Sous couvert de « simplification », Big Brother s’installe dans vos factures
À partir du 1er septembre 2026, la France bascule dans l’horreur administrative et numérique. Toutes
les entreprises, TPE, PME, auto-entrepreneurs, professions libérales,
médecins, agriculteurs, artisans, auteurs… seront obligés de passer à la
facturation électronique (e-invoicing) et à l’e-reporting.
Plus de facture papier, plus de PDF par
mail : tout doit transiter par des plateformes privées agréées par
l’État et par le réseau européen Peppol.
Tatiana Ventôse l’a parfaitement démontré dans son intervention chez Nicolas Vidal : ce n’est pas une simple modernisation. C’est la surveillance généralisée et permanente de toutes nos transactions économiques.
Tout le monde est concerné : même les plus petits
On vous ment déjà en vous disant « ce n’est que pour les grosses boîtes
». Faux. Dès septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la
TVA (même celles sous franchise en base) devront pouvoir recevoir des
factures électroniques. L’émission devient obligatoire en septembre 2027
pour les petites structures.
Auto-entrepreneurs, libéraux, commerçants, agriculteurs : vous êtes
tous dans le viseur. Seuls les purs salariés et fonctionnaires échappent
(pour l’instant). Mais toutes vos données – nom, adresse, ce que vous
achetez, à qui vous vendez, à quel prix, en quelle quantité – seront
transmises en quasi temps réel à la DGFiP… et au réseau européen.
Peppol : le lobby privé créé par Bruxelles qui va tout centraliser
Derrière ce système se cache Peppol (OpenPeppol), une organisation de droit belge créée par la Commission européenne. Présentée comme un « réseau démocratique », c’est en réalité un lobby privé qui compte parmi ses membres :
-
les grands cabinets de conseil (PwC, EY, etc) qui vont vous facturer des formations et audits ;
-
les fournisseurs de logiciels qui vont vous vendre leurs solutions payantes ;
- et, selon Tatiana Ventos dans son intervention du 26 mai 2026, s’appuyant sur les recherches de Frédéric Baldan (ancien
lobbyiste européen et activiste belge), des entreprises étrangères,
dont des filiales liées au Parti communiste chinois (via une entreprise
aérospatiale) et à Alibaba, présenté comme service de renseignement
fiscal de Pékin.
On va donc confier toutes nos données économiques à un réseau international contrôlé en partie par des puissances étrangères. C’est du délire absolu.
Un racket mafieux en bonne et due forme
Vous n’aurez pas le choix : il faudra obligatoirement passer par une Plateforme de Dématérialisation Partenaire (PDP) privée qui va vous facturer un abonnement. L’État
crée ainsi un nouveau marché juteux pour des boîtes privées qui vont
s’enrichir sur votre dos en transmettant vos données à
l’administration.
C’est exactement le fonctionnement de la mafia : on vous oblige à payer pour « protéger » votre activité… sauf qu’ici, c’est l’État et l’Union européenne qui vous rackettent et vous espionnent.
La fin de la liberté de commercer et de la vie privée économique
Comme l’a très bien résumé Frédéric Baldan : « Si on refuse la facturation électronique, on ne peut plus faire commerce aujourd’hui. »
La facture papier sera illégale. Le PDF par mail sera illégal.
Sans inscription dans ce réseau, votre
entreprise n’existera plus légalement. C’est la mort programmée de la
liberté d’entreprendre.
Ajoutez à cela les risques de cyberattaques massives (comme celle de l’ANTS en 2026) et la centralisation de toutes ces données chez des acteurs privés exposés au Cloud Act américain ou aux intérêts chinois : c’est la fin de tout secret commercial, de toute confidentialité.
Le paquet ViDA voté par TOUS les eurodéputés français
Cette horreur vient directement du projet européen ViDA (VAT
in the Digital Age). Et devinez quoi ? 100 % des députés européens
français ont voté pour, y compris ceux du RN, de LFI, de Renaissance et
des autres. Manon Aubry, Jordan Bardella, tous complices (voir ici et ici).
Même ceux qui se disent « souverainistes » laissent passer l’étranglement numérique de la France.
La seule issue : le Frexit
Français, producteurs de richesse,
entrepreneurs, indépendants : on vous transforme en agents de
renseignement du fisc et en vaches à lait d’un cartel euro-bruxellois.
Ce n’est pas une réforme technique. C’est une brique supplémentaire
dans l’édifice totalitaire que construit l’Union européenne : contrôle
total, disparition du cash avec l’euro numérique, passeports pour objets
d’occasion, identité numérique obligatoire…
La France ne se relèvera pas en acceptant ce carcan. Elle se relèvera en reprenant sa souveraineté.
Le Frexit est la seule solution. Sortie de l’Union européenne, de l’euro et de l’OTAN. Reprise en main de notre destin.
Il est temps de dire NON. Signez la pétition contre
cette folie (même si elle passe par l’identité numérique, c’est déjà un
scandale). Et surtout, réveillez-vous : la liberté de commercer est en
train de mourir sous nos yeux.
Tant que nous resterons dans cette prison européenne, la France sera
détruite de l’intérieur. Il est temps que les Français reprennent leur
pays.
https://multipol360.com/facturation-electronique-obligatoire-la-mafia-euro-bruxelloise-impose-le-controle-fiscal-total-et-la-fin-de-la-liberte-de-commercer/
D) - Prédation chronopolitique : l’Iran, Israël et le mensonge diplomatique du temps
Tout
accord diplomatique contient un mensonge sur le temps. On signe au
présent des engagements que les parties n’habitent pas dans la même
durée. L’une cherche une respiration tactique tandis que l’autre
travaille déjà l’après, si bien que l’accord, tout en prétendant
rapprocher des volontés, ne fait souvent que juxtaposer des temporalités
irréconciliables. Le Memorandum of Understanding (MOU) discuté
entre Washington et Téhéran le montre avec une netteté particulière :
dès lors qu’à Washington on parle de désescalade, de garanties et de
calendrier, à Téhéran le raisonnement relève d’un autre registre, fait
de survie du régime, de continuité de l’État et d’usure méthodique de
l’adversaire. Le malentendu ne tient pas seulement aux clauses mais au
temps lui-même.

C’est en ce sens qu’il faut parler de prédation chronopolitique : une
situation où l’un des acteurs transforme la durée en ressource tandis
que l’autre en supporte le coût, l’asymétrie ne relevant plus de la
seule patience stratégique, mais d’un échange inégal où un acteur
consomme du temps pendant que l’autre l’accumule. En stratégie, cela
suffit déjà à établir un avantage décisif. François Hartog a montré que
les sociétés n’articulent pas toutes le passé, le présent et l’avenir de
la même manière, mais, en politique étrangère, ces régimes de temps ne
sont pas de simples catégories d’analyse puisque certains acteurs savent
s’en servir comme d’instruments. La République islamique l’a compris
depuis 1979.
Téhéran superpose en effet plusieurs régimes de temps : mémoire
impériale persane, horizon chiite et calcul tactique de l’usure, pariant
sur l’épuisement des adversaires, sur la lenteur des démocraties et sur
la succession des administrations. Le régime islamique n’a pas besoin
de gagner. Il lui suffit de durer plus longtemps que ses adversaires.
C’est là que se révèle la vulnérabilité occidentale : les démocraties
gèrent l’urgence électorale et l’instant médiatique ; l’Iran investit la
durée.
Le MOU doit être lu dans cette perspective, parce que le débat public
se concentre sur les seuils d’enrichissement, les mécanismes de
contrôle et le rythme des sanctions, ce qui n’est pas inutile en soi
mais devient secondaire si l’on n’interroge pas la structure temporelle
du problème. L’accord intervenu ne brise pas la logique d’attente du
régime iranien ; il lui offre précisément ce qu’il recherche le plus :
du temps, et le temps, pour Téhéran, n’est pas un contexte mais une
arme. Israël le perçoit avec une netteté particulière parce qu’il vit
dans une autre épaisseur historique, portant une mémoire longue et la
conscience permanente que l’histoire peut recommencer, ce qui rend son
rapport au temps plus grave, plus chargé et plus tragique que celui des
démocraties ordinaires.
C’est une des raisons pour lesquelles Israël se retrouve souvent seul
au moment décisif, cette solitude ne relevant pas toujours d’un abandon
explicite mais d’une incompatibilité de temporalités. On ne négocie pas
un siècle avec un mandat de quatre ans et on ne bâtit pas une
architecture durable avec des partenaires qui vivent sous la tyrannie de
l’instant. Le problème n’est donc pas seulement iranien, il est aussi
occidental. La question palestinienne occupe, dans cet ensemble, une
place plus complexe qu’on ne le dit souvent, car elle n’est pas
seulement un conflit territorial ou national, mais elle est aussi une
temporalité suspendue, fragmentée et reconduite par la répétition du
conflit et par l’attente politique qu’elle produit. Sans cesse reprise,
instrumentalisée et traduite dans d’autres stratégies, au premier rang
desquelles celle de Téhéran.
Le vrai clivage n’oppose ni modérés ni idéologues, ni Israéliens et
Palestiniens. Il oppose des régimes du temps, des manières inégales de
convertir ce temps en puissance, et c’est là que se situe la ligne de
fracture décisive. La mémoire israélienne ne procède d’ailleurs pas
d’une seule catastrophe historique. Elle articule des mémoires
européennes et orientales, religieuses et politiques, ce qui explique
aussi son rapport singulier à la vulnérabilité et à la durée.
Cette pluralité des mémoires confirme l’enjeu central : les conflits
les plus durables ne se résolvent pas au rythme du commentaire, mais
exigent une politique étrangère capable de penser au-delà des cycles
courts. La France gaullienne avait compris, avec l’arme nucléaire,
qu’une souveraineté sérieuse se pense à l’échelle des générations.
Aujourd’hui, cette capacité s’est affaiblie, les démocraties
occidentales demeurant enfermées dans la simultanéité médiatique et dans
l’obsession de la réaction immédiate, où l’on confond souvent mouvement
et stratégie ; l’Iran, lui, ne confond rien, car il attend, il observe,
il use, il recommence, et ce rapport au temps explique une part
essentielle de sa résilience.
C’est pourquoi le MOU ne doit pas être lu seulement comme un
arrangement diplomatique de plus, mais comme un test de capacité
stratégique. Il pose une question simple et dure : les démocraties
occidentales peuvent-elles encore produire une politique étrangère qui
ne soit pas structurellement perdante face à des régimes installés dans
la durée ? Jusqu’ici, la réponse demeure incertaine. Téhéran a déjà
intégré ce que les démocraties refusent encore d’admettre : dans
certains rapports de force, le temps est la première des conquêtes. Il
ne se signe pas. Il habite les puissances — ou les détruit.
Fundji Benedict
E) - Le Grand Entretien avec Peer de Jong – Guerres, puissances et chaos mondial : Où va le monde ?
Le système international traverse
une phase de recomposition brutale marquée par le retour des conflits de
haute intensité, la fragmentation des équilibres géopolitiques et
l’affaiblissement progressif des cadres de sécurité hérités de
l’après-Guerre froide. Entre la confrontation entre Israël, les
États-Unis et l’Iran, la guerre russo-ukrainienne qui s’enlise, les
tensions stratégiques entre Washington et Pékin et la déstabilisation
persistante du Sahel, les rapports de force mondiaux semblent entrer
dans une nouvelle ère de confrontation durable.
Dans ce contexte, la rencontre
prévue ce 15 mai 2026 entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin apparaît
comme un moment diplomatique majeur. Rivalités commerciales, compétition
technologique, guerre énergétique, crise ukrainienne et tensions
indo-pacifiques structurent désormais la relation entre les deux
principales puissances mondiales.
Parallèlement, l’Afrique et
particulièrement le Sahel demeurent des zones de forte instabilité
stratégique, où se croisent terrorisme jihadiste, effondrement étatique,
rivalités d’influence et recul progressif de la présence française.
Pour analyser ces bouleversements géopolitiques majeurs et leurs implications militaires et stratégiques, Le Diplomate Média a
une nouvelle fois rencontré Peer de Jong. Ancien colonel des Troupes de
marine, expert des dynamiques de conflictualité et cofondateur de l’Institut Themiis.
Propos recueillis par Roland Lombardi
Le Diplomate : Depuis
plusieurs années, les conflits de haute intensité et les rapports de
force entre grandes puissances semblent redevenir centraux dans les
relations internationales. Sommes-nous selon vous entrés dans une
nouvelle phase historique de confrontation globale durable ?
Peer de Jong : L’irruption
de la Russie en Ukraine en 2022 a été fortement déstabilisatrice dans
les rapports entre États. C’est la première fois qu’un pays du P5
envahit son voisin…. C’est déstabilisant pour l’Ukraine évidemment mais
aussi pour l’Europe qui voit un conflit conventionnel s’incruster sur le
continent. La menace n’est plus virtuelle. Facteur aggravant, cette
invasion produit des effets induits. Donald Trump nouvellement élu en
janvier 2025 s’est d’emblée retracté sur l’aide à apporter à l’Ukraine
tout en préconisant une nouvelle logique géopolitique centrée sur le
continent américain ; une forme de doctrine de Monroe revisitée appelée
la « doctrine de Donroe » en référence au prénom du président américain.
En matérialisant son espace d’intérêt et d’influence sur le Groenland,
le Canada, Panama et le Mexique (et accessoirement sur le Venezuela et
Cuba…) lors de son discours d’intronisation en janvier 2025, Donald
Trump reconnait aux autres grandes puissances que sont la Russie et la
Chine, la possibilité d’exercer leur influence sur leurs zones
géographiques respectives. Presque un « droit de tirage » qui met en
exergue, avec le véto quasi permanent de la Russie et de la Chine au
Conseil de sécurité des Nations unies, une sorte de fin du droit
international.
La guerre entre Israël, les
États-Unis et l’Iran a profondément déstabilisé le Moyen-Orient et
ravivé les tensions énergétiques mondiales. Comment analysez-vous
aujourd’hui les objectifs stratégiques réels de Washington dans cette
confrontation ?
La guerre déclenchée par les États-Unis et
Israël le 28 février 2026 contre l’Iran présente plusieurs
caractéristiques. On remarque en préalable, l’influence du premier
ministre Netanyahou sur l’exécutif américain alors que ce dernier
semblait après les bombardements de juin 2025, plutôt enclin à laisser
« pourrir la situation ». Les émeutes de janvier 2026 en Iran allaient
d’ailleurs dans le sens de la logique américaine. A l’évidence, poussés
par les Israéliens qui ont évidemment leur propre agenda, les forces
américaines ont lancé le 28 février 2026, une opération militaire qui a
présenté deux caractéristiques négatives. En effet, l’impréparation sans
prévenir les alliés de l’OTAN et le défaut de planification (cadre
espace-temps et effet final recherché ?) ont caractérisé l’assaut
initial sur l’Iran. La doctrine américaine « choc et effroi » (shock and awe),
fondé sur l’écrasement de l’ennemi et son incapacité à réagir, n’a pas
été efficiente. Ces errements initiaux pourraient être corrigés par la
redéfinition d’un objectif clair : celui d’interdire à l’Iran un accès
au nucléaire militaire. Cet objectif est en phase avec ceux de la Chine.
Les discussions sont en cours…
À lire aussi : EXCLUSIF
– Le Grand Entretien avec Reza Pirzadeh – Entre guerre classique et
guerre hybride : les ressorts de la résilience iranienne
Malgré les frappes occidentales,
l’Iran paraît avoir démontré une forte capacité de résilience politique,
militaire et régionale. Cette séquence constitue-t-elle selon vous un
succès limité pour les États-Unis ou révèle-t-elle les limites actuelles
de la puissance américaine ?
Cette résilience iranienne démontre
d’abord la très bonne capacité d’anticipation de l’Iran qui s’était
visiblement préparé à un conflit de ce niveau (tunnels, installations
enterrées, etc…). De plus, l’Iran avait clairement dissimulé les progrès
réalisés dans le domaine de la balistique. Ces deux points forts se
conjuguant dans l’emploi des moyens. De l’autre côté, les États-Unis,
malgré le très haut niveau de l’armée américaine, démontrent plusieurs
faiblesses : tout d’abord le défaut d’appréciation des forces de l’Iran
(lié en grande partie au « mépris » des Américains sur les capacités
iraniennes/discours de Trump). Cet état d’esprit a engendré un défaut
d’appréciation des capacités iraniennes. Les États-Unis ont ainsi semblé
durant les premières semaines du conflit comme totalement décalé par
rapport à une réalité. Enfin les États-Unis ont subi la double manœuvre
iranienne : celle du blocage du détroit d’Ormuz et celle des tirs
massifs dit de saturation de missiles et de drones sur les pays du Golfe
Persique. Les forces américaines ont subi le tempo de Téhéran révélant
les limites de l’emploi de la force militaire.
Concernant la guerre
russo-ukrainienne, le conflit semble désormais installé dans une logique
d’usure prolongée. Comment évaluez-vous aujourd’hui l’état réel des
forces militaires russes et ukrainiennes après plus de quatre années de
guerre ?
Après 4,5 ans de guerre, nous sommes
clairement entrés dans une phase de cristallisation du conflit. Sur le
terrain, on note un essoufflement du mouvement vers l’ouest des forces
russes tandis que les Ukrainiens résistent et arrivent même à reprendre
du terrain. Ainsi les forces ukrainiennes ont repris plus de 100 Km2 en
avril 2026. Cette stabilisation du front dénote une usure des
belligérants malgré les déclarations des uns et des autres. Par contre,
la guerre s’est déplacée sur un autre plan. Les Russes et les Ukrainiens
se mènent à présent une guerre dans la profondeur qui s’apparente à une
guerre d’attrition. Drones et missiles s’échangent à un rythme
particulièrement élevé et provoquent des destructions importantes, des
installations énergétiques entre autres. Ces tirs dans la profondeur
provoquent de fait des dégâts collatéraux très importants.
Donald Trump avait promis de
mettre rapidement fin aux grands conflits internationaux après son
retour à la Maison-Blanche. Pourquoi les États-Unis semblent-ils
aujourd’hui incapables d’imposer une stabilisation durable aussi bien en
Ukraine qu’au Moyen-Orient ?
Sur l’Ukraine, deux visions s’affrontent aux États-Unis. La première prône
une forme de partage objectif du monde et la stabilisation du conflit
aux conditions russes. Donald Trump a ouvert la voie en exprimant son
désintérêt pour l’Ukraine. Pour lui, les États-Unis doivent se
concentrer sur le continent américain qui est leur zone d’intérêt. Il
donne ainsi un blanc-seing à la Chine pour agir en Asie, comme
il attribue un rôle dominant à Poutine sur le fuseau central,
c’est-à-dire sur l’Europe et l’Afrique. C’est la vision « real
politique » de partage du monde.
La motivation des Européens pour s’engager
collectivement en faveur de l’Ukraine a ouvert la voie à une vision
mercantile aux États-Unis. Comme l’Europe n’a plus les industries de
défense capables de répondre aux demandes de Kiev, les Etats-Unis se
placent en position de pourvoyeurs d’armes pour les Ukrainiens mais
achetées par les États européens. C’est un modèle économique qui se veut
vertueux à Washington mais qui enfonce progressivement l’Europe dans
une politique d’assujettissement aux conditions américaines. Le sommet
de l’OTAN des 7 et 8 juillet 2026 en Turquie promet d’être compliqué.
La guerre au Moyen-Orient révèle quant à
elle, des failles importantes au sein de l’armée américaine mais sans
préjuger de sa capacité à mener un conflit. L’armée des États-Unis reste
le modèle le plus puissant… mais altéré par les atermoiements de
l’exécutif américain.
À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Poutine reçoit Araghchi : L’Iran cherche Moscou, le Golfe devient le centre de la crise mondiale
La rencontre entre Donald Trump et
Xi Jinping à Pékin pourrait-elle ouvrir une phase de stabilisation
stratégique entre Washington et Pékin ou faut-il plutôt y voir une
simple gestion tactique d’une rivalité systémique appelée à durer ?
La Chine devient progressivement la « tour
de contrôle » mondiale de la paix et de la guerre. Et si la Chine
partage avec la Russie et les États-Unis, le statut de grande puissance,
elle n’est pas engagée dans un conflit chaud. Elle ne commet pas
l’erreur américaine et russe d’être mise en échec par des pays plus
faibles comme l’Iran et l’Ukraine. La Chine a compris, probablement
avant tout le monde, que le nucléaire militaire ne dissuade que le
nucléaire militaire. Mais se frotter à un pays déterminé comme l’Iran ou
l’Ukraine, donc mener un combat asymétrique, donne un avantage
systémique aux plus faibles dès lors qu’ils utilisent des armements
« rudimentaires » et en grand nombre. La capacité à durer fait le
reste.
Vous connaissez particulièrement
bien les questions africaines et sahéliennes. Après le recul de
l’influence française au Mali, au Niger ou encore au Burkina Faso, la
France peut-elle encore redevenir un acteur crédible en Afrique face à
la montée en puissance de la Russie, de la Chine ou de la Turquie ? Et
comment analysez-vous le retour en force des jihadistes au Mali
notamment ?
La France a perdu l’ensemble de ses
« positions » territoriales entre 2022 et 2025. Le dispositif français
s’est évaporé en 3 ans à l’exception de Djibouti qui est louée. Cette
perte d’influence majeure s’apparente à une perte de crédibilité. Cet
état de fait a ouvert grandes les portes de l’Afrique à tous nos
compétiteurs qu’ils soient Américains, Russes, Turcs, Israéliens,
Chinois et bien sûr Européens. Ce constat d’échec ne vient pas seulement
de l’impossibilité pour l’opération Barkhane de traiter la question du
djihadisme dans le Sahel. Il vient d’un flux récurrent d’erreurs
commises depuis 1994 – de la guerre au Rwanda, à la dévaluation du franc
CFA sans en informer les États, à la suppression du ministère de la
coopération mais aussi de maladresses comme l’humiliant discours de
Dakar en 2007 ou d’erreurs comme la guerre en Libye en 2011, etc…. La
France s’est embourgeoisée dans sa relation à l’Afrique dans un contexte
de montée en puissance de l’Union européenne depuis le traité de
Lisbonne qui lui donne de larges prérogatives en même temps que des
budgets conséquents. L’Afrique est devenue attractive. Elle s’ouvre à
tous. Mais elle doit trouver à présent les solutions à la montée du
terrorisme islamiste qui gangrène le Sahel, l’Afrique centrale et à
terme les pays du Golfe de Guinée. La porte s’est ainsi également
ouverte pour les djihadistes internationaux qui peuvent entrevoir à
présent la création d’un califat au cœur du continent.
Enfin, dans un monde marqué par la
montée des blocs, le retour des guerres et les tensions économiques
mondiales, la France dispose-t-elle encore selon vous des moyens
militaires, diplomatiques et industriels lui permettant de préserver une
véritable autonomie stratégique ?
La France a évidemment les moyens
militaires, diplomatiques et industriels pour préserver voire amplifier
son autonomie stratégique. Malheureusement la France aborde la période
avec une situation budgétaire catastrophique qui limite de fait ses
capacités tout en divisant l’opinion publique française. Enfin, l’Europe
a compris qu’il ne fallait pas compter sur les Américains et sur Trump,
pour les protéger. L’OTAN n’est plus l’alliance espérée par les
Européens à l’issue de la deuxième guerre mondiale. Trump a sonné la fin
de l’idée selon laquelle les Européens pouvaient consommer sereinement
sans faire les efforts indispensables à sa protection. C’est un peu
l’histoire des « trois petits cochons » et la prise de conscience de la
nécessité d’investir massivement dans les questions de défense. Cette
prise de conscience provoque de fait une exacerbation de la compétition
intra européenne. Les Allemands affirment à présent leur volonté d’être
« leader » de la défense du continent en se dotant de la plus grande
armée conventionnelle européenne, tandis que la Pologne semble avoir des
prétentions identiques. Il nous faut donc entretenir le très haut
niveau technologique de notre modèle nucléaire militaire tout en
affermissant les forces conventionnelles mises à mal depuis la réforme
Armée 2000 et la RGPP, la réforme générale des politiques publiques
chère au président Nicolas Sarkozy. Mais avec quel budget ?
Roland Lombardi
https://lediplomate.media/exclusif-grand-entretien-peer-de-jong-guerres-puissances-chaos-mondia-monde/
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