Déjà une première édition de notre gentil "Chien surpris" encore plus Libres !
Sommaire:
A) - Il existait deux façons de mourir pour un talk-show français.
B) - Les entreprises ferment définitivement.
L'État, lui, ne ferme jamais.
C) -
On n'a pas cassé le goût du travail.
On l'a taxé jusqu'à l'indifférence.
D) - L'État a rayé l'émission qu'il détestait.
Le public raye celle qui le méprisait.
E) - Votre boîte aux lettres n'est plus un service postal. C'est l'huissier de proximité
F) -
Un observatoire d'État de la vérité,
fondé sur un chiffre invérifiable.
G) -
Les maires tiennent le petit levier.
L'Élysée tient le grand — et l'alibi.
H) - L'État a trouvé mieux qu'un impôt.
Un impôt levé par d'autres.
I) -
Le 14 juillet commémore une effraction.
Ils l'ont mise sur invitation.
J) -
Les baisses d'impôts sont provisoires.
Les hausses sont définitives.
K) -
La chaîne a encore des records.
Elle n'a plus d'héritiers.
L) -
Ils sonnent tous l'alarme du navire.
Depuis la passerelle qui l'a coulé.
M) -
L'actionnaire majoritaire n'a rien investi.
Mais c'est lui qui liquide.
N) -
L'épargnant avait signé pour un taux.
L'État a gardé le stylo.
O) -
L'impôt monte chaque année.
L'eau, elle, montera d'un coup.
P) -
Le Parlement ne vote plus le budget.
Le marché obligataire, si
Q) -
Un vote qui déplaît n'est plus un vote.
C'est une ingérence.
R) -
L'ancien créancier attendait ses intérêts.
Le nouveau attend le bon moment.
S) - Le Conseil d'État juge l'État.
L'État choisit qui y siège.
T) - « Les zones grises de l'information » L'esquive !
U) -
On n'a pas relevé le niveau des élèves.
On a baissé celui du diplôme.
V) - Le parti n'est pas interdit.
Il est déclaré non conforme.
W) - La banque centrale est indépendante.
Des électeurs, surtout.
X) - Nul besoin de complot ni de consignation.
L'arithmétique suffit.
Y) -
Le droit protège ceux qui ont l'emploi.
Contre ceux qui le cherchent.
Z) - La radio publique n'a pas de parti.
Elle a une famille.
A) - Il existait deux façons de mourir pour un talk-show français.
💉 Il existe en France une caisse qui gagne de l'argent.
Une seule, ou presque : l'assurance chômage. Cotisations dynamiques, réformes qui ont réduit les droits, excédents structurels. Alors l'État a fait ce qu'il fait à tout ce qui respire encore : il a sorti la seringue. Douze milliards d'euros prélevés en quatre ans. Voici l'autopsie — le mot n'est pas de trop.
🧵
La technique d'abord, car elle mérite un brevet.
L'État n'a pas « pris » l'argent de l'Unédic — ce serait grossier. Il a exonéré les employeurs de cotisations, promis de compenser la caisse à l'euro près, comme la loi l'y oblige... puis a décidé de ne pas compenser. Ça s'appelle, en langue de Bercy, des « moindres compensations d'exonérations ». Arrêté du 27 décembre 2023, calendrier gravé : 2 milliards en 2023, 2,6 en 2024, 3,35 en 2025, 4,1 en 2026. Douze milliards de promesses de remboursement annulées par arrêté. Chez un particulier, ne pas rembourser ce qu'on doit porte un autre nom.
Les résultats sur le patient. Sans les ponctions, l'assurance chômage dégagerait des excédents massifs — plus de 2 milliards cette année. Avec elles : 2,1 milliards de DÉFICIT en 2026, un désendettement à l'arrêt depuis 2023, et une dette de 61,5 milliards — qui serait tombée à 43 milliards sans les prélèvements. Cerise : dans cette dette figurent 18 milliards de « dette Covid », les mesures d'urgence décidées par l'État pendant la pandémie et facturées à la caisse. Leur remboursement commence cette année, forçant l'Unédic à réemprunter sur les marchés à taux élevés une dette souscrite à taux bas — pour le compte de quelqu'un d'autre. Le corps est à sec ; la seringue insiste.
🩸
Officiellement, ces milliards financent France Travail et France compétences.
Mais l'Unédic elle-même a fini par l'écrire, dans un geste de désespoir institutionnel rarissime : les sommes sont « en réalité affectées au budget de l'État ». Relisez : le gestionnaire paritaire du régime accuse publiquement l'État de détourner l'objet des prélèvements. Son vice-président complète — ce n'est plus un prélèvement sur les excédents, mais sur les recettes — et réclame l'interdiction de toute mesure étrangère à la raison d'être du régime. Traduction : les gardiens de la caisse demandent une loi pour se protéger... de l'État.
Retenez le principe général, car il dépasse le chômage :
Dans ce pays, tout excédent est un gisement, toute réserve une provocation, toute caisse pleine une anomalie à corriger. Vos cotisations dites « d'assurance » ne vous assurent contre rien — elles assurent le train de vie de l'assureur. Et le jour où la crise viendra, où la caisse contracyclique devra jouer son rôle d'amortisseur, elle empruntera à 4 % ce qu'on lui a confisqué gratuitement.
La caisse assurait les chômeurs.
Elle assure désormais l'État.
(Sources : Unédic, prévisions financières et communiqués 2025-2026 ; arrêté du 27 décembre 2023 ; franceinfo)
B) - Les entreprises ferment définitivement.
L'État, lui, ne ferme jamais.
🏪 L'annonce est tombée ce matin, par la voix du fonds de garantie des salaires : la France se dirige vers 71 000 à 75 000 faillites d'entreprises en 2026. Un record absolu — qui succède au record absolu de 2025, lui-même record absolu. Trois années, trois sommets. Il n'y a plus de pic. Il y a un plateau, et il monte.
🧵
Traduisez le chiffre en visages :
Au premier trimestre, plus de 300 chefs d'entreprise se sont présentés CHAQUE JOUR OUVRÉ devant le tribunal — le constat est du directeur des études d'Altares. Trois cents pancartes « fermeture définitive » par jour, trois cents ardoises effacées, trois cents « merci à tous pour votre soutien toutes ces années » scotchés sur des vitrines. Et 75 350 emplois menacés sur le seul trimestre, du jamais-vu depuis la crise financière de 2009 — sauf qu'en 2009 il y avait eu Lehman Brothers.
En 2026, il n'y a eu personne. Juste la France ordinaire. Le thermomètre le plus honnête de cette hémorragie s'appelle l'AGS — le régime qui avance les salaires quand l'employeur ne peut plus les payer. Premier semestre 2026 : 1,31 milliard d'euros avancés, +19,4 % en un an, « un triste record sur un semestre » selon son directeur général. Projection annuelle : 2,6 milliards — le montant le plus élevé jamais mobilisé depuis la création du régime.
Et notez qui paie cette assurance-décès des entreprises :
Les entreprises elles-mêmes, via une cotisation de 0,25 % sur la masse salariale de celles qui tiennent encore. Les survivantes financent les obsèques des autres — en attendant leur tour dans la file du tribunal.
📉
Car qui tient la porte du tribunal ? Souvenez-vous :
Près d'un redressement judiciaire sur quatre s'ouvre sur une assignation de l'Urssaf, d'après son propre baromètre. Le même État qui prélève 47,2 % du coût du travail avant le premier euro de marge est aux premières loges pour liquider ceux que la marge a quittés. La boucle est d'une cohérence parfaite : il presse, il constate l'anémie, il assigne, puis son fonds de garantie paie les salaires du mort — avec l'argent des vivants.
Une dernière chose sur ces 75 000 fermetures « définitives ».
Le mot est juste : une entreprise qui ferme ne rouvre pas, ses savoir-faire se dispersent, ses clients s'habituent à l'absence. Il n'existe qu'une seule structure dans ce pays pour laquelle aucun déficit, aucune faillite technique, aucun record de dette n'est jamais définitif — elle rouvre chaque matin, quoi qu'il en coûte, et c'est vous qui garantissez son découvert.
Les entreprises ferment définitivement.
L'État, lui, ne ferme jamais.
(Sources : AGS via France Inter, 13 juillet 2026 ; Altares, étude des défaillances, T1 2026 ; Urssaf, baromètre nº 185)
ChienSurpris
Entreprise
L'entreprise désigne aussi bien l’activité de l’entrepreneur que l'organisation humaine et technique qui sous-tend cette activité.
Du point de vue du droit (naturel), une entreprise n'est qu'un ensemble de contrats
construits autour de l'activité de l'entreprise (contrats de travail,
contrats avec les fournisseurs ou les clients, etc.). En fait,
l'entreprise n'est pas un objet de droit (positif),
c'est une notion économique et sociale. Il y a souvent confusion dans
les textes de droit entre entreprise et société (il en va de même en
anglais avec corporation et company) : l'entreprise
produit des biens ou des services tandis que la société finance
l'entreprise. En droit, on identifie donc l'entreprise au sujet de droit
qui l'exploite.
Du point de vue économique, et dans l'optique capitaliste, l'entreprise est une organisation à but lucratif, constituée ou non en société, qui sert le marché dans l'espoir de dégager un profit au bénéfice de son ou ses propriétaire(s) (les actionnaires, l'entrepreneur).
Mais la personnalité juridique de l'entreprise ne s'identifie pas
forcément avec une forme capitalistique (EURL, SARL, SA, SAS etc.).
C'est le principe de la liberté de l'organisation de l’entreprise qui
est vital pour une économie avec tous les types qu'une entreprise non
capitaliste peut librement adopter en économie de marché[1]. C'est pourquoi le secteur coopératif[2] s'est fortement développé ces dernières années avec des personnalités juridiques comme la SCOP[3].
Théories de l'entreprise
Dans la théorie économique néo-classique, l’entreprise est un agent
économique central. Mais cette analyse subit plusieurs paradoxes :
- L'agent firme est censé être un agent individuel
- Le comportement de la firme est caractérisé par la maximisation mécanique de son profit.
- La firme est un instrument microéconomique de justification du bon fonctionnement des marchés et des mécanismes de prix.
Plusieurs types d'approches scientifiques ont tenté de théoriser la nature de l'entreprise (ou firme), ses buts, etc. De la « firme point »[4] à la théorie marginaliste de l'entreprise, la théorie a, peu à peu, évolué tout au long du XXe siècle en passant de la notion d'entreprise familiale vers une conception bien plus complexe, prenant en compte les différents types d'acteurs impliqués (« stakeholder »
ou « partie prenante »), les interactions dans le cadre du marché, etc.
Les théories et travaux récents (énumérés ci-dessous) conduisent de
plus en plus à abandonner une à une toutes les hypothèses du modèle
néo-classique (maximisation du profit, firme-point, firme automate[5], etc.). Ces différentes approches peuvent être regroupées comme suit :
Les approches critiquant le libéralisme
L'approche marxiste
Les auteurs marxistes ont profité des attaques de la théorie de l'équilibre général (celles qui ont visé Léon Walras et Vilfredo Pareto), sur les critères d'irréalisme et instrumentaliste de la théorie néo-classique qui a essayé, selon eux, de justifier le libéralisme. Pour les auteurs marxistes[6],
la théorie libérale néo-classique a pour but de masquer le caractère
inégalitaire des relations d'échange, et de la rationalisation irénique
des rapports humains. C'est à dessein, pensent ces auteurs marxistes,
que les problèmes de pouvoir disparaissent de la théorie économique
néo-classique. Ils soupçonnent que l'appropriation des richesses par les
chefs d'entreprises est une honte dont il faut cacher l'existence, de
faire taire la culpabilité qui lui est liée et de permettre aux
« gardiens du pouvoir » de ne pas se remettre en cause. S'ils admettent
quelquefois que le renforcement des inégalités n'est pas l'objectif
premier des chefs d'entreprises, l'effet involontaire final en démontre
la dramatique conséquence. Aussi, les théoriciens marxistes prétendent
que la théorie néo-classique a pour objet d'acheter la paix sociale, en
évitant la montée de la contestation et de la révolte populaire, ce qui
permet une collusion entre le pouvoir politique et le pouvoir
économique.
La critique marxiste est lourde de conséquences et déborde le
simple cadre de l'analyse théorique économique. Elle s'intéresse à la
nature et à la localisation du pouvoir dans l'entreprise et débouche,
par des études empiriques, sur l'origine et sur la remise en cause de la
légitimité du pouvoir dans l'entreprise, et donc de ses propriétaires.
L'analyse marxiste est donc favorable soit à nier la légitimité des
droits de propriété, soit à les transférer à une entité fictive
supérieure comme l'État (ou à défaut auprès d'amis qui servent l'intérêt
dit général), soit de diluer les droits de propriété de l'entreprise
entre les acteurs économiques parties prenantes de l'entreprise.
L'approche des conventions
L'approche des conventions étudie d'une part les rôles de chacun dans
la société, d'autre part, la valeur des richesses produites et
distribuées à ces individus. Les auteurs prétendent que ce ne sont pas
simplement les règles du marché qui déterminent ces éléments de
fonctionnement de l'entreprise mais des règles institutionnelles
(culturelles) qu'ils dénomment des conventions (Auteurs principaux :
Orléan, Favereau).
L'approche régulationniste
- L'approche régulationniste, courant de pensée français (d'obédience marxienne et keynésienne
entre autres) apparu dans les années 1970 (dont les principaux
représentants sont Michel Aglietta et Robert Boyer). Cette approche
s'emploie notamment à analyser la dynamique des régimes d'accumulation
et des modes de régulation des économies, en mettant clairement en avant
les aspects politiques et conflictuels de l'entreprise. Elle est très
clairement étatiste et fait la part belle à l'interventionnisme étatique.
Les approches contractuelles
- Les approches contractuelles de la firme (voir Théorie des contrats). C'est actuellement le courant dominant des théories de la firme, on y retrouve notamment :
- La théorie de l'agence ; une agence est « un contrat
par lequel une ou plusieurs personnes (le principal) engage une autre
personne (l'agent) pour exécuter en son nom une tâche quelconque qui
implique une délégation d'un certain pouvoir de décision à l'agent », (Jensen et William Meckling, 1976)
- Les travaux de Masahiko Aoki (The Japanese Firm (1994)) où il s'est employé à décrire l'entreprise japonaise ou firme J
L'approche évolutionniste
- Nelson, Richard R. and S.G. Winter 1982, An Evolutionary Theory of
Economic Change, Cambridge, Mass.: Harvard University Press.
L'approche de l'école autrichienne d'économie
La division du travail était au centre de l'approche classique d'Adam Smith. Elle inspire le fondement de l'entreprise avec ses corollaires : la circulation des capitaux et des ressources productives. Plus que la division du travail, Friedrich Hayek
insiste sur la dispersion de la connaissance dans la société. Grâce à
lui, un nouveau mouvement en stratégie est né, la théorie de la firme.
Dans la vision récente de l'école autrichienne, l'accent est porté sur
l'idée de libre entreprise, c'est-à-dire une insistante requête auprès
des pouvoirs publics afin de laisser à chaque être humain la liberté de
se lancer dans l'aventure entrepreneuriale (créer une nouvelle
entreprise[7], reprendre une entreprise ou agir en tant qu'entrepreneur
dans n'importe quelle situation). De plus, il y a une dimension éthique
de l'entreprise, rejetant l'idée de planification structurelle qui
promouvait la grande entreprise à partir des années 1930 et faisant
apparaître la petite entreprise comme une dimension cruciale du développement de la société.
Suivant l'approche classique, les économistes néo-classiques conçoivent l'entreprise sans entrepreneur. L'entreprise est un lieu quasi mécanique d'optimisation des ressources. Pour l'école autrichienne d'économie, et Ludwig von Mises, l'action humaine doit être prise en considération. L'entrepreneurship (entrepreneuriat ou l’art d’entreprendre), comme l'indique Israel Kirzner consiste à être vigilant aux indications du marché.
Tous les individus déterminent quels sont les buts et les moyens qui
leur conviennent. Le danger est qu'apparaisse une autorité supérieure et
dirigiste qui leur impose leurs choix par la règlementation,
l'harmonisation ou l'incitation (fiscale, par exemple). Les effets de la réglementation sur les PME
peuvent être dramatiques sur le plan de la croissance économique. Ceci
signifie aussi que la limite de l'entreprise ne s'arrête pas à la porte
de l'usine. Ce sont les individus qui constituent les entreprises en
fonction de leur potentiel à se situer en état de vigilance, en fonction
de leur talent pour lancer des affaires, et en fonction de leur
connaissance pour prendre des initiatives créatives.
Quelques erreurs fréquentes au sujet des entreprises
Pourquoi une entreprise n'est-elle pas gérée démocratiquement
C'est une erreur courante que commettent les collectivistes, renforcée d'ailleurs, en social-démocratie,
par une législation qui s'immisce toujours plus dans la marche des
entreprises. L'erreur est d'autant plus répandue que beaucoup confondent
démocratie et liberté, et parce qu'ils ne se sentent pas libres dans une entreprise, réclament « plus de démocratie ».
Quelle que soit sa taille, une entreprise est la propriété
d'une personne, d'un groupe de personnes, d'une autre entreprise ou de
plusieurs autres entreprises. Nul n'a le droit d'imposer quoi que ce
soit au propriétaire légitime, de la même façon que personne ne peut
venir chez vous pour disposer à son gré de vos biens ou pour vous dicter
un comportement. Ce qu'on a le droit de faire dans une entreprise
découle en dernier ressort du droit de propriété qu'exerce son
propriétaire (qui a pu déléguer divers pouvoirs à divers échelons, ce
qui dans les grandes entreprises se traduit par une hiérarchie
interne). Le modèle de l'entreprise est celui de la copropriété : les
décisions se prennent bien démocratiquement, mais uniquement entre
copropriétaires, et les votes comptent proportionnellement aux parts
détenues (si les parts donnent un droit de vote, ce qui n'est pas
forcément le cas). Les décisions prises aux échelons inférieurs par
délégation sont présumées avoir été avalisées par les propriétaires, qui
sont les responsables ultimes (pas de propriété sans responsabilité).
Dans les grandes entreprises, les propriétaires (actionnaires,
administrateurs...) n'assument pas forcément la fonction décisionnelle
au jour le jour, qui est alors confiée à des salariés spécialisés (PDG,
dirigeants d'entreprise, cadres...).
Un salarié
qui exigerait la démocratie dans l'entreprise se trouverait dans la
même situation qu'un invité sans gêne qui se comporterait chez vous
comme s'il était chez lui, et réclamait le même droit que vous à votre
réfrigérateur, votre voiture, votre conjoint(e), etc.
Cela ne signifie évidemment pas que le salarié ne doit pas
exprimer son point de vue sur les sujets qui le concernent et tenter
d'en convaincre ses responsables : l'intérêt de l'entreprise n'est
normalement pas contradictoire avec celui du salarié (puisqu’ils se sont
associés librement, et peuvent se séparer à tout moment. Le salarié
peut par exemple changer d'employeur ou s'établir à son propre compte
s’il s’estime lésé).
Le seul but d'une entreprise, c'est bien le profit ?
Le profit est souvent présenté par les anti-capitalistes de tout poil comme l'alpha et l’oméga de l'entrepreneuriat.
À la suite de travaux majeurs à partir des années 1950, notamment de l'école évolutionniste, les multiples acteurs de l'entreprise, les stakeholders,
et leurs motivations respectives ont été considérés avec de plus en
plus de précision : salariés, fournisseurs, dirigeants, propriétaires,
etc.
Plusieurs auteurs ont successivement proposé durant les 50
dernières années un ou plusieurs objectifs que l'on pourrait par
hypothèse affecter à l'entreprise (liste non exhaustive) :
- Adolf A. Berle et Gardiner Means, 1933 : maximisation des intérêts de l'équipe dirigeante
- William J. Baumol, 1959 : maximisation des ventes de la firme, puis du taux de croissance de celle-ci
- Marris, 1964 : maximisation du taux de croissance annuel, par le chiffre d'affaires, le nombre d'employés, la capitalisation boursière, etc.
- et enfin Herbert A. Simon, 1959, puis Armen Alchian et Ruben Kessel, 1962 :
« la firme poursuit des objectifs pécuniaires (profit, trésorerie,
chiffre d'affaires, etc.) et non pécuniaires (prestige des dirigeants, carrière des salariés, etc.) et effectue pour cela des arbitrages visant à satisfaire tout ou partie de ces intérêts ».
On voit donc clairement que la maximisation du profit
ne peut raisonnablement être une hypothèse à adopter pour l'analyse du
comportement des firmes ; bien souvent les tenants de telles théories
ont une vision simpliste et obsolète de l'entreprise. Les objectifs
poursuivis par celle-ci ne peuvent être réductibles à un seul quel qu'il
soit, tant les buts des stakeholders d'une firme sont divers.
L'entreprise, une abstraction vivante
Il est à noter qu'en plus, assigner un but à l'entreprise,
entité désincarnée, relève quelque peu de l'anthropomorphisme. Une
telle entité désincarnée, nœud de contrat, n'est ni un être agissant ni
une institution, comme l'explique Pascal Salin, dans son ouvrage Libéralisme :
« Il faut bien se garder de voir en elle une institution, l'une de ces abstractions flottantes, à l'instar de l'État,
mystérieusement dotées de pensée et de vouloir. Pour éviter ce danger,
on pourrait même se demander s'il ne serait pas plus sain d'éviter de
parler d'entreprise, pour essayer de découvrir les véritables acteurs
qui la constituent. »
— Pascal Salin, Libéralisme
Au-delà de cette prudence intellectuelle, il est à noter que les approches économiques obsolètes consistant à considérer l'entreprise
comme une institution ne résistent pas bien longtemps à l'analyse, et
on leur préfèrera notamment les travaux des auteurs cités au paragraphe
ci-dessus, ou ceux de l'école autrichienne.
Annexes
Citations
« Dans l'entreprise s'accomplit le même miracle que réalise tout échange :
des hommes et des femmes dont les buts sont différents et même
initialement incompatibles, se rencontrent et se mettent d'accord.
Personne n'abdique ses propres buts dans l'entreprise. Les buts sont
multiples, mais ils deviennent compatibles par l'accord contractuel
entre des personnes libres qui s'approprient des ressources, fruits de
leur activité. C'est pourquoi il est erroné de dire que le but de
l'entreprise est le profit et de critiquer le capitalisme
pour le prétendu caractère matérialiste de son activité, la
prédominance qu'il donnerait à l'argent et à la recherche du profit au
dépens de toute valeur humaine. Il est parfaitement légitime que le
salarié n'ait pas pour objectif la maximisation du profit de
l'entreprise, mais la maximisation de son salaire,
son propre accomplissement dans les tâches qu'il doit effectuer ou la
chaleur des relations humaines. Il se trouve simplement que, grâce au
contrat de travail qui est l'un des éléments constitutifs de
l'entreprise, ces objectifs peuvent être rendus compatibles avec ceux du
propriétaire de l'entreprise qui poursuit peut-être la maximisation de
son profit, ou de son prestige, ou tout autre objectif que nous ne
pouvons pas connaître : la personnalité de chaque être humain est
incommunicable et nous n'avons d'ailleurs pas le droit de nous mettre à
la place d'autrui et de préjuger de la valeur de ses actes et de ses
intentions. Mais ce sera le rôle spécifique de l'entrepreneur,
en tant que titulaire des revenus résiduels, de concevoir tous ces
contrats qui rendront compatibles les objectifs si variés de tous les
partenaires. »
— Pascal Salin, Libéralisme
« Une entreprise, c'est une libre association
de personnes qui produisent des biens et des services que les gens
apprécient suffisamment pour les acheter. C'est ce qui la distingue de
l'État, lequel nous fournit des services que nous sommes forcés de payer
sans toujours les apprécier. Contrairement aux États, les entreprises
ne survivent que dans la mesure ou elles satisfont leur clientèle, et
comme les goûts et les produits changent constamment sous l'effet du
progrès et de la concurrence, elles sont soumises à un effort constant
d'adaptation. Les chantres du tout-État répandent le sophisme de la
puissance des grandes entreprises, sous le prétexte que certaines ont un
chiffre d'affaires qui dépasse le PNB de petits États. C'est du vent.
Lorsque dans les années 1980, les Japonais ont réussi à faire des
voitures moins chères et de meilleure qualité, la Général Motors, alors
la première entreprise du monde, ou PSA, l'un des plus grands
constructeurs automobiles européens, ont tout simplement failli
disparaître. IBM, considérée comme invulnérable il y a vingt ans, a
failli plonger il y a quelques années sous la concurrence des
ordinateurs portables. Beaucoup plongent effectivement. [...] Chaque
année, le magazine L'Expansion donne le classement des plus grandes
entreprises mondiales. Il faut voir comme il évolue au cours des ans. Il
n'est pas rare de voir des entreprises prospères disparaître
complètement du classement en quelques années. »
— Jacques de Guenin, ATTAC ou l'intoxication des personnes de bonne volonté
« L'entreprise est élue tous les jours par ses clients. »
— François Michelin
« Ce n'est pas la vie des entreprises qui rythme la vie du marché, mais l'inverse. »
— Bernard Maître
« À entendre les journalistes et ce petit
monde bien-pensant, une entreprise est une association à but non
lucratif dont la noble mission serait de « créer des emplois ».
Quelle hypocrisie ! Une entreprise doit gagner de l’argent et quand
elle gagne de l’argent, elle embauche. Pour gagner de l’argent, il faut
qu’elle fasse le plus possible avec le moins de monde possible. Les
impôts vus comme un instrument de « justice sociale » sont une
monstruosité. On se trompe de débat, on trompe les électeurs. »
— Simone Wapler
Notes et références
Michel Jeantin, 1981, « L’entreprise non capitaliste en économie de marché », Revue Procès, cahiers d’analyse politique et juridique, n°7
La
finalité des sociétés coopératives est de rendre des services à leurs
membres selon une logique d’équité et par une gouvernance démocratique.
Cependant, une coopérative ne représente pas un organisme unifié car il
faut un consensus pour décider. Et le consensus entraîne des coûts
d'organisation élevés qui peuvent être considérablement réduits dans une
organisation de type entreprise. Un seul entrepreneur peut souvent
adopter des innovations qu'un comité peut ne pas pouvoir faire en raison
des coûts de décision plus élevés de ce dernier. En particulier, les
efforts nécessaires pour parvenir à un consensus sur un certain sujet et
le maintenir dans le temps ne sont pas gratuits. Ce raisonnement est
similaire à celui qu'empruntent James Buchanan et Gordon Tullock (1962), dans leur ouvrage Le calcul du consentement) ou à celui d'Armen Alchian et d'Harold Demsetz (1972)
pour leur théorie de l'agence. Ils justifient la plus grande efficacité
atteinte par les formes capitalistes d'entreprises par rapport aux
coopératives de travail. Les établissements collégiaux subissent des
coûts d'organisation importants dans le processus de décision, et ces
coûts sont plus importants lorsque la décision à prendre est :
- (i) plus définitive que d'autres (par exemple, ses conséquences durent plus longtemps voire sont perpétuelles) ;
- (ii) plus complexe que d'autres (elle implique plus de contingences,
ce qui implique des conséquences imprévisibles, dues à l'aléatoire, au
manque de l'expertise requise, ou à l'existence d'asymétries
informationnelles).
C'est la raison pour laquelle, dans les grandes entreprises modernes,
les droits de propriété sont séparés de l'équipe de direction, laquelle
est engagée à maximiser leur valeur. Tout ceci parce qu'une procédure de
prise de décision plus centralisée est moins chère que les procédures
consensuelles ou collégiales.
La
SCOP s'identifie par des principes démocratiques de son mode
d'organisation et de gestion et par une forme a-capitaliste, puisque le
droit de vote est basé sur le principe une personne, une voix. Bien que
différente de l'entreprise capitalistique, la SCOP ne se situe pas pour
autant aux antipodes. La SCOP (Société Coopérative Ouvrière de
Production), s’inscrit dans une catégorie plus large de l’économie
sociale et solidaire (ESS).
Une
« firme point » est assimilable à un agent individuel, sans prise en
considération de l'organisation interne de l'entreprise. L'image est
utilisée pour désigner le plus petit élément d'analyse. Il est
impossible de regarder à l'intérieur du point.
La
firme automate agit comme un agent parfaitement rationnel. Elle
transforme de manière efficiente des facteurs de production en produits
et elle s’adapte mécaniquement aux contraintes techniques et aux
environnements qui lui sont donnés
Dominique Monjardet, 1971, « Pouvoir politique et stratégie dans l'entreprise. Quelques éléments », Epistémologie sociologique, n°11, Vol 8
- En dehors de la sphère autrichienne, il faut lire :
- 1980, K. H. Vesper, "New Venture Strategies", Englewood Cliffs, New Jersey, Prentice Hall
- 1989, W. A. Brock, D. S. Evans, "Small Business Economics", Small Business Economics, Vol 1, pp7-20
- 1991,
L. R. Scott, K. G. Shaber, "Person, Process, Choice : The Psychology of
New Venture Creation", Entrepreneurship, Theory and Practice, Vol 16,
n°2, pp23-45
Bibliographie
- 1994,
P. Du Gay, "Against ‘Enterprise’ (but not against ‘enterprise’, for
that would make no sense”, Organization, Vol 11, n°1, pp37-57
- 2000,
Olivier Weinstein, "Comment la théorie économique tente d’apprivoiser
l’entreprise", Alternatives Économiques, hors série, n°43, 1er trimestre
- 2003, B. Baudry, "Économie de la firme", Repères, La Découverte
- 2005, B. Guerrien, "L’entreprise, une boîte noire", Alternatives Economiques, juin, n°237
- 2012,
- Michael Best, "The Obscure Firm in the Wealth of Nations", In:
Michael Dietrich, Jackie Krafft, dir., "Handbook on the Economics and
Theory of the Firm", Edward Elgar Publishing
- Arthur M. Diamond, "The Epistemology of Entrepreneurship", In: Roger Koppl, Steven Horwitz, Laurent Dobuzinskis,
dir., "Advances in Austrian Economics", Vol 17, - Experts and Epistemic
Monopolies, Emerald Group Publishing Limited, Ch 8, pp111-142
- Michael Dietrich, Jackie Krafft, "The Economics and Theory of the
Firm", In: Michael Dietrich, Jackie Krafft, dir., "Handbook on the
Economics and Theory of the Firm", Edward Elgar Publishing
Voir aussi en liens internes
Liens externes

C) -
On n'a pas cassé le goût du travail.
On l'a taxé jusqu'à l'indifférence.
🩺 Il existe une épidémie française que personne ne déclare, qu'aucun médecin ne code et qu'aucune statistique ne nomme. Ses symptômes : l'heure supplémentaire refusée, la promotion déclinée, le « ça ira comme ça » à 16 h 30. Son nom clinique : l'aquabonisme aigu. Et contrairement à ce qu'on vous dira, ce n'est pas une maladie de la volonté. C'est une maladie de l'arithmétique.
🧵
Le diagnostic tient en un chiffre, calculé chaque année par l'Institut économique Molinari avec les données d'EY : 54,4 %.
C'est la part du salaire réel — le fameux « super-brut », ce que l'employeur dépense vraiment — captée par les cotisations, la CSG, la CRDS et l'impôt sur le revenu avant que le salarié moyen ne touche quoi que ce soit. En valeur : l'employeur verse 59 458 € dans l'année ; il en reste 27 326 nets de tout. Moins de la moitié. La France est championne d'Europe de la discipline, année après année, et son salarié moyen n'est « libéré » fiscalement et socialement que le 18 juillet — dans cinq jours. Jusqu'à samedi, chaque heure que vous travaillez appartient d'abord à quelqu'un d'autre.
📅
Maintenant, mettez-vous dans la tête d'un salarié parfaitement rationnel.
On lui propose une heure supplémentaire : l'État en prend plus de la moitié. Une promotion : elle le hisse dans des tranches où chaque euro gagné en rapporte encore moins, quand elle ne lui fait pas perdre une aide au passage. Se donner à fond ou se donner à moitié produit, à l'arrivée, une différence de train de vie si mince qu'elle ne paie même pas la fatigue. Alors il fait ce que ferait n'importe quel être doué de calcul : il ajuste l'effort au rendement. On appelle ça « quiet quitting », « désengagement », « épidémie de flemme ». C'est un contresens. C'est une grève invisible — sans préavis, sans piquet, sans banderole — et elle est la seule grève de l'histoire de France que l'État ait provoquée contre lui-même.
🪧
Le plus troublant est que tout le monde fait semblant de chercher la cause.
On convoque le télétravail, la génération Z, le rapport au sens, les séquelles du Covid. Personne ne pose la seule question comptable : que rapporte, net de tout, l'unité d'effort supplémentaire dans ce pays ? Tant que la réponse restera « moins de la moitié de ce qu'elle coûte », le pays lèvera le pied — non par paresse, mais par lucidité. L'aquaboniste n'est pas un tire-au-flanc. C'est un contribuable qui a fini par lire sa fiche de paie.
On n'a pas cassé le goût du travail.
On l'a taxé jusqu'à l'indifférence.
(Sources : Institut économique Molinari / EY, La pression sociale et fiscale réelle du salarié moyen dans l'UE, 16e édition ; OCDE, Les impôts sur les salaires 2026)
Travail
L'étymologie du mot travail vient du bas latin tripalium (VIe siècle) instrument de torture formé de trois pieux. Des modifications et altérations de sens se retrouvent dans la famille de trabs, trabis : poutre (travée). Au XIIe siècle, le travail signifie le tourment et la souffrance. Au XVIe siècle, il devient : « Se donner de la peine pour ».
Dans un sens restreint, le travail est une action non dictée par
la survie de l'espèce, bien souvent en échange d'une rémunération ou
d'une gratification. Dans un sens plus large, le travail est une action
nécessitant de l'énergie ou d'accomplir une activité quelconque contre
une rémunération.
Travail et chômage
La relation entre travail et chômage
est complexe et difficile à comprendre. Pour comprendre cette relation,
partons du constat suivant : l'homme naît pauvre, ou plus précisément,
il naît dans une société, une communauté, dans laquelle ses membres
travaillent, s'organisent, afin de créer des richesses susceptibles de
satisfaire les besoins de ses semblables. En effet, pour développer des
conditions favorables à son existence, l'homme doit transformer la
nature, utiliser les ressources de la terre afin de sortir de la rareté,
de la pénurie. Sa vie est donc faite de travail car il doit produire
des efforts pour satisfaire ses propres besoins mais aussi ceux des
personnes de la communauté qui ne participent pas directement à la
création de richesses (personnes âgées, celles frappées d'incapacité,
les lycéens, les étudiants...). L'impératif de l'homme est donc le
travail car toute acte de satisfaction, de consommation, nécessite du travail.
Le chômage est une « construction sociale »
Contrairement au travail, le chômage
est une « création sociale ». En effet, le chômeur n'existait pas dans
les sociétés traditionnelles basées sur la soumission. Par exemple, l'esclave et le serf n'étaient pas menacés par le chômage. De même, les sociétés caractérisées par ce qu'Émile Durkheim nommait une « solidarité mécanique » (grosso modo les sociétés traditionnelles) c'est-à-dire une communauté régie par une solidarité
issue de l'activité religieuse et de type villageoise, familiale où la
profession était transmise du père au fils, la femme s'occupant du
domestique, ne connaissaient pas le phénomène du chômage qui caractérise
nos sociétés modernes. Ces anciennes formes d'organisation sociale
étaient en quelque sorte des sociétés de castes puisque le statut social
était acquis, ou subi, dès la naissance de sorte que les chances de
promotion sociale étaient très faibles.
La révolution intellectuelle et sociale des XVIIe et XVIIIe siècles va bouleverser cet état de choses. En France, la Révolution française de 1789 a supprimé les privilèges. Par la suite, le 26 août, la Constituante vote la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen. Ainsi, de sujet, l'individu devient citoyen. Et l'État n'existe que pour protéger les droits de l'individu. Progressivement, l'individualisme
de la Révolution gagne les sociétés européennes et plus
particulièrement la manière dont celles-ci organisent la production des
richesses. En France, le décret D'Allarde et la loi Le Chapelier de 1791 organisent, pour la première fois, un véritable « marché du travail ». Or, un marché suppose qu'il y a échange d'une marchandise contre une autre. L'individu devient donc un marchand qui vend sa force de travail à un employeur. Le chômage
n'annonce donc pas absence de travail mais l'incapacité de l'individu à
trouver un acheteur pour sa force de travail. C'est bien pour cette
raison que la définition de la population active englobe les actifs
occupés mais également les chômeurs.
Le chômage est un état qui est apparu dans nos sociétés à la suite de la rencontre de deux actions : l'extension du salariat
comme mode d'organisation majeur de la production des richesses et la
création, et par des institutions spécialisées de l’État qui créent un intérêt à se déclarer comme chômeur.
Le salariat est apparu assez tardivement en France puisque, au
lendemain de la libération, un bon tiers des Français vivait directement
de la terre, et la moitié habitaient à la campagne. Aujourd'hui, le
salariat représente 90 % de la population active. Le XXe
siècle a donc confirmé la suprématie du salariat comme forme
d'organisation dominante de la force de production. Ceci est
véritablement une révolution silencieuse.
L’État a également contribué à cette révolution et à l'émergence
du statut de chômeur. En effet, le chômeur est né dans les statistiques
de l'État en 1896 à la suite de sa volonté de rationaliser le marché du travail et de stabiliser les travailleurs par le contrat
de travail. La conséquence de cette organisation scientifique de la
population est que le chômeur, l'individu, est devenu un chiffre, une
dépense pour la collectivité. Ce chiffre est en expansion puisque de 300
000 demandeurs d'emploi en France dans les années 1970 nous sommes
passés à 3 000 000 dans les années 1990... L'intervention réglementaire
et législative de l’État a de facto créé une zone illégale du travail.
Le travail au noir ou travail dissimulé est une activité rémunérée non-déclarée à l'administration étatique, et par conséquent non-soumise à impôts, taxes, contributions sociales et astreintes des règlementations.
L’État et ses représentants prétendent que les impôts non payés
en raison du travail au noir constituent un vol, que ce « manque à
gagner » doit être transféré sur ceux qui s’acquittent légalement des
charges fiscales qui sont imposées. En réalité, les échanges volontaires
entre les individus ne sont certainement pas des crimes, et le vol est
bien le fait de l’État, qui n'acquiert pas ses ressources autrement que
par la coercition et la violence,
les gens étant contraints de contribuer. Dans ce cas, le travail au
noir est, pour certains travailleurs et entrepreneurs, une réponse
légitime à l’empiètement étatique. Le travail au noir est un travail que
l'État a arbitrairement déclaré comme illégal. En fait, l'État crée
lui-même le problème en voulant règlementer le marché du travail, en
empêchant, entre autres, les immigrés de travailler, et en
institutionnalisant le chômage.
Les raisons de la croissance du chômage
Il est utile de se poser la question de la croissance du chômage.
Plusieurs explications peuvent être avancées : les conditions du marché
du travail, les assurances chômage aux effets pervers de démotivation
et les politiques de relance keynésienne.
La première explication est un raisonnement en termes de marché. Ici, le travail est une marchandise
comme les autres, une ressource rare qui trouvera toujours une manière
de s'employer à condition d'accepter une rémunération adéquate issue des
mouvements naturels des prix. Dans ce sens, le marché du travail doit
respecter les conditions communes à tout marché où seule l'initiative
individuelle existe. Le marché doit être transparent (information
parfaite) et les individus doivent effectuer des calculs rationnels
(recherche du meilleur résultat possible). Ainsi, l'offre de travail
émane des individus qui raisonnent sur un salaire réel, les effets de l'inflation
étant supposés faire partie des calculs d'optimisation. Dans ce modèle,
les agents effectuent en quelque sorte un arbitrage entre les avantages
tirés du statut de chômeur et ceux engendrés par l'obtention d'un
travail rémunéré (effets de substitution), le salaire étant le prix de
renonciation aux loisirs selon les enseignements de Gary Becker. Le travail est donc conçu négativement, comme une renonciation aux loisirs. En effet le mot travail ne vient-il pas du latin tripaliare qui signifie torture, le tripalium étant un instrument de torture et le mot chômage du grec kauma qui signifie chaleur torride ? Par ailleurs Malthus affirmait que « l'homme est par nature apathique, paresseux et ennemi du travail ».
Dans ce sens, les nombreuses mesures mises en place par les
pouvoirs publics pour protéger les chômeurs et leur accorder des
rémunérations peuvent avoir des conséquences de désincitation, les
individus préférant le chômage plutôt que l'activité. C'est la thèse de
l'économiste Jacques Rueff.
Pour lui, c'est l'instauration de différentes formes d'indemnisation du
chômage (notamment la Dole en Grande Bretagne instaurée en 1911) qui est la cause du chômage permanent. En effet, la Dole établit un certain niveau minimum de salaire
à partir duquel l'ouvrier préfère percevoir la Dole plutôt que de
travailler. La Dole stabilise le salaire à un niveau entièrement
indépendant du niveau des prix. Pour Rueff, sans indemnisation le
travailleur accepte les baisses de salaire car il est obligé de
travailler, la peur de la misère étant un puissant mécanisme
d'incitation. Il estime que le mécanisme des prix libres, de par le
processus d'adaptation progressive, permet d'absorber le chômage. Comme
l'école autrichienne,
le penseur soutient que dans toutes les domaines où un prix a été
artificiellement fixé à un taux différent de celui issue de la volonté
individuelle, il y a crise. La demande de travail provient des entreprises.
Étant donné que le salaire représente un coût pour les employeurs,
cette demande est freinée par les prélèvements, les règlementations qui
frappent l'utilisation du travail vivant. Aujourd'hui, les contraintes
imposées par le Code du travail sont régulièrement évoquées pour
expliquer les difficultés rencontrées par les PME pour créer des
emplois.
John Maynard Keynes s'oppose à cette vision en termes de marché. En effet, les entrepreneurs
ne raisonnent pas sur le prix mais sur la demande effective,
c'est-à-dire la demande anticipée par les employeurs. Ainsi, l'emploi ne
dépend pas seulement des choix des entreprises mais aussi des consommateurs et de tous les choix des membres de la catallaxie.
Deux conceptions du chômage se dégagent alors : la conception
keynésienne qui insiste sur l'importance de la demande effective, et une
autre classique qui explique le chômage par l'insuffisance de la
rentabilité. Selon la conception adoptée, les mesures préconisées pour
lutter contre ce fléau vont être radicalement différentes. Le
keynésianisme défend un rôle actif de l'État, alors que la pensée
libérale accorde plus d'importance à l'initiative privée. Aujourd'hui,
il est certain que la régulation du marché du travail s'éloigne des
mécanismes concurrentiels. En effet, on observe une quasi-indexation des
salaires sur les prix depuis 1969. De même, le salaire indirect connaît
une expansion importante en France à cause de la gestion de la sécurité sociale.
Comme le remarque R. Boyer, une régulation de type socio-politique se
substitue progressivement à la régulation stricte des individus.
François Mitterrand
affirmait que tout avait été fait pour essayer de lutter contre le
chômage. Peut être que le problème est justement que les différents
gouvernements ont tout essayé...
La flexibilité du marché du travail
Parmi les facteurs de la flexibilité, la durée du travail est souvent
avancée par les décideurs politiques. Or, la durée du temps de travail
devrait être un des termes du contrat
de travail plutôt qu'une contrainte extérieure imposée par la
règlementation dans un but malthusien (le prétendu partage du travail).
Dans le même genre d'idées, Frédéric Bastiat
proposait, par plaisanterie cynique et paradoxal, d'interdire aux
travailleurs l'usage de la main droite pour augmenter la quantité de
travail (et donc d'augmenter la richesse) :
- « Quand les ouvriers de toute sorte seront réduits à leur main
gauche, représentons-nous, Sire, le nombre immense qu'il en faudra pour
faire face à l'ensemble de la consommation actuelle, en la supposant
invariable, ce que nous faisons toujours quand nous comparons entre eux
des systèmes de production opposés. Une demande si prodigieuse de
main-d'œuvre ne peut manquer de déterminer une hausse considérable des
salaires, et le paupérisme disparaîtra du pays comme par enchantement. »
(Sophismes Économiques, La main droite et la main gauche, [1])
De leur côté, les économistes et les théoriciens des organisations se sont souvent opposés sur les logiques de flexibilité[1]
dans les relations d'emploi. Certains avancent des arguments sur une
approche de l’emploi stable fondée sur un marché du travail interne[2]
tandis que d'autres privilégient une gestion d’adaptation rapide basée
sur un marché du travail ouvert. Pour les théoriciens du marché interne,
le recrutement est assez discriminant puisqu'il favorise plutôt
l'embauche de personnes en début de carrière
avec un statut juridique de contrat à durée indéterminée (CDI).
Confrontées à des lois anti-discriminantes et à la surveillance distante
d'un organisme comme la Halde, en France, ces pratiques de gestion en
ressources humaines conduisent quelquefois à l'hypocrisie (vous êtes
trop senior pour ce poste) ou à l'indifférence (syndrome du téléphone
silencieux). Dans un marché du travail ouvert, les recrutements
s'effectuent pour tous les âges même si la flexibilité implique
quelquefois des contrats en durée déterminée (CDD), à du travail
temporaire ou à de la sous-traitance (transformation de la relation de
travail en relation commerciale). La rémunération s'effectuera pour les
uns, comme dans le modèle de l'administration, sur une grille de
classification. L'évolution se déroule selon l’ancienneté, selon des
notations de supérieurs hiérarchiques sur les capacités d'intégration,
de socialisation et de performance collective tandis que dans le marché
du travail ouvert, ce sont les conditions du marché qui déterminent le
salaire et les évolutions se produisent en fonction des résultats de
l’individu.
Dans le marché du travail interne, il existe des possibilités de
promotion et de mobilité interne avec un marché qui s'organise à
l'intérieur de l'organisation comme des bourses de l’emploi ou des aides
à l’orientation. Sur le marché du travail ouvert, la relation de
travail est fortement liée à un contrat transactionnel qui autorise les
relations à long terme mais sans engagement assuré. Dans cette vision,
l’emploi concerne avant tout une mission ou un poste. Dans ce contexte,
il n'existe véritablement pas de politique de formation. L’entreprise
n’emploie que des personnels formés ou immédiatement opérationnels. À
l'inverse, la politique du marché interne favorise la formation au
poste, aux évolutions du métier ou à l’évolution professionnelle.
La stratégie de gestion des ressources humaines
est également totalement opposée. Dans un marché interne s'appuyant sur
une logique de convention professionnel, d'accord de branche,
d'entreprise ou inter-établissement, il existe un effort d’anticipation
par l'établissement d'une gestion et d'une prévision des emplois et des
compétences (GPEC). La flexibilité est d'ordre quantitative en interne
ou la flexibilité peut être fonctionnelle en proposant d'autres
perspectives à des salariés. Sur le marché ouvert, la flexibilité est
davantage externe. L'adaptation s'effectue par le non-renouvellement des
contrats, par des licenciements, par des démissions (plus ou moins
manipulées), des ruptures conventionnelles de contrat, ou par
l'externalisation.
Citations
- Mieux que tous les analgésiques, soporifiques, stimulants,
tranquillisants, narcotiques, et, jusqu'à un certain point, mieux encore
que tous les antibiotiques - bref, la seule « panacée universelle »
connue de la science médicale, c'est... le travail. (Thomas Szasz)
- Si le communiste voit en toi un homme et un frère, ce n'est là que
sa manière de voir des dimanches ; les autres jours de la semaine il ne
te regarde nullement comme un homme tout court, mais comme un
travailleur humain ou un homme qui travaille. Si le premier point de vue
s'inspire du principe libéral, le second recèle l'illibéralité. Si tu
étais un « fainéant », il ne reconnaîtrait pas en toi l'homme, il y
verrait un « homme paresseux » à corriger de sa paresse, et à catéchiser
pour le convertir à la croyance que le travail est la « destination »
et la « vocation » de l'homme. (Max Stirner)
- Mais si l'homme ne travaille plus, c'est aussi parce que la société
va lui garantir, à travers une série de droits sociaux, un minimum de
subsistance. C'est une invention moderne née avec la généralisation de
l'État-providence. Dans ce cas, le travail n'apparaît plus comme une nécessité. Il est même considéré par certains comme un processus d'exploitation auquel il conviendrait de se soustraire. (Jean-Louis Caccomo, Le modèle français dans l'impasse)
- L'État est fondé sur l'esclavage du travail. Que le travail soit libre, et l'État s'écroule. (Max Stirner)
- Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin. (Voltaire)
Informations complémentaires
Notes et références
- Bernard Bruhnes, 1989, « La flexibilité du travail. Réflexions sur les modèles européens », Droit du travail, n°3, mars, pp251-256
- C. Everaere, 1997, Management de la flexibilité, Paris, Economica
- * P. B. Doeringer et M.J. Piore, 1971, Internal Labor Markets and Manpower Analysis, Armonk, New York, M.E. Sharpe, Inc.
Bibliographie
Voir aussi
D) - L'État a rayé l'émission qu'il détestait.
Le public raye celle qui le méprisait.
📺 Il existait deux façons de mourir pour un talk-show français. La première : déplaire à l'État — C8 rayée de la TNT, dossier réglé par décret. La seconde vient de s'ouvrir sous nos yeux, plus lente et plus cruelle : déplaire au public.
Voici comment l'émission qui riait de la France a cessé, saison après saison, de la faire rire. Chiffres à l'appui.
🧵
Le tableau de la saison 2025-2026, tenu au jour le jour par la presse spécialisée, se lit comme un bulletin de santé déclinant. Novembre : −810 000 téléspectateurs en une seule journée. Décembre : « dégringole », doublé par Cyril Hanouna sur W9. Mai : « lourde chute », re-doublé. Juin : « Quotidien Week-end s'effondre ». Arrêtez-vous sur ce fait : l'émission qui a passé une décennie à incarner le camp du bon goût contre la vulgarité cathodique se fait désormais doubler, en audience globale, par l'homme qu'elle traitait en repoussoir. Le tribunal est distancé par son accusé favori.
📉
On objectera — c'est vrai — que Quotidien reste leader de sa case et fort sur les « cibles commerciales ». Mais quand on veut savoir si un navire prend l'eau, on ne regarde pas le pavillon : on regarde ce que fait l'armateur. Et l'armateur a tranché il y a une semaine. TF1 impose l'austérité à la production : suppressions d'emplois, prime time raboté pour la rentrée. Trois signatures de l'émission — Ambre Chalumeau, Maïa Mazaurette, Pablo Mira — quittent le navire en fin de saison. On ne coupe pas le budget d'une émission qui gagne, et on ne quitte pas un plateau qui monte.
Le groupe TF1, dont la publicité linéaire est en « baisse structurelle » de son propre aveu, a fait ses comptes :
Le ricanement ne rapporte plus.
Pourquoi ce désamour ?
Chacun jugera ; voici notre lecture. Pendant dix ans, l'émission a perfectionné un genre : le persiflage des inquiétudes ordinaires. L'insécurité ? Un fantasme de plateau. La pression fiscale ? Une obsession de privilégiés. L'immigration incontrôlée ? Un gros mot à désamorcer d'un sourire en coin. Le sketch permanent consistait à regarder la France d'en haut, entre gens qui savent — et à faire du spectateur le complice du mépris de son voisin. Or ce pacte a une limite arithmétique : à force de ricaner des préoccupations de la majorité, on finit par ricaner de son propre public. Les gens n'ont pas cessé d'aimer rire. Ils ont cessé d'aimer être la chute.
🎭
Cette planche est la cinquantième.
La première racontait une chaîne exécutée par l'État — 61 procédures, une fréquence rayée d'un trait de plume. La cinquantième raconte une émission abandonnée par son public — un point de part d'audience après l'autre, une signature après l'autre, un budget après l'autre. Entre les deux morts, toute la différence entre un régime et un marché : l'Arcom a eu besoin d'un décret. Les Français n'ont eu besoin que d'une télécommande.
L'État a rayé l'émission qu'il détestait.
Le public raye celle qui le méprisait.
(Sources : Puremédias/Ozap, relevés Médiamétrie novembre 2025 - juillet 2026 ; Le Parisien ; Groupe TF1, résultats T1 2026)
E) - Votre boîte aux lettres n'est plus un service postal. C'est l'huissier de proximité
📬 Il existe un geste que des millions de Français exécutent chaque jour avec une boule au ventre :
Ouvrir leur boîte aux lettres. Pas par nostalgie. Par appréhension. Parce qu'ils savent ce qui les attend : des enveloppes à fenêtre. Personne ne leur écrit plus — sauf ceux qui réclament. Voici comment la boîte aux lettres est devenue le guichet des mauvaises nouvelles, textes officiels à l'appui.
🧵
Faites l'inventaire de votre courrier du mois.
Une carte postale ? Une lettre d'un proche ? Le courrier intime a été divisé par trois en quinze ans — il a émigré vers les messageries. Ce qui reste dans la boîte, c'est le courrier de gestion : l'avis d'imposition, la facture, la relance, la mise en demeure, le recommandé qu'il faudra aller chercher en tremblant.
Le papier n'est pas mort. Il s'est spécialisé.
Il ne transporte plus que ce qu'on redoute.
Et ce n'est pas une impression : c'est une architecture, écrite dans les textes. Prenez la saisie administrative à tiers détenteur — la procédure qui permet au fisc de ponctionner directement votre compte. Depuis 2024, l'administration notifie votre BANQUE par voie électronique, interfaces dédiées, employeurs raccordés via la déclaration sociale. Et vous, le principal intéressé ? Le Bulletin officiel des finances publiques le précise noir sur blanc : la saisie « est en règle générale notifiée par la voie postale ». Relisez la répartition des canaux : le numérique pour prendre, le timbre pour prévenir. L'État a digitalisé sa main — il a gardé le papier pour sa voix. Votre boîte aux lettres n'est plus un service postal.
C'est l'huissier de proximité.
✉️
Poursuivez la lecture des textes, l'asymétrie y est réglementaire. Votre compte : bloqué quinze jours, tous vos comptes sauf le compte-titres. Les frais bancaires de la saisie : jusqu'à 100 euros — à votre charge, vous payez pour être saisi. La mise en demeure préalable : même pas obligatoire en cas d'« exigibilité immédiate ». Et si vous contestez ? Vous disposez de deux mois. L'administration, elle, en a SIX pour vous répondre. Et son silence, au bout des six mois, vaut rejet. Deux mois pour vous, six pour elle, et son mutisme est une décision. Voilà le rapport de force que transporte chaque enveloppe à fenêtre — et voilà pourquoi la main hésite sur le couvercle. L'anxiété du courrier n'est pas une fragilité psychologique. C'est une lecture parfaitement exacte du droit applicable.
📪
La modernité, pendant ce temps, avance dans un seul sens :
La loi anti-fraudes du 25 juin dernier vient d'étendre la saisie administrative aux portefeuilles de crypto-actifs. L'État saura saisir vos bitcoins en temps réel. Vous, vous l'apprendrez par le facteur.
(Sources : BOFiP, REC-FORCE-30-20 ; http://service-public.fr, fiche SATD ; loi du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes ; Arcep/La Poste, volumes courrier)
À lire: Écologisme ou Écologie: Campagnes de désinformation climatique !!F) -
Un observatoire d'État de la vérité,
fondé sur un chiffre invérifiable.
🔍 Le 9 juillet, trois sénateurs — LR, centriste, PS, l'arc complet — ont présenté un rapport de 160 pages et 56 recommandations pour lutter contre les fausses informations. Il repose sur un chiffre-choc de désinformation massive. Demandez la source de ce chiffre. Il n'y en a pas. Le ministère de la Vérité s'ouvre sur une vérité invérifiable. 🧵
Commençons par le socle. Interrogée sur l'ampleur du fléau, la rapporteure balaie les données des plateformes — « chiffres très rassurants » — et leur oppose « les études indépendantes » : selon « certains travaux », la désinformation représenterait « au moins 10 % des contenus », soit « des milliards de vidéos, de textes, de podcasts ».
Certains travaux. Lesquels ?
Le rapport qui veut traquer les affirmations sans source fonde son diagnostic sur une affirmation sans source. Dans n'importe quelle copie de première année, un « selon certains travaux » sans référence vaut zéro. Au Sénat, il vaut 56 recommandations et une proposition de loi dès septembre.
Car voici ce que ce chiffre fantôme doit justifier — et là, il suffit de citer, tout est écrit. Le rapport propose un « observatoire de la désinformation intérieure » — le concept d'« ingérence intérieure » est inventé pour l'occasion, sans définition — chargé, texto, « d'inciter les plateformes à modifier leurs algorithmes ou à invisibiliser un utilisateur fautif en cas de menace grave pour la qualité de l'information à l'approche des élections ».
Relisez lentement :
Un organe administratif qui fait rendre invisibles des citoyens, avant une présidentielle, pour « menace à la qualité de l'information » — notion que personne ne définit. Il pourra saisir l'Arcom et la commission de contrôle de la campagne présidentielle. Et le calendrier est assumé : les mesures doivent produire leurs effets AVANT 2027.
📅
Le reste du menu complète le tableau.
Des médias labellisés « d'intérêt général » que YouTube, TikTok et Instagram seraient contraints de pousser en tête de leurs recommandations — la hiérarchie de l'information par décret algorithmique. Les créateurs de contenus « à risques sérieux » — critères non précisés — placés sous la régulation de l'Arcom, comme des chaînes de télévision. Un fonds pour la presse alimenté par les amendes infligées aux plateformes : les sanctions des uns financent les journaux des autres. En 1793, on appelait cela la loi des suspects : nul besoin d'avoir menti, il suffit d'être susceptible de mal informer. La version 2026 ajoute une élégance : le suspect ne sera pas arrêté. Il sera invisibilisé — il parlera dans une pièce dont on aura retiré les murs, sans jamais savoir pourquoi personne ne l'entend.
Une dernière chose.
Que la désinformation existe, nul ne le nie — la série que vous lisez passe son temps à vérifier des chiffres officiels faux. Mais c'est précisément pourquoi le remède proposé est pire que le mal : le jour où un observatoire d'État qualifie le vrai, la question n'est plus « est-ce vrai ? » mais « qui contrôle l'observatoire ? ». Et la réponse est dans le calendrier : ceux qui se présentent en 2027.
Un observatoire d'État de la vérité,
fondé sur un chiffre invérifiable.
(Sources : Sénat, rapport « Les zones grises de l'information », adopté le 8 juillet 2026, conférence de presse du 9 juillet ; http://Next.ink, 9 juillet ; Public Sénat)
Censure
La censure est un contrôle autoritaire de la liberté d'expression
exercé de façon totale ou partielle. Le pouvoir de censure peut être
exercé sur toute forme d'expression ou d'information comme par exemple
sur des livres, journaux, bulletins d'informations, pièces de théâtre,
films, etc., avant que sa diffusion au public soit autorisée ou
interdite.
Par abus de langage, on parle parfois de "censure" pour désigner
le comportement d'un éditeur ou d'un média qui refuse de donner la
parole à certaines personnes ou à certains groupes. Il faut rappeler que
la liberté d'expression consiste aussi pour chacun à discriminer et à
choisir les sujets sur lesquels il décide de s'exprimer, au détriment
des autres. Il n'y a pas de "droit à s'exprimer n'importe où et de
n'importe quelle façon" : la liberté d'expression doit respecter la
liberté individuelle et le droit de propriété. Ainsi ce qu'on appelle la
"modération" sur Internet n'est pas une censure : la censure interdit
une opinion en tout lieu, alors que la modération ne l'exclut que de son
territoire.
La censure en France
En France, sous l'Ancien Régime,
la censure a toujours existé. Par exemple, les livres étaient édités
avec privilège du Roi : cette autorisation, qui préfigurait la propriété intellectuelle,
donnait en réalité un droit de regard aux censeurs royaux. Elle
coexistait avec un grand marché de l'édition sous le manteau, la
fabrication se faisant dans des ateliers clandestins ou dans des pays
étrangers plus libéraux. En 1752, Louis XV fait interdire la vente, l’achat et la détention des deux premiers volumes de L’Encyclopédie, œuvre collective élaborée à partir de 1746 et dirigée par Denis Diderot
et Jean le Rond D’Alembert, œuvre critique envers la monarchie absolue,
la noblesse et la religion, et entrant en concurrence avec le Dictionnaire de Trévoux des Jésuites. Lors de la Révolution française, la censure est abolie en 1791, mais rétablie en 1794 par la contre-révolution de Thermidor.
Sous l'Empire, le décret du 5 février 1810
instaure une censure complète de la presse et de la librairie :
surveillance étroite de la presse, encadrement administratif de
l'imprimerie (par un corps d'inspecteurs et de contrôleurs), contrôle
des ouvrages imprimés aux frontières, registre des intentions de
publication, brevet nécessaire pour être imprimeur ou libraire
(nécessitant entre autres un certificat de bonne vie et mœurs et une
prestation de serment), dépôt légal réaffirmé, etc. La monarchie ne sera
pas en reste dans l'escalade répressive : la Loi sur la presse du 9 septembre 1835,
appelée aussi la « loi scélérate de 1835 », réduit considérablement la
liberté de la presse (l'interdiction de la caricature politique
provoquera la disparition de plusieurs revues satiriques). Napoléon III y ajoutera un contrôle du colportage. Le décret du 5 février 1810 ne sera complètement aboli que par la loi du 29 juillet 1881. La censure sur les spectacles sera levée en 1906. La censure réapparaîtra lors des deux guerres mondiales et de la guerre d'Algérie (1954-62).
La condamnation des Fleurs du Mal de Baudelaire (1857) ne sera levée qu'en 1949. J'irai cracher sur vos tombes de Boris Vian, considéré comme pornographique et immoral, sera interdit en 1949
et son auteur condamné pour outrage aux bonnes mœurs ; le procureur
estime que cette condamnation est justifiée moins par le caractère
scandaleux de l’œuvre que par le fait que son prix la rende accessible à
tout le monde... L'éditeur Jean-Jacques Pauvert est traîné en justice
en 1956 et condamné pour avoir réédité l'œuvre du marquis de Sade (qui
circulait jusqu'alors sous le manteau).
La censure pour raisons politiques a toujours existé en France : par exemple le film Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick, estimé attentatoire à la dignité de l'armée française, a été censuré jusqu'en 1975. Le film Pierrot le fou
de Godard (1965) fut interdit aux moins de dix-huit ans pour
« anarchisme intellectuel et moral ». De même un classique de Georges
Lautner, Le Pacha (1968), avec Jean Gabin en vedette, subit la censure pour violence excessive, maltraitance policière et vulgarité (chanson Requiem pour un con de Serge Gainsbourg).
Le livre Suicide, mode d'emploi a été interdit à la vente en 1987, par une loi réprimant la « provocation au suicide ». Le 12 mars 1987 c'est le roman L'Os de Dionysos
qui est interdit par le tribunal de grande instance de Tarbes pour
« trouble illicite, incitation au désordre et à la moquerie,
pornographie et danger pour la jeunesse en pleine formation physique et
morale ».
LLe Grand Secret, livre publié en 1996 par le docteur Gubler, médecin de François Mitterrand,
a été interdit en France pour violation du secret médical. Un arrêt de
la Cour européenne (décision du 18 mai 2004) a sanctionné les juges
français qui ont interdit sa sortie.
Le 13 novembre 2013 le livre Le Salut par les Juifs de Léon Bloy (livre écrit en réponse à La France juive
de l'antisémite Édouard Drumont), maintes fois réédité depuis 1892, a
été censuré par le juge des référés de Bobigny, suite à une plainte de
la Licra.
Contre la censure
Les libéraux sont opposés à tout type de censure, pour des raisons éthiques et épistémologiques.
La censure est d'abord un refus de savoir, une interdiction que
l'on s'impose à soi-même, le refus d'une prise de conscience (Freud
reprend d'ailleurs ce terme dans la psychanalyse
pour désigner le mécanisme du refoulement). L'auto-censure est une
violence que la victime s'impose volontairement, en raison d'une peur
panique de regarder la vérité en face.
La censure est une violence injustifiée qui restreint la liberté d'expression. C'est une mesure paternaliste qui fait fi de la responsabilité et de l'intelligence des personnes. Le discours haineux / violent / immoral à lui seul ne constitue pas une agression, il doit donc s'exprimer et participer à l'échange libre des idées, ce qui est le meilleur moyen de le combattre.
D'un point de vue strictement conséquentialiste, censurer
quelqu'un, c'est lui faire une publicité dont il n'aurait jamais pu
rêver. C'est en faire une victime d'autant plus intransigeante, qui
continuera de toute façon dans la clandestinité. Ne pas le censurer,
c'est au contraire lui permettre d'exhiber sa bêtise / sa haine / ses
préjugés au grand jour, et de devoir faire face aux arguments
rationnels, ce dont il a le plus souvent horreur. Il faut donc laisser
s'exprimer même les totalitaires et les antilibéraux, autrement on ne
pourrait même pas savoir qu'ils existent !
Autre effet de la censure, observée en psychologie sociale et supportée par la théorie de la réactance[1],
les victimes d’une censure restaurent leur sentiment de liberté en
accentuant davantage leur point de vue censuré. Une trop forte pression
donne exactement le contraire de ce qui est attendu. L'effet se fait
sentir aussi chez ceux qui ne sont pas censurés car ils ont l’impression
que la censure par un leadership autoritaire limite leur choix de façon
arbitraire.
Être opposé à la censure ne signifie pas pour autant cautionner
des idées dangereuses ou des pratiques immorales ; celles-ci doivent
pouvoir s'exprimer parce que les inconvénients de la censure l'emportent
largement sur ses avantages. Plutôt que l'interdiction, il faut
favoriser la libre expression qui permet la réfutation :
- Si l'on a la possibilité de dévoiler par la discussion le
mensonge et l'erreur, d'éviter le mal grâce à l'éducation, le remède à
appliquer est davantage de liberté d'expression, et non d'imposer le
silence par la force.[2]
En revanche, la censure privée est tout à fait légitime, car elle
s'exerce dans un cadre privé et exprime les droits du propriétaire : un
éditeur par exemple a toute liberté de choix sur ce qu'il entend publier
ou non. La censure publique, au contraire, est une forme de viol de la
propriété privée.
Bibliographie
- 1930,
- Harold Lasswell, "Censorship", In: Edwin R. A. Seligman, dir.,
"Encyclopaedia of The Social Sciences", Vol III, New York: MacMillan
- Nouvelle édition en 1937, New York: MacMillan
- 10ème édition en 1953, "Censorship", In: Edwin R. A. Seligman, dir., "Encyclopaedia of The Social Sciences", Vol III, New York: MacMillan, pp290-294
- 1958, Harold S. J. Gardiner, "Catholic Viewpoint on Censorship"
- Nouvelle édition en 1961, Garden City, N.Y.: Doubleday
- 1960, Robert W. Haney, "Comstockery in America: Patterns of Censorship and Control", Boston: Beacon
- 1961, James C. N. Paul, Murray L. Schwartz, "Federal Censorship: Obscenity in the Mail", New York: Free Press
- 1962, John McCormick, Mairi Macinnes, dir., "Versions of Censorship: An Anthology", Chicago, Ill.: Aldine
- 1968,
Henry J. Abraham, "Censorship", In: David L. Sills, dir.,
"International encyclopedia of the social sciences", Vol 2, London:
Macmillan and the Free Press, pp356-360
- 1964, Morris L. Ernst, Alan U. Schwartz, "Censorship: The Search for the Obscene", New York: Macmillan
Notes et références
Selon
la théorie de la réactance, un individu est plus ou moins engagé
suivant les conditions de production de ses actes. Les actes les plus
engageants sont ceux qui ont des conséquences dans un contexte de
liberté.
- 1966, J. W. Brehm, "A theory of psychological reactance", Academic Press
- 1981,
- J. W. Brehm, S. S. Brehm, "Psychological Reactance: A Theory of Freedom and Control", Academic Press
- Sharon S. Brehm, "Psychological reactance and the attractiveness of
unobtainable objects: Sex differences in children's responses to an
elimination of freedom", Sex Roles, Vol 7, n°9, pp937–949
- 2005,
- J. Dillard, L. Shen, "On the nature of reactance and its role in
persuasive health communication", Communication Monographs, Vol 72,
pp144–168
- P. J. Silvia, "Deflecting reactance: The role of similarity in
increasing compliance and reducing resistance", Basic and Applied Social
Psychology, Vol 27, pp277–284
- 2006,
E. Alvaro, M. Burgoon, J. Grandpre, C. H. Miller, "Identifying
principal risk factors for the initiation of adolescent smoking
behaviors: The significance of psychological reactance", Health
Communication, vol 19, pp241–252
- 2007,
L. M. Deatrick, L. T. Lane, C. H. Miller, A. M. Young, K. A. Potts,
"Psychological reactance and promotional health messages: The effects of
controlling language, lexical concreteness, and the restoration of
freedom", Human Communication Research, Vol 33, pp219–240
- "If
there be time to expose through discussion the falsehood and fallacies,
to avert the evil by the process of education, the remedy to be applied
is more speech, not enforced silence." (Louis Brandeis, U.S. Supreme
Court Justice, Whitney v. California, 274 U.S. 357, 1927)
Voir aussi
Citations
- La « censure » est un terme uniquement applicable aux actions de
l’État. Il n’y a pas d’action privée qui soit un acte de censure.
Aucune personne ni agence privée ne peut forcer un homme au silence ni
réprimer une publication. Il n’y a que les hommes de l’État qui puissent
le faire. La liberté d’expression d’une personne privée inclut le Droit
de ne pas être d’accord avec ses adversaires, de ne pas les écouter et
de ne pas leur donner son argent. (Ayn Rand)
- Nous, par exemple, on ne brûle pas les livres. On n'est pas des barbares. On les interdit. (Oskar Freysinger, Antifa, 2011)
- Le censeur craint d’être trop indulgent ; de là une sévérité
vétilleuse. Il craint de ne pas apercevoir une allusion, un sens caché ;
de là mille étranges interprétations. Il craint enfin que son
attention, trop peu soutenue, n’ait laissé échapper quelque trait
répréhensible ; de là, pour aller au plus sûr, il proscrit tout
l’ouvrage : car ce censeur, qui court plus d’un risque en approuvant un
livre, n’en court aucun en le rejetant. (Jean-Baptiste Say)
- Concevez-vous qu’un pays soit libre, quand la pensée, ou la parole qui en est l’expression, ne le sont pas ? (Milton)
- Il existe un moyen simple pour la société civile de combattre les
comportements et les idées fausses, y compris les insultes :
l’ostracisme et le boycott. C’est la seule méthode spontanément et
naturellement efficace, qui protège la libre volonté des individus. Mais
vouloir établir la tolérance universelle d’une manière coercitive en
criminalisant la pensée et en forçant le citoyen à adopter une vérité
d’État est aberrant. (Damien Theillier)
- Je dirais que les sottises imprimées n'ont d'importance qu'aux lieux
où l'on en gêne le cours ; que, sans la liberté de blâmer, il n'est
point d'éloge flatteur ; et qu'il n'y a que les petits hommes, qui
redoutent les petits écrits. (Beaumarchais)
- Pourvu que je ne parle ni de l’autorité, ni de la politique, ni de
la morale, ni des gens en place, ni de l’opéra, ni des autres
spectacles, je puis tout imprimer librement, sous la direction,
néanmoins, de deux ou trois censeurs. (Beaumarchais)
- Pour savoir qui vous dirige vraiment il suffit de regarder ceux que vous ne pouvez pas critiquer. (Voltaire)
- Toute censure est un aveu. On ne bâillonne que la bouche qui dit vrai. (Pierre Gripari)
- Il existe toutes sortes de censures : la censure d’État, officielle
et préalable, ou officieuse et dissuasive ; la censure sociale, qui
exclut les non-conformistes des carrières, des places, de la
“réussite” ; l’autocensure, qui permet de faire des économies de temps
et de personnel. Mais on a rarement prêté attention à une forme non
officielle de censure, d’autant plus redoutable qu’elle est sincère, se
croît honnête et n’a pas conscience d’être censure : c’est la censure
idéologique. (...) Elle consiste, non pas à empêcher la diffusion des
œuvres et des idées, puisqu’elle n’en a pas le pouvoir légal, mais à
dissuader le public d’en prendre connaissance. (Jean-François Revel, La Nouvelle Censure)
- La censure aboutira principalement à décourager tout savoir et à
arrêter le cours de la vérité de sagesse civile et religieuse. Même si
l'on laissait souffler sur la terre tous les vents des doctrines
contraires, dès lors que la vérité aussi se trouve parmi elles, on
aurait grand tort de permettre et d'interdire, car cela reviendrait à
jeter un doute sur la force propre de la vérité. Laissez-la s'empoigner
avec l'erreur. Qui a jamais vu la vérité avoir le dessous dans une
controverse libre et ouverte ? Réfuter librement l'erreur est le plus sûr moyen de la détruire. (John Milton, Areopagitica, 1644)
- La censure est toujours un aveu : un aveu de faiblesse. (Slobodan Despot, Antipresse 244, 01/08/2020)
- La censure quelle qu’elle soit me paraît une monstruosité, une chose
pire que l’homicide ; l’attentat contre la pensée est un crime de
lèse-âme. La mort de Socrate pèse encore sur le genre humain. (Gustave Flaubert)
Liens externes

G) -
Les maires tiennent le petit levier.
L'Élysée tient le grand — et l'alibi.
🏠 Chaque automne, le même sketch. Les avis de taxe foncière tombent, la France s'étrangle — Paris +60 % en 2023, Grenoble +25 % —, et la même réponse descend d'en haut : « la taxe foncière, ce n'est pas l'État, ce sont les maires qui votent les taux. »
L'alibi est parfait. Il a un seul défaut : le dossier. Ouvrons-le.
🧵
La taxe foncière se calcule en multipliant deux choses : un TAUX, voté par la commune, et une BASE — la valeur locative — fixée par la loi nationale. L'alibi présidentiel repose entièrement sur le premier facteur. Or l'Observatoire de l'UNPI a décomposé les +37,3 % de hausse de la décennie 2014-2024, et voici le partage des responsabilités : les taux votés par les maires ont contribué pour +11,2 %. La majoration LÉGALE des bases, décidée au niveau national : +23,5 %.
Relisez.
Celui qui montre les maires du doigt actionne le levier qui pèse DEUX FOIS plus lourd que le leur. L'Observatoire conclut d'ailleurs sans ambiguïté : c'est la majoration légale des valeurs locatives qui explique le dérapage.
📊
Le pire est que ce grand levier tourne tout seul. Depuis 2018, les bases sont indexées automatiquement sur l'inflation : +3,4 % en 2022, +7,1 % en 2023 — du jamais-vu —, +3,9 % en 2024. Soit +15,1 % en trois ans, à taux communaux INCHANGÉS, sans qu'un seul élu de la République n'ait rien voté. Une hausse d'impôt sans coupable, sans débat, sans empreintes. Le crime parfait — à un détail près.
Car il y a eu un moment de vérité, un seul, et il est daté. Automne 2022, examen du budget 2023, l'inflation flambe : des députés déposent un amendement plafonnant la revalorisation des bases.
La commission des finances de l'Assemblée l'ADOPTE. La machine allait être bridée.
L'amendement est mort en séance — faute de soutien du gouvernement.
Voilà la pièce à conviction :
Quand le Parlement a tendu la main vers le frein, l'Élysée a retiré la pédale. On ne peut plus plaider l'héritage ni l'automatisme : on a choisi, en pleine flambée, de laisser tourner. Ajoutez la pièce n° 2 : c'est la suppression de la taxe d'habitation — sa réforme — qui a laissé aux maires un unique levier de recettes, la foncière. Les +52 % de taux parisiens sont les enfants mathématiques de cette suppression : il a construit la pièce où les maires n'avaient qu'un seul bouton, puis il s'est indigné qu'ils appuient dessus.
⚖️
Alors oui, techniquement, « ce sont les maires qui votent les taux ». Comme c'est techniquement le guichetier qui tend le bordereau. La question n'a jamais été de savoir qui tient le stylo au bas de la page. Elle est de savoir qui a écrit la page.
Les maires tiennent le petit levier.
L'Élysée tient le grand — et l'alibi.
(Sources : UNPI, Observatoire national des taxes foncières, 19e édition, 15 octobre 2025 ; PLF 2023, amendement I-CF4 ; Actu-Juridique ; délibérations des conseils de Paris et Grenoble, 2023)
Municipalisme libertaire
Le
municipalisme libertaire est une philosophie politique qui promeut la
décentralisation du pouvoir et la démocratie directe au niveau local. Il
met l'accent sur l'autonomie des municipalités en tant qu'unités de
base de gouvernance, où les citoyens peuvent participer activement aux
décisions politiques qui affectent leur vie quotidienne. Le
municipalisme libertaire repose sur des principes de démocratie directe,
de justice sociale, d'égalité des chances et de durabilité écologique.
Il vise à réorganiser la société en redonnant aux communautés locales le
contrôle sur leurs propres affaires.
Fondements théoriques du municipalisme libertaire
A. Contexte et justification de l'émergence du municipalisme libertaire
Le municipalisme libertaire a émergé en réponse aux limitations
et aux dysfonctionnements des systèmes politiques centralisés et
hiérarchiques. Il prend en compte les inégalités socio-économiques, la
marginalisation des voix citoyennes et les crises écologiques qui
résultent souvent de la concentration du pouvoir entre les mains d'une
élite politique. Face à ces défis, le municipalisme libertaire propose
un modèle alternatif basé sur la démocratie directe et la participation
citoyenne à l'échelle locale.
Les défenseurs du municipalisme libertaire soulignent que les
municipalités sont des espaces où les citoyens sont plus susceptibles de
se sentir connectés les uns aux autres et à leur environnement,
favorisant ainsi une participation politique plus directe et informée.
En renforçant les municipalités et en leur accordant une plus grande
autonomie politique, le municipalisme libertaire cherche à créer des
communautés plus justes, égalitaires et écologiquement durables.
Le contexte actuel de crises économiques, sociales et
environnementales a renforcé l'importance du municipalisme libertaire en
tant qu'approche politique alternative. De nombreuses expériences et
initiatives de municipalisme libertaire ont vu le jour dans différents
contextes géographiques, offrant des exemples concrets de son
application et de son potentiel à transformer la gouvernance locale. Ces
expériences servent de fondement à l'analyse et à la réflexion sur les
principes et les pratiques du municipalisme libertaire.
B. Explication des principes de base du municipalisme libertaire
Le municipalisme libertaire repose sur plusieurs principes fondamentaux qui guident sa philosophie politique :
1. Décentralisation du pouvoir : Le municipalisme libertaire
promeut la décentralisation du pouvoir politique, en reconnaissant les
municipalités comme des unités de base de gouvernance. Il soutient que
les décisions politiques devraient être prises au niveau local,
permettant ainsi une plus grande participation citoyenne et une
meilleure prise en compte des besoins spécifiques des communautés.
2. Démocratie directe : Le municipalisme libertaire met l'accent
sur la démocratie directe, où les citoyens participent activement à la
prise de décisions politiques qui les affectent directement. Les
assemblées communales et les processus de prise de décision par
consensus ou vote majoritaire sont privilégiés, permettant une
participation égalitaire et une représentation équitable des différents
groupes sociaux.
3. Autonomie locale : Le municipalisme libertaire valorise
l'autonomie locale, reconnaissant que chaque municipalité a ses propres
caractéristiques, besoins et priorités. Il encourage la prise de
décisions au niveau le plus proche possible des citoyens concernés,
favorisant ainsi une meilleure compréhension des enjeux locaux et une
plus grande responsabilité des décideurs politiques envers la
communauté.
C. Liens avec la social ecology et l'écologie politique
Le municipalisme libertaire est étroitement lié à la social
ecology (écologie sociale) et à l'écologie politique, développées par Murray Bookchin,
l'un des principaux penseurs du municipalisme libertaire. La social
ecology examine les relations entre la société humaine et
l'environnement naturel, mettant en évidence les liens entre les
systèmes sociaux et écologiques.
Selon la social ecology, les problèmes écologiques sont souvent
le résultat de structures sociales injustes et de formes de pouvoir
centralisées. Ainsi, le municipalisme libertaire propose de restructurer
la société en redonnant le pouvoir aux communautés locales, considérant
que la prise de décisions à l'échelle locale favorise une gestion plus
durable et équitable de l'environnement.
D. Critique des systèmes politiques centralisés et hiérarchiques
Le municipalisme libertaire critique les systèmes politiques
centralisés et hiérarchiques, tels que l'État-nation, en soulignant
leurs limites et leurs effets néfastes sur la démocratie, la
participation citoyenne et la justice sociale. Il considère que la
concentration du pouvoir entre les mains d'une élite politique entraîne
une déconnexion entre les décideurs et les citoyens, et peut conduire à
des décisions non représentatives des intérêts et des besoins des
communautés locales.
En rejetant les structures de pouvoir hiérarchiques, le
municipalisme libertaire préconise la création de systèmes politiques
horizontaux, où le pouvoir est distribué de manière équitable et où les
citoyens peuvent participer directement à la prise de décisions qui les
concernent. Il vise à promouvoir une forme de gouvernance plus
démocratique, inclusive et responsable, en accordant une importance
particulière à la justice sociale, à la durabilité écologique et à
l'autonomie des communautés locales. En mettant l'accent sur la
participation citoyenne et la démocratie directe, le municipalisme
libertaire cherche à donner aux individus un réel pouvoir de décision et
à promouvoir une société égalitaire et solidaire.
En résumé, le municipalisme libertaire repose sur les principes
de décentralisation du pouvoir, de démocratie directe et d'autonomie
locale. Il s'inscrit dans le cadre de la social ecology et de l'écologie
politique, mettant en lumière les liens entre les systèmes sociaux et
écologiques. En critiquant les systèmes politiques centralisés et
hiérarchiques, le municipalisme libertaire propose une alternative basée
sur la participation citoyenne, la justice sociale et la durabilité
écologique.
Les municipalités comme unités de base
A. Rôle et importance des municipalités dans le municipalisme libertaire
Dans le cadre du municipalisme libertaire, les municipalités
occupent une place centrale en tant qu'unités de base de gouvernance.
Elles sont considérées comme des espaces où les citoyens peuvent exercer
leur pouvoir politique de manière directe et participative. Les
municipalités sont perçues comme les lieux privilégiés pour la prise de
décisions qui affectent la vie quotidienne des individus et des
communautés.
Les municipalités, de par leur proximité avec les citoyens, sont
mieux à même de comprendre les besoins et les spécificités locales.
Elles sont en mesure de répondre de manière plus efficace et adaptée aux
défis et aux aspirations des habitants. En renforçant les
municipalités, le municipalisme libertaire vise à instaurer une
gouvernance plus démocratique, inclusive et en phase avec les réalités
locales.
B. Autonomie locale et décentralisation du pouvoir politique
Le municipalisme libertaire défend l'autonomie locale en
reconnaissant que chaque municipalité a ses propres caractéristiques,
besoins et priorités spécifiques. Il préconise la décentralisation du
pouvoir politique, permettant aux municipalités d'exercer un plus grand
contrôle sur leurs affaires internes et sur les décisions qui les
concernent directement.
La décentralisation du pouvoir politique favorise la
participation citoyenne et la responsabilité des décideurs locaux envers
leur communauté. Elle permet également de s'adapter aux particularités
culturelles, économiques et environnementales propres à chaque
municipalité. En décentralisant le pouvoir, le municipalisme libertaire
cherche à garantir que les décisions politiques soient prises au niveau
le plus proche possible des citoyens concernés.
C. Valorisation de la démocratie directe et de la participation citoyenne
Le municipalisme libertaire met en avant la démocratie directe
comme un pilier central de sa philosophie politique. Il considère que la
participation citoyenne active et la prise de décisions collectives
sont essentielles pour une gouvernance véritablement démocratique.
Dans ce cadre, les assemblées communales jouent un rôle
important. Elles offrent aux citoyens un espace de délibération, de
discussion et de prise de décision collective sur les affaires locales.
Les processus de prise de décision peuvent se faire par consensus ou par
vote majoritaire, garantissant ainsi une représentation équitable des
différents groupes sociaux.
En encourageant la démocratie directe et la participation
citoyenne, le municipalisme libertaire cherche à renforcer l'engagement
civique, à promouvoir l'inclusion sociale et à créer une culture
politique où les citoyens se sentent responsables et acteurs de leur
communauté.
En résumé, le municipalisme libertaire valorise le rôle des
municipalités en tant qu'unités de base de gouvernance, mettant l'accent
sur leur autonomie et la décentralisation du pouvoir politique. Il
promeut la démocratie directe et la participation citoyenne active,
reconnaissant que ces éléments sont essentiels pour une gouvernance
véritablement démocratique et pour répondre aux besoins spécifiques de
chaque communauté locale.
Les assemblées communales
A. Définition et structure des assemblées communales
Les assemblées communales sont des organes centraux dans le cadre
du municipalisme libertaire. Elles sont des forums où les citoyens se
réunissent pour discuter, délibérer et prendre des décisions collectives
qui affectent leur municipalité. Les assemblées communales sont
ouvertes à tous les résidents de la communauté et visent à garantir une
participation citoyenne active et égalitaire.
La structure des assemblées communales peut varier en fonction
des besoins et des traditions de chaque municipalité. Elles peuvent être
organisées régulièrement, avec des réunions planifiées à intervalles
définis, ou être convoquées en fonction des enjeux spécifiques qui
nécessitent une décision collective.
B. Processus de prise de décision par consensus ou vote majoritaire
Les assemblées communales mettent en œuvre des processus de prise
de décision qui favorisent l'expression des opinions et la recherche de
consensus. Le consensus est souvent privilégié dans le municipalisme
libertaire, car il vise à trouver des solutions qui sont acceptables
pour tous les participants. Cependant, lorsque le consensus n'est pas
atteint, le vote majoritaire peut être utilisé pour trancher les
décisions.
Le processus de prise de décision par consensus encourage les
participants à écouter attentivement les différentes perspectives, à
rechercher des solutions qui répondent aux intérêts communs et à trouver
des compromis acceptables pour tous. Il nécessite un engagement en
faveur de la coopération et du respect mutuel.
En cas de recours au vote majoritaire, chaque participant dispose
d'une voix et les décisions sont prises à la majorité simple ou
qualifiée, selon les règles définies par la communauté. Cela garantit
que les décisions soient prises de manière démocratique et reflètent la
volonté de la majorité des participants.
C. Inclusion et représentation équitable des différents groupes sociaux
Les assemblées communales visent à promouvoir l'inclusion et la
représentation équitable des différents groupes sociaux au sein de la
communauté. Elles cherchent à donner à tous les citoyens la possibilité
de participer activement et de contribuer aux décisions collectives,
indépendamment de leur origine sociale, de leur sexe, de leur race, de
leur religion ou de tout autre aspect de leur identité.
Pour garantir la représentation équitable, des mécanismes tels
que la rotation des rôles ou la réserve de sièges peuvent être mis en
place. Ces mécanismes permettent de donner la parole à un large éventail
de perspectives et d'assurer que les décisions prises tiennent compte
des besoins et des intérêts de tous les membres de la communauté.
En favorisant l'inclusion et la représentation équitable, les
assemblées communales contribuent à renforcer la démocratie locale, à
promouvoir la justice sociale et à prévenir les disparités et les
discriminations. Elles permettent aux communautés de s'engager dans un
processus de prise de décision inclusif et participatif, où chaque voix
compte et où les intérêts collectifs sont pris en considération.
En résumé, les assemblées communales sont des organes essentiels
du municipalisme libertaire, offrant aux citoyens un espace de
participation directe et de prise de décision collective. Elles
favorisent l'inclusion et la représentation équitable des différents
groupes sociaux, garantissant que toutes les voix soient entendues. Les
assemblées communales mettent en place des processus de prise de
décision par consensus ou vote majoritaire, encourageant la recherche de
solutions acceptables pour tous. Elles contribuent ainsi à renforcer la
démocratie locale, la justice sociale et la cohésion communautaire. Les
assemblées communales incarnent l'idéal du municipalisme libertaire en
permettant aux citoyens de participer activement à la gouvernance de
leur municipalité et de façonner leur propre destin collectif.
La confédération municipale
A. Objectifs et fonctionnement de la confédération municipale
Dans le municipalisme libertaire, la confédération municipale
joue un rôle crucial en tant qu'instance de coopération et de
coordination entre les municipalités. Elle vise à unir les efforts des
différentes municipalités au sein d'une région ou d'un territoire plus
vaste, afin de promouvoir des objectifs communs et de renforcer leur
pouvoir politique collectif.
La confédération municipale fonctionne sur la base de principes
horizontaux et décentralisés, où chaque municipalité conserve son
autonomie locale tout en collaborant avec les autres. Elle favorise la
solidarité, l'échange d'expériences et la mutualisation des ressources
entre les municipalités membres.
B. Coopération et coordination entre les municipalités
La confédération municipale facilite la coopération entre les
municipalités en encourageant le partage de bonnes pratiques, de
connaissances et de ressources. Les municipalités membres peuvent
s'engager dans des projets communs, tels que des initiatives
écologiques, des programmes de développement économique local ou des
politiques sociales progressistes.
La coordination entre les municipalités permet également de faire
front commun face aux enjeux régionaux ou nationaux qui peuvent
affecter l'autonomie et les intérêts des municipalités. Cela renforce
leur pouvoir de négociation et leur capacité à défendre leurs droits et
leurs valeurs communes.
C. Création d'une structure de gouvernance horizontale
La confédération municipale se distingue par sa structure de
gouvernance horizontale, où les décisions sont prises de manière
collective et participative. Elle encourage la rotation des
responsabilités et des fonctions, afin d'éviter les concentrations
excessives de pouvoir.
Les décisions au sein de la confédération municipale sont prises
par le biais de processus démocratiques et inclusifs, similaires à ceux
des assemblées communales. Les municipalités membres peuvent envoyer des
délégués pour participer aux réunions et aux prises de décision, en
veillant à ce que toutes les voix soient entendues et respectées.
La structure de gouvernance horizontale de la confédération
municipale permet de renforcer la démocratie participative à un niveau
supérieur, en impliquant directement les représentants des municipalités
dans les processus décisionnels et en évitant les hiérarchies rigides
et centralisées.
En résumé, la confédération municipale dans le cadre du
municipalisme libertaire vise à promouvoir la coopération et la
coordination entre les municipalités. Elle favorise la solidarité et le
partage des ressources, tout en préservant l'autonomie locale de chaque
municipalité. La confédération municipale fonctionne selon une structure
de gouvernance horizontale, où les décisions sont prises de manière
collective et participative. Cette approche renforce le pouvoir
politique des municipalités et leur capacité à agir en faveur de la
justice sociale, de la durabilité écologique et de l'autonomie
communautaire.
Les enjeux économiques et sociaux
A. Promotion de l'économie sociale et solidaire
Le municipalisme libertaire accorde une importance primordiale à
la promotion de l'économie sociale et solidaire au niveau local. Il
encourage le développement de coopératives, d'entreprises sociales et de
structures économiques basées sur la solidarité et la coopération
plutôt que sur la concurrence et la recherche du profit maximal.
En favorisant l'économie sociale et solidaire, les municipalités
peuvent contribuer à créer des emplois durables, à renforcer les liens
communautaires et à promouvoir une répartition plus équitable des
richesses. Elles peuvent également encourager des pratiques économiques
respectueuses de l'environnement et axées sur la durabilité.
B. Prise en compte des besoins sociaux et environnementaux
Le municipalisme libertaire met l'accent sur la prise en compte
des besoins sociaux et environnementaux au sein des municipalités. Il
encourage les politiques publiques qui visent à garantir l'accès
équitable aux services essentiels tels que le logement, l'éducation, les
soins de santé, les transports et les espaces verts.
Les municipalités peuvent mettre en place des programmes de
soutien aux plus démunis, promouvoir des politiques d'inclusion sociale
et veiller à ce que les ressources et les infrastructures soient
réparties de manière équitable dans la communauté. Elles peuvent
également adopter des mesures visant à réduire leur empreinte
environnementale, favoriser les énergies renouvelables, la gestion
durable des déchets et la protection des espaces naturels.
C. Redistribution équitable des ressources et lutte contre les inégalités
Le municipalisme libertaire aspire à une redistribution équitable
des ressources et à la lutte contre les inégalités sociales. Les
municipalités peuvent jouer un rôle actif dans la promotion de
politiques économiques et fiscales progressistes qui favorisent la
justice sociale.
Cela peut se traduire par la mise en place de systèmes de
taxation plus progressifs, la promotion de programmes de logement
abordable, la création de services publics accessibles à tous et la mise
en œuvre de mesures de lutte contre la pauvreté et l'exclusion.
En s'attaquant aux inégalités sociales et en promouvant une
redistribution équitable des ressources, le municipalisme libertaire
vise à créer des sociétés plus justes et égalitaires, où chaque individu
a la possibilité de s'épanouir et de participer pleinement à la vie
communautaire.
En résumé, le municipalisme libertaire aborde les enjeux
économiques et sociaux en promouvant l'économie sociale et solidaire, en
prenant en compte les besoins sociaux et environnementaux, et en
luttant contre les inégalités. Les municipalités peuvent jouer un rôle
clé dans la mise en œuvre de politiques économiques et sociales
progressistes, visant à garantir l'accès équitable aux ressources, à
promouvoir la durabilité et à réduire les disparités sociales.
Exemples de municipalisme libertaire
La Commune de Paris de 1870 peut être considérée comme un exemple
historique précurseur du municipalisme libertarien, mettant en avant les
principes de démocratie directe, de décentralisation du pouvoir et
d'engagement citoyen.
A. Rojava - La région autonome du Rojava en Syrie
La région autonome du Rojava en Syrie est souvent citée comme
l'un des exemples les plus emblématiques de municipalisme libertaire
contemporain. Dans cette région, un système politique basé sur les
principes du municipalisme libertaire a été mis en place, mettant
l'accent sur la démocratie directe, la participation citoyenne et la
coopération communautaire.
Les municipalités du Rojava fonctionnent selon une structure
décentralisée, où les assemblées communales jouent un rôle central dans
la prise de décision. Les habitants sont encouragés à participer
activement à la gestion de leur communauté, et des efforts sont déployés
pour assurer une représentation équitable des différentes composantes
ethniques et religieuses de la région.
B. Marinaleda - Un village en Andalousie, Espagne
Marinaleda, un village situé en Andalousie, en Espagne, est un
autre exemple de municipalisme libertaire. Sous la direction de son
maire emblématique, Juan Manuel Sánchez Gordillo, Marinaleda a adopté
des pratiques de démocratie directe et de coopération communautaire pour
répondre aux besoins de ses habitants.
Le village s'est engagé dans la mise en place d'une économie
sociale et solidaire, en créant des coopératives agricoles et en
encourageant la participation des habitants dans la gestion des terres
et des ressources locales. Marinaleda s'est également distinguée par sa
lutte contre le chômage et la pauvreté, en mettant en œuvre des
initiatives de redistribution des terres et des logements abordables.
C. Exemples d'initiatives municipales dans d'autres régions du monde
Outre le Rojava et Marinaleda, il existe de nombreux autres
exemples d'initiatives municipales inspirées par le municipalisme
libertaire à travers le monde. Parmi ceux-ci, on peut citer :
1. Jackson Rising - Une initiative de développement économique
communautaire à Jackson, dans l'État du Mississippi, aux États-Unis.
Jackson Rising promeut la coopération entre les résidents et les
travailleurs pour développer des entreprises locales et créer des
emplois durables.
2. Cherán - Une communauté indigène au Mexique qui a fait face à
la violence et à la corruption en mettant en place son propre système
d'autogouvernance basé sur les principes du municipalisme libertaire.
Cherán a réussi à récupérer le contrôle de ses forêts et à instaurer un
système de justice communautaire.
3. Exarcheia - Un quartier d'Athènes, en Grèce, connu pour sa
forte tradition anarchiste et son engagement en faveur de l'autonomie
locale. Les résidents d'Exarcheia ont mis en place des structures
autogérées pour répondre à leurs besoins, tels que des centres sociaux,
des cliniques gratuites et des jardins communautaires.
Ces exemples illustrent la diversité et la portée du
municipalisme libertaire à travers le monde, mettant en évidence sa
capacité à mobiliser les communautés locales pour promouvoir la
démocratie directe, l'économie sociale et solidaire, ainsi que la
justice sociale et environnementale.
Critique du municipalisme libertaire par les libertariens
Il convient de noter que les libertariens peuvent exprimer certaines
critiques à l'égard du municipalisme libertaire, en raison de leurs
différences idéologiques fondamentales. Voici quelques critiques
courantes formulées par les libertariens :
1. Taille et portée de l'État: Les libertariens, en général,
soutiennent une réduction drastique du rôle et de la taille de l'État.
Ils considèrent que le municipalisme libertaire maintient un niveau de
gouvernement trop important et ne va pas assez loin dans la réduction de
la coercition gouvernementale.
2. Propriété et droits individuels : Les libertariens attachent
une grande importance aux droits de propriété et à la liberté
individuelle. Certains libertariens peuvent critiquer le municipalisme
libertaire en affirmant qu'il peut entraîner une restriction de ces
droits, notamment par le biais de réglementations locales et de la prise
de décisions collectives qui pourraient limiter la liberté d'action
individuelle.
3. Efficacité et concurrence entre municipalités : Certains
libertariens soulignent que le municipalisme libertaire peut entraîner
une fragmentation du pouvoir politique, ce qui pourrait conduire à des
incohérences et à des disparités entre les municipalités. Ils
soutiennent que la concurrence entre différentes juridictions pourrait
favoriser l'efficacité et l'innovation, et qu'une plus grande autonomie
des individus serait plus bénéfique.
4. Légitimité de la démocratie : Les libertariens peuvent
remettre en question la légitimité de la démocratie en général, arguant
que les décisions collectives ne devraient pas empiéter sur les droits
individuels. Ils peuvent soutenir que les droits individuels doivent
être protégés contre la volonté majoritaire et préférer des mécanismes
de gouvernance basés sur des contrats volontaires et des interactions
sur le marché.
Murray Rothbard
soutient que le municipalisme libertaire ne garantit pas nécessairement
la protection des droits individuels et de la propriété privée. Selon
lui, la démocratie directe peut donner lieu à des décisions collectives
qui violent les droits des individus. Il soutient que le respect des
droits individuels et de la propriété privée doit être la pierre
angulaire de tout système politique, et que le municipalisme libertaire
pourrait échouer à cet égard.
De plus, Murray Rothbard critique le municipalisme libertaire en
tant que système politique basé sur des structures coercitives. Il
affirme que même si le pouvoir est décentralisé au niveau municipal, il
reste un système coercitif qui impose des règles et des réglementations
aux individus. Selon lui, la véritable solution réside dans l'anarcho-capitalisme,
où les relations sociales et économiques sont basées sur des
interactions volontaires et des contrats privés plutôt que sur la
coercition étatique.
Informations complémentaires
Bibliographie
- 1986, Murray Bookchin, "Theses on libertarian municipalism", In: D. Roussopoulos, dir., "Anarchist Papers": Montreal, Black Rose Books
H) - L'État a trouvé mieux qu'un impôt.
Un impôt levé par d'autres.
🏗️ La France a inventé un impôt unique au monde : il est assis sur des logements qui n'existent pas. Sa formule légale tient en une ligne : 25 % du potentiel fiscal par habitant, multiplié par le nombre de logements sociaux MANQUANTS. On ne taxe pas ce que vous possédez. On taxe le vide. Bilan du dernier triennat : 141 millions d'euros.
🧵
Le mécanisme s'appelle l'article 55 de la loi SRU, an 2000. Le principe :
Toute commune d'une certaine taille doit compter 20 à 25 % de logements sociaux. Pas « favoriser », pas « tendre vers » : compter. Si elle n'y est pas, elle paie chaque année un prélèvement calculé sur son manque — et si le préfet juge le rattrapage insuffisant, il prononce la « carence » : le prélèvement peut être quintuplé, la commune perd son droit de préemption au profit du préfet, toute opération de plus de douze logements doit comporter 30 % de logement social, et le représentant de l'État peut délivrer les permis de construire à la place du maire élu.
Une collectivité sous tutelle d'urbanisme, pour n'avoir pas construit assez vite ce que Paris a décidé qu'elle construirait.
Et en 2022, le législateur a apporté la touche finale. La loi 3DS a supprimé l'échéance de 2025 : le rattrapage — 33 % du manque par période de trois ans — est devenu PERPÉTUEL.
Comme l'objectif est recalculé à chaque triennat sur un parc qui évolue, la dette de logements se reconstitue en marchant. C'est une obligation sans terme, une peine sans fin de peine. Aucun impôt classique n'oserait ce design : lui n'a même pas besoin d'être voté chaque année en loi de finances — il tourne tout seul.
⚙️
Maintenant, suivez l'argent, car c'est là que le génie du système se révèle. Qui paie ?
La commune — donc vos impôts locaux, votre taxe foncière, celle des habitants de la ville jugée fautive : une fiscalité qui varie selon votre code postal. Qui encaisse ? Les établissements publics fonciers et les intercommunalités délégataires pour le prélèvement de base ; le Fonds national des aides à la pierre — caisse nationale — pour les majorations. Qui décide de tout : du taux, du rythme, de la carence, de l'usage des fonds ?
L'État. Relisez la chaîne :
L'État fixe l'obligation, constate le manquement, prononce la sanction et oriente la dépense — sans avoir levé un seul euro d'impôt en son nom. Aucune ligne « SRU » ne figure sur votre feuille d'imposition. La main qui prélève n'est jamais celle qu'on regarde.
🪙
On peut débattre du logement social, de sa quantité, de sa répartition — débat légitime.
Mais un dispositif où l'obligation est perpétuelle, l'assiette imaginaire, la sanction préfectorale et le circuit financier invisible pour celui qui paie n'est pas une politique du logement. C'est une technologie fiscale. La plus aboutie que la République ait produite.
L'État a trouvé mieux qu'un impôt.
Un impôt levé par d'autres.
(Sources : ministère du Logement, bilan SRU, triennat 2023-2025 ; loi 3DS du 21 février 2022 ; Sénat, rapport nº 439 ; code de la construction, art. L. 302-5 et suivants)
Sommaire:
A) - 14 Juillet 2026 : Que viennent faire les QR codes et les soldats ukrainiens dans le défilé de la fête nationale française ?
B) - Réformer nos jours fériés pour libérer le travail, sanctuariser le 14 juillet pour fédérer la Nation
C) - 14 Juillet 1789 : La Révolution française ou le suicide géopolitique du premier royaume d’Europe ?
I) -
Le 14 juillet commémore une effraction.
Ils l'ont mise sur invitation.
🎆 Cette nuit, pendant que la France dormait, la plus haute juridiction du pays a tranché une question qu'aucune République n'avait encore eu à se poser : le peuple a-t-il besoin d'un badge pour assister à sa propre fête nationale ? Réponse rendue à 2 heures du matin : oui.
Chronologie d'une navette judiciaire qui restera dans les manuels.
🧵
13 juillet, 19 h 07. Des Français reçoivent un mail : « nous ne pouvons malheureusement pas donner une suite favorable à votre demande de participation à la Cérémonie du 14 juillet ». Car pour regarder le défilé — un spectacle sur la voie publique, payé par leurs impôts —, il fallait cette année s'inscrire sur le site de la présidence de la République et obtenir un QR code nominatif. Plus de 50 000 demandes. Une jauge d'environ 20 000. L'Élysée triait.
13 juillet, fin de journée. Le tribunal administratif de Paris, saisi en urgence par l'association Vigie Liberté, suspend le dispositif : « atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir ». La rue est rendue au public. Pendant quelques heures, la fête nationale est de nouveau nationale.
13 juillet, dans la soirée.
La préfecture de police ne prend pas acte. Elle fait appel devant le Conseil d'État. Comprenez la scène :
L'État mobilise sa plus haute juridiction, en pleine nuit, en urgence absolue — non pour protéger une liberté, mais pour rétablir l'obligation du badge.
14 juillet, 2 heures du matin. Le Conseil d'État annule l'ordonnance du tribunal et rétablit le QR code, au nom de « l'intérêt public majeur » de sécurité et de la protection des chefs d'État présents. Le peuple s'était couché libre. Il se réveille sur invitation. En douze heures, le droit d'assister au 14 Juillet aura changé trois fois de statut — la dernière fois pendant son sommeil.
🌙
Il faut mesurer ce que cette nuit laisse derrière elle, au-delà du défilé.
D'abord une jurisprudence : la plus haute juridiction administrative vient de juger que l'accès identifié, nominatif, pré-autorisé à un événement public peut primer sur la liberté d'aller et venir. Le QR code, réflexe né d'une pandémie et rodé aux Jeux, a désormais son tampon de droit. Ensuite un symbole que même un satiriste n'aurait pas osé écrire : la fête qui commémore le jour où le peuple est entré quelque part sans permission est devenue, par décision de justice rendue à 2 heures du matin, le premier événement de l'histoire de France où il faut une autorisation présidentielle pour regarder. En 1789, la foule n'a pas demandé de créneau. En 2026, sa demande n'a pas reçu une suite favorable.
Le 14 juillet commémore une effraction.
Ils l'ont mise sur invitation.
(Sources : Conseil d'État, ordonnance du 14 juillet 2026, 2 h ; tribunal administratif de Paris, 13 juillet ; franceinfo ; Le Parisien)
J) -
Les baisses d'impôts sont provisoires.
Les hausses sont définitives.
🎁 On vous a offert un cadeau en 2017. Souvenez-vous des termes exacts du marché : je supprime votre taxe d'habitation, j'augmente la CSG, et le solde est pour vous — du pouvoir d'achat. Huit ans plus tard, faisons l'inventaire du paquet. Il est vide, le ruban est encore dessus, et on prépare déjà la facture du ruban.
🧵
L'asymétrie originelle, d'abord — elle contient tout.
La hausse de CSG : +1,7 point, environ 22 milliards d'euros par an, appliquée le 1er JANVIER 2018, d'un coup, à tout le monde, retraités compris. La suppression de la taxe d'habitation : 22,8 milliards... rendus en SIX ANS, par tranches, 80 % des ménages d'abord, les autres priés d'attendre 2023. Le prélèvement fut un guillotine, la restitution un feuilleton. Quand un échange à montants équivalents s'exécute instantanément dans un sens et sur six exercices budgétaires dans l'autre, la différence a un nom en finance : c'est de la trésorerie gratuite. La vôtre.
Pendant que la restitution s'étirait, le rattrapage s'organisait par la fenêtre. La taxe foncière : +37,3 % en dix ans, selon l'Observatoire de l'UNPI, dopée par des revalorisations d'assiette records — +3,4 % en 2022, +7,1 % en 2023, +3,9 % en 2024. Les communes, privées de la TH, se sont servies sur le seul levier restant : les propriétaires. Et si les taux se sont miraculeusement figés en 2025, l'Observatoire en donne la raison sans détour : les élections municipales approchent. La pause n'est pas une politique. C'est un calendrier électoral.
🏠
Reste le dernier acte, et il se joue en ce moment.
Une ministre des Comptes publics évoque devant les députés une « imposition forfaitaire universelle d'utilisation des services publics ». Un ministre de l'Aménagement du territoire plaide pour une « contribution modeste » au financement des services locaux — tout en jurant, dans la même interview, que la suppression de la taxe d'habitation « était une bonne décision » sur laquelle « on ne reviendra pas ».
Traduisez :
On ne reviendra pas sur la suppression, on va simplement recréer la même chose sous un autre nom. Le cadeau de 2017 sera bientôt facturé une seconde fois. Quant à la CSG de l'échange initial, non seulement elle n'est jamais redescendue, mais elle vient de REMONTER au 1er janvier 2026 — c'est elle qui a fait grimper la flat tax à 31,4 %. Le même point de CSG aura servi deux fois : à financer le cadeau, puis à le reprendre.
De ce huis clos fiscal de huit ans, une seule loi se dégage, et elle vaut pour tous les gouvernements à venir — gravez-la :
Les baisses d'impôts sont provisoires.
Les hausses sont définitives.
(Sources : lois de finances 2018 et 2020 ; UNPI, Observatoire national des taxes foncières, 19e rapport ; Localtis / Banque des Territoires, 28 avril 2025 ; LFSS 2026)
Vos enfant demanderont bientôt: 📺 « Ça veut dire quoi, TF1 ? »
La question n'est pas insolente. Elle est générationnelle.
Et pour le premier groupe de télévision français, elle est mortelle — parce qu'aucun plan stratégique ne sait répondre à un enfant qui ne comprend même plus le nom de la marque.
🧵
Répondons à sa place :
TF1 signifie « Télévision Française 1 ». Le canal numéro un d'un monde à trois chaînes, où l'on regardait ce qui passait, à l'heure où ça passait, parce qu'il n'existait rien d'autre. Ce monde a produit les plus grandes audiences de l'histoire — et il a cessé d'exister sous les pieds de ceux qui l'habitaient encore.
Les chiffres de la fracture, d'abord. Avant 35 ans, un Français regarde la télévision 1 h 25 par jour. Après 50 ans : 5 h 23. Presque quatre fois plus. L'âge moyen du téléspectateur dépassait déjà les 50 ans quand celui du pays en avait 40 — et l'écart se creuse chaque année, mécaniquement, démographiquement. Pendant ce temps, les 15-24 ans passent 3 h 50 par jour sur Internet, dont 3 h 34 sur leur téléphone. La télé n'a pas perdu une bataille d'audience.
Elle a perdu une génération entière, qui ne reviendra pas en vieillissant — on ne revient pas vers un réflexe qu'on n'a jamais eu.
Les comptes, maintenant. Premier trimestre 2026 : chiffre d'affaires en recul de 9,3 %, résultat opérationnel amputé de 30 millions en un an, bénéfice net tombé à 4 millions d'euros — contre 15 un an plus tôt. Quatre millions de bénéfice pour 472 millions de revenus : une marge de moins de 1 %.
Et le diagnostic n'est pas de nous : le groupe évoque lui-même une « baisse structurelle » du marché publicitaire linéaire. Structurelle. Le mot que les directions financières emploient quand elles ont cessé d'espérer un rebond.
📉
Le paradoxe est que TF1 gagne encore — dans un stade qui se vide. Leader d'audience, 25 des 30 meilleures audiences chez les 25-49 ans, des records réguliers. Mais des records de quoi ? D'une part croissante d'un gâteau qui rétrécit. Le streaming TF1+ bondit de 22,4 % — pour atteindre 49 millions d'euros, un pansement sur une hémorragie dix fois plus large. Et l'accord signé avec Netflix, présenté comme pionnier, dit tout : la première chaîne de France ira désormais se loger dans le catalogue de celui qui l'a détrônée. On appelle ça un partenariat. C'est une reddition avec les honneurs.
Le plus révélateur ? Le groupe promet des dividendes « en croissance » pour les années à venir. Quand un modèle a un avenir, on y réinvestit. Quand il n'en a plus, on distribue. Les actionnaires, eux, ont parfaitement compris ce que l'enfant demandait.
La chaîne a encore des records.
Elle n'a plus d'héritiers.
(Sources : Groupe TF1, résultats T1 2026, 30 avril 2026 ; Médiamétrie ; Stratégies ; Centre d'observation de la société)
L) -
Ils sonnent tous l'alarme du navire.
Depuis la passerelle qui l'a coulé.
🚢 Quand les vigies crient toutes en même temps, c'est rarement pour prévenir l'iceberg. C'est généralement qu'on l'a déjà percuté. Chronologie de la panique française, printemps-été 2026, datée au jour près.
🧵
21 avril : le comité d'alerte des finances publiques — un organe dont l'existence même dit tout — annonce 6 milliards d'économies d'urgence en cours d'année. 25 juin : la Cour des comptes publie son rapport annuel et sa présidente de chambre ouvre la conférence de presse par ces mots : « Tous les signaux sont au rouge. » 29 juin : au Sénat, les parlementaires notent que le vocabulaire habituellement « diplomatique » des magistrats a disparu, et que la formule du gouverneur de la Banque de France — le risque d'« étouffement » du pays par sa dette — est désormais reprise par tous. 7 juillet : le comité d'alerte est reconvoqué.
Trois alarmes officielles en onze semaines. Le FMI, l'OCDE et la Commission européenne — qui tient la France sous procédure pour déficit excessif depuis 2024 — complètent le chœur. Il ne manque plus que l'orchestre sur le pont.
🎻
Les chiffres derrière la sirène, tous issus du rapport du 25 juin.
La dette a franchi 3 536 milliards d'euros au premier trimestre — 117,5 % du PIB, troisième dette de la zone euro derrière la Grèce et l'Italie. Elle filera vers 3 620 milliards fin 2026, soit 118,5 % du PIB : 160 MILLIARDS de dette supplémentaire pour la seule année en cours. La charge d'intérêts bondit de 12 milliards pour atteindre 77,4 milliards.
Et la Cour signe au passage l'aveu le plus important du rapport : la « bonne surprise » du déficit 2025 est due « exclusivement à des hausses d'impôts et de cotisations », les économies ayant été « une nouvelle fois repoussées ». Vingt-cinq ans de méthode résumés en une phrase de magistrat.
Maintenant, la question que personne ne pose dans ce concert : qui sonne l'alarme, exactement ? La Banque de France, qui a béni chaque trajectoire budgétaire depuis vingt ans. La Cour des comptes, dont les rapports annuels s'empilent sans effet depuis Philippe Séguin. La Commission, qui a laissé filer tous les pactes de stabilité.
Le ministère des Comptes publics, qui a écrit les budgets qu'il dénonce. Les vigies d'aujourd'hui sont les officiers de quart d'hier — et le commandant transpire sur la passerelle qu'il n'a jamais quittée. Leur panique n'est pas une information sur l'iceberg. C'est une information sur eux : ils viennent de comprendre que les canots seront comptés.
⚠️
Retenez la date du 25 juin 2026.
Non pour le contenu du rapport — il ressemble aux vingt précédents — mais pour le ton. Le jour où les institutions cessent d'arrondir les angles, c'est qu'elles préparent moins le redressement que leur défense devant l'Histoire : « nous avions prévenu ».
Ils sonnent tous l'alarme du navire.
Depuis la passerelle qui l'a coulé.
(Sources : Cour des comptes, rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques, 25 juin 2026 ; Sénat, commission des finances, 29 juin 2026 ; Insee ; comité d'alerte des 21 avril et 7 juillet 2026)
M) -
L'actionnaire majoritaire n'a rien investi.
Mais c'est lui qui liquide.
🏭 Imaginez un associé qui détient 47,2 % de votre entreprise. Il n'a jamais investi un euro. Il se sert avant tout le monde, avant vous, avant vos fournisseurs, avant votre banque. Et le jour où vous ne pouvez plus le payer, c'est lui qui vous traîne au tribunal pour vous liquider. Cet associé existe. Vous le connaissez.
🧵
Le chiffre d'abord, tout frais :
L'OCDE a publié en avril son rapport annuel sur les impôts des salaires. La France monte sur le podium mondial, troisième derrière la Belgique et l'Allemagne : sur 100 euros que dépense un employeur français pour un salarié moyen, 47,20 partent en impôts et cotisations. Le salarié en touche 52,80. Autrement dit : avant que le premier euro de salaire net n'existe, avant le premier euro de marge, un associé silencieux a déjà encaissé près de la moitié de ce que produit le travail. La moyenne OCDE est à 35,1. Nous, 47,2 — et personne n'a jamais voté pour lui donner ces parts.
Les juristes romains définissaient la propriété par trois attributs :
L'usus (le droit d'utiliser), le fructus (le droit d'en percevoir les fruits) et l'abusus (le droit d'en disposer — vendre, transformer, détruire).
Appliquez la grille à une entreprise française.
Le fructus ? Prélevé à 47,2 % sur le travail, avant même l'impôt sur les bénéfices. L'abusus ? Regardez qui liquide : 65 502 procédures collectives en 2025 — un record —, dont 72 % finissent en liquidation. Et près d'un redressement judiciaire sur quatre s'ouvre sur une assignation de l'Urssaf, selon le propre baromètre de l'organisme. Créancier « super-privilégié », l'Urssaf passe avant presque tous les autres et peut assigner sans même détenir un titre exécutoire définitif — pendant que les créanciers ordinaires, eux, récupèrent en moyenne 2 % de leurs créances dans une liquidation. Le fructus est prélevé, l'abusus est exercé. Que vous reste-t-il ? L'usus : le droit de venir travailler.
⚖️
Voilà pourquoi les nationalisations ont disparu du débat français : elles sont devenues inutiles. On ne collectivise plus les moyens de production — on en collecte le produit, ce qui revient au même en épargnant l'indemnisation. Le titre de propriété reste à votre nom ; le rendement, lui, a changé de main. Et la boucle est parfaite : l'organisme dont les prélèvements rendent l'exploitation si difficile est aussi le premier à liquider l'exploitant qui n'y arrive plus.
L'associé qui vous saigne est le juge de votre anémie.
Notre économie ne fonctionnera pas tant qu'être propriétaire de son outil de travail signifiera, en France, détenir un titre dont un autre encaisse les fruits et détient la clé.
L'actionnaire majoritaire n'a rien investi.
Mais c'est lui qui liquide.
(Sources : OCDE, Les impôts sur les salaires 2026, avril 2026 ; Urssaf, Baromètre économique nº 185, T4 2025 ; Banque de France)
Actionnaire
Un actionnaire est une personne physique ou morale qui possède des actions d'une entreprise.
Répartition des actionnaires en France
En France, 9,8 % des actionnaires du CAC 40 sont des
individuels et 90,2 % sont des institutionnels. Parmi les premiers,
9,6 % sont des particuliers (6,7 millions de Français) et 0,2 % sont des
salariés (2,3 millions d'actifs). Parmi les institutionnels, 26,6 %
sont des sociétés françaises ou étrangères, 40 % sont des correspondants
étrangers, 21 % sont des OPCVM (Organismes de Placement Collectif en
Valeurs Mobilières) et 2 % sont des clubs ou des associations. (Source :
TLB/Paris Europlace)
Les droits de l'actionnaire
- L'actionnaire est copropriétaire de la société, il dispose d'un titre de propriété juridique sur celle-ci.
- Il perçoit un revenu que l'on nomme dividende
si l'entreprise enregistre des bénéfices et si elle choisit la
stratégie de les distribuer à ses propriétaires au lieu de les
incorporer dans son capital.
- L'actionnaire est informé des comptes annuels, semestriels et trimestriels ou d'opérations ponctuelles de la société comme les opérations d'augmentation du capital ou de rachat de concurrents.
- Il dispose d'un droit de vote
lors des assemblées générales pour donner son avis sur la gestion de la
société. Souvent, des alliances informelles se forment entre les
différents types d'actionnaires, par exemple entre petits actionnaires
et investisseurs institutionnels.
Les principales associations d'actionnaires en France
- ANAF : Association nationale des actionnaires de France
- APAL : Association pour la promotion de l'actionnariat individuel
- Déminor : Défense des actionnaires minoritaires
- FAS : Fédération française des associations d'actionnaires salariés
Citations
- « Loin d’être le prédateur tant décrié de l’entreprise,
l’actionnaire est la condition de son existence : c’est celui qui
engage ses fonds propres et les met à disposition de la société
nouvellement créée pour lui permettre de disposer d’un patrimoine propre
permettant de démarrer les opérations. De ce fait, c’est lui également
qui supporte l’aléa économique, qui prend les risques. L’entreprise
fait-elle faillite, et l’investissement de l’actionnaire est perdu
définitivement. » (Jean-François Nimsgern, Libres !!)
- « Les managers qui ne possèdent eux-mêmes pas de parts dans leur
société n’ont pas plus d’intérêt pour leurs actionnaires que pour les
babouins d’Afrique. » (T.Boone Pickens)
Voir aussi
N) -
L'épargnant avait signé pour un taux.
L'État a gardé le stylo.
📐 En 2018, la France a signé un contrat avec son épargne. Il tenait en trois mots : un taux unique. 30 %, point final, pour tous les revenus du capital — la « flat tax », conçue pour ramener l'argent qu'une décennie de matraquage avait fait fuir. Le contrat avait une seule clause qui comptait : la stabilité. Cette clause vient de sauter.
🧵
Depuis le 1er janvier 2026, la flat tax n'est plus à 30 % mais à 31,4 %. La manœuvre est un chef-d'œuvre de discrétion : pas de hausse frontale du taux — trop visible —, mais 1,4 point de CSG supplémentaire glissé dans la loi de financement de la Sécurité sociale du 30 décembre, sous le nom délicat de « contribution financière pour l'autonomie ». Le taux d'impôt n'a pas bougé ; c'est le socle sous le taux qui a bougé. Comme pour une maison : la pente n'a augmenté que d'un degré et demi. Mais demandez à n'importe quel géotechnicien ce qui détruit une maison à flanc de colline — ce n'est jamais le degré de pente. C'est le terrain qui se met à bouger.
🏚️
Et le terrain bouge dans les deux sens du temps. Vers le passé : la hausse s'applique RÉTROACTIVEMENT aux plus-values réalisées en 2025 — des opérations bouclées avant même que la loi ne soit votée, dont le complément est réclamé ce printemps.
L'épargnant qui a vendu ses titres en octobre 2025 sous un régime à 30 % découvre en 2026 qu'il évoluait, sans le savoir, sous un régime à 31,4 %. Vers le futur : les scénarios à 33 %, voire 36 %, restent officiellement sur la table pour le budget 2027 — et la majorité parlementaire pour les voter existe déjà : la commission des finances de l'Assemblée a adopté le 33 % dès fin 2024, le Sénat l'a voté à 174 voix contre 167 avant qu'une seconde délibération ministérielle ne l'efface in extremis. La prochaine marche n'est pas une hypothèse.
C'est un amendement en salle d'attente.
Mesurez ce qui vient de mourir, car ce n'est pas 1,4 point de fiscalité. Une flat tax ne vaut pas par son niveau — 30 ou 31, l'épargne s'en accommode. Elle vaut par sa promesse : un chiffre sur lequel on peut construire à dix ans. C'est cette promesse qui faisait revenir le capital, financer les entreprises, rester les entrepreneurs. Un taux qui monte, qui rétroagit et dont la trajectoire haussière est publiquement en débat n'est plus un pacte.
C'est un compteur. Et l'on ne construit pas sa maison sur un compteur — on la vend avant le prochain relevé. Les 800 millionnaires partis en 2025 avaient compris avant tout le monde : ils n'ont pas fui un taux. Ils ont fui un stylo qui ne se repose jamais.
✒️
L'épargnant avait signé pour un taux.
L'État a gardé le stylo.
Épargne
L'épargne est la part du revenu net (après impôts) qui n'est pas affectée aux dépenses courantes. L'épargne peut être mise sous forme de monnaie bancaire et, très exactement, sous diverses formes de dépôt bancaire plus ou moins liquides (épargne de précaution, thésaurisation),
sous forme d'actifs financiers ou physiques (investissements réels).
L'épargne est au final une dépense différée sur une période plus ou
moins longue pour un investissement
futur, seule l'épargne peut satisfaire et assurer les besoins futurs,
c'est un sacrifice provisoire dans une perspective de consommer les
biens épargnés dans un avenir plus éloigné.
Le keynésianisme, qui préconise avant tout la consommation, « moteur » de l'économie,
envisage l'épargne comme un résidu. Il ne suppose pas qu'il y a un
comportement d'épargne comme il suppose qu'il y a un comportement de
consommation. Il assimile peu ou prou l'épargne à une stérilisation de
ressources - thésaurisation marxiste ou keynésienne - et à un frein à l'action de relance de l'activité par les hommes de l'État. Pour l'École autrichienne d'économie, au contraire, l'épargne rend possible l'investissement, seul vecteur d'accroissement de la productivité ; ne pas décourager l'épargne est le moyen de stimuler la croissance économique et d'améliorer le niveau de vie à long terme.
Cette incompréhension majeure du rôle de l'épargne est à la racine de la faillite conceptuelle du keynésianisme. Comme l'écrivait l'économiste autrichien Ludwig von Mises : « L'essence
du keynésianisme est son incapacité complète à concevoir le rôle de
l'épargne et de l'accumulation de capital dans l'amélioration des
conditions économiques. »
« Les gens qui désirent s'engager dans des procédés
exigeant des périodes de production longues doivent d'abord accumuler,
au moyen de l'épargne, la quantité de biens de consommation requise pour
répondre, pendant la période d'attente, à tous les besoins dont ils
considèrent la satisfaction comme plus urgente que l'accroissement de
bien-être attendu du procédé coûtant davantage de temps. L'accumulation
de capital commence avec la formation de réserves de biens de
consommation, qui doivent être consommés plus tard. »
— Ludwig von Mises
Citations
- « L'avantage tiré de l'épargne capitaliste est
l'accroissement de la quantité de biens produits, ou la production de
biens qui n'auraient pu être fabriqués du tout sans son aide. » (Ludwig von Mises[1])
- « C'est l'épargne qui est le moteur de la croissance : pour qu'il
y ait croissance il faut en effet accepter de renoncer à des
consommations présentes pour libérer des ressources afin d'investir,
d'accumuler du capital et de rendre ainsi l'innovation possible. La seule relance possible est la relance par l'épargne. Il faut pour cela non pas « encourager » l'épargne, mais supprimer tous les obstacles fiscaux et règlementaires qui freinent sa formation. » (Pascal Salin)
- « Une autre erreur intellectuelle grave […] est l'idée selon laquelle, pour « relancer l'économie » […] il faudrait diminuer l'épargne et augmenter la consommation. L'épargne est ainsi conçue comme une « fuite du système économique »
à laquelle correspondrait une diminution de la demande globale et donc
de la production. Or, la thèse habituelle de la relance par la
consommation constitue une erreur intellectuelle majeure : l'épargne, en
effet, ne disparaît pas du circuit économique, bien au contraire elle
est investie, elle permet la croissance future. Par conséquent la seule
relance valable est la relance par l'épargne. » (Pascal Salin)
- « C’est le rôle spécifique de l’épargnant, le service qu’il rend à
la société, que d’avoir différé suffisamment ses consommations pour
pouvoir vendre aux autres ce service d’avoir attendu pour eux, service
qu’il fait payer à un prix qui s’établit, comme les autres prix, de
manière passablement uniforme sur le marché, et qui s’appelle le revenu
d’intérêt. Le revenu d’intérêt est le prix que l’on paie pour s’épargner
la contrainte de l’attente. » (François Guillaumat)
Informations complémentaires
Notes et références
Bibliographie
- 1993, Laurence J. Kotlikoff, "Saving", In David R. Henderson,
dir., "The Fortune Encyclopedia of Economics: 141 Top Economists
Explain the Theories, Mechanics, and Institutions of Money, Trade, and
Markets", New York: Time-Warner Books, Inc., pp230-236
Voir aussi
O) -
L'impôt monte chaque année.
L'eau, elle, montera d'un coup.
🌊 Regardez la dernière page de votre avis de taxe foncière. Entre deux lignes, il y en a une que personne ne lit : « GEMAPI ». Voici l'histoire de ce passager clandestin — comment l'État vous a fait payer ses digues pourries, et ce que votre argent finance vraiment.
🧵
L'histoire commence le 27 janvier 2014, avec la loi MAPTAM.
L'État, gestionnaire historique des digues et des crues, décide de s'en débarrasser : la compétence « gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations » est transférée d'office aux intercommunalités au 1er janvier 2018. Dans la corbeille de mariage : près de 100 kilomètres de digues « héritées de l'État », dont certaines — ce sont les mots de la Métropole du Grand Paris elle-même — « dans un état de dégradation avancé ».
Et pour financer le cadeau, un droit :
Celui de créer une taxe additionnelle sur votre taxe foncière, plafonnée à 40 € par habitant. Résumons la manœuvre : je te lègue mes ouvrages en ruine, et je t'autorise à taxer tes administrés pour les réparer. La défausse la plus élégante de la décentralisation.
En Île-de-France, la trajectoire est vertigineuse. La taxe de la Métropole du Grand Paris : 3 millions d'euros en 2019. 10 en 2022. 20 en 2023. 30 en 2024. 40 millions en 2025. Multipliée par TREIZE en six ans — croissance qu'aucun impôt national n'oserait afficher, votée sans bruit chaque automne, invisible dans la colonne d'un avis que personne ne décortique.
📈
Et que finance-t-elle ?
Il y a du réel, reconnaissons-le : des digues reprises, et le casier de la Bassée, plus grand ouvrage hydraulique construit depuis 35 ans. Mais mesurez le réel en question : 114 millions d'euros pour abaisser la Seine de 8 à 15 centimètres. La crue de référence, 1910, montait à 8,62 mètres à Austerlitz — des milliards de dégâts, la moitié du métro noyée.
Le président de la Métropole l'avoue lui-même au Sénat :
C'est « une course contre la montre face à la centennale », et, texto : « Je ne sais pas si nous y parviendrons. » Pendant ce temps, l'inventaire officiel des dépenses GEMAPI aligne aussi : une « alliance internationale des mégapoles pour l'eau et le climat » avec l'UNESCO, une conférence à New York, un atelier à Londres, un stand au Salon de l'Agriculture et le financement du « Big Jump », opération de promotion de la baignade. Votre ligne de taxe foncière finance des ateliers à Londres pendant que le responsable avoue ne pas savoir s'il gagnera contre l'eau. En février, la ministre de la Transition écologique accusait elle-même les collectivités de sous-employer la taxe pour l'entretien des digues.
🖥️
Voilà la GEMAPI :
Un impôt qui grimpe de 45 % par an en moyenne, adossé au risque le plus certain du siècle, dont le pilote doute publiquement du résultat et dont une partie ruisselle vers les séminaires. Le jour de la crue, on cherchera les responsables. Ils seront en conférence.
L'impôt monte chaque année.
L'eau, elle, montera d'un coup.
(Sources : Métropole du Grand Paris, communiqué du 19 février 2026 et pages compétence GEMAPI ; Seine Grands Lacs / préfecture de Seine-et-Marne ; actes du colloque CEPRI, Sénat, 2026)
P) -
Le Parlement ne vote plus le budget.
Le marché obligataire, si
🩸 Bulletin de santé de la Ve République, juillet 2026.
Le patient est stable. C'est précisément ce qui devrait vous inquiéter : il est stable parce qu'il est perfusé — 310 milliards d'euros d'OAT à émettre cette année, un record. Et le sang qui coule dans les tubes n'est pas le sien.
🧵
Les constantes vitales, d'abord.
Le Parlement, organe démocratique central, ne remplit plus sa fonction première depuis quatre exercices : les budgets 2023, 2024, 2025 et 2026 ont tous été adoptés sans vote positif de l'Assemblée — 49.3 en série, une censure, une loi spéciale, puis trois 49.3 en janvier dernier pour arracher le budget 2026 avec un mois de retard. Consentir à l'impôt par ses représentants : c'était l'article fondateur, la raison d'être du parlementarisme depuis 1789. La fonction est cliniquement éteinte. Le cœur politique ne bat plus — et pourtant le corps continue de bouger.
Comment ? Regardez les poches de sang.
Chaque année, l'Agence France Trésor lève de quoi payer ce que le pays ne gagne plus : 310 milliards à moyen-long terme en 2026, davantage qu'au pire du Covid. Le déficit prévu à 5 % dérape déjà vers 5,2 %. La croissance promise à 0,9 % fond de trimestre en trimestre. Les taux sont au plus haut depuis 2011, et la France emprunte désormais plus cher que l'Italie — l'ancien malade de l'Europe nous tient la porte de la chambre. Le régime ne tient plus par les urnes. Il tient par les enchères, celles du mardi matin à Bercy, où des investisseurs qui n'ont jamais voté décident, adjudication après adjudication, si la France passe le mois suivant.
💉
Maintenant, le pronostic. Le budget 2027 devra trouver 30 à 50 milliards d'économies — en pleine campagne présidentielle, avec un Parlement qui n'a rien voté depuis quatre ans et une offre politique qui se résume à deux façons d'aimer l'État obèse : l'économie administrée version rouge, l'économie administrée version tricolore, pendant que le bloc central qui a gavé le patient s'effondre sous ses yeux.
Quel que soit le vainqueur, le malade reste au lit — la seule question de 2027 est de savoir qui tiendra la perfusion. Et la vraie échéance n'est pas électorale : c'est le jour où les donneurs de sang demanderont à voir le dossier médical avant de tendre le bras.
Une crise de régime ordinaire se voit : barricades, dissolutions, chaises vides. Celle-ci est invisible parce qu'elle est solvable. Tant que le marché prête, l'agonie ressemble à de la stabilité.
Le Parlement ne vote plus le budget.
Le marché obligataire, si
(Sources : Agence France Trésor, programme de financement 2026 ; http://vie-publique.fr, 2 février 2026 ; Public Sénat ; Banque de France)
Budget
Le budget
est une prévision des dépenses et des recettes pour une période à
venir, qui peut ou non correspondre à l'année calendaire. Le secteur
privé réalise des budgets (entreprise, association, famille, etc.) ainsi que le secteur public (État, collectivités locales).
Le budget se présente sous forme comptable et il est
rédigé en référence à une norme. Il se présente sous l'aspect
d'impératif et d'inéluctabilité, surtout lorsqu'il s'agit du budget
public. Cependant, en adoptant la méthodologie de l'école autrichienne, le théoricien doit avoir en tête, non pas une vision statique mais l'action de budgétiser.
L'acte de budgétiser est donc :
- un processus institutionnel
- un outil de prise de décision incrémentielle[1]
- un apport de performance à la gestion d'entreprise et au contrôle des dépenses publiques
Le budget public exprime les choix des politiques publiques du gouvernement
pour ses fonctions de redistribution et de stabilisation. Il impose
donc au citoyen de lui fournir des moyens pour des actions qui ne sont
pas directement décidées par lui. Ces moyens sont représentés par les impôts et l'emprunt (dette publique).
La théorie des choix publics
montre que le budget adopté n'est pas forcément le choix de la
majorité, car le budget est le produit de concurrences de jeux d'intérêt
et d'organisations sur le marché politique. Selon Mancur Olson,
un groupe minoritaire, mais très bien organisé, peut imposer ses choix
sur la majorité (et sur le groupe qui est plus faible en nombre que lui
et moins bien organisé).
Le budget public est fréquemment de plus faible qualité que le
budget privé. Les pratiques commerciales ont imposé des normes : bilan,
compte de résultat, planning de trésorerie, comptabilité normalisée,
etc. Les résultats sont donc sous le contrôle de l'actionnaire. Même un individu est sous la surveillance de son banquier ou des agences de crédit. En comparaison, le budget public est moins clair, moins transparent et moins fiable.
Le budget n'est pas neutre éthiquement :
- « Le budget [public] énonce quels sont les biens et les
services qui doivent être fournis au public par les autorités et
lesquels doivent être fournis par le secteur privé. La décision de
savoir qui doit fournir quoi et qui doit recevoir quoi doit être le
reflet des priorités, des préférences et des valeurs de la communauté.
- Donc, le budget est un document politique au travers duquel l'argent
est approprié selon des jugements de valeur et le processus budgétaire a
lieu dans une arène politique. » Mihály Hôgye, Theoretical Approaches to Public Budgeting
Au lieu que le processus de décision du budget public soit affecté
par des jugements de valeur, prônés par les hommes politiques et par
leur clientèle, il est important, comme l'indique l'économiste Earl R. Brubaker,
de redonner de la liberté aux contribuables en les faisant participer
directement au processus dynamique de la construction du budget public.
Si la décision publique du budget continue d'être laissée entre les
mains des hommes politiques et de leurs acolytes technocrates, non
seulement la liberté va peu à peu s'évanouir, mais la prospérité de nos
économies va s'évaporer très vite. Laisser le budget aux hommes
politiques, c'est accélérer le processus de la tragédie des ressources
communes. Comme Frédéric Bastiat
le définissait, « L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle
tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde »[2]. Sauf qu'un jour, il n'existera plus de ressource à puiser dans le pot commun.
Règle d'or budgétaire ou frein à l'endettement
La règle d'or budgétaire est un dispositif juridique au niveau de la
loi ou de la Constitution qui vise à limiter les dépenses publiques sur
l'ensemble du budget ou certaines de ses composantes.
En 2001 la Suisse
a adopté par référendum un amendement constitutionnel qui fixe un
plafond à une large partie des dépenses annuelles fédérales égal aux
recettes fiscales estimées, multiplié par un facteur d'ajustement au
cycle économique. Ainsi, les dépenses sont stabilisées autour d'une
tendance lissée des recettes. La Suisse a vu sa dette publique passer de 44,4 % du PIB en 2004 à 22,6 % en 2020.[3]
Notes et références
On notera l'apport théorique d'Aaron Wildavsky, néo-conservateur américain ainsi que de Charles Lindblom
Frédéric Bastiat, 1848, Journal des Débats, numéro du 25 septembre.
Bibliographie
- 1995,
Edwin L. Dale et Jeffrey A. Eisenach, The People's Budget : A Common
Sense Plan for Shrinking the Government in Washington, National Book
Network
- 1996, Alberto Alesina et Roberto Perotti, Fiscal Discipline and the Budget Process, American Economic Review, Vol. 86, No. 2, mai, pp401-407
- 2002, Mihály Hôgye, Theoretical Approaches to Public Budgeting
- 2006, C. Ebdon et A. Franklin, "Citizen Participation in Budgeting Theory", Public Administration Review, 66(3), pp437–447
- 2010,
Jens Henriksson, ‘Sweden: Ten lessons about budget consolidation’, In:
Matthew Sinclair, dir., How to Cut Public Spending, Biteback Publishing
- 2019, Maurice Baslé, "Le budget de l'État", Paris: La découverte
Voir Aussi

Q) -
Un vote qui déplaît n'est plus un vote.
C'est une ingérence.
🛡️ Il existe dans le droit européen un mot qui devrait empêcher de dormir quiconque tient à sa liberté d'expression. Ce n'est pas « censure » — trop grossier. Ce n'est pas « interdiction » — trop visible. C'est un adjectif, planté à l'article 34 du règlement sur les services numériques : « prévisible ». Voici comment l'Europe a inventé le délit d'effet prévisible — et l'infrastructure qui va avec.
🧵
Lisez le texte.
Le DSA impose aux grandes plateformes d'évaluer et de réduire les « risques systémiques », définis comme « tout effet négatif réel ou PRÉVISIBLE sur le discours civique, les processus électoraux et la sécurité publique ». Mesurez le déplacement : on ne sanctionne plus un mensonge commis, ni même un dommage constaté — on impose de neutraliser l'effet ANTICIPÉ d'un discours sur une notion, le « discours civique », que personne n'a définie. Sous amende de 6 % du chiffre d'affaires mondial, chaque plateforme devient son propre ministère de la précaution : dans le doute, on réduit la portée, on démonétise, on invisibilise. Le pré-crime de Minority Report était de la science-fiction.
L'article 34 est du droit positif.
Autour de cet article, l'infrastructure s'empile, strate après strate, sans qu'aucun peuple n'ait jamais voté pour : EUvsDisinfo (2015), système d'alerte rapide (2018), observatoire EDMO et sa nuée de fact-checkers (2020), DSA (2022), règlement médias EMFA, code de conduite anti-désinformation intégré au droit dur. Et le 12 novembre 2025, le couronnement : la Commission publie son « Bouclier européen de la démocratie » — un Centre européen pour la résilience démocratique, un système d'alerte renforcé et, texto, « un nouveau réseau européen de fact-checkers ». Le tout opérationnel pour 2027.
Retenez cette date : c'est aussi celle que le Sénat français s'est fixée pour son observatoire national. Les deux étages du même immeuble, livrés la même année — l'année d'une présidentielle.
🏗️
Ce dispositif a-t-il déjà servi ?
Une fois. Décembre 2024 : la Roumanie annule purement et simplement le premier tour de son élection présidentielle, pour « manipulation en ligne » — un candidat arrivé en tête, un scrutin effacé, à refaire. Quels que soient les torts réels de la campagne visée, le précédent est posé et il est vertigineux : il existe désormais, dans l'Union européenne, une procédure éprouvée pour déclarer qu'un résultat électoral n'aurait pas dû se produire. Et au Parlement européen, la commission spéciale chargée du bouclier — présidée par une ancienne ministre d'Emmanuel Macron ( coucou Nath ça va ?) — a rendu son rapport : le dispositif serait... trop timide.
Le seul débat institutionnel qui reste porte sur la force du serrage.
Alors bien sûr, tout cela se fait au nom de la protection contre les ingérences étrangères — et les ingérences existent. Mais relisez l'article 34 : « discours civique », « processus électoraux », « effet prévisible ». Rien, dans ces mots, ne distingue le troll de Saint-Pétersbourg du citoyen de Saint-Étienne. Le bouclier est officiellement tourné vers Moscou. Sa surface, elle, couvre exactement vos écrans.
Un vote qui déplaît n'est plus un vote.
C'est une ingérence.
(Sources : règlement (UE) 2022/2065, art. 34 ; Commission européenne, communication du 12 novembre 2025 ; Parlement européen, commission spéciale EUDS ; Cour constitutionnelle de Roumanie, décembre 2024)
R) -
L'ancien créancier attendait ses intérêts.
Le nouveau attend le bon moment.
🐊 Quand un pays s'endette de 3 500 milliards, la question n'est plus « combien ».
C'est « auprès de qui ». Et la réponse vient de changer — le diagnostic n'est pas d'un blog complotiste : il occupe un chapitre entier du dernier rapport de stabilité financière de la Banque de France. Le créancier de la France est en train de changer de visage.
L'ancien était patient. Le nouveau a des dents.
🧵
Le constat du superviseur, chiffres à l'appui.
Les hedge funds ont doublé en deux ans leurs volumes de repo en euros : ils sont désormais emprunteurs nets d'environ 80 milliards contre des titres d'État européens, dont 25 milliards contre des OAT françaises — pour financer des stratégies d'arbitrage « à fort effet de levier ».
La Banque de France décrit la mécanique :
Concentration des transactions entre une poignée d'acteurs, maturités très courtes, appels de marge « parfois insuffisants » et procycliques. Traduction : la dette de la France sert de carburant à des paris au levier renouvelés au jour le jour — et en cas de choc, ces positions se débouclent toutes en même temps, dans le même sens.
Le détail qui devrait faire la une : ces fonds sont domiciliés hors d'Europe, « notamment aux îles Caïmans » — si bien que leur poids exact est, de l'aveu même de la Banque de France, « difficile à estimer ».
Relisez :
le superviseur français avoue ne pas savoir qui détient quelle part de la dette qu'il surveille. Et le précédent existe, cité dans le même rapport : aux États-Unis, les hedge funds des Caïmans ont absorbé 1 000 milliards de dollars de bons du Trésor en deux ans — 37 % des émissions nettes. Ce qui s'est installé sur la dette américaine s'installe sur la nôtre, avec une différence : l'Amérique a le dollar. Nous, nous avons un déficit à 5 % et une note sous surveillance.
🌊
Maintenant, le paradoxe qui rend l'alerte vertigineuse : pendant que les mains rapides arrivent, la main la plus patiente se retire — et c'est celle qui donne l'alerte. La Banque de France elle-même a réduit ses détentions de dette publique de 732 à 596 milliards en trois ans : 136 milliards rendus au marché, fin du quantitative easing oblige. Chaque OAT qu'elle ne renouvelle plus, quelqu'un d'autre doit l'acheter — et ce quelqu'un, de plus en plus, est un fonds au levier des Caraïbes.
L'institution s'inquiète du prédateur qu'attire le vide qu'elle creuse. Ajoutez les 305,7 milliards à lever cette année, l'OAT à 3,91 %, et vous avez le tableau : la perfusion est toujours branchée — mais les donneurs de sang ont changé, et les nouveaux peuvent retirer le bras en une nuit.
Un rentier patient veut que vous viviez longtemps pour toucher ses coupons.
Un arbitragiste au levier n'a pas besoin que vous viviez :
il a besoin que ça bouge. Le jour où la France a laissé sa dette glisser des mains du premier vers celles du second, elle n'a pas changé de créancier. Elle a changé d'espèce.
L'ancien créancier attendait ses intérêts.
Le nouveau attend le bon moment.
(Sources : Banque de France, Rapport sur la stabilité financière, juin 2026 — chapitre thématique repo — et décembre 2025 ; Agence France Trésor ; Fondation IFRAP)
Reconnaissance de dette
Une reconnaissance de dette est un contrat convenu entre un prêteur et un emprunteur. Le prêteur prête de la monnaie à un emprunteur à un certain taux d'intérêt.
Le taux d'intérêt est un taux fixe ou un taux variable. Une
reconnaissance de dette est une créance sur l'emprunteur. Le prêteur est
le créancier. L'emprunteur est le débiteur.
Contrat de dette
Une reconnaissance de dette est un contrat unilatéral
et librement cessible. Le prêteur est le bénéficiaire, il est le
créancier. L'emprunteur est le promettant, il est le débiteur. Le
créancier peut substituer tout autre bénéficiaire sans l'accord de
l'emprunteur. L'emprunteur s'engage à respecter son engagement de
remboursement au profit du créancier. Ainsi, le créancier peut vendre le
contrat librement sans l'accord de l'emprunteur. Ainsi, une obligation est une reconnaissance de dette.
Remboursement du prêt
La monnaie prêtée par le prêteur est le "capital à rembourser". Un
calendrier de remboursement du capital prêté est convenu. Une règle de
remboursement des intérêts est convenu. Un savoir-faire du prêteur est
de choisir un emprunteur qui exécutera son contrat de prêt sans
incident.
Risque du prêteur
Il existe toujours un risque de défaillance de l'emprunteur. Pour
réduire les conséquences de ce risque, le prêteur peut demande que
l'emprunteur hypothèque un bien immobilier. En cas de défaillance de
l'emprunteur, le prêteur procédera à la vente judiciaire du bien
immobilier afin de recouvrer tout ou partie de la dette de l'emprunteur.
Vente d'une reconnaissance de dette
Pour le prêteur, la reconnaissance de dette vaut plus que la somme prêtée, sinon il ne prêterait pas. L'acheteur de la créance juge
aussi que cette créance vaut plus que la somme prêtée. Les acheteurs
successifs de la créance évaluent, eux-aussi, que la créance vaut plus
que la somme prêtée diminuée des sommes remboursées.
Le prêteur est le premier acheteur de la reconnaissance de dette.
La reconnaissance dette est une créance sur l'emprunteur. L'acheteur de
cette créance juge qu'elle vaut plus que la somme prêtée, puisqu'elle est productrice d'intérêt.
Une reconnaissance de dette s'achète et se vend comme toute autre
marchandise. Être bénéficiaire d'une reconnaissance de dette donne un
droit analogue au droit de propriété sur une chose, sur un titre
financier. Il est légitime de dire qu'on est propriétaire d'un action
Renault ou d'une action IBM. Il est tout autant légitime de dire qu'on
est propriétaire d'une reconnaissance de dette.
Un actif financier
Une reconnaissance de dette est une créance, est un titre financier,
qui s'achète, qui se vend, qui a une valeur. Le créancier est le
propriétaire de la créance. La valeur de cet actif dépend aussi de la
capacité de l'emprunteur à rembourser. Dans la comptabilité d'une
entreprise, cette créance s'inscrit et s'évalue à une valeur supérieure à
la valeur nominale du prêt.
Une base monétaire
Selon la "doctrine des effets commerciaux" (Real Bills Doctrine), développée par Adam Smith, soutenue par des économistes autrichiens tels que Antal E. Fekete,
les reconnaissances de dette (ou "effets") pourraient compléter l'or
comme base monétaire, reflétant ainsi la nature duale de la monnaie :
moyen d'échange et moyen de conserver de la valeur.
Traduction
En anglais, "reconnaissance de dette" est "IOU", c'est à dire "I owe you".
Voir aussi
S) - Le Conseil d'État juge l'État.
L'État choisit qui y siège.
🏛️ Il existe en France un club de douze personnes.
On n'y entre ni par concours, ni par élection, ni par ancienneté : par décret, en conseil des ministres, sur choix discrétionnaire du gouvernement. Ce club s'appelle les « conseillers d'État en service extraordinaire ». Le Canard enchaîné révèle l'identité de la dernière recrue : le mari de la ministre de la Santé. Décortiquons le circuit, pièce par pièce.
🧵
La chronologie d'abord, car elle raconte tout.
Olivier Boyer dirige pendant quinze ans le CHU d'Orléans — l'hôpital où exerce son épouse, la rhumatologue Stéphanie Rist, devenue députée. Septembre 2025 : il quitte la direction du CHU. Dans la foulée, elle entre au gouvernement comme ministre de la Santé. Mai 2026 : le conseil des ministres — l'organe où siège son épouse — le nomme par décret conseiller d'État en service extraordinaire, pour cinq ans. Chaque étape est légale. C'est l'enchaînement qui constitue le dossier.
Soyons précis sur ce que la fonction implique, car c'est là que le bât blesse.
Le Conseil d'État a deux visages :
Il juge l'État en dernier ressort, et il examine, en amont, TOUS les projets de loi et de décret du gouvernement — y compris, donc, les textes du ministère de la Santé. Le mari siégera dans l'institution qui conseille et contrôle le gouvernement de sa femme, nommé par ce même gouvernement, révocable de rien pendant cinq ans.
Aux Grandes Gueules de RMC, ce matin, le résumé tenait en quatre mots :
« ils se servent entre eux ».
Disons aussi ce que le dossier n'est pas, pour être inattaquable. Olivier Boyer n'est pas un inconnu parachuté : quinze ans à la tête d'un CHU, des passages en cabinet ministériel dans les années 2000 — le CV existe. Mais justement : un homme avec ce parcours pouvait candidater à mille fonctions par mille voies ordinaires.
On a choisi pour lui la seule voie qui ne demande ni concours, ni comité, ni comparaison avec d'autres candidats — la voie « extraordinaire », celle dont le nom avoue le principe. La question n'a jamais été « est-il compétent ? ».
Elle est que parmi les 68 millions de Français, comment se fait-il que le meilleur choix discrétionnaire du gouvernement soit si souvent dans la famille du gouvernement ?
Et gardez la boucle en tête, car elle concerne chacun de vous.
C'est ce même Conseil d'État qui, dans la nuit du 14 Juillet, rétablissait à 2 heures du matin le QR code d'accès à la fête nationale, au nom de l'« intérêt public majeur ». L'institution qui arbitre en dernier mot entre vos libertés et le pouvoir est aussi celle où le pouvoir installe ses proches, par décret, sans personne pour lui demander pourquoi.
L'indépendance de la justice administrative n'est pas un décor :
C est la dernière digue. Et on vient de vous montrer qui distribue les clés de la digue.
Le Conseil d'État juge l'État.
L'État choisit qui y siège.
(Sources : Le Canard enchaîné ; Acteurs Publics et Hospimedia, 27-28 mai 2026 ; code de justice administrative, art. L. 121-4 et s. ; RMC, Les Grandes Gueules, 15 juillet 2026)
T) - « Les zones grises de l'information » L'esquive !
📋 Hier, la co-rapporteure LR du rapport sénatorial sur les « zones grises de l'information » a publié un communiqué en réponse à la polémique. À première lecture, on croirait un démenti.
Relisez-le : ce n'en est pas un.
C'est une neutralisation — l'art de répondre avec une exactitude parfaite à des questions que personne ne posait, pendant que les vraies restent sans réponse. J'ai posé le communiqué à côté du rapport qu'elle a co-signé. Démonstration en cinq pièces.
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Pièce 1. Le communiqué : « il n'existe aujourd'hui aucune proposition de loi rédigée ni déposée ». Exact — aujourd'hui. Le 9 juillet, en conférence de presse commune, ses deux co-rapporteurs annonçaient le dépôt, à la fin de l'été, d'une proposition de loi reprenant « l'essentiel des 56 recommandations ». Répondre « pas encore » à la question « pourquoi ? », c'est ne pas répondre. C'est parier sur votre calendrier.
Pièce 2. Le communiqué : « il n'est nullement question que l'Arcom puisse réguler les réseaux sociaux ». Le rapport, lui, prévoit que l'observatoire puisse SAISIR l'Arcom en cas d'« atteinte à l'égalité entre les candidats », demande « au moins 5 ETP » supplémentaires pour l'autorité, place les créateurs « à risques sérieux » dans son champ, et impose aux plateformes la mise en avant de « services d'intérêt général ». Tout y est — sauf le verbe « réguler ». Elle conteste le verbe. Elle garde la machine.
Pièce 3. Le communiqué : les termes « d'ingérence intérieure » « ne figuraient tout simplement pas dans le rapport ». Exact encore : le rapport écrit « manipulation d'origine interne » et propose un « observatoire de la désinformation intérieure » — un Viginum de l'intérieur, c'est la recommandation de tête. Elle réfute un titre de presse. Le dispositif, lui, est intact, avec son vocabulaire d'origine.
Pièce 4. Le communiqué : opposée à toute « labellisation » des médias. Le rapport : mise en avant obligatoire des médias « reconnus », réforme de la commission paritaire avec critères qualitatifs, fonds de soutien alimenté par les amendes de la CNIL et de l'Arcom. Un statut officiel réservé aux médias agréés, financé par les sanctions infligées aux autres : la labellisation en tout — sauf le mot, encore.
Pièce 5, la plus simple. Le communiqué jure qu'aucune « police de la pensée » n'a jamais été envisagée. Le rapport co-signé, voté à l'unanimité le 8 juillet, propose au mot près d'inciter les plateformes à « invisibiliser un utilisateur fautif » à l'approche des élections. Sur cette phrase-là — la seule qui compte —, le communiqué ne dit pas un mot.
Cinq réponses microtechniques, zéro réponse au grief central :
Voilà la technique. On ne défend pas le texte, on épuise la critique.
Reste l'engagement final :
« je ne cosignerai jamais et ne voterai jamais » un texte restreignant la liberté d'opinion. Je le prends au sérieux, car il crée un piège daté. À la rentrée, la proposition de loi annoncée arrivera. Soit la sénatrice refuse de signer la loi issue de son propre rapport — et le désavoue publiquement. Soit elle la signe — et le communiqué du 15 juillet 2026 se retournera contre elle, mot à mot.
J'archive. Rendez-vous en septembre. 🗓️
(Sources : communiqué de presse d'Agnès Evren, 15 juillet 2026 ; http://Next.ink, 9 juillet 2026 ; Sénat, rapport « Les zones grises de l'information », adopté le 8 juillet 2026)
U) -
On n'a pas relevé le niveau des élèves.
On a baissé celui du diplôme.
🎓 Il existe deux courbes françaises que personne ne superpose jamais, et leur croisement raconte une histoire que tout le monde sent sans savoir la chiffrer.
Courbe 1 : la production de diplômes — 26 % des jeunes Français détiennent un master, contre 16 % en moyenne dans l'OCDE, record de la zone.
Courbe 2 : les compétences réelles — la France est sous la moyenne de l'OCDE dans TOUS les domaines mesurés, et 28 % de ses adultes sont en difficulté face à un texte écrit.
Plus de papier que partout ailleurs, moins de valeur que la moyenne : en économie, ce phénomène porte un nom précis.
La dévaluation.
🧵
Les données d'abord, toutes issues de l'OCDE. L'enquête PIAAC — 160 000 adultes testés dans 31 pays sur la lecture, le calcul et la résolution de problèmes — classe la France 21e, avec des « performances systématiquement inférieures à la moyenne dans tous les domaines de compétences » : 255 points en compréhension de l'écrit contre 261 de moyenne. Près de trois adultes sur dix se situent aux niveaux les plus bas face à l'écrit — comprendre un texte simple, en croiser deux, vérifier une information.
Et le déclin des compétences au fil de la vie est plus marqué en France qu'ailleurs. En amont, la relève ne s'annonce pas mieux : en mathématiques, les écoliers français de CM1 sont avant-derniers de toute l'Union européenne.
Pendant que la compétence baissait, que faisait la machine à certifier ?
Elle accélérait. Taux de réussite au bac installé au-dessus de 90 %, mentions distribuées comme jamais, moitié d'une génération dans le supérieur, et ce record continental du master — 26 % contre 16. L'OCDE elle-même, dans son langage feutré, lâche la conclusion qui fâche : un niveau d'études supérieur « n'est pas nécessairement synonyme de compétences plus élevées » d'un pays à l'autre.
Traduction brutale :
À diplôme égal, on ne sait plus la même chose selon le pays qui l'a imprimé — et l'imprimeur français tourne à plein régime pendant que sa devise s'effondre. Il faut aujourd'hui davantage d'années d'études pour atteindre un niveau donné de compétences : c'est la définition exacte d'une monnaie qui perd son pouvoir d'achat.
📉
Le mécanisme est connu de tous les banquiers centraux :
Quand la valeur baisse, l'émetteur est tenté d'imprimer davantage pour masquer la perte — ce qui accélère la perte. Appliqué à l'école : plutôt que de relever le niveau réel — ce qui coûte des exigences, des redoublements, des conflits —, on a relevé les taux de réussite, allongé les études, multiplié les grades.
Chaque famille est individuellement gagnante à ce que son enfant ait le parchemin ; le pays est collectivement ruiné par ce que le parchemin ne garantit plus. Les employeurs le savent déjà : ils font repasser des tests à des diplômés bac+5, comme les commerçants des pays en hyperinflation pèsent les billets au lieu de les compter.
Une monnaie ne se redresse jamais en imprimant plus. Elle se redresse en restaurant la confiance dans ce qu'elle représente — et cela commence toujours par un aveu : celui de la dévaluation.
On n'a pas relevé le niveau des élèves.
On a baissé celui du diplôme.
(Sources : OCDE, enquête PIAAC 2023, publiée en décembre 2024 ; OCDE, Regards sur l'éducation 2025 — note France ; IEA, TIMSS ; Dares)
V) - Le parti n'est pas interdit.
Il est déclaré non conforme.
Ça va très mal pour Sarah Knafo au Parlement européen, je vous explique tout
⚖️ Le 7 juillet, à Strasbourg, il s'est produit une première dans l'histoire de l'Union européenne, et elle est passée sous les radars de l'été : 414 eurodéputés ont voté l'ouverture d'une procédure de vérification des « valeurs » d'un parti politique européen — avec, au bout, sa possible radiation et la coupure de ses financements. Je décris le mécanisme, pièce par pièce, parce qu'il mérite d'être regardé en face.
🧵
Les faits. Par 414 voix contre 224 et 18 abstentions, le Parlement européen a saisi l'APPF — l'Autorité pour les partis politiques européens — pour vérifier la conformité du parti Europe des Nations Souveraines (la famille de Reconquête et de l'AfD, plus petit groupe du Parlement) avec les « valeurs fondamentales de l'Union » : démocratie, État de droit, droits humains. Si l'enquête conclut à la non-conformité : perte du statut de parti européen et des subventions afférentes, jusqu'à deux millions d'euros par an.
Le dossier d'instruction : environ 300 pages compilées par le directeur de l'Autorité lui-même — des publications de MEMBRES du parti, dont une vidéo d'un élu slovaque insultant un migrant et un communiqué bulgare assimilant homosexualité et pédophilie.
Disons-le sans détour : plusieurs des propos compilés sont indéfendables, et je ne les défendrai pas. Leurs auteurs ont des noms, des visages, et il existe pour cela des tribunaux — l'injure et la diffamation sont des délits partout en Europe, imputables à ceux qui les commettent.
Mais regardez ce que fait la procédure : elle ne poursuit pas les auteurs. Elle instruit contre la STRUCTURE — le parti entier, ses milliers d'adhérents, ses électeurs — au titre d'une non-conformité idéologique collective. C'est le glissement décisif : de la responsabilité pénale individuelle, jugée par des juges, à la conformité doctrinale collective, appréciée par une autorité administrative. Un parti ne peut pas être coupable. Il peut désormais être non conforme — le vocabulaire de l'homologation industrielle, appliqué à l'opinion.
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Et qui décide de saisir l'Autorité ? Le Parlement — c'est-à-dire les partis. Relisez le vote :
414 élus de formations concurrentes ont voté l'ouverture d'un procès en valeurs contre une formation rivale. Dans aucun autre domaine du droit on n'accepterait que les compétiteurs d'une entreprise votent l'ouverture de l'enquête qui peut la radier du marché. Ici, le conflit d'intérêts n'est pas un vice de procédure : il EST la procédure. Que la cible soit aujourd'hui le plus petit groupe du Parlement ne rassure en rien — c'est même la règle des précédents : on les établit sur le faible, pour les avoir sous la main contre le fort.
La grille « valeurs » est infiniment extensible ; l'eurodéputée Sarah Knafo l'a résumée d'une phrase :
« Opposez-vous à l'immigration, l'UE ouvrira une enquête contre vous. »
Replacez enfin l'événement dans sa séquence, car rien de tout cela n'est isolé. Décembre 2024 : la Roumanie annule une élection présidentielle pour « manipulation en ligne ». Juillet 2026 : le Sénat français propose un observatoire capable de faire « invisibiliser un utilisateur fautif » avant les élections. La même semaine : le Parlement européen ouvre la première procédure de dé-reconnaissance d'un parti d'opposition.
Un vote annulé, des électeurs invisibilisables, un parti radiable — chaque étage vise un niveau différent de l'expression démocratique, et tous convergent vers la même échéance : 2027. Ce ne sont pas des coïncidences. C'est une grammaire.
Le parti n'est pas interdit.
Il est déclaré non conforme.
(Sources : Parlement européen, vote du 7 juillet 2026 ; APPF, saisine et dossier ; AFP via Le Temps, 8 juillet ; Euronews, 1er juillet)
W) - La banque centrale est indépendante.
Des électeurs, surtout.
👑 Retenez bien la chronologie qui suit, parce qu'on vous la resservira à la rentrée sous forme d'évidence. 18 février : le Financial Times révèle que Christine Lagarde prévoit de quitter la BCE avant la fin de son mandat. 2 juillet, aux Échos : « c'est possible », confirme-t-elle, pour « porter une voix européenne » dans le débat présidentiel français. Mi-juillet : elle fait son entrée directe à la 8e place du baromètre Ifop des personnalités — 45 % de bonnes opinions, sans avoir rien demandé. 14 juillet : Légion d'honneur, promotion de l'Élysée. Cinq mois, quatre jalons. Ce fil décrit la fabrication d'un recours.
🧵
Commençons par le plus énorme, que tout le monde a survolé :
Le MOTIF du départ anticipé selon le Financial Times. Elle ne partirait pas par lassitude — elle partirait pour que sa succession à la tête de la BCE soit décidée par Emmanuel Macron et Friedrich Merz AVANT la présidentielle française, de peur que le résultat des urnes ne pèse sur la nomination.
Relisez :
La présidente d'une institution dont l'indépendance vis-à-vis du politique est le dogme fondateur — article 130 du traité, récité à chaque conférence de presse — organiserait son calendrier de départ pour soustraire cette institution au verdict d'une élection.
L'indépendance de la banque centrale, dans cette affaire, révèle sa définition exacte : indépendante des électeurs. Disponible pour le reste.
Puis il y a le mouvement inverse, tout aussi inédit :
La même banquière centrale envisage publiquement de descendre dans l'arène d'une élection nationale — « porter une voix européenne dans le débat » — tout en jurant qu'une candidature n'est « pas d'actualité ».
Formule remarquable : rien de ce qui est annoncé pour septembre n'est jamais d'actualité en juillet. Et pendant qu'elle ne se déclare pas, la machine à mesurer s'est mise en marche toute seule : l'Ifop l'ajoute à son tableau de bord des présidentiables et rédige déjà l'argumentaire — « profil particulièrement solide sur les questions économiques », « rassurant », « un potentiel politique ». 69 % de bonnes opinions chez les sympathisants LR, 75 % chez Renaissance : la carte d'identité chimiquement pure d'une candidate de bloc central. On ne teste pas dans un baromètre présidentiel une personne qui n'est le recours de personne.
📊
Maintenant, superposez le décor. Cette semaine, quatre économistes missionnés par Bercy ont chiffré l'avenir : 124 milliards d'intérêts de dette en 2030, une trajectoire « explosive », un pays « plus soutenable ». À la rentrée, quand les agences de notation rendront leurs verdicts et que le budget 2027 s'enlisera, le récit sera prêt, il est même déjà écrit : il faudrait « une personnalité au-dessus des partis », « la seule à avoir l'expertise économique nécessaire », « crédible face aux marchés », pour « éviter la mise sous tutelle ». Chaque élément du décor — la dette dramatisée, l'expertise sanctifiée, la popularité mesurée, la disponibilité organisée — aura été posé avant que la pièce commence. Le recours n'émerge jamais : il se fabrique, puis on le découvre.
Un détail d'histoire pour finir, puisque l'expertise est l'argument : la Cour de justice de la République l'a reconnue coupable de négligence dans l'arbitrage Tapie — 403 millions d'argent public — en la dispensant de peine. Négligente mais irremplaçable, non élue mais appelée, indépendante mais disponible : le sauveur français de 2027 coche déjà toutes les cases du poste. Il ne manque que votre consentement — et c'est précisément ce à quoi la rentrée servira.
La banque centrale est indépendante.
Des électeurs, surtout.
(Sources : Financial Times, 18 février 2026 ; Les Échos, 2 juillet 2026 ; Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio, juillet 2026 ; CJR, arrêt du 19 décembre 2016)
X) - Nul besoin de complot ni de consignation.
L'arithmétique suffit.
🛵 Décembre 2016, palais de l'Élysée, voix brisée : François Hollande renonce à sa réélection — « conscient des risques » que sa candidature courrait à la gauche. Premier président de la Ve République à s'effacer ainsi. Juillet 2026 : le même homme se laisse sonder pour 2027, testé scénario après scénario par les instituts, pendant que la gauche compte déjà un candidat déclaré et en tête. Cherchez l'erreur — ou plutôt : cherchez la logique. Elle existe, elle est arithmétique, et elle mérite d'être exposée froidement. 🧵
Posons d'abord les faits, tous sondés et datés.
Jean-Luc Mélenchon s'est déclaré le 7 juin, meeting de lancement à Saint-Denis, avec un message à sa famille politique : « la primaire est finie ». Le dernier baromètre Odoxa-Mascaret lui donne raison sur son camp : 49 % d'adhésion chez les sympathisants de gauche, sept points devant Hollande et Ruffin, dix devant Glucksmann — le leadership reprend en un an. Et le même baromètre ajoute la donnée qui change tout : il reste « rejeté par l'ensemble des Français ». En tête de son bloc, dernier du pays. Pendant ce temps, tous les scénarios de première tournée placent le RN largement en tête.
La question de 2027 n'est donc pas « qui gagne ? » — c'est : qui sera l'adversaire du RN au second tour ?
Voici maintenant la mécanique, et elle tient en trois propositions que chacun peut vérifier. Un : un finaliste ne gagne un second tour face au RN que si les électeurs des camps éliminés se rapportent sur lui — c'est le « front républicain », qui a joué en 2017 et 2022... pour le bloc central. Deux : ce front ne fonctionne pas pour Mélenchon — un électeur LR ou macroniste ne vote pas Mélenchon au deuxième tour ; son niveau de rejet national en fait le seul finaliste que le RN peut battre. Trois, la conséquence : pour le bloc élargi du « raisonnable », le danger mortel n'est pas que le RN soit au second tour — il y sera —, c'est que MÉLENCHON y soit à sa place. Il faut donc que la gauche soit assez émiettée pour qu'aucun de ses candidats ne passe devant le candidat central. Chaque candidature « raisonnable » supplémentaire — un Hollande, un Glucksmann, un écologiste, pourquoi pas deux — prélève trois, cinq, huit points sur le total de gauche. Aucune ne peut gagner. Toutes peuvent trier.
🗳️
Je précise ce que je n'affirme pas : nul complot, nulle réunion secrète, nulle consigne. C'est précisément ce qui rend le mécanisme si robuste — il n'a besoin de rien de tout cela. Chaque acteur suit son intérêt propre : exister, peser, monnayer. Hollande n'a pas besoin de croire qu'il sera élu pour être candidat ; il lui suffit de savoir que sa présence pèse sur qui sera éliminé.
L'homme qui s'est retiré en 2016 pour ne pas faire perdre la gauche connaît mieux que personne le prix arithmétique d'une candidature — c'est même le seul sujet sur lequel son expertise est incontestée.
En 2016, cette science lui commandait de partir. En 2026, elle lui souffle que revenir ne coûte rien — à lui.
Alors gardez ce cadre pour les dix mois qui viennent. À chaque nouvelle candidature « de responsabilité » à gauche, à chaque refus d'union au nom de la « clarté », posez la seule question qui compte : à qui profite le tri ? Le second tour de 2027 ne se jouera pas en mai 2027. Il se fabrique maintenant, une déclaration de candidature à la fois.
Nul besoin de complot ni de consignation.
L'arithmétique suffit.
Ps : Entre temps Cazeneuve aussi se présente 🙃
(Sources : baromètre Odoxa-Mascaret, juillet 2026 ; Public Sénat ; séance du 7 juin 2026, Saint-Denis ; allocution du 1er décembre 2016)
Y) -
Le droit protège ceux qui ont l'emploi.
Contre ceux qui le cherchent.
🏰 Le chômage français vient d'atteindre son plus haut niveau depuis cinq ans :
8,1 %, quatre trimestres consécutifs de destructions d'emplois, 112 000 postes disparus en un an. Et chez les moins de 25 ans : 21,1 %, deux points de plus en douze mois. Un jeune sur cinq. Devant ces chiffres, tout le monde cherche un coupable conjoncturel.
Je propose de regarder ailleurs :
dans les remparts. Car le marché du travail français est une forteresse — et une forteresse protège toujours deux fois : ceux du dedans, contre ceux du dehors.
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Visitez les remparts un par un, tous récents ou récemment surélevés.
Depuis la loi du 22 avril 2024, un salarié en arrêt maladie non professionnelle ACQUIERT des congés payés — jusqu'à 24 jours par an, reportables quinze mois, avec effet rétroactif : l'entreprise finance du repos gagné en ne travaillant pas, et une TPE peut voir resurgir des ardoises de congés sur des absences vieilles de trois ans.
Dès 11 salariés :
Comité social et économique obligatoire, élections, procès-verbaux, heures de délégation. Et le statut de salarié protégé : impossible de se séparer d'un élu — ou d'un candidat, ou d'un ancien élu — sans autorisation de l'inspection du travail ; dans une structure de douze personnes, un mandat vaut inamovibilité.
Ajoutez la séparation ordinaire :
Des mois de prud'hommes, un risque chiffré en trimestres de salaire. Le tout compilé dans près de 4 000 pages de Code du travail commenté. Chaque pierre a été posée avec une intention louable. L'ensemble forme un mur.
Car voici ce que voit un patron de TPE devant un CV, et que les législateurs ne voient jamais :
Chaque protection accordée à l'emploi existant est un risque ajouté à l'embauche suivante. Recruter, c'est désormais s'exposer à des passifs qu'on ne contrôle pas — des congés qui courent pendant les absences, un élu inamovible, une séparation qui peut coûter la trésorerie d'un semestre.
Alors il fait le calcul rationnel :
Il n'embauche pas. Il sous-traite, il automatise, il refuse le contrat, il reste à neuf salariés pour éviter le seuil de onze — les statistiques d'entreprises s'agglutinent sous les seuils comme la limaille sous l'aimant. Les économistes ont un nom pour ce mécanisme : le modèle insiders/outsiders. Chaque rempart rend le dedans plus confortable et le dehors plus peuplé.
🧱
Et regardez qui est dehors.
Pas les cadres installés, pas les CDI de grands groupes, pas les statutaires — eux sont dans la cour, protégés par les murs. Dehors : les jeunes (21,1 %), les sans-diplôme, les seniors éjectés, tous ceux dont l'embauche représente précisément le « risque » que la forteresse a rendu prohibitif.
Le droit du travail français réalise ainsi l'exploit permanent d'être socialement généreux avec ceux qui ont déjà un emploi et socialement impitoyable avec ceux qui n'en ont pas — et de s'étonner, chaque trimestre, que le pont-levis ne se baisse plus.
On dira que chaque protection prise isolément se justifie. C'est vrai. C'est même le drame : aucune pierre n'est coupable, et le mur tue quand même.
Le droit protège ceux qui ont l'emploi.
Contre ceux qui le cherchent.
(Sources : Insee, taux de chômage T1 2026, 13 mai 2026 ; loi du 22 avril 2024, art. 37 ; ordonnances du 22 septembre 2017 ; code du travail)
Z) - La radio publique n'a pas de parti.
Elle a une famille.
📻 Le 26 juin, Radio France a publié un communiqué de presse parfaitement banal :
France Inter, première radio du pays, sept millions d'auditeurs quotidiens, s'est choisi une nouvelle directrice de la communication. Personne n'a tiqué. J'ai lu le communiqué, puis j'ai lu le CV complet de l'intéressée.
Ce sont deux documents différents — et l'écart entre les deux vaut le détour.
🧵
Le parcours réel d'abord, tel que le documente la presse spécialisée. Carole de Courson, communicante de métier : Télérama, puis huit ans chez Canal+ et i-Télé. En 2017 : responsable communication et relations presse d'EN MARCHE, la formation de la majorité présidentielle. Puis franceinfo. De 2019 à 2022 : cheffe de cabinet et conseillère spéciale d'Ariel Weil, maire PS de Paris Centre. Puis France Culture, puis le réseau ICI. Et à la rentrée : France Inter, avec siège au comité de direction, nommée au moment précis où la station lance avec France 2 son « rendez-vous hebdomadaire incontournable de l'élection présidentielle ».
La communicante passée par la Macronie puis par un cabinet socialiste pilotera donc l'image de la première radio publique de France pendant la campagne de 2027.
Maintenant, le communiqué officiel de Radio France. Il détaille sa carrière : Télérama, i-Télé, franceinfo « de 2017 à 2019 », des « responsabilités de communication à la Ville de Paris »... Cherchez En Marche : le mot n'y figure pas — l'étape a disparu, i-Télé enchaîne directement sur franceinfo. Cherchez le maire PS : évaporé lui aussi — le cabinet politique d'Ariel Weil est devenu « la Ville de Paris », entité administrative neutre, sans nom et sans étiquette.
Le service public sait donc parfaitement que ces deux lignes posent question : la preuve, il les a gommées. La direction de la communication commence par un exercice de communication sur la directrice de la communication. C'est méta, et c'est un aveu.
✂️
Soyons précis sur ce que cette nomination n'est pas : une dircom ne dirige pas la rédaction, ne choisit ni les invités ni les angles. Là n'est pas la question. La question tient dans un test simple, que chacun peut faire : imaginez qu'une ex-cheffe de cabinet d'un maire RN, passée par la communication du parti de Marine Le Pen, soit nommée à la communication de France Inter à neuf mois d'une présidentielle.
Visualisez les tribunes, les motions des sociétés de journalistes, les éditoriaux sur l'indépendance menacée. Vous n'y arrivez pas ? Personne. Parce que cette nomination-là serait inconcevable — quand celle-ci n'a pas généré une ligne de débat. C'est exactement cela, l'entre-soi : non pas un complot, mais un sens unique si naturel que plus personne ne voit le panneau.
Les allers-retours entre cabinets politiques et audiovisuel public ne choquent que dans une direction — l'autre n'existe pas.
Une maison financée par l'impôt de tous les Français, écoutée par sept millions d'entre eux chaque matin, devrait être inconfortable avec ça. Elle a préféré retoucher le CV.
La radio publique n'a pas de parti.
Elle a une famille.
(Sources : Radio France, communiqué du 26 juin 2026 ; La Lettre de l'audiovisuel ; CB News ; The Media Leader)