juin 24, 2026

L'État n'est rien d'autre qu'un ogre jamais rassasié !


« À mesure que l'État intervient dans la vie sociale, sans autre limite que celle imposée par la résistance à son autorité, il restreint l'autorité sociale ainsi que toute forme d'organisation volontaire vouée à la résolution des conflits ou à la régulation sociale. » 

Oscar Grau

 


 

 L'État n'est rien d'autre qu'un ogre !

Qu'il s'agisse du groupe qui contrôle l'appareil d'État ou de celui qui incarne l'institution gouvernementale, désignons simplement l'ensemble par le terme « État ». 

Si l'État ne peut pas tout accomplir, il peut assurément accomplir beaucoup, car il constitue le monopole des monopoles — le seul et unique monopole qui rend tous les autres possibles. Premièrement, l'État détient le monopole territorial obligatoire des services de justice (le droit) et de sécurité (l'ordre) ; disposant du pouvoir institutionnel d'imposer des transferts de propriété (impôts) pour assurer sa propre subsistance, il tranche en dernier ressort les questions sociales, par la force ou la menace. Deuxièmement, l'État tire sa légitimité de l'opinion (l'idéologie), ce qui renforce son existence et son intrusion dans d'autres sphères de la vie sociale. Ainsi, pour atteindre ses objectifs, l'État légifère grâce à son monopole juridictionnel et éduque — ou façonne les esprits de — ses sujets afin d'atténuer toute opposition. 

 L'État gouverne ses sujets en portant atteinte à leur droit à la légitime défense, à leur droit de s'associer et de convenir de leurs propres conditions, ainsi qu'à leur droit de contracter et de s'entendre sur la protection et l'application de ces conditions. Comme les normes régissant l'acquisition légitime de la propriété ne s'imposent pas à l'État — celui-ci s'attribuant des biens non par appropriation originelle ou par transfert volontaire, mais par d'autres moyens —, il corrompt un ordre social par ailleurs entièrement pacifique, fondé sur la pleine propriété privée. Par conséquent, l'État fait obstacle à l'objectif qu'il prétend poursuivre — la protection de la paix et de la vie sociale — puisqu'il viole systématiquement la paix en tentant d'assurer cette protection.

Pour approfondir ce point, rappelons que si le conflit est possible mais non inévitable, comme le souligne le philosophe Hans-Hermann Hoppe

 « … il est absurde de considérer l'institution de l'État comme une solution au problème du conflit potentiel, car c'est précisément cette institution qui rend le conflit inévitable et permanent. » 

En intervenant dans la vie sociale sans autre limite que la résistance opposée à son autorité, l'État restreint l'autorité sociale ainsi que toute forme d'organisation volontaire visant la résolution des conflits ou la régulation sociale. Ainsi, la préférence manifeste de la plupart des individus pour la paix et la coopération se trouve non seulement entravée, mais systématiquement ignorée. 

 L'État ne tolère aucune concurrence à son autorité suprême. S'il concentre le pouvoir par essence, il lui arrive également d'étendre ou de diviser ce pouvoir, dès lors que ses détenteurs jugent opportun de le faire pour accroître ou préserver leur propre puissance. De même, l’État ne ménage aucun effort pour légiférer contre le renforcement de toute autorité au sein de la société qui irait à l’encontre de ses volontés. Toute autorité suscitant un respect sincère et volontaire est inévitablement vouée à être sapée. Ainsi, les clubs, les Églises et toutes sortes d’associations civiles se retrouvent de plus en plus soumis à la législation étatique à mesure qu’ils gagnent en influence et en importance. Vient ensuite l’intrusion dans la sphère familiale. La famille constituant le pilier fondamental de la loyauté, de la coopération et de la hiérarchie naturelle au sein de la société, l’ingérence dans les affaires familiales représente le paroxysme de l’interventionnisme étatique.

L'État déforme le développement et le fonctionnement des institutions sociales, induisant des erreurs de compréhension quant à divers concepts fondamentaux au sein de la société : on en vient à confondre la liberté avec une autorisation étatique, et la justice avec la simple application de lois édictées par l'État. Par ailleurs, le pouvoir législatif de l'État est mis au service d'intérêts particuliers, distincts de ceux découlant de l'existence même de l'État. Parallèlement, l'État suscite conflits et troubles via sa législation, provoquant des controverses et des différends qui n'existeraient pas en son absence. Il invente des « crimes » et des « délits », parfois en l'absence de toute victime, tout en opposant divers groupes dans des guerres idéologiques — portant sur la culture, la religion, et bien d'autres sujets. Ainsi, les détenteurs du pouvoir utilisent l'institution étatique pour diviser les citoyens et s'assurer leur soutien au gré des besoins. Dans ce processus, l'État favorise certains groupes extérieurs à son appareil pour des motifs précis, en s'appuyant sur le système juridique qu'il gère lui-même. 

 L'État tend également à s'imposer comme un passage obligé pour la société ; dès lors, lorsque certains s'opposent à une action étatique, ses défenseurs peuvent prétendre qu'ils rejettent l'objectif même de cette action — tout comme s'opposer à un système de santé financé par l'impôt revenait à s'opposer au traitement des maladies. L'État s'infiltre ainsi toujours davantage dans les interstices de la vie sociale et accroît sa surveillance sur l'existence des citoyens. La dépendance à l'égard de l'État s'accentue à mesure que celui-ci empiète sur la sphère individuelle et assume des responsabilités qui, autrement, inciteraient les gens à accorder plus d'importance à la manière dont ils mènent leur vie. Par conséquent, tout ce qui relève de la responsabilité individuelle devient pour l'État un moyen de renforcer son contrôle et sa légitimité auprès de la population : dès lors qu'il intervient, une justification est aussitôt avancée pour légitimer cette intervention. L'État s'arroge ainsi de nouvelles fonctions à mesure que l'on conçoit de nouvelles responsabilités personnelles, restreignant de fait la responsabilité individuelle et faisant payer aux plus responsables les erreurs des moins responsables. 

 En somme, l'État encourage des comportements qui sapent la vertu au sein de la société, altérant la moralité avec laquelle les individus affrontent les incertitudes de l'existence. En s'attaquant à une multitude de problèmes sociaux, l'État acquiert de nouvelles fonctions et une légitimité accrue, facilitant ainsi l'expropriation des citoyens. Ainsi, l'État accentue la soumission de la population, rendant ses sujets plus dépendants de son appareil et de ses critères — que ce soit pour la poursuite d'objectifs personnels en général ou pour la satisfaction de besoins subordonnés, en particulier, à l'intervention et au financement étatiques. 

Comme l'a expliqué l'économiste Ludwig von Mises, le marché n'est ni une chose ni une entité collective, mais un processus « animé par l'interaction des actions de divers individus coopérant dans le cadre de la division du travail ». Toutefois, en tant que source de monopoles légaux et de réglementations contraignantes, l'État favorise des intérêts particuliers en permettant à certains de tirer profit d'autres grâce à une législation imposée ; il définit ainsi ce que certains peuvent accomplir et ce qui sera interdit à d'autres dans certaines circonstances. De même, l'État octroie des subventions ou des privilèges monopolistiques à des entreprises — dont les prix sont parfois fixés en concertation avec l'État lui-même —, garantissant ainsi à ces sociétés un profit pérenne, indépendamment de toute pression concurrentielle émanant du marché. 

L'État peut également créer une entreprise, par exemple pour se lancer dans la production et la vente d'un bien spécifique. Il cherche ainsi à accroître ses revenus en commercialisant des produits via une entreprise publique financée par l'argent des contribuables. Prenons le cas du gaz. En principe, ce projet soulèverait des questions similaires à celles rencontrées par toute entreprise cherchant à tirer profit d'une initiative. L'État doit donc, lui aussi, s'appuyer sur l'avis d'experts pour estimer le rendement attendu du projet. Certaines options d'approvisionnement en gaz seront plus avantageuses que d'autres, et toutes ne seront pas financées. Mais comment l'État peut-il choisir un projet plutôt qu'un autre de manière responsable et rentable ? La sélection et la réalisation de projets étatiques ne relèvent pas du processus d'allocation des ressources et de calcul économique propre à une économie de marché — où la coordination est libre et la valeur créée —, mais s'inscrivent en dehors de la logique coûts-avantages qui assure la pérennité des entreprises privées. Et comme l'État mène ses projets sans se soucier de ses échecs et peut en répercuter les coûts sur autrui, il ne peut faire faillite à la manière d'un acteur privé. Par conséquent, les ressources gérées par l'État ne peuvent être utilisées dans une optique entrepreneuriale, car elles ne sont pas employées par de véritables entrepreneurs risquant leurs propres ressources et la survie de leur entreprise.

Dans l’ordre social étatique, la coopération sociale n’est pas le résultat de l’ordre étatique dans la société, mais le résultat de toute mesure d’interaction libre et pacifique autorisée par l’État. De plus, les sujets de l’État sont obligés d’affronter la législation continue, l’intervention et l’arbitraire de l’État, qui est en réalité une institution immorale qui ne permet pas le processus libre et naturel de la société. Il s’agit d’un processus par lequel les exigences morales et comportementales d’une coexistence pacifique sont reconnues ou établies, favorisant ainsi le bien-être, la coopération, l’association ou la dissociation, ainsi que l’inclusion ou l’exclusion, tandis que la culture et les institutions sociales se développent. 

Mais les autorités de l’État ne subissent pas les conséquences de pratiques auxquelles tout particulier est expressément interdit de se livrer, comme lorsque l’État se livre à des vols, des meurtres et des enlèvements. Par exemple, lorsque l’État prélève des impôts, fait la guerre et impose la conscription militaire. Et tandis que les particuliers sont censés assumer la responsabilité des conséquences de leurs actes, le personnel de l’État dispose d’une multitude de possibilités dont il ne peut guère subir de conséquences significatives, hormis le potentiel soi-disant coût politique. 

Pire encore, qui protège les sujets de l’État lui-même ? Qui le fait alors que c’est l’État qui les fait dépendre de lui-même à tant d’égards ? Et qui punit l’État ? Hormis ce que les sujets peuvent faire au risque d’être punis pour s’être défendus contre l’État, la réponse à ces questions n’est personne. 

 Puisque chaque personne est une unité de décision indépendante – c’est-à-dire puisque chacun peut porter son propre jugement sur les revendications des autres – chaque personne est alors un tiers indépendant potentiel pour la résolution des conflits et des désaccords entre positions rivales. Par conséquent, l’intervention d’un tiers pour une telle résolution n’est pas nécessaire pour que l’accord d’un tiers indépendant puisse trancher correctement entre ces positions. Autrement dit, l’État, qui s’impose comme le juge final de tous les conflits dans la société, y compris les différends impliquant l’État lui-même en tant que partie au litige, n’est pas nécessaire pour que justice soit rendue. Et bien que l’infaillibilité permanente de tout prestataire de justice ne puisse être garantie, puisque l’erreur est quelque chose d’humain et de commun, c’est précisément la faillibilité qui rend imprudent d’avoir toujours le même prestataire de justice qui ne paie aucun prix pour ses erreurs, car l’État est le seul prestataire de justice qui ne peut pas être puni de la perte de clients – car il continuera à recevoir des financements de manière indépendante. 

 Finalement, nous nous retrouvons ici avec une conclusion incontournable à propos de l’État et de ses sujets : pour que la justice soit rendue, l’État doit renoncer à sa prétention de gouverner et de juger la vie et les droits de ses sujets, puisqu’il n’a pas été en mesure de prouver jusqu’à présent – ​​et il ne pourra jamais le faire – qu’il a droit à la vie ou à la propriété de quiconque. Et les sujets, une fois libres, doivent se lancer dans la tâche de vivre leur vie et leurs rêves sans aucun État parmi eux.

Oscar Grau 


 

Oscar Grau est musicien et professeur de piano ; il œuvre à la diffusion du libertarianisme et de l'école autrichienne d'économie depuis 2018. Depuis 2021, il est responsable de la section espagnole du site officiel de Hans-Hermann Hoppe. Vous pouvez retrouver ses autres travaux sur le site du Ludwig von Mises Institute et sur *The Unz Review*.

https://libertarianinstitute.org/articles/the-state-is-nothing-but-appetite/ 

Comment faire remonter le taux de natalité en France ?

Comment faire remonter le taux de natalité en France ?


➡️ La dernière étude de la Fondation IFRAP !

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La crise de la natalité revêt un caractère très concret aujourd’hui en France : le pays n'enregistre plus que 645 000 naissances en 2025, soit le niveau le plus faible constaté depuis la Seconde Guerre mondiale, alors que ce nombre se situait encore à environ 830 000 en 2010. En 2025, pour la première fois depuis 1945, le nombre de décès a surpassé le nombre de naissances.

L’indicateur conjoncturel de fécondité est tombé à 1,53 enfant par femme en France métropolitaine en 2025, contre 2,9 en 1901, s'éloignant significativement du seuil de remplacement des générations fixé à 2,05. On observe un creux chez les classes moyennes : la fécondité dessine une courbe en « U » selon les revenus. Si les 10 % les plus modestes (2,27) et les 10 % les plus aisées (1,98) font le plus d'enfants, les classes moyennes (4e et 5e déciles, entre 1 362 € et 1 532 €/mois) chutent à 1,65 enfant par femme en raison d'un arbitrage travail-famille particulièrement lourd.

Cette transformation a de profondes conséquences économiques sur notre pays, comme l’a documenté la Cour des comptes qui alerte sur un effet de ciseau :

  • Une hausse des dépenses publiques sensibles au vieillissement (santé, dépendance, retraites), qui représentent déjà plus de 40 % des dépenses globales en 2023. Sans ajustement, le ratio des dépenses publiques atteindrait 60,8 % du PIB en 2070.

  • Une contraction des recettes fiscales, car le financement de la protection sociale repose majoritairement sur les cotisations prélevées sur les revenus des actifs en emploi. La Commission européenne estime que ce vieillissement amputera la croissance potentielle de la France de 0,2 point par an entre 2022 et 2070.

La Fondation IFRAP montre que les politiques purement financières ne suffisent pas à inverser la tendance (comme le prouvent plusieurs exemples européens). Toutefois, pour relancer la natalité à long terme, l'État doit bâtir un environnement globalement propice, axé sur la garde d'enfants, l'accès au logement et le pouvoir d'achat des familles.

  1. Refondre les modes de garde (petite enfance)

  • Changer l’organisation de la gestion des crèches et confier cette compétence aux communes/intercommunalités.

  • Accélérer la formation pour travailler en crèche afin de lutter contre la pénurie de personnel.

  • Prioriser les enfants dont les parents ont un emploi pour obtenir une place en crèche.

  1. Faciliter l'accès au logement des familles

  • Réduire la fiscalité immobilière : baisser les DMTO pour les primo-accédants avec enfants pour faciliter la première installation.

  1. Redonner du pouvoir d'achat aux parents (fiscalité et prestations)

  • Ouvrir le droit à une part fiscale entière dès le premier enfant.

  • Déclencher le versement des allocations familiales dès le premier enfant.

Au total, les mesures proposées par la Fondation IFRAP représentent 9 Md€ de dépenses supplémentaires. Ainsi, les dépenses afférentes aux familles en % de PIB représenteraient près de 3,73 %, soit le niveau de 2014, contre 3,38 % aujourd'hui (OCDE).

 


Chute de la natalité : les politiques natalistes peuvent-elles répondre à la crise démographique ?

Depuis les années 1970, la France connaît un effondrement du nombre annuel de naissances (645 000 en 2025) et de son indicateur conjoncturel de fécondité (1,53) en France métropolitaine, aujourd’hui inférieur au seuil de remplacement des générations de 2,05 enfants par femme. En 2025, pour la première fois depuis 1945, le nombre de décès a même surpassé le nombre de naissances ! Cette chute de la natalité n’est pas une exception française mais une tendance dans l’ensemble des pays développés, et même, (contre-intuitivement mais moins fortement), dans le monde.

La France dispose d’une politique familiale historique et ambitieuse, ce qui lui permet de contenir légèrement le ralentissement démographique, mais pas de l’inverser. Il est très difficile d’affirmer que les politiques familiales et natalistes purement financières permettent de relancer la natalité à long terme tant les contre-exemples sont nombreux(Japon, Italie, Hongrie, Allemagne…) , mais elles peuvent limiter l’ampleur du déclin démographique.

Des variations, même très faibles, de l’indicateur conjoncturel de fécondité peuvent avoir des conséquences décuplées sur le nombre de naissances à long terme. Une baisse de l’indicateur de fécondité de 0,2, (à 1,4 au lieu de 1,6), entraînerait une baisse de la population des 0-19 ans de quasiment 3,2 millions de personnes, soit une baisse de 20 %. Les réformes de la politique familiale dans les années 2010 ont probablement eu des effets négatifs importants sur la natalité et ont accéléré la chute de la natalité. L’État pourrait ralentir la tendance plus efficacement en créant un environnement plus propice au désir de procréer, en investissant davantage dans la garde d’enfants et l’accès au logement, et en redonnant du pouvoir d’achat aux parents.

 


La natalité en chute libre en France

En France, la natalité n’a de cesse de baisser depuis la fin du baby-boom dans les années 1970. En 2025, en France, on enregistrait seulement 645 000 naissances, soit le nombre le plus faible depuis la Seconde Guerre mondiale. Le nombre de naissances se situait pourtant encore à environ 830 000 naissances en 2010. L’indicateur conjoncturel de fécondité, soit le nombre moyen d’enfants qu’une femme aurait au cours de sa vie si le taux de natalité restait constant, a chuté de 2,9 en 1901 à 1,53 en 2025, soit un niveau plus bas que pendant la Seconde Guerre mondiale ! Cet indicateur est passé sous le seuil de remplacement des générations fixé à 2,05 enfants par femme. Cela signifie que sans immigration, la population française tendrait à diminuer à long terme, car chaque génération ne serait pas remplacée par une nouvelle génération de taille équivalente. Plus inquiétant encore, en 2025, le nombre de décès a dépassé le nombre de naissances, une première depuis 1945 !

Dans son scénario central, en 2021, l'Insee projetait 710 000 naissances en 2025, et 660 000 en 2070. Ce chiffre est déjà dépassé en 2025, avec 645 000 naissances. Même le scénario « extrême » de population basse qui projetait environ 680 000 naissances en 2025 n'était pas assez pessimiste. Les 468 500 naissances attendues en 2070 pourraient donc ne pas être atteintes.

On constate également de fortes inégalités territoriales en termes de fécondité, ce qui pourrait transformer certaines régions en espaces de vide démographique. En 2023, par exemple, la Meurthe-et-Moselle n’a compté que 1,31 enfant par femme, et la Haute-Garonne que 1,39. Paris est le département de France avec le plus faible indicateur conjoncturel de fécondité, ex aequo avec la Haute-Corse, avec 1,25 enfant par femme. Seuls quatre départements se trouvent au-dessus du seuil de reproduction des générations : Mayotte (4,49), Guyane (3,32), La Réunion (2,28) et le Val-d’Oise (2,11). Les territoires d’outre-mer sont bien moins touchés par le ralentissement démographique que traverse le reste de la France.

Pourquoi les Français ont-ils moins d’enfants ?

Dans une étude réalisée en 2025, l’UNAF montre que les Français voulaient en moyenne 2,27 enfants en 2023. Pourtant, en 2023, l’indicateur conjoncturel de fécondité n’était que de 1,65 en France, soit 0,62 de moins que le nombre d’enfants désiré. En d’autres termes, les Français voudraient plus d’enfants qu’ils n’en font. Mais alors quels sont les obstacles qui les empêchent d’avoir le nombre d’enfants qu’ils souhaitent ?

Certains considèrent qu’avoir des enfants participe au réchauffement climatique par la hausse de la population. Cette vision est probablement influencée par le débat public qui crée une grande inquiétude, notamment chez les plus jeunes. Pourtant, il serait peut-être plus utile d’expliquer aux Français que la décroissance de la population entraînera des difficultés budgétaires majeures et limitera la capacité de l’État à investir dans la transition écologique…

D’autres Français sont plus pragmatiques et considèrent que le coût que représente le fait d’élever un enfant est trop important. Ce coût n’est effectivement pas négligeable : le ministère de la Santé l’évalue à 180 000 € pour un enfant jusqu’à ses 20 ans. Certains prennent également en compte le coût d’opportunité, surtout pour les femmes qui, bien souvent, arrêtent ou réduisent leur activité pour s’occuper de leur enfant. La fécondité varie énormément selon le niveau de vie : les femmes aux niveaux de vie les plus faibles et les plus élevés sont plus enclines à avoir des enfants. Dans les conditions de fécondité de la période 2012-2017, l’indicateur conjoncturel de fécondité des 10 % des femmes les plus modestes (niveau de vie moyen de 623 € par mois) était de 2,27 enfants par femme et celui des 10 % les plus aisées (en moyenne 4 290 € par mois), de 1,98. À l’inverse, les femmes des 4e et 5e déciles de niveau de vie (entre 1 362 € et 1 532 € par mois) ont la fécondité la plus basse, avec environ 1,65 enfant par femme. Ces variations s’expliquent en grande partie par l’arbitrage travail-famille et les coûts d’opportunité associés au fait d’avoir un enfant. En effet, les femmes aux revenus les plus modestes participent généralement moins au marché du travail formel, et les coûts d’opportunité sont donc relativement faibles. Les femmes les plus aisées, elles, disposent de ressources économiques et sociales qui permettent généralement de mieux concilier vie professionnelle et vie familiale, garde d’enfants plus accessible, plus grande flexibilité au travail, etc. Cependant, les femmes des déciles de niveau de vie moyens ont à la fois des contraintes économiques importantes et une participation au marché du travail active. Ainsi, la conciliation entre vie familiale et carrière professionnelle est plus difficile.

Outre les préoccupations personnelles, la natalité baisse également en France et dans les autres pays développés en raison de la hausse de l’âge moyen pour avoir un premier enfant. Alors que les femmes avaient leur premier enfant à 24 ans en moyenne en 1974, cette moyenne a grimpé à 29,1 ans en 2023. Ceci est la conséquence de plusieurs évolutions : l'allongement de la durée des études, les difficultés à trouver un emploi stable, l'allongement de l’espérance de vie, le recours à la contraception, etc.

L’infertilité est aussi un problème plus important aujourd’hui qu’avant. En France, 3,3 millions de personnes sont touchées par l’infertilité. Les deux principales raisons de l’infertilité sont la hausse de l’âge de la première grossesse citée précédemment, et les perturbateurs endocriniens. Entre 1973 et 2011, la concentration de spermatozoïdes dans le sperme a chuté de 52,4 % au niveau mondial, selon une méta-analyse publiée en 2017. Le principal facteur de cette baisse est l’exposition aux perturbateurs endocriniens.

Les situations conjugales des femmes ont aussi évolué. Les femmes en âge d’avoir des enfants sont aujourd’hui moins souvent en couple qu’il y a une trentaine d’années. En 1990, environ 70 à 80 % des femmes âgées de 27 à 45 ans étaient en couple, contre environ 57 à 68 % en 2020. Cette baisse de la part des femmes étant en relation stable agit négativement et directement sur la natalité.

Les modèles familiaux ont été profondément transformés et le nombre de familles monoparentales est également en forte hausse.


En 2021, la part des familles monoparentales sur les familles avec enfants a atteint 27 %, soit plus d’un quart. Les familles monoparentales ne représentaient pourtant que 9 % des familles en 1975. Cette augmentation de la monoparentalité est la conséquence de la hausse des ruptures. Si la facilité des séparations et le droit au divorce accordé aux femmes sont évidemment un progrès et reflètent la libération des femmes, la hausse de la monoparentalité qu’ils entraînent a logiquement un effet sur la natalité. 


En effet, les familles monoparentales sont celles qui hébergent le moins d’enfants en moyenne. 48 % des familles monoparentales ne sont composées que d’un enfant, contre 36 % de l’ensemble des familles. Les recherches académiques insistent sur le fait que la diminution de la natalité et la hausse des parents isolés sont corrélées, mais qu’il n’y a pas de lien de causalité. Il n’en reste pas moins que ce changement de paradigme se traduit par une baisse de la natalité. De plus, il existe bien un lien de causalité indirect entre la monoparentalité et la baisse de la natalité, puisque les familles monoparentales sont en moyenne plus modestes que les autres, et que ces contraintes économiques freinent les naissances suivantes.

Enfin, bien qu’il n’ait pas été mesuré, l’effet négatif du numérique, des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle pourrait être une cause de la baisse de la natalité. C’est en tout cas ce dont s’inquiète l’économiste David Duhamel. Les jeunes femmes de la génération Z veulent en moyenne moins d’enfants que les femmes des générations précédentes. La sociabilité via le numérique pourrait en être une cause dans le sens où elle fragilise le lien social et retire certains jeunes du réel.

Les conséquences économiques et sociales du déclin démographique

La Cour des comptes a publié un rapport sur les liens entre démographie et finances publiques en décembre 2025[1]. Ce rapport alerte la France sur « l’effet ciseau » qui l’attend avec la hausse des dépenses sensibles au vieillissement d’un côté et la réduction de la population active qui limite les capacités de financement de l’autre.

La population en âge de travailler pourrait reculer de 5 points pour atteindre 50 % en 2070, quand dans le même temps celle des 65 ans et plus pourrait augmenter jusqu’à 30 % contre 21,8 % en 2024. Ces évolutions pèsent fortement sur la croissance, d’autant plus que notre taux d’emploi (68,8 %) est inférieur à celui de nos voisins européens comme l’Allemagne (77,4 %), les Pays-Bas (82,3 %) et le Danemark (77,2 %). Le vieillissement de la population menace aussi l’investissement étant donné le comportement d’épargne des personnes âgées. Les Français de 65 ans et plus ont contribué pour environ deux tiers de la hausse du taux d’épargne entre 2023 et 2024. Cela s’ajoute à la modification de la composition du patrimoine des retraités qui se détourne des actifs professionnels et risqués au profit de l’immobilier et de placements financiers moins productifs. La Commission européenne estime que le vieillissement démographique réduira la croissance potentielle en France de 0,2 point par an entre 2022 et 2070, malgré la hausse du taux d’emploi (due à la baisse de la population en âge de travailler).

La baisse de la population en emploi ne dégrade pas seulement la croissance, mais également les recettes fiscales, car la structure des prélèvements obligatoires repose largement sur les actifs. Les plus de 60 ans sont ceux qui reçoivent le plus de transferts sociaux, mais déséquilibrent le régime de Sécurité sociale puisque son financement passe majoritairement par les cotisations, qui reposent sur les revenus du travail.

La Cour des comptes analyse également l’effet du vieillissement sur les dépenses publiques. Les dépenses sensibles au vieillissement représentent déjà plus de 40 % des dépenses publiques en 2023, (en hausse de 11 points depuis 1998), et augmenteront inévitablement dans les prochaines années, au détriment des dépenses consacrées à l’éducation et à la politique familiale. Le rapport estime qu’à dépenses par tête et par tranche d’âge inchangée par rapport à 2023, le ratio de dépense publique sur PIB atteindrait 60,8 % en 2070, (contre 57 % en 2023). Pour conserver le ratio de 2023, il faudrait baisser la dépense publique par habitant de 6,1 % d’ici 2070.

Pourtant, la Cour des comptes déplore à juste titre le manque de prise en compte des enjeux démographiques dans la programmation budgétaire pluriannuelle, qui fait courir le risque de retenir des projections bien trop optimistes et déconnectées de la réalité. Le rapport appelle donc à mieux intégrer cette dynamique dans les projections financières et à actualiser plus régulièrement les projections démographiques pour s’adapter avant qu’il ne soit trop tard. La Cour des comptes invite aussi à diversifier le financement de la protection sociale, pour qu’il pèse moins sur les actifs, et à rehausser le taux d’emploi et allonger la vie active, notamment pour la tranche des 60-70 ans qui sera amenée à avoir une « place croissante » dans la population active.

Un autre effet du vieillissement de la population est la hausse du besoin de main-d’œuvre dans les métiers d’aide aux personnes âgées, qui risque de réduire la main-d’œuvre disponible pour des activités plus productives et innovantes dans l’industrie ou les nouvelles technologies par exemple. Le passage à la silver économie au Japon est un exemple précurseur de ce qui pourrait se produire en France dans quelques années. En 2018, 28 % de la population japonaise avait plus de 65 ans, un chiffre qui devrait augmenter à 40 % d’ici 2060. Selon le New Robot strategy du METI de 2015, le besoin en aide-soignant est passé de 1,7 million en 2012 à 2,5 millions en 2025. Les Japonais ont misé sur la robotisation pour contrer ce phénomène.

Enfin, le système éducatif sera bouleversé par le déclin démographique français et devra être transformé en profondeur. Selon les projections du ministère de l’Éducation nationale, la France pourrait perdre 1,7 million d’élèves (-15 %) d’ici 2035. Cette transformation amènera à repenser l’offre scolaire, notamment au niveau de la répartition des enseignants sur le territoire. Étant donné les disparités des naissances sur le territoire, le nombre de classes et de professeurs par zone géographique devra nécessairement être adapté.

L’efficacité des politiques natalistes est loin d’être avérée

La France, malgré le ralentissement démographique qu’elle traverse, fait partie des pays européens avec les taux de fécondité les plus hauts du continent. Notre modèle de politique familiale historique et ambitieuse est mis en avant. Mais notre politique ne semble pas suffisamment efficace pour inverser la tendance. Notre déclin démographique est retardé et moins rapide par rapport aux autres pays européens, mais il n’en reste pas moins une réalité.

La famille dans les comptes de la protection sociale

Les comptes de la protection sociale regroupent les prestations des régimes de sécurité sociale ainsi que les dépenses d’autres administrations publiques, collectivités locales, hôpitaux, institutions privées sans but lucratif et certains employeurs.

Les dépenses associées au « risque famille » de la protection sociale se sont élevées, tous financeurs confondus, à 65,8 Md€ en 2024, soit 2,25 % du PIB, après 62,9 Md€ et 2,23 % du PIB en 2023. La part des « administrations publiques » s’est élevée à 56,6 Md€ en 2024, soit 1,94 % du PIB.


 

Eurostat distingue les dépenses en faveur des familles et des enfants des pays européens dans sa classification des dépenses publiques par fonction. Le graphique suivant montre que les dépenses sont un peu plus élevées en France que dans la moyenne de la zone euro (1,9 % du PIB) ou de l’Union européenne (2,0 %) en 2024.

 

La politique familiale est généreuse en France, mais le système est complexe. Le montant global des prestations familiales financées par la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF) s’est élevé à 40,86 Md€ en 2024, et devrait atteindre environ 41,86 Md€ en 2025. La part la plus importante revient aux prestations d’entretien en faveur de la famille (allocations familiales). Viennent ensuite les prestations d’accueil du jeune enfant (Paje). Elles comprennent le complément de mode de garde et les primes à la naissance. Si on ajoute les transferts nets, les charges de gestion courante et les autres charges, les charges nettes de la CNAF s’élèvent à 57,85 Md€ en 2024 et 59,35 Md€ en 2025, représentant l'essentiel des dépenses en faveur des familles.

La branche famille est excédentaire, avec un résultat net d’environ +1,1 Md€ en 2024, estimé à +843 M€ en 2025, et prévu à près de +1,4 Md€ en 2026. Mais cet excédent est pourtant fortement réduit par les transferts nets vers les branches maladie et vieillesse, qui servent à combler en partie les déficits élevés de ces branches.

 

Les excédents de la branche famille sont en partie utilisés pour financer... les retraites

La branche famille contribue au financement des branches maladie et vieillesse, dont elle réduit ainsi le déficit. En 2024, les transferts nets s’élevaient à environ 13,8 Md€ et représentaient 23,8 % des dépenses de la branche. Quasiment un quart des charges de la branche famille ne sont donc pas des dépenses affectées aux familles. Ces transferts nets n’existaient pas avant 1972, et ont augmenté fortement entre 2001 et 2011, et à nouveau depuis 2023. Aucune recette supplémentaire n’a été affectée à la branche famille pour compenser, ce qui signifie que les transferts nets empêchent la CNAF d’affecter les ressources à d’autres usages pour la politique familiale.

Les transferts liés à la prise en charge des cotisations vieillesse ont augmenté progressivement depuis 1973, pour atteindre 5,1 Md€ en 2024, soit 8,8 % des dépenses de la CNAF. À partir de 2001, la CNAF prend également en charge une partie des majorations de pensions de retraite pour les retraités ayant eu des enfants. Depuis 2011, la branche famille prend même en charge l’intégralité de ces dépenses de majorations. Cela représente des transferts de près de 5,8 Md€ en 2024, soit 10 % des dépenses nettes de la branche.

Concrètement, 18,8 % des dépenses de la branche famille sont utilisées pour financer les retraites et combler une partie du déficit de la branche vieillesse. On finance donc les retraites avec des ressources censées être destinées aux parents pour supporter le coût de leurs enfants. La France a donc fait le choix d’entretenir le niveau de vie des inactifs en faisant peser une nouvelle fois le coût sur les actifs et futurs actifs.


Quels effets pour les politiques natalistes ?

Il est très compliqué d’établir un lien de causalité entre politique nataliste généreuse et hausse de l’indicateur de fécondité. Comme dit précédemment, la baisse de l’indice de fécondité est un phénomène mondial, qui touche tous les pays développés, quelle que soit leur politique familiale. Certains pays comme la Suède offrent des avantages importants aux parents, avec 68 semaines de congés parentaux, partagés entre le père et la mère selon les besoins, et des dépenses en prestations familiales similaires à la France en part du PIB, (plus de 3 % du PIB).

Mais ces pays ne sont pas épargnés par le déclin démographique : l’indicateur de fécondité est de 1,45 en Suède en 2023. L’Allemagne, qui dépense encore davantage, est un des pays européens qui souffrent le plus du vieillissement de la population, avec un taux de fécondité de 1,39 enfant par femme en 2023. À l’inverse, les États-Unis, qui dépensent environ 1 % de leur PIB dans les politiques familiales, un des plus faibles taux des pays de l’OCDE, ont un indicateur de fécondité supérieur à la majorité des pays européens.

L’échec de la politique nataliste lancée par Giorgia Meloni en Italie dès son arrivée au pouvoir montre que la politique nataliste ne permet pas forcément de contrer efficacement le déclin démographique.

 

L'échec des politiques natalistes : le cas italien

Depuis son arrivée au pouvoir en 2022, Giorgia Meloni a fait de la lutte contre le déclin démographique une priorité. En effet, l’Italie est l’un des pays européens les plus touchés par la chute de la natalité. La présidente du Conseil des ministres italienne a mis en place des mesures telles que des exonérations totales de cotisations IVS, vieillesse, invalidité et survivants, pour les mères de trois enfants ou plus, salariées, plafond à 3 000 € annuels, un mois de congé parental supplémentaire rémunéré à 80 % du salaire, un bonus de 3 600 € pour la garde d'enfants pour les familles à revenus modestes, une majoration de 50 % de l’allocation pour le premier enfant, la réduction de la TVA sur certains produits de première enfance, (limitée en 2024).

Cependant, les résultats sont loin d’être au rendez-vous. Le déclin démographique italien se poursuit : le taux de natalité est tombé au plus bas en 2024, le nombre de naissances a continué de chuter, et le taux de fécondité a atteint son plus bas historique, avec 1,18 enfant par femme.

Il faut rendre l’environnement social et économique plus propice à l’envie d’avoir des enfants

L’échec relatif des politiques familiales ne doit pas décourager complètement l’État. Même si les politiques familiales ne permettent pas d’inverser la tendance à la baisse du nombre de naissances, certaines peuvent participer à la création d’un environnement plus propice à fonder une famille. Les aides financières à elles seules ne constituent pas des motivations suffisantes pour avoir des enfants puisqu’elles sont loin de couvrir le coût total que représente le fait d’élever un enfant.

Pour créer un environnement plus favorable aux familles, il faudrait déjà développer le service public de la petite enfance. Malgré une augmentation de 0,4 % par rapport à 2021, le taux de couverture n’est que de 60,3 places théoriques pour 100 enfants de moins de 3 ans. Pour pallier le manque de places, augmenter le nombre d’établissements n’est pas suffisant : le véritable problème est le manque de personnel. Selon la CNAF, au 1er avril 2022, 8 908 postes auprès d’enfants sont déclarés durablement vacants ou non remplacés. Le nombre de places en crèches a progressé bien moins vite en France qu’ailleurs en Europe. Le nombre de places pour 1 000 naissances est désormais plus faible que dans les pays d’Europe du Nord, notamment en Allemagne. Cette tendance ne risque pas de s’inverser si rien n’est fait, puisque les prochaines années devraient être marquées par des départs à la retraite massifs des membres du personnel des crèches.

Seules les microcrèches, créées par des acteurs privés et où les parents sont financés, et non les crèches directement subventionnées, semblent efficaces. Ce secteur a représenté l’essentiel de la création de places alors qu’il est minoritaire. Pourtant, la CNAF souhaite supprimer ce régime pour le faire entrer dans le régime commun, qui dysfonctionne.

La question du service à la petite enfance est centrale, puisque les Français sont de plus en plus éduqués, et de moins en moins enclins à sacrifier leur vie professionnelle pour leur vie familiale. Selon une étude de la Drees de 2021, dans plus de la moitié des cas, dans un couple hétéroparental dans un foyer avec au moins un enfant de moins de 6 ans, un des deux parents, ou les deux, s’éloigne de l’emploi pour s’occuper de leurs enfants. Dans 41,7 % des cas, c’est la femme qui s’éloigne de son travail, contre 8,4 % des cas pour les hommes. Cette tendance des femmes à s’éloigner du monde du travail pour s’occuper de leur enfant peut être un frein à l’envie de fonder une famille.

Les situations varient énormément selon la catégorie sociale du couple. Les mères ouvrières ou employées sont bien plus souvent éloignées de l’emploi que les femmes cadres ou de profession intellectuelle supérieure. D’un côté, les femmes ouvrières et employées manquent souvent de moyens pour trouver une solution de garde pour leurs enfants, tandis que les femmes cadres ou de profession intellectuelle sont moins nombreuses à avoir des enfants, et les ont plus tardivement, pour avoir une situation stable qui leur permette de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle. C’est une des explications de la fécondité plus faible chez les femmes des classes moyennes.


Aujourd’hui, la gestion des crèches n’est pas satisfaisante. Elle souffre d’abord de la bureaucratie : CAF, régions, départements, communes, ministère de la Solidarité, tout le monde s’occupe des crèches. Les règles et contraintes imposées au personnel des crèches sont aussi trop lourdes. Tous les professionnels dans une crèche doivent avoir une qualification « petite enfance » et 40 % d’entre eux doivent être des auxiliaires de puériculture, des infirmiers, des infirmiers puériculteurs, des éducateurs de jeunes enfants ou des psychomotriciens diplômés. Les autres doivent avoir un CAP « Accompagnant éducatif petite enfance », un BEP sanitaire et social ou une autre qualification requise. La France demande beaucoup plus de diplômes que ses voisins européens. Au Royaume-Uni, par exemple, une crèche doit seulement compter un membre du personnel qui détient une qualification de niveau bac technologique. En France, on n’autorise même pas les crèches à former leurs salariés ou à recourir davantage à l’apprentissage. Tout est fait pour provoquer la pénurie de personnel.

Un autre problème du système actuel est qu’il s’est détourné de son objectif d’origine : permettre aux parents de jeunes enfants de continuer à travailler. Alors que certains parents qui ont un travail à temps plein ne trouvent pas de place en crèche, 7 % des enfants qui ont une mère inactive ont un mode d’accueil à temps complet et 18 % de ceux qui ont une mère au chômage. Un rapport de la CNAF montre que 34 % des enfants gardés en crèche ont au moins un parent qui ne travaille pas. Certaines communes incluent le fait d’être en activité dans leur grille d’attribution de places en crèche, mais ce n’est pas une condition nécessaire, et cela ne concerne pas toutes les communes de France.

Outre le problème de l’accueil et la garde des enfants, certains, face au constat d’efficacité limitée des politiques familiales, proposent de supprimer le quotient familial et d’individualiser la fiscalité. Or cette mesure menace le principe de solidarité familiale. En effet, le quotient familial est en quelque sorte une prise en compte fiscale du fait que les parents doivent subvenir aux besoins de leurs enfants tant qu’ils dépendent d’eux. Cela permet de ne pas voir l’enfant uniquement comme un coût, mais comme un membre du foyer familial dont les parents ont la responsabilité.

Enfin, la crise du logement a des conséquences directes importantes sur la natalité. Selon une étude de l’université de Toronto réalisée par le chercheur Benjamin Couillard, la hausse du coût du logement aux États-Unis depuis 1990 aurait fait baisser les naissances de 11 % et le taux de fécondité de 51 % entre les années 2000 et 2010. Treize millions d’enfants supplémentaires seraient nés entre 1990 et 2020 sans hausse des loyers. L’économiste Maxime Sbaihi a commenté cette étude et affirme que, sur les vingt dernières années, un jeune actif français de moins de 30 ans au revenu médian a perdu en moyenne une vingtaine de mètres carrés de pouvoir d'achat immobilier dans les grandes métropoles françaises. Il ajoute que cette perte de pouvoir d’achat est une des raisons majeures de la baisse de la natalité.

Les classes moyennes sont encore une fois celles qui souffrent le plus de la crise du logement. La politique du logement social n’y est pas pour rien. Dans les zones tendues comme Paris, la politique du logement social, faute de création de logements neufs, s’est faite au détriment du logement privé. À Paris, en 25 ans, le parc locatif privé a été divisé par presque 2 quand dans le même temps le parc locatif social a été multiplié par 1,8. La conséquence de cette politique est la difficulté pour les classes moyennes de se loger à cause de la réduction de l’offre locative privée.

Enfin, on entend souvent à juste titre que les incitations financières ne sont pas des motivations suffisantes pour inciter les Français à avoir plus d’enfants. La grande majorité des études sur le sujet concluent que l’effet des politiques natalistes financières ou fiscales est très faible, voire nul, seulement un effet de calendrier. Cependant, comme le souligne le rapport d’information sur les causes et les conséquences de la baisse de la natalité en France de l’Assemblée nationale[2], une faible variation de la fécondité peut avoir des effets extrêmement importants sur la natalité au niveau national. Entre 2026 et 2045, une augmentation de l’indicateur de fécondité de 0,2, à 1,8 au lieu de 1,6, toutes choses égales par ailleurs, permettrait d’augmenter la population française âgée de 0 à 19 ans de 1,59 million de personnes. À l’inverse, un indicateur de fécondité plus faible à 1,4 diminuerait cette même population de quasiment 3,2 millions de personnes, soit une baisse de 20 % !  La faible variation de la fécondité décrite dans les études est donc loin d’être négligeable. Cela est d’autant plus vrai qu’une telle chute de la population de 0 à 19 ans rendrait encore plus difficile le soutien à la natalité sur le long terme. Les effets de calendrier ne sont pas non plus à négliger : avoir des enfants plus tôt dans la vie pourrait augmenter le nombre d’enfants par femme, puisque le recul de l’âge de la première grossesse est un des facteurs expliquant la baisse de la natalité.

La politique familiale financière est aussi un signal positif envoyé aux familles et aux futurs parents. La stabilité de la politique familiale est un gage de confiance pour les Français. L’instabilité connue dans les années 2010, avec la réduction du plafond du quotient familial et la fin de l’universalité des allocations familiales, a très probablement accéléré la baisse de la natalité. On le voit clairement lorsqu’on compare l’évolution de l’indicateur conjoncturel de fécondité selon les niveaux de vie. Tandis que les classes modestes, qui n’ont pas été concernées par les réformes des années 2010, ont connu une baisse assez faible de leur indicateur de fécondité, celui des classes moyennes et aisées a chuté. Selon l'IGAS, l'indicateur des classes les plus modestes est passé d’environ 2,0 à 1,95 entre 2011 et 2017 (-2,5 %), tandis que celui des classes moyennes a baissé d’environ 18 à 20 %, et celui des classes aisées de presque 13 %. Si les réformes n’ont pas été le seul et unique facteur de baisse de la natalité, elles y ont certainement participé. Dans sa revue des dépenses socio-fiscales en faveur de la politique familiale[3], l’Inspection générale des affaires sociales le reconnaît clairement : « l’instabilité de la politique familiale sous l’effet de la succession de réformes au cours des années 2010 pourrait être de nature à peser sur la confiance des ménages dans la pérennité et la capacité de la politique de la famille à les accompagner dans la parentalité ». D’ailleurs, l’indicateur conjoncturel de fécondité a baissé bien plus rapidement en France que dans la plupart des pays européens depuis 2013, probablement en partie à cause des réformes des années 2010 puisque les autres facteurs, dégradation des perspectives économiques mondiales et éléments structurels et culturels de la démographie, ont touché également nos voisins européens. Ainsi, même si l’indicateur de fécondité reste élevé en France relativement aux autres pays européens, celui-ci chute plus rapidement depuis une dizaine d’années et on constate un effet de rattrapage inquiétant.


Les conséquences des réformes de la politique familiale des années 2010

L’indice conjoncturel de fécondité n’a donc baissé que de 2,5 % entre 2011 et 2017 pour les classes très modestes qui n’ont pas été touchées par les réformes des années 2010. Sur la même période, pour l’ensemble de la population, l’ICF a baissé de 6 % et le nombre de naissances a chuté de 53 841 en 2017 par rapport à 2011. Nous pouvons donc estimer grossièrement le nombre de naissances perdues du fait de la baisse plus forte de la natalité chez les classes moyennes et supérieures. Si l’ensemble de la population avait vu son ICF baisser de 2,5 % comme pour les classes modestes, on peut estimer que le nombre de naissances aurait baissé de 22 546, soit un écart de plus de 30 000 naissances pour l'année 2017 seulement. Ainsi, si on estime que le nombre de naissances « perdues » par an est au moins égal à celui de 2017, alors la France aurait pu connaître 270 000 naissances supplémentaires de 2017 à 2025 inclus. Ces naissances perdues ne sont pas le fait des réformes uniquement, mais celles-ci ont participé à la baisse des naissances pour les classes moyennes et supérieures. L’estimation de 30 000 naissances perdues repose sur un calcul imparfait puisque l’ICF est un indice synthétique des taux de fécondité par âge agrégés et non une mesure du nombre réel d’enfants par femme, mais ce résultat permet d’avoir une idée globale des effets sur la natalité des réformes de 2010.

Si l’on compare les démographies française et allemande et les politiques familiales des deux pays, on peut constater les effets de deux orientations opposées. Pendant qu’en France, dans les années 2010, la politique familiale est réformée pour supprimer l’universalité des allocations familiales et réduire le plafond du quotient familial, les Allemands font le choix inverse, soutiennent leur politique familiale et offrent des déductions fiscales ou des allocations familiales généreuses pour les parents, (plus généreuses qu’en France dans la grande majorité des cas[4]). Entre 2011 et 2017, le nombre de naissances en France baisse d’environ 6,5 %, pendant que les naissances allemandes augmentent de 18 %. Si le nombre de naissances avait suivi, chaque année entre 2011 et 2017, l’évolution des naissances allemandes, la France aurait compté environ 645 000 naissances supplémentaires sur la période, soit le nombre de naissances en France en 2025 ! Certes, l’Allemagne est un pays à la démographie très différente de la démographie française, qui a un indicateur conjoncturel de fécondité largement inférieur à la France, 1,39 en 2023, mais cette comparaison illustre bien l’autosabotage de la natalité française à cause des réformeshostiles aux familles de classes moyennes et aisées.

On peut élargir la comparaison au reste de l’Europe en prenant la même méthodologie qu’avec l’Allemagne. Si le nombre de naissances en France avait suivi l’évolution du nombre moyen de naissances dans les 27 pays de l’actuelle Union européenne, hors France, alors la France aurait enregistré quasiment 140 000 naissances supplémentaires sur la période 2013-2017.

Conclusion et propositions

Le déclin démographique n’est donc pas une particularité française, mais un phénomène mondial particulièrement fort dans les pays développés. L’indice de fécondité a diminué de plus de moitié en moyenne dans l'OCDE, passant de 3,3 enfants par femme en 1960 à 1,5 en 2022. Les politiques familiales peuvent permettre de ralentir la baisse de la natalité, mais probablement pas d’inverser la tendance. L’OCDE alerte : « l’infléchissement des courbes de fécondité ne saurait neutraliser les effets du vieillissement démographique, en particulier à court terme ». Il faut donc impérativement repenser notre modèle économique et social pour s’adapter au vieillissement de la population.

Cependant, ce constat ne doit pas inciter à l’inaction et à l’abandon. Il est encore possible de soutenir les familles et la natalité en créant un environnement plus propice au désir d’avoir des enfants qui permette aux Français de projeter un avenir prometteur pour leurs enfants. Le constat de l’efficacité limitée des politiques natalistes financières ne doit pas pousser l’État à abandonner complètement la politique familiale au risque de détruire l’idée même de la famille et de la solidarité.

Pour créer des conditions propices au fait de fonder une famille, plusieurs mesures sont proposées :

  • Changer l’organisation de la gestion des crèches et confier cette compétence aux communes/intercommunalités.

  • Accélérer la formation, y compris dans les entreprises spécialisées de garde d'enfants, pour travailler en crèche afin de lutter contre la pénurie de personnel.

  • Prioriser les enfants dont les parents ont un emploi pour obtenir une place en crèche.

  • Réduire la fiscalité immobilière. Par exemple, baisser les DMTO pour les primo-accédants avec enfants pour faciliter la première installation. La Fondation IFRAP a estimé entre 1 et 1,5 Md€ le coût de cette mesure.

  • Ouvrir la part fiscale entière dès le premier enfant. Grâce à cette mesure, deux parents mariés percevant chacun le salaire médian, (2 190 €/mois), diminueraient leur impôt sur le revenu de 632 € s’ils ont un enfant, 1 265 € s’ils ont deux enfants par rapport à l’abattement en vigueur aujourd’hui. Les parents de trois enfants et plus, (toujours percevant le salaire médian), seraient même exonérés d’impôt sur le revenu. Le premier enfant d’un parent isolé compte déjà comme une part fiscale entière, cela devrait être le cas pour les parents mariés également. Le coût de cette mesure serait de 4,4 Md€ si on attribue désormais une 1/2 part supplémentaire au premier enfant.

  • Ouvrir les allocations familiales dès le premier enfant. Le coût de cette mesure serait de 3,6 Md€.

Au total, l'ensemble de ces mesures représenterait un effort de 9 Md€ dont il est possible de financer une partie en réduisant les transferts versés par la CNAF au système de retraite, 10,7 Md€, selon la logique que les cotisations famille doivent d'abord financer le redressement de la natalité. On peut aussi envisager de plafonner le nombre d'enfants pris en compte dans le calcul des aides sociales, par exemple le RSA. Avec ces 9 Md€ supplémentaires, la part de PIB consacrée à la famille reviendrait ainsi au niveau de 2014, 3,74 % du PIB, contre 3,38 % du PIB selon les chiffres 2021 de l'OCDE.

IFRAP


[1] Démographie et finances publiques, rapport public thématique, Cour des comptes, décembre 2025 

[2] Rapport d'information du 11 février 2026 sur les causes et les conséquences de la baisse de la natalité en France, Assemblée nationale, Constance PELICHY et Jérémie PATRIER-LEITUS

[3] Revue des dépenses socio-fiscales en faveur de la politique familiale, rapport d'inspection IGF-IGAS, juillet 2021

[4] France/Allemagne : qui a la politique fi scale la plus généreuse pour les familles, site IFRAP, 17 mars 2026

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Présidentielles 2027 : Attention un Mitterrand en cacherait-il un autre ?

Sommaire:

A) - Présidentielles 2027 : souvenez-vous de Mitterrand !

B) - Mitterrand comme un désastre annoncé

 


A) - Présidentielles 2027 : souvenez-vous de Mitterrand !

Les élections présidentielles d’avril 2027 approchent à grands pas et de probables législatives aussi. La démagogie et l’espérance du pouvoir règnent. Taxer les riches et partir tôt en retraite continuent de nous paralyser. La carrière de Mitterrand nous rappelle que ça peut mal se terminer 

François Mitterrand est l’une des personnalités les plus troubles de la vie politique française du XXe siècle. Son parcours traverse les régimes, les crises et les guerres, des années 1930 à la fin du siècle. Cela avec une constante : prendre puis garder le pouvoir.

Il se permit tout dans cet objectif, y compris de fausser durablement les perceptions des Français.

Une fois au pouvoir, il a savouré avec délice sa nouvelle situation, a réussi à obtenir un second septennat malgré les graves erreurs du premier et le déclin du pays qu’elles ont entraîné. Puis, avant que les forces ne le quittent complètement, il a commencé à faire comprendre à quel point il avait roulé les électeurs.

Le plus simple est de suivre le fil de sa vie.

 


François Mitterrand avant 1980

Né en 1916 à Jarnac, en Charente, dans une famille catholique et conservatrice, ce qu’il est resté « in petto » toute sa vie, il effectue des études de droit et de sciences politiques à Paris, enseignement à l’époque très loin de la vie économique.

Il fréquente les mouvements étudiants de droite.

Une progression continue jusqu’en 1958

Prisonnier en 1939, il rentre en France en 1941. Il se rapproche du pouvoir en rejoignant les services du régime de Vichy chargés des prisonniers de guerre rapatriés.

Comme de nombreux Français de l’époque, il voit probablement dans le maréchal Pétain, le héros de Verdun. En 1943, il reçoit la Francisque, distinction personnelle accordée par le chef de l’État français.

Plus tard, il rompt progressivement avec Vichy, probablement conscient de n’avoir pas choisi le bon cheval.

François Mitterrand, ministre des Anciens Combattants et des Victimes de guerre (février 1947).

En 1943, sous le pseudonyme de « capitaine Morland », il continue à suivre la question des prisonniers de guerre et déportés et en fédère les réseaux pour la Résistance intérieure. Il séjourne à Londres puis à Alger.

Il y rencontre De Gaulle mais s’oppose à l’unification de toutes les forces résistantes sous l’autorité du général, souhaitant préserver l’autonomie de son mouvement.

Malgré ce désaccord, Mitterrand participe à la Libération et reçoit la Croix de guerre ainsi que la Médaille de la Résistance.

Après 1945, il rejoint l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), parti non socialiste du centre / centre-gauche. Il devient en 1947 ministre des Anciens combattants à trente ans.

Pendant la IVe République, il est presque continuellement au gouvernement où il occupera successivement les fonctions de ministre de l’Information, de la France d’Outre-mer, de l’Intérieur puis de la Justice.

Cette longévité ministérielle lui fait espérer de devenir bientôt président du conseil, le plus haut poste de responsabilité politique à l’époque, le président de la République ayant très peu de pouvoirs.

Un des grands soucis est alors la gestion des questions coloniales, avec l’indépendance du Maroc et de la Tunisie dans les années 1950, l’évolution des colonies d’Afrique subsaharienne vers l’autonomie puis l’indépendance et la guerre d’Algérie à partir de 1954.

Il est dans un premier temps partisan du maintien colonial et, pendant la guerre d’Algérie, il applique une politique de fermeté illustrée par l’exécution de militants indépendantistes.

L’Afrique d’abord – Quand François Mitterrand voulait sauver l’Empire français – La Découverte
 

La frustration de 1958

L’année 1958 voit la crise algérienne provoquer le retour au pouvoir du général de Gaulle. Mitterrand est l’un des rares politiques à s’y opposer frontalement.

Le 1er juin 1958, lors du débat d’investiture à l’Assemblée nationale, il prononce un discours resté célèbre, accusant de Gaulle de revenir au pouvoir sous la pression de l’insurrection d’Alger et des militaires.

Il déclare notamment ne pas accorder sa confiance à un gouvernement où « le pouvoir civil a cédé devant la force ». Ce qui, à mon avis, était mal connaître le général, comme la suite allait le prouver lorsque De Gaulle maîtrisera le putsch des généraux en 1961.

J’y vois plutôt la frustration de se voir écarter du pouvoir suprême, alors qu’il estimait que « c’était son tour » !

Cette frustration lui fait commettre une énorme imprudence : en 1959, la presse s’indigne d’une tentative d’assassinat contre lui, mais dès le lendemain la vérité se fait jour : c’était un faux attentat pour faire parler de lui ! L’homme de main avait pris la précaution de mettre en lieu sûr la préparation de la mise en scène montée avec Mitterrand…

Sa réputation est momentanément ruinée, mais il réussit à remonter le courant.

Une opposition tenace

Mitterrand reste l’un des principaux critiques du gaullisme.

En 1964, il publie Le Coup d’État permanent, ouvrage dans lequel il dénonce la concentration du pouvoir entre les mains du président… livre qu’il aurait fait racheter discrètement, une fois à l’Élysée, pour ne pas que l’on dise que cela s’appliquait parfaitement à lui-même !

L’année suivante, il parvient à rassembler la gauche, affronte de Gaulle à l’élection présidentielle et l’oblige à un second tour en 1965. Bien qu’il soit battu, il apparaît désormais comme le chef naturel de l’opposition.

Il perd une 2e manche contre De Gaulle le 30 mai 1968 : après avoir été ébranlé, le général reprend la main et Mitterrand se retrouve en porte-à-faux s’étant présenté comme son successeur.

Mais De Gaulle meurt en 1970… la voie est enfin libre !

La marche au pouvoir

Le moment décisif survient lors du congrès d’Épinay en 1971 où il prend la direction du Parti socialiste qu’il transforme, d’une formation marginale, en un grand parti de gouvernement. Son alliance avec le Parti communiste, scellée par le Programme commun de 1972, lui permet d’unifier la gauche.

Candidat à l’élection présidentielle de 1974, il est battu de justesse par Valéry Giscard d’Estaing.

La préparation de l’assaut

Il s’agit maintenant de ne pas manquer la présidentielle de 1981.

Le parti communiste est un réservoir de voix, mais plus un concurrent. Il est ligoté par « le programme commun de la gauche » qui le satisfait idéologiquement.

D’ailleurs un avenir radieux s’annonce, l’hymne du PS proclamant : « Parti socialiste, puisque tu existes, tout devient possible ici et maintenant ».

Reste à conquérir le centre qui craint les communistes. Il faut à la fois promettre des sièges de ministre à ces derniers, mais ne pas faire peur aux centristes.

D’où des discours ambigus, et je me souviens de l’un d’entre eux, que j’avais écouté attentivement.

À la question « Prendrez-vous des ministres communistes au gouvernement ? », il fit une réponse longue et compliquée (que vous pouvez revoir sur l’INA : Cartes sur Table, Antenne 2, 16 mars 1981) . Les centristes, dont moi-même, ayant compris qu’il ne le ferait pas et les communistes ayant compris le contraire, ou ayant reçu des assurances.

Un autre moyen de gagner des voix au centre était d’utiliser la rancune de Chirac, que Giscard vient de renvoyer.

Mais Mitterrand perd les législatives de 1978, Chirac restant dans la majorité, probablement pour montrer à Giscard qu’il était indispensable. Mais Giscard ne fit pas de geste en sa faveur… et la rumeur veut que Chirac ait demandé discrètement à ses troupes de voter Mitterrand en 1981, précipitant la chute de son rival à droite.

Mitterrand président : de la rupture socialiste au conservatisme

Le premier gouvernement de Mitterrand en juin 1981 (source PCF)

Lorsque François Mitterrand est élu président de la République en mai 1981, une partie de la France a le sentiment d’assister à un événement historique comparable à la victoire du Front populaire en 1936 ou à la Libération.

Même Le Monde cède à la « Tontonmania » et publie des articles extatiques dont il a probablement honte aujourd’hui.

Il n’a heureusement appliqué qu’une partie de son programme :

  • Les nationalisations touchent les grandes banques et plusieurs groupes industriels.
  • Le SMIC et les prestations sociales sont fortement augmentés.
  • L’âge de la retraite est abaissé à soixante ans,
  • La durée légale du travail passe de 40 à 39 heures par semaine,
  • Une cinquième semaine de congés payés est instaurée.

Une partie de la gauche salue « le changement de société ».

Mais la démagogie se heurte rapidement à la réalité économique : une structure de production ne se modifie pas par un vote de l’Assemblée nationale. La hausse de la consommation profite donc largement aux importations.


L’inflation demeure élevée, le déficit extérieur se creuse et les capitaux quittent le pays.

Le gouvernement est alors contraint de dévaluer le franc à plusieurs reprises. Le 4 octobre 1981, le franc est dévalué de 3 % tandis que le mark allemand est réévalué de 5,5 %. Le 12 juin 1982, nouvelle dévaluation de 5,75 %, accompagnée d’une réévaluation du mark de 4,25 %. Enfin, le 21 mars 1983, le franc subit une troisième dévaluation d’environ 8 % par rapport à la monnaie allemande. Au total, la monnaie française perd plus de 20 % face au mark en moins de deux ans.

Or la chute de la monnaie correspond en gros à la chute du niveau de vie, c’est à dire le contraire de ce qui était annoncé.

Au printemps 1983, il faut donc, soit sortir du système monétaire européen avec une baisse supplémentaire prévisible du franc et du niveau de vie, soit rester dans le cadre européen et accepter la discipline monétaire allemande.

Mitterrand choisit cette seconde voie. Il avait réussi l’essentiel : prendre le pouvoir et régner. Il en profitait largement, mais ce n’est pas mon sujet.

Le peuple exprima son mécontentement dans les élections partielles, puis lors des législatives de 1986. Chirac devient premier ministre et le président se met à l’abri des problèmes quotidiens : tout ce qui va arriver maintenant ne sera pas de sa faute !

Deux décisions particulièrement catastrophiques

Je vais revenir sur 2 décisions qui m’ont particulièrement touché, la première intellectuellement et la seconde professionnellement : la retraite à 60 ans et l’impôt sur les « grandes » fortunes, des « fortunes » en fait très modestes, surtout comparées à certains records d’aujourd’hui !

La retraite à 60 ans

C’est la mesure qui a probablement décidé de la victoire électorale de Mitterrand et qui empoisonne encore la vie politique d’aujourd’hui.

Sur le plan technique, il s’agissait en pratique d’avoir 1 ou 2 millions de cotisants de moins et 1 à 2 millions de retraités de plus, soit un coût de quelques dizaines de milliards en euros 2026. Donc une mesure extrêmement coûteuse dont le montant était camouflé car je ne me souviens pas de débat grand public sur le chiffrage.

De plus, l’arrivée à 60 ans des générations du baby-boom (1946 -1974) alourdirait considérablement ce coût à partir de 2006.

Lors d’une discussion pré-électorale entre Mitterrand et son futur premier ministre, Pierre Mauroy lui aurait dit : « François, avec notre pyramide des âges, on va vers la catastrophe en 2006 ». Mitterrand lui aurait répondu : « 2006 ? De quoi me parles tu ? Nous sommes en 1980 et avons une élection à gagner ».

Mais, pire que la démagogie, c’est l’imposture intellectuelle : la magie d’un État omnipotent occultait la réalité : « On m’a dit que c’était impossible, eh bien, je viens de le signer, donc c’est fait ».

Le bon peuple est maintenant persuadé qu’il suffit « de mettre de l’encre sur du papier » pour résoudre la forme de la pyramide des âges ou tout autre problème !

L’Impôt sur les Grandes Fortunes (IGF)

Autre tour de magie, qui, comme le précédent, empoisonne encore la politique d’aujourd’hui. Il s’agit de l’IGF (impôt sur les grandes fortunes) c’est-à-dire taxer les riches, donc « les autres », pour réduire les inégalités.

Taxons les riches et tout ira mieux !    En novembre 2022, je publiais « Taxons les riches et tout ira mieux » : 3 ans après, la démagogie égalitariste continue de battre son plein dans une confusion intellectuelle totale. Et comme toujours cela se terminera par plus de pauvreté pour ceux que l’on proclame vouloir défendre !

Mais que s’est-il passé en pratique ?

Les vraiment riches possédaient (comme aujourd’hui) des actions de sociétés cotées et pouvaient donc payer l’impôt en vendant quelques actions.

Mais pas des entrepreneurs ou leurs familles qui avaient monté leur propre affaire pendant des dizaines d’années : si vous avez un logement et des revenus moyens et que la fiscalité immobilière augmente fortement, vous ne pouvez pas payer l’impôt en vendant quelques mètres carrés. Vous êtes obligés de vendre et de déménager.

Il en va de même des entreprises familiales : personne n’est intéressé par quelques actions pour voir le fondateur ou ses héritiers continuer à diriger comme avant : si on a besoin d’argent, il faut tout vendre !

Un exemple vécu : une PME absorbée par un grand groupe

Notre société familiale que mon père avait mis 50 ans à construire a dû être vendue par ses héritiers disposant de peu de revenus (particulièrement les jeunes sœurs) et qui devaient par ailleurs à payer des droits de succession.

Pourquoi ? À l’époque l’impôt sur les bénéfices était de 50% (contre 15 à 25% aujourd’hui) et l’impôt sur le revenu avait une tranche maximale dépassant 70 %.

Donc verser des dividendes aux héritiers était ruineux pour l’entreprise et il ne restait rien au bénéficiaire après paiement de l’IGF ! La seule solution était de vendre après un an ou 2 d’acrobaties financières.

Le grand groupe acheteur s’est empressé de supprimer le siège social et une partie des agences pour faire des économies en fusionnant l’entreprise avec ses concurrents. Un technocrate parisien super diplômé ne voit pas l’intérêt d’avoir un siège social à Châtellerault peuplé d’autodidactes !

Le résultat humain a été la mise au chômage des vieux compagnons formés sur le tas, qui n’ont jamais retrouvé de travail et la transformation des actionnaires en rentiers … Tout ça sous prétexte de réduire les inégalités !

Et je ne parle pas de la transformation de cadres associés humainement et financièrement à la marche de l’entreprise, en « numéros » dans une société beaucoup plus importante… du moins pour ceux qui n’ont pas été licenciés.

Mitterrand a dû adoucir cet impôt quelques années plus tard, devant la multiplication des catastrophes, mais c’était trop tard pour nous !

Et pourtant Piketty et bien d’autres sont en train de concocter une cuisine analogue « pour réduire les inégalités ». Je crains que le remède ne soit encore fois pire que le mal.

Piketty : une avalanche de chiffres pour une idéologie contestable   Les inégalités sont un sujet important, mais plus propre aux proclamations qu’aux analyses sereines. La polarisation sur ce thème est devenue un facteur important pour les carrières. Celle de Thomas Piketty, dont le dernier livre vient de paraître, en est une bonne illustration.

Mais restons sur Mitterrand : allons, personne n’est totalement mauvais. Cherchons une réussite.

Un peu d’indulgence ?

La décentralisation, avec les lois Defferre ? L’idée est bonne, même si elle bénéficiait d’abord à l’instigateur. La réalisation l’a été un peu moins si on en juge par les défauts de l’actuel « millefeuille territorial ».

La construction européenne ? La bonne entente avec le chancelier allemand Helmut Kohl l’a effectivement fait avancer. Mais le résultat a été le monstre bureaucratique de Bruxelles !

Le second septennat est d’ailleurs un aveu d’échec du premier. Les privatisations engagées par Chirac premier ministre ne sont en particulier pas remises en cause.

Mitterrand – Kohl artisans de la réconciliation franco-allemande (crédit UE)

Plus généralement ce second septennat est présenté en général comme un retour à la sagesse. Je n’en suis pas vraiment convaincu : le cancer, qui avait commencé dès le début du premier septennat et avait donné lieu à de faux certificats de bonne santé, commençait à affaiblir le président, heureusement déchargé de la lourde tâche de gouverner par la 2e cohabitation et la nomination de Balladur comme premier ministre.

J’ai eu au contraire l’impression que la fatigue ou l’ironie l’ont mené peu à peu à faire transparaître sa vraie nature : un conservateur qui a roulé la gauche en faisant semblant d’être de son camp.

Il ne s’est intéressé au parti socialiste que comme instrument de conquête du pouvoir, et malheureusement s’est obligé à en appliquer une partie du programme, ce que la France a payé cher.

Sa carrière que nous venons de survoler n’a pas commencé par le marxisme comme beaucoup d’autres socialistes.

Il a contraire gardé des liens avec les personnalités issues de son univers de jeunesse, comme René Bousquet.

En conclusion

Bref, après un brillant début de carrière politique, Mitterrand a été frustré du pouvoir suprême par De Gaulle et en a gardé une rancune tenace. Après la mort de ce dernier, il s’est dit socialiste pour prendre le pouvoir en proclamant qu’il allait réaliser « la rupture avec le capitalisme ».

Ce fut une catastrophe et pour sauver son septennat puis pour en avoir un deuxième, il affiche peu à peu le conservatisme qu’il avait dissimulé.

Une explication aimable est qu’il s’agit du passage de la démagogie à un peu plus de réalisme. Mon avis est que c’est tout simplement la soif du pouvoir puis le désir de le conserver qui sont les vrais moteurs de ce comportement !

Donc soyons vigilants aux déclarations brutales ou démagogiques de certains candidats à la prochaine présidentielle.

Yves Montenay

Yves Montenay : un tour du monde permanent

En 1963, étant élève ingénieur à l’école Centrale de Paris, j’ai fait à Montréal pour Radio Canada une étude sur les problèmes politiques que rencontraient les francophones (la Révolution tranquille).

À partir de 1965, pendant et après Sciences Po, j’ai analysé et réorganisé de nombreuses PME, ce qui explique mes références concrètes au monde de l’entreprise.

A partir de 1968, j’étais maître de conférences d’économie à l’Institut d’Études Politiques (Sciences Po) de Paris. Dans cette conférence du soir, j’avais des étudiants atypiques (salariés) ou très typés (polytechniciens économètres). C’était également l’époque des premières apparitions de l’informatique et de toutes sortes de mythes à son sujet dans les entreprises que j’avais à organiser dans la journée. Et la finance s’internationalisait, les économistes (dont Raymond Barre) en tiraient des théories compliquées, alors que tout cela était fort simple vu du terrain.

À partir de 1975, j’ai fait de nombreuses missions en Arabie Saoudite, dans les Émirats et en Iran, notamment via les filières francophones. A cette époque, ces pays avaient plus d’argent qu’ils ne pouvaient en utiliser, ce qui conduisait à des situations parfois dangereuses, mais toujours hautes en couleur et économiquement instructives. Ma connaissance du monde musulman s’est révélée utile.

Cette activité s’est peu à peu élargie aux 5 continents, notamment aux États-Unis, au Québec et au Brésil. J’en ai profité pour y multiplier les contacts en dehors du monde des affaires, notamment en géographie humaine. Cela m’a permis de « faire tourner » avec d’autres bénévoles, et sous la houlette du futur Recteur Gérard-François Dumont, la chaire d’Alfred Sauvy au Collège de France, cet homme remarquable étant à l’époque très âgé.

Dans ce contexte, le Président Senghor m’a chargé de l’implantation « psychologique » du planning familial au Sénégal : explications à la télévision, concertation avec les autorités musulmanes, « les intellectuels », les professions concernées et le tour du pays pour rencontrer les autorités locales.

Parallèlement, les remous économiques et fiscaux de l’époque Mitterrand ont fait absorber mon entreprise par un grand groupe, ce qui m’a permis de côtoyer des « grands » patrons fort conscients de leur importance, et d’observer des situations caricaturales (notamment le débarquement de Disney en France).

J’ai ensuite mené de front une activité de conseils aux PME (Asie, Amérique) et le début d’une carrière universitaire officialisée par une thèse sur la démographie politique des pays arabes d’Afrique, avec comme ressort leur plus ou moins grande ouverture, notamment grâce au français.

Cette carrière m’a amené de nouveau dans le monde musulman, cette fois pour des coopérations universitaires, ainsi qu’à la direction d’une grande école, ayant elle aussi des rapports anciens avec les pays arabes. Autant d’observatoires de la transformation rapide des sociétés musulmanes.

Les rapports entre le Maghreb et l’immigration en France m’ont amené à étudier cette dernière, période durant laquelle j’ai croisé Emmanuel Todd, Michèle Tribalat, Malek Chebel ainsi que des industriels soucieux d’insertion. Et l’immigration est un pont entre la démographie politique du Nord et celle du Sud, c’est à dire les interactions entre population, économie et politique.

Mais la meilleure façon de me connaître est de lire mes articles

Bibliographie

Auteur d’une thèse sur la démographie politique des pays arabes d’Afrique

Auteur des Échos du Monde Musulman, lettre électronique envoyée aux abonnés depuis 2007.

Auteur de La Traversée du Siècle, chroniques historiques des années 50 et suivantes d’après les souvenirs personnels d’Yves Montenay, féru de politique depuis son plus jeune âge.

Yves Montenay a publié 7 livres qui reflètent 40 ans d’expérience de terrain appuyée par 15 ans de travaux universitaires :

1. La langue française, arme d’équilibre de la mondialisation
2. Le mythe du fossé Nord-Sud
: les pays du Sud peuvent se développer, comme cela a été vérifié plus tard par la Chine, puis le Vietnam et bien d’autres

3. Nos voisins musulmans, du Maroc à l’Iran
4. Retraites familles et immigration en France et en Europe
5. Le monde arabe sous le poids du nombre
6. Le français dans le monde arabe
7. La langue française face à la mondialisation

Ils ont en commun de s’opposer à des clichés dont les médias et parfois l’école nous abreuvent. Ils sont souvent attaqués par des partisans de camps opposés.

Voir aussi mon CV sous forme classique : CV-Yves Montena

https://www.yvesmontenay.fr/2026/06/20/presidentielles-2027-souvenez-vous-de-mitterrand/

 


 

B) - Mitterrand comme un désastre annoncé

SOMMAIRE:

A) L’héritage empoisonné de François Mitterrand - Serge Halimi - Le monde diplomatique

B) François Mitterrand : mi-félon, mi-tyran de Maxence Martin par kipthinking

C) MITTERRAND François, Marie, Adrien, Maurice par Gérard Grunberg - Le Maitron

D) Mitterrand, l’homme qui a ruiné la France et ses héritiers ! par Antonin Bruniquel - lesobservateurs.ch

E) François Mitterrand, la politique immobile et le délitement du pays - Edouard Husson - Atlantico

F) Il y a 40 ans, François Mitterrand devenait Président…


A) L’héritage empoisonné de François Mitterrand

Il y a un peu plus de quinze ans, M. Jean-Pierre Chevènement analysait déjà l’histoire de la gauche française et sa propre expérience au gouvernement dans les postes les plus divers : industrie, éducation, défense, intérieur (1). Depuis, il n’est pas redevenu ministre, ni candidat à l’élection présidentielle, mais son premier livre de Mémoires n’avait apparemment pas épuisé le sujet. L’ouvrage qui paraît aujourd’hui, un peu moins solennel et davantage rédigé sur le mode du récit, complète utilement le précédent (2).

Le personnage de François Mitterrand y occupe une place centrale. Cela se comprend : l’homme résida quatorze ans à l’Élysée et fut tout à la fois celui qui arracha les socialistes à leurs alliances avec lecentre, leur permettant ainsi d’arriver au pouvoir, puis celui qui en fit les cousins des libéraux proeuropéens incarnés par Valéry Giscard d’Estaing, que Mitterrand avait empêché d’effectuer un second septennat. M. Chevènement analyse brillamment ce retournement. Parfois, il affecte de ne pas en avoir été surpris. Ébauchant dès 1967 l’alliance de sa petite bande d’amis et de Mitterrand, il signale le peu d’enthousiasme que celui-ci leur inspirait alors : « Il avait à nos yeux quelques lacunes : il ne connaissait pas grand-chose au socialisme (…). En matière de gauche, sa rhétorique en était restée à Lamartine. (…) Sa culture économique était malheureusement nulle. » M. Chevènement fit néanmoins le pari d’aider son nouvel allié « à combler ou à tout le moins dissimuler ses lacunes ». Il admet aujourd’hui avoir péché par orgueil : « En politique, j’avais tout à apprendre, et j’ai beaucoup appris de François Mitterrand. »

Appris beaucoup, mais pour obtenir quels résultats, dès lors que le « superbe cadeau » de Mitterrand à son parti (l’alternance politique) s’est révélé « empoisonné » ? M. Chevènement résume : « Le social-libéralisme fut le prix de cette longévité au pouvoir du Parti socialiste mais aussi la source profonde de son rejet final en 2017. » Deux ans avant d’entrer à l’Élysée, Mitterrand aurait d’ailleurs admis sa médiocre ambition collective : « Au fond, Jean-Pierre, je ne crois pas que la France, à notre époque, puisse faire autrement — hélas — que passer à travers les gouttes. »

La suite de démissions de M. Chevènement du gouvernement en raison de désaccords essentiels sur la politique économique (1983), sur la guerre du Golfe (1991), sur l’octroi d’un pouvoir législatif à la Corse (2000), oblige néanmoins à s’interroger sur le motif de ses éternels retours. Une fois engagé, en 1983, le « tournant de la rigueur », qui, comme l’auteur le démontre, va faciliter le « triomphe sur le continent européen du modèle néolibéral », une fois entériné, en 1985, l’Acte unique « à l’unanimité et sans débat » par un conseil des ministres (auquel il participe…), une fois qu’un autre conseil des ministres accepte trois ans plus tard une directive européenne « visant à la libération des mouvements de capitaux, avant toute harmonisation préalable de la fiscalité sur l’épargne » (M. Chevènement exprima alors son opposition, mais en restant ministre de la défense), comment a-t-il pu encore se persuader qu’il suffirait d’« avaler la couleuvre, dans l’espoir qu’il serait possible ensuite de s’en débarrasser » ?

La guerre du Golfe fut l’un des serpents des plus indigestes. Et, dans cette affaire, la duplicité de Mitterrand tutoya les sommets. Jusqu’en janvier 1991, le président fait croire à son ministre de la défense qu’il recherche une solution négociée avec Saddam Hussein. Pourtant, dès août 1990, il a promis à son homologue américain George H. Bush d’engager militairement la France à ses côtés… « “Bien sûr, explique-t-il un jour à M. Chevènement, les gouvernements arabes criaillent aujourd’hui, mais soyez sûrs que demain ils seront tous là pour venir quêter des subsides, là, au creux de notre main.” Et il esquissa le geste… »

Deux étranges visiteurs Place Beauvau

L’auteur revient aussi sur ses démêlés avec Le Monde. Partisan comme Mitterrand de la guerre du Golfe, le quotidien aurait imputé avec malveillance les critiques de son ministre de la défense à un « “retour d’épices” de la part de Bagdad (3)  ». Il s’oppose à lui plus frontalement encore lorsque celui-ci devient ministre de l’intérieur dans le gouvernement de M. Lionel Jospin. L’auteur raconte que, le 11 février 1999, Jean-Marie Colombani et Edwy Plenel viennent le trouver Place Beauvau afin de lui signifier la ligne que le gouvernement doit suivre s’il compte sur l’appui éditorial de leur journal. Plenel aurait alors expliqué : « Lionel Jospin a mis l’accent sur l’État et sur la nation. Or Le Monde est europhile, eurosocial, europolitique, etc. Ses dirigeants estiment qu’il ne s’agit pas de mettre l’accent sur l’État-nation, mais sur les voies et moyens permettant à la France de remplir sa place dans le développement européen. » L’auteur soupçonne que Le Monde fit ensuite pression sur M. Jospin afin que celui-ci adopte, à propos de la Corse, une position qui contraindrait M. Chevènement à la démission. En échange, le premier ministre socialiste aurait obtenu le soutien du quotidien à sa future candidature présidentielle…

Qu’on ne s’attende pas à trouver l’analyse du résultat, désastreux pour lui, de cette élection dans le dernier livre de M. Jospin (4). Suite de généralités sur la politique française, la démocratie, les migrations, l’écologie, ce genre de copie eût peut-être décroché la moyenne à Sciences Po. Mais pas beaucoup plus, tant un correcteur sorti de sa torpeur aurait jugé que l’ancien premier ministre s’y montre exagérément indulgent envers lui-même.

Un peu comme M. Chevènement envers l’actuel président de la République ? L’auteur confie en effet qu’un « a priori favorable » l’aurait presque poussé à voter pour M. Emmanuel Macron dès le premier tour de l’élection de 2017 s’il n’avait pas redouté alors de se retrouver « avec Daniel Cohn-Bendit, Alain Minc et Jacques Attali ». Ce qui, admet-il, « aurait nui à la cohérence de mon positionnement idéologique et politique ». On ne saurait mieux dire… Faut-il par conséquent accepter que, même dans les parcours des hommes d’État les plus cohérents, les souvenirs et les amitiés personnelles forment des méandres que la simple raison rend indéchiffrables ? Ainsi, tout comme M. Jean-Luc Mélenchon ne manque jamais une occasion de proclamer sa fidélité à Mitterrand, architecte de l’Europe libérale qu’il combat, M. Chevènement dit ne pas comprendre le « rejet viscéral » que suscite l’actuel chef de l’État. Au point de souhaiter à « Emmanuel » un nouveau bail de cinq ans à l’Élysée ?

(1Jean-Pierre Chevènement, Défis républicains, Fayard, Paris, 2004. Lire « Quand la gauche de gouvernement raconte son histoire », Le Monde diplomatique, avril 2007.

(2Jean-Pierre Chevènement, Qui veut risquer sa vie la sauvera. Mémoires, Robert Laffont, Paris, 2020.

(3À l’époque, l’Irak était soupçonné de financer subrepticement plusieurs formations politiques françaises.

(4Lionel Jospin, Un temps troublé, Seuil, Paris, 2020.

 


 

B) François Mitterrand : mi-félon, mi-tyran

 Que les détracteurs gauchistes ne se méprennent pas. Cet article n’est aucunement un pamphlet contre le bilan des deux septennats mitterrandiens. Je leur reconnais certains progrès, comme l’abolition de la peine de mort, la dépénalisation de l’homosexualité, la cinquième semaine de congés payés ou les lois Deferre. Ce papier a uniquement pour vocation de mettre François Mitterrand face à ses contradictions.

Dimanche 10 mai 1981. 20 heures. Soirée tristement célèbre de l’Histoire de France. Après deux tentatives infructueuses, François Mitterrand accède à la fonction suprême. Son heure a tant tardé. Mais elle est enfin venue. Heureusement pour lui : si ambitieux, il se désespérait. Il parade, onze jours plus tard, la rose à la main, devant le Panthéon. Les soixante-huitards sont en liesse tandis que d’autres sont en pleurs. Ceux-là sont visionnaires : ils devancent le désastre qui s’annonce.

Les Français ne le savent pas encore : ils viennent d’élire un arriviste invétéré, un politicien véreux courant après tous les postes, un scélérat pour qui la trahison est habitude. Toute sa vie durant, Mitterrand a conformé ses idées aux majorités. Il est l’archétype de l’homme politique sans aucune conviction, dont les choix ne sont guidés que par la soif de pouvoir. Il est un Talleyrand moderne, un homme cultivé et raffiné en apparence, mais surtout diablement rusé. Un homme qui use de tous les scrupules pour satisfaire ses insatiables appétits.

Chose étrange, François Mitterrand est parvenu à tromper les Français. Il est parvenu à duper l’Histoire, en y entrant comme un géant de la gauche. Il est urgent de rétablir la vérité et de faire lumière sur le personnage détestable qu’il était.

Un mythe errant, de droite à gauche

Le candidat socialiste aux élections présidentielles de 1965, de 1974, de 1981 et de 1988 n’a pas toujours été de gauche. Loin de là. Mitterrand a commencé sa carrière politique dans les rangs de la droite la plus infâme, celle du Régime de Vichy [1]

Dans les années 1930, François Mitterrand est un sympathisant du colonel de la Rocque et un membre actif des Volontaires nationaux, organisme de jeunesse des Croix-de-Feu, mouvement nationaliste flirtant avec un « fascisme à la française ». On le retrouve lors de manifestations d’extrême droite organisées par l’Action Française. L’une d’entre elles fustige la prétendue « invasion métèque ».

Sous l’Occupation, François Mitterrand est un fonctionnaire fidèle à Pétain et entièrement dévoué à la cause de Vichy. Il voue une admiration sans bornes au Maréchal. À sa sœur, il écrit, en mars 1942 : « j’ai vu le maréchal au théâtre […] il est magnifique d’allure, son visage est celui d’une statue de marbre » . Pire encore : il est décoré de la Francisque, la plus haute distinction de la France de Vichy. Mais Mitterrand est malin : sentant le vent tourner, il passe à la Résistance. Il se positionne car il souhaite avoir un rôle de premier plan dans la république qui se profile.

Une fois la IVe République proclamée, François Mitterrand s’agite. Il noue des alliances avec n’importe qui, du moment que cela peut lui apporter du crédit. Il devient l’ami des socialistes, des centristes, des chrétiens et des sociaux-démocrates et des conservateurs. Entre 1946 et 1958, il fait partie de pas moins de huit gouvernements aux tendances politiques différentes. Sa nouvelle lubie : parvenir à la présidence du Conseil. Pour ce faire, il fait d’abord mainmise sur des ministères régaliens, notamment sur celui de l’Intérieur ou de la Justice, où il se fait connaître par ses mesures radicales et futiles.

L’homme qui se voudra anti-impérialiste est alors le plus ardent défenseur de l’Algérie Française. En tant que ministre de l’Intérieur, il acte l’envoi du contingent de l’autre côté de la Méditerranée. En novembre 1954, en pleine Assemblée Nationale, il tonne : « la rébellion algérienne ne peut trouver qu’une forme terminale : la guerre ». Puis il ajoute : « l’Algérie, c’est la France ».

L’homme qui abolira la peine de mort est alors un guillotineur invétéré. Le garde des Sceaux Mitterrand envoie sans remords les nationalistes algériens sous le couperet. Il est bien décidé à écraser le FLN, condition sine qua non pour atteindre les plus hautes sphères de l’État. Celui qui n’est alors que le numéro 3 du gouvernement rêve d’en être le premier. Mais pour cela, encore faut-il ne pas passer pour un « mou » aux yeux de l’opinion publique et donner des gages aux Européens qui réclament la tête des séparatistes. Terne bilan de l’Algérie mitterrandienne : normalisation de la torture, condamnations expéditives, une quarantaine d’Algériens sans leur tête.

Le Tonton flingueur du PS

Après ses errements nationalistes, vichystes et carriéristes, François Mitterrand se fixe temporairement à gauche. Il est nommé premier secrétaire du PS en 1971. À Épinay, les socialistes se prosternent devant leur nouveau seigneur. Pourtant, ils ne devraient pas se réjouir : ils viennent de se planter une épine dans le pied. Pour l’heure, François Mitterrand est porté par les espoirs populaires. Il finira par les décevoir en se faisant le fossoyeur de toute une gauche.

S’il scelle son union avec le PCF et le MRG en 1972 en adoptant un programme commun insensé, c’est uniquement pour mieux marcher sur l’Élysée. En effet, Mitterrand lorgne le soutien des communistes, qui représentent encore, en France, une force politique majeure[2]. Malgré leurs désaccords et l’éclatement de l’Union de la gauche en 1977, il obtient en 1981 leur ralliement lors du second tour de l’élection présidentielle. « Si je suis élu, promet-il, vous aurez des ministres ». Quatre ministres PCF font effectivement leur entrée au gouvernement Mauroy. Ils n’y feront pas long feu : ils seront gentiment remerciés deux ans plus tard. Hasta la vista.

Celui qui a été élu sur le serment de renverser l’ordre économique établi et de terrasser le libéralisme bafoue ses engagements dès 1983. Le socialisme à la française laisse rapidement place au réalisme économique, à l’austérité, et au « Tournant de la rigueur ». Sous Mitterrand, tout fout le camp. Les inégalités et la précarité explosent. Le travail est accaparé malgré l’adoption des trente-neuf heures. Le franc est dévalué à trois reprises. Les salaires ne sont plus indexés sur les prix. Les gouvernements socialistes se succèdent et ne parviennent pas à juguler le chômage, qui passe de 6 % en 1981 à 10,2 % en 1994. Une tradition de la gauche depuis. Usé, incapable, las, il admet en 1993 : « dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé ». Ne blâmez donc pas l’élève Hollande. Il n’a que trop bien suivi les leçons du professeur Mitterrand. Lorsque l’on est élu à gauche, lui a-t-il confié, il faut gouverner à droite.

Le président Mitterrand devrait donc être une insulte pour le PS. Il a sapé sa crédibilité en reconnaissant tacitement que le socialisme est une utopie. Il l’a divisé en consacrant la dichotomie entre sociaux-démocrates et socialistes radicaux. Il l’a humilié. Sous sa présidence, le Parti Socialiste enregistre des défaites historiques. En 1993, lors des élections législatives, un raz-de-marée bleu déferle sur l’Assemblée nationale. Le RPR et l’UDF remportent 472 sièges, la plus large majorité qui n’ait jamais été faite. Les députés socialistes refluent du Palais Bourbon. Bon débarras. Merci Tonton !

Premier secrétaire général de la République populaire française ou dernier roi de France ?

Sous Mitterrand, la France était à la fois l’URSS et l’Empire russe. L’URSS, car, qu’on le veuille ou non, le programme économique et l’exercice du pouvoir mitterrandien imitaient les pratiques soviétiques ; l’Empire russe parce que Mitterrand se la jouait empereur de toutes les Russies.

Entre 1981 et 1983, Mitterrand nationalise à tout va banques et industries, fait flamber la dette française et ordonne la création d’emplois publics, mauvaise idée pour pallier un chômage grandissant. Impossible de lui en vouloir : il respectait encore ses engagements de campagne, au péril de la France. La politique économique bolchevique n’est pas la seule qualité de l’URSS qui l’a inspiré : Mitterrand a en effet abusé des méthodes de gouvernance soviétiques. D’abord, il a donné naissance à une Nomenklatura française en promouvant Ségolène Royal, François Hollande, Michel Sapin ou encore Martine Aubry, soit autant de personnalités qui minent encore aujourd’hui notre vie politique. Ensuite, le petit Père François, qui s’est entouré d’une sorte de KGB à la française qui lui était entièrement dévoué, a traqué ses critiques. Sous couvert d’anti-terrorisme, il a mis sur écoute une centaine de Français pour les empêcher de divulguer des « informations sensibles » à son sujet [3], à l’instar de l’existence de sa fille adultérine, Mazarine Pingeot, sa maladie, un cancer de la prostate ou son passé, passé à l’extrême droite. Comme les soviétiques, il a manipulé l’information. Pour faire croire qu’il était sain, comme l’exigeait sa fonction, il a sommé son médecin de signer de faux certificats de santé. Enfin, à la manière de Joseph Staline passant un pacte avec le diable nazi, François Mitterrand, par intérêt, s’est associé à la pire racaille. Il a propulsé le tricheur Tapie en politique, l’a soutenu lors des élections législatives de 1988 et l’a fait Ministre de la Ville en 1992. Il a favorisé le Front national, qui est passé, sous sa présidence, d’un groupuscule d’extrême droite à un parti ancré dans le vie politique française. Comment ? Sous couvert de renforcement de la démocratie, Mitterrand a introduit le scrutin proportionnel en 1986 et a envoyé des lettres de sa plume aux chaînes de télévision les enjoignant à exposer davantage Jean-Marie le Pen. Son unique souhait était d’affaiblir la droite en la divisant. Résultat : aux élections législatives de 1986, le Front National glane 9,65 % des suffrages exprimés et 36 députés. Rien que cela. Merci François !

Pendant ses deux septennats, François Mitterrand ne préside pas : il règne. L’Élysée n’est plus qu’un palais où se jouent affaires et intrigues. Le monarque passe tranquillement ses Noël dans un hôtel en Égypte aux frais du contribuable. Son fils, « Papa m’a dit », devient sans que personne ne sache pourquoi conseiller pour les Affaires africaines à l’Élysée. Sa maîtresse et sa fille, Anne et Mazarine Pingeot, sont entretenues par l’État. Comme l’empereur Nicolas II avant lui, le roi Mitterrand méprise le peuple. Il est répugnant, médisant et malveillant. Il se croit plus savant et plus intelligent que les autres. En son for intérieur, il ne pense qu’à lui, qu’à son succès, qu’à son pouvoir. Il humilie adversaires et alliés, à l’image du pauvre Michel Rocard, qu’il déteste. Lorsque des journalistes l’interrogent en 1988 à propos de sa succession, il répond cruellement : « par ordre de préférence, Jacques Delors, Raymond Barre, Valéry Giscard d’Estaing, mon chien, Michel Rocard » [4]. Il s’accroche à ses privilèges, quitte à agir en manœuvrier. Ni les sanctions électorales du PS ni les cohabitations ne l’arrêtent. Il se complait dans le faste du Faubourg Saint-Honoré. Le costume de président-roi lui sied. L’homme du Coup d’État permanent devient l’homme de l’Élysée. Le confort et le pouvoir lui ont fait oublié sa promesse de réduire le mandat présidentiel à cinq ans, renouvelable une fois, ou d’en faire un mandat de sept ans non renouvelable.

François Mitterrand était obsédé par la marque qu’il allait laisser dans l’Histoire. Il répétait sans cesse à qui voulait l’entendre : « je serai le dernier des grands présidents ». Pourtant, par son manque de cohérence, de vision et de projet pour la France, Mitterrand ne pourra jamais être considéré comme un des Grands de notre Nation. Il ne sera que le premier des petits arrivistes. Le premier de ceux qui polluent le débat public. Le premier de ceux qui veulent à tout prix un siège de député, de sénateur ou un ministère. Le premier de ceux qui n’ont aucune opinion, qui ne sont ni libéraux, ni socialistes, ni conservateurs, ni chrétiens ou sociaux-démocrates, ni nationalistes, ni communistes. Habile moyen pour duper les Français, contenter la majorité, supprimer la bataille des idées et rester à jamais au pouvoir.

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Sources et renvois

[1] Le journaliste Pierre Péan, dans Jeunesse française, essai publié en 1994, met en lumière le sombre passé de Mitterrand. Il dépeint sa vie de 1935 à 1947. Ces révélations, tenues pendant des décennies dans le secret, choquent profondément l’opinion publique française.
[2] Lors des élections présidentielles de 1969, le candidat communiste Jacques Duclos recueille 21,27 % des voix au premier tour. Il devance largement le candidat SFIO Gaston Deferre, qui ne récolte que 5,01 % des suffrages.
[3] C’est « l’affaire des écoutes de l’Élysée ». Edwy Plenel, journaliste au Monde et Jean-Edern Hallier, écrivain polémiste, sont les plus célèbres victimes de l’affaire.
[4] François Mitterrand finira par se présenter aux élections présidentielles de 1988 et sera réélu. Après son triomphe, en raison de la popularité de Michel Rocard, il accepte de le nommer Premier Ministre. Il dit : « il n’a ni la capacité ni le caractère pour cette fonction, mais puisque les Français le veulent, ils l’auront. (…) Dans dix-huit mois, on verra au travers ». Rocard le démentira : il ne démissionnera que trois ans plus tard, en 1991..

Maxence Martin

Étudiant français en Master in Management à HEC Paris (Promotion 2022).
Rédacteur en chef de KIP (2019-2020)

 


C) MITTERRAND François

Né le 26 octobre 1916 à Jarnac (Charente), mort le 8 janvier 1996 à Paris ; avocat à la Cour de Paris ; député de la Nièvre (1946-1958 ; 1962-1981), ministre de la IVe République, conseiller municipal de Nevers (1947-1959), conseiller général de Montsauche (1949-1981), maire de Château-Chinon 1959-1971), président du conseil général de la Nièvre (1964-1981), conseiller régional de Bourgogne (1973-1981), député européen (1979-1981), membre de direction nationale puis président de l’UDSR (1945-1965), membre fondateur de l’Union des forces démocratiques, de la Ligue pour le combat républicain et du Centre d’action institutionnelle, président de la CIR (1964-1971), 1er secrétaire du Parti socialiste (1971-1981), candidat unique de la gauche aux élections présidentielles de 1965 et 1974, président de la République française (1981-1995).

François Mitterrand a entretenu historiquement avec le socialisme français une relation complexe. Rien au départ ne le prédestinait à en devenir un jour le leader. Issu de la moyenne bourgeoisie charentaise, son père, employé des chemins de fer était devenu directeur d’une entreprise familiale de fabrication de vinaigre, et son milieu familial, étranger aux traditions de gauche, se caractérisait par un conservatisme tempéré par le catholicisme social. Son premier engagement politique se situe au milieu des années trente dans la mouvance du mouvement des Croix de Feu du colonel de la Rocque, mouvement clairement situé à droite, voire, aux yeux de certains, crypto-fasciste. Il est hostile au Front populaire et partage l’anticommunisme de la droite française. Fait prisonnier dès le début de la guerre, cette expérience, qui le marquera profondément, sera à l’origine de son premier engagement politique. De retour en France après son évasion en 1941, il travaille à Vichy au Commissariat général aux prisonniers de guerre. Il est décoré de la francisque gallique, la décoration du régime de Vichy.

L’année 1943 marque la première césure décisive dans son parcours politique. Il s’engage dans la résistance où il va prendre des responsabilités importantes sans rompre officiellement, au départ, avec Vichy. En décembre de cette même année, il rencontre le général de Gaulle à Alger et refuse de placer sous son autorité le mouvement de prisonniers de guerre qu’il a organisé. À partir de ce moment, il refusera toute allégeance au chef de la France libre. À la Libération, à la fois résistant, anticommuniste et hostile aux conceptions du général de Gaulle, il fait partie de la nouvelle classe politique qui va fonder et défendre le régime de la IVe République contre les assauts conjugués des communistes et des gaullistes. Débute alors une carrière politique qui en fera rapidement l’une des principales personnalités politiques du régime.

François Mitterrand se présente aux élections législatives de 1946 sous l’étiquette du Rassemblement des gauches républicaines (RGR), ayant adhéré à l’une de ses composantes, l’UDSR, Union démocratique et socialiste de la Résistance. Le RGR se situe à droite de l’échiquier politique. François Mitterrand fait campagne contre les communistes et les nationalisations, pour la liberté de l’enseignement et la défense de l’économie libérale. En 1947, il entame une évolution politique qui le conduira progressivement vers le centre-gauche. Il est nommé alors ministre dans le premier gouvernement de la IVe république, le gouvernement de Tripartisme dirigé par le socialiste Paul Ramadier. Il demeurera ministre sous les gouvernements de Troisième force après le départ des communistes en mai 1947. Il débute par ailleurs une carrière d’élu local très actif dans la Nièvre, se faisant élire conseiller municipal de Nevers en 1947, puis conseiller général de Montsauge en 1949, travaillant sans relâche à se construire des réseaux locaux accès au centre-gauche, concurrent de ceux de la gauche marxiste, mais aussi de plus en plus émancipés vis-à-vis de la droite traditionnelle.

Entendant jouer un rôle politique majeur au sein de l’UDSR, la configuration politique interne de cette organisation favorise alors son évolution vers la gauche. En effet, l’aile gaulliste du parti entend rapprocher celui-ci du RPF que vient de créer le général de Gaulle. François Mitterrand, totalement hostile à ce rapprochement, organise l’aile gauche du parti pour y faire obstacle. René Pleven, ancien compagnon de la Libération, le président de l’UDSR, occupe une position intermédiaire. Contre les gaullistes de son parti, François Mitterrand revendique alors hautement l’héritage républicain. Il déclare ainsi lors du congrès du parti en 1948 : « Si moi je comprends bien le sens de notre histoire, c’est précisément parce que, après bien des peines, après bien des luttes, en 1789 ou en 1848, et peut-être aussi en 1871, et peut-être aussi en 1940, il a été possible de dire [ … ] contre les pouvoirs établis […] que l’on pouvait se tromper. […] Ce qui doit aujourd’hui rassembler tous les Français, c’est la fidélité à cet idéal républicain, à cet idéal démocratique de nos pères, l’idéal de liberté politique ». François Mitterrand apparaît alors comme un démocrate libéral de centre-gauche. Au congrès de l’UDSR de 1951, son évolution vers la gauche s’accélère. Il appelle à la reconnaissance du fait collectiviste et à la lutte contre « les diverses puissances qui se partagent l’Etat ». Et il affirme  : « la meilleure façon de libérer les hommes est de rester fidèle à la Grande Révolution de 89 ». Il défend également des positions laïques. Son combat au sein de l’UDSR se termine par la victoire de son courant. En 1953, il en devient le président. La même année, il cesse d’appartenir au gouvernement, ayant condamné la déposition du sultan du Maroc. Très attaché à l’Union française, il est néanmoins partisan de solutions libérales en matière de décolonisation et met en cause la responsabilité des gaullistes dans la crise indochinoise. Par ailleurs, son goût de l’indépendance le tient éloigné du MRP qu’il estime trop soumis à l’emprise de la hiérarchie catholique.

La période 1952-1954 accentue son évolution vers la gauche, qu’il s’agisse des aspects sociaux ou de la décolonisation. En 1952, il souhaite le retour de la SFIO au gouvernement. Puis il se rapproche de Pierre Mendès France en 1953 et prône l’entente entre la SFIO et l’UDSR. Il est ministre de l’intérieur dans le gouvernement Mendès France et est très favorable aux accords de Genève du 21 juillet 1954. À ce moment-là, il est partisan de la disparition de son parti et de la création d’un parti travailliste regroupant la gauche non communiste. Il se prononce pour « plus d’égalité profonde entre les classes sociales ». En 1956, il est l’un des leaders du Front républicain. Il est nommé Garde des Sceaux dans le gouvernement de Guy Mollet. Contrairement à Gaston Defferre, Pierre Mendès France et Alain Savary, il ne démissionnera pas du gouvernement à propos de sa politique algérienne.

Au moment où la IVè République s’effondre, il appartient à la gauche anti-communiste. Il est proche des socialistes, du fait notamment de son hostilité affichée aux « monopoles ».

Les années 1958-1971, voient François Mitterrand acquérir une position de premier plan à gauche, passant de représentant remarqué de l’antigaullisme à celui de premier secrétaire du parti socialiste.

En mai 1958, François Mitterrand est au premier rang de ceux qui s’opposent au retour au pouvoir du général de Gaulle. Il participe à l’UFD, Union des forces démocratiques, qui regroupe la partie de la gauche non communiste qui, contre la SFIO a voté majoritairement la délégation du pouvoir constituant au gouvernement du général de Gaulle, dernier gouvernement de la IVe République, va tenter sans succès de s’opposer à l’instauration du nouveau régime. Les élections législatives de 1958 sont un désastre pour l’UFD. François Mitterrand battu dans la Nièvre perd son siège de député. Sa proposition de transformer l’UFD en une formation unifiée est rejetée par les autres composantes de ce cartel électoral dont nombre de ses membres n’ont pas oublié l’ancienne affirmation « l’Algérie c’est la France » lancée jadis par le ministre de l’Intérieur de Pierre Mendès France en novembre 1954. Puis, après la désastreuse affaire de l’Observatoire en 1959, il est un homme seul. Il le restera jusqu’à la révision constitutionnelle de 1962 qui instaure l’élection présidentielle au suffrage universel.

Il amorce alors son retour politique en incarnant de plus en plus efficacement l’antigaullisme. Élu maire de Château-Chinon et sénateur de la Nièvre avec les voix du PCF en mars-avril 1959, il consolide son implantation locale en étant porté à la Présidence de l’association départementale des maires en 1960-1961 (avec le soutien du PC), puis se fait élire président du conseil général en 1964, fonction qu’il conserve jusqu’en 1981.

Son pamphlet, Le coup d’État permanent, publié en 1964, en fait l’un des principaux porte-parole de l’antigaullisme. L’élection présidentielle de 1965 le ramène au premier plan et lui offre l’occasion inespérée et décisive de commencer une nouvelle carrière politique. Son objectif est double, d’une part rassembler la gauche non communiste et d’autre part affronter le général de Gaulle à l’élection présidentielle. Après le retrait de Gaston Defferre de la course, en juin, il parvient à être le candidat unique de la gauche et à mettre en ballottage le général de Gaulle. Avec 45 % des suffrages exprimés au second tour de scrutin, il s’impose comme le leader de la gauche non communiste.

Dès juin 1964 François Mitterrand avait créé la Convention des institutions républicaines qui intègre ses fidèles des mouvements prisonniers (Georges Beauchamp*, Georges Dayan*, Joseph Perrin*) et de l’UDSR (Louis Mermaz*, Roland Dumas*) à d’autres milieux marginaux de gauche. Deux tentatives précédentes d’élargir son assise avaient connu des résultats plus limités, la fondation de la Ligue pour le Combat républicain en 1958, avec quelques élus marginaux de la gauche socialiste (Émile Aubert*, Ludovic Tron*), puis le Centre d’action institutionnelle en 1963, avec surtout des hommes en rupture du PSU (Charles Hernu*, Léon Hovnanian*). En octobre 1965, il crée, au lendemain de sa déclaration de candidature, la FGDS - Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste - qui regroupe la SFIO, le parti radical et des clubs de la gauche non communiste. Il réalise ainsi son ancien projet. Pour lui, en effet, depuis longtemps, l’avenir politique de la gauche passe d’abord par le regroupement des organisations de la gauche non communiste. La FGDS va mettre au premier rang de ses propositions un important programme de nationalisations. Cette évolution s’accompagne chez François Mitterrand de la mise en œuvre de sa nouvelle stratégie, l’alliance avec le Parti communiste, seule stratégie capable à ses yeux de ramener la gauche au pouvoir.
Le renouveau du marxisme à partir du milieu des années soixante l’incite à gauchir son discours, avec la mise en avant de nouvelles personnalités (Marc Paillet*, Gisèle Halimi*). La FGDS signe au début de l’année 1968 un accord politique et électoral avec le Parti communiste. François Mitterrand se situe désormais clairement à la gauche du spectre politique français, préconisant, en cas de retour au pouvoir, la participation du Parti communiste au gouvernement. Mais il rencontre des difficultés, notamment avec Guy Mollet*, pour mener à bien son projet de fusion de la gauche non communiste au sein d’une formation politique unique. Puis, les événements de mai 1968 ainsi que le désastre électoral de la gauche le marginalisent une nouvelle fois. Les leaders de gauche lui font porter la responsabilité de ce désastre et l’obligent à quitter la présidence de la FGDS. Celle-ci disparaît à cette occasion. François Mitterrand paraît alors à nouveau sans avenir politique, même s’il conserve la direction de la CIR. Refusant de participer à la fondation du Nouveau parti socialiste selon les conditions imposées par la SFIO en 1969, il fait apparaître le processus d’unification comme incomplet.

Le nouveau désastre de la gauche non communiste à l’élection présidentielle de 1969, désastre auquel il n’a pris cette fois aucune part, puis l’agonie de la SFIO, lui permettent de réapparaître au premier plan. Il a tiré trois leçons de la période précédente. D’abord, la solution d’une simple confédération des partis de la gauche non communiste est condamnée. Il lui faut s’emparer de la direction du nouveau parti socialiste qui s’ébauche sur les ruines de la SFIO. Ensuite, la radicalisation des idées à gauche l’oblige à gauchir son propre discours et à l’adapter à la culture ambiante de la gauche marxiste. Enfin, il lui faut renouer les fils avec le Parti communiste et aboutir à un accord de gouvernement entre les deux grands partis de gauche.
Une nouvelle étape de sa carrière politique s’ouvre en 1971, qui va le voir devenir le véritable leader du socialisme français en s’emparant au congrès d’Épinay de la direction du Parti socialiste puis, à s’imposer, à l’occasion de l’élection présidentielle de 1974, comme le principal leader de la gauche française.

Dans les dix années qui précèdent la victoire présidentielle, François Mitterrand développe un discours de rupture avec le capitalisme. Idéologiquement, la refondation du parti socialiste au congrès d’Épinay, en 1971, s’est opérée sur des bases radicales. Pour l’emporter contre Guy Mollet, François Mitterrand doit gauchir son discours plus encore que dans la période précédente. Lors de ce congrès il appelle à la rupture avec le capitalisme et désigne le monopole comme « le véritable ennemi », condamnant l’argent « qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes ». « Violente ou pacifique, déclare-t-il, la Révolution, c’est d’abord la rupture. Celui qui n’accepte pas la rupture – la méthode, cela passe ensuite – avec l’ordre établi, politique, cela va de soi, c’est secondaire […] avec la société capitaliste, celui-là, je vous le dis, il ne peut être adhérent au Parti socialiste ». Le document final du congrès rejette « l’idée illusoire qu’il soit possible à la gauche d’occuper le pouvoir pour y procéder à des réformes démocratiques et d’améliorer la condition des travailleurs sans toucher au cœur du système actuel, le pouvoir dans l’entreprise ». Et la Déclaration de principes du nouveau parti stipule qu’ « il ne peut exister de démocratie réelle dans la société capitaliste. C’est en ce sens que le Parti socialiste est un parti révolutionnaire ».

Entre 1977 et 1981, la rivalité qui l’oppose à Michel Rocard* pour la désignation à la candidature présidentielle du Parti socialiste, le conduit lors du congrès de Metz, en 1979, à nouer une alliance tactique avec Jean-Pierre Chevènement*, le leader du CERES, l’aile gauche du parti socialiste. Cette rivalité, ainsi que le bras de fer entamé en 1974, avec le Parti communiste, l’amènent à gauchir le projet socialiste de 1980.

Si François Mitterrand a ainsi épousé largement l’idéologie de la gauche socialiste, ressourcée dans le marxisme, en revanche, il est resté fidèle à certaines de ses positions et convictions personnelles anciennes qui, dans ce nouvel environnement idéologique, marquent sa singularité et contribueront à sa victoire de 1981. Il s’agit notamment de sa relation avec le Parti communiste, de son attachement au libéralisme politique, et de son rapport à la Ve République.

À propos des relations avec le Parti communiste, s’il a opté pour une stratégie d’alliance, il continue néanmoins à n’avoir avec lui aucune affinité et à concevoir les relations entre les deux partis surtout comme des rapports de force. Son but déclaré est de ravir aux communistes le leadership électoral à gauche. À l’union quasi fusionnelle que souhaite une partie des socialistes, il préfère une union froide, estimant que les deux organisations ont des identités fondamentalement et irrémédiablement différentes. Contrairement à ses prédécesseurs marxistes à la tête du parti socialiste, il ne vise aucunement à la réunification du mouvement ouvrier. Il n’a jamais été marxiste et, s’il a voulu l’établissement d’un programme commun de la gauche, en 1972, qui comprend notamment un grand nombre de nationalisations, il est cependant partisan d’une économie mixte. Il n’est aucunement un révolutionnaire, même s’il entonne à l’occasion l’air de la rupture, Son aval donné à un vaste programme de nationalisations ne doit pas cependant être vu comme un simple ralliement de façade aux demandes des organisations de gauche. Nous avons vu en effet que, depuis le début des années cinquante, il est hostile aux monopoles. Dans la période 1974-1981, le rapport entre les deux grands partis de gauche, après l’idylle qui a suivi la signature du programme commun, est marqué par une tension extrême. François Mitterrand pliera un temps mais finalement refusera, en 1977, les exigences de Georges Marchais, le Secrétaire général du Parti communiste. La rupture de l’Union de la gauche ouvre alors une nouvelle période des relations entre les deux partis. La victoire présidentielle du premier secrétaire du Parti socialiste, en 1981, et le triomphe législatif socialiste qui la suivra, vont terminer en faveur du Parti socialiste le bras de fer avec le Parti communiste. François Mitterrand aura ainsi réglé la question du rapport avec ce Parti par sa marginalisation politique.

À propos du libéralisme politique, François Mitterrand se distingue clairement de ceux, nombreux à gauche, qui estiment que la conquête du pouvoir aura un caractère irréversible. Ainsi, dans son introduction au programme socialiste de 1972, Changer la vie, il insiste sur la légitimité du processus d’alternance et presse les socialistes d’admettre que la gauche jouera pleinement le jeu de la démocratie représentative et que, si elle gagne les élections, il pourra lui arriver plus tard de les perdre et donc de revenir dans l’opposition. Il souhaite une alternance tranquille et ne partage pas l’opinion de certain de ses proches selon lesquels, l ‘arrivée au pouvoir de la gauche marquera « la fin de l’ancien régime ». Très peu convaincu par le concept d’autogestion, il demeure un républicain traditionnel pour lequel les élections et les institutions représentatives constituent la base du régime démocratique.

À propos des institutions, enfin, François Mitterrand, en incarnant le combat des « républicains » contre « le pouvoir personnel », a été davantage opposé au général de Gaulle qu’aux institutions elles-mêmes qui, selon lui, comparées à celles de la IVe République, comportent des aspects positifs. Il est partisan, notamment, d’un pouvoir exécutif fort. Il a compris très vite l’impact de la révision constitutionnelle de 1962 et l’avantage personnel qu’il pourrait en tirer. À partir de l’élection présidentielle de 1974, où il est une nouvelle fois le candidat unique de la gauche et où il manque de peu l’élection, il va préparer les socialistes à gouverner dans le cadre de la Constitution de la Ve République, revendiquant même clairement, dans sa campagne de 1981, la primauté du pouvoir présidentiel. S’il est un partisan du parlementarisme, il n’en estime pas moins qu’en cas de victoire, sa future majorité parlementaire devra appliquer son programme présidentiel. Sa campagne de 1981 est d’abord une campagne personnelle qui prend quelques libertés avec le projet socialiste.

L’alternance politique de 1981 a constitué un événement politique majeur à la fois dans l’histoire de la Ve République et dans celle du socialisme français. François Mitterrand en a été l’artisan principal, s’imposant ainsi comme l’un des leaders historiques majeurs du Parti socialiste.
Ses deux mandats présidentiels ont couvert une période qui peut être découpée en deux phases. Les deux premières années prolongent la période antérieure. C’est la période du pouvoir enchanté. Les socialistes peuvent alors, avec les premières mesures du gouvernement Mauroy*, se convaincre que le processus de rupture avec le capitalisme est entamé. La très importante vague de nationalisations, les nombreuses mesures sociales, les réformes fiscales, les nouveaux droits des salariés vont dans ce sens. Par ailleurs, les lois de décentralisation dessinent une nouvelle relation entre l’État et les régions. La participation du Parti communiste au gouvernement paraît refonder l’Union de la gauche. Majoritaires à l’Assemblée, les socialistes ont enfin la possibilité de « changer la vie » et d’opérer les profondes réformes de structure qu’ils souhaitent. Mais, dès 1982, François Mitterrand est confronté à l’aggravation de la situation économique et financière et doit trancher à propos de la relation avec l’Allemagne et du maintien ou non de la France dans le SME, le système monétaire européen. L’abandonner pour redonner à la France une pleine autonomie d’action est un pari risqué et en réalité décisif. Après plus d’une année d’atermoiements, le président de la République décide de donner la priorité à la relation franco-allemande et à l’Europe et d’inverser le cours de la politique gouvernementale, pressé qu’il est de le faire par le Premier ministre… et le gouverneur de la Banque de France qui voit avec inquiétude les réserves financières fondre comme neige au soleil. C’est le grand tournant de la politique socialiste de 1983. Le choix clair effectué alors en faveur de l’Union européenne sera confirmé par le traité de Maastricht en 1992.
En 1984, François Mitterrand appelle à Matignon Laurent Fabius pour mener une politique de modernisation économique et de rigueur financière. Le Parti communiste refusera à partir de cette date de participer aux gouvernements socialistes qui se succéderont jusqu’à la fin du second mandat du président de la République. Après la défaite législative socialiste de 1986, deux années de cohabitation, puis sa réélection en 1988, François Mitterrand laissera ses premiers ministres successifs mener des politiques réformistes et économiquement libérales pour l’essentiel. En 1984, il lui faudra également abandonner, face à la contestation des partisans de l’école privée, le projet socialiste de création d’un Service Public Unifié et Laïque de l’Éducation Nationale.

Le socialisme français semble alors s’engager progressivement sur la voie de la Social-démocratie. Pourtant, François Mitterrand n’encouragera jamais le Parti socialiste à faire son Bad Godesberg. Les questions idéologiques ne l’intéressent pas pour elles-mêmes. En 1992, lors de son congrès de l’Arche, le parti reculera devant une véritable révision idéologique. Réticent à passer de « la rupture avec le capitalisme » au « compromis historique avec le capitalisme », il refusera de trancher, adoptant une formule intermédiaire, l’existence d’un « rapport critique avec le capitalisme ». Lors du congrès de Liévin fin 1994, il semblera même vouloir opérer un nouveau tournant à gauche.

Ainsi, lorsque François Mitterrand quitte le pouvoir, en 1995, il est bien difficile de déterminer ce qu’est l’équilibre doctrinal du Parti socialiste. Mais le legs mitterrandien à ce parti se situe ailleurs  : il a fait de lui un grand parti de gouvernement. L’ambition du pouvoir a succédé à son long remords. Le premier président socialiste de la Ve République a ainsi transformé le socialisme français plus encore que celui-ci ne l’a transformé lui-même.

Gérard Grunberg

Source: Le Maitron


D) Mitterrand, l’homme qui a ruiné la France et ses héritiers !

Un petit rappel du passé et des quatorze années de pouvoir de François Mitterrand ! Sacré Tonton… Pour ne pas l’oublier car l’Histoire ne s’efface jamais !

Le sublime Mitterrand a pu tout se permettre. Si la presse parlait, elle, elle risquait de gros problèmes et ses journalistes avaient peur (Jean-Edern Hallier n’a-t-il pas été assassiné par une mauvaise chute en vélo sans témoin pour avoir voulu révéler l’existence de Mazarine ?).

C’est du passé, mais qu’on ose encore le citer en exemple !

Il ne faut surtout pas oublier qu’il a « demandé » (et obtenu) le changement de l’itinéraire du TGV dans la Drôme afin de protéger la maison à Marsanne de son ami Henri Michel, le château La Borie dont un des actionnaires était Roger Hanin son beau-frère, ainsi que des truffières appartenant à Mme Danielle Mitterrand du côté de Suze-la-Rousse.

Ce changement a fait passer le TGV au-dessus du Rhône et a coûté au contribuable la bagatelle de 5 milliards de francs liés aux nouveaux ouvrages d’art (ce montant n’était que le devis initial, et ne comprend pas le surcoût). Je n’ai pas la valeur finale qui probablement doit faire au moins 50 % de plus que le devis initial.

 

Mariette Cuvelier qui a mené la révolte anti déplacement du TGV connaît bien toute cette histoire. Un petit rappel concernant celui qui nous a tant escroqués pendant quelques années. Ce n’est qu’une petite partie de ce que l’on sait aujourd’hui, dont la presse aux mains de la gauche ne parle jamais, la partie émergée de l’iceberg oubliée dans la brume du mensonge permanent, et dont voici quelques-uns des faits et méfaits :

  • faux évadé des camps allemands, Mitterrand a été membre de la Cagoule en 1935, antisémite et antirépublicain, ce mouvement est de tendance fasciste,
  • sous-secrétaire d’État aux anciens combattants en 42, il a été décoré de la Francisque. L’ordre de la Francisque gallique est une décoration qui fut attribuée en tant que marque spéciale d’estime du maréchal Pétain par le gouvernement de Vichy en 1943. Il faut savoir que c’était valorisant, comme la Légion d’Honneur actuellement, et qu’il fallait la demander – contrairement à l’ordre de la Légion d’Honneur – et se faire parrainer,
  • il en fut le récipiendaire numéro 2202, donc cela implique tout de même une certaine volonté et un certain désir…,
  • il était ministre de l’Intérieur quand il a fait envoyer le Contingent en Algérie,
  • il était Garde des Sceaux pendant la Bataille d’Alger, et c’est lui qui a organisé les bandes de barbouzes, ce qu’il reniera plus tard,
  • il a organisé un faux attentat rue de l’Observatoire à Paris pour focaliser sur lui les regards de la presse,
  • il a fait financer le PS par des pratiques frauduleuses (affaires Urba, Graco, et autres).
  • il a appris qu’il avait un cancer de la prostate métastasé aux vertèbres lombaires quelques semaines avant les élections présidentielles de 1981, et n’a rien dit alors que l’aspiration à la fonction de chef d’État l’y obligeait, tout comme les fausses déclarations de fortune en omettant ses possessions en forêt de Tronçay (défiscalisables évidemment),
  • il a fait entrer les communistes à son gouvernement,
  • il a fait nationaliser les banques et les industries françaises, obligeant la France à dévaluer sa monnaie trois fois de suite en quelques mois,
  • il a fortement élevé le nombre des chômeurs en France,
  • il a protégé un ancien collaborateur des nazis, son ami René Bousquet,
  • il a protégé Bernard Tapie et l’a élevé au rang de ministre, et a plombé chaque contribuable de 2 500 francs sur 5 ans minimum,
  • il entretenait sa maîtresse et sa fille adultérine cachées dans un appartement parisien appartenant à l’État, et les week-ends passés dans les palais de la République aux frais de celle-ci,
  • il se rendait chaque Noël sur les bords du Nil aux frais de l’État et emmenait avec lui une soixantaine de personnes lors de ses déplacements.
Il descendait tous les ans à l’Old Cataract (un hôtel somptueux sur le Nil) avec « sa petite famille », dont Françoise Sagan emmenée aussi en Amérique du Sud et qu’il fallut rapatrier d’extrême urgence par avion spécial, victime d’une overdose de cocaïne,
  • il a augmenté la dette de la France de plus de 250 % durant sa mandature,
  • il a fait racheter l’entreprise de son ami Roger-Patrice Pelat (déjà largement mouillé de recel de délit d’initié dans l’affaire Péchiney-Triangle), la société « Vibrachoc », par une société d’État pour cinq fois sa valeur réelle,
  • il a obligé son médecin personnel à publier durant quatorze ans de faux certificats sur son état de santé (pauvre médecin, disparu lui aussi),
  • il a couvert ses sbires gendarmes qui ont inventé une histoire de terroristes à Vincennes,
  • il a totalement délaissé un de ses fidèles proches, François de Grossouvre, qui aurait fini par se suicider (d’une balle…dans la nuque !!!) avec un 357 Magnum dans un bureau à l’Élysée…,
  • il a affirmé qu’il ne savait rien sur la destruction à l’explosif d’un bateau de Greenpeace en Nouvelle-Zélande, pourtant organisé par les services secrets français et sur son ordre,
  • il a mis sur écoute sans justification plus de 150 Français, dont Carole Bouquet et Jean-Edern Hallier (avez-vous lu son livre sur le propos ?)… et il a osé affirmer à la télévision qu’il n’a jamais commis ce forfait.
Curieusement, le capitaine de gendarmerie qui branchait « les fils » s’est lui aussi « suicidé »,
  • les associations décomposées tenues par « tatie Danielle », et qui lui survivent, lourdement subventionnées par l’État, ou encore le fric donné aux amis comme Guy Ligier pour ses charrettes bleues (payées par la Seita et le Loto) : c’est encore « Tonton »,
  • il a fait nommer un de ses fils à un poste de conseiller en Afrique, rôle qu’il n’a jamais exercé,
  • il a laissé tomber son ex premier ministre Pierre Bérégovoy qui allait tout déballer mais qui s’est « suicidé » lors d’une promenade un dimanche après-midi, avec l’arme de service de son garde du corps ! Curieux non ? Bérégovoy était redevable du copain de Tonton, toujours Roger-Patrice Pelat, qui aurait fait un infarctus mortel au moment où on allait lui poser les bonnes questions,
  • son secrétaire ami François de Grossouvre qui allait tout déballer et qui se serait “suicidé” non sans s’être fracturé l’épaule durant la manœuvre (on l’a un peu aidé) et ses archives et ses biens disparus, sa veuve les attend toujours,
  • les 35 heures c’est encore un délire de démagogue pensé par DSK (celui qui est soupçonné de complicité de proxénétisme et recel d’abus de biens sociaux) appliqué par Martine Brochen, née Delors, ex-épouse Aubry (dont la dépendance à l’alcool ne lui a valu que trois cures de désintoxication, et n’a d’équivalent que l’addiction sexuelle de son mentor),
  • Jospin qui perd les élections, de manière très prévisible, et entre dans le monde du silence, pour ne pas mourir suicidé aussi.

Aujourd’hui nous payons ses erreurs dont l’entrée de la Grèce dans l’Europe à laquelle il contribua beaucoup.

C’est ça la gauche angélique qui se veut donneuse de leçons, et qui a pourtant bien contribué aux résultats difficiles auxquels nous devons à présent faire face, avec notamment une dette colossale !

On s’arrête là ?

LA RELÈVE EST ASSURÉE AVEC LA BANDE D’INCAPABLES ET DE GUIGNOLS EN PLACE AU GOUVERNEMENT !

Antonin Bruniquel

Source :  lesobservateurs.ch

 


 

E) François Mitterrand, la politique immobile et le délitement du pays

De quelque côté que l’on se tourne, on ne trouve chez François Mitterrand uniquement des décisions malheureuses qui ont participé à ce fameux "délitement du pays".

Un machiavélien au petit pied
 
Dans la biographie qu’il consacre au Général de Gaulle, Eric Roussel raconte comment, dans les années 1960, François Mitterrand, opposant opportuniste au fondateur de la France Libre, était un habitué des déjeuners à l’ambassade des Etats-Unis. Une génération plus tôt, quand le jeune Mitterrand avait des sympathies pour la droite de la droite, peut-être aurait-il qualifié lui-même un tel comportement d’inqualifiable. Entretemps, il y avait eu la guerre, le traumatisme de la défaite de juin 1940 (« J’ai cru voir la France mourir! ») et le développement de l’ambiguïté, vite devenue une seconde nature chez l’ambitieux jeune bourgeois de province. Vichyste tant que cela semblait avoir de l’avenir, résistant à partir du tournant de l’opinion française, François Mitterrand s’est payé le luxe de révéler lui-même l’étendue de sa compromission des années 1942-1943, peu avant de quitter la présidence, dans un livre d’entretiens avec Pierre Péan. Le Général de Gaulle avait refusé que l’on utilisât ce qu’on savait lors de la campagne de 1965 car il refusait, disait-il, de faire campagne avec des « boules puantes ». Le chef de la France Libre surnommait Mitterrand « l’arsouille »; mais il faut dire que bien peu nombreux ont été les Français lucides comme lui.  Ce qui a dominé, c’est l’admiration mal placée pour un machiavélien au petit pied, élevé à droite et parvenant au pouvoir sur un programme socialo-communiste; dénoncé par les gauchistes et autres maoïstes de 1968 comme un social-traitre mais les ralliant à l’économie de marché et leur permettant de conquérir tous les leviers du pouvoir. 
 
Que reste-t-il du mitterrandisme? 
 
Au fond, que reste-t-il du mitterrandisme quarante ans après le 10 mai 1981? L’abolition de la peine de mort? Sans doute mais cela s’est accompagné, en général, d’un renoncement à bien d’autres attributs de la souveraineté, au point de laisser le pays désarmé dans la concurrence des nations. La mise en place de l’euro? Certes mais sans faire comprendre aux Français quels étaient les enjeux, si bien que ce qui devait être un instrument de plus grande discipline économique du pays est devenu le prétexte à un endettement massif à l’abri des taux d’intérêt allemands. La réconciliation de la gauche avec l’entreprise et l’économie de marché ? En effet mais au prix de la fracture sociale du pays. L’apaisement des débats politiques dans le pays? Il a été obtenu en mettant en scène la grand-guignolesque diabolisation d’une force politique en particulier, épouvantail patriote qualifié d’infréquentable pour quelques plaisanteries douteuses de son leader mais surtout prétexte à tous les renoncements nationaux qui caractérisent la période Mitterrand. 
 
Manque de sang-froid
 
Plus on analyse la période Mitterrand, plus on identifie un immobilisme enraciné dans le renoncement. Tout était-il à rejeter de la politique économique de 1981-1983? Elle aurait pu déboucher sur le renoncement à l’alignement du franc sur le deutsche mark. Une politique monétaire à la britannique avec un ralliement à l’économie de marché: c’est ce que proposait une partie du monde économique français. Mais Mitterrand pencha finalement pour le retour au giscardisme, la ligne de plus grande pente technocratique. Pourquoi s’étonner, après cela, que, président fataliste, il aiut dit: « Contre le chômage on a tout essayé ». Non moins désastreux fut le manque de sang-froid qui suivit la chute du Mur de Berlin. Il est dans la culture politique allemande de ne pas savoir attendre, de ne pas supporter les crises non résolues; cela conduisit le chancelier Kohl à vouloir faire beaucoup trop vite la réunification économique, en particulier avec un mauvais taux de change. Il suffisait de garder ses nerfs et d’attendre que notre voisin fût absorbée par le coût de la réunification. Las ! Ayant vécu depuis 1940 dans la peur de l’Allemagne, François Mitterrand crut astucieux de réaliser l’union monétaire à l’occasion de la réunification. L’alignement des taux d’intérêt européens, en particulier français, sur les taux allemands permit à l’Allemagne de passer avec moins de casse le cap difficile de la désintégration économique de la RDA. Et, au bout du tunnel économique des années 1990, l’Allemagne pouvait profiter de la fin de la concurrence monétaire en Europe. 
 
Incohérences et culture du renoncement
 
Décidément, de quelque côté qu’on se tourne, on ne trouve chez François Mitterrand que des décisions malheureuses. L’immigration incontrôlée, cheval de bataille de la gauche qui l’avait porté au pouvoir, n’était compatible qu’en gardant la flexibilité monétaire afin de pouvoir créer tous les « petits boulots » qui absorberaient cette main d’oeuvre peu qualifiée affluant sur le territoire français. Or, en même temps qu’il mettait en scène l’affrontement entre  SOS Racisme et le Front National, François Mitterrand faisait le choix de la monnaie forte. Le choix de l’Europe unie? Il devait s’accompagner d’une disposition à se battre pour défendre les intérêts français au sein de la construction européenne? Or l’histoire des années 1981-1995 est celle d’un laisser-aller: pour faire monter les enchères de Maastricht, l’Allemagne exigea, contre la volonté de François Mitterrand, la reconnaissance de la Croatie, qui fit éclater la Yougoslavie; et à peine Maastricht était-il voté par la France que l’Allemagne imposait l’élargissement de l’Union Européenne. François Mitterrand a légué à notre pays une culture du renoncement à l’opposé du gaullisme. Le « délitement du pays » dont parlaient il y a quelques jours des généraux dans une tribune interpelant Emmanuel Macron est né de l’immobilisme et du renoncement mitterrandien.  

Edouard Husson

Source: Atlantico



F) Il y a 40 ans, François Mitterrand devenait Président…

La presse nous rapportait récemment que les socialistes n’étaient pas parvenus à s’entendre sur la façon de célébrer le 40ème anniversaire du 10 mai 1981, date théoriquement chérie entre toutes puisqu’elle symbolise l’arrivée (triomphale, bien sûr) d’un Président socialiste dans la France de la Vème République. Entre Rwanda, bisbilles personnelles et course obsessionnelle après les écologistes, ils ont beau être de moins en moins nombreux, les occasions de discorde s’amoncellent. Mais comment font-ils ?

De presque 26 % pour François Mitterrand au premier tour de 1981, le Parti socialiste (PS) est tombé à 6,36 % des voix, écologistes compris, en 2017 et leur candidate la mieux placée pour 2022, la maire de Paris Anne Hidalgo a du mal à se hisser au-delà de 6 % dans les sondages. On se demande comment ils trouvent encore matière à accélérer la division cellulaire qui, de démissions en refondations, les entraîne vers le néant.

Quelques rappels préhistoriques s’imposent, surtout à l’intention de mes plus jeunes lecteurs qui n’ont jamais entendu parler de ce parti depuis qu’ils sont en âge de voter. Je ne les blâme pas, comment pourraient-ils savoir qu’à une époque, il y a très longtemps, le PS scandait le tempo politique de la France ?

Sachez donc que nous parlons du grand parti de Jaurès, Blum et Mitterrand (et Martine Aubry), du grand parti qui recueillait facilement 37 % des voix aux élections législatives dans les années 1980, du grand parti qui a fait passer la France de l’ombre à la lumière le 10 mai 1981, du grand parti qui, probablement un peu aveuglé par tant d’éclat auto-proclamé, a soutenu Ségolène Royal en 2007 et porté François Hollande et son scooter magnifique au pouvoir en 2012. Un François Hollande qui s’est montré si fier et si convaincu de son bon bilan qu’il a préféré ne pas se représenter en 2017 pour mieux le protéger !

Malgré quelques expériences « plurielles » branlantes tentées par le passé, c’est à ce moment-là que le travail de sape de la division cellulaire a véritablement commencé. Emmanuel Macron n’était pas encarté au PS, mais il avait participé de si près à la campagne présidentielle de François Hollande qui avait fait de lui son conseiller, puis son ministre de l’économie, qu’on pouvait sans peine le croire idéologiquement affilié à jamais en dépit de quelques blagues de fort mauvais goût à propos des 35 heures.

Pas de bol, il décèle des « immobilismes » chez Hollande, il se prétend « empêché » d’agir pour le bien de la France, il veut faire de la politique « autrement », bref, il démissionne, se déclare candidat et entraîne moult socialistes dans son sillage juvénile et printanier.

Suite à quoi la primaire de gauche qui devait symboliser l’unité des socialistes réussit surtout à mettre en scène deux gauches « irréconciliables » : ceux qui en sont restés au marxisme de base avec Benoît Hamon et ceux qui penchent du côté de la social-démocratie façon Rocard avec Manuel Valls. Sachant que ces deux tendances sont dorénavant déjà représentées à peu de choses près à l’extérieur du PS par Mélenchon et Macron respectivement. Hamon l’emporte sur Valls, provoquant immédiatement une seconde division cellulaire et son ample fuite de socio-démocrates vers Macron. On connaît la suite.

À y regarder de plus près cependant, on constate que dès la présidence Mitterrand, et malgré l’unification politique apparente réalisée à la hussarde par ce dernier lors du congrès d’Épinay de 1971, la cohérence et l’unité idéologiques faisait défaut aux socialistes. L’alliance avec les communistes dans le programme commun de la gauche conformément au principe de la « rupture avec le capitalisme » adopté lors du congrès donne d’abord la part belle à la version marxiste du socialisme, mais dès son échec prévisible, les socio-démocrates montent au créneau.

Même topo avec Hollande, second président socialiste de la Vème. Après Chirac et Sarkozy, et après la crise financière de 2008, il était assez facile de se faire élire en ciblant le monde de la finance et en promettant une tranche marginale d’imposition à 75 %. Mais la réalité s’impose à nouveau, scindant la majorité Hollandaise en frondeurs qui tirent plus à gauche et en pragmatiques dont beaucoup rejoindront Emmanuel Macron.

contrepoints-2Mais reprenons depuis le début (texte écrit initialement en 2016 pour le 35ème anniversaire de l’accession des socialistes au pouvoir) :

Il y a 40 ans, le 10 mai 1981, François Mitterrand devenait Président et la France passait « de l’ombre à la lumière », selon la célèbre formule quasi mystique de Jack Lang. C’est en effet ce jour-là que François Mitterrand, après deux tentatives ratées, accédait à la présidence de la République française en battant son prédécesseur Valéry Giscard d’Estaing avec 51,76 % des suffrages exprimés, devenant le premier chef d’État de gauche de la Vème République.

C’est ainsi que la France s’est offert une sorte de produit « trois en un » :

♣ un changement politique qui a fait l’effet d’un coup de tonnerre,
♦ la personne non sans ambiguïté de François Mitterrand
♠ et la mise en application vraie de vraie du Programme commun de la gauche.

Si Jack Lang, idolâtre des débuts, en est resté à sa première impression sur la bienheureuse lumière répandue par la Mitterrandie, au point de publier en décembre 2015 un Dictionnaire amoureux de François Mitterrand, je vois pour ma part beaucoup d’ombres au tableau, dont certaines se projettent jusqu’à nous et façonnent encore profondément les termes du débat politique français.

Mais il serait injuste de ne pas signaler d’entrée de jeu que je crédite François Mitterrand de trois attitudes remarquables dont la France peut être fière :

1. Étant farouchement opposée à l’exécution capitale dans tous les cas de figure, quelles que soient les caractéristiques de l’assassin et quelles que soient les caractéristiques de l’assassiné, je lui rends grâce d’avoir mené à bien avec Robert Badinter l’abolition de la peine de mort dont la loi fut promulguée en octobre 1981.

2. Étant également convaincue de la nécessité de faire vivre le projet européen au sein des grands ensembles qui composent un monde aujourd’hui confronté aux nombreux défis du terrorisme islamiste, de l’évolution démographique, du progrès technologique, je le remercie d’avoir placé la fidélité à l’Europe dans ses priorités.

3. Enfin, bien qu’ayant fait entrer quatre ministres communistes dès 1981 dans les gouvernements Mauroy successifs (pour mieux les impliquer dans le naufrage final ?), François Mitterrand, habile à ménager la chèvre et le chou par ambition personnelle, n’avait aucune sympathie profonde pour le communisme ou l’URSS.

En 1983, suite aux révélations d’un agent soviétique connu sous le nom de code « Farewell », il expulse 47 diplomates soviétiques accusés de se livrer à de l’espionnage sur le sol français et remet lui-même à Ronald Reagan lors d’un G7 la liste de tout ce que Farewell a révélé aux autorités françaises, ce dernier geste contribuant à rassurer les Américains sur le gouvernement français.

♣Le changement politique amené par l’élection de François Mitterrand n’est pas seulement une victoire de la gauche sur la droite, c’est peut-être aussi surtout une victoire du Parti socialiste dans sa forme rassemblée du Congrès d’Épinay (1971) sur le Parti communiste (PCF).

Dans les années 1970, ce dernier avait l’habitude de réunir environ 20 % des suffrages à chaque élection nationale ou locale. Il n’y avait pas de raison que ça s’arrête et la négociation du Programme commun entamée en 1972 avec le Parti socialiste et le Mouvement des Radicaux de gauche devait conforter cette position.

Les trois partis présentent un candidat unique lors de l’élection présidentielle de 1974 sans obtenir le pouvoir, mais à partir de cette date, le Parti socialiste domine systématiquement le Parti communiste aux élections car l’évolution économique de la France s’accompagne d’une baisse des effectifs ouvriers au profit des salariés des entreprises de service.

Afin de retrouver son attractivité, le Parti communiste souhaite durcir le Programme commun en augmentant les nationalisations prévues et les pouvoirs syndicaux dans les entreprises nationalisées, mais ses deux partenaires refusent net, précipitant la rupture en 1977 et la constitution de listes séparées pour les élections législatives de mars 1978.

Un rabibochage de dernière minute intervient entre les deux tours (dessin de gauche) mais ne permet pas d’obtenir une majorité de gauche à l’Assemblée nationale. Les Français ont fait le « bon choix » demandé par Giscard dans son discours resté fameux de Verdun-sur-le-Doubs (dessin de droite).

En vue de l’élection présidentielle de 1981, le Programme commun est adapté par le Parti socialiste sous la forme des 110 propositions pour la France du candidat Mitterrand. Au premier tour, Georges Marchais se présente en propre pour le Parti communiste. Il ne recueille que 15 % des voix (contre encore 20 % aux législatives de 1978). Il appelle à voter pour Mitterrand au second tour, mais il semblerait qu’en sous-main le PC se soit activé à faire élire Giscard. À titre personnel, je me souviens fort bien que Brejnev avait fait savoir tout le bien qu’il pensait du Président sortant.

Finalement, François Mitterrand est élu avec 51,76 % des suffrages exprimés et une participation de 86 %, soit une avance de plus de 1 million de voix. Il a réussi à rassembler la gauche tout en avalant le PC qui ne regagnera jamais son influence électorale antérieure. C’est un coup de tonnerre dans la France de droite qui avait encore gardé une large majorité à l’Assemblée nationale en 1978 (notamment grâce à des manoeuvres en ce sens du Parti communiste, d’après Jean Lacouture dans sa biographie de Mitterrand).

Une sorte de panique saisit certains milieux français qui envisagent de quitter la France devant la perspective de la politique socialo-communiste annoncée par le Programme commun. Pour s’en moquer, Plantu publie le dessin ci-contre. Eh oui, la Tour Eiffel n’a pas bronché ! Voici la vidéo INA de l’annonce officielle des résultats au 20 heures d’Antenne 2 (01′ 15″).

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♦ Il n’en reste pas moins que François Mitterrand est arrivé sur la scène de l’Histoire de France dans un halo permanent de contradictions et de duplicité. « Multiplicité », dit Jean Lacouture, mi-indulgent, mi-lucide :

« De Vichy à la Résistance, de la droite à la gauche, des Croix-de-Feu au socialisme : toujours multiple et dissonant, François Mitterrand a été en guerre avec lui-même. »

Je suis plus sévère. Plus qu’en guerre avec lui-même, je vois surtout un François Mitterrand à l’aise dans toutes les tactiques favorables à ses ambitions. Jean Lacouture admet d’ailleurs que son portrait manque sans doute de quelques « coups de canif. » Pour ma part, j’aimerais rappeler trois événements marquants (il y en a beaucoup d’autres) qui selon moi éclairent sa personnalité perpétuellement opportuniste.

· Sous son ministère de Garde des Sceaux dans le gouvernement présidé par Guy Mollet à partir de février 1956, au plus fort de la guerre d’Algérie, 45 condamnations à mort sont prononcées. En complet désaccord avec cette politique coloniale, ses collègues Mendès-France, Defferre et Savary démissionnent, mais pas lui. Au contraire, il fait adopter une loi qui donne tous pouvoirs aux militaires en matière de justice sur le sol algérien, ce qui revient à autoriser la torture. Selon ses biographes, l’explication tient au fait qu’il souhaite absolument rester au gouvernement pour accéder à la Présidence du Conseil auquel sa prochaine nomination lui semble imminente.

· En 1959, dans le contexte d’autodétermination de l’Algérie que le général de Gaulle vient d’annoncer contre les tenants de l’Algérie française, François Mitterrand est simple sénateur de la Nièvre et sa cote de popularité a besoin d’un petit coup de main. Dans la nuit du 15 au 16 octobre à Paris, rentrant chez lui en voiture, il se sent suivi, abandonne sa voiture avenue de l’Observatoire (près des jardins du même nom) escalade une haie et se cache derrière. Sa voiture est criblée de sept balles.

Le lendemain, il incrimine l’extrême-droite Algérie française et prétend qu’il ne doit son salut qu’à sa rapidité de réaction (voir un joli moment d’hypocrisie dans la vidéo INA en lien ici). Le voilà redevenu le héraut de la lutte contre l’extrême-droite et pour l’Algérie indépendante. C’est risible vu ce que j’ai relaté au paragraphe précédent, et vu ce que je vais dire dans le point suivant.

Toujours est-il que quelques jours plus tard, un certain Pesquet, ancien gaulliste qui a rejoint l’extrême-droite, explique que lui et le sénateur se sont rencontrés pour mettre cette petite affaire au point. Par la suite, il explique aussi avoir participé à la machination pour discréditer Mitterrand alors que ce dernier n’avait pas d’autre objectif que de requinquer sa popularité.

· En 1965, François Mitterrand se présente une première fois à l’élection présidentielle comme candidat unique de la gauche. Il arrive en seconde position avec presque 32 % des voix, mettant le général de Gaulle en ballotage. Pour le second tour, il reçoit sans surprise l’appui de toute la gauche et, avec un peu plus de surprise, celui du candidat centriste malheureux Jean Lecanuet (un Bayrou avant l’heure ?).

Mais le pompon revient incontestablement à l’extrême-droite de Tixier-Vignancourt et à l’OAS qui appellent aussi à voter pour lui. Ça ne suffira pas loin s’en faut, mais c’est un exemple de plus des qualités morales à géométrie ultra-variable de l’homme qui devint Président le 10 mai 1981.

♠ Il y a des traditions qu’il faut respecter. Lorsque la gauche arrive au pouvoir, elle se doit d’inaugurer son mandat par des mesures symboliques. Se rêvant en successeur de Léon Blum, François Mitterrand ne pouvait faire moins que le Front Populaire. Il est donc prévu que les mesures emblématiques votées en 1936, la semaine de 40 heures et les deux semaines de congés payés, seront prolongées par la semaine de 35 heures et la cinquième semaine de congés payés.

Si cette dernière est votée facilement, les 35 heures reçoivent une forte résistance et seront pour l’instant limitées à 39. Martine Aubry se chargera de finaliser l’esprit du Programme commun lors de son passage au ministère du travail en 1998 et 2000 sous l’ère Jospin.

Pierre Mauroy, nommé premier Ministre dès le passage à la lumière jusqu’à la catastrophe économique qui arrive assez vite derrière, est chargé de mettre en oeuvre les 110 propositions pour la France. Elles valent le coup d’être relues aujourd’hui car on s’aperçoit que les revendications des syndicats et des partis de notre gauche frondeuse et extrême en sont largement inspirées :

Salaire minimum revalorisé de 10 %, impôt sur les grandes fortunes, grands travaux, embauches de 150 000 personnes dans des emplois publics, retraite à 60 ans, régularisation des étrangers en situation irrégulière s’ils peuvent justifier d’un emploi, blocage des prix et des loyers, programme de nationalisations, lois Auroux sur le droit du travail avec instauration du comité d’hygiène et sécurité dans les entreprises, relance de la politique agricole commune (PAC) avec prix garantis et marchés organisés, recul de la part du nucléaire, doublement du budget de la Culture et Fête de la Musique, Opéra Bastille, Grande Bibliothèque etc… etc…

Bien évidemment, tout cela coûte de l’argent. Bien évidemment, la confiance des investisseurs est au plus bas et de nombreux capitaux partent à l’étranger. Bien évidemment, tout cela n’a aucun effet sur le chômage et n’apporte aucune amélioration sociale. C’est même tout le contraire.

Mitterrand a été notamment élu sur sa capacité supposée à juguler le chômage. Peu important en 1974 (environ 600 000 personnes), il augmente beaucoup pendant le septennat de Giscard qui subit directement les effets du choc pétrolier de 1973, ce qui lui coûte en partie sa réélection. En 1981, le chômage atteint 1,5 million de personnes. Mais en 1995 il est à 2,5 millions. Le RMI, ancêtre du RSA, est créé en 1988 pour fournir un revenu aux personnes qui sortent des catégories du chômage, dans le contexte d’une situation sociale française très dégradée par les bons soins des politiques socialistes menées jusque là.

Et bien évidemment, tout cela ne fait aucun bien aux comptes publics. En 1981, la dette publique était de 110 milliards d’euros. Fin 1983, elle passe à 170 milliards et en 1995, date de fin des deux mandats mitterrandiens, elle est de 663 milliards, soit une multiplication par six. Le Franc sera dévalué trois fois (1981,1982,1983) et il faudra abandonner d’urgence la mise en application du Programme commun pour adopter en mars 1983 le « tournant de la rigueur » avec Laurent Fabius comme nouveau Premier ministre, seule alternative à une sortie du Système monétaire européen (SME) et une possible mise sous tutelle du FMI.

S’enclenche alors une période faussement réaliste qui voit la gauche au pouvoir s’enivrer de ses nouvelles possibilités économiques. C’est le triomphe de l’argent-roi, surtout pour la caste au pouvoir, non pas dans une acception libérale comme on l’entend ou le lit souvent, mais dans un dévoiement caractéristique du capitalisme de connivence.

Les « affaires » succèdent aux « affaires », du scandale financier du Crédit lyonnais au scandale moral du sang contaminé, pour lequel aucun ministre « responsable mais pas coupable » ne sera incriminé, en passant par la république des copains et des coquins, les écoutes de l’Elysée, pour lesquelles François Mitterrand a bien été reconnu comme en étant l’instigateur, etc. etc.

C’est le triomphe de la déchéance du socialisme.

Encore combien de temps faudra-t-il refaire les mêmes erreurs, largement documentées, pour enfin comprendre que la voie de la prospérité et de la progression sociale n’est pas sur le chemin de l’État-providence qui n’aime ni le travail ni l’entreprise, mais sur celui d’un recul de l’État dans les affaires des citoyens et d’une gestion rigoureuse de ses propres affaires limitées à ses fonctions essentielles de garant des libertés ?

https://universite-liberte.blogspot.com/search?q=Fran%C3%A7ois+Mitterrand 

 

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