Sommaire:
A) - Effet Macron entre idéologie et réalisme !
B) - Nucléaire : Bruxelles reconnaît son « erreur stratégique »… mais les Européens paient encore l’addition
C) - Le champ du signe
D) - Devons-nous tolérer les accidents nucléaires ?
A) - Effet Macron entre idéologie et réalisme !
Nous avons le parc nucléaire le plus important au monde rapporté à notre population.
Avec nos 57 réacteurs répartis sur 18 sites, nous produisons une électricité abondante, pilotable et décarbonée.
Nous en exportons même massivement.
C’est une immense fierté française.
À Belfort en 2022, j’annonçais la relance de notre ambition nucléaire.
Nous y sommes : 6 nouveaux réacteurs EPR2 vont être construits à Penly, Gravelines et au Bugey.
Le cap est tenu : produire davantage d’électricité en France pour renforcer notre souveraineté énergétique et soutenir notre réindustrialisation.
Emmanuel Macron
Cependant n'oublions pas !
La Banque mondiale n'a pas soutenu de projet nucléaire depuis 1959, en raison de l'opposition de Berlin.
Mais le vent tourne et le président de la Banque mondiale a déclaré mercredi que la Banque allait « réintégrer le secteur de l'énergie nucléaire » en partenariat avec l'Agence internationale de l'énergie atomique.
L'industrie nucléaire espère que d'autres bailleurs de fonds multilatéraux, dont la Banque asiatique de développement, pourraient désormais suivre l'exemple. Un financement public moins coûteux est considéré comme essentiel à la construction de grandes centrales nucléaires, vulnérables aux retards et aux dépassements de coûts.
L'année dernière, la Banque européenne d'investissement a ouvert la porte au financement de projets d'énergie atomique à la suite d'une campagne de lobbying réussie menée par de grands producteurs nucléaires, dont la France. Que de temps perdu....
https://ft.com/content/d80b68
Berlin vient de signaler à Paris que l'Allemagne ne bloquerait plus les efforts français visant à garantir que l'énergie nucléaire soit traitée sur un pied d'égalité avec les énergies renouvelables dans la législation €, selon des responsables français et allemands cités par le FT.
Ce qu'il convient de qualifier de grand revirement intervient alors que Merz cherche à explorer les moyens pour l'Allemagne de rejoindre le bouclier nucléaire français afin de dissuader une future agression russe.
La nouvelle position de l'Allemagne signifie par exemple que l'hydrogène produit à partir de l'énergie nucléaire devrait désormais être traité sur un pied d'égalité avec l'hydrogène issu de l'énergie éolienne ou solaire, mais surtout permettrait enfin d'ouvrir la voie aux aides d'État accordées par les gouvernements aux projets nucléaires, envoyant un signal à tout l'écosystème.
Merz a également critiqué son prédécesseur Scholz pour avoir fermé les trois dernières centrales nucléaires allemandes, alors même que le pays était confronté à des prix énergétiques élevés. S'il n'envisage pas de rouvrir les centrales nucléaires, il s'est engagé à investir dans les nouvelles technologies, notamment les petits réacteurs modulaires et la fusion nucléaire.
Si ces informations se confirment, l'Autriche resterait le seul État de l'UE strictement opposé à l'énergie nucléaire...
https://ft.com/content/e99efa

B) - Nucléaire : Bruxelles reconnaît son « erreur stratégique »… mais les Européens paient encore l’addition
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a enfin osé le dire. Le 10 mars 2026, lors du Sommet mondial sur l’énergie nucléaire à Paris, elle a déclaré sans détour : « La
réduction de la part du nucléaire était un choix. Avec le recul,
c’était une erreur stratégique pour l’Europe de tourner le dos à une
source d’énergie fiable, abordable et à faibles émissions. »
En
1990, un tiers de l’électricité européenne provenait du nucléaire ;
aujourd’hui, à peine 15 %. Un aveu tardif, presque pathétique, qui
arrive après des années de dogmatisme vert et de dépendance aux
importations.
La confession de Bruxelles : trop peu, trop tard
Von
der Leyen ne fait pas dans la demi-mesure. Elle reconnaît que l’Europe
s’est volontairement affaiblie. La Commission propose désormais une
stratégie dédiée aux Petits Réacteurs Modulaires (SMR),
avec une garantie de 200 millions d’euros pour attirer les
investissements privés. Objectif : premiers réacteurs opérationnels au
début des années 2030.
On
applaudit… mais on se souvient que pendant plus d’une décennie,
Bruxelles a marginalisé l’atome, bloqué les financements directs, et
suivi aveuglément l’idéologie anti-nucléaire venue d’Allemagne.
Ce revirement intervient alors que les tensions au Moyen-Orient font flamber les prix du pétrole et du gaz. L’Europe, « complètement dépendante » des importations fossiles volatiles, paie le prix de ses choix passés. Un mea culpa qui sent surtout la panique électorale et la nécessité de sauver la compétitivité industrielle.
Des factures explosées et une pauvreté énergétique qui touche des millions de foyers
Pendant que les eurocrates défendaient le « Green Deal » et les renouvelables intermittents, les ménages européens subissaient. Les prix de l’électricité sont « structurellement trop élevés » dans l’UE, comme l’admet aujourd’hui la Commission elle-même. Entre
2021 et 2023, la crise énergétique – amplifiée par la guerre en Ukraine
et la dépendance au gaz russe – a fait exploser les factures. Des
millions de familles sont tombées dans la précarité énergétique :
chauffage coupé, lumières éteintes, sacrifices quotidiens.
Les
industriels n’ont pas été épargnés. Les entreprises européennes paient
leur énergie jusqu’à deux fois plus cher qu’aux États-Unis. Résultat :
délocalisations, fermetures d’usines, perte d’emplois. La France, grâce à
son parc nucléaire, a relativement résisté. Mais les pays qui ont suivi
la voie allemande (sortie totale en 2023) ont payé le prix fort :
blackouts évités de justesse, inflation galopante, et une dépendance
accrue aux fournisseurs étrangers.
Bruxelles savait. Les experts français,
les ingénieurs, les rapports internes alertaient depuis des années. On a
préféré ignorer. Priorité à l’idéologie : sortir du nucléaire pour « sauver la planète ». Le peuple européen ? Accessoire.
La démagogie de l’UE : idéologie avant le bien-être des citoyens
Voilà le cœur du scandale : une Commission qui a sacrifié sa propre population sur l’autel du dogmatisme écologiste et du suivisme allemand.
On a criminalisé le nucléaire (fiable, décarboné, souverain) au nom de
Fukushima, tout en fermant les yeux sur les risques réels de pénurie et
d’inflation.
C’est de la démagogie pure. Von der Leyen, ancienne
ministre allemande sous Angela Merkel – celle-là même qui a lancé
l’Energiewende –, ose aujourd’hui parler d’« erreur stratégique
». Où était cette lucidité quand les factures explosaient ? Quand les
retraités choisissaient entre manger et se chauffer ? Quand les usines
fermaient et que les emplois partaient en Chine ou aux États-Unis ?
L’UE
n’a pas agi pour ses citoyens. Elle a agi contre eux, au nom d’une
transition idéologique imposée d’en haut, sans débat réel, sans
évaluation honnête des coûts humains et économiques. Le résultat : une
Europe affaiblie, moins compétitive, plus vulnérable géopolitiquement.
Et maintenant, un revirement de façade avec des SMR et 200 millions
d’euros… quand les besoins se chiffrent en centaines de milliards.
Un sursaut possible ou une nouvelle hypocrisie ?
Les
annonces vont dans le bon sens : neutralité technologique, soutien aux
SMR, reconnaissance du nucléaire comme pilier de la souveraineté.
Emmanuel Macron, qui porte ce combat depuis des années, a raison
d’insister pour intégrer l’atome dans toutes les législations
européennes.
Mais les Européens ont le droit d’être sceptiques.
Après avoir sacrifié une décennie et des milliers d’emplois, Bruxelles
va-t-elle enfin passer des paroles aux actes ? Ou va-t-on encore voir
des oppositions (Allemagne, Autriche) bloquer tout progrès concret au nom du même dogmatisme qui nous a menés dans le mur ?
L’UE doit choisir : servir son peuple ou ses idéologies
Cet
aveu de von der Leyen n’est pas une victoire. C’est un constat d’échec
cuisant. L’Europe a tourné le dos à son atout majeur – le nucléaire –
par démagogie verte et mépris des réalités.
Les citoyens paient encore le prix fort : factures élevées, précarité, perte de souveraineté.
Il
est temps que Bruxelles arrête de considérer sa population comme une
variable d’ajustement. Le nucléaire n’est pas un détail technique. C’est
une question de survie économique, de pouvoir d’achat et d’indépendance
nationale. Reconnaître l’erreur est un premier pas. La réparer
vraiment, sans hypocrisie et sans délai supplémentaire, sera le vrai
test. Les Européens attendent des actes, pas des discours.
https://multipol360.com/nucleaire-bruxelles-reconnait-son-erreur-strategique-mais-les-europeens-paient-encore-laddition/
C) - Le champ du signe
LA France est-elle encore un acteur de l’histoire du monde ?
Telle est la grande question qui se cache en réalité derrière la
bataille des essais nucléaires.
Depuis mille ans, la France s’était habituée à agir à sa guise et à
influer sur le cours des principaux événements planétaires. En
particulier sur le terrain militaire. Depuis cinq siècles, elle a
participé à presque toutes les grandes guerres, qui ont occupé les deux
tiers de ces années, dont neuf étaient « mondiales » en ce qu’elles
impliquaient toutes les puissances du moment. Depuis cinquante ans,
l’arme nucléaire lui a permis, grâce en particulier à la vision
prémonitoire de Pierre Mendès France et du général de Gaulle, de
maintenir sa liberté ainsi que son statut de grande puissance, légitimé
par un siège de membre permanent du Conseil de sécurité et surtout par
son quatrième rang au palmarès industriel du monde.
Or, depuis quelques années, la France a perdu de nombreux degrés de liberté et ses principaux leviers d’action sur le réel.
Avec la globalisation des marchés et l’accélération de la technologie
de communication, le pouvoir n’est presque plus localisable.
Entreprises et marchés sont comme des nomades virtuels, insaisissables.
Et l’Etat, aussi puissant soit-il, « est pris » par les décisions plus
qu’il ne les prend.
Avec le traité de Maastricht, la France a volontairement abandonné à
l’Union européenne de nombreux pans de sa souveraineté en matière
économique, monétaire et commerciale. L’apparition de la monnaie unique
européenne, qui conduira inéluctablement au budget unique, donnera le
coup de grâce à la souveraineté économique du pays.
Avec la chute du mur de Berlin, la France a involontairement
abandonné à l’Allemagne le rôle de leader des relations, devenues
essentiellement économiques, entre l’Est et l’Ouest de l’Europe. Et la
disparition de la menace soviétique a rendu son armement nucléaire moins
fascinant pour ses amis et moins crédible pour ses ennemis.
Dans ce contexte, la décision de reprendre les essais nucléaires
au-delà des nécessités techniques, peu convaincantes, et des
justifications stratégiques, contradictoires constitue avant tout dans
ce monde devenu de plus en plus virtuel, un signe et un aveu. Le signe
que la France cherche par tous les moyens à garder des espaces de
liberté. Et l’aveu qu’elle n’a plus d’autre moyen pour le faire que de
rompre unilatéralement des engagements internationaux qui la
contraignent. Les adversaires des essais sont d’ailleurs tout autant de
mauvaise foi puisque leur vraie bataille vise à refuser à la France
l’exercice de cette liberté.
L’arrêt des essais en 1992 n’était pas une simple décision de
politique intérieure, mais bien un acte de politique extérieure, ayant
des conséquences sur les tiers ; et donc, en cela, liant tous les
gouvernements ultérieurs du pays. En prenant sa décision, en considérant
que les experts nucléaires avaient assez d’informations pour passer à
la simulation, François Mitterrand a déclenché un processus planétaire
conduisant à un moratoire général sur les essais et à la négociation
d’un traité les interdisant.
Sa décision ne peut donc être considérée comme le seul exercice d’une
liberté domestique dont on pouvait après lui se dédire. Qu’aurait-on
pensé, par exemple, d’un président français qui serait revenu sur la
décision de son prédécesseur annulant la dette de quelques pays pauvres ?
Ou de François Mitterrand si, en 1988, il n’avait pas respecté les
engagements pris quelques mois plutôt par Jacques Chirac à l’égard de
l’Iran, engagements dont il n’était d’ailleurs pas certain de tout
connaître ?
Par cette décision, la France perd le droit moral de s’opposer à la
prolifération nucléaire, au moment où tant d’Etats et de groupes
terroristes cherchent à se doter d’armes nucléaires, chimiques,
bactériologiques ou radioactives. Si la prolifération ne peut être
enrayée, la France en sera la première victime, car elle ne sera plus
alors qu’une puissance nucléaire parmi vingt-cinq au lieu d’être un des
membres du Club des Cinq, avec ses immenses privilèges.
Enfin, en agissant ainsi, elle fragilise sa place dans l’économie de
demain. Comme les autres pays, la France, en effet, vend des signes avec
ses produits. Acheter français, c’est voyager virtuellement en France.
Et l’image de luxe, d’élégance de douceur de la France fait vendre non
seulement des parfums et des vêtements mais aussi des automobiles, des
TGV et des Airbus. L’avenir de la France comme grande puissance
économique est donc lié plus que jamais à celui de son image. Il est
aussi fragile qu’elle. Or celle-ci est désormais gravement atteinte,
surtout dans le Pacifique, zone économiquement la plus dynamique du
monde. Un déclin économique brutal n’est pas impossible : la France
représente aujourd’hui 5 % du marché mondial mais moins de 1 % de la
population. Dans quarante ans, elle ne représentera que 0,5 % de la
population mondiale. Et, si elle n’y prend pas garde, pas beaucoup plus
de la production. On connaît des exemples de telles dégringolades : en
1965, l’Afrique avait un PNB supérieur d’un quart à celui de l’Asie du
Sud-Est. Il est aujourd’hui six fois inférieur !
Etre un acteur de l’Histoire demain, pour un pays comme la France,
c’est imaginer, produire, manipuler et transmettre des messages
créateurs de richesses et promoteurs d’une image.
Qu’est-ce qu’être un acteur de l’Histoire demain, pour un pays comme
la France ? C’est imaginer, produire, manipuler et transmettre des
signes, des messages créateurs de richesses et promoteurs d’une image.
La puissance future de la France tiendra donc bien davantage aux signes
qu’elle enverra aux autres, à ses innovations, à son intelligence (à
tous les sens du mot), à ses propositions, à son art, à sa capacité à
faire bifurquer l’Histoire par ses idées qu’à sa capacité à dissiper de
l’énergie.
En ce sens, la France dispose de tous les moyens de rester libre et
influente. Pour y parvenir, il appartient d’abord au président de
décréter l’arrêt immédiat de ces essais. En agissant ainsi, il
démontrerait qu’il sait reconnaître l’erreur de ses experts qui l’ont si
mal conseillé, et qu’il sait ce que valent la parole et l’image de la
France. Il pourrait sans se déjuger expliquer que nos ingénieurs
nucléaires ont fait des prouesses et qu’ils ont réussi à mesurer lors
d’un seul test tous les paramètres que, paresseusement, ils
s’apprêtaient à ne déchiffrer qu’avec plusieurs ! Cela ne manquerait pas
de grandeur. Et aucun spécialiste n’oserait soutenir que la dissuasion
nucléaire française n’est pas crédible. On verrait comme par miracle la
simulation se mettre en place sans autre exigence.
La France serait alors en excellente position pour influer sur
l’avenir en lançant une vaste campagne contre les deux principaux
dangers qui menacent le monde et dont nul ne s’occupe sérieusement : la
prolifération nucléaire et l’inégalité du développement entre le Nord et
le Sud.
La France pourrait d’abord proposer un véritable traité de
non-prolifération civile, c’est-à-dire l’arrêt de la production et de
l’usage civil du plutonium alors que, dans ce domaine-là aussi, elle
donne en ce moment le plus mauvais exemple. Elle pourrait simultanément
proposer la mise sous contrôle international des stocks existants de
plutonium ; le renforcement des contrôles du trafic international ; la
réparation des désastreuses centrales nucléaires de l’Est ;
l’organisation rationnelle du démantèlement des armes nucléaires
devenues excédentaires depuis les traités de désarmement. Prendre la
tête d’une telle campagne ferait de la France un acteur incontesté de
l’Histoire, tout en l’aidant à protéger son statut de puissance
nucléaire, civile et militaire. Cela engloutirait beaucoup moins de
ressources que ses ultimes essais et assurerait beaucoup mieux qu’eux la
défense du pays.
La France pourrait simultanément prendre l’initiative d’une vaste
campagne pour un développement égal autour de la Méditerranée. Elle
devrait pour cela proposer la création d’un vrai marché commun
méditerranéen, à l’image de ce que les Américains sont en train de
réussir dans les deux hémisphères avec le Nafta et le Mercosul. La
France pourrait, par la même occasion, reconnaître sa propre dimension
islamique et en tirer des conséquences politiques et culturelles, au
lieu de continuer à vivre avec un non-dit suicidaire, comme le montre si
tristement l’autre face de l’actualité.
Le président de la République a raison de vouloir conserver à la
France prestige et influence. A lui de comprendre que, en agissant comme
il le fait, il ne sert que les intérêts de ceux qui veulent voir
disparaître notre pays : on ne gagne pas une course en se tirant dans le
pied.
Jacques Attali
Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet.
Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express.
Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.
D) - Devons-nous tolérer les accidents nucléaires ?
Le coût de construction du nucléaire dans le monde depuis 1960
Chaque point représente un réacteur ou une moyenne de programme.
Survolez un point pour le détail.
https://lel.media/tool/evolution-du-cout-du-nucleaire/