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février 13, 2026

Peter Thiel: La démocratie est incompatible avec la liberté et le capitalisme via Jacques Attali !

La Silicon Valley, l'Antéchrist et l'avenir de l'Europe. 

Pourquoi Peter Thiel, cofondateur de PayPal, Facebook et Palantir, est-il venu à Paris donner une conférence à l'Institut de France sur l'Antéchrist ? 

Selon cet Allemand, devenu citoyen américain après avoir acquis la nationalité néo-zélandaise, la démocratie est incompatible avec la liberté et le capitalisme. Pourtant, à ses yeux, les deux sont nécessaires au progrès scientifique et technique, qui permettra un jour à l'humanité de s'affranchir des contraintes de la rareté, d'atteindre l'immortalité et d'instaurer le Royaume de Dieu sur Terre. 

 


 

S'appuyant sur une lecture très personnelle des Évangiles, Thiel en déduit que tout ce qui entrave le progrès scientifique et technique mènera à la victoire du Mal absolu, qu'il nomme l'Antéchrist, et imposera à terme une gouvernance mondiale totalitaire, hostile au progrès, conduisant à une catastrophe planétaire, l'Apocalypse. 

En réalité, son analyse du concept d'Antéchrist est très superficielle. Il caricature à la fois la conception juive du rôle du Mal dans l'Histoire (selon laquelle le Mal est toujours temporaire et provoque toujours un sursaut salutaire) et la conception chrétienne (pour laquelle le Mal absolu, appelé Antéchrist, est un simulacre du Bien, promettant ordre, paix et sécurité, tout en détruisant en réalité la valeur principale, la liberté). 

Pour Thiel, toute tentative de gouvernance mondiale serait une manifestation de l'Antéchrist, car il s'agirait d'un pouvoir imitant le Bien, promettant le salut en échange de la soumission et niant en réalité la dignité humaine. Pour lui, comme pour nombre de ses pairs de la Silicon Valley, les gouvernements, quels qu'ils soient, ont déjà provoqué une stagnation scientifique et technologique de longue durée par leur ingérence, et nous devons maintenant nous en débarrasser afin de développer toutes les technologies sans entrave, en particulier celles qui contribueront à détruire les pouvoirs étatiques, les banques centrales et toutes les normes mondiales, financières et écologiques. Pour ces personnes, toute prudence face à l'innovation, toute limite à l'artificialisation et à la robotisation, sont inacceptables. 

Ce retour de l'Antéchrist via la Californie n'est ni folklorique ni fortuit : il est le symptôme de l'ambition démesurée d'un groupe social très puissant, celui des GAFA et de la Silicon Valley. Maîtrisant l'IA, les biotechnologies et les neurosciences grâce à des ressources financières quasi illimitées, ces individus s'arrogent désormais la légitimité de mener un projet civilisationnel et de donner un sens à la condition humaine. Ils empruntent donc le vocabulaire de la théologie et parlent d'innovations de rupture comme d'autres parleraient de miracles ; et de valorisations boursières comme d'autres invoqueraient des manifestations de la Providence. De cette manière, ils tentent habilement de mettre le retour de la religion à leur service. 

Confrontés à la difficulté de décrire simplement leur vision positive de la transcendance, leur Parousie, ils fondent leur théologie sur la dénonciation d'ennemis, qu'ils présentent comme les incarnations de mythes négatifs : l'Antéchrist, l'Apocalypse, l'Extinction, la Guerre finale. D'où la résurgence de la pensée de René Girard, pour qui l'Antéchrist est celui qui promet la paix par l'égalité des droits et des conditions de vie, et qui, au contraire, provoque une violence généralisée par une standardisation suicidaire. Ils exigent donc que nous nous résignions à toutes les inégalités, que nous remettions tout le pouvoir aux scientifiques, aux fabricants de nouvelles technologies et aux entrepreneurs capitalistes – autrement dit, à eux-mêmes. 

 En effet, si la Silicon Valley peut légitimement se targuer de contrôler désormais les flux financiers et informationnels, de définir la perception du réel et du vrai, et de s'accaparer une part croissante de ce qui était autrefois la souveraineté nationale, elle est incapable de répondre à une question simple : au nom de quoi agissons-nous ? Tout ce qu'elle sait, c'est que, pour beaucoup, le « progrès » ne suffit plus comme justification morale, puisqu'il engendre l'injustice et détruit la nature. Aussi, pour légitimer leur pouvoir, les maîtres de la Silicon Valley invoquent-ils la fin des temps et appellent à une lutte existentielle contre l'Antéchrist, figure choisie pour désigner l'État et ses dirigeants. En réalité, et plus prosaïquement, tout cela ne sert qu'à donner un vernis philosophique et religieux à leurs luttes économiques (réglementation contre innovation) et politiques (État contre technologues), et à transformer, par des transgressions constantes, un affrontement de pouvoirs en une lutte civilisationnelle. 

Ce n'est pas totalement absurde. Et leurs arguments ne sont pas dénués de fondement : la démocratie et le marché ne suffisent pas à définir un projet de société ; ce ne sont que des bricolages institutionnels ; ils ne peuvent offrir un idéal humain. Et si nous ne parvenons pas à les imprégner de valeurs bien plus élevées, ils seront tous deux emportés par l'individualisme tyrannique des puissants du numérique. 

Particulièrement en Europe : pour survivre, l'Europe ne peut se contenter d'une rhétorique technocratique.

Elle doit énoncer les valeurs qu'elle entend défendre, protéger et reconquérir. Le marché ne suffit pas à définir un idéal. La démocratie non plus : la notion de république ne saurait être généralisée aux pays européens qui ne le sont pas ; le patriotisme continental n'existe pas en tant que tel ; la civilisation judéo-chrétienne ne saurait constituer une valeur suffisante dans les pays laïques ; la seule protection du patrimoine matériel et naturel du continent ne saurait former un idéal inspirant. Il ne reste plus que la défense des droits sociaux, des droits humains et des libertés fondamentales, à laquelle il faut ajouter le goût du risque, le refus de la peur et une quête acharnée d'une souveraineté libératrice. 
 
Tel doit être l'idéal européen : ni Antéchrist ni Messie, simplement une sorte de paradis terrestre imparfait, qui doit se défendre, réparer les injustices dont il est encore accablé et élever son idéal. 
 
Jacques Attali 

 
est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.
 
 
Image : L'Antéchrist écoutant les paroles de Satan, par Luca Signorelli. Les Actes de l'Antéchrist, vers 1505.

 

janvier 16, 2026

Français, soyons excellents ou nous disparaitrons et Sommes-nous prêts à payer le prix de la souveraineté ?! Jacques Attali

Français, soyons excellents ou nous disparaitrons !

Même le plus fieffé des optimistes ne peut nier que l’Europe, entourée de prédateurs, n’est pas à la hauteur des enjeux : on y travaille beaucoup moins qu’ailleurs, les retraités y sont mieux traités que les actifs, peu d’entreprises nouvelles y surgissent ; les innovateurs la quittent ; les entreprises étrangères y investissent très peu dans les domaines de pointe ; on y fait de moins en moins d’enfants ; on y forme beaucoup moins d’ingénieurs que sur tous les autres continents.  Et c’est particulièrement vrai en France, qui ressemble maintenant à un camion fou lancé dans une grande descente, avec quatre ou cinq chauffeurs sans permis se disputant le volant.


Sans aligner trop de chiffres, juste quelques-uns : quand la Chine consacre 9% de son PIB à la recherche et l’innovation, et l’Allemagne et le Japon plus de 3,5%, la France est, pour la première fois depuis 1981, en dessous de 2%. Quand le Japon et l’Allemagne, pays vieillissants s’il en est, consacrent 9, 5% de leur PIB au financement des retraites, la France y consacre 15% et bien plus si on tient compte de toutes les dépenses associées à l’âge.  En France, on part à la retraite trois ans avant les autres pays européens qui sont d’ailleurs en train d’augmenter encore l’âge de départ ; et près de la moitié de la dette publique française est liée à la mauvaise gestion des retraites, à un moment où le système scolaire est aux abois, les hôpitaux au bord de la faillite et où la natalité s’effondre, rendant impossible de financer durablement les retraites à leurs niveaux actuels. Quand l’Allemagne fait le plein de ses écoles d’ingénieurs, la France a le plus grand mal à trouver des candidats, et surtout des candidates, pour remplir les siennes. Quand les autres pays ont un gouvernement, avec un budget, des priorités claires et un horizon suffisamment éclairci pour que les entrepreneurs aient un peu envie d’investir, il faudrait être fou pour investir en France, pays qui n’a pas de budget, dont le gouvernement   abandonne ses rares  réformes  courageuses pour durer quelques jours de plus, où  tous les partis   se contentent de promesses démagogiques,  de  concessions insensées à tous les groupes d’intérêt,  où   on en  est à désigner des boucs émissaires , où  les palinodies d’un parlement balkanisé   participent d’un suicide collectif.  Et où il n’y a plus personne pour indiquer un cap et s’y tenir.

Pas étonnant alors que la démocratie, et les élites qui ont conduit à ce désastre, soient remises en cause ; et que beaucoup en viennent à penser qu’un gouvernement autoritaire, ou au moins illibéral, débarrassé des technocrates, ne ferait pas pire et au moins mettrait de l’ordre.  Pas étonnant non-plus que les partis qui prônent cela soient à la fois xénophobes, antieuropéens, nationalistes et populistes.

L’avenir est alors tout tracé : une victoire à venir du Rassemblement National, qui assumera la volonté de faire de la France un pays isolé, moyen, sans volonté d’excellence et de puissance, un pays qui se flattera d’être gouverné par des gens non diplômés parce que les super diplômés auront montré leur incompétence. Car le programme de ce parti se résume, quoique disent ceux qui le dirigent, à : « Plus d’impôt. Moins d’étrangers.  Moins de travailleurs.  Moins d’Europe. Moins d’excellence ». Sa mise en œuvre, applaudie par les retraités et par tous les nostalgiques d’une France imaginaire, ne fera qu’aggraver la crise financière du pays. Les élites en partiront, les investisseurs et les chercheurs étrangers en feront autant. La dette publique augmentera. Jusqu’à ce que les marchés, ou le FMI, ou Bruxelles, viennent rappeler le réel, comme ils l’ont fait à d’autres pays, qui y ont laissé la moitié de leur niveau de vie.

Et c’est ce qui attend la France dans moins de dix-huit mois. Par la faute de ceux qui n’ont pas eu le courage, depuis tant d’années, d’entreprendre les réformes nécessaires, en préférant jouir du pouvoir plutôt que de s’en servir pour porter plus haut le pays. Et de tous ceux qui, aujourd’hui, lâchement, rallient les puissants à venir, pour ne pas perdre leurs privilèges.

On a encore la possibilité de réagir. De ne pas se résigner. De ne pas prendre acte d’une étrange défaite.  De mettre en avant une jeunesse magnifique, qui ne demande qu’à se mettre au travail   et à s’ouvrir au monde, ; qui enrage de voir la place laissée aux rentiers de toutes nature, retraités ou employés  surnuméraires d’administrations pléthoriques, alors qu’on manque tant d’ingénieurs, de professeurs, d’infirmières, d’ouvriers qualifiés, de médecins, de policiers, de paysans, et de tant d’autres métiers vitaux pour l’avenir du pays  et en particulier pour affronter les problèmes environnementaux de demain.  Cela suppose des réformes courageuses. Par exemple, les retraités doivent accepter de voir leur part du revenu national baisser, et vivre en dépensant leur patrimoine, lorsqu’ils en ont un, et pas des impôts payés par ceux qui travaillent. Et il faut bien accueillir et très bien intégrer un grand nombre d’étrangers, soigneusement choisis, pour ne pas disparaître.

Il ne reste pas beaucoup de temps pour réagir. Pour donner le pouvoir aux plus jeunes. La réponse n’est sûrement pas dans les partis actuels, qui ne proposent rien et ne pensent qu’à continuer à profiter des prébendes publiques. Elle est dans un sursaut des entreprises, des associations, des syndicats, des chercheurs, des jeunes, des gens de bonne volonté, qui croient encore que la France et l’Europe doivent viser l’excellence et rester, pour cela, ouvertes au monde. C’est parmi eux que se trouvent les sources d’un éveil. En espérant qu’il ne tarde pas trop.

http://www.attali.com/societe/francais-soyons-excellents-ou-nous-disparaitrons/ 


Sommes-nous prêts à payer le prix de la souveraineté ?

Depuis quelques mois, chacun a compris l’importance de ne pas dépendre d’une source unique de produits agricoles, d’énergie, de matières premières, de composants, d’armement. Et de bien d’autres choses. Aux États-Unis, en Europe, en Chine, a commencé la chasse aux dépendances. Personne, nulle part en Occident au moins, ne veut plus se trouver en situation d’avoir besoin d’attendre l’accord des Chinois pour avoir les aimants nécessaires à son industrie automobile. Aucun industriel chinois ne veut plus dépendre des microprocesseurs graphiques et des plateformes de calcul fabriqués par Nvidia. Aucune entreprise américaine ne veut plus dépendre des Chinois pour les terres rares et les matériaux critiques. Les Européens réalisent la sujétion dans lesquels ils se sont placés en n’ayant aucun acteur sérieux dans les messageries numériques, les monnaies digitales, les centres de données et les matériaux critiques, sans compter leur vieille dépendance aux énergies fossiles venues d’ailleurs.  Aucun de ces pays ne veut dépendre d’autres pour se nourrir. Beaucoup de ces pays, pour d’autres raisons, souhaitent réduire leur dépendance à l’égard des travailleurs étrangers, sans qui, pourtant, la plupart des tâches essentielles, invisibles, sans laquelle aucune société ne pourrait fonctionner, ne seraient pas remplies.  Enfin, dépendance ultime, nous sommes souvent, consciemment ou non, dépendant de gens que nous laissons mourir pour nous, au travail ou au combat, sans trop vouloir les voir, parce qu’ils sont loin, porteurs de notre honte, combattants ukrainiens dans les tranchées du Donbass ou travailleurs ouïghours dans les ateliers de Shein.

Quel prix serions-nous prêts à payer pour échapper à ces dépendances ?

D’abord, la souveraineté est inflationniste. C’est très évident, quand elle se manifeste par des droits de douane, qui visent à réduire l’incitation à acheter des produits étrangers. Tout aussi évident quand il s’agit de se priver de travailleurs étrangers sur notre sol, ou des produits fabriqués par des travailleurs étrangers surexploités chez eux. Tout aussi évident quand il s’agit d’assurer la production des produits agricoles vitaux. Un peu moins évident quand il s’agit de diversifier nos sources d’approvisionnement en matériaux critiques, en terres rares, en composants électroniques, en microprocesseurs, en sources d’énergie fossile. Moins encore évident, mais tout aussi réel quand il s’agit d’investir pour se doter de ressources et d’usines sur le sol national recyclant des matériaux déjà utilisés, ou développant des sources nouvelles d’énergie, ou des installations de raffinage de matériaux très largement disponibles à l’état brut, mais raffinés pour l’essentiel aujourd’hui en Chine. Déjà, aux Etats-Unis, l’inflation revient, en raison de cette obsession antichinoise, principale menace à la souveraineté américaine, et en raison d’une politique anti-immigré faisant apparaitre la dépendance totale de l’économie américaine aux 31 millions de travailleurs nés à l’étranger, dont près de la moitié sont encore en situation irrégulière et dont dépendent toutes les industries et tous les services américains. On peut donc s’attendre à ce que la question de l’inflation, c’est-à-dire du pouvoir d’achat pèse plus que jamais dans les prochaines échéances électorales aux États-Unis et, dans une moindre mesure, en Europe.

Ensuite, la souveraineté est fiscalement coûteuse : pour être souverain, il faut se lancer dans des investissements très lourds, que le secteur privé ne trouvera pas toujours utile d’initier. Il faudra en particulier que le secteur public insiste pour que se développent des centrales nucléaires, mobiles, grandes ou très grandes, qu’il fasse ce qu’il faut pour aider les entreprises privées à automatiser les productions qu’elles ne pourront plus sous-traiter à des travailleurs étrangers.  Plus généralement, il faudra que l’État intervienne plus activement par des réglementations pour inciter à consommer des produits locaux et pour imposer aux productions étrangères des barrières, tarifaires ou non. La souveraineté supposera des impôts supplémentaires ou des choix budgétaires exigeants.

Ensuite la souveraineté est géopolitiquement contraignante. Elle oblige à diversifier ses alliances, à multiplier ses sources d’approvisionnement, à prendre garde à ses ennemis, même parmi ses alliés.

Enfin, la recherche de souveraineté est militairement exigeante : Pour être réellement souverain, il faut que ses armements soient produits nationalement, ou au moins par des alliés fiables, ne pas dépendre d’eux, ou au moins pas d’un seul, pour les renouveler, pour disposer de pièces de rechange, et pour en avoir un droit d’usage plein et entier. Plus encore, il n’y a pas de véritable souveraineté sans préparation au combat. En clair, on ne peut pas être souverain, ultimement, si on n’est pas prêt à mourir pour la liberté de ses enfants.  Qui y est prêt, aux États-Unis, où plus grand monde veut accepter d’engager des troupes sur les théâtres extérieurs d’opération ?   En Europe, où l’idée de mourir pour Kiev ou Vilnius n’enthousiasme personne ? Sauf en Chine, ou le patriotisme semble encore indiscuté ?

Oui, la liberté a un coût. Mais elle rapporte aussi un bénéfice :  Sur le terrain économique, ce sont les nations ayant les premières pris conscience d’un risque de manque et ayant eu la force d’y répondre qui ont développé les technologies de remplacement de ces manques : Les Provinces-Unies, avec l’industrie des colorants, quand elles étaient trop dépendantes des céréales. La Grande-Bretagne avec l’industrie du charbon fossile, quand les sources d’énergie antérieures se sont taries.  Plus largement, la lutte contre les raretés, et la recherche de la souveraineté ont été à la source de la plupart des innovations majeures et des alliances des deux derniers millénaires ; elle peut   encore, aujourd’hui, conduire, en Europe, à un sursaut scientifique et technologique et au rassemblement   de nations comprenant que leur souveraineté   passe par un altruisme rationnel à l’égard de leurs alliés.

Mal pensée, la recherche de souveraineté conduira à la récession, à l’inflation, à la xénophobie, à la dictature et à la guerre, comme cela s’annonce dans toutes les tentatives national-populistes qu’on voit fleurir aujourd’hui   aux États-Unis, en Europe et en Asie.

Bien pensée, la volonté d’être souverain peut être l’occasion de rapprochements entre voisins pour penser ensemble un monde plus dynamique, plus juste, plus innovant, plus durable, et plus pacifique.

Jacques Attali 

 Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/economie-positive/sommes-nous-prets-a-payer-le-prix-de-la-souverainete/ 

 

 

 

décembre 25, 2025

Le Club de Rome - Octobre 2025 - Histoire & avenir tous les 50 ans

“ Le Club de Rome a affirmé que le réchauffement climatique et les crises environnementales étaient des leviers pour instaurer un contrôle mondial. L’objectif n’est pas la préservation de la nature, mais le contrôle des populations sous prétexte de crise. ”
 
La fin de la croissance économique sera «intentionnelle ou catastrophique»
 
Il y a 50 ans, le Club de Rome publiait un rapport scientifique qui prévoyait que la croissance et la consommation effrénées entraîneraient éventuellement l’effondrement de la société. Cette semaine à Montréal, une chercheuse du même Club de Rome, a expliqué qu’à moins que les humains réussissent à redéfinir ce qui a de la valeur, cette prévision est sur le point de se produire.
 
 
 
En 1972, le best-seller «The Limits to Growth», connu sous le nom de Rapport Meadows, expliquait que, si l’humanité continuait sa croissance économique sans tenir compte des coûts environnementaux, les humains connaîtraient une pénurie de matières premières, un appauvrissement des écosystèmes, une forte baisse en nourriture disponible et une chute brusque et importante du niveau de vie.
 
Ce rapport avait été publié par le Massachusetts Institute of Technology et le Club de Rome, un groupe de réflexion composé d’industriels et de scientifiques.
 
«Le but de ce rapport était d’essayer de comprendre pourquoi, malgré toutes nos innovations et tous nos progrès, nous sommes confrontés à des problèmes récurrents de pauvreté, de pollution, de pénurie, de conflits et d’ instabilité financière», a résumé l’économiste et chercheuse Gaya Herrington, mercredi, au Sommet de la finance durable à Montréal.
 
Lors d’une présentation devant des centaines de participants, la chercheuse néerlandaise a expliqué que les auteurs du Rapport Meadows «avaient à l’époque constaté, avec surprise, que la cause principale de tous ces problèmes était la poursuite de la croissance économique».
 
Les conclusions du rapport mettaient en garde qu’une croissance continue mènerait à un effondrement de la société au cours du 21e siècle.
 
Revisiter le rapport 50 ans plus tard
 
Cinquante ans après la publication de ce document choc, Gaya Herrington, elle-même membre du Club de Rome, a comparé les différents scénarios du Rapport Meadows avec des données empiriques disponibles en 2019.
 
Ses recherches, publiées en 2021 dans le Yale Journal of Industrial Ecology, arrivent aux mêmes conclusions qu’en 1972 : si la croissance demeure la priorité de notre système économique, l’effondrement de la société est inévitable dans les prochaines décennies.
 
« Business as usual »
Les auteurs du Rapport Meadows avaient utilisé une modélisation mathématique appelée «World3», pour étudier les interactions entre plusieurs variables, telles que la population mondiale, la fécondité, la mortalité, la production industrielle de nourriture par habitant, la production de ressources non renouvelables et la pollution, notamment.
 
«À la lumière de mes recherches, je ne connais aucun autre modèle scientifique qui est demeuré aussi pertinent et aussi précis pendant des décennies», a expliqué Gaya Herrington.
 
Malheureusement, les scénarios catastrophes évoqués dans le rapport Meadows en 1972 sont sur le point de se réaliser, selon l’économiste, qui est aujourd’hui à l’emploi de Schneider Electric, une multinationale active dans la transition énergétique.
 
L’un des scénarios évoqués dans le rapport de 1972, nommé «business as usual», prédit que la quête perpétuelle de croissance économique aboutirait à une pénurie de ressources naturelles.
 
Selon ce scénario, la diminution de la disponibilité des ressources naturelles provoquerait la fin de la croissance économique, la production alimentaire chuterait et les crises économiques se succéderaient.
 
Dans un autre scénario, «business as usual 2», l’effondrement de la société serait provoqué par une crise environnementale.
 
«Le temps presse», a indiqué Gaya Herrington en rappelant aux participants du sommet que «nous avons transgressé 6 des 9 limites planétaires», que «nous n’avons jamais émis plus d’émissions de CO2 que dans la dernière année», que «la production de combustible fossile bat des records et que la demande pour le charbon n’a jamais été aussi élevée».
 
L’effondrement de la société ne signifie pas la fin de l’humanité, mais réfère plutôt à une «forte baisse» des conditions de vie par rapport à «un pic précédent», a précisé Gaya Herrington.
 
Scénario techno (CT)
Un troisième scénario évoqué dans le Rapport Meadows suggère que les technologies et la capacité des humains à innover pourraient permettre «d’éviter un effondrement total».
 
Ce scénario, appelé CT, pour «comprehensive technology», suppose une innovation technologique sans précédent dans un monde qui ne changerait pas ses priorités. Dans un tel scénario, le déclin de la société est retardé, mais les coûts des technologies sont si élevés que les ressources viennent à manquer pour la production agricole, les services de santé et l’éducation.
 
Dans un résumé de ses recherches publié sur le site web du Club de Rome, Gaya Herrington pose les questions suivantes concernant ce scénario:
 
«Pourquoi utiliser notre capacité d’innovation pour inventer des robots pollinisateurs afin de remplacer les abeilles, si nous avons également le choix d’inventer des pratiques agricoles qui n’ont pas l’effet secondaire des insecticides ? Pourquoi utiliser des drones pour planter de nouveaux arbres, alors que nous pourrions également restructurer notre économie afin que les forêts existantes ne soient pas abattues et brûlées ? Maintenant que l’humanité a atteint une dimension mondiale et un pouvoir sans précédent pour façonner son destin, les limites de la croissance nous imposent la question suivante : qui voulons-nous être et dans quel monde voulons-nous vivre ? »
 
Un «monde stabilisé»
La chercheuse Gaya Herrington a expliqué aux participants du Sommet de la finance durable, un quatrième scénario, appelé «monde stabilisé».
 
Dans ce cas de figure, l’humanité passe d’une société axée «sur la consommation matérielle et la croissance industrielle» à une société qui priorise «les services de santé et d’éducation, ainsi que les technologies de réduction de la pollution» et «l’utilisation efficace des ressources».
 
Ce scénario, qui implique de redéfinir ce qui a de la valeur, «permet d’éviter l’effondrement» et de maintenir l’humanité à un «haut niveau de bien-être», selon la chercheuse.
 
Dans ce système, «les humains ne sont pas contre la croissance, mais ils sont plus sélectifs. Si la croissance d’un secteur contribue au bien-être, alors on peut la stimuler. Mais si la croissance d’un secteur ne contribue pas au bien-être, pourquoi continuer ?»
 
S’adressant aux gens d’affaires réunis dans la salle d’un établissement du Vieux-Montréal, la chercheuse s’est dite consciente que «changer notre système économique demande des efforts».
 
Toutefois, a-t-elle ajouté, «gérer les conséquences de l’effondrement des écosystèmes demande également beaucoup d’efforts».
 
Le choix qui s’offre «n’est pas de poursuivre ou non la croissance»
Prioriser la croissance à tout prix nous a menés au bord de l’effondrement social et environnemental selon Gaya Herrington, et le choix qui s’offre aux humains «n’est pas de poursuivre ou non la croissance».
 
La question est plutôt «de savoir si la fin de la croissance sera intentionnelle ou catastrophique».
 
L’opportunité de «prendre une telle décision» ne sera pas toujours présente, alors soit nous définissons nos propres limites, ou alors, ces limites, selon elle, nous seront imposées.
 
 
 

Avec l’alerte lancée en 1972 dans « Halte à la croissance », le Club de Rome est présenté par les soutiens du GIEC comme un précurseur. Cette alerte est invoquée pour critiquer la défiance persistante des citoyens pourtant avertis depuis si longtemps, et la lenteur de mise en œuvre des mesures nécessaires. Et invoquée pour critiquer la défiance persistante des citoyens pourtant avertis depuis si longtemps, et la lenteur de mise en œuvre des mesures nécessaires. Mais en réalité, les hypothèses du Club de Rome sont exactement opposées à celles du GIEC : pour le Club de Rome le problème était la pénurie de ressources, pour le GIEC c’est l’excès de ressources.

Le club de Rome est lui-même un groupe de réflexion réunissant des scientifiques, des économistes, des fonctionnaires nationaux et internationaux, ainsi que des industriels de cinquante-deux pays, préoccupés des problèmes complexes auxquels doivent faire face toutes les sociétés, tant industrialisées qu’en développement. D’après le rapport du Club de Rome, dans son hypothèse la plus optimiste, la production d’or devait s’arrêter il y a 25 ans, en 2000, les mines devant être totalement épuisées. Plus grave, l’extraction de gaz naturel devait survenir en 2021. Et celle de pétrole en 2022. L’hypothèse des experts de 1972 était pourtant résolument optimiste, supposant une poursuite de l’augmentation de la consommation, mais un quintuplement des réserves connues. Sur les dix-neuf ressources étudiées, seules quatre (fer, charbon, chrome, cobalt) devaient rester disponibles sensiblement plus longtemps, de l’ordre de 150 ans.

Il est étrange que des hypothèses exactement contraires aboutissent à la même conclusion : « il faut faire décroitre l’économie »

Pour le rapport de 1972, il n’existait donc pas de risque de changement climatique dû au CO2 puisque la consommation de gaz et de pétrole allait rapidement disparaître faute de production de ces combustibles. La décroissance étant inévitable, les efforts devaient se concentrer sur la façon de s’y adapter.

Les grossières erreurs contenues dans le rapport du Club de Rome n’impliquent pas que les données du GIEC soient inexactes. Mais il est étrange que des hypothèses exactement contraires aboutissent à la même conclusion : « il faut faire décroitre l’économie ». Ces surprenants revirements peuvent expliquer les doutes qu’expriment une partie de la population : comment avoir confiance en des positions opposées soutenues avec le même enthousiasme par de nombreux scientifiques, et utilisées par de nombreux responsables politiques. D’autant plus qu’on imagine les conséquences dévastatrices qu’aurait eu la prise en compte effective des conclusions du Club de Rome au niveau mondial : investissements massivement improductifs, chute de 50% du niveau de vie dans tous les pays du monde, famines, guerres. De la part des citoyens, une certaine circonspection est donc compréhensible.

https://contrepoints.org/quand-le-club-de-rome-predisait-le-contraire-de-ce-que-predit-le-giec/

 
 
Regarder en arrière pour mieux se projeter dans l'avenir
 
Retour sur le passé, perspectives d'avenir 
 
Comment avez-vous été impliqué au sein du Club de Rome, et comment le rapport « Les Limites à la croissance » a-t-il vu le jour ? 
 
Mon implication dans le projet « Les Limites à la croissance » – et ma participation ultérieure en tant que l'un des quatre auteurs de ce premier rapport de vulgarisation destiné au Club de Rome – est due au hasard : j'étais au bon endroit au bon moment. Je suis arrivé au MIT en janvier 1970, à l'âge de 24 ans, pour préparer un doctorat en physique, mais j'ai rapidement constaté que ce domaine n'offrait aucun avenir, car il était saturé de physiciens bien plus compétents que moi. 
 
Par hasard, j'ai assisté à une conférence du professeur Jay W. Forrester de la Sloan School of Management du MIT sur l'application des modèles mathématiques aux problèmes urbains. J'ai immédiatement su que c'était ma voie. Quelques mois plus tard, je quittai le département de physique pour rejoindre le groupe de dynamique des systèmes de Forrester. C'est alors qu'un second miracle se produisit : Jay W. Forrester convainquit le comité exécutif du Club de Rome de venir une semaine à la Sloan School pour se former à la dynamique des systèmes et à son potentiel d'analyse de ce que leur dirigeant, Aurelio Peccei, appelait le monde « problématique ». Forrester avait besoin d'aide pour l'enseignement, et comme j'étais sur place – bénévolement, grâce à une subvention du gouvernement norvégien –, j'intégrai l'équipe dirigée par un autre jeune homme, Dennis L. Meadows, qui avait obtenu son doctorat l'année précédente. 
 
 Le cours fut un succès, notamment parce que Forrester avait déjà réalisé un prototype du modèle du monde basé sur la dynamique des systèmes, qui allait devenir le fondement scientifique et intellectuel de son ouvrage *Les Limites à la croissance*. Peu après, le comité exécutif obtint un financement d'une fondation allemande pour mener à bien le projet. Forrester, peu intéressé, ayant déjà réalisé le prototype WORLD2 et étant en pleine rédaction de *World Dynamics*, délégua la finalisation du projet du Club de Rome à Dennis Meadows. Dennis s'est attelé au projet avec une grande compétence, force et enthousiasme, amenant très rapidement sa femme, Donnella (Dana) Meadows, de l'Université Harvard pour rejoindre le petit groupe de modélisateurs de dynamique des systèmes au MIT.
 
Un an plus tard, nous avons présenté nos travaux à la réunion annuelle du Club de Rome au Canada en 1971. Les membres du Club de Rome, pour le moins, n'ont pas été convaincus. Ils estimaient que notre modèle et notre rapport n'abordaient pas les problèmes qui, selon eux, dominaient le développement mondial. Ce fut un échec total. 
 
De retour au MIT, Dana a proposé de rédiger une nouvelle version du rapport, dans un format qui permettrait de mieux comprendre la gravité de la situation mondiale, tandis que nous autres élaborions des modèles et réalisions des études de cas pour étayer le rapport. Dana a ensuite écrit seule « Les Limites à la croissance », que nous avons présenté à la Smithsonian Institution à Washington, D.C., en mars 1972. Un éditeur intéressé a décidé d'imprimer suffisamment d'exemplaires du rapport avant la réunion pour en offrir un à chaque membre du groupe de haut niveau réuni par le Club de Rome. C'est ainsi que le livre a été diffusé sur la scène internationale.
 
Conférence au Dartmouth College. De gauche à droite : Jorgen Randers, Jay W. Forrester, Donella Meadows, Dennis Meadows et William W. Behrens. Documentation du Club de Rome
 
 
Quelle fut la réaction à la parution de « The Limits to Growth » en 1972 ? 
 
À Washington, en mars 1972, l’accueil réservé au livre fut majoritairement négatif, voire extrêmement critique. Paradoxalement, cette hostilité contribua à sa notoriété. On se demandait : qu’avaient donc bien pu dire les scientifiques du MIT pour susciter une telle colère ? 
 
Bien que beaucoup l’aient rejeté, quelques voix influentes reconnurent le potentiel explosif de son contenu. Deux mois plus tard, il était publié aux Pays-Bas, où il s’écoula à des centaines de milliers d’exemplaires en quelques semaines seulement. Dès lors, le succès fut fulgurant. Les éditions américaine et britannique rencontrèrent un vif succès, et le livre fut finalement traduit en 36 langues. C’est le reste du monde qui adopta « The Limits to Growth ». Dennis et moi estimons que le livre fut finalement imprimé à trois ou quatre millions d’exemplaires, même si Wikipédia avance le chiffre de 30 millions. 
 
 L’effet secondaire fut une notoriété grandissante, malgré notre jeune âge. Et, plus important encore, « The Limits to Growth » fit connaître le Club de Rome au monde entier. Nous nous sommes soudainement retrouvés à parcourir le monde pour donner des conférences sur les enjeux planétaires, mais avec un message très impopulaire : 
 
La Terre est une planète minuscule où la population et l’activité économique ne cessent de croître, polluant l’atmosphère, abattant les arbres, décimant les animaux et détruisant les océans. Il est évident que la croissance démographique doit cesser avant que nous ne dépassions les limites physiques de la planète Terre. Cela signifie que ce doit être fait maintenant dans les pays riches, et plus tard dans les pays pauvres. L’humanité doit adapter son empreinte écologique aux limites physiques de la planète. Sinon, ce sera l’effondrement. 
 
Mais le message n’a pas été bien accueilli. Le combat était difficile, face à une résistance croissante. Après dix ans, en 1980, j’ai abandonné et décidé de me consacrer à autre chose pendant vingt ans – le temps que je jugeais nécessaire avant que les dégâts causés par la croissance démographique continue ne soient suffisamment visibles pour que l’opinion publique soutienne des mesures correctives.
 
L'équipe de recherche « Limits to Growth » (William Behrens III, Jorgen Randers, Dennis Meadows et Donella Meadows) avec Aurelio Peccei et William Dietel présentant leurs conclusions à la Smithsonian Institution à Washington, D.C., en 1972.
 
 
Après votre retour au sein du Club de Rome, l'une de vos contributions majeures a été le projet « La Terre pour tous », première initiative élaborée collectivement par de nombreux membres. Comment percevez-vous « La Terre pour tous » par rapport au rapport « Les Limites à la croissance » ? S'agit-il d'une continuation ou d'une réinterprétation ? 
 
 Le rapport « La Terre pour tous » est un ouvrage du même type que « Les Limites à la croissance ». C'est un modèle de dynamique des systèmes à grande échelle, composé de centaines d'équations, qui décrit l'évolution mondiale de 1980 à 2100. Les conclusions sont globalement les mêmes : si l'on continue sur la même voie, on s'expose à des problèmes ; si l'on fait les bons choix, l'humanité peut accéder à un avenir meilleur. 
 
En ce sens, « La Terre pour tous » est à la fois une continuation et une réinterprétation de l'ouvrage initial. Il revisite les mêmes questions avec des données plus précises et des outils plus performants, mais le message de fond demeure inchangé. Il s'agit d'une nouvelle tentative, dans le cadre de l'effort de longue date du Club de Rome pour influencer le cours du monde – avec un certain impact, même si celui-ci reste insuffisant pour inverser les tendances dominantes.
 
L'équipe d'auteurs du rapport « La Terre pour tous » présente le rapport nouvellement publié lors de la conférence de presse.
 
 
Avec le recul, y a-t-il un point sur lequel vous avez changé d'avis au cours des cinq dernières décennies de ce travail ? 
 
 Lorsque nous avons écrit « Les Limites à la croissance » en 1972, je pensais que le principal problème était la rareté des ressources. En 2000, j'ai compris qu'il s'agissait du changement climatique. Nous ne manquerons ni de nourriture ni de minéraux ; le véritable danger provient de la combustion des énergies fossiles. 
 
 À l'époque, je croyais qu'il suffirait de présenter les faits. J'étais persuadé que les électeurs, les entreprises et les gouvernements agiraient une fois qu'ils auraient compris ! Mais ils ne l'ont pas fait. Après dix ans d'efforts, j'ai abandonné. J'ai appris que l'information seule ne modifie pas les comportements. 
 
 Je ne crois plus non plus que les marchés et les démocraties soient capables de résoudre les problèmes à long terme. L'intérêt personnel à court terme l'emporte. Jeune homme, je faisais confiance aux arguments rationnels ; aujourd'hui, je crois que seuls un leadership fort et une action collective peuvent apporter les solutions nécessaires. 
 
 À mes yeux, la Chine illustre parfaitement la voie à suivre. Grâce à des investissements publics délibérés, longs et coûteux dans le solaire, les véhicules électriques et les batteries, la Chine a développé les technologies dont nous avons besoin. C'est une opinion très impopulaire, mais je crois que la Chine finira par sauver le monde. 
 
 Quel devrait être, selon vous, le rôle du Club de Rome au cours des 50 prochaines années, notamment compte tenu de la crise actuelle ? 
 
 Le rôle du Club de Rome devrait rester le même : apporter une vision à long terme et novatrice au débat sur le développement mondial. En pratique, il fonctionne mieux comme un forum de discussion ouvert que comme une force politique, où peuvent se rencontrer des opinions politiques et religieuses diverses. 
 
 Son impact réel aurait pu être plus important s'il s'était davantage concentré sur les défis que l'humanité doit relever dans les limites d'une planète aux ressources finies. Mais l'expérience montre qu'il est difficile pour ses membres de s'entendre sur des recommandations précises. 
 
Le Club de Rome occupe une place importante : un point de rencontre entre les puissants intérêts à court terme et la contrainte du long terme – un forum qui met en lumière cette tension et promeut la tolérance entre les différentes civilisations dans un monde où tout est possible. 
 
 C’est, je crois, ce que le Club de Rome devrait continuer à faire dans les décennies à venir.

Jorgen Randers, membre du Club de Rome et co-auteur de « Les limites de la croissance », partage avec Alifiandi Rahman Yusuf, chercheur en communication, les leçons qu'il a tirées d'un demi-siècle de recherche, d'activisme, d'enseignement et d'engagement en faveur du développement durable mondial.
31 octobre 2025 - Comment avez-vous commencé à vous impliquer au sein du Club de Rome, et comment le rapport « Les limites à la croissance » a-t-il vu le jour ? Je me suis impliqué dans le projet « Les limites à la croissance » – et suis devenu par la suite l’un des quatre auteurs de ce premier rapport de vulgarisation destiné au Club de Rome – tout simplement…
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