De l'ancien latin jus et natura, le jusnaturalisme est une doctrine philosophique et juridique fondée sur le concept de droit naturel. Les jusnaturalistes défendent une théorie du droit qui admet l’existence de principes naturels de justice distincts du droit positif
Le jusnaturalisme désigne l’école de pensée juridique et philosophique qui soutient l’existence d’un droit naturel (jus naturale),
c’est-à-dire d’un ensemble de principes juridiques universels et
intemporels, découvrables par la raison ou fondés sur la nature humaine,
qui servent de critère pour évaluer la légitimité des lois positives.
Cette doctrine affirme que certains droits et devoirs existent
indépendamment de toute législation humaine et s’imposent à toute
autorité politique.
Le terme « jusnaturalisme » est formé du latin jus (droit) et naturalis
(naturel), littéralement « droit selon la nature ». Cette étymologie
révèle l’intuition fondamentale de cette école : il existe des exigences
juridiques inscrites dans l’ordre naturel des choses, antérieures et
supérieures aux conventions humaines. Le jusnaturalisme s’oppose ainsi
au positivisme juridique qui ne reconnaît comme droit que les normes
effectivement posées par les autorités compétentes.
Le jusnaturalisme et la philosophie
Le
jusnaturalisme constitue l’une des traditions les plus anciennes et les
plus centrales de la philosophie occidentale, touchant à ses domaines
les plus fondamentaux. En métaphysique, il pose la
question de l’existence d’un ordre normatif objectif inscrit dans la
nature ou la raison – une interrogation qui traverse toute l’histoire de
la philosophie depuis Platon et Aristote jusqu’aux débats contemporains
sur le réalisme moral. En épistémologie, il soulève le
problème crucial de la connaissance des valeurs : comment pouvons-nous
découvrir les principes du droit naturel ? Par la raison pure (Kant),
l’observation de la nature humaine (Aristote, Aquinas), ou l’intuition
morale ? En éthique,
le jusnaturalisme participe directement aux débats sur l’objectivité
des valeurs morales et l’universalisme face au relativisme culturel –
des enjeux qui divisent encore la philosophie morale contemporaine. En philosophie politique,
cette tradition fonde les théories modernes des droits humains et de la
limitation du pouvoir politique : de Locke aux Déclarations des droits,
l’idée que certains principes transcendent la volonté des gouvernants
reste au cœur des démocraties libérales. Enfin, en philosophie de la religion,
le jusnaturalisme interroge les rapports entre loi divine et raison
humaine, notamment dans la synthèse thomiste qui influence encore la
pensée catholique contemporaine.
Les origines antiques du jusnaturalisme
Le jusnaturalisme plonge ses racines dans la philosophie grecque antique. Les sophistes établissent déjà la distinction entre nomos (loi, convention) et physis (nature), certains affirmant la supériorité de la nature sur les conventions humaines arbitraires.
Aristote, dans l’Éthique à Nicomaque,
distingue le juste naturel du juste légal : « Une partie du juste
politique est naturelle, et l’autre légale : naturelle, celle qui a
partout la même force et ne dépend pas de nos acceptations ou rejets ;
légale, celle qui à l’origine peut être indifféremment ceci ou cela,
mais qui une fois établie n’est plus indifférente. » Cette distinction
aristotélicienne fonde la tradition jusnaturaliste en établissant
l’existence de principes de justice universels.
Le stoïcisme développe cette intuition en élaborant la notion de loi naturelle (lex naturalis). Pour les stoïciens comme Cicéron, la raison universelle (logos) gouverne le cosmos et dicte des lois naturelles que la raison humaine peut découvrir. Dans De la République,
Cicéron écrit : « La vraie loi, c’est la droite raison conforme à la
nature, répandue chez tous les hommes, constante, éternelle. »
La synthèse thomiste
Thomas d’Aquin réalise la synthèse la plus aboutie du jusnaturalisme médiéval dans la Somme théologique.
Il distingue quatre types de lois : la loi éternelle (plan divin de la
création), la loi naturelle (participation de la créature rationnelle à
la loi éternelle), la loi humaine (application de la loi naturelle aux
circonstances particulières) et la loi divine (révélation surnaturelle).
La
loi naturelle thomiste se fonde sur les inclinations naturelles de
l’être humain : conservation de la vie, reproduction, vie en société,
connaissance de la vérité. Ces inclinations révèlent des biens
fondamentaux que la raison peut identifier et qui génèrent des
obligations morales et juridiques universelles.
Cette conception
influence durablement la tradition juridique occidentale. Elle fournit
un critère de légitimité des lois positives : une loi contraire à la loi
naturelle n’est pas véritablement une loi mais une « corruption de la
loi » (corruptio legis). Saint Augustin avait déjà formulé ce principe : « lex iniusta non est lex » (une loi injuste n’est pas une loi).
Le jusnaturalisme moderne : l’école du droit naturel
L’école moderne du droit naturel, inaugurée par Hugo Grotius dans Le Droit de la guerre et de la paix (1625), laïcise le jusnaturalisme médiéval. Grotius affirme que le droit naturel existerait « etiamsi daremus non esse Deum » (même si nous supposions que Dieu n’existe pas), le fondant uniquement sur la nature rationnelle et sociale de l’homme.
Samuel Pufendorf, dans Le Droit de la nature et des gens
(1672), développe cette approche rationaliste. Il distingue les
« entités morales » (droits, devoirs, obligations) des entités
physiques, montrant que le monde moral possède sa propre rationalité
découvrable par la raison.
Les théoriciens du contrat social
(Hobbes, Locke, Rousseau) s’inscrivent dans cette tradition tout en la
transformant. John Locke, dans les Deux traités du gouvernement civil,
fonde les droits naturels inaliénables (vie, liberté, propriété) sur la
loi naturelle accessible à la raison. Ces droits préexistent au contrat
social et limitent les pouvoirs de l’autorité politique.
Kant et le jusnaturalisme critique
Emmanuel Kant révolutionne le jusnaturalisme dans la Métaphysique des mœurs.
Il ne fonde plus le droit naturel sur la nature empirique de l’homme
mais sur sa nature rationnelle. L’impératif catégorique génère des
principes juridiques a priori : « Agis de telle sorte que tu puisses
vouloir que la maxime de ton action devienne une loi universelle. »
Le
droit kantien se définit comme « l’ensemble des conditions sous
lesquelles l’arbitre de l’un peut s’accorder avec l’arbitre de l’autre
suivant une loi universelle de la liberté ». Cette définition
transcendantale fonde le droit sur l’exigence rationnelle de
compatibilité des libertés plutôt que sur des inclinations naturelles.
Kant
développe également un jusnaturalisme cosmopolitique : les principes du
droit doivent s’étendre aux relations internationales et fonder un
« droit cosmopolitique » garantissant la paix perpétuelle. Cette vision
influence le développement moderne du droit international.
Critiques et déclin du jusnaturalisme
Le jusnaturalisme fait face à des critiques croissantes à partir du XIXe siècle. Le positivisme juridique
de Jeremy Bentham et John Austin nie l’existence d’un droit naturel
objectif. Pour Bentham, les « droits naturels » ne sont que des
« absurdités sur des échasses » (nonsense upon stilts). Seul le droit positif, établi par l’autorité souveraine, mérite le nom de droit.
Le relativisme culturel
souligne la diversité des conceptions morales selon les cultures,
remettant en cause l’universalité prétendue du droit naturel. L’historicisme juridique (École historique allemande) montre l’enracinement du droit dans l’esprit particulier de chaque peuple (Volksgeist).
Karl Marx critique
le jusnaturalisme comme idéologie bourgeoise masquant les rapports de
classe. Les « droits naturels » refléteraient en réalité les intérêts de
la classe dominante plutôt que des exigences universelles de justice.
Renaissance contemporaine du jusnaturalisme
Après
le déclin de la première moitié du XXe siècle, le jusnaturalisme
connaît un renouveau après 1945. L’horreur des régimes totalitaires et
de leurs « lois » criminelles relance l’intérêt pour des critères moraux
objectifs d’évaluation du droit positif.
Gustav Radbruch, juriste
allemand, développe la « formule de Radbruch » : quand l’injustice des
lois positives atteint un degré insoutenable, elles perdent leur
caractère juridique. Cette formule influence les procès de Nuremberg et
la dénazification.
L’école néo-thomiste (Jacques Maritain, John Finnis) réactualise la synthèse thomiste. John Finnis, dans Natural Law and Natural Rights
(1980), identifie sept biens humains fondamentaux (vie, connaissance,
jeu, expérience esthétique, sociabilité, raisonnabilité pratique,
religion) qui génèrent des exigences morales et juridiques objectives.
Ronald
Dworkin, sans se revendiquer explicitement du jusnaturalisme, développe
une théorie du droit qui intègre nécessairement des principes moraux.
Pour lui, l’interprétation juridique fait appel à des principes de
moralité politique qui transcendent le droit positif.
Enjeux contemporains
Le jusnaturalisme contemporain affronte de nouveaux défis. La bioéthique
soulève des questions sur l’existence d’une « nature humaine »
normative face aux possibilités de manipulation génétique et
d’amélioration artificielle de l’homme.
Les droits de l’homme
constituent l’expression moderne la plus évidente du jusnaturalisme,
affirmant l’existence de droits inhérents à la dignité humaine.
Cependant, leur fondement théorique fait débat : nature humaine, dignité
rationnelle, consensus international ?
Le pluralisme culturel et le multiculturalisme
questionnent l’universalité des principes jusnaturalistes. Comment
concilier respect de la diversité culturelle et affirmation de valeurs
universelles ?
Le jusnaturalisme demeure ainsi une tradition
philosophique vivante, constamment réinterprétée pour répondre aux défis
contemporains de la fondation du droit et de la justice.
Histoire
L’éviction de Dieu : l’homme seul propriétaire
Francisco de Vitoria (v. 1483-1546) : droit naturel plutôt que surnature
Tout l’effort de la pensée moderne consiste à opérer une rupture, une
dissociation radicale, entre le domaine de Dieu sur sa création, qui
devient purement théorique et abstrait, et le domaine de l’homme sur les
choses, concret et réel. Cette évolution vise à désencastrer le domaine
humain du domaine divin, à le rendre autonome par rapport à ce dernier.
Un premier pas est franchi par les penseurs de la seconde scolastique.
Comme l’a montré l’historienne du droit Marie-France Renoux-Zagamé (Origines théologiques du concept moderne de propriété),
des auteurs tels que Domingo Báñez, Francisco de Vitoria, Domingo de
Soto, Leonardus Lessius, Paul Leymann ou Francisco Suárez sont à
l’origine d’une innovation majeure. Poursuivant les prémisses de Thomas
d’Aquin, ces théologiens fondent le domaine humain, non plus sur la
seule volonté divine, mais surtout sur la nature raisonnable de l’homme.
Cette innovation, qui vise à écarter les dérives nominalistes des
siècles précédents (si le domaine humain est fondé sur la seule volonté
de Dieu, Dieu peut le retirer à l’homme en cas de mauvaise conduite),
tend à autonomiser, au moins en partie, le domaine humain par rapport au
domaine divin. L’homme se voit conférer un pouvoir naturel sur les choses, qui n’est plus seulement justifié théologiquement, mais avant tout juridiquement, par le droit naturel. Le dominium est associé au jus,
au droit naturel, plutôt qu’à la volonté divine. Les penseurs de la
seconde scolastique participent donc, malgré eux, à une sécularisation
du pouvoir humain sur les choses. Malgré tout, ce pouvoir demeure limité
par la nature humaine elle-même, par la fonction de l’homme dans
l’univers (l’organisation des créatures par la raison). De plus, si la
justification théologique est nuancée, elle n’est pas tout à fait
écartée. Le droit d’abuser n’est donc pas encore pleinement légitimé et
des limitations au droit d’user demeurent.
Hugo Grotius (1583-1645) : contre la seigneurie de Dieu, la propriété de l’homme !
Ce sont les jusnaturalistes modernes qui, à partir du XVIIe
siècle, poussent progressivement cette évolution à son terme. Si Grotius
et Pufendorf admettent encore de rares réserves et continuent de
rattacher partiellement le domaine humain à Dieu, Thomasius, Hobbes,
Locke et leurs successeurs vont opérer un désencastrement total du droit
humain sur la création par rapport à son fondement divin. Prolongeant
le raisonnement des théologiens de la seconde scolastique, ces
philosophes parviennent à justifier un pouvoir absolu de l’homme sur la
création en détachant totalement et définitivement le domaine humain sur
les choses, que l’on appellera de plus en plus propriété, du
domaine de Dieu, de la souveraineté divine sur l’univers. Le droit de
l’homme sur les choses est ainsi exprimé, non plus comme découlant d’une
concession divine, mais comme un droit attaché à la seule nature
humaine. Pour ce faire, les jusnaturalistes montrent que le pouvoir
humain sur les choses ne résulte pas d’un ordre explicite de Dieu, comme
le pensaient leurs prédécesseurs, mais d’une simple possibilité
d’organisation du monde laissée par Dieu à l’homme. Dès lors, le
domaine humain constitue un droit mais, ne découlant pas de la volonté
de Dieu, ce droit n’est contrebalancé par aucun devoir juridique ou
moral. Bien plus, ce droit doit être rattaché, non à un ordre divin,
mais à la nature propre, intrinsèque, de l’homme. Ce dernier peut donc
user des choses comme bon lui semble, puisque cette utilisation est
indifférente à Dieu : elle est neutre du point de vue de la volonté
divine. Se trouve ainsi théorisé un droit absolu et illimité de l’homme
sur les choses, qui n’est plus restreint par des limitations
théologiques ou éthiques. Le droit d’user et d’abuser est légitimé : la
propriété est née.
La presse française sous perfusion : une dépendance vieille de plus de 2 siècles
94 millions d'euros d'aides directes. 84 millions d'aides indirectes. 809 titres aidés. Et ce n'est que l'année 2023. En France, on ne subventionne pas la presse. On la maintient en vie.
Le système des aides à la presse est un monument national. Pas un monument historique — ceux-là, on les laisse se dégrader tranquillement (demandez au Louvre). Non, un monument administratif : des dizaines de dispositifs empilés sur plus de deux siècles, chacun créé pour répondre à une urgence qui a depuis disparu, et qu'aucun gouvernement n'a jamais eu le courage de supprimer.
Résultat : en 2023 (chiffres les plus récents), l'État français a versé 278 millions d'euros à la presse écrite — 194 millions en aides directes et 84 millions en aides indirectes (dont TVA à 2,1 %). Pour donner une échelle : c'est l'équivalent de ce que la France dépense pour construire 4 000 places de prison alors que les établissements pénitentiaires affichent un taux d'occupation de 123 %. C'est plus de la moitié du budget informatique de toute la Justice française (209 M€). Et c'est surtout un système que personne ne comprend, pas même ceux qui en bénéficient.
Décortiquons.
1796 : tout commence par un facteur
La plus ancienne aide à la presse remonte au Directoire. En 1796, la loi du 4 thermidor an IV accorde à la presse un tarif postal privilégié. L'idée est simple : pour que les citoyens s'informent, il faut que les journaux circulent. La Poste prendra en charge une partie du coût.
Napoléon supprime le dispositif — il n'était pas homme à subventionner ses critiques. Il est rétabli en 1930. Depuis, la presse paie moins cher que vous pour envoyer du papier par la poste. En 2023, cet avantage tarifaire représentait 181 millions d'euros par rapport au tarif postal universel (chiffre 2024, dernière estimation disponible).
Deux cent vingt-huit ans plus tard, à l'ère du numérique, de l'information instantanée et des newsletters par e-mail, l'État continue de subventionner l'acheminement physique de journaux papier par des facteurs en camionnette. Le monde a changé. Le tarif postal, non.
Début du XXe siècle : la TVA super réduite
Deuxième couche du millefeuille : la fiscalité. Au début du XXe siècle, l'État accorde à la presse un taux de TVA réduit. Aujourd'hui fixé à 2,1 % (contre 20 % pour le taux normal), ce « super taux réduit » est le plus bas de toute l'économie française. Seuls les médicaments remboursables bénéficient d'un taux aussi favorable.
Coût pour l'État en 2023 : 60 millions d'euros de dépense fiscale (estimation Bercy, en baisse par rapport aux 150 millions estimés en 2022 après un changement de méthode de calcul — ce qui en dit long sur la fiabilité de ces chiffres).
Ce taux s'applique à toute la presse — le quotidien d'information générale comme le magazine de mots croisés, le journal satirique comme le titre people. Aucune conditionnalité. Aucun critère de qualité. C'est la définition même de l'arrosage.
Années 1970 : naissance des aides directes
Troisième strate. Les difficultés économiques de la presse quotidienne justifient, à partir des années 1970, la création d'aides directes gérées par le ministère de la Culture. L'idée originelle est ciblée : soutenir les quotidiens nationaux d'information politique et générale (IPG) dont le modèle économique ne permet pas d'attirer suffisamment de publicité. On pense à L'Humanité, à La Croix, à Libération — des journaux porteurs d'une ligne éditoriale forte, que le marché publicitaire ne suffit pas à financer.
Le principe est défendable : le pluralisme de la presse est un objectif constitutionnel (article 34 de la Constitution). Si le marché ne le garantit pas, l'État intervient.
Mais le principe, comme souvent en France, a été progressivement étendu jusqu'à perdre tout sens.
L'empilement : de l'aide ciblée à l'usine à gaz
À partir de 1986, les aides se multiplient :
L'aide aux quotidiens nationaux à faibles ressources publicitaires (1986). Créée pour les quotidiens nationaux IPG dont la publicité représente moins d'un certain pourcentage des recettes. En 2023 : 10,4 millions d'euros pour 7 titres. C'est l'aide historique, la plus légitime sur le plan du pluralisme. La Croix en est le premier bénéficiaire avec 3 millions d'euros au seul titre du pluralisme — sur un total de 9,3 millions d'aides tous dispositifs confondus.
L'aide aux quotidiens régionaux à faibles ressources de petites annonces. Oui, vous avez bien lu : une aide compensant la baisse des petites annonces. Celles que Le Bon Coin a rendues obsolètes il y a quinze ans. En 2023 : 1,4 million d'euros pour 12 titres, dont Presse Océan et La Dordogne Libre. On subventionne un modèle économique qui n'existe plus.
L'aide aux publications nationales à faibles ressources publicitaires (PFRP). Extension aux magazines. En 2023 : 4 millions d'euros pour 55 titres — Politis, Pèlerin, Causette... Le périmètre s'élargit.
L'aide au pluralisme de la presse périodique régionale et locale (PPR). En 2023 : 1,47 million d'euros pour 232 titres de presse hebdomadaire régionale. Le saupoudrage atteint son apogée : 1,47 million divisé par 232 titres = 6 300 euros en moyenne par titre. On ne finance plus le pluralisme. On distribue des pourboires.
L'aide au pluralisme des titres ultramarins (2021). 2 millions d'euros, 10 publications.
L'aide aux services de presse en ligne (2022). Extension au numérique. 4 millions d'euros pour 58 titres, dont Contexte, Huffington Post, Blast-info. L'aide la plus récente — et la preuve que le système ne sait que s'étendre, jamais se réformer.
Le fonds de soutien aux médias d'information sociale et de proximité (FSMISP, 2016). 1,9 million d'euros pour 131 médias — webTV locales, newsletters citoyennes, webradios associatives.
Au total, rien que pour le « pluralisme » : 22,7 millions d'euros en 2023, distribués à 374 titres via 7 dispositifs différents. Sept guichets pour un même objectif. Sept critères d'éligibilité. Sept commissions. Sept processus administratifs. L'efficacité à la française.
Les aides au transport et à la diffusion : 133 millions d'euros pour livrer du papier
C'est le poste le plus massif et le moins débattu.
En 2023, l'État a consacré 133 millions d'euros au transport et à la diffusion de la presse :
Aide à la distribution de la PQN-IPG : 27 millions d'euros pour 9 titres. C'est cette aide qui explique les 11,8 millions d'euros perçus par Aujourd'hui en France (Le Parisien), premier bénéficiaire toutes aides confondues avec 12,4 millions d'euros.
Aide à l'exemplaire posté : 73,3 millions d'euros pour 334 titres. C'est ici que Télérama explose les compteurs : 5,25 millions d'euros d'aide au postage seul, ce qui en fait le 8e titre le plus aidé de France — davantage que Sud Ouest, Le Progrès ou La Dépêche du Midi. Un magazine TV subventionné à hauteur de 5,5 millions d'euros.
Aide à l'exemplaire porté : 32,6 millions d'euros pour 149 titres, en remplacement de l'ancienne aide au portage (24 millions). Budget renforcé, périmètre élargi.
Fait notable : en 2023, la nouvelle aide à l'exemplaire posté/porté a remplacé l'avantage tarifaire postal en tant qu'aide indirecte. Ce qui était caché dans les comptes de La Poste devient une aide directe visible. Conséquence : le nombre de titres aidés bondit de 446 en 2022 à 809 en 2023. L'aide n'a pas augmenté — elle est devenue visible. Ce qui pose la question : que cachait-on avant ?
Le FSDP et les aides à l'investissement : 19 millions d'euros
Le Fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP), créé en 2012, cofinance des projets de transition numérique et écologique. En 2023 : 7,9 millions d'euros (via le FSDP proprement dit) au sein d'une enveloppe globale de 19,1 millions pour la modernisation.
On y trouve des bourses d'émergence de 50 000 euros pour des revues naissantes, du soutien à l'IA éditoriale, de la modernisation de kiosques. C'est l'aide la moins contestable sur le principe — à condition d'admettre que l'État est légitime à décider quels projets éditoriaux méritent de l'innovation et lesquels n'en méritent pas.
L'aide papier : 30 millions d'euros exceptionnels devenus permanents
En 2023, une aide exceptionnelle de 30 millions d'euros est créée pour compenser la hausse du coût du papier liée à la guerre en Ukraine. 504 publications en bénéficient — dont 307 qui ne recevaient aucune aide auparavant.
Le mot « exceptionnel » est savoureux. En France, les aides exceptionnelles ont une durée de vie supérieure à celle des gouvernements qui les créent.
Le palmarès : qui touche quoi ?
Les aides sont versées titre par titre, mais la réalité économique se lit par groupe de presse. Quand Le Monde, Télérama, Courrier International et La Vie appartiennent au même actionnaire, c'est le groupe qu'il faut regarder.
Voici le top 24 des groupes de presse les plus aidés en 2023, toutes aides directes et filières confondues :
Quelques observations qui piquent :
Les Échos-Le Parisien, en incluant Paris Match, propriété de LVMH (Bernard Arnault, première fortune mondiale), arrive en tête avec 20,2 millions d'euros — dont 12,7 millions d'aide filière seule. L'homme le plus riche de la planète perçoit la plus grosse enveloppe d'aides à la presse de France.
Le Groupe Le Monde touche 19 millions d'euros. Ce total agrège Le Monde, Télérama (5,5 M€ à lui seul), Courrier International, La Vie, L'Obs. Le journal de référence de la gauche intellectuelle est aussi le deuxième bénéficiaire des aides publiques. Le Monde affiche un résultat net de 11,3 M€ en 2024 et perçoit 19 M€ d'aides. Autrement dit, sans les aides, le groupe serait déficitaire de 8 millions d'euros. Le bénéfice revendiqué depuis 2016 « sans discontinuer » est intégralement financé par l'État. Quand Louis Dreyfus et Jérôme Fenoglio écrivent que cette rentabilité est « le socle de notre indépendance », c'est une indépendance sous perfusion publique.
SIPA Ouest-France est déficitaire en 2024 malgré 14,6 M€ d'aides. Le CA du groupe (560 M€ en 2022) est le plus élevé de la presse française, mais le modèle papier (83 % du CA) rend le groupe structurellement vulnérable.
EBRA (Crédit Mutuel) — Le Dauphiné Libéré, L'Est Républicain, les DNA, Le Progrès, le Républicain Lorrain, le Bien Public, le Journal de Saône-et-Loire — touche 12,7 millions d'euros. Un groupe bancaire mutualiste est le quatrième bénéficiaire des aides à la presse.
La Croix, journal catholique du groupe Bayard Presse, touche 9,3 millions d'euros. C'est de loin le titre le plus subventionné par exemplaire diffusé, avec 3 millions de pluralisme, 1,4 million de portage et 4,3 millions de postage.
L'Humanité, organe historique du PCF, perçoit 6,6 millions d'euros — dont 2,9 millions de pluralisme et 5,6 millions d'aides directes au total. L'aide au pluralisme a été inventée pour des titres comme celui-ci. Mais le tirage ne cesse de baisser.
Télérama, un magazine de programmes TV appartenant au groupe Le Monde, reçoit 5,5 millions d'euros — presque intégralement en aide au postage (5,25 M€). Plus aidé que Le Progrès, quotidien régional de 600 000 lecteurs.
CMA-CGM, armateur et troisième fortune de France (Rodolphe Saadé), perçoit 2 millions d'euros pour La Provence. Artémis (François-Henri Pinault, Kering), 2,7 millions pour Le Point.
Le Canard Enchaîné : 1,14 million d'euros, exclusivement en aide au postage. Aucune aide au pluralisme. Le journal satirique reste le titre le plus « propre » du système — mais il y participe quand même.
Les aides indirectes : les 84 millions invisibles
Au-delà des 194 millions d'aides directes, la presse bénéficie de 84 millions d'euros d'aides indirectes en 2023 :
TVA « super réduite » à 2,1 % : 60 millions d'euros de dépense fiscale estimée.
Exonérations fiscales pour les diffuseurs, vendeurs-colporteurs et porteurs : 24 millions d'euros.
Ces aides sont par nature invisibles — elles n'apparaissent dans aucun tableau, aucune liste nominative. La presse en bénéficie sans condition. Un magazine de décoration intérieure a le même taux de TVA que L'Humanité.
Ce qui est obsolète en 2026
Passons en revue les dispositifs qui n'ont plus de justification en 2026 :
Les tarifs postaux préférentiels (1796). L'État subventionne l'envoi physique de papier dans un monde où l'information circule instantanément par voie électronique. En 2024, ces tarifs représentaient encore 181 millions d'euros de manque à gagner pour La Poste. C'est l'équivalent de 2 000 emplois de facteurs financés pour distribuer un support en déclin structurel (le tirage de la PQN a baissé de 64 % entre 2000 et 2021).
L'aide aux quotidiens à faibles ressources de petites annonces. Le marché des petites annonces a migré en ligne il y a plus de quinze ans. Subventionner des journaux parce qu'ils ne vendent plus de petites annonces, c'est comme subventionner des loueurs de VHS parce que Netflix existe.
L'aide au postage des magazines (73,3 M€). Télérama, Paris-Match, Le Point perçoivent des millions d'euros pour que leurs abonnés reçoivent un magazine papier par la poste. Dans un monde où ces mêmes titres ont des sites web, des applications, des newsletters, des podcasts — pourquoi l'État paie-t-il encore le facteur ? L'argument écologique pourrait également être invoqué : quel est le bilan carbone de cette aide ?
La TVA à 2,1 % sans condition. Ce taux s'applique sans distinction entre un journal d'investigation et un magazine de sudoku. C'est une aide aveugle. La conditionner à la qualification IPG ou à des critères de qualité rédactionnelle diviserait le coût par deux et renforcerait le ciblage.
Le vrai problème, le pluralisme à l'ère numérique
La justification constitutionnelle de tout ce système tient en un mot : pluralisme. L'État aide la presse pour que les citoyens aient accès à une diversité de points de vue.
Mais en 2026, le pluralisme ne se joue plus dans les kiosques. Il se joue sur les plateformes. Et c'est là que le système d'aides révèle son angle mort le plus béant.
Les 278 millions d'euros d'aides à la presse en 2023 sont intégralement orientés vers la production et la distribution de contenus. Pas un euro n'est consacré à garantir que ces contenus soient effectivement accessibles aux citoyens dans l'espace numérique.
Or, qu'est-ce qui détermine aujourd'hui si un article est lu ? L'algorithme de X, de Google, de Meta. Des entreprises américaines privées décident, par leurs choix de classement, de modération et de mise en avant, quels contenus atteignent le public français. Le pluralisme ne dépend plus du nombre de titres aidés — il dépend de la visibilité que leur accordent des plateformes sur lesquelles l'État n'a aucune prise.
On peut subventionner 809 titres. Si l'algorithme n'en affiche que 5 dans le fil d'actualité des Français, le pluralisme est un leurre.
Le vrai chantier du pluralisme en 2026 n'est pas de savoir combien de millions l'État verse à Télérama pour ses enveloppes postales. C'est de savoir si un article de La Croix, de L'Humanité ou du Canard Enchaîné a la moindre chance d'apparaître dans le fil d'un citoyen de 25 ans qui s'informe exclusivement sur son téléphone.
Conclusion : perfusion ou réforme ?
Le système des aides à la presse française est le produit de 228 ans d'empilement administratif. Chaque aide a été créée pour répondre à un problème réel. Aucune n'a été supprimée quand le problème a disparu.
Le résultat est un édifice baroque où Aujourd'hui en France (LVMH) touche 12,4 millions d'euros, où Télérama perçoit plus que Sud Ouest, où l'on subventionne des petites annonces qui n'existent plus et des facteurs qui livrent des journaux que personne ne lit.
278 millions d'euros par an. C'est le prix de la tranquillité politique : aucun gouvernement ne veut être celui qui « a tué la presse ». Alors on perfuse. On empile. On complexifie.
📌La question que personne ne pose : peut-on encore parler de presse libre quand 278 millions d'euros d'aides sont distribués chaque année par l'État ? Quel rédacteur en chef publiera l'enquête qui fâche le ministère de la Culture, sachant que ce même ministère signe le chèque qui boucle son budget ?
Sources : Ministère de la Culture, « Éléments de communication — Aides à la presse 2023 » ; Tableau des titres de presse aidés en 2023 (données ouvertes) ; Tableaux 2016-2022 ; Cour des comptes ; Wikipedia, « Aides à la presse en France » ; Ministère de la Culture, « Historique des aides au transport de presse » ; Ministère de la Culture, « Soutien public à la presse ».
le journal - parmi les plus subventionnés de l'État - a reçu un prêt de 17 MILLIONS d'euros de la part du milliardaire Daniel Kretinsky.
Il s'agit du QUATRIÈME prêt reçu par le journal en trois ans pour un total de 59 MILLIONS D'EUROS.
D’ores et déjà un événement d’une portée identique à ce que fut en son temps la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS.
Fin d’un régime qui a façonné l’histoire du monde pendant près de 50 ans? Les semaines et les mois qui viennent nous le diront.
Ceux qui gouvernent au nom d'un Dieu, finissent par se prendre pour lui."L’apocalypse des mollahs" évoque l'objectif affiché : décapiter le régime des mollahs, l'opération militaire, nécessaire mais pas suffisante sans la diplomatie. L'Iran peut enfin redevenir la Perse !
Ils n'ont pas bombardé l'Iran. Ils ont attendu que tous les dirigeants iraniens soient réunis dans la même pièce avant de bombarder l'Iran.
Des mois de renseignement. Des milliers d'heures de surveillance et d'interception de signaux. Une seule variable : le moment où le Guide suprême, le président et le haut commandement militaire se sont réunis au même endroit et au même moment.
Il était 8h15 ce matin. En plein jour. Toutes les frappes israéliennes précédentes contre l'Iran ont eu lieu de nuit. Celle de juin 2025 a été lancée dans l'obscurité. Celle d'octobre 2024 après minuit. Toute la doctrine de défense aérienne iranienne repose sur l'hypothèse qu'Israël attaque de nuit. Israël a attaqué en plein jour car la cible n'était pas une infrastructure. La cible était une réunion.
Reuters confirme que les frappes visaient Khamenei et Pezeshkian. CNN confirme des mois de planification conjointe américano-israélienne. Des responsables israéliens ont confirmé que la frappe a touché le lieu où étaient réunis les plus hauts responsables iraniens. La question de savoir si Khamenei a été déplacé avant ou exfiltré après la frappe est l'inconnue la plus cruciale au monde actuellement. Si c'était avant, quelqu'un au sein du cercle restreint de Téhéran a informé Jérusalem de la date et du lieu de la réunion. Si c'était après, les frappes ont touché la pièce et il a survécu. Les deux scénarios sont catastrophiques pour le régime.
Car les dirigeants iraniens savent désormais trois choses : Israël savait où ils se réunissaient, quand ils se réunissaient et qui serait présent. Et tout ce que nous avons observé au cours du mois dernier – les F-22 à Ovda, les avions ravitailleurs à Ben Gourion, Al Udeid complètement vidé, 270 vols de transport – tout cela constituait le dispositif de lancement d’une frappe chirurgicale unique sur une réunion.
Désormais, chaque réunion des hauts dirigeants iraniens sera marquée par une question : Israël est-il également au courant de cela ?
Il ne s'agit pas d'une opération militaire. Il s'agit de la destruction de la confiance institutionnelle au sein d'un régime. Demain, chaque général qui rencontrera Khamenei se demandera qui a informé Jérusalem de ce qui s'est passé aujourd'hui. Chaque commandant des Gardiens de la révolution qui recevra une convocation à une réunion évaluera si sa présence est un devoir ou une condamnation à mort. Toutes les installations censées être sécurisées à Téhéran se sont révélées vulnérables.
En juin 2025, Israël a tué 30 généraux dans les premières minutes. C'était une opération de force brute menée sur des cibles dispersées. Ici, c'était une opération chirurgicale.
Une rencontre. Un instant. Des mois de patience.
En représailles, l'Iran a lancé des missiles sur six pays. La plupart ont été interceptés. Un civil a été tué par des débris à Abou Dhabi. L'Arabie saoudite a réagi en promettant de mobiliser toutes ses forces contre l'Iran. La coalition du Golfe, qui n'existait pas hier, existe aujourd'hui parce que Téhéran l'a construite en attaquant simultanément tous les pays.
Israël a troqué une matinée de frappes de précision contre la destruction permanente de la cohésion du commandement iranien.
Ce n'est pas un combat. C'est un échec et mat déguisé en premier coup.
Très intéressantes révélations du Washington Post sur le fait que MBS et les Saoudiens auraient en coulisse poussé Trump à l’intervention et à en finir, contrairement au lieu commun partagé en public.
L'Iran décrète 40 jours de deuil national suite au décès du guide suprême, le présentateur de la télévision nationale fond en larmes...
La mort de Khamenei est l’énième réplique de l’onde de choc déclenchée par l’attaque terroriste du 7 octobre.Sinwar voulait la mort de l’État juif.Il a été éliminé et avec lui, les principaux dirigeants de l’axe de la « résistance ».Spectaculaire retour de bâton stratégique.Le stratège Sinwar a entraîné tous ses complices vers la mort
Le "7 octobre" est le plus grand événement depuis le "11 septembre".Deux événements marqués par des dates et qui ont secoué le monde et réveillé deux grands pays : les USA et Israël
La France n'a toujours pas compris.
Le fils de Khamenei, Mojtaba Hosseini Hamaney, fut éliminé en même temps que son père tyrannique.
Mojtaba était le successeur de Khamenei et le plus proche candidat au titre d'ayatollah. Il était le chef de la Force de résistance Bassidj.
Le chef de l’armée iranienne, le général Hatami, affirme que le guide suprême « souhaitait le martyre » et qu’il « a réalisé son vœu », déclarant l’avoir constaté à plusieurs reprises lors de réunions privées avec lui.
Ali Khamenei (1939-2026) : de la fin d’un tyran en Iran
L’ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême de la Révolution islamique
depuis 1989 est mort aujourd’hui 28 février 2026 dans le cadre des
attaques menées par les États-Unis et Israël contre la République
islamique afin de provoquer un changement de régime par la force.
Sa disparition, sans savoir si elle conduira à un changement de régime
par la force, à une transition vers un proche, ou vers un chaos
généralisé, marque la fin d’un pouvoir de 37 ans qui a défini et
structuré la nature du pouvoir de la République islamique.
Nous revenons sur les grandes étapes de son existence, de son enfance
pieuse au Nord de l’Iran et sa rencontre avec l’ayatollah Khomeyni
pendant des études de théologie au renforcement progressif de son
pouvoir brutal au sein du régime iranien.
Ruhollah Khomeini et Ali Khamenei dans les années 1970.
Ali Khamenei était issu d’une famille pieuse du nord-est de l’Iran.
Ali Khamenei est né en 1939 à Mashhad, principale ville du nord-est
de l’Iran et important centre religieux en raison de la présence du
mausolée de l’Imam Reza, seul Imam du chiisme duodécimain à être enterré
en Iran, les autres se trouvant principalement en Irak.
Il grandit dans une famille azérie, deuxième d’une fratrie de huit
enfants, dans une famille pieuse — son père, Seyed Javad Khamenei, était
lui-même un clerc religieux réputé à Mashhad. Plusieurs de ses frères
deviendront eux-mêmes clercs.
Il aurait des liens de parentés avec le quatrième imam chiite Ali
Zeyn-ol-Abedin, et appartiendrait à ce titre aux descendants de la
famille du Prophète, ce qui l’autorise à porter un turban noir ainsi que
le nom de seyyed.
Malgré son appartenance à une lignée prestigieuse sur le plan
religieux, Khamenei a souvent insisté dans ses discours sur la pauvreté
de sa famille durant son enfance — repas frugaux, logement modeste.
C’est un élément important car il nourrit sa rhétorique populiste et son
identification aux déshérités (mostazafin), un pilier idéologique de la République islamique.
Ali Khamenei avec son père, Seyed Javad Khamenei, un clerc religieux réputé de Mashhad après la révolution.
Entre 1957 et 1979 il se forme à la théologie, et par le biais d’une
série de rencontres militantes, il devient une figure de l’opposition à
la monarchie pahlavie.
Après des études à Machhad puis à Najaf, il s’installe à Qom,
principale ville de formation théologique en Iran, où il suit le
séminaire du grand-ayatollah Boroujerdi.
Il rencontre dans ce cadre Seyed Mojtaba Navvab Safavi, dirigeant
des Fédaïs d’islam, qui comptait instaurer un gouvernement islamique en
Iran dans les années 1940.
Il fait surtout la rencontre, décisive pour la suite, de Rouhollah Khomeyni en 1957.
Qom est en effet un important lieu de contestation des mesures de la
monarchie pahlavie, comme en 1963 contre la Réforme agraire, mais aussi
les droits des femmes et la transformation séculière de l’Iran.
Ali Khamenei est arrêté à six reprises et même banni dans une ville,
Iranchahr, en 1977 à cause de sa prédication politique, de la diffusion
de tracts et cassettes de Khomeini et de sa participation à des réseaux
clandestins d’opposition cléricale.
Sur sa formation théologique proprement dite, Khamenei n’a jamais atteint le rang de marja
(grand ayatollah et source d’imitation), ce qui a été et reste une
source de contestation de sa légitimité religieuse. Il est généralement
considéré comme hojatoleslam, un rang intermédiaire dans la
hiérarchie cléricale. C’est un point important pour comprendre les
débats ultérieurs autour de sa nomination comme Guide suprême.
Sur ses influences intellectuelles : au-delà de Khomeini, Ali
Khamenei a été marqué par des penseurs comme Sayyid Qutb, intellectuel
égyptien, principal théoricien des Frères musulmans, dont les écrits —
notamment Jalons sur la route — ont influencé l’islamisme
sunnite en prônant une rupture radicale avec les sociétés qu’il jugeait
revenues à un état d’ignorance pré-islamique (jahiliyya), et défendant l’instauration d’un gouvernement révolutionnaire au nom de l’Islam en Égypte.
Il a même traduit deux ouvrages de Sayyid Qotb, L’avenir dans les terres d’islam et Réquisitoire contre la civilisation occidentale — ce qui confirme l’influence de la pensée qotbienne sur sa vision du monde, par-delà le clivage sunnisme-chiisme.
Entre la révolution (1979) et la mort de Khomeini (1989) il connaît une impressionnante ascension.
Il rejoint Téhéran lors de la Révolution de 1979 et monte rapidement
les échelons, jusqu’à devenir Imam du vendredi à Téhéran, c’est-à-dire
responsable de la principale prière de la semaine.
Il est blessé lors d’un attentat attribué tantôt à Forqan, groupe
extrémiste islamiste, et tantôt à l’Organisation des Moudjahidines du
peuple (OMK/MEK), mouvement d’opposition armée à la République
islamique, alors qu’il prononce un sermon en 1981 et en a conservé
depuis un bras droit mutilé.
Il est ensuite élu président de la République islamique en 1981 puis
en 1985, dans un contexte où le pouvoir du président était limité par
l’autorité morale et politique incontestable du Guide suprême, Khomeyni,
jusqu’à la mort de ce dernier en 1989.
Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), Ali Khamenei, alors
président de la République, a joué un rôle important dans la conduite du
conflit : il acquiert une visibilité internationale, plaide la cause
iranienne à l’ONU et auprès des pays non-alignés, se rend sur les lignes
de front, et participe aux décisions stratégiques sur la conduite de la
guerre, même si le pouvoir réel revenait au Guide suprême Rouhollah
Khomeini et aux commandants militaires, notamment les Gardiens de la
révolution.
Ali Khamenei conduit la prière à Téhéran dans les années 1980. Crédit : Michel Artault/Gamma-Rapho
Khamenei devient alors le successeur non charismatique de Khomeyni mais couronné de succès.
En 1989, à la suite de la mort de Rouhollah Khomeini, il est élu Guide suprême, alors même qu’il n’était pas considéré comme un marja-é taqlid
(ou « source d’imitation »), statut qui signifie qu’un religieux est
suivi par une communauté de croyants qui écoutent ses préceptes,
recommandations théologiques et conseils de vie pratique. La
Constitution a d’ailleurs dû être révisée la même année pour supprimer
l’exigence que le Guide soit un marja — une révision voulue par
Khomeini lui-même avant sa mort, qui souligne le caractère davantage
politique que religieux de cette désignation.
Beaucoup considèrent alors que l’homme fort du régime sera Hachemi
Rafsandjani, président de la République islamique de 1989 à 1997 et
partisan d’une ouverture commerciale du pays : le régime aurait pu se
séculariser progressivement au profit des élus et aux dépens des
autorités religieuses.
Alors qu’il est considéré moins charismatique et populaire,
disposant d’une plus faible légitimité religieuse que Khomeyni dans
l’ombre duquel il a grandi, Ali Khamenei parvient progressivement à
conforter son pouvoir et à écarter ses rivaux politiques, au point que certains considèrent qu’il est le dirigeant le plus puissant en Iran depuis Nassereddine Shah — qui a régné de 1848 à 1896.
Pour consolider son pouvoir, il renforce progressivement son
contrôle des institutions non élues — Conseil des gardiens de la
Constitution, pouvoir judiciaire, forces armées, Corps des Gardiens de
la Révolution, Fondations religieuses avec un rôle économique —,
développe son Bureau (beyt-e rahbari) comme centre de pouvoir parallèle, et met au pas ses rivaux.
L’ayatollah Ali Khamenei hospitalisé après une tentative d’assassinat
La centralité du pouvoir d’Ali Khamenei se comprend, en effet, à la
lueur des liens qu’il a tissés avec le Corps des Gardiens de la
Révolution.
Il leur accorde notamment la gestion d’importantes Fondations
religieuses, à l’instar d’Astan Qods Razavi, qui deviennent des géants
économiques, présents dans l’intégralité d’une économie fermée,
caractérisée par le clientélisme, disposant de passe-droits multiples —
échappant largement au contrôle fiscal et parlementaire, et répondant
directement au Guide —, rendus encore plus intenses par les régimes de
sanctions qui s’abattent sur le pays.
Le chercheur Afshon Ostovar propose pour décrire la relation entre le Corps des Gardiens de la Révolution et le Guide le concept de comitatus : « À l’époque classique, un comitatus était l’avant-garde ou le cercle intérieur des guerriers et des commandants de l’armée d’un roi. […] En ce sens, le Sepâh1 fonctionne comme le comitatus
d’Ali Khamenei. Ils le maintiennent au pouvoir et ne permettent à
personne de remettre en question son autorité ou sa légitimité. En
retour, il leur donne essentiellement les clés du royaume, toutes les
ressources dont ils ont besoin, tous les pouvoirs qu’ils demandent et
presque toutes les politiques qu’ils préfèrent ».
Ali Khamenei conforte également son emprise sur le pouvoir
judiciaire et parvient à faire reposer sur les présidents
démocratiquement élus la responsabilité de la répression de mouvements
contestataires, comme Mohammad Khatami en 1999.
Le pouvoir d’Ali Khamenei s’exprimait concrètement par le développement d’une administration, le Bureau du guide.
Pour Ali Vaez,
« le bureau du Guide, qui comprend 5000 personnes, est un gouvernement
fantôme de la République islamique. C’est une boîte noire. Il est encore
plus opaque que le Kremlin de la guerre froide ».
Son pouvoir ne consistait pas à prendre des décisions, à diriger le
pays ou à proposer des politiques publiques, mais à avoir le dernier mot
sur tous les sujets stratégiques, à rendre des arbitrages entre les
différents centres de pouvoirs en Iran qui existent et sont en
concurrence (Gardiens, armée, religieux, élus).
La forme qu’a prise l’exercice du pouvoir en Iran est également un reflet de plusieurs convictions idéologiques d’Ali Khamenei.
Il est arrivé au pouvoir en 1989 et a été profondément marqué par la
chute de l’URSS, dont il a tiré la conviction que toute ouverture
politique conduirait inévitablement au délitement du régime. Cette
grille de lecture peut expliquer sa réponse systématiquement répressive
et parfois extraordinairement cruelle face aux mouvements
contestataires : la révolte étudiante de 1999, le Mouvement vert de 2009
— né de la contestation de la réélection controversée de Mahmoud
Ahmadinejad et mené par son ancien rival Mir-Hossein Moussavi, assigné à
résidence depuis 2011 — (au moins 150 morts), puis le mouvement Femme, Vie, Liberté
de 2022, déclenché par la mort de Mahsa Jina Amini aux mains de la
police des mœurs (plus de 500 morts selon des ONG) ou plus récemment
avec les grandes manifestations des derniers mois qui semblent avoir été
accueillies par des massacres (certaines estimations indiquent plus de 30 000 victimes).
À chaque fois, Khamenei a interprété la contestation non comme
l’expression de revendications légitimes, mais comme une tentative de
déstabilisation orchestrée par des puissances étrangères — lecture qui
justifie à ses yeux le recours à la force et la conduite d’une guerre
contre la société.
Sa formation idéologique anti-américaine, anti-sioniste,
anti-coloniale et pro-palestinienne explique en partie l’importance qu’a
jouée l’Axe de la Résistance dans la politique étrangère de l’Iran. Sous son autorité, le régime de Téhéran a construit avec des investissements massifs un réseau d’alliés, de milices et de proxies
à travers le Moyen-Orient — le Hezbollah au Liban, le Hamas et le Jihad
islamique dans les territoires palestiniens, les milices chiites en
Irak, les Houthis au Yémen, et le soutien au régime de Bachar al-Assad
en Syrie — qui permettait de projeter sa puissance régionale bien
au-delà de ses frontières et à moindre coût.
Cet édifice s’est toutefois largement délité à partir de 2023-2024 :
l’affaiblissement considérable du Hezbollah après la guerre avec Israël
à l’automne 2024, puis la chute du régime Assad en décembre 2024, ont
privé l’Iran de ses deux piliers les plus stratégiques, remettant en
cause des décennies d’investissement géopolitique.
Par ailleurs, la confrontation longtemps indirecte entre l’Iran et Israël — menée par proxies
interposés — est devenue ouverte, avec les échanges de frappes directes
d’avril et octobre 2024, révélant au grand jour une asymétrie militaire
et technologique que la stratégie des milices avait pour fonction de
masquer. Ces revers posent la question de la pertinence d’une doctrine à
laquelle Khamenei a consacré l’essentiel de sa politique étrangère.
En dépit de convictions idéologiques très fortes, Ali Khamenei a été
capable à plusieurs reprises de prendre des décisions pragmatiques qui
ont probablement assuré la survie du régime et sa centralité dans les
jeux de pouvoir.
Dès 2012, il accepte le principe de négociations nucléaires avec les
États-Unis pour soulager un pays épuisé par les sanctions, alors même
que Mahmoud Ahmadinejad est encore président de la République. Ces
négociations aboutissent à l’accord de Vienne (JCPOA) en 2015 sous la
présidence Rohani que Khamenei a couvert politiquement tout en
maintenant une rhétorique de méfiance envers les Américains — ce qui lui
a permis de ne pas être affaibli lorsque Trump s’en est retiré en 2018.
En 2024, à la suite de la mort de Ebrahim Raisi dans un accident
d’hélicoptère, il ne s’oppose pas à l’élection du candidat réformateur
Massoud Pezechkian – conscient peut-être d’une nécessité à éviter que le
mouvement Femme, vie, liberté conduise à un renversement complet de son autorité.
Pour Afshon Ostovar,
Ali Khamenei avait souvent une attitude plus pragmatiste et de relative
modération vis-à-vis d’un certain nombre de militaires qui seraient
prêts à prendre davantage de risques dans la confrontation avec Israël
et les États-Unis : « Si dans une pièce se trouve un grand nombre de
généraux tête brûlée qui veulent attaquer, il est celui qui invitera à
ne pas tomber dans le piège de l’adversaire ».
Le prochain Guide suprême de la République devrait être choisi par
l’Assemblée des Experts, chambre haute de la République islamique,
composée de clercs, pour la plupart très âgés, et dont une partie est
nommée directement par le Guide actuel.
Depuis la mort d’Ebrahim Raisi, le candidat le plus souvent évoqué
pour la succession d’Ali Khamenei est son fils, Mojtaba Khamenei, déjà
considéré comme un acteur central du pouvoir iranien.
Toutefois, son choix reviendrait à réinstaurer une logique
monarchique au sein d’un régime qui s’est construit contre la monarchie
pahlavie qu’il avait renversée.
Ali Vaez considérait
que la solution la plus probable serait de choisir un Guide qui ne soit
pas « suprême », qui n’ait pas de base de pouvoir propre, ce qui
permettrait à Mojtaba Khamenei de continuer à jouer un rôle central dans
le Bureau du Guide. Cette hypothèse a cependant été formulée avant la
mort de tous les commandants des Gardiens, proches de Mojtaba Khamenei.
La mort du Guide est présentée par les autorités américaines et
israéliennes comme une étape dans le cadre d’un changement de régime
imposé par l’extérieur, sans qu’une alternative politique soit
identifiable à ce stade :
Le fils du Shah d’Iran, Reza Pahlavi, est présenté comme une possible solution d’alternance, mais il ne dispose pas de soutien organisé au sein du pays où il n’est pas retourné depuis 1978.
Une solution de continuité pourrait conduire l’Assemblée des Experts
nomme un des apparatchiks du régime qui pourraient devenir Guide, comme
Ali Larijani, ancien ministre et conseiller du Guide, Alireza Arafi,
membre du Conseil des gardiens ; Hojjat-ol-Eslam Mohsen Qomi, conseiller
du Guide ; Mohsen Araki, membre du Conseil de discernement ainsi que
Hashem Hosseini Bushehri, imam de la prière du vendredi à Qom 2.
L’hypothèse d’un soulèvement populaire en Iran
semble encore difficile à imaginer à ce stade, car la population ne
dispose pas d’armes et vient d’être réprimée très brutalement par les forces du régime, en bonne partie formées à la lutte révolutionnaire et aux stratégies d’insurrection.
Pierre Ramond est responsable des séminaires, tables
rondes et rencontres du Grand Continent. Après une scolarité à l'École
normale supérieure (A/L 2015) au cours de laquelle il a étudié la
philosophie, la science politique et le persan, il effectue aujourd'hui
une thèse sur la diplomatie européenne sous la direction d'Alexandre
Kazerouni et de Christian Lequesne.
Ali Khamenei et Maduro, ou la fin de l’incantation.
En quelques mois, les États-Unis ont mis à terre deux des dictateurs les plus cruels de notre époque.
Appuyé par son allié israélien, le président des USA a accompli en peu de temps ce que le monde libre se contentait d'appeler de ses vœux depuis des années — à grand renfort de tweets, de publications Facebook et de discours à l'ONU.
C’est une rupture majeure dans la politique étrangère des démocraties : la fin des incantations et la reprise de l’action.
En Europe, à quelques exceptions près, on peine encore à admettre que le monde a changé.
Les nations libres ne sont plus perçues comme des modèles mais comme des ennemis à abattre précisément parce qu’elles incarnent l’universalisme, l’égalité entre les femmes et les hommes et les principes démocratiques.
Ces fondamentaux sont désormais combattus par une haine nourrie par le rejet de la pensée occidentale issue des Lumières et qui a dominé le monde ces derniers siècles.
La plus grande erreur d’une partie de l’Occident — notamment à gauche, mais pas uniquement — est de croire que ceux qui nous menacent respectent les mêmes règles que nous.Avons-nous toujours bien agi ?Évidemment que non.Mais à quoi ressemblerait le monde aujourd’hui si Ben Laden était encore en vie et Al-Qaïda toujours opérationnel ?
La démocratie se défend aussi et parfois par la force, avec les conséquences difficiles que cela impose.Mais croyez que le dialogue diplomatique permanent serait l’unique programme, et la culpabilisation l’unique argument, est une illusion.La paix ne s'obtient pas ainsi quand l'interlocuteur n'en veut pas.
Cela explique en partie la faillite du droit international, devenu un simple instrument que chacun brandit au gré de ses intérêts.
Je comprends que ce constat soit difficile à entendre pour une génération qui n’a connu que la quiétude et s’imagine qu’il suffit de l’invoquer à New-York pour qu’elle sorte du chapeau.
Mais nos parents n’ont connu cette stabilité que parce qu’un ordre suffisamment puissant existait pour dissuader ses adversaires.
Cet équilibre aujourd’hui vacille : l’évolution démographique, la repentance systématique et certains récits décoloniaux ont alimenté la défiance envers un modèle qui a pourtant généré un progrès économique et social inédit dans l’histoire humaine.
Nous sommes aujourd’hui les héritiers de ce modèle.Notre responsabilité est donc de le protéger — sans nier ses dérives — mais en reconnaissant qu'il demeure celui qui permet le mieux l'épanouissement des individus.Et oui, cela implique de sortir de notre zone de confort.
Le parallèle avec ce qui traverse la NouvelleCalédonie est d’ailleurs frappant.
On y retrouve les défenseurs de la démocratie, ses adversaires déclarés, et un "ventre mou" qui se berce d'incantations pour résoudre les crises.
Les déclarations de ces derniers jours sur le territoire le démontrent :
-D'un côté, les candidats loyalistes aux municipales défendent tous les Calédoniens désireux de vivre en sécurité et en harmonie les uns avec les autres.
-
De l'autre, les responsables de la CCAT, lors des manifestations contre Bougival, contestent les fondements démocratiques pour leur opposer les règles coutumières.
-Enfin, le ventre mou nous parle de "sentiment" d'insécurité et invoque le dialogue comme seule mesure concrète, sans savoir quoi répondre à ceux qui refusent justement de discuter.
Nous vivons à notre échelle ce que vit le monde.C’est le combat de notre époque : préserver nos démocraties ou les voir mourir.
En attendant de savoir de quel côté basculera l’Histoire, ce soir je lèverai mon verre aux #Iraniennes particulièrement.Persécutées, violées et abattues parce qu'elles voulaient être libres.
Elles auront fini par gagner.
Le 1er objectif : la sidération des challengers.Il faut mesurer l’ampleur de la domination opérationnelle des États-Unis, capable de maîtriser des théâtres d’opérations successives, éloignées et hétérogènes.Après le Venezuela en janvier, puis des opérations à l’autre bout du globe, la démonstration est exceptionnelle.Cuba ferait sans doute bien de s’en inquiéter.
Comme au Venezuela, les États-Unis ont neutralisé en un temps très court le système d’interdiction de zone iranienne, et ce malgré la profondeur stratégique du territoire.C’est encore un revers majeur pour le Kremlin : l’allié iranien avait bâti son système de défense aérienne et de commandement autour d’architectures matérielles et logicielles russes.
Qu’il s’agisse des États-Unis face au Venezuela ou d’Israël face à l’axe Hezbollah-Iran, l’écart technologique rappelle celui qui séparait l’Europe du reste du monde au XIXᵉ siècle.
Le séquençage des frappes est également révélateur.Les premières ont visé le démantèlement du système aérien, afin d’ouvrir un véritable couloir d’accès par l’ouest, ce qui suggère la préparation de frappes multiples et modulables, et non d’un raid ponctuel.Donald Trump s’est ainsi donné une capacité d’ajustement stratégique en fonction de l’évolution de la situation.
Le principal moteur de Donald Trump reste toutefois interne : les marchés financiers🇺🇸.
Tant que la bourse se maintient, l’opinion demeure stable.Dans une région aussi inflammable, il ne peut se permettre un blocage du détroit d’Ormuz, ce qui implique soit la soumission contrôlée du régime, par l’émergence de figures coopératives comme au Venezuela, soit sa chute par la rue.
Cette deuxième option est extrêmement risquée.L’Iran est une mosaïque ethnique : moins des deux niveaux de la population est perse, et environ 10 % restent un soutien idéologique pendant le régime.
Une guerre civile est plausible, d’autant que le pouvoir a méthodiquement détruit toute opposition structurée capable de prendre le relais.
La première option offrirait aux États-Unis, après le Venezuela, un levier majeur sur les réserves mondiales d’hydrocarbures, permettant d’influencer les prix du pétrole et de renforcer la pression stratégique sur la Chine.
La seconde, bien que chaotique, resterait acceptable d’un point de vue géostratégique : elle empêcherait l’émergence d’un État iranien fort capable de fermer Ormuz, tout en fixant durablement la Russie et la Chine en Asie centrale, contraintes d’y mobiliser des ressources considérables pour y éviter un embrasement.
Patrick Edery
Arafi au centre du dispositif : La succession iranienne entre continuité cléricale, verrouillage institutionnel et équilibre de puissance
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Une nomination qui dépasse la procédure
L’entrée de l’ayatollah Alireza Arafi dans le Conseil directeur intérimaire ne doit pas être lue comme une simple formalité constitutionnelle. Elle révèle au contraire la logique profonde du système iranien dans une phase de vulnérabilité extrême : lorsque le sommet vacille, la République islamique ne cherche pas…
Une nomination qui dépasse la procédure
L’entrée de l’ayatollah Alireza Arafi dans le Conseil directeur
intérimaire ne doit pas être lue comme une simple formalité
constitutionnelle. Elle révèle au contraire la logique profonde du
système iranien dans une phase de vulnérabilité extrême : lorsque le
sommet vacille, la République islamique ne cherche pas d’abord un
visage, mais un mécanisme de continuité. Dans ce cadre, la présence
conjointe du président Masoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire
et d’Arafi dessine une architecture très précise : l’exécutif pour
l’administration courante, l’appareil judiciaire pour le contrôle
coercitif, et le clergé institutionnel pour la légitimation doctrinale.
Arafi n’est donc pas un troisième homme ajouté pour l’équilibre
symbolique. Il est le maillon qui empêche que la transition ne glisse
vers une simple compétition entre factions politiques ou vers une
prééminence exclusive des appareils sécuritaires. Sa fonction est de
rappeler que, même dans la crise, la souveraineté ultime du régime reste
fondée sur une synthèse entre droit religieux, appareil constitutionnel
et contrôle idéologique.
Le choix d’un homme de système, non d’un homme de rupture
Le point essentiel est là : Arafi n’incarne ni une ligne de réforme,
ni une ligne de confrontation ouverte, ni une ambition personnelle de
nature populiste. Il représente le cœur administratif du clergé d’État.
C’est précisément ce qui le rend précieux dans une phase de succession.
Le régime n’a pas besoin, à ce moment, d’un acteur qui redistribue les
cartes ; il a besoin d’un garant qui empêche la table d’être renversée.
Dans l’histoire de la République islamique, les périodes de
transition ont toujours été des moments où le véritable enjeu n’était
pas seulement la désignation d’un successeur, mais la préservation de la
cohérence du bloc dominant. Arafi appartient à cette catégorie d’hommes
qui rassurent les centres de décision parce qu’ils n’introduisent pas
d’incertitude supplémentaire. Son profil est bureaucratique au sens fort
: il n’est pas faible, il est calibré.
Le clergé comme instrument de puissance intérieure
Pour comprendre son importance, il faut sortir d’une lecture
occidentale trop étroite qui verrait dans le clergé iranien un simple
corps religieux. En Iran, le clergé institutionnel est une structure de
reproduction du pouvoir. Les séminaires, les centres doctrinaux, les
réseaux de formation, les organes de validation religieuse ne sont pas
séparés de l’État : ils en constituent une profondeur stratégique.
Arafi, formé à Qom et inséré depuis longtemps dans l’administration
religieuse, appartient précisément à cette couche qui organise la
continuité du système. Son poids ne vient pas d’un charisme de masse,
mais du fait qu’il maîtrise l’infrastructure intellectuelle et normative
du régime. Contrôler la formation du clergé, orienter les institutions
de savoir religieux, participer à la définition de l’orthodoxie, c’est
contrôler une partie de la fabrique de la légitimité. Dans une phase
post-Khamenei, cette fonction devient décisive, car la crise de
succession n’est pas seulement politique : elle est aussi une crise
potentielle de validité symbolique.
Conseil des gardiens et Assemblée des experts : la double clé du système
Ce qui donne à Arafi une valeur géopolitique et institutionnelle
supérieure est son appartenance aux deux structures qui encadrent la
souveraineté réelle du régime. Le Conseil des gardiens est bien
davantage qu’un organe de contrôle constitutionnel : il est le filtre du
champ politique. Il décide qui peut concourir, quelles lois sont
recevables, quelles limites ne peuvent être franchies. Il ne gère pas la
pluralité, il la discipline.
L’Assemblée des experts, de son côté, est l’organe chargé de désigner
la Guide suprême. En théorie, elle incarne la transmission légale du
sommet. En pratique, elle ne choisit jamais dans un vide politique :
elle agit dans un rapport de forces entre clergé, appareils
sécuritaires, réseaux institutionnels et intérêts du régime profond.
Le fait qu’Arafi appartienne à ces deux enceintes, puis entre dans le
Conseil intérimaire, signifie qu’il se trouve à l’intersection de trois
niveaux : la gestion de l’urgence, la régulation du champ politique, et
la préparation de la succession. Peu d’acteurs disposent d’une telle
centralité sans être eux-mêmes des figures surexposées.
Toute nomination de cette nature est aussi un message adressé aux
Gardiens de la Révolution. Les Pasdarans constituent depuis longtemps
bien plus qu’un appareil militaire : ils sont une force
politico-économique, sécuritaire et stratégique, avec une capacité
considérable d’influence sur la direction du régime. Or, dans un moment
de transition, le risque principal serait que la succession apparaisse
comme un basculement vers une domination trop visible du pôle
sécuritaire.
En plaçant Arafi dans le triumvirat, le système envoie un signal
d’équilibre : la force des appareils de coercition demeure, mais elle ne
peut pas se substituer ouvertement à la matrice cléricale du régime.
Autrement dit, la transition doit rester encadrée par une légitimité
religieuse et constitutionnelle, même si, dans les faits, les Pasdarans
pèseront lourdement sur l’issue.
Arafi joue ici le rôle d’un contrepoids institutionnel. Non pas
contre les Pasdarans au sens d’une opposition, mais comme rappel que la
République islamique ne veut pas apparaître comme un pur régime de
caserne. Elle entend maintenir la fiction structurante — et en partie la
réalité — d’un ordre où la force reste couverte par la norme
religieuse.
Le calcul interne : éviter la fragmentation
La nomination d’Arafi traduit aussi une peur centrale du système : la
fragmentation. Dans la phase post-Khamenei, le danger le plus grave
n’est pas seulement une contestation venue de l’extérieur ou de la rue,
mais l’ouverture d’une compétition désordonnée entre blocs internes :
conservateurs institutionnels, réseaux du clergé, appareil présidentiel,
magistrature, Pasdarans, services, fondations économiques.
Face à ce risque, Arafi représente une figure de basse température
politique. Il ne surchauffe pas le jeu. Il n’élargit pas le conflit
entre factions. Il crée un point de stabilité. C’est précisément pour
cela qu’il est utile : il n’est pas l’homme qui tranche de manière
spectaculaire, mais celui qui permet au système de gagner du temps, de
refermer les lignes de fracture et de conduire la transition à
l’intérieur d’un périmètre contrôlé.
Sur le plan extérieur, cette nomination remplit également une
fonction de signal. L’Iran veut montrer à ses adversaires, à ses
partenaires et aux puissances régionales que le régime conserve une
chaîne de commandement et une capacité d’auto-reproduction. Dans une
période de tension militaire, de pression internationale et
d’incertitude stratégique, il s’agit de dissuader l’idée d’un vide de
pouvoir exploitable.
Le message est clair : même si le sommet est fragilisé, la structure
demeure. En ce sens, Arafi est un instrument de continuité stratégique.
Sa présence rassure l’appareil intérieur, mais elle sert aussi à
l’extérieur à projeter une image d’ordre institutionnel. Pour les rivaux
régionaux comme pour les puissances occidentales, cela signifie que la
succession ne sera pas nécessairement synonyme de désagrégation
immédiate, mais plutôt d’un resserrement défensif du noyau dirigeant.
Ce qu’Arafi représente vraiment
Arafi n’est peut-être pas l’héritier final. Il n’est pas forcément
l’homme appelé à incarner le futur visage suprême du régime. Mais il est
d’ores et déjà l’un des gardiens du cadre dans lequel ce futur visage
devra être choisi. Et c’est parfois un pouvoir plus décisif encore.
Il représente la volonté de maintenir la succession à l’intérieur du
cercle fermé de l’establishment clérical et institutionnel, sous
surveillance, sans ouverture incontrôlée, sans césure idéologique, sans
basculement brutal vers une domination exclusivement militaire. Il est
le signe que, dans la République islamique, le moment de crise ne
produit pas automatiquement du changement ; il produit d’abord une
intensification du réflexe de conservation.
Au fond, Arafi incarne moins un homme qu’une méthode : préserver,
filtrer, verrouiller, transmettre. Et dans l’Iran de l’après-Khamenei,
cette méthode peut compter davantage que n’importe quel nom.
Tous les États sont criminels par nature, car chacun d'eux représente un monopole de la violence initiée sur un territoire donné.
En s'érigeant en juges ultimes de tous les conflits (dont ceux qu'ils provoquent), ils s'extraient donc du droit naturel et violent le nôtre. Cependant, une symbiose étatique se distingue particulièrement par sa capacité de violence et son ignominie : j'ai nommé l'axe Washington-Tel Aviv. Une fusion rendue plus manifeste que jamais par les dossiers Epstein, et plus encore par ses alignements militaires successifs.
D'un côté, une force de frappe massive alimentée par le privilège du dollar, permettant à l'Empire de projeter sa violence à moindre frais. De l'autre, une entité politique dont la légitimité repose sur un socle ethnique et un liant historique religieux, mais dont la survie dépend d'un moteur sécuritaire devenu produit d'exportation. L'appareil d'État américain servant de bras armé et de bouclier à Israël par ailleurs. Nous sommes donc face à une superstructure de domination qu'il faudra rendre obsolète par notre capacité à la grand remplacer.
Là est l'important : le paradigme politique que nous subissons n'est pas une fatalité. En fait, le mode d'organisation des sociétés humaines n'est jamais que la projection de la maturité éthique, de la prospérité et des coutumes des individus qui la composent. Il en va de même à plus haute échelle. Le chaos mondial en cours est alors le symptôme d'un mimétisme de masse. À force de déléguer notre Liberté à des structures centralisées, nous avons écarté la possibilité d'ordres sociaux volontaires et concurrents pour laisser place à ce giga-cartel.
Arthur Hominès
LE RÔLE OBSCUR DE LA FRANCE AVEC L'AYATOLLAH KHOMEINI 🇫🇷🇮🇷
Depuis quelques jours, on voit émerger des images d'archives de Khomeini en France, avant son intronisation. Mais que faisait-il en France ?
Les origines de Khomeini
Issu d'une famille de religieux chiite, il fait ses études religieuses à Qom et devient un grand savant chiite, critiquant la modernisation et la proximité occidentale du Shah. Il est condamné à l'exil en Irak.
L'exil en Irak 🏃♂️➡️
En Irak, il se réfugie à Najaf, ville sainte chiite, où il continue ses prêches anti-Shah et distribue des messages et cassettes audio dans les mosquées d'Iran.
En 1978, il est chassé d'Irak par Saddam Hussein
L'exil en France 🏃♂️➡️🇫🇷
Chassé d'Irak et refusé de tous les pays musulmans, il décide de partir pour le seul pays où obtenir un visa touristique est simple et rapide, avec une excellente couverture médiatique internationale: la France
Le point de vue de l'État 🇫🇷
Les services secrets et les conseillers de Giscard se méfient de l'ayatollah, pensent qu'il est dangereux, sauf Michel Poniatowski qui conseillera à Giscard de lui laisser sa chance.
Grave erreur. (Giscard a sa part de responsabilité. Mais il ne faut oublier ni le lobby anglais du pétrole, éternellement haineux de la nationalisation, ni Carter qui pensait qu'un islamiste serait un meilleur anticommuniste que le Shah.
Mais les US ont compris leur erreur, pas la France.)
Neauphle-Le-Château
Le 7 octobre 1978, Khomeini atterrit en France.
Le 10 octobre, il s'installe à Neauphle-Le-Chateau, dans la maison d'un universitaire iranien.
C'est ici qu'il coordonnera sa révolution islamique
Une fenêtre médiatique énorme
Depuis sa maison de Neauphle-le-Château, Khomeini reçoit journalistes, militants et opposants iraniens.
Ses messages sont enregistrés, copiés, envoyés clandestinement en Iran.
Un Gandhi musulman?
Les journalistes et intellectuels de gauche (Sartre, Foucault, De Beauvoir..) ont construit une image erronée de Khomeini, en faisant un démocrate musulman, pacifiste.
Grave erreur, il s'agissait du plus grand théocrate autoritaire du 20e siècle.
L'abandon de Giscard
Influencé par son conseiller Poniatowski, la pression médiatique et la répression en Iran, Giscard abandonne le Shah et laisse sa chance à Khomeini
Ce qu'il va faire ensuite va être déterminant pour la fin du régime du Shah . (Il faut noter que depuis mars 1977, Poniatowski n'avait plus aucune fonction dans l'exécutif. Son avis n'engageait donc personne. De plus Khomeini est resté moins de 4 mois en France. Le shah est mort 16 mois après le retour de Khomeini d'un cancer détecté 5 ans plutôt.)
La conférence de Guadeloupe
Giscard convoque les présidents américains et allemands ainsi que le PM britannique en Guadeloupe le 4 janvier 1979.
Il va les convaincre d'abandonner définitivement les soutiens au Shah, ce qui va être un tournant pour la suite
Le départ de Khomeini
Grâce à sa couverture médiatique et à ses cassettes audio, les soutiens iraniens de Khomeini grossissent et attendent de pied ferme l'ayatollah. Il ne manque plus que Khomeini, que la France va amener sur un plateau d'argent
L'avion Air France
La France offre un aller simple le 1er février à Khomeini dans un avion Air France, avec journalistes pour couvrir son arrivée triomphale en Iran.
La révolution islamique commence
CONCLUSION
La France est complice de la révolution islamique, de l'arrivée au pouvoir de Khomeini, et de ce fait, des 50 ans de malheur qu'a subi le peuple iranien. (La France va devoir rendre des comptes et s'excuser auprès de l'Iran libre)