La réponse à cette question pourrait peser beaucoup plus lourd en 2027 que le seul nom du candidat qui figurera sur le bulletin de vote. » """
L’homme d’affaires* annonce
le lancement de Périclès, un projet de plateforme réunissant plusieurs
initiatives dans le but de former une nouvelle élite politique. Il faut,
selon lui, surmonter les divisions entre les forces de droite pour
mener une bataille culturelle féconde.
*Pierre-Édouard Stérin est le fondateur d’Otium Capital et du Fonds du Bien Commun.
Minoritaire dans les urnes, la gauche
est sans doute plus minoritaire que jamais dans les esprits. Il n'y a
qu'à consulter les enquêtes d'opinion sur l'immigration, la sécurité, la
fiscalité ou les dépenses publiques pour se rendre compte combien les
aspirations des Français sont éloignées des vieilles rengaines que seule
la gauche française, plus urbaine et moins populaire que jamais, ose
encore porter.
La
gauche française est minoritaire, mais elle est habile, doublement
habile même : elle est habile quand elle se partage les circonscriptions
alors que les partis qui la composent ne sont d'accord sur rien, et
habile encore quand, à grand renfort d'une communication tonitruante,
elle fait croire au pays qu'elle a gagné les élections alors que 75 % des Français n'ont pas voté pour elle.
À lire aussi
Pierre-Édouard Stérin, au nom du bien commun
Si elle devait tenir les rênes de la France, non seulement cela plongerait le pays dans un chaos économique sans précédent…
https://www.lefigaro.fr/vox/politique/pierre-edouard-sterin-face-aux-injonctions-des-deconstructeurs-ne-plus-courber-l-echine-20240717
Compte rendu de réunion n° 36 - Commission d'enquête concernant l'organisation des élections en France
M. le président Thomas Cazenave. Avant
de céder la parole à M. Arnaud Rérolle, je souhaite rappeler le cadre
dans lequel s’inscrit son audition. Notre commission d’enquête a pour
mission d’examiner les conditions de l’organisation des élections en
France. Son périmètre ne s’arrête pas aux seuls aspects logistiques,
juridiques ou techniques pilotés par l’État, les collectivités
territoriales ou les autorités indépendantes, dont nous avons auditionné
les représentants ces derniers mois. Nous nous attachons aussi à
comprendre les évolutions profondes de notre environnement
démocratique : progression de l’abstention, tensions sur le recrutement
des personnels électoraux, mutations numériques, influence des réseaux
sociaux, risques d’ingérences étrangères, transformations de l’offre
politique.
C’est bien ce dernier point – l’émergence, en dehors des formations
politiques traditionnelles, d’acteurs nouveaux engagés dans la vie
publique –, qui est l’objet principal de la présente audition. Le projet
Périclès, que vous dirigez, en constitue en effet un exemple
particulièrement abouti. Selon les documents rendus publics par la
presse, il reposerait sur une stratégie d’influence assumée, de nature à
la fois politique, idéologique et opérationnelle, et articulée autour
de trois axes : la formation de futurs élus locaux, l’accompagnement
ciblé de certaines forces politiques et la constitution d’un vivier de
cadres destinés à exercer le pouvoir administratif et politique.
Dans une tribune publiée en février dernier dans les colonnes du Figaro, vous affirmiez d’ailleurs : « nous
avons créé Périclès […] afin de susciter, conseiller et financer des
initiatives citoyennes en vue de constituer un écosystème politique et
économique favorable au développement de la France. »
Cette déclaration éclaire, je le crois, votre intention, qui n’est pas
simplement de participer au débat public, mais de structurer un
véritable écosystème d’action, d’influence et de conquête politique,
pour peser sur le paysage politique français et sur les échéances
électorales à venir. D’après les documents dont la presse se fait
l’écho, l’objectif est d’obtenir une « victoire électorale » en identifiant des candidats et en mettant à leur disposition « tous les outils nécessaires (big data, médias, ressources humaines, financements) ».
Ces éléments soulèvent, vous en conviendrez, des interrogations
légitimes. D’abord, les personnes morales, à l’exception des partis
politiques, ne peuvent participer ni directement ni indirectement au
financement des campagnes électorales. Les moyens humains, matériels ou
financiers que votre structure mettrait à disposition de certains
candidats pourraient être analysés à l’aune de ce cadre juridique.
Par ailleurs, les partis politiques sont soumis à des règles
strictes en matière de transparence financière, de contrôle et de
déclaration. Votre organisation, qui, à notre connaissance, ne présente
pas directement de candidats mais en soutiendrait certains de manière
active, échapperait à ces obligations – à moins que vous estimiez
qu’elle se rapproche en réalité d’un parti politique –, ce qui pose une
question de fond, qui relève bien des travaux de notre commission, quant
à la transparence du financement de la vie démocratique.
L’objectif de cette audition n’est pas de débattre du fond des idées
que vous défendez, mais de savoir comment votre projet s’inscrit dans
le cadre légal et réglementaire qui régit notre vie politique, et plus
particulièrement les grands moments démocratiques que sont les
élections. Je vous invite donc à nous présenter en détail le
fonctionnement, les objectifs, les moyens et la nature du projet
Périclès.
L’article 6 de l’ordonnance du 17 novembre 1958 relative au
fonctionnement des assemblées parlementaires impose aux personnes
auditionnées par une commission d’enquête de prêter le serment de dire
la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.
(M. Arnaud Rérolle prête serment.)
M. Arnaud Rérolle, directeur général de Périclès. Je
tiens à vous remercier de votre invitation, même si j’ai exprimé une
certaine surprise à la réception de ma convocation – peut-être aurai-je
l’occasion d’y revenir. Permettez-moi de me présenter brièvement avant
d’exposer la genèse de Périclès et le contenu de nos activités, puis de
partager quelques réflexions liées à vos travaux.
J’ai 32 ans, je suis le troisième d’une fratrie de quatre enfants
ayant des racines bourguignonnes et lozériennes, et je suis moi-même
marié et père de trois jeunes enfants. C’est d’ailleurs la raison pour
laquelle je n’étais pas disponible pour honorer ma première convocation,
passant les vacances scolaires avec ma famille en Bretagne. Je vous
remercie de votre compréhension et d’avoir accepté de reporter cette
audition à une date plus propice. Après des études supérieures à
l’université Bocconi de Milan, puis à l’Essec – École supérieure des
sciences économiques et commerciales – de Cergy-Pontoise, dont je suis
sorti diplômé en 2016, j’ai démarré ma carrière dans une société
technologique puis ai travaillé quelques années dans une entreprise
d’investissement industriel avant de commencer ma collaboration avec
Pierre‑Édouard Stérin.
En parallèle de mon parcours académique et professionnel, j’ai
toujours eu un goût très prononcé pour la chose publique, sans avoir eu
l’occasion de me présenter au suffrage – raison pour laquelle je salue
le courage et l’engagement de ceux qui s’y soumettent, pour peu,
évidemment, qu’ils le fassent en vue de faire vivre notre démocratie.
Je me suis toujours retrouvé dans un socle de valeurs qu’on a
tendance à positionner à droite de l’échiquier politique, sans pour
autant être attaché à une quelconque formation. J’ai toujours été
convaincu que la société civile a un rôle essentiel à jouer pour faire
vivre notre démocratie, à laquelle je suis très attaché. Je crois même
que l’engagement citoyen est une solution à la profonde crise de
confiance qui mine les liens entre les Français et la politique. J’ai
effectivement écrit une tribune en ce sens dans Le Figaro en février dernier.
Après réflexion, Pierre-Édouard Stérin et moi-même en sommes venus à
poser trois constats. D’abord, la situation économique, sociétale et
morale de notre pays a atteint un niveau critique. Ensuite, la relation
des Français à la politique connaît une crise profonde. Enfin, s’il
existe en France depuis des décennies un écosystème d’associations
structuré et financé – que ce soit par des subventions publiques ou par
des philanthropes généreux –, il n’existe aucune organisation cherchant à
soutenir et à faire émerger, de manière structurée, des initiatives
citoyennes promouvant dans le débat public les valeurs libérales et
conservatrices auxquelles nous sommes attachés. C’est donc dans un souci
de rééquilibrage démocratique, lié à notre attachement au pluralisme,
que nous avons jugé opportun de lancer une organisation agissant dans le
champ métapolitique pour promouvoir ces valeurs.
Vous nous avez qualifiés d’acteur nouveau. S’il est vrai que nous
nous sommes lancés il y a seulement un an et demi, en fin d’année 2023,
il me semble toutefois que rien de ce que nous faisons n’est
particulièrement nouveau : le débat, la promotion d’idées ont toujours
fait partie de la vie démocratique. Les think tanks y jouent un rôle
essentiel et ont toujours été financés par des tiers, sans que cela pose
problème. La particularité de notre démarche tient surtout à la grande
transparence dont nous faisons preuve, et probablement aussi à nos
méthodes, inspirées de l’univers dont nous sommes issus, à savoir le
secteur privé.
Périclès est une société d’intelligence politique, qui suscite,
conseille et finance des initiatives citoyennes en vue de constituer un
écosystème économique et politique favorable au développement de la
France. Nous agissons donc dans le champ des idées et de leur diffusion
auprès du plus grand nombre. Concrètement, nous sommes une pépinière de
projets métapolitiques, que nous créons – en accueillant des
entrepreneurs et en leur donnant les moyens de monter une initiative
citoyenne – ou que nous accompagnons et aidons à passer à l’échelle
supérieure. Nous nous concentrons principalement sur trois types
d’initiatives : le soutien aux think tanks, médias et cercles de
réflexion qui produisent, diffusent et promeuvent des idées dans
l’espace public ; le développement de solutions technologiques
favorisant la professionnalisation de l’action publique ; la formation,
qui permet de faire émerger de nouveaux décideurs susceptibles de
s’approprier ces idées.
Nous ne prétendons pas être apolitiques et assumons pleinement notre
positionnement à droite – Pierre-Édouard Stérin dirait qu’il se
considère au centre de la droite. Nous ne sommes certainement pas de
gauche – surtout au vu de ce qu’elle est devenue, même si une part
significative de la gauche républicaine peut, je le crois, se retrouver
dans les valeurs et les idées que nous défendons, et nous nous en
réjouissons. J’insiste en revanche sur le caractère totalement non
partisan de notre action. Nous connaissons parfaitement le code
électoral notamment son article L. 52-8, et nous nous conformons, dans toutes nos actions, à la loi.
Depuis le lancement de Périclès, nous avons étudié plus de
600 dossiers et en avons retenu moins de 15 %, ce qui montre la grande
rigueur et l’exigence de nos équipes. Nous avons déployé environ
8 millions d’euros en 2024 pour soutenir une cinquantaine d’initiatives
et nous ambitionnons, en 2025, de déployer une vingtaine de millions
d’euros pour un nombre similaire de projets. À ce jour, Pierre-Édouard
Stérin est, à titre personnel, l’unique contributeur financier de
Périclès, mais nous envisageons de diversifier nos ressources dès cette
année et d’attirer d’autres contributeurs susceptibles d’être intéressés
par nos actions. Nous avons recruté une dizaine de personnes, que je
tiens à remercier pour leur engagement, la qualité de leur travail et
leur rigueur. Je suis très fier de diriger cette équipe et du travail
qu’elle accomplit, ainsi que de tous les projets que nous soutenons.
Nous agissons de manière transparente, ce dont témoignent les
nombreuses tribunes et réponses aux sollicitations de la presse rendues
publiques ces derniers mois. Je suis donc ravi de répondre à vos
questions.
J’ai bien compris l’objet de cette commission d’enquête et j’ai bien
noté que vos principaux axes de travail concernent l’inscription sur
les listes électorales, la propagande, ou encore la gestion des bureaux
de vote. Si j’avais exprimé une certaine surprise dans mon courriel de
réponse à votre convocation, c’est parce qu’il me semblait que, lors de
l’examen de la recevabilité de la proposition de résolution tendant à
créer votre commission, le 20 novembre 2024, M. le rapporteur avait
explicitement exclu le financement des campagnes électorales de ses
travaux, déclarant : « Nous avons […] souhaité limiter le champ de notre
commission d’enquête aux éléments que j’ai cités ainsi qu’à la question
des sondages. […] Cela représente déjà beaucoup de travail. Restons
concentrés sur ces sujets ».
Je me réjouis toutefois que vous ayez changé d’avis et je suis tout
disposé à répondre à vos questions. J’espère – j’en suis même certain –
que, puisque la question des personnalités ou organisations s’attachant à
diffuser leurs idées dans le débat public concerne votre commission,
vous serez amenés à interroger prochainement d’autres personnalités,
comme M. Legrain, qui a financé à hauteur de 400 000 euros la Primaire
populaire dont l’objectif était de faire émerger un candidat unique pour
la gauche, ou encore M. Pigasse qui, le 11 janvier 2025, déclarait dans
Libération : « J’ai pris
position pour le Nouveau Front populaire. […] Il y a un combat majeur à
mener […]. Je veux mettre les médias que je contrôle dans ce combat, au
service d’une conception ouverte du monde […]. Je mets mes intérêts
financiers au service de mes idées. » Nul doute que ces prises de
position intéresseront aussi votre commission.
Enfin, j’ai été étonné de découvrir la nouvelle date d’audition dans la presse, en l’occurrence dans Mediapart,
qui a publié un article environ trente minutes avant que je reçoive une
convocation officielle, et vingt-quatre heures avant que M. Stérin
reçoive la sienne. S’agissant d’une commission d’enquête consacrée aux
élections en France, donc aux liens que certaines organisations
politiques pourraient nouer avec des acteurs du débat public, voilà qui
me semble poser une question intéressante.
M. le président Thomas Cazenave. Avant
de donner la parole au rapporteur, je tiens à apporter quelques
précisions, qui ont d’ailleurs donné lieu à un courrier argumenté de ma
part, pour – pardon de le dire – insister sur votre présence et celle de
M. Stérin.
À mesure que nous cheminons dans nos travaux, nous pouvons être
amenés à programmer de nouvelles auditions. Les événements survenus dans
d’autres pays, où des élections ont dû être annulées, nous ont par
exemple incités à nous arrêter sur la question fondamentale des risques
d’ingérence étrangère et sur le rôle des réseaux sociaux, car nous
estimons qu’il y a là une faiblesse potentielle dans le bon déroulement
des élections en France. L’inclusion de la question du financement dans
le champ de nos travaux a quant à elle fait l’objet d’un débat entre les
membres de la commission d’enquête lors de notre réunion constitutive.
Nous avons choisi de l’intégrer, car la bonne tenue des élections
suppose que les règles régissant leur financement soient effectivement
respectées.
Nous avons ainsi eu l’occasion d’entendre le président de la
Commission nationale des comptes de campagne et des financements
politiques (CNCCFP), qui a évoqué le cas de Périclès et exprimé
certaines interrogations qui seront probablement au cœur de nos échanges
aujourd’hui, notamment celle de savoir comment cette nouvelle
initiative politique s’intègre dans le cadre légal et réglementaire. Il
est bien de la responsabilité de la représentation nationale de
s’assurer que les lois en vigueur, particulièrement celles qui portent
sur l’organisation de la vie politique et les élections, sont bien
respectées.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Il
est vrai que le financement de la vie politique ne faisait pas,
initialement, partie du champ de la commission d’enquête, qui me
semblait avoir déjà beaucoup de travail. En réponse à la proposition du
Rassemblement national et du groupe EPR, j’avais cependant indiqué que
nous pourrions peut-être nous y intéresser à la fin de nos travaux. Nous
y sommes. J’aurais préféré que votre audition intervienne plus tôt,
mais vous étiez malheureusement indisponible à la date initialement
prévue. Nous avons d’ailleurs fait preuve d’une certaine mansuétude en
acceptant de la reporter, car vous n’êtes pas sans savoir que
l’article 6 de l’ordonnance du 17 novembre 1958 dispose que « toute
personne dont une commission d’enquête a jugé l’audition utile est tenue
de déférer à la convocation qui lui est délivrée ». Nous avons été
plutôt patients et c’est dans l’ordre des choses.
Pourquoi avons-nous jugé utile de vous auditionner ? Parce que le journal L’Humanité
a rendu public un document, qui semble être un document de travail de
Périclès, comportant plusieurs éléments qui nous ont intéressés, en lien
avec la question du financement des élections. Il y est notamment fait
mention de « trois objectifs pour servir et sauver la France ». Le
premier est la « victoire idéologique », qui suppose, dites-vous, de
« rendre nos idées majoritaires dès maintenant, […] imposer nos thèmes
et en maîtriser la fenêtre d’Overton […], décrédibiliser et attaquer les
idées adverses », celles-ci étant définies de la manière suivante :
« hyperétatisme, socialisme et assistanat, lois liberticides, wokisme,
refus des limites, laïcité agressive, refus de la préférence nationale,
islamisme, immigration incontrôlée ».
Le deuxième objectif est la « victoire électorale », votre souhait
étant de « faire la différence lors des élections d’ici à deux ans ». Le
document ayant été établi en fin d’année 2023, cette perspective inclut
les élections européennes, voire les élections municipales à venir.
Cette dernière question prend un relief tout particulier, puisque vous
annoncez vouloir « permettre au Rassemblement national de transformer
ses derniers succès électoraux en victoire aux municipales 2026 » et
faites mention, « à date », d’un « projet validé par la direction et
l’état-major du RN aux Estivales 2023 ». Dans la perspective des
échéances électorales à venir, vous indiquez également vouloir
« influencer les sujets traités lors des européennes (2024) » – il
s’agirait donc d’influer sur les thèmes abordés au cours de la
campagne –, « aider à remporter plus de 1 000 mairies (2026), aider à
remporter la présidentielle » et une « majorité absolue (2027) ». Vous
assurez enfin que « cette première mission de conseil ne rend le RN ni
exclusif ni prioritaire par rapport aux autres partis ». C’est sans
doute ce à quoi vous faites référence quand vous affirmez ne pas vous
inscrire dans une logique partisane mais qui vise à faire gagner, d’une
certaine manière, la droite.
D’après vous, Périclès se distingue d’autres structures
préexistantes par le caractère transparent de son action – vous l’avez
même dit deux fois. Pourtant, s’il y a une organisation qui ne semble
pas transparente, c’est bien Périclès ! Pierre-Édouard Stérin a annoncé
son existence quelques jours seulement avant les révélations de L’Humanité,
ce qui donne l’impression qu’il s’y est résolu contraint et forcé.
Votre site internet ne présente d’ailleurs que vingt-trois projets – et
un autre dont le contenu n’est pas accessible –, alors que vous nous
dites en avoir financé une cinquantaine en 2024 et que vous projetez
d’en soutenir autant en 2025. Si vous avez effectivement retenu 15 % des
600 dossiers reçus, soit 90 projets, cet objectif est en passe d’être
atteint. Pouvez-vous dresser la liste des dossiers financés par Périclès
et des montants associés ?
M. Arnaud Rérolle. L’article de L’Humanité n’était pas une « révélation », dans la mesure où le média La Lettre
s’était fait l’écho dès avril 2024, donc quelques mois plus tôt, du
lancement par Pierre-Édouard Stérin d’une initiative intitulée Périclès,
en citant quelques collaborateurs impliqués dans le projet. Par la
suite, Pierre-Édouard Stérin a effectivement publié une tribune. Le JDD avait d’ailleurs mentionné le document auquel vous faites référence avant L’Humanité,
dont la couverture a par ailleurs été particulièrement caricaturale et
tronquée, ce qui n’est pas forcément surprenant au vu du positionnement
de ce journal.
Nous avons toujours eu pour ambition de rendre nos activités
publiques. Je l’ai dit, Périclès est né en fin d’année 2023 après
plusieurs mois de réflexion. En tant qu’organisation privée, qui finance
ou crée des initiatives citoyennes conduites par des associations ou
des entreprises – ce peuvent être des think tanks participant à la vie
publique, des médias, des entreprises proposant des solutions
technologiques, ou encore des organismes de formation –, nous avons fait
le choix de jouer la transparence en créant un site internet, en
répondant aux sollicitations de la presse et en nommant certaines des
initiatives que nous avons soutenues, sans prétendre toutes les lister,
parce que la loi ne nous y oblige pas. Nous sommes uniquement tenus de
respecter le droit en vigueur, notamment pour ce qui concerne le type
d’organisations financées. Je ne suis pas en mesure d’énumérer de tête
toutes les organisations que nous avons soutenues, mais je pourrai citer
les principales.
Le document publié par L’Humanité
en juillet 2024 date de septembre 2023. Il est donc vieux de près de
deux ans. Dans le cadre de travaux exploratoires et de réflexion, nous
avons couché sur le papier un certain nombre d’idées, d’initiatives et
de projets que nous envisagions de développer car ils nous paraissaient
pertinents. Ensuite, à mesure que notre réflexion a progressé – un peu à
l’instar des travaux de votre commission, si vous me permettez cette
analogie –, nous avons pu identifier de nouveaux sujets à traiter, en
mettre certains de côté ou modifier l’ordre de nos priorités. J’assume
ce document, dont je suis l’auteur, mais certains des éléments qui y
sont présentés ne sont plus d’actualité.
S’agissant notamment des municipales, nous avions effectivement jugé
intéressant de regarder ce qui pourrait être fait et avions envisagé de
mener une mission rémunérée – le cadre légal nous l’aurait permis, au
même titre que des prestataires peuvent répondre à une sollicitation ou
proposer des solutions à des organisations politiques. Il se trouve que
cette mission spécifique n’a pas abouti.
En revanche, étant convaincus que l’engagement citoyen, notamment au
niveau local, est essentiel pour l’avenir de la démocratie, nous avons
décidé de soutenir, au cours du premier trimestre 2024, l’organisation
Politicae fondée, je crois, en 2023 par deux jeunes maires et qui a
vocation à fournir des solutions didactiques sur l’engagement local
– notamment dans le cadre des élections municipales – à toutes les
personnes intéressées. Nous lui avons apporté une aide significative
pour lui permettre de renforcer son activité, qui consiste
essentiellement en un blog reprenant des éléments publics relatifs au
code électoral ou à la gestion d’une commune, en des tutoriels vidéos
disponibles en libre accès, et en des séminaires organisés
régulièrement, à Paris comme en province. Politicae fournit ainsi une
boîte à outils technologiques et civiques accessible à tous, qui nous
paraît pertinente dans une perspective de promotion de l’engagement
local. Voilà qui me permet de répondre explicitement sur au moins un
projet que nous avons soutenu de manière significative en 2024.
M. le président Thomas Cazenave. Pour
la clarté du débat, je souhaite que vous nous apportiez une précision
fondamentale. Certaines questions de M. le rapporteur se fondent sur un
document révélé par le journal L’Humanité.
Vous reconnaissez que ce document existe – vous indiquez en être
l’auteur –, mais vous soulignez qu’il a été rédigé il y a deux ans et
que depuis, le projet a pu évoluer. Cette base de départ est très
importante, car certains objectifs mis en avant dans ce document nous
interpellent au plus haut point ; nous souhaitons savoir si vous les
maintenez. Je les rappelle : former des élus locaux, accompagner
certaines formations politiques, constituer un vivier de cadres destinés
à exercer le pouvoir politique, arriver à la victoire électorale en
identifiant des candidats et en mettant à leur disposition tous les
outils nécessaires : big data, médias, ressources humaines, financement.
Est-il toujours d’actualité pour Périclès de détecter et
d’accompagner des candidats ? Avez-vous des liens privilégiés avec
certaines formations politiques ? L’accompagnement éventuel de candidats
se fait-il de manière gracieuse ou rémunérée ? J’insiste sur ce point,
car nous essayons de comprendre la nature des activités de Périclès au
regard du cadre législatif et réglementaire. Êtes-vous un quasi-parti
politique, un parti politique ? Il existe de nombreux think tanks, mais
rares sont ceux qui préparent directement des candidats. Votre objectif
est-il toujours, comme vous l’affirmez dans le document, de préparer la
stratégie électorale de candidats que vous accompagnez, que vous
financez et que vous dotez d’outils matériels, technologiques et
numériques ?
M. Arnaud Rérolle. Je
vous confirme que ce document existe ; il a été diffusé à notre insu,
quand bien même nous avions vocation à communiquer sur l’existence de
Périclès et sur le contenu de nos activités.
Comme je l’ai expliqué dans mon propos liminaire, Périclès est une
organisation qui assume un positionnement libéral-conservateur, qui
défend un certain nombre de valeurs et qui souhaite utiliser tous les
moyens légaux à sa disposition pour diffuser et promouvoir ses idées.
Nous le faisons en soutenant des organisations qui sont soit des
associations, soit des entreprises. J’ai insisté sur le fait que
Périclès était une pépinière : mon métier est d’instruire des dossiers
pour identifier s’ils sont pertinents et si nous souhaitons les
accompagner. Nous donnons les moyens à des entrepreneurs de développer
leur activité.
Périclès est donc une structure qui soutient d’autres organisations,
lesquelles déploient ensuite leur activité – Politicae, par exemple,
propose de nombreux outils sur sa plateforme en ligne à ceux qui
s’intéressent aux élections municipales.
Périclès ne forme pas de candidats et n’en accompagne pas, ni
gracieusement ni de manière rémunérée. En revanche, Périclès peut tout à
fait être amené à soutenir des initiatives qui, dans le respect du code
électoral, proposeraient à des candidats des solutions – formations,
outils technologiques – pour mener leur campagne. Cela répond-il à votre
question ?
M. le président Thomas Cazenave. Je
vous avais demandé si vous aviez un lien privilégié avec des formations
politiques, comme l’indique le document dont vous dites être l’auteur.
M. Arnaud Rérolle. Nous
avons, je vous l’ai dit, un positionnement politique assumé, et notre
vocation est de faire gagner nos idées. Ces idées, libérales
conservatrices, expliquent notre attachement à certains grands principes
comme la liberté, la prospérité et la sécurité. Nous avons la volonté
que ces idées émergent et soient reprises par le plus grand nombre,
qu’il s’agisse du grand public ou des décideurs politiques. Il nous
arrive de rencontrer des personnalités politiques dans le but de
promouvoir nos idées, et nous avons des liens privilégiés avec tous ceux
qui les partagent. Le champ libéral-conservateur est suffisamment large
pour accueillir, notamment, des personnes très attachées aux principes
libéraux économiques que nous partageons.
Pour le dire différemment, nous nous attachons à soutenir des
projets et à discuter avec des personnes qui partagent les vues que nous
voulons promouvoir. À titre d’exemple, nous sommes convaincus qu’il
faut promouvoir la liberté d’entreprendre et la liberté d’action des
entrepreneurs auprès de tous ceux qui sont prêts à se saisir de ces
idées – la formation politique à laquelle vous appartenez, monsieur le
président, est également sensible à ces sujets. Le lien que nous
entretenons avec des personnalités est donc lié à leur sensibilité aux
thèses que nous défendons.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Le document rendu public par L’Humanité classe
des personnalités dans différentes catégories : « relation de
confiance/influence réelle », comme M. Bardella et Mme Le Pen ;
« relation active mais pas de réelle influence », comme M. Ciotti,
M. Retailleau, M. Tanguy et Mme Maréchal ; « relation activable via
accès » ; « pas de relation activable à date », comme M. Sarkozy,
M. Zemmour et M. Philippe. Où en êtes-vous aujourd’hui ? L’objectif à
fin 2024 était le suivant : « 80 % des profils prioritaires en relation
de confiance ou influence réelle, contre 30 % aujourd’hui. » Suivaient
des questions pour le comité exécutif : « Quels
sont les autres profils prioritaires avec qui nous devons nouer une
relation de confiance/influence réelle ? Qui sont, pour chaque profil
prioritaire, les responsables capables de devenir l’homme de confiance ?
Quelles sont les personnes manquantes sur cette cartographie
(potentiels dirigeants de demain) ? » Comment rester transpartisan tout
en travaillant étroitement avec des concurrents, puisqu’il y a des gens
qui viennent de plusieurs partis – partis néanmoins assez marqués à
droite ?
Où en êtes-vous de ces relations ? Par exemple, avez-vous des
relations de confiance ou une influence réelle sur M. Retailleau, qui
est aujourd’hui ministre de l’intérieur, ou avec d’autres personnalités
figurant dans cette liste ?
M. Arnaud Rérolle. Lors
des travaux exploratoires qui ont précédé la création de Périclès, il
nous a paru évident de cibler en priorité des personnalités qui
pouvaient partager de manière significative un socle commun d’idées que
nous défendons ; c’est la raison pour laquelle nous en avons dressé la
liste. Encore une fois, nous défendons des idées et souhaitons qu’elles
soient reprises par le plus grand nombre – je serais ravi de rencontrer
des parlementaires de La France insoumise pour leur présenter nos vues
concernant la liberté ou la sécurité, sans aucune relation
d’exclusivité, quelle qu’elle soit.
Le terme « influence » employé dans le document se rapporte à la
qualité des échanges que nous avons avec ces personnes, et surtout à
leur sensibilité aux idées que nous défendons. Nous n’avons pas
l’outrecuidance de prétendre manipuler des personnalités politiques qui
ont fait preuve de liberté et d’une forte indépendance tout au long de
leur carrière. Ce serait leur faire injure que de croire qu’elles
pourraient être manipulées.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Vous n’avez pas répondu à ma question.
M. Arnaud Rérolle. Comme
je vous l’ai dit, nous rencontrons différentes personnalités, mais mon
métier principal est de rencontrer des entrepreneurs qui montent des
projets et des organisations. Je n’ai pas de relation étroite, de
proximité ou d’influence avec les décideurs, notamment avec le ministre
de l’intérieur.
M. Antoine Léaument, rapporteur. C’est
intéressant car vous dites : « je n’ai pas de relation de confiance »,
or le document parle de trouver « les responsables capables de devenir
l’homme de confiance ». Êtes-vous en relation avec des relais de
confiance de responsables politiques listés dans le document ?
M. Arnaud Rérolle. Nos
relais de confiance, sur lesquels nous pouvons nous appuyer, sont les
personnes qui incarnent les idées que nous voulons défendre. Si vous me
demandez si les personnes avec lesquelles nous discutons discutent
elles-mêmes avec des personnalités politiques, la réponse est
probablement – et évidemment – oui. Mais, pour répondre explicitement à
votre question, nous ne mettons évidemment pas ce tableau à jour toutes
les semaines pour actualiser les scores de confiance des uns et des
autres.
M. le président Thomas Cazenave. Notre
objectif n’est pas de débattre au fond des idées que vous défendez,
mais de comprendre comment votre action s’insère dans le cadre légal et
réglementaire. Vous expliquez que vous respectez les règles de
financement de la vie politique et j’ai compris de ce que vous m’avez
dit que vous ne financez pas directement des candidats. Vous me le
confirmez ?
M. Arnaud Rérolle. Périclès
ne finance pas de candidats, ni directement ni indirectement. Je suis
au clair de l’article L. 52-8 du code électoral qui indique qu’une
personne morale ne peut ni financer des candidats ni leur apporter des
avantages en nature dans le cadre d’élections. Nous avons parfaitement
conscience de ce cadre légal. C’est pourquoi j’insiste sur le fait que
notre activité consiste aujourd’hui à produire et à soutenir des idées,
ce que nous assumons complètement, dans le respect du cadre légal. Les
organisations plutôt positionnées à gauche que j’ai citées dans mon
propos liminaire, ainsi que d’autres think tanks ou les organisations
qui les financent, assument aussi leurs idées et rencontrent des
personnalités politiques pour leur faire part de leurs réflexions et de
leurs travaux. C’est dans ce cadre que nous nous inscrivons.
M. le président Thomas Cazenave. Vous
ne financez pas seulement des entreprises, mais aussi des projets
« métapolitiques », pour reprendre votre terme, c'est-à-dire des
organisations dont j’imagine qu’elles peuvent mener des combats
politiques et défendre des idées, voire lancer des initiatives qui
influent directement sur la vie politique– Politicae, par exemple,
accompagne des candidats. En quoi cela se distingue-t-il d’une forme de
soutien ou de financement, même indirect, d’une activité politique – ce
qui relèverait de l’article du code électoral que vous avez cité ?
Quelles précautions prenez-vous et quelles garanties pouvez-vous
apporter en la matière ? Le document révélé par L’Humanité
sème le trouble, puisque vous dites y préparer des candidats en vue
d’une victoire électorale. L’objectif de la commission d’enquête est de
comprendre si le financement d’un projet métapolitique n’a pas pour
conséquence de soutenir indirectement, par la voix d’un tiers, un
candidat et une formation politique.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Vous
affirmez respecter le code électoral et ne pas financer de candidats
dans le cadre d’élections. La loi électorale vise à protéger notre
démocratie d’influences financières qui produiraient des inégalités :
toutes les dépenses associées à un candidat ou à une liste électorale
doivent passer par un compte de campagne, pour pouvoir être tracées ;
elles doivent respecter un plafond afin de garantir une forme d’égalité
entre les candidats – même si certains ont davantage de moyens que
d’autres.
Vous dites ne pas financer de candidats dans le cadre d’élections,
mais qu’en est-il autour des élections ? Dans le document dont nous
avons connaissance, au paragraphe « victoire électorale », vous dites
vouloir « former au combat électoral des candidats » et « mettre à leur
disposition tous les outils nécessaires (big data, médias, ressources
humaines, financement) ». Il pourrait donc y avoir une forme de
participation légale à des campagnes politiques en amont de leur date
officielle, sous la forme de préparations de candidats ou de
précampagnes. Est-ce l’objectif de Périclès ?
M. Arnaud Rérolle. L’objectif
de Périclès, comme je l’ai déjà indiqué, est de soutenir et de faire
émerger des initiatives citoyennes qui permettent de constituer un
écosystème favorable au développement de la France et de promouvoir nos
idées.
Les garanties que nous prenons quant au respect de la loi sont communes à notre activité : lorsque nous décidons de soutenir une organisation – association ou entreprise –, nous procédons à une due diligence – pardonnez-moi cet anglicisme barbare –,
c’est-à-dire que nous étudions les projets dans toutes leurs
composantes, y compris légales. Nous recourons à des conseils juridiques
pour nous assurer que ces initiatives respectent la loi. Je me permets
de vous livrer une réflexion en cours, qui n’est pas aboutie mais qui
pourrait constituer une garantie supplémentaire :
nous réfléchissons à la mise en place d’une charte qui rappellerait des
règles de droit essentielles et que nous signerions avec les
organisations que nous déciderions de soutenir.
Vous établissez une distinction entre la période électorale et la
précampagne. Il est tout à fait possible – et conforme à la loi – que
Périclès investisse dans des organisations qui apportent des solutions à
des candidats dans le cadre d’une campagne électorale. Nous pouvons,
par exemple, décider d’investir dans une entreprise qui propose de
l’analyse de données électorales et des missions de conseil en la
matière. Cette entreprise peut elle-même accompagner des clients lors
d’une précampagne – pour les aider à réfléchir à leurs besoins, leur
fournir une analyse électorale –, mais aussi pendant la campagne dans le
cadre d’une mission facturée, encadrée par la loi.
J’insiste sur le fait que nous ne finançons pas la vie politique, ni
directement ni indirectement ; nous soutenons des initiatives qui, dans
le cadre légal, apportent des solutions technologiques utiles pour
professionnaliser l’action publique. J’ai mentionné l’analyse de données
électorales, mais nous pourrions aussi parler des outils de
communication. Ce n’est pas le cas à ce jour, mais nous pourrions
décider d’investir dans une agence de communication qui vendrait des
prestations de service à des clients pouvant être des candidats. Ces
prestations seraient parfaitement légales – vous le savez, monsieur le
rapporteur, puisque c’était votre métier avant de siéger à l’Assemblée
nationale. Elles peuvent répondre à un besoin de professionnalisation de
candidats en matière de communication, et entrent dans leurs comptes de
campagne.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Il faut distinguer les structures
qui viennent en aide aux candidats et entrent bien dans le cadre légal
– analyse de données électorales, cartographie… –, et tout ce qui
gravite autour de l’élection : activité médiatique, thèmes de campagne,
sondages.
Le financement des structures qui aident les candidats dans le cadre
d’une élection sont régies par la loi électorale et payées sur les
comptes de campagne. Cela ne pose pas de problème. En revanche, ce qui
se passe en amont de l’élection est plus problématique. Les documents
dont nous disposons et vos explications nous donnent l’impression que
vous misez d’une certaine manière sur des individus qui s’approchent de
votre idéologie libérale conservatrice – Périclès est l’acronyme de
patriotes, enracinés, résistants, identitaires, chrétiens, libéraux,
européens, souverainistes – et que vous pourriez les soutenir dans la
période qui précède l’élection. Est-ce le cas ? Si oui, cela passe-t-il
par les structures que vous financez ? Leurs prestations – formations,
accès à des données… – sont-elles gratuites ou payantes ? Pourrait-il
exister une forme de financement un peu détourné dans laquelle vous
essayeriez de professionnaliser des candidats en leur permettant de
faire campagne à temps plein avant le début officiel de la campagne, par
exemple en finançant des prestations de service dispensées par des
autoentrepreneurs ou des associations ?
M. Arnaud Rérolle. Avant
d’être un acronyme, Périclès est un stratège athénien particulièrement
attaché à la démocratie, qui a fait retrouver son âge d’or à sa cité.
Nous avons voulu nous placer sous son patronage – pour l’anecdote, je
venais de lire ces paroles de Périclès relatées par Thucydide : « Il n’y
a pas de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. » C’était
aussi l’occasion d’énoncer nos sensibilités et les valeurs que nous
promouvons. J’assume sans difficulté le fait que nous soyons patriotes
et que nous aimions notre pays – tout le monde d’ailleurs devrait aimer
son pays et être patriote. La question de l’enracinement est
essentielle ; Simone Weil y voyait un besoin naturel de l’homme.
Personne ici ne remettra en question l’héritage de la Résistance. Nous
sommes attachés à l’identité, particulièrement dans une société qui
parfois la remet en question de manière significative. L’héritage
chrétien de notre civilisation nous paraît essentiel. Nous sommes
attachés à la liberté, premier mot de notre devise républicaine à
laquelle je crois que vous êtes également très attaché, monsieur le
rapporteur, ce qui nous fait un point commun. Nous sommes européens et
attachés à notre continent, à son histoire. Enfin, nous sommes
souverainistes : les enjeux de souveraineté sont essentiels et dépassent
les clivages politiques. Telle est la variété des sensibilités que
Périclès veut incarner.
Pour le reste, nombre de formations dispensées par les structures
que nous soutenons ne s’adressent pas à des décideurs politiques, ni
actuels ni à venir : apprendre à débattre en public, apprendre à
s’engager dans la vie citoyenne, promouvoir l’engagement citoyen sous
toutes ses formes, au-delà de la dimension politique, au service de la
cité et du pays.
Concernant les aides, ou plutôt les solutions technologiques qui
pourraient être apportées hors période électorale, nous y voyons, pour
employer un anglicisme barbare, une opportunité business. C’est sans
doute un tropisme lié à notre formation : j’ai fait une école de
commerce et Pierre-Édouard Stérin est un entrepreneur. Nous jugeons
opportun d’investir dans des initiatives qui participent à la
professionnalisation de la vie politique en soutenant des initiatives
qui nous paraissent pertinentes, tout en restant dans le cadre de la
loi. Très concrètement, si nous investissons dans une agence de
communication, elle proposera en période électorale des prestations qui
seront inscrites dans les comptes de campagne du candidat ; hors période
électorale, elle proposera des prestations de services légales et
juridiquement encadrées par un contrat entre client et prestataire. Nous
y voyons une opportunité de participer à la professionnalisation de
l’action publique.
Parallèlement, un autre type d’actions, gracieuses celles-là, est la
production de notes et de travaux de réflexion par des think tanks, à
destination de personnalités politiques mais aussi du grand public.
L’Institut des Français de l’étranger, que nous soutenons, étudie par
exemple les meilleures propositions de politiques publiques à
l’international. Ses notes sont diffusées sur son site internet et
l’institut s’attache ensuite à rencontrer le plus possible les décideurs
politiques pour les former et leur faire prendre conscience de
l’importance des sujets qu’il a traités. Cela rentre parfaitement dans
le cadre légal. Je ne vous apprends rien, puisque l’activité des think
tanks est la diffusion d’idées auprès des personnalités politiques et du
grand public. Vous recevez sans doute vous-même de nombreuses
sollicitations.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Le
document qui a été rendu public ne décrit pas seulement une volonté de
venir en aide à telle ou telle personne en mettant à sa disposition les
outils nécessaires pour les faire gagner, mais une volonté de peser sur
le débat public : « rendre nos idées majoritaires dès maintenant »,
« imposer nos thèmes et en maîtriser la fenêtre d’Overton »,
« décrédibiliser et attaquer les idées adverses ». C’est une logique de
bataille culturelle au sens gramscien ou, à tout le moins, un combat
idéologique. Soit dit en passant, je n’ai pas tout à fait la même
définition que vous de certains des termes qui composent l’acronyme
Périclès – pour moi, le patriotisme renvoie davantage au
sans-culottisme, c’est un aparté destiné à nos auditeurs qui, je le
crois, sont nombreux.
Je m’interroge également sur la structure concrète de Périclès.
Est-ce une association ou une entreprise ? Vous avez parlé tout à
l’heure d’une “société d’intelligence politique” : je ne sais pas à quoi
renvoie ce qualificatif du point de vue légal. Vous avez également dit
que Pierre-Édouard Stérin était le seul financeur de cette organisation.
Est-il financeur à titre individuel ou par le biais d’une autre
structure, comme Otium Capital ou le Fonds du bien commun ? Dans le
document qui a été rendu public, il est spécifiquement fait mention de
la nécessité de « protéger le Fonds du bien commun aux plan légal et
réputationnel ». D’où viennent les financements et quelle est la
traçabilité des dépenses engagées par Périclès ?
M. Arnaud Rérolle. Je
serais ravi de débattre avec vous de la définition du patriotisme, hors
du cadre de cette commission d’enquête. Nous participons effectivement
au combat d’idées, ce qui est évidemment légal ; surtout, je considère
que c’est une nécessité pour tout citoyen. Nous sommes attachés à la
démocratie et nous nous attelons à la faire vivre en prenant part à la
diffusion des idées.
S’agissant de la structure juridique, Périclès est un nom
commercial. Je suis le directeur général d’une société par actions
simplifiée (SAS) qui nous permet de mener nos actions en toute légalité,
que ce soit par la prise de participation dans des entreprises ou par
des dons à des associations. Je dirige aussi une association qui permet
d’organiser des événements et de produire des travaux. Le financement
provient exclusivement de Pierre-Édouard Stérin en tant que personne
physique. Vous avez évoqué des auditeurs nombreux ; je profite donc de
cette occasion pour dire que nous cherchons d’autres contributeurs. Nous
serions ravis d’attirer d’autres personnes qui partagent nos ambitions
et nos idées et qui seraient prêtes à apporter leur soutien à Périclès,
comme Pierre-Édouard Stérin a la générosité de le faire.
M. le président Thomas Cazenave. Je
me permets de rebondir sur ce terme de générosité. Les 20 millions
d’euros de financement octroyés à Périclès pour 2025 sont-ils un acte de
générosité – ou de mécénat – de Pierre-Édouard Stérin – à qui nous
poserons aussi la question la semaine prochaine – ou l’acte d’un
investisseur privé avisé ? Depuis le début de l’audition, nous naviguons
de l’un à l’autre. Quand nous vous interpellons sur le risque de
financement de la vie politique, vous répondez sur le registre
économique en disant investir dans une start-up d’analyse de données qui
facturerait ses prestations, ou potentiellement dans un média qui
aurait son propre modèle économique. En 2024, 8 millions d’euros ont été
investis – ou donnés – par Périclès. Quelle part de cette somme relève
de l’investissement dans des entreprises et quelle part relève du don,
c’est-à-dire de l’argent mis au service d’une cause politique ? La somme
annoncée pour 2025 est nettement plus importante : connaissez-vous déjà
la répartition entre ces deux volets ? Pouvez-vous nous éclairer ?
M. Arnaud Rérolle. Pierre-Édouard Stérin pourra vous répondre de manière plus exhaustive. C’est un entrepreneur et un investisseur. Il n’a pas fondé – et je ne dirige pas – Périclès dans le but de gagner de l’argent. Ce but a été clairement exposé dans mon propos liminaire.
Les moyens d’action de Périclès sont doubles : il s’agit soit de
dons à des associations, c’est-à-dire de générosité pure, soit
d’investissement dans des entreprises pour lesquelles la rentabilité,
sans être la finalité première, est une composante essentielle. Nous
évaluons ainsi les dossiers qui nous sont soumis à l’aune de quatre
critères principaux : le premier est la cohérence du projet par rapport à
notre stratégie et aux cibles que nous avons identifiées comme
prioritaires ; le deuxième est la qualité de l’équipe et de ses
dirigeants, qui est à nos yeux l’élément fondamental pour tout projet,
qu’il soit entrepreneurial ou associatif ; le troisième est l’ambition
du projet, c’est-à-dire l’impact souhaité ; le quatrième est sa
pérennité économique, autrement dit l’absence de dépendance démesurée au
mécénat de Périclès. Nous nous assurons ainsi de l’existence d’un plan à
court ou moyen terme pour trouver d’autres financeurs et donateurs,
grands ou petits, aussi bien pour les associations que pour les
entreprises.
M. le président Thomas Cazenave. Je
comprends bien la distinction. Pour l’année 2024, sur les 8 millions
d’euros dépensés, quelle est la part qui relève du don et quelle est la
part qui relève de l’investissement ?
M. Arnaud Rérolle. J’y
viens. Je tenais à préciser que nous assumons l’originalité de cette
action qui consiste à soutenir des organisations, qu’elles soient des
associations ou des entreprises.
Je ne veux pas dire de bêtise sous serment. En 2024, l’immense
majorité du financement a été du don ; la partie investissement est
résiduelle. Pour 2025, la part de prise de participation est plus
significative et nous arriverons probablement à 60 % de don et à 40 % de
participation dans les entreprises. Il ne s’agit que de projections,
car l’année n’est pas terminée.
M. le président Thomas Cazenave. Pour
l’année écoulée, c’est donc essentiellement du don à des associations
qui entrent dans le cadre que vous avez défini : on reste encore très
loin de l’investissement dans des entreprises qui voudraient rénover la
vie politique.
M. Arnaud Rérolle. Tout à fait. C’est très clair.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Il me semble que vous n’avez pas répondu à toutes mes questions.
Vous avez dit que Périclès est à la fois une SAS et une association.
Il y a donc deux, si je comprends bien, deux structures ?
Par ailleurs quels sont les liens encore existants entre Périclès,
Otium Capital et le Fonds du bien commun ? Dans votre document de
travail, vous parliez de vous en rendre indépendant : est-ce le cas ? Il
a été un temps question que vous partagiez vos locaux avec Otium
Capital : en êtes-vous désormais séparés ?
M. Arnaud Rérolle. L’actionnaire
de la SAS est Pierre-Édouard Stérin, personne physique, à travers l’une
de ses holdings, qui n’est ni Otium Capital ni le Fonds du bien commun.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Quelle holding ?
M. Arnaud Rérolle. Une holding en Belgique.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Quelle holding ?
M. Arnaud Rérolle. Elle s’appelle Graal Holding.
M. Antoine Léaument, rapporteur. La
SAS est donc détenue par Pierre-Édouard Stérin via Graal holding, qui
est indépendante d’Otium Capital et du Fonds du bien commun.
M. Arnaud Rérolle. Tout à fait.
Mme Léa Balage El Mariky (EcoS). Ma
première question porte sur le financement de Périclès. Les mentions
légales de votre site internet mentionnent que celui-ci est édité par
l’association Forum Liberté Prospérité, créée
en septembre 2024. Qui sont ses dirigeants ? Quel est l’objet de cette
association, outre l’édition du site internet d’une SAS ? Est-elle
reconnue d’utilité publique ou a-t-elle fait une demande de rescrit
fiscal ? Reçoit-elle des financements de la part de M. Stérin ?
La seconde question concerne l’éventuelle mise à disposition de deux
salariés de Périclès auprès d’un parti politique. Votre responsable des
relations publiques et votre senior advisor
font partie des cadres du parti Reconquête. Avez-vous instauré un suivi
du temps de travail de vos équipes pour vous assurer qu’elles ne soient
pas rémunérées par Périclès pour travailler au service de Reconquête ?
M. Arnaud Rérolle. Le Forum Liberté Prospérité est l’association que je dirige et que j’ai évoquée dans ma réponse à M. le rapporteur. L’autre membre du bureau doit être Philippe de Gestas.
Les statuts de l’association sont disponibles sur internet. Sa seule
activité est d’éditer notre site internet. Elle ne reçoit aucun
financement de Pierre-Édouard Stérin. Elle n’est pas une association
d’utilité publique et n’a pas vocation à l’être. Elle n’émet pas de
reçus fiscaux.
Les deux collaborateurs que vous
citez ont eu par le passé des engagements auprès du parti Reconquête.
Je crois que ni l’un ni l’autre ne sont plus membres de ce parti ;
l’un d’eux est même engagé dans un autre mouvement. Il s’agit d’un
engagement personnel et je suis heureux de voir que des membres de la
société civile, en parallèle de leurs activités professionnelles,
s’engagent au service de leurs convictions au sein d’un parti politique.
En aucun cas les salariés de Périclès ne travaillent pour un parti
politique durant leur temps de travail.
Mme Léa Balage El Mariky (EcoS). Disposez-vous
d’outils afin de garantir, en cas de contrôle, que le temps de travail
des salariés est bien mis à disposition de Périclès, et non de partis
politiques ?
M. Arnaud Rérolle. Nous
avons des outils de travail similaires à ceux de n’importe quelle
organisation. La question de savoir si un collaborateur effectue la
mission décrite dans son contrat de travail concerne toutes les
entreprises en France. Nous utilisons des outils classiques de suivi des
tâches et de la performance pour nous assurer que l’activité de nos
salariés est conforme au code du travail.
M. le président Thomas Cazenave. Vous
avez dit que la holding Graal avait son siège en Belgique. La
commission d’enquête porte une grande attention aux risques d’ingérence
étrangère dans le débat politique. Considérez-vous être dans la
situation où, depuis un autre pays, un acteur tenterait d’imposer ses
thèmes de campagne, donc de s’ingérer d’une certaine manière dans la vie
politique nationale ?
M. Arnaud Rérolle. Pierre-Édouard
Stérin a fréquemment répondu à la question de son exil fiscal. Je ne
doute pas que vous la lui poserez à nouveau lors de son audition. En ce
qui me concerne, je ne considère pas Périclès comme étant sous ingérence
étrangère. Pierre-Édouard Stérin est notre contributeur principal et il
a fait le choix d’habiter en Belgique. Il est évident qu’il n’est pas
proche des intérêts belges, si c’est ce que vous sous-entendez. Ses
engagements sont réellement au service de son pays, la France.
M. le président Thomas Cazenave. Je
ne sous-entends strictement rien. Depuis le début, j’essaie de faire la
clarté sur le sujet. Le cadre applicable au financement de la vie
politique est aussi là pour protéger celle-ci des financements
étrangers. Il est donc normal que nous regardions d’où proviennent des
financements dont l’objectif affiché est d’influencer le débat politique
de notre pays. Le fait que l’entité qui finance les actions que vous
avez décrites se trouve à l’extérieur de nos frontières est de nature à
nous interroger. Je n’en tire aucune conclusion à ce stade.
M. Pierre-Yves Cadalen (LFI-NFP). Le vrai Périclès disait, chez Thucydide : « C’est par nous-mêmes que nous décidons des affaires, que nous nous en faisons un compte exact :
pour nous, la parole n’est pas nuisible à l’action, ce qui l’est, c’est
de ne pas se renseigner par la parole avant de se lancer dans l’action.
[…] Nous savons à la fois apporter de l’audace et de la réflexion dans
nos entreprises. Les autres, l’ignorance les rend hardis, la réflexion
indécis. »
Le document que vous avez écrit établit une stratégie en vue d’une
« victoire électorale » et indique qu’ont déjà été lancés « avec succès
[…] deux projets organiques », dont le « conseil opérationnel
municipales » apparemment consacré au seul Rassemblement national, avec
notamment un « objectif de 300 villes à gagner absolument par le RN en
2026 ». Vous avez dit que ce projet n’était plus d’actualité. Peut-être
avez-vous été pressés et les liens se sont-ils distendus ; peut-être
aussi n’avez-vous pas été assez précis sur les liens qui vous unissent
au Rassemblement national. Pourquoi les liens ont-ils été aussi étroits
avec une seule force d’extrême droite, contrairement à l’ambition que
vous affichez d’être au cœur de la droite ? Ces liens existent-ils
toujours à l’heure où nous parlons ?
La trajectoire de financement présentée dans le document table sur
un budget de 25 millions d’euros en 2027 : si rien ne vous engage dans
des opérations électorales cette année-là, comment allez-vous les
dépenser ? La question vaut également pour 2026.
Enfin, vous soutenez un collectif appelé Justitia, mentionné dans
plusieurs journaux et qui souhaite « organiser et professionnaliser le
contentieux stratégique en utilisant les leviers juridiques/judiciaires,
médiatiques contre l’islamisme, l’immigration, l’attaque à la liberté
d’expression, la théorie du genre » pour « faire changer la peur de
camp ». En quoi aider des personnes qui considèrent que les réfugiés ou
les personnes LGBT font peur et qui s’organisent contre eux relève-t-il
d’une initiative citoyenne en République ?
M. Arnaud Rérolle. Le
document que vous citez précise explicitement qu’une telle mission, si
elle avait abouti, n’aurait signifié en aucun cas une relation exclusive
avec le RN et que nous souhaitions proposer une mission similaire à
d’autres organisations. Il est caricatural de sous-entendre que nous
avons une relation d’exclusivité avec le Rassemblement national.
M. Pierre-Yves Cadalen (LFI-NFP). Cessez
de voir des sous-entendus partout. J’ai bien lu votre document et il
apparaît que le RN est manifestement la force avec laquelle vous avez
entretenu le plus de liens et mené les projets les plus avancés.
Pourquoi ces liens étaient-ils si forts ? Le sont-ils toujours ? Telle
est ma question !
M. Arnaud Rérolle. Le
mot « lien » est probablement mal adapté. Il vaudrait mieux parler
d’interactions. Au moment où ce document a été rédigé, nous avions eu
des interactions avec le Rassemblement national et partagé nos
réflexions sur la question des municipales. Cette mission spécifique n’a
pas abouti. Comme je l’ai déjà dit, nous assumons nos interactions avec
les organisations politiques de droite, dont le RN, mais aussi avec
d’autres organisations politiques qui, sans être de droite, peuvent se
retrouver dans certains de nos combats, dans des projets que nous
voulons développer ou des idées que nous voulons promouvoir.
Je ne suis pas sûr d’avoir compris votre deuxième question
concernant notre budget. Comme toute initiative professionnelle
rigoureuse et ambitieuse, nous établissons des projections budgétaires à
deux ou trois ans. Il ne s’agit pas d’un engagement pour autant.
L’enveloppe financière n’est pas encore allouée. En 2026 et en 2027,
nous utiliserons probablement le budget de la même manière
qu’aujourd’hui, c’est-à-dire en soutenant des associations ou des
entreprises qui correspondent aux objectifs de Périclès.
Je ne suis pas surpris de vous voir mal à l’aise devant certains
projets de Justitia. Ce collectif d’avocats cherche à défendre les
victimes de la liberté d’expression ou d’une certaine violence de la
part de l’État. Il a par exemple accompagné la sœur de Samuel Paty,
Mickaëlle Paty, dans la procédure qu’elle a entamée pour faire
reconnaître la responsabilité de l’État dans le meurtre abominable de
son frère. C’est une question politique que vous me posez ; M. le
président a précisé que là n’était pas l’objet de la commission
d’enquête. Je me permets toutefois de préciser que si nous soutenons
cette initiative, c’est parce que nous avons foi en la justice française
et que nous considérons que chaque citoyen, quel qu’il soit, mérite
d’être soutenu et accompagné juridiquement, à commencer par les
personnes dont la liberté d’expression est limitée ou qui ont été
victimes de violences, y compris, dans le cas de Mickaëlle Paty, dans
les circonstances les plus difficiles.
M. Maxime Michelet (UDR). Votre
présence ici m’offre l’occasion d’évoquer la contribution des acteurs
économiques à la vie démocratique, car telle est bien la question que
posent nos débats. Comme vous l’avez expliqué, Périclès entend appuyer
des initiatives entrepreneuriales – qui n’en sont pas moins des
initiatives de citoyens français – afin de leur permettre de contribuer à
notre vie politique. Votre démarche entend notamment soutenir la
participation à la vie publique des entreprises qui délivrent des
prestations de service politique, et ce, bien évidemment, dans le
respect du cadre légal et selon les préférences politiques qui sont les
vôtres.
Si votre démarche de philanthropie, ou d’investissement, suscite la
méfiance de certains, c’est que cette méfiance semble frapper
globalement la participation des acteurs économiques à la vie
démocratique, alors qu’être entrepreneur ou investisseur ne saurait
déchoir quiconque de ses droits de citoyen, notamment de celui à
s’investir dans la vie démocratique.
Dans ce contexte, pourriez-vous préciser le rôle que, selon vous et
selon Périclès, les entrepreneurs, les investisseurs et les entreprises
doivent jouer dans une démocratie moderne et mature ? Comment
percevez-vous la continuité qui pourrait exister entre vie économique et
vie démocratique, entre la responsabilité sociale des entreprises – une
expression à la mode –, leur responsabilité économique et leur
responsabilité civique et démocratique ? Cette interrogation ne saurait
porter sur les seuls entrepreneurs de droite qui s’engagent dans la vie
démocratique, car cela laisserait croire que ce n’est pas tant
l’engagement des entrepreneurs que l’engagement à droite qui suscite
cette suspicion.
Enfin, puisque la question des ingérences étrangères a été évoquée,
je crois que l’audition – certes improbable, mais qui ne manquerait pas
d’être intéressante – de George Soros pourrait nourrir nos réflexions,
puisque sa fondation a distribué pas moins de 1,7 milliard d’euros en
2022 à divers organismes européens marqués à gauche.
M. Arnaud Rérolle. Effectivement,
le budget de Périclès correspond à 0,04 % du budget de l’Open Society
Foundation, dont il serait judicieux d’étudier les actions.
Je suis convaincu que la solution à la crise de confiance dans la
vie politique passe par l’engagement citoyen de tous au service de la
vie de la cité. C’est ce qui fait vivre un débat démocratique. Vous avez
fait le choix d’une forme d’engagement particulièrement noble en vous
présentant au suffrage des Français, mais chacun doit prendre part à sa
mesure au débat public et participer à la vie démocratique. Dans le
cadre des actions menées par Périclès, nous voyons de plus en plus de
jeunes talents issus du privé qui souhaitent s’exprimer dans le débat
public pour promouvoir leurs idées et participer à la vie démocratique.
C’est un moyen essentiel pour renouer le lien de confiance entre les
politiques et les Français.
Je crois que les entrepreneurs et les investisseurs ont une
responsabilité significative face à la situation actuelle du pays et
qu’ils doivent donc prendre part au débat public. Pierre-Édouard Stérin
montre l’exemple, mais il n’est pas le premier, et il existe aussi des
personnes à gauche qui indiquent explicitement vouloir mettre leurs
moyens financiers au service de leurs convictions. Je lance donc un
appel à tous les entrepreneurs, quelles que soient leurs convictions
politiques, car je suis attaché au pluralisme : étant donné le trouble
politique dans lequel nous sommes, la France a besoin de toutes ses
forces productives pour faire face à un discours, voire à un camp de la
destruction dont le combat politique contre la force d’entreprendre est
particulièrement inquiétant pour l’avenir de notre pays. J’encourage
tous les entrepreneurs à s’engager au service de la démocratie, à la
place qui est la leur, pour compléter et nourrir l’action de ceux qui
nous représentent.
M. Benjamin Lucas-Lundy (EcoS). Politicae
est l’officine de votre galaxie chargée des élus locaux en vue du
scrutin de 2026. Qui en sont les deux maires fondateurs et quelle est
leur étiquette politique ? Sur la base de quels critères avez-vous
décidé de soutenir cette structure plutôt qu’une autre ; en d’autres
termes, qu’attendez-vous d’elle et avez-vous été partie prenante à sa
création ? Quelle est la nature de votre soutien direct ou indirect :
financier, matériel, etc. ? Quelle est la fréquence des échanges que
vous et M. Stérin – je dis bien et, pas ou – entretenez avec eux ?
M. Arnaud Rérolle. Vous poserez la question à M. Stérin la semaine prochaine pour ce qui le concerne.
Il est particulièrement caricatural de qualifier d’officine une
association qui a pignon sur rue et qui met en avant ses activités.
Politicae propose des outils disponibles à tous, qui sont principalement
utilisés par des candidats dans de petites communes. Plus de 70 %
d’entre eux n’ont pas d’étiquette politique.
Les deux maires fondateurs de Politicae sont Antoine Valentin, qui a
été élu maire de Saint-Jeoire en Haute-Savoie en 2020 sous l’étiquette
LR et est aujourd’hui membre de l’UDR, et Raphaël Cognet, maire de
Mantes-la-Jolie, qui appartient au parti Horizons. Cela illustre la
dimension non partisane de Périclès mais aussi et surtout de Politicae,
qui a vocation à promouvoir l’engagement local au service des citoyens,
indépendamment de la couleur politique, dont chacun sait qu’elle a bien
moins d’importance à l’échelon local qu’à l’échelon national. Je n’ai
pas participé à la création de Politicae, qui existait avant même le
lancement de Périclès. Antoine Valentin a créé, je crois, le premier
site internet en avril 2023.
Les critères de sélection ont été les mêmes que pour n’importe quel
autre projet : la stratégie du projet, la qualité de ses porteurs, son
plan et son ambition ainsi que sa pérennité économique. Nous avons été
particulièrement séduits par la pluralité des sensibilités politiques
d’Antoine Valentin et Raphaël Cognet et par leur complémentarité,
puisque l’un est un jeune maire d’une trentaine d’années dans une petite
commune rurale de moins de 6 000 habitants tandis que l’autre est un
maire plus expérimenté et plus âgé, dans une commune périurbaine de
plusieurs dizaines de milliers d’habitants. Ils incarnent ainsi la
diversité de l’engagement local. Ces deux figures nous paraissaient
pertinentes : qui mieux que des maires pour encourager d’autres citoyens
à s’engager au service de leur ville ou de leur village ?
Notre soutien à Politicae est un soutien financier sous forme de don, car il s’agit d’une association.
Enfin, concernant la fréquence de nos échanges, Antoine Valentin,
comme Raphaël Cognet, est un maire très occupé dans sa commune. Comme
pour tous les dossiers que nous avons accompagnés – je rappelle que nous
en avons étudié plus de 600, que nous en soutenons une cinquantaine et
que nous recevons 50 dossiers par mois – nous nous retrouvons pour un
point stratégique tous les trimestres. Il m’arrive assez fréquemment
– mensuellement voire hebdomadairement, mais certainement pas
quotidiennement – d’échanger avec les dirigeants des associations que
nous soutenons, en l’occurrence Politicae.
M. Benjamin Lucas-Lundy (EcoS). Comment
se sont passées les discussions en vue de ce soutien ? Le site de
l’association n’indique pas que vous la financez : la clarté et la
transparence ne sont pas vraiment au rendez-vous.
M. Arnaud Rérolle. Il me semble que le journal L’Humanité a écrit une trentaine d’articles sur Périclès depuis notre lancement.
M. Benjamin Lucas-Lundy (EcoS). Malheureusement, tout le monde ne lit pas L’Humanité.
M. Arnaud Rérolle. Et c’est bien dommage. Je suis en tout cas ravi de voir que nous l’intéressons autant.
Notre soutien à Politicae n’a jamais été nié, ni par Antoine
Valentin quand il a été interrogé, ni par moi, ni par Pierre-Édouard
Stérin. Il est mentionné sur notre site internet. Cette remarque me
semble décorrélée de la réalité.
Je ne suis pas sûr de comprendre votre demande de précision.
M. Benjamin Lucas-Lundy (EcoS). Je m’interrogeais sur le montant des dons et la nature de vos discussions. Comment cela s’est-il fait ?
M. Arnaud Rérolle. Comme l’évoque le document cité par L’Humanité,
nous étions convaincus de la pertinence de lancer une initiative autour
de l’engagement local. Comme nous aimons bien le grec, nous lui avions
donné le nom de code Skholè Polis. L’initiative n’a pas abouti car
l’étude de marché que nous avons lancée à la suite de nos réflexions
nous a amenés à identifier Politicae, qiui existait déjà et dont
Philippe de Gestas connaissait au moins l’un des cofondateurs, si ce
n’est les deux.
Concernant le montant des dons, nous avons signé un engagement
pluriannuel de plusieurs centaines de milliers d’euros jusqu’en 2026
avec Politicae. À cette date, nous évaluerons si nous continuons ou non à
la financer, y compris au regard de sa pérennité économique. Politicae
fait partie des cinq projets que nous avons le plus fortement soutenus
en 2024.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Quels sont ces cinq projets ?
M. Arnaud Rérolle. Nous
avons apporté un soutien à l’Observatoire de l’immigration et de la
démographie, un think tank qui traite de manière dépassionnée des
questions liées à l’immigration, sujet particulièrement prégnant dans le
débat public.
Nous avons également soutenu l’Institut de formation politique, qui
propose des formations dont j’ai moi-même eu la joie de bénéficier.
C’est une organisation importante qui existe depuis une vingtaine
d’années, qui continuera d’exister bien après nous et pour laquelle nous
sommes un donateur parmi beaucoup d’autres, mais nous souhaitions
apporter un soutien significatif à cette structure particulièrement
susceptible de faire émerger de nouvelles vocations d’engagement.
Il y a aussi l’Institut des Français de l’étranger, que nous n’avons
pas créé mais qui s’est lancé au moment où nous lui avons apporté du
soutien. Nous avons rencontré les fondateurs et avons été très séduits
par le projet.
Enfin, nous avons soutenu l’observatoire Hexagone quelques semaines
après son lancement. Il produit chaque mois des dossiers et des études
statistiques sur l’état du pays, notamment l’éducation, la santé et les
dépenses publiques.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Je
voulais justement vous interroger sur Hexagone. Pour préparer cette
audition, je me suis rendu sur son profil LinkedIn. Une publication y
indiquait que la somme du budget de la gendarmerie et de l’aide médicale
de l’État atteignait 2 milliards d’euros . Je suis au regret d’indiquer à Hexagone qu’il doit revoir ses chiffres : l’aide médicale de l’État se chiffre à 1,6 milliard d’euros ; quant au budget de la gendarmerie, il dépasse de beaucoup les 2 milliards d’euros, fort heureusement pour les gendarmes.
Le document rendu public par L’Humanité parle d’« imposer nos thèmes », « en maîtriser la fenêtre d’Overton » et « rendre majoritaires nos idées ».
L’un des outils prévus dans cette bataille est la création d’un
baromètre, dans le cadre d’un partenariat souhaité avec l’Ifop. On
trouve aussi l’idée d’une « cocréation/financement de trois baromètres “monothématiques” avec des structures externes » sur les thèmes suivants : « islam et insécurité, immigration, extrême gauche ».
On peut s’interroger sur la manière dont vous souhaitez utiliser les
instituts de sondage pour alimenter et peser sur le débat public,
sachant que les médias sont particulièrement friands de sondages.
Or, par un hasard du calendrier, Hexagone est au cœur de l’actualité
politique de ces derniers jours. Hier, l’Ifop a publié les résultats
d’un sondage commandé par Hexagone et réalisé sur un échantillon de
10 000 personnes, ce qui est extrêmement coûteux, testant la candidature
de Jordan Bardella à l’élection présidentielle en le plaçant au
deuxième tour face à Édouard Philippe. Les deux candidats seraient à
touche-touche. Une deuxième partie du sondage, réalisée sur un
échantillon distinct de seulement 2 000 personnes, présente Marine
Le Pen comme perdante face à Édouard Philippe. On dirait que le sondage
teste la candidature du remplaçant potentiel de Mme Le Pen à l’élection
présidentielle avec un échantillon de taille inhabituellement élevée. La
presse s’est d’ailleurs fait l’écho du fait que les proches de Marine
Le Pen avaient réagi à cette première version. Le fait d’utiliser
Hexagone pour mettre en avant certains candidats dans les sondages
fait-il partie de la stratégie de Périclès ?
Présidence de M. Pierre-Yves Cadalen, vice-président de la commission.
M. Arnaud Rérolle. J’ai
suivi avec un réel intérêt les travaux de votre commission, notamment
les auditions des directeurs d’instituts de sondages. J’ai noté ce
propos de M. Jean‑Yves Dormagen : « La liberté de sonder est
fondamentale en démocratie. Le pluralisme et la multiplication des
sondages participent au processus démocratique. » À titre personnel,
bien que n’étant pas un expert des sondages, j’en suis moi aussi
convaincu.
En ce qui concerne Hexagone, je salue la qualité de son équipe. Le
travail qu’elle mène est parfaitement utile à la démocratie car il
éclaire le débat public par des statistiques qui apportent une analyse
objective et factuelle sur certaines thématiques. Ce travail est
essentiel et complémentaire de celui des think tanks qui, eux formulent
des propositions de politique publique. C’est pourquoi nous avons décidé
de soutenir Hexagone. Le peuple est souverain ; or, pour voter, il faut
être informé, et cette information vient des travaux de différentes
organisations. Hexagone en fait partie.
Je suis très attaché au principe de subsidiarité. La relation que
j’ai avec Hexagone, comme avec les autres projets que nous soutenons ou
dans lesquels nous investissons – je rappelle que nous étudions une
cinquantaine de dossiers par mois –, inclut une réunion trimestrielle
stratégique, mais je n’échange pas dans le détail sur leurs enquêtes et
leurs sondages. Néanmoins, comme je me doutais que vous m’interrogeriez
sur celui-ci, je me suis entretenu avec François Pierrard afin qu’il me
précise le contenu de ce sondage que lui et son équipe ont décidé de
mener. Comme vous l’avez dit, c’est un échantillon très significatif de
10 000 répondants ; à deux ans d’une élection présidentielle, c’est une
information très intéressante pour le public. Quand on est attaché à la
vie démocratique, on peut se réjouir qu’une organisation produise un
sondage exclusif qui donne une photographie à l’instant T de l’état du
pays sur cette thématique.
Je ne suis pas sûr de pouvoir commenter outre mesure ce qui a été
dit dans la presse. François Pierrard a été interrogé par la presse. Je
comprends qu’ils ont voulu tester un candidat pour chaque organisation
politique. Au lendemain de la décision de justice qui a été prise, il a
été décidé de tester Jordan Bardella ; lorsqu’ils ont sorti leur teaser
il y a quelques jours, c’est face aux interrogations – émanant pour
beaucoup de personnes anonymes – quant au fait que Marine Le Pen n’était
pas testée qu’ils ont demandé à l’Ifop d’ajouter cette hypothèse.
M. Dabi pourra vous répondre de manière plus pertinente. L’Ifop est un
organisme parmi les autres que vous avez auditionnés, un organisme
scientifique dont la méthodologie est parfaitement rigoureuse. Pour ma
part, je suis heureux de voir un sondage qui présente deux ans avant,
avec toutes les précautions que cela implique, quelque chose du débat
démocratique.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Je
nourris pour ma part quelques réserves sur le caractère scientifique du
travail des instituts de sondage. L’une des caractéristiques de la
science est la reproductibilité des expériences, qui suppose notamment
de permettre à d’autres chercheurs d’accéder à toutes les données de
manière transparente. Pour avoir, en ma qualité de rapporteur de la
commission d’enquête, examiné les documents techniques transmis à la
commission des sondages, je peux malheureusement affirmer que même cette
instance chargée d’évaluer la qualité des travaux des instituts de
sondage n’a pas accès à l’ensemble des données brutes statistiques qui
lui permettraient d’en vérifier la validité scientifique. Il est en tout
cas intéressant de vous entendre reprendre le vocabulaire des sondeurs
– photographie à l’instant T, caractère scientifique et rigoureux des
enquêtes –, même si, effectivement, j’aborderai plus longuement cette
question avec M. Dabi demain.
J’ai le sentiment que Périclès cherche à jouer sur tous les
tableaux : vous essayez à la fois de préparer des candidats à des
élections, et, une fois qu’ils sont candidats, de leur fournir des
outils et des prestations par le biais de structures autonomes mais
liées à Périclès, le tout en dessinant un paysage idéologique conforme
aux idées que vous défendez.
Vous soulignez à très juste titre que le peuple est souverain et
que, pour voter, il faut être informé. Seulement, il ne faut pas non
plus être désinformé : les citoyens doivent pouvoir vérifier et croiser
les informations qui leur sont fournies, et non être exposés à des
informations tronquées, influencées, transformées par des intérêts
politiques ou économiques. Or c’est bien la question qui se pose ici,
puisque, dans le document révélé par L’Humanité,
dont vous admettez être l’auteur, vous indiquez vouloir
« décrédibiliser et attaquer les idées adverses ». Il ne s’agit pas de
contester, de mettre en débat, d’engager un dialogue ou de provoquer une
réflexion chez le citoyen en s’appuyant sur son esprit critique, mais
de discréditer des adversaires politiques à l’aide d’un certain nombre
d’outils, sur lesquels je souhaite vous interroger plus précisément.
Le premier de ces outils serait un baromètre, réalisé a priori
par des structures externes chargées de commander des sondages. Cette
méthode, parfaitement illustrée par le recours à Hexagone, fait-elle
partie de la stratégie de Périclès ? Votre document de travail révèle aussi que vous envisagiez à l’époque d’acheter un institut de sondage. L’avez-vous fait ? Sur quoi les sondages commandés porteraient-ils : sur les élections, sur des thèmes spécifiques ?
Visent-ils à donner à croire que certaines opinions seraient
majoritaires ou très populaires dans la société, à partir d’études dont
je répète qu’elles n’ont, au vu des données dont je dispose, pas de
validité scientifique ?
M. Arnaud Rérolle. Pour
ce qui est des termes que j’ai employés, j’ai repris les propos tenus
au cours de l’audition que j’ai évoquée et que j’ai trouvée
particulièrement intéressante. Remettre en question le principe du
sondage n’est pas mon sujet. Quant au sondage auquel vous faites
référence, j’espère que l’intérêt prononcé que vous lui portez n’est pas
lié à la contre-performance qu’y réalise Jean-Luc Mélenchon.
Pour répondre explicitement à votre question, nous n’avons pas
acheté d’institut de sondage, mais nous n’excluons absolument pas cette
piste : ces structures font partie, parmi de nombreuses autres, des
organisations dans lesquelles nous pourrions investir. À l’heure
actuelle, cependant, nous n’en possédons pas, et nous n’avons pas engagé
de discussions actives avec quelque institut que ce soit en vue d’un
investissement ou d’une création.
Le fait de « décrédibiliser » des idées dangereuses pour notre pays
– comme l’antisémitisme, dont l’actualité récente, notamment les
événements survenus dans les cortèges du 1er mai,
montre qu’il constitue une menace significative dans notre pays – fait
évidemment partie des outils que nous sommes prêts à utiliser. À travers
Hexagone et toutes les structures produisant des notes objectives que
nous soutenons, nous souhaitons lutter contre les fakes news
en présentant des faits établis à la population – charge à elle de s’en
saisir. La logique qui préside au soutien à un projet comme Hexagone
est bien celle-là. Présenter régulièrement des études est un moyen
d’informer les Français, au même titre que d’autres offres
d’information.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Tout en affirmant vouloir lutter contre les fakes news, vous venez d’en colporter une à propos du 1er mai.
Vous vous fixiez pour objectif, dans votre document de travail, de
cocréer ou financer « trois baromètres “monothématiques” avec des
structures externes : islam et insécurité, immigration, extrême
gauche ». Il semble avoir été tout à fait atteint à travers Hexagone,
une structure externe chargée de financer, en l’occurrence, un sondage
électoral – avec toutes les réserves que j’attache à cet exercice,
d’autant que l’Ifop s’était tout de même trompé de cinq points en
prévoyant le score du candidat que je soutiens à la dernière élection
présidentielle, un écart largement supérieur à la marge d’erreur.
Où en est ce projet, que vous espériez voir aboutir en décembre
2024 ? Ces baromètres existent-ils ? Si oui, dans quel objectif ?
Estimez-vous, par exemple, qu’il existe un lien entre islam et
insécurité ?
M. Arnaud Rérolle. J’ignorais qu’affirmer que les défilés du 1er mai ont donné lieu à des propos ou à des actions antisémites revenait à colporter une fake news.
Je laisserai les auditeurs juger de ce qui a pu se dérouler à cette
occasion. Je rappelle simplement que Marine Tondelier, qui n’est pas
réputée pour être particulièrement proche des idées de Périclès, a
reconnu l’existence d’un antisémitisme d’extrême gauche. C’est
intéressant de le souligner.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Il
n’est pas question de nier l’antisémitisme, l’islamophobie et le
racisme qui existent dans l’ensemble de la société française et qui
doivent être combattus, précisément parce qu’ils constituent des
phénomènes structurels. Les statistiques montrent que les actes
antisémites et racistes se multiplient. Sachez ainsi qu’on estime à
environ 1 million le nombre d’actes racistes perpétrés chaque année en
France, quand seules 12 000 plaintes sont déposées. On est donc très
loin de prendre en compte correctement l’insécurité vécue par les
personnes qui subissent de tels actes – celles qui n’ont pas ma couleur
de peau, par exemple. J’estime que ce sujet, sur lequel j’ai longuement
travaillé, mériterait d’être davantage mis en avant dans le monde
médiatique. Seulement, je ne dispose pas des moyens financiers
nécessaires pour mettre en avant les sujets qui m’intéressent sous
l’angle qui me paraît pertinent.
Or j’ai l’impression que tel est précisément l’objectif de Périclès.
Je repose donc ma question : le baromètre « islam et insécurité »
vise-t-il à faire un lien entre l’islam et l’insécurité ? Existe-t-il ou
sera-t-il créé dans le futur, de même que ceux consacrés à
l’immigration et à l’extrême gauche ? Si oui, à quelle structure externe
l’élaboration de ces baromètres sera-t-elle confiée ?
M. Arnaud Rérolle. Le document publié par L’Humanité
était un document exploratoire sur les types de projets que nous
envisagions de mener, dont certains ont abouti, quand d’autres ont
évolué ou ont été abandonnés. Hexagone n’existait pas au moment de
l’écriture de ce document, lorsque nous avons réfléchi à la façon de
participer à la présentation de l’état du pays sur quelques thématiques.
Nous n’avons pas créé ou financé de baromètres monothématiques, ce
qui ne veut pas dire que nous excluons cette possibilité. Je profite
d’ailleurs de l’audience que vous m’offrez pour rappeler que nous
recherchons régulièrement des entrepreneurs audacieux et ambitieux
susceptibles de nous soumettre des projets à étudier.
M. Pierre-Yves Cadalen, président. Veuillez répondre à la question du rapporteur, je vous prie : vous n’êtes pas ici pour faire votre publicité.
M. Arnaud Rérolle. Nous n’avons pas lancé de baromètres monothématiques, même si cela pourrait tout à fait être le cas dans le futur.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Faites-vous un lien entre islam et insécurité, ou le baromètre envisagé aurait-il un objet plus général ?
M. Arnaud Rérolle. Je ne suis pas sûr de comprendre le rapport entre cette question et l’objet de la commission d’enquête.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Si
vous essayez de financer un baromètre pour établir un lien entre islam
et insécurité, j’y verrais une option idéologique particulière. La
lettre « c » de l’acronyme Périclès correspondant à « chrétien », il
pourrait y avoir là une volonté délétère de recréer une ambiance de
guerre de religions dans le pays.
M. Arnaud Rérolle. L’ambition de Périclès n’est en aucun cas de remettre une ambiance de guerre de religions dans le pays.
M. Pierre-Yves Cadalen, président. Il
y a un lien évident entre cette question et l’objet de notre commission
d’enquête. S’intéresser à l’organisation des élections en France
implique nécessairement de se pencher sur les conditions dans lesquelles
le débat se déploie. Si des milliardaires choisissent d’investir dans
des instituts de sondage, des associations ou des fondations
métapolitiques – pour reprendre votre propre terme –, c’est pour exercer
un agenda politique qui, en l’espèce, se rattache à la droite radicale,
voire à l’extrême droite. Dès lors, les conditions même du déploiement
du débat public s’en trouvent transformées : il est clair que des thèses
défendant le partage des richesses ou du patrimoine des milliardaires
ne feront pas l’objet de multiples études conduites par des instituts
financés par vos soins ou par Vincent Bolloré. Les choix opérés par ces
milliardaires ont donc une influence sur les élections, tout comme les
biais des études qu’ils financent.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Vous
avez mentionné des milliardaires qui défendraient des idées plutôt à
gauche. Une autre commission d’enquête pourrait effectivement s’attacher
à étudier l’influence des ingérences financières sur le débat public.
En attendant, j’aimerais que vous répondiez précisément à ma
question : estimez-vous qu’il existe un lien entre islam et insécurité ?
Sur d’autres sujets, vous vous êtes permis d’exposer les idées que vous
défendez…
M. Arnaud Rérolle. Quel est le problème ? S’agit-il de savoir si je suis chrétien ou si je m’intéresse à l’islam ?
M. Antoine Léaument, rapporteur. Il me semble avoir posé une question simple qui appelle une réponse par oui ou par non.
M. Arnaud Rérolle. Je pense qu’on peut à la fois s’intéresser à l’islam, à l’insécurité et au lien entre l’islam et l’insécurité en France.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Donc, pour vous, la réponse est oui.
M. Arnaud Rérolle. La
réponse est qu’il est tout à fait pertinent de réfléchir au lien entre
l’insécurité en France et l’islam, sauf si vous considérez qu’il est
interdit de s’interroger sur cette question.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Vous
dites vouloir créer un baromètre. Si celui-ci vise à établir un lien
entre islam et insécurité, ce serait une torsion de la réalité :
l’ensemble des enquêtes sur l’insécurité conduites par des sociologues
ou des criminologues lient de façon assez fine celle-ci à divers
facteurs, notamment sociaux ou de revenus, mais, à ma connaissance,
aucune ne fait de lien entre islam et insécurité.
M. Arnaud Rérolle. D’où
l’intérêt de se poser la question : le baromètre que nous avions
envisagé ne visait pas à affirmer un état de fait, mais à poser une
question. S’il existe, comme vous dites, des études consacrées au lien
entre insécurité et précarité, on peut aussi concevoir l’intérêt d’une
étude s’interrogeant sur la question de l’islam et de l’insécurité.
J’insiste encore une fois sur le fait que ce baromètre n’existe
pas : il faisait partie des différentes options que nous avions
identifiées mais sur lesquelles nous n’avons, à date, pas mené d’action.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Vous
indiquez aussi, dans votrre document, vouloir combattre un certain
nombre de tendances, comme « l’hyper-étatisme », « le socialisme
d’assistanat » ou la « laïcité agressive ». Qu’entendez-vous par cette
dernière expression ?
M. Arnaud Rérolle. Encore
une fois, je me permets de m’interroger sur la pertinence de cette
question au vu de l’objet de votre commission d’enquête.
M. Antoine Léaument, rapporteur. C’est
précisément le fond du sujet. Vous avez souligné, à très juste titre,
l’importance de l’information délivrée aux citoyens pour leur permettre
de faire des choix libres et éclairés. Personnellement, je ne conçois
pas la démocratie comme une tentative de biaiser la réalité et de la
tordre pour la faire coller à une idéologie. Vous avez salué le courage
de ceux qui se soumettent au suffrage universel. Je l’ai fait. Il est
vrai que je défends des opinions, mais j’essaie de convaincre sur des
bases rationnelles. Je vois dans la qualité de l’information délivrée
aux citoyens un enjeu majeur des élections à venir.
Or plusieurs éléments pèsent sur la capacité des citoyens à
s’informer : les informations qui circulent sur les réseaux sociaux,
dont certaines sont fausses, voire créées par l’intelligence
artificielle, mais aussi la volonté de certains patrons de presse de
mettre leurs médias au service de leurs idées politiques – vous l’avez
mentionné pour M. Pigasse. La question est celle de la véracité de
l’information. Dès lors que des structures que vous financez mettent en
circulation de fausses informations, comme Hexagone l’a fait à propos
des budgets de la gendarmerie et de l’AME, je m’interroge très fortement
sur les baromètres que vous souhaitez créer et sur vos angles
d’analyse. Si ces angles étaient biaisés, comme vous l’avez par exemple
démontré avec les propos que vous avez tenus sur la manifestation du 1er-mai, ce serait très inquiétant quant à la capacité des citoyens à recevoir une information de qualité.
Je repose donc ma question : qu’entendez-vous par « laïcité
agressive » ? Votre réponse peut nous éclairer sur ce que Périclès
souhaite mettre en œuvre dans la perspective des futures élections.
M. Arnaud Rérolle. Vous
m’interrogez sur des projets qui n’existent pas. Je voudrai bien vous
répondre lorsque nous aurons effectivement lancé ces initiatives, mais
ce n’est pas le cas. En réalité, vous vous livrez à un procès politique
parce que nous ne partageons probablement pas vos convictions sur un
certain nombre de sujets. Je serais ravi encore une fois de débattre
avec vous, mais je crois que mon opinion sur telle ou telle thématique
sociale n’a, pour le coup, rien à voir avec les travaux de cette
commission d’enquête parlementaire. Je ne suis donc pas sûr que votre
question soit pertinente, d’autant que, je le répète, les projets
auxquels vous faites référence n’existent pas à date.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Je
crois que c’est le principe même d’un projet que de ne pas exister « à
date », mais j’entends que vous ne souhaitez pas répondre à la question.
Le projet Périclès a aussi pour objectif d’investir dans le monde
médiatique. Plusieurs articles ont d’ailleurs évoqué l’intention de
M. Stérin d’investir dans les magazines Marianne ou Valeurs actuelles
– nous l’interrogerons sur ce point. Votre organisation
participe-t-elle, de façon directe ou indirecte, au financement de
médias ? Si oui, lesquels ?
M. Arnaud Rérolle. Notre
attachement à la vie démocratique et au pluralisme passe notamment par
la bonne information ; de fait, nous nous intéressons évidemment à la
question des médias. Nous avons accordé un don à L’Incorrect en 2024 et nous détenons des participations dans le capital de Sphere Media.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Périclès a-t-il financé Le Crayon, comme certains médias l’ont affirmé ?
M. Arnaud Rérolle. Pierre-Édouard Stérin a réalisé cet investissement indépendamment de Périclès.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Qu’en est-il de Contrepoints ?
M. Arnaud Rérolle. Merci
de me le rappeler : nous avons accordé un don au think tank Iref
– Institut de recherches économiques et fiscales – lorsqu’il a repris et
relancé le média Contrepoints,
qui propose notamment des notes sur des questions libérales. Il fait
donc partie des médias que nous avons soutenus indirectement.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Participez-vous de manière directe ou indirecte au financement de Boulevard Voltaire et de Frontières ?
M. Arnaud Rérolle. Non. En tout cas, nous ne sommes actionnaires ni de l’un, ni de l’autre.
M. Antoine Léaument, rapporteur. C’est intéressant parce que vous apporté une précision…
M. Arnaud Rérolle. C’est
vous qui m’avez demandé s’il était question de participation directe ou
indirecte. Directement, nous ne finançons pas ces médias en tant
qu’actionnaire et ne leur avons pas fait de don. Nous avons financé des
opérations de communication pour Frontières, mais pas sous la forme d’investissements directs auprès de ce média.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Pouvez-vous préciser la nature de ces financements indirects d’opérations de communication ?
M. Arnaud Rérolle. Nous lui avons accordé un don en 2024, mais je n’ai plus le montant en tête.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Vous n’avez donc participé d’aucune manière au financement de Vauban Nominees Limited ?
M. Arnaud Rérolle. J’ignore de quelle structure vous parlez.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Participez-vous
au financement d’organes de communication numérique ou d’influenceurs
sur internet ? Je crois savoir que vous financez Les films à l’arrache
et la chaîne YouTube Transmission, mais soutenez-vous également des
structures plus amples comme Progressif Media ? Si oui, dans quel but ?
M. Arnaud Rérolle. Comme
je l’ai expliqué dans mon propos liminaire, l’ambition de Périclès est
de participer au débat d’idées en soutenant des initiatives citoyennes
qui permettent de les diffuser auprès du plus grand nombre. De fait, la
première catégorie de projets que nous soutenons est constituée de think
tanks, de médias et de structures de production audiovisuelle qui
diffusent et promeuvent des idées et des concepts. La production
audiovisuelle au sens large – podcasts sur les réseaux sociaux, séries
avec Les films à l’arrache… – entre parfaitement dans le type de projets
que nous pourrions être amenés à financer. Je confirme que nous avons
soutenu Les films à l’arrache et Transmission, car leurs activités nous
paraissent intéressantes et nous avons été séduits par la qualité de
leurs équipes. En revanche, nous ne sommes pas investisseurs dans
Progressif Media.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Le
code électoral interdit toute publicité commerciale à des fins de
propagande électorale, y compris en ligne, au cours des six mois qui
précèdent le mois où se tient une élection. Il n’est donc pas possible
de financer des contenus, en particulier sur les réseaux sociaux, qui
soutiendraient une campagne politique. Durant les futures périodes
pré-électorales, Périclès suspendra-t-il ses financements à des organes
qui, d’une manière ou d’une autre, pourraient instaurer une ambiance
favorable à certains candidats, comme cela semble être votre ambition ?
M. Arnaud Rérolle. Comme
je l’ai dit à de nombreuses reprises, nous nous conformons parfaitement
à la loi ; nous la respectons et nous la respecterons. Le podcast
Transmission propose des interviews d’intellectuels, qu’ils aient une
grande notoriété ou qu’ils publient leur premier livre. Ses activités
n’ont aucun lien direct ni indirect avec des campagnes électorales. De
la même manière, Les films à l’arrache diffusent une série satirique sur
l’état de notre société, qui ne me semble favorable ni de près ni de
loin à un candidat ou à un camp politique. Telle en est ma vision à ce
jour – mais si le législateur en décide autrement, nous nous y
conformerons. Je le répète, nous respectons le code électoral et nous le
respecterons évidemment dans tous les investissements et les soutiens
que nous accorderons.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Si
une personne était invitée dans une de ces émissions pour affirmer son
soutien à un candidat, cela pourrait être considéré comme un financement
détourné de campagne électorale.
M. Arnaud Rérolle. L’article
de loi que vous évoquez concerne les publicités. Or nous ne payons pas
de publicités pour les médias précités. Il est vrai que cela pourrait
faire partie de nos soutiens :
nous pourrions financer des publicités pour faire connaître un podcast,
par exemple. Toutefois, nous accordons plutôt des dons non fléchés. Je
comprends votre remarque, mais elle ne me semble pas s’appliquer en
l’espèce. Encore une fois, nous respecterons la loi.
M. Antoine Léaument, rapporteur. La
question a été évoquée avec la CNCCFP. Nous pourrions établir une
distinction entre les influenceurs qui décideraient de s’investir dans
le débat électoral – chacun fait ce qu’il veut – et ceux qui auraient
été incités financièrement à prendre position pour un candidat.
M. Arnaud Rérolle. Le
président de la CNCCFP a soulevé les difficultés liées plus
particulièrement au dénigrement de candidats par des influenceurs.
Votre raisonnement pourrait vous amener à vous intéresser aux
nombreuses associations qui reçoivent des subventions publiques et
prennent explicitement position en faveur ou en défaveur d’un candidat
pendant une campagne électorale – à l’occasion des législatives de 2024,
certaines ont appelé à contrer un parti politique. Peut-être
faudrait-il interdire le subventionnement public, en période électorale,
d’associations proches de certaines organisations politiques – je vous
invite à vous y intéresser, sans vous dicter naturellement la teneur de
vos travaux.
Vous pourriez donc vous interroger sur les liens, notamment
financiers, qui existent entre un écosystème associatif au sens large et
des organisations politiques en temps de campagne électorale. Citons
par exemple l’Institut La Boétie, qui est directement rattaché à La
France insoumise et dont Jean-Luc Mélenchon est le coprésident. J’ignore
s’il bénéficie de financements publics, mais il reçoit des dons
défiscalisés qui dépassent les plafonds de financement de la vie
politique. Je serais heureux que vous étendiez votre réflexion jusqu’à
lui. Demain, des grandes fortunes ou des personnes morales, pour
contourner la loi qui les empêche de financer un parti politique,
pourraient décider de financer une fondation qui lui est rattachée. Nous
pouvons donc nous interroger sur le lien que certaines associations
ayant des messages explicitement politiques nouent avec des partis ou
des organisations politiques. Il serait également opportun de
s’intéresser aux associations subventionnées par le contribuable, à
travers des fonds publics, dont des salariés agissent directement dans
le cadre d’une campagne électorale – la presse a relaté des situations
de ce type lors des législatives.
M. Antoine Léaument, rapporteur. La
loi encadre déjà très fortement les instituts et autres think tanks qui
sont directement liés à des partis politiques. Je vous retourne la
question s’agissant du financement de la vie politique par des
milliardaires, qui justifie votre convocation devant cette commission
d’enquête.
Je souhaite que vous nous communiquiez les documents relatifs aux
financements que Périclès accorde à des structures tierces, afin
d’examiner si elles ont des liens proches ou lointains avec les
élections.
En particulier, Périclès a-t-il participé au financement de
l’association Viv(r)e la République, créée par Céline Pina, et du Centre
européen de recherche et d’information sur le frérisme (Cerif), créé
par Florence Bergeaud-Blackler ?
M. Arnaud Rérolle. Sauf
erreur de ma part, ces deux organisations figurent sur notre site
internet – j’en suis certain pour le Cerif, mais j’ai un léger doute
pour Viv(r)e la République. À ma connaissance, nous avons financé ces
deux associations.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Dans quel objectif ?
M. Arnaud Rérolle. Nous
avons soutenu une quantité significative d’organisations et je n’ai pas
en tête le détail exact de l’activité de chacune. Florence
Bergeaud-Blackler mène des travaux particulièrement pertinents sur le
frérisme et le danger que constitue l’influence des Frères musulmans.
Rappelons qu’elle est menacée de mort et placée sous protection
policière – nous parlions tout à l’heure d’insécurité, monsieur le
rapporteur. Nous avons soutenu son initiative avec grand plaisir, parmi
beaucoup d’autres, pour des montants qui n’ont rien à voir avec les
projets que j’ai évoqués précédemment.
Concernant Viv(r)e la République, je crains de la confondre avec une autre organisation – mais puisque vous posez la question, vous pourrez m’éclairer sur son objet social.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Je
n’ai pas davantage d’informations sur son objet social, mais vous
pourrez le préciser dans les documents que vous nous communiquerez.
J’aborderai pour finir la question des ingérences étrangères. Outre les ingérences russes, le chef
du service de vigilance et de protection contre les ingérences
numériques étrangères (Viginum) nous a alertés d’ingérences possibles de
M. Musk en France, visant à influencer le monde médiatique.
Par ailleurs, Périclès est-il membre du réseau Atlas ?
M. Arnaud Rérolle. Nous
ne sommes pas membres du réseau Atlas, mais nous le connaissons et
avons échangé avec lui une fois, me semble-t-il, il y a quelque temps.
J’ignore en quoi consiste le fait d’en être membre – s’il s’agit par
exemple de payer une cotisation ou d’entretenir des liens étroits ; ce
n’est de toute façon pas notre cas. Atlas fait partie des organisations
que nous avions identifiées et avec lesquelles nous avons échangé lors
de notre lancement et de notre développement, comme avec des dizaines et
des dizaines d’autres, mais nous n’avons pas de liens avec lui. Il
organise un événement à Bruxelles en mai – si je ne dis pas de
bêtises –, auquel il nous a invités ou auquel nous assisterons en tant
que visiteurs – je crois qu’un membre de mon équipe s’y rendra.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Un article du New York Times
paru en janvier 2025 relatait des échanges entre Périclès et les
équipes de Donald Trump par le biais de M. Paul Manafort, qui vous
aurait fait une proposition. Selon Le Nouvel Obs,
les équipes de M. Manafort ont proposé « “de développer une campagne
ultramoderne et multidimensionnelle” pour faire croître les partis de
droite et d’extrême droite en France en mobilisant des tranches ciblées
de l’électorat et en attaquant certains opposants ». Le confirmez-vous ?
Avez-vous des liens avec M. Manafort et avez-vous répondu à sa
proposition ?
M. Arnaud Rérolle. Je confirme avoir échangé avec Paul Manafort par l’intermédiaire d’un contact commun, à l’initiative de ce dernier – ni les équipes de M. Manafort ni moi-même ne sommes à l’origine de cette rencontre. Nous nous sommes vus pendant une heure – en novembre, me semble-t-il, en tout cas avant Noël – pour nous présenter nos activités respectives. À l’issue de ce rendez-vous, M. Manafort m’a indiqué qu’il me ferait une proposition commerciale ; je lui ai répondu qu’il pouvait me l’envoyer s’il le souhaitait. Je l’ai reçue en décembre, toujours avant Noël – je me souviens avoir échangé avec le journaliste du New York Times le soir du réveillon. Entre-temps, j’avais indiqué aux équipes de M. Manafort
que sa proposition commerciale ne nous intéressait pas et qu’elle
n’était pas adaptée à notre mode de fonctionnement. Je ne me souviens
pas du détail de cette proposition, mais je me souviens qu’elle était
inadéquate :
elle ne correspondait ni à ce dont nous avions besoin, ni à nos
objectifs de développement à court ou moyen terme. Depuis, nous n’avons
plus eu d’échanges – nous
n’y trouverions d’ailleurs pas un intérêt particulier, même si la
discussion avait été intéressante. Il est toujours enrichissant de
discuter avec des personnes qui ont joué un rôle dans le débat
démocratique de leur pays ;
c’est la raison pour laquelle j’avais accepté cette rencontre, comme je
le fais systématiquement lorsque quelqu’un me propose d’échanger avec
lui.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Cette proposition a-t-elle fait l’objet d’un document écrit que vous pourriez nous transmettre ?
M. Arnaud Rérolle. Elle a effectivement pris la forme d’un document ; encore une fois, je ne m’en souviens pas en détail.
M. Antoine Léaument, rapporteur. Nous
dresserons la liste des documents que nous vous demanderons de nous
communiquer. En l’occurrence, il serait intéressant de connaître la
teneur de la proposition de l’ancien directeur de campagne de Donald
Trump pour analyser les risques d’ingérence étrangère.
M. Pierre-Yves Cadalen, président. Nous vous remercions.
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/comptes-rendus/ceelec/l17ceelec2425036_compte-rendu#