juillet 16, 2026

Le socialisme bénéficie d’un privilège intello unique : il n’est jamais jugé sur ce qu’il produit, mais sur ce qu’il promet.

TOUS LES SOCIALISTES NE SONT PAS IGNORANTS. LES PLUS DANGEREUX SAVENT TRÈS BIEN CE QU’ILS FONT.

Le socialisme bénéficie d’un privilège intellectuel presque unique : il n’est jamais jugé sur ce qu’il produit, seulement sur ce qu’il promet. Le capitalisme doit répondre de chaque faillite, de chaque inégalité, de chaque licenciement et même de chaque malheur humain survenu dans une économie où subsiste encore un marché. Le socialisme, lui, traverse les pénuries, les famines, les camps, la police politique et l’effondrement monétaire sans jamais comparaître personnellement devant le tribunal de l’Histoire. 

 Lorsque le marché échoue, on accuse le système. Lorsque le socialisme échoue, on accuse les circonstances, les saboteurs, les sanctions étrangères, la personnalité du dirigeant, le manque de ferveur révolutionnaire ou l’application imparfaite de la doctrine. 


 Ce n’était pas le vrai socialisme. 

La phrase est devenue son certificat d’innocence perpétuel. 

 Frédéric Bastiat avait pourtant identifié le mécanisme dès 1850. Dans La Loi, il expliquait que l’État cesse de protéger la vie, la liberté et la propriété lorsqu’il transforme la législation en instrument de spoliation : les groupes organisés cherchent alors à utiliser la puissance publique pour vivre aux dépens de ceux qui produisent. Bastiat appelait cela la spoliation légale. Le vol ne disparaît pas ; il change de vocabulaire, obtient une majorité parlementaire et se présente comme une politique de justice sociale. 

Le socialisme commence toujours par une inversion morale. Prendre directement le bien d’un voisin demeure condamnable ; charger l’administration de le faire devient vertueux. L’envie personnelle est méprisable, mais son organisation électorale se transforme en solidarité. Le politicien ne crée pas la richesse qu’il promet de distribuer. Il arbitre la répartition de ce que d’autres ont produit, puis exige d’être félicité pour sa générosité. 

 L’État socialiste ne donne jamais ce qu’il possède. Il distribue ce qu’il prélève, emprunte ou dévalue. 

La difficulté n’est pourtant pas seulement morale. Elle est économique. Friedrich Hayek n’affirmait pas que tout fonctionnaire était stupide ni que tout entrepreneur possédait une intelligence supérieure. Il expliquait que les connaissances nécessaires au fonctionnement d’une économie sont fragmentées entre des millions d’individus : besoins locaux, stocks disponibles, techniques particulières, préférences changeantes, occasions imprévues et usages alternatifs des ressources. Aucun bureau central ne peut rassembler continuellement cette connaissance dispersée ni remplacer le système de prix qui la transmet. La Route de la servitude, publiée en 1944, prolongeait cette critique en montrant comment la planification économique tend à concentrer le pouvoir politique et à réduire la liberté individuelle. 

Le planificateur n’est pas seulement confronté à un problème de calcul. Il se heurte à la vie elle-même. Une économie n’est pas un tableau Excel dans lequel chaque tonne d’acier, chaque heure de travail et chaque désir humain attendent d’être placés dans la bonne case. Elle est faite de personnes qui changent d’avis, innovent, prennent des risques, découvrent des besoins que personne n’avait anticipés et abandonnent des productions devenues inutiles. 

 Le marché commet des erreurs, parfois spectaculaires. Mais il dispose d’un mécanisme de correction brutal : la perte. Celui qui gaspille durablement les ressources finit par perdre son capital, ses clients ou son entreprise. Le planificateur public peut, lui, transformer son erreur en programme national, emprunter pour la prolonger et punir ceux qui signalent son échec.

Le marché sanctionne l’entrepreneur qui refuse le réel. Le socialisme sanctionne le réel qui refuse son plan. 

 C’est précisément pour cela que le pouvoir finit par se durcir. Lorsque les résultats contredisent la doctrine, deux conclusions sont possibles. La première consiste à reconnaître que la doctrine était fausse. La seconde consiste à décider que les individus n’ont pas suffisamment obéi. 

Les régimes socialistes choisissent presque toujours la seconde. 

 La production agricole s’effondre ? Les paysans sabotent. Les marchandises disparaissent ? Les commerçants spéculent. La monnaie se déprécie ? Les capitalistes attaquent la nation. La population tente de partir ? Elle trahit la révolution. 

La critique devient alors une activité contre-révolutionnaire, puisque reconnaître l’échec économique menacerait la légitimité politique de ceux qui ont organisé l’économie. La censure n’est donc pas un accident extérieur au système. Elle devient le dernier moyen de protéger le plan contre ses propres résultats. 

 Malcolm Muggeridge connut cette transformation de l’intérieur. Issu d’un milieu socialiste britannique et initialement attiré par l’expérience soviétique, il partit à Moscou avant de voyager clandestinement en Ukraine et dans le Caucase du Nord en 1933. Il découvrit une famine largement provoquée par la collectivisation et la politique soviétique, puis envoya au Manchester Guardian des reportages décrivant la dévastation qu’il avait observée. 

 Face à lui se trouvait Walter Duranty, correspondant du New York Times, beaucoup plus utile au pouvoir soviétique. Duranty avait obtenu le prix Pulitzer en 1932 pour une série d’articles publiée l’année précédente. Il minimisa ensuite la famine de 1932-1933 dans des textes que le comité Pulitzer qualifia plus tard de gravement défaillants, tout en refusant de retirer la récompense parce que celle-ci concernait formellement ses articles de 1931. 

 L’épisode devrait être enseigné dans toutes les écoles de journalisme. Le reporter qui décrit les affamés est traité en gêneur. Celui qui protège le récit officiel conserve le prestige, l’accès et la récompense. 

 Le mensonge politique ne triomphe pas seulement grâce aux policiers. Il a besoin de journalistes qui préfèrent être proches du pouvoir que proches des faits, d’universitaires capables d’expliquer que les victimes sont un détail statistique, et d’intellectuels occidentaux suffisamment fascinés par l’utopie pour ne pas regarder les charniers. 

 Muggeridge formula une observation cruelle sur le socialisme mondain : le travailleur y est l’homme au nom duquel tout est organisé, à condition qu’il ne soit jamais réellement présent dans la pièce. La bourgeoisie révolutionnaire adore le peuple sous forme conceptuelle. Le peuple concret, avec ses goûts, ses préjugés, ses ambitions, son désir de propriété et son refus d’être rééduqué, la déçoit presque toujours. 

 Le prolétaire imaginé réclame la révolution. Le travailleur réel veut souvent une maison, un véhicule, de meilleurs revenus, la sécurité pour ses enfants et le droit de conserver le fruit de son travail. Lorsqu’il ne se comporte pas comme le personnage prévu par la théorie, le socialiste ne remet pas nécessairement en question la théorie. Il accuse le travailleur d’avoir développé une fausse conscience. 

Le peuple est souverain jusqu’au moment où il vote mal. Les ouvriers sont héroïques jusqu’au moment où ils refusent le programme conçu en leur nom. Les classes populaires doivent être écoutées, sauf lorsqu’elles parlent de fiscalité, d’immigration, de sécurité, d’autorité, de propriété ou d’identité nationale. 

Le socialisme contemporain a conservé cette extraordinaire capacité à célébrer abstraitement les catégories humaines tout en méprisant concrètement les personnes qui les composent.

LeblogALupus 

@leblogALupus Époque nietzschéenne. Décryptage de la volonté de puissance contemporaine. Tech • Industrie • Géopolitique • TS2F Le Blog à Lupus. Free market Conservateur Punk

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Socialisme

Le socialisme est un système économique et politique qui repose sur la propriété collective, à divers degrés et sous diverses formes, des moyens de production. Sous sa forme étatique, il implique nationalisations et planisme ; sous sa forme utopique, il préconise coopération et mutualisme.

Dans un sens plus vague, le socialisme est un ensemble de revendications et d'idées visant à améliorer le sort de la population, via le remplacement du capitalisme par une société supposée plus juste, sans nécessairement aboutir à une propriété collective des moyens de production. Il est représenté par plusieurs partis politiques sous diverses dénominations (parti socialiste, parti social-démocrate, parti travailliste, etc.). Les partis socialistes proposent généralement une fiscalité renforcée sur les grandes fortunes et les multinationales, ainsi qu'une augmentation des dépenses publiques.

Définition du socialisme

Le socialisme est une idéologie politique, qui est aussi ancienne que les premières communautés humaines. Cette forme d'organisation politique se retrouve chaque fois que les individus, appréhendés comme un unique tout (collectivisme), sont considérés soit comme les membres interchangeables d'un troupeau à guider, soit comme sujets bailleurs d'un unique propriétaire, soit encore comme administrés relevant d'une même bureaucratie. Que cela relève d'une véritable bienveillance (despotisme) provenant de l'idée que seul un ordre dirigiste ou dictatorial est nécessaire pour assurer la vie en commun des hommes (par ailleurs obligés par nature de coopérer) ou bien que cette dictature soit établie pour servir des desseins peu avouables, et ce quel que soit le régime politique choisi (monarchique, oligarchique ou démocratique), son objectif est alors d'instaurer une propriété commune du capital et une redistribution des richesses ; sinon de façon égale, tout du moins avec les seules inégalités justifiées par le prétendu intérêt public.

Or dans les faits, le socialisme aboutit toujours à devoir doubler son collectivisme économique d'un collectivisme mental (conditionnement idéologique, appel au don de soi, imposition de la fraternité et de la solidarité, morale républicaine) censé prévenir les probables dissensions causées par l'inexorable survivance de l'intérêt particulier au sein de la communauté (morale du troupeau).

On divise généralement le socialisme en cinq grands courants qui divergent sur les méthodes à suivre pour instaurer l'ordre socialiste, le sauvegarder, le degré d'étatisation et de libertés politiques :

Socialisme et communisme

Il faut noter que pour Marx et les marxistes le terme socialisme sert parfois à désigner l'abolition du capitalisme et de l'État bourgeois grâce à la socialisation des moyens de production (socialisme au sens fort, aujourd'hui défendu par les communistes), même si dans le vocable marxien il sera délaissé, à partir de 1848, au profit de celui de communisme, socialisme venant alors désigner d'autres formes de pensées crypto-communistes ou encore une phase transitoire avant l'avènement du communisme. Dû à ce flottement, ou quand on désire appuyer sur leur origine conceptuelle commune (comme ce sera ici le cas), socialisme et communisme ne sont pas dissociés (usage large).

Les socio-démocrates, nés du schisme du révisionnisme de Bernstein au début du XXe siècle, regroupés aujourd'hui dans les partis dit socialistes, y verront un moyen, par intervention directe ou indirecte de l'État, de limiter (sens faible) des maux qu'ils considèrent causés par le capitalisme et des marchés qui en sont le modus operandi (usage restreint).

Qu'un socialiste au sens faible devienne nécessairement (comme le prévoyaient des libéraux comme Hayek) un socialiste au sens fort, c'est-à-dire qu'il n'y ait pas, dans les faits, à long terme, de véritable différence de nature dans le socialisme mais seulement de degré, n'empêche pas que les uns et les autres ne poursuivent pas des buts légèrement différents, en croyant participer à des socialismes de natures différentes. Comme l'affirme crûment Ayn Rand :

«  Il n'y a pas de différence entre le socialisme et le communisme, excepté dans la façon dont ils réalisent le même but ultime : le communisme propose l'esclavage par la force, le socialisme par le vote. C'est la même différence qu'il y a entre le meurtre et le suicide. »

Une impasse rationnelle

Quand il essaye de dépasser la simple sympathie affectée et veut se donner une assise scientifique, le credo socialiste repose alors, selon Ludwig von Mises, sur trois dogmes :

  • la société (en fait, ceux qui la dirigent) est un être tout-puissant et omniscient qui transcende les individus (holisme), exempt de la faillibilité[1] et des faiblesses humaines ;
  • l'avènement du socialisme est inéluctable (par ex. thèse de « l'effondrement » du capitalisme chez Karl Marx et les marxistes);
  • l'idée que, comme l'Histoire est un progrès continu, passant de situations imparfaites à des situations plus parfaites (historicisme), l'avènement du socialisme est programmé depuis la nuit des temps.

Mises (années 1920), puis Hayek (années 1930), se sont attachés à réfuter les prétentions du socialisme à créer un ordre planifié, dans ce qu'on a appelé le débat sur le calcul économique en régime socialiste : système condamné à tâtonner dans le noir à cause de la destruction du marché comme système d'évaluation de la valeur (via le système des prix), donc faute de calcul économique, il conduit les dirigeants à créer un régime nécessairement arbitraire et autoritaire, incapable, de surcroît, de produire tout ce que l'« anarchie de la production » capitaliste réussissait.

Une tragédie pour les hommes de bonne volonté

Malheureusement pour les véritables philanthropes, l'Histoire a montré qu'à grande échelle le socialisme, ou sa version édulcorée la social-démocratie, aboutit nécessairement à une dictature politique et économique, à l'appauvrissement général, au totalitarisme, sous prétexte de planification, d'égalité économique, d'élimination du capitalisme.

Malgré la redondance des mises en garde, du bon chrétien anglais alerté par Mandeville dans la deuxième partie de La Fable des abeilles à l'humaniste généreux dont Hayek (après tant d'autres) prédisait les désillusions, toujours la volonté de bien faire associée à l'incrédulité dans l'ordre spontané des marchés, a rencontré des résultats à l'exact opposé de la vision messianique ou de l'« idéal prométhéen » (Raymond Aron) sur laquelle repose l'idéologie socialiste : capitalisme d'État, nouvelles inégalités (apparition d'une nomenklatura : apparatchiks en URSS, énarques en France), fin des libertés (voir l'histoire des régimes marxistes, l'Allemagne nazie).

Sa résistance aux faits

Si « l'Histoire du socialisme est faite d'échecs, d'abdications, et de trahisons, qui ne lui ont permis, à aucun moment au cours des deux siècles passés, de constituer un guide pour l’Humanité » (Droz 1997, IV, p.660), il faut bien cependant reconnaître sa prégnance dans les esprits[2], la question était de savoir pourquoi cela est ainsi et comment cela est possible. D'où quelques pistes :

L'irrationalité

L'essence du socialisme est, en économie, la prétention de diminuer la rareté en s'attaquant aux droits de propriété en utilisant la violence et la coercition, ce qui n'aboutit qu'à la destruction de richesses (voir aussi loi de Bitur-camember), cachée par le refus d'utiliser le calcul ou un système de prix qui mesurerait la rareté (économie non monétaire). Politiquement, il peut se cacher sous les oripeaux du libéralisme politique, alors que son mode d'action est la contrainte et la loi du plus fort.

L'inconséquence et la foi aveugle

Grâce à l'application de stratégies de fuite en avant (nouvelle théorisation et abandon de l'ancienne sans faire de bilan ni payer l'addition) ou de la méthode Coué (ça n'a pas marché, mais c'est beau, alors ça doit marcher), la plupart ne s'est pas détournée de lui, y cherchant encore une solution à la misère et à l’oppression (Id.).

La solution par défaut

En absence « d'utopie de rechange » (Hayek) le socialisme serait la seule solution apparente. Soit que :

  1. les libéraux n'aient pas su proposer un idéal véritablement humaniste du libéralisme, lui préférant (par stratégie ou par conviction) un niveau d'argumentation strictement utilitariste,
  2. soit que sur le marché des idées, ils aient été défaillants, partant avec un handicap puisque les socialistes se sont arrogés le « monopole du cœur ».

Évolutionnisme

Pour Friedrich Hayek, la persistance du socialisme prend sa source dans l'exacerbation d'instincts tribaux ancestraux. Au contraire de ceux-ci, la société libre et ouverte fondée sur la Rule of Law constitue un phénomène relativement récent, qui n'a pas eu le temps d'irriguer complètement les esprits. Pour nombre d'individus, l'appartenance (et l'obéissance) à une communauté politique fermée, décrétant collectivement les buts à atteindre, continue encore aujourd'hui d'être considérée comme un modèle de société viable. En ce sens, Hayek parle du socialisme (et en particulier du marxisme) en termes de « fabrication d'une nouvelle morale [visant à] vieux instincts ». De ce point de vue, la nouveauté du libéralisme juridique le dessert face à la fausse innovation présentée par l'idéologie socialiste qui, de son côté, n'offre rien d'autre qu'un programme littéralement réactionnaire de société close (économiquement, culturellement, spirituellement, etc.). Sur la perception négative du passage de la société close à la société de Droit, perception qui a ouvert la brèche vers le socialisme, Hayek écrit dans le tome III de Droit, législation et liberté (p. 196) :

«  Voici où se situe le grand changement qui a engendré un ordre de société de plus en plus incompréhensible pour l'homme, et dont le maintien exigea de lui qu'il se soumette à des règles apprises, souvent à ses instincts héréditaires : ce fut lorsque l'on passa de la société de face à face, ou du moins du groupe restreint composé de membres connus et reconnaissables, à la société ouverte, abstraite, qui n'était plus soudée par des buts communs, mais seulement par l'obéissance aux mêmes règles abstraites. Ce que l'homme eut le plus de mal à comprendre, fut probablement que les seules valeurs communes d'une société ouverte et libre n'étaient pas des objectifs concrets à atteindre, mais seulement des règles de conduite abstraites admises par tous, lesquelles assuraient le maintien d'un ordre tout aussi abstrait qui procurait simplement à l'individu de meilleures perspectives de réussite dans ses initiatives, mais ne lui ouvrait aucune créance sur des biens particuliers. »

Machiavélisme

La demande d'un nombre sans cesse croissant de clients de l'État, de plus en plus attirés par les privilèges et sinécures offerts, et le caractère exponentiel que ces politiques égalitaristes (égalité matérielle, égalité des chances, « justice distributive », etc.) engendrent, expliquent et la permanence des régimes collectivistes et la croissance de leur mainmise sur leurs communautés respectives.

Religion et socialisme

Bien que le socialisme collectiviste, le socialisme scientifique se targue d’origines récentes et que le communisme, accomplissement du socialisme, prétende parfois remonter au début du XIXe siècle, il est hors de doute que les différentes écoles socialistes comptent de nombreux précurseurs, surtout parmi les sectes chrétiennes du Moyen Âge. En France, en Allemagne, aux Pays-Bas et ailleurs ont abondé les socialistes ou communistes qui prétendaient tirer des idées évangéliques leurs idées d’égalité économique, de mise en commun de la richesse collective. Ils ont d’ailleurs des successeurs contemporains. Les épisodes historiques auxquels Albigeois, Vaudois, Anabaptistes, Niveleurs et bien d’autres encore ont attaché leur nom et dû de passer à la postérité en sont une preuve suffisante ; au temps de Cromwell, Winstanley le piocheur rédigeait une charte collectiviste.

«  D’ailleurs, l’idée d’égalité économique a toujours persisté, latente, parmi les chrétiens hétérodoxes : c’est une tradition qui paraît remonter loin, à l’agglomération judéo-chrétienne de Jérusalem qui, au lendemain de la disparition du fondateur du christianisme, se constituait en groupement collectiviste volontaire. Légende, peut-être, qui ne ferait que prouver l’ancienneté de la tradition. Quoi qu’il en soit, la forme scientifique du collectivisme ou du communisme contemporain n’est qu’une adaptation économique à l’esprit des temps actuels du christianisme, surtout du catholicisme. Sous une terminologie différente le socialisme et le christianisme préconisent l’amour entre les hommes, tous les hommes, qu’ils appellent chacun et tous au banquet de la vie sans réclamer d’effort autre qu’une adhésion extérieure à un programme, nous allions dire l'obéissance à un credo. C’est avec raison qu’on a pu qualifier le socialisme : « la religion du fait économique ». »
    — Émile Armand, L’Initiation individuelle anarchiste (1923), partie 1.8. « Les origines du socialisme. Les précurseurs socialistes »)

Optique libérale

Les libéraux ne rejettent pas les principes socialistes en bloc. Au contraire, la famille peut-être considérée comme un ordre communiste, soudé par l'amour filial, la solidarité, l'entraide financière et affective. De même, dans le cadre d'une association, de rapports de voisinage, certaines formes de socialisme sont viables et souvent appréciables. Seulement, ces formes doivent respecter certaines conditions: être volontaires et révocables, conformes à la volonté commune des participants, dans le respect des droits de chacun à la liberté et à la propriété. L’erreur des socialistes consiste alors à hypostasier l’amour fraternel (comme chez Hegel) à l’ensemble d’un groupe disparate, unifié par la soumission au même État, et qu’on appellera société.

Il y a pourtant une différence de nature entre un petit groupe à l’utilité commune clairement identifiable et/ou s’autorégulant grâce à la connaissance personnelle de chacun des individus, et une foule d’individus abstraits ne se connaissant pas et trop divergents pour pouvoir s’accorder sinon en étant chapeautés par un monstre froid qui maintient de force l’union au nom d’une solidarité factice et de compromis — paravent hypocrite d’un jeu où chacun essaye de tirer la couverture à soi.

Ce qui est vrai au niveau de la communauté nationale l'est aussi dans les rapports internationaux : si un socialiste se prétend humaniste, on s'aperçoit cependant qu'à défaut d'instaurer un régime mondial unique, les partis socialistes nationaux (pourtant regroupés dans une Internationale socialiste) défendent leur clientèle sans se soucier des autres (cf. négociations européennes, délocalisations, patriotisme économique, etc.), démentant de fait l'idée que la poursuite d'un intérêt général est possible en dehors d'une théorie de la violence réfrénée et du chantage permanent. On parlera alors, de ce point de vue, de social-nationalisme qui est une forme soft du national-socialisme, épurée de toute la pseudo-science raciste.

Le seul critère libéral possible qui permette de savoir si le socialisme est légitime dans les conditions où il se présente en pratique est le consentement des individus. Le socialisme s'accompagne presque toujours de coercition et de violence, les seules occasions où il se manifeste pacifiquement relèvent d'organisations volontaires telles que peut en produire par exemple le mutualisme. Certains auteurs libertariens (notamment Benjamin Tucker, Kevin A. Carson, Gary W. Chartier) voient dans le socialisme la conséquence probable de l'adoption du marché libre et de la suppression de l'État.

Socialisme libéral

Le socialisme libéral prétend concilier les idéaux du socialisme à ceux du libéralisme en revenant au libéralisme comme méthode politique d'émancipation et en affirmant que le socialisme est dans son inspiration profonde une philosophie de la liberté. Cette doctrine, qui est anti-marxiste, promeut l'autonomie de la société civile, de l'individu et de la liberté, l'idée de responsabilité sociale, l'indépendance des activités sociales et économiques par rapport à l'État, la nécessité d'institutions juridiques fortes ainsi que le pluralisme social et politique. Elle diffère du socialisme libertaire (Bakounine), communiste ou collectiviste, qui refuse toute autorité et tout exercice du pouvoir.

Monique Canto-Sperber, dans l'entrée socialisme libéral du Dictionnaire du libéralisme, cite comme favorables à cette « interprétation libérale du socialisme » les auteurs suivants : Charles Renouvier, Alfred Fouillée, Léon Bourgeois, Proudhon ("un des premiers inspirateurs de la tradition socialiste libérale"), Charles Andler, Lucien Herr, Jean Jaurès, Henri de Man, André Philip.

Les opposants à ce concept considèrent qu'il relève de l'oxymore, et définissent volontiers le socialisme libéral comme "le socialisme moins le Goulag, et le capitalisme plus l'enfer fiscal"... Ce système provoque bien souvent l'apparition d'un secteur informel[3] important dans l'économie. Cependant, les libertariens n'excluent pas a priori l'existence de communautés socialistes fondées sur le volontariat :

Il pourrait exister une société que certains socialistes appelleraient socialiste, mais qui, à mon avis, serait à la fois capitaliste et libre. Une telle société serait le fruit d’une combinaison du principe socialiste du contrôle ouvrier avec décentralisation radicale et de la structure commerciale nécessaire à cette décentralisation. Il n’y aurait aucune autorité centrale capable d’imposer sa volonté aux unités économiques individuelles. La coordination se ferait par l’échange, le commerce, par un marché. A la place des entreprises, il y aurait des coopératives ouvrières contrôlées par leurs ouvriers. (David Friedman, 1973)

Voir aussi social-libéralisme et libéralisme social.

Notes et références

  • Cf. Rousseau, Du Contrat social, chap. 2.3 : « la volonté générale est toujours droite et tend toujours à l'utilité publique. » (suit une série de restrictions qui rendent tout ceci nettement improbable, mais cela n'affecte jamais l'idéologue...)

  • La question étant de savoir si l'aversion spontanée de la plupart n'est pas dû à un réflexe conditionné crée par des décennies de terrorisme intellectuel, et si beaucoup ne sont pas plus libéraux qu'ils ne le croient… et qu'ils ne redécouvrent qu'une fois leur liberté perdue (cf. Raymond Aron, Essai sur les libertés, II).

    1. A. Portes, J. Borocz, 1988, "The Informal Sector under Capitalism and State Socialism: A Preliminary Comparison", Social Justice. Dynamic of the Informal Economy, Vol 15, n°3-4, pp17-28

    Bibliographie

    • 1949, Buhram Putnam Beckwith, "Liberal Socialism: The Pure Welfare Economics of a Liberal Socialist Economy"
      • édition révisée en 1974, "Liberal Socialism: The Pure Welfare Economics of a Liberal Socialist Economy". Jericho, NY: Exposition
    • 1977, Igor Chafarévitch, Le phénomène socialiste, Le Seuil (titre original : Социализм как явление мировой истории, c'est-à-dire Le socialisme en tant que phénomène de l'histoire mondiale)
    • 1989, François Seurot, Le système économique de l'URSS, Paris : Presses universitaires de France, ISBN 2130420109, ISBN 9782130420101
    • 1993,
      • Richard J. Arneson, "Socialism as the Extension of Democracy", In: Ellen Frankel Paul, Fred D. Miller, Jeffrey Paul, dir., "Liberalism and the Economic Order" (Social Philosophy and Policy), Cambridge: Cambridge University Press, pp145-171
      • Robert Heilbroner, "Socialism", In David R. Henderson, dir., "The Fortune Encyclopedia of Economics: 141 Top Economists Explain the Theories, Mechanics, and Institutions of Money, Trade, and Markets", New York: Time-Warner Books, Inc., pp161-165
    • 1997, Jacques Droz, dir., Histoire générale du socialisme, 4 vol., PUF/Quadrige

    Voir aussi

    https://www.wikiberal.org/wiki/Socialisme

     

     


     

     

     

     

    À LA MÉMOIRE DE MURRAY ROTHBARD de Joann et Hans-Hermann HOPPE !

     Murray. Rothbard 

    À LA MÉMOIRE DE

     

    PRÉFACE 

    Murray Rothbard a eu une belle vie. 

    En parcourant les essais de ce recueil, on découvre sans cesse son enthousiasme, son optimisme, son goût de la vie et, surtout, son sens de l'humour. Il se passionnait pour bien des choses : l'école autrichienne d'économie, le libertarianisme, la politique, les échecs, l'architecture baroque allemande des églises, le jazz et le sport. Il ne s'est jamais laissé abattre et a toujours fait preuve d'optimisme, même lorsque, comme l'écrit Ralph Raico, cet optimisme semblait irréaliste. 


    On se souviendra sans doute de Murray avant tout pour ses écrits qui, selon Mark Thornton, étaient clairs, assurés et cohérents, dotés d'un style percutant et toujours guidés par son amour de la liberté. L'écriture lui venait naturellement. Il lui arrivait souvent, dès le début de la journée, de s'installer devant sa machine à écrire en pyjama pour rédiger rapidement un article. Le texte qui en résultait reflétait la vigueur de ses convictions ; il n'avait pas sa langue dans sa poche. Par ailleurs, il n'aimait pas traiter un même sujet plus d'une fois, mais comme il regorgeait d'idées, chacun de ses textes apportait quelque chose de nouveau et d'original. Comme l'écrit Sam Francis, il possédait un instinct combatif qui transparaissait aussi bien dans ses écrits que dans ses discours. 

    Murray a été libertarien toute sa vie. Après sa mort, un imbécile a écrit que si tout le monde avait été libertarien, Murray aurait adopté une autre orientation. C'est là, bien entendu, une absurdité insultante. Plus il y avait de liberté dans le monde, plus il était heureux.  

    Comme l'écrit Joe Salerno, la liberté n'était pas pour Murray une abstraction aride, mais une nécessité vitale. Comme beaucoup de personnes dotées d'humour, il jugeait les autres, dans une certaine mesure, selon qu'ils riaient ou non à ses plaisanteries. Ses véritables amis le faisaient. Il a eu la chance de compter, parmi d'autres, Ronald Hamowy, Ralph Raico et Burt Blumert au nombre de ses amis, tous dotés d'un réel sens de l'humour avec qui il pouvait partager des éclats de rire.  

    Comme l'écrit Walter Block, il a vécu pleinement sa vie et sa compagnie était très agréable au quotidien. Murray était aussi très sociable. Il aimait les fêtes et était toujours le dernier à quitter une réunion. Comme le note Roger Garrison, c'était un véritable oiseau de nuit, une tendance qui s'est accentuée avec l'âge. Bien que l'argent n'intéressât guère Murray, sauf sur le plan théorique, il a réussi à gagner sa vie pendant quarante ans sans jamais avoir à se lever avant midi. C'était important pour lui. 

    De nombreux auteurs, dont Bob Higgs, ont souligné l'étendue de l'érudition de Murray ainsi que sa générosité à la partager. Il constituait une source de connaissances précieuse sur de nombreux sujets : l'économie, l'histoire américaine, l'histoire de la pensée économique, le sport et bien d'autres domaines, sans oublier ses humoristes favoris, H. L. Mencken et S. J. Perelman. On raconte une anecdote — qui, je crois, est authentique — au sujet d'un étudiant de troisième cycle ayant évoqué auprès de Murray un sujet de thèse qu'il envisageait d'aborder. Dès le lendemain, il recevait une lettre de douze pages, dactylographiée en interligne simple, contenant des suggestions de sources à explorer. Murray était fier de sa bibliothèque, qui comptait des milliers d'ouvrages.  

    À mesure qu'elle s'enrichissait, il s'est aperçu qu'il pouvait rédiger des articles universitaires complets en s'appuyant uniquement sur les ressources dont il disposait chez lui. Pendant de nombreuses années, Murray a œuvré presque seul à la diffusion de l'école autrichienne d'économie.  

    Peu à peu, davantage d'étudiants se sont intéressés à cette discipline. Malheureusement, certains d'entre eux se sont égarés et ont dénaturé les principes de l'école autrichienne. Lorsque Lew Rockwell a fondé le Ludwig von Mises Institute en 1982, il a enfin existé un centre dédié à la véritable économie autrichienne de tradition misésienne.  

    Par ailleurs, la création de *The Review of Austrian Economics* a offert un support pour la publication d'articles authentiquement autrichiens. Ces événements ont été pour Murray une source de grande satisfaction. Toutefois, ce qui lui a procuré le plus de plaisir vers la fin de sa vie, c'est d'écrire pour *The Rothbard-Rockwell Report*. 

    Imaginez un libertarien ayant un avis sur tout ce qui se passe dans le monde et pouvant mettre ses idées par écrit pour les publier. Quel bonheur ! La collaboration avec Lew Rockwell sur la RAE et la RRR a considérablement illuminé la dernière décennie de Murray. En semaine, et souvent le week-end, la journée de Murray commençait par une conversation avec Lew au téléphone. Des éclats de rire faisaient vibrer la maison ou l’appartement tandis qu’ils prenaient des nouvelles l’un de l’autre. Murray trouvait que c’était la meilleure façon de commencer la journée. 

    Bien sûr, il est mort trop tôt. Songez aux livres qu’il aurait écrits s’il avait eu plus de temps, aux articles, et à la façon dont il aurait continué d’illuminer la vie de ceux qui le connaissaient et l’aimaient — dont l’un, au moins, trouve désormais l’existence « fade, morne et vaine ». Mais Murray a laissé un héritage merveilleux, fait d’écrits et de souvenirs, ainsi que — comme en témoigne ce volume — de nombreux amis. 

    JOANN ROTHBARD

     

    HANS-HERMANN HOPPE 

    Université du Nevada, Las Vegas 

    J'ai décidé de quitter l'Allemagne et de m'installer aux États-Unis à cause de Murray Rothbard. Et j'ai décidé de déménager de New York à Las Vegas parce que Murray Rothbard avait décidé de quitter New York York à Las Vegas. Des années avant de rencontrer l'homme Rothbard, j'avais été un Rothbardien. Aucun de mes professeurs n'avait jamais mentionné Roth- le nom du barde, mais en suivant la piste des notes de bas de page que j'avais d'abord découvert Ludwig von Mises, le professeur et mentor de Murray, et puis Murray : et voilà, toute la vérité intégrée en un seul puissante structure intellectuelle - et je connaissais et comprenais au début en même temps, pourquoi aucun de mes grands professeurs d'université n'avait jamais l'a mentionné. Pour eux, Murray était dangereux, parce qu'il était clairement et évidemment raison ! 

    Les réalisations de Murray en tant qu'érudit sont monumentales. Il y a des gens qui croient qu'il doit y avoir plusieurs personnes qui ont écrit sous le même nom. Murray est l'auteur de 25 livres et littéralement des milliers d'articles dans des revues savantes et populaires. Son travail couvre tout le spectre des sciences sociales : de l’éco-science pure théorie économique à l'histoire, à la sociologie et à la philosophie. Son œuvre principale en théorie économique, Man, Economy and State, paru en 1962, quand Murray n'avait que 36 ans. Murray y développa tout le corps de la théorie économique, étape par étape, en commençant par axiomes incontestables et passer aux problèmes les plus complexes. éléments de la théorie du cycle économique et avancées fondamentales dans théorie du monopole. Et en chemin, il a présenté une cloque réfutation de toutes les variantes de l'économie mathématique. Le livre est devenu entre-temps un classique moderne et se classe parmi les L'action humaine de Mises comme l'une des deux réalisations majeures de l'École autrichienne d'économie. Dans le domaine du pouvoir et du marché, un Suite à cela, Murray a analysé les conséquences économiques de toute forme concevable d’ingérence gouvernementale dans les marchés. Plusieurs de ses des livres traitent de la théorie et de l’histoire de la monnaie et de la banque : Mystère du secteur bancaire, qu'a fait le gouvernement à notre argent ?, et dans *America's Great Depression* (La Grande Dépression américaine), Murray a combiné théorie économique — plus précisément la théorie du cycle économique dite de Mises-Hayek — et histoire financière et politique pour démontrer que le krach de 1929 et la dépression qui a suivi ne résultaient pas du libre marché, mais d'une création massive, *ex nihilo*, de crédit sous forme de monnaie papier par le Système de la Réserve fédérale, établi en 1913. Murray a notamment démontré qu'au lendemain du krach, Herbert Hoover n'avait pas appliqué les principes du *laissez-faire*, mais une politique préfigurant le *New Deal* de Roosevelt — une thèse jugée extravagante à l'époque (1963) mais aujourd'hui généralement reconnue par les historiens. 

    Dans le domaine de l'histoire, Murray a signé une œuvre en quatre volumes consacrée à l'Amérique coloniale (1620-1780) : *Conceived in Liberty*. Dans d'autres ouvrages et de nombreux essais, il a proposé une analyse intégrée — à la fois économique, sociologique et historique — de presque tous les épisodes critiques de l'histoire américaine : de la panique de 1819, de l'ère jacksonienne, de l'ère progressiste, de la Première Guerre mondiale, des mandats de Hoover et de FDR, jusqu'aux politiques de Reagan (*Reaganomics*) et de Clinton (*Clintonism*). Sur le plan philosophique, dans son livre *Individualism and the Philosophy of the Social Sciences* ainsi que dans de nombreux articles, Murray a abordé des questions telles que la nature logique de l'économie par rapport à l'histoire et à la sociologie, la théorie de la mesure et les fondements de la théorie des probabilités. Dans *The Ethics of Liberty*, il a présenté et défendu, face à toutes les objections imaginables, un système éthique abouti : un code juridique libertarien fondé sur la liberté individuelle, la propriété privée, le contractualisme et la responsabilité stricte. Enfin, dans *For a New Liberty* — qui, avec *What Has Government Done to Our Money?*, est sans doute son ouvrage le plus vendu —, il applique ce système éthique et présente une analyse économique des réformes sociales et politiques nécessaires à l'avènement d'une société libre et prospère. L'aboutissement de ses travaux de recherche des dix dernières années vient de paraître : deux volumes imposants d'une histoire de la pensée économique prévue en trois tomes, qui constituera sans aucun doute l'événement majeur du domaine depuis la *Histoire de l'analyse économique* de Joseph Schumpeter, publiée à titre posthume en 1954. Plus tard dans l'année, deux volumineux recueils de ses essais économiques paraîtront dans la collection « Économistes du siècle ». Le Mises Institute vient également de publier *The Case*contre la Fed, la démolition intellectuelle par Murray du système des banques centrales et du système actuel de monnaie fiduciaire. 

    Malgré ces réalisations tout à fait stupéfiantes, Murray, tout comme son mentor vénéré Mises, est resté un marginal dans le monde universitaire tout au long de sa vie. Mises est décédé avant de pouvoir recevoir le prix Nobel. L'année suivant la mort de Mises, son élève Hayek a reçu le prix pour avoir approfondi la théorie du cycle économique développée par Mises. Si la justice existait en ce monde, Murray, tout comme Mises, aurait dû remporter le prix à deux reprises ; d'ailleurs, à l'automne dernier, un groupe d'universitaires européens a fini par le proposer pour le prix Nobel. Mais Murray, lui aussi, est décédé avant d'obtenir la reconnaissance qu'il méritait. Pourtant, il n'est pas difficile de comprendre pourquoi il a été malmené par le milieu universitaire. Styliste brillant, doté d'une logique d'une précision redoutable et d'un talent polémique inégalé, Murray a lutté toute sa vie à contre-courant du « Zeitgeist », l'esprit du temps : pour Murray, le XXe siècle était un siècle de mal qu'il fallait rejeter. 

    Avec une énergie apparemment inépuisable, Murray a combattu non seulement le socialisme — dont il avait prédit l'effondrement bien avant qu'il ne se produise réellement — mais aussi l'État-providence, qu'il jugeait contre-productif et immoral. Il considérait le système de sécurité sociale et le contrat intergénérationnel comme une fraude qui, à l'instar d'une chaîne financière, mènerait inévitablement à la faillite. L'impôt n'était, par essence, rien d'autre qu'un vol, et les banques centrales étaient dénoncées comme de vastes réseaux de faussaires, responsables d'un processus apparemment inéluctable de dépréciation monétaire. Murray s'opposait à toute intervention étrangère. Il s'est opposé à la guerre de Corée, à la guerre froide, à la guerre du Vietnam, à la guerre du Golfe ainsi qu'aux interventions en Somalie, en Haïti et en Bosnie. Surtout, il méprisait et démolissait intellectuellement toutes les formes de relativisme et de nihilisme, tant éthiques qu'épistémologiques — cette conception selon laquelle il n'existe pas de distinction claire entre le bien et le mal, et selon laquelle toutes nos connaissances ne sont, au mieux, que vraisemblables et provisoires. À l'inverse, Murray défendait la cause du rationalisme éthique et épistémologique. Il a milité pour une politique étrangère strictement isolationniste (de non-intervention). Il prônait l'abolition de la banque centrale ainsi que l'adoption — ou la réintroduction — d'un étalon-or à 100 %. Il a par ailleurs défendu avec acharnement un capitalisme de pur laissez-faire fondé sur la liberté individuelle, l'inviolabilité de la propriété privée, la liberté contractuelle et d'association, ainsi que sur une responsabilité personnelle stricte. 

    En 1985, j'ai rencontré Rothbard en personne pour la première fois ; durant les dix années qui ont suivi, j'ai travaillé et vécu à ses côtés, en contact personnel constant et direct avec lui. Au fil de cette période, Murray est également devenu pour moi un ami cher, une figure paternelle proche. Je l'aimais comme un fils aime son père, et je suis heureux de savoir que Murray me considérait comme l'un de ses fils de prédilection. Ces dix années passées avec Murray ont marqué le point culminant de ma propre vie, et le souvenir de notre collaboration restera à jamais mon trésor personnel le plus précieux. 

    Peu après ma première rencontre avec Murray, j'ai aussi réalisé que, s'il n'y avait qu'un seul Rothbard écrivant sous ce nom, il y avait aussi Joey, l'épouse bien-aimée qui partagea sa vie pendant près de 42 ans. Murray a dédié plusieurs de ses ouvrages à Joey, qualifiée de « cadre indispensable ». Et elle l'était bel et bien. Murray n'aurait jamais pu accomplir ce qu'il a fait sans l'énergie, l'amour et le dévouement infaillibles de Joey. Elle était la force motrice dans l'ombre de cet homme d'exception, son tout. Joey était le « sucre » et Murray le « miel » ; leur relation était empreinte de douceur, de tendresse et d'une affection réciproque. Mon cœur saigne pour toi, Joey : tu as perdu non seulement un mari merveilleux, mais aussi ta boussole et ton étoile polaire. 

    Le Murray de Joey était un homme heureux, un « guerrier joyeux ». Il aimait la vie et savait en profiter ; convaincu de la rationalité humaine, il était un éternel optimiste. Son rire sonore et communicatif reste inoubliable pour quiconque l'a entendu. Il appréciait la bonne chère ainsi qu'un ou deux martinis à la vodka. C'était un homme de la nuit : il ne se levait jamais avant midi et travaillait jusqu'à quatre ou cinq heures du matin ; il était résolument réfractaire aux nouvelles technologies. Il refusait d'utiliser un ordinateur, préférant la machine à écrire électrique, la photocopieuse, le télécopieur et le téléphone. C'était un citadin pur jus, né et élevé à Manhattan. Contrairement à son mentor Mises, Murray n'aimait pas marcher, et encore moins faire de la randonnée. Pour lui, la nature représentait avant tout une adversaire indomptée et dangereuse. C'était un homme de culture. « Là où il y a de la nature, il devrait y avoir de la civilisation », telle était sa devise. Il possédait une vivacité d'esprit exceptionnelle et une érudition d'une ampleur quasi encyclopédique de connaissances. Rares étaient les sujets pour lesquels il n'éprouvait pas un intérêt sincère. Il était pétillant, plein d'esprit et doté d'un grand talent comique. Il considérait la culture du XXe siècle comme largement dégénérée. Il aimait les églises baroques allemandes et — bien qu'il fût juif et agnostique — l'Église catholique ainsi que la musique classique, du moins jusqu'à Mozart. Toutefois, il faisait quelques exceptions à son aversion pour la culture moderne. Grand amateur de cinéma, il rédigeait de nombreuses critiques de films durant son temps libre. Il tenait les films avec Cary Grant et Carole Lombard pour des modèles du genre. Il vénérait *L'Importance d'être Constant* et *Le Faucon maltais*. Il appréciait les premiers films de Woody Allen ainsi que *Le Shérif est en prison* (*Blazing Saddles*) et *Les Producteurs* de Mel Brooks. Il louait nombre de films de John Wayne (notamment *La Horde sauvage* de Sam Peckinpah et *Rio Bravo*) et ceux de Clint Eastwood (*L'Inspecteur Harry* et *L'Inspecteur ne renonce jamais*), où le bien triomphe du mal. *Le Parrain* était également tout à fait le genre de film qu'il aimait. Par ailleurs, il était un fervent admirateur de la musique des années 1930 — qu'il qualifiait d'« affirmative » — : le jazz et les chansons de comédies musicales signées Gershwin, Rodgers & Hart ou Cole Porter (Murray savait en interpréter bon nombre et aimait chanter) ; il appréciait aussi la musique de Louis Armstrong et de Benny Goodman. En revanche, à l'exception de quelques chansons des Beatles, il ne manifestait que du dédain pour la majeure partie de la musique contemporaine. 

    La mort inattendue de Murray m'a privé de l'ami le plus merveilleux, le plus doux et le plus joyeux qui soit. Une source d'inspiration apparemment inépuisable et irremplaçable s'est soudainement tue. Le monde a perdu l'un de ses géants intellectuels dont l'œuvre, à l'instar de celles d'Aristote, de Locke, de Kant ou de Mises, restera à jamais gravée dans les mémoires et sera vénérée tant que perdurera la quête de liberté de l'humanité.

    Ludwig von Mises Institute
    Auburn, Alabama
    1995

    P33-37

    EDITED BY
    LLEWELLYN H. ROCKWELL, JR.

    https://cdn.mises.org/Murray%20N%20Rothbard%20In%20Memoriam_2.pdf 

     


    Murray Rothbard

    Murray Newton Rothbard (2 mars 1926 - 7 janvier 1995), fut un économiste américain, théoricien de l'École autrichienne d'économie (élève de Ludwig von Mises), du libertarianisme et de l'anarcho-capitalisme. Son œuvre majeure, L'Éthique de la liberté, est un exposé d'un anarcho-capitalisme basé sur le droit naturel.

    En 1942, il se rend à la High School, Birch Wathen School, à New York City. Il poursuit ses études à l'université de Columbia où il est d'abord diplômé en mathématiques (B.A en 1945) puis en économie (M.A en 1946). 

    L'économiste du laissez-faire

    En économie, Murray Rothbard a popularisé la pensée de Ludwig von Mises, dans un langage et avec des arguments propres à convaincre les économistes contemporains, formés à l'empirisme. Son premier essai économique fut un coup de maître : dans un recueil d'articles publiés en 1956, sous le nom de Towards Liberty il publiait un article intitulé « Toward a Reconstruction of Utility and Welfare Economics », il y réfutait dès l'origine ces rationalisations encore courantes de l'étatisme que sont les « externalités » et les « services collectifs » — aussi parfois appelés « biens publics », montrant que ces rationalisations refusent le seul critère objectivement observable de l'accroissement d'utilité — l'action volontaire — au profit de gloses arbitraires sur des préférences dont la prétendue mise en forme mathématique n'est là que pour faire oublier, qu'en réalité, on ne peut pas les connaître, ni les mesurer ni les comparer : l'action, et seule l'action, permet de connaître les préférences, elle en est la preuve authentique et unique.

    Le critère de la préférence démontrée comme seule preuve de l'action productive permettra à Rothbard de dépasser son maître Mises dans la compréhension du monopole. Mises admettait la possibilité d'un « monopole » sur un marché libre. Dans le chapitre 10 de Man, Economy and State, intitulé « Monopole et concurrrence », Rothbard démontre que le concept est contradictoire — et il l'est depuis ses origines grecques : toute forme d'organisation contractuelle est a priori productive (et conforme à la justice naturelle), tout acte de violence agressive fausse la concurrence (et viole la justice naturelle) et de ce fait mérite qu'on l'appelle « privilège de monopole ».

    C'est ainsi que Murray Rothbard établit le caractère productif de tout acte pacifique, et l'impossibilité de prétendre scientifiquement qu'un acte qui viole le consentement d'un propriétaire ajouterait à une quelconque « production totale ». Ce qui lui permet de conclure que le laissez-faire capitaliste réalise la production maximum, et que quiconque affirme que l'intervention de l'État pourrait accroître cette production est ipso facto un charlatan.

    À l'imitation de L'Action humaine de Mises, Rothbard entendait mettre en avant un système complet d'économie politique. D'où les deux tomes de Man, Economy and State, complétés par Power and Market, développement des effets destructeurs de l'intervention étatique déjà évoqués à la fin du premier Traité. Rothbard y fait un large usage du raisonnement à l'équilibre, mais dans les conditions énoncées par Mises. Il y développe aussi la théorie autrichienne de la conjoncture, et le caractère nécessaire du revenu d'intérêt.

    La théorie de l'entrepreneur capitaliste

    Peu de temps après la sortie du livre d'Israel Kirzner en 1973, Competition and Entrepreneurship, Murray Rothbard a lancé un débat[1] qui se poursuit encore aujourd'hui dans le camp de l'école autrichienne sur la nature de l'entrepreneur. Les deux auteurs affirment leur proximité intellectuelle avec Ludwig von Mises. Mais leurs différences de points de vue concernent à la fois des questions centrales et des détails. Le débat se concentre principalement sur les questions de l'entrepreneur pur (vision d'Israel Kirzner) par opposition à l'entrepreneur-capitaliste (vision de Murray Rothbard).

    Israel Kirzner isola « l'esprit d'entreprise pur » et le sépara des autres variables. Il rencontra le désaccord de Murray Rothbard selon lequel l'entrepreneur ne peut jamais être séparé du capitaliste, propriétaire des ressources de production. Israel Kirzner déclare que l'entrepreneur peut conceptuellement, dans certaines occasions, ne pas posséder de ressources. Donc, éventuellement, les ressources peuvent être alternativement fournies par le capitaliste qui possède les ressources productives. L'entrepreneur pur ne possède donc pas de ressources de production, pas de capital, pas de facteurs de production et pas de ressources en général. Murray Rothbard présente son objection en soutenant qu'en réalité, l'entrepreneur est toujours capitaliste, en utilisant précisément le terme d'entrepreneur capitaliste en tant que propriétaire du capital ou propriétaire d'une ressource économique[2].

    Dans son ouvrage, Israel Kirzner précisa explicitement et clairement que son entrepreneur pur n'est qu'un dispositif analytique utilisé dans sa méthodologie afin d'isoler la variable entrepreneuriale au sens strict dans le but d'étudier son essence et ses contributions. Mais une telle concession méthodologique est inacceptable pour Murray Rothbard car elle efface l'individu du monde réel[3]. Les deux fonctions [entrepreneuriale et capitalistique] ne peuvent absolument pas être séparées, pas même en théorie.

    Pour Murray Rothbard, tout individu est propriétaire de lui-même. En effet, quiconque possède la vie possède aussi des ressources, par le seul fait d'exister. Il dispose de la ressource de la vie elle-même avec laquelle il doit agir afin de la préserver jusqu'à son dernier acte. L'action est un aspect essentiel de chaque moment de la vie humaine. C'est la ressource la plus intime et intrinsèque à chacun d'entre nous.

    L'épistémologue réaliste

    Si Rothbard a été capable de remettre en cause les plus anciens concepts, et de tirer les conséquences des faits généraux de l'action humaine qu'on ne peut pas imaginer autres qu'ils ne sont, c'est parce qu'il se moquait de toute prétendue « vérification expérimentale » des propositions de type 2 + 2 = 4. Il tenait pour définitivement établi et probant tout axiome, c'est-à-dire toute proposition dont on est obligé de se servir au cours de toute tentative pour la réfuter. C'est dire qu'il n'était ni empiriste, ni positiviste.

    Ce parti pris permet aux économistes autrichiens de se libérer, dans les domaines qui relèvent de la seule logique (c'est-à-dire, pour eux, la quasi-totalité de la théorie, par opposition à l'histoire économique) des analyses et des concepts qui dépendent de la disponibilité des statistiques. Par exemple dans celui de l'incertitude, ou dans celui de l'information, tout comme celui du monopole. Pour illustrer les progrès possibles quand on applique cette méthode, appropriée à son objet, on peut rappeler que, s'il a fallu 70 ans à Hayek pour comprendre que la justice sociale n'a aucune définition identifiable comme concept normatif — elle n'est qu'une désignation du pillage des faibles par les puissants dans la pseudo-démocratie socialiste, c'est parce qu'il fallait d'abord se poser la question de son sens.

    Cependant, à la différence de Mises, Rothbard fondait le raisonnement logique non sur une conception kantienne de l'a priori mais sur une théorie aristotélicienne des concepts, qu'on pourrait rattacher à l'objectivisme de Ayn Rand, Nathaniel Branden et Leonard Peikoff. Avec sa tentative d'aller au-delà de Ludwig von Mises, d'un point de vue épistémologique, avec une solution aristotélicienne et néo-thomiste, La tentative de Murray Rothbard est de renouer avec la tradition de l'apriorisme de Nassau Senior et John Elliott Cairnes, lorsque ce dernier avait tenté de trouver des lois économiques irréfutables comme une déduction logique de « faits indiscutables de la nature humaine et du monde » [4].

    Ainsi, c'est dans la tradition même d'Aristote qu'il a écarté la définition catastrophique du monopole que celui-ci avait avancée, comme Böhm-Bawerk l'avait également réfuté en 1881 à propos de l'intérêt sur l'argent, en démontrant que celui-ci n'est pas « contre nature », mais traduit bien au contraire un aspect nécessaire de l'action humaine.

    Le philosophe politique

    Il restait à démontrer que le laissez-faire capitaliste est conforme à la justice : c'est ce qu'il fait dans L'Éthique de la liberté. Il y montre que la seule définition cohérente de la justice est la propriété naturelle, la libre disposition reconnue comme juste de toute possession qu'on n'a pas volée, c'est-à-dire prise à un autre sans son consentement. L'Éthique de la liberté décline les conséquences de cette définition, reprenant de nombreuses solutions de la tradition juridique et en contestant d'autres.

    Le credo libertarien repose sur un axiome central :
    Aucun individu ni groupe d’individus n’a le droit d’agresser quelqu’un en portant atteinte à sa personne ou à sa propriété.
    On peut appeler cela « axiome de non-agression », « agression » étant défini comme prendre l’initiative d’utiliser la violence physique (ou de menacer de l’utiliser) à l’encontre d’une autre personne ou de sa propriété. Agression est donc synonyme d’invasion, d’intrusion.
    Si personne n’a le droit d’agresser quelqu’un d’autre, en bref, si chacun a le droit absolu d’être « libre » de toute agression, il s’ensuit immédiatement que le libertarien approuve pleinement ce qu’on appelle généralement les « libertés civiles » : liberté d’expression, de publication, d’association, liberté de « commettre » des délits sans victimes tels que la pornographie, les « déviations » sexuelles, la prostitution, la drogue, toutes choses que le libertarien ne considère pas du tout comme des délits, puisqu’il ne s’agit pas d’agression à l’encontre d’une autre personne ou de sa propriété. En outre, il considère la conscription comme un esclavage à grande échelle. Et puisque la guerre, et plus particulièrement la guerre moderne, entraîne l’exécution massive de civils, le libertarien considère de tels conflits comme du meurtre de masse, et donc comme quelque chose d’absolument illégitime.
    Tous ces points de vue sont considérés comme de gauche sur l’échelle idéologique contemporaine. D’autre part, le libertarien s’opposant à l’agression contre le droit de propriété privée, il s’oppose tout aussi vigoureusement à l’intrusion du gouvernement dans les droits de propriété et dans l’économie de marché au travers de contrôles, règlementations, subventions ou interdictions. Car si chaque individu a le droit de posséder et de ne pas être agressé et volé, alors il a aussi le droit de se défaire de sa propriété (par la transmission ou l’héritage) et de l’échanger contre la propriété d’autres personnes (liberté de contrat et économie de marché libre) sans subir d’intrusion. Le libertarien est donc en faveur d’un droit de propriété sans restriction et du libre-échange, c’est-à-dire d’un système capitaliste de laissez-faire.
    Le libertarien ne voit aucune incohérence à être de gauche dans certains domaines et de droite dans d’autres. Au contraire, il considère que sa position est quasiment la seule qui soit cohérente du point de vue de la liberté individuelle.
    S’opposant à toute agression individuelle ou en groupe contre les droits de la personne et les droits de propriété, le libertarien constate que, tout au long de l’histoire et aujourd’hui encore, il y a un agresseur central, dominant et prépondérant qui bafoue tous ces droits : l’État. Contrairement aux autres penseurs de gauche, de droite ou du centre, le libertarien refuse d’accorder à l’État le droit moral de commettre des actions que quiconque jugerait immorales, illégitimes et criminelles si elles étaient commises par une seule personne ou un groupe de personnes. Il insiste pour appliquer la règle morale générale à tous, et à ne faire aucune exception.
    Si nous regardons l’État « tout nu », nous nous apercevons qu’il est autorisé (voire encouragé) à commettre toutes sortes d’actes que même les non libertariens s’accorderaient à juger comme des crimes ou délits répréhensibles. L’État est un habitué du meurtre de masse, qu’il appelle « guerre », parfois « répression de la rébellion ». Il fait de l’esclavage par la « conscription » dans ses forces militaires. Il vit et tire son existence de la pratique du vol sous la contrainte, qu’il nomme « fiscalité ». Le libertarien souligne que le fait que de telles pratiques soient approuvées ou non par une majorité de la population ne change rien à leur nature : sanctionnées ou non par le peuple, la guerre c’est bien le meurtre de masse, la conscription, l’esclavage, et la fiscalité, le vol. Bref, le libertarien, comme l’enfant de la fable, s’obstine à répéter que « le roi est nu ».
    Extrait de « For a New Liberty: The Libertarian Manifesto » [1], traduit en français et adapté par Dilbert.

    Le droit naturel

    Le concept même de droits est défini négativement, il délimite le domaine d’action d’une personne où nul ne peut s'immiscer. Aucun homme n'a donc le Droit de forcer quelqu’un à accomplir une action positive puisque l’individu ainsi contraint subirait une violation de son Droit sur sa personne et sa propriété
    (L'Éthique de la Liberté, chapitre 14).

    L'historien de la société

    Outre ses œuvres dans les domaines de l'économie et de la politique, Rothbard s'est également intéressé à l'histoire économique. Il a commencé sa carrière avec Conceived in Liberty, histoire des États-Unis avant la Déclaration d'indépendance. En 1963, il publiait America's Great Depression, explication autrichienne de la crise de 1929 et des sottises de la politique américaine avant et après, que l'historien Paul Johnson devait reprendre dans son ouvrage Modern Times. Il est un des rares auteurs qui ait disserté dans son œuvre Perspective autrichienne sur l'histoire de la pensée économique sur les écoles qui ont précédé Adam Smith, telles que celles des scolastiques et des physiocrates. C'est ainsi que Rothbard a permis de réévaluer à leur juste mesure les travaux d'auteurs français comme Turgot (cf. son "Eclat de Turgot"). A contrario, les thèses de Smith constituaient, d'après lui, une régression dans la compréhension de l'économie, Rothbard allant jusqu'à parler d'une dégringolade gigantesque et calamiteuse par rapport aux sommets atteints par la tradition continentale (cf. "Adam Smith en examen", trad. par François Guillaumat).

    L'activiste politique

    L'action partisane de Murray Rothbard se caractérise par d'importants revirements stratégiques.

    Le foyer politique de Rothbard était la Old Right, isolationniste et très sensible aux thèses libertariennes (Albert Jay Nock en étant le représentant préféré de Rothbard). Or, dès les années cinquante, guerre froide aidant, le centre de gravité de la droite américaine s'est recomposé autour d'un anti-communisme et d'un nationalisme musclés. Dans ce contexte, l'anarchisme de Rothbard paraissait au mieux anachronique, au pire une trahison, un État fort étant considéré, en particulier par la National Review et son mentor, William F. Buckley Jr., indispensable à la compétition militaire et géopolitique avec l'Union Soviétique.

    Rothbard chercha alors de nouveaux amis politiques, se rapprochant par exemple brièvement du cercle de la romancière Ayn Rand.

    Cette tentative ayant échoué, Rothbard s'intéressa durant les années soixante à la New Left libertaire et anti-impérialiste. En 1965, il créa avec Leonard P. Liggio la revue Left and Right dont le but était de rapprocher droite libertarienne et gauche libertaire.

    Rothbard se lassa rapidement de ce courant politique, principalement en raison de sa mentalité anti-capitaliste, mais également par rejet de la contre-culture. La rupture avec la gauche anti-autoritaire était donc consommée dès 1970.

    Durant cette décennie, Rothbard participa à la création du Libertarian Party et du Cato Institute, dont il s'éloigna ensuite parce qu'ils lui semblaient trop tièdes, voire opportunistes. Il se rapprocha ensuite de diverses organisations paléo-conservatrices et rejoignit finalement le Mises Institute de Llewellyn H. Rockwell Jr. en 1982.

    Rothbard vit dans la chute de l'Union soviétique une opportunité pour ressusciter la Old Right et fonda beaucoup d'espoirs dans divers mouvements et hommes politiques populistes, dont Pat Buchanan. Force est de constater que cette stratégie, que ses héritiers au Mises Institute poursuivent, n'a pas encore porté ses fruits.

    L'anarchisme et l'anti-impérialisme (bien ancré dans la tradition libérale classique) de Murray Rothbard, ainsi que ses alliances politiques parfois surprenantes, lui ont valu beaucoup d'inimitiés à droite et notamment celle des néo-conservateurs. Elles expliquent largement certaines accusations qui ont été portées contre lui, par exemple d'avoir été un compagnon de route des communistes ou encore de s'être allié à des antisémites (rappelons à ce propos que Rothbard était juif). On peut, en effet, s'interroger a posteriori sur l'opportunité de certains articles et alliances de circonstance de Rothbard - encore qu'ils ne semblent pas justifier les critiques mentionnées ci-dessus - mais pas au point de pouvoir mettre sérieusement en doute la constance idéologique dont il a fait preuve durant toute sa vie. Si l'action partisane de Rothbard s'illustre tant par son étonnante souplesse stratégique que par son relatif insuccès, cela est probablement dû à la difficulté qu'il a éprouvée à trouver des relais pour diffuser ses idées dans le contexte politique de son époque.

    source : An Enemy of the State, The Life of Murray Rothbard, Raimondo, J., Prometheus Books, Amherst NY, 2000.

    Concepts

    La pensée de Rothbard est détaillée dans les articles connexes. Cliquez sur les liens pour plus d'information :

    Les 8 mythes économiques

    B0.jpg Discussions sur le forum
    Oui, Rothbard était Bien Un Anarcap Conservateur (for)





    Au sein du Ludwig von Mises Institute, Murray Rothbard publia un tract afin de combattre les mythes économiques qui assiègent nos pensées.

    Mythe n°1 : Les déficits sont la cause de l'inflation. Les déficits n'ont rien à voir avec l'inflation. Ces deux affirmations sont fausses. Les déficits sont financés, soit par le public grâce à la vente de bons du trésor, soit par le système bancaire qui est générateur d'inflation par le mécanisme d'accroissement des réserves bancaires.

    Mythe n°2 : Les déficits n'ont pas un effet d'éviction sur les investissements privés.

    Supposons que les déficits soient élevés et croissants et que les taux d'intérêts baissent, comme aux États Unis au début des années 80. Cela ne signifie pas que l'effet d'éviction ne joue pas. Les taux d'intérêt baissent parce qu'il y a moins d'emprunt de la part des chefs d'entreprise en période de récession. les taux d'intérêt réels (taux d'intérêt moins taux d'inflation) restent élevés. Si l'épargne se dirige vers les bons du Trésor, il y aura nécessairement moins d'épargne disponible pour l'investissement productif. Et, les taux d'intérêt sont supérieurs à ce qu'ils auraient du être sans les déficits. Le détournement de l'épargne est soit direct (financement par le public), soit indirect (finacement par le système bancaire).

    Mythe n°3 : Les importations des pays où le coût de main d'œuvre est faible cause le chômage dans notre pays.

    Les salaires sont élevés dans les pays développés (France, États-Unis) parce que la productivité du travail y est plus élevée. Et, cette productivité ne provient pas d'un phénomène magique. C'est parce que des entreprises ont investi des montants importants en technologie et en équipement en capital, au sens large. L'investissement en capital est une aide pour les travailleurs. Ces derniers obtiennent ainsi des salaires plus élevés. Par contre, dans les pays où le capital ne peut pas venir en aide aux travailleurs, les taux de salaire sont plus faibles. Par conséquent, les salaires élevés ne sont pas une menace pour la prospérité, ils sont la conséquence de cette prospérité. Certains représentants de l'industrie se plaignent du dumping social. Toutefois, les salaires élevés dans leur industrie provient du fait que cette industrie n'est pas efficace dans l'utiisation du travail en comparaison d'autres industries. Et, donc, pour compenser la désaffection des salariés, les salaires sont plus élevés que dans d'autres secteurs. Il est dangereux pour l'industrie, elle-même, ainsi que pour l'économie du pays entier de faire appel à l'État pour intervenir sur des restrictions à l'importation (quotas ou tarifs). Car les entreprises inefficaces perdent toujours de l'argent et elles demanderont de plus en plus de protection de l'État jusqu'où jour où elles ferment définitivement leur porte.

    Mythe n°4 : Les augmentations des impôts sont une solution pour résorber les déficits.

    Une règle comportementale de l'homme politique est simple. Plus son budget augmente, plus il a tendance à vouloir le dépenser. Il s'aide pour cela des groupes de pression, toujours bien attentionnés et bienveillants vis à vis du public qui considèrent que tel ou tel secteur a besoin d'aide. Ainsi, l'augmentation des impôts n'arrive jamais à réduire la dette.

    Mythe n°5 : les économistes utilisant des tableaux ou des modèles informatiques à haute vitesse peuvent prévoir le futur de façon plus précise.

    Mythe n°6 : Chaque fois que la banque centrale restreint l'offre de monnaie, les taux d'intérêt augmentent (ou baissent); chaque fois que la banque centrale accroît l'offre de monnaie, les taux d'intérêt s'accroissent (ou baissent).

    Mythe n°7 : il existe un échange équilibré entre le chômage et l'inflation.

    Mythe n°8 : la déflation (la baisse des prix) est impensable, et provoquerait une dépression catastrophique.

    Les sujets polémiques

    Murray Rothbard est loin de faire l'unanimité parmi les libertariens sur un certain nombre de sujets pour lesquels il a un avis très tranché :

    • les réserves fractionnaires des banques : pratique illégitime selon Rothbard, analogue à une escroquerie ;
    • le droit des enfants : Rothbard affirme que les parents ont le droit de laisser mourir de faim leurs enfants ; il n'y a pas pour l'enfant de "droit à la vie" puisque ce serait imposer une obligation positive aux parents (voir L'enfant est-il une marchandise ?)
    • l'avortement : pour Rothbard (comme pour Ayn Rand) un enfant ne peut acquérir de droits avant d'être né, l'avortement est donc permis à n'importe quel stade de la grossesse
    • la règle du "double talion" en droit pénal : à la nécessaire réparation des dégâts causés, s'ajoute (de façon optionnelle) le droit d'infliger au coupable des dégâts équivalents
    • privatisation complète de tous les biens publics, car « toute propriété aux mains de l’État est entre les mains de voleurs, et doit être libérée le plus rapidement possible »
    • contrairement aux néo-conservateurs, Rothbard préconise un isolationnisme absolu en matière de politique étrangère[5] ; concernant Israël, il défend une position antisioniste[6]
    • de façon générale, un certain nombre de libertariens contestent son apriorisme absolu, son refus de l'empirisme, sa conception radicale du droit naturel

    Citations sur Murray Rothbard

    • Parmi les autrichiens de premier plan, il faut citer Murray Rothbard, qui a carrément rendu les banques centrales responsables des cycles économiques, et développé une critique libertarienne rigoureuse de l’État. (Eamonn Butler, Introduction à l’École autrichienne)
    • Son influence ne fit que croître, et croît encore depuis sa mort. Il n’est peut-être pas largement reconnu, mais sans Murray, il n’y aurait pas de Ron Paul tel que nous le connaissons. Et je dis cela sans vouloir par là diminuer ou déprécier le moins du monde le rôle personnel et les réalisations extraordinaires de Ron Paul. Il n’y aurait aucun mouvement Ron Paul, et il n’y aurait aucun programme libertarien populaire ou, comme le « gang des ragots » préfère dire, aucun programme libertarien « populiste ». Quant à moi, mes propres opinions se sont également radicalisées, avec celles de Murray. (...) A Murray, qui, j’en suis sûr, nous regarde aujourd’hui de là-haut, je dis : merci Murray, tu es mon héros : « C’était un homme auquel, tout bien considéré, je ne retrouverai pas de pareil », et j’espère que tu es content de ton élève. (Hans-Hermann Hoppe, Bien comprendre le libertarianisme)
    • Murray Rothbard a une sale manie, c’est d’écrire simplement et directement. Il dit ce qu’il pense et il explique pourquoi il le pense, et qui plus est, avec une logique simple et facile à suivre. Il ne se sert ni des équations, ni des statistiques ni d’aucun des autres accessoires de la Grande-Prêtrise économique. Il se borne à accompagner ses lecteurs pas à pas au cours du raisonnement ; il choisit les faits pertinents — pertinents à la démonstration qu’il est en train de faire — et trouve les résultats sans difficulté. Il livre au lecteur les présuppositions dont il se servira au cours de son exposé ; ensuite il rassemble les preuves puis arrive aux conclusions. C’est une manière d’agir tout à fait démodée, et même carrément discréditée de nos jours. (Gary North, Pourquoi Murray Rothbard n’aura jamais le prix Nobel)

    Informations complémentaires

    Notes et références

  • Murray Rothbard, 1974, commentaire du livre d'Israel Kirzner, Competition and Entrepreneurship, Journal of Economic Litterature, Vol 12, N°3, Septembre, pp902-904

  • C'est la même position adoptée par des auteurs autrichiens décédés comme Henry Hazlitt, Percy Greaves ou de nouveaux auteurs dans la lignée de Murray Rothbard comme Jörg Guido Hülsmann, Peter Klein, Nicolai Foss et Joseph Salerno. Encore une fois, la pièce maîtresse de la question est de conceptualiser les idées de capital et des ressources. Pour les successeurs de Murray Rothbard, il y a un changement sémantique du terme capitaliste. Ce dernier ne se réfère pas spécifiquement au système économique et aux liens politiques, mais à la dynamique de capitalisation des ressources effectuée par des entrepreneurs. C'est ainsi que des moyens de production tels que des machines et des usines ne sont peut être pas la propriété de l'entrepreneur. Il se peut qu'il ne possède pas de capital financier. Mais tout entrepreneur est supposé détenir des connaissances, des compétences et des expériences. Bref, il dispose de ressources cognitives et énergétiques (de l'engagement, de la motivation). Sans la possession d'un cerveau et d'un système sensoriel, il ne peut y avoir de découverte d'opportunités ou de jugement entrepreneurial. Il s'agit au sens étroit du capital cognitif et au sens large du capital humain. Il est donc certainement vrai que dans certains cas, une personne qui met en pratique une idée d'entreprise peut ne pas avoir de capital monétaire. Le terme d'entrepreneur capitaliste ne peut donc être réduit à l'aspect monétaire. Les ressources monétaires peuvent provenir de capitalistes, de business angels, de banques, de sociétés de capital-risque ou par le financement participatif sur internet.

  • Israrel Kirzner a subi les attaques des rothbardiens. Pour Peter Klein, l'entrepreneur kirznerien est un ideal type ; pour Joseph Salerno, un être éthéré ou une construction imaginaire.

  • John Elliott Cairnes, 1888, "The Character and Logical Method of Political Economy", London, Frank Cass., p64

  • "La position libérale, en général, consiste à réduire le pouvoir de l'État, à le ramener autant que possible à zéro, et l'isolationnisme est la pleine expression dans le domaine des affaires étrangères de l'objectif de diminution du pouvoir de l'État à l'intérieur du pays." Murray Rothbard on War

    1. Murray Rothbard, War Guilt in the Middle East

    Bibliographie sélective

    Pour une liste plus détaillée des œuvres de Murray Rothbard, voir Murray Rothbard (Bibliographie)
    • 1962,
    • 1963,
      • a. America's Great Depression (rééditions 1972, 1975, 1983, 2000)
      • b. What Has Government Done to Our Money?, [lire en ligne]
    • 1969, Economic Depressions: Causes and Cures
    • 1970, Power and Market
    • 1972,
      • a. Education: Free and Compulsory
      • b. Left and Right, Selected Essays 1954-65
    • 1973,
      • a. For a New Liberty: The Libertarian Manifesto, [lire en ligne]
      • b. The Essential von Mises
    • 1974
      • a. The Case for the 100 Percent Gold Dollar, [lire en ligne]
      • b. Egalitarianism as a Revolt Against Nature and Other Essays
    • 1975-79, Conceived in Liberty (4 vol.) ISBN 0-945466-26-9.
    • 1979, Individualism and the Philosophy of the Social Sciences
    • 1982, The Ethics of Liberty, L'Éthique de la liberté, [lire en ligne]
    • 1983, The Mystery of Banking
    • 1988, Ludwig von Mises: Scholar, Creator, Hero
    • 1994, The Case Against the Fed
    • 1997, Logic of Action (2 vol.)
    • 2005, History of Money and Banking in the United States
    • 2006, The Complete Libertarian Forum (2 vol.), [lire en ligne]
    • 2007,
      • a. The Betrayal of the American Right
      • b. Economic Controversies

    Articles connexes

    Murray Rothbard (Littérature secondaire)

    Liens externes

    Pages correspondant à ce thème sur les projets liberaux.org :

    Textes en ligne de Rothbard

    Sur Rothbard

    Audio

     https://www.wikiberal.org/wiki/Murray_Rothbard

     

    Divers articles de l'Université Liberté: 

    La nature de l'Etat par M. Rothbard et Spooner 

    À qui appartient le droit de propriété ? Murray N. Rothbard

    Sur l'application du populisme rothbardien 

    Dissonance, Hoppe - Mises Institute ! L'Anarcho-capitalisme phagocyté par les "libéralopithèques" ? Hoppe: Mises Institute: Quo Vadis?

    La Société de la Propriété et de la Liberté de Hans-Hermann HOPPE ( Expression 2)

    La nature de l'Etat par M. Rothbard et Spooner

    L'anarcho-capitalisme serait-il un idéal de socièté ? La France des "Lumières" serait-elle toujours aussi innovante ?

    L'État pense à Vous, ne l'oubliez pas, volez à son secours l'État vous rendra grâce

    Des "libéraux" de tous temps ont crée, façonné des chemins, mais un seul leurs sont commun, celui de la Liberté ! 1/4

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