octobre 09, 2026

Ah l'emprunt d'état.....Le bouffon et François 1er ! L'état ce voleur légal....

Dette : Le grand emprunt national, la méga solution qui va sauver la France de la banqueroute ?

à vos bourses, citoyens• Face à l’ampleur de la dette, un grand emprunt national est de plus en plus évoqué. Mais loin d’être une solution miracle, l’appel aux épargnes des citoyens a aussi nombre de défauts


 

L'essentiel

  • La France réfléchit de plus en plus à un grand emprunt national pour financer sa dette colossale de 3.595,5 milliards d’euros.
  • L’idée serait de faire appel à l’épargne des Français plutôt qu’aux investisseurs étrangers, avec des avantages fiscaux attractifs et des taux indexés sur l’inflation. Car c’est bien connu, on n’est jamais mieux servi que par soi-même non ?
  • Attention, car cette mesure présente des risques, pose des questions de l’utilisation de ces fonds, et ne résout pas le problème structurel de la dette française. Pas ouf comme miracle non ? 

Empruntons, empruntons, qu’une dette impure abreuve nos sillons ♫. Enfants de la patrie, fils et filles de France, la nation est, une nouvelle fois, en danger. Alors, à la mobilisation générale. Et on vous rassure, pas besoin cette fois de mourir à Valmy, Verdun ou Bir Hakeim. Pour assurer sa survie, l’Etat pourrait se pencher sur une idée bien plus pacifique : vous prendre « juste » un peu de votre épargne. Moins douloureux que partir face à la mitraille allemande, certes, mais vraiment efficace ?

Concrètement, le plan de bataille est simple : au lieu de se faire racheter sa dette par des investisseurs étrangers sur les marchés internationaux, on demande directement aux particuliers du pays de racheter une partie de cette dette colossale – comptez quand même 3.595,5 milliards d’euros, soit 119 % du PIB, selon l’Insee. Soit encore plus que durant la crise Covid.

On n’est jamais mieux remboursée que par soi-même

L’avantage de compter sur ses propres citoyens, c’est d’éviter de trop dépendre des investisseurs étrangers ou des marchés très capricieux en ce moment. Le tout, avec un taux d’intérêt attractif, parfois indexé sur l’inflation, et souvent des carottes fiscales (exonération d’impôt sur le revenu ou de droits de succession). 

Quant aux investisseurs étrangers, voir les Français massivement acheter leur épargne peut paradoxalement les rassurer. « C’est un signal positif et de confiance », susceptible de faire baisser les taux et de rassurer des marches et des agences de notation de plus en plus inquiets, explique Bernard Keppenne, chef économiste de CBC Banque.

Autre bienfait : enfin exploiter l’énorme épargne des Français. Le taux d’épargne du pays atteint 18 % du revenu disponible, soit 6.000 milliards d’euros, bien au-dessus de la moyenne de la zone euro (14 % du revenu disponible). « Les Français ont du bon sens économique, ils voient bien que l’heure n’est pas propice à la consommation », poursuit Stéphanie Villers, économiste spécialiste en macroéconomie. Autant utiliser enfin cet argent qui dort.

Un grand emprunt d’accord, mais pour quoi faire ?

Sauf que l’emprunt national existe déjà en partie. Les fonds euros de l’assurance-vie sont majoritairement investis en obligations de dette. Les assureurs français détiennent ainsi actuellement autour de 9 à 10 % de la dette négociable de l’État. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin alors ? En raison de l’effet d’éviction (à vos souhaits). L’épargne n’est pas illimitée, même dans des périodes de surépargne. Quand l’État lance un emprunt national attractif, une partie de cette épargne bascule vers les titres d’État plutôt que vers d’autres placements, comme les entreprises. « Cela risquerait donc de faire perdre des capitaux aux entreprises, déjà en pleine crise », rappelle Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne.

Poussons tout de même le raisonnement. Un grand emprunt national, d’accord, mais pour quoi faire ? « On peut légitimement se demander si les institutions publiques sauront bien flécher cet argent », s’interroge Stéphanie Villers. Les défis de demain sont nombreux, et les investissements à faire massifs. L’intelligence artificielle, afin de ne pas se faire vassaliser par les États-Unis ou la Chine, comme ce fut le cas avec Internet ? Ou la transition énergétique, la France ayant montré toute son impréparation aux chaleurs extrêmes à venir cet été ? 

Et si l’emprunt ne réglait rien ?

Or, pour le moment, la dette « ce n’est pas utiliser pour investir, c’est principalement des dépenses sociales, principalement sur les retraites », poursuit l’experte. Pas vraiment de quoi sauver la jeunesse, en pleine manifestation. 

Par rapport à l’avant Covid, les retraites pèsent 52 % de l’accroissement de la dette. 

Conclusion de Stéphanie Villers : « Ce qui compte aujourd’hui, c’est d’assurer les investissements de demain. Si c’est pour faire un emprunt de dépenses sociales, pas certain de la pertinence d’un emprunt. »

Ni de quoi susciter un grand intérêt populaire. « Si l’emprunt national peut susciter un sentiment de fierté pour les Français – ''on participe à l’État'' –, il faut que les emprunts ne servent pas à régler que la charge de la dette, mais servent à des objectifs bien précis d’investissement », estime Bertrand Keppenne. 

Qui rappelle surtout l’essentielle : efficace ou non, l’emprunt ne règle pas le problème de la dette de la France. « Ça ne change rien, il faudra quand même baisser le déficit », estime le spécialiste. Ça, on n’y coupera pas.

Jean-Loup Delmas

 https://www.20minutes.fr/economie/4251811-20261008-dette-grand-emprunt-national-mega-solution-va-sauver-france-banqueroute?

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COUP D’ÉTAT BUDGÉTAIRE : LE WALL STREET JOURNAL RÉVÈLE CE QUE MACRON PRÉPARE 🔥 
 
C’est un journal américain qui l’écrit noir sur blanc. Le gouvernement français se dit prêt à contourner le Parlement pour imposer des milliards d’euros de coupes budgétaires. Pas seulement via le 49.3. Mais via un outil jamais utilisé depuis 1958 : les ordonnances de l’article 47 alinéa 3 de la Constitution.
 
Si le Parlement n’a pas voté dans les 70 jours, le texte initial du gouvernement s’applique automatiquement. Amendements balayés. Discussion terminée. Une première sous la Ve République. Et le compte à rebours a déjà commencé.
 
Pourquoi cette précipitation ? Pour obéir aux exigences d’austérité de Bruxelles, en s’attaquant aux retraités, aux médicaments et à l’hôpital… tout en augmentant encore la contribution à l’UE et l’aide à l’Ukraine.
 
Le Wall Street Journal parle de « power grab ». Et si ce précédent passe, tous les autres deviennent possibles.
 
 

France : le Wall Street Journal révèle le plan budgétaire de Lecornu, l’opposition dénonce un passage en force - mycay

 Une nouvelle controverse politique secoue la France alors que le gouvernement de Sébastien Lecornu tente de faire adopter son budget pour 2027 dans un Parlement profondément divisé. Dans un article publié début octobre, The Wall Street Journal rapporte que l’exécutif est prêt à recourir à des mécanismes constitutionnels exceptionnels si les négociations budgétaires échouent. Cette perspective a immédiatement relancé les accusations de passage en force, tandis que les opposants au gouvernement dénoncent une stratégie qui pourrait réduire la marge de manœuvre des parlementaires. 

Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a expliqué au quotidien américain que le gouvernement entendait faire adopter son projet budgétaire, même si les discussions avec les députés n’aboutissaient pas à un compromis. L’objectif affiché est de réaliser des économies importantes afin de réduire le déficit public, dans un contexte où les finances françaises sont soumises à une pression croissante.

Pour les adversaires de l’exécutif, cette déclaration constitue un signal politique inquiétant. Ils redoutent que le gouvernement privilégie les procédures permettant de contourner un vote parlementaire plutôt que de rechercher un accord avec les différentes forces politiques. Certains vont jusqu’à qualifier cette démarche de « coup d’État institutionnel ». Cette expression relève toutefois de leur interprétation politique : le recours à une procédure prévue par la Constitution ne constitue pas, en soi, un coup d’État. 

Le 49.3 et l’article 47 : deux mécanismes au cœur de la controverse

Le premier outil évoqué est l’article 49, alinéa 3, de la Constitution. Ce dispositif permet au gouvernement d’engager sa responsabilité sur un texte. Celui-ci est alors considéré comme adopté, sauf si une motion de censure est déposée et votée dans les conditions prévues par la Constitution.

Cette procédure est particulièrement controversée lorsqu’elle concerne le budget de l’État. Elle permet à l’exécutif de surmonter certaines difficultés parlementaires, mais elle expose aussi le gouvernement à une tentative de renversement. Dans une Assemblée nationale fragmentée, l’issue dépend donc largement de la capacité des groupes politiques à s’entendre sur une motion de censure. 

Le gouvernement dispose également d’un autre mécanisme, prévu par l’article 47, alinéa 3, de la Constitution. Celui-ci concerne l’hypothèse dans laquelle le Parlement ne se prononce pas sur le projet de loi de finances dans le délai constitutionnel de 70 jours. Dans certaines conditions, les dispositions du projet peuvent alors être mises en vigueur par ordonnance.

C’est cette possibilité qui alimente une partie des inquiétudes. Contrairement à une adoption classique, elle pourrait permettre à l’exécutif de mettre en œuvre son projet initial sans que l’ensemble des modifications parlementaires proposées au cours des débats soient retenues.

 Le calendrier et les conditions exactes d’application de cette procédure restent néanmoins déterminants. Le fait que le gouvernement dispose d’un mécanisme de secours ne signifie pas qu’il est obligé de l’utiliser, ni que son application serait automatique dès qu’un désaccord politique apparaît.

L’article du Wall Street Journal met ainsi en lumière une difficulté institutionnelle réelle : comment faire adopter un budget dans les délais lorsque l’exécutif ne dispose pas d’une majorité suffisamment solide ? Mais la question juridique doit être distinguée des accusations plus larges concernant une volonté de supprimer le contrôle parlementaire ou de remettre en cause les prochaines élections. Ces dernières ne sont pas établies par les seules déclarations rapportées.

Un budget de 2027 sous pression

La controverse intervient alors que le gouvernement cherche à réduire le déficit public grâce à un ensemble de mesures fiscales et d’économies. Le projet de budget pour 2027 prévoit notamment un effort budgétaire de plusieurs dizaines de milliards d’euros. L’exécutif affirme vouloir rétablir progressivement les comptes publics tout en préservant la stabilité économique du pays.

Mais les mesures envisagées touchent plusieurs catégories de la population et suscitent déjà une forte opposition. Les retraités figurent parmi les groupes concernés, en raison de modifications fiscales et de projets visant à limiter la revalorisation de certaines pensions. 

L’une des dispositions les plus contestées concerne le plafond de l’abattement fiscal de 10 % accordé aux retraités pour le calcul de l’impôt sur le revenu. Le gouvernement propose de le ramener de 4 439 euros à 3 000 euros par foyer fiscal. Selon les estimations présentées dans le cadre du projet, cette mesure pourrait rapporter environ 1,4 milliard d’euros à l’État.

Le 7 octobre, les députés réunis en commission des finances ont rejeté cette disposition. Ce vote constitue un revers politique pour l’exécutif, mais il ne met pas définitivement fin à la mesure : le projet doit encore être examiné dans l’hémicycle, où le texte initial peut revenir dans les discussions. 

Cette première confrontation illustre les difficultés auxquelles le gouvernement doit faire face. Les oppositions ne se limitent pas à un seul camp politique : des élus de plusieurs groupes ont contesté la réduction de l’avantage fiscal accordé aux retraités. La recherche d’un compromis apparaît donc particulièrement complexe.

Retraites, santé et services publics : les autres points de friction

Au-delà de l’abattement fiscal, le projet budgétaire suscite des inquiétudes concernant le pouvoir d’achat, les dépenses de santé et le financement des services publics. 

Le gouvernement prévoit notamment de limiter la revalorisation de certaines pensions, avec des économies attendues sur les dépenses de retraite. Il envisage également plusieurs mesures concernant les dépenses de santé, les remboursements de médicaments et les indemnités journalières.

Pour les défenseurs du projet, ces efforts sont nécessaires afin de freiner l’endettement et de ramener le déficit public à un niveau plus soutenable. Ils soulignent que l’absence de mesures correctrices pourrait accroître les coûts d’emprunt et réduire la capacité de l’État à financer ses priorités. 

Les critiques répondent que les économies envisagées risquent de peser sur les ménages, en particulier les retraités et les personnes qui dépendent davantage des services publics. Ils estiment qu’un ajustement budgétaire ne devrait pas reposer principalement sur des restrictions touchant le pouvoir d’achat ou l’accès aux soins.

Le débat porte donc autant sur les objectifs financiers que sur la répartition de l’effort. La question centrale est de savoir qui doit contribuer au redressement des comptes publics et dans quelle proportion. 

Le rôle de l’Union européenne au centre des critiques

Dans la vidéo à l’origine de cette controverse, le dirigeant des Patriotes, Florian Philippot, présente le budget comme une manifestation de la dépendance de la France envers l’Union européenne. Il accuse le gouvernement de privilégier les exigences budgétaires européennes au détriment des intérêts nationaux.

Cette lecture s’inscrit dans la ligne souverainiste de son mouvement, qui défend une plus grande autonomie économique et politique de la France. Philippot critique notamment les dépenses liées à la contribution française au budget européen et à l’aide à l’Ukraine, tout en dénonçant les économies envisagées dans les domaines sociaux 

Il appelle les citoyens à faire pression sur leurs députés, à soutenir une motion de censure et à se mobiliser contre le projet de loi de finances. Son intervention s’inscrit dans une stratégie politique visant à transformer la controverse budgétaire en débat plus large sur la souveraineté nationale.

Il convient cependant de distinguer ces prises de position des faits établis. Les règles budgétaires européennes constituent bien un élément du contexte dans lequel la France prépare ses finances publiques, mais les mesures du projet de budget relèvent de choix gouvernementaux et de négociations politiques nationales. La présentation de l’ensemble du projet comme une décision imposée directement par Bruxelles correspond à l’analyse de Philippot, et non à une conclusion démontrée par les éléments cités.

Le Rassemblement national face au choix de la censure

La stratégie des groupes d’opposition constitue un autre élément déterminant. Une motion de censure ne peut aboutir que si elle rassemble suffisamment de voix à l’Assemblée nationale. Dans un paysage politique divisé, la position du Rassemblement national peut donc peser sur l’issue de la confrontation.

Selon les informations rapportées dans la vidéo, le RN hésiterait à soutenir une motion de censure, notamment par crainte d’aggraver les turbulences politiques. Florian Philippot critique vivement cette attitude et accuse le parti de laisser au gouvernement la possibilité de poursuivre sa politique budgétaire.

Le débat est pourtant plus complexe qu’un simple affrontement entre partisans et adversaires de la censure. Un groupe parlementaire peut s’opposer à certaines mesures budgétaires sans considérer qu’une motion de censure constitue la meilleure réponse. Inversement, refuser de voter une telle motion peut permettre au gouvernement de rester en place malgré l’opposition exprimée à son projet.

Le choix des députés aura donc des conséquences politiques concrètes. Il déterminera si l’exécutif peut poursuivre sa stratégie, s’il doit chercher de nouvelles concessions ou si la crise budgétaire débouche sur une confrontation institutionnelle plus profonde.

Une procédure exceptionnelle, mais pas un coup d’État établi 

La notion de « coup d’État » constitue l’aspect le plus spectaculaire de la polémique. Dans son intervention, Philippot présente le recours potentiel aux ordonnances comme un précédent dangereux qui pourrait, selon lui, ouvrir la voie à d’autres contournements des institutions, jusqu’à remettre en question la présidentielle de 2027.

Cette inquiétude est une affirmation politique qui doit être replacée dans son contexte. L’article 47, alinéa 3, est une disposition constitutionnelle destinée à répondre à une situation précise : l’absence de décision parlementaire dans le délai prévu pour l’examen du budget. Son existence ne prouve pas que le gouvernement prépare une action contre les élections ou cherche à suspendre les institutions démocratiques.

La controverse n’en demeure pas moins importante. Le recours à des mécanismes exceptionnels peut soulever des questions légitimes sur la place du Parlement, le contrôle de l’action gouvernementale et la capacité des représentants élus à modifier un texte budgétaire. La légalité d’une procédure et son acceptabilité politique sont deux questions différentes.

L’enjeu sera donc de déterminer si le gouvernement parvient à faire adopter son budget dans le cadre du débat parlementaire ou s’il finit par utiliser les mécanismes constitutionnels de secours. Les conséquences politiques dépendront également de la réaction des groupes parlementaires et de l’évolution des négociations dans les prochaines semaines.

En définitive, l’article du Wall Street Journal révèle surtout l’ampleur de l’impasse budgétaire à laquelle le gouvernement Lecornu est confronté. Les difficultés à réunir une majorité, les désaccords sur les économies et les tensions autour des retraites rendent l’adoption du budget particulièrement incertaine.

Pour ses opposants, cette situation confirme la nécessité de bloquer le projet et de défendre le rôle du Parlement. Pour l’exécutif, la priorité reste de faire adopter un budget permettant de maîtriser le déficit public. Entre ces deux positions, la question essentielle demeure : jusqu’où le gouvernement peut-il aller pour faire passer ses mesures sans compromettre la confiance dans les institutions ?

La réponse dépendra des décisions prises au cours de la procédure budgétaire, des votes à l’Assemblée nationale et du respect des règles constitutionnelles. À ce stade, parler d’un « coup d’État » relève d’une qualification politique contestée, tandis que le risque d’un passage en force budgétaire constitue bien le cœur du débat.

 https://telex.danhngon.pro/blog/france-le-wall-street-journal-revele-le-plan-budgetaire-de-lecornu-lopposition-denonce-un-passage-en-force-mycay?

 


Dette publique

La dette publique est constituée du montant total de tous les emprunts de l'État et des autres administrations publiques (collectivités territoriales et protection sociale). La dette intérieure est contractée auprès des agents économiques intérieurs (ménages, entreprises, institutions financières) tandis que la dette extérieure est financée par des intervenants étrangers.

Elle sert à financer (et est accrue par) le déficit budgétaire. 

 

Origine de la dette publique en démocratie

La dette publique semble être une fatalité de la démocratie. En effet, en démocratie, les hommes politiques cherchent à satisfaire d'abord l'électeur médian, et ce par la redistribution, car il faut que cet électeur, dont le revenu est inférieur au revenu moyen[1], obtienne des avantages qui lui coûtent moins que les impôts qu'il paie[2]. Comme il est impossible de prendre à la classe moyenne plus que ce qu'on lui redonne, et comme la spoliation des classes aisées atteint vite ses limites, l'octroi de ces avantages n'est possible que par l'emprunt étatique, ce qui explique l'accroissement ininterrompu de la dette publique dans les démocraties. Les avantages obtenus sont soit pécuniaires (allocations diverses, assistanat, subventions d'associations ou d'entreprises) soit en nature : «gratuité» de la santé, des études, des infrastructures publiques, et autres prétendus acquis sociaux.

Il y a donc un biais démocratique en faveur des dépenses publiques et d'un État toujours plus étendu, chaque problème étant traité par l’emploi des mêmes instruments : l’impôt et la dette (qui n'est qu'un impôt retardé) :

«  Le système démocratique rend beaucoup plus facile la création d’une dépense publique que sa disparition, puisque les incitations à défendre la dépense existante sont bien plus fortes et l’action plus facile à organiser que pour ceux qui aimeraient cesser de financer tous ces avantages particuliers. L’illusion créée par les politiques fonctionne bien dans des pays comme la France, où chacun essaie de vivre aux dépens des autres à travers la grande fiction qu’est l’État, comme l’a justement dit Bastiat. »
    — Pierre Schweitzer, Bitcoin : la revanche inattendue des libertariens, mai 2020

Tout politicien qui refuserait cette pratique perdrait les élections en étant supplanté par des politiciens plus démagogiques que lui sur le marché politique. L'État-providence a ainsi vocation à s'étendre indéfiniment en même temps que la dette publique grossit en contrepartie et qu'une répression financière se met en place pour tenter de remédier aux graves inconvénients de l'endettement étatique.

La tâche du politicien consistera à s'attribuer les mérites de la redistribution étatique tout en cachant ou minimisant la réalité de la dette, en entretenant le plus grand flou à son sujet (ainsi ne sont pas compris dans la dette certains engagements de l'État : retraites futures des fonctionnaires, cautions de droit ou de fait, endettement des sociétés détenues par l'État, etc.). Le politicien étant par définition irresponsable, il désignera à la vindicte populaire, lorsque la dette ne sera plus supportable, de nombreux boucs émissaires : le marché, les banques, certains pays étrangers, certaines institutions internationales, etc. Ses boucs émissaires préférés seront évidemment ses créanciers : par un curieux retournement de situation, il les mettra en accusation et dénoncera leur emprise, comme s'il était lui-même totalement hors de cause dans ses problèmes de finances, et comme si l'endettement excessif était une fatalité extérieure dont il n'était pas responsable.

Un des paradoxes de la dette publique en démocratie est précisément son aspect antidémocratique :

«  Chacun sait que la dette n’est que de l’impôt différé et que la marque d’une démocratie est que l’impôt est voté par ceux qui vont devoir le payer. Nous collons cependant des impôts énormes (par l’intermédiaire de la dette que nous allons leur laisser) sur nos enfants ou nos petits enfants sans qu’ils aient pu les voter, ce qui est la marque, non pas d’une démocratie, mais d’une démagogie dont le seul but est que la génération actuelle, celle qui vote, ne souffre en aucun cas de ses incontinences. »
    — Charles Gave

Rôle capital de la banque centrale

Même quand elle ne finance pas directement les déficits de l’État (par la création monétaire ex nihilo), la banque centrale joue un rôle clé entre l’État et les banques commerciales pour diffuser la dette publique et en assurer une croissance ininterrompue. En effet, les banques commerciales, en raison du système dit de réserves fractionnaires, font appel à la banque centrale pour couvrir leurs besoins de liquidité et augmenter les bases de leur expansion de crédit ; elles sont ainsi incitées à acheter en continu de la dette publique comme collatéral à des opérations de refinancement (la banque centrale exigeant des obligations d’État en guise de collatéral quand elle prête aux banques). L'instauration par l’État de la répression financière les y incitera encore davantage.

Aux États-Unis, mais également au Japon, au Royaume-Uni et dans une moindre mesure en Europe, par une pratique non conventionnelle d'assouplissement quantitatif (quantitative easing), la banque centrale peut se mettre à acheter directement la dette (les bons du trésor). Cette pratique permet aux États de camoufler leurs dettes quasiment gratuitement dans les bilans des banques centrales. La dette est donc monétisée, au risque de créer de l'inflation ou des bulles spéculatives. Dans un contexte de sur-endettement général des États, les hommes politiques et les banquiers centraux jugent que la déflation est une menace bien plus grave que l'inflation.

La dette publique peut en fait être présentée comme la seule justification de l'existence de la banque centrale, institution inutile par ailleurs :

«  Sans l'existence du monopole monétaire, les politiciens seraient dans l'incapacité d'emprunter de grosses sommes d'argent créatrices de déficits budgétaires. Sans ces déficits, sans la mise en place de lois instituant le monopole monétaire, les subventions en faveur d'intérêts particuliers ne pourraient être financées que par un surcroît d'impôts. Les contribuables seraient hostiles au financement des groupes de pression et à celui des gaspillages publics si leur feuille d'impôt en révélait le coût réel. »
    — Mary J. Ruwart

«  La dette publique est, de fait, aujourd'hui, une bonne affaire pour les banquiers, dans la mesure où, en définitive, elle est gagée sur la capacité d'extorsion fiscale des Etats qui la supportent — capacité très supérieure à ce qu'elle était sous les monarchies les plus absolues, même si elle rencontre aujourd'hui, selon nous, sa limite supérieure. Aussi bien le souscripteur d'obligations d'Etat ou de bons du Trésor croit se mettre à l'abri des risques de la vie économique ordinaire en pariant sur la puissance publique et sa supposée pérennité. [...] Le rentier participe ainsi de l'exploitation fiscale. [...] Il n'empêche qu'il devra lui aussi revenir sur ses illusions de placements sans risque. »
    — Philippe Simonnot, La monnaie : histoire d'une imposture, Perrin, 2012

En raison du fonctionnement de la banque centrale, il y a une corrélation entre la quantité de monnaie en circulation et la dette publique : la banque centrale crée de la monnaie ex nihilo pour acheter la dette (directement ou indirectement) ou inversement, si elle juge la masse monétaire trop importante, détruit de la monnaie en vendant la dette qu'elle détient.

Pour l’École autrichienne d'économie, c'est cette création monétaire ex nihilo qui permet un accroissement apparemment indéfini de la dette publique, qui serait impossible dans un régime d'étalon-or strict. Ce mécanisme de cavalerie, qui permet de rembourser la dette par de l'argent créé à partir de rien, ne cesse que lorsqu'il devient évident que la dette ne pourra jamais être remboursée, ou lorsque la monnaie perd toute sa valeur. Il y a toujours une corrélation forte entre l'ampleur de la dette publique et la faiblesse de la monnaie concernée, car il devient impossible de résister à la tentation de « faire marcher la planche à billets » à mesure que la dette grossit et devient incontrôlable.

Le monopole d'émission de la banque centrale permet donc l'accroissement de la dette publique (que la banque centrale soit publique ou privée n'a à cet égard aucune importance) ; la liberté monétaire que préconisent les libéraux via des monnaies privées en concurrence entre elles serait une menace à la capacité d'endettement de l’État.

La faute au libéralisme ?

Curieusement, certains accusent le libéralisme de conduire les États à la faillite au bénéfice d'intérêts privés.

Or le libéralisme se caractérise par un non-interventionnisme en économie (en dehors évidemment de ce qui concerne le droit commun : vol, escroquerie, fraude, etc., qui relève des fonctions régaliennes de l’État) :

  • refus de l'argument too big to fail pour renflouer les banques ; empêcher la banqueroute ou la faillite revient à répartir sur tout le monde, à la façon collectiviste, les conséquences des erreurs de quelques-uns (céder à la menace douteuse du "risque systémique" revient pour l’État à acquiescer par avance à toutes les exigences des banquiers) ;
  • refus du monopole monétaire de la banque centrale, monopole d'origine étatique, source de tous les dérèglements monétaires ;
  • refus des politiques keynésiennes, qui n'aboutissent qu'à un accroissement de la dette sous le prétexte de soutenir la croissance ;
  • refus des politiques inflationnistes, qui ne profitent qu'à une oligarchie.

L’État, par le privilège « exorbitant du droit commun » qui lui permet de prélever l'impôt et d'en user sans le consentement du contribuable, devrait se mêler le moins possible d'intérêts privés, y compris dans les domaines monétaires ou bancaires. Son action aboutit toujours à privilégier certains intérêts privés aux dépens d'autres intérêts privés.

C'est précisément en raison de l'extension indue de l’État dans des domaines où il n'a rien à faire (assistanat, subventions, renflouements) que la dette publique, en démocratie, a tendance à s'accroître indéfiniment sous la pression de divers groupes d'intérêt (banques, grandes entreprises, lobbies, syndicats, etc.).

Les pays les plus libéraux, conscients de la nocivité d'un endettement excessif, ont fait en sorte d'entraver la tendance naturelle de l’État à s'endetter indéfiniment. Par exemple, la Suisse dispose dans sa Constitution d'un frein à l'endettement destiné à « enrayer les déficits budgétaires chroniques et la croissance de la dette »[3]. Très longtemps les États-Unis n'ont pas eu de dette, et n'ont jamais eu besoin (jusque autour des années 1970) d'imposer un debt ceiling pour limiter les dépenses ; comme l'indique Peter Schiff[4], c'est l'instauration de la Fed qui a permis d'accroître l'endettement de l’État. Le plafond d'endettement a été relevé à de nombreuses occasions sous prétexte de « prouver aux créanciers que les États-Unis peuvent payer leur dette » (alors que l'argent ainsi emprunté sert précisément à payer la dette).

Effets pervers économiques

Searchtool-80%.png Articles détaillés : Équivalence ricardienne et épargne.

L'appel à l'épargne présente des effets pervers, en particulier l'effet d'éviction : l'épargne consacrée à financer le déficit budgétaire ne peut plus servir à financer l'activité privée et notamment l'investissement productif: les dépenses privées sont en quelque sorte « évincées » par le financement des dépenses publiques.

En ce sens, contrairement aux vues keynésiennes, un déficit budgétaire peut conduire à la stagnation en privant les entreprises d'un moyen essentiel de financement. C’est sans doute la raison pour laquelle l’Union européenne a retenu parmi les critères d’entrée dans le club euro, une dette publique inférieure à 60 % du PIB. La dette est nuisible parce que son remboursement (service de la dette) devient un poids très lourd dans le budget (il augmente plus vite que toutes les autres dépenses publiques). La dette publique et ses intérêts bloquent la croissance économique issue de l'épargne et de l'investissement.

Comme pour la dette extérieure, on notera que lorsqu'elle est excessive, la dette intérieure handicape durablement l'économie nationale, en raison des remboursements annuels.

Le recours massif à l'endettement intérieur et extérieur marque, en fait, le refus des réalités économiques d'aujourd'hui et le report des problèmes sur le lendemain, hypothéquant ainsi la situation économique future. On peut parler, comme le fait l'économiste Tim Harford) de « taxe sur les adolescents », d'un transfert de richesse des futurs contribuables vers les adultes du jour.

Selon le théorème d'équivalence de Ricardo-Barro (ou effet Ricardo), l'augmentation de la dette publique se traduit généralement plus tard par une augmentation des impôts (l'emprunt d'aujourd'hui est un impôt futur). Une politique de relance financée par la dette publique est donc absurde, puisque les agents économiques seront portés à économiser plutôt qu'à consommer.

Il y a une différence essentielle entre la dette publique et la dette privée : ceux qui décident d’emprunter ne sont pas ceux qui vont payer les intérêts ni rembourser le capital emprunté, ni non plus ceux qui vont bénéficier de l’emprunt :

C'est la nature même des actions menées par les hommes de l’État que de faire en sorte que le coût des actions des individus ne soit pas supporté par eux mais par d'autres, et que les gains de ces actions soient appropriés par d'autres que ceux qui ont à en supporter les coûts. C'est parce qu'il y a cette séparation, ou externalisation, entre ceux qui paient et ceux qui bénéficient que règne une irresponsabilité générale des actions étatiques. On peut reprocher aux économistes d'hier et d'aujourd'hui d'être silencieux sur ce fait essentiel qui distingue une dette privée d'une dette publique. (Bertrand Lemennicier)

La fiction étatiste selon laquelle « la dette publique sert l’intérêt public » est réfutée quand on examine la part du budget annuel de l’État qui est allouée aux investissements. La réalité est que la dette publique sert à acheter le vote et à complaire à la clientèle électorale des politiciens.

Effet pervers politique

L'accroissement de la dette publique favorise le capitalisme de connivence entre pouvoir et finance, ce qui oblige le pouvoir à intervenir pour secourir des banques dont il est en réalité étroitement dépendant pour placer ses emprunts. Le concept de too big to fail encourage la finance à pratiquer des prises de risque inconsidérées et fait des grandes banques un facteur de risque systémique. La course à l'endettement s'accompagne d'une course à la prise de risques et d'une course à l'accroissement continu des masses monétaires, en même temps que s'accroissent tant l'appauvrissement du pays que l'emprise de l'Etat-providence et de la fiscalité redistributrice sur la population.

Les conséquences inéluctables

L'endettement excessif rend un pays presque entièrement dépendant de ses créanciers : dès que ceux-ci ont des doutes sur la solvabilité de leur débiteur et cessent de lui prêter (ou ne veulent lui prêter qu'à des taux très élevés), ce dernier se trouve brutalement confronté à une crise insoluble autrement que par le défaut ou par une réduction drastique du train de vie de l'État.

Le retour à la réalité est douloureux. L'État, à la différence de ce qui se passe pour un particulier surendetté, peut décider unilatéralement de suspendre les remboursements de la dette, mais ce faisant il ne trouve plus de créanciers disposés à souscrire à ses nouveaux emprunts (car il peut difficilement réduire ses dépenses dans le même temps). La seule différence entre le cas du particulier et celui de l'État tient à l'irresponsabilité de ce dernier : ceux qui ont choisi, par démagogie, la voie de l'endettement, ne sont pas les mêmes que ceux qui en paieront plus tard les conséquences. La rhétorique étatique et politicienne pourra toujours s'efforcer, le moment venu, de cacher la réalité au contribuable-citoyen et de présenter la sanction des marchés comme une fatalité liée au libéralisme économique et au libre-échange.

Comment liquider la dette publique

L'Histoire permet de dresser la liste des façons dont les États ont liquidé leur dette publique :

  • la répudiation ou le défaut de paiement : la dette est rééchelonnée, subit une décote (haircut) ou n'est plus remboursée : cas des emprunts russes, répudiés en 1918 par les Bolchéviques ; (80 ans plus tard, en août 1998, la Russie fait à nouveau défaut sur ses dettes publiques) ; en France, en 1797, le Directoire annule autoritairement les deux tiers de la dette : banqueroute des deux tiers ; cette pratique est très ancienne puisque le Code d’Hammourabi (1760 avant J.-C.) indique les cas d'effacements de dette (mauvaise récolte, sécheresse...) ; une doctrine ad hoc existe à ce propos, celle de la dette odieuse ; l'inconvénient de cette solution est évidemment une perte de confiance auprès des créanciers, et le risque de faillite pour une partie d'entre eux ;
  • la dévaluation de la monnaie et l'inflation monétaire permettent de rembourser la dette en dessous de sa valeur d'origine (cas de l'Empire romain sur le déclin, Allemagne de Weimar, dévaluation du peso en Argentine en 2002, quantitative easing pratiqué par les banques centrales, monétisation de la dette, etc.) ; l'inflation est une redistribution qui s'opère entre emprunteurs et prêteurs ; elle peut être provoquée directement par la planche à billets ou indirectement par divers artifices (taux d'intérêt négatifs, surévaluation du stock d'or de la banque centrale, etc.) ;
  • un mécanisme inflationniste similaire est fourni par la monnaie fiscale, une « monnaie » émise unilatéralement par les autorités fiscales pour régler les factures de l'État ; cette monnaie transforme les créanciers de l'État en émetteurs/récepteurs forcés de dette étatique ;
  • l'augmentation des impôts permet de faire face aux remboursements, mais c'est la mesure la plus impopulaire, et qui ne règle pas le problème pour autant ;
  • le désendettement par diminution du périmètre de l'État (par privatisation, suppression de subventions et de prestations, plan d'austérité, réduction drastique du traitement des fonctionnaires, etc.), impopulaire également (cas de la Grèce en 2010) ; cette solution de bon sens se heurte aux mauvaises habitudes qui perdurent entre l'État redistributeur ou gaspilleur et sa « clientèle » privilégiée ;
  • le transfert des dettes à une entité qui a une meilleure réputation aux yeux des créanciers (solution des eurobonds pour remédier à l'endettement des pays européens) : cela permet de gagner un peu de temps, sans régler aucun des problèmes d'endettement excessif ; en Europe, cette solution fait son apparition en 2020 après la crise du Covid-19 (la Commission européenne émet directement de la dette pour financer son plan de relance) ;
  • la transformation en dette perpétuelle : le principal n'est jamais remboursé, mais les intérêts sont payés (de façon illimitée en théorie) ; l'emprunteur compte sur l'inflation qui allègera le poids du remboursement, ou lui permettra même de racheter un jour l'intégralité de la dette (cette pratique existe au Royaume-Uni mais aussi dans certaines entreprises : obligations perpétuelles)
  • la recherche de nouvelles ressources à l'intérieur du pays par l'emprunt forcé, l'expropriation, ou à l'extérieur par la guerre (cas de la Révolution française et du Premier Empire, ou de l'Allemagne nazie) ; le plus récent avatar de ce phénomène est la répression financière, c’est-à-dire la décision officielle de réserver à des usages publics (en pratiquant des taux inférieurs à ceux du marché) les fonds qui seraient autrement allés à d’autres emprunteurs ;
  • la remise à zéro (big reset), annulation générale des dettes, comme le faisaient les Hébreux avec la pratique du jubilé : tous les cinquante ans, les compteurs étaient remis à zéro et les dettes remises ; cette pratique n'a évidemment rien de juste, elle favorise les riches endettés au détriment des créanciers pauvres ; en outre, la dette des uns étant la créance des autres, cette remise à zéro provoquerait des faillites bancaires en cascade, ainsi que la faillite des fonds de pension ;
  • la liquidation physique des créanciers (par exemple Philippe le Bel avec les Templiers en 1307), ce qu'on appelle crûment une « grande saignée ». En 1492, les Rois Catholiques d'Espagne, Isabelle la Catholique et Ferdinand II d'Aragon, cherchant à rechristianiser le royaume, expulsent les juifs (décret de l'Alhambra), parmi lesquels un certain nombre se trouvaient être les créanciers du royaume.

Toutes ces options étant plus ou moins douloureuses et obligeant l'État à sortir de la consensuelle tyrannie du statu quo, les États se contentent de naviguer à vue et de cacher la réalité autant que possible. La plupart des analystes prédisent que l'inflation (voire l'hyperinflation) en sera le résultat :

«  Tous les États-providence occidentaux seront dans l’incapacité de rembourser leurs dettes, et ne pourront pas faire face à leurs obligations vis-à-vis des personnes accédant à la retraite. Le seul moyen qu’il leur reste pour assumer leurs engagements est de s’engager dans une inflation démesurée, c’est-à-dire émettre de la monnaie afin de donner l’impression qu’ils peuvent honorer leurs paiements, avec comme conséquence inévitable, la perte de pouvoir d'achat de leurs devises qui sera suivie de l’expropriation de l’individu productif (nationalisations). »
    — Hans-Hermann Hoppe

À noter que la dette cesse de croître à partir du moment où le solde budgétaire est positif. Il ne suffit pas de se conformer à un déficit budgétaire limité à 3 % (critères de Maastricht). Contrairement à une erreur commune, un solde primaire (solde budgétaire moins charge de la dette) excédentaire ne signifie pas baisse de la dette, mais c'est le solde budgétaire qui importe. Avec la financiarisation de l'économie, tous les prêteurs d'obligations se couvrent par la souscription de credit default swaps (CDS), ce qui rend en théorie possible de faire payer la dette suite à un éventuel défaut de paiement par les vendeurs de ces contrats (en réalité, étant donné les montants en jeu, la solvabilité de ces vendeurs est elle-même très douteuse).

Idée reçue : un État ne peut jamais faire faillite

Cette idée reçue, qui relève de la statolâtrie, est curieusement très partagée. Elle découle probablement de deux caractéristiques qui distinguent l’État d'un acteur économique « normal » :

  • à la différence d'une entreprise, un État ne disparaît pas automatiquement par suite d'une faillite, mais la faillite n'en est pas moins réelle d'un point de vue économique et l'histoire en donne de très nombreuses illustrations, avec le chaos économique et politique qu'elle provoque (délitement de l'État et du "service public") ;
  • un autre sous-entendu de cette idée reçue est que l'État peut faire fonctionner à volonté la planche à billets et faire de la cavalerie pour continuer à dépenser ou à rembourser ses dettes, mais cet expédient atteint vite ses limites et aboutit à l'hyperinflation et la disparition de la monnaie, dont la valeur tombe à zéro.

Le privilège étatique, issu de la loi du plus fort (droit de lever l'impôt par la violence, cours forcé de la monnaie...) ne permet pas pour autant à l’État de s'affranchir des lois économiques, il lui permet juste de désigner ceux qui seront victimes de son incurie et de son incompétence : créanciers, mais aussi contribuables, fonctionnaires, retraités, etc.

L'analyse libertarienne

 

Pour les libertariens (voir par exemple Murray Rothbard, Repudiating the National Debt), l'État ne peut être mis sur le même pied qu'un débiteur privé. Son engagement n'a pas de valeur, puisqu'il ne crée pas de richesse, mais vit de l'argent volé aux contribuables ou de cet impôt caché qu'est l'inflation. Les créditeurs de l'État sont eux-mêmes éthiquement répréhensibles, puisqu'en tant que « receleurs d'impôt » ils seront remboursés grâce à la coercition fiscale. La dette publique ne peut être considérée à l'égale d'un contrat entre propriétaires légitimes, car il n'y a pas de responsabilité contractuelle en ce domaine, le coût des actions des hommes de l’État n'étant pas supporté par eux, mais par le contribuable présent ou futur. C'est l'illusion fiscale et la fiction de l'intérêt général qui permettent à l'État de s'endetter indéfiniment.

Plutôt que l'augmentation des impôts ou l'inflation, Rothbard propose une solution révolutionnaire : la répudiation de la dette publique. Il n'y a pas de raison que la population paie pour les dettes contractées par les classes dirigeantes ; de plus, cela empêchera les gouvernements, faute de créanciers, de continuer à détourner des ressources privées pour les gaspiller dans les projets étatiques. La répudiation de la dette est donc un moyen radical de diminuer l'emprise de l'État sur la société civile, en lui "coupant les vivres". Rothbard propose aussi de traiter l'État comme une entreprise en faillite et de vendre tous ses biens, en procédant à des privatisations révolutionnaires.

La répudiation de la dette, une solution "de gauche" ?

Les "solutions" habituellement proposées par les hommes politiques sont celles qui sont indiquées plus haut dans la section "Comment liquider la dette publique".

Les solutions nationalistes consistent à se refermer sur le pré carré national et à agir sur la monnaie par la planche à billets (en Europe, sortir de l'euro pour revenir à une monnaie nationale qui permettra un plus grand laxisme budgétaire).

Une partie de l'intelligentsia de gauche pratique le déni, estimant qu'il se trouvera toujours des créanciers pour acheter la dette, ou que la création monétaire illimitée permettra de régler tous les problèmes (illusion monétaire).

D'autres solutions "de gauche" (par exemple celles d'Attac dans Le Piège de la dette publique, 2011) proposent un "mix" variable de répudiation d'une partie de la dette et de monétisation d'une autre partie par la banque centrale.

Ces "solutions" étatistes, qui admettent implicitement que la dépense publique est toujours justifiée et ne saurait être remise en question, ne s'attaquent évidemment pas à la racine du problème, qui n'est pas la "toute puissance des marchés financiers", mais bien le surendettement des États (ce sont bien eux qui se sont mis sous la coupe des marchés financiers).

Alors que ces "solutions" ne font que prolonger le problème, la solution de répudiation libertarienne est la plus radicale ; elle a le mérite de montrer la réalité de l’État, voleur et irresponsable par nature. L'endettement est supprimé, en même temps que la capacité d'emprunt, ce qui contraint les hommes de l’État à restreindre drastiquement son périmètre et à mieux le gérer :

«  Le principal problème de la dette est de permettre une expansion de l'État qui semble sans douleur — jusqu'à ce que la douleur devienne insupportable et menace l'ensemble de l'économie. Mais le problème porte peut-être en lui sa propre solution, la crise actuelle des dettes souveraines offrant une chance inespérée : enchaîner Léviathan. Presque partout, l'État est fauché, et devra réduire fortement ses dépenses ou faire défaut sur sa dette. En vérité, un défaut l'obligerait également à réduire ses dépenses en bloquant son accès aux marchés financiers. »
    — Pierre Lemieux, Les Dettes Souveraines, Libres ! 100 idées, 100 auteurs

Citations

  • «  Le peuple sera écrasé d'impôts, on fera emprunt sur emprunt ; après avoir épuisé le présent, on dévorera l'avenir. »
        — Frédéric Bastiat

  • «  Le biais des hommes politiques pour la dépense publique et son financement par la dette publique est inhérent à la démocratie majoritaire. »
        — Bertrand Lemennicier

  • «  La dette publique est immorale et antidémocratique, parce qu'on fait supporter le poids de l'impôt à des personnes qui ne peuvent participer au processus de décision au moment où l'emprunt a été initié et qui par définition, lorsque l'emprunt finance des dépenses courantes, n'en bénéficient pas. Ces prises de décisions collectives externalisent les coûts sur le futur et sur les générations à venir qui ne peuvent être représentées au parlement sous prétexte qu'elles sont trop jeunes ou qu'elles n'existent pas. »
        — Bertrand Lemennicier

  • «  Qui donne à l’État prête à rire. »
        — Tristan Bernard

  • «  Qui paye ses dettes n'a vraiment pas autre chose à foutre ! »
        — Pierre Perret

  • «  Les finances publiques doivent être saines, le budget doit être équilibré, la dette publique doit être réduite, l’arrogance de l'administration doit être combattue et contrôlée, et l’aide aux pays étrangers doit être diminuée de peur que Rome ne tombe en faillite. La population doit encore apprendre à travailler au lieu de vivre de l’aide publique. »
        — (faussement) attribué à Cicéron[5]

  • «  Le problème de la dette n'est que le symptôme d'une mentalité anti-capitaliste qui sape la philosophie politique originelle des droits individuels et de la liberté économique et instaure à sa place une idéologie du paternalisme et de la dépendance. »
        — Richard Ebeling

  • «  Comment se ruiner ? Par le jeu ? C'est le plus rapide. Par les femmes ? C'est le plus agréable. Par les technocrates ? C'est le plus sûr. »
        — Georges Pompidou

  • «  Mais, quoique le tort causé au commerce et à l’activité par nos fonds publics [c'est-à-dire la dette publique], tout bien pesé, ne semble pas négligeable, il est insignifiant en comparaison du préjudice qui en résulte pour un État considéré en tant que corps politique qui doit se maintenir dans la société des nations et avoir des transactions diverses avec les autres États pour les guerres et les négociations. Le mal est ici pur et sans mélange, sans aucune circonstance favorable pour l’atténuer, et c’est un mal qui est d’une nature telle qu’il est le plus important et le plus extrême. […] On s’aperçoit toujours qu’un gouvernement qui a hypothéqué tous ses revenus sombre nécessairement dans un état de langueur, d’inactivité et d’impuissance. »
        — David Hume, Du crédit public, 1752

  • «  La racine du mal est d’abord la fable selon laquelle un État ne peut pas faire faillite, et peut donc s’endetter indéfiniment, et que la dette des États est un placement sans risque. Cette fable repose sur deux idées : un État peut indéfiniment taxer ses citoyens ; un État peut battre monnaie. »
        — Gérard Dréan

  • «  L’analyse financière des sociétés de capital n’a rien à voir avec l’analyse financière des États, i.e. l’analyse des finances publiques… car les États n’ont pas des activités qui reposent sur les règles de droits — propriété —, mais sur le don et le vol de richesses en propriété… Un État ne peut pas déposer son bilan car il n’en a pas. Il ne peut pas faire faillite car la faillite est un concept de droit privé et car il s’articule à la règle de la propriété privée. Il ne saurait être mis en redressement judiciaire… Un État peut seulement être mis en cessation de paiements, ce qu’on dénomme le « défaut ». »
        — Georges Lane

  • «  La monétisation des dettes publiques constitue, avant même de parler de résurgence inflationniste, une nationalisation, une soviétisation rampante de l'économie, ou plutôt une confiscation furtive d'une part croissante de la richesse du pays par l'État, qui en fera le plus mauvais usage, puisqu'il est destructeur net de valeur. La prime à la médiocrité dans toute sa plénitude. »
        — Vincent Bénard

  • «  Utiliser l’assouplissement quantitatif pour combattre la récession, c’est comme utiliser de l’essence pour éteindre un feu. »
        — Peter Schiff

  • «  Il y a deux façons de conquérir et d’asservir une nation. L’une est l’épée. L’autre est la dette. »
        — John Adams

  • «  S'il y avait un impôt sur la connerie, l’État s'autofinancerait. »
        — Coluche (humour)

  • «  En finançant la dépense publique actuelle par la dette, nous sommes, en fait, en train de couper les pommiers pour en faire du bois de chauffage, réduisant ainsi le rendement du verger pour toujours. »
        — James McGill Buchanan

  • «  Les dettes n'engagent que les décisionnaires qui les contractent, ainsi que leurs complices directs. Présidents, ministres, hommes politiques, hauts fonctionnaires, chefs militaires, activistes des principaux lobbies et syndicats – chacun d'entre eux est responsable à hauteur de son rôle dans la décision d'emprunter. »
        — François-René Rideau

  • «  La dette publique et le coût des systèmes existants de sécurité sociale ont amené la perspective d'un effondrement économique imminent. […] Si les tendances actuelles se poursuivent, on ne risque rien à dire que l'État-providence occidental, c'est-à-dire la démocratie sociale, s'effondrera tout comme le socialisme oriental, à la soviétique, s'est effondré à la fin des années 1980. »
        — Hans-Hermann Hoppe

  • «  Quand les dettes nationales se sont accumulées jusqu'à un certain degré, il n'y a guère, à ma connaissance, un seul cas où elles ont été remboursées équitablement et complètement. »
        — Adam Smith

  • «  La dette finit par consommer la richesse fictive construite sur le sable, richesse qui faisait croire fallacieusement aux hommes politiques, à l’homme de la rue et à l’homme du monde des affaires, qu’ils assistaient à une croissance économique réelle. L’emprunt public et la dépense publique ne constituent pas la solution, mais le problème. La production et l'épargne sont les sources d’une croissance économique saine ; c’est là une politique que les keynésiens contestent de façon inconsidérée. »
        — Ron Paul, Liberty Defined

  • «  Aux plus beaux jours du libéralisme, quelques pays occidentaux amortirent une partie de leur dette à long terme par un honnête remboursement. Mais, la plupart du temps, les dettes nouvelles s'ajoutèrent simplement aux anciennes. L'histoire financière du siècle dernier montre un constant accroissement du montant des dettes publiques. Personne ne croit que les États vont perpétuellement traîner le fardeau de ces intérêts à payer. Il est clair que tôt ou tard toutes ces dettes seront liquidées d'une manière ou d'une autre, mais certainement pas par le paiement des intérêts et du principal tel que prévu au contrat. »
        — Ludwig von Mises, L'Action humaine

  • «  Autrefois, l’on déplorait les péchés du monde, aujourd’hui on considère avec consternation les dettes du monde ; de même que jadis on prophétisait le Jugement dernier, on prophétise aujourd’hui la grande répudiation des dettes (σεισάχθεια), l’universelle banqueroute des États, espérant secrètement ne pas vivre pour en être soi-même témoin. »
        — Arthur Schopenhauer

  • «  L'économie mondiale tout entière repose aujourd'hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s'était constatée. Jamais sans doute il n'est devenu plus difficile d'y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n'était apparue avec une telle menace d'un effondrement général. »
        — Maurice Allais, La crise mondiale d'aujourd'hui, Le Figaro, 1998

  • «  Heureux les jeunes, car ils hériteront de la dette nationale. »
        — Herbert Hoover, 1936[6]

  • «  La vraie bulle, la mère de toutes les bulles, c'est la dette des gouvernements. C'est la bulle-mère, celle sur laquelle toutes les autres s'appuient et se nourrissent. Cette bulle-mère est systémique ; [...] c'est la pierre angulaire du système bancaire, monétaire et financier. [...] L'émission de dettes par les gouvernements, c'est le moyen ultime de retarder les échéances mais elle a un prix : elle détruit à long terme la solvabilité de ces mêmes gouvernements ; elle gaspille des ressources ; elle interdit de remonter les taux ; elle mine la monnaie ; elle détruit en profondeur nos systèmes sociaux et bancaires fondés sur l'épargne, les retraites, la prévoyance. »
        — Bruno Bertez, 15/06/2019

Informations complémentaires

Notes et références

  1. Le salaire médian est le palier divisant l'ensemble des salariés en deux parties égales : 50 % des salariés gagnent moins que le salaire médian et l'autre moitié gagne plus. Comme les hauts salaires s'éloignent plus de la médiane que les bas salaires, le salaire moyen est supérieur au salaire médian. Par exemple, en France, le salaire médian est autour de 1600 € (nets) et le salaire moyen proche de 2000 € (chiffres 2011)
  2. Peut-on prédire le défaut de paiement de la dette publique des États? par Bertrand Lemennicier
  3. Département fédéral des finances - Le frein à l'endettement
  4. Debt ceiling & the fiscal cliff
  5. Tiré de l'ouvrage A Pillar of Iron, biographie-fiction de Cicéron écrite par Taylor Caldwell, 1965.
  6. Blessed are the young, for they shall inherit the national debt. (Herbert Hoover, Address to the Nebraska Republican Conference, Lincoln, Nebraska (16 January 1936))

Bibliographie

  • 2012, Alberto Petrucci, "Government debt, agent heterogeneity and wealth displacement in a small open economy", In: Raffaele De Mucci, Kurt R. Leube, "Un austriaco in Italia - An Austrian in Italy : festschrift in honour of professor Dario Antiseri", Soveria Mannelli: Rubbettino, pp409-432

Voir aussi

Liens externes



Dossier complet enseignement: entre instruction, éducation, mouvements, revendications, émeutes, politisation extrêmiste

Sommaire:

A) - ,Mouvement lycéen : Al-Jazira, réseaux islamistes, ultragauche, LFI… Qui souffle sur les braises ?

B) -  SOS lycéens en perdition : l’addition de 60 ans de renoncement des générations précédentes

C) -  RENSEIGNEMENT – Colère des lycéens et réseaux islamistes : Quand les analyses d’Éric Denécé éclairent toujours l’actualité

D) -  « Il serait trompeur de limiter ce mouvement lycéen à une simple manipulation politique »

E) - Divers liens sur le sujet 

 


 

A) - Mouvement lycéen : Al-Jazira, réseaux islamistes, ultragauche, LFI… Qui souffle sur les braises ? 

Réseaux militants, entrisme idéologique, influence médiatique étrangère et contradictions de Paris : derrière les revendications scolaires, la bataille pour le contrôle politique et identitaire de la jeunesse française.

Il serait commode de ne voir dans les mobilisations lycéennes qui secouent certains établissements français qu’une nouvelle poussée de colère adolescente contre des bâtiments dégradés, des enseignants absents et des conditions d’étude parfois indignes d’un pays qui prétend encore faire de l’école le premier instrument de son modèle républicain. Ces revendications existent, elles sont légitimes et méritent des réponses. Mais s’en tenir à cette seule lecture reviendrait à ignorer une autre bataille, beaucoup plus politique, qui se joue autour des grilles des lycées : celle de l’appropriation de la contestation par des réseaux militants dont les objectifs dépassent largement l’amélioration des conditions d’enseignement.

C’est précisément ce que soulèvent les analyses de Nora Bussigny, dans une enquête publiée par Le Point le 7 octobre, et de Michel Fayad, qui évoquait quelques jours auparavant sur CNEWS l’implication de réseaux islamistes et de l’ultragauche dans l’organisation et l’encadrement de certains blocages. Leur interrogation mérite mieux que les habituels procès d’intention opposés à ceux qui s’intéressent aux convergences entre militantisme radical, revendications identitaires et stratégies d’influence.

Pour Roland Lombardi, directeur du Diplomate média, le diagnostic ne souffre guère d’ambiguïté : « Bien sûr que Nora Bussigny et mon ami Michel Fayad ont raison. Les services de renseignement ont déjà soulevé le rôle de LFI et des groupes de l’ultragauche dans le mouvement. Mais ces derniers ont toujours été les idiots utiles de la mouvance des Frères musulmans. C’est une évidence que seuls les naïfs ne veulent pas voir. Notre caste dirigeante nous bassine avec les ingérences de la Russie et veut lui faire la guerre. Or elle devrait plutôt s’occuper des influences néfastes déjà à l’œuvre chez elle depuis trop longtemps ».

Cette appréciation, volontairement tranchée, pose une question stratégique fondamentale : lorsqu’une mobilisation née de difficultés scolaires devient le point de convergence de réseaux politiques, associatifs, religieux et médiatiques, qui en définit réellement les objectifs ? Il ne suffit plus alors de regarder les revendications affichées. Il faut examiner les organisations qui les relaient, les récits qu’elles diffusent et les intérêts auxquels leur convergence peut servir.

La conquête de la représentation : quand la revendication scolaire devient un instrument politique

Le premier enseignement de cette mobilisation tient à la présence d’acteurs extérieurs au monde lycéen. Selon l’enquête de Nora Bussigny, l’association Étudiants musulmans de France (EMF) a relayé des appels à la mobilisation aux côtés de réseaux militants tels que RED Jeunes et Génération EDR. Ce rapprochement mérite une attention particulière, précisément parce que ces organisations ne poursuivent pas nécessairement les mêmes objectifs et que leur convergence peut contribuer à transformer une protestation scolaire en mouvement de contestation politique et identitaire.

Le sujet est d’autant moins anodin que le ministère de l’Intérieur a publié, en mai 2025, un rapport consacré aux Frères musulmans et à l’islamisme politique en France. Ce document s’intéresse notamment aux réseaux associatifs et aux stratégies d’influence susceptibles de favoriser une implantation idéologique durable dans la société française. EMF est située, dans l’analyse administrative évoquée par Le Point, dans l’environnement associatif lié à Musulmans de France et à la mouvance frériste. L’association conteste cette caractérisation et nie toute affiliation à la confrérie. Cette contestation doit être mentionnée, sans pour autant dispenser d’examiner les convergences politiques et les relais militants signalés par les enquêteurs.

La distinction est fondamentale. La question n’est pas de prétendre que les lycéens mobilisés appartiendraient à une organisation islamiste, ni même que tous les groupes participant aux blocages agiraient sous une direction commune. Elle consiste à comprendre comment des mouvements idéologiques structurés peuvent investir une mobilisation spontanée, lui apporter des mots d’ordre, des réseaux de diffusion et une interprétation politique susceptible de servir leurs propres intérêts.

C’est précisément le mécanisme sur lequel Michel Fayad attirait l’attention le 1er octobre sur CNEWS. Dans son intervention, il invitait à regarder au-delà des manifestants présents devant les établissements pour examiner les organisations qui participent à l’encadrement et à la diffusion du mouvement. Son analyse rejoignait ainsi les interrogations soulevées par Nora Bussigny sur les réseaux islamistes et d’extrême gauche.

Le déplacement idéologique peut alors s’opérer sans rupture apparente. Une revendication portant sur le manque de professeurs ou la vétusté d’un établissement devient progressivement le support d’un discours plus général sur les discriminations, la Palestine, la politique française ou la place de la religion dans l’espace scolaire. Ces questions peuvent évidemment faire l’objet de débats démocratiques légitimes. Mais lorsqu’elles finissent par supplanter les demandes initiales, la mobilisation change de nature.

La revendication d’une représentation spécifiquement réservée aux jeunes des banlieues, rapportée dans l’enquête, illustre cette évolution. Donner davantage de place à des élèves insuffisamment entendus est une exigence parfaitement recevable. En revanche, enfermer la représentation dans des catégories territoriales, sociales ou identitaires risque de substituer à l’universalité républicaine une logique de communautés concurrentes, chacune revendiquant ses propres porte-parole et sa propre interprétation de l’intérêt collectif.

Ce glissement constitue un enjeu stratégique majeur pour les courants de l’islamisme politique : la capacité à présenter des revendications particulières comme l’expression d’une injustice collective peut favoriser l’émergence d’intermédiaires qui prétendent parler au nom de populations beaucoup plus larges que leurs propres adhérents.

La question de la laïcité fournit un terrain particulièrement favorable à cette confrontation. La loi du 15 mars 2004 interdit les signes et tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse dans les établissements scolaires publics. Le 27 septembre 2024, le Conseil d’État a confirmé la légalité de l’interdiction des tenues de type abaya, en considérant qu’elles pouvaient, dans les circonstances examinées, constituer une manifestation ostensible d’appartenance religieuse.

Cette jurisprudence n’interdit naturellement pas de discuter la loi. Elle rappelle cependant que la laïcité scolaire ne relève pas d’une simple préférence politique gouvernementale : elle constitue un cadre juridique destiné à protéger la liberté de conscience des élèves et à préserver l’institution scolaire des pressions religieuses.

Faire de chaque application de ce principe une manifestation d’hostilité envers les musulmans revient à déplacer le débat du droit vers l’identité. C’est précisément ce déplacement qui doit retenir l’attention des pouvoirs publics, car une école où l’appartenance religieuse devient le principal langage de la contestation risque de perdre sa fonction première : former des citoyens partageant les mêmes droits et les mêmes obligations.

Ultragauche, LFI et Al-Jazira : la bataille des relais et des récits

L’autre dimension de cette crise est politique. La présence de militants et d’élus de La France insoumise autour de certaines mobilisations est documentée. Le Monde a notamment décrit la difficulté rencontrée par le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, partagé entre son soutien aux lycéens et la nécessité de se dissocier des violences qui ont accompagné plusieurs blocages. Le 1er octobre, Jean-Luc Mélenchon a lui-même appelé à une mobilisation non violente, alors que son parti faisait l’objet d’accusations d’encouragement aux troubles.

Plus significatif encore, Reuters rapportait le 1er octobre que, lors d’une réunion gouvernementale de crise, des services de renseignement avaient attribué une part de l’organisation des troubles à LFI et à ses réseaux affiliés. Le parti a rejeté ces accusations, dénonçant notamment la réponse policière et la responsabilité du gouvernement dans l’aggravation des tensions.

La présence de LFI dans le débat n’est donc pas une invention polémique. Elle soulève une question politique légitime sur la frontière entre soutien à une mobilisation sociale, récupération partisane et responsabilité dans un climat de confrontation. Il reste toutefois indispensable de distinguer ces trois niveaux : une participation militante ne démontre pas, à elle seule, l’organisation d’actes violents.

L’analyse devient plus délicate lorsqu’on examine les convergences entre l’ultragauche et certains réseaux de l’islamisme politique. Ces univers idéologiques présentent des différences considérables, notamment sur les libertés individuelles, les rapports entre religion et société ou les conceptions de l’autorité. Ils peuvent néanmoins se retrouver ponctuellement autour d’adversaires communs, qu’il s’agisse des politiques gouvernementales, de certaines interprétations de la laïcité ou de la politique israélienne.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la critique formulée par Roland Lombardi à propos des « idiots utiles » de la mouvance frériste. La formule désigne une hypothèse politique : des militants peuvent contribuer à diffuser un discours ou à renforcer une dynamique idéologique dont ils ne partagent pourtant pas l’ensemble des objectifs. Elle ne constitue pas, en elle-même, la preuve d’une subordination de l’ultragauche aux Frères musulmans.

Mais cette possibilité mérite d’être étudiée plutôt que balayée par principe. Dans les stratégies d’influence, l’adhésion complète n’est pas toujours nécessaire. Une convergence temporaire peut suffire à amplifier un récit, à lui donner une visibilité nouvelle et à déplacer les termes du débat public.

La bataille médiatique constitue ici un second front. Selon l’enquête de Le Point, AJ+, plateforme appartenant au groupe Al-Jazira, aurait contribué à amplifier la mobilisation, notamment par la diffusion d’images de violences policières. Cette mise en circulation peut jouer un rôle considérable dans la perception d’un conflit social, car l’image sélectionnée, répétée et commentée finit parfois par s’imposer comme la représentation dominante d’une situation beaucoup plus complexe.

Il serait cependant insuffisant de considérer qu’une couverture critique de la police démontre automatiquement une opération d’ingérence. Les violences policières présumées, lorsqu’elles existent, relèvent aussi d’un sujet légitime d’information. La question stratégique porte sur la sélection des événements, leur contextualisation, la répétition des mêmes séquences et leur éventuelle intégration à un discours politique plus large.

Les affrontements récents ont d’ailleurs suscité des controverses sérieuses sur l’usage de la force, tandis que les violences commises contre des établissements scolaires et des personnels éducatifs ont également été documentées. Une analyse de l’influence doit tenir compte de ces deux réalités, sans réduire l’ensemble du mouvement à ses éléments les plus violents.

Reste la question centrale : lorsqu’un média international disposant de moyens importants choisit de donner une visibilité particulière à une contestation française, quels intérêts stratégiques cette couverture peut-elle éventuellement servir ?

Le Qatar, partenaire de Paris et puissance d’influence

Le groupe Al-Jazira occupe une place singulière dans l’histoire de l’influence qatarienne. Sa puissance médiatique constitue depuis longtemps un instrument de visibilité internationale pour un petit État du Golfe qui a fait de l’information, de la diplomatie, des investissements et de la multiplication de ses partenariats les piliers de son rayonnement.

La relation financière entre le groupe et l’État qatari rend légitime une interrogation sur les effets géopolitiques de ses choix éditoriaux. Il faut néanmoins distinguer l’influence structurelle que peut exercer un média bénéficiant de ressources publiques et la démonstration d’instructions précises concernant une mobilisation donnée. À ce stade, les éléments évoqués ne suffisent pas à établir que Doha aurait commandé ou coordonné les blocages lycéens français.

Cela ne retire rien à la pertinence de la question qatarienne. Au contraire, elle oblige à examiner une contradiction française plus profonde.

En février 2024, Paris et Doha annonçaient un engagement d’investissements qataris de dix milliards d’euros dans l’économie française. À cette relation financière s’ajoutent les accords de fourniture de gaz naturel liquéfié sur vingt-sept ans, les coopérations militaires et les liens industriels autour du Rafale. Le Qatar représente donc pour la France un partenaire économique, énergétique et stratégique significatif.

Ces relations relèvent d’une logique parfaitement compréhensible de Realpolitik. La France cherche des investissements, des débouchés industriels, des partenariats militaires et des approvisionnements énergétiques. Le Qatar, de son côté, cherche à consolider sa sécurité, à diversifier ses alliances et à transformer sa puissance financière en influence diplomatique.

Le problème n’est pas que Paris entretienne de bonnes relations avec Doha. Il réside dans la difficulté à articuler cette coopération avec une véritable doctrine française de protection contre les influences étrangères, notamment lorsque celles-ci concernent les médias, les réseaux associatifs et les controverses identitaires.

Une puissance étrangère peut être simultanément un partenaire commercial utile et un acteur poursuivant des intérêts politiques distincts des nôtres. C’est même une situation ordinaire dans les relations internationales. La diplomatie française devrait donc pouvoir coopérer avec le Qatar sans renoncer à examiner les activités de ses relais médiatiques et les éventuelles opérations d’influence qui toucheraient le territoire national.

La souveraineté ne consiste pas à rompre avec tous les États dont les intérêts divergent des nôtres. Elle consiste à savoir identifier ces divergences, protéger ses institutions et défendre ses propres priorités sans dépendre du bon vouloir de ses partenaires.

Une école fragilisée, terrain favorable aux stratégies d’influence

Il serait pourtant dangereux de terminer cette analyse en faisant disparaître les lycéens derrière les organisations qui gravitent autour d’eux. Car si des réseaux politiques ou idéologiques peuvent trouver un intérêt à investir une mobilisation scolaire, c’est aussi parce que l’institution leur offre parfois un terrain favorable par ses propres défaillances.

Les difficultés matérielles, les absences d’enseignants, les inégalités territoriales et le sentiment d’abandon exprimé dans certains établissements ne sont pas de simples prétextes inventés par des militants. Elles constituent une réalité que les pouvoirs publics doivent traiter. Les mobilisations d’octobre ont précisément pris de l’ampleur autour de ces problèmes avant de devenir un affrontement politique national.

Un État qui ne garantit plus correctement l’instruction de sa jeunesse affaiblit sa propre autorité. Et lorsqu’il laisse se dégrader les conditions d’enseignement tout en multipliant les discours sur les valeurs républicaines, il offre à ses adversaires un argument particulièrement efficace : celui de l’écart entre les principes proclamés et la réalité vécue.

La défense de la laïcité et la restauration de l’autorité scolaire ne peuvent donc être séparées d’une politique ambitieuse de remise à niveau des établissements. L’une sans l’autre risque de nourrir les frustrations qu’elle prétend combattre.

Mais l’inverse est tout aussi vrai. Améliorer les bâtiments, recruter des enseignants et rétablir des conditions d’étude satisfaisantes ne dispense pas l’État de surveiller les tentatives d’entrisme idéologique, les pressions communautaires ou les interventions de réseaux extérieurs cherchant à instrumentaliser la jeunesse.

La transparence des financements associatifs, la connaissance des structures militantes, l’identification des éventuelles ingérences étrangères et la protection de la liberté de conscience doivent constituer les composantes d’une même stratégie. Cette vigilance doit reposer sur des comportements et des faits documentés, non sur l’appartenance religieuse réelle ou supposée des élèves.

C’est précisément sur ce terrain que la France semble encore hésiter. Elle possède les instruments administratifs, juridiques et de renseignement nécessaires pour comprendre les phénomènes d’influence. Mais elle peine trop souvent à relier les informations disponibles à une doctrine cohérente de protection de ses institutions.

La mobilisation lycéenne actuelle devrait donc être considérée comme un révélateur de plusieurs fragilités françaises : celle de l’école publique, celle de la représentation politique de la jeunesse, celle de la capacité de l’État à anticiper les conflits sociaux et celle de sa résistance aux stratégies d’influence.

La question posée par Nora Bussigny et Michel Fayad mérite, dans ces conditions, d’être prise au sérieux. Qui parle au nom des lycéens ? Qui organise les mobilisations ? Qui en amplifie les images ? Et qui cherche à transformer des revendications scolaires en confrontation idéologique durable ?

Ce sont des questions auxquelles il appartient aux journalistes, aux services compétents et aux pouvoirs publics d’apporter des réponses précises, plutôt que de se réfugier dans le déni ou dans des accusations générales.

Car le véritable enjeu dépasse les blocages d’octobre. Il concerne la capacité de la République à préserver son école comme un espace commun, où les difficultés sociales peuvent être débattues sans que l’identité religieuse, l’appartenance partisane ou l’influence de puissances étrangères viennent déterminer les conditions de la représentation collective.

Une école affaiblie attire les entrepreneurs de colère. Une école abandonnée leur laisse le terrain. Et un État qui ne sait plus distinguer la protestation légitime de son instrumentalisation politique finit par perdre à la fois la confiance de sa jeunesse et la maîtrise du récit national. 

Le Diplomate

Sources et références

Mobilisations lycéennes, réseaux militants et islamisme politique

  • Nora Bussigny, enquête publiée dans Le Point sur les mobilisations lycéennes, les réseaux militants et leurs relais numériques, octobre 2026. Référence citée dans l’article ; URL directe non confirmée.
  • Michel Fayad, intervention dans Face à l’info, CNEWS, 1er octobre 2026. Consulter l’intervention.
  • Ministère de l’Intérieur, Frères musulmans et islamisme politique en France, rapport rendu public le 21 mai 2025. Consulter le rapport.

Ultragauche, LFI et contestation lycéenne

  • Reuters, reportage sur les violences et les mobilisations lycéennes en France, 1er octobre 2026. Lire l’article.
  • Le Monde, « High school student protests spread across France as tensions escalate », 2 octobre 2026. Lire l’article.
  • Associated Press, reportage sur les manifestations lycéennes et la réunion de crise gouvernementale, 2 octobre 2026. Lire l’article.
  • Reuters, reportage sur les décisions gouvernementales concernant les moyens policiers employés lors des manifestations, 7 octobre 2026. Lire l’article.
  • Reuters, reportage sur la poursuite des blocages lycéens, 8 octobre 2026. Lire l’article.

Laïcité et cadre juridique

  • Conseil d’État, « Laïcité : l’interdiction du port de tenues de type abaya à l’école est conforme à la loi », 27 septembre 2024. Communiqué officiel.
  • Conseil d’État, décision n° 487944 du 27 septembre 2024. Texte intégral sur Légifrance.

Qatar, Al-Jazira et influence internationale

  • Présidence de la République, « Communiqué conjoint à l’occasion de la visite d’État en France de l’Émir du Qatar », 27 février 2024. Partenariat stratégique, engagement d’investissements de 10 milliards d’euros, coopération énergétique et militaire. Lire le communiqué officiel de l’Élysée.
  • TotalEnergies, Résultats du troisième trimestre 2023, octobre 2023. Confirmation de contrats d’achat de GNL auprès de QatarEnergy portant sur 3,5 millions de tonnes par an pendant 27 ans. Consulter le communiqué officiel (PDF).
  • Al Jazeera Media Network, « About Us ». Présentation officielle du groupe et reconnaissance d’un financement partiel par le gouvernement qatari. Consulter la présentation officielle.
  • Congressional Research Service, Qatar: Governance, Security, and U.S. Policy. Analyse du financement d’Al-Jazira, de son statut et des controverses relatives à son influence politique. Consulter le rapport du Congrès américain (PDF).
  • État du Qatar, loi n° 10 de 2011 relative à la transformation d’Al Jazeera Media Network en fondation privée d’utilité publique. Consulter le texte juridique officiel.

 https://lediplomate.media/mouvement-lyceen-al-jazira-reseaux-islamistes/?

 


 

B) - SOS lycéens en perdition : l’addition de 60 ans de renoncement des générations précédentes

 Un monde structuré par l'autorité et l'interdit a cédé la place à une morale publicitaire du « sème le chaos » et de la toute-puissance individuelle. Dans ce nouveau régime psychique, les adultes en position d'autorité, professeurs, policiers, proviseurs, deviendraient les cibles privilégiées d'une génération de moins en moins capable de contenir ses pulsions. Simple crise lycéenne, ou symptôme d'une mutation anthropologique bien plus large de nos sociétés ?

 

Ce qu'il faut en retenir :

  • La déconstruction des fondamentaux : L'éducation subit depuis des décennies les effets de réformes cherchant la modernité (spécialisations précoces, remplacement des classes par des groupes, abandon des savoirs de base) et le renoncement à la transmission et à l'effort.

  • L'emprise des réseaux et la perte de repères : La socialisation s'effectue désormais en grande partie à travers les écrans et les algorithmes, plongeant les jeunes dans des boucles d'isolement et un nihilisme croissant, aggravé par une quête de sens défaillante.

  • L'incapacité psychologique à tolérer la frustration : Les mutations anthropologiques (passage d'une société verticale et restrictive à une injonction publicitaire de toute-puissance et de jouissance) réduisent l'aptitude des individus à contenir leurs pulsions d'agressivité et à faire face à la frustration.

  • L'instrumentalisation politique et le rôle de l'exemplarité : Les mouvements lycéens sont perméables aux récupérations de groupuscules radicaux et à des discours politiques irresponsables légitimant la violence, nécessitant de réinvestir l'école comme un sanctuaire et de s'appuyer sur la majorité silencieuse attachée au travail.

 

Atlantico : Comment qualifieriez-vous cette génération de lycéens qui se mobilise aujourd'hui ?

Pascal Neveu : La génération de lycéens qui se mobilise aujourd’hui n’est pas homogène, mais je pense qu’elle présente trois traits saillants, visibles dans les mobilisations récentes et confirmés par les analyses sociologiques disponibles.

En bref : c’est une génération populaire, politisée par l’expérience, défiant les institutions, et organisée autour de formes nouvelles d’engagement. Mais aussi de casseurs infiltrés très organisés profitant de leurs revendications et vulnérabilités.

C’est une génération qui part « d’en bas », issues des quartiers populaires, notamment en Seine‑Saint‑Denis et dans le Val‑de‑Marne. Elles expriment une revendication d’égalité de traitement fondée sur l’expérience des inégalités scolaires : conditions d’accueil dégradées, sentiment d’abandon, stigmates sociaux. 

Les enquêtes montrent que 45 % ne se sentent proches d’aucun parti (contre 25 % des adultes).

Ce n’est pas une génération « apolitique », mais elle s’engage sur les conditions scolaires, le climat, les violences policières, une meilleure gestion des services publics.

Cette génération Z est particulière. Elle n’attend plus que les institutions la reconnaissent : elle alterne mobilisation et démobilisation selon les contextes. C’est une génération plus individualiste… mais pas moins engagée mais une moindre disposition à « se sacrifier pour le pays » facilitant cesse casse organisée.

Le terme de nihilisme vous paraît-il pertinent ?

Pascal Neveu : Le terme nihilisme peut sembler séduisant, mais je vais y revenir, en réfléchissant, appliqué à la génération lycéenne mobilisée aujourd’hui, il me semble trop large.

Le nihilisme, au sens strict, c’est la négation des valeurs, le refus du sens, l’idée que rien ne vaut, l’effondrement de toute croyance dans un horizon collectif.

Or les lycéens qui se mobilisent aujourd’hui ne nient pas les valeurs: ils réclament l’égalité, la dignité, la justice. Ils ne refusent pas le sens : ils dénoncent leur situation scolaire, ils se battent pour leur avenir et sont dans la revendication des inégalités scolaires : conditions d’accueil dégradées, sentiment d’abandon, stigmates sociaux

Le nihilisme, lui, est une position métaphysique, presque philosophique.

Les lycéens sont dans une réaction politique et sociale.

Certes, ils sont dans défiance envers les institutions, un sentiment d’abandon, une absence de projection, l’impression que « les adultes » et leurs « parents » ne savent plus quoi faire. 

Le terme juste selon plusieurs sociologues (Dubet, Gaxie, Martuccelli…) serait davantage une génération désaffiliée, pas nihiliste.

C’est une génération qui veut quelque chose alors que le nihilisme est une absence de désir.

Comment l’Occident en est-il arrivé là ? Le système éducatif et les lycéens paient-ils la déconstruction des années de Mai 68, les idéologies des années 1960, avec le mal-être de cette jeunesse qui ne trouve plus de sens à sa vie, qui brûle tout, mais qui a quand même besoin de réponses et d’autorité ? Est-ce que nous payons les soixante années des générations précédentes ?

Bertrand Vergely : En plus de ces réalités, nos sociétés payent quelque chose de beaucoup plus récent et qui relève des erreurs de communication. Les dirigeants font de la communication, veulent faire plaisir à la société et montrer qu’ils sont à la pointe de l’innovation et des solutions. 

L’idéologie de Mai 68 et la déconstruction ont des effets sur un autre niveau, celui des fondamentaux, à la fois sociaux, idéologiques et politiques. Tout a été fait pour déconstruire et nuire à ces ces fondamentaux, et l’on en paye actuellement les conséquences.

Le travail qui s’est fait au niveau du lycée, via les réformes, est un non-sens. Il aurait été préférable de veiller à l’apprentissage des savoirs fondamentaux et de laisser les spécialités pour plus tard. L’objectif de ce qui a été entrepris était de vouloir, dès le lycée, que les élèves puissent se spécialiser. Résultat : cela a fabriqué une usine à gaz. Pour apparaître comme étant innovant, une complication inutile et dangereuse a été créée. 

Cela a fini par aboutir à l’idée qu’il ne fallait plus mettre en avant l’enseignement des fondamentaux et qu’il fallait donc changer de méthode.

Parmi les revendications des lycéens figurent les critiques contre la réforme Blanquer qui a détruit la classe, au profit de groupes. Ils contestent également le fait que les journées durent dix heures, de 8 heures à 18 heures. Les élèves peuvent rester dix heures dans l’établissement avec des interruptions de deux heures. Pour des enjeux de communication et pour apparaître moderne, les ministres ont proposé toutes sortes de spécialités qui ont fait exploser le tissu lycéen.

Au niveau générationnel, les parents étaient dans des conditions totalement différentes. Le monde n’était pas le même. Or, on voit que les jeunes d’aujourd’hui, avec les smartphones, sont dans des boucles d’isolement. Est-ce que cela aussi ne crée pas un décalage générationnel qui fait que cette jeunesse devient potentiellement une bombe à retardement et qui tombe dans le nihilisme ? En quoi payons-nous l’addition de ces soixante années de renoncement des générations précédentes ?

Bertrand Vergely : Après les travaux de Bourdieu, à force d’avoir critiqué la classe, et en montrant que la classe était un lieu de formation idéologique et qu’il fallait s’en défaire, cela a des conséquences. Qui sème le vent récolte la tempête. Tout a été fait pour expliquer qu’il fallait arrêter les classes et basculer dans des systèmes de groupes. Nous y sommes, et c’est la catastrophe. 

Il est possible de raisonner par séquences. Il y a eu d’abord Mai 68, son idéologie, ses messages. Mais cette période est terminée. Il y a eu ensuite les années 1980, la réforme, le projet de loi Devaquet. Cette dégradation s’est propagée par vagues. Tous les vingt ans, il y a eu des changements majeurs. Et il est intéressant de voir le décrochage qui s’opère de vingt ans en vingt ans.

Qu’est-ce que cette violence et ce mal-être de la jeunesse nous disent sur l’histoire de l’Occident ? Qu’est-ce qui fait que nous sommes désormais incapables de donner du sens à la vie ? 

Bertrand Vergely : J’ai consacré un livre à ces questions (“Pour une école du savoir”). Il y avait des fondamentaux dans l’école, dans l’éducation : le savoir, la transmission et l’effort, et cela constituait des choses fondamentales.

Nos sociétés et les dirigeants sont dévorés par la communication et le spectacle social. Et cela constitue actuellement une catastrophe supplémentaire. La véritable socialisation des élèves ne se fait plus au lycée. Elle se fait par les réseaux sociaux, via le téléphone portable. Il y a donc un rapport irresponsable avec les nouvelles technologies, mais qui est entretenu par la mondialisation, qui a tout intérêt à ce que tout le monde soit sur son téléphone, avec l’intelligence artificielle. Nous sommes en train de fabriquer une bombe à retardement.

A travers ce mal-être et cette violence adolescente, faudrait-il demander des comptes aux adultes des générations précédentes ? Les adultes ont-ils fabriqué cette génération ? 

Bertrand Vergely : Demander des comptes risque de caresser la société dans le mauvais sens du poil, en fournissant, en allant chercher des responsables, des coupables. La vérité est qu’il fallait faire une tâche bien précise, et qu’il est encore temps de le faire en urgence. Il est vital de bien vérifier les acquis des élèves. Il y a quelques années, certains professeurs voulaient vérifier si les élèves savaient ou non lire et écrire, et cela a été considéré comme une mesure pétainiste. Les réformes dans l’enseignement de l’histoire ont abouti au fait que les élèves ne savent plus rien.

Quelles sont les leçons à retenir pour l’avenir, avec cette jeunesse qui a subi la déconstruction avec l’idéologie des années 1960, les idées de mai 68 et plus récemment le wokisme, qui ne trouve plus de sens à sa vie et qui réagit de manière violente ?

Bertrand Vergely : Concernant la jeunesse violente : tous ne le sont pas. Le mouvement lycéen a été détourné par des groupuscules d’extrême gauche qui ont eu recours à la violence, qui sont entrés dans les lycées en étant cagoulés.

Aux portes des lycées, il y avait des députés et des maires de La France insoumise qui venaient soutenir ce mouvement. Il y a eu une manipulation politique. L’extrême gauche a toujours pris en main les mouvements lycéens et étudiants pour s’en servir comme d’un relais de pouvoir pour les politiques. Les partis utilisent le mouvement lycéen, dans lequel ils fabriquent de nouveaux militants.

La majorité des élèves ont envie de travailler, d’étudier. Pour l’avenir, il y a beaucoup d’élèves qui sont prêts à trouver du sens à leur vie, à se donner un avenir. 

Les solutions existent. Cela repose sur les invisibles au cœur du pays : toutes les personnes extrêmement responsables, remarquables, qui, à tous les niveaux de la vie sociale, économique et politique, agissent et font que le pays peut tourner. Et cela existe dans l’éducation, cela existe parmi les élèves, cela existe à tous les niveaux.

Les élèves dénoncent l’éclatement de la classe, le morcellement de la vie lycéenne en groupes. Ils sont désespérés face à Parcoursup et considèrent cela comme une usine à gaz.

La démagogie règne dans tous les discours politiques. Un certain nombre de ministres de l’Éducation, pour marquer leur passage, veulent frapper de grands coups à travers leurs projets de réformes. Il y a eu des renoncements. Le fait d’avoir renoncé aux langues anciennes a été une catastrophe.

Hannah Arendt disait que l’enseignement doit être un sanctuaire : il faut sanctuariser l’école. L’enseignement est nécessairement conservateur et traditionnel. Il est crucial d’être très strict sur un certain nombre de fondamentaux qui font que les élèves ont des bases. Kant soulignait déjà combien l’éducation joue un rôle déterminant dans la formation de l’être humain, certaines erreurs éducatives pouvant laisser des traces durables.

Comment réconcilier cette jeunesse qui semble perdue entre violences et besoins de repères et d’autorité, avec ces générations précédentes qui ont une grande part de responsabilité à travers leur idéologie et ce qu’elles ont véhiculé ? 

Bertrand Vergely : Je ne pense pas que ce soit ainsi que cela va fonctionner. Ce qui permettra d’avancer sera d’abord d’entendre les problèmes très concrets qui se posent aux lycéens. Il ne suffira pas de demander pardon pour Mai 68 et la déconstruction. Il est important aussi de se donner les moyens de répondre aux revendications. 

Il faut également que les politiques redonnent le goût d’apprendre, le goût du savoir et le respect de notre pays. Il faut prendre conscience de la chance extraordinaire que nous avons de vivre en France. Cela suppose que les politiques montrent l’exemple.

Les paroles provocatrices comme certaines déclarations de Jean-Luc Mélenchon ne doivent plus avoir autant de poids au cœur de la société. Les représentants de LFI ne se privent pas d’affirmer que la France est un pays raciste et expliquent que la violence peut être légitime. Ce genre de discours fait énormément de mal. Ces discours sont irresponsables.

Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a commencé à justifier la violence, même en disant que, dans certains cas, elle serait légitime. C’est scandaleux de la part de quelqu’un qui est un responsable, un maire. Aucune violence n’est légitime. La notion de « violence légitime » ne veut rien dire. Ce discours va au-delà de celui de la déconstruction. C’était le discours des « enragés » en Mai 68. Cela a perdu une génération, avec une irresponsabilité des intellectuels, des artistes, avec certains discours.

Y a-t-il un malaise d’ordre civilisationnel derrière le fait que ces jeunes ne parviennent plus à donner du sens à leur vie et comment y remédier ? 

Bertrand Vergely : Beaucoup de jeunes sont sensibles à la question du sens et sont prêts à donner le meilleur d’eux-mêmes. Ils sont en quête de rigueur et de discipline. Il faut cadrer ces jeunes. Il faut insister sur le fait que parler de « violence légitime » n’a pas de sens. Lorsque l’on est maire d’une commune importante, il n’est pas possible de tenir des discours irresponsables sur des choses comme celles-là.

Il faut retrouver le sens de l’effort qui a été perdu. Actuellement, il y a de nouveau la volonté de redonner un sens à l’effort. Et cela doit être la tâche des politiques.

Les familles ont également un rôle important à jouer car cela concerne un engagement de tout le monde. De nombreux acteurs doivent contribuer à cela : les politiques, les professeurs, les élèves, les familles, tout le monde.

L’énorme problème de l’école aujourd’hui est qu’il n’y a plus de sens général à notre humanité. Il est nécessaire de donner du sens à l’existence et à notre responsabilité à l’égard de l’existence, et pas simplement de penser l’enseignement en termes de professionnalisation. Il faut retrouver le langage de l’effort. Il existe une jeunesse qui va bien, qui ne se reconnaît pas dans la violence et qui n’a aucune envie d’être une génération perdue. Il faut s’appuyer sur elle et sur son exemple.

Face au mouvement des lycéens, comment comprenez-vous les épisodes de violence auxquels nous assistons ?

Ruben Rabinovitch : Nombre d’individus n’intègrent plus dans l’enfance les butées et les limites fondamentales qui permettent la vie en collectivité. De ce point de vue, les épisodes de violence du mouvement lycéen actuel s’inscrivent dans le prolongement de ce à quoi on a assisté lors de la crise des gilets jaunes, des émeutes de 2023, des victoires du PSG en Ligue des champions comme désormais dans la plupart des manifestations.

Une partie des lycéens comme une partie des individus de façon générale sont dans une difficulté de plus en plus grande à se canaliser, à faire face à la frustration et à réprimer leurs motions d’agressivité et de violence. D’un point de vue psychique, l’enjeu est moins de savoir si la colère sociale est ou non légitime que de constater que les individus sont de moins en moins aptes à contenir leurs pulsions de destruction.

Tout cela est-il lié aux transformations anthropologiques que vous décrivez dans votre livre Homo occidentalis, coécrit avec Jérôme Fourquet, et qui sont, pour l'instant sans issue visible ?

Ruben Rabinovitch : Jusqu’aux années 50/60, les sociétés étaient essentiellement structurées de façon verticale, organisée autour des valeurs d’autorité, de hiérarchie, de refoulement et de répression des pulsions. L’école elle-même, comme le raconte Stefan Zweig en se rappelant ses souvenirs d’enfance à la fin du XIXè siècle, était là pour transmettre la parole du maître comme infaillible et l’ordre en place comme parfait et immuable. Cela n’a rien d’un paradis perdu. Les individus étaient certes plus respectueux et plus contenus, mais aussi plus dociles et plus soumis. Les individus étaient bien souvent écrasés par l’ordre moral et social.

Mais à mesure que les sociétés occidentales se sont émancipées de cet ordre traditionnel qui structurait l’édifice social de bas en haut (famille, école, église, entreprise, armée, État, etc) celles-ci sont confrontées à de nouveaux malaises. Nous pensons avec Jérôme Fourquet que ces explosions de violences en sont un symptôme parmi d’autres. Les représentants de l’autorité traditionnelle, ici policiers, professeurs, proviseurs ne sont pas seulement en première ligne. Ils sont les premières cibles précisément parce qu’ils sont les symboles de cette autorité que tolèrent de plus en plus mal les individus du nouveau régime psychique.

À court et moyen terme, cette explosion des pulsions n'en est-elle qu'à ses prémices ?

Ruben Rabinovitch : Dans Homo occidentalis, nous considérons avec Jérôme Fourquet qu’en quelques décennies seulement, nous avons changé d’univers mental de référence. Le monde d’hier, façonné par l’ordre patriarcal et la matrice religieuse, était massivement structuré par les commandements de la loi et les interdits bibliques « Tu ne feras pas ci », « Il t’est défendu de faire ça ». Désormais, c’est la morale des slogans publicitaires qui l’emporte et ses injonctions sont toutes autres : « Sème le chaos », « Impose tes règles » dans une campagne de publicité d’Addidas, « Unlimited you » de Nike. Dans la morale du nouveau régime psychique, rien ne doit venir entamer ou limiter la toute-puissance de l’individu.

Cette nouvelle grammaire mentale façonne le psychisme de façon inédite. Elle a des conséquences directes sur le nouveau type d’individu produit par nos sociétés et des implications très concrètes dans la vie quotidienne de chacun d’entre nous. Dans des sociétés occidentales où toute limite est ridiculisée, où la toute-puissance est promue et où la jouissance est le maître mot comme l’ont analysé Charles Melman et Jean-Pierre Lebrun, la violence ne peut qu’être amenée à se répéter de plus en plus tôt, de plus en plus vite et de plus en plus fort. Mais la crainte que les sociétés occidentales finissent par en appeler, pour remettre de l’ordre là-dedans, à un tyran intraitable n’est pas moindre. Les mauvaises solutions peuvent être aussi graves que les vrais problèmes.

Ces jeunes contestent-ils l'autorité en tant que telle, ou une autorité qu'ils jugent défaillante ?

Pascal Neveu :  Ils ne contestent pas l’autorité en tant que telle.

Ils contestent une autorité qu’ils perçoivent comme incohérente, défaillante, ou illégitime.

Et cette nuance change tout.

Ils veulent une autorité crédible, pas l’absence d’autorité comme celle qu’ils ne trouveraient plus chez eux ?

Les lycéens mobilisés ne rejettent pas l’idée d’autorité. Pour eux ils rejettent une autorité qui ne protège pas, qui ne tient pas ses promesses.

Ils ne contestent pas l’autorité, mais selon eux la « mauvaise » autorité.

Pourquoi jugent-ils l’autorité défaillante ?

Plusieurs éléments reviennent dans les enquêtes sociologiques et dans les mobilisations récentes : des consignes qui changent, des décisions opaques, des sanctions perçues comme arbitraires.

Mais aussi un manque de reconnaissance avec ce sentiment d’être traités comme des « numéros », pas comme des sujets.

De même les lycéens des quartiers populaires voient que leur établissement est moins doté, moins sécurisé, moins considéré.

Et surtout une absence de dialogue réel avec une autorité verticale qui parle sur eux, pas avec eux et une totale déconnexion avec les adultes, cette fameuse impression que les décideurs ne comprennent pas leur quotidien.

Ce qui mène à des formes de contestation frontale, des refus d’obéir, des blocages, de la violence que 81 % des Français condamnent.

Ils contestent une autorité défaillante, pas l’autorité en tant que telle.

Qu'est-ce qui a changé par rapport aux mouvements lycéens des générations précédentes ?

Pascal Neveu : La vraie rupture, par rapport aux mobilisations lycéennes des années 1980, 1990 ou 2000, tient à quatre transformations profondes : la sociologie des mobilisés, leur rapport à l’autorité, leur rapport au politique, et leurs modes d’action.

Ce n’est plus la même jeunesse, ce n’est plus la même école, et ce n’est plus le même monde.

La mobilisation lycéenne d’aujourd’hui est plus populaire, plus territorialisée, moins idéologique, plus expressive, et plus méfiante envers les institutions que celles des générations précédentes.

Les grands mouvements lycéens du passé (1986, 1990, 2005, 2018) étaient souvent portés par des lycées centraux, des filières générales, des classes moyennes ou supérieures, des organisations structurées (UNL, FIDL).

Aujourd’hui, la mobilisation vient des lycées de quartiers populaires, des filières technologiques et professionnelles, d’élèves qui se sentent relégués dans espace scolaire qui leur échappe.

Les lycéens des années 1990 contestaient l’autorité en tant que telle. C’était une génération marquée par l’anti‑autoritarisme, l’héritage post‑68, la critique de l’État.

Les lycéens d’aujourd’hui contestent une autorité défaillante, pas l’autorité elle‑même.

Les générations précédentes se mobilisaient dans un paysage politique structuré (syndicats lycéens, clivage gauche/droite, grandes figures intellectuelles, tracts, AG…).

Aujourd’hui, les modes d’action sont violents, vivant dans une société perçue comme incohérente.

Gisèle George : Ce qui a surtout changé, c’est la vitesse de circulation de l’information grâce aux réseaux sociaux.

Aujourd’hui, des groupes violents peuvent profiter de chaque mobilisation pour s’infiltrer très rapidement. Grâce aux réseaux sociaux, ils peuvent se déplacer d’un endroit à l’autre, intervenir, agresser des gens puis disparaître très vite. Cela ne pouvait pas fonctionner de la même manière auparavant, lorsque les individus étaient beaucoup plus facilement repérés.

Plus largement, les réseaux sociaux et les algorithmes ont profondément changé notre perception de ces mouvements. En fonction de ce sur quoi on clique, on peut finir par ne voir qu’un seul aspect de la mobilisation, par exemple uniquement les violences ou, au contraire, uniquement les revendications des lycéens. 

Qu'est-ce qui, dans la construction psychique de ces adolescents, peut expliquer le passage rapide à l'acte et à la violence en groupe ?

Pascal Neveu : Le passage rapide à l’acte et la violence en groupe chez certains adolescents ne relève pas d’une « nature violente », ni d’un déterminisme social simpliste.

C’est un mécanisme psychique précis, bien documenté, qui combine vulnérabilité individuelle, dynamique groupale, et effondrement des capacités de pensée.

Il s’agit d’une fragilité du Moi, la recherche de reconnaissance, et la puissance du groupe qui rendent l’acte violent.

L’adolescence est un moment où le Moi est instable, en pleine reconfiguration.

Ce qu’on observe c’est une désinhibition collective car le groupe abaisse les limites internes : ce qui serait impossible seul devient faisable à plusieurs.

Nous sommes face à une contagion émotionnelle : les affects circulent, s’intensifient, se synchronisent.

Le groupe donne l’illusion d’être invulnérable, hors du réel, dans un fantasme de toute-puissance.

Et on observe une dilution de la responsabilité : « ce n’est pas moi, c’est vous ».

Pardonnez ce point théorique : le passage à l’acte adolescent survient lorsque trois fonctions psychiques se délitent :

. la mentalisation : penser ce qu’on ressent

. la symbolisation : mettre en mots plutôt qu’en gestes

. le tiers interne : la capacité à se dire « stop »

Quand ces trois fonctions s’effondrent, l’adolescent :

. n’a plus accès à la pensée

. n’a plus accès à la loi interne

. n’a plus accès à la temporalité

Et il agit pour expulser un affect insupportable : peur, honte, colère, humiliation.

Ce n’est pas de la « méchanceté ».

C’est un court‑circuit psychique.

La violence devient alors un mécanisme de restauration narcissique.

Sans oublier que les réseaux sociaux ajoutent une dimension nouvelle, de mise en scène permanente, de pression à exister dans le regard du groupe.

Le passage à l’acte peut être une réponse à cette pression : « il faut montrer qu’on existe », « il faut prouver qu’on n’a pas peur ».

Gisèle George : Un adolescent impulsif, c’est presque un pléonasme. À cet âge, il existe une forte intolérance à la frustration. On leur a promis que s’ils travaillaient bien et avaient de bonnes notes, ils auraient un avenir radieux, un bon métier et une bonne vie. Or, dès le lycée, ils s’aperçoivent que tout n’est pas aussi simple et que ce qu’on leur avait promis ne correspond pas forcément à la réalité.

Psychiquement, leur cerveau est alors surchargé émotionnellement, par le stress, l’angoisse, la colère et la frustration. Cela peut les rendre extrêmement impulsifs. Ils peuvent, par exemple, s’acharner sur une poubelle et, deux minutes plus tard, se mettre à danser.

On observe des mouvements émotionnels très rapides entre la colère, l’angoisse, la joie, le groupe et le côté festif. Cela fait partie de la construction et du développement psychique du cerveau adolescent.

Comment d'un point de vu historique et civilisationnel, cette génération actuelle est tombée dans une forme de "nihilisme" ?

Pascal Neveu : Si l’on parle de « nihilisme » pour caractériser une partie de la jeunesse actuelle, alors il faut comprendre comment une civilisation entière a cessé de produire du sens transmissible.

Ce n’est pas une génération qui aurait « dévié » ; c’est le monde adulte qui s’est effondré symboliquement, laissant les adolescents dans un vide où la violence, le cynisme ou la dérision deviennent des manières de tenir debout.

Pendant des siècles, les sociétés occidentales ont transmis trois grands récits structurants :

. le récit religieux (sens transcendant),

. le récit national (sens collectif)

. le récit progressiste (sens historique).

Depuis les années 1980‑2000, ces trois récits se sont désagrégés simultanément.

Les adolescents grandissent dans un monde où :

. Dieu ne structure plus le sens

. la Nation ne rassemble plus

. le Progrès ne promet plus rien

Nous vivons dans une forme d’héritage d’un monde qui ne raconte plus rien.

Le capitalisme industriel proposait un horizon : travailler, progresser, transmettre

Le capitalisme contemporain propose l’immédiateté, la performance, la visibilité, la compétition permanente.

Il détruit la temporalité longue.

Or la psychanalyse nous dit que le sens naît dans la durée, pas dans l’instant.

Une civilisation qui sacralise l’immédiat produit des sujets sans projection, donc vulnérables au vide.

L’école, la justice, la police, les médias, la politique : toutes les institutions ont perdu leur autorité symbolique.

Non pas leur pouvoir, mais leur crédibilité.

Pour un adolescent, cela signifie :

. plus de tiers fiable

. plus de cadre stable

. plus de médiation entre pulsion et loi

Quand le tiers externe s’effondre, le tiers interne se fragilise.

C’est le terreau du passage à l’acte et ce spectacle politique dont nombre de Français n’en peuvent plus.

Pour la première fois dans l’histoire moderne, les adolescents grandissent avec l’idée que :

. l’avenir est menacé

. le monde pourrait devenir inhabitable

. les adultes n’ont pas su protéger la planète

La psychanalyse le dit clairement : sans avenir, il n’y a pas de désir.

Sans désir, il n’y a que le cynisme, la dérision, ou la violence.

Ce que vit cette génération n’est pas un nihilisme actif (Nietzsche, Dostoïevski).

C’est un nihilisme passif, un nihilisme de filiation : quand les adultes ne transmettent plus de sens, les adolescents héritent du vide.

Le nihilisme des adolescents n’est pas une faute.

C’est un symptôme : celui d’un monde adulte qui ne parvient plus à jouer son rôle de tiers, de garant, de transmetteur.

Nous pouvons avoir une lecture historique‑psychanalytique, centrée sur le trio infernal de la déconstruction, l’héritage des années 60, et les renoncements successifs des adultes.

Une lecture qui ne tape pas sur une génération, mais qui montre comment une civilisation entière a scié la branche symbolique sur laquelle elle était assise.

Ce trio, c’est :

. la critique radicale des institutions

. la déconstruction des normes

. la suspicion généralisée envers le pouvoir.

Entre les années 60 et 90, la pensée occidentale a entrepris un travail salutaire :

. défaire les illusions

. dénoncer les dominations

. libérer les individus

Mais ce mouvement a eu un effet secondaire massif : il a délégitimé les structures symboliques qui permettaient de transmettre.

Quel résultat ?

. l’école est devenue suspecte

. la famille un lieu de reproduction

. la loi un instrument de domination

. l’autorité un problème en soi

La déconstruction a libéré, oui.

Mais elle a aussi désarmé les adultes dans leur rôle de tiers et dans leur fonction première.

Les années 60 ont porté une idée magnifique mais dangereuse : l’individu doit être libéré de toutes les contraintes.

Cette idéologie a produit la valorisation du désir immédiat, la méfiance envers la loi, la glorification de la spontanéité, la critique de toute forme d’autorité.

Or la psychanalyse le dit clairement : le désir sans loi devient destructeur, la liberté sans cadre devient angoisse, l’individu sans tiers devient fragile.

Les adolescents d’aujourd’hui héritent d’un monde où la loi est suspecte, l’autorité doit s’excuser d’exister, la limite est vécue comme une violence.

Ce n’est pas leur faute : c’est l’héritage direct de la libération sans tiers.

Pendant 40 ans, les adultes ont renoncé, ont démissionné : ne plus incarner la loi, poser des limites, assumer l’autorité, transmettre un sens, protéger l’enfance.

Pourquoi ? Parce qu’ils avaient peur d’être autoritaires, ils ne croyaient plus eux‑mêmes aux institutions, ils étaient eux‑mêmes désorientés symboliquement.

Résultat : les adolescents ont grandi dans un monde où l’adulte n’est plus un tiers, mais un pair anxieux, débordé, culpabilisé ; l’autorité n’est plus incarnée, donc elle n’est plus crédible ; la loi n’est plus transmise, donc elle n’est plus intériorisée.

Ce n’est pas une génération « sans repères ».

C’est une génération à qui les repères n’ont plus été transmis.

Cette génération doit accepter de vivre dans un monde réel : travailler de 8h à 18h serait trop pénible ?

Qu’en disent leurs parents et grands-parents ?

Ce qui démontre un manque violent d’échanges, de communication, de transmission.

Nous savons que cette jeunesse a mal vécu la Covid… mais a qui profite le crime et ces casseurs alors que nombre de revendications sont légitimes.


Gisèle George est l'autrice de
Mon enfant explose pour un rien : comprendre et apaiser la frustration, aux éditions Odile Jacob, 2026 

 

Ruben Rabinovitch est psychanalyste à Paris. 

 

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015). 

 

Gisèle George
Médecin pédopsychiatre

Gisèle George est médecin pédopsychiatre, spécialiste en psychopathologie de l'enfant et en thérapie cognitive et comportementale. Auteur du livre "Mon enfant explose pour un rien, comprendre et apaiser les frustrations" 

 

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

 https://atlantico.fr/article/decryptage/sos-lyceens-en-perdition-laddition-de-60-ans-de-renoncement-des-generations-precedentes-rabinovitch-vergely-george?

 


 

C) - RENSEIGNEMENT – Colère des lycéens et réseaux islamistes : Quand les analyses d’Éric Denécé éclairent toujours l’actualité 

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)

Les avertissements du géopolitologue et spécialiste du renseignement Éric Denécé, décédé en juin 2025, éclairent toujours les risques d’emprise idéologique, d’intimidation et d’influence extérieure. Ils rappellent aussi les contradictions d’un État qui doit protéger l’école et répondre à ses défaillances.

Devant les lycées français, la colère a des raisons concrètes : bâtiments vétustes, manque de personnel, classes surchargées. Le rassemblement organisé par RED-Jeunes à Saint-Denis, le 4 octobre, a donné à entendre ces difficultés. Les élèves réclament les moyens d’étudier. La question politique commence lorsque des organisations cherchent à transformer cette demande en une adhésion durable à leur propre vision du monde. Qui formule les revendications ? Qui choisit les adversaires ? Qui finit par parler au nom des jeunes ? www.bondyblog.fr

Examiner une éventuelle récupération exige de distinguer l’engagement politique, l’expression religieuse et l’entreprise de coercition. La présence de musulmans dans une mobilisation ne démontre aucune influence islamiste. En revanche, la volonté d’imposer une autorité religieuse aux individus, de délégitimer les institutions par principe ou d’intimider les contradicteurs constitue un problème démocratique.

Ce que Denécé dénonçait : une emprise qui dépasse le terrorisme

Éric Denécé, fondateur du Centre français de recherche sur le renseignement, avait consacré plusieurs travaux à cette question. Dès septembre 2005, son rapport sur le développement de l’islam fondamentaliste en France examinait ses dimensions sécuritaires, économiques et sociales. Il décrivait une progression favorisée par les carences de l’État et les difficultés d’intégration, dans laquelle le radicalisme pouvait offrir des repères à une jeunesse désorientée. Il soulignait aussi une contestation graduelle des règles collectives, destinée à éprouver les résistances de la société.

Son diagnostic associait donc l’analyse idéologique à celle des conditions sociales. Il distinguait explicitement l’islamisme de l’islam et rappelait le rejet de l’extrémisme par la majorité des musulmans français. Ses observations, formulées en 2005, constituent un cadre historique de réflexion : elles ne prouvent pas que les mobilisations actuelles obéissent au mécanisme qu’il décrivait. cf2r.org

Dans son éditorial de mars 2020, L’inacceptable statut privilégié de l’islam radical en France, Denécé durcissait son accusation. Il prêtait aux Frères musulmans des « objectifs foncièrement hostiles à la démocratie et aux valeurs républicaines », malgré leur discours officiel de non-violence. Selon lui, leur implantation associative et éducative pouvait servir un projet politique incompatible avec les libertés qu’ils invoquaient publiquement.

Il reprochait aux autorités leur passivité et préconisait de fortes restrictions contre les organisations extrémistes, leurs moyens de diffusion et les financements étrangers. Il présentait cette action comme une protection des musulmans soumis à leurs pressions. Ces propositions relevaient de son engagement dans le débat public ; elles ne sauraient tenir lieu de démonstration concernant chaque association musulmane. www.officierunjour.net

La bataille pour représenter les élèves

Le rapport du ministère de l’Intérieur de 2025 situe Étudiants musulmans de France, EMF, dans l’environnement des Frères musulmans. EMF rejette cette analyse et nie tout lien avec la confrérie. Cette appréciation administrative contestée doit être rapportée comme telle. Elle ne suffit pas à établir une direction islamiste des protestations scolaires. www.interieur.gouv.fr

La question de la représentation mérite néanmoins d’être posée. Dans son article de 2010 consacré à la poussée islamiste dans les entreprises, Denécé décrivait trois étapes : diffusion du prosélytisme, prise d’ascendant sur les salariés musulmans, puis remise en cause des règles de fonctionnement de l’organisation. Il y voyait un risque d’emprise sectaire, distinct des seules menaces d’attentat. cf2r.academia.edu

Transposer cette grille à l’école constitue une hypothèse d’analyse, non un constat. Elle conduit à examiner des faits précis : liberté de choisir les représentants, possibilité de contester leurs mots d’ordre, absence de pression religieuse, transparence des soutiens. Aider des élèves et dénoncer une discrimination sont des activités légitimes. Conditionner cette aide à une fidélité idéologique ou désigner les dissidents comme des traîtres transforme la solidarité en instrument de pouvoir.

Le danger apparaît lorsqu’un porte-parole prétend incarner une communauté entière. Un jeune musulman doit pouvoir manifester, s’en abstenir, pratiquer sa religion ou s’en éloigner sans recevoir l’autorisation d’une organisation. La défense des libertés perd son sens si elle s’arrête aux frontières du groupe.

De la pression collective à la désignation d’une cible

La dangerosité des extrémistes se mesure aussi à leur capacité d’imposer le silence. Dans un établissement, un enseignant qui renonce à aborder un sujet par crainte de représailles subit déjà une limitation de sa liberté professionnelle. Une élève sommée de conformer sa tenue ou ses opinions à une prescription militante subit déjà une atteinte à sa liberté personnelle.

La France connaît les conséquences possibles d’une campagne de haine contre un professeur. Le 2 mars 2026, au procès en appel relatif à l’assassinat de Samuel Paty, Brahim Chnina et le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui ont été condamnés respectivement à dix et quinze ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroriste, en lien avec la campagne dirigée contre l’enseignant. www.rtl.fr

Cette affaire montre pourquoi la désignation publique d’un ennemi, les menaces et la diffusion d’informations personnelles doivent être prises au sérieux. La responsabilité pénale demeure individuelle. Aucun rapprochement automatique avec les manifestations actuelles n’est justifié. Mais attendre un passage à l’acte pour reconnaître la gravité de l’intimidation reviendrait à abandonner les personnes visées.

Denécé lui-même distinguait les niveaux de menace. Dans un entretien du 29 janvier 2021, il envisageait des violences localisées et des tentatives de contrôle de certains quartiers, tout en jugeant inappropriée l’expression de guerre civile. Les radicaux susceptibles de recourir à la violence restaient, soulignait-il, très minoritaires. Son avertissement portait sur des foyers de confrontation pouvant échapper à l’autorité publique si aucune réponse sérieuse n’était apportée. cf2r.org

Les alliances militantes et leurs contradictions

Les convergences entre militants de gauche radicale et réseaux islamistes ne supposent pas nécessairement un projet commun. Le rapport ministériel de 2025 décrit lui-même des interfaces encore ponctuelles, traversées de divergences, notamment sur les questions LGBT. www.interieur.gouv.fr

Le problème surgit lorsque la préservation d’une alliance conduit à taire ces désaccords. Peut-on défendre l’émancipation tout en refusant d’interroger un partenaire sur la liberté de quitter une religion, l’égalité entre les sexes ou le droit de critiquer une croyance ? Un antiracisme qui renoncerait à protéger les dissidents à l’intérieur d’une communauté manquerait sa propre promesse.

La solidarité avec les Palestiniens exige la même clarté. Défendre leurs droits ou critiquer le gouvernement israélien ne révèle aucune appartenance islamiste. Justifier les attaques contre des civils, rendre les juifs collectivement responsables ou imposer une fidélité politique aux élèves franchit une autre limite. L’école doit permettre de comprendre un conflit, sans devenir le lieu où l’on distribue des identités ennemies.

Les relais médiatiques et les contradictions diplomatiques

La circulation des images peut amplifier une mobilisation et en modifier la perception. Montrer des violences policières relève du travail journalistique ; les établir et les contextualiser demeure indispensable. Pour conclure à une opération d’influence coordonnée, il faut documenter davantage qu’une proximité de discours.

Al-Jazira reconnaît un financement gouvernemental qatarien partiel et revendique son indépendance éditoriale. Sa couverture et celle d’AJ+ peuvent être examinées, mais ces éléments ne démontrent pas que Doha dirige les protestations françaises. www.aljazeera.com

Denécé insistait cependant sur la dimension internationale de l’islamisme. Dans un entretien du 17 octobre 2017, il attribuait à l’exportation du wahhabisme et aux soutiens saoudiens une responsabilité majeure dans la formation d’un environnement favorable au jihadisme. Il inscrivait ces politiques dans les rivalités régionales et les alliances de la guerre froide. Cette lecture historique mettait en cause les choix des partenaires occidentaux autant que ceux des États du Golfe. www.carnetsdubusiness.com

La cohérence française reste une question actuelle. En février 2024, l’Élysée annonçait un engagement qatarien d’investir dix milliards d’euros, tout en saluant des contrats gaziers de vingt-sept ans et la coopération militaire autour des Rafale. www.elysee.fr Capitaux, énergie et défense créent des intérêts puissants. Ils rendent nécessaire une évaluation des éventuelles ingérences qui ne dépende pas de l’importance commerciale du partenaire.

Rendre l’école plus forte que les entrepreneurs de colère

La réponse doit associer protection des enseignants, traitement rapide des menaces, transparence des financements et respect de l’autonomie des élèves. Elle doit aussi réparer les bâtiments, assurer les cours et répondre aux discriminations établies. Les défaillances publiques n’excusent aucune intimidation ; elles peuvent toutefois offrir aux militants autoritaires des occasions de s’installer comme intermédiaires indispensables.

Les travaux de Denécé invitent à regarder les formes de domination qui précèdent ou accompagnent la violence : contrôle de la représentation, pression sur les comportements, mise à l’écart des contradicteurs. Les combattre exige des preuves et des réponses ciblées. Une suspicion indistincte envers les musulmans faciliterait précisément le récit de persécution dont les extrémistes cherchent à tirer parti.

La fermeté se mesure à la protection effective des libertés. Aucun professeur ne doit enseigner sous la menace. Aucun élève ne doit recevoir ses opinions d’un gardien autoproclamé de son identité. Et aucune organisation ne doit pouvoir convertir une demande légitime d’éducation en droit de tutelle sur ceux qui la portent. 

Giuseppe Gagliano

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste

 https://lediplomate.media/renseignement-colere-lyceens-reseaux-islamistes-analyses/?

 


 

D) - « Il serait trompeur de limiter ce mouvement lycéen à une simple manipulation politique »

 Révolte contre Parcoursup, peur de l’IA, urgence climatique : le blocus des lycées dépasse les revendications scolaires. Il révèle l’angoisse existentielle d’une génération face à l’avenir. 

Face au mouvement lycéen et aux revendications qu’il porte, je me suis rapidement posé une question : pourquoi maintenant ? En effet, la situation quotidienne des lycées n’a rien de neuf, que l’on parle des locaux, du manque de matériel ou de professeurs.

Mon propos ne portera ni sur la violence du mouvement, néanmoins surprenante parce qu’immédiate et brutale, ni sur la manipulation par la gauche radicale qui, bien évidemment, a su se saisir de l’instant pour infiltrer largement cette révolte, y trouvant un terreau favorable. D’abord parce que l’adolescence est l’âge de la recherche de sens, de radicalité, de révolte dont LFI sait se faire le porteur en répondant à cette demande sociale. Il serait, selon moi, trompeur de limiter le mouvement lycéen à une manipulation.

Il paraît évident qu’un élément cristallise les colères des jeunes qui bloquent les lycées, même privés, mais aussi les universités et écoles, même les mieux loties. Cet élément, c’est Parcoursup et il n’est pas étonnant que ce mouvement soit parti de lycées de banlieue, de Créteil et de Saint-Denis. Il surgit tel un couperet dont les élèves prennent conscience dès la classe de première. Jusqu’alors, beaucoup avaient avancé sans heurt dans un système scolaire qui leur laissait croire que tout demeurait accessible, simplement et presque naturellement.

Parcoursup, un violent rappel au réel

Parcoursup constitue souvent le premier véritable obstacle de leur parcours d’élève et leur signifie soudain que cette évidence n’en était pas une. Perçu comme le retour brutal de la sélection, Parcoursup devient inévitablement insupportable car il agit comme un violent rappel au réel : désormais, rien ne sera facile et l’opacité des algorithmes ne fait qu’accroître leur angoisse, avec le sentiment qu’elle renforce une exclusion et écarte le banlieusard.

 https://www.lepoint.fr/debats/iannis-roder-il-serait-trompeur-de-limiter-ce-mouvement-lyceen-a-une-simple-manipulation-politique-VOUFJSOE4FDRPEPCTNMSMTK7GE/?

 


  Comment comprendre une mobilisation, qui fédère des adolescents aux profils si différents ? 

 Le sociologue et politologue Vincent Tiberj analyse les causes profondes du mouvement.  

 l.lepoint.fr/zTy

 

 

E) - Divers liens sur le sujet 

Les lycéens sont les victimes du mensonge égalitaire de l'école ! Chantal Delsol 

Emeutes banlieusardes et étudiantes, une inversion des valeurs; surtout n'abandonnez pas vos enfants à la propagande !

Sommaire:

A) -  N’abandonnez pas vos enfants à la propagande !

B) -  Violences policières versus violences anti-policières : Gilets jaunes, émeutes banlieusardes et étudiantes, une inversion des valeurs ?

C) -  La Guerre civile qui vient, ou l’inconduite barbare du mouvement lycéen.

D) -  Les lycéens, petits dindons de la farce égalitaire 

L'État, Règne de la Magie Noire - Des sacrifices humains et autres superstitions modernes - Faré (Jean françois Rideau) 

Globalisation - Mondialisation 7/8 ( L'enseignement supérieur ) 

Et si les écoles publiques étaient abolies ? 

L'enseignement sup - Propositions - Créativité - Liberté 

Sur la page pour une démocratie libérale (4/21) (éducation)  

Ce que vos enfants n’apprendront jamais de leurs professeurs 

21 mesures pour l'enseignement des mathématiques - Rapport 

Les suggestions (1999) de réformes libérales toujours d'actualité de "Faré"  

RP#1-Janvier/2023 - Thématique: Enseignement

Dossier éducation: "Novlangue"; logique de repentance; Quizz; Jargons; Pédagogisme...

 

 

 


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