La doctrine libertarienne, radicale, anarchiste et capitaliste à la fois, est la seule pensée permettant à tout individu, homme, femme, occidental ou d’autre origine, d’envisager un avenir de Liberté, de Paix et de Prospérité pleines et entières, un réel avenir de Civilisation, sinon pour l’année qui vient, au moins pour ses enfants.
Malgré des temps qui se troublent, parce que les sombres idées ayant signé le XXe siècle ressurgissent, cette doctrine se développe un peu partout dans le monde. En 2023, l’élection jusqu’alors inimaginable d’un Président de la République se disant libertarien en Argentine a donné un puissant élan de visibilité à notre étiquette. Être “libertarien” est soudain devenu un objet de convoitise, d’étonnement, et de haine, aussi. Et de mensonges...
En France, pourtant, si diverses initiatives, groupes et personnalités existent, qui s’activent à promouvoir nos idées, la constellation libertarienne ne dispose pas de son Panache blanc fédérateur, sa flamme n’a aucune Lady Liberty évidente d’où éclairer et guider les esprits neufs qui souhaiteraient nous rejoindre.
Le Mouvement des Libertariens aspire ainsi à devenir ce phare reconnu des libertariens francophones.
Le site web dont le lien est ci-contre est encore provisoire dans sa construction. Nous travaillons encore à diverses améliorations.
Néanmoins, il comporte un système de certification auquel je vous encourage de vous référer. Ce système, opérationnel pour le premier niveau, permet de tester votre maîtrise des concepts associés au Droit naturel et à l'Ecole Autrichienne d'Economie.
Bienvenue à tous ceux qui feront le choix de la pleine Liberté.
En 2012 renaissaît une première fois le Mouvement des Libertariens en
France, plus de 10 ans après sa création par de célèbres pionniers tels
que Bertrand Lemennicier. Hélas, il se perdit avec la création du Parti
Libertarien.
En 2025, nous relançons le Mouvement des Libertariens
pour contribuer à donner un cadre clair et de référence à la doctrine
de la Liberté héritée de ses grands auteurs : Murray Rothbard, Hans-Hermann Hoppe et bien d'autres...
Motivations
La doctrine libertarienne, radicale, anarchiste et capitaliste à la
fois, est la seule pensée permettant à tout individu, homme, femme,
occidental ou d’autre origine, d’envisager un avenir de Liberté, de Paix
et de Prospérité pleines et entières, un réel avenir de Civilisation,
sinon pour l’année qui vient, au moins pour ses enfants.
Malgré des temps qui se troublent, parce que les sombres idées ayant
signé le XXe siècle ressurgissent, cette doctrine se développe un peu
partout dans le monde. En 2023, l’élection jusqu’alors inimaginable d’un
Président de la République se disant libertarien en Argentine a donné
un puissant élan de visibilité à notre étiquette. Être “libertarien” est
soudain devenu un objet de convoitise, d’étonnement, et de haine,
aussi.
En France, pourtant, si diverses initiatives, groupes et
personnalités existent, qui s’activent à promouvoir nos idées, la
constellation libertarienne ne dispose pas de son Panache blanc
fédérateur, sa flamme n’a aucune Lady Liberty évidente d’où éclairer et
guider les esprits neufs qui souhaiteraient nous rejoindre.
Le Mouvement des Libertariens aspire ainsi à devenir ce phare reconnu des libertariens francophones.
Principes
Le Mouvement (MdL) n’est pas un parti. Car la Liberté ne peut pas être trouvée dans la démocratie. Le MdL fonctionne comme un club, par cooptation cordiale. Les libertariens s’y reconnaissent.
Le MdL est radical. Pour être un phare, il faut être au plus haut. Son escalier conduit tout en haut. Le MdL n’est pas fermé, au contraire : il est ouvert à quiconque souhaite se former à la doctrine.
Le MdL est une marque de reconnaissance. Son logo est porté par les libertariens fiers de l’être. Le MdL dispose d’une organisation et d’un règlement. Ses membres acceptent de les respecter.
Objectifs
Pertinence. Le MdL a pour premier objectif d’être la référence en matière de doctrine libertarienne.
Formation. Le MdL encourage, oriente et certifie la formation de ses membres à la doctrine radicale.
Reconnaissance. Le MdL aspire à être reconnu pour sa valeur et attirer les candidats libertariens.
Promotion. Le MdL contribue à la promotion de nos idées par la diffusion de son image positive.
Exemple. Le MdL souhaite stimuler la création d’autres initiatives sur le modèle de l’exemple à suivre.
Règlement (Extrait)
Membres
Le MdL dispose de trois types de Membres : Porte Parole (PP), Membre Certifié (MC), Simple Membre (SM).
PP : Un Porte Parole est membre du Comité. Il a légitimité à parler au nom du Mouvement.
MC : Un MC est un Membre dont la formation a été validée par sa certification.
SM : Un SM est un Membre coopté qui est encore en cours de formation.
Le statut de Membre ne donne pas lieu à cotisation. Pour autant, le MdL accepte les dons.
La liste des Membres et des Projets et leurs statuts est partagée et régulièrement mise à jour.
Cooptation
Les Membres sont admis sur cooptation proposée par un ou plusieurs PP ou MC.
Pour devenir Membre, le coopté ne doit recevoir le veto d’aucun PP, sans plus de justification.
Tout nouveau Membre est un Simple Membre, jusqu’à sa certification.
Les Porte Parole sont cooptés entre eux sur proposition d’un ou plusieurs PP.
Exclusion
Tout manquement au Règlement expose son auteur à l’exclusion immédiate, avec publication.
Des manquements répétés de respect et courtoisie envers le MdL ou ses Membres, ou bien
Des manquements répétés à la doctrine, exposent leur auteur à l’exclusion, décidée en Comité.
Logos
Chaque Membre peut arborer, en public ou sur ses publications, le logo associé à son statut.
Chaque logo porte, visible, son année d’émission et de validité.
Le port d’un logo non légitime expose à l’exclusion du Mouvement, avec publication immédiate.
Comité
Le Comité est constitué de l’ensemble des Porte Parole. Chacun peut librement en démissioner.
Le Comité a le dernier mot sur toute décision ou différend au sein du Mouvement.
Le Comité dispose du droit de promotion d’un SM non certifié en MC.
Le Comité a seul légitimité à faire évoluer le présent Règlement.
Projets
Le MdL fonctionne par des initiatives spontanées organisées en Projets.
Le Comité valide l’affiliation des initiatives au MdL sur proposition d’un ou plusieurs Membres.
Un Projet affilié est inscrit sur la liste des Projets et a légitimité à arborer son logo MdL.
Dans ce monde à l'étatisme omniprésent, où même la notion de Liberté a
été oubliée ou du moins déformée*, le mot "libertarien" et les idées
libertariennes authentiques sont fort mal connus. On trouve une foule
d'ersatz qui contribuent à la confusion, alors même qu'ils s'imaginent
souvent représenter ou vraiment parler du mouvement libertarien.
Pour aider le débutant tout autant que celui qui cherche une
référence, cet article regroupe un certain nombre de supports dont la
cohérence avec la pensée libertarienne ne fait aucun doute.
Cette liste n'est en aucun cas exhaustive, elle se veut au contraire
vivante, et nous restons friands de toute suggestion pour l'enrichir
encore. Merci d'avance aux contributions.
* Qui donne une définition cohérente et non-circulaire de la Liberté ? La Liberté est le Droit de Faire ce qu'on Désire de sa Propriété (privée) ; Elle se Négocie entre les Hommes.
Une des principales motivations à la relance du Mouvement fut
d'apporter une réponse pratique à l'incertitude du public face au terme
"libertarien".
Beaucoup, de plus en plus de gens se disent "libertariens" qui
pourtant affichent des positions politiques très différentes, voire
contradictoires.
Le but de la "Certification MdL" est d'apporter un moyen simple de
trier sur le "marché des idées" entre les libertariens authentiques et
leurs ersatz.
Quiconque souhaite s'afficher libertarien pourra le faire par
l'obtention d'un "label", celui du logo du MdL, une fois certifié
par/sur le site.
À terme, très vite sans doute, la sphère libertarienne s'organisera
entre les certifiés et les non-certifiés - et l'incertitude à leur
encontre s'évanouira.
Cadre Général
Le MdL publie régulièrement une liste des formations à la doctrine libertarienne validées.
Les formations peuvent être assurées par des tiers, si de qualité reconnue par la liste publiée.
Toute formation réussie peut être officialisée par une certification sous la marque du MdL.
Une certification s’obtient après un test ou examen réussi ; elle peut être soumise à des frais.
Toute certification est datée. Elle peut être déclarée caduque (refonte, défauts, ancienneté, etc.).
La liste des certifications obtenues est partagée et régulièrement mise à jour.
Démarche
Public : Quiconque souhaite savoir si une personne
est certifiée peut se référer à la liste publiée des certications pour
le déterminer.
Candidats : Quiconque souhaite le "label" peut l'obtenir en s'inscrivant sur le site, puis en passant les différentes épreuves prévues.
Conception
Les Simples Membres (SM) (ou partiellement certifiés) ont recours à leur guise aux formations du marché.
À tout moment, un SM peut s’inscrire au MdL pour candidater à une épreuve de certification.
Une fois l’épreuve réussie, la certification est acquise et le profil du SM est mis à jour et publié.
Deux domaines, chacun organisé en trois niveaux, structurent la certification :
Le Droit Naturel d’un côté, l’Ecole Autrichienne de l’autre. Les deux sont indépendants.
Chacun a trois niveaux de progression : Bases acquises, Sait analyser, Sait extrapoler.
Chacun de ces six points de progrès est enregistré et publié, pour chaque SM candidat.
Le statut de Membre Certifié peut être attribué par le Comité à tout SM étant certifié double “Sait analyser”.
Méthode
Pour les deux niveaux Bases acquises et Sait analyser, l’épreuve repose sur un questionnaire.
La certification est automatique, déclarée dès que le candidat atteint le seuil de réponses justes.
Il faut être certifié Bases acquises pour pouvoir candidater au niveau Sait analyser.
Le niveau Sait extrapoler, qui suppose la certification Sait analyser, s’obtient par avis d’expert.
Le candidat fournit des textes, vidéos ou autres, qui sont analysés, puis le Comité se prononce.
Questionnaires
Le candidat s’inscrit pour une épreuve accessible à son niveau actuel enregistré.
Le système établit un questionnaire aléatoire (QA) à partir de la base de questions adaptées.
Le candidat dispose alors d’un temps limité pour répondre à l’ensemble des questions.
Une fois qu’il indique qu’il confirme ses réponses, le système vérifie la justesse des réponses.
Si le candidat obtient un meilleur score que le seuil minimal associé à l’épreuve, il a réussi.
Sinon, il dispose de la possibilité de repasser l’épreuve avec un autre QA avant une semaine.
S’il échoue, il ne pourra pas de nouveau candidater à cette même épreuve avant trois mois.
Les QA sont établis dynamiquement à chaque épreuve, par choix aléatoire des questions.
Les questions et leur ordre dans le questionnaire sont tous les deux aléatoires.
Les questions sont toujours des QCM simples, chaque réponse valant entre 0% et 100%.
Tout Membre peut à tout moment consulter son “profil” / “historique” / “statut” de certification.
Pour
ceux qui chérissent les idéaux de liberté de pensée et de libre marché,
la vie politique américaine du XXIe siècle n'a pas été particulièrement
accueillante.Le
conservatisme interventionniste de George W. Bush a cédé la place à un
libéralisme interventionniste tout aussi interventionniste sous Barack
Obama.La
double crise du 11 septembre et du krach financier de 2008 a engendré
deux fléaux : l'hyperdéfense sécuritaire et les plans de sauvetage
interminables.La
classe politique américaine s'est ralliée aux idées économiques de John
Maynard Keynes, et la situation financière à court terme du pays ne
paraît acceptable qu'au regard du cauchemar budgétaire à long terme que
presque tout le monde anticipe.
Ce n’est pas très difficile de
présenter l’ensemble des principes moraux, politiques et économiques qui
caractérisent un libertarien, car cet ensemble repose
sur une prémisse très simple : la revendication radicale de la libre
disposition de son corps ou de sa propre personne. Il revendique ce que
l’on appelle le “self ownership” ou la propriété de
soi. Ni Dieu, ni Maître. De celle-ci on déduit une philosophie
politique, une épistémologie, une éthique et une économie politique qui
caractérisent si bien la façon de penser des
libertariens.
Un petit rappel de Libération de septembre 2015; Remarquez il y a de
quoi se marrer, mais il faut lire lol. Le plus incroyable est que nos
propres responsables libertariens français comme belges voire davantage
n'y figurent même pas, seulement substitués par de libéralopithèques de
sociale-démocratie ! Voici l'affabulation médiatique de nos concepts de Liberté !
Stéphane Geyres, vous êtes libertarien et président du « mouvement des
libertariens ». Libertarien est un terme récent, remontant aux années
1970 ; et on estime la plupart du temps qu’il servirait à qualifier un
libéralisme « excessif », « caricatural », « extrémiste », par
opposition à ce qui serait le libéralisme « modéré » et donc « sain » et
« raisonnable » d’un Hayek, d’un Aron ou d’un Rawls.
En bref, les libertariens
seraient les partisans d’un libéralisme pur et dur et à ce titre
exagéré : un « ultralibéralisme ». Que répondez-vous à ce reproche
d’extrémisme ?
Tout d’abord, merci cher Grégoire pour
avoir pris l’initiative de cet entretien. C’est un réel plaisir de
répondre à un jeune journaliste de talent qui sait voir les vraies
questions. Il y a certes bien des facettes à votre question, mais elle a
en effet le mérite de poser tout haut ce que beaucoup pensent tout bas,
sans toujours le courage de la confrontation.
On nous dit souvent que nous,
Libertariens, devrions rentrer dans la ligne du politiquement correct,
que nous devrions mettre la pédale douce sur nos
positions les plus controversées et faire des compromis avec les
hommes de l’État et de l’Establishment.
Si nous devions nous aligner, alors
pourquoi nous prétendre encore radicaux ? Pourquoi continuer le
militantisme ?
Pourquoi apparaître comme des
extrémistes ?
Pourquoi vouloir la révolution ?
Nos positions et notre stratégie politique dérangeante ne risquent-elles pas de faire peur à nos alliés potentiels ?
Ne vaut il pas mieux être calme, conventionnel et gentil ?
A) L'heure du tea party a-t-elle sonné en France ? - Suzanne Guggenheim - Atlantico
B) Les racines libertariennes du Tea Party - Par David Kirby - Cato Institute
C) Tea Party de Wikiberal
D) La majorité craint la montée d'un «Tea Party» à la française - Par
Marion Joseph - Le Figaro
E) Dette américaine: à quoi jouent les élus du Tea Party? - Par Marie Simon - L'Express
F) Tea Party, une vague de fond - Elizabeth Dickinson et Joshua Keating - Slate
G) Le Tea Party : un mouvement protestataire financé par des milliardaires, Les théories du complot comme stratégie de lutte de classes par le haut - Pierre Guerlain p. 145-165
H) Comment un inconnu du Tea Party a fait tomber la star du parti républicain et fait trembler la politique américaine - Marine Caron – Violaine Théry - Trop Libre
Sommaire: A) Un programme libéral pour la France en 3 points - Baptiste Créteur - Contrepoints
B) Le Programme Libertarien - http://www.parti-libertarien.com/
C) Programme du Mouvement des Libertariens - www.demainladecroissance.com
D) Le Manifeste du MLG (Mouvement Libéraux de Gauche) - David Poryngier - http://www.libgauche.fr
E) Le programme 2006 d'Alternative Libérale - Fillias-Poryngier-Véron F) Le programme du Parti Libéral Démocrate de France - Aurélien Véron - PLD (France)
Le libertarianisme pragmatique désigne un courant qui cherche à conjuguer l’idéal d’une société libre avec les contraintes du réel. Contrairement aux anarcho-capitalistes qui veulent abolir immédiatement l’État, et aux minarchistes
qui en défendent une version minimale comme horizon définitif, les
pragmatiques privilégient une approche graduelle : réduire l’État pas à
pas, convaincre largement, et inscrire les idées libertariennes dans des
réformes concrètes et crédibles.
Avec la crise de
confiance des Français dans la classe politique et à la faveur du
mouvement d’opposition au mariage des homosexuels, une conscience
politique nouvelle est en train de germer dans notre pays. Et
particulièrement sur ce site, à titre de solution de replacement, des
idées libertariennes sont professées et revendiquées.
A) La Philosophie Libertarienne par Marilee Haylock - http://libertariens.chez.com
B) Qu’est-ce que le libertarianisme ? - Libertarianisme.fr
C) Libertarianisme de Wikiberal
D) La philosophie libertarienne de Robert Nozick - par JLR dans l'Arbre@Palabre
E) Le libertarianisme est il une philosophie éthique ou politique par Alexander Mc Cobin ? - Damien Theillier via institut Coppet et Contrepoints
F) Les 12 posts sur le sujet comme la critique sur l'Université Liberté - AG
G) Une critique: La pensée libertarienne. Genèse, fondements et horizons d'une utopie libérale par Sébastien Caré - Denis Clerc - Alternatives Economiques n° 283 -
septembre 2009
H) Une critique: 5 raisons de rejeter le libertarianisme - MM - leboncombat.fr - Article original publié sur le blog Nil Nisi Verum.
I) La réponse aux critiques: Six mythes au sujet du libertarianisme. Par Murray Rothbard - Institut Coppet
Bonjour à tous. Aujourd’hui, je publie
un article un peu spécial. Bien souvent, les individus m’expliquent
qu’ils ne comprennent pas pourquoi je suis libertarien, en m’expliquant
que pour eux, cela s’apparente à une « forme d’utopie hypercapitaliste »
ou un « ultralibéralisme poussé ». On me rétorque également très
souvent que les libertariens sont proches des courants néo-conservateurs
américains, ce qui est relativement faux lorsqu’on connaît les
positions libertariennes en général en terme de politique étrangère.
Les libertariens sont tout d’abord des
libéraux, et ont donc les mêmes positions en terme de libertés
économiques, de liberté d’entreprendre, de contracter, de s’associer, de
s’exprimer, etcetera.
On ne connaît que trop bien, depuis quelques années, ce phénomène
que constituent les "conservateurs étatistes", individus ayant trahi et
apparemment oublié leurs principes et leur héritage dans une quête
de puissance et de lucre, de respectabilité et d'accès aux coulisses du
pouvoir ; individus qui se sont désormais établis à
Washington, à la fois physiquement et intellectuellement.
On s’accorde souvent à dire que le
conservatisme moderne, en tant que philosophie politique, est issu
d’Edmund Burke, principalement de ses Réflexions sur la Révolution en France
publiées en 1790. Ce livre est bien sûr plus qu’une brillante analyse
prédictive de la Révolution et de ses nouveaux modes de pouvoirs
néfastes pour la vie de chaque individu ; les Réflexions constituent
également, à travers ses digressions, un des plus profonds traités
jamais écrits sur la nature de la légitimité politique. Le conservatisme
politique moderne, tel que nous le trouvons dans une tradition
philosophique européenne depuis 1800, tire ses origines dans
l’insistance de Burke sur les droits de la société et de ses groupes
historiquement formés, tels que la famille, le voisinage, les guildes et
les églises, contre le « pouvoir arbitraire » d’un gouvernement
politique. Burke soutient que la liberté individuelle – et cela demeure
aujourd’hui la thèse conservatrice – est seulement possible dans un
contexte de pluralité d’autorités sociales, de codes moraux et de
traditions historiques, qui, dans une articulation organique, servent
d’ « auberges et de lieux de repos » à l’âme humaine et de résistance
intermédiaire au pouvoir de l’Etat sur l’individu.
Ils ne sont pas de gauche parce qu'ils seraient, par exemple, « hyper-individualistes ».Au contraire.Les libertariens sont des moralistes collectivistes, et leur « liberté » n'est qu'un compromis lâche.
La gauche représente une morale d'esclave, la droite une morale de maître.
A) - Avec la mort de Larijani, une fenêtre d'opportunité s'ouvre pour que les manifestations reprennent
B) - La mollarchie : un système bien plus difficile à détruire qu’un régime
C) - Un plan en cinq points pour éviter la catastrophe nucléaire et économique au Moyen-Orient
D) - Pétrole : une flambée des prix qui expose notre vulnérabilité par idéologie
E) - Ormuz ou l’illusion du contrôle : Chronique prospective d’une crise énergétique mondiale
F) -Interview de Michel Fayad par Arnaud Benedetti : « Le régime ne montre aucun signe de capitulation »
G) - Différents liens (7) sur le thème de l'Iran
VDH : TOUS LES SIGNES POINTENT DANS LA MÊME DIRECTION
Victor Davis Hanson, historien militaire qui étudie depuis cinquante ans la fin des guerres, affirme que la dynamique est en train de changer rapidement en faveur des États-Unis. Quand il parle d’un tournant, il est utile d’écouter ses raisons.
Son analyse ne repose pas sur les communiqués officiels du Pentagone, mais sur le comportement concret des acteurs régionaux et internationaux.
Les Européens
VDH rappelle sa règle : les Européens ne s’engagent jamais dans un conflit à moins d’être convaincus que le vainqueur est déjà déterminé. Au début de l’opération, ils sont restés très prudents et critiques. Aujourd’hui, certains signes montrent qu’ils commencent à se repositionner. Ce n’est pas de l’idéalisme : c’est un calcul pragmatique. Ils estiment que la victoire américaine devient probable.
Les monarchies pétrolières du Golfe
Les Saoudiens, les Émiratis et les Qataris ont toujours excellé à lire l’évolution du rapport de forces régional. Depuis le début du conflit :
- Le Qatar a expulsé les attachés militaires et de sécurité iraniens (persona non grata après les frappes sur Ras Laffan, centre majeur du gaz mondial).
- Les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et Bahreïn ont intercepté des centaines de missiles balistiques et de drones iraniens (plus de 300 missiles et 1 700 drones pour les Émirats seuls depuis le début).
- Les Émirats ont réaffirmé leurs engagements d’investissements massifs aux États-Unis, même en pleine guerre.
Ces actions ne sont pas idéologiques : ce sont des paris stratégiques. Ces pays parient désormais sur une victoire américaine et sur l’affaiblissement durable de l’Iran.
Al Jazeera
C’est le signal le plus frappant selon VDH (souligné dans ses interventions chez Hannity et ailleurs). Al Jazeera, média qatari historiquement très critique des interventions militaires américaines (et souvent cité par la droite anti-guerre américaine contre Israël), a récemment qualifié la campagne de bombardements américains de « brillante et efficace », en ajoutant qu’elle avait été sous-estimée.
Quand le média d’un pays qui abrite à la fois la plus grande base aérienne américaine au Moyen-Orient (Al Udeid) et un bureau politique du Hamas commence à reconnaître l’efficacité militaire américaine, le message est clair : ils pensent que les États-Unis vont l’emporter.
Le signal militaire
Les A-10 Thunderbolt II (« Warthogs ») et les hélicoptères d’attaque AH-64 Apache opèrent désormais librement dans l’espace aérien iranien sud et dans le détroit d’Ormuz.
- Les A-10 chassent et détruisent des vedettes rapides d’attaque iraniennes (fast-attack craft) dans le détroit.
- Les Apache visent des drones et des sites de lancement.
Ces appareils, lents et volant bas, sont des plateformes d’appui rapproché. Leur déploiement massif confirme ce que le général Dan Caine (président des chefs d’état-major interarmées) et le CENTCOM affirment : les défenses aériennes iraniennes sont très fortement dégradées, voire inexistantes dans de nombreuses zones.
La stratégie iranienne actuelle
L’Iran adopte désormais une tactique de type « rope-a-dope » (encaisser les coups en attendant que l’adversaire s’épuise). L’objectif : faire traîner le conflit, espérer un retournement de l’opinion publique américaine, miser sur une pression politique avant les midterms de novembre 2026 pour forcer Trump à arrêter. C’est leur seule carte restante.
Conclusion de VDH
Si Trump maintient la pression et va jusqu’au bout (ce qu’il semble déterminé à faire), le régime iranien peut s’effondrer. Pas dans des années, mais « assez rapidement » — en « deux, trois, quatre semaines » selon ses estimations les plus récentes.
Regardez ce que les gens font, pas ce qu’ils disent.
Tous les acteurs qui ont un intérêt réel dans la région (Européens opportunistes, monarchies du Golfe, même Al Jazeera) se positionnent comme s’ils croyaient à une victoire américaine décisive.
A) - Avec la mort de Larijani, une fenêtre d'opportunité s'ouvre pour que les manifestations reprennent
Est-ce que l’élimination de Larijani constitue un tournant dans la conduite de la guerre ?
Il faut d’abord comprendre que c’était une figure historique du
régime. Né en Irak, il était le fils d’une famille très importante liée
directement au clergé chiite. Son père était un proche de Khomeini, le
fondateur de la République islamique d’Iran. Fils et frère de religieux,
Larijani avait fait la guerre Iran-Irak, servi comme officier dans le
corps des Gardiens de la révolution islamique. Il faut bien avoir à
l’esprit que les combattants de la guerre contre l’Irak sont rentrés en
Iran, à l’issue de la guerre, auréolés de gloire. C’étaient de
véritables figures héroïques pour le régime. Larijani a donc été
Président de l’assemblée islamique après avoir occupé différents postes,
notamment au gouvernement, puis il s’est retrouvé au cœur de l’appareil
sécuritaire du régime. Je dirai même qu’il en était devenu la figure
centrale, ce qui en a fait l’un des hommes les plus puissants et les
plus dangereux d’Iran. Après la mort du Guide suprême Ali Khamenei lors
des frappes américano-israéliennes, il était devenu le véritable
dirigeant de la République islamique d’Iran. Si certains le présentent
comme un érudit et un pragmatique, c’était aussi un véritable idéologue,
et l’on peut même le qualifier de fou sanguinaire. Il est en effet l’un
des grands ordonnateurs des massacres des 8 et 9 janvier dernier. Il
les a personnellement supervisés, qualifiant les manifestations
d’émeutes terroristes. Sa mort est donc un symbole. L’appareil
sécuritaire perd avec lui l’un de ses principaux maillons et donneurs
d’ordres, en même temps qu’une figure historique de la République
islamique.
Quelle sera la réponse du régime ?
La République islamique, proclamée en 1979, s’est construite sur la
terreur et le récit mystique. Il a donc immédiatement été question de
vengeance. La riposte ne s’est donc pas fait attendre. Les Gardiens de
la Révolution islamique ont tiré des missiles balistiques sur Israël,
notamment sur Tel Aviv et sa périphérie. Dans le même temps, le régime a
organisé des funérailles importantes à Téhéran, faisant de Larijani un
martyr. En agissant ainsi, on revient donc à ce que je vous disais : le
régime va devoir le venger. Il a lancé des menaces contre des cibles
diverses. Les bases américaines et plus largement occidentales dans la
région, comme les installations énergétiques, seront sans doute ciblées.
Téhéran va tout faire pour accroître la pression sur les pays
alentours. L’Europe, comme les intérêts des démocraties occidentales,
risque d’être aussi pris pour cibles. La menace terroriste est donc à
prendre au sérieux.
Quel est l’état d’esprit des oppositions dans le moment ?
Les oppositions iraniennes sont plurielles. Elles ont en commun
d’être pour la plupart démocratiques et laïques, tant à l’intérieur du
pays qu’à l’extérieur. En Iran, il y a une forme de cohésion de fait. À
l’intérieur du pays, l’une des urgences, c’est de penser l’avenir, de
trouver une issue. À l’extérieur, les différents groupes se connaissent
et se parlent. Mais il y a encore des divergences entre certaines
organisations. Elles sont évidemment dépassables, mais pour l’heure, ce
n’est pas encore le cas, notamment au sein d’un certain nombre de
groupes politiques ethniques. Les leaders de ces groupes cherchent à
comprendre la stratégie américaine pour l’après-régime, qui ne leur
apparaît pas claire. Cependant, on voit que Reza Pahlavi est pour
l’heure la figure qui se détache, car la plus connue, et la plus
symbolique. Avec la mort de Larijani, une fenêtre d’opportunité s’ouvre
pour que les manifestations reprennent, cela d’autant plus que nous
sommes dans la période des fêtes de Norooz, le nouvel an iranien. Les
prochains jours seront sans doute décisifs.
Franco-iranien, Emmanuel Razavi
est Grand reporter, spécialiste
du Moyen-Orient et de l’Iran. Il collabore avec les rédactions de Paris
Match, Le Figaro Magazine, Atlantico, Franc-Tireur, VA, Politique
Internationale et Écran de Veille, ainsi qu’avec Historia, Le Figaro
Histoire, et la revue de géographie Hérodote. Il a produit et réalisé
plusieurs documentaires, notamment sur le Moyen-Orient, pour les chaînes
de télévision Arte, M6, France 3 et Planète. Ses enquêtes sur
l’ingérence de la République islamique d’Iran en France l’ont conduit à
témoigner, en février 2025, devant une commission de travail
sénatoriale, et en octobre 2025, devant la commission d’enquête sur les
liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des
organisations et réseaux soutenant l’action terroriste. Il est diplômé
en géopolitique et Relations Internationales (IEP). Derniers livres
publiés : « Paris-Téhéran, le grand dévoilement » et « La Pieuvre de
Téhéran » (Cerf, 2025) coécrits avec Jean-Marie Montali.
B) - La mollarchie : un système bien plus difficile à détruire qu’un régime
La
mollarchie définit l’islam selon une vision-du-monde
politico-religieuse. Convaincue d’appartenir au camp du Bien, la
mollarchie dispense sa haine contre l’Occident en général et les Juifs
en particulier. Contre la mollarchie, deux alliés aux intentions
cependant très différentes : États-Unis et Israël. Jérusalem joue sa
survie là où Trump joue perso. Enfin, presque 80 % des Iraniens
n’attendent qu’une aide concrète pour en finir avec la dictature
mollarchique. Une aide qui tarde bien tragiquement à arriver…
Le monde selon les mollahs
La mollarchie n’est pas une dictature fermée comme la Corée du Nord.
Elle revendique une hégémonie civilisationnelle de portée mondiale. Pour
elle, l’espace-temps est celui d’Allah. Pour elle, la notion de patrie
est inconnue. Pour elle, le peuple doit répondre à la soumission. 700
000 hommes : 200 000 gardiens de la révolution et 500 000 bassidji,
police des basses œuvres notamment dans la répression des
manifestations, forment le rempart idéologico-sécuritaire. Mourir en
martyr demeure la certitude d’une vie éternelle au paradis d’Allah.
Aussi, le guide suprême, dès la première minute de sa désignation, se
définit comme un « mort en puissance », de sorte que la succession, quel
que soit le cas de figure où elle se présente, est théoriquement une
option « naturelle » car la mollarchie ne repose pas sur les hommes mais
sur le symbole qu’ils véhiculent. Le système est une hydre redoutable
qui a appris à se régénérer quasi automatiquement. Tant que les
Occidentaux ne l’auront pas compris, ils ne comprendront rien à la
mollarchie.
Le monde selon Netanyahou
Pour Israël, c’est une guerre existentielle. La population fait bloc
autour de ses dirigeants — quitte à reporter à plus tard les diverses
dissensions politiques. Le président Herzog ayant refusé l’amnistie à
Netanyahou, une fois la guerre finie l’actuel premier ministre risque
d’avoir un réveil difficile, rattrapé qu’il risque d’être par les
affaires.
Le monde selon Trump
C’est un pragmatique qui veut entrer dans l’histoire comme l’homme à
avoir mis à genoux le régime de Téhéran. Seulement le monde rêvé de
Trump n’est pas toujours le monde réel de l’Histoire. Son logiciel, ce
sont les affaires, et quoi qu’il dise, le peuple iranien n’est pas son
souci. L’Américain joue au Monopoly-menteur dans le but de contrôler le
circuit économique mondial, dont Ormuz est la clé de voûte, et à moyen
terme, de contrer Pékin. Exit Make América Great Again, welcome Trump first.
Le monde selon Reza Pahlavi
D’un caractère entier, il a la réputation d’être un électron libre,
cependant son nom revient souvent en Iran. Les Iraniens sont connus pour
nourrir un très fort sentiment national, notamment chez une partie de
la jeunesse, généralement plutôt favorisée, qui voit le fils de Shah
comme le témoin d’une histoire qu’ils n’ont jamais connue. Pahlavi
est-il l’homme d’un XXIᵉ siècle libéral ou bien l’héritier d’un père à
la tradition absolutiste ? Pour bon nombre d’observateurs, il est pour
l’heure l’homme de la situation, bien qu’il ne bénéficie pas des bonnes
grâces de Trump. Là où l’homme de Mar-a-Lago veut tout faire pour barrer
la route à la Chine — et indirectement à la Russie —, le fils du Shah
veut redonner à l’Iran sa puissance et augurer un nouvel ordre
moyen-oriental, créer un axe économique avec Israël et s’impliquer dans
les Accords d’Abraham, faisant ainsi de la région une force économique
et énergétique concurrentielle à la puissance américaine. Mais c’est
bien connu, Trump n’aime pas la concurrence.
Le peuple iranien, dindon de la farce ?
60 % des Iraniens ont moins de 30 ans, presque deux-tiers d’hommes et
de femmes qui n’ont jamais connu que l’embrigadement idéologique de la
mollarchie. Alors, comment interpréter les manifestations de janvier ?
La diaspora iranienne avec laquelle une certaine jeunesse reste en
contact — généralement la plus favorisée — a très certainement joué un
rôle fondamental en assurant le lien entre le « monde réel » et
l’univers mollarchique. (1) Il y a aussi les Iraniens, que
l’effondrement économique plonge dans la précarité. Tout cela forme un
magma humain en constante ébullition. Mais pour les Iraniens bien
décidés à en finir avec le système, un fort sentiment se fait jour.
Après l’élimination d’Ali Khamenei, ils espéraient les frappes
israélo-américaines comme une action préliminaire avant l’aide massive
en armes et en logistique que Washington n’a cessé de promettre. Mais,
si vu du ciel, les cibles sont une chose, sur le terrain, la réalité est
tout autre…
Le jour d’après
Sans considérer la chose comme acquise, Téhéran, en régionalisant le
conflit, est en train de réaliser ce qu’aucune diplomatie n’a vraiment
réussi : faire en sorte que les pays du Golfe et Israël pourraient
envisager un rapprochement d’intérêt, tant il est vrai que les affaires
ont besoin de la paix pour se réaliser. Pour autant, convergence ne
signifie pas forcément alliance. Tout dépendra des conséquences à court
terme du blocage du détroit d’Ormuz. Les prix s’envolent, entraînant par
ricochet une vague inflationniste porteuse d’une récession mondiale,
autant dire que personne ne veut laisser pourrir une telle situation.
Pour l’heure, personne ne peut vraiment se faire une idée de ce que
pourrait être un nouveau Moyen-Orient. Sans le parapluie américain, les
pays du Golfe ne sont que des « banques aux pieds d’argile », pour
reprendre l’expression d’un journaliste du Jewish Chronicle. L’État
hébreu, quant à lui, va très vite se trouver face à la pression
considérable des puissances occidentales qui n’ont aucun intérêt à la
poursuite d’un conflit aux effets dévastateurs, notamment sur leur
propre politique intérieure. Reste à savoir jusqu’où ira le soutien de
Washington. Trump, qui n’en sera pas à son premier retournement de
veste, pourrait fort bien lâcher l’État hébreu dans le seul but de
sortir d’une situation extrêmement délicate pour son avenir politique.
Sur la question du Hezbollah. Jérusalem n’a aucun état d’âme.
Netanyahou est bien décidé, dût-il se mettre à dos la communauté
internationale, à briser une bonne fois pour toute le mouvement
pro-iranien. D’autre part, ses coalisés ultranationalistes entendent
clairement poursuivre leur politique visant à rendre impossible la
création réelle d’un État de Palestine. Les résultats des guerres menées
par Israël contre les mollahs et ses proxys seront déterminants pour
les prochaines élections normalement prévues en octobre 2026.
L’Europe, quant à elle, brille par ses pas de clercs : un pas en
avant, deux en arrière. Énergiquement dépendante, soit elle décide de se
reprendre en main en participant à une force de coalition pour
sécuriser le détroit d’Ormuz, soit elle continue son sport favori, se
réunir sans jamais obtenir de majorité fiable.
Dans l’état actuel de la situation, les Russes prioritairement, mais
les BRICS en arrière-plan pourraient profiter d’un contexte où les
cartes sont sans cesse redistribuées. La Chine, prochaine position du
curseur géopolitique, ne pourra pas rester éternellement spectatrice.
Elle le sait et attend patiemment son heure.
Michel Dray ,
Président de Convergences méditerranéennes
(1) Au jour d’aujourd’hui, la connexion Internet bénéficie qu’à 1 % de la population, à savoir les hiérarques du système.
C) - Un plan en cinq points pour éviter la catastrophe nucléaire et économique au Moyen-Orient
Jeffrey Sachs : « Cette guerre ne profite à personne »
Dans une interview récente accordée
à Glenn Diesen depuis la Malaisie, le professeur Jeffrey Sachs,
économiste de renommée mondiale, met en garde contre l’escalade
incontrôlable du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
Face au risque d’une guerre nucléaire et
à une crise économique mondiale, Jeffrey Sachs propose, avec sa
collègue Sybil Fares, un plan concret en cinq mesures pour mettre fin à
ce qu’il qualifie de « pure situation perdant-perdant-perdant ».
L’ « Option Samson » et le spectre d’une catastrophe nucléaire
Israël possède ce que l’on appelle l’« Option Samson
» : en cas de menace existentielle, il pourrait recourir à l’arme
nucléaire. Selon Jeffrey Sachs, cette hypothèse n’est plus théorique.
David Sacks, conseiller influent de Donald Trump (et tsar de l’IA à
la Maison Blanche), a récemment averti que si le conflit se prolongeait,
Israël pourrait être détruit et envisager des frappes nucléaires contre
l’Iran. Son message est sans équivoque : « Déclarez la victoire et rentrez chez vous. »
La situation militaire se dégrade très rapidement. Les arsenaux d’intercepteurs s’épuisent des deux côtés, tandis que les destructions d’infrastructures se multiplient.
Sachs insiste : poursuivre cette voie n’est pas seulement dangereux
pour la région, mais aussi pour la sécurité d’Israël elle-même.
Une crise économique déjà en marche
Le détroit d’Ormuz est fermé. La libération annoncée de 400 millions
de barils des réserves stratégiques américaines ne couvrirait que 20
jours de flux normal. Parallèlement, la production de pétrole et de gaz
s’arrête et les installations physiques sont détruites dans l’échange de
tirs. « Les gens savent faire des calculs », souligne Sachs.
Même si Trump tente de calmer les marchés, la crise sera longue,
meurtrière et mondiale. Elle touche particulièrement l’Iran et les pays
du Golfe, mais personne n’en sortira gagnant.
Le plan en cinq points pour une paix durable
Avec Sybil Fares, Jeffrey Sachs détaille cinq mesures
interdépendantes, fondées sur la reconnaissance des intérêts légitimes
de sécurité de chaque partie :
Cesser immédiatement l’agression contre l’Iran
Les États-Unis et Israël doivent
arrêter les bombardements et renoncer à toute politique de changement de
régime. L’Iran a le droit de ne pas être attaqué de manière flagrante
et illégale, comme cela se produit depuis des années. Cette agression
ouverte viole le droit international.
Revenir à l’accord sur le nucléaire (JCPOA)
L’accord de 2015 (Plan d’action global commun),
négocié avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de
l’ONU et ratifié unanimement, avait précisément empêché l’Iran de
développer une arme nucléaire. Trump l’a déchiré en 2018. L’Iran répète
qu’il ne veut pas l’arme nucléaire et accepte des inspections strictes.
Un retour à la table des négociations à Vienne est possible et urgent.
Rouvrir le détroit d’Ormuz par un accord régional
Ce n’est pas à Trump de dicter des
ordres à la Chine ou ailleurs. Les pays du Conseil de coopération du
Golfe et l’Iran (tous membres de l’Organisation de la coopération
islamique et pour certains des BRICS)
doivent régler cela bilatéralement. Les États du Golfe réaffirmeront
leur souveraineté sur les bases militaires américaines présentes sur
leur territoire et garantiront qu’elles ne serviront jamais à agresser
l’Iran. Le détroit rouvrira immédiatement.
Créer un État palestinien sur les frontières de 1967
C’est la racine de tous les conflits
des trente dernières années. Israël doit revenir aux frontières du 4
juin 1967 ; un État palestinien viable verra le jour à Gaza, en
Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté
en ce sens à de nombreuses reprises ; seuls les veto américains l’ont
bloqué. C’est la doctrine du « Clean Break »
de Netanyahu qui empêche cette solution depuis des décennies : Israël
exige 100 % du territoire historique de la Palestine mandataire, alors
que l’État palestinien ne représenterait que 22 % de ce territoire.
Désarmer les groupes armés
Une fois l’État palestinien établi et
accueilli aux Nations Unies (comme 184 autres États), le Hamas, le
Hezbollah et tous les autres groupes non étatiques se désarmeront. La
région entière et le Conseil de sécurité l’exigeront. La paix devient
alors possible.
Sécurité indivisible ou illusion hégémonique ?
Sachs insiste sur un principe fondamental : la sécurité est indivisible.
On ne peut pas augmenter sa propre sécurité en braquant une arme sur l’autre.
Les guerres actuelles (Iran, Ukraine, tensions autour de Taïwan) proviennent toutes de la poursuite d’une « paix hégémonique
» : l’idée que les États-Unis et Israël peuvent imposer leur volonté
par la force militaire écrasante sans jamais reconnaître les
préoccupations légitimes des autres. Netanyahu a cru qu’il pouvait
contrôler le Congrès américain et imposer une « Grande Israël » sans compromis. Cette illusion est aujourd’hui en train de s’effondrer.
Pourquoi une telle sous-estimation de l’Iran ?
Les responsables américains ont cru que tuer des dirigeants ferait
s’effondrer le régime iranien et que des menaces suffiraient à le faire
capituler. Ils ont écarté l’hypothèse (pourtant évidente) de la
fermeture du détroit d’Ormuz ou d’attaques sur les bases américaines.
Sachs compare cela aux échecs passés en Irak et en Afghanistan : « Nous créons notre propre réalité. » Aujourd’hui,
le processus décisionnel américain est en ruines : président
psychologiquement instable, Congrès qui refuse d’exercer son rôle
constitutionnel, aucune planification sérieuse. C’est de l’improvisation pure.
Le professeur Jeffrey Sachs soutient que le désespoir grandit aux États-Unis et en Israël alors qu’ils échouent à vaincre l’Iran, et que des armes nucléaires pourraient être utilisées si nous continuons sur cette voie.
Conclusion : l’heure de la raison
« Limitez les dégâts, déclarez la victoire à votre manière, mais ne nous entraînez pas dans le désastre. »
Tel est le message urgent de Jeffrey Sachs à Donald Trump. Cette
guerre est un fiasco moral, stratégique et économique. Le chemin de la
sortie existe : reconnaître les intérêts de sécurité de chacun, revenir au droit international et privilégier la diplomatie. Reste à savoir si Washington et Tel Aviv seront prêts à l’emprunter avant qu’il ne soit trop tard.
Les cinq mesures détaillées figurent également dans l’article co-écrit par Jeffrey Sachs et Sybil Fares, « Ending the Trump-Netanyahu War in the Middle East ». Le temps presse.
D) - Pétrole : une flambée des prix qui expose notre vulnérabilité par idéologie
En mars 2026, la France et l’Europe entière font face à une
nouvelle flambée des prix de l’énergie. Le baril de Brent oscille autour
de 108 à 110 dollars, avec des pics récents au-delà de 119 dollars. En
France, le gazole dépasse régulièrement les 2 euros le litre dans
de nombreuses stations, en hausse de 15 à 30 centimes en quelques
semaines seulement. L’essence (SP95-E10) se situe autour de 1,80 à 1,85
euro le litre, et le SP98 flirte avec les 1,95 euro.
Cette
hausse n’est pas un accident conjoncturel : elle résulte directement
des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, où le détroit d’Ormuz est
partiellement bloqué et où des installations clés de GNL ont subi des
dommages significatifs.
Une dépendance volontairement créée par le dogmatisme européen
Cette
crise met en lumière une vulnérabilité structurelle que les dirigeants
européens ont eux-mêmes créée : le refus obstiné d’importer du gaz et du
pétrole russe, notre voisin géographique le plus proche, au nom d’un
dogmatisme idéologique. Depuis le début du conflit Russo-Ukrainien en
2022, l’Union européenne a mis en place un embargo progressif
sur le pétrole russe (importations tombées à moins de 3 % en 2025) et
un calendrier de sortie du gaz russe : interdiction des nouveaux
contrats depuis janvier 2026, interdiction totale des importations par
gazoduc et GNL d’ici fin 2027, avec des transitions pour certains pays. Le plan REPowerEU,
présenté comme une voie vers l’indépendance, a en réalité remplacé une
dépendance stable et peu coûteuse par une dépendance chaotique aux
marchés mondiaux.
La Russie, un partenaire historique sacrifié
La
Russie représentait avant 2022 environ 45 % des importations de gaz de
l’UE. En 2025, cette part est tombée à environ 13 %, et le reste est
progressivement supprimé.
Les Européens se sont
tournés vers le GNL américain, qatari, algérien ou norvégien. Ces
alternatives sont plus chères à transporter (tankers au lieu de
gazoducs), plus sensibles aux chocs géopolitiques et souvent liées à des
fournisseurs lointains ou politiquement instables. Le résultat est là : dès qu’un conflit éclate au Moyen-Orient, les prix s’envolent et l’Europe paie le prix fort.
Pendant ce temps, la Russie continue d’exporter massivement son pétrole
et son gaz vers l’Asie (Chine, Inde), empochant des revenus qui, malgré
les sanctions et les réductions, restent substantiels grâce à la hausse
des cours mondiaux.
Refuser le voisin russe : une pure folie idéologique
Refuser
le voisin russe relève de la pure folie idéologique. Géographiquement,
la Russie est le fournisseur le plus logique : pipelines existants (Nord Stream, Yamal, TurkStream), distances courtes, coûts de transport minimaux, approvisionnement stable et prévisible.
Avant 2022, ces flux étaient fiables et bon marché.
Aujourd’hui,
par principe, on les sacrifie au profit d’un GNL qatari ou américain
qui traverse les océans et dont les infrastructures sont vulnérables aux
conflits. Le Qatar, par exemple, voit une partie de sa capacité de
production affectée, ce qui réduit l’offre européenne et fait grimper
les prix du gaz de 35 % en quelques jours. Cette politique n’a pas
affaibli durablement la Russie sur le plan énergétique ; elle a surtout
fragilisé l’Europe.
Des impacts immédiats et brutaux sur la vie quotidienne
Les conséquences concrètes sur la vie quotidienne des Français sont immédiates et brutales.
Pour des millions de ménages, la voiture reste le moyen de transport
principal : trajets domicile-travail, courses, accompagnement des
enfants, loisirs. Chaque hausse de 10 centimes au litre représente
plusieurs dizaines d’euros par mois pour un salarié moyen qui parcourt
30 à 50 km par jour. Les artisans, commerçants, livreurs et
transporteurs routiers voient leurs marges s’effondrer. Le secteur
agricole et agroalimentaire, déjà sous pression, subit une inflation en
cascade sur les engrais, le transport et la logistique. Les entreprises
de l’industrie manufacturière, particulièrement exposées, ont vu leurs
coûts énergétiques augmenter de 73 % en moyenne entre 2020 et 2023, avec
des effets persistants sur la rentabilité. Selon les données
disponibles, 87 % des entreprises estiment que leur marge est touchée
négativement, et près de 28 % se sentent en danger d’existence à court
terme.
Inflation en cascade et renoncements forcés
Le gouvernement multiplie les annonces de contrôles et de « boucliers »
temporaires, mais la mécanique est implacable : la hausse des
carburants se répercute sur tous les biens de consommation.
L’alimentation, les produits manufacturés, les services augmentent.
L’inflation énergétique, qui avait déjà progressé de 10,5 % entre 2022
et 2023, repart à la hausse. Pour les ménages modestes ou les classes
moyennes, c’est un renoncement supplémentaire : chauffage réduit,
vacances annulées, sorties limitées. Les factures d’électricité et de
gaz suivent la même tendance, même si la France est relativement
protégée grâce à son parc nucléaire. Mais le gaz reste essentiel pour
les pics de consommation et pour l’industrie.
Un moral des Français déjà au plus bas
Le moral des Français est déjà très bas. Les sondages récents
(CSA, Ipsos, Odoxa) convergent : 77 % des Français se disent
pessimistes pour l’année 2026, un record. Seuls 41 % sont optimistes
pour leur situation personnelle, et la confiance dans la politique
nationale tourne autour de 22 %. L’indice de moral économique est au
plus bas historique pour un début d’année (-64 selon certaines mesures).
Les Français ont le sentiment d’être pris en otage par des choix
stratégiques qui les dépassent : ils paient le prix d’une politique
énergétique idéologique pendant que les grandes puissances (États-Unis,
Chine) continuent de s’approvisionner où bon leur semble.
Une obstination absurde et contre-productive
Cette
obstination est d’autant plus absurde que la Russie n’est pas un
adversaire éternel sur le plan énergétique. Elle reste un producteur
majeur, avec des infrastructures existantes et une capacité à livrer
rapidement et à moindre coût.
Refuser
ces approvisionnements sous prétexte idéologique, alors que la vie
quotidienne des Français et la compétitivité des entreprises en
dépendent, relève du dogmatisme dangereux.
L’Europe
a voulu punir Moscou en 2022 ; elle s’est surtout punie elle-même en
s’exposant aux chocs du Moyen-Orient et aux fluctuations du GNL
américain. Le pragmatisme aurait consisté à diversifier sans couper brutalement un fournisseur historique et géographiquement logique. Aujourd’hui, on paie le prix de cette erreur stratégique.
Il est temps de placer le pragmatisme au centre des priorités
Il
est temps de revenir à la raison. La sécurité énergétique de la France
et de l’Europe ne peut pas reposer uniquement sur des principes
idéologiques. Elle doit prioriser la proximité géographique, la
stabilité des contrats et le coût raisonnable pour préserver le pouvoir
d’achat et l’emploi.
La vie des Français passe avant les grands discours.
Le
nucléaire français est un atout majeur, mais il ne couvre pas tout. Le
gaz et le pétrole restent indispensables pour la transition et pour les
pics. Continuer à snober le voisin russe alors que les alternatives sont
plus chères et plus risquées, c’est condamner les ménages à payer toujours plus cher pour des choix politiques obstinés.
Une crise qui n’est pas une fatalité
La
crise actuelle n’est pas une fatalité. Elle est la conséquence directe
d’une politique énergétique déconnectée des réalités géographiques et
économiques. Il est encore possible de corriger le tir :
diversifier
intelligemment, rouvrir le dialogue pragmatique avec les fournisseurs
stables, et placer la vie quotidienne des Français au centre des
priorités.
Les entreprises françaises, les artisans,
les salariés, les familles n’en peuvent plus de cette folie idéologique
qui leur coûte cher chaque jour à la pompe, au chauffage et dans leur
budget. Le pragmatisme n’est pas une faiblesse : c’est la seule voie
réaliste pour protéger le quotidien et la compétitivité de la nation.
E) - Ormuz ou l’illusion du contrôle : Chronique prospective d’une crise énergétique mondiale
« Hausse du pétrole et du gaz, tensions dans le Golfe, inquiétudes sur le détroit d’Ormuz. » À intervalles réguliers, l’économie mondiale semble rejouer la
même partition. Depuis le premier choc pétrolier consécutif à la guerre
du Kippour, une crise au Moyen-Orient entraîne une envolée des prix,
généralement contenue par des mécanismes d’ajustement éprouvés.
Mais la séquence ouverte en 2026 diffère profondément. Le
détroit d’Ormuz, par où transite environ 20 % du pétrole mondial selon
les estimations de l’Agence internationale de l’énergie, devient un
point de rupture logistique. La question centrale n’est plus celle de
l’offre, mais celle de la circulation.
Dans ce contexte, les États-Unis, dont la doctrine de sécurisation du
Golfe remonte à la doctrine Carter, apparaissent en quête d’alliés pour
assurer une mission qu’ils assumaient jusque-là de manière
prépondérante. L’Arabie saoudite, pilier de la régulation depuis la fin
des années 1970, voit sa capacité d’action contrainte. Quant à la
Russie, redevenue un acteur énergétique majeur depuis les années 2000,
elle reste en position de stabilisateur potentiel… mais politiquement
neutralisée.
Dès lors, la crise d’Ormuz marque-t-elle la fin du modèle de stabilisation énergétique construit depuis les années 1970 ?
Un système historiquement stabilisé : production, sécurité et compensation (1979–1987)
La révolution iranienne de février 1979 provoqua une chute brutale de
la production du pays, estimée à près de cinq millions de barils/jour.
Le prix du baril doubla en quelques mois. Pourtant, le marché ne
s’effondra pas, l’Arabie saoudite augmentant sa production. Ce faisant,
elle consolidait son rôle de producteur d’appoint. Dans le même temps,
l’Union soviétique bénéficiait de la hausse des prix, sans intervenir
dans la régulation globale. Ce moment marqua la structuration d’un
premier équilibre : les chocs pouvaient être absorbés par la flexibilité
de l’offre.
La guerre Iran-Irak (22 septembre 1980-20 août 1988) entraîna une «
guerre des pétroliers », avec plus de 400 navires attaqués entre 1984 et
1988. La réponse américaine prit la forme de l’opération Earnest Will
(24 juillet 1987-26 septembre 1988), qui consistait à escorter les
tankers koweïtiens protégés par le pavillon américain. Cette opération
illustra une mutation décisive : la sécurisation militaire des flux
devenait le complément indispensable de l’ajustement de la production.
De ce fait, entre 1979 et la fin de la guerre froide, se mit en place
un système reposant sur la flexibilité saoudienne, la puissance navale
américaine et une production soviétique significative mais peu intégrée.
Cet équilibre se renforça après 2000 avec le retour de la Russie et la
formation OPEP+, consacrant un système énergétique tripolaire.
2026 : une rupture systémique – la désynchronisation des variables
Comme lors des crises précédentes, une hausse des prix a suivi
immédiatement les tensions dans le Golfe. Mais la dynamique diverge
rapidement : les primes d’assurance atteignent des niveaux comparables,
voire supérieurs, à ceux observés à la fin des années 1980, sans qu’un
dispositif équivalent à Earnest Will ne soit immédiatement opérationnel.
Ainsi, comme en 1987, assurer un tanker aujourd’hui coûte jusqu’à 2 %
de sa valeur, voire au-delà, mais sans la certitude qu’un acteur soit
capable de sécuriser durablement sa route, notamment en passant le
détroit d’Ormuz. Contrairement aux prix du pétrole, les primes
d’assurance ne traduisent pas une tension sur l’offre, seulement une
dégradation de la sécurité des flux, expliquant leur envolée lors de
chaque phase d’un conflit maritime.
À partir de la troisième semaine de l’opération américano-israélienne,
une contradiction apparaît néanmoins. Le pétrole est disponible et la
production saoudienne reste élevée. Mais le trafic maritime diminue
fortement. Contrairement à certaines analogies abusives avec les convois
de la Seconde Guerre mondiale, la situation du détroit d’Ormuz se
rapproche bien davantage de la guerre des pétroliers de 1987, où le
trafic n’était pas interrompu mais profondément dégradé par la
combinaison de menaces asymétriques et de contraintes géographiques.
Passer cet étroit chenal n’est possible qu’en convoi en raison de sa
largeur limitée, de la proximité des côtes, tant iraniennes
qu’émiraties. S’ajoutent, contrairement à 1987, une incertitude durable
(pas de stabilisation à court terme, juste la volatilité décisionnelle
américaine), une pression accrue sur les acteurs économiques (armateurs
et assureurs) comme sur les alliés, et un basculement du système
énergétique.
La question n’est plus seulement d’extraire ou de produire, mais de sécuriser des flux devenus vulnérables.
Le
système tripolaire élaboré en 1973 ne fonctionne plus. Pour la première
fois, il ne semble pas y avoir d’opérateur capable de rétablir
l’équilibre. L’Arabie saoudite ne peut compenser un blocage des flux,
car les États-Unis se trouvent incapables de reproduire seuls
l’opération Earnest Will. Enfin, la Russie, malgré ses capacités, reste
partiellement exclue du jeu européen depuis son invasion de l’Ukraine.
La crise actuelle combine ainsi les vulnérabilités de 1979 et de 1987,
sans leurs mécanismes de résolution.
Fragmentation et recomposition : vers un marché sous contrainte
Comme lors des chocs pétroliers précédents, les États européens
mettent en place des mesures de soutien. Mais contrairement aux années
1970, où les politiques d’efficacité énergétique et de diversification
(nucléaire, mer du Nord) avaient permis une adaptation structurelle, la
réponse actuelle demeure largement budgétaire. La crise confirme une
évolution amorcée depuis les années 2010 et puissamment révélée après la
rupture avec les facilités énergétiques russes du fait de son agression
de l’Ukraine. Cette fragmentation du marché énergétique se caractérise
par la réorientation des exportations russes vers l’Asie, accélérée
après 2022. Elle rappelle que le pétrole n’est pas seulement une
marchandise globale, mais un outil de puissance géopolitique, comme lors
des embargos depuis 1956.
Enfin, la situation actuelle évoque moins un choc pétrolier classique
qu’une transition vers un système instable, comparable aux périodes de
guerre où la logistique était devenue déterminante. Et ce, en l’absence
d’un acteur capable de combiner production, sécurité et flexibilité. En
cela, la présente crise marque une rupture historique.
Depuis la guerre du Kippour (octobre 1973), le système énergétique
mondial reposait sur un équilibre entre production et sécurité. La crise
actuelle du détroit d’Ormuz en révèle les limites, ces deux dimensions
échouant, pour la première fois, simultanément. Le pétrole n’a jamais
été aussi disponible. Mais il n’a jamais été aussi difficile à
acheminer. Dans cette nouvelle configuration, la puissance ne réside
plus seulement dans la maîtrise des ressources, mais dans celle des
routes. Et c’est précisément là que se joue désormais l’équilibre du
système international.
F) -Interview de Michel Fayad par Arnaud Benedetti : « Le régime ne montre aucun signe de capitulation »
1/ Que change l’élimination d’Ali Larijani ?
Secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale depuis août 2025,
Ali Larijani était devenu, dans les semaines précédant le conflit, le
dirigeant de facto de la République islamique. Il coordonnait la riposte
iranienne depuis le premier jour des frappes et servait de pivot entre
l’appareil sécuritaire et les canaux diplomatiques. Il incarnait aussi,
avec son frère Sadeq, président du Conseil de discernement de l’intérêt
supérieur du régime, l’un des piliers dynastiques d’un système
théocratique où les deux frères ont été, chacun à leur poste, des
instruments fidèles — l’un pour la répression judiciaire, l’autre pour
la projection militaire et diplomatique.
Son élimination fragilise la capacité de coordination du régime sans
le faire tomber. Larijani était un profil rare capable de faire tenir
ensemble l’appareil des Gardiens et un canal diplomatique vers
l’Occident — non par modération, mais par calcul stratégique pour la
survie du système. Ce calcul disparaît avec lui : le régime devient plus
rigide, plus fragmenté dans ses prises de décision, moins capable de
gérer une sortie de crise.
Mais la vraie question n’est pas seulement de savoir si ce régime
mérite de tomber — il le mérite —, c’est ce qui pourrait émerger
ensuite. L’affaiblissement de l’axe chiite ne crée pas l’islamisme
sunnite, déjà implanté depuis longtemps, avec ses réseaux transnationaux
et ses financeurs. En revanche, il libère un espace stratégique que les
forces wahhabites, salafistes et takfiristes, déjà structurées, sont
prêtes à occuper. Les chancelleries occidentales et les analystes
doivent anticiper dès maintenant ce déplacement du centre de gravité de
la menace islamiste, car c’est là que réside le défi le plus durable
pour la région et pour l’Europe.
2/ Où en sommes-nous, au 21 mars, de l’état des opérations conduites par Washington et Tel-Aviv ?
Nous sommes au 21e jour du conflit, officiellement désigné sous les
noms d’opération « Furie épique » du côté américain et « Lion rugissant »
du côté israélien. Le Pentagone a déployé un troisième porte-avions
dans la région et acheminé des renforts aériens, maritimes et terrestres
substantiels. Israël frappe durement le Liban en parallèle, poursuit
l’élimination systématique de figures dirigeantes du régime, et son
porte-parole militaire a déclaré qu’Israël allait « traquer, trouver et
neutraliser » Mojtaba Khamenei, le nouveau Guide suprême.
Les deux alliés ne poursuivent pas exactement les mêmes objectifs.
Washington cherche à détruire les capacités balistiques et nucléaires
iraniennes dans un délai contrôlé, en veillant à la stabilité des
marchés énergétiques. Israël, lui, adopte une ligne maximaliste : il
vise les têtes dirigeantes, dispose de nombreuses cibles encore intactes
et considère qu’il s’agit d’une opportunité historique d’affaiblir
durablement le régime.
De son côté, l’Iran ne montre aucun signe de capitulation. Mohsen
Rezaee, conseiller militaire du nouveau Guide suprême, a posé
publiquement ses conditions pour tout cessez-le-feu : retrait total des
forces américaines du Golfe Persique, réparations intégrales et
garanties de sécurité à long terme. La réponse américaine est ferme :
aucun accord sans reddition inconditionnelle. Ce décalage rend toute
sortie de crise à court terme improbable.
Nous sommes donc dans une guerre réelle, assumée, mais dont le terme
reste incertain. La chute de la République islamique, si elle survient,
sera une délivrance pour les peuples opprimés depuis des décennies — le
peuple iranien d’abord, mais aussi le Liban, saigné par le Hezbollah. La
lucidité stratégique commande néanmoins de s’interroger dès maintenant
sur l’après : le vide laissé pourrait être comblé par des réseaux
wahhabites, salafistes et takfiristes déjà structurés et prêts à agir,
financés par des pétrodollars du Golfe.
3/ Que savons-nous de la structure de commandement du régime ? Qui dirige ?
Le pouvoir iranien fonctionne aujourd’hui selon une architecture de
survie, distribuée et souterraine, sans chef unique clairement
identifiable de l’extérieur. Plusieurs pôles en structurent néanmoins
l’équilibre :
Mojtaba Khamenei est l’autorité formelle, désigné Guide suprême par
l’Assemblée des experts début mars. Sa légitimité reste précaire. Il n’a
exercé aucune fonction exécutive, ne s’est jamais montré en public
depuis sa nomination, et communiquerait uniquement par écrit depuis un
abri sécurisé.
Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et ancien commandant
du CGRI, est la figure la plus active et visible. Il coordonne l’effort
de guerre quotidien, gère les affaires internes et représente la
continuité exécutive du régime.
Mohsen Rezaee, vétéran du CGRI et nouveau conseiller militaire du
Guide suprême, assure la liaison entre le politique et le militaire et
pose les conditions de sortie de crise côté iranien.
Sadeq Larijani, frère d’Ali et président du Conseil de discernement,
reste un relais institutionnel puissant, même si son rôle opérationnel
dans la guerre directe est difficile à apprécier.
Mohammad Ali Jafari, ancien commandant en chef du CGRI, conserve une
influence stratégique sur les opérations asymétriques et les proxies et
alliés régionaux (Hezbollah, Hachd al-Chaabi, Houthis), qui constituent
le levier principal d’action régionale du régime.
Le pouvoir n’est donc pas concentré : il repose sur un équilibre
mouvant entre ces pôles, où le poids du sécuritaire et des réseaux
informels augmente fortement. Le régime tient encore, mais en mode
dégradé, opaque et vulnérable, ayant perdu les profils capables de
penser au-delà de la survie immédiate. La question décisive reste celle
du vide qui se créera derrière lui dans la région et dans le monde, que
les forces islamistes sunnites radicales sont déjà prêtes à exploiter.
Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire,
Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université,
essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient
régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ?
(Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du
discours public et les évolutions de la vie politique française.
Au nombre des nombreux mensonges du régime iranien, découverte en 2002 du programme militaire secret et des sites clandestins d’enrichissement de Natanz et Arak. Découverte du site de Fordo en 2008. Site de la pioche en 2024. Site de Minzadehei en 2026.https://diplomatie.gouv.fr/fr/politique