18 avril et 2 mai 2027 L’élection présidentielle : le tourment français
Résumé
La présidence d’Emmanuel Macron s’achève dans un climat dominé par une vive inquiétude. Incompréhensible, la dissolution décidée le 9 juin 2024 a provoqué un dérèglement politique et institutionnel qui a déstabilisé tout le pays. Cette décision a dérouté l’électorat macroniste en particulier. L’absence de majorité à l’Assemblée nationale qui en a résulté est désapprouvée par 80% de ceux qui avaient voté pour la réélection du Président au premier tour de l’élection présidentielle de 2022, par la plupart de ses électeurs du second tour (77%), par ceux qui ont soutenu la liste de la Majorité présidentielle aux élections européennes du 9 juin 2024 (87%) ou encore par ceux qui ont voté en faveur de la Majorité présidentielle aux élections législatives de 2024 (85%).
La marche d’un monde où la France semble en décrochage, les défis qu’elle doit relever, d’abord pour elle-même, et qui se montrent plus ardus chaque année, ont conduit les électeurs à considérer largement que leurs gouvernants et leurs élus sont incapables de répondre aux difficultés du pays. C’est pourquoi les Français estiment ne pas avoir un problème d’institutions mais de classe politique, tandis que les mêmes partis se lancent dans une douzième élection présidentielle qui apparaît comme la plus périlleuse de toutes. Les trois quarts (74%) des électeurs expriment des émotions négatives à l’approche de la présidentielle.
Pivot et fierté de la Ve République, ce scrutin censé offrir des opportunités au pays est désormais perçu comme une source de menaces et de désordres. Le clivage gauche-droite, loin d’avoir succombé au « en même temps », s’est réimposé ; il s’est même radicalisé et métamorphosé sous l’effet de la montée en puissance des populismes, à droite et à gauche. Avec Marine Le Pen, le FN/RN est en mesure d’accéder au second tour pour la quatrième fois depuis 2002, d’autant plus que l’opinion publique récuse désormais le recours au « barrage républicain ». Avec Jean-Luc Mélenchon, le clivage s’est également métamorphosé sous l’effet d’une forte expansion du religieux en politique, à l’initiative et au bénéfice de LFI.
Alors que la plupart des électeurs veulent renouer avec l’ordre institutionnel et politique en 2027, ils pourraient cependant ne pas y parvenir. En effet, le mécontentement qui pousse les uns à sanctionner leur classe politique, en attribuant la présidence à une candidature protestataire (RN ou LFI), amènerait les autres à utiliser les législatives pour bâtir à la hâte un contre-pouvoir. En somme, les Français pourraient attribuer à la personne élue le pouvoir présidentiel le 2 mai 2027, puis lui retirer, dès l’été, toute capacité à gouverner, prolongeant ainsi, alors même que tous cherchent à en sortir, le grave dérèglement engendré par la dissolution du 9 juin 2024. Tel est le tourment français.
Ce document, qui s’inscrit dans la perspective de la prochaine élection présidentielle, est la nouvelle grande étude de la Fondapol. Elle repose notamment sur une enquête d’opinion administrée par OpinionWay auprès de 3.057 personnes inscrites sur les listes électorales, issues d’un échantillon de 3.598 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Le questionnaire de l’enquête a été conçu et rédigé par la Fondapol qui s’est également chargée de l’analyse des résultats qui fait l’objet de cette publication.
Les données d’opinion de cette étude ont été produites par une enquête administrée par l’institut OpinionWay pour la Fondapol entre le 1er et le 8 juin 2026, auprès de 3.057 personnes inscrites sur les listes électorales issues d’un échantillon de 3.598 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Le questionnaire de l’enquête a été conçu et rédigé par la Fondapol. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d’agglomération et de région de résidence. L’enquête a été réalisée en appliquant les procédures et règles de la norme ISO 20252. Les résultats de ce sondage doivent être lus en tenant compte des marges d’incertitude : 0,8 à 1,8 points au plus pour un échantillon de 3.000 répondants.
Principaux enseignements
1. La présidence d’Emmanuel Macron s’achève dans un climat de vives inquiétudes. Plus des trois quarts des personnes interrogées (78%) disent être « insatisfaites » d’Emmanuel Macron comme président de la République.
2. La dissolution du 9 juin 2024 a pulvérisé l’électorat macroniste. L’absence de majorité à l’Assemblée nationale qui en a résulté est désapprouvée par la plus grande partie (80%) de ceux qui avaient voté pour la réélection du Président lors du 1er tour de la présidentielle de 2022, de même que par la plupart de ses électeurs de second tour (77%), de ceux qui ont voté pour la liste de la Majorité présidentielle aux élections européennes du 9 juin 2024 (87%) et, enfin, de ceux qui ont voté pour la Majorité présidentielle aux élections législatives de 2024 (85%).
3. Les plus jeunes sont les plus nombreux à regretter leur vote Macron : 61% des électeurs de moins de 35 ans qui ont pris part à sa réélection en 2022 le regrettent aujourd’hui. À l’inverse, les 65 ans et plus, sont les plus nombreux (61%) à ne pas le regretter, mais ils sont également insatisfaits de la présidence Macron (78%).
4. Une minorité (16%) des électeurs aurait souhaité qu’Emmanuel Macron puisse être à nouveau candidat s’il en avait eu le droit (83% ne l’auraient pas souhaité).
5. La proximité perçue des candidats avec les idées d’Emmanuel Macron pèsera sur la réception de leur candidature, avec ses effets positifs ou négatifs, compte tenu de l’impopularité du Président et de la recherche d’un vote sanction dans une grande partie de l’électorat. Gabriel Attal est jugé le plus proche (56%) des idées d’Emmanuel Macron, devant Édouard Philippe (53%), Bruno Retailleau (34%) et Raphaël Glucksmann (23%).
6. Parmi les candidats déclarés, Marine Le Pen (33%), Édouard Philippe (31%), Gabriel Attal (27%), Bruno Retailleau (22%) et Jean-Luc Mélenchon (15%) ont les potentiels électoraux les plus élevés.
7. L’hypothèse d’une candidature de François Hollande en 2027 est vue comme « une mauvaise chose » par 72% des électeurs. Une majorité (59%) de ceux qui ont voté pour lui en 2012 estime qu’une nouvelle candidature serait une « mauvaise chose ». Les proches des Écologistes sont aussi hostiles (58%) à une nouvelle candidature de François Hollande que les électeurs qui se situent « à gauche » (61%).
8. Les deux candidats qui bénéficient du niveau de certitude de vote le plus élevé sont Marine Le Pen (7%) et Jean-Luc Mélenchon (6%).
9. À l’approche de la présidentielle, l’inquiétude et le découragement dominent. L’approche du scrutin ne suscite l’enthousiasme que d’une poignée (3%) des personnes interrogées. Même la confiance est marginale (8%). Ce qui domine, c’est l’inquiétude (52%) et le découragement (22%). Au total, les trois quarts (74%) des électeurs expriment des émotions négatives à l’approche de l’élection. Censée offrir des opportunités à la population, la présidentielle semble désormais perçue comme une menace.
10. Compte tenu de ce qu’elles savent de « l’évolution globale du monde, en ce qui concerne la croissance économique et l’innovation technologique », 64% des personnes interrogées en concluent que « la France n’est plus dans la course ».
11. Une majorité (53%) estime qu’au cours des dernières années, son niveau de vie s’est dégradé.
12. Plus des trois quarts (78%) des électeurs considèrent que « la manière de vivre en France, ses traditions et ses habitudes de vie sont aujourd’hui menacées ». Ce sentiment est partagé par 83% des 50 ans et plus, mais les plus jeunes (18-24 ans) ne sont pas beaucoup moins nombreux (70%).
13. Pour la plupart (88%) des personnes interrogées le niveau d’endettement de la France pourrait conduire à une crise financière majeure dans les années à venir.
14. Au terme de ses deux mandats, le président Macron n’est pas parvenu à substituer au clivage gauche/droite traditionnel un clivage opposant les partis pro-européens aux partis populistes comme il s’y était engagé en 2017. Au contraire, le clivage gauche/droite s’est réimposé sous l’effet de la montée en puissance du populisme, RN à droite et LFI à gauche.
15. Le clivage gauche/droite s’affirme et se radicalise. Tous les partis subissent la pression des populistes du RN et de LFI. À gauche, 36% des proches du PS et 62% des proches des Écologistes disent avoir déjà voté pour LFI. À droite, 37% des proches de LR ont déjà voté pour le RN.
16. On enregistre une tentation autoritaire dans une partie de la droite. La préférence pour « un système politique reposant sur un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du Parlement ni des élections » concerne 23% de l’ensemble des électeurs, 31% des proches de LR et 35% des proches du RN, mais aussi 20% des proches de Renaissance.
17. Symétriquement, dans une partie de la gauche, on relève une tentation insurrectionnelle. Le refus de reconnaître l’élection de la candidate du RN à la présidence de la République est approuvé par 20% de l’ensemble des électeurs, dont 54% des proches de LFI, 40% des personnes qui se situent à gauche, 36% des proches des Écologistes et 26% des proches du PS.
18. À gauche, l’autoritarisme du mélenchonisme est visible : 19% des proches de LFI disent préférer « un système politique reposant sur un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du Parlement ni des élections ».
19. Notre enquête montre l’expansion du religieux dans la politique nationale, à ce jour au bénéfice principal de Jean-Luc Mélenchon et de LFI : 72% des musulmans interrogés disent avoir déjà voté pour LFI, contre 23% pour l’ensemble des électeurs, 27% chez les « sans-religion » et 15% chez les catholiques. L’hégémonie de Jean-Luc Mélenchon sur l’électorat musulman semble acquise mais, en contrepartie, l’extrême dépendance de LFI à l’égard de cet électorat est établie.
20. Les catholiques n’atteignent nulle part une surreprésentation comparable à celle des musulmans dans l’électorat de Mélenchon. Cependant, les catholiques sont plus nombreux (32%) que la moyenne (29%) à considérer Marine Le Pen « plus capable » de trouver des solutions aux problèmes du pays ; ils sont aussi plus nombreux (36%) que la moyenne (33%) à être « sûrs » de voter ou à dire qu’ils voteront « peut-être » pour Marine Le Pen ; ils sont enfin plus nombreux (30%) à pouvoir voter pour Bruno Retailleau que dans l’ensemble de l’échantillon (22%).
21. De quoi devrait parler la campagne présidentielle ? Les enjeux jugés prioritaires dans la campagne présidentielle sont le pouvoir d’achat,(45%), l’état de la Justice, l’insécurité et la criminalité (35%), la santé, l’accès aux soins (32%), l’immigration et l’intégration (30%), le déficit public et la dette (27%).
22. Pour ceux qui pensent que « la France n’est plus dans la course », le choix des priorités à discuter pour rattraper le retard du pays traduit un état d’esprit qui demeure volontaire : « réindustrialiser les territoires » (43%), « baisser les impôts et réduire les normes qui pèsent sur nos entreprises » (43%), « retrouver une agriculture compétitive et exportatrice » (35%).
23. Pour ceux qui estiment que « la France est toujours dans la course », les trois enjeux jugés prioritaires pour que la France « maintienne sa prospérité, sa puissance et son influence » sont les mêmes ; ils témoignent du même volontarisme, plus présent dans la population que dans l’image qu’en donne sa représentation politique et médiatique : « réindustrialiser les territoires » (40%), « baisser les impôts et réduire les normes qui pèsent sur nos entreprises » (35%) et « retrouver une agriculture compétitive et exportatrice » (31%).
24. Les Français soutiennent toujours très largement l’appartenance de leur pays à l’Union européenne (75%). Le soutien est quasi unanime chez les proches de Renaissance (93%), du PS (90%), des Écologistes (88%), des LR (86%) et de LFI (82%). Il demeure majoritaire chez les proches du RN (58%). La monnaie européenne, l’euro, bénéficie d’un soutien plus marqué encore (81% des personnes interrogées).
25. Les Français estiment ne pas avoir un problème d’institutions mais de classe politique. 64% des personnes interrogées répondent « Globalement, nous avons un bon système politique, mais nous avons une classe politique qui n’est pas capable de gouverner et de trouver des solutions à nos problèmes » ; 24% estiment que « notre classe politique est capable de gouverner et de trouver des solutions à nos problèmes, mais notre système politique n’est plus adapté ». Enfin, 11% voient l’origine du problème dans le fait que « ce sont les Français qui n’acceptent pas les réformes ».
26. La mise en cause de la classe politique est majoritaire quelle que soit la proximité partisane : on le voit pour les proches de Reconquête (78%), des LR (69%), de LFI (62%), du RN (62%), du PS (60%), des Écologistes (58%), de Renaissance (53%). La mise en cause d’une « classe politique qui n’est pas capable de gouverner et de trouver des solutions à nos problèmes » est également plus répandue chez les électeurs sans proximité partisane (67%) que dans l’ensemble de l’électorat (64%).
27. L’idée d’un « candidat qui ne viendrait pas d’un parti, qui ne serait pas issu du monde politique » est l’un des signes du discrédit qui affecte nos élus et nos gouvernants. La figure d’un candidat issu de la société civile est à interpréter comme une manifestation de l’antipolitique. Elle suscite l’approbation de 63% des électeurs. Ce candidat devrait venir du monde de l’entreprise pour 59% des électeurs interrogés, ou du monde de la science et de l’université (35%).
28. Défini dans notre enquête par le fait d’« appeler les électeurs à empêcher l’élection d’un candidat du Rassemblement national ou de La France insoumise, en votant pour son adversaire, même lorsqu’on ne partage pas ses idées », le « barrage républicain » est majoritairement refusé par l’opinion publique (58%).
29. L’acceptation ou le refus du « barrage républicain » obéit à une logique politique : 62% des électeurs qui se positionnent à gauche y sont favorables, tandis que 65% des électeurs qui se positionnent à droite y sont hostiles.
30. À gauche, les proches des Écologistes sont les plus favorables (79%) au « barrage républicain », devant les proches du PS (71%). Chez les proches du parti de Jean-Luc Mélenchon, le soutien est moins marqué (52%). Les électeurs de LFI semblent pressentir que l’appel à cette discipline électorale ne leur sera plus systématiquement favorable.
31. À droite, le « barrage républicain » est largement rejeté, que ce soit par les proches du RN (82%), par les électeurs qui ont voté Marine Le Pen lors du second tour de la présidentielle de 2022 (84%), ou que ce soit par les proches des LR (60%).
32. Dans l’opinion publique, il n’y a pas d’équivalence de danger entre les deux candidats populistes. La capacité à trouver des solutions à nos problèmes est jugée supérieure à celle des autres femmes et hommes politiques pour 29% des personnes interrogées en ce qui concerne Marine Le Pen, et pour 13% dans le cas de Jean-Luc Mélenchon. Le potentiel électoral de la candidate du RN (33%) est très supérieur à celui de LFI (15%). Enfin, si 51% des électeurs excluent de voter pour Marine Le Pen, ils sont 71% à exclure un vote pour Jean-Luc Mélenchon. Le candidat de LFI est nettement plus rejeté que Marine Le Pen.
33. Inquiets et découragés, les électeurs souhaitent renouer en 2027 avec l’ordre institutionnel et politique. Ils pourraient ne pas y parvenir. Mécontents, décidés à sanctionner les partis de gouvernement, ils pourraient élire à la présidence une candidature protestataire, ce qui les pousserait à utiliser les élections législatives pour lui opposer un contre-pouvoir. Les Français pourraient donc ainsi attribuer à la personne élue le pouvoir présidentiel le 2 mai 2027 et lui retirer aussitôt toute capacité à gouverner, prolongeant, alors qu’ils cherchent à en sortir, le grave dérèglement engendré par la dissolution du 9 juin 2024. Tel est le tourment français.
34. Dans les faits, la poussée des votes populistes est incontestable. Les données issues des enquêtes d’opinion Fondapol font écho aux résultats du premier tour des trois élections présidentielles précédentes. Le total des votes en faveur des candidats populistes, de droite et de gauche, représentait 32,8% des suffrages exprimés en 2012, 48,4% en 2017 et 58% en 2022.
Introduction
Le président Emmanuel Macron achève son second mandat dans un climat mêlant inquiétude, désarroi, déception, découragement et rejet. C’est à son successeur qu’il appartiendra de dissiper cette atmosphère dépressive et de rendre au pays sa vitalité. Mais les Français doutent désormais que l’élection présidentielle soit en mesure de produire une solution à leurs problèmes. Ils en viennent à se demander si ce scrutin n’est pas l’une des grandes causes de leurs difficultés. Peut-être commencent-ils à douter de la démocratie, voire de la politique.
En effet, aujourd’hui, à l’été 2026, les Français ne manquent pas de raisons de se demander ce que l’on peut attendre d’une élection. Entre le premier tour de la dernière élection présidentielle, le 10 avril 2022, et le second tour des élections législatives consécutives à la dissolution, le 7 juillet 2024, les électeurs se sont rendus sept fois aux urnes sans jamais parvenir à faire émerger une solution politique, sans parvenir à fonder un contrat de gouvernement, c’est-à-dire un programme que présentent des candidats et qu’approuve leur élection.
Déjà, la réélection d’Emmanuel Macron en 2022, comme son élection en 2017, devait beaucoup, sinon tout, à la contrainte d’un choix impossible. Or, par l’effet de sa répétition, l’absence de choix finit par altérer la légitimité du mécanisme de l’élection alors qu’il est au cœur du régime démocratique. L’élection présidentielle ne peut pas devenir un scrutin par lequel les électeurs sont soumis à l’obligation implicite de choisir un candidat. En 2017, le second tour résultait d’un tel vote, même si l’élection d’Emmanuel Macron reposait aussi sur le soutien enthousiaste d’électeurs convaincus par le candidat et par son projet.
En 2022, les électeurs reçoivent le même type d’injonction. Elle est plus pénible parce que c’est l’exacte répétition de ce qu’ils ont vécu cinq ans plus tôt. La répétition démontre un échec majeur du Président. Mais elle est plus pénible aussi parce que cette fois, elle fait obligation aux électeurs de reconduire le Président sortant, comme ce fut le cas pour Jacques Chirac en 2002. Or, il est essentiel qu’un président dont la réélection résulte de conditions aussi contraignantes pour les électeurs, n’agisse pas comme s’il voyait dans sa reconduction la manifestation d’une approbation ou l’expression d’une satisfaction. C’est ce que les Français ont voulu signifier par leur vote lors des élections législatives qui ont suivi en juin 2022, donnant un résultat défavorable au Président. Les Français n’ont pas voulu lui donner une majorité stable à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas sans raison qu’ils ne lui ont accordé qu’une majorité relative. La campagne tardive du Président réélu pouvait être perçue comme une assurance particulièrement malvenue. On n’a pas souligné que lors de la présidentielle de 2022, les électeurs n’ont pas eu la possibilité de dire ce qu’ils pensaient du quinquennat d’Emmanuel Macron, tout comme les électeurs de François Hollande en 2017, puisque le Président socialiste avait finalement décidé de ne pas se représenter.
Décider de ne pas se représenter, dans le cas de François Hollande, ou, dans le cas d’Emmanuel Macron, être réélu dans un cadre de contraintes ne permettant pas aux électeurs de choisir véritablement, sont deux formes d’évitement du jugement populaire. Dans le cas de François Hollande, l’évitement a été choisi par le président sortant ; pour Emmanuel Macron, l’évitement d’une sanction a résulté des possibilités très limitées de ne pas voter pour lui. Deux situations qui ont produit des causes supplémentaires de frustration et d’exaspération du corps électoral. D’autant plus que, dans le cas d’Emmanuel Macron, la limitation constitutionnelle à deux mandats successifs vient priver à nouveau les électeurs de la possibilité d’exprimer un jugement électoral au terme d’un mandat présidentiel. Après 2017 et 2022, 2027 sera le troisième cas consécutif où la présidentielle ne permet plus aux Français d’exprimer électoralement leur pouvoir d’inventaire.
C’est ainsi que, d’abord, faute d’avoir pris en considération les conditions très particulières de sa réélection, le Président a été dépossédé de la majorité absolue aux législatives de 2022. Qu’ensuite, pour avoir gouverné comme si les élections lui avaient été entièrement favorables, voire comme si elles n’avaient pas eu lieu, la liste macroniste a subi un net revers lors des élections européennes de 2024. Les électeurs ont donné la victoire à la liste du RN, conduite par Jordan Bardella, deux ans après la présidentielle qui avait vu Marine Le Pen battue par Emmanuel Macron. La dissolution décidée le jour de la sanction des élections européennes n’avait aucune chance de restaurer la majorité présidentielle. Au contraire, elle ne pouvait avoir d’autre effet que de confirmer la volonté, devenue plus ferme, des électeurs de faire du RN un parti plus puissant encore. Improvisé, aventureux, énigmatique, le dernier recours aux urnes de la présidence Macron privera le pays de toute majorité et de toute possibilité de rétablissement avant les législatives de juin 2027.
Les trois dernières années du second quinquennat du président Macron achèvent de nourrir le grand désarroi politique des Français. La marche débridée d’un monde que nous semblons ne plus pouvoir suivre, les défis que le pays doit relever pour lui-même, et qui sont plus ardus chaque année, contraste dramatiquement avec le spectacle d’une classe politique jugée incapable de gouverner mais qui se lance dans une douzième élection présidentielle, sans doute la plus périlleuse de toutes pour le pays.
Nota Bene
Le questionnaire de l’enquête Fondapol menée avec OpinionWay a été administré entre le 1er
et le 8 juin 2026. L’incertitude pesant sur la candidature de Marine Le
Pen à l’élection présidentielle de 2027 ne pouvait être levée avant le 7
juillet. Cette situation inédite nous a conduits à soumettre un
questionnaire dans lequel figuraient les noms de Jordan Bardella et de
Marine Le Pen. Incidemment, cette précaution nous a offert l’occasion
d’observer des différences dans les réponses à une même question selon
que la candidature du Rassemblement national à l’élection présidentielle
était portée par Marine Le Pen ou par Jordan Bardella. Même si tel
n’est pas l’objet de ce travail, nous avons conservé, pour l’information
du lecteur, certaines de ces données, que l’on trouvera dans les pages
qui suivent.
Que peut être l’après Macron ?
Fin du macronisme sous Macron
La satisfaction des Français à l’égard de la présidence d’Emmanuel Macron (en %)
La dissolution jugée par les électeurs (en %)
L’opinion publique et la présidence Macron (en %)
Si bon nombre d’électeurs peuvent admettre l’extrême difficulté de gouverner, voire les échecs, la plupart n’acceptent pas les décisions aventureuses aux conséquences catastrophiques pour le pays tout entier. La dissolution du 9 juin 2024 est la faute majeure d’Emmanuel Macron. En 1997, Jacques Chirac avait également échoué à tenter de réassurer ainsi sa majorité, mais pour le moins, son échec permettait aux pouvoirs publics de fonctionner, grâce à une opposition constituée, capable de prendre les rênes d’un nouveau gouvernement et de conduire une politique. En 2024, le résultat est bien différent. L’Assemblée nationale élue est inédite, informelle et chaotique. Elle est sans majorité ni opposition et elle reste incapable d’en produire.
Aussi, en 2026, pour les trois quarts (72 %) des personnes interrogées, la dissolution est une « mauvaise chose » (26% y voient « une bonne chose »). Une opinion massivement partagée implique logiquement qu’elle est majoritaire dans la plupart des catégories sociales, professionnelles et politiques. Mais le détail met en évidence les dégâts considérables produits par cette décision parmi les soutiens à Emmanuel Macron.
C’est le cœur du macronisme qui est touché. L’opinion que la dissolution a été une mauvaise chose est d’autant plus répandue que les électeurs sont plus âgés. Par rapport à la moyenne de l’ensemble (72%), on le note dès les 35 ans et plus (75%), puis les 50 ans et plus (80%) et les 65 ans et plus (84%). La dissolution a été relativement moins désavouée chez les proches de LFI et chez les proches du RN. Inversement, la désapprobation à l’égard de la dissolution remonte en flèche chez les proches du PS (78%) et de Renaissance (78%) et des LR (81%).
La dissolution est désapprouvée par 80% des électeurs qui ont voté pour Emmanuel Macron lors du premier tour à la présidentielle de 2022 et par 77% de ses électeurs de second tour ou encore 87% de ceux qui avaient voté pour la liste Renaissance lors des élections européennes du 9 juin 2024 ou encore 85% de ceux qui avaient voté pour sa coalition de la Majorité présidentielle aux élections législatives de 2024. Enfin, le désaveu domine chez les personnes de gauche (73%), de droite (73%), chez celles qui ne déclarent aucune préférence partisane (72%) et qui représentent plus de 40% de l’échantillon.
Le regret d’avoir voté pour Emmanuel Macron selon l’âge (en %)
3. Le double échec du macronisme : le clivage gauche/droite renaît, les populistes sont renforcés
La formule politique du macronisme repose sur deux dimensions articulées entre elles par la centralité de la référence européenne : en premier lieu, il y a l’idée de dépasser le clivage gauche/droite par une synthèse, le « en même temps » ; en deuxième lieu, le « en même temps » permet de réunir des personnalités et des partis, de gauche et de droite, pour les associer dans une entreprise politique commune caractérisée par leur disponibilité pour une évolution de nature fédérale de l’Union européenne. En troisième lieu, cette coalition devait substituer au clivage gauche/droite traditionnel un clivage opposant, d’un côté, les partis pro-européens de droite et de gauche et de l’autre, les partis populistes euro-critiques de droite et de gauche.
Sur le fond, les électeurs n’ont pas suffisamment identifié le dépassement du clivage gauche/droite. Près de la moitié des Français estime que le président de la République a mené une politique de droite (46%) ; à l’inverse, une minorité (15%) y a reconnu une politique de gauche. Un tiers (38%) estime qu’il s’agit d’une politique « ni de droite ni de gauche ». Si bien qu’au total, c’est une majorité d’électeurs (61%) qui situe Emmanuel Macron, à droite ou à gauche, c’est-à-dire sur cet échiquier politique traditionnel dont voulait s’émanciper le président sortant.
S’agissant de l’opération visant à substituer au clivage gauche/droite historique un clivage partis modérés pro-européens/partis populistes euro-critiques, ce ne sont pas les données d’opinion mais les résultats électoraux qui parlent ; on ne peut que constater le renforcement des partis populistes, à droite, avec le RN, à gauche, avec LFI. On le voit dès l’élection présidentielle de 2022, au premier tour, de façon spectaculaire et totalement inédite dans notre histoire électorale ; on le voit aussi, bien sûr, au second tour. On le voit pareillement lors des élections législatives de 2022 et plus encore en 2024, lors des élections européennes et lors des élections législatives.
Le jugement sur le positionnement politique d’Emmanuel Macron (en %)
Emmanuel Macron a-t-il été un président de gauche, de droite ou ni l’un ni l’autre ? (en %)
Pour préciser le jugement des électeurs sur la présidence d’Emmanuel Macron et sa popularité, nous avons utilisé l’impossibilité constitutionnelle du troisième mandat successif en posant la question de la manière suivante : « Il n’est pas permis au président de la République de faire plus de deux mandats à la suite. Emmanuel Macron termine son second mandat, il ne peut donc pas être à nouveau candidat en 2027. Vous, personnellement, auriez-vous souhaité qu’il puisse se représenter une troisième fois en 2027 ? ».
Moins d’un cinquième (16%) des personnes interrogées répondent qu’elles auraient souhaité qu’Emmanuel Macron puisse se présenter pour un troisième mandat successif, contre 83% qui ne l’auraient pas souhaité ; près des deux tiers (62%) des personnes interrogées disent même qu’elles ne l’auraient « pas souhaité du tout ».
Auriez-vous souhaité qu’Emmanuel Macron puisse se présenter une troisième fois, en 2027 ? (en %)
Une classe politique jugée incapable de gouverner
Notes
3.2022, le risque populiste en France, op. cit. [en ligne].
Globalement, nous avons un bon système politique mais nous avons une classe politique qui n’est pas capable de gouverner (en %)
La classe politique est mise en cause quelle que soit la proximité partisane des personnes interrogées (en %)
La classe politique est-elle encore en mesure de résoudre les problèmes du pays ? (en %)
2. Le discrédit des gouvernants s’exprime dans l’évaluation de leurs performances
L’enquête révèle un jugement public d’une grande sévérité pour le bilan des gouvernants. Une majorité (53%) estime qu’au cours des dernières années, son niveau de vie s’est dégradé, tandis que seule une petite minorité (6%) témoigne d’une amélioration (contre 39% pour lesquels il est resté stable). Plus des trois quarts des électeurs considèrent que la manière de vivre en France, ses traditions et ses habitudes de vie sont aujourd’hui menacées ; à l’inverse, seuls 21% pensent que ce patrimoine immatériel est préservé. Près des deux tiers (64%), compte tenu de ce qu’ils savent de « l’évolution globale du monde, en ce qui concerne la croissance économique et l’innovation technologique », en concluent que « la France n’est plus dans la course ». Enfin, une majorité plus large encore (88%) estime que le niveau d’endettement de la France pourrait conduire à une crise financière majeure dans les années à venir. Quels que soient les sujets soumis à l’appréciation du public, le mécontentement est systématiquement partagé par une majorité des répondants.
Le rejet de la classe politique est beaucoup plus affirmé chez les électeurs qui estiment que leur niveau de vie s’est dégradé … (en %)
Quels sont les enjeux prioritaires pour la présidentielle (en %)
Perception du risque financier pour la France (en %)
3. En finir avec les politiques ? L’idée d’un candidat issu de la société civile
Le conflit entre la société française et sa classe politique se manifeste aussi dans l’idée d’un candidat qui serait apprécié précisément au motif qu’il ne serait pas issu de la classe politique. C’est une vieille idée. En 2026, au moment où il faut choisir un nouveau président, l’idée n’a pas disparu. Précisément depuis le surgissement d’Emmanuel Macron, en 2016, et son élection, en 2017, la candidature issue de la société civile semble s’être réalisée. Certes, Emmanuel Macron n’était pas parfaitement extérieur au monde du pouvoir d’État avant son élection, mais il n’avait jamais été élu à quelque mandat que ce soit, ce qui est une première. Il portait donc une promesse de renouvellement de la manière de gouverner. Emmanuel Macron répondait aux attentes des Français qui, exaspérés mais prudents, voulaient s’adonner à un « dégagisme » aussi peu risqué que possible. En 2017, les Français ont voulu punir toute la classe politique sans risquer de se punir eux-mêmes. C’est en tant que candidat « hors système » qu’il a été élu pour la première fois, contre une concurrente plus « antisystème ».
L’espoir d’un renouvellement dans la manière de faire de la politique et dans la façon de gouverner est sans doute difficile à satisfaire. La déception que le double quinquennat de Macron a finalement produit, radicalise la critique de la classe politique en général. L’état de l’Assemblée nationale et du travail parlementaire depuis la dissolution de 2024 accable un pays déjà désorienté, préoccupé et en colère. On voit le lien entre la déception à l’égard d’Emmanuel Macron et la montée en puissance du rejet de la classe gouvernante : ceux qui estiment que « globalement, nous avons un bon système politique, mais nous avons une classe politique qui n’est pas capable de gouverner et de trouver des solutions à nos problèmes » représentent en moyenne 64% des répondants ; mais cette proportion monte à 75% chez ceux qui disent être « très insatisfaits » de la présidence Macron, à 70% chez les « insatisfaits », pour tomber à 44% chez les « satisfaits » et à 38% chez les « très satisfaits ».
L’idée d’un « candidat qui ne viendrait pas d’un parti, qui ne serait pas issu du monde politique » suscite l’approbation de 63% des électeurs (contre 34%). Il faut y voir à tout le moins le souhait de voir émerger des profils plus en prise avec le monde tel qu’il va, comme peut l’indiquer le plus fort soutien des cadres et des professions intellectuelles supérieures à l’idée d’un candidat extérieur à la politique (70%). Ce sont les jeunes qui se montrent les moins enclins à voter pour un tel candidat (45% chez les 18-24 ans et 56% chez les moins de 35 ans).
L’attente d’un tel renouveau est plus forte chez les proches de Renaissance (75%) ou des Républicains (75%) ; elle est aussi forte à gauche (68%) qu’à droite (62%). La raison tient peut-être au fait que l’idée d’un candidat qui ne viendrait pas de la politique évoque le plus souvent la figure d’une personne douée pour l’organisation et le commandement. On retrouve rapidement le militaire ou l’entrepreneur. De fait, s’il s’agit de savoir de quel monde viendrait ce candidat qui ne serait pas issu de la politique. Dans notre enquête, le monde qui recueille le plus d’avis favorables est celui de « l’entreprise » (40%).
Enfin, le fait qu’une telle perspective suscite l’approbation massive (71%) des répondants qui disent avoir une « image très positive » des Gilets jaunes, pourrait indiquer que la figure venue d’un autre monde que la politique est l’une des expressions de la critique du système.
Un président issu du monde de l’entreprise (en %)
Le jugement porté sur la classe politique est plus sévère chez ceux qui sont insatisfaits du mandat d’Emmanuel Macron (en %)
Qui en 2027 ?
Où peuvent aller les électeurs du macronisme ? (en %)
Ainsi, 56% des électeurs d’Emmanuel Macron, au premier tour de 2022, disent être en mesure de voter pour Édouard Philippe en 2027 ; ils sont 48% à répondre qu’ils pourraient voter pour Gabriel Attal, 31% pour Bruno Retailleau et 28% pour Raphaël Glucksmann. Mais un cinquième de ses électeurs disent pouvoir voter pour François Hollande (18%), ou Marine Le Pen (13%). On trouve encore 5% des électeurs de Macron 2022 en mesure de voter pour Jean-Luc Mélenchon.
2. Le potentiel électoral des candidats à la succession
En juin 2026, si les Français sont mécontents d’Emmanuel Macron, ils ne manifestent pas un intérêt significatif pour les autres candidats, à trois réserves près : d’abord, seules quinze personnalités ont été testées dans cette enquête ; ensuite, il s’agit de données d’opinion enregistrées au début de l’été 2026 ; enfin, le désintérêt ou le faible intérêt suscité par les candidatures est notable, à l’exception de celles de Jean-Luc Mélenchon, de Marine Le Pen et de Jordan Bardella.
Pour cerner l’état des préférences électorales nous n’avons pas eu recours à une mesure d’intentions de vote mais, compte tenu de l’incertitude concernant les candidatures effectives et de la distance qui nous sépare du scrutin, à une évaluation de la disponibilité déclarée des électeurs à voter pour tel ou tel candidat. La question a été posée ainsi :
« En 2027, au premier tour de l’élection présidentielle, pour chacun des candidats potentiels suivants, diriez-vous que… vous êtes sûr(e) de voter pour [NOM]/ vous voterez peut-être pour [NOM]/ vous ne voterez probablement pas pour [NOM]/ vous excluez de voter pour [NOM] ». Ont été testés les noms de quinze personnalités politiques5. Lorsque les personnes interrogées sélectionnent la réponse « Je suis sûr de voter pour lui/elle », elles notifient la fermeté de leur préférence en faveur d’un candidat proposé dans la liste ; l’interface qui recueille leurs réponses ne leur permet plus ensuite de faire un choix de même type (« Je suis sûr de voter pour lui/elle ») pour une autre personnalité, ce qui est cohérent avec l’expression d’une certitude de vote.En revanche, lorsque les personnes sélectionnent la réponse « vous voterez peut-être pour », dans ce cas, elles conservent la possibilité de faire la même réponse au profit d’autres candidats entre lesquels elles hésitent. C’est en additionnant les réponses « sûr » et les réponses « peut-être », que nous obtenons le potentiel électoral de chacune des personnalités testées.
Note:
5.Gabriel Attal, Jordan Bardella, Xavier Bertrand, Raphaël Glucksmann, François Hollande, Sarah Knafo, Marine Le Pen, David Lisnard, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Fabien Roussel, François Ruffin, Marine Tondelier, Éric Zemmour.
Le potentiel électoral des candidats (en %)
Le noyau dur des électorats potentiels pour 2027 (en %)
3. Peut-on revenir au monde d’avant ? François Hollande et la blessure narcissique de ses électeurs
L’hypothèse d’une candidature de François Hollande est vue comme « une mauvaise chose » par 72% de l’ensemble des électeurs. Plus marquant encore, une majorité (59%) de ceux qui ont voté pour lui en 2012 estime qu’une nouvelle candidature en 2027 serait une « mauvaise chose ». Certes, les proches du Parti socialiste sont une majorité (54%) à dire que son retour serait une « bonne chose », mais l’électorat du PS est passé de 28,6% des suffrages exprimés lors du premier tour de 2012 à 6,36% en 2017 et à 1,75% en 2022. S’il existe aujourd’hui un soutien relatif à la candidature de l’ancien président chez les proches du PS, le poids actuel de ce parti historique a été divisé par 4 ou par 20 selon que la comparaison est faite avec le premier tour de 2017 ou celui de 2022, mais, dans tous les cas, les 54% qui voient comme une « bonne chose » une candidature de François Hollande en 2027 pèsent peu compte tenu de ce qu’est devenu le PS et son électorat, concurrencé à la fois sur sa droite, par le macronisme, et sur sa gauche, par le mélenchonisme.
Du côté des personnes proches des Écologistes, la majorité (58%) y voit une « mauvaise chose », 40% des Écologistes y voyant une « bonne chose ». Si l’on considère plus largement la réponse des électeurs qui, sur l’axe gauche/droite, se positionnent à gauche, c’est encore une majorité (61%) qui qualifierait, si elle se confirmait, la candidature de l’ancien président de « mauvaise chose ». Un même niveau élevé de réprobation demeure (61%) auprès des personnes qui ont voté pour la coalition des gauches NFP aux législatives de 2024.
Les électeurs qui ont vécu le quinquennat de François Hollande et qui ont, pour une bonne partie, voté pour lui au second tour, en 2012, sont encore plus hostiles à sa candidature : plus des trois quarts (78%) des plus de 50 ans voient une « mauvaise chose » dans une nouvelle candidature. Cette réprobation monte à 80% chez les 65 ans et plus.
La candidature de François Hollande présente une difficulté singulière et il sera intéressant de voir si et comment elle peut être surmontée. Au terme de son quinquennat, en 2017, le président socialiste a renoncé à solliciter sa réélection. Il n’a donc pas eu à rendre des comptes sur la conduite de son mandat, pas plus à ses électeurs qu’aux Français en général. C’est pourquoi, les Français ont pu vivre son départ en 2017 comme une forme d’évitement, une manière de fuir ses responsabilités, une sorte de nouvelle fuite à Varennes, cette fois du Président de la Cinquième République. On peut penser que cette décision n’est pas pour rien dans la montée immédiatement ultérieure d’une protestation manifestante contre la classe politique ; peut-être même peut-on voir dans le mouvement des Gilets jaunes l’un des prolongements de ce départ sans reddition des comptes ; peut-être est-ce aussi pour cette raison que ces Gilets jaunes, on s’en souvient, ont multiplié les références à la Révolution française, aux Sans-culottes et même à la guillotine, en une sorte de rage narcissique. Car en 2017, les électeurs auraient voulu décider de reconduire ou de ne pas reconduire François Hollande. Ce pouvoir leur revenait de droit puisque ce sont les électeurs qui l’avaient fait président. La blessure narcissique éprouvée par ceux qui l’avaient fait Président aurait été moins vive si François Hollande avait pris la décision de quitter la politique.
C’est pourquoi il est sans doute plus difficile pour François Hollande d’être élu de nouveau dix ans plus tard que d’être réélu dans la suite de son premier mandat en 2017. Tout s’est passé comme si le président Hollande, inévitablement impopulaire à la fin de son mandat, avait cru possible et suffisant de se sanctionner lui-même, de défaire tout seul ce que le peuple avait fait. Il est parti sans avoir remis formellement le pouvoir de sanction entre les mains des électeurs, à la différence de Nicolas Sarkozy en 2012. À considérer les données d’opinion, on devine que les électeurs pourraient ne pas manquer d’exercer leur pouvoir de sanction dix ans après si une nouvelle candidature leur en fournissait l’occasion.

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