A) - Marthe Gautier, médecin pédiatre et chercheuse française a découvert la trisomie 21
B) - Jocelyn Bell, doctorante, découvre les pulsars
C) - Nettie Stevens. Biologiste américaine détermine le sexe de l'enfant
D) - Rosalind Franklin découvre la structure d'un ADN
A) - Marthe Gautier, médecin pédiatre et chercheuse française a découvert la trisomie 21
Elle a découvert la trisomie 21. On a effacé son nom.
En 1958, Marthe Gautier, médecin pédiatre et chercheuse française de 33 ans, identifie le chromosome r surnuméraire responsable du syndrome de Down Marthe Gautie— ce que l'on appelle aujourd'hui la trisomie 21. Formée aux techniques de culture cellulaire aux États-Unis, c'est elle qui prépare les lames chromosomiques à l'hôpital Trousseau, dans un laboratoire sous-équipé, et qui observe la première cette anomalie génétique fondamentale.
Ne disposant pas d'un microscope photographique de qualité suffisante, elle confie ses lames à Jérôme Lejeune, médecin stagiaire dans l'équipe du professeur Turpin, afin qu'il les photographie dans un laboratoire mieux équipé. En 1959, la découverte est publiée dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences — avec Lejeune en premier auteur, et le nom de Gautier mal orthographié en "Gauthier". Lejeune avait déjà présenté seul cette découverte lors d'un séminaire au Canada, sans en avoir averti Marthe Gautier.
Pendant des décennies, c'est le nom de Jérôme Lejeune qui sera associé à cette découverte majeure, qui concerne aujourd'hui 50 000 personnes en France. Marthe Gautier elle-même écrira : "Je suis blessée et soupçonne des manipulations. J'ai le sentiment d'être la découvreuse oubliée." Ce n'est qu'en 2014, soit 56 ans après les faits, que l'INSERM lui accorde une reconnaissance officielle partielle.
Son histoire n'est pas un accident isolé. Elle a un nom : l'Effet Matilda — ce mécanisme documenté par lequel les contributions scientifiques des femmes sont systématiquement attribuées à leurs collègues masculins. En 2026, combien de Marthe Gautier restent encore dans l'ombre ?
Si vous aviez été à la place de Marthe Gautier, auriez-vous gardé le silence pendant 50 ans — ou tout risqué pour réclamer votre découverte ?
B) - Jocelyn Bell, doctorante, découvre les pulsars
Elle a planté 1 000 poteaux, déroulé 14 km de câble, et changé notre vision de l'univers. Il a pris le Nobel.
En août 1967, Jocelyn Bell, doctorante de 24 ans à l'Université de Cambridge, passe ses journées à analyser des kilomètres de rubans de papier imprimés par un radiotélescope qu'elle a elle-même contribué à construire. Le 6 août, elle repère une infime anomalie — 5 millimètres sur 500 mètres de données — un signal répétitif toutes les 1,337 secondes, provenant d'une région fixe du ciel. Son directeur de thèse, Antony Hewish, balaie d'abord l'observation d'un revers de main.
Bell s'obstine. Elle vérifie, reproduit les mesures, identifie trois autres sources identiques dans des zones différentes du ciel. La découverte est irréfutable : il s'agit d'étoiles à neutrons en rotation, que le monde appellera bientôt les pulsars — des objets qui permettront de tester la relativité générale d'Einstein et de mesurer le temps cosmique avec une précision inégalée.
En 1974, le prix Nobel de physique est attribué pour cette découverte. Antony Hewish monte seul sur scène. Jocelyn Bell n'est ni citée, ni invitée à la cérémonie. Son directeur justifiera l'omission en déclarant qu'elle n'avait fait que "suivre ses instructions". Des astronomes de renom, dont Fred Hoyle, dénoncent publiquement le scandale.
Il faudra attendre 2018 — soit 51 ans après sa découverte — pour qu'elle reçoive enfin une récompense officielle : le Special Breakthrough Prize in Fundamental Physics, doté de 2,3 millions de livres sterling. Un prix qu'elle a intégralement reversé à des bourses pour jeunes chercheurs issus de minorités. La classe, jusqu'au bout.
Jocelyn Bell a déclaré ne jamais avoir été "amère" pour le Nobel — elle dit avoir fait la paix avec ça. Vous, vous auriez réussi à pardonner ?
C) - Nettie Stevens. Biologiste américaine détermine le sexe de l'enfant
Elle a découvert ce qui détermine si tu es un homme ou une femme. Et pourtant, tu ne connaîtras probablement jamais son prénom.
Son
nom : Nettie Stevens. Biologiste américaine, née en 1861 dans le
Vermont, elle consacra sa vie à la génétique à une époque où les femmes
étaient à peine tolérées dans les laboratoires universitaires.
En
1905, après des années de recherches sur des coléoptères au Bryn Mawr
College, elle publie une découverte fondamentale : c'est la présence ou
l'absence du chromosome Y dans les spermatozoïdes du père qui détermine
le sexe de l'enfant. Une révolution scientifique. L'une des plus grandes
du XXe siècle.
Mais la
communauté scientifique refuse d'abord de la créditer. Thomas Hunt
Morgan, futur Prix Nobel, rejette initialement ses conclusions. La
découverte n'est pleinement reconnue que lorsqu'un chercheur masculin,
Edmund Wilson, parvient à des résultats similaires — et c'est son nom
qui, pendant des décennies, sera cité en premier dans les manuels.
Nettie
Stevens meurt d'un cancer du sein en 1912, à 50 ans, sans avoir reçu la
reconnaissance qu'elle méritait. Pendant plus d'un siècle, ses travaux
ont été systématiquement attribués à ses collègues masculins. Ce
mécanisme porte même un nom : l'effet Matilda — le phénomène par lequel
les contributions scientifiques des femmes sont effacées au profit des
hommes.
Aujourd'hui, chaque être
humain sur Terre porte en lui la preuve de sa découverte. Mais combien
d'entre nous connaissent son nom ?
D) - Rosalind Franklin découvre la structure d'un ADN
En
1952, Rosalind Franklin prend une photo. La Photo 51. Elle montre pour
la première fois la structure en double hélice de l’ADN — l’une des
découvertes les plus importantes de l’histoire de l’humanité.
Watson
et Crick, ses collègues masculins, accèdent à cette photo sans sa
permission. Ils s’en inspirent directement pour publier leur article en
1953, sans jamais citer son nom.
En 1962, Watson, Crick et Wilkins reçoivent le Prix Nobel de médecine pour cette découverte.
Rosalind
Franklin est morte en 1958, à 37 ans, d’un cancer probablement causé
par son exposition aux rayons X dans son laboratoire. Le Prix Nobel ne
se décerne pas à titre posthume.
Son
nom n’est quasiment pas mentionné dans les discours de remise du prix.
Il faudra des décennies pour que la communauté scientifique reconnaisse
officiellement sa contribution.
Aujourd’hui encore, beaucoup connaissent Watson et Crick. Combien connaissent Rosalind Franklin ?
D) - Fascisme et les "Nationalopithèques" illibéral & anticapitaliste
E) - Islamisme et "Islamopithèques" (LFIistes)
A) - Droite et les "Inertiopihèques"
La droite s'est toujours définie par opposition à la gauche ou inversement. Originellement, la droite rassemblait autour de l'opposition au « progrès », plutôt qu'autour d'un projet véritablement assumé. Les gens de droite sont à ce titre souvent des conservateurs,
prônant la défense d'un modèle existant ou passé. Le positionnement du
libéralisme face à la droite ou à la gauche est plus complexe qu'une
opposition ou une adhésion, comme l'illustre le diagramme de Nolan ou la célèbre citation de José Ortega y GassetviaRaymond Aron : « Qu'on soit de droite ou qu'on soit de gauche, on est toujours hémiplégique. »
Le libéralisme est-il de droite ?
En toute rigueur, le libéralisme ne peut être classé ni à droite ni à gauche.
En déduire qu'il est centriste serait aussi une erreur, sauf à dire
qu'il est éloigné tant des tendances redistributives de la gauche (et
aussi de la droite) que des tendances autoritaires de la droite (et
aussi de la gauche), ces deux types de tendances reposant sur l'étatisme et l'interventionnisme, réprouvés par les libéraux :
« Les conservateurs veulent tous être votre papa, qui vous dit ce qu'il faut faire et ne pas faire. Les sociaux-démocrates veulent tous être votre maman, qui vous nourrit, borde vos draps et vous mouche. » (David Boaz, Libertarianism: A Primer)
Ou encore :
« Les libéraux sont « ailleurs » et il est erroné de les situer à
droite ou à gauche. Ils sont favorables à la liberté individuelle dans
tous les domaines, précisément parce que la vie des hommes ne peut pas
se découper en tranches, avec une partie économique, une partie sociale
ou une partie familiale. » (Pascal Salin)
Si on tient à tout prix à coller des étiquettes politiques sur les libéraux, on aura :
plutôt centristes (dans le bon sens du terme), les libéraux classiques, qui historiquement s'opposent tant aux conservateurs de droite qu'aux socialistes ;
La confusion est à son comble quand on voit des étatistes forcenés se
proclamant libéraux (c'est parfois le cas de l'extrême droite nationaliste), ou sont considérés à tort comme des libéraux (alors que ce sont des conservateurs ou des néoconservateurs), et des anti-libéraux dont l'antilibéralisme
repose sur une idée fausse du libéralisme, alors qu'ils seraient en
fait très proches des libéraux s'ils pouvaient écarter leurs idées
reçues ! Le libéralisme sert souvent de repoussoir, tant chez les gens
de droite qui refusent le laissez-faire, la liberté d'expression ou la liberté des mœurs, que chez les gens de gauche, qui refusent le marché, l'entreprise et la liberté économique : droite et gauche se retrouvent souvent pour flétrir ce qu'ils appellent « l'ultra-libéralisme », alors qu'il s'agit en fait du libéralisme le plus classique qui combat l'étatisme et l'interventionnisme.
En réalité, l'épouvantail du libéralisme (ou de l'« ultralibéralisme ») est une aubaine pour tous les politiciens, de droite comme de gauche, car le véritable ennemi de la politique est bien le libéralisme, qui, en minimisant le rôle de l'État, tend à arracher leur pouvoir aux politiciens pour le redonner à la société civile.
Historique
En France, historiquement, à partir de 1789, les libéraux constituent un mouvement de gauche jusqu’à la fin du XIXe siècle. Benjamin Constant est le chef de la gauche libérale. Alexis de Tocqueville siège au centre gauche et il en sera de même plus tard de Léon Say, le petit-fils « libéral-conservateur » de Jean-Baptiste Say, ou encore d’Yves Guyot[1] et de Jules Simon.
Selon les pays et les circonstances, les libéraux se retrouvent à « gauche » (lorsque le libéralisme économique est majoritaire et que le conservatisme s'exerce sur les mœurs : cas des États-Unis, ou de la France du XIXe
siècle), à « droite » (inversement quand l'interventionnisme économique
et les services publics sont majoritaires, mais les mœurs relativement
libres : cas de la France) ou « nulle part » (cas du Royaume-Uni où le parti libéral de Lloyd George n'a pas survécu à la Deuxième Guerre mondiale).
« S'il fallait désigner une catégorie de Français qui détestent
le libéralisme plus encore que les autres, alors ce seraient les
politiques. Presque tous consacrent une partie de leur activité à
dénoncer ses prétendus méfaits. Aucun grand ténor ne le tient en estime
[...] et depuis la Libération - en fait depuis les années 1920 -
personne, à droite ni à gauche, ne s'est jamais tenu à une politique
libérale.
À gauche comme à droite cette allergie au libéralisme est d'autant
plus curieuse que les deux camps pourraient y retrouver des racines et y
nourrir un projet : la gauche, revendiquant l'héritage des grands
mouvements de lutte contre la tyrannie, devrait aimer le mot même de
« libéralisme », la promesse de progrès qu'il porte en lui, son culte de
la différence. La droite, plus soucieuse, elle, d'ordre et
d'épanouissement personnel, devrait chérir cette doctrine fondée sur un
droit à la réussite garantissant la stabilité sociale. L'une et l'autre
devraient y trouver, surtout, comme le montrent les expériences
étrangères, les moyens et les instruments pour enfin lutter efficacement
contre le chômage qu'elles dénoncent justement comme le fléau de notre
temps, le cancer de notre pays.
Pourquoi cet aveuglement collectif de la gent politique, qui
entretient celui du pays ? Parce que les hommes politiques français sont
comme leurs compatriotes : ils tiennent à leur emploi ! »
« Qu'on soit de droite ou qu'on soit de gauche, on est toujours hémiplégique. » (Raymond Aron)
« Les libéraux ne sont pas à droite, ils sont « ailleurs » et on
ne peut pas leur appliquer des étiquettes - droite ou gauche - dont
seuls les constructivistes peuvent être affublés. » (Pascal Salin)
« Le libéralisme est à l’opposé de la droite conservatrice ou
réactionnaire. Je m’en sens très éloigné. Je suis beaucoup plus proche
de ceux qui défendent les droits de l’homme, fussent-ils anarchisants.
Il n’est pas question de défendre les privilèges ni les rentes de
situation. Dans ses Soirées de la rue Saint-Lazare (ouvrage publié en
1849), Gustave de Molinari
met en présence un socialiste, un conservateur et un économiste (mot
alors synonyme de « libéral »). Les deux premiers sont généralement
d’accord parce qu’ils veulent construire la société à leur guise, tandis
que le troisième est presque toujours en désaccord avec eux. Ce n’est
pas pour rien que l’auteur a été qualifié d’anarcho-capitaliste : le
libéral est un anarchiste qui défend la propriété ! » (Pascal Salin)
« Que la droite française ne soit pas libérale n‘a pas besoin
d‘être démontré. Qu‘il suffise de comparer sa pratique depuis 50 ans aux
propositions constitutives du libéralisme. Il est plus intéressant
alors, pour finir, de se demander pourquoi la droite refuse l‘idée même
de se dire libérale. La raison de ce paradoxe profond réside dans le
fait qu‘un système reposant sur la poursuite de l‘intérêt personnel, qui
explique que c‘est parce que chacun pratique le self-love que
tous s‘enrichissent, est difficile à comprendre pour beaucoup et heurte
la morale commune de presque tous. En outre, l‘idée d‘ordre spontané est
pour beaucoup une énigme. Mais surtout, cet ordre ramène les hommes de
l‘État à leur juste mesure, c‘est-à-dire peu de chose. » (Serge Schweitzer, Libres ! 100 idées, 100 auteurs)
Orléanisme
L'orléanisme est un des courants de la droite française, distinguée par René Rémond. Il prend forme sous le règne de Louis-Philippe qui, duc d'Orléans jusqu'en 1830,
donne à cette sensibilité le nom de sa famille. Il ne résume cependant
ni à l'apport d'une tradition familiale ni même à un régime, sinon il
n'aurait pas survécu à la révolution de 1848.
Il se caractérise par le juste milieu, la recherche de la voie moyenne entre le retour à l'Ancien Régime prôné par les légitimistes et les excès de la Révolution magnifiée par les Républicains. Il accomplit le souhait des Doctrinaires sous la Restauration d'unir le roi et la nation sur le compromis de la Charte. Pour Guizot, la Monarchie de Juillet marquait l'aboutissement de l'histoire de France. C'est un certain système monarchique associé à une forme de parlementarisme.
Le gouvernement des élites
Aux yeux de ses contempteurs, la Monarchie de Juillet (1830 - 1848) a été le règne de la bourgeoisie, Louis-Philippe
« roi bourgeois » symbolisant la domination d'une classe concentrant
entre ses mains tous les signes et attributs de la puissance. Ce régime
reflète l'idéal d'un gouvernement à bon marché, permettant de prévenir
les excès du pouvoir et l'arbitraire gouvernemental, mais également
transpose à la conduite des affaires publiques les procédés du monde des
affaires : économie, prudence et équilibre, gestion d'un bon père de
famille.
Cette notion de bourgeoisie
est cependant très vague : ce mot renvoie à des réalités distinctes.
C'est la plus ancienne bourgeoisie, la haute bourgeoisie, dont la
richesse est foncière et non industrielle, qui constitue le personnel
orléaniste et la présence d'un homme nouveau comme Adolphe Thiers fait figure d'exception.
Il existe également une aristocratie orléaniste qui se recrute dans la noblesse d'empire, l'ancienne noblesse de robe (les Molé, les Pasquier) et l'ancienne noblesse libérale (Victor et Albert de Broglie). Enfin, la monarchie de Louis-Philippe marque l'arrivée au gouvernement des professeurs : Guizot, Villemain, Cousin. L'Académie française et l'Académie des Sciences morales et politiques deviennent des salons orléanistes.
L'orléanisme est donc avant tout le gouvernement des élites, les
notables qui reposent aussi bien sur la naissance que sur la fortune et
l'intelligence.
Un courant libéral
« L'orléanisme ce n'est pas un parti, c'est un état d'esprit » selon Thibaudet. C'est l'arrivée au pouvoir des Doctrinaires, les équipes de rédaction du Globe (1826) et de La Revue française (1828)
fournissant les cadres du régime. Pour la première fois, le journalisme
politique ouvre la voie du pouvoir et devient un moyen de faire une
carrière politique. Le Journal des Débats
va devenir le porte-parole officieux de la doctrine orléaniste. « La
presse et l'enseignement, voilà les deux colonnes de l'orléanisme, comme
doctrine : le journaliste et le professeur en sont les ministres. »
(René Rémond). Son rationalisme et son relativisme s'accompagnent d'un
anticléricalisme discret.
Ordre et liberté
Le parlementarisme, c'est le compromis érigé en règle de gouvernement. Aussi le reproche que font les orléanistes à Napoléon III est d'avoir supprimé les libertés parlementaires : le discours de Thiers sur les « libertés nécessaires » (11 janvier1864) en est la meilleure illustration. Le libéralisme orléaniste rêve d'une société dominée par une aristocratie foncière puissante et éclairée, ouverte au mérite et au talent, sur le modèle d'une Angleterre idéalisée.
Pour un orléaniste, la question dynastique est secondaire et le régime importe moins que les institutions : ainsi s'explique la conversion à la république d'un grand nombre d'entre eux, à l'origine de la création de la Troisième République. La république qu'ils acceptent est la République conservatrice.
Sources
René Rémond, Les droites en France, Aubier Montaigne 1982, p. 84-98
Le bonapartisme ne se veut ni de droite ni de gauche; il se propose de réconcilier les Français en les tournant vers une œuvre d'avenir. Se posant en héritier de 1789 et de la France nouvelle, il affirme un principe d'autorité dans la lignée du jacobinisme
et par son souci de la gloire se situe bien au-dessus des querelles de
partis. Il n'a cessé cependant d'être tiraillé entre deux tendances : un
bonapartisme de gauche, populaire, démocratique, voire anticlérical et
un bonapartisme de droite, conservateur, s'appuyant sur les notables et
l'église.
Louis-Napoléon Bonaparte président de la République déclare en 1849 : « Tout un système a triomphé au 10 décembre,
car le nom de Napoléon est à lui seul un programme ; il veut dire à
l'intérieur ordre, autorité, religion, bien-être du peuple, à
l'extérieur dignité nationale ».
L'esprit général des institutions bonapartistes est celui d'un pouvoir personnel appuyé sur le suffrage universel et opposé au parlementarisme. Tocqueville a noté dans ses Mémoires sur Louis-Napoléon : « S'il avait une sorte d'adoration abstraite pour le peuple, il ressentait très peu de goût pour la liberté.
Le trait caractéristique et fondamental de son esprit, en matière
politique, était la haine et le mépris des assemblées. Le régime de la monarchie constitutionnelle lui paraissait plus insupportable que celui même de la république ».
La Cinquième République est souvent considérée par les libéraux comme une adaptation du bonapartisme au XXe
siècle : centralisation autoritaire, prééminence de l'exécutif, pleins
pouvoirs en cas de crise, rôle subsidiaire des parlements, etc.
Lettre du duc de Persigny aux électeurs de la Loire (17 juin 1871)
« Je m’empresse de répondre à l’offre que vous voulez bien me
faire de soutenir une candidature aux prochaines élections de la Loire.
Permettez-moi de décliner cet honneur et vous en exposer les raisons.
« Quelles que soient les causes qui ont écarté de l’Assemblée
actuelle la plupart des hommes associés depuis vingt ans au gouvernement
du pays, je me demande ce qu’ils feraient dans cette Assemblée. Ne
pouvant en modifier sensiblement la composition, ils n’y seraient qu’un
embarras, qu’une difficulté de plus.
« En réalité, la plupart des membres de l’Assemblée,
légitimistes, orléanistes, républicains, n’ont pas d’autre idée que le
maintien, sous une forme ou un nom quelconque, du parlementarisme
anglais. Ce qu’ils veulent les uns comme les autres, c’est le contraire
des institutions impériales, le contraire du régime des États-Unis, où il est interdit aux détenteurs de l’autorité publique, aux chefs de la hiérarchie
administrative, aux ministres de paraître dans les Chambres; en un mot,
c’est l’absorption du pouvoir exécutif par le pouvoir législatif.
« Quoique le principe du régime américain se concilie
parfaitement, non seulement avec l’état d’une société démocratique comme
la nôtre, mais avec toutes les libertés nécessaires, quoique le régime
anglais, au contraire, ne se conçoive logiquement qu’au sein d’une
société aristocratique complètement différente de la nôtre : quoique
enfin ce dernier régime importé en France ait renversé tous les
gouvernements qui l’ont adopté, la force des habitudes ou des préjugés
domine encore chez nous les leçons de l’expérience.
« Pour moi, fidèle aux principes fondamentaux posés au
commencement de ce siècle par le grand empereur, par l’homme de génie
qui a le mieux compris la nation française, j’ai toujours pensé que le
parlementarisme anglais, tel qu’on le pratique chez nous, était
incompatible avec le caractère impressionnable de notre pays.
« Même dans les temps les plus tranquilles, j’étais convaincu
et je soutenais que, en préférant la parole à l’action, en livrant
inévitablement le gouvernement aux avocats, en surexcitant toutes les
ambitions, en obligeant même les plus honnêtes à ne songer qu’à
conquérir ou à défendre le pouvoir au lieu de s’en servir, enfin en
appelant sans cesse les passions populaires au secours des diverses
compétitions, ce régime ne pouvait produire que des agitations stériles
ou dangereuses. Aujourd’hui que les temps sont devenus plus difficiles
et les éléments de désordre plus nombreux, plus redoutables, je me
demande comment cette conviction n’est pas générale. »
Sources
René Rémond, 1982, Les droites en France, Aubier Montaigne 1982, p. 99-121
Monica Quirico, 2003,
Nicos Poulantzas: il bonapartismo come paradigma dello Stato
capitalistico, In: Bonapartismo cesarismo e crisi della società. Luigi
Napoleone e il colpo di Stato del 1851, M. Ceretta, dir., Firenze,
Olschki, pp143-152
D. Losurdo, 1993, Democrazia o bonapartismo. Trionfo e decadenza del suffragio universale, Torino, Bollati Boringhieri
Citations
« Ma politique est de gouverner les
hommes comme le grand nombre veut l'être…C'est me faisant catholique que
j'ai fini la guerre de Vendée, en me faisant musulman que je me suis
établi en Égypte, en me faisant ultramontain que j'ai gagné les prêtres
en Italie. Si je gouvernais un peuple de Juifs, je rétablirais le temple
de Salomon. Aussi je parlerai de Liberté dans la partie libre de Saint-Domingue ; je confirmerai l'esclavage
à l'île de France et même dans la partie esclave de Saint-Domingue, en
me réservant d'adoucir et de limiter l'esclavage là où je le
maintiendrai, de rétablir l'ordre et de maintenir la discipline là où je
maintiendrai la liberté. C'est là, je crois, la manière de reconnaître
la souveraineté du peuple ». (Napoléon Bonaparte au Conseil d'État, 16 août 1800)
« Si vous voulez que le buonapartisme
meure avec Buonaparte, sortez vous-même du buonapartisme ; ne le
pratiquez pas comme système en le dénonçant comme sentiment ». (Guizot, Des moyens de gouvernement et d'opposition dans l'état actuel de la France, 1821)
« L’idée napoléonienne consiste à
reconstituer la société française bouleversée par 50 ans de révolution, à
concilier l’ordre et la liberté,
les droits du peuple et les principes d’autorité. Au milieu de deux
partis acharnés dont l’un ne voit que le passé et l’autre que l’avenir,
elle prend les anciennes formes et les nouveaux principes. Elle va dans
les chaumières, non pas en tenant à la main de stériles déclarations des
droits de l’homme, mais avec les moyens nécessaires pour étancher la
soif du pauvre, pour apaiser sa faim ; et, de plus, elle a un récit de
gloire pour éveiller son amour de la patrie ! L’empereur Napoléon
a contribué plus que tout autre à accélérer le règne de la liberté, en
sauvant l’influence morale de la révolution, et en diminuant les
craintes qu’elle inspirait. Sans le Consulat et l’Empire, la Révolution
n’eût été qu’un grand drame qui laisse de grands souvenirs mais peu de
traces. Napoléon enracina en France et introduisit partout en Europe les
principaux bienfaits de la grande crise de 1789 ». (Louis-Napoléon Bonaparte, Les idées napoléoniennes, 1839).
« Enfin Napoléon, qui réunissait les passions d'un jacobin aux préjugés d'un réactionnaire, sans aucun mélange de libéralisme, essaya de concilier le communisme de la Convention avec les monopoles et les privilèges de l'ancien régime.
Il organisa l'enseignement communautaire, subventionna des cultes
communautaires, institua un corps des ponts et chaussées dans le but
d'établir un vaste réseau de voies de communication communautaires,
décréta la conscription, c'est-à-dire l'armée communautaire; en outre,
il centralisa la France comme une grande commune, et ce ne fut pas sa
faute s'il organisa point dans cette commune centralisée toutes les
industries sur le modèle de l'Université et de la régie des tabacs. » (Gustave de Molinari, Douzième soirée de la rue Saint-Lazare)
« Le bonapartisme (est) la quintessence de
la culture politique française. C’est en effet en lui qu’ont prétendu
fusionner le culte de l’État rationalisateur et la mise en scène d’un
peuple-Un. Le bonapartisme est aussi pour cela la clef de compréhension
de l’illibéralisme français. Il le radicalise, en effet, d’une certaine
manière, en mettant brutalement à nu ses ressorts les plus profonds. » (Pierre Rosanvallon)
« Les bonapartistes : loin de vouloir un
État neutre et soumis au droit, ils veulent un État "fort", c’est-à-dire
soumettant le droit à la volonté d’un "chef" qui prendrait le contrôle
de l’État et le dirigerait en fonction de l’Intérêt général qu’il serait
bien sûr seul à même de déterminer. La Constitution de la Ve République
est organisée selon ces principes. On en voit les résultats heureux
tous les jours. » (Charles Gave)
« Si la définition du fascisme est « tout
pour l’Etat, tout par l’Etat, rien en dehors de l’Etat (Mussolini) », la
définition du bonapartisme serait « tout pour le grand homme, tout par
le grand homme, rien en dehors du grand homme » et la nature
bonapartiste de la Constitution de la Ve est bien sûr la principale raison qui explique l’effondrement de notre pays. » (Charles Gave)
« On prétend que Napoléon a propagé, les
armes à la main, les idées de liberté et d'égalité de la Révolution
française ; mais ce qu'il a principalement propagé, c'est l'idée de
l'État centralisé, l'État comme source unique d'autorité et objet
exclusif de dévouement ; l'État ainsi conçu, inventé pour ainsi dire par
Richelieu, conduit à un point plus haut de perfection par Louis XIV, à
un point plus haut encore par la Révolution, puis par Napoléon, a trouvé
aujourd'hui sa forme suprême en Allemagne. Il nous fait à présent
horreur, et cette horreur est juste ; n'oublions pas pourtant qu'il est
venu de chez nous. » ("Réflexion sur les origines de l'hitlérisme", Simone Weil, 1940)
« Le bonapartisme est tout à la fois l'anticipation et la version française du fascisme. [...] Il escamote la souveraineté
du peuple dont il prétend émaner. Il contraint et asservit le peuple
prétendument souverain en réduisant les plébiscites à des farces, en
érigeant en loi le bon plaisir d’un individu. Bien loin d’unir
réellement les groupes et les partis, il laisse subsister, en les
camouflant un temps, toutes les divisions et se borne à superposer
l’arbitraire au chaos. » (Raymond Aron)
Conservatisme
Le conservatisme est une philosophie politique ou un ensemble
de philosophie politique qui ont en commun la préservation d'une
situation ou le retour à une situation passée. Elle s'exprime par la
défense des valeurs traditionnelles, et de la primauté du droit naturel sur le droit positif.
Il existe de nombreuses formes de conservatisme, avec des expressions
dans les domaines social, politique, moral, culturel, religieux.
L'expression est soit associée à un parti politique, une pratique
politique, un état d'esprit, un comportement ou attitude. Le mot conservateur vient du latin conservare, signifiant maintenir, préserver ou garder.
D'une façon précise, le conservateur est un tenant du conservatisme, et donc qui adhère à certains principes :
visant à conserver un certain mode de vie, culture ou ordre de
choses. Toutefois cette posture ne doit pas être confondue avec
l'immobilisme ou le passéisme.
la liberté et la propriété
sont intimement connectées et constituent les bases d'une civilisation
stable. La propriété privée s'inscrit dans une forme d’enracinement
comportant certains devoirs et obligations morales.
la nature humaine et l'harmonie morale sont permanentes, il ne
s'agit pas d'objets éphémères transformables selon l'arbitraire. La
juste mesure et le principe de prudence sont des vertus et doivent
guider la conduite humaine.
les communautés humaines ne sont pas parfaites et infaillibles, il
ne suffit pas de transformer la société pour supprimer les maux et
souffrances humaines. Il existe des limites à tout pouvoir politique, la
croyance aveugle dans un tout-puissant progrès sans limites
raisonnables met en péril la stabilité et la continuité de toute
communauté sociale.
Le conservatisme en philosophie politique
En tant que courant de pensée, le conservatisme existe depuis plus de
trois siècles et s'exprime dans une disposition et relation d’être au
monde. Souvent ostracisé et critiqué, rares sont les penseurs qui s'y
identifient ouvertement, par crainte d'être méprisés, accusés de
nostalgie d'un monde traditionnel disparu ou encore d'être traités de réactionnaires.
Pourtant, l'idée de société civile autonome, de responsabilité
et vertu ne sont pas des idées obscures et absentes de nos champs de
vision culturels. Historiquement le conservatisme a comme point de
départ une réflexion sur la condition humaine. Deuxièmement, la notion
et le sens de la continuité et permanence des institutions humaines fait
aussi partie des valeurs importantes du conservatisme.
Historiquement, le phénomène dit conservateur est né en réaction aux trois grandes révolutions, la révolution anglaise de 1688, la révolution américaine de 1783 et la révolution française de 1789. Même s'il est un produit des Lumières, il est tout aussi l'héritier d'une tradition philosophique remontant à la Grèce antique.
Malgré l'héritage et la tradition, il n'existe pas de système
conservateur universel, encore moins une idéologie conservatrice. Pour
cette raison, un conservateur peut être caractérisé par son scepticisme
envers tout système dogmatique rationnel. Loin d'être un
sentimentaliste moderne, un conservateur vit la modernité dans son
actualité, le passé est selon lui un réservoir d'expériences
non-idéalisé, mais les plans
et promesses renvoyant à un avenir radieux sont à mettre en cause et
propres à inspirer la méfiance. De tendance réactive, le conservateur
prend comme sienne la citation de Confucius selon laquelle « l'expérience est une lanterne que l'on porte sur le dos et qui n'éclaire jamais que le chemin parcouru ».
Conservatisme et libéralisme
Un libéral ne se positionne pas pour ou contre le conservatisme : il
est à la fois conservateur sous un certain plan, ce qui peut être résumé
par l'affirmation de Mathieu Laine selon laquelle « le libéralisme est la seule idéologie qui n’aspire pas à changer l'homme mais à le respecter »[1], et progressiste sous un autre, car selon Friedrich Hayek« le
libéralisme n'est hostile ni à l'évolution ni au changement ; et là où
l'évolution spontanée a été étouffée par des contrôles gouvernementaux,
il réclame une profonde révision des mesures prises »[2].
Bien que Friedrich Hayek
considère le conservatisme comme une attitude légitime, il en dresse
une critique en soulignant certaines différences entre la tradition
américaine et la tradition européenne. Il souligne que « le défenseur de la tradition américaine était un libéral au sens européen du terme »,
ainsi la tentative de transplanter dans la tradition américaine le type
européen de conservatisme, étranger à la tradition américaine, a
produit certaines confusions et constitue une source de malentendus.
Hayek dresse une série d'objections à tout conservatisme proprement dit[3] :
il ne propose pas une réelle alternative à la direction actuelle et n'indique aucun autre chemin ;
la propension à user des pouvoirs du gouvernement pour empêcher le changement ;
son manque de compréhension des forces spontanées sur lesquelles se fonde une politique de liberté ;
complaisance envers les actions de l’autorité établie ;
méfiance envers les théories abstraites et les principes généraux
permettant la formulation de principes politiques postulant une
compréhension des forces générales coordonnant la société ;
la position conservatrice repose sur une vision élitiste de la société, même si un libéral n'est pas égalitariste non plus ;
son interventionnisme
pour raisons morales, alors que pour un libéral « les convictions
morales qui concernent des aspects du comportement personnel n'affectant
pas directement la sphère protégée des autres personnes ne justifient
aucune intervention coercitive » ;
sa résistance à tout progrès des connaissances, même si un libéral ne tient pas tout changement comme un progrès ;
sa propension à rejeter les connaissances nouvelles débouche sur une
sorte d'obscurantisme, car le conservateur craint que les nouvelles
théories bouleversent les croyances auxquelles il est attaché.
Conservatisme et libertarianisme
Hans-Hermann Hoppe estime qu'il existe deux sens possibles du terme conservateur. Selon lui, le « conservatisme moderne, aux États-Unis et en Europe, est une notion de nos jours confuse et diversifiée »[4]. Cette confusion résulte de l'influence de la démocratie représentative et « évolua en un mouvement d’étatistes culturellement conservateurs : l’aile droite des socialistes et socio-démocrates ». Selon Hoppe la définition exacte du conservatisme, qui n'est pas une opposition au changement, préservation du status quo ou conservation de l’ordre établi, mais qui est liée à sa conception d'un ordre naturel[5] :
« Est conservateur celui qui croit en l'existence d'un
ordre naturel, correspondant à la nature des choses : celle de la
nature et celle de l'homme. »
« Le « conservateur » reconnaît l’ancien et le naturel
à travers la contingence des anomalies et accidents et le défend, le
soutient et aide à le préserver du temporaire et de l’anormal. »
Pour Edmund Burke, le conservatisme libéral découle d'un refus de faire table rase du passé : la tradition, la famille, la religion, la hiérarchie,
etc. fournissent des cadres de référence aux individus qui leur
permettent de se développer. Ce sont de précieux garde-fous contre les
doctrinaires constructivistes.
Ainsi, Burke critique la conception française des droits de l'homme,
construction abstraite et universaliste, pour lui préférer les droits
des Anglais, héritage du passé. Pour son disciple Russell Kirk, le conservatisme est lié à la foi religieuse et en la croyance en « une sorte d'ordre moral transcendant ».
Hans-Hermann Hoppe conteste l'idée que le libertarianisme et le conservatisme soient incompatibles ou même antagonistes, car selon lui, Ludwig von Mises et Murray Rothbard furent des conservateurs culturels assumés. En effet, tant le libertarianisme comme le conservatisme considèrent que le normal et le naturel sont anciens et omniprésents. Il existe donc une certaine affinité substantielle entre les deux dispositions : « la propriété et les relations entre propriétaires n’existent pas hors des familles et des relations entre pairs ».
De cette manière le libertarianisme peut être entendu aussi comme une
critique radicale de la désintégration et déclin moral et culturel des
noyaux familiaux par l’état providence moderne.
Le mouvement conservateur américain de la seconde moitié du XXe siècle s'est largement construit autour de la doctrine du fusionnisme.
Ce terme politique américain désigne la « fusion » entre conservateurs
classiques et libertariens dans le mouvement conservateur. On parle
parfois également de libertarianisme conservateur. C'est Frank S. Meyer, un auteur conservateur américain, qui est le père de la notion.
« Le conservatisme est une utopie car l’État finit toujours par devenir un Léviathan
incontrôlable. « Si l’on rejette le laissez-faire à cause de la
faillibilité de l’homme et de sa faiblesse morale, il faut aussi, pour
les mêmes raisons, rejeter toute espèce d’action du gouvernement »,
écrit Ludwig von Mises. » (Damien Theillier[6])
« Être conservateur, c’est donc préférer le familier à l’inconnu,
ce qui a été essayé à ce qui ne l’a pas été, le fait au mystère, le
réel au possible, le limité au démesuré, le proche au lointain, le
suffisant au surabondant, le convenable au parfait, le rire de l’instant
présent à la béatitude utopique. » (Michael Oakeshott[7])
« L'affaire des progressistes est de continuer à faire des
erreurs. L'affaire des conservateurs est d'éviter que ces erreurs ne
soient corrigées. » (G.K. Chesterton)
« Le conservateur est un homme d’État qui est épris des maux
existants, ce qui le distingue du progressiste qui souhaite remplacer
ces maux par d'autres. » (Ambrose Bierce)
« Un véritable conservateur, c'est quelqu'un qui vous explique
que le gouvernement ne marche pas, qui est élu et qui prouve ainsi ses
dires ! » (Milton Friedman)
« Le terme de conservateur suggère le maintien du statu quo, même
quand cela peut impliquer un ensemble de règles inadéquates ou des
programmes gouvernementaux excessivement interventionnistes. Cela peut
aussi correspondre à des formes de conservatisme social que je juge peu
attrayantes : par exemple des restrictions sur l'avortement, des lois anti-drogues strictes, des contraintes sur l'immigration, des limitations dans le commerce international. Je préfère de beaucoup les termes de libertarien ou de libéral classique. » (Robert J. Barro[8])
« Les conservateurs sont partisans d’une économie mixte et d’un État-providence. Leur différence avec les progressistes n’est qu’une différence de degré et non de principe. » (Ayn Rand)
« L’état actuel de dégénérescence morale, de désintégration
sociale et de pourrissement culturel est précisément le résultat de trop
de tolérance
– et avant tout, une tolérance totalement erronée et faussement
appréhendée. [...] Comme de vrais conservateurs, qui devront se
dissocier des faux conservateurs socialistes tels les buchananiens et
néoconservateurs, les vrais libertariens doivent se dissocier
visiblement et avec ostentation de ces imposteurs que sont les faux
libertariens de gauche, adeptes du multiculturalisme, de la contre-culture et de l’antiautoritarisme égalitariste. » (Hans-Hermann Hoppe[9])
Michael Oakeshott, Du conservatisme (trad. Jean-François Sené, préf. Adrien Guillemin), Paris, Éditions du Félin, p.38
"This
concept suggests maintenance of the status quo, even when that
situation involves an array of unfortunate rules and overly activist
government programs. It could also encompass forms of social
conservatism that I find unattractive—for example, restrictions on
abortion rights, enforcement of strict drug laws, curbs on immigration,
and restraints on international trade. I much prefer the words
libertarian and classical liberal", in "Compassionnate conservatism:
look beyond the label", Business Week, 4 septembre 2000
Hans-Hermann Hoppe, Democracy, the God That Failed - On conservatism and libertarianism
Bibliographie
1953, Russell Kirk, "The Conservative Mind: From Burke to Santayana", Chicago: Regnery
Nouvelle édition en 1960, "The Conservative Mind", Chicago: Regnery
1982,
William R. Harbour, "The Foundations of Conservative Thought: An
Anglo-American Tradition in Perspective", Notre Dame, IN, University of
Notre Dame Press
1985, Willmoore Kendall, "The Conservative Affirmation", Chicago, Henry Regnery
1986, K. Mannheim, "Conservatism", London, Routledge & Kegan Paul
1987, John P. East, "The American Conservative Movement", Washington, D.C.: Regnery
Nigel Ashford, "American conservatism", In: Nigel Ashford, Steve Davies, dir., "A Dictionary of Conservative and Libertarian Thought", New York: Routledge
Norman Barry, "British conservatism", In: Nigel Ashford, Steve Davies, dir., "A Dictionary of Conservative and Libertarian Thought", New York: Routledge
Steve Davies, "French Conservatism", In: Nigel Ashford, Steve Davies, dir., "A Dictionary of Conservative and Libertarian Thought", New York: Routledge
Steve Davies, "German Conservatism", In: Nigel Ashford, Steve Davies, dir., "A Dictionary of Conservative and Libertarian Thought", New York: Routledge
J. David Hoeveler, Jr. "Watch on the Right: Conservative
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Conservative/Libertarian Debate", Wilmington, DE: Intercollegiate
Studies Institute
1999, Ronald Lora, William Longton, dir., "The Conservative Press in Twentieth Century America", Westport, Conn.: Greenwood
2001, Roger Scruton, "The Meaning of Conservatism", Basingstoke, UK: Palgrave Macmillan, 3ème édition
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George W. Carey, "CONSERVATISM", In: Ronald Hamowy, dir., "The Encyclopedia of Libertarianism", Cato Institute - Sage Publications, pp93-95
Robert P. Kraynak, “Conservative Critics of Modernity: Can They Turn
Back the Clock?”, In: Mark C. Henrie, dir., "Arguing Conservatism: Four
Decades of the Intercollegiate Review", Wilmington, DE: ISI Books, p63,
pp70–71
Le terme gauche dans la vie politique désigne aujourd'hui surtout des partis ou doctrines défendant des thèses socialistes, communistes, social-démocrates ou assimilées en économie, et des thèses libérales sur les sujets de société
ou les questions de mœurs. Le positionnement du libéralisme face à la
droite ou à la gauche est plus complexe qu'une opposition ou une
adhésion, comme l'illustre le diagramme de Nolan ou la célèbre citation de José Ortega y GassetviaRaymond Aron :
« Qu'on soit de droite ou qu'on soit degauche, on est toujours hémiplégique. »
Point de vue libéral
Une grande partie des libéraux
refuse la distinction simpliste entre « gauche » et « droite » et
préfère par exemple une classification sur deux axes telle que le diagramme de Nolan :
« Les libéraux sont « ailleurs » et il est erroné de les situer à droite ou à gauche. Ils sont favorables à la liberté individuelle
dans tous les domaines, précisément parce que la vie des hommes ne peut
pas se découper en tranches, avec une partie économique, une partie
sociale ou une partie familiale. » (Pascal Salin)
Les libertariens
contestent l'opposition droite/gauche ; pour eux, ce dualisme simpliste
est dépassé si l'on pose comme point de départ à la politique
l'impérieuse nécessité de respecter d'abord les libertés individuelles. Extrait du Manifeste libertarien de Murray Rothbard :
« Si personne n’a le droit d’agresser quelqu’un d’autre, en
bref, si chacun a le droit absolu d’être « libre » de toute agression,
il s’ensuit immédiatement que le libertarien approuve pleinement ce
qu’on appelle généralement les « libertés civiles » : liberté d’expression, de publication, d’association, liberté de « commettre » des délits sans victimes tels que la pornographie, les « déviations » sexuelles, la prostitution, la drogue, toutes choses que le libertarien ne considère pas du tout comme des délits, puisqu’il ne s’agit pas d’agression à l’encontre d’une autre personne ou de sa propriété. En outre, il considère la conscription comme un esclavage à grande échelle. Et puisque la guerre,
et plus particulièrement la guerre moderne, entraîne l’exécution
massive de civils, le libertarien considère de tels conflits comme du
meurtre de masse, et donc comme quelque chose d’absolument illégitime.
« Tous ces points de vue sont considérés comme « de gauche »
sur l’échelle idéologique contemporaine. D’autre part, le libertarien
s’opposant à l’agression contre le droit de propriété privée, il
s’oppose tout aussi vigoureusement à l’intrusion du gouvernement dans
les droits de propriété et dans l’économie de marché au travers de
contrôles, règlementations, subventions ou interdictions. Car si chaque
individu a le droit de posséder et de ne pas être agressé et volé, alors
il a aussi le droit de se défaire de sa propriété (par la transmission
ou l’héritage) et de l’échanger contre la propriété d’autres personnes
(liberté de contrat et économie de marché libre) sans subir d’intrusion.
Le libertarien est donc en faveur d’un droit de propriété sans
restriction et du libre-échange, c’est-à-dire d’un système
capitalistique de laissez-faire.
« Le libertarien ne voit aucune incohérence à être « de gauche » dans certains domaines et « de droite »
dans d’autres. Au contraire, il considère que sa position est quasiment
la seule qui soit cohérente du point de vue de la liberté individuelle. »
En France, historiquement, à partir de 1789, les libéraux constituent un mouvement de gauche jusqu’à la fin du XIXe siècle. Benjamin Constant est le chef de la gauche libérale. Alexis de Tocqueville siège au centre gauche et il en sera de même plus tard de Léon Say, le petit-fils « libéral-conservateur » de Jean-Baptiste Say, ou encore d’Yves Guyot[1] et de Jules Simon.
Un constat qui fait dire à l'essayiste Philippe Manière dans L'Aveuglement français[2] : « Si l'histoire est un guide de quelque valeur, s'il est vrai que la droite incarne l'ordre et la conservation, alors le libéralisme, incontestablement est de gauche. »
Selon les pays et les circonstances, les libéraux se retrouvent à « gauche » (lorsque le libéralisme économique est majoritaire et que le conservatisme s'exerce sur les mœurs : cas des USA, ou de la France du XIXe
siècle), à « droite » (inversement quand l'interventionnisme économique
et les services publics sont majoritaires mais les mœurs relativement
libres : cas de la France) ou « nulle part » (cas du Royaume-Uni où le parti libéral de Lloyd George n'a pas survécu à la Deuxième Guerre mondiale).
Même historiquement, toute la gauche a loin d'avoir été libérale cependant. Analysant la « gauche » et ses mythes dans L'Opium des intellectuels, le philosophe français Raymond Aron en propose une typologie en trois catégories :
la gauche organisatrice, autoritaire, nationale sinon nationaliste, parfois impérialiste (en faveur de la colonisation au XIXe siècle) ;
la gauche libérale qui se dresse contre le socialisme et qui est internationaliste ;
la gauche égalitaire, qui semble condamnée à une constante opposition contre les riches et puissants.
Dans une lecture différente, pour le philosophe Philippe Nemo, la caractéristique de la gauche, en France, est d'être « antilibérale, anticapitaliste,
de prôner toujours plus d’État : la solution aux problèmes est que
l'État s'en occupe, et il ne peut s'en occuper qu'en prenant plus
d'impôts »[3].
Une explication à l'antilibéralisme
d'une partie des personnes de gauche peut être simplement économique :
la plupart d’entre elles auraient un niveau de vie bien moins important
si elles étaient confrontées aux lois du marché, plutôt que dépendantes
de l’État ou des privilèges que celui-ci leur octroie.
Le camp du bien ?
Pour ses critiques, on peut parfois caractériser la gauche, dans la
plupart des pays, par une prétention à représenter le camp du bien, ou
le camp de la morale, ce qui l'amène à soutenir des positions antilibérales (par exemple des restrictions à la liberté d'expression, le soutien à certains dictateurs (communistes par exemple), l'exigence de privilèges au bénéfice de minorités, l'apologie d'un étatisme forcené, l'accusation d'islamophobie
envers les critiques de la religion, etc.) sans référence ni aux faits
ni aux droits individuels (« mieux vaut avoir tort avec Sartre que
raison avec Aron »). Ce dernier écrivait ainsi dans L'Opium des intellectuels en 1955 : « Cherchant
à expliquer l'attitude des intellectuels, impitoyables aux défaillances
des démocraties, indulgents aux plus grands crimes, pourvu qu'ils
soient commis au nom des bonnes doctrines, je rencontrai d'abord les
mots sacrés : gauche, Révolution, prolétariat. »
Cette supposée prééminence morale lui permet d'exercer ce qui est vu par ses critiques comme du « terrorisme intellectuel » tel qu'il obligerait la droite
à adopter les mêmes points de vue qu'elle sous peine de diabolisation.
En France, en détournant l'attention sur les turpitudes de l'adversaire,
elle parvient même à faire oublier ses propres turpitudes (colonialisme au XIXe siècle, soutien au régime de Vichy et à la collaboration avec l'occupant allemand pendant la Seconde Guerre mondiale ; soutien aux dictateurs communistes ; apologie de la pédophilie, du négationnisme ; antisémitisme[4] ; etc.) :
« Alors que la droite
incarnait les valeurs morales, et la gauche au contraire une certaine
exigence historique et politique contradictoire, aujourd’hui, celle-ci,
dépouillée de toute énergie politique, est devenue une pure juridiction
morale, incarnation des valeurs universelles, championne du règne de la
Vertu et tenancière des valeurs muséales du Bien et du Vrai, juridiction
qui peut demander des comptes à tout le monde sans avoir à en rendre à
personne. » (Jean Baudrillard, article de Libération, 1997)
« Il y a beaucoup plus de mensonges
de gauche que de droite. (...) L’évocation des crimes de gauche n’est
possible de façon suivie que dans quelques revues spécialisées, dans
quelques colloques dont les participants se voient aussitôt classés à
l’ultra-droite. » (Jean-François Revel, La connaissance inutile)
« Quiconque étudie l'histoire des idées devrait remarquer à
quel point les gens de la gauche politique, plus que les autres,
dénigrent et diabolisent ceux qui ne sont pas d'accord avec eux, au lieu
de répondre à leurs arguments. » (Thomas Sowell)
Citations
« À gauche comme à droite cette allergie au libéralisme
est d'autant plus curieuse que les deux camps pourraient y retrouver
des racines et y nourrir un projet : la gauche, revendiquant l'héritage
des grands mouvements de lutte contre la tyrannie, devrait aimer le mot
même de "libéralisme", la promesse de progrès qu'il porte en lui, son
culte de la différence. La droite, plus soucieuse, elle, d'ordre et
d'épanouissement personnel, devrait chérir cette doctrine fondée sur un
droit à la réussite garantissant la stabilité sociale. L'une et l'autre
devraient y trouver, surtout, comme le montrent les expériences
étrangères, les moyens et les instruments pour enfin lutter efficacement
contre le chômage qu'elles dénoncent justement comme le fléau de notre temps, le cancer de notre pays. » (Philippe Manière, L'Aveuglement français[5])
« Je n'ai jamais cessé de me considérer comme étant de gauche. À
l'origine, être de gauche, c'est lutter pour la vérité et la liberté, et
pour le maximum de justice sociale. Mais une justice sociale établie
selon des méthodes qui marchent, pas selon des méthodes qui échouent,
comme la redistribution à tout-va qui ne fait qu'affaiblir l'économie.
(...) Ce qu'on appelle la gauche n'est plus aujourd'hui qu'un clan, une
espèce de tribu, un ensemble de spécialistes de l'escroquerie dans les
relations publiques, de manipulateurs habiles, qui ont l'art de
présenter des idées et des théories qui ont amené les plus grandes
catastrophes dans l'histoire de l'humanité comme étant des choses
progressistes. » (Jean-François Revel, Entretien dans Lire, février 1997[6])
« C'est pas grave d'être de gauche... en général ça passe au premier relevé d'ISF. » (Gaspard Proust) (humour)
« Pour moi, les gens de gauche ça n'existe pas. Vous en connaissez des gens de gauche qui, lors de la chute du mur de Berlin, se soient enfuis à l'est ? » (Gaspard Proust) (humour)
« J’adorerais être de gauche. C’est un souhait, mais je trouve
que c’est tellement élevé comme vertu que j’y ai renoncé. C’est un gros
boulot, un dépassement de soi, c’est une attitude, une présence à
l’autre… Il faut être "exceptionnel" quand tu es de gauche. Quand tu
n’es pas de gauche, tu peux être moyen. Quand tu es de gauche, c’est
l’excellence, le génie moral, le génie de l’entraide. C'est trop de
boulot ! » (Fabrice Luchini, France 2, 17/10/2013) (humour)
La vision égalitaire de la gauche n’est pas seulement incompatible avec le libertarisme.
Elle est si déconnectée de la réalité qu’on doit se demander comment on
peut la prendre au sérieux. L’homme de la rue ne croit certainement pas
à l’égalité de tous les hommes. Le simple bon sens fait obstacle à
cela. Et je suis assuré que personne parmi les vrais partisans de la
doctrine égalitaire ne croit vraiment, au fond, à ce qu’il proclame.
Mais comment, alors, la vision de gauche du monde a-t-elle pu devenir l’idéologie
dominante de notre époque ? Pour un libertarien, la réponse devrait
être évidente : la doctrine égalitaire a atteint ce statut non pas parce
qu’elle est vraie, mais parce qu’elle fournit la parfaite couverture
intellectuelle qui permet le contrôle social totalitaire par une élite
dirigeante. (Hans-Hermann Hoppe)
Être de gauche, pour beaucoup de militants, c’est préférer
l’idéologie au réel, le manichéisme à l’intelligence, et les bons
sentiments à l’efficacité. De là ses échecs répétés. (André
Comte-Sponville, Causeur, 14/05/2019)
Entretien avec Claude Reichman sur Reichmantv le 9 mars 2012.
Voir Les Antisémitismes Français de l'historien David Shapira (2011, p.54, acheter en ligne) à propos de l'antisémitisme de gauche de la 2ème moitié du XIXe siècle : Karl Marx, Fourier, Jaurès, Proudhon, etc.
Citations sur la gauche, drôles ou célèbres, de Gaspard Proust, Raymond Aron, Fabrice Luchini ou Jean-François Revel
« Je n'ai jamais cessé de me considérer comme étant de
gauche. À l'origine, être de gauche, c'est lutter pour la vérité et la
liberté, et pour le maximum de justice sociale. Mais une justice sociale
établie selon des méthodes qui marchent, pas selon des méthodes qui
échouent, comme la redistribution à tout-va qui ne fait qu'affaiblir
l'économie. (...) Ce qu'on appelle la gauche n'est plus aujourd'hui
qu'un clan, une espèce de tribu, un ensemble de spécialistes de
l'escroquerie dans les relations publiques, de manipulateurs habiles,
qui ont l'art de présenter des idées et des théories qui ont amené les
plus grandes catastrophes dans l'histoire de l'humanité comme étant des
choses progressistes. »
« Pour moi, les gens de gauche ça n'existe pas. Vous en connaissez des gens de gauche qui, lors de la chute du mur de Berlin, se soient enfuis à l'est ? »
Gaspard Proust(humour)
« J’adorerais être de gauche. C’est un souhait, mais je
trouve que c’est tellement élevé comme vertu que j’y ai renoncé. C’est
un gros boulot, un dépassement de soi, c’est une attitude, une présence à
l’autre… Il faut être "exceptionnel" quand tu es de gauche. Quand tu
n’es pas de gauche, tu peux être moyen. Quand tu es de gauche, c’est
l’excellence, le génie moral, le génie de l’entraide. C'est trop de
boulot ! »
« La vision égalitaire de la gauche n’est pas seulement incompatible avec le libertarianisme.
Elle est si déconnectée de la réalité qu’on doit se demander comment on
peut la prendre au sérieux. L’homme de la rue ne croit certainement pas
à l’égalité de tous les hommes. Le simple bon sens fait obstacle à
cela. Et je suis assuré que personne parmi les vrais partisans de la
doctrine égalitaire ne croit vraiment, au fond, à ce qu’il proclame.
Mais comment, alors, la vision de gauche du monde a-t-elle pu devenir l’idéologie
dominante de notre époque ? Pour un libertarien, la réponse devrait
être évidente : la doctrine égalitaire a atteint ce statut non pas parce
qu’elle est vraie, mais parce qu’elle fournit la parfaite couverture
intellectuelle qui permet le contrôle social totalitaire par une élite
dirigeante. »'
« Être de gauche, pour beaucoup de militants, c’est préférer
l’idéologie au réel, le manichéisme à l’intelligence, et les bons
sentiments à l’efficacité. De là ses échecs répétés. »
André Comte-Sponville, Causeur, 14 mai 2019
« Le communisme, c'est une des seules maladies graves qu'on n'a pas expérimentées d'abord sur les animaux »
Coluche
« A part la droite, il n'y a rien au monde que je méprise autant que la gauche. »
Pierre Desproges
Derrière l’apparence avenante d’un politicien de gauche qui se dit modéré, il y a toujours un totalitaire qui ne demande qu’à jeter le masque.
David Horowitz
« Égoïste : personne de mauvais goût, qui s'intéresse davantage à elle-même qu'à moi. »
Ambrose Bierce, Le dictionnaire du diable
« À gauche comme à droite cette allergie au libéralisme
est d'autant plus curieuse que les deux camps pourraient y retrouver
des racines et y nourrir un projet : la gauche, revendiquant l'héritage
des grands mouvements de lutte contre la tyrannie, devrait aimer le mot
même de "libéralisme", la promesse de progrès qu'il porte en lui, son
culte de la différence. La droite, plus soucieuse, elle, d'ordre et
d'épanouissement personnel, devrait chérir cette doctrine fondée sur un
droit à la réussite garantissant la stabilité sociale. L'une et l'autre
devraient y trouver, surtout, comme le montrent les expériences
étrangères, les moyens et les instruments pour enfin lutter efficacement
contre le chômage qu'elles dénoncent justement comme le fléau de notre temps, le cancer de notre pays. »
Le libéralisme est un ensemble de courants qui vise à faire reconnaître la primauté de l'individu. Parmi les libéraux, les libéraux de gauche se distinguent en insistant sur la nécessité d'une certaine égalité des conditions de départ pour tous.
Caractéristiques des libéraux de gauche
Les libéraux de gauche soulignent les limites du principe de première appropriation, qui fait partie du droit naturel, en s'appuyant sur une argumentation a contrario du paragraphe 33 du Traité du gouvernement civil de John Locke[1]. Pour rétablir l'égalité des conditions initiales, ils proposent de nombreux mécanismes souvent complexes : allocation universelle, propriété collective, principe de compensation, loyer, etc.
Ce qu’ils essaient de faire est de résoudre un conflit : les
ressources sont rares et il faut les répartir entre les individus.
Comment résoudre ce conflit ? Pour eux, la solution apportée par le droit naturel
n’est pas la bonne. Bien qu’ils acceptent le reste du droit naturel,
ils cherchent à le concilier avec un principe de répartition des
ressources qui serait plus égalitaire (notion subjective et qui varie
d’un libéral de gauche à un autre).
Historiquement, on qualifie parfois de libéraux de gauche ceux des libéraux qui, en France, siégeaient à gauche à l'Assemblée nationale : Frédéric Bastiat, Yves Guyot, etc., la gauche française à l'époque n'étant pas dans sa totalité collectiviste ni étatiste.
Certains libéraux, tels Jean-François Revel, se considèrent comme des hommes de gauche, attachés à une justice sociale qui ne soit pas de la simple redistribution, mais plutôt l'abolition de privilèges étatiques indus.
Applications concrètes
La gauche libérale a illustré cette vision avec la situation politique française.
Cette carte dessine le paysage politique français sur deux axes :
en abscisse, le traditionnel droite-gauche, incontournable curseur médiatique du positionnement politique
en ordonnée, le degré de libéralisme des partis politiques, à savoir
l'importance qu'ils accordent à la liberté individuelle ou au
dirigisme.
Cette représentation montre donc le libéralisme comme une deuxième
dimension de la vie politique. Le contraire du libéralisme n'est ni la
gauche ni la droite, c'est l'étatisme, le dirigisme et le
constructivisme.
Bien entendu, les idées politiques ne se limitent pas non plus à
cette cartographie en deux dimensions, mais cette représentation se
révèle nettement plus précise que le traditionnel positionnement
linéaire droite - gauche.
Erreur courante : le libéralisme est une idéologie de droite
En toute rigueur, le libéralisme ne peut être classé ni à droite ni à gauche. En déduire qu'il est « centriste »
serait aussi une erreur, sauf à dire qu'il est éloigné tant des
tendances redistributives de la gauche (et aussi de la droite) que des
tendances autoritaires de la droite (et aussi de la gauche), ces deux
types de tendances reposant sur l'étatisme et l'interventionnisme, réprouvés par les libéraux :
« Les conservateurs veulent tous être votre papa, qui vous dit ce qu'il faut faire et ne pas faire. Les sociaux-démocrates veulent tous être votre maman, qui vous nourrit, borde vos draps et vous mouche. » (David Boaz, Libertarianism: A Primer)
Si on tient à tout prix à coller des étiquettes politiques sur les libéraux, on aura :
plutôt centristes (dans le bon sens du terme), les libéraux classiques, qui historiquement s'opposent tant aux conservateurs de droite qu'aux socialistes ;
« Il existe des courants de gauche, il faut le souligner, qui, au plan économique, sont des partisans des libertés économiques. À la fin du XIXe siècle, les solidaristes, par exemple, ne considèrent pas antithétique par nature avec le libre marché
de construire une société plus solidaire. On a tendance à couper les
courants de pensée dans un axe gauche-droite, suivant leur position sur
le libéralisme économique. Mais même au sein du Parti socialiste d’avant 1914, il existait un courant assez libéral en économie
qui s’opposait aux dirigistes. C’est le cas de l’opposition entre
Jaurès et Jules Guesde. Jaurès a écrit un article faisant l’éloge du
chef d’entreprise.
Malheureusement, il a été assassiné, il eut mieux valu que ce fût
Guesde ! Jaurès ne récusait pas du tout une économie libérale. » (Philippe Nataf)
« Si elles étaient établies, la réalité et la viabilité d’un
libéralisme de gauche aussi authentiquement libéral que de gauche
contribuerait assurément à dédroitiser et recentrer une tradition
libérale au champ élargi et à la dynamique revivifiée. En tête de leurs
conditions théoriques de possibilité figure l’existence d’une gauche
dont l’engagement anti-totalitaire serait également anti-collectiviste. Qui ne se fourvoie pas dans l’illusion syncrétique d’une « troisième voie » entre capitalisme et socialisme, ne s’en tienne pas à la dimension politique du libéralisme pour oser en finir avec les excès de l’interventionnisme assistanciel, redistributif et ultra-règlementariste de l’État-providence – et adhère sans restriction aux principes individualistes de responsabilité individuelle, de libertécontractuelle et de respect du droit de propriété.
Sur la base du paradigme libéral, le libéralisme de gauche illustrerait
alors la possibilité intellectuelle d’en déduire des conséquences et
applications pratiques autres que celles du libéralisme de pur laissez-faire. Son pari : dans la ligne des idées d’un Karl Popper
suggérant dès 1958 de « réduire ce qui semble tant faire question dans
l’État welfare : la bureaucratisation et la mise en tutelle de l’individu » (En quoi croit l’Occident ?),
parvenir à concilier l’éradication des principes et effets pervers de
l’État-providence avec l’exigence d’accompagner le libre marché
de dispositifs qui en suppriment la brutalité et la clôture pour les
moins bien lotis. Il s’agirait de « rendre tout un chacun capable de
prendre ses responsabilités et de faire preuve d’initiative pour
affirmer sa compétence sur le marché au lieu de se comporter comme un
« raté » et de recourir à l’assistance de l’État », pour reprendre les termes d’Habermas dans Après l’État-nation. » (Alain Laurent)
« Si j’avais le malheur de ne voir dans le capital que
l’avantage de capitalistes, et de ne saisir ainsi qu’un côté, et,
assurément, le côté le plus étroit et le moins consolant de la science
économique, je me ferais socialiste ; car de manière ou d’une autre, il
faut que l’inégalité s’efface progressivement, et si la liberté ne
renfermait pas cette solution, comme les socialistes je la demanderais à
la loi, à l’État, à la contrainte. » (Frédéric Bastiat, Gratuité du crédit)
Bibliographie
2000, Thierry Leterre, La Gauche et la peur libérale, Presses de Sciences Po, ISBN 2724608038
V. Bourdeau, "Les républicains du 19eme siècle étaient-ils des libertariens de gauche?", Raisons politiques, vol 23, pp93-108
David Goodway, "Anarchist Seeds Beneath the Snow: Left-Libertarian
Thought and British Writers from William Morris to Colin Ward",
Liverpool, UK: Liverpool University Press
David Trenchard, Jan Narveson, "Left libertarianism", In: Ronald Hamowy, dir., "The Encyclopedia of Libertarianism", Cato Institute - Sage Publications, pp288-289
2022, Hillel Steiner, "Left Libertarianism", In: Benjamin Ferguson, Matt Zwolinski, dir., "The Routledge Companion to Libertarianism", London and New York: Routledge, pp229-240
Tentative de recensement
La liste suivante de libéraux de gauche ou assimilés comme tels, se base sur les travaux d'Alain Laurent (La Philosophie libérale et Les grands courants du libéralisme) et ceux de Peter Vallentyne et Hillel Steiner.
Le gauchisme est un terme qui qualifie l'action politique d'individus (ou d'organisations) considérée comme étant « trop à gauche ».
Le terme date du XIXe siècle, et c'est Lénine qui le met à l'honneur en 1920 avec son livre La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »)[1],
où il critique les gauchistes de la Troisième Internationale pour leur
vision de la lutte politique, leur refus du syndicalisme et des
élections.
« En 1920, Lénine avait défini le gauchisme comme étant la
maladie infantile du communisme. Le camarade Oulianov n’était pas un
tendre et il n’avait pas la moindre empathie pour ces gazouillis de
nourrisson, incompréhensibles mais non dépourvus de charme. Aujourd’hui
le nourrisson est devenu un vieillard cacochyme qui se déplace en chaise
roulante. Aux gazouillis ont succédé des borborygmes chevrotants. Cela
porte un nom : la maladie sénile du communisme. Et, plus généralement,
de la gauche. » (Benoît Rayski)
« Reste qu’il ne faut pas trop taper sur le gauchiste. C’est un
être malheureux, dont la souffrance doit être prise en considération. En
effet, que ce soit post coïtem ou ante coïtem, l’animal est triste. Au-dessus de lui plane la main invisible du marché.
Il essaie de la mordre, de la broyer dans ses mâchoires. Peine perdue,
elle est trop haute, et les bonds révoltés du gauchiste n’excèdent pas
ceux d’un batracien. » (Benoît Rayski)
Notes et références
Детская болезнь «левизны» в коммунизме.
Bibliographie
2013 : Le gauchisme, maladie sénile du communisme, Benoît Rayski, Atlantico / Eyrolles, Acheter en ligne
C) - Diagramme de Nolan
Le diagramme de Nolan est un échiquier politique qui permet de se représenter sur une échelle du positionnement de partis ou mouvements politiques. Il a été élaboré par le libertarienDavid Nolan.
Ceci place l'aile gauche en haut à gauche de ce diagramme, l'aile droite
en bas à droite, les libertariens en haut à droite, et en bas à gauche
les totalitaristes (d'extrême gauche comme d'extrême droite), qui furent
regroupés par Nolan sous l'appellation de populistes pour leur tendance
à s'appuyer sur le « petit peuple ». Toutefois, cela ne recoupe pas
l'usage récent du terme populiste
pour désigner des programmes économiquement très libéraux. L'axe
droite/gauche est donc représenté par une diagonale traversant le
diagramme du coin supérieur gauche au coin inférieur droit.
Il faut noter que Friedrich Hayek dans son Postscript de La Constitution de la liberté
décrit l'esquisse d'un schéma qui pourrait préfigurer le diagramme de
Nolan : « si nous voulons faire un schéma, il serait plus approprié de
disposer [conservateurs, socialistes et libéraux] en triangle, les
conservateurs occupant l'un des angles, les socialistes tirant vers un
second, et les libéraux vers un troisième. » [1]
Citation
« Les libéraux ne sont pas à droite, ils sont « ailleurs » et
on ne peut pas leur appliquer des étiquettes - droite ou gauche - dont
seuls les constructivistes peuvent être affublés. » (Pascal Salin[2])
D) - Fascisme et les "Nationalopithèques" illibéral & anticapitaliste
Le fascisme (en italien fascismo, de fasci, faisceaux, en référence au symbole de la Rome antique) est un mouvement politiquenationaliste, antilibéral et corporatiste d'origine italienne.
Selon Henri Lepage, même s'il n'abolit pas officiellement le principe de la propriété
privée des biens de production, le fascisme s'identifie à une politique
économique et industrielle qui aboutit au contrôle des principales
activités économiques par l'État et transfère à des bureaucraties
publiques ou corporatives l'essentiel des attributs réels de la
propriété. Un cas de figure qui, somme toute, est assez proche de celui
des sociétés socialistes.
Benito Mussolini, le fondateur de l'idéologie, définit ainsi le fascisme :
« La base de la doctrine fasciste est la conception de
l'État. Pour le fascisme, l'État est un absolu en face duquel
l'individu et les groupes sont le relatif. Sans l'État, il n'y a pas de nation.
Pour le fasciste tout est dans l'État et rien d'humain et de spirituel
n'existe hors de l'État, pas d'individus, pas de groupes [...] l'État fasciste s'attribue aussi le domaine économique. Le corporatisme dépasse le libéralisme, il crée une nouvelle synthèse où tous les intérêts sont conciliés dans l'unité de l'État. Seule la guerre porte au maximum de tension toutes les énergies humaines et imprime un sceau de noblesse aux peuples qui l'affrontent. » — Benito Mussolini[1]
Cette place dévolue à l’État tout-puissant par le fascisme le différencie du nazisme, pour lequel l’État n'est qu'un instrument au service de l'idéologie au lieu d'être une fin en soi.
Dès le début du XXe siècle, la révision « antimatérialiste » du marxisme opérée par Georges Sorel constitue un élément fondamental de la synthèse fasciste. Ce socialisme sorélien est une philosophie de l'action fondée sur l'intuition, sur le culte de l'énergie et de l'élan. Le mythe de la violence
constitue chez Sorel un « facteur essentiel du marxisme ». Elle n'est
pas un expédient mais une valeur éthique et esthétique permanente qui
« peut engendrer les éléments d'une civilisation nouvelle propre à un
peuple de producteurs ». (Réflexions sur la violence).
Ce socialisme nouveau n'a besoin du prolétariat
qu'aussi longtemps qu'il considère celui-ci comme capable de remplir sa
fonction d'agent révolutionnaire. Lorsque ce prolétariat montrera en
Occident son incapacité à prendre le pouvoir,
le socialisme de ces penseurs restera révolutionnaire, alors que celui
du prolétariat a cessé de l'être. Entre le prolétariat et la révolution,
ils choisiront la révolution. Dans les années qui précèdent la guerre,
il ne reste plus aux soréliens qu'à remplacer le prolétariat défaillant
par la grande force montante, la nation dans toutes ses classes
rassemblées.
Ainsi se fait la synthèse naturelle entre ce socialisme nouveau qui découvre la nation
comme agent révolutionnaire et le mouvement nationaliste, qui se dresse
lui aussi contre les injustices sociales, et qui considère que la
nation ne sera entière que lorsqu'elle aura intégré en son corps le
prolétariat. Ainsi se rencontrent les soréliens et les maurassiens, pour
nous en tenir au cas français. La revue L'Indépendance en est le point focal en 1911-1913, puis le projet avorté de La Cité française, annoncé dans les Cahiers du cercle Proudhon, dirigés par le socialiste sorélien Edouard Berth et le maurassien Georges Valois.
Leur éthique est nouvelle, elle se veut créatrice d'un monde
nouveau, viril, héroïque, pessimiste et puritain, fondé sur le sens du
devoir et du sacrifice.
Par ailleurs, ce processus de transition du socialisme le plus
intransigeant au fascisme n'est pas limité aux soréliens de stricte
obédience. Hubert Lagardelle, directeur du Mouvement socialiste, n'est
pas un sorélien. Or cette revue ne craint pas de se lancer dans
l'antisémitisme. Lagardelle passera par le Faisceau de Georges Valois,
premier grand parti fasciste en dehors d'Italie fondé en 1925, et le
frontisme de Gaston Bergery, une des nombreuses formules de fascisme de
gauche dans les années 1930, avant de devenir ministre du Travail du
maréchal Pétain.
Citons aussi Gustave Hervé, directeur de la Guerre sociale,
hebdomadaire d'extrême gauche, antimilitariste, antipatriote, en révolte
permanente contre la démocratie. La guerre de 1914 lui apporte la preuve que le moteur de l'Histoire n'est pas la classe mais la nation. Son hebdomadaire deviendra La Victoire,
titre que gardera l'ancien journaliste gauchiste quand il sera, un
quart de siècle plus tard, le premier journal à reparaître dans Paris
occupé. Ce même Hervé est le fondateur du Parti socialiste national
(PSN), où il est secondé par Alexandre Zévaès, ancien député de l'Isère,
guesdiste militant.
Le fascisme italien
Cependant, c'est en Italie que le sorélisme s'épanouit, trouve ses
assises sociologiques et nourrit une véritable force révolutionnaire. À
la fin de 1902, Arturo Labriola fonde une revue hebdomadaire, Avanguardia Socialista,
qui devient le porte-parole de l'extrême gauche du mouvement socialiste
qui s'oppose à la politique réformiste de Turati : il adopte la théorie
de la violence prolétarienne de Sorel, dont le grand protagoniste sera
Sergio Panunzio. En 1905, Enrico Leone et Paolo Mantica fondent Divenire Sociale,
et un an plus tard, l'un des futurs idéologues les plus importants du
fascisme, Angelo Oliviero Olivetti, fonde une autre revue syndicaliste
révolutionnaire, Pagine Libere. La convergence entre les nationalistes et les syndicalistes naît autour de la revue La Lupa fondée en octobre 1910.
La synthèse se fait sur les mêmes bases qu'en France : d'une part, le refus de la démocratie et du libéralisme,
des valeurs dites bourgeoises, d'autre part, le culte de l'héroïsme, du
vitalisme. Robert Michels, figure de proue de l'aile gauche de la
social-démocratie d'outre-Rhin, Allemand italianisé, sera un des tout
premiers théoriciens du fascisme jusqu'à sa mort
en [1935]. Il faut une élite capable de conduire les masses au combat.
Michels apporte, avec dans une moindre mesure Pareto et Mosca, au
fascisme la caution des jeunes sciences sociales.
Pendant les années de la Première Guerre mondiale, le syndicalisme
révolutionnaire se développe en syndicalisme national. Ce syndicalisme
nouveau n'est plus, comme le dit Panunzio, un syndicalisme
révolutionnaire, négatif, partiel, ouvrier, mais un syndicalisme
réunissant toutes les classes sociales. Tous les syndicalistes
révolutionnaires ne seront pas fascites. Ernesto Cesare Longobardi
adhérera au Parti communiste, Alceste De Ambris rompra finalement avec
Mussolini. Labriola et Leone, après quelques années de collaboration,
auront des positions très critiques envers le régime mussolinien. Mais
tous les autres syndicalistes révolutionnaires importants, Michels,
Panunzio, Olivetti, Lanzillo, Orano, Paolo Mantica, Michele Bianchi,
Edmondo Rossoni, Cesare Rossi, Umberto Pasella, Tullio Masotti, Ottavio
Dinale, seront fascistes militants et leur fidélité ne faillira pas.
Sans être syndicaliste révolutionnaire dans le sens strict du
terme, Mussolini appartient à ce courant idéologique. Certes de 1910 à
1914, alors qu'il monte rapidement en grade -- de leader socialiste
provincial, il devient le chef de la gauche révolutionnaire du Parti
socialiste et directeur d'Avanti --, Mussolini entre en conflit avec les
socialistes révolutionnaires qui, eux, viennent de quitter le Parti.
Mais Mussolini ne les attaque que sur des questions de tactique politique, non d'idéologie.
Dès le début de son activité politique, Mussolini accepte les principes
de base du syndicalisme révolutionnaire, et il suit son évolution en
syndicalisme national, puis en fascisme.
Fascisme belge
Dans cette voie franco-italienne, s'engage la nouvelle génération
révisionniste, sortie des tranchées. Le plus fameux de ces hommes est le
Belge Henri de Man. Son ouvrage majeur, Au-delà du marxisme,
aura un énorme succès. Avec de Man revient cette forme de révisionnisme
qui consiste à vider le marxisme de son contenu matérialiste,
déterministe et hédoniste et à le remplacer par diverses formes de
volontarisme et de vitalisme. Les forces profondes sont celles de
l'inconscient et l'humanité marche à coups de mythes et d'images. De Man
fait appel à Freud et Jung, pour rechercher derrière les faits
économiques les réalités psychiques qu'ils expriment. Pour lui,
« l'infériorité sociale des classes laborieuses » ne repose ni sur un
manque d'égalité
politique ni sur les structures économiques existantes, « mais sur un
état psychologique ». Comme Michels, il affirme qu'aucune société n'est
possible sans aristocratie. L'égalité politique et sociale, tout comme
ses dérivées institutionnelles, la démocratie, le parlementarisme et le
système des partis ne peuvent avoir d'existence réelle pour la simple
raison qu'ils sont contraires à ce qu'il y a d'immuable dans la nature
humaine.
Voilà pourquoi ce courant de pensée peut concevoir la révolution
nécessaire non plus comme une révolution sociale et économique mais
comme une révolution psychologique, une révolution morale et
spirituelle. Dans Corporatisme et socialisme (1934), de Man propose la
mise sur pied d'un véritable État corporatif. Ce n'est alors pas un hasard si en juin 1940, de Man, successeur d'Émile Vandervelde, mort en 1938,
à la tête du socialisme belge, accueille avec bienveillance la victoire
nazie comme une « délivrance » et comme la naissance d'un monde
nouveau.
Fascisme français et britannique
Telle est aussi la voie empruntée par Marcel Déat, l'un des grands
espoirs du socialisme français des années 1930. Dans son ouvrage majeur,
Perspectives socialistes, tout comme dans les centaines d'articles que le député de Paris livre à La Vie socialiste, la revue de la droite de la SFIO, Déat théorise le corporatisme
d'un État autoritaire d'où sont bannies les faiblesses de la démocratie
libérale, notamment le parlementarisme. Déat et ses camarades lancent
rapidement une campagne antimarxiste, dès 1930 : en 1933, ils font
scission sur des slogans et un programme -- « Ordre, autorité, nation »
-- qui associent l'autoritarisme politique au nationalisme et
l'anti-individualisme à l'anti-marxisme.
Il y a encore une autre filière commune aux socialistes
révisionnistes et à ces éléments de la gauche non marxiste ou
antimarxiste, tels le travaillisme britannique ou le Parti radical
français, qui cherchent eux aussi une réponse à la crise du capitalisme.
Le brillant ministre britannique Oswald Mosley et le jeune radical
français Bertrand de Jouvenel constatent ainsi l'échec du libéralisme politique des années 1930. Tous participent de la volonté fasciste de briser le libéralisme bourgeois, le socialisme prolétarien et marxiste, les antagonismes de classes.
Mosley s'emploie ainsi à entraîner le Parti travailliste vers le
national-socialisme. Membre du gouvernement McDonald de 1929, il
constituera la British Union of Fascists. En mars 1931, il jette les
bases d'une nouvelle formation politique, le New Party, qui évolue
progressivement vers le fascisme.
La démarche de Jouvenel est plus mesurée : après le 6 février 1934, il rompt avec le Parti radical et lance un hebdomadaire, La Lutte des jeunes,
et clame, avec Drieu La Rochelle, ou Jacques Doriot, leader du Parti
populaire français (PPF), sa volonté d'ériger un système politique
autoritaire, d'où sont éliminés les partis politiques et les groupes de
pression. Jouvenel quitte le PPF à l'époque des accords de Munich : il
s'en va en compagnie de tous les autres intellectuels fascistes, Drieu
ou Paul Marion, communiste et ministre à Vichy. En 1941, dans un ouvrage
intitulé Après la défaite, Jouvenel accueille le triomphe nazi comme une victoire de l'esprit.
Intéressant également est le cas de Pierre Biétry, ancien
secrétaire général des Jeunesses communistes (JC) et qui porte
l'uniforme nazi sur le front de l'Est. Député communiste depuis 1924,
maire de Saint-Denis, Doriot est candidat au poste de secrétaire général
du PCF. Staline lui préfère Maurice Thorez. Des 8 membres du premier
bureau politique du PPF formé en novembre 1936, 7 viennent de l'extrême
gauche, 6 sont des anciens communistes.
La filière maurassienne du fascisme est beaucoup mieux connue. Par le biais de revues, dont la plus connue est Je suis partout,
elle sera, à l'écart des organisations, le laboratoire intellectuel le
plus remarqué du « collaborationnisme » de l'Occupation. On l'a dit,
c'est Georges Valois qui fonde, en 1925, le premier mouvement fasciste
structuré en dehors d'Italie, le Faisceau. Le prolétariat, bien intégré à la communauté nationale, accepte le leadership industriel de la bourgeoisie,
mais l'État fort, autoritaire, maître de l'économie, sera le véritable
tribun du peuple, et assurera la défense de celui-ci contre les grands
et les puissants.
Pour tous, ceux qui se revendiquent fascistes, comme Drieu La
Rochelle ou Robert Brasillach, ou ceux qui ne se définissent pas comme
fascistes, comme l'équipe de Combat avec Jean Fabrègues et Maurice
Blanchot, et conduite par Thierry Maulnier, comme pour les hommes de la
génération du tournant du siècle, le fascisme a été bien autre chose
qu'une simple défense bourgeoise.
Le fascisme a cristallisé, plus peut-être que toute autre idéologie, les haines du libéralisme. Son origine, par essence située à gauche
de l'échiquier politique, n'est sans doute pas le fruit du hasard. Elle
marque un avatar supplémentaire, quoique inédit, de la lutte que
livrent depuis bien longtemps les corporatismes autoritaires au libéralisme.
Fascisme contemporain
Pour un certain nombre de libertariens, l'étatisme contemporain n'est qu'une forme de fascisme, habilement caché par le masque de l’habitude :
« Le fascisme est le système de gouvernement qui
cartellise le secteur privé, planifie l’économie en vue de subventionner
les producteurs, exalte l’État policier comme source de l’ordre, nie
les droits et les libertés fondamentales des individus, et fait de
l’exécutif le maître sans bornes de la société. Cela décrit le courant
dominant de la politique en Amérique aujourd’hui. Et pas seulement en
Amérique. C’est également vrai en Europe. Cela fait tellement partie de
la pensée dominante qu’on ne s’en rend pratiquement plus compte. […] Si
le fascisme nous est invisible, c’est vraiment le tueur silencieux. Il
greffe sur le marché libre un État énorme, violent et pesant qui draine
son capital et sa productivité comme un parasite mortel
sur son hôte. C’est pourquoi l’État fasciste a été appelé l’économie
vampire. Il suce la vie d’une nation et conduit une économie jadis
prospère à une mort lente. » — Llewellyn H. Rockwell, Qu’est-ce que le fascisme ?
Mussolini ne traçait d'ailleurs pas de frontière nette entre fascisme, étatisme et totalitarisme :
« Pour le fascisme, tout est dans l'État et rien
d'humain ou de spirituel n'existe et encore moins n'a de valeur en
dehors de l'État. En ce sens le fascisme est totalitaire, et l'État
fasciste, la synthèse et l'unité de toutes les valeurs, interprète,
développe et donne pouvoir à tous les aspects de la vie d'un peuple. »
Certains libéraux estiment que l'étatisme à la française, gaulliste ou bonapartiste, relève d'une sorte de fascisme :
« Le bonapartisme
est tout à la fois l'anticipation et la version française du fascisme.
[...] Le bonapartisme escamote la souveraineté du peuple dont il prétend
émaner. » — Raymond Aron
John T. Flynn décrit huit caractéristiques de l'État fasciste, qui se retrouvent dans les démocraties contemporaines :
L’État est totalitaire parce qu’il n’admet aucune restriction à ses pouvoirs.
L’État est une dictature de fait basée sur le principe de commandement.
L’État administre un système capitaliste au moyen d’une énorme bureaucratie.
Les producteurs sont organisés en cartels à la manière du syndicalisme.
La planification économique est basée sur le principe d’autarcie.
L’État entretient la vie économique en dépensant et en empruntant.
Le militarisme est un pilier de la dépense publique.
Les dépenses militaires ont un but impérialiste.
Umberto Eco[2] constate que « le fascisme est devenu une synecdoque, la dénomination pars pro toto
de mouvements totalitaires différents. » Il indique 14 archétypes qui
relèvent d'un « fascisme primitif et éternel » : culte de la tradition,
refus du modernisme, culte de l’action pour l’action (penser est une
forme d’émasculation), refus de toute critique, recherche du consensus
(peur de la différence), appel aux classes moyennes frustrées, nationalisme
et obsession du complot, sentiment d'humiliation devant la richesse
ostentatoire et la force de l’ennemi, recherche d’une guerre permanente
contre un ennemi intérieur et extérieur, élitisme, culte de l’héroïsme,
rôle important du sexe et du machisme, populisme qualitatif et utilisation d’une novlangue.
Citations
« La conception fasciste de la vie insiste
sur l’importance de l’État et n’accepte l’individu que pour autant que
ses intérêts coïncident avec ceux de l’État. Cette conception s’oppose
au libéralisme classique
qui écarte l’État au nom de l’individu ; le fascisme réintroduit les
droits de l’État comme étant l’expression de la véritable essence de
l’individu. Si le libéralisme défend l’individualisme, le fascisme
défend le gouvernement. » — Benito Mussolini
« Le fascisme est absolument opposé aux doctrines du libéralisme,
à la fois dans la sphère politique et dans la sphère économique. L’État
fasciste veut gouverner dans le domaine économique pas moins que dans
les autres ; cela fait que son action, ressentie à travers le pays de
long en large par le moyen de ses institutions
corporatives, sociales et éducatives, et de toutes les forces de la
nation, politiques, économiques et spirituelles, organisées dans leurs
associations respectives, circule au sein de l’État. » — Benito Mussolini
« Dans ce qu’on appelle l’homme, le fascisme
considère la nation et la patrie, les individus et les générations se
trouvant unis, dans une même tradition et dans une même mission, par une
loi morale qui supprime l’instinct de la vie maintenu dans le cercle
étroit du plaisir, pour instaurer dans le devoir une vie supérieure,
libérée des limites du temps et de l’espace : une vie où l’individu, par
l’abnégation de lui-même, par le sacrifice de ses intérêts particuliers, par la mort même, réalise cette existence toute spirituelle qui fait sa valeur d’homme. » — Benito Mussolini, La Doctrine du fascisme, 1938
« Accusez vos adversaires de fascisme, le
temps qu’ils se justifient, vous avez tout le loisir de leur porter de
nouvelles attaques. » — Dmitri Manouilsky, un des dirigeants du Komintern
« Le fascisme est totalitarisme
et ne saurait être rien d’autre. Son éclectisme lui permet de tout
admettre, excepté une chose : la discussion. La discussion le tuerait à
l’instant. » — Carlo Sforza
« En Italie les fascistes se divisent en deux catégories : les fascistes et les antifascistes. » — Ennio Flaiano
« Fascisme et communisme ne sont pas deux opposés, ce sont deux gangs rivaux qui se disputent le même territoire. Tous les deux sont des variantes de l'étatisme, fondés sur le principe collectiviste que l'homme n'a pas de droits et est l'esclave de l’État. » — Ayn Rand
« Les fascistes de demain s'appelleront eux-mêmes antifascistes. » — Winston Churchill
« Si les néoconservateurs et les
progressistes comprenaient vraiment le fascisme, ils cesseraient
d’utiliser ce terme à la va-vite. En effet, les deux groupes, comme une
majorité du personnel politique, embrassent des idées et des politiques
fascistes. L’une des caractéristiques du fascisme est une économie
mixte. Contrairement aux socialistes et aux communistes qui cherchent à
écraser l’entreprise privée, les fascistes sont satisfaits de pouvoir
maintenir les entreprises entre des mains privées. Les fascistes ont
recours à des régulations, à des mandats et à des taxes pour contrôler
les entreprises - et ruiner l’économie. Un système fasciste est un
système au sein duquel les entreprises servent les politiciens et les
bureaucrates plutôt que les consommateurs. » — Ron Paul
« La conception fasciste de la vie, dit
Mussolini, « n'admet l'individu que dans la mesure où ses intérêts
coincident avec ceux de l'État ». Le communisme l'admet-il à d'autres
conditions ? Reconnaît-il au travail, à la propriété, à la pensée, à la
foi et à la parole le moindre droit qui ne coincide pas avec les
intérêts de l'État ? Il ne saurait en reconnaître. L'idéal suprême, le
but pragmatique, l'inévitable destinée de tout véritable collectivisme
ont été annoncés par Mussolini, qui, au cours de sa vie, a professé
toutes les variétés de collectivisme : « Tout dans l'État, rien en
dehors de l'État, rien contre l'État ». » — Walter Lippmann, La Cité Libre
« Le bonapartisme
est tout à la fois l'anticipation et la version française du fascisme.
[...] Le bonapartisme escamote la souveraineté du peuple dont il prétend
émaner. » — Raymond Aron
« Le fascisme n'était qu'une autre variété de
socialisme. Le mot « nazi » était un acronyme pour le socialisme
national. Les socialistes allemands se sont distingués des socialistes
russes en qualifiant leur variété de socialisme de « national » par
opposition à « international ». » — Thomas DiLorenzo, What Are Socialism’s Dirty Secrets That Must Be Kept From America’s Youth?, 20/03/2019
Informations complémentaires
Notes et références
Mussolini, Œuvre et discours (1938), Flammarion
Umberto Eco, Reconnaître le fascisme, Grasset, 2017.
Bibliographie
1988, Walter Laqueur, dir., "Fascism: a Reader’s Guide", London: Wildwood House
1996, Stanley G. Payne, "A History of Facism", Madison: University of Wisconsin Press
L'islamisme est un courant de pensée de l'islam, essentiellement politique, apparu au XIXe siècle et qui s'est largement développé au cours du XXe siècle.
Un fondamentalisme islamique
L'érudit jésuite égyptien Henri Boulad définit le fondamentalisme islamique (frères musulmans, salafistes...) par les trois caractéristiques suivantes[1] :
le Coran est considéré comme incréé (donc intouchable) ;
les versets médinois (belliqueux et fermés) remplacent les versets mecquois (mystiques et ouverts) ;
l'interdiction du libre examen en matière religieuse (fermeture de la porte de l'ijtihâd au Xe siècle[2])
Selon lui, dans un but de conquête du monde, les islamistes s'appuient sur la dénonciation de « l'islamophobie » et de la laïcité, en utilisant le mensonge (autorisé en vertu de la taqîya[3] quand il permet de faire progresser l'islam).
La différence entre fondamentalistes et musulmans tient au fait
que les fondamentalistes souhaitent rétablir la charia (la loi islamique
telle qu'elle découle du Coran et de la « tradition du Prophète ») et
un État islamique. Ils sont donc clairement ennemis de toute vision libérale
de la société, car la charia est clairement contraire aux droits de
l'Homme (statut inférieur des femmes et des non-musulmans, mise à mort
des apostats et des incroyants, etc.[4]). La version musulmane des Droits de l’Homme subordonne ainsi tous les droits individuels à la loi divine[5].
Historiquement, peu d'États musulmans ont appliqué la charia dans toute
sa rigueur, et un droit différent s'y appliquait (par exemple les kanuns, codes de lois édictés par les califes et sultans de l'ancien empire ottoman).
Islamisme et islam
Plusieurs islamologues[6]
ou adversaires de l'islam refusent de distinguer entre islam et
islamisme (ils rappellent que le même mot était employé jusqu'au XXe siècle[7]) :
ils arguent qu'il est impossible à un musulman pondéré de résister aux
menées islamiques, car les fondamentalistes peuvent toujours s'appuyer
sur la lettre du Coran (ou les hadiths, propos attribués au prophète de
l'islam) pour justifier leur fanatisme et dénoncer les modérés comme de
mauvais musulmans [8].
Pour eux, l'Occident s'abuse en voulant séparer la charia de l'islam,
car « la charia sous ses différentes formes, et avec toutes ses règles,
fait partie intégrante de la religion[9] ».
Pour les plus critiques, le germe du fondamentalisme est présent dans
la culture musulmane et dans l'enseignement qui en est fait :
« Tous les enfants apprennent l’islam
au début de leur scolarité, et sont ainsi immergés dès leur plus jeune
âge dans la violence véhiculée par le Coran. À défaut de laisser les
enfants libres de ne pas étudier l’Islam, au moins pourrait-on mieux
expliciter les textes appelant à tuer les non-musulmans, afin de ne pas
générer de nouveau kamikazes. Mais ce système éducatif ne craint pas de
fabriquer des générations entières acquises à l’Islam dans sa forme la
plus radicale. » (Waleed Al-Husseini, Blasphémateur !, Grasset, 2015)
« La frontière est très perméable entre
le musulman pieux, l’islamiste militant et le terroriste islamique. Ils
se nourrissent du même livre. » (Waleed Al-Husseini,15/11/2015)
« L’islam est à l’islamisme ce que l’alcool est à l’alcoolisme. » (Hamed Abdel-Samad, Le Fascisme islamique, 2014)
« Le fait est que beaucoup de musulmans
souhaitent le pluralisme, la tolérance et la démocratie. Mais ils sont
déchirés entre leur appartenance à la Ummah - la communauté mondiale des
musulmans - et les attraits du mode de vie occidental. Ils sont
déchirés entre les codes culturels de l'Occident et ceux qu'ils
partagent avec leurs coreligionnaires. Et quand il s'agit de prendre
position publiquement, leur fidélité va trop souvent au Coran et à la
charia. » (Howard Bloom, 2017, interview par Grégoire Canlorbe)
Pour le philosophe Rémi Brague, la distinction entre islam et
islamisme est fausse, au vu des sources islamiques et du comportement
violent du prophète[10].
Jean-François Revel[11]
critique le manque de tolérance propre à l'islam, et le fait que les
musulmans modérés soient en réalité minoritaires. Il en voit la preuve
dans la liesse générale qui aurait régné dans le monde musulman (y
compris en France) après les attentats du 11 septembre 2011, et
l'absence totale de réaction des modérés contre les excès islamiques.
Islamisme et jihad
L’islamisme jihadiste est issu de l’islam sunnite, plus précisément
d’un courant dominant et officiel dans les pays sunnites du Golfe. Il
n’a jamais été dénoncé dans ses fondements théologiques et canoniques
par ceux qui contrôlent les lieux saints (haramaïn) de l’islam (Arabie saoudite).
Pour certains, il s'agit d'une « maladie qui gangrène le corps même de
l’islam » (selon le théologien libéral Soheib Bencheikh) depuis des
siècles (avant même la colonisation), une maladie issue de l’intérieur
même de l'Oumma. Certains analystes distinguent trois stades dans le
jihad[12] :
jihad camouflé : quand les musulmans sont très minoritaires,
l'islam se borne à un message de tolérance et de paix (analogue à celui
du prophète au début de sa période mecquoise) ;
jihad défensif : quand la minorité devient importante, elle peut se
déclarer opprimée ou victime, et combattre ses adversaires par la
violence (la notion d'oppression est très large, elle inclut la simple
critique et l'islamophobie) ; cela correspond à la période médinoise du prophète ;
jihad offensif : en position majoritaire, avec la détention du pouvoir politique, tout non-musulman est un ennemi qui doit être tué (chrétiens et juifs exceptés s'ils acceptent de payer la jizyah).
Il existe également un extrémisme fondamentaliste, le takfirisme, doctrine violente et terroriste.
L’islamisme [...] tiendra au XXIe siècle un rôle géopolitique similaire à celui du communisme au XXe
siècle, et polluera la vie politique occidentale, et surtout européenne
durant les quarante prochaines années comme le communisme le fit au
lendemain de la Seconde guerre mondiale. (Philippe Fabry, Erdogan : un Staline musulman, 24/05/2019)
Quand le mur de Berlin
est tombé, si vous aviez dit que quinze ans plus tard la situation
serait redevenue une opposition jumelle entre deux forces et que l’une
de ces forces serait nommée islam, les gens vous auraient ri au nez.
(René Girard)
L'existence
de cette fermeture de l'ijtihâd est contestée, certains spécialistes
affirment qu'elle ne s'est jamais produite, et qu'il y a toujours eu
diverses interprétations de l'islam, y compris au plan juridique. Voir
par exemple Comprendre l'islam (ou plutôt : pourquoi on n'y comprend rien), Adrien Candiard, Flammarion, 2016.
La
taqîya (arabe : taqīya, تقيّة) désigne aussi bien des manœuvres de
dissimulation (mentir pour se protéger, y compris feindre l'apostasie)
que la tromperie active (duper l'ennemi). Du fait que la guerre contre
les infidèles est une affaire perpétuelle, la taqîya en est un élément
essentiel. Elle s'exerce aussi entre musulmans, par exemple pour des
chiites vivant parmi des sunnites.
Voir à ce sujet le manuel classique de la charia d'Ahmad ibn Naqib al-Misri : عمدة السالك وعدة الناسك, Reliance of the Traveller (1368), Amana publications [1].
Par exemple Ibn Warraq (Pourquoi je ne suis pas musulman, 1999) ou Anne-Marie Delcambre (La schizophrénie de l'islam, 2006).
Un auteur ésotérique tel que René Guénon (1886-1951) parle constamment d'islamisme, et non d'islam.
« L’islam
c’est l’islamisme au repos et l’islamisme, c’est l’islam en mouvement.
C’est une seule et même affaire » (Ferhat Mehenni, président du
gouvernement provisoire kabyle).