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mai 12, 2026

Police de l’eau !!

💧 La protection de l’eau est d’intérêt général, mais la police de l’eau qui contribue à l’assurer est affaiblie par un droit complexe, des dérogations fréquentes, des moyens mal employés, des sanctions peu nombreuses. Des évolutions s’imposent.
 

La police environnementale de l'eau

UN DROIT À CLARIFIER, UNE ACTION À RENDRE PLUS EFFICACE POUR UNE RESSOURCE VITALE MIEUX PROTÉGÉE

L’eau fait partie du « patrimoine commun » de la nation au sens de l’article L. 210-1 du code de l’environnement et bénéficie à ce titre d’une protection particulière. Sous l’autorité du préfet et du procureur de la République, la police de l’eau veille à l’application effective des normes environnementales, parmi lesquelles le respect des obligations européennes incombant à la France en matière de préservation des milieux aquatiques. Elle instruit dans ce cadre les demandes relatives aux projets qui ont des impacts sur l’eau, contrôle le respect des normes et propose des sanctions lorsqu’elles sont enfreintes. Les usages de l’eau par l’ensemble des publics peuvent en effet générer des pollutions ou des modifications préjudiciables aux écosystèmes aquatiques et sont donc tous soumis à la police de l’eau. Or, aujourd’hui, moins de la moitié des masses d’eau de surface françaises se trouve dans un bon état écologique. Dans ce contexte, la Cour des comptes a conduit une évaluation, qui vise à apprécier l’utilité, l’efficacité et l’efficience de la police de l’eau. 

Une organisation complexe et une règlementation à clarifier pour une action mieux comprise et plus efficace

Plusieurs facteurs contribuent à rendre difficile l’exercice de la police de l’eau. Aux côtés des inspecteurs de l’environnement des installations classées (ICPE), dont environ un tiers seulement de l’activité est en lien avec la police de l’eau, les directions départementales du territoire (DDT) et l’Office français de la biodiversité (OFB) sont les acteurs du quotidien de la police de l’eau. Au-delà de cette organisation complexe, les objectifs qui sous-tendent l’intervention de ces agents ne font pas consensus. En effet, la police de l’eau ne protège de manière évidente ou immédiatement visible ni l’intégrité des personnes ni des valeurs sociales communes comme la sûreté, la propriété ou la santé publique : le décalage temporel entre les infractions et leurs conséquences dommageables pour les personnes et les biens n’en facilite pas la compréhension. De plus, l’accès à l’eau se situe à l’intersection de politiques publiques dont les objectifs peuvent être en opposition : l’objectif d’amélioration de la qualité de l’eau peut notamment se heurter à celui de maintien de l’emploi dans le secteur industriel ou de rendements à l’hectare élevés en matière agricole. Cette incompréhension peut déboucher sur des situations conflictuelles et donner lieu à des violences, comme ce fut le cas lors du mouvement agricole de 2024. Pourtant, les interdépendances entre biodiversité, eau, alimentation et santé sont aujourd’hui scientifiquement démontrés – comme le rappelle par exemple le rapport Nexus de l’IPBES de 2024. Une gestion durable de la ressource en eau et la prise en compte de tous ces enjeux exige des politiques et des actions capables de créer des synergies, maximisant les co-bénéfices pour la biodiversité, l’eau, le climat, ainsi que pour la santé et l’alimentation humaine plutôt que de maintenir, comme c’est le cas aujourd’hui, des incohérences, la multiplication des dérogations et la superposition des réglementations, toutes coûteuses et génératrices de complexité réglementaire. Une simplification et une mise en cohérence du droit applicable, à droit constant, sont donc indispensables.

Des moyens limités à mobiliser de manière plus efficace et efficiente

Confrontés à diverses tensions sur les moyens à leur disposition et à une complexification de leurs missions, les agents chargés de la police de l’eau sont conscients des faiblesses structurelles de leur intervention. L’analyse des moyens consacrés à la police de l’eau met de fait en lumière leur hétérogénéité en fonction des services et des territoires mais également leur étroitesse, en termes d’effectifs, inférieurs à ceux d’autres pays européens, et de moyens financiers, à l’image des 130 M€ de budget moyen annuel estimé, largement inférieur à d’autres missions régaliennes et sans commune mesure avec les enjeux connus de santé publique et de protection des milieux. Ces moyens insuffisants se traduisent par des missions imparfaitement réalisées et un déficit de pilotage, malgré les indéniables progrès accomplis ces dernières années. Pourtant, l’étude menée dans le cadre de la présente évaluation par la Toulouse School of Economics (TSE) met en lumière l’effet positif de la police de l’eau sur la préservation des milieux. Alors que les pressions anthropiques sur l’eau vont croissant, que leur impact sur la qualité et la quantité de la ressource se fait plus fort à mesure que le changement climatique s’accélère et face à l’absence d’amélioration significative de la qualité des masses d’eau, il est nécessaire de mener des politiques d’investissement attendues depuis longtemps et qui permettraient aux agents de dégager des gains d’efficience afin de mieux remplir leurs missions. Ces gains ne doivent évidemment pas être utilisés pour justifier des baisses d’effectifs d’ores et déjà insuffisants. De plus, l’approche cloisonnée entre politiques environnementale et agricole conduit à ne pas partager des outils pourtant utiles aux deux. Par exemple, les images satellites disponibles au sein des services du ministère de l’agriculture ne sont pas mis à la disposition des agents chargés de la police de l’eau, obligeant l’État à mobiliser d’autres méthodes moins efficaces.

Un renforcement des suites données aux contrôles pour mieux protéger la ressource 

En 2009, lors d’un précédent rapport sur le même sujet, la Cour recommandait de renforcer le caractère répressif de la police de l’eau mais en dix-sept ans, peu de choses ont évolué. Surtout, sans envisager un durcissement du droit que la Cour ne recommande pas aujourd’hui, elle observe que les sanctions, même lorsque les infractions sont dument constatées, tout particulièrement les sanctions administratives, ne sont que très rarement prononcées. Alors que l’on constate dans le champ judiciaire une intervention plus nette que par le passé, qui se concentre sur les infractions les plus lourdes et les plus nuisibles aux milieux aquatiques et en privilégiant les mesures alternatives aux poursuites, c’est par un recours accru à la police et aux sanctions administratives, avec une approche privilégiant l’intelligence des situations, la pédagogie, le suivi systématique des non-conformités et l’utilisation de toute la palette des suites (amendes, consignations, astreintes) qu‘une plus grande efficacité de la police de l’eau doit être recherchée. Le rôle des préfets est à cet égard déterminant, puisque c’est lui qui décide des suites données au constat des infractions. Outre le préalable d’une nécessaire clarification et simplification des normes applicables et d’une cohérence accrue entre politiques publiques, en veillant à utiliser les leviers importants que sont la pédagogie et la communication, les conditions pour aboutir à une plus grande effectivité du droit sont de deux ordres : conforter la coopération entre préfets et procureurs et donner instruction de mettre en œuvre des suites administratives avec détermination dans tous les territoires pour donner aux services le signal d’une évolution. Cela suppose une mobilisation conjointe de leviers variés articulés de manière cohérente, fondée sur des priorités claires et une volonté politique durable.

Bon état des eaux : 

la DCE définit le « bon état » d’une masse d’eau de surface lorsque l’état écologique (qui peut être classé de « mauvais » à « très bon ») ainsi que l’état chimique de celle-ci sont au moins « bons » Le bon état d’une eausouterraine est l’état atteint par une masse d’eau souterraine lorsque son étatquantitatif et son état chimique sont au moins « bons »


Contrôles conditionnalité PAC : 

le principe de conditionnalité soumet le versement de la plupart des aides communautaires du 1 er et du 2 ème pilier au respect des « exigences réglementaires en matière de gestion » (ERMG) et des « bonnes conditions agricoles et environnementales » (BCAE) Parmi les neuf BCAE, la BCAE 2 vise à protéger les zones humides (sur 10 % des zones humides) tandis que la BCAE 4 prévoit des bandes tampons de cinq mètres le long des tronçons hydrographiques


Cours d’eau : 

écoulement d’eaux courantes dans un lit naturel à l’origine, alimenté par une source et présentant un débit suffisant la majeure partie de l’année L’écoulement peut ne pas être permanent compte tenu des
conditions hydrologiques et géologiques locales (article L 215-7-1 du code de l’environnement)


Continuité écologique : 

sur un cours d’eau, absence d’obstacle d’origine naturelle (branchages) ou humaine (barrage, moulin, etc ), qui empêche la libre circulation de l’eau, des sédiments et des espèces végétales et animales La continuité écologique joue un rôle important pour le bon état des masses d’eau car la circulation naturelle de l’eau et des sédiments permet de filtrer les polluants, d’oxygéner l’eau et de limiter la prolifération d’algues ou de bactéries Par ailleurs, elle est importante en termes de biodiversité et de lutte contre les inondations


Eaux brutes : 

eaux superficielles ou souterraines telles qu’elles sont dans le milieu naturel avant d’avoir été traitées en vue d’un usage (par exemple en vue de la rendre potable)
Principales notions utiles en lien avec la police de l’eau

Eaux de surface : 

eaux continentales autres que souterraines, eaux de transition (deltas, estuaires) et eaux côtières Par opposition, les eaux souterraines sont toutes les eaux se trouvant sous la surface du sol


Forage : 

ouvrage ou pompe destiné à prélever des eaux souterraines (article L 214-1 et suivants du code de l’environnement) Un forage non conforme peut entraîner une pollution des nappes phréatiques


Inspecteurs de l’environnement :
 

agents commissionnés et assermentés exerçant des missions de police de l’environnement, c’est-à-dire chargés de rechercher et de constater les infractions au code de l’environnement (déchets, pollutions de l’eau, de l’air ou du sol, risques accidentels, etc ) Ils peuvent exercer leurs fonctions dans des services de l’État (DDT, DREAL, DDPP, etc ), à l’OFB ou dans les parcs nationaux Ils sont divisés en deux catégories : les inspecteurs de l’environnement eau et nature et les inspecteurs de l’environnement des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE)


Installations classées : 

installations qui peuvent avoir des impacts (pollution de l’eau, de l’air, des sols, etc ) et présenter des dangers pour l’environnement, la santé et la sécurité publique Il peut s’agir d’usines, de méthaniseurs agricoles, de stations-services, etc Elles sont encadrées par une réglementation spécifique, régie par le livre V du code de l’environnement, qui décline des régimes gradués selon la gravité des dangers et des nuisances, de la procédure de déclaration à celle d’autorisation (pour les plus dangereuses)


Masse d’eau :
 

découpage des milieux aquatiques destiné à être l’unité d’évaluation de la directive cadre sur l’eau Il s’agit d’une partie des eaux de surface, telles qu’un lac, un réservoir, une rivière, un fleuve ou un canal, une eau de transition ou une portion d’eaux côtières


Nomenclature IOTA : 

dans une logique préventive, la loi sur l’eau n° 92-3 du 3 janvier 1992 instaure une obligation de déclaration ou de demande d’autorisation pour les projets susceptibles d’avoir un impact sur la ressource en eau Cette règlementation portant sur les installations, ouvrages, travaux ou activités (IOTA) appelée nomenclature IOTA est au fondement de la police de l’eau Elle figure au tableau annexé à l’article R 214-1 du code de l’environnement
La police de l’eau se fonde sur cette nomenclature pour délivrer les autorisations et les assortir le cas échéant de prescriptions, générales ou spécifiques au projet


Plan d’eau : 

étendue d’eau douce continentale de surface, libre, stagnante, d’origine naturelle ou artificielle, de profondeur variable Ce terme recouvre les lacs, les retenues, les étangs, les gravières, les carrières, les marais


Politique de l’eau :
 

organisée à l’échelle de chaque bassin versant, politique de protection et de répartition de la ressource en eau entre ses différents usagers, dont les compétences sont partagées à chaque niveau entre l’État et les collectivités territoriales

Référentiel hydrographique : 

référentiel qui vise à décrire les entités hydrographiques présentes sur le territoire français afin de constituer un référentiel national


Schémas d’aménagement et de la gestion des eaux (SAGE) :
 

schémas constituant la déclinaison locale des schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) Les SAGE ne couvrent que la moitié du territoire national


Tronçon hydrographique : 

identifié et délimité par les agences de l’eau, le tronçon hydrographique est le découpage le plus fin d’un réseau hydrographique (rivière, ruisseau, fossé ou canal) Un tronçon hydrographique est défini par un point kilométrique amont et un point kilométrique aval mesuré à partir de l’exutoire/embouchure du cours d’eau sur lequel il est situé.


Zones humides : 

terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d’eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire, ou dont la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l’année (article L 211-1 du code de l’environnement) En matière de régulation de l’eau, elles assurent un rôle d’épuration naturelle, par la filtration de nombreux polluants, absorbent et stockent les excès temporaires d’eau, permettant ainsi de prévenir les inondations, et alimentent les nappes phréatiques Par ailleurs, elles constituent des réservoirs de biodiversité et des
puits de carbone


Zone de répartition des eaux :
 

territoire où les ressources en eau souterraine ou superficielle sont insuffisantes pour satisfaire tous les besoins, surtout en période de sécheresse ou de forte demande Ces territoires font l’objet de mesures particulières, afin de sécuriser l’alimentation en eau potable et d’assurer l’ensemble des activités économiques

 Recommandations

 Orientation n° 1 : clarifier la règlementation applicable en matière de police de l’eau afin qu’elle soit mieux comprise, appliquée et respectée


1. Achever et rendre opposable au plus tard en 2028 la carte unique du réseau hydrographique commencée en 2015, en assurant sa cohérence entre départements avec l’appui de l’IGN et d’un tiers de confiance scientifique (ministère de la transition écologique, ministère de l’agriculture, 2028).


2. Dans une perspective de fusion des référentiels hydrographiques utilisés dans le domaine agricole, expertiser dans le cadre de la révision de la prochaine PAC la faisabilité d’une transformation des zones de non traitement le long des cours d’eau en bandes enherbées de cinq mètres pour les bénéficiaires des aides de la PAC (ministère de l’agriculture, 2026).


3. À l’inverse de ce qui a été fait pour les cours d’eau, retenir une définition unique des zones humides dont l’inventaire devra être achevé en 2027 pour la mise en œuvre de l’ensemble des politiques publiques (ministère de l’agriculture, ministère de la transition écologique, 2027).


4. Confier au Conseil d’État une mission de clarification et de mise en cohérence des textes normatifs régissant les pouvoirs de police de l’eau (Premier ministre - secrétariat général du Gouvernement, 2027).

Orientation n°2 : favoriser une mobilisation plus efficace des moyens de la police de l’eau pour des contrôles plus utiles

5 . Pour des contrôles de la conditionnalité PAC permettant une mise en œuvre plus effective de la directive-cadre sur l’eau, déployer de nouveaux points de contrôle, notamment sur place et pour partie inopinés, tout en allégeant les contrôles documentaires (ministère de l’agriculture, ministère de la transition écologique, 2027).

6 . Donner aux inspecteurs de l’environnement un accès à tous les outils développés pouvant être utiles aux contrôles, parmi lesquels le système de suivi des surfaces agricoles en temps réel 3STR et les bases de données d’identification animales (ministère de la transition écologique, ministère de l’agriculture, 2027 ; recommandation réitérée et modifiée).

7. Mettre en œuvre un dispositif de rapportage national fiable et automatisé s’appuyant sur les logiciels métiers (ministère de la transition écologique, ministère de l’agriculture, ministère de l’intérieur, OFB, 2028).

8. À effectifs constants, renforcer le volume d’heures consacrées aux contrôles et à leurs suites en recourant à des leviers technologiques permettant des gains d’efficience (ministère de la transition écologique, ministère de l’agriculture, ministère de l’intérieur, ministère de l’économie et des finances, 2027). 
 
Orientation n°3 : renforcer les suites administratives, aujourd’hui très peu mises en œuvre, mais également la prévention et la pédagogie

9. Dans l’objectif de renforcer les suites données aux contrôles, prendre une instruction interministérielle sur la stratégie des contrôles en matière de police de l’eau et de la nature, assortie d’un guide détaillé permettant une meilleure gradation de ces suites (ministère de la transition écologique, ministère de la justice, ministère de l’intérieur, ministère de l’agriculture, 2026).

10. Renforcer les objectifs de formation des exploitants agricoles au respect de la règlementation environnementale applicable dans leurs exploitations dans le nouveau contrat d’objectifs et de performance du réseau des chambres d’agriculture (ministère de la transition écologique, ministère de l’agriculture, Chambresd’agriculture France, 2026).
 

mars 13, 2026

ÉNERGIE NUCLÉAIRE ...entre mensonges, corruption et réalité !

Sommaire:

A) - Effet Macron entre idéologie et réalisme !

B) - Nucléaire : Bruxelles reconnaît son « erreur stratégique »… mais les Européens paient encore l’addition

C) - Le champ du signe

D) - Devons-nous tolérer les accidents nucléaires ?

 

A) - Effet Macron entre idéologie et réalisme !

Nous avons le parc nucléaire le plus important au monde rapporté à notre population. 


 

Avec nos 57 réacteurs répartis sur 18 sites, nous produisons une électricité abondante, pilotable et décarbonée. 

Nous en exportons même massivement. 

C’est une immense fierté française. 

 

À Belfort en 2022, j’annonçais la relance de notre ambition nucléaire. 

Nous y sommes : 6 nouveaux réacteurs EPR2 vont être construits à Penly, Gravelines et au Bugey.

Le cap est tenu : produire davantage d’électricité en France pour renforcer notre souveraineté énergétique et soutenir notre réindustrialisation.

Emmanuel Macron

 

Cependant n'oublions pas ! 


La Banque mondiale n'a pas soutenu de projet nucléaire depuis 1959, en raison de l'opposition de Berlin.

Mais le vent tourne et le président de la Banque mondiale a déclaré mercredi que la Banque allait « réintégrer le secteur de l'énergie nucléaire » en partenariat avec l'Agence internationale de l'énergie atomique. L'industrie nucléaire espère que d'autres bailleurs de fonds multilatéraux, dont la Banque asiatique de développement, pourraient désormais suivre l'exemple. 

Un financement public moins coûteux est considéré comme essentiel à la construction de grandes centrales nucléaires, vulnérables aux retards et aux dépassements de coûts. L'année dernière, la Banque européenne d'investissement a ouvert la porte au financement de projets d'énergie atomique à la suite d'une campagne de lobbying réussie menée par de grands producteurs nucléaires, dont la France. Que de temps perdu.... ft.com/content/d80b68

Berlin vient de signaler à Paris que l'Allemagne ne bloquerait plus les efforts français visant à garantir que l'énergie nucléaire soit traitée sur un pied d'égalité avec les énergies renouvelables dans la législation €, selon des responsables français et allemands cités par le FT. 

Ce qu'il convient de qualifier de grand revirement intervient alors que Merz cherche à explorer les moyens pour l'Allemagne de rejoindre le bouclier nucléaire français afin de dissuader une future agression russe. La nouvelle position de l'Allemagne signifie par exemple que l'hydrogène produit à partir de l'énergie nucléaire devrait désormais être traité sur un pied d'égalité avec l'hydrogène issu de l'énergie éolienne ou solaire, mais surtout permettrait enfin d'ouvrir la voie aux aides d'État accordées par les gouvernements aux projets nucléaires, envoyant un signal à tout l'écosystème. Merz a également critiqué son prédécesseur Scholz pour avoir fermé les trois dernières centrales nucléaires allemandes, alors même que le pays était confronté à des prix énergétiques élevés. S'il n'envisage pas de rouvrir les centrales nucléaires, il s'est engagé à investir dans les nouvelles technologies, notamment les petits réacteurs modulaires et la fusion nucléaire. Si ces informations se confirment, l'Autriche resterait le seul État de l'UE strictement opposé à l'énergie nucléaire... ft.com/content/e99efa



B) - Nucléaire : Bruxelles reconnaît son « erreur stratégique »… mais les Européens paient encore l’addition

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a enfin osé le dire. Le 10 mars 2026, lors du Sommet mondial sur l’énergie nucléaire à Paris, elle a déclaré sans détour : « La réduction de la part du nucléaire était un choix. Avec le recul, c’était une erreur stratégique pour l’Europe de tourner le dos à une source d’énergie fiable, abordable et à faibles émissions. »

En 1990, un tiers de l’électricité européenne provenait du nucléaire ; aujourd’hui, à peine 15 %. Un aveu tardif, presque pathétique, qui arrive après des années de dogmatisme vert et de dépendance aux importations.

La confession de Bruxelles : trop peu, trop tard

Von der Leyen ne fait pas dans la demi-mesure. Elle reconnaît que l’Europe s’est volontairement affaiblie. La Commission propose désormais une stratégie dédiée aux Petits Réacteurs Modulaires (SMR), avec une garantie de 200 millions d’euros pour attirer les investissements privés. Objectif : premiers réacteurs opérationnels au début des années 2030.

On applaudit… mais on se souvient que pendant plus d’une décennie, Bruxelles a marginalisé l’atome, bloqué les financements directs, et suivi aveuglément l’idéologie anti-nucléaire venue d’Allemagne.

Ce revirement intervient alors que les tensions au Moyen-Orient font flamber les prix du pétrole et du gaz. L’Europe, « complètement dépendante » des importations fossiles volatiles, paie le prix de ses choix passés. Un mea culpa qui sent surtout la panique électorale et la nécessité de sauver la compétitivité industrielle.

Des factures explosées et une pauvreté énergétique qui touche des millions de foyers

Pendant que les eurocrates défendaient le « Green Deal » et les renouvelables intermittents, les ménages européens subissaient. Les prix de l’électricité sont « structurellement trop élevés » dans l’UE, comme l’admet aujourd’hui la Commission elle-même. Entre 2021 et 2023, la crise énergétique – amplifiée par la guerre en Ukraine et la dépendance au gaz russe – a fait exploser les factures. Des millions de familles sont tombées dans la précarité énergétique : chauffage coupé, lumières éteintes, sacrifices quotidiens.

Les industriels n’ont pas été épargnés. Les entreprises européennes paient leur énergie jusqu’à deux fois plus cher qu’aux États-Unis. Résultat : délocalisations, fermetures d’usines, perte d’emplois. La France, grâce à son parc nucléaire, a relativement résisté. Mais les pays qui ont suivi la voie allemande (sortie totale en 2023) ont payé le prix fort : blackouts évités de justesse, inflation galopante, et une dépendance accrue aux fournisseurs étrangers.

Bruxelles savait. Les experts français, les ingénieurs, les rapports internes alertaient depuis des années. On a préféré ignorer. Priorité à l’idéologie : sortir du nucléaire pour « sauver la planète ». Le peuple européen ? Accessoire.

La démagogie de l’UE : idéologie avant le bien-être des citoyens

Voilà le cœur du scandale : une Commission qui a sacrifié sa propre population sur l’autel du dogmatisme écologiste et du suivisme allemand. On a criminalisé le nucléaire (fiable, décarboné, souverain) au nom de Fukushima, tout en fermant les yeux sur les risques réels de pénurie et d’inflation.

C’est de la démagogie pure. Von der Leyen, ancienne ministre allemande sous Angela Merkel – celle-là même qui a lancé l’Energiewende –, ose aujourd’hui parler d’« erreur stratégique ». Où était cette lucidité quand les factures explosaient ? Quand les retraités choisissaient entre manger et se chauffer ? Quand les usines fermaient et que les emplois partaient en Chine ou aux États-Unis ?

L’UE n’a pas agi pour ses citoyens. Elle a agi contre eux, au nom d’une transition idéologique imposée d’en haut, sans débat réel, sans évaluation honnête des coûts humains et économiques. Le résultat : une Europe affaiblie, moins compétitive, plus vulnérable géopolitiquement. Et maintenant, un revirement de façade avec des SMR et 200 millions d’euros… quand les besoins se chiffrent en centaines de milliards.

Un sursaut possible ou une nouvelle hypocrisie ?

Les annonces vont dans le bon sens : neutralité technologique, soutien aux SMR, reconnaissance du nucléaire comme pilier de la souveraineté. Emmanuel Macron, qui porte ce combat depuis des années, a raison d’insister pour intégrer l’atome dans toutes les législations européennes.

Mais les Européens ont le droit d’être sceptiques. Après avoir sacrifié une décennie et des milliers d’emplois, Bruxelles va-t-elle enfin passer des paroles aux actes ? Ou va-t-on encore voir des oppositions (Allemagne, Autriche) bloquer tout progrès concret au nom du même dogmatisme qui nous a menés dans le mur ?


L’UE doit choisir : servir son peuple ou ses idéologies

Cet aveu de von der Leyen n’est pas une victoire. C’est un constat d’échec cuisant. L’Europe a tourné le dos à son atout majeur – le nucléaire – par démagogie verte et mépris des réalités.

Les citoyens paient encore le prix fort : factures élevées, précarité, perte de souveraineté.

Il est temps que Bruxelles arrête de considérer sa population comme une variable d’ajustement. Le nucléaire n’est pas un détail technique. C’est une question de survie économique, de pouvoir d’achat et d’indépendance nationale. Reconnaître l’erreur est un premier pas. La réparer vraiment, sans hypocrisie et sans délai supplémentaire, sera le vrai test. Les Européens attendent des actes, pas des discours.

https://multipol360.com/nucleaire-bruxelles-reconnait-son-erreur-strategique-mais-les-europeens-paient-encore-laddition/ 

 

C) - Le champ du signe

LA France est-elle encore un acteur de l’histoire du monde ? 

Telle est la grande question qui se cache en réalité derrière la bataille des essais nucléaires.

Depuis mille ans, la France s’était habituée à agir à sa guise et à influer sur le cours des principaux événements planétaires. En particulier sur le terrain militaire. Depuis cinq siècles, elle a participé à presque toutes les grandes guerres, qui ont occupé les deux tiers de ces années, dont neuf étaient « mondiales » en ce qu’elles impliquaient toutes les puissances du moment. Depuis cinquante ans, l’arme nucléaire lui a permis, grâce en particulier à la vision prémonitoire de Pierre Mendès France et du général de Gaulle, de maintenir sa liberté ainsi que son statut de grande puissance, légitimé par un siège de membre permanent du Conseil de sécurité et surtout par son quatrième rang au palmarès industriel du monde.

Or, depuis quelques années, la France a perdu de nombreux degrés de liberté et ses principaux leviers d’action sur le réel.

Avec la globalisation des marchés et l’accélération de la technologie de communication, le pouvoir n’est presque plus localisable. Entreprises et marchés sont comme des nomades virtuels, insaisissables. Et l’Etat, aussi puissant soit-il, « est pris » par les décisions plus qu’il ne les prend.

Avec le traité de Maastricht, la France a volontairement abandonné à l’Union européenne de nombreux pans de sa souveraineté en matière économique, monétaire et commerciale. L’apparition de la monnaie unique européenne, qui conduira inéluctablement au budget unique, donnera le coup de grâce à la souveraineté économique du pays.

Avec la chute du mur de Berlin, la France a involontairement abandonné à l’Allemagne le rôle de leader des relations, devenues essentiellement économiques, entre l’Est et l’Ouest de l’Europe. Et la disparition de la menace soviétique a rendu son armement nucléaire moins fascinant pour ses amis et moins crédible pour ses ennemis.

Dans ce contexte, la décision de reprendre les essais nucléaires au-delà des nécessités techniques, peu convaincantes, et des justifications stratégiques, contradictoires constitue avant tout dans ce monde devenu de plus en plus virtuel, un signe et un aveu. Le signe que la France cherche par tous les moyens à garder des espaces de liberté. Et l’aveu qu’elle n’a plus d’autre moyen pour le faire que de rompre unilatéralement des engagements internationaux qui la contraignent. Les adversaires des essais sont d’ailleurs tout autant de mauvaise foi puisque leur vraie bataille vise à refuser à la France l’exercice de cette liberté.

L’arrêt des essais en 1992 n’était pas une simple décision de politique intérieure, mais bien un acte de politique extérieure, ayant des conséquences sur les tiers ; et donc, en cela, liant tous les gouvernements ultérieurs du pays. En prenant sa décision, en considérant que les experts nucléaires avaient assez d’informations pour passer à la simulation, François Mitterrand a déclenché un processus planétaire conduisant à un moratoire général sur les essais et à la négociation d’un traité les interdisant.

Sa décision ne peut donc être considérée comme le seul exercice d’une liberté domestique dont on pouvait après lui se dédire. Qu’aurait-on pensé, par exemple, d’un président français qui serait revenu sur la décision de son prédécesseur annulant la dette de quelques pays pauvres ? Ou de François Mitterrand si, en 1988, il n’avait pas respecté les engagements pris quelques mois plutôt par Jacques Chirac à l’égard de l’Iran, engagements dont il n’était d’ailleurs pas certain de tout connaître ?

Par cette décision, la France perd le droit moral de s’opposer à la prolifération nucléaire, au moment où tant d’Etats et de groupes terroristes cherchent à se doter d’armes nucléaires, chimiques, bactériologiques ou radioactives. Si la prolifération ne peut être enrayée, la France en sera la première victime, car elle ne sera plus alors qu’une puissance nucléaire parmi vingt-cinq au lieu d’être un des membres du Club des Cinq, avec ses immenses privilèges.

Enfin, en agissant ainsi, elle fragilise sa place dans l’économie de demain. Comme les autres pays, la France, en effet, vend des signes avec ses produits. Acheter français, c’est voyager virtuellement en France. Et l’image de luxe, d’élégance de douceur de la France fait vendre non seulement des parfums et des vêtements mais aussi des automobiles, des TGV et des Airbus. L’avenir de la France comme grande puissance économique est donc lié plus que jamais à celui de son image. Il est aussi fragile qu’elle. Or celle-ci est désormais gravement atteinte, surtout dans le Pacifique, zone économiquement la plus dynamique du monde. Un déclin économique brutal n’est pas impossible : la France représente aujourd’hui 5 % du marché mondial mais moins de 1 % de la population. Dans quarante ans, elle ne représentera que 0,5 % de la population mondiale. Et, si elle n’y prend pas garde, pas beaucoup plus de la production. On connaît des exemples de telles dégringolades : en 1965, l’Afrique avait un PNB supérieur d’un quart à celui de l’Asie du Sud-Est. Il est aujourd’hui six fois inférieur !

Etre un acteur de l’Histoire demain, pour un pays comme la France, c’est imaginer, produire, manipuler et transmettre des messages créateurs de richesses et promoteurs d’une image.

Qu’est-ce qu’être un acteur de l’Histoire demain, pour un pays comme la France ? C’est imaginer, produire, manipuler et transmettre des signes, des messages créateurs de richesses et promoteurs d’une image. La puissance future de la France tiendra donc bien davantage aux signes qu’elle enverra aux autres, à ses innovations, à son intelligence (à tous les sens du mot), à ses propositions, à son art, à sa capacité à faire bifurquer l’Histoire par ses idées qu’à sa capacité à dissiper de l’énergie.

En ce sens, la France dispose de tous les moyens de rester libre et influente. Pour y parvenir, il appartient d’abord au président de décréter l’arrêt immédiat de ces essais. En agissant ainsi, il démontrerait qu’il sait reconnaître l’erreur de ses experts qui l’ont si mal conseillé, et qu’il sait ce que valent la parole et l’image de la France. Il pourrait sans se déjuger expliquer que nos ingénieurs nucléaires ont fait des prouesses et qu’ils ont réussi à mesurer lors d’un seul test tous les paramètres que, paresseusement, ils s’apprêtaient à ne déchiffrer qu’avec plusieurs ! Cela ne manquerait pas de grandeur. Et aucun spécialiste n’oserait soutenir que la dissuasion nucléaire française n’est pas crédible. On verrait comme par miracle la simulation se mettre en place sans autre exigence.

La France serait alors en excellente position pour influer sur l’avenir en lançant une vaste campagne contre les deux principaux dangers qui menacent le monde et dont nul ne s’occupe sérieusement : la prolifération nucléaire et l’inégalité du développement entre le Nord et le Sud.

La France pourrait d’abord proposer un véritable traité de non-prolifération civile, c’est-à-dire l’arrêt de la production et de l’usage civil du plutonium alors que, dans ce domaine-là aussi, elle donne en ce moment le plus mauvais exemple. Elle pourrait simultanément proposer la mise sous contrôle international des stocks existants de plutonium ; le renforcement des contrôles du trafic international ; la réparation des désastreuses centrales nucléaires de l’Est ; l’organisation rationnelle du démantèlement des armes nucléaires devenues excédentaires depuis les traités de désarmement. Prendre la tête d’une telle campagne ferait de la France un acteur incontesté de l’Histoire, tout en l’aidant à protéger son statut de puissance nucléaire, civile et militaire. Cela engloutirait beaucoup moins de ressources que ses ultimes essais et assurerait beaucoup mieux qu’eux la défense du pays.

La France pourrait simultanément prendre l’initiative d’une vaste campagne pour un développement égal autour de la Méditerranée. Elle devrait pour cela proposer la création d’un vrai marché commun méditerranéen, à l’image de ce que les Américains sont en train de réussir dans les deux hémisphères avec le Nafta et le Mercosul. La France pourrait, par la même occasion, reconnaître sa propre dimension islamique et en tirer des conséquences politiques et culturelles, au lieu de continuer à vivre avec un non-dit suicidaire, comme le montre si tristement l’autre face de l’actualité.

Le président de la République a raison de vouloir conserver à la France prestige et influence. A lui de comprendre que, en agissant comme il le fait, il ne sert que les intérêts de ceux qui veulent voir disparaître notre pays : on ne gagne pas une course en se tirant dans le pied.

Jacques Attali 
Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.
 


 

D) - Devons-nous tolérer les accidents nucléaires ?

15 000 € le kW. Sept fois plus que lors du plan Messmer de 1974. À force d’empilement de normes, le coût de construction du nucléaire a explosé en Europe et aux États-Unis. Tant pis pour nos factures, pour l’industrie et pour le climat. Pour changer les choses, il faut changer d’état d’esprit : accepter le risque.

Le nucléaire est devenu beaucoup trop sûr. Les accidents le concernant constituent un problème financier, pas un problème sanitaire. Et cette confusion, entretenue depuis des décennies par une partie de la classe politique, particulièrement en Europe, s’avère mortelle.
Sa permanence est liée à ce que Jack Devanney, ancien professeur au MIT, également concepteur principal et architecte du réacteur ThorCon (à sels fondus MSR), appelle les « 2 mensonges » contradictoires du complexe nucléaire. Le premier : tout rejet significatif de matière radioactive serait une catastrophe inacceptable. Le second : la probabilité d’un tel rejet est si faible que nous pouvons supposer qu’il ne se produira pas.
Ces 2 mensonges forment un véritable piège. Le premier justifie des dépenses illimitées pour prévenir l’accident. Le second berce le public dans une fausse sécurité. Et quand un rejet survient – comme c’est inévitable avec des milliers de réacteurs sur des décennies – la confiance est anéantie pour une génération.

L’argent qui tue

Nous vivons dans un monde de ressources limitées. L’argent dépensé pour sauver une vie devrait être à peu près équivalent d’un domaine à l’autre. Sauver une année de vie par la vaccination ou les ceintures de sécurité coûte entre 100 et 1 000 dollars. Dans le nucléaire, à cause de réglementations trop précautionneuses, nous dépensons plus de 2,5 milliards de dollars pour sauver une seule année de vie.
C’est une allocation catastrophique de ressources. La preuve que l’on peut faire autrement existe : la France l’a démontré.
Le plan Messmer a permis de construire 58 réacteurs à eau pressurisée en moins de 2 décennies, avec des durées de construction moyennes de 6 ans et un coût total estimé à 83 milliards d’euros (valeur 2010). Ce parc, standardisé et construit en série, fournit encore aujourd’hui près des 2 tiers de l’électricité française à un coût compétitif !
Aux États-Unis, les centrales bâties dans les années 1960, avant l’explosion réglementaire, produisaient de l’électricité à environ 3 centimes le kilowattheure en dollars constants – et elles fonctionnent toujours, plus de 50 ans plus tard, sans avoir blessé personne. À ces niveaux de coûts, le charbon aurait été balayé et une part énorme de la pollution aux particules fines aurait été évitée, sans parler des gigatonnes de CO₂ jamais émises. 
 


3 expériences grandeur nature

L’industrie nucléaire vit dans la terreur d’un rejet radioactif majeur. Pourtant, nous disposons de 3 « expériences » grandeur nature dont les résultats sont des plus rassurants, mais les conséquences très discutables.
Three Mile Island (28 mars 1979). À 4 h du matin, une panne des pompes d’alimentation en eau du circuit secondaire provoque l’arrêt automatique du réacteur n°2, mais une vanne de décharge coincée en position ouverte vide le circuit primaire de son eau de refroidissement sans que les opérateurs s’en rendent compte à cause d’une mauvaise indication en salle de contrôle. Cela entraîne une fusion partielle du cœur (environ 50 % du combustible fond), avec un dégagement de gaz radioactifs et la formation d’une bulle d’hydrogène, mais sans explosion.
Le scénario redouté s’est produit à cause d’une succession d’erreurs humaines. Pourtant, on ne déplore… aucun blessé. Quant à la dose moyenne de radiation reçue par la population, elle n’a pas dépassé 0,015 mSv, soit moins qu’un vol transatlantique.
Fukushima (2011). Un rejet 100 000 fois plus important que TMI. Quinze ans plus tard, là encore, le bilan est sans appel. En 2021, le Comité scientifique des Nations unies sur les effets des rayonnements atomiques (UNSCEAR) n’a identifié aucun préjudice sanitaire lié aux radiations parmi la population. Sans évacuation, peu de membres du public, voire aucun, n’aurait reçu 2 mSv ou plus en une journée. Quant à la possibilité d’une augmentation des cancers liée à des débits de dose bien inférieurs à 20 mSv/jour, même lorsque ces débits ont été subis pendant des décennies, elle a été invalidée. Même les travailleurs de la centrale, dont certains ont passé des heures dans les salles de contrôle situées à quelques mètres des réacteurs percés et en fusion, n’ont pas présenté d’effets sanitaires détectables après plus de dix ans de suivi.Leurs analyses sanguines ne montrent aucune différence avec la population masculine japonaise en bonne santé.
Tchernobyl (1986) reste un cas à part dans l’histoire des accidents nucléaires. Il résulte avant tout d’un système soviétique défaillant à tous les niveaux : le réacteur RBMK présentait un coefficient de vide positif, un défaut de conception connu qui rendait l’installation instable à basse puissance. Il était par ailleurs dépourvu d’enceinte de confinement étanche, si bien que lorsque le toit a sauté, le cœur du réacteur s’est retrouvé à l’air libre. L’essai de sécurité qui a précipité la catastrophe a été réalisé en violation flagrante des procédures, par des opérateurs insuffisamment formés, dans un contexte où les alertes remontaient mal. Cet accident était évitable, et cette technologie spécifique est aujourd’hui interdite de construction.
Le rejet radioactif de Tchernobyl fut de 9 à 140 fois plus important que celui de Fukushima. Sur les 134 personnes hospitalisées pour syndrome d’irradiation aiguë, 28 sont mortes dans les mois suivants dans d’horribles conditions, auxquelles s’ajoutent 2 décès lors de l’explosion elle-même.
Parmi les quelque 600 000 liquidateurs qui se sont relayés sur le site dans les années suivantes, les études épidémiologiques ont mis en évidence une augmentation modeste de certains cancers (notamment la leucémie chez les plus exposés) et de cataractes.
Cependant, le bilan sanitaire va au-delà de ces chiffres immédiats. L’effet le plus clairement documenté concerne les cancers de la thyroïde chez les enfants et adolescents exposés : selon les données compilées par l’UNSCEAR jusqu’en 2015-2018, près de 20 000 cas ont été enregistrés entre 1991 et 2015 chez les personnes âgées de moins de 18 ans en 1986 dans les zones touchées (Biélorussie, Ukraine et régions russes les plus contaminées), dont environ un quart (soit 4 800 à 5 000 cas) sont attribuables à l’exposition à l’iode-131. Bien que la mortalité liée à ces cancers reste faible – une quinzaine de décès confirmés dans les premières décennies, grâce à un dépistage précoce et à des traitements efficaces –, ces milliers de cas ont entraîné des opérations chirurgicales répétées, des traitements à vie, des hypothyroïdies iatrogènes et des souffrances physiques et psychologiques importantes pour de jeunes patients.
Concernant les décès à long terme, le consensus des organismes internationaux (UNSCEAR, OMS, AIEA, Forum Tchernobyl de 2005-2006) en projette environ 4 000 supplémentaires attendus sur la durée de vie des populations les plus exposées – liquidateurs de 1986-1987, évacués et résidents des zones les plus contaminées –, incluant les cas d’ARS, une quinzaine de décès par cancer de la thyroïde et environ 3 900 cancers ou leucémies radio-induits. Cette estimation reste conservatrice, limitée aux groupes les plus irradiés, et l’augmentation reste statistiquement difficile à distinguer du bruit de fond des cancers spontanés. Mais, encore une fois, évoquer les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, c’est bien davantage éclairer l’incurie d’un système soviétique persuadé de sa toute puissance et de son infaillibilité, malgré l’incompétence flagrante des responsables de la centrale, que les dangers de l’atome.
Par ailleurs, d’autres accidents industriels majeurs entraînent bien plus régulièrement des blessés et des morts. En France, le 21 septembre 2001, l’usine chimique AZF explose à Toulouse et fait 31 morts et 2 500 blessés, en plus de dévaster une bonne partie de la ville. Un drame aux conséquences humaines immédiates infiniment supérieur aux accidents ayant touché des installations nucléaires.

Le dogme au cœur du système

Alors pourquoi avons-nous si peur des radiations ? Sans doute à cause du modèle Linéaire Sans Seuil (LNT), qui considère le postulat envisageant que chaque dose de radiation, aussi infime soit-elle, provoque des dommages proportionnels à une dose massive. Suivre cette logique revient à affirmer que prendre une aspirine par jour pendant un an serait aussi mortel qu’avaler 365 aspirines d’un coup.
Le LNT ignore un fait biologique fondamental : nos cellules savent réparer les conséquences des radiations. La vie a évolué alors qu’elles étaient bien plus intense qu’aujourd’hui. La nature nous a dotés de systèmes de reconstruction de l’ADN remarquablement efficaces, développés à l’origine pour gérer les dommages métaboliques internes – qui abiment notre ADN à un rythme au moins 25 000 fois supérieur au taux de rayonnement naturel moyen.
Les Académies françaises des Sciences et de Médecine l’ont confirmé dans un rapport conjoint en 2005 : le dogme LNT est invalidé par la capacité de réparation cellulaire. Elles confirment l’absence d’effet cancérigène en dessous de 100 mSv reçus en dose flash. Le débit fait toute la différence : la biologie n’est pas une simple addition.
Ce que les Académies valident sur le plan des principes, les données empiriques le confirment également sur le terrain. Au Kerala, en Inde, la radioactivité naturelle atteint jusqu’à 60 mSv/an dans certaines zones.
Une étude portant sur près de 70 000 personnes suivies pendant plus de 10 ans n’a montré aucune hausse de cancer. Le risque relatif du groupe le plus exposé était même légèrement inférieur à celui de ses voisins moins irradiés. L’étude, mise à jour en 2021 avec un échantillon élargi à près de 150 000 personnes confirme ces résultats avec des marges d’erreur considérablement réduites.
Les données réelles montrent qu’aucune hausse des cancers n’est détectable en dessous de 20 mSv/jour – soit 7 000 fois la limite légale de 1 mSv/an.

Les évacuations qui tuent

C’est le LNT qui a motivé l’évacuation de 160 000 personnes à Fukushima alors que personne n’aurait reçu plus de 50 mSv la première année en restant sur place. Cette panique a tué plus de 50 personnes âgées en quelques jours. Au total, les décès liés à l’évacuation et à l’exil dépassent les 2 300 dans la seule préfecture de Fukushima. Zéro mort par radiation. Des milliers de morts par la peur.
Et les conséquences ne s’arrêtent pas là. Quand le Japon a fermé l’ensemble de ses réacteurs après l’accident, le prix de l’électricité a bondi d’environ 40 %. La consommation hivernale a chuté de 15 %, entraînant selon une étude de Neidell et al.environ 310 décès supplémentaires par an liés au froid. Au-delà de ces réglementations paranoïaques et de ces évacuations meurtrières, c’est l’explosion des coûts de construction et l’effondrement du nombre de nouvelles centrales qui constituent la conséquence la plus dévastatrice du LNT.
La peur du nucléaire a fait prospérer le charbon et tué des millions de personnes.

L’honnêteté de l’aviation

Nous acceptons des risques négligeables tous les jours. L’aviation commerciale est considérée à raison comme sûre, et pourtant des avions s’écrasent parfois. Quand cela arrive c’est tragique.
Mais nous ne clouons pas les avions au sol et nous ne rendons pas le billet inabordable pour vendre un risque zéro. L’industrie aéronautique est honnête sur le risque. Elle va jusqu’à installer des boîtes noires (enregistreur de vol et enregistreur de conversations) dans chaque appareil, conçues pour survivre à un crash qui tue tout le monde à bord – reconnaissant ouvertement que de tels événements se produiront.
Le nucléaire doit adopter cette même honnêteté. L’objectif ne doit pas être d’empêcher tout rejet radioactif, mais d’avoir la capacité de gérer les conséquences d’un rejet éventuel par une régulation appropriée.
Si un accident survient, l’opérateur doit indemniser automatiquement et immédiatement les riverains exposés. Un confinement doit être réalisé s’il s’avère nécessaire, mais l’évacuation de zones où les doses de radiation sont infimes ne peut se justifier. Et rappelons que les pires rejets de centrales construites depuis les années 1960 ne tuent personne.
 

 Je t’aime, je ne t’aime plus. Entre le nucléaire et la Belgique, la romance est tumultueuse. Car depuis plus de 25 ans, l’idéologie se fracasse contre le mur de la réalité. Mais à force de désamour, la séparation pourrait bien être subie plutôt que choisie.
 

L’urgence morale

Les chiffres donnent le vertige. Les centrales américaines des années 1960 coûtaient moins de 1000 €/kW en euros constants 2025. Le plan Messmer a livré le parc français à environ 2 200 €/kW. L'EPR de Flamanville, après 17 ans de chantier, atteint près de 15 000 €/kW. Les futurs EPR2, présentés comme un retour à la raison, sont estimés à 7 800 €/kW, et même 10 800 €/kW par la cour des comptes - 5 fois le coût raisonnable. Pendant ce temps, la sûreté française exige une probabilité de fusion du cœur de 10⁻⁷ par an et par réacteur, soit un accident tous les 10 millions d'années par réacteur. Tant que chaque pico sievert évité est censé « sauver des vies » au nom du modèle linéaire sans seuil, cette spirale n'a aucune raison de s'arrêter.
En revenant à la science et en libérant le nucléaire de ses entraves réglementaires, ses coûts peuvent s’effondrer et rendre le charbon obsolète, tout en éradiquant la pollution aux particules fines, permettant de sauver de très nombreuses vies chaque année et de faire chuter les émissions de CO₂.
Il y a 15 ans, le tsunami du Tōhoku a tué près de 20 000 personnes en quelques heures. La centrale nucléaire de Fukushima, elle, n’en a tué aucune par radiation. Pourtant c’est le nucléaire qui a été condamné. Il est temps de rétablir la vérité – et de mesurer le coût monstrueux de ce mensonge.
 
Edouard Hesse 

 

 

 

 

 

Le coût de construction du nucléaire dans le monde depuis 1960

Chaque point représente un réacteur ou une moyenne de programme. Survolez un point pour le détail. 


 https://lel.media/tool/evolution-du-cout-du-nucleaire/

 

 

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