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juillet 21, 2026

Une liberté en déroute, un antisémitisme comme une histoire qui se veut répétitive...Danger !

Sommaire:

A) - Nous sommes tout seuls.

B) -  Antisémitisme : un peu ? Beaucoup ? À la folie !

C) -  La promesse rompue : Antisémitisme contemporain et crise de l’ordre westphalien

D) - Divers liens sur le sujet

 


A) - Nous sommes tout seuls.

Nous sommes tout seuls. Interrogé il y a quelques jours sur France Culture par le journaliste Guillaume Erner au sujet de la résurgence contemporaine de l’antisémitisme — au moment même où Marc Bloch, historien juif français exécuté par les nazis pour ses activités de résistance, faisait son entrée au Panthéon —, l’historien médiéviste Patrick Boucheron a refusé de répondre, se bornant à cette déclaration péremptoire : « On vous laisse parler tout seul. » 

On pourrait penser que cette phrase, d’un cynisme glaçant, est sans conséquence ; qu’il ne s’agissait que d’un bref instant au cours d’une interview parmi tant d’autres, dans le flot des émissions matinales aussitôt entendues qu’oubliées.  

Après tout, ce professeur au Collège de France (titulaire de la chaire « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle »), éminent spécialiste de l’histoire des cités italiennes, a pu être simplement agacé par un interlocuteur insistant ; et peut-être ne voulait-il pas répondre — alors qu’il était question de son confrère assassiné par les nazis — à une question d’actualité qu’il jugeait peut-être étrangère à son domaine de compétence. Pourtant, cette hypothèse ne tient pas : un historien de la stature de Patrick Boucheron — qui ne manque jamais une occasion de s’exprimer publiquement dans les cercles les plus divers et qui est l’auteur salué d’une « Histoire mondiale de la France » — ne pouvait ignorer que, pour comprendre le passé, il faut aussi réfléchir au présent. Et que le présent, tout comme le passé, est nourri d’une violence que tout historien, professeur, intellectuel ou journaliste a le devoir d’analyser, de dénoncer et de combattre. 

C’est à cet égard que le silence délibéré de cet historien peut être considéré comme un acte de lâcheté d’une portée considérable, révélant l’un des traits les plus fondamentaux des sociétés humaines à travers l’histoire : les victimes — ou ceux qui sont sur le point de le devenir — sont abandonnées à leur solitude. Nous nous lavons les mains de leurs malheurs. Nous les laissons se plaindre, appeler au secours, sans répondre. Nous les laissons, pour reprendre les mots du professeur Boucheron, « parler tout seuls ». C’est même à cette solitude qu’on les reconnaît.  

À toute époque et dans toute culture, une personne ordinaire ne devient une cible — et bientôt une victime — que parce que, bien avant qu'elle ne le devienne, d'autres se sont distancés d'elle, l'ont désignée — implicitement ou explicitement — comme une étrangère, et ont créé les conditions permettant qu'elle soit insultée et menacée sans que quiconque se sente tenu de lui porter secours, ne serait-ce que par la parole. La personne ainsi livrée aux insultes et à la calomnie, sans soutien, réduite à parler seule, devient particulièrement vulnérable ; et son entourage peut alors trouver une bonne raison de répéter les calomnies entendues à son sujet, de se joindre à la meute ou, à tout le moins, de garder le silence et de détourner le regard lorsque d'autres insultent, diffament, expulsent ou massacrent. 

C'est ainsi que l'antisémitisme s'est toujours développé : lorsque les Juifs, pour mille raisons, ont appelé à l'aide, lorsqu'ils ont crié, supplié, lorsqu'ils se sont battus pour leur survie, trop de gens les ont « laissés parler seuls » ; ils les ont abandonnés à la haine, à la violence et aux massacres, et ont détourné le regard. 

Et aujourd'hui encore, tant de personnes utilisent le comportement scandaleux du gouvernement israélien actuel comme prétexte — non pas pour exiger la démission de ces dirigeants criminels, corrompus et incompétents, ni pour réclamer la création d'un État palestinien aux côtés de l'État d'Israël, mais pour exiger, toujours plus ouvertement, au Moyen-Orient, aux États-Unis, en Europe et ailleurs, la destruction de l'État d'Israël, voire pour exiger que les Juifs, où qu'ils vivent, cessent d'exister en tant que groupe distinct ; pour insister sur leur disparition en tant que peuple, culture et religion distincte : ces souhaits de plus en plus explicites ne sont pas loin d'un génocide en gestation — symbolique, mémoriel, culturel, géopolitique et matériel. 

 Tout cela se déroule dans une indifférence croissante de la part de tous ceux qui devraient s'indigner de cette résurgence d'une haine vieille de deux millénaires à l'encontre de ceux à qui les autres monothéistes doivent tant. 

 Les Juifs ne sont pas les seules victimes de cette indifférence systématique. Le monde entier laisse également les femmes afghanes, iraniennes et soudanaises « parler pour elles-mêmes ». Partout, nous laissons aussi toutes les femmes, tous les enfants martyrs et toutes les victimes de violences domestiques et ethniques affronter seuls leur sort. Parce que nous avons déjà fort à faire dans nos propres vies et parce que nous sommes submergés par des flux algorithmiques qui nous dictent quoi penser, quoi aimer, quoi consommer — mais jamais à qui parler. 

 Nul n’est à l’abri de cet anathème. Et chacun de nous doit se préparer à entendre un jour ce sombre verdict : « Nous te laisserons parler seul. » 

Nul n’est à l’abri de cet abandon : ni les gens d’aujourd’hui, ni ceux de demain — totalement oubliés —, ni la nature, qui crie chaque jour plus violemment : c’est parce que nous laissons la nature parler seule qu’elle se venge ainsi.

C’est sans doute la meilleure définition de la barbarie : lorsque personne ne fait sien le combat d’autrui. 

À l’inverse, la meilleure définition de la civilisation consisterait précisément à ne jamais laisser les autres « parler seuls ». À reconnaître leurs préoccupations et à comprendre qu’elles sont aussi les nôtres. 

À comprendre qu’aider les autres, c’est s’aider soi-même. Ne serait-ce que parce que l’économie et l’échange se définissent, par essence, comme la volonté de comprendre les besoins d’autrui et de tout mettre en œuvre pour les satisfaire — dans son propre intérêt.

Jacques Attali

Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/en/society/we-are-all-alone/ 

 



B) -  Antisémitisme : un peu ? Beaucoup ? À la folie !

Nous voilà donc, en France, à nous demander quel degré d’antisémitisme est acceptable. 

Un peu sur les bords, à la sournoise ? 

Modérément ? 

Beaucoup ? 

Électoralement ? 

Continuellement ? 

Épisodiquement, pour racoler le temps d’un scrutin ? 

Humoristiquement ? 

L’antisémitisme de gauche est-il plus acceptable que celui de droite ? 

Quand il se veut drôle ? 

Ça pue, ces questions.

Ah non ! Pas antisémitisme : antisionisme. Nuance…

Se taire devant l’extraordinaire multiplication de paroles et d’actes antisémites contre des Juifs français depuis le 7 octobre 2023, ce n’est pas antisémite. C’est antisioniste.

Savoir que le Hamas est le seul groupe terroriste (qui puise à la même source que Daech) à ne pas être unanimement et fermement condamné, ce n’est pas antisémite non plus. C’est antisioniste.

Vouloir une « Palestine libérée » du Jourdain à la mer, c’est-à-dire condamner une solution à deux États, et en faire un territoire sans Juifs (“purifié” des Juifs, Judenrein, comme on disait en 41), ce n’est pas antisémite. C’est antisioniste.

Mettre les synagogues françaises sous protection policière, ce n’est pas à cause de l’antisémitisme non plus.

Les équilibristes qui discourent en choisissant leurs mots avec prudence (euphémisme pour hypocrisie) pour ne pas se faire taper sur les doigts, ont beau se tortiller et se retenir : ils pondent des obscénités bien fumantes. Mais bien sûr, ce n’est pas de l’antisémitisme… Pas davantage que les obsessions pathologiques d’Aymeric Caron, de Rima Hassan et des autres.

Il y a en France, nous a dit un rapport sénatorial en 2024, un « antisémitisme d’atmosphère ». On imagine les sénateurs se gratter la barbe pour trouver la bonne expression, la bonne définition. Mais voilà à quoi ressemble la sale gueule de « l’antisémitisme d’atmosphère » depuis quelques années : des enfants mitraillés dans une école, des vieilles dames assassinées chez elles, des clients massacrés dans une supérette casher, des Juifs insultés et cognés dans la rue, le métro et le bus, des amphis « interdits aux sionistes », une jeune fille, encore une enfant, violée parce que juive, l’incendie d’une synagogue en espérant l’immolation des fidèles, des Français qui ont peur d’être juifs… Ilan Halimi, Jonathan Sandler et ses enfants, Arié (6 ans) et Gabriel (3 ans), Sarah Halimi, Mireille Knoll… Les autres.

Atmosphère, atmosphère ! Antoine Leaument, sur Sud Radio, le 20 mars dernier :

« Vous pensez vraiment que si la France insoumise arrivait au pouvoir, nous menacerions les personnes juives ? Nous augmenterions le SMIC aussi pour les personnes juives ! ». 

Mine sérieuse et verbe appliqué, Léaument, champion de LFI et élu de la République, parle tranquillement de « personnes juives ». Il leur veut du bien, aux « personnes juives », puisqu’il est même question de leur augmenter le smic à elles aussi. Aux « personnes juives ». Il a dû se dire que c’était neutre et élégant, « personnes juives ». Que ça sonnait respectueux. Raté. C’est comme peindre une vieille porte vermoulue sans vérifier ce qu’il y a de l’autre côté : l’odeur passe en dessous. Ça ne sent pas très bon. « Personnes juives » : il y a dans cette expression une distance glaciale, comme si on parlait d’un échantillon sociologique. Une catégorie administrative, un onglet dans un tableur. Une manière de contourner le mot « Juif » sans oser le prononcer, de peur de se brûler les lèvres, et ça sent furieusement le renfermé. Leaument prétend représenter la République. Il devrait écouter ce que ses mots racontent, surtout quand ils parlent plus fort que lui. Ça n’est pas très républicain.

Atmosphère : 

L’humour de Blanche Gardin, de Radio Nova et de Dieudonné, les saillies de Mélenchon ; l’affiche imaginée et diffusée par LFI qui, pour représenter Hanouna, reprend le pire des caricatures antisémites des années 40 ; et la déformation, par le même Mélenchon, d’un nom – grand classique de l’antisémitisme des bas-fonds – : « Alors maintenant vous direz Epstein au lieu d’Epstein, Frankenstine au lieu de Frankenstein ! » En insistant bien sur la dernière syllabe. Et la salle qui ricane de l’humour de son chef. Ce qui a fait dire à Bernard Cazeneuve que « Mélenchon se rêvait Mitterrand », mais qu’« il finit comme Soral ».

Atmosphère encore, lorsque les journalistes Noémie Halioua, Nora Bussigny, Jean Quatremer, sont couverts d’insultes et menacés dans de véritables campagnes de haine et de harcèlement numérique, l’une parce que juive, les autres pour avoir enquêté sur les nouvelles formes d’antisémitisme ou dénoncé cette lèpre. Lorsque Emmanuel Razavi et moi, après avoir publié « La Pieuvre de Téhéran » et « Paris-Téhéran : le grand dévoilement » (aux éditions du Cerf), subissons le même genre de campagne où nous sommes accusés d’être des « agents du Mossad » ou d’être à la solde de la « secte juive », de la « secte sioniste » ou de la « secte diabolique ». Ça relève de la psychiatrie !

Peu importe qu’ils soient français ou de n’importe quelle autre nationalité : les Juifs, tous les Juifs, sont rendus coupables de la guerre à des milliers de kilomètres d’ici. Collectivement coupables. Les Juifs qui condamnent Netanyahou ? Coupables aussi ! D’être Juifs, et rien d’autre.


Coupable : Liraz, chanteuse de pop-électro d’origine israélo-iranienne dont le concert avait été annulé à Paris (décision prise deux ans, jour pour jour, après les attaques terroristes du 7 octobre 2023 contre Israël par les islamistes du Hamas) Tout un symbole !) ;

Coupable le réalisateur israélien Nadav Lapid, réputé très à gauche, exilé en France, qui dénonce la politique de son gouvernement, contraint d’annuler sa venue au FID, Festival international du cinéma de Marseille ;

Coupable : Lahav Shani, chef de l’orchestre philharmonique de Munich qui a le tort d’être aussi le directeur musical de l’orchestre philharmonique d’Israël ;

Coupable : Joann Sfar, le dessinateur français, dont la venue au festival « Oh, les beaux jours » à Marseille était accueillie par le « collectif culture en lutte 13 » par ce bon vieux slogan de « Sionistes, hors de nos villes ».

Coupables, coupables, coupables : la liste est longue.

Finalement, les Juifs forment la seule « communauté » à qui on n’applique pas, jamais ou si peu, le « pas d’amalgame. Quelle autre « communauté », quel peuple, quelle « race », quelle religion, rend-on collectivement responsable des agissements de quelques-uns ? Quelle autre « communauté », quel peuple, quelle « race », quelle religion, à part les Juifs, n’a pas le droit au « pas d’amalgame » ?

Carré de tête de la marche parisienne contre l’antisémitisme, en présence de nombreux politiques, le 12 novembre 2023. (©AFP/Thomas SAMSON)

Jean-Marie Montali

https://nouvellerevuepolitique.fr/jean-marie-montali-antisemitisme-un-peu-beaucoup-a-la-folie/

 


C) -  La promesse rompue : Antisémitisme contemporain et crise de l’ordre westphalien

Golders Green, fin avril 2026. Au cœur de ce quartier du nord-ouest de Londres où la communauté juive prie, étudie et habite depuis plus d’un siècle, deux hommes sont poignardés en pleine rue. L’agresseur est neutralisé par deux policiers et un passant ; l’unité antiterroriste britannique se saisit immédiatement de l’enquête. L’attentat est revendiqué, en ligne, par un groupe jusqu’alors inconnu — le Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya — dont les premières apparitions avaient accompagné, six semaines plus tôt, l’explosion qui éventra la façade de la synagogue de Liège. Entre ces deux dates, un incendie criminel dans le quartier juif d’Anvers, des attentats déjoués aux Pays-Bas, des incendies visant des lieux juifs du nord de Londres, et — toujours en arrière-plan — le souvenir de la synagogue de Manchester frappée le 2 octobre 2025. La plateforme belge antisemitisme.be a enregistré, pour la seule année 2025, une hausse de près de quatre-vingts pour cent des actes antisémites, soit le record absolu depuis sa création – un phénomène qui n’a rien d’une singularité nationale.

Devant ce paysage, la tentation est forte de raisonner par accumulation. Une attaque s’ajoute à une autre, une statistique commente la précédente, et l’on conclut, comme de coutume, à une « montée de l’antisémitisme » que l’État promet de combattre par davantage de policiers, davantage de caméras, davantage de campagnes mémorielles. Cette grammaire de la réponse n’est pas illégitime. Elle est simplement périmée. Les caméras filmeront, les patrouilles passeront, les ministres se succéderont aux pupitres — et le phénomène poursuivra sa course, parce qu’il n’est plus tout à fait ce que les institutions croient combattre.

Ce que révèlent en réalité Golders Green, Liège, Anvers, Heemstede et leurs prolongements numériques, ce n’est pas seulement la réactivation d’une vieille haine. C’est l’irruption, dans nos rues, d’une menace dont la structure même échappe à l’ordre politique sur lequel nous comptons depuis quatre siècles. Un groupuscule revendique sur Telegram des attentats commis dans cinq pays ; ses logos miment ceux du Hezbollah libanais et du Corps des gardiens de la révolution iraniens ; les services de renseignement le soupçonnent d’être l’instrument d’une guerre hybride pilotée depuis Téhéran. Les exécutants matériels, eux, sont recrutés sur des messageries ; jeunes, locaux, sans liens organiques antérieurs avec le commanditaire. Le citoyen attaqué est belge, français, britannique, néerlandais ; l’agresseur agit sur le territoire mais la chaîne d’autorité, de financement, d’idéologie et de revendication court à travers une dizaine de juridictions et autant de plateformes. L’État national, dépositaire historique de la sécurité de ses citoyens, se trouve confronté à un péril qui ne reconnaît plus la frontière comme principe d’organisation parce qu’il a été conçu, précisément, pour la déborder.

Nous sommes entrés dans l’un de ces moments où une crise apparemment politique révèle, à qui veut l’examiner, une transformation plus profonde de l’architecture du monde. La convergence formée depuis une dizaine d’années entre une partie de la gauche radicale occidentale et plusieurs courants de l’islam politique n’est pas une anomalie conjoncturelle ; les étiquettes commodes de wokisme ou d’islamo-gauchisme en masquent la portée réelle. Ce que nous observons n’est pas seulement une coalition idéologique. C’est l’un des symptômes les plus lisibles d’une rupture d’époque : l’affaiblissement accéléré de l’ordre westphalien, et ce que cette mutation signifie pour les Juifs d’Occident.

Pour le comprendre, il faut d’abord se rappeler ce qui avait été construit. En 1648, après trois décennies de guerres de religion qui avaient ravagé l’Europe centrale, les puissances européennes conclurent à Münster et à Osnabrück les traités qui allaient fournir l’une des matrices de la modernité politique. La paix de Westphalie ne fut pas seulement un règlement diplomatique : elle institua une grammaire politique. À l’intérieur d’un territoire donné, l’État devenait l’autorité ultime ; à l’extérieur, nul empire religieux, nulle puissance idéologique, nul universalisme concurrent n’était censé pouvoir se substituer à lui. De cette ordonnance naquit le pacte moderne : le citoyen donnait sa loyauté, son impôt, parfois sa vie ; l’État, en retour, garantissait sa sécurité, ses droits civiques et son égalité devant la loi. Ce contrat rendit possible une grande partie de la modernité qui suivit : l’émancipation des Juifs en 1791, la construction des États-nations, la Charte des Nations unies en 1945, la Déclaration universelle des droits de l’homme — et jusqu’à l’Union européenne elle-même, qui n’abolit pas l’État mais l’inscrit dans un cadre supranational.

Pour les Juifs d’Europe, cet ordre fut bien davantage qu’une abstraction juridique. Il fournit l’architecture politique qui rendit possible leur transformation en citoyens égaux. L’émancipation juive n’a pu fonctionner que parce que l’État moderne disposait d’une autorité suffisante pour imposer l’égalité civile contre les résistances de l’Église, des corporations, des aristocraties locales et de la rue. Le consistoire napoléonien, le Board of Deputies britannique, les communautés juives allemandes et belges furent édifiés sur ce présupposé : l’État, en dernière instance, honorerait sa part du pacte. Lorsque l’Allemagne nazie rompit catastrophiquement ce contrat entre 1933 et 1945, la reconstruction d’après-guerre tenta de le restaurer sur des bases renforcées : institutionnalisation de la mémoire de la Shoah, législation antidiscriminatoire, protection policière des synagogues, dispositifs administratifs de lutte contre l’antisémitisme. Toutes ces réponses obéissaient à une logique westphalienne : l’État identifiait la menace, mobilisait ses instruments et protégeait ses citoyens. Or c’est ce pacte qui entre aujourd’hui en crise. Non sous les coups d’une armée étrangère, mais sous la pression d’un ordre politique diffus, qui agit au-dessus de l’État, en dessous de l’État et parfois à travers lui, selon des modalités étrangères à la logique westphalienne.

C’est ici que la question juive redevient le sismographe de l’ordre politique. La convergence opérationnelle entre la gauche radicale anti-impérialiste et plusieurs courants de l’islam politique ne révèle pas seulement un problème politique à l’intérieur du système westphalien. Elle est l’une des formes visibles de sa décomposition. Cette alliance ne prend pas l’État territorial pour unité politique première. Elle organise l’identité, la loyauté, le financement, la mobilisation et l’action à travers les frontières — non par accident, mais par conception. Et elle le fait avec une vitesse, une plasticité et une infrastructure militante que les États nationaux comme les institutions juives traditionnelles peinent à égaler.

L’autorité religieuse s’affranchit désormais des frontières. Un imam établi à Bruxelles peut être financé depuis le Golfe, formé au Caire, influencé par des réseaux transnationaux, et s’adresser à une communauté dont les imaginaires politiques gravitent autour de la umma plutôt que de l’État belge. Ce qui est en cause n’est pas l’autorité de l’État sur la foi, mais son incapacité à contrôler les infrastructures étrangères qui structurent l’espace religieux sur son territoire. À cette captation de l’autorité spirituelle s’ajoute une recomposition de l’identité elle-même : l’appartenance civique cède du terrain à des affiliations transnationales — la umma, le Sud global, les colonisés. Un jeune Bruxellois, un étudiant de Detroit et un activiste de Sydney peuvent se percevoir comme membres d’une même communauté politique imaginaire ; un militant de Sciences Po et un manifestant de Columbia, comme les segments d’un même mouvement décolonial. Cette dissolution symbolique de la frontière a son pendant matériel dans les flux de financement : capitaux qataris, turcs, iraniens ont irrigué mosquées, programmes universitaires et médias, tandis que des flux venus d’Europe ont pu bénéficier, directement ou indirectement, à des organisations liées au Hamas ou à l’écosystème BDS. L’État régule ce qui est juridiquement visible sur son territoire ; la menace, elle, se loge souvent dans les interstices entre juridictions.

Plus radicalement encore, l’État a perdu toute prise sur la formation politique de ses citoyens. Des contenus produits à Doha, Téhéran ou Istanbul, distribués par des algorithmes conçus à Pékin ou en Californie, façonnent la conscience politique de jeunes Bruxellois, Berlinois ou Londoniens — sans que leurs États aient voix au chapitre. Le règlement européen sur les services numériques est une tentative de reprise partielle du contrôle — non un rétablissement de la souveraineté. L’environnement dans lequel se radicalisent certaines jeunesses européennes a été conçu, structurellement, pour ignorer les frontières.

Le droit lui-même, naguère expression la plus pure de la souveraineté, s’est déterritorialisé. La Cour pénale internationale a émis, en novembre 2024, des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant — décision juridiquement contestable et politiquement lourde de conséquences — sur la base d’un dispositif juridictionnel qui dépasse la logique classique de la souveraineté territoriale. Des procédures fondées sur la compétence universelle, notamment en Europe, ont visé ou pourraient viser des responsables israéliens pour des actes allégués commis hors du territoire des États concernés. L’affaire introduite par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de Justice au titre de la Convention sur le génocide suit, elle aussi, une logique de judiciarisation supranationale du conflit. Ces mécanismes ne sont pas illégitimes en eux-mêmes ; ils appartiennent même à l’ordre juridique né après 1945. Mais lorsqu’ils sont mobilisés de manière sélective contre Israël, ils deviennent l’un des terrains privilégiés de la guerre politique contre l’État juif. L’édifice juridique conçu pour limiter la barbarie peut ainsi être retourné, politiquement et symboliquement, contre ceux qu’il prétendait protéger.

Tout converge vers un même constat : la diaspora est désormais le théâtre central du conflit. Les guerres westphaliennes opposaient des États sur des territoires identifiables ; les diasporas n’en étaient que l’enjeu secondaire. La guerre contemporaine contre les Juifs se déroule d’abord là : sur les campus, dans les institutions culturelles, dans les médias, sur les plateformes. Israël demeure le foyer stratégique du conflit ; mais le Juif de diaspora en est devenu l’une des cibles opérationnelles les plus accessibles. C’est une guerre transnationale — et elle se gagne ou se perd dans des espaces que nos institutions n’ont pas été conçues pour occuper.

Cette crise n’est pas strictement européenne : elle est déjà transatlantique. Dans l’université d’abord — Columbia, Harvard, Berkeley : campements, effondrements disciplinaires, démissions de présidents. Des structures comme Students for Justice in Palestine, alimentées par des financements étrangers dont l’ampleur est désormais documentée, ont su transformer le conflit israélo-palestinien en matrice de mobilisation intérieure. Dans le champ électoral ensuite : le mouvement des électeurs « non engagés », la rupture de l’électorat arabo-musulman dans le Michigan, la montée de figures comme Zohran Mamdani — autant de signaux que cette dynamique a basculé du campus à l’urne. À droite enfin, une partie du courant America First recycle les figures classiques de l’antisémitisme — double loyauté, contrôle supposé d’AIPAC — non par alliance avec la gauche islamo-progressiste, mais par production d’effets politiques convergents. La théorie du fer à cheval cesse d’être une métaphore et devient un mécanisme observable.

Voilà le cœur du problème. L’Antisemitismusbeauftragter allemand, la délégation interministérielle française, le coordinateur fédéral belge, le Holocaust Memorial Trust britannique, l’ADL et l’AIPAC américains relèvent tous d’une même logique westphalienne — face à un péril qui l’a déjà dépassée. Le problème n’est pas l’insuffisance des moyens. C’est l’obsolescence du logiciel. Face à une menace transnationale, numérique, juridique, diasporique, les réponses strictement nationales produisent une inadéquation structurelle. La mémoire de la Shoah demeure indispensable, mais elle est conceptuellement calibrée sur la guerre précédente : celle de l’État totalitaire, de l’antisémitisme racial et de l’extermination bureaucratique. Le nouvel antisémitisme procède autrement. Il parle le langage des droits, de l’antiracisme, de la décolonisation, de la justice globale. Ces institutions n’échouent pas par incompétence. Elles échouent parce qu’elles ont été conçues pour un monde qui n’existe plus.

Le diagnostic commande sa conséquence : on ne combat pas une menace transnationale avec une défense strictement nationale. Une constellation de communautés nationales, chacune enfermée dans son propre État, ne peut pas vaincre une alliance qui circule entre les frontières, les plateformes et les juridictions. La structure défensive doit refléter la structure offensive. Il faut une logique d’OTAN plutôt qu’une logique d’Union européenne : fédérée mais opérationnelle, transnationale mais disciplinée, organisée par fonctions plutôt que par territoires, capable d’agir dans les interstices mêmes que l’adversaire exploite. Contentieux stratégique, renseignement ouvert, riposte médiatique, coordination politique : c’est cette architecture qu’il faut construire.

Les Juifs furent parmi les premiers bénéficiaires de l’État moderne. Leur émancipation n’a pas été le fruit d’une bienveillance abstraite de l’histoire, mais d’un fait politique précis : l’État souverain devint assez fort pour arracher l’individu aux corporations, aux Églises, aux aristocraties locales, et pour le reconnaître comme citoyen. C’est cette puissance-là qui fit du Juif européen un sujet de droit. Deux siècles plus tard, les Juifs sont peut-être les premiers à mesurer ce qui advient lorsque cette puissance protectrice se laisse contourner. L’antisémitisme contemporain ne revient pas simplement sous les vieux uniformes de l’Europe des années 1930. Il avance sous des formes nouvelles : langage des droits, rhétorique décoloniale, contentieux international, intimidation diasporique. Il n’abolit pas l’État ; il le déborde. Il ne nie pas toujours la loi ; il l’instrumentalise.

C’est pourquoi la question juive demeure l’épreuve de vérité de l’ordre politique. Non parce que les Juifs seraient seuls menacés, mais parce que leur sécurité dépend de la capacité des démocraties à distinguer la protection des minorités de la capitulation devant les entrepreneurs de haine. Si l’État n’est plus capable de protéger ses citoyens juifs, ce n’est pas seulement la sécurité juive qui est en cause : c’est la promesse même de la citoyenneté moderne. La tâche n’est pas de restaurer un monde déjà fissuré. C’est de construire, pour l’âge qui vient, les institutions capables de tenir la promesse que l’État ne tient plus.

Le danger n’est pas que l’histoire se répète. C’est que les Juifs soient, une fois encore, les premiers à comprendre ce qui arrive — et les derniers à être entendus.

Fundji Benedict

https://nouvellerevuepolitique.fr/fundji-benedict-la-promesse-rompue-antisemitisme-contemporain-et-crise-de-lordre-westphalien/

 

D) - Divers liens sur le sujet  

Les gauches antisémites (Étude 2) La détermination totalitaire 

Sur les gauches antisémites, étude 4 de Fondapol : Le basculement antisémite des extrêmes gauches et ses conséquences

Le Mélenchonisme LFIste: Une France champ de bataille idéologique où, déjà, se joue l’avenir du libéralisme occidental.

Histoire - Shoah - Babi Yar - Nazisme - Conflit en Ukraine - Stalinisme !!

Islamo-fascisme ??

 

juillet 18, 2026

Le Mélenchonisme LFIste: Une France champ de bataille idéologique où, déjà, se joue l’avenir du libéralisme occidental.

Sommaire:

A) - Jean-Luc Mélenchon

B) - Jean-Luc Mélenchon vient de nous offrir un concentré assez pur de ce que peut produire une pensée économique quand elle n'a jamais eu à gérer une entreprise, un budget ou une chaîne de production.

C) - Jean-Luc Mélenchon ne gagnera pas l'élection présidentielle, il le sait 

D) - Mélenchon à Saint-Denis : un meeting paradoxal

E) - Le tiers-mondisme français et LFI

F) - LFI : Le vrai danger !

G) - Le programme ? On s'en fiche, qui s'en soucis !

H) - La collusion mortelle. 

 

 



A) - Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon, né le 19 août 1951 dans l'ancien Maroc français, est un homme politique français d'extrême gauche, héraut du socialisme dur dans le pays depuis la fin des années 2000, notamment depuis 2016 avec son parti La France insoumise (LFI). Il se présente trois fois à l'élection présidentielle : en 2012, en 2017 et en 2022. Son nombre d'électeurs croît jusqu'à le faire « troisième homme » de la présidentielle en 2022. Il est aussi candidat à la présidentielle de 2027.

Exploitant particulièrement la cause climatique, les rapports controversés d'Oxfam sur les inégalités économiques et l'idée reçue selon laquelle la France serait gouvernée par des « néolibéraux », son discours, bien qu'assez peu novateur, séduit une part non négligeable de jeunes Français et contribue à la radicalisation antilibérale de nombre d'entre eux. 

Biographie

Jean-Luc Mélenchon naît dans une famille pied-noir, à Tanger, dans l'ancien protectorat français du Maroc. Il revient en France, dans le Jura, en 1962, obtient une licence de lettres modernes et une licence de philosophie en 1972. Pendant ses études, il est très actif à l'UNEF et à l'Organisation communiste internationaliste (OCI), une organisation trotskiste à l'extrême gauche de l'échiquier politique. Dès 1968, il est en première ligne des mouvements étudiants dans la région, et dirige une section locale de l'OCI. Il est évincé du mouvement et rejoint rapidement le Parti socialiste (PS) en 1976.

Professionnellement, il travaille un an comme ouvrier avant de rejoindre l'Éducation nationale. Il devient enseignant en 1976. En 1978, suite à une rencontre avec le socialiste Claude Germon, il quitte le Jura et rejoint Massy, en région parisienne, où il est directeur de cabinet de Claude Germon, maire de Massy. Il monte rapidement les échelons de la fédération de l'Essonne (le département de Massy), dont il devient premier secrétaire en 1981 (jusqu'en 1986). Il se positionne alors comme un défenseur farouche de la laïcité.

En 1986, il est élu sénateur et se fait connaître comme un tenant de l'aile (très à) gauche du PS. Il dénonce régulièrement la « gauche molle ». En 1990, sa motion recueille 1,35 % des suffrages au congrès du Parti. En 1992, il vote en faveur du traité de Maastricht. En 1997, il se présente comme seul candidat face à François Hollande pour le poste de premier secrétaire du Parti socialiste et recueille 9 % des voix. Son courant au Parti, « gauche socialiste », recueille entre 7 % et 13 % des suffrages exprimés lors des congrès du Parti jusqu'à sa disparation en 2002. Il s'y marginalise de plus en plus, seul sénateur à voter contre le passage à l'euro en 1998. En 2000, il participe néanmoins au gouvernement Jospin, à l'enseignement professionnel. Il s'affirme à nouveau contre la majorité du parti en 2005, en faisant campagne contre le projet de Constitution européenne. De plus en plus radical, il acte bientôt le fait de quitter la gauche de gouvernement pour l'extrême gauche.

En 2009, il lance le Parti de gauche. Aux Européennes de 2009, il obtient 8 % des suffrages. La campagne présidentielle de 2012 qui suit lui offre un tremplin, avec une percée médiatique sur fond de positions outrancières, qui caractériseront son positionnement ultérieur, de même que celui de La France Insoumise. S'inscrivant dans une veine populiste, il publie un livre Qu'ils s'en aillent tous !. En 2012, il réussit à obtenir le soutien du Parti communiste français (PCF) pour la présidentielle. Il termine 4e avec 11 % des suffrages. Candidat dans la circonscription de Marine Le Pen pour les législatives qui suivent, il ne se qualifie pas pour le second tour. Débute alors une période d'opposition très à gauche contre la présidence Hollande, qui divise le camp de la gauche. En 2017, il arrive à nouveau en 4e place, avec un score qui a grimpé à 20 % des voix.

Depuis 2017, il incarne l'opposition d'extrême gauche à Emmanuel Macron, avec son parti La France Insoumise (LFI). Il se démarque à nouveau par son choix régulier de l'outrance et de l'opposition systématique, avec un programme fortement teinté d'étatisme et de communisme repackagé. En 2022, il réussit à s'imposer devant les autres candidats potentiels à gauche, et termine en troisième place de la présidentielle, avec 22 % des suffrages. Grâce à une « OPA » sur la gauche (union au sein de la NUPES), il réussit à obtenir plusieurs dizaines de députés LFI.

Son choix de l'opposition systématique et d'un positionnement toujours plus extrême à gauche l'isole. En octobre 2023, selon un sondage Odoxa, 62 % des Français ont une opinion négative de lui. Il est la personnalité politique la plus rejetée en France[3]. Néanmoins, la logique de vote communautariste, en particulier musulman antilibéral, permet à son parti de remporter en 2026 plusieurs villes détenues par la gauche et à la forte population d'origine étrangère. 


Positions politiques

Le programme économique de Jean-Luc Mélenchon n'est largement qu'une resucée des programmes de la « gauche de la gauche » et de l'extrême gauche, avec retour de la retraite par répartition à 60 ans, planification, fiscalité confiscatoire. Il veut la construction de 200 000 logements sociaux par an.

Alors qu'il s'est longtemps positionné comme un défenseur ardent de la laïcité, il a largement évolué, adoptant dans les années 2010 et 2020 un positionnement largement critiqué pour son « islamogauchisme », terme politique qui désigne les compromissions d'une certaine gauche régressive avec l'islamisme. Les analystes parlent de « virage à 180 degrés »[4], largement motivé par le « clientélisme »[5],[6]. Premier à dénoncer l'« islamophobie », terme qu'il contestait encore en 2015[7], Jean-Luc Mélenchon est jugé par beaucoup comme sorti du « champ républicain » pour défendre des intérêts religieux[8]

D'un point de vue institutionnel, il réclame une Sixième République. Son respect de l’État de droit interroge : il appelle les membres de son parti à venir « défendre » le siège alors qu'une perquisition légale y est en cours[9]. Il tente physiquement et verbalement d'empêcher la perquisition en criant « La République, c'est moi ! », expression qui restera célèbre. Mis en examen pour « actes d'intimidation contre l'autorité judiciaire, rébellion et provocation », il est condamné à trois mois de prison avec sursis et 8000 euros d'amende[10]

Citations

Bibliographie sur Mélenchon

Notes et références

Qui est Monsieur Jean-Luc Mélenchon ?

Juan Branco: présidentielle 2027 et enkystement de LFI par électoralisme ! À lire dossier LFI de Lux Aurores.

Quen tin homme est tué lâchement ! Quand on sème la guerre civile dans les mots, on ne maîtrise plus ceux qui la récoltent dans la rue !

Sommaire:

A) - Quand on sème la guerre civile dans les mots, on ne maîtrise plus ceux qui la récoltent dans la rue.

B) - Le parquet de Lyon requiert l’homicide volontaire dans le meurtre de Quentin Deranque : l’ombre de LFI et de ses affidés 

C) - Meurtre de Quentin Deranque : de l’ignorance devant la violence en politique

La France Insoumise...

Sommaire:

A) - La France Insoumise : liturgie des bouffons de la République

B) - Après la tragédie de Lyon, Jusqu'où le Ps ira dans sa liaison avec LFI ?

C) - Les derniers rebondissements dans l’affaire Quentin Deranque : une violence qui met LFI face à ses contradictions

D) - LFI face au terrorisme : la fabrique de l’indulgence

Les programmes connus pour les Présidentielles 2027 !

Sommaire:

A) - Prendre la France au sérieux.

B) - Programme de La France Insoumise pour 2027 : quelle place pour la démocratie ?

 

 


B) - Jean-Luc Mélenchon vient de nous offrir un concentré assez pur de ce que peut produire une pensée économique quand elle n'a jamais eu à gérer une entreprise, un budget ou une chaîne de production.

Nationaliser le temps, dit il, par la planification et les écorégions. On croirait une blague anti-communiste,, mais c'est un vrai projet de campagne pour 2027. 

Le principe est simple sur le papier et vertigineux dans ses conséquences. 

Treize nouvelles régions, redessinées non plus selon l'histoire, l'économie ou les bassins d'emploi, mais selon les fleuves et les bassins versants. 

Un État central qui distribue de l'argent public aux entreprises et aux territoires qui acceptent d'entrer dans son plan, avec des exigences de production imposées d'en haut, et aucune aide pour ceux qui refuseraient de s'y plier. 

Prenons la mesure de ce que ça signifie concrètement. 

 Un entrepreneur, un agriculteur, une usine ne décideraient plus ce qu'ils produisent, comment ils le produisent et à quel rythme en fonction de la demande réelle de leurs clients, mais en fonction d'un plan écologique national validé par des bureaucrates régionaux nouvellement créés. 

 C''est très exactement la logique du Gosplan soviétique, avec un vernis vert à la place du vernis rouge. 

Et l'histoire économique du vingtième siècle a déjà tranché cette question, aucune administration centrale, aussi bien intentionnée soit elle, ne dispose de l'information dispersée que seul un marché de millions de décisions individuelles peut agréger correctement. 

C'est ce que Hayek appelait le problème de la connaissance, et aucune commission d'écorégion, aussi verte soit elle, ne le résoudra mieux qu'une entreprise qui répond directement aux signaux de prix et à la demande de ses clients. 

 Le résultat prévisible de ce genre de plan est connu d'avance, et il s'est déjà produit partout où on l'a tenté. 

 Une bureaucratie de contrôle qui gonfle, des entreprises qui passent plus de temps à documenter leur conformité au plan qu'à produire, des investisseurs qui fuient un pays où les règles de production peuvent changer au gré d'une nouvelle doctrine écorégionale, et un appauvrissement général masqué, au début, par les subventions distribuées à ceux qui acceptent de jouer le jeu, avant que l'argent public ne s'épuise, comme il s'épuise toujours. 

Même en Bretagne, où il est venu vendre ce projet, la réception a été glaciale. 

Son propre découpage des écorégions s'appuie encore sur les départements napoléoniens qu'il prétend dépasser, la Vendée se retrouve rattachée à une écorégion Loire alors qu'un quart seulement de son territoire appartient à ce bassin, et les élus locaux, y compris ceux qui partagent ses sympathies écologistes, dénoncent déjà un découpage incohérent. 

Même sur le terrain qu'il a lui même choisi pour l'annoncer, le projet s'embourbe avant d'avoir commencé. 

On promet aux Français la première République écologique du monde. 

On oublie juste de préciser que planifier le temps, la production et le territoire depuis Paris, ça a déjà un nom dans les livres d'histoire, et ça ne s'est jamais très bien terminé pour ceux qui devaient vivre sous ce genre de plan.

Victor Ferry  


 


C) - Jean-Luc Mélenchon ne gagnera pas l'élection présidentielle, il le sait 

La « gauche » ou ce qu’il en reste fait à peine plus de 25 % dans le pays. L’objectif, électoralement parlant, ne peut donc être celui-là. En revanche, il est essentiel pour lui d’être présent au second tour.

Pour cela :

Il est indispensable de maintenir l’éclatement d’une gauche moribonde pour laquelle il n’a que mépris et de conserver l’initiative tactique et stratégique, de la maintenir sous pression et sous influence.

De poursuivre l’émergence et la structuration d’un « vote musulman » identitaire et religieux au risque des pires alliances. Le ciment de cette opération, c’est l’antisémitisme masqué de plus en plus difficilement par un antisionisme lui permettant de faire la jonction avec divers mouvements au nom de l’anticolonialisme et du « décolonialisme » allant des Indigènes de la République jusqu’au PCF, voire d’une partie du PS en passant par des organisations violentes et séditieuses comme la Jeune garde, sans oublier toute une mouvance associative sociétale désormais aux ordres.

L’introduction du religieux, c’est-à-dire l’Islam, dans la sphère politique est également un moyen pour LFI de compléter son dispositif. Défense du voilement des femmes, de l’abaya, refus de soutenir Boualem Sansal ou Kamel Daoud, promotion du concept frériste « d’islamophobie », remise en cause de la laïcité, défense du Hamas et des alliés de l’Iran… les exemples sont nombreux.

C’est également, par exemple, les offensives de LFI contre les banquets du Canon français qui incarneraient l’inverse de la « nouvelle France ».

Il convient donc de les « fasciser » pour en faire surgir l’essence qui serait profondément nocive et dangereuse. Révélant selon LFI la nature raciste, « islamophobe », néocolonialiste, réactionnaire, nauséabonde de l’identité française qu’il convient dès lors de modifier, de transformer car elle porterait en elle-même, intrinsèquement, le péril fasciste.

Autrement dit, la France est fasciste, il convient donc d’en éradiquer le germe et, pour ce faire, seule une révolution le permettrait.

Non seulement politique, mais également anthropologique. C’est ce que Jean-Luc Mélenchon appelle « le grand remplacement, celui naturel des générations… » Mais personne n’est dupe. En particulier quand madame Rima Hassan fustige la direction de LFI la considérant comme « trop blanche ». La place donnée à « la race » est d’ailleurs symptomatique de ce renversement copernicien dans le discours politique français à l’initiative de LFI.

Le grand combat des républicains, en particulier de la gauche républicaine, fut celui de l’articulation de la question sociale et de la question nationale. C’est notamment grâce à ce creuset (certes imparfait) que la France a pu tenir en 14-18 et que s’est forgé le cœur de la Résistance française entre 1940 et 1945, permettant au CNR d’exister et de bâtir son programme.

C’est la grande tradition de Jaurès qui voulait réaliser « les noces de la classe ouvrière et de la nation ». C’est ce patriotisme républicain, auquel même un homme comme Maurice Barrès avait fini par accorder quelques vertus, que le général de Gaulle, alors qu’il n’en venait pas, avait parfaitement compris et qui permettait d’unir un peuple si disparate que le peuple français. C’est cela que LFI veut faire disparaître aujourd’hui et abattre si nécessaire.

Mais LFI a fait le constat que la « social-démocratie » française ainsi que la droite qui se réclamait du gaullisme avaient depuis longtemps, notamment pour « faire l’Europe » plutôt que pour « faire France », abandonné les milieux populaires et ouvriers qui se sont très massivement tournés vers le FN puis le RN. Dès lors, la matrice républicaine devenait une coquille vide, trahissant ses promesses.

Les alertes, les mises en garde, les propositions d’hommes comme Jean-Pierre Chevènement et Philippe Séguin il y a maintenant plus de 35 ans, furent moquées, brocardées et ils furent accusés de tous les maux de la Terre. Hélas !

L’affirmation raciale est devenue une détermination politique qui remplace la notion de « classe sociale ». Ce bouleversement qui va à l’encontre de toute la tradition politique républicaine française et de sa volonté d’émancipation des individus est une rupture ontologique dans notre histoire. C’est une rupture avec l’idée républicaine elle-même, l’idée d’être Français. Une façon d’être au monde, une culture, une civilisation.

Cette rupture ne peut rester sans conséquences sur la façon de concevoir l’action politique, y compris le recours à la violence, dès lors que le « front de race » remplacerait le « front de classe ». Cette rupture contient également en elle-même des régressions majeures. La race, l’ethnie, la croyance, l’appartenance religieuse deviennent les déterminants essentiels de ce que nous sommes ou serions et nous ne pouvons y échapper parce que ce sont d’abord eux qui nous déterminent et deviennent les véritables agents de l’Histoire. Dès lors la notion même d’unité nationale, de peuple souverain devient caduque. En effet, l’idée de peuple français partageant une identité commune dont la définition est politique serait subordonnée à d’autres catégories qui seraient raciales, ethniques ou religieuses. Le danger est déjà là puisque de nombreuses études soulignent d’ores et déjà que dans les jeunes générations, nombreux sont ceux qui considèrent que les lois d’Allah doivent primer sur les lois de la République.

La structuration d’un « vote musulman » sous influence frériste scelle donc l’alliance avec l’islamo-gauchisme, condition de la mise sur pied des outils et des leviers révolutionnaires et anthropologiques indispensables à la Révolution.

La culpabilisation permanente du « mâle blanc hétérosexuel de plus de 50 ans », synthèse et symbole de l’ancien monde à abattre, fait bien évidemment partie de cette offensive idéologique et le « racisme anti-blanc » est une invention des « fascistes » puisque le « blanc » est par essence suspect, un oppresseur coupable des pires crimes.

LFI l’a déjà annoncé notamment par l’intermédiaire de madame Panot : « Nous n’accepterons jamais que le fascisme prenne le pouvoir légalement par les urnes, ce que veut faire Marine Le Pen » (février 2026).

Jean-Luc Mélenchon avait déjà quant à lui déclaré que le 3ᵉ tour se déroulerait dans la rue si nécessaire.

L’accès au second tour est donc indispensable afin de refuser une éventuelle victoire du RN alors que cette victoire est également indispensable à la mise en place de cette stratégie révolutionnaire et anthropologique qui porte en elle d’immenses dangers.

Cette tenaille identitaire est un danger mortel pour la République. Il n’est désormais plus temps de discuter du sexe des anges alors que le péril est à nos portes. Refuser de le voir serait une irresponsabilité supplémentaire. Il s’agit ni plus ni moins que de l’avenir de la République et de l’idée que nous nous en faisons. C’est-à de la France et de ce qu’elle est et de ce qu’elle propose au monde. Les querelles subalternes sont indignes et concourent à la désespérance nationale.

Plus que jamais un programme de salut public s’impose. Il n’hésitera pas à remettre en cause les scléroses, les normes, les entraves (y compris européennes), les privilèges, les inégalités sociales, le travail, les salaires, la sécurité, l’immigration, l’enseignement, les freins à l’entreprise, à la recherche, à l’innovation, à l’industrie. Nécessaire ambition nationale et surtout ne cesser avec la honte française.

Claude Nicolet

Ancien conseiller régional Nord Pas-de-Calais; Ancien adjoint au maire de Dunkerque; Président de la Nation citoyenne

https://nouvellerevuepolitique.fr/claude-nicolet-jean-luc-melenchon-ne-gagnera-pas-lelection-presidentielle-il-le-sait/ 

 

 

D) - Mélenchon à Saint-Denis : un meeting paradoxal

Démonstration de force évidente vis-à-vis du reste de la gauche, Jean-Luc Mélenchon a toutefois manqué son entrée en campagne sur le fond, en diffusant, à grand renfort de références au passé, un disque idéologique de gauche un peu rayé, dont on verra d’ici les prochains mois s’il réussit à convaincre les Français de sa pertinence pour répondre aux enjeux actuels. Mais il ne faut pas se tromper : malgré dix ans de macronisme au bilan plus que mitigé, les aspirations anti-assistanat et anti-immigration des Français n’ont pas disparu.

Comme le montrait bien Raymond Aron dans ses mémoires à propos du marxisme, qui a beaucoup influencé Jean-Luc Mélenchon, le discours prononcé dimanche offre une lecture globale et structurée à ses électeurs, ce qui le rend particulièrement attractif alors que les autres candidats ont encore du mal à se définir clairement. À l’écoute du discours, on comprend l’origine de nos maux, à savoir l’accaparement des richesses par les grands patrons, les responsables, les riches, Vincent Bolloré, et les acteurs vainqueurs de la lutte : les forces progressistes de la Nouvelle France, les femmes, les peuples opprimés et, au premier chef en France, les immigrés.

Sur le plan des premières mesures concrètes, et face à une situation budgétaire de plus en plus grave pour le pays, Jean-Luc Mélenchon propose un SMIC à 1 700 euros et la retraite à 60 ans, alors que l’on sait que, même en 1981, un tel projet était condamné d’avance. À l’époque déjà, le choc entre les promesses sociales et les contraintes économiques avait fini par s’imposer brutalement. Le contexte actuel, marqué par un niveau d’endettement inédit, une croissance faible et des marges de manœuvre budgétaires extrêmement réduites, interroge sur la compatibilité réelle de ces mesures avec la réalité telle que perçue par les Français.

Et malgré cela, la gauche la plus à même de l’emporter en 2027, celle de Jean-Luc Mélenchon, repart dans ses travers : promettre davantage de dépenses, repousser les contraintes à plus tard et faire comme si la question du financement pouvait être traitée comme un simple détail politique, voire comme si elle était inexistante.

Le problème n’est pas seulement économique. Il vient percuter un moment de grande inquiétude dans l’opinion sur l’avenir du système de retraite, ainsi qu’un puissant ras-le-bol fiscal, longtemps sous-estimé. Les Français doutent déjà de la capacité du pays à préserver son modèle social ; ils redoutent aussi d’être appelés, une fois encore, à payer la facture. En mars 2025, un sondage Harris Interactive pour l’Observatoire Hexagone montrait que 63 % des Français ne faisaient pas confiance au système de retraite pour garantir un équilibre financier entre cotisations des actifs et pensions versées. Dans ce contexte, les promesses de rupture sociale peuvent séduire une partie de l’électorat, mais elles risquent surtout de renforcer l’idée que la gauche n’a pas véritablement tiré les leçons des impasses passées, et qu’elle est toujours incapable de gouverner.

Enfin, avec son concept de Nouvelle France, le parti vient réveiller l’angoisse identitaire, qui plus est de manière floue, sans l’assumer pleinement, en mélangeant modification ethnique et tendances démographiques déjà connues, comme le vieillissement de la population ou l’émancipation des femmes. Or, les Français sont très inquiets des niveaux d’immigration, et le rejet de la politique actuelle n’est pas un phénomène nouveau. Dès les années 1960, des sondages témoignaient déjà de ce malaise face à l’immigration. Alors que les Français reconnaissent le phénomène du grand remplacement, en tout cas pour 53 % d’entre eux dans une récente enquête pour Franc-Tireur, ils sont près des deux tiers à le considérer comme une mauvaise chose.

Ce meeting de lancement est paradoxal : il vient conforter les électeurs de Mélenchon dans l’idée qu’il est leur seul recours, mais il ajoute de l’angoisse au reste des électorats, entre rejet radical à droite et dilemme au centre en cas de second tour entre le RN et LFI. Un effet à suivre de près, alors que le centre se cherche un candidat susceptible de bénéficier, in fine, d’un vote utile.

Paul Cébille

Génération Libre
https://nouvellerevuepolitique.fr/paul-cebille-melenchon-a-saint-denis-un-meeting-paradoxal/

 

 


 

E) - Le tiers-mondisme français et LFI

La France est engagée dans une nouvelle bataille idéologique d’ampleur dont nous mesurons mal les conséquences.

Si le clivage « capitalisme contre communisme » appartient au passé, aujourd’hui, c’est l’Occident démocratique, libéral et progressiste qui fait face à une offensive venue du « Sud global », structurée par une idéologie héritière du communisme internationaliste : le tiers-mondisme incarné en France par La France insoumise.

Qu’est-ce que le tiers-mondisme ? C’est la revanche du Sud global contre l’Occident. Là où le communisme classique visait l’émancipation de l’ouvrier, le tiers-mondisme substitue à cette figure celle du « racisé », du migrant ou du citoyen religieux (en général musulman car la France a connu une immigration en provenance de pays musulmans) présenté comme opprimé par un monde occidental blanc.

Cette idéologie tiers-mondiste s’appuie sur deux piliers :

· un bras droit : l’islam politique au potentiel révolutionnaire éprouvé notamment en Iran en 1979 ;

· un bras gauche : une modernisation de la vulgate marxiste-léniniste adaptée aux logiques identitaires et raciales.

La France comme terrain d’affrontement

Là où le communisme et la gauche française cherchaient à libérer l’ouvrier, cette nouvelle idéologie vise à faire payer aux anciennes puissances coloniales, physiquement, moralement, financièrement, culturellement et même « civilisationnellement », le prix de leur histoire. Ce mouvement extérieur trouve des relais internes puissants au sein même des sociétés occidentales, certains acteurs œuvrant, plus ou moins ouvertement, à miner ces sociétés de l’intérieur.

En France, cette guerre idéologique est particulièrement visible depuis plusieurs années par l’entremise de son étendard politique, La France insoumise (LFI) et Jean-Luc Mélenchon, qui a opéré un virage idéologique majeur avec son passé de socialiste bon teint si l’on considère qu’il se réfère désormais davantage à des modèles révolutionnaires étrangers, comme la révolution iranienne de 1979, qu’à celle de 1789.

Abandonnant la centralité de la question ouvrière, jugée dépassée, il a adopté une ligne internationaliste inspirée du tiers-mondisme encore plus prononcée depuis son échec à la présidentielle de 2022. Dans sa logique, les populations issues de l’immigration deviennent un socle politique central, mobilisé autour du ressentiment postcolonial. Jean-Luc Mélenchon propose même sa vision de « nouvelle France », fondée sur une transformation profonde du corps social. Cette vision implique une redéfinition du peuple français, pensé comme une entité plurielle, métissée, « créolisée », inscrite dans une dynamique mondiale.

Si l’on prend du recul, ce phénomène est le symptôme d’une transformation plus large de la gauche occidentale. La lutte des classes laisse place à une lecture en termes de rapports raciaux ou identitaires. L’immigration devient le nouveau « prolétariat politique ».

Notons que cette évolution entraîne malgré tout des tensions internes croissantes, certains militants remettant en cause les anciennes hiérarchies au sein même de ces mouvements.

Le tournant du 7 octobre 2023

Cette stratégie insoumise a connu un tournant majeur le 7 octobre 2023, date à laquelle LFI est accusée de ne pas avoir clairement condamné, voire d’avoir relativisé, les attaques du Hamas contre des civils israéliens. Depuis, plusieurs prises de position et polémiques ont renforcé cette perception : la députée insoumise Danièle Obono a tenu à déclarer au sujet du Hamas que « c’est un groupe politique islamiste, qui a une branche armée… et qui s’inscrit dans les formations politiques palestiniennes, qui a pour objectif la libération de la Palestine… qui résiste à une occupation ». À l’interrogation insistante du journaliste (« Donc, c’est un mouvement de résistance ? »), Mme Obono finit par lâcher : « Oui…, qui se définit comme tel et qui est reconnu comme tel par les instances internationales. » Ajoutons encore la députée européenne LFI Rima Hassan qui expliquait qu’« en dehors de la pensée hégémonique occidentale, personne ne considère le 7 octobre comme un acte de terrorisme. »

Il est également reproché à certains responsables politiques de minimiser l’antisémitisme, lui préférant une lecture plus large en termes d’antiracisme, où le Juif n’est plus perçu comme une victime spécifique mais comme un dominant structurel. Dans ce schéma de pensée, le Juif est exclu du récit des opprimés. LFI s’inscrit dans une logique de conflictualité permanente : affrontement politique, bataille sémantique, radicalité militante.

Fascinations et alignements internationaux

LFI manifeste aussi une fascination pour des régimes ou mouvements opposés à l’Occident : Vladimir Poutine, pour son opposition à l’OTAN ; Hugo Chávez et Nicolás Maduro, pour leur dimension révolutionnaire ; la République islamique d’Iran pour sa dimension religieuse ET révolutionnaire ; des organisations de « résistance à l’impérialisme » comme le Hamas ou le Hezbollah.

Cette attraction est liée à leur position commune d’opposition à l’Occident et, surtout, dans une continuité française : le communisme qui, bien que marginalisé, n’a jamais totalement disparu du paysage intellectuel et politique. Depuis plusieurs décennies, des courants trotskystes, anticapitalistes et internationalistes ont régulièrement obtenu des scores significatifs aux élections. Aujourd’hui, cette tradition prendrait la forme d’un marxisme renouvelé, teinté de tiers-mondisme.

La force de LFI à l’approche de la présidentielle de 2027

LFI offre ce que les autres partis n’ont plus : un chef incontesté, des idées, une doctrine tiers-mondiste assumée. Pendant des décennies, les partis de gouvernement, aujourd’hui faibles, ont refusé de voir les mutations de la société et l’émergence de nouvelles attentes. Ils ont ainsi laissé à LFI et au RN l’espace nécessaire pour devenir les deux grands pôles contestataires de notre vie politique. La France insoumise a pour elle ce que beaucoup d’autres partis ont perdu, à savoir des idées, une méthode et une énergie. Ce qui veut dire que le mouvement arme idéologiquement ses élus, forme ses militants à une discipline stricte et est obsédé par la communication et l’action politique de rue. LFI possède également ce que les autres partis français n’ont pas : un chef incontesté, des lieutenants rodés, une stratégie fondée sur une sociologie électorale bien identifiée, de la radicalité dans les propositions, des polémiques médiatiques pour mobiliser, cliver, susciter un intérêt et un sentiment d’appartenance face aux partis politiques qui périclitent et font de la politique une affaire de comptabilité.

Cette dynamique s’inscrit dans un contexte politique particulier. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, le camp centriste apparaît affaibli par l’usure du pouvoir ; le Rassemblement national suscite des inquiétudes quant à son rapport à l’État de droit ; La France insoumise, malgré les polémiques, apparaît comme une force politique crédible. Elle bénéficie notamment du poids symbolique du mot « gauche » dans l’imaginaire français, associé à l’égalité et à l’héritage de 1789.

Dans le feu de la campagne, face à un émiettement des candidatures et à l’impact médiatique des débats, rien ne dit que les chances de Mélenchon soient perdues. Au contraire. Les dernières élections municipales ont prouvé que la radicalité, la polémique, l’outrance et la discipline de fer imposée aux lieutenants et aux militants fonctionnent. Le combat pour l’Élysée ne fait donc que commencer et si les forces politiques modérées et attachées à la démocratie libérale ne veulent pas voir un des deux camps les plus radicaux l’emporter, il faut qu’elles se réveillent, innovent et abordent les problèmes de front.

La France se trouve aujourd’hui confrontée à une recomposition idéologique profonde, dans un monde où les valeurs occidentales, liberté, capitalisme, science, démocratie, ne sont plus majoritaires et sont de plus en plus contestées. Dans ce contexte, le tiers-mondisme insoumis apparaît comme une force structurante, à la fois externe et interne, qui redéfinit les clivages politiques et idéologiques du XXIᵉ siècle.

La France est un champ de bataille idéologique où, déjà, se joue l’avenir du libéralisme occidental.

Yoann Taïeb, 

ancien conseiller ministériel.

Causeur

https://nouvellerevuepolitique.fr/yoann-taieb-le-tiers-mondisme-francais-et-lfi/



 

F) - LFI : Le vrai danger !

Le parti de la France insoumise s’est distingué une fois de plus lorsque, pour donner plus d’ampleur à l’annonce de sa manifestation contre « l’extrême droite, ses idées et ses relais », a publié une affiche représentant une photo de Cyril Hanouna, de confession juive, sous les traits du  » juif éternel », tiré du film de propagande supervisé par Goebbels en 1940 intitulé  » le péril juif ». 

Publié en noir et blanc, le graphisme très élaboré montre le visage déformé et grimaçant de Cyril Hanouna, par un allongement du nez busqué, par les oreilles plus écartées qu’à l’ordinaire et taillées pointe, par le regard sournois et perfide, enfin, par le pli méprisant de la bouche accentué au point que – par fidélité à l’original – l’ouverture discrète de celle-ci laisse entrevoir la rangée inférieure de la dentition. 

Cette iconographie du « juif éternel » est devenue au fil du temps dans l’inconscient collectif, l’archétype de l’antisémitisme.

Pour Bernard- Henri LÉVY « cette affaire Hanouna est terrifiante : un vrai passage à l’acte de la part de LFI » (post BHL s/ X 15/3/2025).

En effet, une ligne a été franchie. 

« Même le journaliste « progressiste Jean-Michel « Aphatie, pourtant peu connu « pour porter Cyril Hanouna « dans son cœur, a apporté son « soutien à l’animateur, « dénonçant un visuel « effrayant (…) qui rappelle la haine des Juifs des années trente » (Causer, 14/03/2023, « LFI veut combattre le fascisme… et finit par s’en inspirer », Arnaud Vrillon).

Qui porte ce nouvel antisémitisme décomplexé sous l’hypocrite bannière de  » la lutte contre le racisme et l’extrême droite » ? L’extrême gauche et la gauche panurgiste. 

Ils défilent hardiment ce 22 mars 2025, arborant pancartes nauséabondes et slogans fielleux et vénéneux. 

Ils ne craignent rien, l’antisémitisme est dans l’air du temps depuis ce samedi noir du 23/10/2023 qui vit les militants du Hamas aidés de nombreux civils palestiniens commettre le pire pogrom contre les juifs depuis la Shoah. Des milliers de juifs hommes femmes enfants, blessés, assassinés, torturés, égorgés, des femmes violées devant leurs familles avant d’être abattus et pour certains (plus d’une centaine) enlevés puis séquestrés dans les galeries souterraines construites par les membres du Hamas avec l’argent international envoyé aux palestiniens pour se nourrir et se loger – et détourné par les membres du Hamas qui règnent en maîtres dans la bande de Gaza ( élus par les gazaouis en 2007 ne l’oublions pas).

Parmi ces nombreuses victimes du Hamas, les dépouilles des deux enfants de la famille Bibas, Kfir (9 mois) et son frère Ariel (4 ans) capturés le 7 octobre avec leur mère dans le kibboutz de Nir Oz, seront restitués au père par leurs tortionnaires islamistes – après 2 ans 1/2 de captivité – dans des cercueils le 20 février dernier par les terroristes. Ils sont devenus un symbole de la cause des otages.

Bien évidemment la réplique impitoyable de l’État d’Israël ne se fait pas attendre : chacun connaît la force de déploiement de Tsahal et son efficacité. Le bilan des victimes est accablant. 

Il demeure que la haine des juifs est transgénérationnelle. Et parmi les antisémites les plus virulents, les islamistes.

L’Historien Ben Soussan levant un tabou avait déclaré : « Dans les familles arabes, en France, tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère ». 

Cette manifestation n’a déployé que des drapeaux palestiniens – aucun drapeau français, c’est contre nature – qui sont devenus des étendards qui représentent à l’échelle mondiale la détestation de l’État d’Israël et des juifs. 

Les slogans vociférés par les néo- fascistes du XXIe siècle corroboraient les couleurs des drapeaux :  » À bas les flics les blancs et les juifs »,  » Israël, casse-toi en France on n’en veut pas », « Israël violeur »,  » égorge un sioniste » était tagué sur un abribus. 

D’ailleurs les reportages télévisuels montrent que ces harangues islamo- gauchistes sont plus que des slogans, ce sont des mantras quasi mystiques : adhérents, compagnons, sympathisants ou suiveurs constituent des foules  » qui ne connaissent « que des sentiments simples « ou extrêmes ; les opinions, les « idées et croyances qui leur « sont suggérées sont « acceptées ou rejetées par « elles en bloc, et considérées « comme des vérités absolues. « Il en est toujours ainsi des « croyances déterminées par « voie de suggestion au lieu « d’avoir été engendrées par « voie de raisonnement (…) « N’ayant aucun doute sur ce « qui est vérité ou erreur et « ayant d’autre part la notion « claire de sa force, la foule est « aussi autoritaire « qu’intolérante (…) Le type du « héros cher aux foules aura « toujours la structure d’un « césar. Son panache les « séduit, son autorité leur « impose et son sabre leur fait « peur(…) » (Gustave Lebon, « psychologie des foules », Ultraletters, p. 35/36).

Le basculement flagrant tombe comme un couperet : les victimes sont devenues les bourreaux et les « génocidés » sont devenus les « génocidaires ». 

L’inversion des valeurs est à son comble. 

Tandis que la majorité des députés issus des insoumis ont gardé le silence, quelques rares voies ont affeuré/ emergé pour condamner la publication de l’affiche scélérate,  manifestement toutefois une minimisation de la gravité des faits:  » une maladresse » admettra Eric Coquerel, « une affiche maladroite qui n’aurait pas dû être là » concède Manon Aubry,  » le visuel n’aurait pas dû être publié » livre Manuel Bompard, coordinateur de LFI qui ose affirmer par ailleurs que son parti  » n’a jamais visé une personne en fonction de sa confession religieuse ou de son origine » : tous trois se gardent bien de la nommer… deux autres parlementaires LFI – dont Aymeric Caron – se sont montrés plus critiques dans leur condamnation de cette « maladresse ». 

Toutefois, UN député de LFI non identifié affirme  » Je suis affligé. J’ai découvert cette affiche avec effroi (…) soit le mec du siège de LFI qui a fait les affiches est un connard inculte, soit c’est une ordure antisémite » (JDD News du 26/03/2025, p.23).

En vérité, la dénonciation de cette abjecte publication est bien mince dans les rangs de LFI. Disons qu’elle ne fait pas tout à fait l’unanimité mais bien une très forte et large majorité.

Les réactions du « césar LFiste », Jean- Luc Mélenchon sont éloquentes : 

D’abord dans le déni complet, « je n’étais au courant de rien, je ne savais rien », JLM passe à l’offensive : le 13/03/2025, à l’antenne de France inter, interrogé par Léa Salamé sur le sens de l’affiche, il s’exclame :  » Nous ne sommes pas antisémites (…) Vous relayez la propagande d’extrême droite ! ». 

Trois jours après, le 16 mars il s’en prend au journaliste qui le sollicite sur cette question : 

 » D’emblée, Mélenchon a « cherché à balayer les « interrogations à ce sujet :  » « l’extrême droite accuse, puis « cela monte dans la sphère « médiatique Bolloré. Puis les « gentils, comme vous et les « autres, disent  » Ah ! Quand « même il y a un « problème »(…)C’est « exactement comme ça que « l’on fait pour attribuer une « étiquette (…) puis face à « l’insistance du journaliste, il vocifère  » Pourquoi vous me « posez cette question ? De « quel droit ? Vous m’accusez ? « Est-ce que vous m’accusez ? …. Avant de perdre ses nerfs et de clore le débat violemment avec un  » ça suffit ! « . (Cf. JDDNews p. 23). Avec toute l’agressivité que le dogmatisme a coutume de déployer. 

LFI ne recule jamais : ce qui permet de tracer les exhortations de son chef. 

Notamment, Mélenchon estime que Jeremy Corbin, leader travailliste, a eu grand tort de se laisser intimider par les accusations de complaisance envers l’antisémitisme lancées par « une poignée de blairistes », par « le grand rabbin d’Angleterre » et par « divers réseaux d’influence du Likoud », le parti de Benyamin Netanyahou.

Et Askolovitch de répliquer : « L’antisémitisme (…) est une passion politique portée par des cercles d’extrême gauche, attirés au Labour requinqué de Corbyn et protégés par son pouvoir. […] Des juifs, sous Corbyn, ont été chassés de fait du Labour qui était toute leur vie » (cf. Libération,16 /12/2019). 

Rima Hassan activiste pro- palestinienne n’est pas en reste : participant à toutes les manifestations en soutien des palestiniens et donc du Hamas qu’elle qualifie de mouvement résistant (et non pas terroriste). 

Et pour démontrer l’inanité des protagonistes rappelons que sur France 5, le député de la France insoumise Paul Vannier a reconnu une « erreur », à la suite de la publication de l’affiche dont il reconnaît qu’elle reprend les codes antisémites mais tout en rejetant la responsabilité sur la plateforme Grok, utilisée pour concevoir le visuel. Il précise que  » l’IA d’Elon Musk contient des choses nauséabondes » (Le Figaro 15 mars 2025). 

Tout est dit. LFI est une victime de l’intelligence artificielle de la plateforme Grok et tout ça c’est la faute à E. Musk. 

LFI dégage toute responsabilité ! 

Quel grossier dérivatif ! Aucun membre de la chaîne de conception de l’image, de sa production et de sa publication n’avait remarqué quoi que ce soit ! 

Ce sont des « connards incultes » ou des « ordures antisémites ? » (cf. infra).

Sans doute un peu des deux. 

Cyril Hanouna a obtenu 3500€ de DI sur le droit à l’image (donc en matière civile). On attend à présent le déroulement du procès pénal portant sur l’incitation à la haine et sur l’antisémitisme. 

Les juifs semblent désormais n’être plus protégés par la Shoah. Les victimes juives de ce pire cauchemar de l’Histoire humaine récente, ont été « remplacées » par les pré- fabriqués nouveaux damnés de la terre, les immigrés, les migrants, les musulmans islamistes ou non, qui eux, n’ont jamais approché un four crématoire de leur existence, n’ont pas été maltraités à coups de fouets ou de coups de crosse ou de cravache, n’ont pas été piétinés par les bottes d’un nazi…. D’ailleurs pour la plupart d’entre eux ils ne connaissent pas la signification de la Shoah. 

Pourtant ils vouent aux juifs une haine tenace, qui leur vient du fond des âges, et partagent cette exécration raciste et plus précisément antisémite avec les partisans de LFI. 

L’islamo – gauchisme a des racines très lointaines qui se manifestent aujourd’hui dans cette actualité incandescente et bouleversante. 

Il est un fait que la gauche a toujours su travailler à l’élaboration de sa propre image et dans ce but a usé de tous les subterfuges pour masquer l’antisémitisme de nombre de ses écrivains et philosophes, artistes, journalistes, directeurs de publication bien – pensants. 

C’est dans cet esprit qu’un Sartre ou qu’un Ricoeur – pour ne citer que ces deux là – se sont bien gardés de publier leurs intimités antisémites en les conservant à l’abri de carnets ou notes personnelles. 

Même en faisant la part des choses et considérant leur qualité d’écrivain, on ne peut s’empêcher de penser de façon subliminale… oui… mais quand même…. Et cela vaut aussi bien pour les intellectuels de gauche que pour ceux issus de la droite classique ou extrême, à l’instar d’un Drieu la Rochelle, d’un Céline ou d’un Genet par exemple. 

Il reste que la gauche – qui domine la classe intellectuelle depuis 1945 grâce au Général de Gaulle qui avait confié aux communistes le portefeuille de la culture dans le gouvernement provisoire – malgré ses antécédents pénétrés d’antisémitisme virulent et ce, depuis la première industrialisation au XIXe siècle, reste une insupportable donneuse de leçons, se forgeant toujours la part belle en s’emparant de l’Histoire pour la remodeler à son avantage ( ainsi que ce fut le cas de Benjamin Stora qui a inventé un roman de la guerre d’Algérie au mépris du réel pour complaire aux descendants de porteurs de valises). 

Dans un livre publié récemment intitulé  » L’Autre Collaboration » et lu par l’auteur de ces lignes, Michel Onfray s’interroge dans la préface, sur les raisons qui ont conduit « la « France à se trouver « aujourd’hui forte de millions « de citoyens pour lesquels le 7 « octobre 2023 aura été un « grand jour pour le peuple « palestinien. Quel rôle ont joué « les philosophes du XXe « siècle dans la construction de « cette effrayante passion « triste, de cette sinistre joie « mauvaise qu’est le « consentement au sadisme « des bourreaux contre des « victimes innocentes ? 

« Quelle forme a pu prendre « l’antisémitisme chez Sartre, « qui pense que le juif n’a pas « d’existence historique propre « en dehors de l’antisémite qui « le fait exister, malgré trois « milles ans d’existence, et « Beauvoir qui en a assez des « jérémiades autour d’Anne « Franck (  » Vous qui pleurez si « volontiers et si abondamment « sur des malheurs anciens – « Anne Franck ou le ghetto de « Varsovie- vous vous rangez « parmi les bourreaux de ceux « qui souffrent aujourd’hui » dit « elle en développant les « éléments de langage des « dévots du décolonialisme » ( cf.  « L’autre Collaboration », Michel Onfray, Plon, 2024, p.15/16/176/177).

Et l’écrivain de poursuivre dans sa préface :  » Quelle « forme a pu prendre « l’antisémitisme chez Deleuze « qui s’agenouille devant « Yasser Arafat ou chez « Foucault, qui aime tant les « mollahs iraniens dont « l’antisémitisme est la colonne « vertébrale et la destruction de « l’Etat d’Israël, le mantra ? « Chez Genêt, qui célèbre « Hitler, les miliciens, les « gestapistes, les collabos et « les terroristes palestiniens ? « Chez Jean- Luc Nancy qui « voit des antisémites partout « sauf chez Heidegger qui a « adhéré au parti nazi de 1933 « à 1945 et n’a rien trouvé à « redire à la mort de 6 millions « de juifs (…), ou chez Alain « Badiou pour qui la question « juive semble juste une affaire « de philologie ? Chez Roger « Garaudy, communiste « emblématique, négationniste « forcené et converti à l’islam, « qui semble triompher « aujourd’hui post mortem « dans une « gauche » somme « toute assez joyeuse de « compagnonner avec les « assassins du Hamas pour « quelques plats de lentilles « servis à l’Assemblée « Nationale »? (Cf Michel Onfray, infra p. 16). 

Avant eux il y eût les juifs, peuple déicide responsable de la mort du Christ, puis l’invention du juif errant au Moyen- Âge, sorte de damnation éternelle élaborée par un christianisme devenu intolérant, puis Luther, qui incarne un antisémitisme protestant, puis « les Lumières » avec l’antisémitisme antichrétien ( sans la Thora pas d’Évangiles) qui culmine avec Voltaire lequel voue une haine féroce aux juifs qu’il dit abominables, dominateurs, ennemis du genre humain, égorgeurs et traitres, puis l’Abbé Grégoire qui affirme que les juifs sont physiquement, moralement et politiquement dégénérés, 

Puis vint un antisémitisme socialiste / communiste / anarchiste avec Fourier, Blanqui, Toussenel : les juifs représentant le capitalisme oppresseur de la classe ouvrière, des paresseux, des espions, etc… 

Proudhon bien sûr, dont l’antisémitisme est dirigé contre Marx, d’origine juive (et antisémite aussi) avec lequel il se trouve être en rivalité et refuse d’être un simple disciple de ce dernier, et bestialise son contemporain, ce qui servira la doctrine nazie, 

Puis évidemment le nazisme et la Shoah… que l’on sait.

Il convient à cet endroit de relever :

  • La collaboration de Hitler avec le Grand Mufti de Jérusalem, Hadj Amine Al-Husseini, au point de constituer en 1942 deux légions SS musulmanes. Composées pour l’essentiel de Bosniaques : ces deux légions n’ont pas participé à la  » solution finale » même si le Grand Mufti a pris fait et cause pour le nazisme, au point d’approuver le judéocide.
  • La collaboration des communistes avec Hitler par la signature du pacte germano- soviétique le 23 août 1939, qui ne sera rompu en 1941 que parce que les nazis envahiront l’Union Soviétique. 

Puis ce fut le temps de l’antisémitisme post nazi qui se transforme en anti sionisme cache sexe de l’antisémitisme, la parade est éventée depuis longtemps, l’islamo- gauchisme a de beaux jours devant lui à la traîne de son père fondateur et premier wokiste, Michel Foucault, qui passe trois semaines en Iran en 1979 et revient de chaque escapade ébloui par la religion islamique chiite qui selon lui « est la forme que prend la lutte politique dès lors que celle -ci mobilise les couches populaires (…) ».

L’islam incarne la résistance au pouvoir d’État. 

Le philosophe n’avait juste pas compris l’intervention / l’ingérence des américains pour installer Khomeiny au pouvoir en lieu et place du Shah d’Iran… 

Tout auréolé de ses découvertes spirituelles il dira plus tard que  » c’est avec l’islam politique, l’islamisme donc, s’annonce et s’énonce  » un mouvement qui permettrait d’introduire dans la vie politique une dimension spirituelle  » (Cf. ibid p. 200). 

L’islamo- gauchisme est né.

 » Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, la figure négative du juif ayant pris le visage du sionisme ( tout peut être accordé aux juifs en tant qu’individus mais rien en tant que nation), l’antisionisme est devenu une forme respectable d’antisémitisme, partagé par les droites et les gauches extrêmes ainsi que par la plupart des musulmans ayant épousé inconditionnellement la cause palestinienne, mais aussi par un nombre croissant de juifs dits de gauche ou progressistes, postulant que la création d’Israël avait été une faute voire un crime (…) en raison de l’expulsion des palestiniens ce qui constituerait pour ces juifs de gauche  » le péché originel d’Israël. 

Les intellectuels d’extrême gauche, ralliés au post-colonialisme et au décolonialisme ont intégré au discours antisioniste l’accusation de colonialisme raciste. (…).

(…) La nouvelle propagande anti juive a intégré le cliché accusatoire selon lequel le prétendu « palestonicide » israélien serait pire que le judéocide nazi. L’endoctrinement antisioniste est désormais centré sur cette accusation impliquant une inversion victimaire sur un double registre : d’une part, le Hamas agresseur est présenté comme agressé et les islamo- terroristes comme des résistants, d’autre part, les juifs, victimes du plus grand génocide de l’Histoire et les israéliens menacés en permanence d’attaques meurtrières par leurs voisins sont dénoncés comme des criminels commettant le génocide des palestiniens dont ils auraient volé les terres, exprimant ainsi leur impérialisme et leur colonialisme ».(« l’antisémitisme voyageur », Pierre- André Taguieff, in Front Populaire, N° 20, p. 85).

L’islamo- gauchisme s’étoffe avec la participation d’autres philosophes déconstructionistes comme Deleuze et Derrida et sa doctrine de déconstruction de la civilisation occidentale ( blanche, catholique, colonialiste, misogyne, homophobe) représentée par  ISRAËL au sein du Moyen- Orient, raison pour laquelle il y a lieu de transformer ce tout petit pays (de la taille de deux départements français)en bouc émissaire à éradiquer afin d’en finir avec tout ce qui peut représenter la civilisation occidentale, le capital, le capitalisme et l’argent.

A cette fin il convient de combattre le sionisme le « frère siamois de l’antisémitisme » (cf. Arno Klarsfeld, in VA du 19/03/25) comme étant le creuset responsable de tous les antagonismes, et tant qu’à faire rayer Israël et ses juifs de la carte planétaire.

Il faut victimiser le palestinien démuni devant son odieux voisin sioniste, et le célébrer comme étant l’idéal – type révolutionnaire, tout en condamnant parallèlement l’existence du mal blanc de plus de 50 ans judéo- Chrétien servant le capitalisme, le colonialisme, l’impérialisme, le racisme, l’antisémitisme, génocidaire (les khmers rouges… ? le maoïsme ? … le FLN ?) et xénophobe ! 

Et puis les islamo gauchistes se sont fabriqués toute une sémantique dont ils usent et abusent ad nauseamdepuis des décennies à l’encontre de ceux qui désapprouvent ce nouveau fascisme islamique : fasciste, nazi, pétainiste, islamophobe et extrémiste de droite (inspiré de Michel Onfray cf. ibid.).

L’objectif ? Faire tabula rasa afin de façonner « l’homme nouveau » (après Robespierre, le communisme, le nazisme, le fascisme italien et le franquisme espagnol) mâtiné de communisme et de fascisme bref un homme tyrannique, spoliateur, criminel, haïssant les peuples et les divisant / les ostracisant / les martyrisant pour mieux régner en despote… NON éclairé. 

Et toute cette cohorte de trottes- menus qui forment les rangs de LFI ( gauchistes, trotskystes, LGTBQ+++, islamistes divers et variés, « socialistes », tous ceux qui transigent pour un strapontin et les paumés suiveurs qui croient se forger une identité politique à défaut d’exister par eux-mêmes), ces incultes n’ont aucune connaissance du sens de l’Histoire au point d’ignorer que ceux qui furent poursuivis, emprisonnés, torturés et tués par les milices islamistes après l’installation de Khomeiny au pouvoir, furent ceux-là mêmes qui l’avaient accompagné, des « idiots utiles gôchistes « éliminés après « avoir bien bossé » comme dirait Fabius en évoquant Al Nostra. 

LFI est devenu le parti de l’étranger : de la haute trahison. On aime mieux son lointain que son prochain par pure stratégie électorale. 

Cette nouvelle gauche – qui traine la haine de soi – a donné congé au peuple français, s’est détournée des classes populaires au profit d’un électorat de substitution, une coalition hétéroclite formée des populations de l’immigration, des progressistes et des minorités sexuelles ainsi que de racailles de tous poils (émeutiers, pillards, incendiaires, assassins d’adultes et d’enfants) mais dont l’origine ethnique pour la plupart est connue de chacun. 

Alors cette nouvelle  » Gôche » sert de cheval de Troie à une idéologie radicalement étrangère à notre identité : l’islamisme (Cf. Éric Naulleau, Front Populaire, N° 20, p.40). 

LFI sont les nouveaux fascistes qui veulent prendre le pouvoir par la rue et encouragent toutes les violences, en dédouanant leurs auteurs qu’ils disent victimes de la société. 

Ils se prétendent comme anti- fascistes : pure question de sémantique invertie. On connaît les ficelles. 

L’antisémitisme est le ciment de toutes ces rancœurs, de toutes ces jalousies, de toute cette haine de soi, par détestation de sa propre civilisation, par nihilisme, par pauvreté intellectuelle, par l’abandon à la facilité accrue par la providence débordante étatique. 

La communauté juive est le bouc émissaire de ces médiocres qui pensent petit, strapontins, soupe, prébendes. 

Ce cynisme électoral n’a pas de limites et c’est pourquoi il est dangereux. 

Pour conclure, citons Arno Klarsfeld, dont les parents ont consacré leur vie à la « chasse aux nazis », avec un réel succès. 

 » Face à la France Insoumise, le parti de Marine Le Pen est un rempart contre la haine anti- juive. 

Il est évident aujourd’hui que, face à un parti, la France Insoumise (LFI) qui plonge dans un antisionisme obsessionnel, frère siamois de l’antisémitisme, le RN constituera un rempart contre les actes anti- juifs et contre la propagande anti- juive. L’islamisme, le Djihad, sont nos ennemis intérieurs prioritaires ». (cf. Valeurs Actuelles, 19 mars 2025, p. 12).

Par un curieux caprice de l’histoire du gauchisme, l’on constate que l’affiche incriminée se réapproprie les « canons » anciens, c’est à dire d’avant-guerre de l’antisémitisme déployé par le nazisme et le pétainisme. 

On ne s’en prend pas au sioniste mais au juif en lui réattribuant les caractères morphologiques répugnants ayant émergé autrefois dans les imaginaires fétides des nazis.

On peut se demander pourquoi ? 

Le déconstructionisme qui vise à anéantir l’identité collective intrinsèque des peuples européens, à détruire la culture pied- mère, à savoir le christianisme qui cimentait autrefois les populations, a laissé un vide existentiel aussitôt comblé par des forces vives issues des individualités ethniques religieuses ( l’islam) et sexuelles ( transgenres) lesquelles via les théories notamment de Franz Fanon et de Edouard Glissant, écrivain antillais décédé récemment, qui se faisaient les chantres de la diversité et du métissage, ont réintroduit le concept de « race » dont les autoproclamés « racisés », obsédés par l’égalité raciale, ont fait un usage à leur profit ces dernières décennies, sous la houlette du wokisme qui place le concept de race, au centre du débat sociétal. 

C’est peut-être la réintroduction dans le débat de société de la théorie de la race (mais pas au sens développé par Levi Strauss), qui explique ce retournement de l’expression antisémite purement raciale exhibée par l’affiche représentant Cyril Hanouna. 

Enfin, par des chemins détournés LFI rejoint dangereusement la théorie mondialiste de Klaus Schwab – dont le père était un conseiller de Hitler – qui élabore une société sans humanité dominée par une caste argentée qui détient tous les pouvoirs sur le vulgum pecus (cf. The Great Reseat ou « la grande réinitialisation », chez Forum publishing). 

Cet ouvrage, expose tous les projets néfastes élaborés en secret aujourd’hui partiellement levé par l’élite dirigeante : mise à bas des démocraties, dictature sanitaire, nouvel ordre mondial ou encore société de technosurveillance.

« L’homme nouveau », ou « homme augmenté », hors sol, déraciné et sans repères évoluant sous la tyrannie du numérique. 

LFI et SCHWAB ne sont pas loin l’un de l’autre ne serait-ce que par la négation de l’humanité et la fin objectivée de la démocratie et des libertés. 

Il est clair que seules l’instruction et la culture que l’on se forge pas à pas permettent de prendre le recul nécessaire pour penser par soi-même, sans abandonner sa propre souveraineté intérieure et intellectuelle à d’obscures passions, délaissant ce faisant préjugés et bêtise qui conduisent à la résurgence de la barbarie. 

À lire aussi : France : Des dentelles de LFI à la tutelle du FMI ?

Catherine Massaut, 


 

Ancienne magistrate

https://lediplomate.media/lfi-danger-france-islamogauchisme/

 

 

 

G) - Le programme ? On s'en fiche, qui s'en soucis !

L'une des choses qui m'a le plus frappé à la lecture de l'excellent livre La Meute, qui décrit minutieusement la secte organisée autour de Jean-Luc Mélenchon, c'est le désintérêt total de sa part, et de celle de ses lieutenants, pour les programmes politiques.  


Certes, et je lui en ai souvent attribué le mérite, LFI a un programme ; et, aussi éloigné soit-il de mes propres convictions, il a le mérite d'être très approfondi sur de nombreux sujets dont peu d'autres partis parlent, comme l'économie de la mer ou la francophonie. 

Cependant, en lisant ce livre, nous découvrons que les dirigeants de ce parti ont, en réalité, délégué le travail programmatique à des fantassins qui ne font pas partie de la direction ; et qu’à aucun moment les innombrables divergences et discussions interminables entre eux n’ont porté sur des questions programmatiques, voire idéologiques, mais toujours sur la seule question qui semble obséder Mélenchon et que les autres semblent craindre : comment assurer l’allégeance de tous au leader ? 

 Ce n’est pas mieux ailleurs : au Parti socialiste, les « contributions » en lice pour le prochain congrès se contentent de promettre que « nous » devrions nous atteler au plus vite à l’élaboration d’un programme présidentiel, que « nous » développerons l’industrie, l’agriculture et les services et protégerons le modèle social. Sans chiffrer ; et pas un mot dans aucune de leurs contributions sur l'immigration.  

A droite, au contraire, les esquisses de réforme, lorsqu'elles existent, ne parlent que des immigrés et des différentes manières de s'en débarrasser. 

Personne, ni à gauche ni à droite, n’évalue à la volée les coûts et les conséquences des promesses qu’ils font. Personne, ni à gauche ni à droite, ne propose un programme présidentiel cohérent. Personne, ni à gauche ni à droite, ne propose même un diagnostic approfondi de la société française. Ils proposent encore moins une vision des dynamiques historiques, des nouveaux enjeux, de l’écologie et de la technologie, ou de la place de la France dans l’Europe et le monde de demain. Et les partis qui prétendent y travailler, mais ne révèlent leurs projets qu'à la dernière minute, soit mentent, soit méprisent les électeurs, qui veulent débattre longuement dès maintenant des différentes options qui s'offrent à eux. A deux ans des prochaines élections présidentielles, nous sommes toujours dans un théâtre d’ombres. Et il est probable que nous y resterons. 

C'est tragique. Les partis ne sont pas les seuls responsables. Des commentateurs politiques qui ne s’intéressent qu’à savoir qui sera candidat, sans jamais se soucier de demander à ceux qui se précipitent dans la course ou s’affirment comme candidats s’ils ont évalué l’état du pays, s’ils ont une idée de l’endroit où ils aimeraient le voir dans 20 ans, s’ils ont un programme, sans parler d’une estimation du coût de ce programme. 

Une fois de plus, comme c'est le cas depuis l'élection présidentielle de 1995, voire depuis 1988, les électeurs n'auront d'autre choix que de choisir entre des individus avec des programmes improvisés de dernière minute et sans vision ni ambition crédibles. L’extrême droite restera sur ses positions face à son opposition à l’immigration et à la réforme des retraites. La droite rejoindra l’extrême droite sur l’immigration et parlera de l’Europe. La gauche social-démocrate parlera de justice fiscale et d'environnement.  

Pendant ce temps, l’extrême gauche ne parlera que de taxes supplémentaires et de son rejet de l’islamophobie. Un candidat élu sur l’une ou l’autre de ces plateformes ne fera rien d’utile, car l’histoire nous enseigne qu’un président français ne peut agir sérieusement que pendant les trois premiers mois de son mandat, ce qui suppose qu’il arrive au pouvoir avec un programme sérieux, complet et détaillé. 

Tout cela découle d’une conviction profondément ancrée chez presque toutes les soi-disant élites françaises, tant à Paris qu’en province : le pays ne va pas si mal ; il est très riche, et rien ne peut l'affecter sérieusement ; les politiciens ne doivent pas en faire trop, car ils ne peuvent qu’empirer les choses ; l’heure n’est plus aux utopies ou aux programmes, mais aux réactions instinctives d’un dirigeant face à des événements de plus en plus imprévisibles. 

 La réalité est toute autre : le pays est en très mauvaise posture. Pire que n’importe quel autre pays de l’Union européenne. Pour la première fois depuis des siècles, le niveau de vie des Italiens, en termes de parité de pouvoir d'achat, est devenu supérieur à celui des Français. Les Espagnols, les Portugais et les Grecs ont des déficits inférieurs à ceux des Français, qui ne travaillent pas assez. Les inégalités se creusent. L’heure est venue d’une mobilisation générale pour l’économie de la vie.

Si rien de radical n’est fait, les jeunes Français seront bientôt dans une situation pire que leurs aînés. Le niveau de vie général du pays va baisser. La France ne pourra pas maintenir son modèle social. Ni même sa démocratie. Tout cela est dû à la collusion néfaste d’hommes politiques cyniques, de médias en quête d’audience et de citoyens de plus en plus individualistes et déçus par trente ans d’inaction. Il devient très urgent d’en prendre conscience et d’agir. À cette fin, chaque partie devrait entreprendre dès que possible quatre tâches urgentes : Une évaluation sans compromis et objective de la situation dramatique du pays.  

Les sources ne manquent pas pour cela, avec les rapports du FMI, de l'OCDE, de l'UNESCO et de nombreux universitaires et centres de recherche du monde entier. Cette évaluation doit être partagée par tous. Une description de la France que nous voulons voir en 2040.  

Un plan d’action 2027-2032 pour mettre la France en mesure d’atteindre cet idéal. Une estimation du coût de ce plan. On se rendra alors compte de l’immensité des réformes nécessaires pour éviter le pire. 

Une fois celui-ci disponible, les Français pourront entamer un débat sérieux et choisir la personne la mieux placée pour mettre en œuvre ce plan. 

Bien sûr, il est peu probable que cela se produise, sauf peut-être par le biais d’une sorte de mouvement de bonne volonté entre partis (comme www.francepositive.fr). Et pourtant, nous pouvons et devons encore rêver.  

H) - La collusion mortelle. 

Tandis qu'une quarantaine de candidats (au moins…), des socialistes aux républicains, rivalisent pour séduire les électeurs les plus raisonnables, la France se prépare à un second tour de l'élection présidentielle de 2027, opposant le candidat de La France insoumise à celui du Rassemblement national. On sait d'avance que tous deux mèneront campagne animés par une haine viscérale envers ceux qui ont gouverné la France ces cinquante dernières années.  

On sait aussi d'avance qu'ils expliqueront (à juste titre) qu'une grande partie des problèmes du pays découle du manque de compétence, de préparation, de programme, de courage, d'action et de vision à long terme de leurs prédécesseurs. Si l'un des deux l'emporte – et c'est l'issue la plus probable –, il ou elle, compte tenu de son programme, de sa personnalité, de son soutien politique et de son caractère, fera preuve du même manque de courage, de la même inaction, de la même incompétence, du même manque de préparation et du même manque de vision à long terme que ses prédécesseurs.  

Même s'ils enrobent tout cela du discours du renouveau, avec tous les mots à la mode habituels : « nouveau départ », « redressement national », « fin du gaspillage », « restauration de la justice sociale », « restauration de la fierté française », et même s'ils font tous deux étalage de programmes, d'estimations de coûts et d'une liste impressionnante de soutiens et d'experts plus ou moins autoproclamés, La similitude entre ces deux partis extrêmes ne s'arrête pas là. Elle est bien plus profonde. Elle découle de ce qui semble les opposer le plus directement : leur conception de la France. 

 Pour le RN, la France est aujourd'hui en grand danger de perdre son identité, envahie par des hordes de musulmans et de personnes noires d'Afrique et du Moyen-Orient, qui orchestreraient le grand remplacement du peuple français, lui imposant cultures, coutumes, religions et langues étrangères, laissant prospérer le banditisme islamiste et le vandalisme généralisé, imposant la charia et le voile, et détruisant la laïcité, pierre angulaire de la République. Les déclarations de ses dirigeants en ce sens sont légion : parmi tant d’autres, celle de Jordan Bardella : « Notre pays subit un flux migratoire insoutenable. Si nous persistons dans cette voie, nous risquons de voir la France se désintégrer.» 

Pour LFI, au contraire, c’est l’occasion de voir la France retrouver une vitalité démographique grâce aux étrangers issus de ses anciennes colonies, qui la « créoliseront », lui insuffleront une énergie nouvelle et lui permettront d’être plus à l’écoute des souffrances du Sud global – et notamment des anciennes colonies françaises et de la Palestine – forgeant ainsi de nouvelles alliances avec les peuples les plus dynamiques du monde. Les déclarations de ses dirigeants en ce sens sont également légion. Parmi tant d’autres, celle de Jean-Luc Mélenchon : « Notre France est une France créolisée, une France métissée. Une France nouvelle, composée de tous ceux qui veulent vivre ensemble.» 

À première vue, rien ne semble plus dissemblable que ces deux points de vue. En réalité, ils s’accordent sur l’essentiel : pour les deux, la France ne doit penser qu’à son identité et à sa souveraineté. Pour tous deux, le métissage avec d'autres peuples européens est inacceptable. Pour tous deux, le projet européen est diabolique. Pour tous deux, une souveraineté européenne commune – allant jusqu'à la création d'une nationalité continentale – est une horreur. Pour tous deux, le seul pays européen à peu près acceptable est notre grand voisin de l'Est, la Russie.  

Pour tous deux, l'avenir de la France doit donc être décidé par les Français seuls, sans aucune influence de pays tiers. Preuve à l'appui ? Marine Le Pen, Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon ont tous trois déclaré, mot pour mot : « Les règles européennes ne peuvent être imposées contre la volonté du peuple français.» 

Pourtant, la clé de la survie de la France, face à tous les ennemis qui l'entourent, réside au contraire dans le renforcement de l'Union européenne et l'application de toutes ses règles, même celles décidées par une majorité de pays européens dont nous ne faisons pas partie, conformément notamment à l'article 52 de notre Constitution, qui affirme la primauté des traités sur les lois. 

Cette haine partagée de l’Union européenne – qu’elle soit dissimulée, dans un cas, par la poursuite d’une purge fondée sur l’appartenance ethnique, et dans l’autre par la défense d’une ouverture à tous les vents du Sud – constitue la collusion la plus dangereuse qui puisse menacer la France en 2027. 

Quel que soit le parti au pouvoir à cette date, il mettra fin à la solidarité budgétaire continentale, à l’intégration industrielle, à la protection commune des frontières, à la défense commune, à la politique agricole commune et à la préférence communautaire dans de nombreux secteurs.  

Cet agenda commun est précisément ce dont rêvent nos concurrents – ou ennemis – qu’ils soient russes, américains ou chinois. Il faut donc s’attendre à ce que tous les ministères des Affaires étrangères, toutes les plateformes de médias sociaux et tous les réseaux d’influence de ces trois pays unissent leurs forces pour faire élire M. Mélenchon, Mme Le Pen ou M. Bardella. À la grande déception de la France. 

Jacques Attali,

Article G et H 

https://www.attali.com/en/geopolitics/the-program-who-cares/

https://www.attali.com/en/geopolitics/the-deadly-collusion/

Jacques Attali, Titulaire d'un doctorat en économie, Jacques Attali est diplômé de l'École polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il a fondé quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à l'analyse de l'avenir), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les journaux financiers *Les Échos* et *Nikkei*, après avoir également collaboré avec *L’Express*. Jacques Attali dirige aussi régulièrement des orchestres à travers le monde.

 

 


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