1. La présidence d’Emmanuel Macron s’achève dans un
climat de vives inquiétudes. Plus des trois quarts des personnes
interrogées (78%) disent être « insatisfaites » d’Emmanuel Macron comme président de la République.
2. La dissolution du 9 juin 2024 a pulvérisé l’électorat macroniste.
L’absence de majorité à l’Assemblée nationale qui en a résulté est
désapprouvée par la plus grande partie (80%) de ceux qui avaient voté
pour la réélection du Président lors du 1er
tour de la présidentielle de 2022, de même que par la plupart de ses
électeurs de second tour (77%), de ceux qui ont voté pour la liste de la
Majorité présidentielle aux élections européennes du 9 juin 2024 (87%)
et, enfin, de ceux qui ont voté pour la Majorité présidentielle aux
élections législatives de 2024 (85%).
3. Les plus jeunes sont les plus nombreux à regretter leur vote Macron :
61% des électeurs de moins de 35 ans qui ont pris part à sa réélection
en 2022 le regrettent aujourd’hui. À l’inverse, les 65 ans et plus, sont
les plus nombreux (61%) à ne pas le regretter, mais ils sont également
insatisfaits de la présidence Macron (78%).
4. Une minorité (16%) des électeurs aurait souhaité qu’Emmanuel Macron puisse être à nouveau candidat s’il en avait eu le droit (83% ne l’auraient pas souhaité).
5. La proximité perçue des candidats avec les idées d’Emmanuel Macron pèsera sur la réception de leur candidature,
avec ses effets positifs ou négatifs, compte tenu de l’impopularité du
Président et de la recherche d’un vote sanction dans une grande partie
de l’électorat. Gabriel Attal est jugé le plus proche (56%) des idées
d’Emmanuel Macron, devant Édouard Philippe (53%), Bruno Retailleau (34%)
et Raphaël Glucksmann (23%).
6. Parmi les candidats déclarés, Marine Le Pen
(33%), Édouard Philippe (31%), Gabriel Attal (27%), Bruno Retailleau
(22%) et Jean-Luc Mélenchon (15%) ont les potentiels électoraux les plus
élevés.
7. L’hypothèse d’une candidature de François Hollande en 2027 est vue comme « une mauvaise chose » par
72% des électeurs. Une majorité (59%) de ceux qui ont voté pour lui en
2012 estime qu’une nouvelle candidature serait une « mauvaise chose ».
Les proches des Écologistes sont aussi hostiles (58%) à une nouvelle
candidature de François Hollande que les électeurs qui se situent « à
gauche » (61%).
8. Les deux candidats qui bénéficient du niveau de certitude de vote le plus élevé sont Marine Le Pen (7%) et Jean-Luc Mélenchon (6%).
9. À l’approche de la présidentielle, l’inquiétude et le découragement dominent.
L’approche du scrutin ne suscite l’enthousiasme que d’une poignée (3%)
des personnes interrogées. Même la confiance est marginale (8%). Ce qui
domine, c’est l’inquiétude (52%) et le découragement (22%). Au
total, les trois quarts (74%) des électeurs expriment des émotions
négatives à l’approche de l’élection. Censée offrir des opportunités à la population, la présidentielle semble désormais perçue comme une menace.
10. Compte tenu de ce qu’elles savent de «
l’évolution globale du monde, en ce qui concerne la croissance
économique et l’innovation technologique », 64% des personnes interrogées en concluent que « la France n’est plus dans la course ».
11. Une majorité (53%) estime qu’au cours des dernières années, son niveau de vie s’est dégradé.
12. Plus des trois quarts (78%) des électeurs considèrent que
« la manière de vivre en France, ses traditions et ses habitudes de vie
sont aujourd’hui menacées ». Ce sentiment est partagé par 83%
des 50 ans et plus, mais les plus jeunes (18-24 ans) ne sont pas
beaucoup moins nombreux (70%).
13. Pour la plupart (88%) des personnes interrogées le niveau d’endettement de la France pourrait conduire à une crise financière majeure dans les années à venir.
14. Au terme de ses deux mandats, le président
Macron n’est pas parvenu à substituer au clivage gauche/droite
traditionnel un clivage opposant les partis pro-européens aux partis
populistes comme il s’y était engagé en 2017. Au contraire, le clivage gauche/droite s’est réimposé sous l’effet de la montée en puissance du populisme, RN à droite et LFI à gauche.
15. Le clivage gauche/droite s’affirme et se radicalise.
Tous les partis subissent la pression des populistes du RN et de LFI. À
gauche, 36% des proches du PS et 62% des proches des Écologistes disent
avoir déjà voté pour LFI. À droite, 37% des proches de LR ont déjà voté
pour le RN.
16. On enregistre une tentation autoritaire dans une partie de la droite. La
préférence pour « un système politique reposant sur un homme fort qui
n’a pas à se préoccuper du Parlement ni des élections » concerne 23% de
l’ensemble des électeurs, 31% des proches de LR et 35% des proches du
RN, mais aussi 20% des proches de Renaissance.
17. Symétriquement, dans une partie de la gauche, on relève une tentation insurrectionnelle.
Le refus de reconnaître l’élection de la candidate du RN à la
présidence de la République est approuvé par 20% de l’ensemble des
électeurs, dont 54% des proches de LFI, 40% des personnes qui se situent
à gauche, 36% des proches des Écologistes et 26% des proches du PS.
18. À gauche, l’autoritarisme du mélenchonisme est visible :
19% des proches de LFI disent préférer « un système politique reposant
sur un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du Parlement ni des
élections ».
19. Notre enquête montre l’expansion du religieux dans la
politique nationale, à ce jour au bénéfice principal de Jean-Luc
Mélenchon et de LFI : 72% des musulmans interrogés disent avoir
déjà voté pour LFI, contre 23% pour l’ensemble des électeurs, 27% chez
les « sans-religion » et 15% chez les catholiques. L’hégémonie
de Jean-Luc Mélenchon sur l’électorat musulman semble acquise mais, en
contrepartie, l’extrême dépendance de LFI à l’égard de cet électorat est
établie.
20. Les catholiques n’atteignent nulle part une
surreprésentation comparable à celle des musulmans dans l’électorat de
Mélenchon. Cependant, les catholiques sont plus nombreux (32%)
que la moyenne (29%) à considérer Marine Le Pen « plus capable » de
trouver des solutions aux problèmes du pays ; ils sont aussi plus
nombreux (36%) que la moyenne (33%) à être « sûrs » de voter ou à dire
qu’ils voteront « peut-être » pour Marine Le Pen ; ils sont enfin plus
nombreux (30%) à pouvoir voter pour Bruno Retailleau que dans l’ensemble
de l’échantillon (22%).
21. De quoi devrait parler la campagne présidentielle ? Les enjeux jugés prioritaires dans la campagne présidentielle
sont le pouvoir d’achat,(45%), l’état de la Justice, l’insécurité et la
criminalité (35%), la santé, l’accès aux soins (32%), l’immigration et
l’intégration (30%), le déficit public et la dette (27%).
22. Pour ceux qui pensent que « la France n’est plus dans la
course », le choix des priorités à discuter pour rattraper le retard du
pays traduit un état d’esprit qui demeure volontaire : «
réindustrialiser les territoires » (43%), « baisser les impôts et
réduire les normes qui pèsent sur nos entreprises » (43%), « retrouver
une agriculture compétitive et exportatrice » (35%).
23. Pour ceux qui estiment que « la France est toujours dans la course », les trois enjeux jugés prioritaires pour que la France « maintienne sa prospérité, sa puissance et son influence » sont les mêmes ; ils
témoignent du même volontarisme, plus présent dans la population que
dans l’image qu’en donne sa représentation politique et médiatique
: « réindustrialiser les territoires » (40%), « baisser les impôts et
réduire les normes qui pèsent sur nos entreprises » (35%) et « retrouver
une agriculture compétitive et exportatrice » (31%).
24. Les Français soutiennent toujours très largement l’appartenance de leur pays à l’Union européenne (75%).
Le soutien est quasi unanime chez les proches de Renaissance (93%), du
PS (90%), des Écologistes (88%), des LR (86%) et de LFI (82%). Il
demeure majoritaire chez les proches du RN (58%). La monnaie européenne,
l’euro, bénéficie d’un soutien plus marqué encore (81% des personnes interrogées).
25. Les Français estiment ne pas avoir un problème d’institutions mais de classe politique.
64% des personnes interrogées répondent « Globalement, nous avons un
bon système politique, mais nous avons une classe politique qui n’est
pas capable de gouverner et de trouver des solutions à nos problèmes » ;
24% estiment que « notre classe politique est capable de gouverner et
de trouver des solutions à nos problèmes, mais notre système politique
n’est plus adapté ». Enfin, 11% voient l’origine du problème dans le
fait que « ce sont les Français qui n’acceptent pas les réformes ».
26. La mise en cause de la classe politique est majoritaire quelle que soit la proximité partisane :
on le voit pour les proches de Reconquête (78%), des LR (69%), de LFI
(62%), du RN (62%), du PS (60%), des Écologistes (58%), de Renaissance
(53%). La mise en cause d’une « classe politique qui n’est pas capable
de gouverner et de trouver des solutions à nos problèmes » est également
plus répandue chez les électeurs sans proximité partisane (67%) que
dans l’ensemble de l’électorat (64%).
27. L’idée d’un « candidat qui ne viendrait pas d’un parti,
qui ne serait pas issu du monde politique » est l’un des signes du
discrédit qui affecte nos élus et nos gouvernants. La figure
d’un candidat issu de la société civile est à interpréter comme une
manifestation de l’antipolitique. Elle suscite l’approbation de 63% des
électeurs. Ce candidat devrait venir du monde de l’entreprise pour 59%
des électeurs interrogés, ou du monde de la science et de l’université
(35%).
28. Défini dans notre enquête par le fait d’«
appeler les électeurs à empêcher l’élection d’un candidat du
Rassemblement national ou de La France insoumise, en votant pour son
adversaire, même lorsqu’on ne partage pas ses idées », le « barrage républicain » est majoritairement refusé par l’opinion publique (58%).
29. L’acceptation ou le refus du « barrage républicain » obéit à une logique politique :
62% des électeurs qui se positionnent à gauche y sont favorables,
tandis que 65% des électeurs qui se positionnent à droite y sont
hostiles.
30. À gauche, les proches des Écologistes sont les
plus favorables (79%) au « barrage républicain », devant les proches du
PS (71%). Chez les proches du parti de Jean-Luc Mélenchon, le soutien
est moins marqué (52%). Les électeurs de LFI semblent pressentir que l’appel à cette discipline électorale ne leur sera plus systématiquement favorable.
31. À droite, le « barrage républicain » est largement rejeté,
que ce soit par les proches du RN (82%), par les électeurs qui ont voté
Marine Le Pen lors du second tour de la présidentielle de 2022 (84%),
ou que ce soit par les proches des LR (60%).
32. Dans l’opinion publique, il n’y a pas d’équivalence de danger entre les deux candidats populistes.
La capacité à trouver des solutions à nos problèmes est jugée
supérieure à celle des autres femmes et hommes politiques pour 29% des
personnes interrogées en ce qui concerne Marine Le Pen, et pour 13% dans
le cas de Jean-Luc Mélenchon. Le potentiel électoral de la candidate du
RN (33%) est très supérieur à celui de LFI (15%). Enfin, si 51% des
électeurs excluent de voter pour Marine Le Pen, ils sont 71% à exclure
un vote pour Jean-Luc Mélenchon. Le candidat de LFI est nettement plus
rejeté que Marine Le Pen.
33. Inquiets et découragés, les électeurs souhaitent renouer
en 2027 avec l’ordre institutionnel et politique. Ils pourraient ne pas y
parvenir. Mécontents, décidés à sanctionner les partis de
gouvernement, ils pourraient élire à la présidence une candidature
protestataire, ce qui les pousserait à utiliser les élections
législatives pour lui opposer un contre-pouvoir. Les Français
pourraient donc ainsi attribuer à la personne élue le pouvoir
présidentiel le 2 mai 2027 et lui retirer aussitôt toute capacité à
gouverner, prolongeant, alors qu’ils cherchent à en sortir, le grave
dérèglement engendré par la dissolution du 9 juin 2024. Tel est le
tourment français.
34. Dans les faits, la poussée des votes populistes est incontestable.
Les données issues des enquêtes d’opinion Fondapol font écho aux
résultats du premier tour des trois élections présidentielles
précédentes. Le total des votes en faveur des candidats
populistes, de droite et de gauche, représentait 32,8% des suffrages
exprimés en 2012, 48,4% en 2017 et 58% en 2022.
Introduction
Le président Emmanuel Macron achève son second mandat dans un climat
mêlant inquiétude, désarroi, déception, découragement et rejet. C’est à
son successeur qu’il appartiendra de dissiper cette atmosphère
dépressive et de rendre au pays sa vitalité. Mais les Français doutent
désormais que l’élection présidentielle soit en mesure de produire une
solution à leurs problèmes. Ils en viennent à se demander si ce scrutin
n’est pas l’une des grandes causes de leurs difficultés. Peut-être
commencent-ils à douter de la démocratie, voire de la politique.
En effet, aujourd’hui, à l’été 2026, les Français ne manquent pas de
raisons de se demander ce que l’on peut attendre d’une élection. Entre
le premier tour de la dernière élection présidentielle, le 10 avril
2022, et le second tour des élections législatives consécutives à la
dissolution, le 7 juillet 2024, les électeurs se sont rendus sept fois
aux urnes sans jamais parvenir à faire émerger une solution politique,
sans parvenir à fonder un contrat de gouvernement, c’est-à-dire un
programme que présentent des candidats et qu’approuve leur élection.
Déjà, la réélection d’Emmanuel Macron en 2022, comme son élection en
2017, devait beaucoup, sinon tout, à la contrainte d’un choix
impossible. Or, par l’effet de sa répétition, l’absence de choix finit
par altérer la légitimité du mécanisme de l’élection alors qu’il est au
cœur du régime démocratique. L’élection présidentielle ne peut pas
devenir un scrutin par lequel les électeurs sont soumis à l’obligation
implicite de choisir un candidat. En 2017, le second tour résultait d’un
tel vote, même si l’élection d’Emmanuel Macron reposait aussi sur le
soutien enthousiaste d’électeurs convaincus par le candidat et par son
projet.
En 2022, les électeurs reçoivent le même type d’injonction. Elle est
plus pénible parce que c’est l’exacte répétition de ce qu’ils ont vécu
cinq ans plus tôt. La répétition démontre un échec majeur du Président.
Mais elle est plus pénible aussi parce que cette fois, elle fait
obligation aux électeurs de reconduire le Président sortant, comme ce
fut le cas pour Jacques Chirac en 2002. Or, il est essentiel qu’un
président dont la réélection résulte de conditions aussi contraignantes
pour les électeurs, n’agisse pas comme s’il voyait dans sa reconduction
la manifestation d’une approbation ou l’expression d’une satisfaction.
C’est ce que les Français ont voulu signifier par leur vote lors des
élections législatives qui ont suivi en juin 2022, donnant un résultat
défavorable au Président. Les Français n’ont pas voulu lui donner une
majorité stable à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas sans raison qu’ils
ne lui ont accordé qu’une majorité relative. La campagne tardive du
Président réélu pouvait être perçue comme une assurance particulièrement
malvenue. On n’a pas souligné que lors de la présidentielle de 2022,
les électeurs n’ont pas eu la possibilité de dire ce qu’ils pensaient du
quinquennat d’Emmanuel Macron, tout comme les électeurs de François
Hollande en 2017, puisque le Président socialiste avait finalement
décidé de ne pas se représenter.
Décider de ne pas se représenter, dans le cas de François Hollande,
ou, dans le cas d’Emmanuel Macron, être réélu dans un cadre de
contraintes ne permettant pas aux électeurs de choisir véritablement,
sont deux formes d’évitement du jugement populaire. Dans le cas de
François Hollande, l’évitement a été choisi par le président sortant ;
pour Emmanuel Macron, l’évitement d’une sanction a résulté des
possibilités très limitées de ne pas voter pour lui. Deux situations qui
ont produit des causes supplémentaires de frustration et d’exaspération
du corps électoral. D’autant plus que, dans le cas d’Emmanuel Macron,
la limitation constitutionnelle à deux mandats successifs vient priver à
nouveau les électeurs de la possibilité d’exprimer un jugement
électoral au terme d’un mandat présidentiel. Après 2017 et 2022, 2027
sera le troisième cas consécutif où la présidentielle ne permet plus aux
Français d’exprimer électoralement leur pouvoir d’inventaire.
C’est ainsi que, d’abord, faute d’avoir pris en considération les
conditions très particulières de sa réélection, le Président a été
dépossédé de la majorité absolue aux législatives de 2022. Qu’ensuite,
pour avoir gouverné comme si les élections lui avaient été entièrement
favorables, voire comme si elles n’avaient pas eu lieu, la liste
macroniste a subi un net revers lors des élections européennes de 2024.
Les électeurs ont donné la victoire à la liste du RN, conduite par
Jordan Bardella, deux ans après la présidentielle qui avait vu Marine Le
Pen battue par Emmanuel Macron. La dissolution décidée le jour de la
sanction des élections européennes n’avait aucune chance de restaurer la
majorité présidentielle. Au contraire, elle ne pouvait avoir d’autre
effet que de confirmer la volonté, devenue plus ferme, des électeurs de
faire du RN un parti plus puissant encore. Improvisé, aventureux,
énigmatique, le dernier recours aux urnes de la présidence Macron
privera le pays de toute majorité et de toute possibilité de
rétablissement avant les législatives de juin 2027.
Les trois dernières années du second quinquennat du président Macron
achèvent de nourrir le grand désarroi politique des Français. La marche
débridée d’un monde que nous semblons ne plus pouvoir suivre, les défis
que le pays doit relever pour lui-même, et qui sont plus ardus chaque
année, contraste dramatiquement avec le spectacle d’une classe politique
jugée incapable de gouverner mais qui se lance dans une douzième
élection présidentielle, sans doute la plus périlleuse de toutes pour le
pays.
Nota Bene
Le questionnaire de l’enquête Fondapol menée avec OpinionWay a été administré entre le 1er
et le 8 juin 2026. L’incertitude pesant sur la candidature de Marine Le
Pen à l’élection présidentielle de 2027 ne pouvait être levée avant le 7
juillet. Cette situation inédite nous a conduits à soumettre un
questionnaire dans lequel figuraient les noms de Jordan Bardella et de
Marine Le Pen. Incidemment, cette précaution nous a offert l’occasion
d’observer des différences dans les réponses à une même question selon
que la candidature du Rassemblement national à l’élection présidentielle
était portée par Marine Le Pen ou par Jordan Bardella. Même si tel
n’est pas l’objet de ce travail, nous avons conservé, pour l’information
du lecteur, certaines de ces données, que l’on trouvera dans les pages
qui suivent.
Que peut être l’après Macron ?
Fin du macronisme sous Macron
La satisfaction des Français à l’égard de la présidence d’Emmanuel Macron (en %)
La dissolution jugée par les électeurs (en %)
L’opinion publique et la présidence Macron (en %)
Si bon nombre d’électeurs peuvent admettre l’extrême difficulté
de gouverner, voire les échecs, la plupart n’acceptent pas les
décisions aventureuses aux conséquences catastrophiques pour le pays
tout entier. La dissolution du 9 juin 2024 est la faute majeure
d’Emmanuel Macron. En 1997, Jacques Chirac avait également échoué à
tenter de réassurer ainsi sa majorité, mais pour le moins, son échec
permettait aux pouvoirs publics de fonctionner, grâce à une opposition
constituée, capable de prendre les rênes d’un nouveau gouvernement et de
conduire une politique. En 2024, le résultat est bien différent.
L’Assemblée nationale élue est inédite, informelle et chaotique. Elle
est sans majorité ni opposition et elle reste incapable d’en produire.
Aussi, en 2026, pour les trois quarts (72 %) des personnes
interrogées, la dissolution est une « mauvaise chose » (26% y voient «
une bonne chose »). Une opinion massivement partagée implique
logiquement qu’elle est majoritaire dans la plupart des catégories
sociales, professionnelles et politiques. Mais le détail met en évidence
les dégâts considérables produits par cette décision parmi les soutiens
à Emmanuel Macron.
C’est le cœur du macronisme qui est touché. L’opinion que la
dissolution a été une mauvaise chose est d’autant plus répandue que les
électeurs sont plus âgés. Par rapport à la moyenne de l’ensemble (72%),
on le note dès les 35 ans et plus (75%), puis les 50 ans et plus (80%)
et les 65 ans et plus (84%). La dissolution a été relativement moins
désavouée chez les proches de LFI et chez les proches du RN.
Inversement, la désapprobation à l’égard de la dissolution remonte en
flèche chez les proches du PS (78%) et de Renaissance (78%) et des LR
(81%).
La dissolution est désapprouvée par 80% des électeurs qui ont voté
pour Emmanuel Macron lors du premier tour à la présidentielle de 2022 et
par 77% de ses électeurs de second tour ou encore 87% de ceux qui
avaient voté pour la liste Renaissance lors des élections européennes du
9 juin 2024 ou encore 85% de ceux qui avaient voté pour sa coalition de
la Majorité présidentielle aux élections législatives de 2024. Enfin,
le désaveu domine chez les personnes de gauche (73%), de droite (73%),
chez celles qui ne déclarent aucune préférence partisane (72%) et qui
représentent plus de 40% de l’échantillon.
Le regret d’avoir voté pour Emmanuel Macron selon l’âge (en %)
3. Le double échec du macronisme : le clivage gauche/droite renaît, les populistes sont renforcés
La formule politique du macronisme repose sur deux dimensions
articulées entre elles par la centralité de la référence européenne : en
premier lieu, il y a l’idée de dépasser le clivage gauche/droite par
une synthèse, le « en même temps » ; en deuxième lieu, le « en même
temps » permet de réunir des personnalités et des partis, de gauche et
de droite, pour les associer dans une entreprise politique commune
caractérisée par leur disponibilité pour une évolution de nature
fédérale de l’Union européenne. En troisième lieu, cette coalition
devait substituer au clivage gauche/droite traditionnel un clivage
opposant, d’un côté, les partis pro-européens de droite et de gauche et
de l’autre, les partis populistes euro-critiques de droite et de gauche.
Sur le fond, les électeurs n’ont pas suffisamment identifié le
dépassement du clivage gauche/droite. Près de la moitié des Français
estime que le président de la République a mené une politique de droite
(46%) ; à l’inverse, une minorité (15%) y a reconnu une politique de
gauche. Un tiers (38%) estime qu’il s’agit d’une politique « ni de
droite ni de gauche ». Si bien qu’au total, c’est une majorité
d’électeurs (61%) qui situe Emmanuel Macron, à droite ou à gauche,
c’est-à-dire sur cet échiquier politique traditionnel dont voulait
s’émanciper le président sortant.
S’agissant de l’opération visant à substituer au clivage
gauche/droite historique un clivage partis modérés pro-européens/partis
populistes euro-critiques, ce ne sont pas les données d’opinion mais les
résultats électoraux qui parlent ; on ne peut que constater le
renforcement des partis populistes, à droite, avec le RN, à gauche, avec
LFI. On le voit dès l’élection présidentielle de 2022, au premier tour,
de façon spectaculaire et totalement inédite dans notre histoire
électorale ; on le voit aussi, bien sûr, au second tour. On le voit
pareillement lors des élections législatives de 2022 et plus encore en
2024, lors des élections européennes et lors des élections législatives.
Le jugement sur le positionnement politique d’Emmanuel Macron (en %)