concluaient
que « renforcer le pouvoir du peuple grâce à des
procédures de démocratie directe semble être un moyen plus prometteur
de réduire la dette publique que d’utiliser des règles de procédure
spéciales [lire « règle d’or »] au sein du gouvernement ou entre le
gouvernement et le parlement ».
Plusieurs fois répliqué lors des années suivantes, ce résultat est
devenu consensuel, du moins en Suisse : lorsque les citoyens peuvent
voter directement sur les questions fiscales, la dette est plus faible.
John Matsusaka et ses collègues ont retrouvé cet effet dans les états
américains qui disposaient de ces outils de démocratie directe. Des
études ultérieures sur l’Allemagne, ou sur des comparaisons
internationales menées par Voigt et ses collaborateurs en 2009 et 2015
retrouvent cet effet vertueux pour certains outils de la démocratie
directe comme les referendums obligatoires, mais des effets négatifs
pour d’autres comme l’initiative populaire. Pourquoi cette différence ?
Dans les municipalités allemandes et dans beaucoup de pays au monde, les
citoyens ne peuvent pas légiférer directement sur le budget. À
l’inverse, dans les cantons suisses et états américains ils le peuvent.
Cela peut expliquer pourquoi dans ces derniers, l’initiative populaire
réduit la dette : quand les citoyens peuvent voter sur le budget, ils
sont plus disciplinés que leurs représentants.
Pour comprendre cet effet surprenant, imaginez qu’un parti au
gouvernement représente les intérêts des professeurs. Leurs syndicats
viendront lui demander des avantages pour cette catégorie. Si le
gouvernement leur accorde, il devra financer le manque à gagner soit en
augmentant les impôts, soit en s’endettant. L’avantage pour les
professeurs sera substantiel, alors que le coût sera partagé par tous
les autres, mais extrêmement faible. Cela ne justifiera pas une campagne
de l’opposition, d’autant qu’elle aura aussi besoin de ce type de
manœuvres pour fidéliser son propre électorat. Le gouvernement aura donc
tout à gagner à le faire. À noter aussi que, pour supprimer des niches
fiscales et avantages spéciaux déjà existants, le problème se pose de la
même manière : l’hostilité du groupe touché sera beaucoup plus forte
que la gratitude de tous les autres.
La différence entre la démocratie représentative et la démocratie
directe réside dans la prise en compte de ce qu’on appelle les
« préférences faibles », c’est à dire celles qui ne sont pas assez
marquées pour justifier d’investir sur une bataille politique ou de
rejeter son candidat préféré, mais suffisamment marquées pour voter
« contre » si on a la possibilité de le faire.
On pense souvent que les systèmes représentatifs présentent justement
un avantage en donnant plus de poids aux préférences fortes par rapport
aux préférences faibles. En effet, on peut considérer que les personnes
très concernées par une décision devraient peser plus que ceux qui sont
peu concernés. Mais cela produit également des problèmes, comme le
risque d’explosion de la dette publique. Chaque groupe a une préférence
forte pour son propre régime fiscal, et une préférence faible pour le
régime fiscal des autres. Si les préférences fortes l’emportent, la
dette publique continuera à se creuser à coups de faveurs fiscales pour
tels ou tels groupes sociaux.
Si l’on veut mettre fin à la spirale de la dette qui se creuse
d’année en année, changer les gouvernants en votant pour les partis qui
promettent de réduire la dette ne semble pas être une stratégie
gagnante. Il faut un véritable changement de régime en introduisant des
mécanismes de démocratie directe. En exigeant des votes systématiques
sur le budget, nous trouverons le meilleur rempart contre l’accumulation
des déficits publics.
Raul Magni Berton,
Professeur de science politique à l’Université Catholique de Lille, chercheur associé à Génération Libre
B) - Les municipales : préfiguration de la présidentielle ?
Elles
approchent et elles seront peut-être plus déterminantes qu’on ne peut
le penser à ce stade. Dans un peu plus d’un mois, le premier tour des
élections municipales donnera une indication nationale sur les rapports
de forces locaux mais aussi hexagonaux, à un an des présidentielles.
Ce scrutin de mars pourrait annoncer, en effet, les recompositions à
venir d’un champ partisan en mutation profonde. Il faudra regarder de
près ce qui se passe d’abord du côté du RN et de son allié UDR. Sur le
pourtour méditerranéen, des possibilités de gains se dessinent, des
alliances se profilent à bas bruit aussi, sous le radar des villes
moyennes, entre autres ; ailleurs, dans les Hauts-de-France mais
également dans de nombreuses localités de cette France que l’on dit «
périphérique », le potentiel électoral de la droite nationale pourrait
trouver des débouchés municipaux, de manière soutenue une marque
politique en quête d’enracinement. L’entre-deux-tours constituera
également un laboratoire grandeur nature de la porosité ou de
l’imperméabilité de l’axe RN/LR et, plus largement, divers droite. Tout
laisse à penser que les configurations seront sans doute contrastées en
fonction des régions, mais le degré et la vitesse de coagulation des
différentes forces de droite seront à observer avec attention.
L’activité fusionnelle de la forge locale explicitera les
restructurations en cours. Évidemment, dans les grandes métropoles, à
Marseille où le RN fait jeu égal avec le maire sortant et à Paris où
Sarah Knafo bénéficie d’une dynamique de début de campagne possiblement
handicapante pour madame Dati, la tectonique entre les droites de
gouvernement et les droites des droites interrogera avec une intensité
renouvelée les interdits hérités du passé. Jamais la pression ne
s’exercera sans doute avec autant de vigueur sur LR. Le phénomène ne
manquera pas, à l’instar d’une onde de choc, de gagner petites et villes
moyennes.
De l’autre côté de l’échiquier politique, le panorama est susceptible
également de prodiguer des enseignements. L’impact de LFI sur les
seconds tours dira si, oui ou non, la gauche choisit l’unité : dans la
capitale ou dans la cité phocéenne, les insoumis privilégieront-ils le
maintien de leurs listes au risque de faire perdre les socialistes ou se
rallieront-ils à une démarche unitaire ? Les candidats PS qui disent ne
pas vouloir s’unir avec LFI se résigneront-ils, realpolitik oblige, à
un rapprochement avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, notamment, entre
autres, là où le RN peut l’emporter ? Là où la pièce tombera, côté pile
ou côté face, se dégagera une grande partie des stratégies
présidentielles à venir. Le combat frontal, disposition susceptible
d’être celle de l’insoumission pour tendre encore plus le rapport de
forces endogène à la gauche, est l’hypothèse la plus probable pour
préparer le rêve mélenchoniste d’un second tour présidentiel contre le
RN. Pour autant, l’assouplissement n’est pas à exclure, ne serait-ce que
pour respectabiliser l’image allergisante et provocante de Jean-Luc
Mélenchon dans le but d’activer le rassemblement du « peuple de gauche
».
Dans tous les cas de figure, les mouvements électoraux et tactiques
des deux bords les plus opposés du spectre partisan constitueront des
marqueurs déterminants de la future cartographie politique. C’est là que
pourrait se jouer l’essentiel, le bloc central et les anciennes forces
de gouvernement, PS et LR, étant de ce point de vue tributaires des
pressions électorales du RN d’une part, de LFI d’autre part. À un an de
la mère de toutes les batailles que constitue la course à l’Élysée, la
nationalisation de l’enjeu municipal sera forte. Dans ce contexte
d’anomie politique où la démonétisation des partis gouvernementaux,
anciens et actuels, est tendanciellement toujours plus croissante, les
résultats électoraux et l’impact de ceux-ci, des grandes forces de
clarification incarnées par le « Rassemblement national » et « La France
insoumise », auront valeur de banc d’essai pour 2027 et au-delà.
Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire,
Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université,
essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient
régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ?
(Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du
discours public et les évolutions de la vie politique française.
« Un
budget, et après ? » se demandent nombre de commentateurs. L’adoption
sans vote du budget lundi, via un énième usage de l’art. 49 alinéa
3, pose très légitimement la question, et celle
d’une schrizophrénie bien française. L’impasse paraît durable pour la
politique française. 2026, année inutile, mais 2027 année
impossible aussi ?
Certes, l’État va pouvoir désormais fonctionner et ce n’est pas rien,
après cette non-censure décisive d’un budget. Les taux d’intérêt
français n’ont pas augmenté non plus et c’est important. La crise
politique et financière est donc repoussée et la fin de mandat du
Président Macron ne semble plus être remise en cause. Mais rien n’est
réglé pour le pays. Et rien ne semble pouvoir l’être, même en regardant à
l’horizon 2027 et au-delà.
2026, année déjà inutile
À court terme, on ne voit pas comment et à quoi 2026 pourrait
être « utile », selon le vœu du chef de l’État, hormis à lui laisser
finir son mandat et réussir quelques coups diplomatiques, comme à Davos,
pour soigner sa sortie. La capacité d’action du gouvernement Lecornu
est des plus limitées. Le 1ᵉʳ tour des municipales aura lieu dans un
gros mois et toute la classe politique entre en campagne locale. En
septembre commenceront les pré-campagnes des potentiels candidats à la
présidentielle, alors qu’en octobre débutera un nouveau marathon
budgétaire. Il ne reste guère qu’un petit printemps, entre les
deux, pour mener une activité législative Et toujours sans majorité bien
sûr, mais avec une droite blessée par le compromis avec le Ps et
un PS qui voudra réaffirmer son ancrage à gauche. On ne voit guère
quelle réforme d’ampleur, hormis peut-être la loi sur la fin de
vie (peut-être…), pourrait passer dans ces conditions.
Quant au futur budget 2027, débattu à l’automne prochain, il
constitue un casse-tête encore plus difficile qu’en 2025 et 2026. Car
pour tenir les engagements européens de la France (et surtout« rassurer »
les marchés), l’effort budgétaire devrait être encore plus important,
donc plus impopulaire, qu’en 2026 et 2025 puisqu’à chaque fois le
compromis parlementaire a eu pour prix de le réduire. Et un tel effort
douloureux devrait se décider, à l’automne, en pleine pré-campagne
présidentielle, ce qui poussera tous les candidats, même ceux du bloc
dit central, à se distinguer sinon à s’opposer à la politique proposée…
Mission tout à fait impossible.
La solution à laquelle chacun commence à penser, celui du vote
d’une loi spéciale qui reconduise le budget 2026 en 2027, en attendant 6
mois (élection présidentielle suivie des
législatives) les nouvelles lois de finances, ne fait que repousser la
question pendante et brûlante. Avec encore plus de pression
financière, pour le futur président (e) et sa future majorité
parlementaire.
2027 année déjà impossible ?
Le salut (la sortie de l’impasse) serait donc pour 2027, puisqu’en
2026 on n’y arrivera pas ! Il serait bien temps en effet que le pays
redémarre avec une impulsion politique légitimée par les urnes. Après 3
ans et demi d’immobilisme forcé (janvier 2024, juin 2027), puisqu’avant
même la dissolution, la nomination de G. Attal à Matignon n’avait en
rien permis l’accord nécessaire entre bloc central et LR, et les
européennes encore moins.
Notre croyance en la vertu de la présidentielle repose sur la qualité
du débat public et sur celle des candidats. Or même quand le débat
public n’était pas ce jeu de clashs et de punchlines auquel nous
assistons et assisterons ; même quand les candidats avaient de
l’envergure, il n’a pas été rare, dans le passé, qu’une campagne
présidentielle contourne les sujets les plus douloureux. En 2027, est-on
sûr que cette fois, « ce sera la bonne », alors que les
candidats démagogues ne manquent pas, (et non les moindres) et que les
conditions du débat se sont dégradées (sans parler de l’instabilité
géopolitique) ?
À vrai dire, on ne voit guère comment cette campagne
présidentielle tant attendue, comme une baguette magique, permettra au
pays de « trancher » avec courage tous les problèmes saillants qui
l’assiègent et dont la liste ne fait que s’allonger. Lequel sera
d’ailleurs privilégié, pour devenir l’enjeu de l’élection ? Jamais une
présidentielle n’aura eu à légitimer autant de solutions difficiles à
des problèmes compliqués mais urgents… À commencer bien sûr par
celui qui ennuie tout le monde, qui ne sera pas « l’enjeu » de
l’élection, mais qui va se reposer avec plus d’acuité dès juin
2027 : nos finances publiques et sociales.
On n’aperçoit pas à ce jour les candidats, les forces politiques, ni
d’ailleurs les électeurs, qui pourraient construire une
majorité pour sortir de l’impasse financière dans laquelle la France
s’est enfoncée. C’est-à-dire une protection sociale devenue
intouchable, dépenses de retraites et de santé en tête, puisque leurs
principaux bénéficiaires, les retraités « font » l’élection et que
personne ne veut risquer de se les aliéner. Et un effort budgétaire qui
dès lors se répartit entre hausse d’impôts sur les plus riches et sur
les grandes entreprises, avec des risques économiques évidents,
et des rabotages successifs sur le fonctionnement de l’État, sans
réforme structurelle. Au risque cette fois d’abimer les services publics
et l’efficience des administrations.
L’État en France, et le politique qui le dirige, est face à cette
contradiction non surmontée. Ses obligations (et dépenses) régaliennes
augmentent, car les armées, la justice et les forces de
l’ordre demandent à être consolidées et réformées, au vu des évolutions
géopolitiques, de la pression migratoire et de la montée des violences
en France. Mais les Français ont comme intériorisé un « quoi qu’il en
coûte » perpétuel. Au point que la providence de
l’État désormais s’étend à leur « pouvoir d’achat », première de leurs
préoccupations, sans que l’économie, la production, le travail et
les entreprises soient assez encouragées à y répondre, quand ils ne sont
pas pénalisés.
Là est la schizophrénie française, qui font des dirigeants politiques
des suiveurs de l’opinion sans grand courage et des Français
des « suivis » insatisfaits, englués dans le déni.
Quel candidat parviendra à prévenir et surmonter cette impasse, dans laquelle l’après 2027 risque de se fracasser ?
Philippe Guibert est consultant, enseignant et chroniqueur TV. Il a publié en 2024 Gulliver Enchainé, le déclin du chef politique en France
(Cerf). Il a été directeur du service d information du gouvernement
(SIG) et directeur de la communication dans diverses structures
publiques. Il a dirigé la rédaction de la revue Medium de Régis Debray.
Un système épuisé dans les gouvernements occidentaux et l’Union européenne
Les gouvernements occidentaux traversent
une crise profonde, marquée par une déconnexion croissante entre les
élites dirigeantes et les citoyens qu’elles sont censées représenter.
Cette décadence n’est pas le fruit d’une idéologie particulière, mais
d’un système institutionnel et économique qui privilégie les intérêts
d’une caste restreinte au détriment de l’intérêt général. Des États-Unis
à l’Europe, les leaders, souvent issus des mêmes réseaux élitistes,
accumulent les échecs en matière de gestion économique, sociale et
géopolitique, érodant la confiance publique et favorisant une
instabilité généralisée. L’Union européenne (UE), censée être conçue
comme un modèle d’intégration harmonieuse, illustre particulièrement
cette faillite, avec des bureaucraties déconnectées qui imposent des
politiques opaques et inefficaces. Un sondage récent
en France met en lumière cette fracture, révélant un rejet massif des
institutions et un appel à une gouvernance renouvelée.
La décadence des élites occidentales : une déconnexion structurelle
Dans les démocraties occidentales, les élites au pouvoir – composées
de hauts fonctionnaires, politiciens et dirigeants économiques – ont
progressivement perdu le contact avec les réalités quotidiennes des
citoyens. Cette déconnexion se manifeste par une « surproduction élitiste »,
où un excès de diplômés des grandes écoles et universités prestigieuses
se disputent des postes limités, entraînant une compétition interne qui
priorise les réseaux et la loyauté sur le mérite et l’innovation. Aux
États-Unis, cela a conduit à une polarisation institutionnelle, où les
partis traditionnels peinent à répondre aux défis comme l’inflation
persistante ou les inégalités croissantes, favorisant une instabilité
politique chronique. En politique étrangère, les élites occidentales
affichent une incohérence, avec des décisions impulsives qui minent la
crédibilité internationale, comme des sanctions économiques mal
calibrées ou des alliances fragiles.
Économiquement, ces élites ont promu un modèle extractif, où la
finance et les multinationales capturent les richesses au détriment des
classes moyennes et populaires, aggravant les inégalités et érodant la
cohésion sociale. Cette approche a généré un sentiment d’humiliation
chez de larges segments de la population, qui perçoivent les réformes
comme imposées d’en haut sans consultation réelle. Résultat : une
érosion des institutions démocratiques, avec une concentration du
pouvoir exécutif et une capture des régulateurs par les intérêts privés,
menant à une forme d’autoritarisme soft où les décisions clés échappent
au débat public.
Les élites ont souvent ignoré ou minimisé des enjeux majeurs comme
l’immigration, la précarité économique ou la transition écologique,
optant pour des solutions bureaucratiques qui aggravent les problèmes
plutôt que de les résoudre. Cette inertie institutionnelle a conduit à
un affaiblissement des services publics, renforçant l’aliénation
citoyenne et ouvrant la porte à des contestations de diverses natures,
qu’elles soient de gauche ou de droite. En 2026, la liberté globale
décline pour la 19e année consécutive, avec 60 pays voyant leurs droits
politiques et libertés civiles se détériorer, témoignant d’une crise systémique des démocraties occidentales.
Focus sur l’Union européenne : une bureaucratie déconnectée et inefficace
L’UE représente un cas emblématique de
cette décadence élitaire, avec une gouvernance dominée par des
technocrates non élus qui priorisent les intérêts des grandes
entreprises sur ceux des citoyens.
Le déficit démocratique est structurel : des décisions prises à
Bruxelles sans responsabilité réelle, une implémentation faible des
réformes promises, et une obsession pour l’austérité qui a creusé les
disparités entre États membres. En 2026, l’UE est en « désorientation stratégique »,
confrontée à des fractures internes – comme les divergences sur
l’énergie ou la défense – et à des pressions externes qui mettent en
évidence l’incapacité des élites à anticiper les crises.
Les échecs sont multiples : des coûts énergétiques élevés dus à une
dépendance mal gérée, un manque d’investissement dans l’innovation, et
un marché des capitaux fragmenté qui entrave la croissance. Les élites
européennes admettent une spirale économique négative, mais leur
paralysie bureaucratique empêche des réformes audacieuses. Sur le plan
des droits, l’inconsistance dans l’application de l’État de droit et le
rétrécissement de l’espace civique érodent les valeurs fondatrices de
l’UE, avec des politiques qui peinent à équilibrer sécurité et libertés.
L’autonomie stratégique reste un vœu pieux, l’UE luttant pour
s’affirmer face à des acteurs comme la Chine ou les États-Unis.
Cette élite bruxelloise impose souvent des politiques qui divergent
des attentes citoyennes, comme une intégration politique forcée rejetée
au profit d’une coopération plus souple. Cela alimente un mécontentement
généralisé, transcendant les clivages idéologiques, et met en lumière
l’incapacité des élites à adapter l’UE aux réalités contemporaines.
Cas d’étude : la France en crise multidimensionnelle, symptôme d’une élite épuisée
Un sondage de février 2026 en France capture l’ampleur de cette crise élitaire. 73% des Français qualifient Emmanuel Macron de « mauvais président », avec 65% exprimant de la « honte »
à son égard et 78% estimant qu’il divise le pays. 58% appellent à sa
démission immédiate. Le gouvernement inspire une défiance de 73%, perçu
comme incompétent pour réformer (83%) et déconnecté des intérêts
populaires (78%).
La perception de corruption est alarmante : 75% la jugent « trop importante »,
58% doutent de l’indépendance de la Justice, et 59% suspectent des abus
au sein de la Commission européenne, notamment autour d’Ursula von der
Leyen. Économiquement, 40% notent une dégradation de leur situation,
avec l’inflation impactant l’alimentation (55%) et l’électricité (32%).
95% exigent des actions contre la fraude aux fonds publics.
Concernant l’UE, 48% croient qu’elle opère aux dépens de la France,
64% veulent un moratoire sur l’immigration, et 48% soutiennent un
Frexit. La confiance s’effondre : 74% envers le gouvernement, 64% envers
les médias traditionnels, boostant les sources alternatives (51%). La
gestion de la Covid amplifie ce scepticisme, avec 81% refusant le
nouveau vaccin et 87% demandant une enquête sur les effets secondaires.
Ce sondage révèle une frustration
transversale : les élites ont ignoré des signaux comme les référendums
rejetés ou les crises sanitaires/financières, menant à un rejet
institutionnel.
Les intentions de vote montrent une dispersion, avec le Rassemblement National à 31%, mais aussi un « parti du rejet » à 28%, indiquant un mécontentement non partisan.
Refonder ou périr
La décadence des élites occidentales, exacerbée en UE, résulte d’une
gouvernance défaillante qui priorise les privilèges sur le bien commun.
Pour inverser la tendance, il faut une transparence accrue :
candidatures ouvertes pour les postes clés, renforcement des
consultations citoyennes, et une réduction de la bureaucratie. Sans ces
réformes, les crises s’amplifieront, menaçant la stabilité démocratique.
2026 pourrait être l’année d’un réveil citoyen, transformant la
décadence en opportunité de renouveau.
"La nomination de Richard Ferrand à la présidence du Conseil constitutionnel, celle d'Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, et la manœuvre sournoise autour de la Banque de France ne sont rien d'autre qu'un assaut frontal contre la démocratie française ! Emmanuel Macron, ce monarque républicain autoproclamé, est en train de verrouiller les institutions clefs de l'État comme un despote qui prépare son bunker avant la tempête. C'est un coup d'État rampant, une trahison abjecte envers les principes de la République, pour perpétuer un régime macronien au-delà de son mandat. On nous parle de continuité républicaine ? Balivernes ! C'est du népotisme pur et dur, une privatisation éhontée du pouvoir au profit d'une caste élitiste.
Commençons par Richard Ferrand, ce fidèle parmi les fidèles, ancien président de l'Assemblée nationale et pilier du macronisme originel. Nommé par Macron lui-même pour succéder à Laurent Fabius à la tête du Conseil constitutionnel, Ferrand n'est pas un sage impartial, mais un apparatchik pur jus ! Cet homme, impliqué dans des affaires passées qui sentent le conflit d'intérêts à plein nez, se retrouve catapulté au sommet de l'institution chargée de veiller à la constitutionnalité des lois. C'est une insulte à l'indépendance judiciaire. Ferrand n'est pas là pour servir la France, mais pour protéger les arrières de son mentor.
Et que dire d'Amélie de Montchalin, cette technocrate recyclée, propulsée à la présidence de la Cour des comptes ? Ancienne ministre des Comptes publics sous Macron, elle est censée contrôler... les comptes qu'elle a elle-même gérés il y a quelques mois ! C'est l'apothéose du conflit d'intérêts qui viole allègrement la charte de déontologie des juridictions financières exigeant neutralité, indépendance et prévention des conflits.
L'opposition hurle au "scandale d'État", à la "République des copains", et elle a mille fois raison ! Macron place ses pions pour cadenasser les institutions avant 2027, empêchant tout contrôle réel sur les gaspillages et les dettes abyssales qu'il a creusées. Et cerise sur le gâteau : à seulement 40 ans, elle pourrait rester indéboulonnable pendant près de trois décennies, verrouillant l'institution pour une génération entière !
Enfin, le bouquet: la Banque de France. Le gouverneur François Villeroy de Galhau, en démissionnant prématurément pour des "raisons personnelles" (quelle blague !), offre sur un plateau d'argent à Macron la possibilité de nommer son successeur avant l'élection présidentielle de 2027. Au lieu de laisser cette nomination cruciale, qui influence la politique monétaire et les réunions de la BCE, au futur président, Macron s'empare du pouvoir pour installer un allié pro-européen et centriste, protégeant ainsi son legs contre une possible victoire du RN ou d'autres forces disruptives. C'est une insulte à la souveraineté populaire : Macron anticipe sa défaite et ligote son successeur, transformant la Banque en forteresse contre le changement. Un "Le Pen-proof" cynique, mais en réalité un verrouillage autoritaire pour perpétuer l'austérité et les intérêts des banques au détriment des Français.
Macron n'est pas un président, c'est un stratège machiavélique qui piétine la séparation des pouvoirs pour s'accrocher à l'influence post-mandat. En liant les bras et les jambes de son successeur, il orchestre un coup d'État institutionnel, sapant les fondements de la Ve République. Ces nominations ne sont pas des choix anodins, mais des actes de guerre contre la démocratie : un réseau de fidèles placés aux postes de contrôle pour bloquer toute alternance réelle. Le peuple français doit se réveiller et exiger des comptes, pas par la Cour des comptes macronisée, mais par la rue et les urnes ! C'est une honte absolue, une dictature en col blanc qui mérite la plus ferme condamnation. Vive la République, à bas le macronisme !"
Alain Weber
Les nominations Macron : un verrouillage institutionnel qui étrangle la démocratie française
En ce 10 février 2026, alors que la France se prépare à un
remaniement gouvernemental mineur et à des élections présidentielles en
2027, deux annonces simultanées ébranlent les fondements de notre
République. Emmanuel Macron, en fin de mandat et inéligible pour un
troisième, place des fidèles à des postes clés :
Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics âgée de 40 ans, est nommée Première
présidente de la Cour des comptes, tandis que le départ surprise de
François Villeroy de Galhau ouvre la voie à un nouveau gouverneur de la
Banque de France.
Ces mouvements, loin d’être anodins, illustrent une mainmise
systématique du pouvoir exécutif sur les institutions indépendantes,
transformant la démocratie en une « République des copains et des coquins ». Ils perpétuent un système opaque où le népotisme et le pantouflage minent l’intérêt général, au profit d’une élite autoprotégée.
La nomination d’Amélie de Montchalin : juge et partie dans un système de contrôle financier verrouillé
Amélie de Montchalin, fidèle macroniste depuis 2017, accède à la tête de la Cour des comptes, une institution bicentenaire chargée de vérifier la régularité des comptes publics et d’évaluer les politiques budgétaires. Cette nomination, officialisée en Conseil des ministres aujourd’hui, fait d’elle la première femme et la plus jeune à occuper ce poste irrévocable, potentiellement jusqu’à ses 68 ans – soit 28 années de mandat.
Mais derrière ce symbole de renouvellement et d’égalité des genres se
cache une réalité plus sombre : un conflit d’intérêts flagrant.
Comment une ministre qui a piloté
l’adoption du budget 2026 peut-elle impartialement juger les mêmes
comptes qu’elle a élaborés ?
Des voix s’élèvent pour dénoncer une situation où elle sera « juge et partie », risquant de maquiller les défaillances d’un gouvernement dont elle est issue.
Cette désignation s’inscrit dans une longue série de placements
stratégiques par Emmanuel Macron, rappelant des affaires passées où des
alliés ont été « recasés » sans concurrence réelle. Elle illustre le pantouflage à l’envers : non pas un passage au privé, mais un glissement interne au sein de l’État pour sécuriser des positions influentes.
Historiquement ancré en France depuis le XIXe siècle, ce phénomène voit
des diplômés des grandes écoles comme l’ENA monnayer leurs réseaux pour
des postes lucratifs, favorisant des arrangements opaques qui privilégient les intérêts particuliers sur l’intérêt général. Des
critiques soulignent que cela expose à des fuites de données sensibles
et à des risques de chantage, érodant la souveraineté nationale. Dans le
cas de Montchalin, passée par plusieurs ministères et le privé, on
craint une perte d’indépendance pour la Cour, déjà soupçonnée de
partialité sous des présidences précédentes.
Pire, cette nomination n’exige aucun vote parlementaire, renforçant l’accusation d’une concentration des pouvoirs. Des
députés comme Éric Coquerel (LFI) ou Jean-Philippe Tanguy (RN)
appellent à y renoncer, arguant qu’elle compromet l’impartialité des
évaluations budgétaires futures. En pleine crise des finances publiques,
avec une dette explosive et des sondages défavorables à Macron, cette manœuvre apparaît comme une tentative de pérenniser l’influence macroniste au-delà de 2027.
La nomination d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes
par Emmanuel Macron, annoncée le 9 février 2026 et qui sera
officialisée en Conseil des ministres le 11 février, est un énième
scandale en raison de plusieurs facteurs remettant en question
l’indépendance et l’impartialité de cette institution. La Cour des
comptes est en effet une juridiction financière indépendante chargée de
contrôler la régularité des comptes publics, d’évaluer les politiques
publiques et d’alerter sur les dérives budgétaires, jouant un rôle
essentiel dans la transparence et la bonne gestion des finances de
l’État français.
Amélie de Montchalin, macroniste historique, est l’actuelle ministre
des Comptes publics depuis décembre 2024. Elle a géré les débats
budgétaires surréalistes pour les lois de finances 2025 et 2026, sous
les gouvernements de François Bayrou et Sébastien Lecornu.
Conflits d’intérêts potentiels partout : En tant que ministre
récente, Amélie de Montchalin a directement participé à l’élaboration et
à la défense des budgets qu’elle devra désormais auditer. Cela pourrait
compromettre l’objectivité des rapports de la Cour sur les finances de
l’État, de la Sécurité sociale et des collectivités locales.
Atteinte à l’indépendance de la Cour des
comptes : Cette institution est censée être un contre-pouvoir neutre
vis-à-vis de l’exécutif.
Nommer une proche du président, issue du cœur du macronisme et sans
expérience traditionnelle dans la haute fonction publique financière,
est inacceptable. La Cour deviendra évidemment un outil de validation
des politiques macronistes plutôt qu’un organe de contrôle rigoureux.
Triomphe du népotisme : Macron nomme des fidèles à tous les postes
clés de la République, annihilant toute possibilité de véritable
contrôle et transformant les institutions les plus prestigieuses en
chambres d’enregistrement. Un clan est au pouvoir, dans un contexte
d’instabilité politique post-dissolution de l’Assemblée en 2024, où la
France fait face à des déficits persistants et à des défis budgétaires
majeurs.
Passivité et complicité des fausses oppositions de gauche et de
droite : Beaucoup de rodomontades devant les caméras, mais jamais rien
de concret. Monsieur Macron ne sera pas destitué, le PS, après LR, gère
la catastrophe avec lui. La France est devenue une République bananière.
Des réactions supplémentaires soulignent l’absurdité de cette
nomination. Par exemple, certains appellent à la suppression de la Cour
des comptes elle-même, arguant que ses rapports ne sont jamais suivis,
que ses recommandations sont non-contraignantes, et qu’elle coûte un « pognon de dingue »
(220 millions d’euros) sans servir à grand-chose. D’autres rappellent
que Montchalin a été battue aux urnes en 2022 et a été recalée au
Budget, où elle lisait des notes de ses sherpas de Bercy,
particulièrement mise en difficulté par
des opposants comme Jean-Philippe Tanguy. Des voix expriment le
désespoir face à cette situation, notant que les opposants politiques
corrompus ne font rien, laissant le pays être détruit. Il est suggéré
de réviser les institutions et les modes de nomination, car la Ve
République confie trop de pouvoirs au président. D’autres proposent
une Constituante et une VIe République pour réduire drastiquement le
pouvoir présidentiel. La marre de cette caste qui se refile les postes
en toute impunité est partagée, et on questionne si la Ve peut encore
protéger les Français contre un délire mégalomane.
Le départ stratégique de François Villeroy de Galhau : un coup d’avance pour contrôler la politique monétaire
Simultanément, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque
de France depuis 2015, annonce sa démission anticipée pour juin 2026,
alors que son mandat s’étendait jusqu’en 2027. Officiellement motivé par
une reconversion personnelle à la tête de la Fondation Apprentis d’Auteuil,
ce départ permet à Macron de nommer un successeur pour un mandat
irrévocable de six ans, évitant ainsi que le prochain président –
potentiellement issu du RN, en tête des sondages – ne s’en charge. Ce
timing suspect est perçu comme une stratégie pour verrouiller une
institution clé de la politique monétaire et européenne, protégeant un
profil pro-européen contre une alternance politique.
Mais ce choix de reconversion soulève
une interrogation majeure : comment expliquer le passage d’un poste
aussi lucratif, avec une rémunération globale avoisinant les 508.678
euros par an (incluant salaire de base, indemnités de logement et
internationales), à une présidence bénévole à la Fondation des Apprentis
d’Auteuil ?
Cette transition d’une fonction hautement rémunérée vers un
engagement volontaire, sans compensation financière directe, paraît
hautement improbable sans motivations cachées. Serait-ce une façade pour
masquer une opération de verrouillage institutionnel, ou un calcul
personnel pour sécuriser des réseaux influents au-delà de la sphère
publique ? Dans un système déjà miné par le copinage, ce geste « altruiste »
venant d’un banquier alimente les soupçons d’arrangements opaques, où
les élites préservent leur pouvoir et leurs privilèges sous couvert de
philanthropie…?
Ce mouvement renforce l’idée d’un système gangrené par le copinage,
où les nominations priorisent la loyauté sur le mérite. Des exemples
abondent sous la « Macronie » : tentatives de placer des proches à
des postes diplomatiques sans concours, subsides à des associations
liées à l’entourage présidentiel, ou dissolution de corps administratifs
pour faciliter le « recasage » d’alliés. Cette opacité, couplée à
une impunité perçue – comme dans les affaires Benalla ou McKinsey –,
alimente une dérive autoritaire, avec un usage extensif du 49.3 et une
marginalisation des oppositions. Le résultat ? Une érosion de la
confiance publique, favorisant des théories « conspirationnistes » et
une division sociétale profonde.
Le pantouflage et la république des copains : une mainmise systématique sur les postes clés
Ces nominations ne sont pas isolées ;
elles s’inscrivent dans une pratique endémique où le pouvoir exécutif
verrouille constamment des institutions supposées indépendantes.
Le pantouflage, ce passage fluide entre public et privé, permet aux
élites de s’autoprotéger via des parachutes dorés, au détriment des
citoyens contraints à l’austérité. Des cas comme celui d’Alexis Kohler,
passé de l’Élysée à une banque internationale,
ou de hauts fonctionnaires rejoignant des secteurs qu’ils régulaient,
illustrent des conflits d’intérêts flagrants et un manque de
transparence criant. L’encadrement juridique, via la Haute Autorité pour
la transparence de la vie publique (HATVP), reste permissif, avec des sanctions rares et des délais insuffisants.
Sous Macron, ce système opaque est exacerbé par un népotisme qui
privilégie un réseau élitiste issu des mêmes écoles, gérant scandales
par des enquêtes superficielles et une communication contrôlée. Cela
mine la démocratie en concentrant le pouvoir dans un clan restreint,
transformant l’État en outil de protection mutuelle. Les citoyens, eux,
paient le prix d’une gouvernance déconnectée, marquée par une dette
galopante et des réformes impopulaires.
Pour sauver la démocratie : des candidatures publiques et accessibles en externe
Face à cette « République des copains et des coquins », une réforme s’impose : rendre les candidatures à ces postes clés publiques et accessibles en externe.
Au lieu de nominations discrétionnaires par le président, des appels
d’offres ouverts, avec évaluation par des commissions indépendantes et
vote parlementaire systématique, éviteraient le pantouflage et les
conflits d’intérêts. Cela renforcerait la HATVP avec des pouvoirs
accrus, des délais d’incompatibilité allongés et des sanctions
dissuasives. Des associations comme Anticor appellent à ces changements depuis des années, mais l’inertie des élites bloque toute avancée. Sans cela, la France risque une dérive autoritaire, où les institutions servent les puissants plutôt que le peuple.
En conclusion, ces nominations de février 2026 ne sont pas de simples
transitions ; elles continuent d’assassiner la démocratie en
verrouillant l’appareil d’État contre toute alternance. Elles perpétuent
un système où l’opacité, le népotisme et l’impunité règnent, érodant la
confiance et favorisant les extrêmes. Il est temps pour les citoyens et
les oppositions de réclamer une transparence radicale, avant que la
République ne devienne une coquille vide au service d’une caste.
"1977: une partie de "l'élite" intello (même Kouchner dont le fils se faisait violer par Duhamel) signe une pétition pour autoriser les viols de gosses. Libération titrait "Apprenons l'amour à nos enfants".
C'est pas de l'amour mais de la pédophilie."
Patricia Chaibriant
Quand des intellectuels français défendaient la pédophilie
Le fil culture. La
pédophilie n'a pas toujours été condamnée par les intellectuels
français. À partir des années 1970, de nombreuses personnalités de tous
bords politiques ont demandé, au nom de la liberté, que la loi permette
aux adultes d'avoir des relations sexuelles avec des enfants. Une
question d'époque ?
"En
2013, quand il (Gabriel Matzneff, ndlr) a reçu le prix Renaudot, aucun
journaliste littéraire, pas un seul, ne s'est interrogé sur le
bien-fondé de cette récompense. La vie d'une adolescente anonyme n'est
rien face au statut d'un écrivain". Dans son roman autobiographique paru
ce jeudi, Le Consentement, Vanessa Springora
dénonce la complaisance des milieux artistiques et littéraires français
qui comme les médias ont jusque très récemment fermé les yeux sur des
écrits qui font la promotion de la pédophile au prétexte que l'oeuvre
prime l'auteur. Goût pour la transgression ou tendance de fond issue
d'un mouvement pro pédophile de la fin des années 1970 ? Aujourd'hui,
ces intellectuels sont mis face à leur responsabilité.
Contre la famille et pour l'homosexualité : un militantisme pro pédophile
Jean-Paul
Sartre, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Gilles et Fanny Deleuze,
Francis Ponge, Philippe Sollers, Jack Lang, Bernard Kouchner, Louis
Aragon, André Glucksmann, François Châtelet et bien d'autres encore, de
Félix Guattari à Patrice Chéreau ou Daniel Guérin ; tous font partie des
69 intellectuels français qui, aux côtés de l'écrivain Gabriel Matzneff et du romancier, journaliste à Libération et membre fondateur du Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR) Guy Hocquenghem ont signéune tribune publiée le 26 janvier 1977. D'abord dansLe Mondepuis dansLibération pour défendre trois hommes incarcérés depuis plus de trois ans pour avoir abusé sexuellement de mineurs de moins de 15 ans.
'Trois ans de prison pour des caresses et des baisers, cela suffit !' écrivaient les signataires.
Ils
demandaient la relaxe des trois hommes au prétexte que les enfants
n'avaient pas été victimes de la moindre violence, mais, au contraire,
qu'ils étaient consentants.
Le 23mai 1977, dans les pages "Opinions" du Monde, 80
intellectuels français parmi lesquels Jean-Paul Sartre, Michel
Foucault, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Alain Robbe-Grillet,
Jacques Derrida, Philippe Sollers et même Françoise Dolto, signentun autre textepour demander que la loi décriminalise les rapports sexuels entre les adultes et les enfants de moins de 15 ans.
De nombreux journaux se font l'écho de ce mouvement pro pédophile, qui aux Pays-Bas est devenu un mouvement politique. Libération en tête, avec même des petites-annonces sans ambiguïté, et par exemple en juin 1978 le philosophe René Schérer qui y écrit :
L’aventure
pédophilique vient révéler quelle insupportable confiscation d’être et
de sens pratiquent à l’égard de l’enfant les rôles contraints et les
pouvoirs conjurés.
Libération mais aussi Le Monde ou encore France Culture. Le 4 avril 1978, l'émission "Dialogues" (enregistrée en 1977) invite Michel Foucault,le romancier et membre fondateur du Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR)Guy Hocquenghem et le juriste Jean Danet,
tous trois signataires de la pétition qui demande la décriminalisation
de la pédophilie. Durant une heure et quart, en public dans le studio
107, ces intellectuels vont défendre l'idée que des pédophiles sont
incarcérés à tort parce que les enfants qu'ils ont abusés étaient
consentants.
Ce débat sera publié sous le titre La Loi de la pudeur dans la revue Recherches n°37 d’avril 1979, avant d'être inclus dans le recueil Dits et Écrits 1976-1979 de Foucault.
Dans la même émission,
ils fustigent l'influence croissante des psychiatres dans les cours de
justice parce qu'en "s'intéressant aux prétendues victimes, ils sont en
train de créer une "victimologie très grave" parce qu'elle nie la parole
des enfants qui répètent pourtant à la barre qu'ils étaient
consentants. Ils s'inquiètent de la suspicion qui pèse sur les
éducateurs et tous les professionnels de l'enfance et pressentent une
véritable "chasse aux sorcières" pour des faits, des relations sexuelles
entre un adulte et un enfant de moins de 15 ans, qui selon eux n'ont
aucun caractère de gravité, "et sont des faits extrêmement légers qui
dans n'importe quelle autre circonstance, à Paris notamment, n'auraient
jamais valu trois mois de détention préventive" (sic).
Ces
discours choquent peu à une époque où l'obsession sans cesse répétée
est que la société a changé, qu'il faut se libérer du carcan de la
famille et de pratiques sexuelles rétrogrades. "Le sexe est omniprésent dans la société", déclare Virginie Girod, docteure en histoire, spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité "et dans les années 1970, les gens se disent 'on fait ce que l'on veut'".
Surtout,
il y a l'idée défendue dès le début de l'émission de France Culture par
Michel Foucault que la liberté des homosexuels ne fait pas encore
consensus dans la société française et qu'interdire la pédophilie
pourrait progressivement glisser vers l'interdiction de l'homosexualité.
Les deux pratiques, homosexualité et pédophilie, sont à l'époque mises
sur le même plan.
Des publications comme Gai Pied, journal radical pro homosexuel dans lequel écrivent Jean-Paul Aron, Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault, aux côtés de l'écrivain Tony Duvert
- pédophile revendiqué - et de Renaud Camus, deviennent ainsi des
tribunes pour les pédophiles (la revue sera finalement suspendue en
1992).
Figure de mai 1968, Daniel Cohn Bendit raconte alors ses gestes sexuels sur des enfants. Dans le livre Le Grand bazar
(publié en 1975 chez Belfond), où il évoque son activité d'éducateur
dans un jardin d'enfants "alternatif" à Francfort. Puis en avril 1982,
sur le plateau d'Apostrophes, où il déclare notamment : "La
sexualité d'un gosse, c'est absolument fantastique, faut être honnête.
J'ai travaillé auparavant avec des gosses qui avaient entre 4 et 6 ans.
Quand une petite fille de 5 ans commence à vous déshabiller, c'est
fantastique, c'est un jeu érotico-maniaque..." Devenu député vert européen, Cohn Bendit se défendra dans les colonnes de Libération en février 2001, soutenu par des parents et des enfants, mais reconnaîtra en réunion publique "des lignes insoutenables, intolérables ; avec ce que nous savons aujourd'hui sur la pédophilie, sur l'abus sexuel".
https://www.dailymotion.com/video/x9jpb6 (En accusant sur France 2 Daniel Cohn-Bendit d'avoir "poussé et justifié
des actes [inacceptables] à l'égard des enfants", François Bayrou a fait
ressurgir un épisode ancien de trente-quatre ans ... mais jugé pendant
plusieurs années "inintéressant" par les médias.
Toujours dans les années 1970, le chanteur Claude François se reconnaît "obsédé" par les filles mineures : "Les
filles [de 18-30 ans] commencent à réfléchir. Elles ne sont plus
naturelles. Elles se sentent obligées de prendre position. Elles ne sont
plus cette espèce de rêve que représente pour moi la fille."
Et c'est à cette époque que Roman Polanski arrive en France.
Pour justifier leurs pratiques sexuelles avec des enfants, beaucoup de pédophiles ont instrumentalisé ce mouvement intellectuel issu de mai 68
qui faisait la promotion de la liberté sexuelle et de la rupture avec
la loi et les structures et qui voulaient à tout prix se défaire de la
domination des adultes.
Ce
qui était central dans ces années-là, c'était la question de savoir
comment on pouvait rompre avec les normes pénales et familiales du XIXe
siècle. Ce qui a ainsi fait le plus débat dans les années 1970,
notamment du côté des mouvements homosexuels mais pas seulement, c'était
la discrimination concernant l'âge de la majorité sexuelle.
Jean Bérard, historien, maître de conférence à l'ENS Paris Saclay
Des écrivains comme Gabriel Matzneff mais aussi Tony Duvert (prix Médicis en 1973 pour son roman Paysage de fantaisie,
publié aux éditions de Minuit et qui met en scène des jeux sexuels
entre un adulte et des enfants) ou René Schérer ont ainsi cherché à présenter la pédophilie comme une attirance sexuelle acceptable du moment que l'enfant en était "consentant", comme en témoigne ce séminaire de 2013 organisé à l'EHESS
Comment
admettre qu'on a été abusé quand on ne peut nier qu'on a été
consentant ? Quand, en l'occurrence, on a ressenti du désir pour cet
adulte qui s'est empressé d'en profiter ? Pendant des années, je me
débattrai moi aussi avec cette notion de victime, incapable de m'y
reconnaître.
Dans Le Consentement, Vanessa Springora témoigne de sa relation avec Gabriel Matzneff alors qu'elle avait 14 ans
Un décalage avec la société et... avec les féministes
Si une partie des intellectuels défend ce mouvement pro-pédophile, ce n’est pas le cas de la société."La majorité des personnes dans la société courante n’y était pas favorable", explique Virginie Girod, docteure en histoire, spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité. Et cette vision, ce "noyau dur d’intellectuels" l’a "défendue
dans des journaux qui trouvaient génial de soutenir ces fameux mantras
'il est interdit d’interdire’ et ‘jouissons sans entrave’. Dans la
petite intelligentsia parisienne, on défendaitles valeurs de la liberté absoluesans se poser de questions". Ce côté "transgressif, cette faculté à bousculer les codes", ajoute l’historienne, a permis à certains intellectuels dont Gabriel Matzneff d’en tirer une "véritable aura médiatique".
Puis il y a eu les mouvements féministes qui ont dénoncé le patriarcat et la domination masculine, "qui se traduit par cette prise de possession et cette domination du corps des femmes et des enfants",
explique Anne-Claude Ambroise-Rendu, historienne et professeure
d’histoire à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.
"Dans
les mouvements qui luttaient contre l’idée d’une majorité sexuelle dans
la seconde partie des années 1970, il y avait l’idée que des rapports
entre adulte et enfant pouvaient être envisagés, exempts des rapports de
domination traditionnelle, en particulier de domination familiale",
ajoute Jean Bérard, maître de conférence à l’ENS Paris-Saclay. Un
argument contesté, en particulier par les mouvements féministes.
Dans les mêmes années, les féministes luttaient pour la redéfinition du viol et expliquaient que le rapport entre un mineur et un adulte est déjà dans un rapport de force, de domination, inégal
et qui ne peut donc être considéré selon le seul critère du
consentement mais sur le critère de l’âge.
Jean Bérard, maître de conférence en histoire à l’École normale supérieure Paris-Saclay.
D’ailleurs,
certains parents des enfants ou adolescents qui fréquentaient les
pédophiles eux-mêmes laissaient faire ces relations. "On peut
s'interroger sur des parents pétris d'une idéologie soixante-huitarde
dévoyée, qui laissent leurs enfants avoir des relations sexuelles avec
un homme nettement plus âgé. Quelque part, il y a un côté un peu chic à
voir sa fille dans le lit de quelqu'un reconnu comme un grand écrivain à
l'école. Et cette pensée-là dérange aujourd'hui. C’est normal. Mais il
faut aussi la concevoir pour pouvoir comprendre cette époque-là", confirme Virginie Girod.
La bascule
Le véritable tournant s’opère dans les années 1990. La France découvre le vrai visage de la pédophilie avec l’affaire Marc Dutroux dans la Belgique voisine. "Avec
Matzneff et compagnie, on a une sorte de 'glamourisation' du câlin
enfantin, des amours enfantines. C’est chic, c’est joli, c’est la
nymphette, les égéries d’Hamilton… On est dans une esthétique qui existe
dans la société", affirme Virginie Girod. L’affaire Dutroux dévoile une toute autre facette de la pédophilie : "On
a pour la première fois une affaire de mœurs épouvantable, d’un homme
qui kidnappe les petites filles, les séquestre, les viole et les
assassine."
C’est la fin de l’illusion d’un hypothétique consentement,
on se rend compte qu’autour de la pédophilie, il y a tous les actes de
la criminalité.
Virginie Girod, docteure en histoire, spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité
Désormais,
il devient impensable pour la société de défendre la pédophilie. Le
terme "pédophile" est employé dans le langage courant et aujourd’hui, il
est peu à peu remplacé par celui de "pédocriminel", "on rajoute à la charge morale du crime pour bien signifier qu’on ne laisse plus passer ces pratiques socialement", conclut Virginie Girod.
Et aujourd'hui ?... Encore et toujours la question du consentement !
N’oubliez pas l’ancienne exposition au palais de Tokyo
Dans les années 1980, à Paris, il existait des sortes de cercles de pédophiles anonymes où des pédophiles se réunissaient pour s'entraider à ne pas passer à l'action. "On savait qu'il y avait une charge morale
sur ces pratiques-là et quelque part, il fallait se sentir un peu
au-dessus des lois, soit parce qu'on était un puissant, soit parce qu'on
n'avait pas conscience que la justice pouvait rappliquer", explique la spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité.
Au
début des années 2000, après le traumatisme de l'affaire Dutroux,
certaines associations ont cessé de s'intéresser exclusivement aux
victimes pour s'intéresser aux pédophiles et plus largement aux
promoteurs, actifs ou passifs de la pédophilie. L'association l'Ange bleu par exemple est la première à entreprendre d'écouter les pédophiles, via une ligne ouverte et très vite, ils le disent : les livres et émissions de télé qui font l'apologie des relations sexuelles avec des enfants les poussent à passer à l'acte.
Latifa Benari est la fondatrice de l'association l'Ange bleu : "Écrire
sur les ébats sexuels avec des enfants ou des adolescents et déclarer
qu'avec cette relation, l'enfant ou l'adolescent peut être heureux, pour
moi ils sont responsables. Un paumé qui viole un enfant, cela reste une
affaire isolée. Mais quelqu'un qui a une relation [avec un enfant] et
qui en plus en fait la promotion sur des plateaux télévisés, je trouve
cela criminel !"
En attendant, les anciens intellectuels signataires regrettent-ils aujourd'hui leur signature ? Libération a posé la question ici...
Pour
justifier de tels actes, le mouvement pro-pédophile s'est toujours
caché derrière le "consentement" des enfants et adolescents. "Personne
n'a jamais défendu la possibilité de violer des enfants. (...) L'idée
de la violence n'effleure pas les personnes qui conceptualisent cette
pédophilie-là", précise Virginie Girod.
Et dans les années 1980, la notion de "stranger danger", comme l'appellent les Américains, a fait son apparition. "La question dudanger venu de l'extérieurdevient prédominante et construit la peur du pédophile autour de la peur de celui qui va venir enlever et agresser les enfants", commente Jean Bérard.
Mais cela cache une autre réalité : une grande partie des actes pédophiles ont lieu dans le cadre intra-familial... Le Conseil de l'Europe évalue les violences sexuelles intra-familiales sur mineurs entre 70 et 85% d'après ce rapport du Sénat daté de mai 2019. Toutefois, les chiffres restent peu nombreux sur le sujet. Lors d'auditions au Sénat
pour la mission commune d'information sur la répression d'infractions
sexuelles sur mineurs, le réalisateur Éric Guéret, auteur du
documentaire Enfance abusée, indique à propos de ces violences sexuelles sur mineurs, qu'"il
n'y a pas de chiffres français officiels, fiables. Cela raconte quelque
chose de notre société. Une société qui ne veut pas voir un problème se
débrouille pour ne pas le quantifier." Il dénonce un "déni" de la société, un "fléau" qui a pour conséquence des victimes "avec un extrême sentiment d'abandon", qui les pousse à "garder le silence" et parfois "à se suicider", avec dans tous les cas, le sentiment "que les institutions ne leur viennent pas en aide".