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février 13, 2026

Peter Thiel: La démocratie est incompatible avec la liberté et le capitalisme via Jacques Attali !

La Silicon Valley, l'Antéchrist et l'avenir de l'Europe. 

Pourquoi Peter Thiel, cofondateur de PayPal, Facebook et Palantir, est-il venu à Paris donner une conférence à l'Institut de France sur l'Antéchrist ? 

Selon cet Allemand, devenu citoyen américain après avoir acquis la nationalité néo-zélandaise, la démocratie est incompatible avec la liberté et le capitalisme. Pourtant, à ses yeux, les deux sont nécessaires au progrès scientifique et technique, qui permettra un jour à l'humanité de s'affranchir des contraintes de la rareté, d'atteindre l'immortalité et d'instaurer le Royaume de Dieu sur Terre. 

 


 

S'appuyant sur une lecture très personnelle des Évangiles, Thiel en déduit que tout ce qui entrave le progrès scientifique et technique mènera à la victoire du Mal absolu, qu'il nomme l'Antéchrist, et imposera à terme une gouvernance mondiale totalitaire, hostile au progrès, conduisant à une catastrophe planétaire, l'Apocalypse. 

En réalité, son analyse du concept d'Antéchrist est très superficielle. Il caricature à la fois la conception juive du rôle du Mal dans l'Histoire (selon laquelle le Mal est toujours temporaire et provoque toujours un sursaut salutaire) et la conception chrétienne (pour laquelle le Mal absolu, appelé Antéchrist, est un simulacre du Bien, promettant ordre, paix et sécurité, tout en détruisant en réalité la valeur principale, la liberté). 

Pour Thiel, toute tentative de gouvernance mondiale serait une manifestation de l'Antéchrist, car il s'agirait d'un pouvoir imitant le Bien, promettant le salut en échange de la soumission et niant en réalité la dignité humaine. Pour lui, comme pour nombre de ses pairs de la Silicon Valley, les gouvernements, quels qu'ils soient, ont déjà provoqué une stagnation scientifique et technologique de longue durée par leur ingérence, et nous devons maintenant nous en débarrasser afin de développer toutes les technologies sans entrave, en particulier celles qui contribueront à détruire les pouvoirs étatiques, les banques centrales et toutes les normes mondiales, financières et écologiques. Pour ces personnes, toute prudence face à l'innovation, toute limite à l'artificialisation et à la robotisation, sont inacceptables. 

Ce retour de l'Antéchrist via la Californie n'est ni folklorique ni fortuit : il est le symptôme de l'ambition démesurée d'un groupe social très puissant, celui des GAFA et de la Silicon Valley. Maîtrisant l'IA, les biotechnologies et les neurosciences grâce à des ressources financières quasi illimitées, ces individus s'arrogent désormais la légitimité de mener un projet civilisationnel et de donner un sens à la condition humaine. Ils empruntent donc le vocabulaire de la théologie et parlent d'innovations de rupture comme d'autres parleraient de miracles ; et de valorisations boursières comme d'autres invoqueraient des manifestations de la Providence. De cette manière, ils tentent habilement de mettre le retour de la religion à leur service. 

Confrontés à la difficulté de décrire simplement leur vision positive de la transcendance, leur Parousie, ils fondent leur théologie sur la dénonciation d'ennemis, qu'ils présentent comme les incarnations de mythes négatifs : l'Antéchrist, l'Apocalypse, l'Extinction, la Guerre finale. D'où la résurgence de la pensée de René Girard, pour qui l'Antéchrist est celui qui promet la paix par l'égalité des droits et des conditions de vie, et qui, au contraire, provoque une violence généralisée par une standardisation suicidaire. Ils exigent donc que nous nous résignions à toutes les inégalités, que nous remettions tout le pouvoir aux scientifiques, aux fabricants de nouvelles technologies et aux entrepreneurs capitalistes – autrement dit, à eux-mêmes. 

 En effet, si la Silicon Valley peut légitimement se targuer de contrôler désormais les flux financiers et informationnels, de définir la perception du réel et du vrai, et de s'accaparer une part croissante de ce qui était autrefois la souveraineté nationale, elle est incapable de répondre à une question simple : au nom de quoi agissons-nous ? Tout ce qu'elle sait, c'est que, pour beaucoup, le « progrès » ne suffit plus comme justification morale, puisqu'il engendre l'injustice et détruit la nature. Aussi, pour légitimer leur pouvoir, les maîtres de la Silicon Valley invoquent-ils la fin des temps et appellent à une lutte existentielle contre l'Antéchrist, figure choisie pour désigner l'État et ses dirigeants. En réalité, et plus prosaïquement, tout cela ne sert qu'à donner un vernis philosophique et religieux à leurs luttes économiques (réglementation contre innovation) et politiques (État contre technologues), et à transformer, par des transgressions constantes, un affrontement de pouvoirs en une lutte civilisationnelle. 

Ce n'est pas totalement absurde. Et leurs arguments ne sont pas dénués de fondement : la démocratie et le marché ne suffisent pas à définir un projet de société ; ce ne sont que des bricolages institutionnels ; ils ne peuvent offrir un idéal humain. Et si nous ne parvenons pas à les imprégner de valeurs bien plus élevées, ils seront tous deux emportés par l'individualisme tyrannique des puissants du numérique. 

Particulièrement en Europe : pour survivre, l'Europe ne peut se contenter d'une rhétorique technocratique.

Elle doit énoncer les valeurs qu'elle entend défendre, protéger et reconquérir. Le marché ne suffit pas à définir un idéal. La démocratie non plus : la notion de république ne saurait être généralisée aux pays européens qui ne le sont pas ; le patriotisme continental n'existe pas en tant que tel ; la civilisation judéo-chrétienne ne saurait constituer une valeur suffisante dans les pays laïques ; la seule protection du patrimoine matériel et naturel du continent ne saurait former un idéal inspirant. Il ne reste plus que la défense des droits sociaux, des droits humains et des libertés fondamentales, à laquelle il faut ajouter le goût du risque, le refus de la peur et une quête acharnée d'une souveraineté libératrice. 
 
Tel doit être l'idéal européen : ni Antéchrist ni Messie, simplement une sorte de paradis terrestre imparfait, qui doit se défendre, réparer les injustices dont il est encore accablé et élever son idéal. 
 
Jacques Attali 

 
est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.
 
 
Image : L'Antéchrist écoutant les paroles de Satan, par Luca Signorelli. Les Actes de l'Antéchrist, vers 1505.

 

janvier 16, 2026

Français, soyons excellents ou nous disparaitrons et Sommes-nous prêts à payer le prix de la souveraineté ?! Jacques Attali

Français, soyons excellents ou nous disparaitrons !

Même le plus fieffé des optimistes ne peut nier que l’Europe, entourée de prédateurs, n’est pas à la hauteur des enjeux : on y travaille beaucoup moins qu’ailleurs, les retraités y sont mieux traités que les actifs, peu d’entreprises nouvelles y surgissent ; les innovateurs la quittent ; les entreprises étrangères y investissent très peu dans les domaines de pointe ; on y fait de moins en moins d’enfants ; on y forme beaucoup moins d’ingénieurs que sur tous les autres continents.  Et c’est particulièrement vrai en France, qui ressemble maintenant à un camion fou lancé dans une grande descente, avec quatre ou cinq chauffeurs sans permis se disputant le volant.


Sans aligner trop de chiffres, juste quelques-uns : quand la Chine consacre 9% de son PIB à la recherche et l’innovation, et l’Allemagne et le Japon plus de 3,5%, la France est, pour la première fois depuis 1981, en dessous de 2%. Quand le Japon et l’Allemagne, pays vieillissants s’il en est, consacrent 9, 5% de leur PIB au financement des retraites, la France y consacre 15% et bien plus si on tient compte de toutes les dépenses associées à l’âge.  En France, on part à la retraite trois ans avant les autres pays européens qui sont d’ailleurs en train d’augmenter encore l’âge de départ ; et près de la moitié de la dette publique française est liée à la mauvaise gestion des retraites, à un moment où le système scolaire est aux abois, les hôpitaux au bord de la faillite et où la natalité s’effondre, rendant impossible de financer durablement les retraites à leurs niveaux actuels. Quand l’Allemagne fait le plein de ses écoles d’ingénieurs, la France a le plus grand mal à trouver des candidats, et surtout des candidates, pour remplir les siennes. Quand les autres pays ont un gouvernement, avec un budget, des priorités claires et un horizon suffisamment éclairci pour que les entrepreneurs aient un peu envie d’investir, il faudrait être fou pour investir en France, pays qui n’a pas de budget, dont le gouvernement   abandonne ses rares  réformes  courageuses pour durer quelques jours de plus, où  tous les partis   se contentent de promesses démagogiques,  de  concessions insensées à tous les groupes d’intérêt,  où   on en  est à désigner des boucs émissaires , où  les palinodies d’un parlement balkanisé   participent d’un suicide collectif.  Et où il n’y a plus personne pour indiquer un cap et s’y tenir.

Pas étonnant alors que la démocratie, et les élites qui ont conduit à ce désastre, soient remises en cause ; et que beaucoup en viennent à penser qu’un gouvernement autoritaire, ou au moins illibéral, débarrassé des technocrates, ne ferait pas pire et au moins mettrait de l’ordre.  Pas étonnant non-plus que les partis qui prônent cela soient à la fois xénophobes, antieuropéens, nationalistes et populistes.

L’avenir est alors tout tracé : une victoire à venir du Rassemblement National, qui assumera la volonté de faire de la France un pays isolé, moyen, sans volonté d’excellence et de puissance, un pays qui se flattera d’être gouverné par des gens non diplômés parce que les super diplômés auront montré leur incompétence. Car le programme de ce parti se résume, quoique disent ceux qui le dirigent, à : « Plus d’impôt. Moins d’étrangers.  Moins de travailleurs.  Moins d’Europe. Moins d’excellence ». Sa mise en œuvre, applaudie par les retraités et par tous les nostalgiques d’une France imaginaire, ne fera qu’aggraver la crise financière du pays. Les élites en partiront, les investisseurs et les chercheurs étrangers en feront autant. La dette publique augmentera. Jusqu’à ce que les marchés, ou le FMI, ou Bruxelles, viennent rappeler le réel, comme ils l’ont fait à d’autres pays, qui y ont laissé la moitié de leur niveau de vie.

Et c’est ce qui attend la France dans moins de dix-huit mois. Par la faute de ceux qui n’ont pas eu le courage, depuis tant d’années, d’entreprendre les réformes nécessaires, en préférant jouir du pouvoir plutôt que de s’en servir pour porter plus haut le pays. Et de tous ceux qui, aujourd’hui, lâchement, rallient les puissants à venir, pour ne pas perdre leurs privilèges.

On a encore la possibilité de réagir. De ne pas se résigner. De ne pas prendre acte d’une étrange défaite.  De mettre en avant une jeunesse magnifique, qui ne demande qu’à se mettre au travail   et à s’ouvrir au monde, ; qui enrage de voir la place laissée aux rentiers de toutes nature, retraités ou employés  surnuméraires d’administrations pléthoriques, alors qu’on manque tant d’ingénieurs, de professeurs, d’infirmières, d’ouvriers qualifiés, de médecins, de policiers, de paysans, et de tant d’autres métiers vitaux pour l’avenir du pays  et en particulier pour affronter les problèmes environnementaux de demain.  Cela suppose des réformes courageuses. Par exemple, les retraités doivent accepter de voir leur part du revenu national baisser, et vivre en dépensant leur patrimoine, lorsqu’ils en ont un, et pas des impôts payés par ceux qui travaillent. Et il faut bien accueillir et très bien intégrer un grand nombre d’étrangers, soigneusement choisis, pour ne pas disparaître.

Il ne reste pas beaucoup de temps pour réagir. Pour donner le pouvoir aux plus jeunes. La réponse n’est sûrement pas dans les partis actuels, qui ne proposent rien et ne pensent qu’à continuer à profiter des prébendes publiques. Elle est dans un sursaut des entreprises, des associations, des syndicats, des chercheurs, des jeunes, des gens de bonne volonté, qui croient encore que la France et l’Europe doivent viser l’excellence et rester, pour cela, ouvertes au monde. C’est parmi eux que se trouvent les sources d’un éveil. En espérant qu’il ne tarde pas trop.

http://www.attali.com/societe/francais-soyons-excellents-ou-nous-disparaitrons/ 


Sommes-nous prêts à payer le prix de la souveraineté ?

Depuis quelques mois, chacun a compris l’importance de ne pas dépendre d’une source unique de produits agricoles, d’énergie, de matières premières, de composants, d’armement. Et de bien d’autres choses. Aux États-Unis, en Europe, en Chine, a commencé la chasse aux dépendances. Personne, nulle part en Occident au moins, ne veut plus se trouver en situation d’avoir besoin d’attendre l’accord des Chinois pour avoir les aimants nécessaires à son industrie automobile. Aucun industriel chinois ne veut plus dépendre des microprocesseurs graphiques et des plateformes de calcul fabriqués par Nvidia. Aucune entreprise américaine ne veut plus dépendre des Chinois pour les terres rares et les matériaux critiques. Les Européens réalisent la sujétion dans lesquels ils se sont placés en n’ayant aucun acteur sérieux dans les messageries numériques, les monnaies digitales, les centres de données et les matériaux critiques, sans compter leur vieille dépendance aux énergies fossiles venues d’ailleurs.  Aucun de ces pays ne veut dépendre d’autres pour se nourrir. Beaucoup de ces pays, pour d’autres raisons, souhaitent réduire leur dépendance à l’égard des travailleurs étrangers, sans qui, pourtant, la plupart des tâches essentielles, invisibles, sans laquelle aucune société ne pourrait fonctionner, ne seraient pas remplies.  Enfin, dépendance ultime, nous sommes souvent, consciemment ou non, dépendant de gens que nous laissons mourir pour nous, au travail ou au combat, sans trop vouloir les voir, parce qu’ils sont loin, porteurs de notre honte, combattants ukrainiens dans les tranchées du Donbass ou travailleurs ouïghours dans les ateliers de Shein.

Quel prix serions-nous prêts à payer pour échapper à ces dépendances ?

D’abord, la souveraineté est inflationniste. C’est très évident, quand elle se manifeste par des droits de douane, qui visent à réduire l’incitation à acheter des produits étrangers. Tout aussi évident quand il s’agit de se priver de travailleurs étrangers sur notre sol, ou des produits fabriqués par des travailleurs étrangers surexploités chez eux. Tout aussi évident quand il s’agit d’assurer la production des produits agricoles vitaux. Un peu moins évident quand il s’agit de diversifier nos sources d’approvisionnement en matériaux critiques, en terres rares, en composants électroniques, en microprocesseurs, en sources d’énergie fossile. Moins encore évident, mais tout aussi réel quand il s’agit d’investir pour se doter de ressources et d’usines sur le sol national recyclant des matériaux déjà utilisés, ou développant des sources nouvelles d’énergie, ou des installations de raffinage de matériaux très largement disponibles à l’état brut, mais raffinés pour l’essentiel aujourd’hui en Chine. Déjà, aux Etats-Unis, l’inflation revient, en raison de cette obsession antichinoise, principale menace à la souveraineté américaine, et en raison d’une politique anti-immigré faisant apparaitre la dépendance totale de l’économie américaine aux 31 millions de travailleurs nés à l’étranger, dont près de la moitié sont encore en situation irrégulière et dont dépendent toutes les industries et tous les services américains. On peut donc s’attendre à ce que la question de l’inflation, c’est-à-dire du pouvoir d’achat pèse plus que jamais dans les prochaines échéances électorales aux États-Unis et, dans une moindre mesure, en Europe.

Ensuite, la souveraineté est fiscalement coûteuse : pour être souverain, il faut se lancer dans des investissements très lourds, que le secteur privé ne trouvera pas toujours utile d’initier. Il faudra en particulier que le secteur public insiste pour que se développent des centrales nucléaires, mobiles, grandes ou très grandes, qu’il fasse ce qu’il faut pour aider les entreprises privées à automatiser les productions qu’elles ne pourront plus sous-traiter à des travailleurs étrangers.  Plus généralement, il faudra que l’État intervienne plus activement par des réglementations pour inciter à consommer des produits locaux et pour imposer aux productions étrangères des barrières, tarifaires ou non. La souveraineté supposera des impôts supplémentaires ou des choix budgétaires exigeants.

Ensuite la souveraineté est géopolitiquement contraignante. Elle oblige à diversifier ses alliances, à multiplier ses sources d’approvisionnement, à prendre garde à ses ennemis, même parmi ses alliés.

Enfin, la recherche de souveraineté est militairement exigeante : Pour être réellement souverain, il faut que ses armements soient produits nationalement, ou au moins par des alliés fiables, ne pas dépendre d’eux, ou au moins pas d’un seul, pour les renouveler, pour disposer de pièces de rechange, et pour en avoir un droit d’usage plein et entier. Plus encore, il n’y a pas de véritable souveraineté sans préparation au combat. En clair, on ne peut pas être souverain, ultimement, si on n’est pas prêt à mourir pour la liberté de ses enfants.  Qui y est prêt, aux États-Unis, où plus grand monde veut accepter d’engager des troupes sur les théâtres extérieurs d’opération ?   En Europe, où l’idée de mourir pour Kiev ou Vilnius n’enthousiasme personne ? Sauf en Chine, ou le patriotisme semble encore indiscuté ?

Oui, la liberté a un coût. Mais elle rapporte aussi un bénéfice :  Sur le terrain économique, ce sont les nations ayant les premières pris conscience d’un risque de manque et ayant eu la force d’y répondre qui ont développé les technologies de remplacement de ces manques : Les Provinces-Unies, avec l’industrie des colorants, quand elles étaient trop dépendantes des céréales. La Grande-Bretagne avec l’industrie du charbon fossile, quand les sources d’énergie antérieures se sont taries.  Plus largement, la lutte contre les raretés, et la recherche de la souveraineté ont été à la source de la plupart des innovations majeures et des alliances des deux derniers millénaires ; elle peut   encore, aujourd’hui, conduire, en Europe, à un sursaut scientifique et technologique et au rassemblement   de nations comprenant que leur souveraineté   passe par un altruisme rationnel à l’égard de leurs alliés.

Mal pensée, la recherche de souveraineté conduira à la récession, à l’inflation, à la xénophobie, à la dictature et à la guerre, comme cela s’annonce dans toutes les tentatives national-populistes qu’on voit fleurir aujourd’hui   aux États-Unis, en Europe et en Asie.

Bien pensée, la volonté d’être souverain peut être l’occasion de rapprochements entre voisins pour penser ensemble un monde plus dynamique, plus juste, plus innovant, plus durable, et plus pacifique.

Jacques Attali 

 Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/economie-positive/sommes-nous-prets-a-payer-le-prix-de-la-souverainete/ 

 

 

 

décembre 26, 2025

Les voeux 2026 anticipés de Jacques ATTALI

2026, l'année du Bien.

La rétrospective des événements de 2025 n'offre pas d'espoirs très réjouissants pour 2026. Mais Jacques Attali nous rappelle qu'une seule chose nous sépare de désastres plus funestes encore : notre volonté de réagir. Et si l'année qui vient se révélait bien plus favorable que nous pouvons aujourd'hui l'imaginer…


Rêvons un peu : 2026 pourrait être l’année du Bien. 
 
 
Certains diront que ce n’est pas le scénario le plus probable et que, compte tenu des événements de l’année écoulée, il faut s’attendre à bien pire au cours des douze prochains mois. Le scénario le plus probable est que 2026 sera marquée par une aggravation du dérèglement climatique, une accélération des pénuries d’eau dans de nombreuses régions du monde, une artificialisation croissante des terres et de l’alimentation, une extension du théâtre des conflits de l’Europe de l’Est aux pays baltes, de nouveaux massacres au Soudan et au Nigeria, et une détérioration de la situation des femmes en Afghanistan, en Iran et dans de nombreux autres pays. On peut également s’attendre à la domination mondiale des fausses informations, à l’instauration d’une dictature à la Néron aux États-Unis, au recours à la tromperie et à la terreur pour remporter les élections de novembre, qui n’auront aucune signification ; on peut aussi anticiper le départ de la plupart des troupes américaines d’Europe, leur débarquement au Groenland, des attentats terroristes d’une ampleur sans précédent, une montée de l’antisémitisme à gauche comme à droite, et la poursuite des politiques criminelles et suicidaires du gouvernement israélien actuel. On peut s'attendre à ce que le démantèlement de l'Union européenne se poursuive, sous l'impulsion de gouvernements de plus en plus nationalistes. On peut également envisager la probabilité d'une victoire extrémiste aux élections locales en France, et le ralliement manifeste d'une large part des employeurs européens et des partis libéraux de droite à l'extrême droite, préparant ainsi le terrain pour une confrontation, au second tour de l'élection présidentielle l'année suivante, entre deux partis identitaires, tous deux nationalistes-populistes, hostiles à la construction européenne et pro-russes. 
 
À cela, on pourrait ajouter, à l'échelle mondiale, l'accélération de l'évolution de l'IA jusqu'à ce qu'elle atteigne l'autonomie par rapport à l'humain, avec toutes les conséquences cauchemardesques que l'on peut imaginer dès l'année prochaine. 
 
Tout cela est parfaitement plausible, c'est même le scénario le plus probable. 
 
Mais rien n'est certain. Au contraire, nous pouvons imaginer, espérer et réaliser un avenir radicalement différent en 2026 : 
 
Aux États-Unis, les Républicains anti-Trump pourraient s’allier aux Démocrates pour mettre un terme à la folie d’un président qui viole chaque jour davantage la Constitution et qui est de plus en plus ouvertement entouré d’agents russes ; cette alliance pourrait faire basculer le Sénat et la Chambre des représentants du côté démocrate, réduisant considérablement les pouvoirs du président et restaurant une partie de la grandeur perdue de la démocratie américaine. 
 
En Israël, les partis de centre et de gauche pourraient remporter les élections de 2026, envoyer Netanyahu en prison et les partis religieux replonger dans leur obscurantisme intolérable, retrouvant ainsi l’esprit du sionisme laïque des débuts ; en Palestine, nous pouvons encore espérer voir des dirigeants courageux et intègres éliminer enfin le Hamas et les autres forces terroristes et renouer avec la voie de la paix grâce à la solution à deux États. 
 
 En Russie, nous pouvons imaginer qu’une partie de l’élite prenne conscience de l’impasse dans laquelle sont menées les politiques suicidaires des dirigeants actuels et les voie contraindre les autorités à un cessez-le-feu durable. et même une libéralisation du régime, condition nécessaire pour que la Russie retrouve enfin la place qui lui revient au sein du concert des nations.
 
En Europe, l'année prochaine, de plus en plus de dirigeants prendront peut-être enfin conscience de l'isolement du continent et lanceront un vaste programme de souveraineté militaire et technologique dans les secteurs d'avenir, tout en respectant l'identité culturelle et démocratique de chacun et en élargissant leur Union à tous les autres pays du continent, y compris l'Ukraine et les Balkans. 
 
On peut également espérer qu'ils comprendront que leur avenir démographique dépend autant de leurs politiques du logement et de la famille que des mesures qu'ils prendront pour intégrer sérieusement et durablement à leur culture et à leurs valeurs les étrangers qu'ils continueront nécessairement d'accueillir. 
 
 
En France, les partis démocratiques peuvent remporter les élections locales de mars 2026, démontrant ainsi qu'ils bénéficient toujours d'une large majorité dans l'opinion publique et qu'ils peuvent contrer les tentations identitaires de l'extrême gauche et de l'extrême droite, assurer le triomphe d'une laïcité exigeante et présenter des candidats crédibles à l'élection présidentielle de l'année suivante. Des programmes seront élaborés en 2026, prenant en compte la nécessité de réduire drastiquement les innombrables gaspillages de fonds publics, les subventions injustifiées aux groupes de pression, les lourdeurs bureaucratiques et les doublons intolérables, d'alléger les impôts et de réduire les déficits, tout en allouant davantage de ressources à tous les secteurs de l'économie, et en priorité à la santé, à l'éducation, à l'alimentation saine, au logement, à la protection de l'environnement et à la sécurité. 
 
 Enfin, nous pouvons espérer que d'ici 2026, l'humanité aura découvert et mis en œuvre de nouvelles méthodes pour mieux protéger la nature, promouvoir l'agriculture locale, manger sainement, traiter et guérir des maladies jusqu'alors incurables, soulager la douleur et transmettre à tous, avec moins d'efforts et de manière bien plus efficace, le savoir nécessaire à chacun. 
 
Qu'est-ce qui distinguera l'année du bien de l'année du mal ? 
 
La même chose qui distingue, en chacun de nous, la lâcheté de la volonté de réagir face à une menace ; la résignation face à l'inévitable de son refus. La désignation de boucs émissaires, fruit d'une recherche lucide d'une réponse courageuse ; la capitulation face aux forces du monde, fruit d'une décision de se rebeller contre elles. Sans attendre la catastrophe pour tenter de s'en prémunir. 
 
Oui, 2026 peut être l'année du Bien : il n'est pas nécessaire d'attendre la défaite pour rejoindre la résistance.

Jacques ATTALI 
 
Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.
 
 
 


2026, the year of Good.

Let’s dream a little: 2026 could be the year of Good.

Some will say that this is not the most likely scenario and that, given what has happened over the past year, we should expect much worse over the next twelve months. The most likely scenario is that 2026 will be marked by worsening climate disruption, accelerating water shortages in large parts of the world, increasing artificialization of land and food, an expansion of the theater of conflict from Eastern Europe to the Baltic states, more massacres in Sudan and Nigeria, and a worsening situation for women in Afghanistan, Iran and many other countries. We can also expect the global reign of fake news, the open installation of a Nero dictatorship in the United States, using trickery and terror to win the meaningless November elections; we can also anticipate the departure of most American troops from Europe, their landing in Greenland, terrorist attacks on an unprecedented scale, a rise in anti-Semitism on both the left and the right, and the continuation of the criminal and suicidal policies of the current Israeli government. We can expect the dismantling of the European Union to continue, by increasingly nationalistic governments. We can also imagine the likelihood of an extremist victory in local elections in France, and the open rallying of a large proportion of European employers and right-wing liberal parties to the far right, paving the way for a confrontation, in the second round of presidential elections the following year, between two identitarian parties, both national populists, hostile to European construction and pro-Russian.

To this we could add, on a global scale, the acceleration of the evolution of AI until it reaches autonomy from humans, with all the nightmarish consequences we can imagine as early as next year.

All this is perfectly plausible, in fact it’s the most likely.

But it’s not certain. On the contrary, we can imagine, hope and succeed in a completely different 2026:

In the USA, the anti-Trump Republicans could join forces with the Democrats to put a stop to the madness of a president who violates the Constitution more and more every day, and who is increasingly openly surrounded by Russian agents; this alliance could swing the Senate and the House of Representatives to the Democrats, significantly reducing the president’s powers and restoring some of the lost grandeur of American democracy.

In Israel, the center and left parties could win the 2026 elections, send Netanyahu to prison and the religious parties back to their intolerable obscurantism, regaining the soul of early secular Zionism; in Palestine, we can still hope to see courageous, uncorrupted leaders finally eliminate Hamas and the other terrorist forces and return to the path of peace through the two-state solution.

In Russia, we can imagine part of the elite becoming aware of the impasse reached by the suicidal policies of the current leaders, and seeing them force the authorities into a lasting ceasefire; and even a liberalization of the regime, a condition for Russia to finally regain its rightful place in the concert of nations.

In Europe, next year, more and more leaders may at last become aware of the continent’s solitude and finally launch a major program of military and technological sovereignty, in the sectors of the future, while respecting the cultural and democratic identity of each of them, and while enlarging their Union to all the other countries of the continent, including Ukraine and the Balkans.

We can also hope that they will understand that their demographic future depends as much on their housing and family policies as on what they do to seriously and sustainably integrate into their culture and values the foreigners they will necessarily continue to welcome.

In France, democratic parties can win the local elections of March 2026, demonstrating that they still have a large majority in public opinion and that they can push back the identity-based temptations of the far left and far right, ensure the triumph of a demanding secularism and produce credible candidates for the presidential elections the following year; with programs to be drawn up in 2026, taking note of the need to massively reduce the innumerable wastes of public money, unwarranted subsidies to lobbies, useless layers of bureaucracy and intolerable duplication of effort, lightening taxes and reducing deficits, while giving far more resources to all sectors of the life economy, and first and foremost to health, education, healthy food, housing, environmental protection and safety.

Last but not least, we can expect that by 2026, humanity will have discovered and implemented new ways to better protect nature, to promote local agriculture, to eat healthily, to treat and cure hitherto incurable diseases, to reduce pain, to ‘teach with less effort and much better to all the erudition necessary to everyone.

What will separate the year of good from the year of evil?

The same thing that separates, in each of us, cowardice from the will to react to a threat; resignation to the inevitable from its refusal; the naming of scapegoats from the lucid search for a courageous response; surrender to the forces of the world from the decision to rebel against them. Without waiting for disaster to strike before trying to guard against it.

Yes, 2026 can be the year of the Good: you don’t have to wait until you’ve lost a war to join the resistance.

Jacques ATTALI 

Jacques Attali has a PhD in economics, is a graduate from the Ecole Polytechnique and a State Councillor. Special advisor to French President François Mitterrand for ten years, he is the founder of four international institutions: Action Against Hunger, Eureka, EBRD, Positive Planet.

Jacques Attali is the author of 86 books (including more than 30 specifically dedicated to the future analysis), sold to more than 10 million copies and translated into 22 languages. He is a columnist for the financial newspapers Les Echos and Nikkei, after having also been one for L’Express.

Jacques Attali also regularly conducts orchestras around the world.

 



octobre 10, 2025

Oubliez la politique - L’attraction du vide: Jacques ATTALI !

Peut-on imaginer la France sans gouvernement efficace jusqu'en mai 2027, dans un monde de plus en plus dangereux où les décisions vitales pour l'avenir du pays ne peuvent plus attendre ? 

Voilà ce qui nous attend, quel que soit le scénario. Et cela peut paraître terrifiant. Car les décisions à prendre au cours des dix-huit prochains mois sont vertigineuses. Il y en a au moins dix :

 


 

1 - Allons-nous voir les déficits et les inégalités de toutes sortes continuer à se creuser pendant encore dix-huit mois, ou agirons-nous pour les réduire ? 

2 - Laisserons-nous la récession s’installer et le chômage augmenter, ou nous donnerons-nous les moyens d’une politique de croissance durable ? 

3 - Laisserons-nous les géants américains et chinois ruiner l’industrie française et européenne en inondant nos marchés de vêtements bon marché, de produits agricoles non conformes à nos normes, de leurs applications dévastatrices de l’intelligence artificielle et de leurs véhicules électriques, ou réagirons-nous ?

4 - Laisserons-nous notre système éducatif à la dérive, ou lancerons-nous les grandes réformes nécessaires ? 

5 - Donnerons-nous la priorité aux énergies fossiles, ou maintiendrons-nous la fragile priorité des énergies durables ? 

6 - Prendrons-nous au sérieux les conflits actuels ou imminents, exigeant un renversement radical de nos doctrines militaires et de nos priorités en matière d’armement, ou continuerons-nous à commander les armements nécessaires aux guerres d’antan ? 

7 - En l'absence d'une voix française, allons-nous laisser la logique du marché continuer à faire des ravages en Europe, notamment dans l'agriculture et les télécommunications, ou allons-nous nous diriger vers une Europe industrielle en construisant des géants continentaux ? 

8 - Allons-nous rester les bras croisés face à la prise de contrôle progressive des instances européennes par nos partenaires allemands, ou allons-nous faire entendre une voix française forte et respectée ? 

9 - Allons-nous laisser la laïcité continuer à être remise en question, ou allons-nous assurer une protection crédible aux enseignants, qui sont en première ligne de cette défense ? 

10 - Allons-nous laisser le racisme gangrener nos universités et nos rues, et creuser le fossé entre les différentes communautés, ou oserons-nous adopter une politique d'intégration ambitieuse ?

 


 

Quoi que nous fassions, au cours des dix-huit prochains mois, de nouvelles décisions seront prises sur ces questions. Tant que la France se trouvera dans une position institutionnelle très fragile, quel que soit le scénario envisagé : 

1 - Nous maintiendrions ce Parlement, avec plusieurs gouvernements très faibles, à la recherche du plus petit dénominateur commun d'une majorité improbable. 

2 - Après une dissolution, un autre Parlement également divisé conduirait également à des gouvernements très faibles.

3 - Après une dissolution, une nouvelle majorité parlementaire émergerait, probablement composée de l'extrême droite et de quelques alliés. Après la démission du président, un nouveau président serait élu dans les mois à venir. Dans les quatre scénarios, l'État serait très affaibli : dans les deux premiers scénarios, celui d'un parlement sans majorité absolue, l'État serait, et est déjà, très largement paralysé, incapable de faire les choix difficiles exigés par les questions précédentes. Dans le troisième scénario, celui de la cohabitation, l'État serait également paralysé : le président, s'accrochant obstinément à ses prérogatives, bloquerait la volonté de la nouvelle majorité de mettre en œuvre une politique européenne et militaire différente, qui, à notre connaissance, serait hostile à l'alliance allemande et favorable à une alliance russe. Il ne serait cependant pas en mesure d'imposer la sienne, la politique européenne étant désormais entièrement imbriquée dans la politique intérieure. De plus, dans chacun de ces trois scénarios, pendant dix-huit mois, tous les partis ne penseraient qu'à préparer l'élection présidentielle de mai 2027 ; Ils feraient tout ce qui est en leur pouvoir, au pouvoir comme dans l'opposition, pour ne proposer ni prendre aucune décision susceptible de heurter la sensibilité, ni entreprendre les réformes nécessaires, après tant d'années de laxisme et de narcissisme, se contentant de flatter l'opinion publique en colère. 

Et ne pensons pas que nous pourrons nous rattraper après mai 2027 : les choix importants auront été faits par d'autres et imposés à la France.

 


 

Dans le quatrième scénario, où le Président serait bientôt contraint à la démission, son successeur se trouverait immédiatement sur un siège éjectable, car on pourrait penser qu'il pourrait lui aussi être éjecté à la moindre tempête. Sa voix ne serait pas plus audible à l'étranger que celle d'un Premier ministre soumis à la tyrannie des urnes, et l'institution présidentielle serait définitivement discréditée. 

Dans ces quatre scénarios, les seuls possibles, l'État sortirait de ce mandat présidentiel terriblement affaibli. Nos adversaires et partenaires profiteraient de notre faiblesse pour faire avancer leurs causes. On ne peut pas leur en vouloir : en politique, il n'y a jamais de trêve ; on tire sur les ambulances. Et la France est un homme blessé. 

Ainsi, puisqu'aucun des quatre scénarios n'est le bon, on ne peut qu'espérer que les entreprises, les syndicats, les enseignants, les hauts fonctionnaires, les personnels de santé, les régions, les élus locaux et les militants associatifs apprennent enfin, pour la première fois dans l'histoire de France, à ne pas tout attendre de l'État. Ni d'une classe politique en perdition, qui pourrait peut-être, pour la première fois depuis quarante ans, consacrer les dix-huit prochains mois à réfléchir à une vision à long terme pour le pays et, le moment venu, proposer des programmes complets et sérieux pour les prochaines élections. Conformément à la tradition et à l'histoire françaises, ces programmes devraient reposer sur l'opposition d'une gauche et d'une droite démocratiques. On peut rêver. 

https://www.attali.com/en/geopolitics/forget-politics/ 

                                           Image : L’Appel du Vide de Gretchen Andrew, 2018.
 

L’attraction du vide.

Il est des moments, dans la vie publique comme dans la vie privée, où les peuples et les individus se laissent glisser vers l’abîme. Non pas parce qu’ils l’ont voulu, mais parce qu’ils ont cessé de vouloir autre chose ; par lassitude, par résignation, par ce mélange d’impuissance et de fascination qu’éprouve celui qui, appuyé sur une balustrade, est pris de vertige et ne voit plus d’autre issue que de se laisser glisser ; comme si le vide, parce qu’il tend les bras, devenait plus rassurant que l’effort pour y résister. C’est ce vertige du vide, cette étrange complaisance avec la fatalité, qui semble aujourd’hui gouverner tant de nos comportements collectifs. Et trop souvent, aussi, nos comportements les plus intimes.

À l’échelle planétaire, nous savons depuis longtemps où conduit notre course effrénée : vers l’effondrement écologique. Nous en connaissons les causes, nous en connaissons les remèdes ; et pourtant, nous ne faisons presque rien. Nous continuons à brûler, à polluer, à détruire, comme si l’humanité tout entière était hypnotisée par le spectacle de sa propre disparition, fascinée par la beauté morbide de l’incendie qui commence.

À l’échelle européenne, le même vertige s’installe. Nous voyons les empires se comporter avec nous comme si nous n’étions plus pour eux qu’une proie. Nous voyons se figer la machine bruxelloise, engluée dans sa propre lourdeur. Nous voyons les équilibres politiques continentaux se dissoudre dans des compromis minimalistes, sans cesse remis en cause par des extrêmes qui, patiemment, tissent leurs toiles et aspirent vers eux les colères et les peurs des peuples.

A l’échelle française, le même vertige s’annonce, plus visible encore, tout aussi cruel. Comme si nous avions collectivement admis que l’extrême droite n’aurait plus comme adversaire que l’extrême gauche, et serait bientôt au pouvoir. Comme si, par ailleurs, nous avions accepté l’infériorisation de certaines femmes dans certaines communautés, où des hommes se considèrent eux-mêmes comme infériorisés par le reste de la société ; et  comme si nous nous résignions à ce que de jeunes juifs ne puissent plus aller à l’université sans être agressés et que des artistes juifs ne peuvent plus se produire dans des salles françaises.

Le spectacle politique ne fait rien pour nous détourner de ce vertige : l’extrême gauche, antisémite par calcul, obsédée par le rejet de tout ce qui est succès et réussite, préfère effrayer que rassembler ; les partis de gouvernement, qui, il n’y a pas si longtemps encore, portaient des projets et des idées, se sont « autopulvérisés » en une poussière d’egos ; avec des leaders plus nombreux que leurs militants, des ambitions plus vastes que leurs visions. Les débats parlementaires, trop souvent dérisoires et hurlants, révèlent une classe politique à bout de souffle, incapable d’imaginer une voie pour maîtriser la dette autrement que par des impôts insupportables.

Tout cela ne fait que préparer à l’arrivée au pouvoir d’une extrême droite, suivie par une crise financière majeure, elle-même suivie d’un plan de rigueur extrême, qui frappera en priorité, comme toujours, ceux qui travaillent et qui croient encore à la promesse républicaine. Déjà, nombre d’entre eux, riches ou non, songent à partir ; et quand, dans un pays, les élites du travail songent à l’exil, c’est que ce pays a déjà commencé, dans son inconscient, à renoncer à maîtriser son avenir.

Les médias, souvent sans en avoir conscience, amplifient cette attraction du vide ; ils donnent plus souvent la parole à ceux qui exposent les souffrances et les catastrophes qu’à ceux qui expliquent comment les prévenir ; ils glorifient la plainte et la victimisation, invisibilisent le travail, le mérite et le succès. Le malheur devient un  spectacle, la misère un facteur d’audience. Chaque soir, les écrans dressent le portrait d’une France fracturée, épuisée, apeurée, amère, qui se regarde vieillir dans le miroir déformant de ses propres renoncements. Une France effrayée par les immigrants clandestins, assiégée pas ses doutes, incapable de défendre sa laïcité, repliée sur une identité qu’elle ne connaît plus, parce qu’on a cessé de la lui enseigner.

Faut-il s’y résigner ? Non. L’attraction du vide n’est pas une fatalité.

Il faudrait d’abord ne plus regarder vers le gouffre, mais vers le haut ; cesser de confondre la marge et la norme, donner plus d’audience à ceux qui construisent qu’à ceux qui détruisent ; admirer la grandeur, la beauté du travail bien fait, la noblesse du service public, la fierté de l’artisan et du chercheur, la valeur du professeur, du soignant, de l’ingénieur, de l’inventeur, du paysan ; montrer leurs visages trop souvent invisibles. Il faudrait aussi écouter tous les jeunes, souvent venus de quartiers délaissés, qui créent, entreprennent, s’intègrent, rêvent d’un futur durable, harmonieux et rassemblé. Il faudrait redonner leur place aux bonnes nouvelles : aux découvertes scientifiques qui émerveillent, aux inventions qui allègent la peine, et aux progrès sociaux ; ils annoncent tous que la douleur peut reculer, que la misère n’est pas éternelle, que le climat peut être régulé, que l’agriculture peut devenir régénérative, que l’alimentation peut devenir saine, que les villages ne sont pas condamnés à se vider de leurs habitants, que la barbarie, même la plus atroce, n’est pas irréversible.

Tant qu’on continuera, à glorifier la plainte, à moquer la réussite, à mépriser l’effort, à nier les succès, le vide gagnera du terrain.

L’espérance n’est pas naïveté : elle est d’abord une méthode de survie. La politique n’est pas qu’un art du pouvoir : elle est, d’abord, un art du récit. Les peuples avancent non par la peur du gouffre, mais par la promesse du sommet.

Il faut alors, d’urgence, réécrire une histoire commune où chaque citoyen trouvera sa part de lumière ; une histoire qui ne dise pas ce que nous sommes résignés à perdre, mais ce que nous pouvons gagner. Cette histoire ne naîtra pas d’un homme providentiel, mais d’une nation éveillée. Il n’est pas trop tard.

https://www.attali.com/societe/lattraction-du-vide/ 


 

septembre 07, 2025

Actualité retraites et synthèse de l'étude Inst.Molinari !

Ce site n'est plus sur FB (blacklisté sans motif), 

"En 2023, un retraité du public a coûté en moyenne 14 125€, contre 1 230€ pour un retraité du privé. Un rapport de 1 à 12. Depuis 2002, c’est 94% du déficit des retraites." (Le Figaro)
Henri Guaino : «Le terme boomer est une insulte jetée à la face des retraités. C'est scandaleux et pathétique qu'un Premier ministre s'engage sur le terrain de la guerre des générations. Un Premier ministre, c'est fait pour unir et réunir.»
 

 
 Le gouvernement ne prévoit pas seulement de demander un effort aux retraités en 2026 mais jusqu'en… 2030 ➡️ https://trib.al/lP7TrWx
Les retraites, « clé du marasme économique et du déclin de nos finances publiques » ?
Hakim El Karoui : Il y a deux éléments à distinguer. D'abord, le débat sur l'équité intergénérationnelle. Je suis très heureux qu'enfin un responsable politique s'en empare, car c'est, à mes yeux, la clé du marasme économique et du déclin de nos finances publiques. Emmanuel Macron, à son arrivée, en avait l'intuition, mais il n'a jamais...
 

 
EN 2010:
Michel Rocard critique l'attitude du PS sur le dossier des retraites
Pour l'ancien premier ministre, l'abaissement de l'âge de la retraite de 65 à 60 ans, en 1981, répondait au besoin "de faire plaisir au PC et de magnifier le caractère social du gouvernement".
 
Jacques Attali : « Les retraités privilégiés doivent être mis à contribution »
https://lepoint.fr/tiny/1-2595361
 

 
 
SYNTHESE DE L’ETUDE
Le COR ne prend pas en compte les déficits des régimes de retraite publics subventionnés par l’Etat et considère qu’au sein du secteur public, seule la Caisse nationale des agents des collectivités locales (CNRACL) peut donner lieu à des déficits.
 

 
 Depuis 2002, le COR a occulté 94 % du déficit des retraites ou 943 milliards d’euros
Lorsqu’on corrige cette anomalie méthodologique, le déficit des retraites est 16 fois plus élevé que ce qu’a calculé le COR de 2002 à 2023 : au lieu d’être de 0,13 % du PIB par an, il était de 2,1 % du par an en moyenne.
 
De 2002 à 2023, le COR a occulté des déficits des retraites qui représentent :
2 % du PIB par an ou au total 943 milliards d’euros courants,
47 % du déficit des administrations (qui représente 4,5 % du PIB par an en moyenne de2002 à 2023),
17 % des dépenses de retraite (qui représentent 12,6 % du PIB par an en moyenne de2002 à 2023),
94 % du déficit des retraites sur la période (qui représente 2,1 % du PIB par an en moyenne de 2002 à 2023).
 

 
 
Dans son nouveau rapport de juin 2024, le COR occulte 56 milliards d’euros (ou 2 % du PIB) de déficits au titre de 2023. Lorsqu’on corrige cette omission, les retraites étaient déficitaires de 53 milliards d’euros en 2023, et non en excédent de 3,8 milliards comme le COR le prétend.
 
Le COR a écarté 674 milliards de subventions aux retraites des fonctionnaires d’Etat
Depuis 2002, le COR a écarté dans son calcul de déficit les cotisations dérogatoires que l’Etat verse pour financer les retraites des fonctionnaires de l’Etat (FPE). Elles représentent 674 milliards sur 20 ans, soit en moyenne 1,4 % du PIB chaque année.
 

 
 Les retraites des anciens fonctionnaires d’Etat ont coûté 3 fois plus cher que celles des anciens salariés pour des raisons principalement liées au vieillissement. Les cotisations retraite ont représenté de 2002 à 2023 en moyenne 78 % des traitements indiciaires bruts dans la fonction publique d’Etat, contre 27 % des salaires bruts dans le privé. Les 2/3 des retraites des fonctionnaires d’Etat ont été financées par une subvention que le COR n’a pas pris en compte dans son calcul du déficit des retraites.
 
En 2023, ces subventions écartées par le COR représentent : 40 milliards d’euros ou 1,4 % du PIB ; 57 % des traitements indiciaires des fonctionnaires civils de l’Etat pour lesquels les cotisations retraite représentent 85 % des traitements bruts, alors que les retraites des salariés sont financées avec des prélèvements représentant 28 % de leurs rémunérations ; 109 % des traitements des militaires pour lesquels les cotisations retraites représentent 137 % des traitements bruts, contre 28 % pour les salariés.
Le COR a occulté 115 milliards d’euros de subventions au profit des fonctionnaires des collectivités
 
Depuis 2002, le COR a occulté dans son calcul de déficit les subventions dont bénéficient les retraites des fonctionnaires des collectivités et hôpitaux. Elles représentent 115 milliards sur 22 ans ou en moyenne 0,2 % du PIB chaque année.
Les cotisations des fonctionnaires et hôpitaux ont représenté en moyenne 38 % des traitements indiciaires bruts, contre 27 % des salaires bruts dans le privé de 2002 à 2023. Un tiers des retraites des fonctionnaires locaux et hospitaliers a été financé par une subvention que le COR n’a pas pris en compte dans son calcul du déficit des retraites.
 

 
 En 2023, ces subventions occultées par le COR représentent :
8 milliards d’euros ou 0,3 % du PIB ; 14 % des traitements fonctionnaires locaux pour lesquels les cotisations retraites représentent 42 % des traitements, contre 28 % pour les salariés du secteur privé.
Le COR a écarté 154 milliards de subventions au profit des régimes spéciaux et ouvriers d’Etat
Le COR a occulté dans son calcul de déficit les subventions de l’Etat aux régimes spéciaux du public (SNCF, RATP…). Ces subventions représentent : 122 milliards depuis 2002 ou en moyenne 0,3 % du PIB par an, dont 6 milliards d’euros ou 0,2 % du PIB en 2023.
Le COR a aussi occulté les subventions et sur-cotisations dont bénéficient les retraites des ouvriers d’Etat (FSPOEIE). Elles représentent : 32 milliards depuis 2002 et en moyenne 0,1 % du PIB par an, dont 1,8 milliard d’euros ou 0,1 % du PIB en 2023.
 

 

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