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octobre 26, 2026

Les origines et le destin de la souveraineté numérique ! Tôt ou tard, l’Europe devra choisir entre ouverture et dépendance, ou se laisser faire ce choix

Les origines et le destin de la souveraineté numérique 

Tôt ou tard, l’Europe devra choisir entre ouverture et dépendance, ou bien ce choix sera fait pour elle.

 En juin 2023, Sam Altman, PDG d'OpenAI, s'est rendu à New Delhi pour s'adresser aux entrepreneurs et aux investisseurs. Lorsqu’on lui a demandé si trois ingénieurs indiens dotés de 10 millions de dollars pourraient construire quelque chose de comparable à OpenAI, sa réponse a été sans détour : il était « totalement désespéré » pour des start-ups disposant de ressources limitées de rivaliser avec des acteurs établis dans le développement de modèles de fondation. Dix-neuf mois plus tard, la start-up chinoise DeepSeek démontrait qu’un modèle leader pouvait être formé à une fraction du coût que beaucoup dans la Silicon Valley considéraient comme essentiel.

  

De toute évidence, Altman avait tort d’universaliser la structure des coûts de la Silicon Valley, mais son argument plus général reste valable : bâtir une industrie numérique indépendante est extrêmement difficile. 

 Cette asymétrie reste une caractéristique déterminante du paysage technologique mondial. Parmi les principales économies mondiales, seules deux – la Chine et la Russie – ont réussi à créer des écosystèmes numériques considérablement isolés des plateformes américaines. D’autres économies, comme l’Inde et le Brésil, disposent de vastes réserves de talents, de capitaux abondants et de vastes marchés, mais rien n’approche le même degré d’autonomie technologique. 

 Cet écart reflète l’économie des marchés numériques, où servir un utilisateur supplémentaire d’un moteur de recherche, d’un réseau social ou d’un vaste modèle linguistique ne coûte presque rien. Renforcés par les effets de réseau, les coûts marginaux proches de zéro ont tendance à produire des monopoles naturels dans la mesure où les premiers arrivants accumulent les utilisateurs, les données, la distribution et les talents en ingénierie plus rapidement que leurs concurrents ne peuvent rattraper leur retard. À mesure que les rendements s’accumulent, l’écart se creuse. 

 Sur la plupart des marchés numériques, le premier entrant vient des États-Unis. Une fois qu’une telle plateforme atteint une masse critique, la concurrence locale devient structurellement improbable, non pas en raison d’un manque de talents, mais parce que les coûts marginaux proches de zéro laissent peu de place à des alternatives viables. Lorsqu’un produit est déjà gratuit, formé sur beaucoup plus de données et profondément ancré dans les habitudes des utilisateurs, une concurrence significative est effectivement exclue. Dans ces conditions, le seul moyen fiable de soutenir la concurrence nationale est d’empêcher les entrants étrangers d’établir une position dominante avant que les entreprises locales ne puissent se développer. 

 C’est exactement ce que la Chine a fait, même si sa souveraineté numérique n’a pas été initialement conçue dans le cadre d’une stratégie industrielle. Au début des années 2000, le gouvernement chinois s’est concentré principalement sur le contrôle des flux d’informations plutôt que sur la formation de champions nationaux de la technologie. En 2009 encore, Google détenait 40 % du marché chinois de la recherche.

 À l’époque, la préoccupation première des autorités chinoises était de limiter la contestation politique, et non de réduire la dépendance économique ; les entreprises étrangères pouvaient donc détenir des parts importantes dans des sociétés technologiques locales. Yahoo, par exemple, a investi un milliard de dollars dans Alibaba en 2005, acquérant ainsi une participation de 40 % dans ce qui était déjà l’une des entreprises les plus prometteuses de Chine. 

C’est précisément ce qui rend la trajectoire numérique de la Chine si instructive. Il n’existait aucun plan directeur prévoyant que des entreprises comme Tencent ou ByteDance deviendraient des géants de la technologie, ni aucune feuille de route claire pour bâtir un Internet grand public autonome. Le « Grand Pare-feu » a été érigé à des fins politiques ; ses répercussions économiques n’étaient, au départ, qu’accessoires. 

À la suite des émeutes d’Urumqi, dans le Xinjiang, en juillet 2009, la Chine a considérablement durci le contrôle de son Internet. Facebook et Twitter ont été bloqués, tandis que YouTube — déjà soumis à des restrictions intermittentes — est devenu définitivement inaccessible. Refusant de se plier aux exigences de censure du gouvernement, Google s’est, de fait, retiré du marché chinois. 

 Le vide ainsi créé dans la sphère numérique chinoise ne s’est pas comblé du jour au lendemain. Il a été progressivement occupé par des plateformes locales, portées par l’écosystème de réseaux sociaux en pleine expansion de Tencent et par l’infrastructure numérique plus vaste d’Alibaba. WeChat, lancé en 2011, a permis de consolider ce paysage fragmenté en une plateforme unique et intégrée. 

 Les entreprises américaines se sont retrouvées exclues. À ce jour, la participation de 40 % de Yahoo dans Alibaba — qui a atteint une valeur bien supérieure à 100 milliards de dollars à son apogée et a fini par générer environ 40 milliards de dollars de gains — demeure l’une des erreurs de calcul géopolitique les plus coûteuses de l’histoire des entreprises, laissant Yahoo en marge d’un marché qu’il avait pourtant contribué à bâtir. 

Une fois qu’elles ont atteint une envergure nationale, les entreprises chinoises ont entrepris une démarche à laquelle les plateformes américaines avaient rarement été contraintes : reconstruire elles-mêmes des pans entiers de leur infrastructure technologique. Ce projet, baptisé « de-IOE », visait à remplacer les ordinateurs centraux (mainframes) d’IBM, les bases de données d’Oracle et les systèmes de stockage d’EMC au sein des secteurs bancaire et manufacturier. 

 Cette transition, motivée par des impératifs de sécurité nationale, a été renforcée par des mesures politiques. En 2014, une directive du gouvernement chinois a fixé pour objectif de placer, d’ici 2019, 75 % des technologies utilisées par le secteur bancaire sous contrôle national. Il en a résulté un écosystème conçu localement — d’AliSQL à OceanBase, entre autres — qui a conféré à la Chine une autonomie bien plus grande sur l’ensemble de la chaîne technologique, des applications et de l’infrastructure cloud aux logiciels d’entreprise fondamentaux. En d’autres termes, le passage à l’échelle a précédé la souveraineté. 

La Russie est parvenue à un résultat similaire par des voies différentes. Tout comme en Chine, l’implication initiale de l’État dans ce secteur ne relevait pas principalement d’une politique industrielle. Le moteur de recherche Yandex a vu le jour à la fin des années 1990 et a été constitué en société indépendante en 2000, tandis que le réseau social VKontakte a été lancé en 2006, bien avant l’adoption de lois sur la souveraineté numérique. 

 La survie de ces entreprises ne découle pas uniquement d’une planification étatique. Les barrières linguistiques ont conféré aux services locaux un avantage précoce sur les plateformes américaines, les fondateurs russes ciblant des utilisateurs dont l’expérience numérique était déjà façonnée par leurs propres sensibilités culturelles, leurs habitudes et leurs modes de recherche. 

 Cet écosystème numérique national a par la suite été institutionnalisé par la loi sur « l’Internet souverain » de 2019, puis davantage consolidé par les sanctions économiques imposées à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Toutefois, cette protection n’a pas pris, au départ, la forme d’une politique industrielle explicite. Les barrières linguistiques et réglementaires ont suffi à offrir aux entreprises locales l’espace nécessaire pour se développer. 

 Certes, la trajectoire de la Russie vers la souveraineté numérique a été moins délibérée que celle de la Chine, et elle est allée moins loin. Il n’en demeure pas moins que la leçon structurelle est comparable : lorsqu’un marché est, ne serait-ce que partiellement, protégé de l’emprise des plateformes américaines dominantes, des capacités nationales peuvent émerger.

 Avec une population de 1,4 milliard d’habitants, l’une des plus grandes communautés de développeurs anglophones au monde et une culture entrepreneuriale bien établie, l’Inde aurait dû produire ses propres champions numériques dominants à l’échelle mondiale. Comme la Chine, elle a connu un boom mobile induit par les smartphones, qui lui a permis de dépasser l’ère du PC. 

 Pourtant, si l’Inde a produit des ingénieurs exceptionnels – dont beaucoup, comme Sundar Pichai, PDG d’Alphabet, et Satya Nadella, PDG de Microsoft, dirigent désormais de grandes entreprises technologiques américaines – elle n’a pas produit de plate-forme numérique dominante à l’échelle mondiale. Flipkart, la société de commerce électronique la plus prospère d'Inde, a vendu une participation majoritaire à Walmart en 2018 pour 16 milliards de dollars. La plateforme de covoiturage Ola n’a jamais établi une suprématie décisive sur son plus grand concurrent américain, Uber, et a ensuite subi une forte révision de sa valorisation. Paytm, bien qu’il soit devenu l’une des applications financières les plus téléchargées au monde à son apogée, n’est jamais devenu aussi intégré à l’économie qu’Alipay en Chine. 

 Le seul véritable succès est venu en dehors du marché privé. L’interface de paiement unifiée de l’Inde est une véritable réussite en matière d’infrastructure, mais en tant que système géré par le gouvernement, elle ne rivalise pas directement avec les opérateurs historiques américains. Essentiellement, l’État a réussi là où les entrepreneurs privés ne le pouvaient pas, en créant un système de paiement public que les plateformes étrangères ne pouvaient pas facilement remplacer. 

 En revanche, chaque tentative des fondateurs indiens de rivaliser directement sur des marchés de consommation ouverts se heurtait à la même contrainte : les plateformes américaines sont arrivées avant que les alternatives locales n’aient mûri et les effets de réseau ont fait le reste. Même si la fragmentation, les défis de monétisation, la gouvernance et les niveaux de revenus ont également joué un rôle, l’ouverture a privé les entreprises locales de la demande protégée qui permet à des plateformes privées dominantes d’émerger. 

Le Brésil offre un autre exemple révélateur. Même s’il a donné naissance à de véritables champions du numérique, ceux-ci ont souvent été acquis par des entreprises étrangères avant de pouvoir atteindre une échelle régionale ou mondiale. Buscape, la principale plateforme de comparaison de prix du pays, a été rachetée par le conglomérat sud-africain Naspers en 2009. iFood, développé au sein du studio de start-up mobile Movile, est devenu le premier service de livraison de nourriture d'Amérique latine, mais a finalement été absorbé par Prosus, la branche d'investissement cotée aux Pays-Bas de Naspers, qui détient désormais une participation majoritaire. 

Toutes les entreprises n’ont pas suivi cette voie. Totvs est resté l’un des principaux éditeurs de logiciels d’entreprise, mais n’a jamais atteint l’échelle d’une plateforme grand public. Pendant ce temps, MercadoLibre – la plateforme de commerce électronique la plus performante de la région – a été fondée en Argentine et est entrée sur le marché brésilien en tant que concurrent étranger. 

 Les entrepreneurs brésiliens ont identifié des opportunités, créé des produits compétitifs et atteint une échelle significative. Pourtant, ils n’ont pas pu empêcher les capitaux étrangers, qu’ils soient américains ou sud-africains, de prendre le contrôle au moment même où leurs entreprises prenaient de la valeur. Plutôt que de produire des champions nationaux, l’ouverture des marchés financiers et numériques a laissé les entreprises brésiliennes sous contrôle étranger, avec une grande partie de la valeur réalisée à l’étranger. 

 Comme en Inde, lorsque l’État a construit une infrastructure numérique plutôt que d’attendre l’émergence de champions privés, les résultats ont été sensiblement différents. Pix, lancé par la banque centrale du Brésil en 2020, est rapidement devenu le système de paiement instantané le plus utilisé du pays, démontrant que la souveraineté numérique est possible lorsqu'un pays contrôle une couche fondamentale de l'économie numérique que les opérateurs historiques étrangers ne peuvent pas simplement submerger de capitaux ou d'échelle.

 Toutefois, la protection du marché ne suffit pas. Sans un contrôle national sur les entreprises qui émergent au sein de cet espace protégé, les bénéfices seraient captés ailleurs. 

La même dynamique est aujourd’hui à l’œuvre dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA). Par exemple, DeepSeek a été fondée à Hangzhou, en Chine, en 2023. La même année, la Chine a instauré une réglementation sur l’IA générative, imposant aux services destinés au grand public de s’enregistrer auprès de l’Administration du cyberespace chinoise ; cette mesure a conduit au retrait des applications non conformes des plateformes de téléchargement locales. 

En juillet 2024, OpenAI a coupé l’accès à son API aux développeurs basés en Chine. Cette restriction d’accès aux principaux modèles américains a offert aux entreprises chinoises davantage de marge de manœuvre pour expérimenter et perfectionner leurs propres systèmes. La protection nationale n’étant plus seulement défensive, des sociétés comme Alibaba, Moonshot, MiniMax et ByteDance ont pu passer rapidement de l’imitation au déploiement, avant même que les acteurs étrangers déjà bien établis ne puissent asseoir leur domination. 

L’Union européenne a adopté une approche diamétralement opposée. Les produits d’IA américains ont pénétré rapidement les marchés européens et, malgré quelques frictions réglementaires, n’ont rencontré aucun obstacle structurel comparable. Par conséquent, les start-ups européennes se disputent aujourd’hui des utilisateurs qui ont déjà accès à des produits soutenus par des entreprises ayant investi des milliards de dollars dans les infrastructures de calcul et le développement de modèles. Même Mistral AI, le laboratoire européen de premier plan, cherche à gagner en envergure par le biais de partenariats, plutôt qu’en rivalisant directement avec les géants américains du secteur. 

Ce fait, en soi, est révélateur. Ce que Mistral propose souvent à ses clients européens ne se limite pas à une innovation de pointe ; cela englobe également la souveraineté, l’ouverture et le contrôle. Or, dès lors que cette proposition elle-même dépend de partenariats avec des fabricants de puces américains, le fossé entre le discours de l’UE et sa réalité industrielle devient difficile à ignorer. 

 Les décideurs politiques européens ont consacré des années à tenter de remédier à la dépendance numérique par la voie réglementaire, notamment via le Règlement général sur la protection des données (RGPD), le Règlement sur les marchés numériques (Digital Markets Act) et le Règlement sur l’IA (AI Act). Si le Règlement sur les marchés numériques peut permettre de limiter certains abus de position dominante, aucune de ces législations ne crée les conditions d’une demande protégée, indispensables à l’émergence de champions nationaux. Les coûts de conformité peuvent certes freiner les acteurs en place, mais ils ne permettent pas d’inverser la dynamique du « premier arrivant » (first-mover advantage) qui a consolidé leur position sur le marché. 

La fenêtre temporelle propice à l’émergence de champions numériques s’ouvre tôt et se referme rapidement ; elle nécessite, en règle générale, une forme d’espace de marché protégé pour permettre aux capacités nationales de se développer. La Chine a restreint la concurrence étrangère, intégrant par la suite cette approche à sa stratégie industrielle ; l’Inde disposait des talents, mais pas de la protection nécessaire ; le Brésil, quant à lui, possédait les talents, mais pas les mécanismes de contrôle des capitaux. L’Europe, pour sa part, consacre bien plus d’énergie à débattre de l’éthique de l’intelligence artificielle qu’à créer les conditions industrielles indispensables pour être compétitive.

 Cela ne veut pas dire que l’Europe devrait imiter la Chine ou la Russie. Cela signifie simplement que la souveraineté requiert un certain degré de préférence. L’UE peut choisir de protéger des couches spécifiques de son marché – données, secteurs réglementés, marchés publics et infrastructures critiques – et accepter les coûts à court terme d’une ouverture réduite comme le prix d’une capacité à long terme. Alternativement, il peut rester ouvert et accepter un certain niveau de dépendance structurelle à l’égard de la technologie américaine. 

 Ce que l’UE ne peut pas faire, malgré une décennie d’efforts, c’est réguler sa voie vers la souveraineté numérique tout en laissant inchangées les conditions d’accès au marché. Cette tension n’est pas nouvelle. Dans son arrêt Schrems II de 2020, la Cour de justice de l’UE a invalidé le Privacy Shield, le principal cadre de transfert de données entre l’UE et les États-Unis, au motif que la loi américaine en matière de surveillance et l’absence de recours judiciaires efficaces ne répondaient pas aux normes de l’UE, en particulier celles fixées par le RGPD et la Charte des droits fondamentaux. 

 Malheureusement, au lieu de tirer la conclusion qui s’impose, l’UE a négocié un nouveau cadre en 2023, en s’appuyant sur les engagements exécutifs de l’administration de l’ancien président américain Joe Biden, dont le sort sous la présidence américaine de Donald Trump reste incertain. Pour un bloc disposé à abolir son propre cadre de transfert de données pour des raisons de souveraineté, sous-traiter la politique numérique à un autre gouvernement n’est pas une approche durable. Tôt ou tard, l’Europe devra choisir entre ouverture et dépendance, ou se laisser faire.

 Robin Rivaton

 

 Robin Rivaton est directeur général de Stonal, une entreprise technologique européenne, conseiller auprès de la confédération française des entreprises, le Mouvement des Entreprises de France et affilié au groupe de réflexion Fondapol, basé à Paris. Il est l'auteur de huit livres.

 https://www.fondapol.org/decryptage/the-origins-and-fate-of-digital-sovereignty/

juillet 14, 2026

14 Juillet 2026, un défilé Franco-Ukrainien !

 Sommaire:
 
A) - 14 Juillet 2026 : Que viennent faire les QR codes et les soldats ukrainiens dans le défilé de la fête nationale française ?
 
B) - Réformer nos jours fériés pour libérer le travail, sanctuariser le 14 juillet pour fédérer la Nation
 
C) - 14 Juillet 1789 : La Révolution française ou le suicide géopolitique du premier royaume d’Europe ? 
 
La première Fête nationale du 14 juillet (1880)
Le 14 juillet 1880 marque la première célébration officielle de la Fête nationale française. Quelques jours plus tôt, le 6 juillet 1880, une loi avait officiellement fait du 14 juillet la fête nationale de la République. Cette date évoque à la fois la prise de la Bastille du 14 juillet 1789, symbole de la Révolution française, et la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790, qui célébrait l'unité et la réconciliation du peuple français.
Pour cette première Fête nationale, de nombreuses villes et villages organisèrent des cérémonies officielles, des défilés militaires, des discours patriotiques, des bals populaires, des illuminations et des feux d'artifice. Les bals populaires occupaient une place essentielle dans les festivités. Ils permettaient aux habitants de se retrouver, de danser et de partager un moment de joie dans une ambiance chaleureuse et conviviale.
En instituant cette fête, le gouvernement de la Troisième République souhaitait renforcer le sentiment d'unité nationale et rappeler les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité. Cette première célébration de 1880 posa les bases d'une tradition qui perdure encore aujourd'hui.
Si les cérémonies officielles, le défilé militaire et les feux d'artifice demeurent les temps forts du 14 Juillet, les bals populaires ont, dans de nombreuses communes, peu à peu laissé place aux concerts et autres animations. Cette évolution a transformé la manière de célébrer cette journée, en faisant progressivement disparaître l'esprit des fêtes d'autrefois, où chacun était invité à participer en dansant et en partageant un moment de convivialité.

 
A) - 14 Juillet 2026 : Que viennent faire les QR codes et les soldats ukrainiens dans le défilé de la fête nationale française ?
 
Le défilé militaire du 14 Juillet 2026 s’annonce exceptionnel par son ampleur. Mais il sera également profondément politique. Environ 500 militaires représentant les pays de la « Coalition des volontaires », dont l’Ukraine, doivent ouvrir la parade sur les Champs-Élysées, tandis que cette édition sera placée sous le signe officiel du « réveil stratégique de l’Europe ». La présence de contingents étrangers lors de la fête nationale française n’a, en elle-même, rien d’inédit. Mais l’Ukraine n’est pas aujourd’hui un pays comme un autre : elle est une nation en guerre, au cœur d’un conflit majeur dans lequel la France n’est officiellement pas cobelligérante. Dès lors, une question mérite d’être posée sans caricature ni procès d’intention : le 14 Juillet reste-t-il d’abord la célébration de la France, de son armée et de son unité nationale, ou devient-il progressivement l’instrument symbolique d’une politique étrangère dont les choix et les risques n’ont jamais fait l’objet d’un véritable débat national ?
 

Le défilé militaire du 14 Juillet 2026 s’annonce exceptionnel par son ampleur. Mais il sera également profondément politique. Environ 500 militaires représentant les pays de la « Coalition des volontaires », dont l’Ukraine, doivent ouvrir la parade sur les Champs-Élysées, tandis que cette édition sera placée sous le signe officiel du « réveil stratégique de l’Europe ». La présence de contingents étrangers lors de la fête nationale française n’a, en elle-même, rien d’inédit. Mais l’Ukraine n’est pas aujourd’hui un pays comme un autre : elle est une nation en guerre, au cœur d’un conflit majeur dans lequel la France n’est officiellement pas cobelligérante. Dès lors, une question mérite d’être posée sans caricature ni procès d’intention : le 14 Juillet reste-t-il d’abord la célébration de la France, de son armée et de son unité nationale, ou devient-il progressivement l’instrument symbolique d’une politique étrangère dont les choix et les risques n’ont jamais fait l’objet d’un véritable débat national ?

Une fête nationale française qui a toujours parlé au monde

Il faut commencer par rappeler une évidence historique : la présence de militaires étrangers au défilé du 14 Juillet n’est nullement une innovation d’Emmanuel Macron. La France a régulièrement invité des contingents étrangers à participer à sa fête nationale, souvent afin de célébrer une alliance, une coopération militaire ou un anniversaire diplomatique. En 2023, des militaires indiens ouvraient ainsi la parade ; en 2025, l’Indonésie était à l’honneur. D’autres armées alliées ont participé au défilé au fil des décennies, et cette dimension internationale appartient désormais à la diplomatie militaire française.

Le 14 Juillet lui-même n’a d’ailleurs jamais été une cérémonie dépourvue de message politique. Institué comme fête nationale en 1880, dans une France encore profondément marquée par la défaite de 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine, le défilé militaire devait aussi manifester le redressement d’une nation qui reconstruisait son armée et entendait retrouver sa place parmi les grandes puissances. Depuis lors, les Champs-Élysées sont devenus chaque année une scène sur laquelle la France montre ses forces, honore ses soldats et adresse, qu’elle le veuille ou non, un message au reste du monde.

L’édition 2026 assume pleinement cette dimension. Le ministère des Armées la présente comme le reflet d’un environnement stratégique transformé et comme l’illustration du « réveil stratégique de l’Europe ». Environ 500 militaires issus des pays de la Coalition des volontaires doivent ouvrir le défilé, dans une parade qui comptera environ 6 800 militaires à pied. Le dispositif officiel présente cette coalition, portée notamment par la France et le Royaume-Uni, comme un instrument destiné à préparer des garanties de sécurité pour l’Ukraine dans la perspective d’un éventuel cessez-le-feu.

Tout cela est parfaitement assumé. Et c’est précisément pour cette raison que la question mérite d’être posée.

Car inviter l’armée d’un pays allié en temps de paix n’a pas exactement la même signification que mettre à l’honneur, au cœur de la fête nationale, les militaires d’un État actuellement engagé dans une guerre de haute intensité contre une puissance nucléaire avec laquelle la France n’est officiellement pas en guerre.

Soutenir l’Ukraine ne signifie pas abolir toute distinction entre solidarité et engagement

Depuis l’invasion russe de février 2022, la France soutient l’Ukraine politiquement, financièrement et militairement. Cette politique est celle de l’État français et s’inscrit dans un engagement plus large des puissances européennes. On peut en approuver les modalités ou les contester ; on ne peut nier sa réalité.

Mais la diplomatie et la stratégie reposent précisément sur des distinctions.

Soutenir un pays ne signifie pas devenir ce pays. Lui fournir des armes ne signifie pas partager automatiquement tous ses objectifs de guerre. Défendre son droit à l’existence ne signifie pas que ses intérêts nationaux se confondent nécessairement avec ceux de la France. Toute politique étrangère sérieuse commence par cette séparation entre l’émotion légitime suscitée par un conflit et la définition froide de l’intérêt national.

C’est précisément ici que le débat devient stratégique. Pour Roland Lombardi, géopolitologue et directeur du Diplomate média : « soutenir l’Ukraine est un choix politique et surtout idéologique ; glisser progressivement vers une situation de cobelligérance contre la Russie en est un autre, infiniment plus dangereux. Du point de vue strict de l’intérêt national français, l’Ukraine ne constitue pas un intérêt vital comparable à l’intégrité du territoire national ou à la protection de nos approches immédiates. Quant à la présentation d’une invasion prochaine de l’Europe occidentale par la Russie comme une quasi-certitude, elle mérite pour le moins d’être confrontée aux réalités militaires : après plus de quatre années d’une guerre extrêmement coûteuse, Moscou n’a conquis qu’une partie (moins de 20% !) du territoire ukrainien. Imaginer ses armées déferlant demain jusqu’à Paris relève donc davantage, en l’état du rapport de forces, du scénario mobilisateur que de l’analyse stratégique sérieuse ».

Il ajoute : « le véritable désastre européen pourrait précisément consister à transformer durablement la Russie en ennemi irréductible. Cette rupture a déjà un coût géopolitique, économique, énergétique et stratégique considérable et désastreux pour le continent. Elle rapproche mécaniquement Moscou de Pékin et renforce parallèlement la dépendance sécuritaire de l’Europe envers Washington. Pour une pensée authentiquement souverainiste européenne, l’objectif de long terme devrait au contraire être celui d’une Europe des nations forte et indépendante, capable d’établir avec la Russie un partenariat solide fondé sur la complémentarité entre la puissance économique et technologique européenne, les immenses ressources russes et la profondeur stratégique de l’espace eurasiatique. Un tel rapprochement, un bloc eurasiatique, constituerait naturellement un cauchemar géopolitique pour Washington comme pour Pékin. C’est précisément pourquoi l’Europe devrait peut-être commencer par se demander quels sont ses propres intérêts, plutôt que de raisonner éternellement à travers ceux des autres ».

Cette fuite en avant ne peut enfin être dissociée des intérêts économiques considérables qui accompagnent le réarmement européen. Dans son éditorial consacré au complexe militaro-industriel américain, publié également ce jour dans Le Diplomate média, Roland Lombardi défend l’idée que celui-ci exerce une influence considérable non seulement à Washington, mais aussi, directement ou indirectement, sur les choix stratégiques européens. « La permanence d’un « croquemitaine » russe contribue à entretenir une politique de confrontation et à légitimer durablement la hausse des dépenses militaires. Pour mesurer les conséquences industrielles de cette dépendance, il suffit d’observer le succès spectaculaire du F-35 américain auprès des chancelleries européennes.

Il suffit également de constater, parfois avec une certaine consternation, le ton adopté par une partie des dirigeants européens face à Moscou. Malgré le coût économique et géostratégique déjà considérable de la rupture avec la Russie, et alors même qu’une confrontation directe entre puissances nucléaires pourrait conduire au cataclysme, certains responsables européens semblent parfois plus belliqueux qu’Attila ». 

La formule est volontairement provocatrice, mais elle soulève une question sérieuse : l’Europe poursuit-elle encore une stratégie définie à partir de ses propres intérêts, ou s’enferme-t-elle dans une logique d’escalade dont d’autres puissances et d’autres industries pourraient finalement être les principales bénéficiaires ?

C’est pourquoi la présence ukrainienne au défilé de 2026 pose une question différente de celle des invitations étrangères habituelles. Le symbole intervient au moment où le pouvoir français a considérablement durci son discours envers Moscou et où la Coalition des volontaires travaille précisément à l’architecture militaire de l’après-cessez-le-feu en Ukraine. Le ministère des Armées ne dissimule d’ailleurs pas la portée du message : la présence de la coalition doit illustrer « la solidarité européenne » et « l’engagement de la France auprès de ses partenaires ». 

Le problème n’est donc pas la présence de quelques militaires ukrainiens en elle-même. Il réside dans la transformation possible du 14 Juillet en outil de légitimation symbolique d’une orientation géopolitique précise. Or la fête nationale n’appartient ni à un gouvernement ni à une majorité présidentielle. Elle appartient à la nation.

Il existe une différence fondamentale entre utiliser le 14 Juillet pour honorer une alliance ancienne ou une coopération militaire et l’inscrire dans une séquence diplomatique destinée à afficher l’unité d’une coalition constituée autour d’une guerre toujours en cours. Dans le second cas, le symbole militaire peut devenir un acte politique. Et en géopolitique, les symboles sont rarement innocents.


Une contestation qui gagne aussi les milieux militaires

Cette interrogation n’est pas seulement portée par des responsables politiques d’opposition ou par les réseaux sociaux. Elle trouve également un écho dans certains milieux militaires et anciens combattants, même s’il convient de ne pas transformer des prises de position particulières en expression officielle de « l’armée française », la « grande muette »…

C’est notamment le cas de l’association Place d’Armes, qui rassemble principalement d’anciens militaires et qui a publié une tribune intitulée Le 14 juillet doit rester une fête nationale. Son existence témoigne d’un malaise réel dans une partie de la communauté militaire, sans permettre pour autant de prétendre que l’ensemble des armées françaises partagerait cette position. La nuance est essentielle : les militaires d’active sont soumis à un devoir de réserve et l’institution militaire, par définition, exécute les décisions du pouvoir civil.

Il n’en demeure pas moins qu’une colère plus sourde existe dans certains cercles militaires. Elle ne vise pas nécessairement les soldats ukrainiens eux-mêmes, dont le courage au combat est difficilement contestable, mais ce qui est perçu comme une instrumentalisation politique de l’armée française et de son rendez-vous le plus symbolique avec la nation.

Le général Loïc Mizon, gouverneur militaire de Paris, présente lui-même le défilé comme « l’expression ultime de notre cohésion nationale » et comme un moment de communion entre la nation et ses armées. C’est précisément cette définition qui nourrit le débat : si le 14 Juillet constitue l’un des rares moments où la France se rassemble autour de ses soldats, jusqu’où peut-on charger cette cérémonie d’un message diplomatique lié à un conflit extérieur qui divise une partie de l’opinion publique ?

Il serait évidemment excessif de prétendre que 500 militaires étrangers effacent les milliers de soldats français présents sur les Champs-Élysées. Le ministère prévoit une parade massive des forces françaises et rappelle que le défilé est d’abord celui des militaires servant leur pays. Mais le protocole possède sa propre grammaire. Ouvrir un défilé, placer une coalition à l’honneur et inscrire toute la cérémonie sous le signe du « réveil stratégique de l’Europe » ne relèvent pas de simples détails d’organisation.

C’est un message.

La seule question est de savoir si ce message correspond réellement à celui que la nation française souhaite adresser au monde.

Le 14 Juillet appartient-il encore à la nation ?

Le débat dépasse finalement largement la seule Ukraine.

Depuis plusieurs années, la politique étrangère française semble parfois hésiter entre la défense d’une autonomie stratégique nationale, héritée du gaullisme, et une européanisation croissante de ses choix de sécurité. La guerre en Ukraine a accéléré cette évolution, tandis que le discours officiel présente désormais régulièrement la sécurité ukrainienne comme indissociable de celle du continent européen.

Cette thèse peut être défendue. Elle peut également être discutée. Mais elle ne devrait pas être soustraite au débat démocratique par la puissance du symbole.

Le 14 Juillet n’est pas un sommet diplomatique. Ce n’est pas une réunion de l’OTAN, ni une conférence de la Coalition des volontaires. C’est la fête nationale française et, depuis 1880, le grand rendez-vous de la nation avec ses armées. 

Cette interrogation prend cette année une dimension supplémentaire avec la polémique provoquée par les nouvelles conditions d’accès au défilé. Pour la première fois, le grand public devra obligatoirement s’inscrire au préalable et présenter un QR code nominatif pour accéder aux Champs-Élysées. La mesure est officielle et justifiée par des impératifs de sécurité. Elle n’en produit pas moins un symbole pour le moins malheureux : après les QR codes du Covid pour entrer dans un restaurant, il faudra désormais en présenter un pour assister à la fête nationale. Dans le même temps, de nombreux Français verront leurs festivités locales soumises à diverses restrictions concernant l’alcool, les pétards ou certaines manifestations populaires. D’où ce sentiment, chez une partie de l’opinion, d’une fête nationale progressivement encadrée, filtrée et presque privatisée, tandis que des contingents étrangers seront, eux, placés à l’honneur sur les Champs-Élysées. Le raccourci est évidemment polémique ; le malaise symbolique, lui, mérite d’être entendu. L’obligation d’inscription préalable et de QR code est bien confirmée par la préfecture de police…

Comme l’écrit Roland Lombardi dans son éditorial dans Le Diplomate média cité plus haut : « Notre défilé du 14 Juillet n’échappe évidemment pas à cette logique. Cette année encore, les autorités ont mis en place un dispositif d’accès renforcé aux Champs-Élysées, notamment par un système d’inscription préalable et de QR codes. Officiellement, il s’agit de répondre aux impératifs de sécurité. Sans doute. Mais il est difficile de ne pas y voir également une manière de mieux maîtriser un événement public susceptible d’offrir une caisse de résonance aux contestations visant Emmanuel Macron, dont la popularité et surtout l’autorité figurent parmi les plus exécrables enregistrées sous la Ve République. Là encore, la communication officielle et la Realpolitik ne racontent pas toujours exactement la même histoire… »

La présence ponctuelle de contingents étrangers peut naturellement y avoir sa place lorsqu’elle célèbre une fraternité d’armes ou une alliance. Mais lorsque cette invitation devient le prolongement d’une idéologie plus qu’une stratégie diplomatique concernant une guerre en cours, la frontière entre célébration nationale et communication politique devient plus difficile à distinguer.

La France peut soutenir l’Ukraine sans ukrainiser sa fête nationale. Elle peut coopérer avec ses partenaires européens sans transformer le 14 Juillet en démonstration d’adhésion à une stratégie dont les conséquences peuvent engager durablement sa sécurité. Elle peut enfin honorer le courage des soldats étrangers tout en réservant le cœur symbolique de sa fête nationale à ceux qui servent sous son propre drapeau.

Car la véritable question n’est pas de savoir si les soldats ukrainiens méritent le respect. Ils le méritent.

Elle est de savoir ce que la France veut encore célébrer lorsqu’elle célèbre le 14 Juillet.

Dans une époque où les repères nationaux s’effacent, où la guerre revient aux frontières de l’Europe et où les choix stratégiques peuvent avoir des conséquences considérables, les symboles devraient être maniés avec davantage de prudence que jamais. Le défilé militaire n’est pas un décor offert à la diplomatie du moment. Il est l’expression d’une continuité historique qui dépasse les gouvernements, les présidents et les alliances circonstancielles.

Le 14 Juillet peut parler au monde. Mais il devrait d’abord parler à la France.

Le Diplomate 

https://lediplomate.media/decryptage-14-juillet-2026-viennent-faire-qrcodes-soldats-ukrainiens-defile-fete-nationale-francaise/

 

B) - Réformer nos jours fériés pour libérer le travail, sanctuariser le 14 juillet pour fédérer la Nation
 

Les questions du travail, de la productivité et de la retraite restent des sujets éminemment sensibles du débat social en France. Elles seront au cœur du débat présidentiel. Alors que notre pays fait face à une dette publique au sens de Maastricht qui s’établit à 3 536,1 milliards d’euros (soit 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026) et des dépenses publiques culminant à 57,2 % du PIB, le débat sur le « travailler plus ou plus longtemps » se heurte trop souvent à des dogmes figés. Pourtant, face au blocage persistant sur l’évolution de l’âge de la retraite, persister dans le statu quo est une erreur stratégique. Le sujet n’est pas populaire mais il est grand temps de faire le tri dans nos jours fériés : sanctuariser ceux qui font sens, et assouplir les autres pour redonner de la liberté à l’économie réelle.

Le 14 juillet : le ciment de nos valeurs républicaines

S’il n’y avait qu’un seul jour férié à sanctuariser ce serait incontestablement le 14 juillet. Dans une société française en voie de communautarisation et profondément fracturée, cette date porte haut nos valeurs d’égalité citoyenne, laïques et républicaines.

Le 14 juillet ne doit pas être un simple jour de repos parmi d’autres ; il est l’expression d’une révolution populaire et le symbole d’une grande fête fédératrice. Dans un contexte marqué par une forme de « guerre civile permanente », un antisémitisme décomplexé et une absence de projet politique clair, cette date renforce notre sentiment d’appartenance à la Nation. Elle rappelle notre attachement viscéral au lien « État-Armée-Liberté-Nation », protecteur de notre souveraineté nationale, moteur de la reconnaissance des compétences, de la promotion par le mérite, et fondateur d’une égalité des droits et des devoirs. Le 14 juillet mérite plus d’attention que n’importe quelle autre date du calendrier.

Lever les tabous économiques

Cependant, sanctuariser pleinement le 14 juillet exige, en contrepartie, d’oser assouplir d’autres dates, à commencer par le 1er mai. Rappelons la réalité des chiffres : un seul jour de travail supplémentaire en semaine peut générer un gain de croissance d’environ 0,10 point de PIB, soit près de 3 milliards d’euros de richesse supplémentaire injectés dans l’économie nationale. À l’inverse, l’alignement de jours fériés chômés agit comme un frein direct sur notre productivité.

Célébrer la valeur du travail en se faisant un devoir absolu de l’interdire est devenu le paradoxe suprême de notre législation. La partition orchestrée à l’occasion du 1er mai 2026 a été une étonnante cacophonie politique. Cette « camisole administrative » sur le travail étouffe le bon sens et engendre des incohérences proprement hallucinantes sur le terrain (commerces de proximité) tandis que les grandes plateformes de e-commerce continuent de dominer les échanges sans contrainte.

Il ne faut plus de tabou sur le travail des jours fériés et du dimanche. Les Français veulent travailler mieux et être payés plus. La nouvelle relation au travail – portée par l’ubérisation, le télétravail ou la semaine des 4 jours – exige de la flexibilité.

Le pari du volontariat et du dialogue social de terrain

Les Français qui supportent de moins en moins les discours politiciens sont fortement attachés à leurs libertés. Empêcher les salariés volontaires de travailler pour doubler (et pourquoi pas tripler ?) leur rémunération alors que le pouvoir d’achat reste leur préoccupation numéro 1 face à l’inflation, est une faute économique et politique. La solution réside dans la confiance accordée au dialogue social de terrain. Il convient de libérer la possibilité de travailler les jours fériés, et le dimanche, en se basant strictement sur le volontariat. Transformer certains jours fériés en journées de solidarité basées sur le volontariat rapporterait, selon le Sénat, près de 4,8 milliards d’euros pour le financement de notre modèle social.

Le sujet été instrumentalisé à des fins partisanes. Pourtant cette approche pragmatique permettrait aux salariés de « choisir de travailler » pour gagner beaucoup plus ou de s’arrêter via leur compteur de durée annuelle ; aux PME de maintenir leur service client, de créer de la richesse et de faire face à la concurrence agressive des plateformes en ligne. C’est-à-dire : respecter la réalité économique tout en préservant les symboles des conquêtes sociales.

En dehors des dates clés religieuses ou historiques qu’il faut sanctuariser (comme Noël, la Saint-Sylvestre, le 15 août et le 14 juillet, le 8 mai), la liberté de travailler doit primer. Il est grand temps de déverrouiller notre économie figée, de remettre de la cohérence dans notre droit du travail et de la souplesse dans nos entreprises pour libérer ceux qui ont l’envie d’avancer.

Bernard Cohen-Hadad

Bernard Cohen-Hadad est entrepreneur et président du Think Tank Étienne Marcel. Membre de la Société d’économie politique, il est aussi président de la commission du développement économique du Conseil économique, social et environnemental régional en Île-de-France. Il est également membre de la Chambre de commerce et d’industrie de la Région de Paris-Île-de-France. Auteur de L'Avenir appartient aux PME paru chez Dunod, Bernard Cohen-Hadad est l’auteur de nombreuses tribunes publiées dans les médias. Il a été membre de l’Observatoire de l’épargne réglementée, de l’Observatoire du financement des entreprises, de l’Observatoire des PME et ETI par le marché et du Comité consultatif du secteur financier (CCSF). Il participe actuellement à l’Euro Retail Payment Board (ERPB) auprès de la Banque centrale européenne, au Comité national des moyens de paiements (CNMP) et au Comité pour l’éducation financière (EDUCFI). Il est membre du Conseil scientifique de l’École supérieure des métiers du droit.

https://nouvellerevuepolitique.fr/reformer-nos-jours-feries-pour-liberer-le-travail-sanctuariser-le-14-juillet-pour-federer-la-nation/

 

C) - 14 Juillet 1789 : La Révolution française ou le suicide géopolitique du premier royaume d’Europe ? 

Le titre est volontairement provocateur. Il ne s’agit ni de nier l’immense portée politique et universelle de la Révolution française, ni de réduire 1789 à une catastrophe dont il aurait suffi de tourner la page. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, l’égalité civile, la souveraineté nationale et la destruction de l’ancien ordre social ont profondément transformé la France avant de bouleverser le monde. Mais l’historien et le géopolitologue doivent aussi regarder ce que le roman national préfère parfois laisser dans l’ombre : en 1789, la France n’est pas un pays insignifiant qui accède soudainement à l’Histoire. Elle est le royaume le plus peuplé et la première puissance continentale d’Europe, le centre culturel du « Siècle français », la rivale principale de la Grande-Bretagne et une puissance militaire et maritime redevenue redoutable après avoir contribué à arracher les colonies américaines à Londres. Quelques années plus tard, l’État est ruiné, le pays déchiré par la guerre civile et l’Europe coalisée contre lui. Napoléon accomplira ensuite le formidable sursaut militaire d’une puissance qui tentera de récupérer en vingt ans ce qu’elle avait commencé à perdre en 1789, avant Waterloo et l’avènement du Siècle britannique. Dès lors, une question iconoclaste mérite d’être posée à l’approche du 14 Juillet : la Révolution fut-elle, parallèlement à son extraordinaire héritage politique, l’un des plus grands désastres géopolitiques de l’histoire de France ?


1789 : la Révolution éclate au sommet de la puissance française

L’image d’une France de 1789 moribonde, condamnée à s’effondrer sous le poids d’un Ancien Régime totalement pétrifié, mérite d’être sérieusement nuancée. Le royaume traverse une crise financière et politique profonde, mais demeure une puissance considérable. Avec environ 28 millions d’habitants, la France est alors le pays le plus peuplé d’Europe occidentale et probablement le plus puissant réservoir humain du continent. Sa population, jeune et majoritairement rurale, constitue une formidable réserve de travail, de production et bientôt de soldats. Cette masse démographique donnera d’ailleurs aux armées révolutionnaires puis napoléoniennes une profondeur humaine que peu d’adversaires pourront égaler. La levée en masse et la conscription transformeront cette jeunesse nombreuse, souvent paysanne, habituée à une existence physiquement rude, en une machine militaire capable de terroriser l’Europe pendant plus de vingt ans.

La puissance française est également culturelle et diplomatique. Le français est la langue des cours, des élites et de la diplomatie européenne. Paris rayonne sur les arts et les idées. La monarchie de Louis XVI vient surtout de remporter contre sa vieille rivale britannique une victoire géopolitique majeure en soutenant l’indépendance des États-Unis. Rochambeau, La Fayette, de Grasse et les forces françaises ont contribué de manière décisive à la défaite anglaise. Après les humiliations de la guerre de Sept Ans, Versailles a pris sa revanche.

Mais cette victoire a coûté extrêmement cher. L’aide française aux insurgés américains a aggravé une dette publique déjà considérable, tandis que le système fiscal de l’Ancien Régime demeure incapable de répartir efficacement l’effort entre les ordres et les territoires. Les tentatives de réforme conduites successivement par Turgot, Necker, Calonne ou Brienne se heurtent aux intérêts établis, aux résistances des privilégiés et à une crise d’autorité croissante. À cela s’ajoutent les mauvaises récoltes de 1787 et 1788, les tensions sur le prix des grains, le chômage et le terrible hiver 1788-1789. La Révolution n’a donc pas une cause unique : elle naît de la rencontre explosive entre une crise financière de l’État, un blocage institutionnel, des transformations sociales profondes et une crise de subsistance qui frappe directement le peuple. 

Il faut ici éviter deux caricatures symétriques. La première consisterait à raconter 1789 comme l’irruption miraculeuse de la liberté dans un pays qui n’aurait été jusque-là que ténèbres et oppression. La seconde serait de réduire la Révolution à une conspiration ayant détruit un royaume parfaitement gouverné. La France de Louis XVI avait besoin de réformes profondes. Le paradoxe est précisément que le roi et plusieurs de ses ministres en avaient conscience, mais que le système politique ne parvint pas à les mener à bien avant que la crise ne l’emporte.

C’est peut-être là que s’effondre l’idée confortable d’un prétendu « sens de l’Histoire ».

Pour Roland Lombardi, géopolitologue, historien et directeur du Diplomate média : « Rien n’était écrit. L’Histoire n’avance pas sur des rails et il suffit parfois d’une décision, d’un homme ou d’une hésitation pour modifier le cours des siècles. Si Louis XVI avait été fait du même bois que son illustre aïeul Louis XIV, il aurait peut-être ordonné aux troupes positionnées autour de Paris de réprimer brutalement les premiers troubles. La Bastille n’aurait peut-être jamais été prise et la Révolution aurait pu emprunter un tout autre chemin, voire ne pas avoir lieu sous la forme que nous lui connaissons. Le roi hésita notamment devant la perspective de faire couler le sang français. L’Histoire, avec son ironie habituelle, verra finalement couler le sien, celui de ses proches et, surtout, celui de centaines de milliers de Français sur le territoire national puis sur tous les champs de bataille d’Europe ».

Cela ne signifie évidemment pas qu’une répression aurait réglé les causes profondes de la crise. Elle aurait pu les différer, les déplacer ou provoquer une explosion plus violente encore. Mais elle rappelle une vérité essentielle : la Révolution française n’était pas davantage inévitable que ne le sont les grands événements que les historiens reconstruisent après coup comme s’ils avaient toujours dû se produire.

De la Bastille au chaos : quand la première puissance continentale se déchire

La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, possède une puissance symbolique qui dépasse depuis longtemps la réalité militaire de l’événement. Elle devient le symbole de la chute de l’arbitraire et de l’entrée du peuple dans l’Histoire. Cette mémoire appartient légitimement au patrimoine politique français.

Mais la géopolitique ne s’arrête pas aux symboles.

À partir de 1789, la France entre dans une période de déstabilisation intérieure d’une violence exceptionnelle. L’autorité monarchique se désagrège, une partie des élites émigre, l’Église est fracturée par la Constitution civile du clergé, l’économie est profondément perturbée et la monnaie révolutionnaire, l’assignat, finit par sombrer dans l’inflation. La radicalisation politique conduit à la chute de la monarchie, aux massacres de Septembre puis à la Terreur. À partir de 1793, la guerre de Vendée et les insurrections fédéralistes transforment une partie du territoire en champ de bataille intérieur.

La Terreur constitue à cet égard l’un des moments les plus sombres et les plus complexes de la Révolution. Dans une République assiégée de l’extérieur, menacée par les insurrections intérieures et travaillée par les luttes entre factions, le gouvernement révolutionnaire érige progressivement l’exception en système de gouvernement. Maximilien Robespierre en demeure la figure la plus célèbre, au point d’avoir presque fini par incarner à lui seul une mécanique qui le dépassait pourtant largement. Il serait historiquement simpliste d’en faire l’unique architecte d’une Terreur née de la guerre, de la peur, des rivalités politiques et d’institutions révolutionnaires collectives. Mais il en fut incontestablement l’un des principaux dirigeants et théoriciens, notamment lorsqu’il associa la vertu révolutionnaire à la nécessité de la terreur, conçue comme un instrument de salut public. La logique est redoutable : lorsque le pouvoir prétend incarner la vertu et désigne ses adversaires comme des ennemis du peuple, la violence politique peut rapidement ne plus connaître de limites.

La guillotine devient alors le symbole d’une Révolution qui finit par dévorer ses propres enfants. Girondins, hébertistes, dantonistes et bientôt Robespierre lui-même disparaissent successivement dans une épuration permanente où l’accusateur du jour peut devenir le condamné du lendemain. La chute de Robespierre le 9 Thermidor an II — 27 juillet 1794 — puis son exécution le lendemain illustrent jusqu’à la caricature cette mécanique révolutionnaire : celui qui avait contribué à faire de la Terreur un mode de gouvernement finit à son tour sur l’échafaud. Au-delà du bilan humain, toujours discuté selon les périmètres retenus, cette période révèle surtout l’ampleur de l’effondrement politique traversé par la première puissance continentale européenne.

L’ampleur du désastre humain donne la mesure de cette rupture. Les chiffres demeurent discutés et varient selon que l’on comptabilise les morts au combat, les exécutions, les massacres, les décès en détention ou ceux provoqués par les maladies dans les armées, mais un ordre de grandeur peut être avancé : entre 1789 et 1799, les violences politiques, la répression et les guerres civiles auraient causé en France autour de 200 000 à 300 000 morts, tandis que les guerres révolutionnaires engagées à partir de 1792 auraient coûté la vie à plusieurs centaines de milliers de soldats français – probablement autour de 350 000 à 450 000 sur l’ensemble de la décennie révolutionnaire, maladies comprises.

À elle seule, la guerre de Vendée aurait fait environ 170 000 morts parmi les habitants de la « Vendée militaire », et près de 200 000 victimes au total selon certaines estimations. La qualification de « génocide vendéen », défendue notamment par Reynald Secher, demeure toutefois vivement contestée par une partie importante de l’historiographie, Jean-Clément Martin parlant de crimes de guerre et de violences de masse sans reconnaître l’existence d’un génocide au sens historique et juridique du terme.

La persécution religieuse alourdit encore ce bilan : prêtres réfractaires, religieux et fidèles furent exécutés, massacrés, emprisonnés ou déportés ; 223 ecclésiastiques furent notamment tués lors des massacres de Septembre et plus de 500 prêtres moururent dans les seules conditions effroyables des pontons de Rochefort. Faute de catégorie statistique homogène, il n’existe cependant aucun chiffre scientifique consensuel permettant d’isoler l’ensemble des chrétiens morts spécifiquement en raison de leur foi.

Au total, en croisant les estimations disponibles tout en évitant les doubles comptes entre catégories parfois imbriquées, on peut raisonnablement retenir un ordre de grandeur de 600 000 à 750 000 morts français directement ou indirectement liés aux violences intérieures et aux guerres de la décennie révolutionnaire. Ce bilan demeure nécessairement approximatif, d’autant que certaines évaluations portent sur l’ensemble des guerres révolutionnaires jusqu’en 1802, mais il suffit à mesurer l’ampleur du choc démographique, militaire et politique subi par la France en l’espace de quelques années.

Quelques années seulement après avoir contribué à vaincre la Grande-Bretagne en Amérique, la France mobilisait désormais une part considérable de son énergie à poursuivre ses ennemis extérieurs, à combattre ses adversaires intérieurs et à éliminer ses propres révolutionnaires.

Dans le même temps, la France entre en guerre contre l’Europe. Il serait toutefois historiquement faux de présenter cette guerre comme une simple agression des monarchies étrangères contre une Révolution pacifique : le 20 avril 1792, c’est bien la France révolutionnaire qui déclare la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », c’est-à-dire à l’Autriche. Les responsabilités de l’embrasement sont multiples, entre peur de la contagion révolutionnaire chez les monarchies européennes, ambitions françaises, calculs des Girondins et volonté de certains acteurs de résoudre la crise intérieure par la guerre extérieure.

Pour Londres, le spectacle est d’abord observé avec un mélange de fascination, d’inquiétude et bientôt d’opportunisme. Voir la principale rivale continentale et maritime de la Grande-Bretagne s’enfoncer dans la crise ne pouvait évidemment pas constituer une mauvaise nouvelle stratégique. La France qui avait contribué quelques années auparavant à arracher l’Amérique à la Couronne britannique mobilisait désormais son énergie contre elle-même. Pour un rival, il existe des victoires que l’on remporte sans avoir à tirer le premier coup de canon.

Il faut cependant être rigoureux sur un point qui nourrit depuis deux siècles une abondante littérature : même si des historiens sérieux l’affirment, aucune preuve historique solide ne permet d’affirmer que Londres, la City ou la franc-maçonnerie anglaise auraient organisé ou financé la Révolution française de 1789 comme une opération clandestine destinée à détruire la monarchie française. Les théories du complot maçonnique ont été largement contestées par l’historiographie. La franc-maçonnerie a certes participé à la circulation des idées des Lumières et nombre d’acteurs de l’époque fréquentaient les loges, mais cela ne démontre nullement l’existence d’un centre de commandement britannique de la Révolution.

En revanche, lorsque la guerre franco-britannique commence en 1793, les opérations clandestines deviennent une réalité documentée. Londres développe des réseaux d’espionnage, finance des opérations contre la République et soutient différentes forces contre-révolutionnaires susceptibles d’affaiblir la France de l’intérieur. Autrement dit, la thèse d’une Angleterre ayant fabriqué 1789 n’est pas établie ; celle d’une Grande-Bretagne exploitant ensuite méthodiquement le chaos français relève, elle, de la logique la plus élémentaire des puissances et de pratiques historiques bien réelles.

Les Britanniques ne seraient d’ailleurs pas les derniers à agir ainsi. Les grandes puissances n’ont jamais eu pour habitude d’observer passivement les crises de leurs adversaires lorsqu’elles peuvent les exploiter. Londres excellera bientôt dans l’art de financer les coalitions continentales contre la France, laissant souvent les autres fournir les soldats pendant qu’elle mobilise sa flotte, son crédit et ses ressources financières. En 1805 encore, la diplomatie britannique contribue puissamment à la formation de la Troisième Coalition et engage des sommes considérables pour soutenir l’effort militaire de ses alliés.

La Révolution a ainsi produit un paradoxe extraordinaire. En détruisant une partie de l’ancien ordre, elle affaiblit d’abord profondément l’État français. Mais en libérant des forces sociales et nationales nouvelles, elle lui donne bientôt les moyens de mobiliser la population à une échelle inconnue sous la monarchie. La France perd son ancien équilibre, mais découvre la guerre de masse. C’est cette énergie nouvelle que Bonaparte saura bientôt capter.

Napoléon : le formidable sursaut d’une puissance qui tente de récupérer en vingt ans ce qu’elle avait commencé à perdre en 1789

La Révolution aurait pu conduire à l’effacement durable de la France. Elle produit finalement Napoléon.

Le jeune général corse, issu lui-même de cette Révolution, hérite d’un pays épuisé, mais aussi d’une armée aguerrie par des années de guerre, d’une administration profondément transformée et d’une mobilisation nationale, voire d’un certain fanatisme, que l’Ancien Régime n’aurait probablement jamais pu obtenir à une telle échelle. Il comprend mieux que quiconque comment transformer l’énergie révolutionnaire en puissance étatique.

Le Consulat puis l’Empire restaurent l’autorité, réorganisent l’administration, stabilisent les finances et donnent à la France des institutions dont certaines structurent encore le pays. Sur le champ de bataille, Napoléon transforme la puissance démographique française en instrument militaire. Les soldats de la Grande Armée ne sont pas tous des fanatiques révolutionnaires, loin de là, mais beaucoup appartiennent à une génération née dans la rupture de 1789, nourrie par la promotion au mérite, la gloire militaire et l’idée que l’ordre ancien ne reviendra jamais tout à fait.

Pour Roland Lombardi : « Napoléon représente ainsi le formidable sursaut, comme les fins d’Empire en produisent toujours dans l’Histoire. Napoléon est un sursaut militaire fulgurant et flamboyant d’une puissance qui ne veut pas mourir et qui tente de récupérer en vingt ans ce qu’elle avait commencé à perdre en 1789 ».

Et, pendant un temps, il y parvient.

À la paix d’Amiens en 1802, la France retrouve une position exceptionnelle. Talleyrand pourra écrire qu’elle jouissait alors d’une puissance, d’une gloire et d’une influence auxquelles « l’esprit le plus ambitieux » n’aurait rien pu souhaiter de plus. Quelques années plus tard, après Austerlitz, Iéna et Friedland, Napoléon domine l’Europe continentale. 

Mais cette domination contient sa propre contradiction. La France triomphe sur terre tandis que la Grande-Bretagne conserve la maîtrise des mers. Trafalgar ferme durablement la perspective d’une domination maritime française. Le Blocus continental échoue à étouffer Londres et contribue à épuiser l’Empire. L’Espagne devient une plaie ouverte, la campagne de Russie une catastrophe et les coalitions successives finissent par accomplir ce qu’aucune puissance n’aurait pu réaliser seule.

En 1815, Waterloo clôt moins une bataille qu’une époque.

Talleyrand, personnage insaisissable que l’Histoire française a souvent présenté comme l’archétype du traître, accomplit alors l’un des plus remarquables tours de force de notre histoire diplomatique. Au Congrès de Vienne, il exploite les rivalités entre les vainqueurs, invoque le principe de légitimité et parvient à réintroduire la France vaincue dans le concert des grandes puissances. Il ne « sauve » pas seul le pays d’un découpage qui aurait été formellement arrêté, mais il contribue puissamment à empêcher son déclassement définitif et à restaurer sa capacité d’action diplomatique. La France peut même conclure, en janvier 1815, une alliance secrète avec la Grande-Bretagne et l’Autriche contre les ambitions russo-prussiennes : quelques mois seulement après la chute de Napoléon, le vaincu était déjà redevenu un acteur du jeu européen.

Ce prodige diplomatique ne doit cependant pas masquer la rupture fondamentale. Et Roland Lombardi d’ajouter : « après Napoléon, rien ne sera véritablement comme avant. La France restera une grande puissance et connaîtra encore plusieurs sursauts remarquables. Napoléon III tentera de lui rendre une politique mondiale et une influence décisive en Europe avant le désastre de 1870. De Gaulle, un siècle plus tard, restaurera dans des circonstances presque miraculeuses le rang d’une France vaincue en 1940, lui donnera l’arme nucléaire et cherchera à préserver son indépendance entre les deux blocs. Mais la prépondérance est définitivement perdue ».

Le XIXᵉ siècle sera britannique. Londres domine les mers, la finance mondiale et bientôt une part considérable du commerce international. La révolution industrielle renforce encore cette avance, tandis que la France, malgré sa puissance, ne retrouvera jamais la position relative qui était la sienne au cœur du XVIIIᵉ siècle.

La Révolution a-t-elle affaibli la France ou inventé le monde moderne ?

Réduire la Révolution française à un suicide géopolitique serait pourtant aussi faux que d’en faire une pure épopée lumineuse.

Car si la France perd progressivement sa prépondérance, elle impose au monde une partie de ses idées.

La Révolution puis les armées napoléoniennes diffusent ou accélèrent l’égalité civile, l’abolition de nombreux privilèges, la rationalisation administrative et de nouvelles conceptions de la souveraineté. Le Code civil survivra aux victoires comme aux défaites. Dans plusieurs territoires européens, les transformations institutionnelles imposées ou inspirées par la France auront des effets durables. 

Mais cette révolution politique porte également en elle une force qui bouleversera les XIXᵉ et XXᵉ siècles : le nationalisme.

La souveraineté cesse progressivement d’appartenir seulement au monarque pour être attribuée à la nation. Les peuples commencent à se penser comme des acteurs politiques. Les conquêtes napoléoniennes exportent les principes révolutionnaires, mais provoquent également, par réaction, l’éveil de nationalismes allemand, espagnol, italien et d’autres encore. La nation moderne devient à la fois un principe d’émancipation et une formidable machine de mobilisation politique et militaire. 

De cette matrice sortiront les mouvements nationaux du XIXᵉ siècle, les unifications italienne et allemande, les révolutions de 1830 et de 1848, puis, sous des formes radicalisées, certaines des grandes confrontations du XXᵉ siècle. Il serait absurde d’attribuer les guerres mondiales à la seule Révolution française ; il serait tout aussi absurde de nier que 1789 a profondément transformé la manière dont les peuples européens pensent l’État, la nation, la citoyenneté et la guerre.

C’est peut-être là le paradoxe ultime.

La France révolutionnaire puis napoléonienne a perdu la bataille de la puissance, mais elle a en partie gagné celle des idées. La Grande-Bretagne dominera le XIXᵉ siècle matériel ; une grande partie du monde continuera pourtant à parler le langage politique né de la rupture française.

Le 14 Juillet mérite donc mieux que les légendes, qu’elles soient révolutionnaires ou contre-révolutionnaires. La prise de la Bastille ne fut ni le commencement miraculeux de la liberté humaine, ni la seule cause du déclin français. Elle fut le symbole d’un basculement beaucoup plus vaste, dont les conséquences échappèrent rapidement à ceux qui l’avaient provoqué.

En 1789, la France était le premier royaume d’Europe continentale. En 1815, elle sortait de vingt-six années de révolution et de guerre, vaincue mais encore debout grâce à sa puissance profonde et au génie de quelques hommes. Entre les deux, elle avait changé le monde, terrorisé l’Europe, perdu un roi, dévoré plusieurs régimes, fait surgir Napoléon et contribué, presque malgré elle, à ouvrir le siècle britannique.

Et Roland Lombardi de conclure : « les révolutions ont cette particularité : ceux qui les commencent savent rarement où elles finiront. Celle de 1789 donna au monde une partie de son vocabulaire politique moderne. Mais pour la France, le prix géopolitique fut immense. Après Napoléon, elle connaîtra encore des heures de grandeur et quelques sursauts exceptionnels mais malheureusement éphémères. Et au final, elle ne redeviendra jamais, la puissance qu’elle avait été avant que l’Histoire ne bascule, un certain 14 juillet 1789… »

Le Diplomate

https://lediplomate.media/histoire-14-juillet-1789-revolution-francaise-suicide-geopolitique-premier-royaume-europe/

 

 

 

 

juillet 09, 2026

IMPORTANT comme URGENT: La collecte automatique de masse des données crypto expose des millions d'Européens.

DAC8 : Une surveillance de masse qui nous met tous en danger

Nous sommes à la croisée des chemins.

La sécurité de millions d'Européens est en jeu : un programme de surveillance et de collecte de données de masse, dangereux et injustifié, est en cours. DAC8 est le plus grand danger à ce jour pour la survie des droits fondamentaux et des principes cypherpunk de Bitcoin. Bull Bitcoin se place en rempart : nous refusons d'être les accessoires de cet abus des gouvernements. Nous refusons de nous y soumettre sans combattre. Pour cette raison, nous avons lancé une action juridique visant à faire annuler cette loi. Le combat de Bull Bitcoin pour faire annuler DAC8 et CARF 

 

DAC8 transforme chaque prestataire Bitcoin en informateur fiscal. Ils obligent chaque plateforme crypto à balancer vos données au fisc, créant un fichier géant sur des millions d'Européens. C'est exactement le genre de surveillance de masse contre laquelle Bitcoin a été créé, le self-custody et l'usage de vos propres clés restent la seule vraie protection.  

Qu'est-ce que DAC8 ?

La directive de surveillance fiscale des crypto-actifs, en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2026.

La directive DAC8, en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, oblige tous les prestataires de services sur crypto-actifs (CASP) de l’UE à transmettre des informations annuelles sur les transactions crypto déclarables de leurs clients à l’administration fiscale, données ensuite partagées automatiquement entre les 27 États membres.

Chaque CASP doit déclarer, tous les ans :

  • l’identité complète du client (nom, adresse de domicile, date de naissance, numéro fiscal) et sa résidence fiscale ;
  • les types de crypto-actifs et les catégories de transactions ;
  • les valeurs, unités, dates, nombres de transactions et agrégats annuels ;
  • les informations de transfert, y compris les transferts agrégés vers des adresses de registre distribué non associées à un VASP le cas échéant.

Le premier exercice déclaré couvre l’année 2026, et le premier échange entre administrations est prévu pour septembre 2027. En France, la transposition s’est faite par le décret n° 2025-1276 du 19 décembre 2025.

Conseil de l’UE, communiqué du 17 octobre 2023 · Commission européenne, page DAC8 · décret n° 2025-1276 du 19 décembre 2025 (Journal Officiel) · ADAN / Deloitte / Ipsos, Baromètre 2026. 

Notre action

« Une action juste, légitime, et alignée avec l'objectif même de DAC8. »

Le 24 février 2026, Bull Bitcoin a déposé une requête sommaire devant le Conseil d’État contre le décret n° 2025-1276 du 19 décembre 2025.

Ce décret constitue la principale mesure de transposition de la directive DAC8 en droit français. Il étend significativement le périmètre des obligations déclaratives pesant sur les CASP français, y compris au-delà du champ initialement prévu par la directive elle-même.

Cette action n’est qu’un début, et n’est qu’un des nombreux fronts sur lesquels nous allons nous engager. Nous viserons tous les moyens légitimes de suspendre, retarder, annuler ou amender les effets néfastes de DAC8 et du CARF.

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