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mai 13, 2026

Malaise, réalité: pousser la société vers le confinement le plus strict possible !!

Sommaire:

A) - Hantavirus : pour le professeur Raoult, la vraie épidémie est médiatique 

B) - Hantavirus : le professeur Perronne dénonce une « psychose inutile » et une manipulation médiatique à grande échelle

C) - Hantavirus : cas positifs, mesures de protection et inquiétudes sur la propagation

D) - Flaubert, Madame Bovary et le Coronavirus…& La pandémie nous fera peut-être comprendre que seul le temps a de la valeur.

E) - Réalités alternatives ou prédatrices ?

 


 

A) - Hantavirus : pour le professeur Raoult, la vraie épidémie est médiatique 

Dans une nouvelle émission diffusée le 12 mai 2026, le professeur Didier Raoult était l’invité de retour sur le plateau pour une longue analyse de l’actualité virologique. Au menu : le hantavirus (qu’il appelle « antavirus » dans la discussion), l’emballement médiatique autour du foyer argentin sur le paquebot MV Hondius, et surtout la question centrale : faut-il avoir plus peur du virus ou de la machine à peur médiatique et politique ?


Le professeur Raoult, qui vient de publier La Société du Factis – Journal d’un complotiste, n’a pas mâché ses mots :

« On est en train de nous refaire le même film qu’avec le monkeypox ou le Covid. »

Un virus connu depuis des décennies, pas une nouveauté apocalyptique

Le hantavirus n’est pas une découverte récente. Comme l’explique Raoult, qui enseigne les virus émergents :

  • C’est une zoonose classique, transmise principalement par les rongeurs (rats, souris, campagnols) via leurs déjections, urines ou salive.
  • On estime 200.000 cas par an dans le monde, sous deux formes principales : fièvres hémorragiques avec insuffisance rénale (formes plutôt bénignes) et formes pulmonaires plus graves décrites aux États-Unis.
  • Le variant « Andes » (Honduras) impliqué en Argentine est connu pour pouvoir donner des formes respiratoires sévères et, dans de très rares cas, une transmission interhumaine en contact très proche (pas une transmission aérienne banale).

« C’est exactement ce que disait déjà notre ministre de la Santé actuelle, et pour une fois elle n’a pas dit de bêtise », ironise Raoult.

Sur le bateau de croisière, seulement quelques cas ont été détectés malgré des semaines de confinement en mer. Pour le professeur Didier Raoult, c’est un excellent indicateur : « Si c’était vraiment très contagieux, on aurait 30 à 50 % des passagers malades. » Il compare avec le norovirus (diarrhées) ou le Covid sur le Diamond Princess et le Charles de Gaulle : là, la contagion était massive. Ici, ce n’est pas le cas.

La chloroquine, une piste sérieuse oubliée

Le professeur rappelle une étude publiée en mars 2021 dans Frontiers in Cellular and Infection Microbiology (Valentin Vergotte et al.) montrant que la chloroquine est efficace in vitro et in vivo contre les hantavirus. Elle agit précisément au stade de l’endocytose, en empêchant l’acidification de l’endosome nécessaire à la libération du génome viral.

« C’est de la biologie de base, ça ne rapporte pas un sou, donc on n’en parle pas », lance-t-il.

Il insiste : la chloroquine (ou hydroxychloroquine) est l’un des médicaments les plus sûrs et les plus utilisés au monde (des dizaines de millions de boîtes prescrites chaque année en France en rhumatologie). La campagne de diabolisation pendant le Covid était, selon lui, scientifiquement infondée.

Vaccins en urgence : le même scénario que le Covid ?

Alors que Nicolas Hulscher, MPH, épidémiologiste à la Fondation McCullough, a récemment évoqué sept prototypes de vaccins en développement (ADN, ARN messager de Moderna, vecteurs viraux, sous-unités protéiques…), Raoult reste très sceptique :

  • Les virus à ARN mutent rapidement.
  • Les vaccins à cible unique risquent d’être vite contournés.
  • Il rappelle l’échec des anticorps monoclonaux pour les mêmes raisons pendant le Covid.

« On veut nous faire croire qu’on va sortir un vaccin en quelques mois contre un virus qui mute tout le temps… On a déjà vu le film. »

La vraie épidémie : celle de la peur médiatique

Pour Raoult, le véritable danger n’est pas tant le virus que la presse et le storytelling anxiogène :

  • Même schéma qu’avec le monkeypox (MST présentée comme une menace pandémique).
  • Même schéma qu’avec le Covid (bateau, PCR, panique mondiale).
  • Même acteurs : fondations, laboratoires, médias subventionnés qui « vendent » l’urgence.

Il cite l’exemple des chats à Paris : la ville a préféré stériliser et euthanasier les chats errants plutôt que de les laisser chasser les rats. Résultat : prolifération des rongeurs. « On préfère interdire la liberté plutôt que d’accepter la nature. »

Une société du « factis » (simulacre)

Le professeur élargit le débat à son dernier livre La Société du Factis : nous vivons dans un monde de simulacres où la communication remplace la réalité, où les promesses politiques sont des faux contrats (principe d’annualité budgétaire violé en permanence), où les institutions (OMS, médias, ministère) ont perdu toute crédibilité.

« Les gens commencent à être vaccinés contre la propagande. Ils ne croient plus au loup. C’est une bonne nouvelle. »

 

Message final

Le Professeur Didier Raoult reste serein sur le plan virologique :

« Ce n’est pas une maladie très contagieuse »

Il appelle à la raison, à la décontamination simple (gants + javel ou alcool), à la chasse aux rongeurs sur les bateaux, et surtout à ne pas céder à la panique.

Il conclut sur une note d’optimisme relatif : « Les systèmes vieillissent. La presse, l’OMS, le narratif Covidien… tout cela s’effrite. Les gens commencent à voir le simulacre. »

L’interview est donc un rappel salutaire, à l’heure où sept vaccins contre le hantavirus sont déjà en développement accéléré.

https://multipol360.com/hantavirus-pour-le-professeur-raoult-la-vraie-epidemie-est-mediatique/ 

 

 

B) - Hantavirus : le professeur Perronne dénonce une « psychose inutile » et une manipulation médiatique à grande échelle

Dans un débriefing vidéo diffusé récemment, le professeur Jean-Michel Péron, infectiologue expérimenté, a été invité par Xavier pour décrypter l’actualité autour de l’hantavirus.

Alors que les médias et certains responsables politiques présentent la souche sud-américaine (virus des Andes) comme un nouveau danger planétaire comparable à Ebola, le spécialiste livre une analyse tranchée : transmission très limitée, maladie connue depuis des décennies en France, et surtout une communication anxiogène disproportionnée.

   Qu’est-ce que l’hantavirus ?

Le nom « hantavirus » vient de la rivière Hantaan, en Corée, où des soldats américains avaient contracté une fièvre hémorragique sévère dans les années 1950. Il s’agit d’un virus porté par les rongeurs (campagnols, mulots, parfois rats). La contamination humaine se fait essentiellement par inhalation de déjections de rongeurs (urine, fèces, salive) dans des espaces confinés et poussiéreux : granges, garages, tas de bois, etc.

En Europe et en France, les souches sont généralement bénignes. Le professeur Péron, qui a soigné des cas pendant 40 ans (notamment dans l’Oise et la Picardie), rappelle que la maladie provoque surtout une insuffisance rénale aiguë temporaire, traitée par dialyse. Jamais, en France, on n’a mis en place d’isolement, de masques ou de mesures drastiques pour ces patients.

Seule la souche Andes (présente en Argentine et au Chili) a montré, dans de rares cas, une transmission interhumaine limitée, nécessitant un contact très proche et prolongé (échange de salive, relations sexuelles, soins prolongés en espace clos).

L’épisode actuel : un cluster sur un paquebot

L’actualité concerne un foyer à bord du paquebot de croisière MV Hondius, parti d’Ushuaïa (Argentine) début avril 2026. Plusieurs passagers ont développé des symptômes graves, avec à ce jour huit cas (dont trois décès confirmés ou suspectés). Des rapatriements ont eu lieu vers les Canaries, la France et d’autres pays.

Le professeur Péron note que l’origine la plus probable reste une contamination par aérosolisation de déjections de rongeurs à bord (climatisation, espaces confinés). Il juge « bizarre » que plusieurs personnes soient touchées simultanément sans lien évident avec les rongeurs, mais surtout, il dénonce le narratif officiel qui évoque une transmission par aérosolisation humaine classique.

Une réaction « maximaliste » et des coïncidences troublantes

Pour l’infectiologue, le traitement médiatique et gouvernemental est excessif :

  • Comparaisons alarmistes à Ebola par certains professeurs médiatiques.
  • Déplacement du directeur de l’OMS Tedros aux Canaries pour quelques cas.
  • Réunion ministérielle de crise en France.
  • Annonce rapide du développement d’un vaccin ARN messager par Moderna, avant même l’émergence médiatique de l’épisode.

Il relève plusieurs coïncidences :

  • L’Argentine (et les États-Unis) qui quittent l’OMS.
  • Une « répétition générale » aux Canaries trois semaines avant.
  • Le timing parfait avec les discussions sur le traité pandémique de l’OMS.
  • Une explosion récente de publications scientifiques sur l’hantavirus (plus de 1.000 en quelques mois).

« On nous refait le même coup qu’avec le Covid », estime-t-il. Il rappelle le rôle des tests PCR (risque de faux positifs avec trop de cycles d’amplification) et met en garde contre une future « pseudo-épidémie » fabriquée par dépistage massif.

Traitement et conseils pratiques

Il n’existe pas de traitement spécifique. La prise en charge est symptomatique : réanimation et dialyse en cas d’insuffisance rénale. Des études anciennes suggèrent un possible intérêt de la chloroquine/hydroxychloroquine (à confirmer), mais l’essentiel reste le soutien vital.

En France, 70-75 % de la population vit en ville et n’est pas exposée. Le risque concerne surtout les personnes manipulant des matériaux dans des lieux fréquentés par les rongeurs (agriculteurs, bricoleurs). Pas de psychose à avoir lors des vide-greniers ou rangements de printemps : aérer, porter un masque FFP2 si poussière importante, et éviter d’inhaler les déjections.


 

Le devoir du médecin : sérénité et vérité

Le professeur Péron, qui a géré de nombreuses épidémies par le passé (légionellose, Clostridium difficile, etc.), rappelle que le rôle des scientifiques et des autorités est d’informer sans affoler. « On exploite la peur pour manipuler les populations », dit-il, citant Goering à Nuremberg.

Son message final aux Français : 

« Restez vigilants, ne vous laissez pas manipuler. Suivez l’actualité avec esprit critique. Refusez toute injection expérimentale obligatoire. Cette fois, il faut dire non. »

L’affaire du hantavirus sur le MV Hondius est-elle une simple coïncidence malheureuse ou le début d’une nouvelle campagne de peur ? Le professeur Péron invite à observer sans paniquer. Pour l’instant, rien ne justifie, selon lui, de replonger la population dans le cauchemar des confinements, masques et vaccins expérimentaux

https://multipol360.com/hantavirus-le-professeur-peron-denonce-une-psychose-inutile-et-une-manipulation-mediatique-a-grande-echelle/

 


C) - Hantavirus : cas positifs, mesures de protection et inquiétudes sur la propagation 

Tout commence à bord du navire parti pour relier Ushuaïa, en Argentine, au Cap-Vert, mais le voyage tourne court. Un foyer infectieux est identifié : trois décès, dont un couple néerlandais âgé et une passagère allemande.

Une passagère française, rapatriée après avoir transité par Tenerife, a été testée positive à son retour à Paris. Elle est actuellement prise en charge dans un établissement spécialisé.

La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, décrit un protocole strict : « un hôpital spécialisé en maladies infectieuses, avec toute une technique dans les chambres qui est très protectrice pour éviter évidemment que le virus se propage ».

Dans son sillage, les autorités sanitaires ont identifié 22 cas contacts sur le territoire, mais le gouvernement se veut rassurant. Masques chirurgicaux, FFP2, capacités de dépistage, traitements symptomatiques : selon la ministre, l’arsenal est en place pour faire face à une éventuelle montée en puissance du virus.

Les rédactions de France Télévisions, dans le cadre de l’opération #OnVousRépond, invitent les citoyens à poser leurs questions, promettant un traitement journalistique rigoureux et la possibilité d’un suivi personnalisé.

Pour l’heure, il est difficile d’affirmer si cet épisode marquera le début d’une nouvelle épidémie comparable à celle du coronavirus, les premiers éléments disponibles invitent à la prudence, mais pas à la dramatisation. Chaque virus a sa dynamique, ses modes de transmission, ses conditions de propagation et ses limites. À ce stade, il faut donc éviter les comparaisons hâtives : l’hantavirus suscite une vigilance légitime, sans que l’on puisse parler d’un scénario de type coronavirus.

Antoine,

https://multipol360.com/hantavirus-cas-positifs-mesures-de-protection-et-inquietudes-sur-la-propagation/


D) - Flaubert, Madame Bovary et le Coronavirus…& La pandémie nous fera peut-être comprendre que seul le temps a de la valeur

Face à une attitude que nous jugeons choquante, voire scandaleuse, insensée et inacceptable, il nous faut d'abord tenter de l'expliquer. Non pas pour la justifier, mais pour mieux comprendre comment y faire face, et surtout comment la combattre, notamment si elle contredit nos valeurs les plus fondamentales. 

C'est précisément ce qui se passe aujourd'hui dans le monde universitaire et de l'édition, d'abord aux États-Unis, puis en Europe. 

Dans ces milieux, ces dernières semaines, il est devenu difficile d'enseigner un cours d'histoire de l'art mondial qui ne porte que sur l'art européen. De plus, il devient difficile d'enseigner un sujet qui pourrait, d'une manière ou d'une autre, concerner une minorité sans en faire partie. Concrètement, ne serait-il plus permis de parler des femmes si l'on n'est pas une femme, du monde juif si l'on n'est pas juif, du monde musulman si l'on n'est pas musulman, ou du monde indien si l'on n'est pas indien ? Ces restrictions s'appliqueraient non seulement à l'enseignement, mais aussi aux livres : il ne serait plus possible pour un auteur d'aborder, dans un essai ou un roman, un genre ou un groupe différent du sien. On a même vu des femmes critiquées pour avoir parlé, dans un roman, de femmes issues d'un milieu social différent du leur, ou pour avoir raconté les aventures d'un personnage transgenre sans l'être elle-même. Cela réduirait en fin de compte la littérature à de simples autobiographies. On pourrait même s'attendre à ce que ce problème touche bientôt les médias et empêche un journaliste de traiter d'un sujet qui ne concerne ni son genre, ni son origine sociale, ni son pays. 

Cette situation peut facilement nous choquer. Il est cependant nécessaire de comprendre que, pendant des siècles, une grande partie de la littérature occidentale a dépeint les femmes d'un point de vue masculin, ce qui a souvent conduit à une image dévalorisée de la femme. Une grande partie de l'enseignement de la littérature, de la philosophie et de la musique a longtemps négligé les créatrices, qui sont aujourd'hui redécouvertes avec difficulté. Il en va de même pour les minorités, en particulier les minorités racisées. 

Ce phénomène n'est ni insignifiant, ni réactionnaire, ni anodin. Il s'inscrit dans un vaste mouvement qui se développe depuis des décennies (et dont j'ai souvent parlé) vers un narcissisme philosophique, idéologique, artistique, économique, médiatique et politique. De plus, il se traduit par un individualisme généralisé. Son omniprésence est manifeste dans l'exagération de l'exposition personnelle sur les réseaux sociaux et dans le succès d'œuvres d'art, tous domaines confondus, qui privilégient les récits les plus personnels au détriment des œuvres de fiction. 

 En réalité, la crise du coronavirus participe également à ce mouvement, en poussant la société vers le confinement le plus strict possible. 

Comme toujours, une évolution souhaitable implique d'abord des excès ; c'est le cas ici aussi : il ne faudrait pas aller jusqu'à penser que Flaubert n'avait pas le droit d'écrire Madame Bovary. Ni que Jane Austen, ou les sœurs Brontë, n'étaient pas légitimes à raconter les aventures de personnages masculins formidables dans leurs romans respectifs. Et tant d'autres exemples, notamment au cinéma aujourd'hui. 

Tout peut se comprendre et se justifier, sauf l'intolérance. Surtout lorsqu'il s'agit de censure du talent. L'évolution doit devenir un progrès. Puisse-t-elle nous conduire tous à une vigilance accrue quant à la relation entre l'auteur et son œuvre. Non pas pour le censurer, mais pour ne pas être induits en erreur par ce qu'il (ou elle, ou « ils », comme on dira bientôt) veut transmettre, consciemment ou inconsciemment, à travers son œuvre. Et pour la juger comme telle. Et plus encore, créer les conditions pour que chacun, quelles que soient ses origines et son éducation, ne soit pas intimidé par les formes d'expression artistique les plus prestigieuses et ose les enrichir de son identité et de ses espoirs. 

La pandémie nous fera peut-être comprendre que seul le temps a de la valeur.

Il n'y a plus de doute : cette pandémie aura un impact considérable sur le monde. 

Tout d'abord, il est impossible d'exclure que la pandémie soit bien plus meurtrière qu'elle ne l'est aujourd'hui ; que les systèmes de santé se révèlent incapables de soigner tous les malades ; et surtout, qu'il n'y ait pas assez d'équipements de soins intensifs partout, et que dans les pays les moins préparés, il faille sélectionner, parmi les cas les plus graves, ceux qui peuvent être traités. Pire encore, une telle situation pourrait être un facteur décisif dans la dérive de notre civilisation vers un individualisme exacerbé et une lutte acharnée pour la survie. Plus de respect d'autrui. Plus d'empathie. Sur la voie de la dictature. 

De plus, on ne peut exclure la possibilité que la pandémie finisse par avoir un impact très grave sur l'économie mondiale. Une crise de la demande, suivie d'une crise de l'offre, aggravée par l'interruption des chaînes de production, pourrait engendrer des pénuries et donc de l'inflation, faire grimper les taux d'intérêt, provoquer la faillite d'entreprises incapables d'honorer leurs dettes et entraîner la ruine d'institutions financières assez imprudentes pour les avoir soutenues ; le chômage exploserait ; une crise sociale majeure s'ensuivrait, avec des conséquences politiques, là encore, incalculables. Le tout serait d'autant plus exacerbé que les plus riches trouveraient toujours, dans ces circonstances, les moyens d'accroître encore leurs fortunes. 

Nous n'en sommes pas encore là, et nous pouvons encore tout faire pour l'éviter. Pour cela, il faudrait aussi que cette crise, sans faire de nouvelles victimes, marque les esprits. Et que nous tirions, au plus vite, des entrailles de ces catastrophes menaçantes, l'espoir d'un monde meilleur. Les actions les plus importantes se dessinent clairement. 

D'une part, agir massivement sur les éléments les plus directs de la crise : nous avons besoin d'une meilleure hygiène individuelle et collective ; Plus de médecins, d'infirmières, d'équipements hospitaliers, d'unités de soins intensifs ; davantage de recherche fondamentale et appliquée. Enfin, il nous faut réguler le système financier et démanteler l'endettement abyssal qui nous a conduits à la situation actuelle.

D'un autre côté, nous devons tirer le meilleur parti des nouvelles pratiques que cette crise, aussi grave soit-elle, nous a imposées : le respect de soi, l'hygiène et la surveillance de notre santé ; passer plus de temps en famille, entre amis et au contact de la nature ; cuisiner et partager des moments conviviaux autour de la table ; privilégier les sorties les plus enrichissantes ; découvrir les avantages du télétravail ; réduire la durée et le nombre de participants aux réunions, qu'elles soient physiques ou virtuelles ; exploiter pleinement les nouvelles technologies pour écouter de la musique, s'informer, enseigner et diagnostiquer. Par ailleurs, notre production doit évoluer et nous devons promouvoir une division spatiale du travail beaucoup moins dispersée et précaire. De ce fait, nous devons promouvoir un modèle de croissance entièrement nouveau et de nouveaux secteurs économiques, dont certains ont été jusqu'ici négligés, notamment dans les domaines de la santé et de l'éducation, sous toutes leurs dimensions. Wall Street n'a pas tardé à intégrer certaines de ces entreprises à un nouvel indice, baptisé « indice du confinement », qui, aux côtés de Netflix, regroupe 33 sociétés profitant directement de la crise, aussi diverses qu'Activision Blizzard, Slack, Teladoc, le New York Times, Sonos, Amazon, Blue Apron, Alibaba, Campbell Soup, Central Garden et Petco. 

Plus généralement, cette crise nous apprend à prendre au sérieux la chose la plus rare et la plus précieuse au monde : le temps. Un temps de qualité. Le temps de notre quotidien, que nous ne devons plus gaspiller en futilités. Le temps de notre vie personnelle, que nous pouvons prolonger en lui consacrant davantage de ressources. Enfin, le temps de notre civilisation, que nous pouvons préserver en cessant de vivre dans l'agitation, la superficialité et la solitude. Dans un nouvel équilibre entre nomadisme et sédentarité.

j@attali.com 

Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde. 

https://www.attali.com/en/society/flaubert-madame-bovary-and-the-coronavirus/ 

https://www.attali.com/en/society/perhaps-the-pandemic-will-make-it-clear-that-only-time-is-valuable/ 

 

 

E) - Réalités alternatives ou prédatrices ?

De plus en plus divisé, et pris en étaux entre des forces contraires, le monde court-il inexorablement à sa perte, dans une sorte d’accélération du temps, ou cette crise est-elle une étape indispensable au changement ?

Face à la montée des périls, sommes-nous impuissants et condamnés à subir les évènements ou pouvons-nous reprendre le contrôle et assurer notre survie ? Dans la marche du monde, il existe des schémas récurrents qui sont autant de clés de compréhension et de sources de solutions. Des concepts innovants et transversaux, allant de la physique, aux sciences humaines et sociales, en passant par la biologie, nous permettent de décrypter les mécanismes à l’œuvre, que ce soit d’un point de vu général, à l’échelle de l’univers, ou dans des cas spécifiques. En particulier, nous illustrerons le principe de résilience, où les crises majeures peuvent devenir un vecteur de progrès, avec la réponse exemplaire de l’humanité face à la pandémie de Covid-19 ou avec la survie millénaire du peuple juif.

Le nouveau désordre mondial

Le monde semble pris dans un maelstrom d’éléments contradictoires qui se succèdent à un rythme effréné, représentant autant de zones de fragilisations et de conflits potentiels. Ainsi, l’humanité, pourtant à l’apogée de la connaissance scientifique, voit resurgir des théories rétrogrades et complotistes, comme le platisme, le rejet de la vaccination, l’antisémitisme et le fanatisme religieux, avec les conséquences néfastes que l’on sait. De surcroît, malgré la prospérité liée à la globalisation et aux échanges internationaux, les spectres prédateurs de la division, des ambitions impériales ou de la guerre, pointent à nouveau comme si l’on avait oublié le prix exorbitant des deux conflits mondiaux. 

A l’échelle individuelle, on observe la même tendance à la fragmentation. La pandémie de Covid-19 et le confinement ont accéléré le délitement du lien social et fragilisé les Etats. Du fait de la limitation des interactions, les particuliers sont devenus plus perméables aux contenus militants ou aux fake news diffusés en continu via les réseaux sociaux. A l’extrême, chacun tend à devenir le centre de référence, constituant autant d’univers parallèles, alimentés par des réalités alternatives, au détriment du collectif, ce qui n’est pas sans conséquence sur les systèmes politiques. 

La nature n’est pas en reste. Outre les épidémies, la raréfaction des ressources, le dérèglement climatique et ses conséquences ou les cataclysmes, sont autant de menaces auxquelles nous devons faire face. En dépit des progrès technologiques, l’humanité qui n’a jamais connu autant de disparité, est loin de constituer un front commun face aux dangers. L’accumulation rapide d’évènements critiques, autant que d’innovations majeures, donnent la singulière sensation d’accélération du temps. La question est de savoir dans quelle direction nous allons : vers un inéluctable chaos, une nouvelle émergence, ou serons-nous capables de surmonter les crises et préserver l’essentiel ?

« Un maelstrom d’éléments contradictoires qui se succèdent à un rythme effréné »

Le chaos et la fin de l’histoire ?

En réalité, il n’y a « rien de nouveau sous le soleil ». Ces observations ne sont ni spécifiques d’une époque ni de l’humanité. Elles reflètent la tendance naturelle de l’univers au chaos, et cela à différentes échelles. Il s’agit de l’entropieou force de désagrégation (mesure du désordre ou de la dispersion de l’énergie), un concept issu de la physique qui a largement été extrapolé à d’autres disciplines, comme la biologie ou les sciences humaines et sociales, et particulièrement en économie. 

Selon ce principe, dans un système clos, l’épuisement de l’énergie est inévitable et en conséquence, la tendance vers le chaos ne peut que s’accroitre, annonçant la détérioration puis la disparition du système. Est-ce à dire que notre monde est inéluctablement voué à s’éteindre ? Pas nécessairement. Ce sort funeste est principalement le fait des systèmes isolés et rigides. En d’autres termes, tout ce qui n’est pas appelé à s’ouvrir ou à évoluer est voué à disparaitre. D’autres forces s’opposeraient à la désagrégation, telle que la néguentropie (entropie négative ou résistance créatrice), dont le maintien de la vie est l’une des manifestations, ainsi que le couple destruction créatrice / entropie créatrice, où l’innovation remplace ce qui est obsolète et explique l’émergence spontanée de la complexité. Enfin, pour modérer l’action de ces dernières, la résilience qui correspond à la capacité de surmonter une crise pour éviter la destruction totale. 

« Tout c’est ce qui n’est pas appelé à s’ouvrir ou à évoluer est voué à disparaitre 

… Ou le début d’une autre histoire ?

La conception étroite selon laquelle l’entropie, n’est que la tendance au chaos est remise en question par de nombreux auteurs. Ainsi, il faudrait plutôt la considérer comme un moteur du changement, de l’évolution et de la structuration. Dans ce cadre, la vie (des espèces aux civilisations) ne serait pas un système particulier qui se structurerait au détriment du reste, en puisant des ressources et en rejetant vers l’extérieur une énergie non utile (transfert du chaos), mais comme un élément participant de la structuration globale. L’idée principale est donc l’opposé du postulat initial : l’ordre émergerait du désordre et de la destruction, et ce de manière spontanée, du fait des propriétés intrinsèques de l’univers. 

Cette thèse fait appel à des concepts mathématiques tels que les structures fractales (motifs répétés à différentes échelles, du microcosme au macrocosme) et la log-périodicité (existence de cycles précurseurs d’un changement majeur). Le principe fractal explique l’organisation spatiale des systèmes complexes à travers l’autosimilarité (effet de zoom), tandis que la log-périodicité en explique l’évolution temporelle par une accélération (démographie, complexité, consommation) vers les changements majeurs ou crises. Ce qui conduit à reformuler l’entropie non plus comme une mesure du chaos mais comme celle d’une transversalité créatrice ou dispersion latérale de l’énergie (par rapport à la « finalité principale »). Ce phénomène, reposant sur la redondance, engendrerait de la diversité et des structures comme potentialités créatrice. En d’autres termes, le désordre représenterait un « réservoir de possibilités » en cassant les rigidités des systèmes. Le concept d’entropie créatrice permet ainsi d’expliquer l’émergence spontanée de l’ordre, de la complexité et de structures, après une phase de destruction (destruction créatrice), à condition que les systèmes dissipent de l’énergie, sous différentes formes, en fonction du contexte, ce que nous allons expliciter par la suite. 

En résumé, l’entropie et la destruction créatrice sont le moteur du changement, dont le mécanisme de propagation est la dispersion latérale de l’énergie. Le tout suivant un développement accéléré et cyclique.  

« L’ordre émergerait du désordre et de la destruction »

Quand la nature s’emmêle !

Aux actions humaines comme les guerres, les catastrophes naturelles et les épidémies viennent s’ajouter, comme autant de facteurs de désordre et de destruction qui amplifient les faiblesses structurelles des sociétés, les rendant plus vulnérables. Ainsi, l’effondrement des empires hittite et Romain d’Occident ou de la civilisation Maya classique s’expliquent par une pression combinée de facteurs environnementaux et internes (hypercentralisation et complexité) ne permettant pas d’apporter une réponse rapide et efficace. Schéma que l’on peut également transposer à l’ère moderne, pour les crises économiques, ou en remontant plus loin dans le temps, avec les périodes glaciaires ayant conduit à la disparition d’espèces entières et d’une grande partie de l’humanité.  

Cependant, ces drames contiennent également une potentialité créatrice en forçant les sociétés à s’adapter ou à se réinventer pour survivre. Ainsi, la destruction des empires a donné naissance à des entités de taille plus modestes, moins complexes et plus résilientes. De même à l’échelle planétaire, les glaciations ont favorisé l’évolution avec l’émergence de nouvelles espèces ou le développement des capacités cognitives de l’homme. 

Quant aux épidémies, elles sont probablement la manifestation la plus violente et la plus rapide du concept de dispersion latérale de l’énergie (énergie biologique). Les germes, en se propageant rapidement à travers les populations, mettent à rude épreuve les capacités de réponse des systèmes. Elles forcent ainsi les sociétés à se réorganiser, et à dissiper à leur tour l’énergie (au sens large), pour atteindre un nouvel état d’équilibre, sous peine de disparaître. 

Une autre conséquence de la dispersion latérale de l’énergie est le polymorphisme génétique (diversité au sein d’une population, favorisée par la mixité) où la mutation est un facteur de progrès permettant de sortir d’une situation figée (l’erreur comme moteur de l’évolution ou d’entropie créatrice). Le polymorphisme constitue l’une des plus grandes forces de l’humanité, lui ayant permis de résister aux crises passées (chocs climatiques, épidémies). Car plus la diversité est importante au sein d’une population, plus elle a de chance de compter des individus capables de survivre aux changements de l’écosystème et d’assurer la pérennité du groupe. 

En résumé, ce sont les variants génétiques face aux variations de l’environnement. 

« La diversité…, l’une des plus grandes forces de l’humanité »

« De la biologie à la culture »

Mais tout n’est pas inscrit dans les gènes. En effet, la culture serait un des modes majeurs de la dispersion latérale de l’énergie appliquée aux populations humaines. Ainsi, pour Jacques Ruffié, l’évolution de l’homme ne serait pas que le résultat de la génétique (transmission verticale et lente) mais également le fruit de facteurs horizontaux et rapides, les épidémies comme nous venons de le voir, et surtout de la culture. 

La culture au sens large (des technologies, aux idéologies et religions, en passant par les arts) serait le principal vecteur d’adaptation latérale de l’humanité à un environnement changeant. Elle lui permet de se réorganiser rapidement face aux diverses menaces par un transfert rapide d’information (systèmes d’alerte, santé publique). Les inventions et les idées se propagent en quelques années alors que l’évolution génétique prend des milliers, voire des dizaines de milliers d’années. Cette dispersion rapide de l’information est l’un des mécanismes de la résilience des sociétés pour résister aux chocs et éviter la destruction totale. Mais c’est également un facteur de vulnérabilité à deux niveaux : tout d’abord, la dépendance à l’information avec les conséquences d’une rupture des flux de communication et d’autre part, la propagation d’informations erronées ou destructrices. 

En résumé, la culture (humanisation) a pris le relai de l’hominisation (évolution biologique) comme force dominante de transformation.

« La culture a pris le relai de l’évolution biologique comme force dominante de transformation »

La résilience comme antidote à la destruction totale

La résilience représente la capacité d’un système à absorber un choc (interne ou externe), c’est-à-dire à maintenir ses fonctions essentielles, et à se réorganiser (transmission rapide d’informations et diffusion de solutions) pour éviter l’effondrement total. Une crise est réussie, quand la résilience est suffisante pour assurer la double fonction d’amortisseur et de moyen efficace pour éloigner le système du point de non-retour (ou point critique). 

Ainsi, une société résiliente, parvient à innover, ou à se réformer, afin d’éviter la destruction massive. Pour ce faire, elle utilise l’énergie du choc pour une réorganisation contrôlée. Après une période d’instabilité temporaire, elle se réajuste et retrouve une nouvelle stabilité. C’est souvent le fruit de la diversité et de la redondance. A l’inverse, les sociétés qui s’effondrent ont accumulé trop de rigidités structurelles et maquent de diversité. Afin d’illustrer les mécanismes du succès, là où d’autres échouent, nous évoquerons les formidables moyens, mis en œuvre à l’échelon planétaire, pour lutter contre la pandémie de Covid-19, et pour la dimension temporelle, la survie du peuple juif tout au long de l’histoire. 

« Une société résiliente, parvient à innover, ou à se réformer, afin d’éviter la destruction »

L’humanité face à la pandémie de Covid-19

L’épidémie de Covid-19 est le plus récent et le plus massif exemple de dispersion latérale de l’énergie biologique à l’ère de la mondialisation. Se mesurant en jours, la vitesse de propagation du virus SARS-CoV-2 est sans équivalent. Ayant débuté à Wuhan en Chine, du fait des transports aériens, elle s’est rapidement transformée en pandémie mondiale. Ce faisant, le virus a brutalement révélé la vulnérabilité des systèmes de santé, la rigidité et les failles des filières d’approvisionnement. 

Dans un premier temps (phase de destruction), l’impréparation, la mortalité élevée et le confinement, ayant interrompu les interactions sociales, ont entrainé la défiance envers les gouvernements, les services de l’Etat et les scientifiques, mais également rendu plus perméables les populations au complotisme. Les réseaux sociaux ont été un vecteur très efficace de dispersion latérale de désinformation et de polarisation idéologique (pro et anti-vax), fracturant les solidarités traditionnelles.

Par la suite, le monde a fait preuve d’une résilience exemplaire en mettant en œuvre une réponse rapide et efficace. Ainsi, la crise a déclenché une solidarité à l’échelon planétaire et une entropie créatrice sans précédent par l’accélération de l’innovation (industrielle et numérique pour maintenir les fonctions sociétales) et de l’information scientifique (dispersion latérale du savoir). Le partage des connaissances, la publication accélérée des résultats, et la mise en production rapide des vaccins à ARN messagers, ou la production en masse de masques et de systèmes d’assistance respiratoire, ainsi que le renforcement des institutions internationales ont été la clé du succès. 

En résumé, c’est la parfaite démonstration que, la culture (technologie et sciences) est le mécanisme les plus approprié pour gérer les crises de nature biologique.

« L’humanité face à la pandémie… a fait preuve d’une résilience exemplaire »

Comment le peuple juif s’est constamment réinventé

Le peuple juif est un modèle assez unique de résilience par l’adaptation continue d’une société confrontée à une succession de points critiques. Son étude révèle les mécanismes de survie développés face à une répétition de chocs externes (guerres, épidémies, collisions culturelles, destructions massives) et internes (conflits entre différents courants, messianisme, mystique, philosophie).

Reposant initialement sur quatre piliers (spirituel, territorial, politique, culturel) et une grande diversité (12 tribus et une variété de pratiques), les vicissitudes de l’histoire ont conduit le peuple juif, non pas à l’éclatement puis à la disparition, mais à se réinventer en permanence. Ce qui lui a permis de préserver l’essentiel. Des évènements aussi dramatiques que la destruction du Temple, à deux reprises (Babylone au VIe siècle av J-C et Rome en 70 ap J-C), les dissensions internes et l’exil auraient pu sonner le glas des hébreux comme cela a été le cas d’autres civilisations qui avaient perdu leur centralité. Pour l’éviter, des mécanismes culturels dit de résilience textuelle ou communautaires ont été déployés. Il s’agit d’une destruction créatrice radicale ayant conduit à substituer le Temple et l’Etat par un culte centré sur l’étude de la Thora et la communauté. C’est-à-dire un système encré sur la mémoire (histoire, courants ou composantes disparus), la loi et son interprétation (quête permanente de sens face aux points critiques), ayant conduit à l’élaboration du Talmud. Ce dernier a fourni un cadre capable de maintenir une identité dynamique, tout en assurant la cohésion sociale, quel que soit le lieu et le contexte politique. 

La survie juive pendant les périodes de crise ultérieures fut assurée par la diaspora et la mobilité comme moyens dedispersion latérale de l’énergie. Ainsi quand des persécutions se produisaient, elles ne touchaient pas toute la communauté. Le choc ultime fut la Shoah, une tentative de destruction totale (« la solution finale »). Elle a catalysé la renaissance territoriale d’Israël en 1948, afin d’assurer la pérennité du peuple juif, après l’échec du projet diasporique.  

En résumé, la survie du peuple juif est le fruit de métamorphoses successives de la résilience, évoluant d’un territoire à la centralité du couple texte-diaspora, avant de se réincarner dans une réalité culturelle et territoriale.

« La survie du peuple juif est le fruit de métamorphoses successives de la résilience »

L’avenir, une infinité de possible qui dépend de nous

A la lumière des concepts abordés, tous les éléments pointent vers une crise imminente et majeure, ce qui n’est pas un scoop, avec une accélération des éléments de ruptures. Ne rien faire, face à ces multiples menaces, nous rapproche inexorablement du point de rupture. Pourtant, une partie de l’humanité semble ne pas être concernée ou se croit, à tort protégée, alors que l’autre n’a pas les moyens d’agir. Chacun est comme halluciné dans son silo, à l’instar de réalités parallèles, oubliant que nous sommes connectés et interdépendants, avec le même univers en partage. Un univers prédateur qui n’accorde aucune pitié à ceux qui refusent d’évoluer. La nature ayant horreur du vide, d’autres organisations, mieux adaptées, prendront notre place. Les possibilités sont variées comme autant de réalités alternatives. Ce qui est arrivé à de nombreuses civilisations avant nous peut également être notre sort, et à très court terme. 

Mais nous ne sommes pas démunis. Nous avons beaucoup à apprendre de nous-même, à titre collectif, comme notre réponse face à la pandémie de Covid-19 ou à titre particulier, avec la résilience adaptative continue du peuple juif. Concernant ce dernier, les antisémites seraient bien inspirés de mettre leur énergie débordante, et leurs innovations dans une autre cause, tel que se remettre en question, car malgré tous les moyens mis en œuvre, les juifs sont encore là, mais leurs contempteurs ont disparu. Le chaos n’est donc pas inéluctable. Pour cela nous devons évoluer et en accepter le prix. Le changement est toujours précédé par une phase de destruction, ou de remise en cause, c’est la rançon du progrès et un impératif pour survivre. Pour être en phase avec l’actualité française, si nous voulons préserver notre modèle social, la contrepartie sera, à minima, une réforme des retraites. 

En conclusion, face aux agents du chaos qui testent notre résilience à toutes les échelles (individuelle, nationale ou globale), nous ne devons pas abdiquer. Il nous faut impérativement être lucides, solidaires, avoir le courage d’agir à la mesure des dangers, et assumer les conséquences de nos choix. Afin d’éviter aux générations à venir d’en payer le prix fort. 

Pour paraphraser, Winston Churchill, il serait dommage de gaspiller une bonne crise, une occasion en or de se réinventer !


Références :

L’ordre du monde, Henry Kissinger, Fayard

Qu’est-ce que la vie ? De la physique à la biologie, Erwin Schrödinger, Point

La Décroissance – Entropie – Ecologie – Economie, Nicholas Georgescu-Roegen, Sang de la Terre

Théorie de la destruction créatrice, Joseph Schumpeter, Payot

Le pouvoir de la destruction créatrice, Philipppe Aghion, Céline Antonin, Simon Brunel, Odile Jacob

L’Entropie créatrice – Thermodynamique fractale et quantique de l’Univers, de la Vie et des Sociétés, Ivan Brissaud, Jean Chaline, Diogo Queiros-Condé, Ellipse

Les épidémies dans l’histoire de l’homme, Jacques Ruffié, Jean-Charles Sournia, Flammarion

De la Biologie à la culture, Jacques Ruffié, Flammarion

Géohistoire, une autre histoire des humains sur terre, Christian Grataloup, Les arènes

Des âmes et des saisons : psycho-écologie, Boris Cyrulnik, Odile Jacob

Changeons de voie : Les leçons du coronavirus, Edgar Morin, Denoël

Apocalypse cognitive, Gérald Bronner, PUF,

La guerre des juifs, Flavius Joseph, Les Editions de Minuit

Zakhor : Histoire juive et mémoire juive, Yosef Hayim Yerushalmi, Galimard

Le messianisme juif : essais sur la spiritualité du judaïsme, Gershon Scholem, Les Belles Lettres

L’âge des foules, Serge Moscovici, Fayard

Voulons-nous encore vivre ensemble ? Pierre-Henri Tavoillot, Odile Jacob

La démocratie à l’état gazeux, Gilles Finchelstein, Flammarion

La guerre mondiale n’aura pas lieu, les raisons géopolitiques d’espérer, Frédéric Encel, Odile Jacob

Article en partenariat avec Art&Facts :

Rêve et Visions, : Etats de consciences modifié :. Le numéro 3 d’Art&Facts, le magazine de l’Art, où l’esthétique rencontre l’éthique et l’actualité. Avec Antoine Chéreau, Gérard Rabinovitch, Guy Konopnicki, PEK, Mikaël Askil Guedj, Lise Haddad, David Gerbi, Denis Krief, Alexis Tchkotoua, Michèle Levy-Soussan, Jean-Gabriel Ganascia, Hagay Sobol, Simona Esposito, Sylvie Valayre, Fiorella Bassan, Jérôme Gillaneaux et puis aussi We’ll Dance Again, Master Class Valayre-Cortot…

https://www.calameo.com/artetfacts/read/0079620393680b83e5be2


 

 

mai 03, 2026

L'incertitude, le régime des mollahs ou une pseudo démocratie occidentalisée ?

Sommaire:

A) - Les guerres américaines post-délibérées

B) - COMMENT ÉTRANGLER LE RÉGIME DES MOLLAHS

C) - Golfe : les monarchies face au défi d’une défense intégrée

D) - L’Iran tient-il le détroit d’Ormuz et Donald Trump à la gorge ? 

E) -  Hormuz ou la vie.

F) - Émirats arabes unis, OPEP et détroit d’Ormuz : Symptôme d’un Moyen-Orient qui change de logique

Lire aussi: https://universite-liberte.blogspot.com/2026/05/informations-etatsuniennes.html


A) - Les guerres américaines post-délibérées

La guerre contre l'Iran est peut-être la première guerre véritablement « post-délibérée » de l'histoire américaine. 

Bien que profondément imparfaites et peut-être menées à la hâte, les interventions militaires américaines en Afghanistan et l'invasion de l'Irak avaient néanmoins fait l'objet de débats au Congrès. Pour la guerre contre l'Iran, rien de comparable n'existait, écrit Brandan Buck, de l'institut Cato. 

Au cours des huit dernières semaines de guerre contre l'Iran, les deux institutions délibératives américaines, le Congrès et les médias, ont largement failli à leur devoir d'entretenir un débat public sur la question la plus importante à laquelle une république puisse être confrontée : le choix entre la guerre et la paix. Aucune de ces institutions n'a été irréprochable durant la guerre mondiale contre le terrorisme. Pourtant, au Capitole, des débats ont eu lieu avant le début des hostilités, et les médias ont déployé des efforts considérables pour susciter l'adhésion. Au regard des critères actuels, ces agissements semblent presque admirables. La guerre contre l'Iran est peut-être la première guerre véritablement « post-délibérative » de l'histoire américaine. 
 
 Pour saisir la différence, il faut remonter plus de vingt ans en arrière. Bien que profondément imparfaite et peut-être précipitée, une intervention militaire américaine en Afghanistan, puis l'invasion de l'Irak, ont néanmoins fait l'objet d'un débat au Capitole. La première a été directement déclenchée par une attaque directe, les attentats du 11 septembre. La seconde a été précédée d'environ deux mois d'auditions au Congrès, suivies d'un vote sur l'autorisation d'emploi de la force militaire (AUMF). L'AUMF autorisant la guerre en Irak a été adoptée par le Sénat passed the Senate par 77 voix contre 23 et par la Chambre des représentants par 296 voix contre 133. in the House Ces débats et votes ont depuis été largement considérés comme des erreurs, mais ils ont bien eu lieu. 
 
Aucune délibération comparable n'a eu lieu au Congrès à la veille du lancement unilatéral de la guerre contre l'Iran par le président. Malgré les précédents recours à la force par l'administration au Venezuela et contre l'Iran en juin 2025, le Congrès s'est montré peu enclin à un débat approfondi avant le début des hostilités. Alors que les forces américaines se déployaient au Moyen-Orient, aucun effort sérieux n'a été entrepris pour contraindre le Congrès à voter. Le Congrès n'a fait que réagir a posteriori, par le biais de résolutions sur les pouvoirs de guerre qui ont échoué – des tentatives timides pour tenter de rectifier le tir. Exprimant le sentiment quasi unanime des républicains au Congrès, le représentant Blake Moore said of the vote a déclaré à propos du vote qu'il serait « irresponsable de paralyser le commandant en chef et nos chefs militaires ». Dans le monde à l'envers de Washington, le fait de se soustraire à ses devoirs constitutionnels est requalifié en responsabilité.
 
De l'autre côté de l'hémicycle, tandis que de nombreux démocrates s'inquiétaient du recours à la force par le président Trump en Iran, les dirigeants du parti ont éludé le problème de fond, privilégiant la procédure au principe. Au printemps 2026, par exemple, le sénateur Mark Warner a critiqué Trump pour son intervention militaire au Venezuela, reiterated those critiques  y voyant une diversion par rapport à la possibilité d'un changement de régime en Iran. Warner a réitéré ces critiques après le début de la guerre en Iran, s'en prenant à Trump sur la manière dont elle menait le conflit plutôt que sur le fond. process of the war Face à une telle équivoque, il n'est pas absurde d'affirmer que les dirigeants démocrates ont acquiescé au vote sur les pouvoirs de guerre car ils savaient qu'il serait rejeté, permettant ainsi à leur parti de se donner des airs d'opposition alors que, dans les faits, leur désaccord était surtout rhétorique. 
 
Le rôle des grands médias durant la guerre en Iran a été largement réactif, sans qu'ils n'abordent les questions fondamentales relatives à l'autorité présidentielle ou à la prudence stratégique. Leurs reportages se sont limités à un récit des événements, se contentant de poser des questions du type « va-t-il le faire ou non ? »,will he or won’t he au lieu d'examiner les enjeux plus profonds de la guerre et sa signification pour la société américaine. La couverture médiatique a également minimisé des événements troublants,  troubling developments comme la destruction d'une école iranienne par l'armée américaine et le massacre de 165 civils iraniens au début du conflit. Plus inquiétant encore est le soutien apporté à la guerre par des chaînes comme Fox News et  CBS News qui ont frôlé la caricature. 
 
 Il ne s'agit pas ici de déterminer le bien-fondé des arguments pour ou contre la guerre, mais de souligner que ce débat est quasiment inexistant. Les grands médias traitent la guerre comme s'il s'agissait de la météo : un phénomène à observer plutôt qu'une décision à débattre. C'est l'antithèse même de l'autonomie que nous garantit la Constitution. 
 
Ces tendances à l'esquive ne sont évidemment pas nouvelles. La seconde moitié de la Guerre mondiale contre le terrorisme a été particulièrement déplorable du point de vue du débat public et parlementaire. Malgré ses promesses de campagne en matière de politique étrangère, le président Obama, tirant les mêmes leçons casualty aversion que ses prédécesseurs quant à la crainte des pertes humaines, a revu sa politique plutôt que de la réduire. S’appuyant sur des interprétations extensives des autorisations d’emploi de la force militaire, Obama a étendu la présence militaire clandestine américaine au Moyen-Orient. De même, il a lancé l’opération Odyssey Dawn,a no-fly zone turned regime-change une zone d’exclusion aérienne transformée en opération de changement de régime sans concertation préalable, et encore moins avec un vote du Congrès. Les conséquences de l’intervention en Libye, ainsi que des actions clandestines américaines en Syrie covert action in Syria et du soutien à la coalition saoudo-émiratie au Yémen, coalition in Yemen ont engendré des désastres à l’étranger et ont conforté le Congrès et les médias dans leur rôle de simples spectateurs.
 
Pour ceux qui aspirent à une politique étrangère plus conforme aux normes constitutionnelles et fondée sur un débat public vigoureux, les perspectives sont mitigées. Si la presse traditionnelle a souvent failli à ses responsabilités, un écosystème de « nouveaux médias » – podcasts, plateformes en ligne et commentaires indépendants – a, dans une certaine mesure, comblé ce manque. Ces sources présentent certes des lacunes, mais leur émergence constitue, globalement, un correctif bienvenu. Reste à savoir si ces commentaires dissidents peuvent susciter et entretenir un débat public plus vigoureux, susceptible d'influencer le paysage politique. Si les nouveaux médias ont mobilisé les auditeurs, transformer cette énergie en action politique est une autre affaire. Si les consommateurs de médias dissidents ne se transforment pas en électeurs dissidents, les commentaires en ligne d'aujourd'hui risquent d'être aussi inefficaces que l'opposition imprimée d'hier. 
 
La situation est plus sombre encore au Congrès. La guerre en Iran a renforcé une tendance de plusieurs décennies à l'abdication du Congrès, les législateurs s'en remettant au président plutôt que d'assumer leur responsabilité de débattre des questions de guerre et de paix. L'histoire récente n'est guère rassurante, car la polarisation accrue a alimenté la montée en puissance de la présidence impériale. Pourtant, quelques lueurs d'espoir subsistent : un petit nombre de voix conservatrices résolues se sont jointes a small number of resolute conservative voices à un nombre croissant de voix libérales plus constantes pour appeler à la retenue et au retour aux normes constitutionnelles. Pour faire entendre ce chœur, il faudra une mobilisation électorale soutenue, notamment lors des primaires, traditionnellement marquées par une faible participation. Si les Américains estiment que la politique étrangère relègue la politique étrangère au second plan au détriment des priorités nationales et souhaitent un contrôle parlementaire constant du pouvoir exécutif, ils doivent clairement faire savoir aux élus en place que leurs décisions auront des conséquences dans les urnes. Si, comme le dit l'adage, « le gouvernement que vous élisez est celui que vous méritez », alors les électeurs américains doivent clairement affirmer qu'ils exigent – ​​et méritent – ​​mieux. 
 
En dehors du contexte électoral, les sondages indiquent que l'opposition à la guerre en Iran n'est pas une position marginale, mais la norme but the norm – une position partagée par des voix de tous bords politiques. Pour concrétiser ce sentiment et le traduire en politique, il faudra ce qu'Abraham Lincoln appelait « une confiance patiente dans la justice ultime du peuple », associée à un effort soutenu pour y parvenir.
 
Brandan P. Buck 

Chercheur, Institut Cato
Fusion on May 1, 2026. 

https://ow.ly/SUpz50YTEl8

 


B) - COMMENT ÉTRANGLER LE RÉGIME DES MOLLAHS

Au jujitsu, on dénombre une douzaine de techniques d’étranglement, du gyaku au sankaku jimé (en utilisant ses mollets !), qui ont toutes le même résultat : afflux de sang au cerveau coupé, l’adversaire tombe dans les pommes en quelques secondes s’il ne se résigne pas à signaler sa défaite par une petite tape sur le bras.

C’est tout l’objectif du blocus du détroit d’Ormuz, où la Maison-Blanche espère prendre le régime des mollahs à son propre piège en le privant de devises, tandis que, contre-étranglement, Téhéran compte couper les 20 % de la consommation mondiale de pétrole transitant quotidiennement par cette voie de navigation.

Qui craquera le premier ? Certes, les pays importateurs de pétrole en Asie et en Afrique sont menacés de pénurie physique et, loi de l’offre et de la demande oblige, les prix flambent à la pompe même dans les pays exportateurs nets, comme les États-Unis Ce qui menace le monde d’une récession, voire d’ici quelques mois d’une crise énergétique sans précédent depuis, peut-être, le choc pétrolier de 1974. Mais le prix du baril, à 109 $ pour le brent mardi, est encore très loin des 150 $ prédit par des analystes au début du blocus début avril et l’impact ne serait pas existentiel. Alors que le régime des mollahs joue sa survie.

En effet, ses exportations de pétrole, déjà sous sanctions occidentales et donc réduites à 2 Mbj (millions de barils par jour), passaient en temps normal à 90 % par Ormuz. Or, l’or noir constitue 60 % des recettes en devises du pays. L’Iran ne pourrait plus payer ses importations vitales de denrées alimentaires, médicaments et pièces détachées. « À mesure que les exportations de pétrole iraniennes s’effondrent, il n’y aura plus de liquidités pour financer les importations ; l’activité économique s’effondrera alors, la monnaie entrera dans une spirale de dévaluation et l’hyperinflation s’ensuivra », affirme Robin Brooks, de la Brookings Institution. Sans oublier que la fermeture du détroit bloque déjà physiquement les importations iraniennes par voie navale. Alors que la possibilité de substitution des importations par des produits de l’industrie locale s’avère très faible. Emprunter à l’étranger pour remplacer les devises des hydrocarbures n’est pas non plus vraiment une option ; aucune banque internationale n’oserait se livrer à ce jeu-là, même basée en Chine…

Les Pasdarans privés de salaire

Surtout, la majorité des ressources budgétaires du régime est tirée des taxes sur les exportations d’hydrocarbures. Qui paierait les 8 millions de fonctionnaires et employés de structures parapubliques, et surtout les 190 000 gardiens de la Révolution, ainsi que les 90 000 miliciens Bassiji chargés de la répression intérieure ? Sachant qu’un nervi sans solde se montre vite bien moins motivé… Cela anéantirait aussi les capacités de patronage des Pasdarans, désormais le centre du pouvoir iranien.

Le régime pourrait toutefois régler les salaires en faisant tourner frénétiquement la planche à billets. Hyperinflation garantie au vu des nombreux précédents historiques, de l’Allemagne de Weimar à la Hongrie de 1953 (des milliards de milliards de %), en passant par, plus récemment, le Zimbabwe ou le Venezuela, pour cause d’explosion de la masse monétaire. Destruction de l’épargne populaire, fuite massive des capitaux, troubles sociaux et politiques assurés, sans compter que les Pasdarans et Bassijis n’aimeraient pas être payés en monnaie de singe.

Pour toutes ces raisons, le régime des mollahs serait donc acculé dans quelques semaines à la capitulation, ou s’effondrerait face à une révolte intérieure massive…

En théorie, du moins. Car, en pratique, il a encore des cartes en main, quoique pas simples à jouer. En bref, l’étranglement américain est redoutable mais pas forcément mortel.

Tout d’abord, il existe des régimes ayant survécu plusieurs années à des épisodes d’hyperinflation. Le régime iranien a en outre montré depuis un demi-siècle une résilience spectaculaire aux sanctions occidentales. Il peut exporter un peu par camions et trains via l’Asie centrale, ou utiliser un pipeline de contournement d’Ormuz, d’une capacité de 300 000 barils par jour. Insuffisant. Mais ses tankers peuvent aussi forcer le blocus. Deux ont été arraisonnés, mais un nombre surprenant, une douzaine selon Lloyds, transportant 15 millions de barils, est passé ces dix derniers jours. Ces pétroliers de « flotte fantôme » débranchent leurs transpondeurs et suivent des itinéraires près des côtes qui les rendent difficiles à arraisonner. Ou transbordent leur cargaison en pleine mer à des navires d’autres pavillons. À moins que la marine américaine n’ose pas intercepter certains tankers en fonction de leur destination, la Chine, par exemple. Washington assume d’ailleurs ne pas instaurer un blocus parfaitement hermétique, plutôt un nœud coulant pouvant être resserré surtout avec l’arrivée sur zone d’un troisième groupe naval.

L’Iran peut aussi vendre l’or noir des pétroliers déployés depuis des semaines par précaution au-delà du détroit, en mer d’Oman et jusqu’en Malaisie. Il y en a pour 10 à 25 millions de barils, selon les cabinets Kpler, Kayrros ou Vortexa à partir de données satellites. L’équivalent de dix jours d’exportations maximum.

Autre grave souci : puisqu’il ne peut plus exporter, Téhéran est obligé de stocker sur son sol le pétrole extrait de ses 4 000 puits… sauf que les capacités vont vite être saturées, même en remettant en service en panique des pétroliers désaffectés. Les mêmes cabinets spécialisés estiment les capacités disponibles entre 30 et 90 millions de barils. C’est-à-dire qu’entre mi-mai et mi-juin, l’Iran devrait arrêter de pomper son pétrole… mais cela serait catastrophique pour une raison technique connue sous le nom de « water coning » ; quand le pompage s’arrête, l’eau remonte mécaniquement, piégeant l’huile dans les pores de la roche de manière irréversible et rendant le puits définitivement hors service.

Le régime des mollahs sera donc confronté dans un mois à un dilemme existentiel : soit trouver un compromis avec Washington, soit voir ses puits de pétrole s’anéantir un par un, soit forcer le blocus au culot, soit surenchérir militairement en attaquant les États-Unis partout où c’est possible pour l’obliger à lâcher prise…

Yves Bourdillon

https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-bourdillon-comment-etrangler-le-regime-des-mollahs/

 


 

C) - Golfe : les monarchies face au défi d’une défense intégrée

Les frappes iraniennes contre les infrastructures pétrolières et les bases militaires du Golfe ont mis en évidence une limite structurelle : la sécurité régionale ne peut plus dépendre uniquement de dispositifs nationaux séparés. Pour les monarchies du Moyen-Orient, l’enjeu est désormais de partager les capacités d’interception, les radars et les renseignements afin de construire une défense régionale plus cohérente.

Durant la guerre, l’Iran a lancé plus de 550 missiles balistiques et 2 200 drones contre les Émirats arabes unis, soit un volume supérieur à celui dirigé contre Israël. Des frappes transfrontalières ont également visé des raffineries et des terminaux gaziers au Qatar, en Arabie saoudite, au Koweït et à Bahreïn. Les dégâts matériels sur les installations énergétiques ont été importants, notamment au Qatar, où près d’un sixième des exportations gazières aurait été affecté. Cette séquence a confirmé la capacité de l’Iran à imposer un coût élevé à ses adversaires régionaux. Elle a aussi révélé les limites des défenses aériennes actuelles pour protéger les actifs stratégiques du Golfe. Face à un arsenal iranien limité mais efficace, les États de la région sont poussés à mieux coordonner leurs systèmes de détection et d’interception afin de réduire les angles morts et d’éviter une réponse fragmentée.

Les limites des systèmes isolés

Aucun État du Golfe ne peut, seul, assurer une défense aérienne suffisamment profonde et redondante. La menace iranienne joue sur la masse, la dispersion et la saturation. Drones suicides. Missiles balistiques. Projectiles à bas coût. Attaques coordonnées. Salves multiples. Face à ce type d’offensive, une batterie nationale, même moderne, ne suffit plus. Et puis il y a la question du coût et des capacités de production et de stockage. Alors qu’un drone « low cost » est facile à produire et que son coût est inférieur à 50 000 dollars, son intercepteur coûte 2 millions de dollars et n’est pas disponible à volonté. À terme, ce n’est pas l’intercepteur qui abat un drone « Shahed » qui gagne.

La logique change. Il ne s’agit plus seulement de déployer des Patriot, des THAAD ou des systèmes de défense rapprochée. Il s’agit de créer un espace de défense commun. Un réseau. Une architecture capable de fusionner les données radar, d’identifier les trajectoires, d’attribuer les menaces et de répartir la charge d’interception entre plusieurs États.

Le Golfe a longtemps fonctionné avec des dispositifs fragmentés. Chaque capitale protégeait ses sites critiques. Chaque armée conservait ses chaînes de commandement. Chaque État verrouillait ses données. Cette logique rassurait les souverainetés. Elle affaiblissait la défense collective. La guerre a montré la limite de cette approche. Une brèche dans un espace aérien national peut menacer, en quelques minutes, les infrastructures d’un voisin. Dans le Golfe, les vulnérabilités circulent aussi vite que les missiles.

Les États-Unis et Israël avaient déjà intégré cette donnée. Pendant la guerre, Washington et Tel-Aviv ont synchronisé leurs frappes, leurs alertes et leurs messages de dissuasion. Les monarchies du Golfe en tirent une leçon brutale. Des systèmes nationaux perfectionnés restent insuffisants contre une offensive simultanée, hybride et volumétrique. La défense aérienne ne se pense plus comme une frontière. Elle se pense comme un maillage.

Initiatives américaines : postes de commandement et cellule multinationale

Washington a préparé ce basculement avant même le déclenchement de la guerre. Dès 2025, l’USCENTCOM a multiplié les dispositifs destinés à pousser les alliés du Golfe vers une coordination plus étroite. L’objectif était clair : passer de la coopération ponctuelle à une planification commune.

En novembre 2025, les commandements américain et qatari ont inauguré un Combined Command Post à Al Udeid. Le dispositif associe officiers qataris et américains dans la planification et la conduite de la défense aérienne. En décembre 2025, un poste similaire a été ouvert à Bahreïn avec la 5ᵉ Flotte américaine et l’armée bahreïnienne. Ces structures ne sont pas de simples symboles. Elles installent une habitude opérationnelle. Elles rapprochent les chaînes de commandement. Elles accélèrent la circulation des alertes.

Le palier supérieur a été franchi en janvier 2026 avec la création du MEAD-CDOC (Middle Eastern Air Defense – Combined Defense Operations Cell). Installée à Al Udeid, dans l’actuel Combined Air Operations Center qatari, cette cellule regroupe des officiers américains, qataris, bahreïniens et israéliens. Sa fonction est centrale : coordonner la défense aérienne et antimissile entre partenaires régionaux.

Le MEAD-CDOC doit servir de plateforme permanente pour les exercices multinationaux, le partage des alertes et l’allocation des interceptions. L’enjeu est autant militaire qu’économique. Intercepter deux fois la même menace coûte cher. Rater une salve coûte beaucoup plus. Dans une guerre de saturation, l’efficacité dépend de la hiérarchisation des cibles. Chaque missile d’interception doit être utilisé au bon moment, contre la bonne menace, par l’acteur le mieux placé.

Coordination intra-Golfe : exercices et structuration régionale

À l’échelle régionale, les monarchies du Golfe ont progressivement repris le chantier de la coopération militaire après la réconciliation d’Al-Ula, en 2021. La fin du blocus du Qatar a rouvert un espace politique. Elle n’a pas fait disparaître les méfiances, mais elle a permis de remettre au centre une évidence stratégique : face à l’Iran, les divisions internes coûtent cher. Il aura fallu des années de tensions pour redécouvrir cette vérité pourtant élémentaire.

Les États du Conseil de coopération du Golfe ont donc relancé leurs exercices conjoints. L’exercice Integration 1, organisé au Koweït en 2023, s’inscrivait dans cette logique. L’enjeu n’était plus seulement de faire manœuvrer des forces côte à côte. Il s’agissait surtout de tester des procédures communes, des circuits d’alerte, des protocoles de communication et des mécanismes de coordination entre centres de commandement.

Cette évolution s’analyse comme un réalignement fonctionnel dans lequel la défense unifiée prend le dessus sur les divergences politiques. Le Golfe ne devient pas homogène. Il devient plus pragmatique. Les différends demeurent, mais ils ne peuvent plus empêcher l’interconnexion minimale des systèmes de défense.

Le CCG a également réactivé une initiative plus ancienne : Hizam al-Taawun, la « Ceinture de coopération ». Son objectif est de connecter les radars et les centres de commandement aérien des États membres. L’ambition est de construire un réseau d’alerte précoce capable de produire une image aérienne commune. Une carte unique. Des données partagées. Des décisions plus rapides. Des protocoles d’engagement mieux harmonisés. Des réunions régulières à Riyad, avec l’appui des États-Unis, travaillent à cette common air picture régionale.

Le problème, c’est que ce n’est pas seulement technique. C’est aussi très politique. Les armées du Golfe n’ont pas le même matériel : Patriot, THAAD, systèmes occidentaux, russes ou nationaux. L’interopérabilité reste donc un vrai combat quotidien contre les incompatibilités techniques et les réflexes de souveraineté.

Renseignement et intégration discrète

Les États du Golfe ont aussi renforcé le partage de renseignements. Les liaisons sécurisées avec les commandements américains se sont améliorées, et les échanges entre radars et centres d’alerte se sont intensifiés. Cela permet un suivi radar mutuel et une meilleure anticipation des trajectoires de missiles. Ce n’est pas encore une défense intégrée à part entière, mais c’est déjà une mécanique commune qui se met en place. Cette évolution se fait davantage par petits pas fonctionnels que par grands traités officiels. Tous les États n’affichent pas le même niveau d’engagement : certains coopèrent discrètement, d’autres plus ouvertement. Mais tout le monde sait que le système actuel reste provisoire. Les bases américaines et les arrangements ad hoc ne suffiront pas à long terme.

Israël et les monarchies du Golfe : la coopération qui s’accélère

La guerre avec l’Iran a nettement accéléré la dynamique lancée par les accords d’Abraham. La coopération entre Israël et certains pays du Golfe est passée du stade diplomatique au stade opérationnel. Le geste le plus fort a été le déploiement, en 2026, d’un système Iron Dome complet aux Émirats arabes unis, avec du personnel israélien sur place pour le faire fonctionner. C’était une première : jamais une batterie complète n’avait été transférée à un pays tiers en pleine guerre régionale. Selon les Israéliens, elle a intercepté plusieurs dizaines de missiles iraniens visant les Émirats. Au-delà du résultat militaire, le message est clair : les Émirats sont prêts à coopérer directement avec Israël quand la menace iranienne l’exige. Bahreïn reste plus prudent, et l’Arabie saoudite observe, négocie et temporise. En échange, les Émirats accèdent à des technologies israéliennes dans les radars, les drones, le commandement numérique et les logiciels de C2. Israël, lui, gagne en profondeur stratégique grâce aux réseaux et aux positions d’observation que les pays arabes peuvent lui offrir.

Cette convergence repose sur une lecture très similaire de la menace iranienne. Des projets de coproduction, notamment de drones Hermes 900, aux Émirats arabes unis, vont dans ce sens. Cela dit, la prudence reste de mise des deux côtés : on partage, mais par filtres, par niveaux de confiance et sans tout mettre sur la table. Riyad, de son côté, continue de lier toute normalisation complète à des avancées sur le dossier palestinien. Cela freine une architecture ouverte, mais sur les sujets concrets – missiles balistiques, drones, attaques maritimes, cybermenaces ou C4I – les coopérations continuent d’avancer.

Des cadres souples plutôt que des pactes formels

Sur le plan diplomatique, le Forum du Néguev a créé en juin 2023 un groupe de travail sur la sécurité régionale, réunissant Israéliens, Américains, Égyptiens, Émiratis, Marocains, Bahreïniens et même des représentants palestiniens. Plus de trente responsables militaires y ont participé. Ce genre de format a l’avantage de ne créer aucune obligation juridique et de ne pas forcer les pays à rendre publiques des coopérations qu’ils préfèrent parfois garder secrètes. C’est exactement pour ça qu’il est utile : il permet d’avancer concrètement sans se heurter tout de suite aux symboles politiques. Le grand défi, à terme, sera de faire passer toutes ces coopérations bilatérales ou « minilatérales » vers une véritable architecture régionale plus structurée.

Vers une architecture régionale de défense

L’intégration antiaérienne du Golfe se construit progressivement. Rien ne ressemble encore à une OTAN du Golfe. Mais les fondations d’une architecture régionale de défense commencent à se dessiner, non par proclamation politique, mais par accumulation de mécanismes techniques, opérationnels et sécuritaires.

Le consensus opérationnel est désormais établi : la protection du Golfe contre les missiles et les drones iraniens exige un bouclier régional partagé. À terme, l’objectif est connu. Une ligne d’alerte unifiée. Des radars et des satellites connectés. Des procédures d’engagement harmonisées. Une image aérienne commune. Un réseau de données partagé. Une répartition plus rationnelle des interceptions. Une capacité à absorber la saturation sans s’effondrer dès la première vague.

La guerre avec l’Iran a joué le rôle de catalyseur. Elle a forcé les monarchies du Golfe à regarder en face l’obsolescence des défenses isolées. Elle a montré qu’une attaque contre un seul État peut mettre sous tension tout l’équilibre régional. Elle a aussi confirmé le poids central des États-Unis dans la coordination militaire du Golfe.

Mais les monarchies cherchent désormais à réduire leur dépendance. Non pas en se coupant de Washington. Ce serait un geste spectaculaire et peu réaliste. Elles veulent plutôt bâtir une autonomie opérationnelle relative. Une capacité régionale à voir, décider et agir plus vite. Une défense moins fragmentée. Un réseau plus dense. Un maillage capable de transformer la vulnérabilité partagée en avantage collectif.

Les prochains mois diront si ce basculement devient une doctrine durable ou s’il reste une réaction de crise. Le Golfe a souvent annoncé des architectures régionales qui se sont perdues dans les rivalités, les susceptibilités et les comités techniques. Cette fois, la pression est différente. L’Iran a montré la portée de son arsenal. Les monarchies ont vu leurs failles.

Karim Serraj

https://nouvellerevuepolitique.fr/karim-serraj-golfe-les-monarchies-face-au-defi-dune-defense-integree/

 


 

D) -L’Iran tient-il le détroit d’Ormuz et Donald Trump à la gorge ? 

L’analyse pragmatique d’un industriel indien

Dans le dernier numéro de Choc du monde, le magazine de prospective internationale de TVL, l’animateur revient sur la crise qui paralyse le Golfe.

Depuis les frappes israélo-américaines du 28 février 2026 contre l’Iran, le Détroit d’Ormuz est devenu l’épicentre d’un bras de fer économique et stratégique mondial.

L’Iran propose de rouvrir le détroit, de mettre fin à la guerre et de reporter les négociations sur le nucléaire à plus tard. Washington hésite. Pour décrypter les enjeux, l’émission reçoit Ram Divedi, industriel indien, fondateur de la Kutniti Foundation et observateur privilégié des rapports de force en Asie.

Une proposition iranienne qui force Trump à réfléchir

Selon la Maison Blanche, Donald Trump « n’aime pas » la dernière offre de Téhéran, mais « a-t-il vraiment le choix ? » interroge l’animateur. L’Iran offre la réouverture du détroit et la fin immédiate des hostilités en échange d’un report des discussions nucléaires. Sur Fox News, le secrétaire d’État Marco Rubio a rappelé la logique américaine : un blocus « extraordinaire » pèse sur l’Iran pour que « le coût de toutes leurs actions néfastes l’emporte sur les bénéfices ». Rubio insiste : le blocus ne vise pas à bloquer la navigation, mais à empêcher l’Iran d’être le seul bénéficiaire d’un « système de péage et de contrôle illégal » dans le détroit.

Ram Divedi nuance : « Ça peut arriver » que le blocus fasse plier Téhéran, mais le temps joue en faveur de l’Iran.

Les puissances asiatiques et arabes raisonnent sur le long terme, tandis que les Américains changent constamment de cap.

Le prisme indien : énergie, multialignement et réalisme

L’Inde, 3ᵉ importateur mondial de pétrole brut, voit 85 à 90 % de ses approvisionnements et de son GPL transiter par Ormuz. Le conflit est donc « quasiment à ses portes ». Ram Divedi rappelle le cas emblématique du port de Chabahar (financé en partie par l’Inde) : malgré les pressions américaines, New Delhi a injecté 120 millions d’euros pour maintenir l’activité, transférant la propriété à une société iranienne tout en gardant le pilotage opérationnel. « C’est très à l’indienne », résume-t-il (voir ici).

L’Inde pratique un multialignement assumé : bons rapports avec les États-Unis (malgré les tensions), avec l’Iran, la Russie, et même « paradoxalement » avec la Chine. Elle refuse de choisir un camp.

« L’Inde ne fait pas d’alliances, elle fait des partenariats », explique Divedi.

Technologie, investissements, chaînes d’approvisionnement et énergie : elle multiplie les partenariats concrets et sectoriels, construits de manière ascendante (de bas en haut), plutôt que de suivre une stratégie imposée d’en haut.

Le recul de l’hégémonie américaine

Pour le penseur indien, la puissance américaine reste « monstrueuse » sur les plans technologique, militaire et économique, mais elle est « beaucoup moins hégémonique qu’avant ». Deux éléments l’illustrent :

  • La guerre informationnelle : les Iraniens ont excellé dans l’asymétrie narrative, retournant les éléments de langage contre l’administration Trump elle-même.
  • La révolution des drones : un vieux F-5 iranien (avion américain des années 60) a réussi à bombarder une base américaine sans être abattu. Ram Divedi évoque la crainte de drones lancés depuis des porte-conteneurs ou des camions, rendant les frappes conventionnelles obsolètes.

Même les data centers indiens (70 milliards de dollars d’investissements Amazon, Google, Microsoft) deviennent des cibles potentielles, forçant New Delhi à repenser sa sécurité.

Nucléaire, BRICS et dédollarisation

L’Inde voit d’un œil intéressé la volonté américaine d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire : cela créerait un précédent utile face au Pakistan. Mais elle ne souhaite pas que Téhéran abandonne complètement son programme. Sur le plan énergétique, New Delhi accélère sa transition : 25 % du mix est déjà renouvelable, le nucléaire civil vient d’être privatisé, et les véhicules électriques sont poussés (y compris dans l’armée pour leur discrétion en Himalaya).

Les BRICS ? Ram Divedi démythifie : ce n’est ni une OTAN ni un bloc anti-occidental, mais un dialogue du « Sud global » pour contester la domination du dollar, du FMI et de la Banque mondiale. Résultat : 

les échanges russo-indiens se font de plus en plus hors dollar, et les guerres américaines accélèrent ce mouvement.

 

Edouard Chanot reçoit Ram Divedi, industriel indien et fondateur du think tank Kutniti. L’Iran tient le détroit d’Ormuz et peut-être aussi Donald trump à la gorge. Selon la Maison Blanche, Donald Trump « n’aime pas » la dernière proposition iranienne. Selon plusieurs sources, Téhéran a proposé une réouverture du détroit et mettre fin à la guerre, tout en reportant les négociations nucléaires à une phase ultérieure. Les négociations bloquent, la paix est-elle ou non au bout du détroit ? Comme le Sud global et l'Inde vivent-ils cette guerre menée par l'axe israélo-américain ?

 

L’Inde regarde d’abord ses frontières

L’Inde, 4ᵉ puissance économique mondiale (bientôt 3ᵉ), a une diplomatie discrète mais une puissance économique et militaire réelle. Elle appelle à la paix depuis le début du conflit sans condamner explicitement les frappes américaines.

« Les problèmes du reste du monde ne sont pas ceux de l’Inde, et inversement », conclut Ram Divedi en citant le ministre indien des Affaires étrangères.

Pour l’Inde, la crise d’Ormuz n’est pas une question idéologique, mais une équation pragmatique de prix du brut, de balance commerciale et de croissance (révisée à 6 % pour 2026-2027). New Delhi s’adaptera, comme toujours, « à l’indienne » : jour après jour, partenariat après partenariat.

L’émission rappelle une fois de plus que, dans le monde multipolaire de 2026, ce ne sont plus seulement Washington et Téhéran qui décident : les grands émergents, à commencer par l’Inde, pèsent de tout leur poids dans la balance.

https://multipol360.com/liran-tient-il-le-detroit-dormuz-et-donald-trump-a-la-gorge/

 


 

E) -  Hormuz ou la vie.

L’enjeu de la guerre en Iran, avec ses conséquences catastrophiques qui se profilent (même si l’on peut désormais espérer un répit), devrait nous rappeler une vérité trop longtemps passée sous silence.
 

Depuis 1973, les observateurs lucides savent que le monde est excessivement dépendant des puissances pétrolières ; depuis au moins 1990, les plus grands experts prédisent que la concentration de CO2 dans l’atmosphère, due à la combustion des énergies fossiles, perturberait le climat et menacerait à terme la survie de l’humanité. De fait, depuis 2010, nous subissons déjà les conséquences climatiques de ces émissions. Aujourd’hui, nous savons – même si nous refusons de l’admettre – que l’été 2026 sera exceptionnellement chaud presque partout dans l’hémisphère Nord, et que l’année suivante sera encore plus chaude en raison de l’évolution du phénomène El Niño. 
 
Et pourtant, la faible réduction de la production mondiale de combustibles fossiles, due à la guerre en Iran, suscite la panique et l'envie de développer de nouveaux moyens de polluer la planète. Or, la fermeture du détroit d'Ormuz devrait être perçue comme une excellente nouvelle, car elle nous offre une occasion unique d'accélérer la transition vers une économie non dépendante des énergies fossiles. En effet, depuis plusieurs décennies, nous utilisons d'autres formes d'énergie – durable, nucléaire ou renouvelable – pour les mêmes processus de production. 
 
De même, nous savons désormais que l'aménagement du territoire détruit la fine couche d'humus indispensable à la vie et à une agriculture durable. Nous savons aussi que le système agroalimentaire industriel qui en découle est un poison destructeur. Enfin, nous prenons conscience que les combustibles fossiles alimentent une autre forme majeure de pollution : la captation de l'attention, via les réseaux sociaux et autres addictions virtuelles. 
 
En définitive, nous savons désormais que plus de la moitié de ce que l'humanité produit, consomme et finance – principalement par l'endettement – ​​est désastreuse pour elle-même et, plus encore, pour les générations futures. Et qu'elle s'est désormais dotée des moyens de ne plus y penser. 
 
Pourtant, une grande partie de cette production, que j'ai appelée « l'économie de la mort », provient de ce qui nous parvient par le détroit d'Ormuz. 
 
Fermer ce détroit, même un instant, interromprait donc l'approvisionnement d'une partie de ce qui détruit la planète. Et lutter pour sa réouverture revient à agir comme un toxicomane qui voudrait massacrer tous ceux qui l'empêchent d'accéder à l'une des pharmacies vendant les substances dont il est dépendant.
 
Si l'économie de la mort représente au moins 50 % du PIB mondial, l'autre moitié, 
 
« l'économie de la vie », englobe tout ce qui découle de formes d'énergie durables, de la mobilité durable, de l'agriculture durable, d'une alimentation saine, de l'eau, du recyclage, de la culture, de la santé, de l'éducation, de la démocratie, de la liberté de la presse et des moyens de les défendre. Or, nous savons qu'une grande partie de ce qui est actuellement obtenu par la combustion d'énergies fossiles peut désormais être obtenue grâce à l'électricité produite à partir de sources durables. 
 
Alors pourquoi ne saisissons-nous pas cette opportunité pour orchestrer la transition de l'économie mondiale vers l'économie de la vie ? Pourquoi refusons-nous de voir que les Chinois le font déjà subrepticement ? Bien qu'ils soient actuellement les principaux producteurs de l'économie de la mort, dans 20 ans, ils seront les acteurs majeurs de l'économie de la vie – démocratie mise à part. 
 
La fermeture, même temporaire, du détroit d'Ormuz aurait pu être l'occasion de cette prise de conscience. Ce ne fut pas le cas. Les États-Unis foncent droit vers le désastre avec leurs propres énergies fossiles. L'Inde et l'Afrique suivent la même voie. Et l'Europe, pourtant la mieux placée pour être la championne de l'économie de la vie (car elle en possède toutes les formes, tous les talents, toutes les industries, tous les territoires), semble prise de panique à l'idée de perdre l'une de ses portes d'entrée vers l'économie de la mort. 
 
Aucun homme politique n'ose dire que la hausse des prix de l'essence, comme celle du tabac, est une bonne nouvelle et que toutes les subventions doivent être réservées aux transports publics, à ceux qui acceptent de passer aux véhicules à énergie durable dans un délai raisonnable, et à ceux qui, objectivement, ne peuvent le faire et qui, de toute évidence, ne doivent pas subir les conséquences de la négligence des pouvoirs publics qui, depuis tant d'années, n'ont pas compris que la transition vers une économie de la vie était la condition de la survie de nos sociétés. 
 
Il y a toujours de bonnes raisons de ne pas faire l'essentiel, en pensant que d'autres s'en chargeront plus tard. Mais le fait est que, depuis cinquante ans, personne ne l'a fait. Et que les drogues de toutes sortes continuent de nous tuer. 
 
Je le dis sans détour : l’humanité disparaîtra si, d’ici 30 ans, l’économie du vivant ne représente pas au moins les deux tiers du PIB mondial. C’est possible. Cela exige une transformation radicale et immédiate que personne n’entreprend, ni même ne prépare. Puissent au moins la folie de Trump nous faire enfin prendre conscience de cette urgence.
 
Jacques Attali  

Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.
 



F) - Émirats arabes unis, OPEP et détroit d’Ormuz : Symptôme d’un Moyen-Orient qui change de logique

La sortie annoncée des Émirats arabes unis de l’OPEP et de l’OPEP+ dépasse largement la seule question pétrolière. Elle révèle la fragmentation progressive du Golfe, l’autonomisation stratégique d’Abou Dhabi, l’affaiblissement relatif de la centralité saoudienne et l’entrée du Moyen-Orient dans une logique de puissance plus flexible, plus concurrentielle et moins prévisible.

La sortie des Émirats de l’OPEP, révélateur d’un ordre régional en recomposition

La sortie annoncée des Émirats arabes unis de l’OPEP et de l’OPEP+ ne constitue pas un simple ajustement technique du marché pétrolier. Elle révèle une transformation bien plus profonde : celle de la fragmentation progressive de l’ordre stratégique du Golfe et, plus largement, du modèle de stabilité qui a structuré le Moyen-Orient depuis plusieurs décennies.

Pendant longtemps, l’équilibre régional reposait sur une architecture relativement lisible. La sécurité était largement garantie par la présence militaire américaine, la discipline pétrolière s’organisait autour de l’OPEP sous leadership saoudien, et les monarchies du Golfe avançaient dans une logique de coordination prudente face aux grandes menaces régionales, au premier rang desquelles figurait l’Iran. Cet équilibre n’a jamais été parfaitement homogène, mais il produisait une forme de prévisibilité. Chacun connaissait les lignes rouges, les dépendances réciproques et les limites du jeu. La stabilité ne reposait pas sur la confiance, mais sur une mécanique d’intérêts suffisamment solide pour éviter les ruptures majeures.

La crise actuelle autour du détroit d’Ormuz accélère brutalement la remise en cause de cette architecture. Dans un contexte de confrontation ouverte entre l’Iran, Israël et les États-Unis, la question énergétique cesse d’être une simple variable économique pour redevenir un instrument direct de souveraineté. Le contrôle des flux maritimes, la sécurité des exportations, la protection des infrastructures critiques, la capacité d’augmenter ou de réduire sa production deviennent des outils de puissance immédiate. Le détroit d’Ormuz concentre cette réalité. Près d’un tiers du commerce maritime mondial d’hydrocarbures y transite. Toute menace sur cet axe provoque instantanément une onde de choc globale : hausse des prix, tensions sur les assurances maritimes, ralentissement des flux, reconfiguration des routes commerciales. Ce n’est plus seulement une question régionale, mais un point de pression sur l’économie mondiale.

C’est dans ce cadre qu’il faut lire la décision émiratie. Abou Dhabi ne cherche pas simplement à sortir de quotas jugés trop contraignants. Les Émirats affirment qu’ils ne veulent plus subordonner leur politique énergétique à une logique collective susceptible de limiter leur marge de manœuvre au moment même où l’incertitude régionale exige davantage de flexibilité stratégique. Autrement dit, la logique de l’intérêt national prime désormais sur celle de la discipline commune. Cette décision traduit aussi une réalité économique : les Émirats ont massivement investi ces dernières années pour augmenter leurs capacités de production. Maintenir ces capacités sous contrainte de quotas collectifs devient de moins en moins acceptable pour un État qui veut rentabiliser rapidement ses investissements et consolider sa place parmi les grands producteurs mondiaux.

À lire aussi : Et oui la Russie est plus que jamais influente dans le Golfe !

Riyad, Washington et Abou Dhabi : vers une logique transactionnelle du Golfe

Mais au-delà de l’économie, le signal politique est considérable. L’OPEP a longtemps été l’un des principaux instruments de projection de l’influence saoudienne. Riyad ne dominait pas seulement par sa capacité de production, mais aussi par sa faculté à imposer un rythme collectif au marché mondial. Une sortie émiratie affaiblit mécaniquement cette centralité et rappelle que l’alignement entre les deux puissances du Golfe n’est ni automatique ni permanent. Les divergences entre l’Arabie saoudite et les Émirats ne sont d’ailleurs pas nouvelles. Elles se sont déjà manifestées sur le dossier yéménite, sur la relation avec le Qatar, sur la concurrence économique régionale, sur les ambitions logistiques et portuaires, ainsi que sur les choix diplomatiques vis-à-vis de la Turquie ou de l’Iran.

Mais dans le contexte actuel, ces divergences prennent une portée beaucoup plus structurante. Elles montrent que le Golfe n’est plus un bloc homogène, mais un espace de concurrence entre puissances qui coopèrent autant qu’elles se surveillent. Le message adressé à Washington est tout aussi important. Donald Trump n’a jamais caché son hostilité à l’égard des politiques de restriction de production menées par l’OPEP lorsqu’elles contribuent à maintenir des prix élevés. Dans une période marquée par l’inflation énergétique et les tensions internationales, la question du prix du pétrole devient immédiatement une question politique intérieure américaine.

En choisissant davantage d’autonomie, Abou Dhabi envoie donc aussi un signal de compatibilité stratégique avec les attentes américaines, sans pour autant renoncer à sa propre logique de diversification diplomatique. Les Émirats cherchent moins l’alignement que la capacité de parler à tous : Washington, Pékin, Moscou, Riyad, Téhéran. Car le Golfe d’aujourd’hui n’est plus celui des alliances simples. Les Accords d’Abraham ont confirmé une régionalisation plus pragmatique des rapports de force. La médiation chinoise entre Riyad et Téhéran a démontré que Pékin pouvait désormais intervenir dans un espace autrefois structuré presque exclusivement par Washington. La Russie, malgré son affaiblissement relatif, conserve elle aussi des leviers énergétiques et diplomatiques importants.

Nous sommes entrés dans une logique transactionnelle où l’alliance n’est plus un camp, mais un calcul permanent. La sortie des Émirats de l’OPEP s’inscrit pleinement dans cette recomposition. Ce n’est pas la fin du Golfe comme espace stratégique commun, mais c’est la fin de l’illusion selon laquelle ses intérêts resteraient durablement homogènes. Chaque acteur protège désormais sa propre sécurité, ses propres débouchés, sa propre capacité de négociation et sa propre relation avec les grandes puissances.

À lire aussi : Arabie saoudite OPEP : Stunning Shift from American Allies

Du Golfe au Liban : Ormuz comme révélateur d’un Moyen-Orient plus instable

Cette évolution concerne directement le Liban. Lorsque les puissances régionales entrent dans une logique de compétition flexible plutôt que de stabilisation collective, les États fragiles deviennent encore plus vulnérables. Le Liban, déjà prisonnier de sa propre crise de souveraineté, subit alors non seulement ses fractures internes, mais aussi l’absence d’un ordre régional stabilisateur. Dans un Moyen-Orient où chacun sécurise d’abord ses propres intérêts, les petits États ne sont plus protégés par un équilibre général : ils deviennent des terrains de projection des rivalités extérieures.

Ormuz n’est donc pas seulement une question de pétrole. C’est un révélateur. La sortie des Émirats de l’OPEP montre que la guerre actuelle produit davantage qu’une tension conjoncturelle sur les marchés : elle accélère la redéfinition des hiérarchies régionales et confirme le recul des mécanismes traditionnels de régulation. Le Moyen-Orient entre dans une phase où les solidarités automatiques s’effacent, où la souveraineté se mesure à la capacité d’agir seul, et où la stabilité devient moins un héritage qu’un rapport de force à reconstruire.


 

 

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