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mars 07, 2026

Juan Branco: présidentielle 2027 et enkystement de LFI par électoralisme ! À lire dossier LFI de Lux Aurores.

Juan Branco : « Il faut proposer aux Français une alternative crédible au système »

Invité de l’émission Bistro LibertéJuan Branco a exposé sans concession les raisons de sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 et les piliers de son projet politique.

Pour l’avocat et ancien proche de Wikileaks, l’heure est à la résistance active face à un système qui s’effondre.

« Toutes les forces politiques ont renoncé à leur position, notamment sur l’Union européenne, que ce soit le RN ou la France insoumise », a-t-il affirmé. Face à ce vide, il propose de redonner la parole au peuple via un référendum à six mois de l’élection pour décider du maintien ou non dans l’euro et l’UE, doublé de l’adoption du RIC (référendum d’initiative citoyenne), des mandats impératifs et révocatoires. « C’est la volonté de reprise de contrôle du peuple français sur sa souveraineté », a-t-il insisté, en sortant des « clivages artificiels » entretenus par les partis.

Un « coup d’État institutionnel » et un président « astre mort »

Emmanuel Macron est décrit en termes durs : « Il a commis ce que je considère être un coup d’État institutionnel en juillet 2024 avec la dissolution et surtout son refus d’en prendre acte. » Pour Branco, le chef de l’État est « un astre mort » qui, habité d’un « comportement morbide », veut « emporter avec lui le peuple français ». La candidature de Branco vise précisément à résister à cette trajectoire.

Mesures phares : souveraineté, simplification et lutte contre l’oligarchie

Le programme repose sur trois piliers immédiats :

  • Redonner la parole : référendum sur l’Europe et RIC.
  • Nettoyage de l’espace oligarchique : « Un nettoyage des médias pour que ce ne soit pas des milliardaires qui décident ce que les gens doivent savoir », et transparence totale sur les algorithmes des réseaux sociaux.
  • Simplification radicale : suppression des 300 taxes et impôts qui coûtent plus cher à collecter qu’ils ne rapportent, renforcement des services publics de base (hôpitaux, sécurité), et reconquête de la souveraineté agricole. « Pour la première fois en 40 ans, nous basculons en situation de dépendance alimentaire », a-t-il alerté.

Il dénonce également le « pillage oligarchique » en cours avec le démantèlement annoncé de SFR : « Ils veulent réduire de 4 à 3 le nombre d’opérateurs pour faire augmenter les prix et enrichir Martin Bouygues, Xavier Niel et Patrick Drahi. » Une opération estimée à 20 milliards d’euros pour les acteurs et 100 milliards de commissions pour les banquiers – « la répétition de ce qui s’est passé avec Alstom ».


Médias et audiovisuel public : une maison qui a « largement dérivé »

Juan Branco plaide pour une remise à plat massive du secteur audiovisuel. Sur la commission d’enquête parlementaire menée par Charles Loncle, il exprime un désaccord de fond avec la ligne RN (suppression de France Télévisions) mais défend la nécessité de transparence : « Des centaines de millions d’euros d’argent public sont brûlés chaque année pour nourrir des petites chapelles. » Il regrette que la commission n’ait pas auditionné suffisamment de voix de gauche et insiste : le rapport ne doit pas devenir un outil d’instrumentalisation partisane.

Iran : la France doit se distancier, pas servir de « larbin »

Sur le Moyen-Orient, Juan Branco est catégorique. Les bombardements américains et israéliens visent selon lui non pas la chute d’un régime, mais le « démembrement de l’État iranien » dans le cadre d’un projet de « Grand Israël ». « Gaza est la première étape avant la Jordanie », a-t-il rappelé, déplorant l’absence de journalisme de qualité en France pour expliquer ces enjeux.

Il fustige la réaction d’Emmanuel Macron : au lieu de prendre ses distances après l’assassinat d’un chef d’État en exercice hors de tout cadre juridique international, le président a constitué une coalition avec Friedrich Merz et Keir Starmer pour condamner la riposte iranienne. « Il s’est comporté comme le larbin de monsieur Trump. À aucun moment les intérêts de la France ne sont défendus. »

("Ils rendent service au régime iranien en tuant un dirigeant qui était déconsidéré et considéré comme grabataire par la population. La bêtise aveugle de l’axe israélo-états-unien et leur volonté de démanteler l’Iran comme État nous coûtera. La France doit prendre ses distances."

"Juan Branco ACCUSE Macron d’engager la france dans des FRAPPES ILLÉGALES contre l’Iran. « Emmanuel Macron engage la parole de la France en annonçant des "actions défensives" à six mille kilomètres de la France. Celles-ci consisteraient en des bombardements contre l'Iran en dehors de tout cadre légal, et au seul prétexte que cet État a riposté à une agression illégale en bombardant des pays accueillant des bases états-uniennes. La dernière fois que la France a mis en oeuvre cet aventurisme militaire, cela a eu deux conséquences : le Bataclan et la promenade des anglais. »") 

Extrême gauche et affaire Quentin : « Jean-Luc Mélenchon assume une responsabilité politique et morale »

Sur la mort de Quentin à Lyon, Branco refuse toute instrumentalisation tout en pointant clairement les responsabilités : « Jean-Luc Mélenchon, en créant cette alliance entre une force de gouvernement et une forme de milice citoyenne d’extrême gauche qui n’a que la violence comme vecteur, assume une responsabilité politique et morale dans la mort de cet homme. »

 ""Mélenchon feint d’ignorer qu’il a créé une alliance avec une organisation proto-fasciste, qui n’a rien à faire avec une force de gouvernement qui va se présenter aux présidentielles." (Tocsin)"

Il récuse vigoureusement les accusations de « virage à droite » : dénoncer la violence de la Jeune Garde n’est pas devenir identitaire ou fasciste. « Dire cela m’a valu des attaques de personnes qui m’adoraient il y a quelques années. » Pour lui, légitimer ces violences mène le pays vers « une forme de guerre civile ».

Sa conception de la gauche : souveraineté et réindustrialisation, pas « gauche Zara »

Juan Branco se revendique toujours de gauche, mais d’une « vraie gauche » : celle qui défend le prolétariat, la réindustrialisation (le PIB manufacturier est passé de 25 % à moins de 10 %) et la fin de l’asservissement à l’Empire américain. Il critique la France insoumise comme une « gauche de la subvention », une « gauche Zara » qui endort le peuple sans toucher aux fondamentaux et instrumentalise les questions sociétales (genre, identité) pour masquer son renoncement économique.

« La gauche s’est convertie au capitalisme et au consumérisme », regrette-t-il. Son combat prioritaire : la « purgation de l’espace oligarchique » et la reprise de souveraineté. « La priorité aujourd’hui n’est pas la guerre horizontale entre Français, mais de constituer un peuple pour renverser le système existant. »


 

Conclusion de Juan Branco : sortir des pièges et reconstruire

Face aux accusations de « rouge-brun », il rappelle l’arc des Gilets jaunes – de l’antifascisme au royalisme – et son propre rôle de défenseur de figures du mouvement. Il refuse l’enfermement dans les clivages identitaires ou sociétaux : « Mon enjeu, c’est de permettre à la France de retrouver sa souveraineté et à sa population de se développer dans une direction souveraine. »

Candidat hors système, Juan Branco présente sa démarche comme un « exercice d’humilité » : écouter la ruralité, construire avec les 27.000 membres du mouvement « les Ruches » un projet citoyen de 300 propositions. « C’est le plus beau rituel que la République ait fécondé », conclut-il. Un appel à la reprise de contrôle populaire avant que l’« astre mort » n’emporte le pays avec lui.

https://multipol360.com/juan-branco-il-faut-proposer-aux-francais-une-alternative-credible-au-systeme/ 

 


Sur LFI

Ces dernières semaines ont mis en scène un effondrement inattendu de Jean-Luc Mélenchon, homme pour lequel j'ai une profonde affection personnelle. Il ne s'agit d'en tirer aucune conséquence, si ce n'est que des lignes de fractures claires, de l'essentialisation des êtres à la légitimation d'une violence horizontale inacceptable, sont apparues, et ne seront pas résorbées. 

 

Un long texte permettant de comprendre, de façon plus fondamentale, quelles sont les lignes de fracture entre notre mouvement et candidature et celle portée par la France Insoumise, a été publié. Celui-ci permet de revenir sur certaines des apories dans lesquelles, par électoralisme, cette force politique s'est enkystée. 

Cela laisse apparaître une évidence: les "erreurs" ou "fautes" de ces dernières semaines n'en sont pas, mais le fruit des choix politiques de l'organisation qui ont placé l'organisation face à des contradictions irrémédiables. A lire à tête reposée

"Comment faire" pour se suicider: autopsie de la France Insoumise

LFI rappelle une constante de la gauche Française : n'y ont le mot peuple à la bouche que ceux qui cherchent à accaparer la parole en son nom. La lecture critique du texte Comment Faire ? qui vient de paraître, permet de comprendre les failles et apories d'un mouvement voué à trahir ou disparaître. 

Jean-Luc Mélenchon vient de rendre public un texte, Comment Faire ?, dont le titre fait écho au Que Faire de Lénine.

Ce texte, qui est cosigné par les trois plus importants cadres du mouvement, se propose de donner les clefs de compréhension du fonctionnement interne de la France Insoumise.

Cette organisation est aujourd'hui la principale force politique se disant de gauche en France, et aspire à prendre le pouvoir par les urnes, en professant un strict légalisme.

Souvent abscons, Comment Faire ? n'offre pourtant que quelques vagues clefs de compréhension sur les principes organisationnels du mouvement. Ceux-ci apparaissent dans trois des dernières pages d'un texte qui en contient près de 100, et qui décevra tous ceux qui espéraient y trouver des éléments permettant de répondre aux récentes offensives qu'a connu le mouvement de la part de la presse institutionnelle, notamment via l'ouvrage La Meute.

Il se révèle cependant particulièrement révélateur sur les insuffisances et apories auxquelles est confronté le mouvement, et mérite à ce titre d'être discuté et réfléchi.

Une réponse à une offensive médiatique qui tombe à plat

À ceux qui nourrissaient l'espoir que des éléments de langage seraient donnés, ou au moins des éléments d'explication, pour répondre aux attaques médiatiques qui ont ciblé le mouvement ces derniers mois, il faudra leur suggérer de repasser. Celles-ci s'étaient démarquées par une partialité profondément injuste et aveugle aux insuffisances de tout mouvement politique. Surtout elles n'avaient pas interrogé la nécessité de mécanismes représentatifs ou démocratiques au sein de mouvements qui cherchent des changements politiques en leur extérieur. Demande-t-on aux armées des pays démocratiques d'être elles-mêmes démocratiques ?

Le texte désarçonne en réalité par la dérive à laquelle ses auteurs se prêtent. Ceux-ci se perdent, dès l'ouverture, en des considérations théorico-philosophiques interminables sur la nature des mouvements ouvriers, et semblent avoir avant tout cherché à faire œuvre universitaire plutôt qu'à offrir des clefs de compréhension à l'égard de ce que Jean-Luc Mélenchon qualifie de "mouvement gazeux".

Cette notion, cela est bien connu des membres du mouvement, sert de couverture sémantique à la domination implacable d'un groupuscule constitué autour de Jean-Luc Mélenchon et du parti de Gauche, qui, tout épris de velléités hégémoniques et d'une culture léniniste, n'ont jamais cru à la démocratie interne, et cherchent à travers une terminologie poétique allant de l'invocation des "ondes" à d'incertaines "osmoses", à déguiser la centralisation absolue de tous les circuits décisionnels de la FI.

Là encore, il ne s'agit pas ici de faire polémique, ni de reprocher à un mouvement (qui, comme le rappellent les auteurs, a réuni plusieurs millions de suffrages et s'est imposé comme la première force de gauche) d'avoir adopté des méthodes en contradiction avec les principes qu'elle professe, suivant l'adage selon lequel en politique la fin justifierait les moyens. Cela, la presse bourgeoise s'en est parfaitement chargée, procédant à un véritable tir de barrage. Mais on aurait pu espérer que cette approche soit exposée, justifiée, légitimée. Il faudra donc se contenter du voile pudique posé sur la vérité, et avancer.


Une succursale post-mortem du Parti socialiste

Comment Faire ? est en réalité un texte intéressant à bien d'autres titres, qui ne peut ni ne doit être lu sous le seul prisme de l'acte manqué, consistant à se montrer incapable de répondre à des vagues accusatrices, faute d'avoir en réalité de substance alternative à proposer.

Comment faire ? permet en effet de comprendre dans quelle généalogie s'inscrivent les principaux cadres de cette force politique, et quel regard ceux-ci portent sur eux-mêmes. Ses auteurs, afin de présenter la France Insoumise, procèdent à de longs développements qui laissent apparaître un enracinement profond de leur pensée dans les débats et théories politiques de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Jean-Luc Mélenchon et ses comparses ne se contentent pas d'inscrire la naissance de la France Insoumise dans le droit fil des divisions irrésorbables qui ont miné le Parti socialiste français à l'aube de notre millénaire, qu'ils décrivent par le menu, et dont ils considèrent qu'elles auraient connues une rupture définitive à la suite du référendum de 2005.

Le texte préfigure et inscrit cette rupture d'interminables développements sur les origines et grandes étapes du Parti socialiste, notamment sur Léon Blum, figure politique du début du XXe siècle. Ce faisant, ils permettent à leur lecteur d'apprendre que l'homme du Front Populaire se montrait alors bien plus exigeant et radical que ne le sont aujourd'hui les dirigeants de la France Insoumise, n'hésitant pas à envisager publiquement l'usage de moyens d'action directe illégaux, Là où LFI professe aujourd'hui un légalisme de bon aloi et a adopté une position républicaniste victimaire, ne cessant de faire appel à la protection des institutions malgré les nombreuses offensives dont elle fait l'objet.

"La conquête des pouvoirs publics, qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie : prise de l’autorité centrale qui, actuellement, s’appelle l’État, par n’importe quels moyens, sans que ni les moyens légaux, ni les moyens illégaux soient exclus."
Léon Blum cité dans Comment faire ?

Ce faisant, ses auteurs nous rappellent que les ancêtres faisaient montre d'une autre sorte de courage, et quelque part, de pedigree, mais également une forme de tartufferie ou d'impuissance bourgeoise que l'affaire Quentin a contribué à dévoiler.

En creux, cette régression historique se révèle illustratrice d'une forme de contradiction interne au discours du mouvement, qui, toute à une radicalisation d'apparat, n'appelle jamais à la révolution qu'en accompagnant ses invocations du terme "citoyenne". Qui, à chaque promesse de rupture ontologique, l'accompagne d'un rappel sur leur condamnation pure et parfaite de toute forme de violence, censée préfigurer une volonté d'intégration toute aussi pure et parfaite à l'ordre existant. Qui, lorsqu'un jeune homme mort du fait d'affrontements avec des collectifs antifascistes que Jean-Luc Mélenchon et les principaux cadres de la FI ont vanté, glorifié, rabat immédiatement le mouvement sur des fondamentaux prétendument non-violents. Qu'importe qu'ils aient fait élire à l'assemblée nationale un jeune homme qui ait fait de l'action coup de poing, et de sa pratique des rixes et des batailles de rue, à coups de grande propagande et d'annonces d'alliances nationales avec son organisation

Cette négation dialectique de la conflictualité naturelle de tout processus politique, a fortiori révolutionnaire, et des inévitables violences qu'ils charrient, vaut naturellement quelques procès en tartufferie dès lors que le mouvement a décidé, d'une part, de la rejeter en mots et dans le registre de l'explicite, pour l'alimenter de façon implicite, en externalisant la mise en œuvre afin de protéger les intérêts de ses dirigeants.

Loin du courage et de la décence de ses ancêtres, la France Insoumise délègue et externalise son rapport à la violence politique pour protéger les intérêts de leurs dirigeants.

Un parti profondément social-démocrate

L'invocation répétée, et il faut le dire, indigeste, de l'histoire du socialisme et des différents préceptes et luttes qui l'ont structuré tout au long de Comment Faire ? révèle par ailleurs à quel point ses dirigeants, faute de réactualisation idéologique et conceptuelle, restent déterminés par le logiciel social-démocrate qu'ils ne cessent de dénoncer, peinant à s'extraire de distinctions et querelles de clocher qui minèrent les entreprises de leurs aînés.

À les lire, on ne peut que penser aux concours de dissertation qu'organisait le Parti Socialiste à la fin du XXe siècle, de Congrès en Congrès. Ces "contributions programmatiques" étaient censées animer la vie du parti, et justifier de sa structuration en divers courants, ce qui à leur tour permettait de distribuer les postes et investitures selon le succès des uns et des autres. Bien entendu, tout était chiqué, et en réalité, ces concours censés définir l'orientation idéologique du parti ne servaient qu'à légitimer des arrangements d'arrières-cours que les technocrates du parti organisaient.

On pourrait soupçonner Jean-Luc Mélenchon, qui n'aura semble-t-il jamais compris le caractère purement rituel de ces appels à contribution, d'avoir voulu se venger de ses défunts concurrents, en organisant une compétition où il serait cette fois le seul à participer. A-t-il été un participant sincère de ces compétitions, prenant à cœur d'élaborer un esprit supérieur à ceux de tous les dirigeants de ce parti oublié, et a-t-il tardé quarante ans à comprendre les trucages de ses pairs ? Ce serait là une forme de candeur, de naïveté touchante et émouvante, qu'on pourrait supputer par on ne sait quel complexe à l'égard d'énarques et de technocrates qu'il n'aurait, malgré les humiliations répétées qu'ils lui auront fait subir, jamais su surmonter. Comme le rappelle Victor Serge, les révolutions ne laissent pas le temps de la psychologisation, quand bien même de telles dispositions seraient de nature à mettre en danger les intérêts de ceux dont il professe la défense, et qu'il prétend représenter.

Reste que la politique ne peut simplement reposer sur des névroses, qui sont des propulseurs d'idées aussi intenses qu'à courte-mèche. De la même façon qu'Éric Zemmour sut imposer la sienne au peuple Français quelques temps, réactivant des débats datés sur le pétainisme qui faisaient écho à ses propres problèmes identitaires avant de s'effondrer, Jean-Luc Mélenchon prend un risque important en ne se détachant pas de son expérience et de son parcours personnel : que sa douloureuse rupture avec son foyer politique, le Parti socialiste devienne le vecteur de sa chute. Ce vecteur qui, dans la souffrance puis le bonheur, lui permis de nouer des noces heureuses avec un peuple Français de gauche épuisé par la tendance ontologique du PS à la trahison, est désormais épuisé. Les fantômes toujours ressurgissants d'un passé enterré, tels Raphaël Glucksmann ou François Hollande, ne suffiront à fournir le carburant nécessaire à une réactualisation du projet insoumis. L'encastrement dans ce qui, geste de libération, deviendrait névrose traumatique, menace, faute de renouveau, de produire un appauvrissement psychique et idéologique.

Or la France Insoumise ne semble en sortir. Son texte, parsemé de délibérations d'un autre temps, épuise son lecteur et épuisera ses militants. Qui s'intéresse en effet aujourd'hui à l'exégèse de tel ou tel dirigeant politique du début du XXe siècle, dont l'empreinte sur la théorie politique est, en dehors des cercles militants du dernier siècle, restée non seulement inféconde, mais vouée aux oubliettes ? Qui prête encore un intérêt aux définitions concurrentes de la dictature du prolétariat qui animèrent partis et cafés il y a plus d'un siècle, à partir de données matérielles et conceptuelles dont la caducité n'est plus même à dénoncer ?

Et qui s'intéresse au pourquoi d'une rupture avec un Parti Socialiste dont le caractère spectral est depuis désormais dix ans acquis ?

Les principaux cadres de la France Insoumise, mais seulement eux.

Il serait cruel de déduire de ces pages interminables que l'apparatchikisme socialiste continue d'infuser de façon profonde une force politique qui se prétend avant-gardiste, et qui se révèle en prétendant le dénoncer.

Il serait injuste de procéder à une psychanalyse sauvage de leurs fondateurs, qui ne semblent, vingt ans après, toujours pas remis de leur échec à saisir un parti qui les gâta pourtant, et qui ne subsiste en aucune mémoire présente ou prospective définie.

Et nous apporterions peu de chose en nous contentant de pointer cette étonnante résurgence, pourtant signée par trois personnes, Mathilde Panot, Clémence Guetté et Manuel Bompard, qui n'ont eu maille à partir à l'égard de ces instances du passé.


Au-delà de l'entreprise de distinction

Le lecteur qui aura le courage de traverser la médiocre somme historico-théorique qu'ont composé, dans la première partie de cette ouvrage, nos aspirants intellectuels, n'en tirera qu'une conclusion: ces développements n'ont pour fonction et intention que de légitimer leur entreprise d'accaparement de la parole, en offrant à ses auteurs un vernis de légitimité petit-bourgeois. Ce qui, comme diraient certains, suffit à faire signe.

L'entreprise qui se dessine en creux dans cette première partie de Comment Faire ? va en effet par la suite s'expliciter. Les pures tentatives de distinction qui parsèment ce texte, improductives par essence, nous mettent sur une piste. Les esprits les plus affutés savent qu'aujourd'hui le coeur du mouvement est composé d'une classe moyenne citadine faisant de la politique une source de légitimation sociale, via une différenciation éthique qui leur offre un carburant et une "raison d'être" leur permettant d'oublier les affres d'une existence privée de son sens par leur acquiescement dans le système productif existant, dont ils espèrent des ajustements marginaux, ajustements marginaux dont la défense leur offre un "capital symbolique" leur offrant un sentiment de supériorité. L'intégration de Manon Aubry, dès 2019, en tant qu'incarnation d'OXFAM (dont il s'agissait de capter la plus value symbolique) en est l'exemple le plus parfait.

Ces acteurs principaux sont appuyés par quelques transfuges de classe qui ont fait profession de les rejoindre, dont Edouard Louis est une incarnation parmi d'autres. Ceux-ci servent à leur tour de pont à l'égard d'aspirants transfuges, qui ont fait de leur condition une monnaie d'échange au sein du marché politique, et d'acteurs sociaux incarnant une soif de revanche sociale. C'est ainsi qu'Edouard Louis et le mouvement créé par Assa Traoré - dont l'audience est principalement petite bourgeoise - ont-ils intégré le mouvement aux côtés de l'intellectuel organique Geoffroy de Lagasnerie, dont les analyses anti-étatiques (comparant l'école à la prison ; faisant de la famille une entité ennemie ; et ayant récemment poussé à la consécration de l'amitié comme une instance juridique) infusent le corpus idéologique de la France Insoumise.

Tout cela compose un "peuple intermédiaire", à mille lieues des classes populaires, du prolétariat et a fortiori du lumpen prolétariat dont le mouvement ne cesse de se prévaloir, et qu'il aspire à former et représenter.


Le renoncement aux principes fondateurs

Le texte inscrit la France Insoumise dans la rupture, à gauche, liée au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen. On peine à comprendre comment, en 2026, ses cadres peuvent narrer avec un tel détail leur enracinement historique dans cette trahison des classes dirigeantes, revendiquant avec force comment leur opposition au TCE aurait été le moteur de leur désolidarisation du Parti Socialiste et de la fondation de ce qu'est devenu aujourd'hui dans le mouvement.

Et dans le même temps assumer d'avoir parfaitement renoncé, après l'avoir portée avec courage, à une quelconque sortie de l'Union Européenne et de ses traités. Après avoir proposé en 2017 une formule (Plan A, impliquant une transformation intérieur de l'Union Européenne, et Plan B, en cas d'échec du précédent, impliquant la sortie de l'institution) qui portait en germe ce renoncement, le parti a depuis 2022 exclu toute initiative allant en ce sens de ses propositions, s'alignant de facto avec l'ensemble des forces politiques dominantes, et s'inscrivant dans un grand arc commun avec le parti macroniste et le Rassemblement national.

Qu'importe si ce renoncement rend de facto caduque toute possibilité de rupture avec l'ordre existant, et quelques peu risibles les grandes embardées lyriques d'un homme, Jean-Luc Mélenchon, dont le respect pour la langue Française en fait l'une des dernières grandes figures politiques de ce pays.

Cet aveuglement n'est pas le seul, et interroge profondément sur la sénilité intellectuelle d'une force qui, toute consacrée à son institutionnalisation, semble avoir oublié sa raison d'être, et ne plus désirer accéder au pouvoir que pour les plaisirs que celui-ci promet. Ce qui explique ses dérives récentes à l'égard de "réflexions" toujours plus incantatoires, que l'Institut la Boétie ne cesse d'alimenter.

Il suffit de parcourir les dernières itérations du programme de la FI, qui n'en tire pas seulement fierté, mais en fait le point distinctif non seulement avec les autres forces politiques passées et présentes, dans une théorisation séduisante, pour comprendre que la machine semble avoir calé. La comparaison, par exemple, avec la huitième version du Projet fécondé par le mouvement des Ruches initié par Juan Branco est particulièrement cruelle, le différentiel en termes de précision et d'approfondissement des thèmes explorés apparaissant au grand jour.

Et cette différence ne s'explique pas par une question de compétence, ou de méthode. Elle permet de faire émerger des différences substantielles qui elles-mêmes démontrent une abîme dans l'approche du politique, et les orientations conceptuelles et idéologiques de ces deux mouvements.

La France Insoumise, encore alignée sur une doctrine marxiste où les rapports entre employeurs et employés n'étaient pas régulés par l'État, continue par exemple de considérer que le salariat serait, en France, synonyme d'exploitation, là où, pour le mouvement des Ruches et Juan Branco, il est considéré comme un capital différé, garanti par l'État qui en assure la distribution à ses membres. Cet accès au capital qui, dans les circonstances majoritaires, garanti un accès au crédit, assure à une majorité de la population Française une position dominante à l'égard du reste du monde, et fait de la classe salariale l'alliée objective d'un système oligarchique précisément défini par Branco dans ses différents ouvrages, ce qui n'est pas le cas de LFI qui continue à utiliser le terme "oligarchie" comme un vague synonyme des personnes aisées. En leur vocabulaire: "des riches".

S'ensuit, d'un côté, un internationalisme conséquent, déjà mis en actes de façon répétée, là où LFI se cantonne à l'incantation, voire à de graves contre-sens, depuis sa création, qui ont amené le mouvement à se trouver pris à défaut de façon répétée, et à des cafouillis particulièrement douloureux ayant largement fragilisé le mouvement.


La gauche Zara face à ses apories

L'exploration des différences à partir de Comment faire ? se révèle particulièrement douloureuse pour le mouvement gazeux en bien des matières, malgré la pertinence de certains diagnostics, notamment en ce qui concerne l'explosion des relations entre hommes et femmes induite par la révolution idéologique et les mutations idéologiques des années soixante-dix.

La précarisation de la population française dénoncée par LFI via la multiplication des statuts, la sous-traitance et mille autre dispositifs visant à "optimiser" l'exploitation de la "ressource humaine", pour reprendre le vocabulaire des classes dirigeantes, ne semble là encore pas bien analysée. Peu est dit sur le fait que cette "flexibilisation" (sic) a créé de confortables points de fuite pour une partie de la population, en connivence avec les classes dirigeantes, offrant notamment via les dispositifs d'interim de véritables sas éteignant toute forme de conflictualité sociale, financés par l'effort collectif et au détriment de la communauté.

On pourrait s'étonner de ces points aveugles et s'interroger sur ce qui, dans la composition sociologique du mouvement, largement salariée et fonctionnarisée, pourrait l'expliquer. En réalité, ceux-ci permettent au mouvement d'épouser un système en contradiction avec ses valeurs et objectifs affichés, et qui convient à nombre de ses électeurs. Une forme de clientélisme électoral dont les dernières itérations programmatiques ont poussé le curseur très loin, et qui est fondement d'un épuisement de la société et de ses structures productives dont l'effondrement est toujours retardé à coup de subventions et de promesses d'accroissement de la sphère d'intervention de la puissance publique.

La désolidarisation massive entre des classes sociales qui furent un temps alliées et permirent à la gauche d'accéder au pouvoir n'est que la conséquence naturelle de ce discours qui a donné un certain écho à la dénonciation par les partis de pouvoir de la "gauche de subvention", profitant non de l'aveuglement de la gauche, mais de la complicité objective de celle-ci à l'égard de processus qu'elle ne dénonce que formellement, pour mieux les renforcer et ainsi nourrir des électorats captifs.

S'ensuit une déduction : les cadres du mouvement ont beau rejeter sur le système politique et médiatique leur ostracisation, ils gagneraient à interroger leur responsabilité critique dans la réactivation de clivages idéologiques qui les empêchent de devenir les portes paroles d'un "peuple" qu'ils ne cessent d'invoquer, et dont tous les indicateurs pourtant démontrent qu'ils contribuent à le fragmenter, en renonçant à tout discours universalisable, qui permettrait de l'unir symboliquement et de s'y adresser en tant qu'entité.

Ce que la FI présente comme des efforts de théorisation politique, à travers notamment une tentative de définition et de catégorisation de la notion de peuple selon le niveau d'accès à différents réseaux privés ou communs qui seraient offerts, apparaît en conséquence et avant tout comme un effet de manche rhétorique compensatoire.


La condition féminine et l'enjeu MeToo

La fragmentation proposée par la France Insoumise ne repose pas seulement sur des clivages assumés, qui expliquent leur soutien notamment à une taxe Zucman dont le caractère profondément social-démocrate n'avait pas échappé à leurs dirigeants. Elle s'exprime également sur la double question de l'instrumentalisation identitaire et de la rupture civilisationnelle entraînée par l'importation en France d'un culte néopuritain anglosaxon ayant profité de l'explosion du voyeurisme sur les réseaux sociaux pour instaurer un culte la délation, le mouvement metoo, qui a trouvé en France une terre d'accueil et de mutation idéelle, s'accouplant idéellement à la tradition inquisitoriale dominante depuis cinq siècles pour produire des fractures dans les couches profondes de la société dont la gauche a cru profiter, et qui la menacent désormais d'effondrement et d'ostracisation.

Il faut voir au-delà de la polémique médiatique, et du jugement de valeur qui pourrait s'appliquer, concernant un manque de courage réel ou projeté, à l'égard d'un fruit interdit trop tenté qui consistait à pouvoir vouer aux gémonies toute personne, et l'éliminer d'un trait de plume ou de parole, par présomptions accumulées, renonçant ainsi à des siècles de tentative de constitution d'une forme de dignité humaine, d'espaces réservés en dehors de l'appareil d'État (la fameuse "intimité") et de règles intangibles relatives à l'État de droit.

Le mouvement, ravi de se vautrer et semble-t-il, de ramasser des clientèles militantes, n'a jamais entamé une réflexion à l'impact catastrophique de l'alliance que proposaient certains mouvements militants néoféministes carcéraux, mis en avant par certains médias et algorithmes oligarchisés, et la puissance judiciaire et policière complètement contrôlée par le pouvoir en place. Fallait-il être un grand clerc pour comprendre que l'alliance avec des structures de pouvoir ontologiquement réactionnaires ne pouvait amener qu'à une catastrophe décimante ? 

Comment Faire ? permet de comprendre que les dirigeants du mouvement sont conscients que cette rupture civilisationnelle est liée à des facteurs historiques et matériels profonds. En rappelant que la répartition du temps de travail entre hommes et femmes et la transformation du mode d'existence de ces dernières a brutalement évolué au cours du XXe siècle, et poussé à une remise en cause radicale de structures de pouvoir pluriséculaires ils font un premier pas. En pointant la rupture anthropologique provoquée par la généralisation de la contraception, la libéralisation des relations de couple et la légalisation de l'IVG, ils semblent s'apprêter à un questionnement profond de la violence des mutations qui ont affecté, en un temps extraordinairement réduit, les structures principielles de nos sociétés, et les violences qui naturellement en sont nées.

Mais en se contentant d'indiquer que les femmes mettaient en œuvre des tâches gratuitement dans "l'économie patriarcale", sans voir à quel point les discours d'émancipation portés au cours du XXe siècle n'auront amené qu'à leur mise sous tutelle des forces du capital ; en refusant d'acter que la destruction des structures traditionnelles qui antécédaient toute forme de productivisme et de capitalisme et protégeaient en réalité l'être humain en sa dignité, au nom d'un "progressisme" qui en réalité ne servait que des forces matérielles auxquels ils sont censés s'opposer ; où vont-ils ?

Nulle part.

Ils se contentent d'accompagner la course au néant qui en est née, en se proposant de l'accélérer.

Comment un parti qui fait tant profession de s'inscrire dans une intellectualité puissante, et qui s'est montré à l'avant garde de la popularisation de ce qu'ils qualifient de lawfare, l'instrumentalisation judiciaire à des fins de pouvoir, n'a-t-il été en mesure de voir là une instrumentalisation idéologique servant des intérêts récupérables à tout instant par la classe dominante ?

Comment un parti qui professe de son inscription dans la longue histoire des luttes et de mouvements de pensée ayant mille fois tranché ces questions - le féminisme carcéral ayant été déconstruit dès les années soixante-dix par un nombre infini de théoriciennes et d'activistes du fait de sa nature puissamment contrerévolutionnaire - a-t-il pu s'aveugler, et renoncer à toute forme d'intégrité intellectuelle, en épousant une dérive que leurs maîtres à pensée auraient immédiatement qualifié de "gauchisme infantile", fausses subversions utiles aux classes dominantes en ce qu'elles permettent de purger de façon immédiate des pulsions de dévastation, au détriment de toute élaboration et constitution d'alternatives aux structures de pouvoir ?

Comment enfin ses dirigeants n'ont-ils cherché à intégrer la question fondamentale de la défense des plus vulnérables, notamment à l'égard des violences sexuelles, dans une analyse plus générale de leur instrumentalisation par des appareils de pouvoir profitant, nourrissant, voire enfantant des panique morales réactionnaires, par nature destructurantes pour toute forme de lutte ?

La réactualisation des délations par voie de monitoire, instrument favori de l'inquisition qui faisait coopérer la "société civile" avec ses instances répressives afin d'éliminer ses opposants politiques et semer une violence mimétique dépolitisante au sein de la société est si évidente qu'il apparaît impossible d'envisager que cette impasse n'ait été volontaire. La réactualisation de l'intérêt universitaire pour les chasses aux sorcières qui, menées par ces méthodes, ont amené des milliers de femmes innocentes à se voir brûlées sur le fondement de dénonciations calomnieuses attisées par les autorités et une Église cherchant à se débarrasser de tout concurrent aurait pu servir de fondement à une contribution du mouvement à la reconstruction d'un féminisme révolutionnaire. La répression de toute forme de subversion au cours du XIXe siècle par les instances d'État au prétexte des bonnes mœurs, couplée à l'émergence des doctrines victoriennes, aurait pu s'ajouter à une analyse sociologique et statistique de l'explosion du contentieux en la matière, complètement décorrélée de la réalité statistique des faits dénoncés. Une analyse sérieuse des récentes crises économiques et des réactions féminines à celles-ci, notamment à travers l'implication majeure de celles-ci au sein du mouvement des gilets jaunes, aurait permis de relier la question des violences sexuelles et conjugales à la condition matérielle, et l'élaboration de stratégies de solidarité et d'évitement au sein des classes populaires.

L'absence de débat sur cette question anthropologique fondamentale, au profit d'une adhésion à un néoféminisme de classe, aura non seulement détaché la France Insoumise de celles qui, au plus profond de la société, sont les premières victimes de toute forme de violence. Elle acte plus largement le renoncement de la France Insoumise, et plus largement de la gauche, à interroger ses propres apories et surtout à tenter de résorber les clivages qui permettent à chaque force politique d'alimenter sa petite chapelle, nourrissant des antagonismes fruits de leur propre impéritie.


La trahison identitaire

C'est bien entendu à la même logique qu'à cédé M. Mélenchon en virevoltant autour de la question de la laïcité, prenant appui sur des justifications historiques brillantes pour opérer un tournant majeur, au détriment de la crédibilité de sa force politique.

La politique identitaire proposée par son mouvement, après quelques tâtonnements et l'adoption pour le moins consternante de la notion de "créolisation", semble s'être désormais sédimentée en un savant mélange de l'anti-racisme clientéliste du Parti socialiste des années 1980 et d'une instrumentalisation des pensées post-coloniales à des fins électorales. Le cynisme qui mâtine l'action du parti en ces domaines, dans le seul but de se constituer une armée de réserve électorale, s'accompagne inévitablement d'une posture paternaliste parfaitement compatible avec le républicanisme colonial ferryiste qui a servi de structure intellectuelle à Jean-Luc Mélenchon. On le retrouve dans la façon dont est abordée, dans ce texte, la question du régime des castes indiennes, dont la persistance malgré les tentatives de dévastation répétées dont elle a fait l'objet est condamnée moralement d'un trait. Comme le firent les tenants de la colonisation et de la mission civilisatrice de la France, convaincus de leur supériorité, les auteurs adoptent une position suprémaciste, qui considère toute structuration traditionnelle, y compris les plus développées et anciennes, comme un obstacle au progrès. Ce faisant, le mouvement partage le but commun de tous les exploiteurs: optimiser les rapports sociaux en les réduisant à leur plus simple expression, dénuer les êtres de toute forme d'auto-organisation pour favoriser l'extraction de la valeur ajoutée, sans égard pour les conséquences qu'une telle destructuration entraîne, et la privation qu'une destruction sans substitution induit pour les groupes humains et leur recherche d'harmonie. Là encore, le besoin de distinction, qui amène les principaux dirigeants du mouvement à se montrer particulièrement condescendant à l'égard de toute forme de différencialisme, comme en témoigne la position maintes fois exprimée par le député en charge des questions africaines à l'égard des mouvements panafricanistes, domine toute forme de pensée.

Elle ne s'exprime pas seulement dans le rapport du mouvement à l'étranger. La fonction est un non-sujet pour la France Insoumise, qui n'a rien compris à la crise des gilets jaunes et continue de vouloir traiter le mal être qui traverse la population française à partir de considérations matérielles, sans craindre de devenir cette "gauche Zara" que Branco a très justement qualifiée et ne cesse de vitupérer depuis l'actualisation du programme de LFI pour la présidentielle de 2022 (depuis aggravée). Qu'importe que les mesures consuméristes proposées par LFI ne visent qu'à renforcer à court-terme les capacités acquisitives des Français en renforçant leur capacité d'exploitation à l'égard du véritable peuple prolétaire du XXIe siècle, à savoir les centaines de millions de personnes sur qui repose la délocalisation massive de toute forme de production industrielle de notre pays.

Qu'importe que ce système produise systémiquement une défonctionnalisation de millions de Français, privés d'un accès direct à leur outil de production, et les rendent dépendants de formes de subvention que la France Insoumise ne cesse de vouloir accroître.

Qu'importe que tout cela nourrisse une crise identitaire majeure, elle-même fruit du renforcement des systèmes de production mondialisés que génèrent les politiques "d'une gauche de subventions" en rien transgressives, radicales ou révolutionnaires à l'égard d'un système qu'elles ne cherchent qu'à renforcer.

La satisfaction du désir immédiat de la clientèle prime sur toute considération politique ou éthique, et justifie tous les manques à pensée.

Il n'est pas étonnant que, à des fins substitutives, LFI ne pense qu'en termes de "politique de réseaux", et considérant son électorat comme une clientèle, ne cherche à répondre à ses attentes qu'en le "connectant", tel Amazon, à des tuyaux capables de satisfaire à ses aspirations individuelles et matérielles immédiates.

Elle en arrive à des phrases qui somment comme des lapsus révélateurs, par exemple quand elle affirme: "Quand la sociale-démocratie renonce à l’identification de classe, elle déclare être le parti de la société tout entière", sans se rendre compte que son maniement de la notion de peuple correspond à cette critique. Et ce, juste avant de proposer une "réorganisation singulière" des rapports sociaux immédiatement contradictoire avec sa dénonciation de l'individualisation politique.

Ce qui s'est joué sur les séquences successives qui ont affaibli la capacité de LFI à s'adresser à une partie des couches populaires, et a fortiori au reste de la population, prend en réalité racine dans une absence de pensée manifestement liée à l'obsession dite matérialiste du mouvement, et son manque d'inscription dans des mouvements de pensée et notamment des historiographies non-marxistes.

Et ces manques ne s'expliquent que d'une façon: un pur opportunisme politique qui ne fait du pouvoir qu'une source de désir, et non de transformation des destins, dans la droite lignée de la mitterrandie instrumentale qui, dès 1983, révéla son impéritie et sa lâcheté, sans produire une quelconque forme de rupture chez le fondateur du mouvement.

Il faut lire à l'aune de ces éléments les clivages artificiels qui ont récemment amené à la mort d'un jeune homme à Lyon, en marge d'un affrontement entre le collectif proto-fasciste Némésis et les organisateurs d'une conférence de Rima Hassan. Parfaitement improductifs, ces affrontements sont le fruit d'une stratégie assumée de la France Insoumise - qui s'en est revendiquée et a fait élire Raphaël Arnault à cette fin. Ils permettent de valoriser le mouvement en en faisant le rempart d'un ennemi idéologique ontologisé, et en conséquence sacralisé. Pendant que ces infantillages font perdre vies et énergies, les ennemis de classe dansent, trop heureux de ce que les distractions que leurs médias alimentent sans cesse, à travers la constitution de bouc émissaires réguliers, leur permettent de ferrer si facilement leurs poissons. Une répartition des places au sein du système représentatif peut s'ensuivre par démonisations mutuelles de deux camps ainsi radicalisés, laissant l'espace à un extrême centre apparaissant de ce fait comme modéré. Comment Jean-Luc Mélenchon n'a-t-il encore compris que c'est cette stratégie de l'idiot utile qui le mit face à un Eric Zemmour littéralement fabriqué par Vincent Bolloré qui permis la réélection d'Emmanuel Macron en 2022 ?

Peut-on imaginer que ce soit par cynisme, et non par bêtise, qu'il continue ainsi de piéger le "peuple" qu'il prétend représenter ?

La France Insoumise face à ses apories

La réactualisation d'une lecture très classique des rapports de force que proposent les auteurs de Comment faire peine dès lors à prendre, et l'invocation de concepts toujours plus éthérés, celui de "polyprésence", apparaît antipolitique, pour ne pas dire caricaturale.

Personne ne s'étonnera de ce que l'un des derniers colloques organisés par l'Institut de la Boétie ait porté sur le concept d'amitié. Celui-ci fut ouvert par une intervention de Jean-Luc Mélenchon qui excluait explicitement que de nouveaux droits soient adossés à la reconnaissance institutionnelle de cette notion d'amitié. Le geste était d'autant plus appréciable que le programme de son mouvement peine à prendre la mesure de l'effet catastrophique généra par l'inflation législative, fruit naturel d'un régime parlementaire auquel elle adhère pleinement.

Faut-il préciser qu'il fut tiré comme conclusion de cet événement qu'une juridicisation et législation sur la notion d'amitié serait bienvenue ?

Pris dans des déterminants de classe petits bourgeois, disposant désormais de généreuses subventions publiques et ayant fait de leur installation au sein du pouvoir et de l'existant leur modus vivendi, les cadres de la France Insoumise ont abandonné toute aspiration à sortir des pénombres idéelles dans lesquelles ils se sont plongés. Ayant capté les désirs pseudo-révolutionnaires de classes sociales dont les privilèges ne se justifient que par leur prétendue aspiration éthique supérieure à celle de leurs adversaires, plus dotés matériellement, ils ont construit une niche rassurante, confortablement financée, depuis laquelle il leur est devenu aisé de prétendre à la lutte et à la révolution, tout en montrant mille scrupules dès qu'il s'agit de l'embrasser. Ainsi la FI peut annoncer, afin de séduire des jeunesses citadines irrémédiablement découplées de tout environnement naturel, son intention de sortir d'un système productif afin de servir les causes idéologiques, tandis que les Ruches maintiennent, de façon sérieuse, la transformation et non l'abolition d'un système productif qui reste condition d'imposition et de transformation d'un milieu naturel ontologiquement concurrentiel et donc devant par essence être apprivoisé par l'homme - dynamique à l'origine de toute civilisation, ce qui semble échapper à nos penseurs politiques du jour.

Faut-il achever en affirmant que là où recherche d'harmonie, brièvement mentionnée dans Comment Faire, n'y apparaît que comme une ambition interne au mouvement, là où il est devenu un point cardinal à partir duquel faire société au sein des abeilles ?

Comment Faire apparaît comme une lecture particulièrement utile pour toute personne qui chercherait à comprendre l'effondrement de la gauche en des circonstances historiques qui auraient dû la consacrer. Pour ceux qui n'ont ni le luxe, ni la patience de s'attarder sur ces questions, la lecture du Projet et du Guide sus-citées nous apparaissent en bien des points plus pertinentes et recommandables à ce jour. 

 

https://aurores.org/comment-faire-pour-se-suicider-autopsie-de-la-france-insoumise/


 

Dans LFI. Anatomie d’une perversion, l’historien des idées Pierre-André Taguieff* convoque une cinquantaine d’auteurs pour dresser le livre noir du mélenchonisme et disséquer sa mécanique idéologique. →


 

 



 LFI & Antisémitisme : Le grand bêtisier (qui ne fait rire personne) 

Vous pensiez que toutes ces polémiques n'étaient que de simples "maladresses" répétées ? Attachez vos ceintures, on vous a compilé le florilège des déclarations, actes et dérapages de La France Insoumise et de ses apparentés entre 2013 et 2026. 


 

 Précision juridique essentielle avant de commencer l'exposition : aucune condamnation pénale définitive pour antisémitisme n'a été prononcée à ce jour contre un de leurs élus. Mais sur le plan politique, l'enchaînement est vertigineux. Voici le palmarès, par artiste  

1)  Jean-Luc Mélenchon : 

 Le Taulier Il voit des "traditions qui sont beaucoup liées au judaïsme" dans le conservatisme de Zemmour. Logique implacable.  laregledujeu.org/2024/10/02/409 Il estime que Yaël Braun-Pivet "campe à Tel-Aviv". Le terme a fait tiquer.  fr.euronews.com/2026/02/27/eps Pour lui, l'antisémitisme en France reste "résiduel" alors que le ministère de l'Intérieur recensait 1 676 actes en 2023 contre 436 en 2022. Une broutille.  franceinfo.fr/elections/legi La petite touche d'humour de tonton gênant : faire semblant de dire "Epstine" à la place d'Epstein. Une sortie formellement condamnée par la LDH pour son contenu "conspirationniste et antisémite".  ldh-france.org/la-ldh-condamn  

2) Rima Hassan : 

La diplomate tout en nuance Elle a déclaré que le Hamas avait une action "légitime" du point de vue du droit international. Une nuance qui lui a tout de même valu l'ouverture d'une enquête judiciaire.  fr.timesofisrael.com/rima-hassan-ac Elle tweete : "Aux sionistes : vous êtes ce que les nazis étaient pour vous". Le point Godwin validé d'un coup de maître.  raar.info/2026/02/la-gau Sur un autre registre, son tweet indiquant qu'une position a été prise "À la demande du CRIF" a été dénoncé comme reprenant le vieux ressort du "lobby juif" censé dicter la politique française.  fr.timesofisrael.com/rima-hassan-re  

3) Sébastien Delogu : 

Le gamer incompris Il publie une vidéo accusée d'utiliser une imagerie antisémite, notamment via la représentation de Meyer Habib en pieuvre et la présence d'une boîte de pizza "four à pierre". Il a dit ne pas comprendre "pourquoi les gens s'affolent".  fr.timesofisrael.com/sebastien-delo Et n'oublions pas le lapsus du siècle à l'Assemblée Nationale : "Mon grand-père... qui a déporté les Juifs à Auschwitz". Oups.  lejdd.fr/politique/mon-  

4) David Guiraud : 

L'Otaku de l'hémicycle Il a utilisé la référence aux "dragons célestes" de One Piece. Un terme présenté par plusieurs observateurs comme un "dog whistle" antisémite dans certaines sphères complotistes.  marianne.net/politique/mele Lors de son altercation avec Meyer Habib, il a été relaxé après que la justice n'a pas retenu l'injure publique à caractère antisémite. (Il l'avait tout de même traité de "porc" ). trtfrancais.com/article/16f87e  

5) Thomas Portes : Le punchlineur Il qualifie Jean-Noël Barrot de "ministre de la Knesset". Une expression publiquement dénoncée car elle reprend les "vieux clichés antisémites" de la double allégeance.  lejdd.fr/politique/vieu  

6&7) Mathilde Panot & Danièle Obono : 

Les championnes de la comm' Mathilde Panot publie un communiqué le 7 octobre parlant d'une "offensive armée de forces palestiniennes". Résultat : convocation par la police pour une enquête d'apologie du terrorisme.  franceinfo.fr/politique/la-f  Danièle Obono refuse de qualifier Houria Bouteldja d'antisémite, préférant dire "C'est ma camarade".  crif.org/sites/default/ Elle a également qualifié le Hamas de "mouvement de résistance".  crif.org/sites/default/  

8) Sophia Chikirou : 

La candidate cash Elle accuse Ariel Weil d'être un être "soumis à l'argent, aux multimillionnaires, aux milliardaires, aux fonds et pays étrangers". Carton plein sur les clichés.  lejdd.fr/politique/anti  

9) Aymeric Caron : Le sniper apparenté Il affirme que le grand rabbin de France Haïm Korsia "soutient le génocide en cours à Gaza" et qu'il le juge "mérité".  leparisien.fr/international/ Il range pêle-mêle Arthur, Yonathan Arfi, Haïm Korsia, Caroline Yadan, Raphaël Enthoven, BHL et le CRIF parmi les "soutiens des massacres" de Gaza , déclenchant une plainte d'Arthur.  leparisien.fr/culture-loisir Il republie une intervention de Rachel Khan en commentant "Radio Mille Collines" (la radio génocidaire rwandaise) , ce qui lui vaut un renvoi devant le tribunal pour injures.  lejdd.fr/societe/radio- Et la cerise sur le gâteau : il acquiesce ("Oui") quand on lui demande si Israël n'est pas sanctionné parce qu'il s'agit d'un "État juif". Un classique absolu.  lejdd.fr/politique/isra  

10) LFI (Le Parti) : La stratégie institutionnelle Parce qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même, voici l'effort collectif : Seul parti de gauche à avoir boycotté la marche nationale contre l'antisémitisme de novembre 2023.  franceinfo.fr/elections/legi Seul parti de gauche à refuser de signer la charte contre l'antisémitisme du NFP.  crif.org/sites/default/ Publication sur leurs comptes officiels d'une caricature générée par IA de Cyril Hanouna utilisant les codes antisémites des années 1930.  fr.euronews.com/2026/02/27/eps LFI a dû retirer son investiture pour les municipales à Yves Bouteiller , suite à la découverte de ses publications à caractère antisémite.  lejdd.fr/politique/muni  

 Conclusion 

Au bout d’un moment, quand les “maladresses” dessinent une fresque entière, ce n’est plus un accident: c’est une ligne. Et à force de jouer avec les codes, les sous-entendus et les obsessions, LFI a fini par transformer l’antiracisme en numéro de ventriloque.

https://x.com/DutinEric15494/status/2030229052984906149

 

 

février 27, 2026

La France Insoumise...

Sommaire:

A) - La France Insoumise : liturgie des bouffons de la République

B) - Après la tragédie de Lyon, Jusqu'où le Ps ira dans sa liaison avec LFI ?

C) - Les derniers rebondissements dans l’affaire Quentin Deranque : une violence qui met LFI face à ses contradictions

D) - LFI face au terrorisme : la fabrique de l’indulgence

 


 

A) - La France Insoumise : liturgie des bouffons de la République

Dans une démocratie saturée de scènes, le rire n’est pas un divertissement : c’est un régulateur moral. À travers la figure du bouffon — dont Jean-Luc Mélenchon offre, à bien des égards, une version contemporaine — se lit une dynamique : l’intensité remplace la preuve, la disqualification remplace l’argument, et l’ennemi devient carburant. L’enjeu n’est pas d’interdire la conflictualité, mais d’empêcher sa mue en théâtrocratie : le scandale comme énergie, la fatigue comme stratégie, la cité comme camp. Distinguer clown et bouffon, rire avec et rire contre, c’est déjà défendre une frontière vitale : celle qui sépare le pluralisme de la fracture.

Certaines époques s’écrivent dans le marbre des lois ; d’autres se trahissent dans les réflexes du quotidien. La nôtre, ivre d’images, d’algorithmes et d’indignations, se laisse surprendre par une chose qu’on croit légère : le rire. Il passe pour un divertissement ; il est une boussole. Il ressemble à un bruit ; il est une règle. Il révèle moins la noblesse des principes qu’une vérité plus cruelle : ce que la cité tolère, ce qu’elle excuse, ce qu’elle finit — par fatigue — par sanctifier. La maxime de Pagnol n’a rien d’innocent : « Dis-moi de quoi tu ris, et je te dirai qui tu es ». Car le rire, cette mécanique intime et collective, distribue des permissions ; il fabrique des statuts ; il dessine la frontière entre l’adversaire et la proie. Une démocratie se proclame dans des textes ; elle se défait dans des habitudes.

Jean-Luc Mélenchon, tribun excessif et polémiste aguerri dans l’art du scandale, n’est pas seulement une voix forte ; il est, pour une partie croissante du débat public, une figure de régime : le bouffon, celui qui règne non par la force des preuves, mais par l’empire de la scène. Il n’argumente pas seulement : il installe une dramaturgie. Il ne polémique pas seulement : il organise une température morale. Et lorsque l’intensité tient lieu de démonstration, lorsque la disqualification devient une seconde nature, l’ennemi cesse d’être un accident — il devient une condition d’existence. Il ne s’agit pas de sonder des consciences mais d’observer une structure. Dans les démocraties où l’attention est monnaie, la surenchère est rémunérée ; dans celles où l’indignation se monétise, la nuance apparaît comme une défaite. C’est ainsi que naît une théâtrocratie : on ne gouverne plus tant des choses que des nerfs, on ne construit plus tant du commun que des affects. Or le rire, précisément, est l’un des grands distributeurs d’affects ; et l’on peut lire notre époque à travers ses deux rires, incompatibles : rire avec et rire contre.

Le clown appartient à une vieille sagesse : celle des sociétés qui savent suspendre, un instant, l’ordre du monde pour mieux le rendre vivable. Le carnavalesque, Bakhtine l’a dit, n’est pas destruction : c’est respiration. Le clown s’offre en victime volontaire pour qu’aucun voisin n’ait à devenir victime réelle ; il exhibe sa maladresse pour rappeler que l’humain est fait de défauts, donc que la cité doit être faite d’indulgence. Son rire est un rire avec : il relie sans fusionner, il désarme sans nier le conflit, il remet l’adversaire à hauteur d’homme — c’est-à-dire à hauteur de concitoyen. Dans les périodes de crise, lorsque les nerfs collectifs deviennent inflammables, ce rire de « guérison » empêche que la politique ne se transforme en tribunal permanent, évite que la passion ne devienne l’unique langue. Il permet aux sociétés soumises à des tensions fortes et dangereuses de rebondir, de se reconstituer, de retrouver cette concorde sans laquelle aucune vie commune n’est possible. Le bouffon moderne, lui, ne rit plus : il grince. Son rictus n’ouvre pas un espace commun : il ouvre une cible. Il ne dégonfle pas l’orgueil : il l’arme. Là où le clown accepte la fin du numéro, le bouffon abolit le rideau : il lui faut un spectacle sans fin, parce que son pouvoir dépend d’une tension sans repos. Il réclame la liberté d’invectiver et parle d’insolence, mais s’indigne d’être contredit ; il se dit persécuté dès qu’on le contrôle, mais se rêve procureur dès qu’il juge. Il ne rassemble pas : il fracture — puis il se nourrit de la fracture. Ce déplacement n’est pas une fantaisie. Dans l’ordre médiatique, l’outrance a un rendement ; dans l’ordre algorithmique, la colère a une prime ; dans l’ordre tribal, l’ennemi est une colle. Le bouffon cesse alors d’être un personnage et ne se cantonne plus au rôle de contre-pouvoir moqueur : il devient une forme d’organisation. Il ne se contente plus de commenter le pouvoir : il devient le pouvoir du commentaire, cette capacité à gouverner l’attention, à discipliner la colère, à fabriquer l’unanimité de cour. Dans cette théâtrocratie, la question n’est pas de sonder des consciences, mais d’observer une dynamique : comment une organisation fabrique-t-elle de la cohésion interne par la fracture externe, jusqu’à ce que le rictus devienne identité — et que l’identité normalise l’inacceptable ?

Reste à quitter la parabole pour l’architecture car l’allégorie du clown et du bouffon ne vaut que si elle se traduit en mécanismes observables : rôles, rites, sanctions ; économie du scandale ; discipline des affects. C’est dans cette clé que peut se comprendre LFI comme idéal-type d’une secte des bouffons : une forme d’organisation politique qui substitue au pluralisme démocratique une liturgie d’indignation, au débat une dramaturgie d’assignation, à la délibération un charivari permanent. Car le danger n’est pas l’excès ponctuel : c’est l’excès devenu habitude, puis norme ; c’est la cité qui, peu à peu, confond la violence verbale avec la lucidité, le vacarme avec la preuve, l’humiliation avec le courage.

La Cour du Grand Bouffon

Toute bouffonnerie veut une cour : une société intérieure, avec ses prêtres, ses intendants, ses éclaireurs, ses excommuniés. Elle ne tient pas d’abord par des idées, mais par des loyautés ; pas d’abord par des démonstrations, mais par des rites. Le parti devient liturgie : l’appartenance devient vérité. Une cour n’existe pas pour faire joli : elle est là pour administrer une orthodoxie, pour convertir l’intensité en discipline, et pour rendre la dissidence coûteuse. La cour ne déroge pas à cette loi : elle l’exacerbe à ceci près que le théâtre n’est plus celui d’une place publique mais celui de la République. Au centre, Mélenchon : tribun-scène, voix qui cherche moins à convaincre qu’à saturer. Le crescendo est sa loi : plus fort, plus moral, plus accusatoire parce que la cour ne survit qu’en état d’urgence affective dans lequel la nuance y est moins prudence que trahison. L’adversaire n’est plus une thèse : il devient suspect ; la contradiction n’est plus un bien : elle devient une offense. Ici, on ne réfute pas : on disqualifie. On ne débat pas : on classe. Dans ce régime, l’intimidation n’a même plus besoin d’être explicite : elle est contenue dans la logique même de la scène. La scène remplace la preuve, et la surenchère devient la condition même de l’existence politique. C’est la marque des cours : elles transforment la politique en fidélité. Autour, des fonctions : et la fonction compte plus que l’homme. Certains organisent l’appareil, d’autres martèlent l’indignation, d’autres donnent au geste une patine conceptuelle, d’autres testent les limites puis déplacent le seuil de l’acceptable. Qu’on cite des noms n’ajoute qu’une couleur ; la structure, elle, demeure : la cour adore la cohésion interne et la fracture externe. La nuance n’est tolérée qu’à condition d’être décorative.

Les controverses qui remontent parfois des coulisses ne valent pas, ici, comme verdicts ; elles valent comme carburant. Car la défiance est convertible : elle transforme tout contrôle en persécution, toute question en hostilité du « système ». C’est ainsi qu’une dramaturgie devient stable — et qu’une stabilité, lorsqu’elle déplace les seuils, finit par ressembler à une pente. Ce qui hisse la bouffonnerie souveraine au rang de phénomène véritablement inquiétant, c’est que le grotesque, lorsqu’il se fait système, cesse d’être simple comédie pour devenir trajectoire — et toute trajectoire dangereuse se reconnaît à ceci : elle déplace les seuils sans l’avouer, d’abord par le langage, ensuite par la matière, enfin par l’horizon de la force.

Les cercles de l’abîme

La première entaille se fait dans le langage et pour cette raison dans la morale. Une démocratie tient parce que ses mots, même disputés, conservent une frontière morale minimale : certaines violences doivent rester disqualifiées sans ruse. Quand l’ingénierie lexicale s’installe – contextualiser à l’infini, hésiter à nommer, déplacer la qualification vers des catégories moins univoques –, ce n’est pas seulement un débat : c’est une exception qui s’introduit. Et, en démocratie, l’exception apprend aux citoyens que l’horreur est négociable et que certains crimes peuvent être enveloppés dans une rhétorique qui les rend fréquentables. Les controverses ouvertes après le 7 octobre 2023, notamment autour des termes employés pour qualifier le Hamas, ont rendu ce mécanisme visible au grand jour. Cette plasticité lexicale s’adosse à des réseaux, des collaborations et des proximités revendiquées ou tolérées, qui servent d’écosystème discursif à une inversion des polarités morales. Nous assistons à ce que Hannah Arendt identifiait comme la banalisation du mal : non pas sa négation frontale mais sa réinscription dans des catégories qui le rendent acceptable voire noble.

Le bouffon, en cela, est un artiste de la saturation. Il ment « à tire-larigot » et ne cherche pas tant le vrai que le camp ; il ne clarifie pas, il épaissit. Le réel devient pâte, et la pâte devient scène. Cette logorrhée compensatoire masque l’indigence programmatique derrière l’abondance performative. Alors celui qui demande précision passe pour hostile ; celui qui pointe les glissements est aussitôt assigné au mauvais camp. C’est ainsi qu’on fabrique des tribus : en transformant le discernement en offense dans un brouillage qui devient méthode et fracture le langage commun. Et c’est bien là que le bouffon révèle sa nature profonde : dans sa capacité à renommer le réel pour en inverser les polarités morales. Le terroriste peut devenir résistant, l’antisémite peut se retrancher derrière l’antisioniste, le complice devient « solidaire » ; la novlangue insoumise est l’instrument premier d’une entreprise de falsification du réel dont les conséquences pour la vie démocratique sont incalculables. Puis viennent les matières troubles : associations, prestataires, subventions, structures satellites, circuits d’influence, controverses, procédures, enquêtes, soupçons, mises en examen. Dans une démocratie, les coulisses devraient rester distinctes du sacré civique de la représentation ; quand elles envahissent la scène, la confiance se fissure — et la fissure devient ressource. L’actualité récente a offert un exemple : Le 21 février 2026, la presse a rapporté des mises en examen dans un dossier instruit par le Parquet national antiterroriste (PNAT) autour d’associations françaises, sur des soupçons de transferts de fonds au Hamas. Autant de braises dont une cour sait faire feu, ou dont elle sait faire persécution. Cela ne dit “la vérité d’un camp” ; cela dit un climat, où l’opacité devient elle-même un matériau politique. Qu’on ne se méprenne pas : l’analyse n’est pas un tribunal. Mais sociologiquement, une organisation peut convertir l’ambiguïté en force : plus la confiance s’effrite, plus elle s’offre comme pureté. Le scandale, même lorsqu’il se dégonfle, a servi : il a soudé, mobilisé, transformé l’examen démocratique en agression. La cour prospère sur le soupçon qu’elle entretient : cercle parfait, donc redoutable. Ainsi le bouffon parasite, au sens sociologique, l’institution qu’il dénonce : il se nourrit de ses garanties tout en corrodant la confiance qui les fonde.

Reste la question la plus grave : celle de la force. Elle n’a pas besoin de proclamation ; elle avance par habituation. On commence par traiter l’adversaire comme impureté ; on finit par traiter la contradiction comme violence, la nuance comme lâcheté, la retenue comme complicité. L’indignation, parce qu’elle ne connaît pas de fin, réclame des scènes plus fortes ; et à force de monter, elle rend plausible ce qui, hier, choquait. C’est à ce seuil que la bouffonnerie cesse d’être comique et devient dangereuse : humilier, finir par excuser, rire contre et enfin agir contre. Entre les deux, il y a la fatigue démocratique et les citoyens, épuisés par le scandale continu, de cesser de distinguer, de cesser d’exiger, de cesser d’opposer à l’outrance une frontière morale. Le bouffon LFI installe lentement une panarchie, un charivari car il ne supporte pas la critique tout en faisant de la critique des autres sa profession de foi. Lorsque le dehors rejoint le dedans — lorsque des relais militants extra-institutionnels comme La Jeune Garde deviennent prolongement de la scène — le seuil se rapproche. La question n’est pas de tout confondre, mais d’admettre que certaines formes d’intimidation, lorsqu’elles sont perçues comme tolérées ou excusées, déplacent le possible. Quand le possible se déplace, le grotesque cesse d’être grotesque : il devient menace. La violence n’est plus métaphorique ; elle devient organisationnelle, puis potentiellement insurrectionnelle. Dans ce contexte, la dissolution de La Jeune Garde par décret du 12 juin 2025, puis l’ouverture d’une enquête à Paris le 25 février 2026 pour une possible reconstitution, ont rappelé que l’État lui-même lit ces phénomènes comme des enjeux de l’ordre public. Là où le clown rassemble, le bouffon divise ; là où le rire salvateur crée du lien, le rictus sectaire creuse de l’abîme. Alors le débat change de nature : on n’est plus dans le goût d’un style, mais dans la santé d’un régime. À partir de quand la contestation, intégrable, se mue-t-elle en sécession symbolique : rester dans l’institution tout en travaillant à rendre le commun inhabitable ?

Hors de l’arc républicain

La démocratie est généreuse : elle accepte qu’on la critique. Mais elle n’est pas suicidaire : elle suppose une contrepartie silencieuse — que l’adversaire demeure concitoyen, que le langage garde une décence minimale, que l’institution reste bien commun. Quand ces piliers cèdent, la démocratie ne meurt pas forcément : elle se vide, elle devient décor. Et dans les décors, les bouffons règnent facilement. LFI, dans cette lecture, n’est pas seulement un parti conflictuel, une composante contestataire de l’arc républicain qui pousserait les limites du débat démocratique : elle est le lieu où se condensent des controverses qui, mises bout à bout, dessinent un seuil — langage, coulisses, intimidation, scène permanente. Autrement dit : proximités revendiquées ou tolérées avec des réseaux radicalisés et des acteurs controversés, accusations récurrentes d’antisémitisme et des ambiguïtés parfois entretenues, habilement drapées dans les plis de l’antisionisme, habileté à soutenir des écosystèmes militants dont le financement et la transparence font polémique, tolérance accordée à des dispositifs d’intimidation extra-institutionnels. À partir de là, la question devient civique : jusqu’où tolérer, au cœur du régime démocratique, un dispositif qui fabrique la fatigue comme stratégie et la fracture comme cohésion ?

L’urgence d’un rire retrouvé

Le clown, quand il salue, rend au public sa liberté : il accepte la fin, donc la reprise de la vie commune. Son rire restitue ; il n’annexe pas. Il rappelle que la cité n’est pas tenue seulement par des règles, mais par une capacité à supporter l’imperfection — donc l’autre. Il rend le conflit habitable et protège ce qui permet à des opposants de rester des voisins. Le bouffon, lui, ne salue jamais : il prélève. Il vole l’attention, ronge la confiance, transforme le désaccord en offense. Son œuvre n’est pas un programme : c’est une fatigue. Et la fatigue est la condition des capitulations, parce qu’elle fait disparaître l’art de distinguer. Le clown ouvre l’esprit, renvoie à notre intelligence et à notre responsabilité ; le bouffon le ferme, renvoie à notre peur et à notre démission. Il fascine — et c’est précisément pour cela qu’il faut s’en défier et le rejeter. Non par censure, mais par hygiène démocratique : refuser que la brutalité passe pour vérité, que l’outrance passe pour courage, que l’humiliation passe pour critique, que la théâtralité passe pour politique, que la vie publique passe pour charivari. Alors la phrase de Pagnol devient sévère. Rire avec le bouffon, c’est consentir à sa fracture ; rire de lui, c’est restaurer la distance critique. Mais si la cité ne rit plus — si elle se contente de trembler ou de haïr —, ce n’est pas seulement le bouffon qui gagne : c’est la démocratie qui commence à perdre son âme. Il n’est pas trop tard pour reprendre la scène. Mais le temps presse : quand le rictus devient langage unique, la démocratie rend son dernier souffle et s’éteint sans bruit dans l’indifférence de ceux qui auront confondu spectacle et politique, clown et bouffon, rire et tremblement. « Dis-moi de quoi tu ris… » : la formule dit tout, parce que ce que nous tolérons comme spectacle finit par devenir une norme. Quand la démocratie tremble, c’est que le bouffon a cessé d’être figure : il est devenu institution.

F. Benedic

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B) - Après la tragédie de Lyon, Jusqu'où le Ps ira dans sa liaison avec LFI ?

Le lynchage à mort du jeune Quentin à Lyon par des membres de « la Jeune Garde » constitue vraisemblablement un moment de bascule. Dans quelques semaines, le premier tour des élections municipales nous fournira un premier indicateur sur l’impact de ce drame sur les comportements électoraux et les rapports de forces partisans.

D’ores et déjà, il est possible d’extraire plusieurs enseignements d’une affaire qui rappelle combien la violence est historiquement consubstantielle, selon les circonstances, à l’extrême gauche, mais que, par une ruse idéologique, elle est sous-estimée, voire parfois excusée. Pour autant, jamais comme après le drame lyonnais la question des alliances à gauche ne s’était autant posée en des termes moraux. En assumant ouvertement ses liens organiques avec un mouvement en cours de dissolution comme « la Jeune Garde », Jean-Luc Mélenchon surrinfecte le sujet. Il le fait sciemment, légitimant de la sorte des méthodes extrêmes, factieuses, qui ne paraissent en aucun cas solubles dans un cadre républicain. Or, force est de constater qu’à ce stade les réponses des gauches réformistes sont frappées d’une troublante et préoccupante ambivalence. Entre François Hollande, qui, semblant découvrir la radicalité de LFI, proclame qu’il ne saurait y avoir à l’avenir de convergences avec les insoumis, Monsieur Guedj, qui, après avoir été un pourfendeur des insoumis, se dit prêt à voter pour ces derniers en cas de second tour face à un candidat du RN aux présidentielles, et Olivier Faure, qui demande timidement une clarification des positions mélenchonistes sans dire lesquelles de ces positions lui paraissent incompatibles avec les valeurs des sociaux-démocrates, l’ambiguïté domine. Dans le même temps, un sondage Odoxa révèle que 61 % des Français sont prêts à faire barrage à LFI en cas de possibilité de victoire d’une liste de cette formation à l’occasion des élections municipales, quand 71 % se disent défavorables à une alliance du PS avec les Insoumis.

C’est là le second enseignement de ce dramatique événement. Le curseur de la diabolisation se déplace à gauche. Ce renversement, dont l’opinion témoigne, explique les discours d’équivalence développés tant à gauche qu’au centre pour renvoyer dos à dos le RN d’un côté et LFI de l’autre. Le Président de la République lui-même s’est fait le vecteur de cette rhétorique, comme s’il fallait, à l’épreuve de la montée en puissance du premier, ne pas insulter l’avenir avec le second au cas où. Or cette équivalence, qui vaut relativisation et minoration, vise à occulter un autre phénomène : à proportion que le RN se recentre, sous l’effet de sa stratégie de dédiabolisation, LFI se radicalise au point de ne rien renier des pratiques extrémistes des agrégats gauchistes avec lesquels sont noués des liens organiques. Ce contraste infirme toute symétrie, mais il s’inscrit dans cette filiation historique toxique selon laquelle il n’y aurait pas d’ennemis de la République à gauche, et jusqu’aux confins les plus éloignés de cette dernière dans sa version réformiste. C’est d’ailleurs le pari de Jean-Luc Mélenchon que de miser sur ce réflexe pavlovien de l’immunité prétendue morale du « progressisme » pour continuer à pousser son agenda de radicalité. Nonobstant la tragique actualité de Lyon, tout se passe comme s’il ne fallait pas couper les ponts entre toutes les parties prenantes de la galaxie progressiste. Reste à savoir si cette anomalie démocratique peut encore conserver son efficience dès lors que le pôle extrémiste est aussi puissant, voire dominant électoralement. L’esprit de calcul des uns, dernier vestige corrosif du mitterrandisme, n’est pas éteint, tant s’en faut. Le secrétaire général du PS, en annonçant qu’il pourrait y avoir encore « quelques rares arrangements électoraux » avec LFI à l’occasion des municipales, confirme l’existence du maintien de ce fil ténu dont d’aucuns anticiperont qu’avec le temps et, à mesure que l’échéance présidentielle se rapprochera, il pourrait à nouveau se renforcer. Un jeu dont le cynisme le dispute à la radicalisation et dont les socialistes, en escomptant en tirer profit, pourraient être à terme doublement perdants : électoralement et moralement surtout…

Arnaud Benedetti

Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.

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C) - Les derniers rebondissements dans l’affaire Quentin Deranque : une violence qui met LFI face à ses contradictions

L’affaire de la mort de Quentin Deranque, militant identitaire de 23 ans lynché le 12 février 2026 à Lyon en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan, continue de faire des vagues. Alors que l’enquête judiciaire progresse, les rebondissements politiques et médiatiques s’enchaînent, révélant une polarisation extrême. Sept personnes, dont Jacques-Élie Favrot, ancien assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault et figure de la Jeune Garde « antifasciste », ont été mises en examen pour homicide volontaire ou complicité.

Favrot a reconnu son rôle de leader, des cris incitatifs comme « Allez, Lyon Antifa, on tient ! » et potentiellement « Butez-le, tuez-le ! », ainsi que des coups portés, selon des exclusivités d’Europe 1 et du JDD.

Mais au-delà des faits, c’est l’hypocrisie présumée de La France Insoumise (LFI) qui fait scandale : le parti accuse régulièrement les autres de violence, en particulier le Rassemblement National (RN), tout en refusant de reconnaître sa propre « hyper violence » liée à des groupes radicaux.


Les avancées judiciaires : des mises en examen et des aveux accablants

L’enquête, qualifiée d’homicide volontaire, a connu des développements rapides. Le 19 février, sept jeunes hommes – âgés de 20 à 25 ans et majoritairement liés à l’ultragauche lyonnaise – ont été placés en détention provisoire. Parmi eux, six pour homicide volontaire et un (Favrot) pour complicité par instigation.

Tous nient avoir porté les coups mortels, mais l’autopsie confirme que Quentin Deranque a succombé à un déluge de coups au sol, impliquant au moins six agresseurs masqués.

Le procureur de Lyon, Thierry Dran, a tenu une conférence de presse le 19 février pour détailler les faits, soulignant que l’agression s’est étalée sur 1,5 km et 1h30, un « chemin de croix » pour la victime.

Des témoignages et vidéos amateurs ont permis d’identifier les suspects, dont des membres de la Jeune Garde, dissoute en 2024 pour apologie de la violence mais toujours active dans les milieux « antifascistes ». Le 23 février, Le Monde a révélé des profils radicaux : ces militants, issus d’une « génération violente », justifient leurs actes par l’antifascisme, mais l’enquête pointe une escalade préméditée. Aucune nouvelle interpellation n’a été annoncée depuis, mais les juges d’instruction poursuivent les auditions.

La marche d’hommage et ses dérives : peur d’un engrenage

Le 21 février, une marche en hommage à Quentin Deranque a réuni 3.200 personnes à Lyon, sous haute surveillance policière. Organisée par des groupes d’extrême droite, elle s’est déroulée dans un calme parfait, sans aucun incident ni affrontement. Seul bémol : un ou deux imbéciles ont fait un salut nazi (un seul clairement visible sur la vidéo virale, avec la personne à côté qui lui dit immédiatement d’arrêter).

Ce geste isolé a été repris en boucle par l’ensemble de la presse mainstream et instrumentalisé pour tenter de discréditer toute la manifestation.

Collaboration habituelle avec le pouvoir en place : la préfecture et le parquet ont aussitôt ouvert deux enquêtes pour « apologie de crime contre l’humanité » et « injures racistes et homophobes » sur la base de ces images. Les bras levés poing fermé, nombreux dans la foule, n’ont strictement rien à voir avec un salut nazi : c’est un geste classique de colère et de désapprobation. Une hirondelle ne fait pas le printemps. La famille de Quentin, par la voix de son avocat Fabien Rajon, a d’ailleurs condamné fermement la « récupération politique » de l’événement et rappelé qu’elle n’en était pas à l’initiative.

Cette mobilisation a ravivé les craintes d’un « engrenage de violences » à Lyon, où extrême droite et ultragauche s’affrontent depuis des années. Des habitants ont déposé des fleurs sur les lieux du drame, mais la ville redoute des représailles.

L’hypocrisie de LFI : accuser les autres tout en niant sa propre violence

C’est ici que les propos de LFI font scandale. Le parti, prompt à dénoncer la « violence fasciste » du RN, refuse de reconnaître toute responsabilité dans l’affaire, malgré les liens évidents avec la Jeune Garde cofondée par Raphaël Arnault. Jean-Luc Mélenchon a qualifié l’incident de « traquenard » monté par l’extrême droite, sans condamner explicitement les actes de ses alliés. Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée, s’est dite « choquée » par les accusations, affirmant que « ni LFI, ni Rima Hassan, ni notre service d’ordre n’ont été au contact d’aucun problème ». Sandrine Rousseau va plus loin : LFI est « victime d’une espèce de cabale incroyable ».

Ces déclarations sont qualifiées d’« ignobles » et « abjectes » par Sébastien Lecornu, qui somme LFI de « faire le ménage ». Laurent Wauquiez accuse directement : « Cette violence ne vient pas de nulle part, l’extrême gauche a du sang sur les mains […] L’impunité dont bénéficie LFI doit cesser ! » Sur X, des députés RN comme Matthias Renault dénoncent : « LFI justifie la violence politique […] Aujourd’hui, LFI a du sang sur les mains. » Alice Cordier, de Némésis, parle d’« hypocrisie alarmante » de Mélenchon, pointant des attaques violentes contre des médias par des activistes LFI.

Gérald Darmanin note que « LFI ne se désolidarise en rien du travail de violence de la Jeune Garde », accumulant des faits « très importants ». Des appels à un « cordon sanitaire » contre LFI émergent, la sommant de clarifier sa position sur la violence politique.

Une affaire qui polarise et interroge la démocratie

À l’approche des élections municipales de 2026, cette affaire expose les fractures françaises. LFI, en niant toute « hyper violence » chez elle tout en accusant les « fachos » du RN, risque de perdre le peu de crédibilité qui lui restait. Les enquêtes judiciaires trancheront sur les faits, mais le débat public est déjà enflammé : peut-on tolérer un parti qui parle de violence chez les autres sans balayer devant sa porte ?

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D) - LFI face au terrorisme : la fabrique de l’indulgence

Note liminaire. Toute personne physique ou morale citée dans le cadre d’une enquête, d’une mise en examen, d’un gel d’avoirs ou d’une mesure de sanctions bénéficie pleinement de la présomption d’innocence. Une mise en examen n’est pas une déclaration de culpabilité ; un gel d’avoirs n’emporte pas condamnation pénale ; les qualifications définitives relèvent des seules juridictions compétentes. Les faits mentionnés ci-dessous sont attribués à des sources publiques identifiées ; les appréciations d’ensemble relèvent, quant à elles, de l’analyse politique.

Il est rare qu’une formation politique soit compromise par ce qu’elle affirme expressément ; il est plus fréquent, et plus instructif, qu’elle le soit par ce qu’elle s’obstine à ne pas nommer, par les distinctions qu’elle retarde, par les proximités qu’elle traite comme accessoires — par cette manière très particulière, enfin, de déplacer sans cesse la ligne de gravité morale d’un événement jusqu’à le rendre méconnaissable à force de contexte, de syntaxe et de précaution partisane. À cet égard, la séquence ouverte le 7 octobre 2023 et prolongée, jusqu’au 20 février 2026, par l’affaire Humani’Terre, n’a pas seulement mis au jour des circuits, des structures ou des personnes désormais exposés au regard de la justice ; elle a révélé, chez une partie de la gauche radicale, et singulièrement à La France insoumise, une disposition plus profonde et plus inquiétante que telle ou telle imprudence individuelle : une accoutumance intellectuelle à l’équivoque dès lors que le terrorisme se présente sous les couleurs d’une cause tenue pour historiquement légitime.

On gagnerait peu, au reste, à grossir la thèse au-delà de ce que les faits autorisent. Rien ne permet d’écrire, en l’état des éléments publics, que La France insoumise entretiendrait un lien organique démontré avec le financement du terrorisme, ni d’imputer à ses dirigeants ou à ses élus une participation pénalement caractérisée aux faits aujourd’hui examinés par les juridictions compétentes. La présomption d’innocence s’impose donc avec d’autant plus de force qu’elle seule permet ensuite de parler avec rigueur de ce qui relève déjà du jugement politique. Or c’est précisément parce qu’il faut se refuser aux facilités de l’accusation globale qu’il devient possible d’apercevoir le phénomène véritable : non pas une solidarité démontrée avec des organisations terroristes, mais la production répétée d’un climat de tolérance verbale, institutionnelle et relationnelle au bénéfice de milieux, d’intermédiaires et de réseaux pour lesquels la violence antijuive et la négation de la légitimité d’Israël ne relèvent pas d’un accident de parcours, mais d’un horizon doctrinal ou stratégique.

C’est en ce point que l’affaire Humani’Terre prend une portée qui excède sa seule dimension procédurale, car il arrive, dans la vie d’une démocratie, que le scandale ne naisse pas d’un fait nouveau, mais de la soudaine impossibilité de continuer à ne pas voir ce que l’on voyait déjà. Le 20 février 2026 appartient à cette espèce particulière d’événements qui ne produisent pas tant une révélation qu’ils retirent au déni son dernier refuge. Des arrêtés de gel des avoirs avaient été pris dès 2024, reconduits et complétés en 2025 ; la mise en examen, intervenue ce jour-là, de cinq personnes liées aux associations Humani’ Terre et Soutien Humani’ Terre pour financement d’une entreprise terroriste, abus de confiance en bande organisée et blanchiment en lien avec une organisation terroriste, avait mobilisé la DGSI, la brigade criminelle de Paris et l’OCRGDF sous l’autorité du parquet national antiterroriste. Dès lors, il n’est plus possible de feindre qu’on se trouvait en présence d’une fiction polémique inventée par des adversaires idéologiques. Une affaire de cette nature n’établit pas seulement des soupçons individuels ; elle modifie rétrospectivement l’intelligibilité d’un ensemble de comportements publics et impose de relire certaines complaisances, certains mots, certaines scènes, non comme des accidents rhétoriques isolés, mais comme les symptômes d’une faiblesse plus générale du jugement.

Avant même les mises en examen de février 2026, l’État avait déjà parlé, et il l’avait fait dans sa langue la plus sobre, la plus froide, la moins susceptible d’emphase : celle de l’acte administratif opposable. Les arrêtés publiés au Journal officiel les 5 juin 2024, 6 juin 2025 et 4 décembre 2025 ont gelé les avoirs de Soutien Humani’Terre, d’Humani’Terre, de HRF France, ainsi que de plusieurs personnes physiques nommément désignées ; le registre public mentionne en outre que Soutien Humani’Terre était connue avant 2018 sous le nom de Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens. Cela ne vaut certes pas condamnation ; mais cela vaut infiniment plus qu’une rumeur, qu’un tract ou qu’une polémique de réseau social. Cela signifie qu’aux yeux de la République, et sous le contrôle du juge administratif, ces structures appartenaient déjà à un périmètre de dangerosité tel que leurs ressources devaient être immobilisées dans le cadre du dispositif de lutte contre le financement du terrorisme.

La véritable question n’est pas celle, grossière et juridiquement mal tenue, qu’affectionnent les esprits sommaires : LFI finance-t-elle le terrorisme ? Les éléments publics ne permettent pas de le soutenir, et l’écrire serait aussi fragile qu’injuste. La seule question sérieuse est plus exigeante et, au fond, plus accablante : comment un mouvement qui se veut la conscience avancée de la gauche française a-t-il pu, pendant des mois, parfois des années, multiplier les équivoques, fréquenter des réseaux opaques, prêter sa voix ou ses élus à des séquences de légitimation problématiques, et banaliser ainsi tout un environnement de causes-écrans, de passerelles rhétoriques et de compagnonnages publics dont les organisations terroristes tirent nécessairement un bénéfice symbolique ?

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : non d’un soutien direct démontré, mais d’une politique de l’équivoque. L’équivoque, en politique, n’est pas une simple faiblesse de langage ; elle est un régime de l’action. Elle permet de ne pas dire tout en laissant entendre, de ne pas approuver tout en refusant de condamner avec la netteté requise, de se tenir à la lisière de l’inacceptable afin d’en capter les dividendes militants sans en assumer le prix moral. Elle est, en somme, l’art de se rendre disponible à des bénéfices symboliques que la rigueur des distinctions rendrait inaccessibles.

Le premier lieu où cette politique s’est donnée à voir est le langage. Le premier communiqué officiel de LFI au lendemain du 7 octobre 2023 restera, quelle que soit l’habileté ultérieure des réécritures, comme un document révélateur : il évoque « l’offensive armée de forces palestiniennes menée par le Hamas » et la réinscrit aussitôt dans une lecture du conflit qui tend à dissoudre la singularité du massacre, sans recourir à la qualification d’acte terroriste. Le problème n’est pas qu’un mouvement politique rappelle un contexte ; le problème est qu’il éprouve le besoin de le faire avant d’avoir établi avec la netteté requise la nature propre de l’acte. Ce n’est qu’un an plus tard, le 7 octobre 2024, que le mouvement emploie explicitement cette expression. Entre les deux textes, il n’y a pas seulement une variation lexicale ; il y a le temps d’une hésitation qui, à elle seule, constitue déjà un fait politique.

Car il est des circonstances où l’ordre des mots est déjà un ordre de responsabilité. Nommer d’abord, contextualiser ensuite : telle est la grammaire minimale d’une conscience politique qui ne veut pas se perdre. Ou LFI, précisément, a paru incapable de cette priorité. Ce qui, chez d’autres, eût été un massacre terroriste appelé par son nom est devenu chez elle l’objet d’une étrange suspension, comme si la qualification morale la plus élémentaire devait attendre que fût sauvée, au préalable, la cohérence d’une certaine lecture du monde. Lorsqu’un massacre de civils, des assassinats de masse, des prises d’otages et des exactions méthodiques sont d’abord absorbés dans la catégorie générale d’une « offensive armée », quelque chose de décisif a déjà cédé : non la connaissance des faits, mais la hiérarchie morale qui commande de les nommer immédiatement pour ce qu’ils sont.

On objectera, comme toujours, que le langage de la gauche radicale a depuis longtemps pris l’habitude de replacer la violence des dominés dans le contexte des dominations qui la précèdent. C’est exact ; et c’est précisément ce qui rend la faute plus grave encore. Car une tradition intellectuelle n’excuse pas une abdication du jugement ; elle l’aggrave lorsqu’elle la rend prévisible. Le problème n’est pas que LFI ait voulu rappeler un contexte qu’elle interprète comme une tragédie ; le problème est qu’elle n’a pas d’abord posé, avec la simplicité requise, l’irréductibilité du massacre terroriste. Autrement dit, la contextualisation est venue trop tôt, et la qualification trop tard ; or, lorsqu’un parti inverse cet ordre moral, il n’éclaire pas seulement les événements, il enseigne à son public la manière de les recevoir.

Qu’est-ce qu’une grande faute politique, sinon cela même : non pas nier formellement l’horreur, mais retarder assez sa qualification pour préserver un cadre idéologique tenu pour plus précieux que la netteté du jugement ? LFI n’a jamais eu besoin d’approuver le Hamas pour lui rendre service symboliquement ; il lui a suffi, au moment décisif, de lui ménager une zone d’indétermination verbale où le massacre cessait d’être immédiatement saisi pour ce qu’il était, afin d’être aussitôt recontextualisé, réinséré, reconduit dans le grand récit général de la domination coloniale et de la résistance des peuples opprimés. Or l’un des vieux privilèges des idéologies est précisément de permettre cela : non pas blanchir, mais dissoudre ; non pas défendre ouvertement l’indéfendable, mais l’absorber dans une explication plus vaste qui finit par émousser la condamnation.

Ce n’est pas un hasard si cette même formation a déposé, le 19 novembre 2024, à l’Assemblée nationale, une proposition de loi visant à abroger le délit d’apologie du terrorisme du code pénal. LFI a ensuite précisé qu’il s’agissait moins de supprimer l’incrimination que de la réinscrire dans le droit de la presse ; le geste politique, lui, demeurait — et il demeurait au moment précis où les magistrats, les services de renseignement et une partie croissante de l’opinion faisaient face à la porosité croissante entre propagande, glorification et légitimation indirecte de la violence terroriste. Là encore, pris isolément, le dépôt d’un texte se discute ; replacé dans une séquence déjà saturée d’ambiguïtés, il cesse d’être un détail juridique pour devenir un symptôme de plus.

Rien n’est plus instructif, à cet égard, que la trajectoire publique de Thomas Portes, non parce qu’elle constituerait à elle seule une preuve, mais parce qu’elle concentre, dans un style presque chimiquement pur, plusieurs traits caractéristiques de cette culture politique. Il y a, chez lui, moins une série de « déra­pages » qu’une remarquable continuité d’attitudes : même promptitude à substituer l’explication à la qualification, même goût des médiations troubles, même capacité à traiter comme secondaires les significations attachées aux lieux, aux réseaux et aux personnes. Qu’un député de la République puisse raconter sur son propre site sa rencontre du 5 octobre au Caire avec Abu Amir Eleiwa, puis écrire, au lendemain du 7 octobre, que « les combattants du Hamas ont lancé une offensive armée contre l’État d’Israël », tout en relayant dans le même mouvement un discours contestant l’accusation immédiate de terrorisme, ne vaut certes pas apologie au sens juridique. Nul besoin d’inventer un soutien explicite là où le texte n’en contient pas ; mais apparaît ici une manière de regarder le réel où la causalité historique vient aussitôt atténuer la qualification morale. Ce qui se laisse ainsi apercevoir, c’est moins un mot de trop qu’un réflexe politique : la substitution immédiate d’une grille interprétative à l’évidence du crime.

La suite n’a fait qu’accentuer cette impression. En décembre 2024, Thomas Portes a revendiqué avoir organisé à l’Assemblée nationale la première réunion d’un « réseau européen de parlementaires pour la Palestine », avant son lancement officiel à Bruxelles. NGO Monitor, s’appuyant sur les communications du réseau LP4Q et de son « European Network », a documenté la présence du député dans cette séquence et la nature de cette structure parlementaire transnationale. Que le député conteste telle ou telle qualification exacte du réseau ne change pas le fond du problème : il a bien assumé sa participation à une architecture de mise en relation politique et symbolique dont les promoteurs, les parrains et certains dirigeants apparaissent, pour plusieurs d’entre eux, dans des environnements de soutien au Hamas documentés par d’autres sources. LP4Q présente Hamid Abdullah Hussein al-Ahmar comme son président ; or le Trésor américain l’a désigné, le 7 octobre 2024, comme l’un des principaux soutiens internationaux du Hamas et comme une pièce maîtresse de son portefeuille d’investissement — lequel aurait géré, à son apogée, plus de 500 millions de dollars d’actifs.

Ici, la rigueur s’impose : une désignation par l’OFAC n’est pas une condamnation française, et la participation à une réunion ne vaut pas adhésion à tous les réseaux qui l’environnent. Les séquences parlementaires liées au « réseau européen de parlementaires pour la Palestine », les controverses autour de la LP4Q, les dénégations partielles et les justifications ultérieures se prêtent, prises séparément, à discussion ; mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est qu’un élu français, et derrière lui le parti qui le protège, aient paru juger secondaire la question de savoir à quelles structures, à quels dispositifs de légitimation, à quels intermédiaires transnationaux ils consentaient à prêter leur concours, leur image ou simplement leur présence. On ne peut, de bonne foi, feindre que cela n’ait aucune signification lorsqu’il s’agit d’évaluer le jugement politique de ceux qui acceptent d’apparaître dans des séquences où de tels acteurs ou leurs réseaux tiennent une place centrale. La seule question qui compte est celle-ci : comment un élu de la République, et plus encore un parti aspirant à gouverner, peuvent-ils juger secondaire la nature exacte des structures auxquelles ils prêtent leur fonction, leur lieu, leur image ou leur prestige ?

En politique étrangère comme ailleurs, la lucidité politique ne commence pas au moment où l’on découvre une identité pénale parfaite entre tel réseau et telle organisation ; elle commence beaucoup plus tôt, au point précis où l’on comprend que certaines proximités produisent à elles seules un effet de normalisation dont d’autres, plus résolus, sauront tirer parti.

C’est là le mécanisme profond, presque banal à force d’être mal compris, par lequel des organisations terroristes prospèrent dans les démocraties libérales : elles n’obtiennent pas d’abord la complicité pénale de leurs interlocuteurs ; elles obtiennent leur crédulité, leur paresse, leur goût des causes simplifiées, leur appétit de radicalité morale à bon compte — leur disposition, enfin, à considérer comme secondaire la nature exacte des personnes avec lesquelles ils acceptent de se montrer, pourvu que la bannière demeure assez noble pour recouvrir l’ensemble. Une organisation terroriste n’a pas besoin que tout le monde pense comme elle ; elle a besoin que certains acteurs publics jugent accessoire de savoir avec qui ils marchent, sur quelles tribunes ils parlent, à quels intermédiaires ils prêtent leur visage, leur fonction et leur respectabilité. C’est ainsi que se fabrique la normalisation. C’est ainsi que la démocratie, sans même s’en apercevoir, met son capital symbolique au service de ceux qui la méprisent.

On se tromperait donc de diagnostic en ne voyant ici qu’un défaut d’information, une naïveté ou une insuffisance documentaire. Il y a, dans cette répétition des ambiguïtés, quelque chose de plus structuré qu’une simple ignorance. Il y a l’effet d’une tradition intellectuelle pour laquelle l’ennemi principal se situe si constamment du même côté — l’Occident, l’impérialisme, la puissance, Israël comme condensation symbolique de toutes ces figures — que presque tout ce qui lui résiste en vient à bénéficier d’une sorte de crédit ontologique préalable. Dès lors, il n’est même plus nécessaire d’absoudre formellement la violence ; il suffit de la replacer sans cesse dans une économie générale de la domination qui la rend, sinon juste, du moins inévitablement intelligible, et par là presque soustraite au régime moral commun. C’est cette pente qu’il faut regarder en face, non parce qu’elle conduirait mécaniquement au soutien explicite du terrorisme, mais parce qu’elle interdit de le penser avec la clarté nécessaire lorsqu’il surgit là où l’idéologie avait déjà distribué les rôles.

Le cœur du problème réside peut-être ici, dans cette prodigieuse capacité à considérer comme accessoires les médiations symboliques. Les organisations terroristes, leurs soutiens, leurs interfaces et les milieux militants qui gravitent autour d’eux n’obtiennent pas toujours de leurs interlocuteurs occidentaux un concours pénalement répréhensible ; ils obtiennent plus souvent quelque chose de plus diffus et de plus précieux : le prêt involontaire d’un capital de crédibilité institutionnelle. Il leur suffit pour cela de rencontrer des responsables publics disposés à croire que la noblesse affichée d’une cause dispense d’examiner avec une sévérité absolue les personnes, les réseaux et les rhétoriques qui s’en réclament. La complaisance moderne ne prend pas toujours la forme du ralliement ; elle prend souvent celle du relâchement.

La séquence libanaise de Thomas Portes, à l’automne 2025, a donné à cette logique une visibilité presque pédagogique. Selon la presse, le député s’est rendu à Beyrouth, y a rencontré des responsables du Front populaire de libération de la Palestine, puis s’est recueilli devant les tombes de figures associées à l’attentat des Jeux olympiques de Munich de 1972 ; seize députés ont ensuite saisi la justice. Là encore, la prudence de droit demeure entière : saisine n’est pas condamnation, allégation n’est pas culpabilité. On pourra toujours discuter la qualification juridique éventuelle de ces gestes, invoquer le contexte, rappeler l’absence de condamnation ou dénoncer l’instrumentalisation politique dont ils ont fait l’objet. Tout cela est recevable, mais périphérique. Le centre de gravité se situe ailleurs : dans le fait qu’un député français ait pu se mettre en scène dans un environnement mémoriel et militant lié au terrorisme palestinien et juger compatible avec la dignité de son mandat un tel usage des signes. Que son camp n’ait pas immédiatement perçu qu’au-delà même de la légalité il existe une écologie morale de la représentation nationale, faite de retenue, de tact et de lignes de partage qu’on ne franchit pas impunément, révèle une défaillance du jugement politique dont l’effet objectif est une forme de réhabilitation symbolique. Il est des gestes dont la signification politique précède toute qualification pénale. Le scandale n’est pas seulement dans l’image ; il est dans la faculté de produire cette image sans sentir, au moment même où on la produit, qu’elle aurait dû être impossible.

À cet endroit, la responsabilité remonte nécessairement du cas individuel vers l’organisation. Le problème n’est plus Thomas Portes seul. LFI est un mouvement trop centralisé, trop attentif à la discipline du discours, trop jaloux de la maîtrise de sa dramaturgie pour pouvoir invoquer indéfiniment la spontanéité malencontreuse de quelques élus. Lorsqu’une formation de cette nature laisse se succéder, sans correction substantielle, des ambiguïtés lexicales majeures, des initiatives législatives mal calibrées sur l’apologie du terrorisme, des séquences de proximité avec des réseaux douteux et des gestes de connivence symbolique à l’égard d’univers politiques saturés de violence antijuive, il devient difficile de parler encore de simple dispersion. Ce qui se dessine alors, c’est moins une ligne doctrinale explicite qu’un régime d’autorisation tacite au sein duquel chacun sait jusqu’où il peut aller, précisément parce qu’aucune limite ferme n’a été tracée.

Il faut insister sur ce point, car il est au cœur de la difficulté française présente. Le problème n’est pas que LFI dise défendre les civils palestiniens, ni même qu’elle dénonce avec vigueur la politique israélienne ; cela relève du débat légitime. Le problème est que cette formation politique semble incapable, structurellement incapable, de maintenir intacte la séparation entre la compassion due aux populations civiles et l’indulgence accordée à des matrices idéologiques, à des appareils militants ou à des groupes terroristes dont le projet n’a jamais été la coexistence, mais la destruction d’Israël comme réalité politique et historique. Il ne s’agit donc pas ici des Palestiniens comme peuple, encore moins d’une essence culturelle qu’il serait absurde et injuste de leur attribuer indistinctement ; il s’agit de mouvements, de doctrines et de cultures politiques organisées pour lesquelles l’antisionisme ne se borne pas à la critique d’un gouvernement, mais prend la forme d’une négation de principe de la légitimité historique et politique d’Israël, rejoignant par là, très souvent, les structures profondes de l’antisémitisme.

C’est pourquoi l’on aurait tort de réduire cette discussion à la recherche fiévreuse d’un « lien » au sens quasi-policier du terme. Les démocraties avancées ne sont pas menacées seulement par les complicités franches ; elles le sont aussi par les formes plus diffuses de disponibilité morale qu’engendrent certains milieux politiques lorsqu’ils s’habituent à traiter la clarté comme une concession à l’adversaire. Le terrorisme contemporain, surtout lorsqu’il s’enveloppe dans les langages de l’anti-impérialisme, n’a pas besoin de convaincre tout le monde de sa légitimité ; il lui suffit d’obtenir de quelques acteurs influents qu’ils renoncent à le disqualifier absolument. Entre le soutien et l’excuse, entre l’adhésion et l’euphémisme, entre la complicité et la suspension du jugement, il existe toute une gamme de services rendus que le droit saisit mal, mais que la politique, elle, devrait apprendre à reconnaître.

Sous cet angle, la faute de LFI apparaît avec une netteté particulière. Elle n’est pas d’avoir professé ouvertement ce qu’elle ne dit pas ; elle est d’avoir contribué à installer dans l’espace public un régime d’indistinction où des réalités qui devraient être pensées séparément se trouvent sans cesse rabattues les unes sur les autres : la cause palestinienne et ses entrepreneurs armés ; la critique d’Israël et la négation de sa légitimité ; la solidarité avec les victimes civiles et la compréhension indéfiniment extensible de ceux qui font métier de les sacrifier ; la gauche anticoloniale enfin, et des univers mentaux dont l’antisémitisme n’est ni résiduel ni accidentel, mais constitutif. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, que les éléments publics permettent déjà de formuler un jugement sévère : par ses mots, ses choix, ses silences et certaines de ses figures, LFI a contribué à banaliser un environnement politique où les frontières décisives ont été continuellement estompées. Et c’est déjà, dans une démocratie sérieuse, une faute d’une gravité majeure.

Car une démocratie ne se défend pas seulement par ses juges, ses policiers ou ses services de renseignement ; elle se défend d’abord par la netteté de ses catégories morales, par sa capacité à refuser que la souffrance des peuples serve d’écran à la légitimation de leurs bourreaux autoproclamés, par son aptitude à dire sans retard ce qui relève de la résistance politique et ce qui relève du meurtre idéologisé, ce qui relève de la solidarité et ce qui relève du blanchiment symbolique. Lorsqu’un parti de gouvernement ou d’aspiration gouvernementale brouille méthodiquement ces distinctions, il ne trahit pas seulement ses adversaires ; il trahit l’exigence élémentaire de la vie civique. Et lorsqu’il persévère dans cette voie alors même que l’État, par ses propres instruments, a déjà commencé à objectiver la gravité des réseaux concernés, il ne peut plus se réfugier derrière l’excuse de la naïveté. Car la grandeur de la politique ne réside pas dans la fidélité à une cause quelle qu’elle soit ; elle réside dans la capacité à maintenir, y compris lorsque la cause paraît juste, le gouvernement sévère des distinctions. Dès lors qu’un mouvement renonce à cet effort, il n’élargit pas la démocratie : il l’affaiblit.

Ce qui frappe, à mesure que ces séquences s’accumulent, n’est pas seulement la constance des ambiguïtés, mais l’absence de toute rupture interne. Ni désaveu net, ni rappel à l’ordre, ni clarification doctrinale substantielle ne viennent interrompre la série. Ce silence n’a rien d’anecdotique. Dans un mouvement aussi verticalisé que LFI, il ne relève pas du simple oubli ; il fonctionne comme une autorisation implicite. Il ne dit pas que tout est approuvé ; il dit, ce qui est déjà beaucoup, que presque rien n’est jugé suffisamment grave pour appeler une frontière publique. Et c’est sans doute ainsi qu’une culture politique s’installe : moins par ses proclamations que par les comportements qu’elle cesse, peu à peu, de considérer comme incompatibles avec elle-même.

Au fond, la faute politique de LFI n’est pas d’avoir inventé le mal qu’elle n’a cessé de mal nommer. Elle est d’avoir confondu la radicalité avec l’indulgence, la cause avec l’excuse, la politique internationale avec le brouillage des catégories morales les plus élémentaires. Et c’est là, peut-être, ce qu’il y a de plus grave : une démocratie ne succombe pas seulement lorsqu’elle est attaquée de l’extérieur ; elle s’affaiblit lorsqu’une partie de ses élites perd le sens des distinctions sans lesquelles aucune vie civique sérieuse n’est possible. Lorsqu’un parti important en vient à considérer que l’ambiguïté constitue une habileté, que la proximité douteuse relève de l’incident et que la netteté du jugement serait une concession à l’adversaire, il prépare moins une victoire politique qu’une défaite spirituelle. C’est toujours ainsi que les lignes tombent : non dans un fracas inaugural, mais dans une lente dégradation du jugement, où l’on finit par ne plus voir ce qu’on aurait jadis refusé d’un seul mouvement. Ce qu’expose l’affaire Humani’Terre, et ce qu’incarne jusqu’à la caricature la trajectoire publique de Thomas Portes, c’est précisément cette dégradation-là : non pas un complot, non pas une chaîne de commandement secrète, mais quelque chose d’à la fois plus diffus et plus redoutable — une culture politique devenue incapable de comprendre qu’en certaines matières l’ambiguïté n’est pas une ruse, mais une faute.

Et c’est pourquoi la conclusion s’impose avec une forme de tristesse plus encore qu’avec colère. Le scandale LFI n’est pas d’avoir été judiciairement pris dans un financement terroriste ; rien ne permet de l’écrire. Le scandale LFI est d’avoir, pendant des mois, peut-être des années, travaillé à rendre pensable, dicible, fréquentable et parfois honorable ce qui aurait dû, dans une conscience démocratique intacte, demeurer immédiatement disqualifié. Elle n’a pas inventé cette pente ; elle l’a empruntée, entretenue et parfois illustrée avec une constance remarquable. Et lorsque l’histoire récente aura dissipé le bruit des polémiques pour ne laisser subsister que les enchaînements essentiels, il est probable qu’on verra dans cette séquence moins une succession d’incidents qu’une seule et même défaillance : la substitution progressive de la cause au jugement, du camp au discernement, de l’emphase militante à la probité morale. Dans la vie des nations, il est des fautes que le droit sanctionne ; il en est d’autres que seule la lucidité publique peut châtier. Et peut-être la vérité la plus simple, et la plus sévère, est-elle celle-ci : il n’est pas nécessaire de partager l’idéologie des terroristes pour leur rendre, par faiblesse de jugement, des services politiques décisifs.

F. Benedict

 

 

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