mai 29, 2026

Nouvelles d'un Monde de Paix à un Monde de Puissances....de totalitarisme !

Sommaire:

A) - Quand les protagonistes d’un conflit ne veulent pas céder, le pire est à craindre pour les autres.

B) - Mathias Desmet : la psychologie du totalitarisme technocratique qui étouffe l’Occident

C) - Facturation électronique obligatoire : la mafia euro-bruxelloise impose le contrôle fiscal total et la fin de la liberté de commercer

D) - Prédation chronopolitique : l’Iran, Israël et le mensonge diplomatique du temps

E) - Le Grand Entretien avec Peer de Jong – Guerres, puissances et chaos mondial : Où va le monde ?

 


 

 

A) - Quand les protagonistes d’un conflit ne veulent pas céder, le pire est à craindre pour les autres.

En Ukraine et au Moyen-Orient, aucun protagoniste des deux conflits en cours ne peut reculer sans mettre en jeu sa survie. Malgré tous les discours sur une paix imminente, il faut s’attendre à la prolongation de ces guerres, avec des conséquences économiques et sociales désastreuses pour le monde. Les électeurs israéliens et américains, et les dirigeants européens et chinois peuvent encore agir pour éviter le pire.

Ma nouvelle chronique pour @lesechos est en ligne. 

 


 

Les conflits d’aujourd’hui ont une caractéristique qu’on n’a pas vue depuis la Seconde Guerre Mondiale : aucun belligérant ne peut céder sans disparaître. Après 1945, ce sont les fascistes et les nazis qui ont disparu. Dans les conflits qui ont suivi, la survie des grandes puissances n’était pas en jeu ; elles pouvaient céder, ce qu’elles firent à de nombreuses reprises : les Russes ont reculé en Afghanistan, en Europe centrale et Orientale, en Irak et ailleurs. Les Américains au Vietnam, en Afghanistan et dans bien d’autres contrées.  Les Français ont cédé partout.

Ce n’est pas le cas dans les deux conflits majeurs aujourd’hui :

En Europe, ni l’Ukraine ni la Russie ne peuvent reculer :  Pour l’Ukraine, ce serait renoncer à son existence même. Pour le régime de Vladimir Poutine, ce serait un coup majeur qui mettrait fin à sa toute-puissance au Kremlin.

Au Moyen-Orient, Israël ne peut reculer ni contre le Hamas, ni contre le Hezbollah, ni contre l’Iran, qui tous les trois proclament leur volonté de détruire l’État hébreu. Et réciproquement, le Hamas, le Hezbollah et l’Iran des mollahs savent que capituler face à Israël serait pour eux comme recevoir un coup de grâce. De même, les mollahs et les pasdarans ne peuvent pas accepter les conditions posées par les États-Unis sans accélérer leur chute, tandis que, pour Trump, accepter les conditions posées par les dictateurs de Téhéran serait ouvrir la porte à la nucléarisation de l’Iran et augmenterait les perspectives d’une victoire démocrate en novembre et de la paralysie de l’administration républicaine.

En conséquence, tous les discours qu’on entend sur des négociations en cours en vue d’un cessez-le-feu, qui seraient, dans les deux cas, à la veille d’aboutir à un accord, ne sont que des balivernes, qui ne visent qu’à retarder la prise de conscience, en particulier par les marchés financiers, de la réalité de la situation : celui qui acceptera un cessez-le-feu à son désavantage perdra, à échéance plus ou moins brève, le pouvoir dans son pays. On peut faire confiance à Zelinsky, Netanyahou, à Trump, à Poutine et aux mollahs pour tout faire pour l’éviter.

Il faut vraiment être aveugle pour ne pas le voir. Comme nous sommes aveugles sur le dérèglement climatique et sur tant d’autres choses.

Le plus vraisemblable n’est donc pas l’imminence, dans un aucun de ces deux théâtres d’opérations, d’un cesser-le- feu réel et durable, même si on va encore nous amuser beaucoup avec cela. Et que les chaînes d’informations continuent en feront leur miel.

En Ukraine, le plus probable est une aggravation du conflit, avec une entrée en guerre de la Biélorussie, l’utilisation par les Russes d’armes d’une puissance immense, le bombardement des centres-villes et des lieux de pouvoir, avec des représailles ukrainiennes de même ampleur. Au Moyen-Orient, le plus vraisemblable est un blocage durable du détroit d’Ormuz et une prolongation des batailles à Gaza et au Liban.

Avec des conséquences désastreuses pour l’économie mondiale. Car, même si on voit se mettre en place des mécanismes de substitution, même si le pétrole de la région passe en partie par d’autres chemins que le détroit d’Ormuz et les bateaux de commerce par d’autres passages que le canal de Suez, ces deux guerres entraînent des pénuries qui vont bientôt peser très lourd sur tous les pays du monde, en particulier sur les plus pauvres, qui n’ont rien à voir avec ce conflit :

Les stocks de pétrole de l’OCDE atteindront des niveaux critiques d’ici juin ; 120 milliards de mètres cubes de GNL seront perdus ; l’agriculture devrait enregistrer des pertes de récoltes à partir du second semestre 2026, (le détroit d’Ormuz gérant environ 30% du commerce mondial d’engrais) ; la période de semis dans l’hémisphère nord étant déjà passée, les perturbations entraîneront des dégâts irréversibles. Les polymères clés manqueront, avec des répercussions considérables pour les industries de l’emballage, des peintures, des produits pharmaceutiques et des cosmétiques. L’aviation et le tourisme souffriront de pénuries de kérosène, qui cloueront au sol des avions de plus en plus nombreux d’ici fin juin. Les industries de l’automobile (et en particulier des véhicules électriques) seront confrontées à une aggravation des pénuries d’aluminium, de plastiques et d’acide sulfurique, qui perturberont le traitement des métaux destinés aux batteries pendant au moins un an. Enfin, un tiers de l’approvisionnement mondial en hélium étant  interrompu, la fabrication de semi-conducteurs sera gravement perturbée, pendant au moins trois ans, indépendamment de tout cessez-le-feu.

La Chine, les Européens, l’Inde, l’Afrique, les pays du Golfe et une grande partie de l’industrie américaine, feront de plus en plus pression sur les belligérants pour éviter ce désastre que les marchés n’anticipent pas encore. Nul ne peut savoir s’ils auront suffisamment d’influence pour faire reculer des pouvoirs qui jouent leur survie.

La solution viendra donc plutôt soit de l’effondrement d’un dictateur, soit de la défaite électorale d’un dirigeant d’un pays démocratique. On peut plus aisément tabler, et espérer, en la défaite de Netanyahou et celle de Trump, tous les deux très menacés en novembre, qu’en un coup d’état à Moscou ou à Téhéran.

Rien, donc, de sérieux, ne devrait changer avant novembre. Il faut en tout cas s’y préparer. Et ne pas oublier que d’autres conflits à venir sont de même nature : Par exemple, celui qui pourrait opposer Pékin à Taïwan, avec les mêmes conséquences.

Le moment est venu pour l’Europe de faire entendre la voix de la raison.

Jacques Attali

Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/geopolitique/quand-les-protagonistes-dun-conflit-ne-veulent-pas-ceder-le-pire-est-a-craindre-pour-les-autres/

 

 


B) - Mathias Desmet : la psychologie du totalitarisme technocratique qui étouffe l’Occident  

Une nouvelle forme de totalitarisme s’installe sous nos yeux

Le professeur Mathias Desmet, psychologue et statisticien à l’université de Gand, a parfaitement décrypté le mécanisme qui broie nos sociétés occidentales depuis une décennie. Dans une interview décisive,

il explique que nous ne sommes plus face à de simples dictatures classiques, mais à l’émergence d’un totalitarisme technocratique inédit, froid, bureaucratique et sans visage.

Ce n’est ni le fascisme ni le communisme du XXe siècle : c’est le totalitarisme du XXIe siècle, piloté par des élites ternes, des experts autoproclamés et des médias aux ordres.

RussiaGate, Covid, Ukraine : la même psychose collective qui se répète

Desmet le montre avec une clarté glaçante : depuis 2016, la société occidentale est prise dans une succession de formations de masse. 

  • RussiaGate : un récit absurde, sans preuve, imposé pendant des années.
  • Covid : un vaccin « miraculeux » mis au point en quelques mois, présenté comme la seule solution, avec interdiction de tout débat.
  • Guerre en Ukraine : soudain, la guerre est « non provoquée », l’OTAN n’y est pour rien, et toute nuance devient une trahison. 

À chaque fois, le même schéma : une adhésion fanatique à un récit unique, une intolérance totale envers la dissidence, et une volonté de détruire ceux qui osent poser des questions. C’est la marque du totalitarisme moderne.

La formation de masse : le cœur psychologique du totalitarisme

Desmet explique que le totalitarisme ne naît pas d’abord de la force brute, mais d’un processus psychologique et social : la formation de masse. 

Entre 20 et 30 % de la population adhèrent de manière fanatique à un récit collectif. Ils deviennent aveugles à la réalité, prêts à tout sacrifier (santé, richesse, avenir de leurs enfants) et surtout profondément intolérants envers ceux qui pensent autrement. C’est ainsi que des mères dénoncent leurs propres enfants, que des voisins se dénoncent entre eux. 

Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il a pris une ampleur inédite avec la modernité : solitude massive, atomisation des individus, perte de sens (jusqu’à 60 % des gens considèrent leur travail comme un « bullshit job »). Résultat : une anxiété flottante, une frustration et une agressivité sans objet précis. Dès qu’un récit simple (le virus, Poutine, le « complot ») est diffusé par les médias, les gens y accrochent toute leur angoisse et retrouvent un semblant de lien social… au prix de leur liberté.

Dictature classique ou totalitarisme ? La différence est capitale

Dans une dictature classique, la population a peur du pouvoir et se soumet. Si le dictateur tombe, le régime s’effondre. 

Dans le totalitarisme, c’est la population elle-même (ou une partie fanatisée) qui devient le bras armé du système.

La police secrète, ce sont les 20-30 % qui croient dur comme fer au récit officiel et qui traquent les dissidents.

Le pouvoir n’a plus besoin d’être charismatique : il est technocratique, bureaucratique, porté par des experts sans éclat, comme l’avait prédit Hannah Arendt dès 1953.

Le totalitarisme technocratique : le nouveau visage du système

Aujourd’hui, ce ne sont plus Hitler ou Staline qui dirigent, mais des bureaucrates de Bruxelles, des experts payés par les think tanks, des médias et des GAFAM. Ils transforment l’être humain en machine biologique (cf. Yuval Noah Harari) qu’il faut optimiser, pucer, contrôler. La science elle-même est devenue une nouvelle religion : « Faites confiance à la science », « Faites confiance aux experts ». 

La propagande n’a plus besoin de la force : elle utilise la solitude, l’angoisse et la répétition. Et surtout, elle transforme la démocratie en son contraire : une majorité qui piétine les droits des minorités.

La seule résistance efficace : la parole sincère

Face à cela, Desmet est clair : la seule arme qui marche, c’est la parole sincère. Pas la violence, pas les complots, mais le courage de continuer à dire la vérité, calmement, même quand la masse ne veut pas entendre. C’est ce qui empêche le totalitarisme d’atteindre sa phase ultime : la destruction morale de l’adversaire.


 

Français, réveillez-vous : ce totalitarisme est déjà là

Ce que décrit Mathias Desmet, c’est exactement ce que vit la France et l’Europe depuis des années : conformisme imposé, censure, diabolisation de la dissidence, récit unique sur l’Ukraine, sur l’UE, sur le « progrès » technocratique. 

La mafia euro-atlantiste a trouvé la formule parfaite : un totalitarisme sans dictateur visible, porté par des bureaucrates et des experts, qui détruit la liberté au nom de la « solidarité », de la « science » et de la « démocratie ». 

La seule issue reste la même : le Frexit. Sortir de cette prison européenne, reprendre notre souveraineté, restaurer le débat véritable et la liberté de penser. 

Tant que nous resterons dans l’Union européenne, dans l’euro et dans l’OTAN, ce totalitarisme technocratique continuera à progresser. Il est temps de dire NON. Il est temps de reprendre notre destin en main. 

La parole sincère, c’est déjà la résistance. Et la France souveraine, c’est la seule solution.

https://multipol360.com/mathias-desmet-la-psychologie-du-totalitarisme-technocratique-qui-etouffe-loccident/



 

C) - Facturation électronique obligatoire : la mafia euro-bruxelloise impose le contrôle fiscal total et la fin de la liberté de commercer  

Sous couvert de « simplification », Big Brother s’installe dans vos factures

À partir du 1er septembre 2026, la France bascule dans l’horreur administrative et numérique. Toutes les entreprises, TPE, PME, auto-entrepreneurs, professions libérales, médecins, agriculteurs, artisans, auteurs… seront obligés de passer à la facturation électronique (e-invoicing) et à l’e-reporting.

Plus de facture papier, plus de PDF par mail : tout doit transiter par des plateformes privées agréées par l’État et par le réseau européen Peppol. 

Tatiana Ventôse l’a parfaitement démontré dans son intervention chez Nicolas Vidal : ce n’est pas une simple modernisation. C’est la surveillance généralisée et permanente de toutes nos transactions économiques. 

Tout le monde est concerné : même les plus petits

On vous ment déjà en vous disant « ce n’est que pour les grosses boîtes ». Faux. Dès septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA (même celles sous franchise en base) devront pouvoir recevoir des factures électroniques. L’émission devient obligatoire en septembre 2027 pour les petites structures. 

Auto-entrepreneurs, libéraux, commerçants, agriculteurs : vous êtes tous dans le viseur. Seuls les purs salariés et fonctionnaires échappent (pour l’instant). Mais toutes vos données – nom, adresse, ce que vous achetez, à qui vous vendez, à quel prix, en quelle quantité – seront transmises en quasi temps réel à la DGFiP… et au réseau européen. 

Peppol : le lobby privé créé par Bruxelles qui va tout centraliser

Derrière ce système se cache Peppol (OpenPeppol), une organisation de droit belge créée par la Commission européenne. Présentée comme un « réseau démocratique », c’est en réalité un lobby privé qui compte parmi ses membres : 

  • les grands cabinets de conseil (PwC, EY, etc) qui vont vous facturer des formations et audits ;

  • les fournisseurs de logiciels qui vont vous vendre leurs solutions payantes ;

  • et, selon Tatiana Ventos dans son intervention du 26 mai 2026, s’appuyant sur les recherches de Frédéric Baldan (ancien lobbyiste européen et activiste belge), des entreprises étrangères, dont des filiales liées au Parti communiste chinois (via une entreprise aérospatiale) et à Alibaba, présenté comme service de renseignement fiscal de Pékin.

On va donc confier toutes nos données économiques à un réseau international contrôlé en partie par des puissances étrangères. C’est du délire absolu. 

Un racket mafieux en bonne et due forme

Vous n’aurez pas le choix : il faudra obligatoirement passer par une Plateforme de Dématérialisation Partenaire (PDP) privée qui va vous facturer un abonnement. L’État crée ainsi un nouveau marché juteux pour des boîtes privées qui vont s’enrichir sur votre dos en transmettant vos données à l’administration. 

C’est exactement le fonctionnement de la mafia : on vous oblige à payer pour « protéger » votre activité… sauf qu’ici, c’est l’État et l’Union européenne qui vous rackettent et vous espionnent. 

La fin de la liberté de commercer et de la vie privée économique

Comme l’a très bien résumé Frédéric Baldan : « Si on refuse la facturation électronique, on ne peut plus faire commerce aujourd’hui. » 

La facture papier sera illégale. Le PDF par mail sera illégal.

Sans inscription dans ce réseau, votre entreprise n’existera plus légalement. C’est la mort programmée de la liberté d’entreprendre. 

Ajoutez à cela les risques de cyberattaques massives (comme celle de l’ANTS en 2026) et la centralisation de toutes ces données chez des acteurs privés exposés au Cloud Act américain ou aux intérêts chinois : c’est la fin de tout secret commercial, de toute confidentialité. 

Le paquet ViDA voté par TOUS les eurodéputés français

Cette horreur vient directement du projet européen ViDA (VAT in the Digital Age). Et devinez quoi ? 100 % des députés européens français ont voté pour, y compris ceux du RN, de LFI, de Renaissance et des autres. Manon Aubry, Jordan Bardella, tous complices (voir ici et ici). 

Même ceux qui se disent « souverainistes » laissent passer l’étranglement numérique de la France. 


 

La seule issue : le Frexit

Français, producteurs de richesse, entrepreneurs, indépendants : on vous transforme en agents de renseignement du fisc et en vaches à lait d’un cartel euro-bruxellois. 

Ce n’est pas une réforme technique. C’est une brique supplémentaire dans l’édifice totalitaire que construit l’Union européenne : contrôle total, disparition du cash avec l’euro numérique, passeports pour objets d’occasion, identité numérique obligatoire… 

La France ne se relèvera pas en acceptant ce carcan. Elle se relèvera en reprenant sa souveraineté. 

Le Frexit est la seule solution. Sortie de l’Union européenne, de l’euro et de l’OTAN. Reprise en main de notre destin. 

Il est temps de dire NON. Signez la pétition contre cette folie (même si elle passe par l’identité numérique, c’est déjà un scandale). Et surtout, réveillez-vous : la liberté de commercer est en train de mourir sous nos yeux. 

Tant que nous resterons dans cette prison européenne, la France sera détruite de l’intérieur. Il est temps que les Français reprennent leur pays.

https://multipol360.com/facturation-electronique-obligatoire-la-mafia-euro-bruxelloise-impose-le-controle-fiscal-total-et-la-fin-de-la-liberte-de-commercer/ 

 


 

D) - Prédation chronopolitique : l’Iran, Israël et le mensonge diplomatique du temps

Tout accord diplomatique contient un mensonge sur le temps. On signe au présent des engagements que les parties n’habitent pas dans la même durée. L’une cherche une respiration tactique tandis que l’autre travaille déjà l’après, si bien que l’accord, tout en prétendant rapprocher des volontés, ne fait souvent que juxtaposer des temporalités irréconciliables. Le Memorandum of Understanding (MOU) discuté entre Washington et Téhéran le montre avec une netteté particulière : dès lors qu’à Washington on parle de désescalade, de garanties et de calendrier, à Téhéran le raisonnement relève d’un autre registre, fait de survie du régime, de continuité de l’État et d’usure méthodique de l’adversaire. Le malentendu ne tient pas seulement aux clauses mais au temps lui-même.


C’est en ce sens qu’il faut parler de prédation chronopolitique : une situation où l’un des acteurs transforme la durée en ressource tandis que l’autre en supporte le coût, l’asymétrie ne relevant plus de la seule patience stratégique, mais d’un échange inégal où un acteur consomme du temps pendant que l’autre l’accumule. En stratégie, cela suffit déjà à établir un avantage décisif. François Hartog a montré que les sociétés n’articulent pas toutes le passé, le présent et l’avenir de la même manière, mais, en politique étrangère, ces régimes de temps ne sont pas de simples catégories d’analyse puisque certains acteurs savent s’en servir comme d’instruments. La République islamique l’a compris depuis 1979.

Téhéran superpose en effet plusieurs régimes de temps : mémoire impériale persane, horizon chiite et calcul tactique de l’usure, pariant sur l’épuisement des adversaires, sur la lenteur des démocraties et sur la succession des administrations. Le régime islamique n’a pas besoin de gagner. Il lui suffit de durer plus longtemps que ses adversaires. C’est là que se révèle la vulnérabilité occidentale : les démocraties gèrent l’urgence électorale et l’instant médiatique ; l’Iran investit la durée.

Le MOU doit être lu dans cette perspective, parce que le débat public se concentre sur les seuils d’enrichissement, les mécanismes de contrôle et le rythme des sanctions, ce qui n’est pas inutile en soi mais devient secondaire si l’on n’interroge pas la structure temporelle du problème. L’accord intervenu ne brise pas la logique d’attente du régime iranien ; il lui offre précisément ce qu’il recherche le plus : du temps, et le temps, pour Téhéran, n’est pas un contexte mais une arme. Israël le perçoit avec une netteté particulière parce qu’il vit dans une autre épaisseur historique, portant une mémoire longue et la conscience permanente que l’histoire peut recommencer, ce qui rend son rapport au temps plus grave, plus chargé et plus tragique que celui des démocraties ordinaires.

C’est une des raisons pour lesquelles Israël se retrouve souvent seul au moment décisif, cette solitude ne relevant pas toujours d’un abandon explicite mais d’une incompatibilité de temporalités. On ne négocie pas un siècle avec un mandat de quatre ans et on ne bâtit pas une architecture durable avec des partenaires qui vivent sous la tyrannie de l’instant. Le problème n’est donc pas seulement iranien, il est aussi occidental. La question palestinienne occupe, dans cet ensemble, une place plus complexe qu’on ne le dit souvent, car elle n’est pas seulement un conflit territorial ou national, mais elle est aussi une temporalité suspendue, fragmentée et reconduite par la répétition du conflit et par l’attente politique qu’elle produit. Sans cesse reprise, instrumentalisée et traduite dans d’autres stratégies, au premier rang desquelles celle de Téhéran.

Le vrai clivage n’oppose ni modérés ni idéologues, ni Israéliens et Palestiniens. Il oppose des régimes du temps, des manières inégales de convertir ce temps en puissance, et c’est là que se situe la ligne de fracture décisive. La mémoire israélienne ne procède d’ailleurs pas d’une seule catastrophe historique. Elle articule des mémoires européennes et orientales, religieuses et politiques, ce qui explique aussi son rapport singulier à la vulnérabilité et à la durée.

Cette pluralité des mémoires confirme l’enjeu central : les conflits les plus durables ne se résolvent pas au rythme du commentaire, mais exigent une politique étrangère capable de penser au-delà des cycles courts. La France gaullienne avait compris, avec l’arme nucléaire, qu’une souveraineté sérieuse se pense à l’échelle des générations. Aujourd’hui, cette capacité s’est affaiblie, les démocraties occidentales demeurant enfermées dans la simultanéité médiatique et dans l’obsession de la réaction immédiate, où l’on confond souvent mouvement et stratégie ; l’Iran, lui, ne confond rien, car il attend, il observe, il use, il recommence, et ce rapport au temps explique une part essentielle de sa résilience.

C’est pourquoi le MOU ne doit pas être lu seulement comme un arrangement diplomatique de plus, mais comme un test de capacité stratégique. Il pose une question simple et dure : les démocraties occidentales peuvent-elles encore produire une politique étrangère qui ne soit pas structurellement perdante face à des régimes installés dans la durée ? Jusqu’ici, la réponse demeure incertaine. Téhéran a déjà intégré ce que les démocraties refusent encore d’admettre : dans certains rapports de force, le temps est la première des conquêtes. Il ne se signe pas. Il habite les puissances — ou les détruit.

Fundji Benedict


 

https://nouvellerevuepolitique.fr/fundji-benedict-predation-chronopolitique-liran-israel-et-le-mensonge-diplomatique-du-temps/

 


E) - Le Grand Entretien avec Peer de Jong – Guerres, puissances et chaos mondial : Où va le monde ?

Le système international traverse une phase de recomposition brutale marquée par le retour des conflits de haute intensité, la fragmentation des équilibres géopolitiques et l’affaiblissement progressif des cadres de sécurité hérités de l’après-Guerre froide. Entre la confrontation entre Israël, les États-Unis et l’Iran, la guerre russo-ukrainienne qui s’enlise, les tensions stratégiques entre Washington et Pékin et la déstabilisation persistante du Sahel, les rapports de force mondiaux semblent entrer dans une nouvelle ère de confrontation durable.

Dans ce contexte, la rencontre prévue ce 15 mai 2026 entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin apparaît comme un moment diplomatique majeur. Rivalités commerciales, compétition technologique, guerre énergétique, crise ukrainienne et tensions indo-pacifiques structurent désormais la relation entre les deux principales puissances mondiales. 

Parallèlement, l’Afrique et particulièrement le Sahel demeurent des zones de forte instabilité stratégique, où se croisent terrorisme jihadiste, effondrement étatique, rivalités d’influence et recul progressif de la présence française.

Pour analyser ces bouleversements géopolitiques majeurs et leurs implications militaires et stratégiques, Le Diplomate Média a une nouvelle fois rencontré Peer de Jong. Ancien colonel des Troupes de marine, expert des dynamiques de conflictualité et cofondateur de l’Institut Themiis.

Propos recueillis par Roland Lombardi

Le Diplomate : Depuis plusieurs années, les conflits de haute intensité et les rapports de force entre grandes puissances semblent redevenir centraux dans les relations internationales. Sommes-nous selon vous entrés dans une nouvelle phase historique de confrontation globale durable ?

Peer de Jong : L’irruption de la Russie en Ukraine en 2022 a été fortement déstabilisatrice dans les rapports entre États. C’est la première fois qu’un pays du P5 envahit son voisin…. C’est déstabilisant pour l’Ukraine évidemment mais aussi pour l’Europe qui voit un conflit conventionnel s’incruster sur le continent. La menace n’est plus virtuelle. Facteur aggravant, cette invasion produit des effets induits. Donald Trump nouvellement élu en janvier 2025 s’est d’emblée retracté sur l’aide à apporter à l’Ukraine tout en préconisant une nouvelle logique géopolitique centrée sur le continent américain ; une forme de doctrine de Monroe revisitée appelée la « doctrine de Donroe » en référence au prénom du président américain. En matérialisant son espace d’intérêt et d’influence sur le Groenland, le Canada, Panama et le Mexique (et accessoirement sur le Venezuela et Cuba…) lors de son discours d’intronisation en janvier 2025, Donald Trump reconnait aux autres grandes puissances que sont la Russie et la Chine, la possibilité d’exercer leur influence sur leurs zones géographiques respectives. Presque un « droit de tirage » qui met en exergue, avec le véto quasi permanent de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité des Nations unies, une sorte de fin du droit international.   

La guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran a profondément déstabilisé le Moyen-Orient et ravivé les tensions énergétiques mondiales. Comment analysez-vous aujourd’hui les objectifs stratégiques réels de Washington dans cette confrontation ?

La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël le 28 février 2026 contre l’Iran présente plusieurs caractéristiques. On remarque en préalable, l’influence du premier ministre Netanyahou sur l’exécutif américain alors que ce dernier semblait après les bombardements de juin 2025, plutôt enclin à laisser « pourrir la situation ». Les émeutes de janvier 2026 en Iran allaient d’ailleurs dans le sens de la logique américaine. A l’évidence, poussés par les Israéliens qui ont évidemment leur propre agenda, les forces américaines ont lancé le 28 février 2026, une opération militaire qui a présenté deux caractéristiques négatives. En effet, l’impréparation sans prévenir les alliés de l’OTAN et le défaut de planification (cadre espace-temps et effet final recherché ?) ont caractérisé l’assaut initial sur l’Iran. La doctrine américaine « choc et effroi » (shock and awe), fondé sur l’écrasement de l’ennemi et son incapacité à réagir, n’a pas été efficiente. Ces errements initiaux pourraient être corrigés par la redéfinition d’un objectif clair : celui d’interdire à l’Iran un accès au nucléaire militaire. Cet objectif est en phase avec ceux de la Chine. Les discussions sont en cours…     

À lire aussi :  EXCLUSIF – Le Grand Entretien avec Reza Pirzadeh –  Entre guerre classique et guerre hybride : les ressorts de la résilience iranienne

Malgré les frappes occidentales, l’Iran paraît avoir démontré une forte capacité de résilience politique, militaire et régionale. Cette séquence constitue-t-elle selon vous un succès limité pour les États-Unis ou révèle-t-elle les limites actuelles de la puissance américaine ?

Cette résilience iranienne démontre d’abord la très bonne capacité d’anticipation de l’Iran qui s’était visiblement préparé à un conflit de ce niveau (tunnels, installations enterrées, etc…). De plus, l’Iran avait clairement dissimulé les progrès réalisés dans le domaine de la balistique. Ces deux points forts se conjuguant dans l’emploi des moyens. De l’autre côté, les États-Unis, malgré le très haut niveau de l’armée américaine, démontrent plusieurs faiblesses : tout d’abord le défaut d’appréciation des forces de l’Iran (lié en grande partie au « mépris » des Américains sur les capacités iraniennes/discours de Trump). Cet état d’esprit a engendré un défaut d’appréciation des capacités iraniennes. Les États-Unis ont ainsi semblé durant les premières semaines du conflit comme totalement décalé par rapport à une réalité. Enfin les États-Unis ont subi la double manœuvre iranienne : celle du blocage du détroit d’Ormuz et celle des tirs massifs dit de saturation de missiles et de drones sur les pays du Golfe Persique. Les forces américaines ont subi le tempo de Téhéran révélant les limites de l’emploi de la force militaire.   

Concernant la guerre russo-ukrainienne, le conflit semble désormais installé dans une logique d’usure prolongée. Comment évaluez-vous aujourd’hui l’état réel des forces militaires russes et ukrainiennes après plus de quatre années de guerre ?

Après 4,5 ans de guerre, nous sommes clairement entrés dans une phase de cristallisation du conflit. Sur le terrain, on note un essoufflement du mouvement vers l’ouest des forces russes tandis que les Ukrainiens résistent et arrivent même à reprendre du terrain. Ainsi les forces ukrainiennes ont repris plus de 100 Km2 en avril 2026. Cette stabilisation du front dénote une usure des belligérants malgré les déclarations des uns et des autres. Par contre, la guerre s’est déplacée sur un autre plan. Les Russes et les Ukrainiens se mènent à présent une guerre dans la profondeur qui s’apparente à une guerre d’attrition. Drones et missiles s’échangent à un rythme particulièrement élevé et provoquent des destructions importantes, des installations énergétiques entre autres. Ces tirs dans la profondeur provoquent de fait des dégâts collatéraux très importants. 

Donald Trump avait promis de mettre rapidement fin aux grands conflits internationaux après son retour à la Maison-Blanche. Pourquoi les États-Unis semblent-ils aujourd’hui incapables d’imposer une stabilisation durable aussi bien en Ukraine qu’au Moyen-Orient ?

Sur l’Ukraine, deux visions s’affrontent aux États-Unis. La première prône une forme de partage objectif du monde et la stabilisation du conflit aux conditions russes. Donald Trump a ouvert la voie en exprimant son désintérêt pour l’Ukraine. Pour lui, les États-Unis doivent se concentrer sur le continent américain qui est leur zone d’intérêt. Il donne ainsi un blanc-seing à la Chine pour agir en Asie, comme il attribue un rôle dominant à Poutine sur le fuseau central, c’est-à-dire sur l’Europe et l’Afrique. C’est la vision « real politique » de partage du monde. 

La motivation des Européens pour s’engager collectivement en faveur de l’Ukraine a ouvert la voie à une vision mercantile aux États-Unis. Comme l’Europe n’a plus les industries de défense capables de répondre aux demandes de Kiev, les Etats-Unis se placent en position de pourvoyeurs d’armes pour les Ukrainiens mais achetées par les États européens. C’est un modèle économique qui se veut vertueux à Washington mais qui enfonce progressivement l’Europe dans une politique d’assujettissement aux conditions américaines. Le sommet de l’OTAN des 7 et 8 juillet 2026 en Turquie promet d’être compliqué.  

La guerre au Moyen-Orient révèle quant à elle, des failles importantes au sein de l’armée américaine mais sans préjuger de sa capacité à mener un conflit. L’armée des États-Unis reste le modèle le plus puissant… mais altéré par les atermoiements de l’exécutif américain.

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La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin pourrait-elle ouvrir une phase de stabilisation stratégique entre Washington et Pékin ou faut-il plutôt y voir une simple gestion tactique d’une rivalité systémique appelée à durer ? 

La Chine devient progressivement la « tour de contrôle » mondiale de la paix et de la guerre. Et si la Chine partage avec la Russie et les États-Unis, le statut de grande puissance, elle n’est pas engagée dans un conflit chaud. Elle ne commet pas l’erreur américaine et russe d’être mise en échec par des pays plus faibles comme l’Iran et l’Ukraine. La Chine a compris, probablement avant tout le monde, que le nucléaire militaire ne dissuade que le nucléaire militaire. Mais se frotter à un pays déterminé comme l’Iran ou l’Ukraine, donc mener un combat asymétrique, donne un avantage systémique aux plus faibles dès lors qu’ils utilisent des armements « rudimentaires » et en grand nombre. La capacité à durer fait le reste.  

Vous connaissez particulièrement bien les questions africaines et sahéliennes. Après le recul de l’influence française au Mali, au Niger ou encore au Burkina Faso, la France peut-elle encore redevenir un acteur crédible en Afrique face à la montée en puissance de la Russie, de la Chine ou de la Turquie ? Et comment analysez-vous le retour en force des jihadistes au Mali notamment ?

La France a perdu l’ensemble de ses « positions » territoriales entre 2022 et 2025. Le dispositif français s’est évaporé en 3 ans à l’exception de Djibouti qui est louée. Cette perte d’influence majeure s’apparente à une perte de crédibilité. Cet état de fait a ouvert grandes les portes de l’Afrique à tous nos compétiteurs qu’ils soient Américains, Russes, Turcs, Israéliens, Chinois et bien sûr Européens. Ce constat d’échec ne vient pas seulement de l’impossibilité pour l’opération Barkhane de traiter la question du djihadisme dans le Sahel. Il vient d’un flux récurrent d’erreurs commises depuis 1994 – de la guerre au Rwanda, à la dévaluation du franc CFA sans en informer les États, à la suppression du ministère de la coopération mais aussi de maladresses comme l’humiliant discours de Dakar en 2007 ou d’erreurs comme la guerre en Libye en 2011, etc…. La France s’est embourgeoisée dans sa relation à l’Afrique dans un contexte de montée en puissance de l’Union européenne depuis le traité de Lisbonne qui lui donne de larges prérogatives en même temps que des budgets conséquents. L’Afrique est devenue attractive. Elle s’ouvre à tous. Mais elle doit trouver à présent les solutions à la montée du terrorisme islamiste qui gangrène le Sahel, l’Afrique centrale et à terme les pays du Golfe de Guinée. La porte s’est ainsi également ouverte pour les djihadistes internationaux qui peuvent entrevoir à présent la création d’un califat au cœur du continent.   

Enfin, dans un monde marqué par la montée des blocs, le retour des guerres et les tensions économiques mondiales, la France dispose-t-elle encore selon vous des moyens militaires, diplomatiques et industriels lui permettant de préserver une véritable autonomie stratégique ?

La France a évidemment les moyens militaires, diplomatiques et industriels pour préserver voire amplifier son autonomie stratégique. Malheureusement la France aborde la période avec une situation budgétaire catastrophique qui limite de fait ses capacités tout en divisant l’opinion publique française. Enfin, l’Europe a compris qu’il ne fallait pas compter sur les Américains et sur Trump, pour les protéger. L’OTAN n’est plus l’alliance espérée par les Européens à l’issue de la deuxième guerre mondiale. Trump a sonné la fin de l’idée selon laquelle les Européens pouvaient consommer sereinement sans faire les efforts indispensables à sa protection. C’est un peu l’histoire des « trois petits cochons » et la prise de conscience de la nécessité d’investir massivement dans les questions de défense. Cette prise de conscience provoque de fait une exacerbation de la compétition intra européenne. Les Allemands affirment à présent leur volonté d’être « leader » de la défense du continent en se dotant de la plus grande armée conventionnelle européenne, tandis que la Pologne semble avoir des prétentions identiques. Il nous faut donc entretenir le très haut niveau technologique de notre modèle nucléaire militaire tout en affermissant les forces conventionnelles mises à mal depuis la réforme Armée 2000 et la RGPP, la réforme générale des politiques publiques chère au président Nicolas Sarkozy. Mais avec quel budget ?  


 


 

 

 

mai 28, 2026

Conspirationnisme effet !

Théorie du complot

La théorie du complot ou complotisme, est un type de discours plus ou moins élaboré formant une explication ou interprétation d'événements à partir d'indices, des faits ou des rumeurs dans l'objectif de dénoncer un prétendu mensonge ou mise en scène scandaleuse. Par théorie du complot peut aussi être comprise toute explication ou étude visant à analyser le mode de fonctionnement de la pensée conspirationniste.

Généralement, ceux qui organisent ou diffusent un discours conspirationniste visent à crédibiliser un certain point de vue ou une autre façon de comprendre les événements en éveillant le soupçon et le doute. Les théories du complot ciblent souvent des groupes d'intérêt, qu'ils soient économiques, politiques ou sociaux. 


 

Par exemple, certaines thèses d'explication des attentats du 11 septembre 2001, remettant en cause la description de la version officielle, mettent en scène le soupçon sur le rôle et responsabilité de l'administration américaine, même en absence de preuves tangibles. Beaucoup de scénarios élaborés dans le but de contester les événements officiels sont considérés comme des théories de complot. En revanche, l'explication sur l'action concertée des 19 terroristes, établie sur des preuves nombreuses et tangibles, n'est pas une théorie du complot. 

Le vrai et le faux à l'épreuve

En général, les théories du complot commencent par une remise en question de la réalité telle qu'elle est présentée ou décrite selon les moyens qui nous sont accessibles : journaux, télévision, radio, reportages, livres. Un peu comme si les images en direct étaient filtrées, ou bien comme si le canal de diffusion lui-même serait suspect. Ainsi le scepticisme et le soupçon à l'égard des principaux canaux médiatiques sont éveillés et alimentés. Les médias sont alors accusés de ne pas faire correctement leur travail d'information.

Tous les informations ou images pouvant être diffusées ou partagées sont alors soumises aux « experts potentiels » qui détiennent un jugement souvent critique sur la réalité à construire ou reconstruire. Plus le sujet est complexe et susceptible de controverse plus la vérité devient fragile et ouverte aux différentes versions des faits. L'information devient un canular, et une « nouvelle vérité » doit se substituer au canular. Un travail de réécriture du récit s'actualise par une abondance d'hypothèses venant se coller au récit.

Les faits les plus manifestes, le sens le plus évident de l’événement, sont soit déformés soit exclus comme trompeurs car faisant écran à la manifestation d’une vérité sous-jacente qui met en jeu des mécanismes secrets que le conspirationniste entend mettre à jour.

Si c'est bien le rôle attendu de l’enquêteur ou de l’historien de dévoiler par leurs travaux des faits méconnus et des relations cachées, ils procèdent en mobilisant des éléments tangibles et vérifiés.

Le caractère spécifique des théories du complot consiste à faire intervenir de façon gratuite, c’est-à-dire sans preuve, des hypothèses non nécessaires à l’explication des faits, à l'encontre du célèbre principe de parcimonie énoncé par Guillaume d’Occam.

Cette gratuité apparente se paye pourtant d’un paradoxe : plus la théorie semble bien élaborée et crédible, plus elle demande d'énergie pour être maintenue. Ainsi, concernant les attentats du 11 septembre, la théorie du complot implique qu'un très grand nombre de personnes soient plus ou moins complices : les auteurs du complot, puis les témoins, puis les enquêteurs concernés, engagés par des centaines de compagnies d'assurances notamment. En plus d'être nombreuses, elles auraient conservé un silence absolu jamais compromis par la moindre fuite, ce qui demanderait une énergie considérable. Le maintien du mensonge exigerait une activité permanente et soutenue, contrairement à la manifestation naturelle de la vérité.

Irréfutabilité et analyse hypercritique

Faisant souvent appel à l'imaginaire, à l'incertitude ou relativisme, les théories du complot sont difficilement réfutables même si logiquement peu rigoureuses. Une équivalence peut être faite avec le phénomène du négationnisme dans la mesure où dans celui-ci tous les faits contextuels sont vidés de leur sens réel afin de minimiser ou nier un génocide. Il est très rare qu'un complotiste s'assume en tant que complotiste, catégorie ne bénéficiant d'aucune bonne presse. La théorie conspirationniste s'inspire fortement de l'idée d'une production de l'ignorance : nous ignorons tous la vérité qui est ailleurs, vérité et ignorance qu'un bon conspirationniste ne doit ignorer. Pour qu'une bonne conspiration soit efficace mieux vaut qu'elle soit cultivée dans les bons terreaux, il y a ceux qui dominent et ceux qui sont dominés.

Le complotisme est un discours ou une réécriture, une vision ajoutée sur le monde qui doit avoir la même valeur épistémologique que la fable ou le roman, puisque chaque élément opposable à la théorie fait naître son jeu d’hypothèses ad hoc qui permettront de le réinsérer dans la matrice explicative initiale, matrice d'ailleurs en général assez élastique. Au comble de l’absurde, et suivant un raisonnement circulaire assez classique, les éléments dirimants seront interprétés comme preuve de la toute-puissance des comploteurs et donc comme preuve de l’existence du complot.

On identifie ainsi une théorie du complot au fait qu’elle est irréfutable par nature : chaque critique renforce la vision obsidionale et la cohésion des tenants du complot au lieu d'affaiblir la théorie du complot.

Sans pitié pour la moindre faiblesse qui se trouverait dans l'explication institutionnelle d'un événement, les conspirationnistes se montrent en revanche intransigeants dans leur examen des documents publics fournis par les autorités, les médias ou les experts. Suivant généralement en cela le principe de l’analyse hypercritique : si certains détails, même marginaux, se révèlent inexacts, peu clairs ou contradictoires, alors toute l'explication institutionnelle est considérée comme fausse. Les conspirationnistes sont aussi hypercritiques à l'égard des explications institutionnelles qu'ils sont complaisants à l'égard de leurs propres théories : ils attaquent l'explication institutionnelle en soulevant des faiblesses éparses, mais n'hésitent pas à fonder des systèmes entiers sur quelques bizarreries difficilement explicables aux non-spécialistes.

Planification parfaite et logique finaliste

Les événements passés sont analysés rétrospectivement à la lumière de leurs conséquences suivant une logique finaliste. Il n’y a pas de coïncidences, d’aléas historiques, de comportements opportunistes. L’Histoire, dans son acception complotiste, ne peut être pensée comme le fruit des interactions non-concertées de millions d'individus mettant en œuvre leurs stratégies propres mais uniquement comme le résultat d'une planification sans faille des puissances de l'ombre. Il est dans ce cadre logique que le résultat renseigne donc ex post sur le projet initial de la conjuration. Le conspirationniste essaie péniblement de voir à qui profiterait un événement et décide que ce bénéficiaire est à l'origine du complot.

Ainsi, suivant ce raisonnement, les attentats du 11 septembre ont servi la logique belliqueuse de l’administration Bush : ils ont justifié en partie aux yeux de l’opinion publique américaine l’intervention militaire en Irak. Ces attentats avaient donc pour but de permettre l’invasion de l’Irak.

On notera cependant que le caractère parfaitement exécuté du complot contraste avec la légèreté des indices parfois semés par les comploteurs. Les théories les plus naïves supposent l'existence et la dissémination de signes ésotériques qui renseignent l'initié sur la nature véritable des événements et lui permettent d'entrevoir un instant le mouvement du marionnettiste qui en tire les ficelles.

Exemples de théories conspirationnistes

Citations

  • « Quant à l’influence du marxisme, elle provient elle-même pour une bonne part de ce qu’il a donné une apparence savante et par suite une légitimité à un schéma explicatif éternel : la théorie du complot (conspiracy theory). Selon cette théorie, tous les maux qu’on peut observer dans les sociétés seraient dus à un complot des puissants, lesquels dissimuleraient leurs desseins égoïstes sous de nobles intentions. » (Raymond Boudon, Pourquoi les intellectuels n'aiment pas le libéralisme, 2004)
  • « La pratique du « conspirationnisme  » comme théorie du mode de fonctionnement du monde répond en fait à un objectif et à un besoin : il faut rendre concret, visible ce qui est caché et inconscient. Il y a un besoin de personnification. Il faut désigner. Mais c’est compliqué et difficile. D’où le recours à la facilité de tout faire remonter au conspirationnisme. C’est une tentation que d’utiliser cette théorie/ vision du monde pour convaincre, car elle donne à voir en désignant des coupables, des conspirateurs en chair et en os. Mais en donnant à voir, on commet une approximation, un à peu près qui se retournent contre la thèse, elle devient elle-même incohérente et invraisemblable, difficile à croire pour de gens de bon niveau, des gens non-primaires. » (Bruno Bertez, 28 novembre 2015)
  • « La logique conspirationniste est précisément celle qui ne parvient pas à se confronter à la complexité d’un monde beaucoup plus désordonné qu’elle ne l’imagine. Par une lecture rétrospective des événements, elle offre de dévoiler la cohérence souvent imaginaire d’éléments épars. Comme la psychologie expérimentale l’a montré, rapporter les désagréments du monde à une volonté malfaisante permet de mieux les supporter et de désigner un ennemi qu’on peut combattre. On ajoute ainsi à l’anxiolytique du conspirationnisme l’exaltation d’un héroïsme abordable. » (Gérald Bronner, L'OBS, 1er juin 2017)
  • « Le libertarianisme, héritier du libéralisme des Lumières, est la doctrine économique et politique la plus contraire au complotisme que l’on puisse trouver. Il suffirait pour s’en convaincre de lire La richesse des nations, d’Adam Smith (1776) : la compréhension des phénomènes sociaux repose sur une méthodologie de la « main invisible », c’est-à-dire de l’exact opposé des explications complotistes. Les courants principaux de l’analyse économique depuis plus de deux siècles de même que plusieurs philosophes ont poursuivi dans la même voie. » (Pierre Lemieux, La Presse+, 24/07/2020)
  • «  Cette impression d'être un peu plus malin que les autres lorsqu'on croit découvrir la cohérence malfaisante de faits disparates est un asservissement de la pensée, notre esprit y trouve à bon compte une gratification qui l'avilit tout en lui faisant croire qu'il est grandi. » (Gérald Bronner, Déchéance de rationalité, 2019)
  • « Quelqu'un m'a demandé un jour si je croyais aux théories du complot. Bien sûr que j'y crois ! En voici une : ça s'appelle le système politique. Ce n'est pas autre chose qu'un complot géant pour voler, tromper et assujettir la population. » (Jeffrey Tucker)
  • « Seuls les petits secrets doivent être protégés. Les grands sont gardés secrets par l'incrédulité du public. » (Marshall McLuhan)
  • « C’est la doxa qui qualifie de complotisme tout ce qui n’adhère pas à ses prémisses, et le complotisme prolifère à mesure que la doxa se durcit et empêche de questionner ses prémisses. » (Laurent Mucchielli)

Bibliographie

Voir aussi

Liens externes

https://www.wikiberal.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_complot

 

À qui appartient le droit de propriété ? Murray N. Rothbard

À qui appartiennent les ondes radio et les mers ?

L'analyse du spectre radioélectrique et des voies navigables par Murray Rothbard dans son ouvrage *Man, Economy, and State* constituait une tentative précoce et remarquablement systématique d'intégrer deux ressources prétendument « exceptionnelles » au droit de propriété ordinaire. En 1962, il soutenait que les fréquences radio utilisables étaient rares et donc susceptibles de propriété, et que les zones de pêche en mer pouvaient également être appropriées, délimitées et échangées. Il affirmait même que les zones maritimes concernées pouvaient être délimitées par latitude et longitude. Rothbard n'inventait pas ces idées de toutes pièces ; dans les notes de bas de page, il citait Ronald Coase sur le spectre et Jerome Milliman sur l'eau, démontrant ainsi qu'il était conscient d'aborder un débat réel, bien que encore marginal. Ce qui distinguait Rothbard, ce n'était pas seulement son intérêt pour les marchés, mais surtout son insistance à poser la question préalable : à qui appartient le droit de propriété ? 

 

Cette question était cruciale car le régime juridique américain applicable à la radio avait été conçu pour éviter d'y répondre en termes de propriété. La loi sur la radio de 1927 plaça le contrôle des transmissions radio interétatiques et internationales sous l'autorité fédérale, exigea des demandeurs qu'ils renoncent à tout droit à l'encontre des États-Unis et stipula que les licences ne créaient aucun droit au-delà de leur durée limitée. Elle liait également l'octroi des licences au critère vague d'« intérêt public, de commodité ou de nécessité ». La loi sur les communications de 1934 créa ensuite la Commission fédérale des communications (FCC) et centralisa ce cadre administratif au lieu de l'abandonner. Dans ce contexte, la proposition de Rothbard rejetait l'architecture même du système de radiodiffusion par commande et licence. 

 Concernant le spectre, la revendication de Rothbard était simple et radicale : l'air respirable est trop abondant pour être une propriété, mais le spectre électromagnétique utilisé pour la radiodiffusion est rare ; il devrait donc être approprié par les premiers utilisateurs « au même titre » la terre ou le bétail. Il écrivit que le premier utilisateur d'une fréquence en serait propriétaire pour sa zone d'ondes pertinente et qu'un diffuseur ultérieur émettant sur cette même longueur d'onde serait coupable d'invasion, de la même manière qu'un intrus empiète sur un terrain. Dans le même passage, il citait l’article de Coase de 1959, selon lequel la propriété fédérale des ondes se justifiait moins par un véritable « chaos » que par la suppression de revendications de common law émergentes. Le coup de maître de Rothbard fut de transformer ce que Coase présentait essentiellement comme un problème d’attribution en un problème plus profond de justice, de propriété et d’empiètement.

Cela contribue à expliquer à la fois la proximité et la distance de Rothbard avec les premiers critiques du marché en matière de régulation du spectre. Leo Herzel proposa la mise aux enchères du spectre en 1951, et l'ouvrage ultérieur de Thomas Hazlett identifie Herzel et Coase comme les principaux défenseurs initiaux de l'allocation par le marché. Le Congrès n'autorisa la FCC à recourir aux enchères concurrentielles qu'en 1993, et les premières enchères de la FCC eurent lieu en 1994. Pourtant, pour Rothbard, les enchères n'étaient pas l'essentiel. Comme B.K. Marcus le souligna plus tard dans l'un des Essais d'économie politique de l'Institut Mises, la question de Rothbard n'était pas simplement de savoir si les marchés pouvaient fixer les licences plus efficacement, mais si l'État avait le droit de s'opposer à l'obtention d'un titre de propriété complet pour les utilisateurs à domicile. Il s'agit d'une question plus radicale que celles que se permet généralement la politique moderne du spectre. 

Son approche des voies navigables et de la pêche était tout aussi audacieuse. Rothbard admettait que la haute mer, considérée comme une simple voie de navigation, pouvait être trop riche pour être appropriée. Mais il insistait sur le fait que les droits de pêche étaient différents, car le poisson est rare par rapport aux besoins humains. Par conséquent, les zones aquatiques concernées, ainsi que les ressources halieutiques qu'elles abritent, sont appropriables. Il affirmait que ces zones pouvaient être la propriété privée des premiers utilisateurs et délimitées par latitude et longitude. Concernant les eaux courantes, il privilégiait explicitement le principe d'appropriation au détriment du droit riverain, doctrine selon laquelle les droits d'utilisation des eaux courantes sont liés à la propriété des terres adjacentes plutôt qu'à la première utilisation productive. Là encore, il citait les critiques de Milliman sur le droit de l'eau, indiquant qu'il dépassait la doctrine conventionnelle plutôt que de simplement l'ignorer. 

 Cela représentait une rupture nette avec le contexte juridique dominant. Le droit américain de l'eau était, et demeure, marqué par des divisions régionales : les États de l'Est ont développé des doctrines riveraines liées aux terres bordant l'eau, tandis que les États de l'Ouest s'appuyaient davantage sur l'appropriation antérieure, le principe du « premier arrivé, premier servi » pour l'usage bénéfique. Parallèlement, les eaux navigables étaient généralement soumises à une logique de gestion publique, en vertu de laquelle l'État détenait ces eaux pour des usages publics tels que la navigation et la pêche. Rothbard privilégiait clairement l'appropriation au droit riverain et allait même au-delà du droit occidental d'antériorité d'appropriation, arguant que l'eau et les ressources halieutiques devaient être considérées comme des biens aliénables ordinaires plutôt que comme des ressources semi-publiques gérées à la discrétion des autorités. 

Rétrospectivement, Rothbard apparaît également visionnaire en matière de pêche. L'article classique de H. Scott Gordon, paru en 1954, analysait la surpêche comme une conséquence de l'organisation économique d'une pêcherie considérée comme une propriété commune, et les systèmes fondés sur les droits se sont ensuite répandus à l'échelle internationale. La FAO note que des quotas individuels transférables ont émergé en Islande et en Nouvelle-Zélande dans les années 1960 et 1970, tandis que la NOAA observe que plusieurs pays ont commencé à développer des systèmes de partage des prises dans les années 1970. Rothbard avait anticipé l'orientation générale de cette évolution : la rareté des ressources marines exige des droits exclusifs plutôt qu'un accès libre. Mais il était plus intransigeant que la plupart des réformateurs ultérieurs, qui se sont souvent contentés de quotas, de licences et d'une gouvernance hybride plutôt que d'une propriété privée pleinement territorialisée des zones de pêche. 

Là où les travaux ultérieurs se distinguent le plus nettement de Rothbard, ce n'est pas en niant la rareté, mais en complexifiant le champ des possibles institutionnels. Elinor Ostrom a notamment souligné que la propriété commune ne se confond pas avec le libre accès, une distinction souvent brouillée dans les débats politiques. Cette observation est essentielle. Tous les dilemmes liés aux ressources ne doivent pas nécessairement être résolus par une propriété individuelle absolue et individualisée. Pour autant, l'apport de Rothbard demeure considérable. Il a recentré l'attention sur les limites, l'exclusion, la transférabilité et la responsabilité en cas d'ingérence. Il a refusé la facilité, propre à l'étatisme, de déclarer une ressource « trop fluide », « trop invisible » ou « trop importante socialement » pour être soumise à des droits de propriété, puis de la confier à des bureaucrates. Sur ce point, sa méfiance était justifiée : « l'intérêt public » s'est trop souvent résumé à un simple pouvoir discrétionnaire administratif, sans propriété, sans responsabilité ni limites clairement définies. 

Rothbard doit être reconnu comme un précurseur, un novateur et un synthétiseur. Précurseur, car le spectre et les voies navigables étaient encore largement considérés comme des problèmes de droit public. Novateur, car il appliquait la logique de l'appropriation de terres à des ressources que la plupart des juristes jugeaient exceptionnelles. Synthétiseur, car il fusionnait les critiques émergentes de Coase et Milliman avec une théorie lockéenne-autrichienne plus rigoureuse du droit de premier usage, de l'aliénabilité et de l'empiètement. Il ne s'est pas contenté de se demander si les marchés pouvaient surpasser les régulateurs. Il s'est interrogé sur la légitimité même de la prérogative des régulateurs en la matière. Cette question demeure aussi délicate pour l'État administratif aujourd'hui qu'elle l'était en 1962.

Thiago V. S. Coelho  

Thiago V. S. Coelho est un écrivain brésilien qui publie sur X et sur son blog. 

https://mises.org/mises-wire/who-owns-airwaves-and-sea 

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