Sommaire:
A) Sur le Traité Néoréactionnaire
B) - «Faire secession chez soi»
C) - L’impôt progressif, euhh, régressif
A) Sur le Traité Néoréactionnaire
Critique libertarienne du "Traité Néoréactionnaire"... Article à découvrir sur Libéralie : https://liberalie.substack.com/p/sur-le-traite-neoreactionnaire
Il me rappeler quelques fondamentaux de la doctrine libertarienne, car ils serviront de guide à ma critique. La structure de l’ouvrage montre clairement que ces éléments ont guidé l’organisation des premières pages, pour tenter de poser la supériorité de «l’accélérationnisme».
Comme L. v. Mises fit l'effort d'établir l’axiome de l’action humaine comme base, incontestable, de la théorie économique autrichienne, H-H. Hoppe a consacré un ouvrage à faire de l’axiomatique de l’argumentation la base, tout aussi incontestable, de la théorie du Droit naturel.
L'option qu’avait l'auteur, c’était de devenir un sur-Hoppe, un libertarien plus que libertarien, un libertarien «accélérationniste». Cela aurait pu donner un ouvrage intéressant, du moins sur le papier. Mais qui aurait exigé un fort niveau de rigueur, qui est absent de ce livre.
Connaître “la signification de la vérité” n’a jamais nécessité que la Vérité existe. Beaucoup croient en dieu, mais ça n’a jamais été une preuve de son existence. Il suffit dans une argumentation de s'accorder sur l’idée qu’on se fait de la vérité. Cela suffit pour raisonner.
Pour lui, l’entropie est LA mesure de toute la dynamique du monde, l’arbitre ultime de l’action du Vivant. Il ne voit pas que l’homme possède cette différence avec l’amibe qui tient à disposer d’une volonté consciente, d’une subjectivité propre, un libre arbitre qui le conduit.
L’utilitarisme, la perception de l’Homme comme conditionné par une seule “utilité”, fût-elle l’entropie, est la porte ouverte à la dictature. Car toute société où le “progrès” se mesure à une dimension est vite dirigée par celui (ou ceux) qui aura à sa main les moyens de mesure.
La puissance, c’est une belle chose, mais Hiroshima reste dans la mémoire en rappel qu’elle peut devenir la pire des choses. On ne peut faire l’impasse sur le Bien et le Mal, si l’on veut penser un avenir civilisé, où chacun serait “libre” de trucider l’humanité à sa discrétion.
Dans toutes ces pages, une fois la pirouette pour échapper à Hoppe exposée, il n’y a plus d’attention apportée ni au Mal, ni au Droit ni à la Justice. Quelle peut être cette “civilisation” qui prétendrait dépasser les libertariens sans poser de fondation de Droit et de Justice ?
Le "Traité Néoréactionnaire" n'est pas l'avenir du libertarianisme, ni de l'Homme. C'est l'abandon de l'Homme au profit de la machine.
Ô RAGE
La personne qui manque du courage de se faire connaître au-delà du pseudonyme de «NIMH», un des fondateurs du webzine RAGE, a publié il y a quelques mois un «Traité Néoréactionnaire». Cet article entreprend de faire la critique de ce livre, et au-delà du livre, celle des thèses et de la posture pseudo intellectuelle de son auteur.
Je ne me serais pas lancé dans la lecture, encore moins dans la critique, d’un tel ouvrage si son auteur, depuis bien des mois et d’émois, ne laissait entendre à qui veut bien l’écouter que ses belles théories seraient à la fois compatibles avec les thèses libertariennes, mais surtout ô combien supérieures. Hélas il n’en est rien, mais alors rien du tout. Comme dirait La Fontaine, nous l’allons montrer tout à l’heure.
Mais avant de plonger dans les arguments de ma critique, il me faut consacrer quelques lignes à rappeler quelques fondamentaux de la doctrine libertarienne, car ils serviront de guide à ma façon de mener cette critique. Bien plus, la structure même de l’ouvrage montre clairement que ces éléments ont guidé NIMH dans l’organisation de ses premiers chapitres, pour tenter de poser la supériorité de «l’accélérationnisme».
Axiomatique & Praxéologie
De même que Ludwig von Mises consacra des efforts importants à établir l’axiome de l’action humaine comme la brique de base incontestable de toute la théorie économique dite autrichienne, Hans-Hermann Hoppe a consacré tout un ouvrage pour faire de l’axiomatique de l’argumentation le point de départ, tout aussi incontestable, de la théorie du Droit naturel qui fonde la doctrine libertarienne. Le but, pour Hoppe, était triple : rendre le Droit naturel (ou le Principe de Non-Agression) incontestable ; l’établir comme brique de base de toute société civilisée ; l’établir de même comme — seule — base de la doctrine libertarienne.
À partir des apports de Mises, Hoppe a fait un autre travail fondateur tout aussi important, cette fois dans le domaine de la méthodologie applicable à toutes les sciences sociales. Dans son «ESAM», livre court mais essentiel, il établit de façon tout aussi irréfutable qu’il n’est pas possible (valablement) de parler de démarche scientifique dans le domaine des sciences sociales sans que cette démarche suive les modes de raisonnement hérités de la praxéologie de Mises : individualisme méthodologique, action humaine, a priorisme déductif, l’intérêt personnel pour motivation. Toute autre approche ne peut relever que de la fumisterie.
Pirouette des Premiers Chapitres
Pourquoi cette digression théorique ? Parce que pour écrire son ouvrage, NIMH avait le choix entre deux stratégies en termes de méthode. Lui qui se dit volontiers «libertarien, mais en mieux», ou toute chose équivalente, ne peut donc ignorer (savoir tout autant que négliger) les deux points méthodologiques précédents. Quand on est libertarien, encore plus quand on se réfère à Hoppe — ce qu’il fait plusieurs fois — on ne peut se placer hors de ces deux points. Dès lors, la première option qu’avait NIMH, c’était de devenir un sur-Hoppe (il aime bien les «surhommes»1), un libertarien plus que libertarien, un libertarien «accélérationniste»2. Et cela était tout à fait possible et cela aurait pu sans aucun doute donner un ouvrage très intéressant, du moins sur le papier. Mais qui aurait exigé un grand niveau de rigueur, qui est absent de ce volume.
Mais NIMH préféra prendre l’autre piste. Celle du gloubi-boulga. Cette autre piste nécessitait de commencer par tuer le Père, pour pouvoir fonder sa nouvelle légende, sa nouvelle bible. C’est ainsi donc que NIMH entreprend dès les premiers chapitres — les 50 premières pages — une longue “démonstration” laborieuse de l’erreur hoppéenne : en fait non, Hoppe se trompe, son axiomatique ne tient pas la route, dit-il. Il faut bien voir que cette étape était essentielle pour lui, car elle lui aurait permis de faire sauter deux lourds verrous. D’une part, il se plaçait en meilleur théoricien que Hoppe lui-même, donc en roi des libertariens, et d’autre part la voie lui était alors libre pour délirer à sa guise pour redéfinir ce que civilisation et avenir veulent dire.
Seulement voilà, le roi est nu, la rigueur est absente et la pirouette est un peu trop grosse. Le baratin verbeux ne fait pas l’argumentaire. Nous l’allons voir tout à l’heure.
Wittgenstein vs Liechtenstein
Ainsi, dès ses premières pages — en fait dès le premier chapitre après l’Introduction, déclaré traiter d’épistémologie3 — NIMH fait référence à Hoppe et à son célèbre axiome de l’argumentation, dont il entend donc se débarrasser pour ses thèses.
Dès le haut de la page 35, on trouve cette reprise de Hoppe (je ne l’ai pas vérifiée) :
«Le second axiome est le soi disant «a priori de l'argumentation» qui stipule que «les humains sont capables d’argumenter et connaissent donc la signification de la vérité et de la validité.»
NIMH, croyant trouver là la faille dont il a besoin, rebondit sur cette formulation et s’empresse de commenter ainsi, pour souligner la faiblesse qu’il identifie :
«Puisque vous lisez ce livre, vous acceptez de vous engager dans une argumentation avec [moi]. En vous livrant à cet acte, vous acceptez de facto de considérer ces propositions, afin de leur conférer un statut de vérité ou de fausseté. Vous avez donc déjà accepté le fait que des propositions puissent être vraies ou fausses, donc que la vérité existe. Serait-ce aussi simple ?»
Plus tard dans ce chapitre, il noircit des pages entières à tenter d’exploiter ce détail. En substance, sa thèse consiste à dire :
Ainsi, l’axiome de Hoppe repose, même si implicitement, sur l’hypothèse que la vérité, la Vérité avec un grand V, existe.
Or Ludwig Wittgenstein — et d’autres sans doute — a établi que la Vérité est toujours relative, car le langage est toujours un outil imparfait pour la décrire.
Dès lors, si la Vérité n’existe pas, on ne peut en faire l’hypothèse pour un axiome.
L’axiome de Hoppe, fondateur de la doctrine libertarienne, est donc prouvé caduc.
Manque de bol, et je riz du manque de bol, Hoppe ne fait nullement cette hypothèse. Il suffit de revenir aux extraits ci-dessus pour s’en convaincre. Que quelqu’un connaisse “la signification de la vérité” n’a jamais nécessité que la Vérité existe ou pas. Pour faire un parallèle, beaucoup croient en dieu, mais cela n’a jamais été une preuve de l’existence de dieu — ni de son inexistence, d’ailleurs. Il suffit simplement que les deux personnes qui se lancent dans une argumentation aspirent à l’idée qu’elles se font de la vérité. Cela leur suffit pour y croire et pour raisonner. Tout comme NIMH croit raisonner alors qu’il n’a aucune base pour son argumentation.
C’est à ce genre de sophisme, dont le livre est farci, qu’on mesure la rigueur de NIMH.
Mais il y a mieux. Car la démonstration de l’axiome de Hoppe n’a strictement aucun besoin de cette hypothèse envers la Vérité. Pour que l’axiome soit valide, il suffit que les gens — tout le monde, quelqu’un, quiconque — préfèrent se mettre en situation de négocier et de discuter — to argue, en anglais — qu’en position de lutte et de violence.
Autrement dit, ce sophisme sur la Vérité n’est même pas une précondition nécessaire à la notion même d’argumentation telle que Hoppe la décline dans son axiomatique.
Entropie Utilitariste
Néanmoins, après ce chapitre, voilà notre NIMH qui se sent enfin pousser des ailes. Libéré de la contrainte du cadre de la praxéologie et du droit naturel, il peut librement développer ses thèses accélérationnistes. Sur quoi reposent-elles ? L’entropie, d’abord.
Pour NIMH, tous les être vivants, à commencer par l’Homme, sont des “structures dissipatives” qui, dans leur activité et développement, sont toutes poussées à réduire le désordre, à réduire l’entropie — ou accroître “l’extropie”. Je ne peux lui donner tort pour ce qui concerne une amibe, dont on peut douter qu’elle ait une volonté menant son action. Mais lui qui donne à plein dans la «Volonté de puissance» de Nietzsche devrait, je crois, faire la différence entre l’amibe et le «surhumain» nietzschéen, non ?
Or pour lui, l’entropie / l’extropie est LA mesure de toute la dynamique du monde, elle est l’arbitre ultime, suprême de l’action du Vivant. Il ne semble pas voir que l’être humain possède cette différence d’avec l’amibe qui consiste précisément à disposer d’une volonté consciente et d’une subjectivité propre, un libre arbitre qui le conduit à décider d’aller chercher sa «puissance» là où il l’entend, là où d’autres n’iraient pas.
Cette démarche intellectuelle qui réduit les critères de décision à un seul axe, à une “fonction” quantifiable unique, cela porte un nom. En économie et en sciences politiques, cela s’appelle de l’utilitarisme. De nombreux articles existent sur ce blog au sujet de l’utilitarisme, celui-ci par exemple. Tous expliquent à leur manière que cette démarche intellectuelle n’est pas intellectuelle pour deux sous, car elle ne reflète pas la réalité de l’Homme, encore moins du Surhumain sans doute. Le surhumain, celui qui a surmonté la situation de simple homme, ne peut avoir la seule entropie pour Vie.
Plus concrètement, l’utilitarisme, la perception de l’Homme comme conditionné par une seule “utilité”, fût-elle l’entropie, est la porte ouverte à la dictature. La raison en est simple : toute société où le “progrès” se mesure à une dimension est vite dirigée par celui — ou ceux — qui aura à sa main les moyens de mesure et pourra dès lors exiger des humains qu’ils œuvrent à leur “progrès” défini selon sa mesure. Chez NIMH, on est à chaque page à deux doigt d’avoir le devoir d’accroître son extropie.
Par Delà le Bien et le Mal ?
Mais dans ce livre, un peu comme chez Bastiat, il y a ce qu’on voit et il y a surtout ce qu’on ne voit pas — et ce qu’on ne voit pas est bien plus significatif que ce qu’on y voit.
On y a vu la fuite de l’épistémologie, on y a vu la poursuite de l’entropie, qui le lit verra de plus la technologie omniprésente et omnipuissante. Pour NIMH, la technologie est une puissance en soi, autonome, qui est bien plus qu’un simple outil pour le genre humain. C’est elle qui nous permet et qui nous permettra toujours plus et plus vite de nous réaliser par sa capacité exponentielle à démultiplier notre extropie.
Pour preuve que NIMH voit la technologie comme une puissance autonome, lire ceci :
«Mais l’homme ne peut pas être maître de la technique, elle agit sur lui autant qu’il agit sur elle. Elle le met à demeure et l’assigne à penser et à produire, et ce, depuis toujours. Mais elle pourrait très bien se passer de l’homme, qui n’est qu’un certain agencement des gènes, si une autre combinaison de gènes s’avère plus efficace…» — Page 100.
Mais la puissance, c’est certes une belle chose, mais Hiroshima reste dans notre mémoire comme preuve qu’elle peut aussi devenir la plus horrible des choses. On ne peut faire l’impasse sur le Bien et le Mal,4 du moins pas si l’on veut penser un avenir autre que barbare, où chacun serait “libre” de trucider l’humanité à sa discrétion.
Or dans toutes ces pages de fondamentaux, une fois la pirouette pour échapper à Hoppe exposée, il n’y a plus d’attention apportée ni au Mal, ni au Droit ni à la Justice. Quelle peut être cette “civilisation” qui prétendrait dépasser les libertariens qui ne poserait aucune fondation éthique, aucune fondation de Droit et de Justice ?
Perdu dans ses fantasmes technologiques, NIMH en oublie les fondamentaux de toute société humaine ou du moins humaniste — mais se veut-il humaniste ? Il oublie complètement de nous parler de justice, de fonctions régaliennes, de contrats, de vie.
Je laisse le lecteur décider s’il voit là un avenir «néoréactionnaire» pour l’Homme.
Stéphane Geyres
Il aime beaucoup Nietzsche, connu pour son Übermensch, qui se traduit par “surhumain”.
C’est le nom que se donne le mouvement “e/acc”, qui imagine qu’ils peuvent aller plus vite et mieux que l’innovation qui viendrait du pur marché libre. Des novateurs plus novateurs que l’humanité… Une autre des multiples formes de tyrans à l’ego surdimensionné…
On est en droit de se demander s’il connaît bien le sens de ce mot, car il n’y a pas une seule page qui expose effectivement une véritable épistémologie — philosophie des sciences.
Nietzsche est bien connu pour nous avoir poussés à penser «au-delà du Bien et du Mal», mais son modèle de civilisation était la Grèce antique. La technologie y était bien sommaire. Dans un monde moderne, technologique et accéléré, il est bien peu raisonnable d’espérer la civilisation pouvoir se faire sans la moindre attention pour le Bien, le Mal et donc le Droit.
https://liberalie.substack.com/p/sur-le-traite-neoreactionnaire
B) - «Faire sécession chez soi»
Cet article s’inscrit dans la série «Faire secession chez soi» dont les épisodes précédents peuvent être découverts ici : https://liberalie.substack.com/p/faire-secession-chez-soi-contrats
La monarchie serait un roi jouant à l’hôtelier, mais sans contrat ni engagement de services, profitant de son monopole pour extorquer ses résidents; la démocratie serait une monarchie extorquant tout autant, ou plus, dont le monarque serait remplacé par une oligarchie fluctuante.
Création de “Libres Demain” C’est ainsi que je dénomme l’entité qui regroupe des habitants de la Résidence s’étant lancés dans le projet de quitter le joug français. Dans l’article, j’évoque rapidement la création d’une association - ou autre - au nom évocateur : “Libres Demain”.
Il y a trois grandes parties : a) la création de l’entité “Libres Demain” ; b) le mandat et les modalités qu’octroie “Libres Demain” à la négociation avec “la France” ; c) les bases contractuelles qui lieront les habitants de “Libres Demain” au quotidien pendant toute sa durée.
La première condition, sine qua non, à toute démarche de sécession d’une Résidence - ou d’un lotissement, ou toute autre forme de copropriété foncière - c’est que l’intégralité du sol, du territoire qui vise la sécession ait son ou ses propriétaires légitimes au sein de l’entité.
Si certains habitants sont des locataires, ils ne peuvent pas disposer des mêmes droits que les propriétaires au sein de “Libres Demain”. Ainsi, ils peuvent clairement faire partie du projet, mais ils ne peuvent pas - ils ne sont pas légitimes à - décider de ses orientations.
Si le but premier est d’être la base de la future contractualisation de la Résidence libérée, le but à court terme est d’apporter un cadre au processus de négociation à mener entre la Résidence et “la France”. Cette partie du contrat liant les Résidents doit aborder quatre axes.
Les propositions faites par “la France” doivent être discutées, approuvées ou rejetées, ou des contre-propositions faites, selon un mode de prise de décision déjà précisé et convenu entre les Résidents, avec l’option de quitter sur désaccord. La Liberté est dans le droit de veto.
Nous voilà prêts pour aller affronter la négociation avec «la France». Du moins, du point de vue de notre propre légitimité et entente. Pour vraiment pouvoir négocier, il faut que les projets de Sécession chez Soi se multiplient. À vous de reprendre l’idée à votre niveau.
La Question Contractuelle
Dans l’article précédent, nous avons posé les bases des termes et du processus de négociation qui devraient servir de trame, de référence, à la revendication de sécession de notre résidence — ou de la vôtre si vous décidez, comme je vous y encourage dès à présent, à lancer votre propre projet de sécession chez vous.
Dans cette seconde partie de la question “constitutionnelle”, contractuelle pour être plus exact, il s’agit de se tourner vers l’intérieur de notre future Libéralie, se préparant à être enfin libérée de l’emprise de l’état français.
Une Libéralie peut prendre plusieurs formes en termes d’entité juridique. Les deux structures possibles sont 1) celle de “l’hôtel” résidence : une entreprise privée seule propriétaire du territoire propose des services d’hébergement à ses résidents ; et 2) celle de la copropriété : le territoire est la juxtaposition de terrains privés dont les propriétaires se sont associés selon des modalités et une gouvernance donnée.
Pour distinguer ces deux structures de ce que nous connaissons aujourd’hui : la monarchie serait un roi - et sa cour - jouant à l’hôtelier, mais agissant sans contrat ni engagement de services, qui profite de sa situation de monopole pour extorquer ses résidents ; la démocratie serait une monarchie - qui extorque tout autant, ou plus - dont le monarque serait remplacé par une oligarchie fluctuant au gré des élections et des privilèges. Que je sache, aucun régime actuel n’est analogue à une copropriété de particuliers - sauf à faire l’analogie avec une association de royaumes, principautés, duchés et autres monarchies.
Pour notre Résidence, j’avais déjà envisagé “la piste hôtelière”, où notre communauté aurait négocié son rachat par une entreprise, se lançant alors dans le scénario 1. Ici, donc, il s’agit de s’intéresser au second scénario, probablement plus proche de notre réalité. Une résidence, un lotissement, c’est en effet une juxtaposition de propriétés privées. Dès lors, ce qu’il nous faut régler - pour ma Résidence comme pour toutes celles qui se lanceront dans une démarche similaire - c’est la base contractuelle qui liera les différents propriétaires entre eux pour alors constituer une entité supérieure, celle qui revendique sa sécession pour ainsi exercer son droit légitime à l’autodétermination.
C’est ce que cet article se propose d’étudier. Comme pour l’article traitant de la négociation avec “la France”, il faut considérer trois grandes parties : a) la création de l’entité - je parlerai désormais de “Libres Demain” ; b) le mandat et les modalités qu’octroie “Libres Demain” à la négociation avec “la France” ; c) les bases contractuelles qui lieront les habitants de “Libres Demain” au jour le jour pendant toute sa durée.
La toute dernière partie – bases contractuelles – a déjà fait l’objet d’un premier article. Je prévois de consacrer un prochain article à développer concrètement ce sujet.
Création de “Libres Demain”
Légitimité du Sol
La première condition, sine qua non, à toute démarche de sécession d’une Résidence - ou d’un lotissement, ou toute autre forme de copropriété foncière - c’est que l’intégralité du sol, du territoire qui vise la sécession ait son ou ses propriétaires légitimes au sein de l’entité “Libres Demain”.
Le but est que, du point de vue de “la France” tout comme du point de vue du Territoire vu comme personne morale, l’ensemble des Résidents, les membres de “Libres Demain”, dispose de titres de propriété légitimes pour, au total, l’ensemble du sol du Territoire.
En cas de manque de titres, il faudra soit convaincre leurs propriétaires de se joindre au projet, soit réduire le Territoire de toutes les parcelles manquantes.
Il sera important, durant le processus, de convenir des modalités de transfert, total ou partiel, de ces titres à “Libres Demain”, afin que “Libres Demain” puisse négocier avec “la France” et que les modalités de gouvernance future soient déterminées. Ce point est abordé plus bas.
Le Cas des Locataires
Il est possible qu’au moment où “Libres Demain” se forme, certains habitants soient des locataires. En tant que tels, ils ne peuvent pas disposer des mêmes droits que les propriétaires au sein de “Libres Demain”. Par exemple, ils peuvent clairement faire partie du projet, mais ils ne peuvent pas - ils ne sont pas légitimes à - décider de ses orientations.
Deux cas sont à considérer quant aux locataires :
Ils habitent chez un propriétaire qui lui-même fait partie du projet. Ce propriétaire entend que le sol qui est le sien fasse partie du Territoire sécessionniste. Dans ce cas, le locataire a deux options. Décider de rester et de faire partie du projet : il devra alors contracter avec son propriétaire pour qu’il le représente, éventuellement, et avec “Libres Demain” pour faire valoir sa voix. Ou ne pas faire partie du projet : il devra alors quitter le Territoire, à une date à convenir.
Leur propriétaire est externe et n’est pas partie prenante du projet. Les trois options sont : un, de convaincre ledit propriétaire de se joindre au projet ; deux, de lui racheter le logement pour devenir soi-même propriétaire ; sinon, trois, il faudra exclure cette propriété du Territoire.
Mandat et Gouvernance
Si le but premier de “Libres Demain” est de servir de base à la future contractualisation de la Résidence une fois libérée, son but à plus court terme est d’apporter un cadre au processus de négociation qui sera mené entre la Résidence et “la France”. Cette partie essentielle du contrat liant les Résidents devra aborder a minima les quatre sujets suivants :
Les pratiques depuis toujours sont ainsi faites que tout collectif, pour pouvoir négocier avec autrui, doit choisir le petit nombre d’entre eux qui sauront le mieux porter ses intérêts. Peu importe quel mécanisme est retenu pour choisir ces négociateurs, pourvu que le principe du libre consentement soit toujours respecté : dans le pire des cas, les Résidents qui refusent d’accorder leur mandat aux Négociateurs proposés ont encore l’option de quitter le projet - ou de proposer un autre projet, d’autres négociateurs ou un mandat et des modalités différents.
Ce ou ces Négociateurs disposeront d’un mandat, une “lettre de mission”, à valoir à la fois auprès des Résidents - quels sont les objectifs, les pouvoirs et les marges de négociation conférés - comme auprès de “la France” et ses propres - sales ? - représentants. Ce mandat aura une durée de validité précise et limitée, et conditionnée au succès de la négociation.
Durant la négociation, les propositions faites par “la France” devront être discutées, approuvées ou rejetées, ou des contre-propositions faites, selon un mode de débat et de prise de décision qui aura été précisé et convenu préalablement entre les Résidents, toujours avec l’option de quitter le projet en cas de désaccord profond. On rappelle que la Liberté est dans le droit de veto.
Selon les circonstances, ou en fin de validité, le mandat et les Négociateurs pourront être régulièrement renouvelés, confirmés ou remis en cause en tant que négociateurs - sans que cela affecte leur légitimité en tant que Résidents. Les modalités du nouveau choix de Négociateurs suivent les mêmes exigences que celles évoquées au premier point.
Arrivés à ce stade, nous sommes prêts pour aller affronter la négociation avec «la France». Du moins, du point de vue de notre propre légitimité et entente. Pour vraiment pouvoir négocier, il faut que les projets de Sécession chez Soi se multiplient. À vous de reprendre l’idée à votre niveau.
Dans un prochain épisode, on verra comment les contrats permettent d’organiser la Résidence devenue une Libéralie…
À suivre…
Stéphane Geyres
https://liberalie.substack.com/p/faire-secession-chez-soi-contrats
C) - L’impôt progressif, euhh, régressif
Trop, c’est combien, et pourquoi ? On s’en fiche, on n’aime pas les riches dans ce pays.
Qui est heureux de payer ses impôts ? Vous ? Vraiment ? Mais alors, je suppose que vous ne manquez jamais de donner plus au fisc que ce qu’il vous impose… Non ? L’humour ne laisse donc aucun doute : l’impôt est une sanction pour les honnêtes gens. libéral
Heureux de payer impôt
Commençons par une boutade : qui est heureux de payer ses impôts ? Vous ? Vraiment ? Mais alors, je suppose que vous ne manquez jamais de donner plus au fisc que ce qu’il vous impose… Non ? Bizarre, comme c’est bizarre…
Heureux de ses impôts ? Ou liberté de panser ?
L’humour d’une telle idée ne laisse planer aucun doute : l’impôt est une douleur, on peut même aller jusqu’à l’assimiler à une sanction, une sanction envers ceux qui gagnent leur argent honnêtement. Car pour les malhonnêtes, c’est la police d’habitude qui s’en charge, non ?
Si l’impôt existe depuis fort longtemps, l’impôt progressif est par contre assez récent puisqu’en France nous fêtions en 2014 son centenaire : selon Wikipédia, il «a été instauré par Joseph Caillaux en 1914 pour pallier le besoin de financement de la Première Guerre mondiale».1 De plus, ses mécanismes détaillés fluctuent constamment, puisque les tranches, leurs taux et les revenus de l’assiette évoluent au gré arbitraire et aléatoire des lois de finance et de l’appétit des gouvernements.
Savez-vous ainsi que nous payons 9 fois plus d’impôt qu’en 1914 ? 47% face à 5%.
S’il est pratiqué désormais dans la plupart des pays, il a vu le jour en 1913 avec l’IRS aux Etats-Unis, la même année que la création de la Réserve Fédérale (FED). Le début de la crise remonte à cette date. À ma connaissance, la tranche au taux le plus fort, 90%, fut également américaine, du temps de Franklin D. Roosevelt – un social-démocrate. De quoi donner des ailes à nos amis de Bercy qui imaginent qu’ils peuvent disposer de 75% des revenus de certains contribuables, avec les résultats qu’on connaît depuis sur la population russe…
On pourrait en débattre, mais s’il y a besoin de financement, une autre option aurait pu consister à taxer tout le monde de la même somme, ou de frapper tous les revenus du même taux. Cela aurait été équitable, ou du moins égalitaire. Le choix qui fut fait, qui est encore fait, de taxer de plus en plus les tranches de hauts revenus n’est pas une justice, une «justice sociale» comme on dit, mais bien une sanction, totalement injuste et arbitraire. Le riche n’est pas forcément un voleur : Mélenchon est-il un voleur ?
L’impôt progressif sanctionne le riche, ou plus ou moins riche. Tu gagnes beaucoup, c’est mal, donc on te prend ce que tu as en trop. Trop, c’est combien, et pourquoi ? On s’en fiche, on n’aime pas les riches dans ce pays.
Pigeons volent ?
Mais au fait, y’a-t-il des riches dans la salle ? Moi, sûrement, je gagne plus de dix mille euros par mois (ou bien est-ce par moi ?) alors imaginez combien je suis riche. Bien plus qu’un politicien en tout cas, vous serez tous d’accord…
Pigeon, tu piges ?
Mais suis-je un voleur ? Car pour la gauche bien rouge, tous les riches sont des voleurs. Mélenchon nous l’a rappelé, «le problème, c’est les riches». Et les pauvres, ils sont la solution ?
Non, je vous rassure, je gagne honnêtement ma vie, du moins je crois. Je la gagne en rendant service à ceux qui me payent, comme la plupart d’entre nous. On gagne beaucoup quand on rend un service très apprécié. On peut ne pas aimer Bill Gates, mais sa fortune est le reflet de son rôle dans la révolution informatique et des sommes qu’il a fait gagner à ses très nombreux clients.
Un riche est riche parce qu’il rend de grands services, un riche qui ne vole pas est un bienfaiteur – si, si – qui a aidé les autres à s’enrichir en proportion. On ne s’enrichit jamais seul, quand on ne vole pas les autres. Cela vous choque ? Il y a des riches voleurs ? Oui, c’est vrai. En fait, on se rend vite compte qu’il y a deux types de riches : les (vrais) entrepreneurs et les profiteurs.
Un profiteur, c’est quelqu’un qui s’enrichit en exploitant un monopole ou un privilège, quelqu’un dont personne n’achèterait les services sans y être obligé, du moins pas au même prix. Vous en connaissez plein, il y en a partout autour de nous ; bureaucrates, subventionnés, etc. Ce riche-là fait du mal aux autres, il fait du mal à tout le monde.
Vaseline fiscale
Donc l’impôt progressif qui sanctionne le riche, et donc même le riche honnête, n’est peut-être pas une si bonne idée qu’on nous le dit. Mais c’est facile à vérifier : Qui n’a pas tenté de réduire son impôt, grâce à des niches fiscales par exemple ? Je vous rassure, je suis le premier à jouer à la niche. D’ailleurs, un avocat fiscaliste n’a rien d’illégal — bizarre, non ? La fiscalité est un jeu de piste où celui qui ne joue pas perd.
Il est d’ailleurs amusant de constater que si l’impôt progressif était si juste et moral, l’état ne passerait pas son temps à inventer des niches fiscales qui ruinent le peu de logique que porte la progressivité. Ne nous y trompons pas, les niches n’existent que pour éviter la révolte fiscale, pour donner d’un côté ce qu’on vous a pris de l’autre.
À ce stade de mon propos, je me doute que les fans de l’impôt fulminent et sont prêts à me jeter à la figure l’argument social ultime : Et que faites-vous de la solidarité, de la justice sociale ? C’est tellement facile de penser que parce qu’on critique l’impôt on serait forcément un salaud égoïste, sans plus de réflexion.
Solidarité solitaire
Mais que les non-solidaires lèvent le doigt, voyons ! Oui, je me pense solidaire, d’ailleurs, je doute qu’il y ait grand monde parmi ces râleurs qui donne autant d’argent et de temps que moi pour le bien d’autrui. Enfin, pour ma définition du bien d’autrui – et c’est bien cela qui fait question.
Et je conteste que la solidarité puisse m’être… imposée – ah, quel joli mot décidément. Pourquoi la solidarité devrait-elle m’être forcée ? Il y aurait la solidarité, mais pas ma solidarité ? Moi, je veux bien payer, mais si je sais à peu près ce qui est fait de mon argent.
Payer des impôts pour construire des obélisques comme à l’entrée du Conseil général de Haute-Garonne, très peu pour moi. Et payer pour financer la protection sociale de gens qui ne font rien pour la société en retour, non merci. Cela n’est pas de la solidarité, mais de l’idéologie aveugle. Du vol de grand chemin.
Laffer et la main sont dans le sac
Coup de rabot : les copeaux sont chocolats ?
Il a fait fuir les Gérard Depardieu et tant d’autres pseudos «riches» qui sont autant de créateurs de richesse qui ne créeront plus chez nous. Le pays se vide, il est tiré vers le bas. Partout, cela est un fait économique indiscutable, l’impôt progressif tend à appauvrir les gens.
Rapidement, cet effet est connu sous le nom connu de «courbe de Laffer». L’idée, c’est que plus d’impôt, cela finit toujours par rapporter moins, car plus de monde le fuit, moins de gens payent. Et donc on récolte moins de recettes, on cherche à compenser, on augmente les taux, on accroît l’assiette, mais on finit par en lever toujours moins.
Nous sommes à cet instant en France, on est passé du côté de la courbe de Laffer où les recettes ne montent plus, mais descendent. Ni François ni Manu ne trouvent plus de sous, même la gauche ne paie plus – regardez ce cher Thévenoud, qui n’est certainement pas le seul à ne pas payer son loyer – ironie du politicien, de l’exemple qui viendrait du haut.
Dessine moi ton impôt
Ton fric, tu l’aimes 100 patates ?
Alors, que faire ? On supprime l’impôt ? Qui est pour ? Il y aurait des gens qui seraient contre ? Ah oui, ceux qui aiment que les autres paient pour eux… Mais attention : ils sont solidaires», eux. Et puis, c’est difficile, il y a plein de fonctionnaires à payer, les pauvres, ils risqueraient de se retrouver au chômage… Non, non, on ne peut pas supprimer l’impôt comme ça, vous comprenez.
Dans l’absolu, oui, je pense que l’impôt progressif est à la fois injuste, immoral et inefficace économiquement, j’ai essayé d’expliquer pourquoi. Et contrairement à ce qu’on entend souvent, il existe au moins trois autres formes d’impôts qui sont, disons, un poil «moins injustes» : la TVA, la «flat-tax», et les taxes à l’acte.
La gauche crie souvent contre la TVA qui serait injuste, parce que frappant le pauvre et le riche de la même manière. Mais n’est-ce pas au contraire une forme de justice ? Au moins, la TVA ne fait aucune différence arbitraire entre Paul ou Jacques, entre un pauvre gavé d’allocations et un riche qui les payent.
La flat-tax, c’est la même idée. C’est un impôt sur le revenu qui n’aurait qu’une seule tranche et un seul taux, le même taux donc pour tout le monde, et sans niche fiscale. Je ne suis absolument pas pour payer des impôts, mais au moins on ne peut pas qualifier un tel impôt d’inégalitaire.
Les taxes à l’acte sont l’autre forme d’impôt qui a l’avantage de ne pas faire de différence entre les citoyens. Il y en a partout – hélas. Frais de notaire, timbre fiscal pour un passeport, péage d’autoroute, timbres postaux, etc.
La parodie fiscale
Une réflexion sur l’impôt serait incomplète sans une note sur les fameux paradis fiscaux. Si l’impôt est si juste, si nécessaire, comment font donc ces pays – Suisse, Andorre, Hong Kong, Liechtenstein et d’autres – pour non seulement survivre, mais manifestement pour prospérer ?
Il y a en France un tabou du paradis fiscal, on semble préférer être une espèce d’enfer fiscal. Pourtant, essayez d’imaginer notre pays en paradis fiscal, deux minutes…
Pourtant, essayez d’imaginer une France où le monde entier viendrait s’installer chez nous… La valeur de nos maisons exploserait, de même que celle des terres agricoles… Le niveau de vie suivrait la même tendance…
Non, non, décidément, c’est inconcevable chez nous, il vaut bien mieux que ce pays reste un enfer fiscal… Il vaut mieux être dans l’égalité de la même pauvreté pour tous.
Stéphane Geyres
Inspiré d’une présentation faite le 24 octobre 2014 à Larrazet à l’invitation du Cercle 1742.
Curieusement, l’équivalent aux USA, avec la création de l’IRS, date de 1913, comme la création de la FED…
https://liberalie.substack.com/p/limpot-progressif-euhh-regressif
