Sommaire:
A) - Huit contradictions et erreurs marxistes
B) - Karl Marx
C) - Marxisme
D) - Valeur-travail - Réfutation mathématique de théorie marxiste
E) - Divers liens sur ce sujet
A) - Huit contradictions et erreurs marxistes
8 contradictions et erreurs marxistes :
▶︎ La valeur-travail :
Croire que la valeur d'un bien provient du temps de travail socialement nécessaire.
▶︎ Les erreurs sur la formation des prix : Marx affirmait dans le Livre I du Capital que les prix découlent du temps de travail incorporé, avant d'écrire dans le Livre III que les prix s'écartent de la valeur-travail jusqu'à ce que le taux de profit s'égalise partout à un taux moyen. Pour faire tenir sa théorie, Marx a donc affirmé que la valeur-travail globale de la société était comme redistribuée par le marché pour former des prix de production. Fausse route, la valeur est simplement subjective et marginale (théorie formalisée par Menger).
▶︎ L'oubli du rôle de l'entrepreneur :
La rémunération pour l'anticipation réussie (ventes), l'innovation, la prise de risque et l'organisation du capital ne sont pas théorisées.
▶︎ L'oubli de la préférence temporelle :
Ne pas comprendre que le salaire payé immédiatement à l'ouvrier (préférence temporelle plus courte) intègre un escompte du temps par rapport à un produit qui ne sera vendu que plus tard (préférence temporelle plus longue).
▶︎ L'oubli du calcul économique :
Sans marché ni monnaie, il est impossible d'allouer rationnellement les ressources (démonstration effectuée par Ludwig von Mises dès 1920).
▶︎ Le matérialisme historique :
Marx affirmait que l'infrastructure matérielle détermine la superstructure idéologique (les idées, le droit, la culture, la religion, etc). Mais sur le simple plan logique, toute technologie est la matérialisation physique d'une idée qui a d'abord émergé dans l'esprit d'un individu.
▶︎ La baisse tendancielle du taux de profit :
Marx a pris un phénomène local et dynamique (via la pression concurrentielle sur les marchés) pour une loi implacable d'effondrement du capitalisme. Au contraire, le progrès technique a augmenté drastiquement la productivité, a fait baisser le coût des machines et a permis l'émergence de nouveaux marchés profitables.
▶︎ L'utopie de l'extinction de l'État :
Marx prétendait que la dictature du prolétariat s'éteindrait pour laisser place au communisme. Il a tout ignoré la dynamique de l'État (garder le pouvoir et ses privilèges). Même Bakounine l'avait compris : "Prenez le révolutionnaire le plus radical et placez-le sur le trône de toutes les Russies, ou confiez-lui un pouvoir dictatorial [...] et avant un an il sera devenir pire que le Tsar lui-même."
Arthur Homines
https://x.com/arthurhomines
B) - Karl Marx
Karl Marx (5 mai 1818 à Trèves en Rhénanie, alors dépendante du royaume de Prusse (aujourd'hui en Allemagne) - 14 mars 1883) est un philosophe et théoricien, célèbre pour sa critique du capitalisme et sa vision de l'histoire comme résultat de la lutte des classes - opposant les capitalistes et le prolétariat - à l'origine du marxisme[1].
Marx ayant travaillé en étroite collaboration avec son grand ami
Friedrich Engels, il ne sera pas question de démêler l'écheveau de leur
écot respectif.
Pensée
Philosophie
La part philosophique de l'œuvre de K. Marx et F. Engels, réside principalement dans les œuvres de jeunesse (1842-1859),
jusqu'au tournant économique. Ayant délaissé leurs premiers textes « à
la critique rongeuse des rats », le marxisme soviétique penchera en
faveur de l'abandon des textes de jeunesse, alors que le marxisme
occidental exploitera le côté philosophique de Marx. (cf. marxisme).
Au sein de cette première période, un Marx plutôt humaniste-libéral, plus proche de Kant et Fichte que de Hegel
(défense des libertés, critique de la censure), « rencontre » Feuerbach
et son matérialisme après la désillusion dans cet État prussien qui ne
s'est pas réformé. Abandonnant la dialectique hégélienne entre 1848 et 1858
(pour la redécouvrir par la suite et lui redonner un statut nouveau au
sein du système), il consacrera toute sa pensée au développement de ce
matérialisme (critique de l'idéalisme) tant au niveau d'une théorie de
la connaissance (la praxis, critique de l'idéologie et de la fausse conscience), que d'une anthropologie historique (la lutte des classes diachronique mise à jour par le matérialisme historique),
d'une sociologie (l'Homme réel, social), sans abandonner le
sous-bassement éthique qui porte, jusqu'au cœur des prétentions de
scientificité (contre le « socialisme utopique »), le projet
(exploitation et messianisme prolétarien). À la mort,
de Marx, Engels continuera cette recherche dans le droit fil du
« socialisme scientifique » auquel les deux amis étaient parvenus.
D'un point de vue strictement philosophique, le marxisme est un
amalgame étrange. Il semble que Marx soit davantage un polémiste et un
théoricien politique qu'un vrai philosophe. Beaucoup de ses idées sont
empruntées à ses prédécesseurs :
- hégélien de gauche, il garde une partie du système de Hegel :
l'idée du mouvement dialectique de l'histoire, celle d'aliénation, celle
de l'histoire qui a un sens, pas celui de Hegel mais celui de
l'avènement de la société sans classe ;
- son matérialisme découle de celui des matérialistes français du XVIIIe siècle et de celui de Feuerbach pour la critique de la religion ;
- sa critique de l'État et sa théorie de la lutte des classes sont
empruntées aux libéraux (Charles Dunoyer, Charles Comte, Augustin
Thierry, Adolphe Blanqui...) ;
- en économie, sa théorie (fausse) de la plus-value est reprise de celle de l'économiste suisse Jean de Sismondi ; sa théorie de la valeur marche sur les traces de Ricardo et d'Adam Smith.
Homme
L'Homme se distingue de l'animal par son activité de production (le travail ; exploitation d'un thème de Hegel). C'est un être social :
- « L'essence de l'Homme n'est pas une abstraction inhérente à
l'individu isolé. Dans sa réalité, elle est l'ensemble des rapports
sociaux. »
- Thèses sur Feuerbach, VI.
Il n'est en rien le Robinson abstrait de l'individu qu'étudie l'économie politique classique (homo œconomicus) ou celui du romantisme anarchiste (Stirner). Or, pris par les forces anonymes du marché, obligés de vendre leur force de travail et mis en concurrence directe avec les machines, ils sont déshumanisés (réification). De plus, ne possédant pas les moyens de production qui appartiennent aux patrons bourgeois qui les ont embauchés (propriété
privée), n'étant qu'un rouage d'une grande machinerie de production,
ils perdent, de plus, le produit de leur travail (aliénation), grâce
auquel le patron se prend la part du lion (plus-value).
Même si l'homme est le produit de sa société, il peut néanmoins prendre
conscience de sa situation en l'objectivant malgré la fausse conscience
que crée l'idéologie
de la classe bourgeoise (négation), ou encore parce que l'exploitation
atteindra un niveau tout à fait inacceptable, puis dépasser cet état,
par la praxis révolutionnaire (négation de la négation), et reprendre
possession de toutes ses virtualités humaines, dans la société sans classe.
La pensée de Marx rompt avec l’idéalisme allemand (notamment celui de Hegel,
Marx prétendant remettre « la dialectique hégélienne sur ses pieds »).
Elle est d'ailleurs matérialiste moins dans le sens physique (ce n'est
pas l'atomisme antique de Démocrite et Épicure, mais un matérialisme
dérivé de celui de Ludwig Feuerbach, principalement antireligieux,
critiqué en son temps par Max Stirner)
que dans le sens social. C’est l’être social qui explique la conscience
sociale, « l'histoire de toute société jusqu'à nos jours est l'histoire
de la lutte des classes ». C'est donc un matérialisme historique (et même historiciste)
qui prétend donner le sens de l'Histoire, le seul moteur de cette
dernière étant l'évolution des forces productives matérielles. Ainsi les
idéologies
sont des théories produites par l'Homme, déterminées par les rapports
qu'il entretient avec le monde et par le contexte social dans lequel il
vit ; par exemple, la religion,
opium du peuple, soutient le système capitaliste et justifie les
inégalités sociales ; par ailleurs, les idées dominantes sont celles de
la classe dominante. Dans l'optique matérialiste marxiste, les idées ne
possèdent pas de valeur ni de vérité par elles-mêmes : elles sont
conditionnées par les rapports sociaux et les rapports de production
(d'où un polylogisme
qui sera critiqué par von Mises). Les idées marxistes, qui prennent
fait et cause pour le prolétariat, n'échappent pas à ce
conditionnement : leur seule différence avec les idées bourgeoises
serait qu'elles vont dans le sens de l'Histoire.
Histoire
Elle mène des grands singes (76) au socialisme (planisme)
- « Seule une organisation consciente de la production sociale,
dans laquelle production et répartition sont planifiées peut élever les
hommes au-dessus du reste du monde animal au point de vue social de la
même façon que la production en général les a élevés en tant qu'espèce.
L'évolution historique rend une telle organisation de jour en jour plus
indispensable, mais aussi de jour en jour plus réalisable. D'elle datera
une nouvelle époque de l'histoire, dans laquelle les hommes eux-mêmes,
et avec eux toutes les branches de leur activité, notamment les sciences
de la nature, connaîtront un progrès qui rejettera dans l'ombre la plus
profonde tout ce qui l'aura précédé. » (76)
Fin de la lutte des classes = société sans classe = fin de l'Histoire.
Économie
Cette idée signifie que la valeur d'échange vient entièrement du travail.
Cela implique que le patron ne peut prélever son profit que sur la
valeur créée par les travailleurs. Quels que soient les salaires qu'il
leur accorde, il les exploite. Il est dans sa nature de patron de les
exploiter.
La première formulation de la théorie de la valeur-travail se trouve chez Adam Smith. Incapable de prendre la suite de l'École scolastique et des auteurs qu'il connaissait (Cantillon, Condillac, Ferdinando Galiani),
Smith dissocie complètement la valeur d'usage et la valeur d'échange,
et cherche un étalon pour mesurer cette dernière. Cet étalon invariable,
il croit le trouver dans le travail.
Ricardo,
de la même manière, dans son exemple du joaillier laborieux, évoque
l'estime des consommateurs : il est payé deux fois plus par heure qu'un
travailleur ordinaire pour cette raison. Il se réfère donc aux valeurs
présentes dans la tête des consommateurs.
Marx reprendra la même idée par sa notion de travail socialement
nécessaire, c'est-à-dire une espèce de moyenne d'heures de travail pour
une tâche donnée, moyenne impliquée, à un moment donné dans le temps et
dans l'espace, par l'état de la technique, du savoir-faire, des mœurs,
des désirs, etc.
Un problème se pose néanmoins : les valeurs des marchandises ne
sont pas réglées uniquement par les quantités de travail incorporées,
mais aussi par « la longueur du temps qui doit s'écouler avant qu'elles
puissent être portées sur le marché », comme l'énonce Ricardo. Ce qui
signifie que la valeur d'une pièce de tissu n'est pas la même que celle
d'un avion supersonique.
Si Ricardo admettait que cette théorie était une approximation,
Marx, lui, la transformera en vérité absolue. Il s'est demandé comment
des marchandises qui paraissent si diverses, si hétérogènes quant à leur
valeur d'usage pouvaient être rendues comparables entre elles. La
solution, qu'il trouve chez Smith et Ricardo, c'est que les marchandises
sont toutes le produit du travail, toutes du travail cristallisé. C'est
ainsi qu'elles peuvent s'échanger.
Marx distingue le travail, dont la quantité est mesurée en heures de travail, et la force de travail,
dont la valeur est donnée par la quantité de travail qui est incluse
dans les biens et services que le travailleur consomme. Considérez le
travailleur lui-même comme une sorte de machine dans laquelle on
enfourne des biens et services, et à la sortie de la machine, cela
produit de la force de travail. La force de travail est le résultat d'un
processus de production. D'un côté vous mettez du pain, de l'eau, des
habits, un logement,
bref de quoi satisfaire les besoins élémentaires d'un être humain, et
de l'autre vous obtenez une marchandise qui est la force de travail, et
cette force de travail, comme toute marchandise, est soumise à la loi de
la valeur-travail, c'est-à-dire que sa valeur est égale à la quantité
de travail socialement nécessaire, autrement dit la quantité en moyenne
nécessaire pour élever, nourrir, loger le travailleur et satisfaire à
ses besoins sexuels et à sa reproduction.
Le patron tire du travailleur une quantité de travail toujours
supérieure à la valeur de la force de travail. Cette différence, c'est
la plus-value.
Exemple : la force de travail est de 4 heures par jour, et la
journée de travail est de 8 heures. Les 4 heures supplémentaires ne sont
donc pas payées. Elles constituent la plus-value extorquée aux
travailleurs. Elles donnent la mesure de l'exploitation du travailleur.
Si on rapporte la plus-value (pl) à la force de travail (V), on
obtient le taux d'exploitation pl/V. Dans cet exemple, le taux
d'exploitation est de 100 %.
Pourquoi y aurait-il toujours une différence entre la valeur de
la force de travail et la quantité de travail effectuée par les
travailleurs ? C'est la difficulté de la théorie. Il y a deux manières
d'y répondre : par la loi d'airain des salaires, et par la théorie de la
coalition des patrons.
La loi d'airain des salaires
La force de travail est considérée comme une marchandise ordinaire. En tant que marchandise, elle obéit aux mêmes lois de l'offre et de la demande. N'importe quelle marchandise ?
Quand le prix d'une marchandise augmente au-dessus, disons, du
prix habituel, nous savons que la production de cette marchandise
augmente jusqu'à ce que le prix retrouve le niveau habituel, toutes
choses égales par ailleurs. Et dans le cas inverse où le prix descend
au-dessous du prix minimum, la production diminue jusqu'à ce que le prix
retrouve son niveau habituel, toutes choses égales par ailleurs.
Le raisonnement est exactement le même pour la production de la
force de travail. Si le prix de cette force de travail augmente
au-dessus du salaire
de subsistance nécessaire à l'entretien du travailleur, ou plus
précisément à l'entretien et à la reproduction du travailleur, la
production de travailleurs va augmenter ! Cela revient à supposer que
les travailleurs se reproduisent en fonction de leur salaire... Le
nombre de travailleurs ayant augmenté, l'offre de la force de
travailleurs va se trouver supérieure à la demande qu'en font les
patrons. L'offre étant supérieure à la demande, le prix de la force de
travail va baisser. Et par conséquent, le salaire va être ramené au
niveau du salaire de subsistance.
Cette loi qui ramène le salaire obligatoirement au niveau du salaire de subsistance, provient de Turgot et de Lassale. L'inspiration de ce dernier provient en droite ligne du Principe de population de Malthus.
Reste à savoir ce qu'on entend par minimum vital. Lassale lui-même
reconnaît qu'il faut tenir compte des habitudes nationales, ce qui
enlève beaucoup de tranchant à cet airain ! Il ne s'agit plus d'un
minimum physiologique, mais d'une sorte de minimum socio-culturel. La
loi perd donc beaucoup de sa rigueur. Et comment définir un tel
minimum ? Il est aussi difficile, pour ne pas dire impossible, de
définir un minimum socio-culturel qu'un minimum physiologique. Pour ne
rien dire des variations de ces minima d'individu à individu, au sein
d'une même société.
Marx a considéré la loi d'airain comme une aberration, et s'est
brouillé avec son auteur. Il veut bien du salaire de subsistance, mais
il refuse son fondement démographique. L'idée que les travailleurs ne
peuvent s'empêcher de proliférer dès que leur salaire augmente lui
paraissait comme une insulte à l'égard de la classe ouvrière.
Pour sauver du naufrage la théorie du salaire de subsistance, Marx trouve une parade : celle de la coalition des patrons.
La coalition des patrons
Les capitalistes louent aux prolétaires leur force de travail, et se
constituent en cartel pour éliminer entre eux la concurrence sur le
marché du travail et maintenir ainsi le salaire au plus bas niveau
possible. Et ce plus bas niveau possible ne peut être que le salaire de
subsistance. De fait, le salaire ne peut descendre durablement
au-dessous de ce niveau, sauf à imaginer que la bourgeoisie pousse la
cruauté et la bêtise jusqu'à se priver elle-même de la source de ses
profits, la source de la plus-value étant dans le travail des salariés.
Et le salaire ne peut monter, non plus, au-dessus du salaire de
subsistance, car les patrons feraient alors un cadeau inutile au
prolétariat, se privant pour rien d'une part de leurs profits.
La théorie est donc sauvée, mais au prix d'une faute logique qui
sera lourde de conséquence. En effet, a priori, il n'y a aucune raison
d'admettre que les patrons pourraient, même s'ils le voulaient,
remplacer leur concurrence sur le marché du travail par une coalition.
Et à supposer même qu'une telle coalition puisse se former, rien ne
prouve qu'elle pourrait être durable. A priori, rien n'empêche
d'imaginer une solution inverse où une coalition ouvrière louerait ses
machines aux capitalistes et leur servirait un loyer leur permetttant
tout juste de survivre et de se reproduire, accaparant pour elle la
totalité de la plus-value. Entre ces deux situations extrêmes, rien
n'empêche d'envisager une infinité de cas intermédiaires où la
plus-value serait partagée entre patron et salariés. Bref, en
abandonnant le fondement démo-économique du salaire de subsistance, Marx
a tout simplement ruiné sa théorie. Il est tombé de Charybde —
l'absurdité du minimum de subsistance — en Scylla — l'absurdité d'un
monopole patronal de l'embauche.
Voici la démonstration mathématique de cette faille de
raisonnement. Soit V le capital variable, correspondant aux salaires, et
C le capital constant, correspondant aux machines, outils, bâtiments,
terre, etc.
Soit pl, la plus-value tirée par le patron du travail des salariés.
On définit E, le taux d'exploitation par E = (pl / V) (cf. supra), et P, le taux de profit, par P = pl / (C + V)
La composition « organique » du capital de l'entreprise considérée est définie par l'équation K = (C + V) / V
À l'aide de ces différentes équations, on peut exprimer le taux
de profit (P) en fonction de la composition organique du capital (K) et
du taux d'exploitation (E) :
- pl = V x E
- P = V x E /(C+V)
- donc P = E/K.
Or, dans les conditions de concurrence parfaite (c'est le cas chez
Marx), le taux d'exploitation (E) et le taux de profit (P) sont les
mêmes dans toutes les branches de production, quelle que soit la
composition organique du capital. Or, la dernière équation montre que si
la composition organique du capital (K) varie de branche à branche ou
d'entreprise à entreprise, le taux d'exploitation (E) étant donné et
partout le même, le taux de profit (P) varie de branche à branche ou
d'entreprise à entreprise. Ce qui est impossible.
Organisation politique
Une politique omniprésente
L'homme ne peut être scindé en deux privé/public,
membre de la société civile/citoyen politique: la politique doit abolir
la société civile. (43b).
Un programme provisoire pour les pays les plus avancés:
«
- Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l'État.
- Impôt fortement progressif.
- Abolition de l'héritage.
- Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles.
- Centralisation du crédit entre les mains de l'État, au moyen d'une
banque nationale, dont le capital appartiendra à l'État et qui jouira
d'un monopole exclusif.
- Centralisation entre les mains de l'État de tous les moyens de transport.
- Multiplication des manufactures nationales et des instruments de
production; défrichement des terrains incultes et amélioration des
terres cultivées, d'après un plan d'ensemble.
- Travail obligatoire pour tous, organisation d'armées industrielles, particulièrement pour l'agriculture.
- Combinaison du travail agricole et du travail industriel; mesures
tendant à faire graduellement disparaître la distinction entre la ville
et la campagne.
- Éducation publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du
travail des enfants dans les fabriques tel qu'il est pratiqué
aujourd'hui. Combinaison de l'éducation avec la production matérielle,
etc. »
— Manifeste du Parti communiste, II. Prolétaires et communistes (1847)
Ne fusse-t-il qu'un stade transitoire de capitalisme d'État, il paraît loin (deux ans plus tôt), à l'heure des « armées industrielles », le Paradis communiste de l'Idéologie allemande, qui ayant dépassé l'État, donne à l'homme « la
possibilité de faire aujourd'hui telle chose, demain telle autre, de
chasser le matin, de pêcher l'après-midi, de pratiquer l'élevage le
soir, de faire de la critique après le repas, selon mon bon plaisir ».
Lénine pouvait-il appliquer une autre politique ? Si bien que les
marxistes n'ont pas échappé à la division du travail : si Marx et Engels
ont écrit le début, Staline aura écrit la fin, que connaissaient déjà
les libéraux, a priori.
Suppression de la propriété privée
« Il devra tout d'abord enlever l'exercice de l'industrie et de toutes les branches de la production, en général, aux individus isolés, se faisant concurrence les uns aux autres, pour les remettre à la société tout entière — ce qui signifie qu'elles seront gérées pour le compte commun, d'après un plan
commun et avec la participation de tous les membres de la société. Il
supprimera, par conséquent, la concurrence et lui substituera l'association. Étant donné d'autre part que l'exercice de l'industrie par des individus isolés implique nécessairement l'existence de la propriété
privée et que la concurrence n'est pas autre chose que ce mode
d'activité de l'industrie où un certain nombre de personnes privées la
dirigent, la propriété privée est inséparable de l'exercice de
l'industrie par des individus isolés, et de la concurrence. La propriété
privée devra donc être également supprimée et remplacée par
l'utilisation collective de tous les moyens de production et la
répartition de tous les produits d'un commun accord, ce qu'on appelle la
communauté des biens. La suppression de la propriété privée est même le
résumé le plus bref et le plus caractéristique de cette transformation
de toute la société que rend nécessaire le développement de l'industrie.
Pour cette raison, elle constitue, à juste titre, la principale
revendication des communistes. »
— Friedrich Engels, Principes du communisme, XIV. Quel doit être ce nouvel ordre social ? (1847)
« L'existence des classes
est provoquée par la division du travail. Dans la nouvelle société, la
division du travail, sous ses formes actuelles, disparaîtra
complètement. […] La gestion sociale de la production ne peut être
assurée par des hommes qui, comme c'est le cas aujourd'hui, seraient
étroitement soumis à une branche particulière de la production,
enchaînés à elle, exploités par elle, n'ayant développé qu'une seule de
leurs facultés aux dépens des autres et ne connaissant qu'une branche ou
même qu'une partie d'une branche de la production. […] L'industrie
exercée en commun, et suivant un plan,
par l'ensemble de la collectivité suppose des hommes dont les facultés
sont développées dans tous les sens et qui sont en état de dominer tout
le système de la production. […] L'éducation
donnera la possibilité aux jeunes gens de s'assimiler rapidement dans
la pratique tout le système de la production, elle les mettra en état de
passer successivement de l'une à l'autre des différentes branches de la
production selon les besoins de la société ou leurs propres
inclinations. […] Ainsi, la société organisée sur la base communiste
donnera à ses membres la possibilité d'employer dans tous les sens leurs
facultés, elles-mêmes harmonieusement développées. […] De telle sorte
que la société communiste, d'une part, est incompatible avec l'existence
des classes et, d'autre part, fournit elle-même les moyens de supprimer
ces différences de classes.
De ce fait, l'antagonisme entre la ville et la campagne disparaîtra
également. L'exercice de l'agriculture et de l'industrie par les mêmes
hommes, au lieu d'être le fait de classes différentes, est une condition
nécessaire de l'organisation communiste. »
— F. Engels, Principes du communisme, XX. Quelles sont les conséquences de la propriétés privées ? (1847)
On trouve dans ces affirmations toute l'ambiguïté des thèses marxistes : « selon les besoins de la société » (marxisme autoritaire) ou « leurs propres inclinations » (marxisme démocratique).
Internationalisme
« Les ouvriers n'ont pas de patrie. […] Déjà les
démarcations nationales et les antagonismes entre les peuples
disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté du commerce, le marché
mondial, l'uniformité de la production industrielle et les conditions
d'existence qu'ils entraînent. Le prolétariat au pouvoir les fera
disparaître plus encore. Son action commune, dans les pays civilisés
tout au moins, est une des premières conditions de son émancipation.
Abolissez l'exploitation de l'homme par l'homme, et vous abolirez
l'exploitation d'une nation par une autre nation. Du jour où tombe
l'antagonisme des classes à l'intérieur de la nation, tombe également
l'hostilité des nations entre elles. […] Prolétaires de tous les pays,
unissez-vous ! »
— Manifeste du Parti communiste (1847)
Point de vue libéral
Si les libéraux s'accordent à reconnaître la fausseté des thèses marxistes en économie politique et de l'analyse marxiste du capitalisme, certains libertariens affirment que la philosophie marxiste de l’histoire demeure
un outil d’analyse irremplaçable pour faire prendre conscience aux gens
de l’exploitation qu’ils subissent dans nos démocraties sociales
contemporaines (Christian Michel), la classe dominante dans cette analyse marxiste-libérale étant celle des politiciens et des agents de l'État, qui ne subsiste que par la prédation.
Hans-Hermann Hoppe remarque que le marxisme (comme le libertarianisme) interprète à juste titre l'État comme exploiteur (contrairement, par exemple, à l'école du choix public,
qui a tendance à le donner pour une entreprise comme les autres), et a
bien compris certains principes fondamentaux de son fonctionnement.
La théorie marxiste de l'aliénation et de la lutte des classes
peut très bien être employée par les libéraux pour montrer comment
l'État exploite et oppresse ses sujets. Un libertarien peut très bien
faire sienne l'affirmation suivante (citée par Christian Michel) :
« L’État n’a pas existé de toute éternité. Il y a eu
des sociétés qui s’en sont fort bien passé, qui n’ont jamais eu la
notion de l’État ou du pouvoir d’État… La société qui réorganisera la
production sur la base de l’association libre et égale des producteurs
reléguera tout l’appareil d’État à la place qui est la sienne — au musée
des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze. »
— Friedrich Engels, Origine de la propriété, de la famille et de l’Etat
Citations sur Marx
« La critique faite par Marx du mode de production capitaliste
est entièrement fausse. Même les marxistes les plus orthodoxes n'ont
pas le front de soutenir sérieusement sa thèse essentielle, à savoir que
le capitalisme aboutit à l'appauvrissement continuel des salariés. Mais
si, pour la clarté de la discussion, l'on admet toutes les absurdités
de l'analyse marxiste sur le capitalisme, rien n'est pour autant gagné quant à la démonstration de ces deux thèses, que le socialisme
soit voué à s'instaurer, et qu'il soit non seulement un meilleur
système que le capitalisme, mais encore le plus parfait des systèmes,
dont la réalisation finale apportera à l'homme la félicité perpétuelle
dans son existence terrestre. Tous les syllogismes compliqués des
pesants volumes publiés par Marx, Engels et des centaines d'auteurs
marxistes, ne peuvent masquer le fait que la seule et unique source de
la prophétie de Marx soit une prétendue inspiration, par laquelle Marx
affirme avoir deviné les projets des mystérieuses puissances réglant le
cours de l'histoire. Comme Hegel, Marx était un prophète, communiquant
au peuple la révélation qu'une voix intérieure lui avait confiée. »
— Ludwig von Mises, L'Action humaine, chap. XXV
« En tant qu'écrivain scientifique, il est
sec, pédant, obscur. Le don de s'exprimer de façon compréhensible lui
avait été refusé. Ce n'est que dans ses œuvres politiques qu'il parvient
à exercer une action réelle, au moyen d'antithèses frappantes et de
sentences qui se gravent facilement dans l'esprit et dont la sonorité
dissimule le vide. Dans la polémique, il n'hésite pas à déformer les
paroles de l'adversaire. Au lieu de réfutation, il recourt aux injures. »
— Ludwig von Mises, Le Socialisme — Étude économique et sociologique, IVe partie, chap. VI
« La grande complexité du marxisme peut se résumer en une phrase : on a raison de se révolter. »
— Mao Zedong
« Tout l'évangile de Karl Marx peut être
résumé en une seule phrase : haïssez l'homme qui est plus riche que
vous. N'admettez en aucune circonstance que son succès puisse être dû à
ses propres efforts, à la contribution productive qu'il a fait en faveur
de toute la société. »
— Henry Hazlitt
« Qui peut honnêtement, sans arrière-pensées, rendre Marx responsable des millions de morts du communisme sous prétexte qu'il avait oublié le facteur humain dans ses calculs ? »
— Basile de Koch (humour), Histoire universelle de la pensée, 2005
« Il y a une bonne chose avec Marx, c'est qu'il n'était pas keynésien. »
— Murray Rothbard
« Giuseppe Mazzini (1805-1872), le
révolutionnaire italien, rival de Marx dans l'Internationale ouvrière au
milieu des années 1860, décrit une fois (en 1866) Marx comme "un esprit
destructif dont le coeur est rempli de haine plutôt que d'amour pour
l'humanité (...) extraordinairement astucieux, changeant et taciturne.
Marx est très jaloux de son autorité comme chef de parti ; contre ses
rivaux et adversaires politiques, il est vindicatif et implacable ; il
n'a de cesse de les abattre ; sa caractéristique principale est une
ambition sans borne et une soif du pouvoir illimitée. Malgré
l'égalitarisme communiste qu'il prêche, il est le chef absolu de son
parti ; évidemment il se charge de tout, mais il est également le seul à
donner des ordres et ne tolère aucune opposition". »
— Gary North
« L'expropriation violente des possédants, la
haine des paysans suspects d'attachement à leur petite propriété, le
mépris du peuple, ravalé au rang de lumpenprolétariat, quand il n'est
pas la classe ouvrière organisée en parti marxiste, la volonté
d'instaurer une dictature du prolétariat (sur qui ? sinon sur le reste
des prolétaires et la totalité des paysans...), l'usage de l'État pour
activer paradoxalement son propre dépérissement, tout cela fait de Marx
l'héritier du jacobinisme de Robespierre
et le précurseur de ceux qui ne s'en réclament pas vainement : Lénine
et Staline, Mao et Castro, Kim Il-sung et Pol Pot, et tous les régimes
dictatoriaux à faucille et marteau. Au XXe siècle, ce communisme-là
causera la mort de 100 millions d'hommes. »
— Michel Onfray, Le miroir aux alouettes, 2016
Notes et références
- « Une
qualité de l'œuvre de Marx, c'est qu'elle peut être expliquée en cinq
minutes, en cinq heures, en cinq ans ou en un demi-siècle. Elle se
prête, en effet, à la simplification du résumé en une demi-heure, ce qui
permet éventuellement à celui qui ne connaît rien à l'histoire du
marxisme d'écouter avec ironie celui qui a consacré sa vie à
l'étudier. » (Raymond Aron). Tentons cinq minutes...
Œuvres de Karl Marx (et Friedrich Engels)
(Ouvrages principaux - E: Engels)
Littérature secondaire
- 1946, Carlo Antoni, "Considerazione su Hegel e Marx" ("Considération sur Hegel et Karl Marx"), Napoli: Riccardo Ricciardi e Associati
- 1967, David McCord Wright, "The Trouble With Marx", New Rochelle, NY: Arlington House (introduction de Gottfried Haberler)
- 1977, Raymond Aron, Le Marxisme de Marx. (Cours
donné à la Sorbonne en 1962-1963, complété en annexe, pour certaines
parties manquantes, par des extraits d'un cours donné au Collège de
France en 1977. Une analyse complète et critique de l'œuvre de Marx.)
- 1998, Eric Tournier, "Karl Marx", In: Gilles Jacoud, Eric Tournier, dir., {https://archive.org/details/lesgrandsauteurs0000jaco/page/4/mode/1up
"Les grands auteurs de l'économie : Smith, Malthus, Say, Ricardo, Marx,
Walras, Marshall, Schumpeter, Keynes, Hayek, Friedman"], Paris :
Hatier, pp129-160
- 2017,
William H. Shaw, "Karl Marx on History, Capitalism, and . . . Business
Ethics?", In: Eugene Heath, Byron Kaldis, dir., "Wealth, commerce, and
philosophy: foundational thinkers and business ethics", Chicago : The
University of Chicago Press, pp321-340
Voir aussi
Liens externes
C) - Marxisme
Le marxisme est une idéologie pensée et élaborée par Karl Marx, Friedrich Engels et ses continuateurs au XIXe siècle. Se basant sur une explication et critique de la société et mode de production capitaliste. Le marxisme, se prétendant être un nouveau paradigme sur une base scientifique et matérialiste, est un élément essentiel à la réalisation du communisme,
c'est à dire, abolir la société capitaliste opérant une transition
révolutionnaire de la société de classes à une société sans classes.
Terminologie
Les termes liés au marxisme sont nombreux et polysémiques ; au premier chef, le marxisme est le courant philosophique et politique se réclamant des idées de Karl Marx et Friedrich Engels. L'adjectif marxien,
s'applique parfois uniquement à la pensée des deux auteurs quand on
veut la distinguer de celles des héritiers, et à Marx seul quand on veut
dissocier son apport respectif de celui de Engels (on parle aussi,
alors, d'engelsianisme). On dira donc, par exemple, la pensée marxienne quand il s'agit du gendre de Paul Lafargue, et la pensée marxiste
quand il s'agit des idées et élaborations pratiques des individus ou
groupes tirant leur méthode, leurs concepts et leur grille d'analyse,
des écrits du/des premier(s). Il faut noter que Marx lui-même a
plusieurs fois dit, dans les dernières années de sa vie: « Moi, je ne
suis pas marxiste ».
Un marxologue est un chercheur qui étudie la pensée de Marx exclusivement, et non pas de Engels et des marxistes. Évidemment, un marxologue, Raymond Aron en est un exemple, n'est pas nécessairement marxiste; et réciproquement.
Marxisant est utilisé dans cet article comme un quasi-synonyme de « gauchisme »,
celui-ci étant lui-même entendu au sens que lui donne Droz [1997],
c'est-à-dire une nébuleuse contestataire et/ou révolutionnaire, et non
au sens de Lénine, qui désignait en 1920 le « bolchévisme de "gauche" », diagnostiqué comme étant une « maladie infantile du communisme ». Marxisant
désigne donc une pensée dont l’héritage ne réside pas dans le seul
courant marxiste, tout en en reprenant certaines analyses. Ces adjectifs
sont très utiles, quoique flous et problématiques en ce qu’ils
permettent de nombreux amalgames, pour qualifier certains aspects de
pensées telles que celles de Michel Foucault
ou de Jacques Derrida, qui, afin de prévenir toute possibilité de
critique, se sont refusés à clairement catégoriser leur pensée
respective.
Enfin, le marxisme mis en pratique sous la forme d'un régime politique s'appelle le communisme, bien que l'on trouve dans les premiers écrits de Marx, le terme de socialisme.
La théorie du marxisme
Un certain style marxiste
La pensée marxienne : une boite à outils pour pensée flexible
D’un point de vue théorique, la version marxienne du concept de lutte des classes (et sa version diachronique : le matérialisme historique), associé à l’idée que la base ou infrastructure économique détermine la conscience, fait de l’Histoire la poursuite sous différentes formes d’un conflit incessant entre l’idéologie
de la classe dominante et une conscience affranchie. Ceci oblige donc
le marxisme à reprendre toujours en situation sa critique, celle-ci ne
trouvant fin, selon les uns, que par l’avènement de la révolution
prolétaire mondiale et donc la fin de l’Histoire, les maoïstes voyant au
contraire la nécessité d’une déconstruction/révolution permanente pour
échapper au dogmatisme.
D’un point de vue pratique, aucun texte ne donnant de programme d’action
politique précis, les révolutionnaires russes durent, comme le fit Lénine, combler les lacunes laissées béantes et définir une praxis politique concrète de la prise de pouvoir et de son exercice.
Ainsi, si les ouvrages marxiens ont laissé un fond conceptuel stable quoique ambigu du fait du « tournant économique »,
Marx est pour certains marxistes (révisionnistes, marxisme occidental)
ce que Linus Torvalds est à Linux, c'est-à-dire qu'il a donné le noyau
du code source, que chaque marxiste est appelé à retravailler pour son
compte, à l’aune de sa situation ; pour d'autres au contraire, Marx sera
considéré comme le fin mot de la pensée, dont il ne reste qu'à
développer les idées. Si bien que les libertés prises avec la pensée
marxienne auront comme effet de miroir les multiples retour à Marx.
Cinq grands pôles du marxisme se sont dégagés au XXe siècle :
- le marxisme soviétique :
considérant que les écrits de jeunesse de Marx ne devaient être laissés
qu’à la seule « critique rongeuse des rats », beaucoup de penseurs, le
plus souvent russes, développèrent le sillon matérialiste et économique,
pour proposer des théories monistes
(jusqu'à Bogdanov et son empiriomonisme), parfois behavioristes
(Pavlov), et assumant parfois pleinement le réductionnisme qu'est l'économisme.
- le marxisme occidental : en rupture avec le marxisme russe, du temps de Lénine (cf. Marxisme et philosophie de Karl Korsch) ou de Staline (cf. Le Matérialisme dialectique de Henri Lefebvre), ou suivant les courants révisionnistes de la social-démocratie,
les auteurs de l'Ouest insisteront sur l'aspect philosophique de Marx,
l'alliant avec d'autres auteurs d'horizons divers, devenant le paradigme
dominant des universités, dont les traces sont encore très tenaces.
- le maoïsme : version chinoise
du marxisme-léninisme, peu original du point de vue théorique, il aura
surtout été le phare de substitution des marxistes après la découverte
de l'horreur staliniste.
- le marxisme tiers-mondiste : relisant la lutte des classes à l'échelle des nations et la critique de l'idéologie à l'aune de l'occidento-centrisme, il développe une critique de l'impéralisme occidental colonialiste.
- le marxisme-analytique : tentative très éphémère et marginale de
replanter le marxisme sur les bases de la philosophie analytique.
Néanmoins, le dialogue permanent entre les trois premières versions
du marxisme, leur opposition structurale ou leur héritage mutuel, fait
en sorte qu'une étude par grands principes du marxisme (plus en amont)
et non par courants, sera préférable.
Révolution permanente ou fuite en avant : une pensée dialectique
D’un point de vue politique, le marxisme, comme toute politique volontariste, ayant pour but de modifier la réalité (cf. Thèses sur Feuerbach,
XI: « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de
différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer. »), est
directement opposé au laissez-faire libéral, dont il est historiquement la première réaction moderne (fascisme et national-socialisme la suivant).
Or, à la différence d'un individu agissant sur un marché à l'aune de ses connaissances et de son intérêt,
le pouvoir politique, engageant, par ses mesures, la communauté qu'il
dirige tout entière dans une finalité collective, est obligé de
connaître l'ensemble des facteurs interconnectés d'un nombre aussi élevé
de domaines qu'il s'est octroyé de tâches et de prédire s'il veut
rationaliser ce qui n'était qu'« anarchie de la production », c'est-à-dire planifier.
Le marxisme totalitariste (marxisme-léninisme, stalinisme,
maoïsme, castrisme) se voit donc avec un cahier des charges par essence
irréalisable, et ne peut provoquer que des déséquilibres, tant sur le
plan « superstructurel » (injustices, ségrégations et privilèges à
rebours pour contrebalancer ceux connus par les groupes exploités ou
opprimés), que sur les plans économique et social (impôt et redistribution, déresponsabilisation, etc.), chaque nouvel état de la société devant à son tour être « corrigé », ad vitam aeternam.
Comme il ne reconnaît pas que les mesures politiques ne sont pas des
solutions mais le problème en lui-même, il faut sans cesse redécouvrir des raisons à la résistance têtue des faits, trouver des aliénations plus profondes ou des comploteurs (internes et externes) invisibles pour expliquer le report constant de la venue de la cité idyllique et de l'homme nouveau, que le communisme (en passant par le stade transitoire du capitalisme d'État) devait apporter.
Il en est de même pour expliquer la si bonne santé d'un capitalisme
qui était voué à l'« effondrement », chaque décennie fournissant son
lot de prophètes de l'apocalypse et d'analystes expliquant le pourquoi
de l'ajournement de celle-ci, inlassablement démentis, toujours
réapparaissants.
La « révolution permanente », l'« autocritique »
(le plus souvent, en fait, critique des adversaires) et les méandres
des trouvailles idéologiques (y compris pour sauver Marx de flagrantes
erreurs de prédiction), sont surtout une fuite en avant refusant de
tirer les leçons des échecs,
créant un monde caligulesque où la délimitation de ce qui relève de
l'orthodoxie marxiste et du révisionnisme (accusations de « petite-bourgeoisie », de « droitisme » ou au contraire de « gauchisme » ultra-révolutionnaire) est « un enjeu de pouvoir » (pour paraphraser Pierre Bourdieu) faisant de la politique plus qu'un bavardage sans point final, une question de survie.
D’un point de vue épistémologique, contrairement à l’analogie
avec le code source informatique opérant, bien que les marxistes voient
dans les écrits de Marx les bases d'une « science », ils n'en présentent
toutefois pas les traits.
Non-falsifiable (cf. Popper),
une lecture marxiste peut toujours être plausible, au même titre que
l'interprétation d'un rêve ne pourra jamais être réfutée.
De plus, les thèses marxiennes puis marxistes ne sont pas tout à
fait cumulatives et ne « progressent » souvent que par adjonction
adjuvante d'autres théories (darwinisme, kantisme, nietzschéïsme,
freudisme, analyse systémique, etc.). Chaque nouveau courant de la
pensée marxiste, plutôt que de résulter d'une correction d'un paradigme
par un autre plus adéquat, ou du moins d'un affinage au sein du
paradigme, relève dans le marxisme occidental d'effets de modes
tâtonnant à droite et à gauche, quand les théorisations soviétiques
furent, à l'instar du machiavélisme, des simples stratégies politiques
aux fins de prendre ou garder le pouvoir, purges et excommunications y
remplaçant la nouveauté artificielle des chaires universitaires, ces
innombrables revirements ou éparpillements, ne militant jamais pour la
crédibilité de la postérité des idées de Marx.
D’un point de vue philosophique, bien que Marx ait voulu rompre avec l'idéalisme hégélien
et dépasser la philosophie en la réalisant, bien qu'un Marx de la
maturité (ou scientifique) ait voulu succéder à un jeune Marx manipulant
des concepts flous encore emprunts de catégorisations vaporeuses
(« aliénation », « homme vrai »), sa théorie reste toujours
non-falsifiable. Qu'il faille imputer ceci à un indécrottable
hégélianisme ou à une sorte de penchant allemand pour le verbiage[1],
toujours est-il que la pensée marxienne n'a pas plus réussi à se
détacher de l'utopisme des premiers socialistes que de la sensiblerie,
laissant la porte ouverte aux exégèses les plus contradictoires.
En Europe de l'Ouest, les marxistes des années 1960 se voulant
une pensée féconde, flexible et créatrice, ont développé des idées
foisonnantes partant dans tous les sens, multipliant les pistes en
association avec d'autres théories non-réfutables (freudisme,
nietzschéisme, phénoménologie, existentialisme) ou d'autres thèmes (art,
religion, culture).
Il en résulte qu'elles deviennent des poétiques, prolixité creuse
frayant des chemins qu'elles abandonnent en cours avant de foncer dans
le mur, pratiquant une sorte de stratégie de la rupture ou du contrepied
qui permet de quitter le navire avant qu'il ne coule et de ne pas payer
les dettes des écrits précédents, qui équivaut à la fuite en avant
politique. Mouvants, s'amendant sans cesse, les strates de discours
s'amoncellent, se contredisent, parlent des langues hétérogènes,
associent le bruit à la fureur, tout en se refusant d’abandonner la
matrice originelle qui les y a conduit.
Le marxisme comme mystification idéologique
Le stalinisme et les Partis communistes nationaux fonctionnent comme
l’Église catholique, à coup de dogme et de bulles que les « idiots
utiles » (le mot est de Lénine) relayent. La phraséologie humaniste et
holiste en fait une véritable mystique laïque.
« Sous un certain aspect important, le marxisme est
une religion. A ses fidèles il offre, en premier lieu, un système des
fins dernières qui donnent un sens à la vie et qui constituent des
étalons de référence absolus pour apprécier les événements et les
actions ; de plus, en second lieu, le marxisme fournit pour atteindre
ces fins un guide qui implique un plan de salut et la révélation du mal
dont doit être délivrée l'humanité ou une section élue de l'humanité.
Nous pouvons préciser davantage : le socialisme marxiste appartient au
groupe des religions qui promettent le paradis sur la terre. »
— Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie
« Cette restauration [d'un intégrisme marxiste
après la déstalinisation] est l'œuvre d'un philosophe et d'un
théologien, non d'un économiste ou d'un sociologue. (...) En tant que
membre de parti, Althusser doit, comme plusieurs générations de
marxistes avant lui, prêter à Marx, en usant de citations bien choisies,
ce qu'il veut dire lui-même. La méthode, celle des théologiens,
consiste à choisir les textes tout en poussant l'audace jusqu'à
reconnaître que Marx n'a pas pleinement compris lui-même sa pensée
authentique, la portée de la révolution scientifique qu'il a inaugurée. »
— Raymond Aron, « La lecture pseudo-structuraliste de Marx » (1967), I, dans Marxismes imaginaires.
Sur le fond, la parole de Marx est présentée régulièrement comme incritiquable. Ainsi de Sartre, cité par Raymond Aron : « Sartre décrétait dans la Critique de la raison dialectique la vérité du Capital, il la déclarait à ce point translucide que tout commentaire en affaiblirait l'évidence ou la pureté »[2]
Socle identitaire
Malgré tout, sans tomber dans une recherche essentialiste de toute
façon impossible dans le cas du marxisme, il faut bien tenter de dégager
un noyau doctrinal, un socle identitaire commun qui unifie dans leur
diversité les différents marxismes :
- « Fétichisme de la marchandise », « aliénation », « réification ». Du « fétichisme de la marchandise » (dans Le Capital)
à Baudrillard, le capitalisme, censé déposséder les hommes de leur
humanité, du ‘’sens’’ de la vie, des vraies valeurs, transformant le
monde en « spectacle » (Debord), il s’agit de retrouver, avec des
réminiscences involontaires très aristocrates et jansénistes, la
profondeur et la grandeur de ce que la pensée vulgairement matérialiste
du bourgeois dégrade. Le thème est passé dans le fond des clichés
communs. Outre la difficulté proprement philosophique de ce dualisme
ontologique des valeurs (l' « homme vrai », la conscience capable de se
désaliéner, l' « homo faber » s'élevant au-dessus de l' « animal
laborans » - Hannah Arendt), il en résulte une considération parfois
méprisante de la masse dans le droit fil du mépris des
philosophes pour les vulgaires, les insensés. D’où cette tension entre
un aristocratisme prononcé (celui d'un W. Benjamin, par exemple) et
cette glorification de la masse quand elle prend le visage de l'idée de
peuple ou de prolétaires, par les théoriciens soviétiques et les Partis
communistes.
- « Liberté réelle »,
« division du travail » : Au-delà de l’impensé moral ou sensible dont
relève le militantisme de Marx (pourquoi en tant que fils de bourgeois
n’a-t-il pas fait sienne l’idéologie de sa classe ?), au-delà de sa
prétention à la « neutralité axiologique » scientifique (cf. Pierre Bourdieu,
à qui la même question de la neutralité peut être posée) l'égoïsme,
l'exploitation et la domination capitalistes doivent être combattus car
le communisme émancipera les opprimés en instaurant une solidarité
fraternelle (« à chacun selon ses besoins »). Or, en tant que
différenciation avec le reste de la communauté (la Gemeinschaft
de Tönnies) l'émancipation politique, religieuse ou tout communautarisme
est rejeté car procédant de l’idéologie « petite-bourgeoise ». Dans Sur la question juive
par exemple, l’émancipation des juifs est condamnée car en désirant se
libérer de l'État tutélaire chrétien, ceux-ci en oublient que la
véritable émancipation est celle, universelle, de l’être « humain » en
général, opposé à la réification de la raison instrumentale, la « Loi et
les prophètes » du capitalisme. Cependant la figure du juif, lu d'après
le prisme de Lévinas comme opprimé total, devient la figure-symbole de
la libération chez un Dussel, par exemple. De même, l’aspiration à un
certain libéralisme politique
est accompagné quand il est lu sous le prisme de la « lutte des
classes » ou quand il est stratégiquement intéressant (cf. la question
nationale), mais combattu quand on en aperçoit la caractère
contradictoire avec le collectivisme
unitaire de la pensée marxiste. Si Marx oppose, à raison quand il
oppose le catholicisme social à sa pratique d’exploiteurs , la même
contradiction entre cette liberté
programmatique, pourtant voulue comme « réelle », et celle purement
nominale dont jouiront les peuples des démocraties populaires, se
retrouve lors du passage des mots aux choses.
- Critique de l’idéologie : si la vérité n'est jamais que la vérité du groupe dominant qui a la parole (polylogisme),
si la vérité d'un jour est perçu comme l'erreur du lendemain, la raison
n'est jamais qu'une illusion politique au service de la bourgeoisie,
l'organe de légitimation du système répressif, et le fou, le marginal,
le déviant, brefs toutes les minorités « opprimées » deviennent des
révolutionnaires en puissance, des contestataires éclairés de l’ordre
bourgeois établi, Descartes et tout rationalisme, les instruments involontaires (pensée holiste : structuraliste ou fonctionnaliste) de la bourgeoisie, jusqu'à ce que la raison instrumentale (École de Frankfurt), le practico-inerte (Sartre) soit le vecteur du fascisme... (cf. Foucault, Blanchot, Deleuze et Guattari - à noter que les francfortiens s'en prendront au stalinisme lui-même...). Le gouffre du nihilisme, après avoir emporté la logique agonistique des national-socialistes, n'est pas loin d'emporter les marxo-schopenheuriens ou marxo-kierkaargediens...
- « Homme réel » : si l'homme est un être nécessairement social, il
doit être politique. Si un homme n'est pas une île, alors l'individu
n'est rien (holisme,
substantivation des groupes dans le stalinisme), et la production doit
être collective, donc la consommation, donc la prise de décision qui
précède toute action. Les marxistes n'ont cependant jamais réglés la
question de la méthode: révolution(s) internationale ou nationales (les
classes sont-elles transnationales, existe-t-il un droit à la
reconnaissance de différences identitaires, culturelles ?),
« centralisme démocratique » ou autogestion ?, démocratie de façade
(démocraties populaires) en vrai despotisme
éclairé pour garder une et indivisible la communauté ou pluralisme au
risque de la division ? La scission anarchisme romantique / despotisme
centralisateur reste une pierre d’achoppement permanente chez les
marxistes.
La marxisation des esprits
Durant toute la deuxième moitié du XXe siècle on peut noter une très forte marxisation des esprits dans les universités continentales.
Philosophie et sociologie
Considéré avec Freud et Nietzsche comme un des trois « maîtres du
soupçon », Marx a ouvert la porte à de nombreuses modes philosophiques
sapant les fondements de la raison traditionnelle « bourgeoise »,
jusqu'à la bouillie destructurée du post-modernisme (Lyotard, Derrida).
La pensée de Marx, de part son style, s'est vue associée à la
phénoménologie, à l'existentialisme (années 50) représenté par Jean-Paul
Sartre (qui fut un « compagnon de route » du PC, et voyait dans le
marxisme « l'horizon indépassable de [son] temps »), à Nietzsche
(notamment avec Michel Foucault),
à Freud dans le freudo-marxisme de Erich Fromm] ou Herbert Marcuse ;
son holisme en faisait un précurseur du structuralisme (années 1960).
La réception de la pensée de Marx dans la sociologie française a été notamment abordée selon trois points de vue et/ou postures :
- diachronique (Daniel Lindenberg], Le marxisme introuvable (1978)) ;
- généalogique (Jacques Donzelot], L'invention du social (1984)) ;
- synchronique (Pierre Ansart], Les sociologies contemporaines (1990))
Économie
Alors que dès les années 1920, l'impossibilité du socialisme et du marxisme était connue, celui-ci a largement impacté la science économique
- De nombreux « économistes » marxistes ou marxistant ont tenté de
proposer des modèles économiques rendant le marxisme réalisable, comme
le socialisme de marché d'Oskar Lange. Ces tentatives furent discréditées par Friedrich Hayek
- D'un certain point de vue, s'il se disait lui-même « libéral » (au sens états-unien), Keynes
est assimilable à un économiste marxisant, partageant plusieurs traits
communs avec les économistes marxistes, que les keynésiens de gauche
exploiteront: analyse macro-économique analysant des comportements de groupes, critique de la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say, interventionnisme étatique (mais servant à sauver le capitalisme, non à l'abolir), analyses sur la plus-value parallèles à celle de Marx, réhabilitation de la valeur-travail par Piero Sraffa.
- L'économiste marxiste Rudolf Hilferding, dans Das Finanzcapital
(Le capital financier), 1910 : pour lui, on avait affaire à l'avènement
d'une nouvelle phase du développement capitaliste caractérisée par le
contrôle du capital industriel par le capital bancaire. Hilferding
voyait dans l'avènement du capital financier une étape vers la
socialisation de la production, et dans l'expropriation de ce capital
par l'État un passage au socialisme, d'où l'importance du contrôle des
capitaux financiers par les états.
Histoire du marxisme
Courants intellectuels pluridisciplinaires
- le Marxisme analytique : Jon Elster, Philippe van Parijs
formulent une tentative d'appréhender la pensée de Marx à partir de la
philosophie analytique, qui a connue son apogée au milieu des années
1980 mais a été abandonnée au début des années 1990. On en retiendra que
tout en voulant incarner un "Non-Bullshit Marxism", Cohen avait validé,
dans un livre datant de 1978, les principaux concepts économiques de Marx, avant que Jon Elster, dans Making Sens of Marx en 1985, se basant sur l'individualisme méthodologique ne puisse que rejeter la pensée marxienne à cause de son hégélianisme, son holisme et son fonctionnalisme.
- l'Internationale situationniste : Guy Debord, Raoul Vaneigem
élaborent une organisation révolutionnaire désireuse d'en finir avec la
société de classes en tant que système oppressif et de combattre le
système idéologique de la civilisation occidentale : la domination
capitaliste. L'IS était, au niveau des idées développées, issue de
différents mouvements révolutionnaires apparus depuis le XIXe siècle,
notamment de la pensée marxiste d'Anton Pannekoek, de Rosa Luxemburg[3],
de Georg Lukacs ainsi que du communisme de conseil, et pouvait être
apparentée à un groupe d'ultra-gauche, tout en étant également
l'expression de la volonté de dépassement des tentatives
révolutionnaires des avant-gardes artistiques de la première moitié du
XXe siècle, le dadaïsme, le surréalisme et, dans une moindre mesure, le lettrisme.
- « Socialisme ou barbarie » : Cornelius Castoriadis, Claude Lefort
animent un groupe d'extrême-gauche, tirant son nom d'une formule de Rosa
Luxemburg, et qui a édité une revue du même nom de 1949 à 1965,
où il combattait le stalinisme sous toutes ses formes, et développait
un marxisme anti-dogmatique. Il considérait le système de l'URSS et de
tous les pays dits « socialistes » comme un Capitalisme d'État
« trompeusement intitulé "socialiste", où les dirigeants de l’État et
de l’économie prennent la place des patrons privés cependant que la
situation réelle du travailleur reste inchangée ». Debord en a été
membre en 1960-61.
- l'École de Francfort : (1ère génération: Théodore Adorno, Walter Benjamin, Max Horckheimer - 2ème: Jürgen Habermas. De 1925 à 1933,
leur projet est de faire l'analyse critique des sciences sociales dans
une perspective néo-marxiste, puis ils se penchent sur l'apparition de
la culture de masse dans les sociétés modernes. Ils serviront de modèles
aux critiques de la société de consommation des années 1960 : Guy
Debord, Jean Baudrillard.
Science
De 1930 à 1963,
Lyssenko, technicien agricole, réussit à imposer en Union Soviétique
(donc dans les Partis Communistes occidentaux), une théorie
non-scientifique rejetant le principe des gènes et amplifiant
grossièrement la ligne de la thèse de Lamarck sur la transmission des
caractères acquis en l'accordant avec l'idéologie
marxiste basée sur le concept de la malléabilité de la nature humaine.
Pendant la guerre froide, le lyssenkisme, massivement appuyée par
l'appareil des partis communistes locaux, connut également ses heures de
gloire en Occident. À la fin des années 40, on voit apparaître la
fameuse théorie des deux sciences : « La science bourgeoise, fausse par
essence, et la science prolétarienne, vraie par définition ». C'est à
cette époque de terrorisme
intellectuel que le PCF s'en prend, entre autres, au « trotskyste
Jacques Monod ». Selon le PC, la théorie de Mendel est raciste et la
génétique mène au nazisme.
« Nous ne saurions traiter ces aberrations, si
incroyables qu'elles paraissent, comme de simples accidents, des
sous-produits du système qui n'auraient rien à voir avec le caractère
essentiel du totalitarisme.
(...) Elles dérivent du même désir de voir diriger chaque chose par
« une conception d'ensemble du tout ». Il s'agit toujours de l'idée
générale selon laquelle les connaissances et les croyances des hommes
doivent servir d'instrument pour la réalisation d'un but unique. Du
moment que la science
doit servir non pas la vérité, mais les intérêts d'une classe, d'une
communauté, d'un État, la seule tâche qui incombe aux démonstrations et
aux discussions est de soutenir et de répandre les croyances qui
dirigent toute la vie de la communauté. »
— Friedrich Hayek, La Route de la servitude, chap. XI
Art
Marx et Engels n'ont pas laissé d'esthétique. Très vite, alors que
l'image du génie incompris, solitaire et révolutionnaire dans l'âme est
abandonnée aux anarchistes libertaires, Lénine, voulant rompre avec la
futilité bourgeoise de « l'art pour l'art », transforme les artistes
libres en ingénieur-soldats du beau, et transforme l'art en un simple
instrument de propagande. Ou une militarisation de cet art social
qui avait préexisté comme cri compassionnel chez Hugo, Courbet, Dickens
ou Zola. Le réalisme socialiste (ou réalisme socialiste soviétique des
russes aura son pendant en Chine, où les artistes sont contrôlés,
réprimés, censurés et parfois condamnés, au gré des revirements
idéologiques, pour des crimes que les pères du peuple leur
avaient commandé hier. Antonio Gramsci sera le grand théoricien de la
propagande diffuse mais permanente et Bertolt Brecht engagera
volontairement ses pièces quand de nombreux marxistes n'imagineront plus
la possibilité, ni morale ni même humaine (cf. Pierre Bourdieu) d'un art non-engagé.
Sans aller jusqu'au marxisme folklorique que constitue le cheguevarisme adolescent ou l'Ostalgie allemande, dont l'image est beaucoup plus proche de l'anarchisme libertaire
et du socialisme utopique que d’un véritable militantisme marxiste, et
dont on peut se demander s’il constitue une banalisation dangereuse de
l'oppression ainsi lénifiée ou l’ironique récupération, par la
toute-puissante société de consommation, de leur image, la question est posée de savoir si certaines pratiques artistiques révolutionnaires
comme le dadaïsme, le surréalisme et, dans une moindre mesure, le
lettrisme, que leur auteurs voulaient marxistes n'ont pas, en essayant
de s'affranchir de l'art militant, été dans la continuité de « l'art
bourgeois », pourtant honni, reconnaissant de fait que, tout comme la
centralisation économique conduit à la famine, la gestion étatique
(subventions, commandes, entretien des artistes) de l'art mène à la propagande, au clientélisme ou à la sclérose.
Le marxisme en tant que praxis
Les racines idéologiques des régimes marxisants
Si, à proprement parler le marxisme ne peut être antérieur aux écrits
de Marx, il faut remarquer que les incarnations pratiques des idées
marxiennes sont des avatars modernes de régimes déjà éprouvés dans
l'Histoire: l'organisation militariste héritée de Lénine dans la Sparte
de Lycurgue (dont Platon était un admirateur) ou la France
robespierriste, la centralisation dans le constructivisme
de Saint-Simon ou d'Auguste Comte, alors que les marxistes dissidents
(anarchisants) n'ont pas totalement rompus avec les « socialistes
utopiques » que fustigait Marx (More, Fourier, Campanella, Owen).[4]
Les Internationales
La Ière Internationale est à ses débuts divisée entre marxistes et anarchistes (Élisée Reclus, Mikhail Bakounine). Pour cette raison, elle explose en 1872 (pour cause d'exclusion des anarchistes avec l'accord de Karl Marx).
Par la suite, seuls les anarcho-syndicalistes continueront à se
réclamer de la Ière Internationale. Parmi les autres figures de l'anarchisme on peut citer Pierre-Joseph Proudhon et P.A. Kropotkin.
L'Internationale ouvrière fut fondée, à l'initiative notamment de
Friedrich Engels, par les partis socialistes d'Europe lors du Congrès
de Paris en juillet 1889 ; elle est aussi connue sous le nom de IIe Internationale, ou Internationale socialiste. Elle milite jusqu'au début du XXe
siècle sur les bases du marxisme, mais certains courants se développent
à sa droite, prêchant l'abandon du principe révolutionnaire et
recommandant de privilégier le parlementarisme (réformisme). Au cours du
XXe siècle, les différents partis socialistes reconstituant la IIe Internationale ont progressivement évolué vers des positions sociales-démocrates, passant de la lutte contre le capitalisme à sa gestion. (Eduard Bernstein, Karl Kautsky)
L'Internationale communiste (Komintern d'après l’abréviation en
russe) ou IIIe Internationale, regroupe l'ensemble des partis
communistes et était dirigée par le Parti communiste d'Union soviétique
avant l'implosion de l'URSS. Un tournant autoritaire apparaît en 1921
avec l'exclusion de nombreux militants de la gauche de l'Internationale
(Anton Pannekoek, Herman Gorter…). Après avoir lui aussi été exclu du
Parti communiste d'Union soviétique par Staline, Léon Trotsky fonde en 1938 la IVe Internationale.
On notera aussi, dans la série des excommunions mutuelles, à partir des années 60, la rupture sino-soviétique, Mao Zedong et la République populaire de Chine se revendiquant de Staline.
Courants politiques marxistes
Il en existe trois grands types: révisionnistes socio-démocrates (jusqu'en 1950), autoritaire et démocratique.
Initialement, la social-démocratie est une appellation du mouvement
socialiste international, et en particulier de la IIe Internationale. Il
s'agit donc à la base d'un mouvement marxiste. Mais une différenciation
s'effectue entre ceux qui acceptent de participer à la guerre 1ère
Guerre Mondiale (les socio-démocrates, « social-chauvins »), et ceux qui
s'y refusent (les communistes). Le clivage va aller en s'intensifiant,
le réformisme des uns (comme Eduard Bernstein, puis Karl Kautsky dès 1917),
prônant la participation avec les gouvernements bourgeois et
l'abolition progressive du capitalisme sans rupture violente et au nom
du réalisme, s'opposant aux méthodes révolutionnaires, ainsi qu'à la
dictature du prolétariat. Dans les années 50, la social-démocratie
abandonnera toute référence explicite au marxisme, bien que sous de
nombreux aspects, elle en reste l'héritière.
Courants autoritaires
Les courants marxistes autoritaires sont les seuls à avoir été au
pouvoir, les courants démocratiques n'ayant jamais séduit l'électorat.
- Le Marxisme-Léninisme est la pensée héritée de Lénine et l'adaptation et l'interprétation que celui-ci a fait des concepts de Karl Marx, voire la position que Lénine aurait pu prendre s'il avait été confronté à des situations postérieures à sa mort, sur la base d'une exégèse de sa pensée. L'apport essentiel de Lénine est l'idée que le prolétariat ne sait pas ce qui est bon pour lui et que seul le parti peut le guider vers son émancipation.
- Le Stalinisme:
Si c'est essentiellement une pratique (appliquée dans les États du bloc
communiste sous l'ère de Staline, il a néanmoins une composante
idéologique, puisée du léninisme, caractérisée par : un État fort dirigé
dictatorialement par le premier secrétaire du Parti, l'Infaillibilité
du Chef et le culte de la personnalité de celui-ci, la théorie du
« socialisme dans un seul pays », une exaltation du travail allant
jusqu'au fanatisme culminant dans la doctrine du stakhanovisme.
- Le Maoïsme : Idéologie développée en Chine depuis la victoire du Parti communiste chinois en 1949, par son leader, Mao Zedong.
Fondé en théorie sur les écrits des « pères » du communisme (Marx et
Engels), héritier chinoise du stalinisme, le maoïsme présente cependant
certaines caractéristiques qui le relient à la pensée, à la culture et à
l'histoire de la Chine. Après les révélations sur les crimes du
stalinisme, l'idéologie maoïste a été parfois considérée comme un
recours par certains intellectuels de gauche en Occident
et dans des pays du Tiers-Monde. Après les références maoïstes des
soixante-huitards, aujourd'hui encore, et notablement au Népal, des
guérillas armées s'en réclament.
- Le Castrisme : Pratique gouvernementale développée par Fidel Castro et Che Guevara, qui n'apporte pas vraiment de théorisation nouvelle, sinon une systématisation des nationalisations, alimentée par la xénophobie et la lutte anti-impérialiste (notamment contre les USA),
les étrangers étant accusés de piller le pays et de déposséder les
autochtones de richesses qui leur reviennent. On y retrouve la même
« organisation de l'enthousiasme » (Élie Halévy) que dans les totalitarismes, reposant sur une mise-en-scène du chef et un paternalisme séducteur. Hugo Chávez puis Nicolas Maduro (Venezuela) et Evo Morales (Bolivie) (ce dernier insistant sur la thématique ethnique) s'en réclament aujourd'hui encore.
Courants démocratiques
- Le Communisme de conseil : Anton Pannekoek, Karl Korsch,
Maximilien Rubel, Cornelius Castoriadis et Claude Lefort (animateurs de
« Socialisme ou Barbarie »), Guy Debord et Raoul Vaneigem de
l'Internationale Situationniste. Courant marxiste antiléniniste, il se
réclame des conseils ouvriers (ou « soviets »), tels qu'ils existèrent
en Allemagne en novembre et décembre 1918. Ces assemblées réunissant l'ensemble des prolétaires, doivent diriger la révolution
(et non le seul Parti comme le voulait Lénine) sous une forme de
démocratie directe. Les « conseillistes » rejettent les syndicats,
considérés comme des structures réformistes, refusent de participer aux
élections ou de soutenir les luttes de « libération nationale », et
s'opposent parfois à l'antifascisme qui, en oubliant la lutte des classes, ferait de fait une sorte d'alliance avec la bourgeoisie.
- Le Luxembourgisme : Rosa Luxembourg. Ce courant issu du mouvement
ouvrier allemand, marxiste et révolutionnaire, s'est caractérisé par son
refus total de la guerre en 1914,
sa défense de la politique communiste, son attachement à la démocratie
ouvrière (notamment contre la vision « militarisée » du parti selon
Lénine). Ce courant défend notamment la conception de Karl Marx disant
que « l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs
eux-mêmes ».
- Le Marxisme libertaire
- Le Marxisme autonome : Cette appellation désigne un certain nombre
de courants marxistes, d'origines différentes mais dont les conclusions
convergent et mettent l'accent sur le mouvement autonome de la classe
ouvrière: « Socialisme ou barbarie » (France), Opéraïsme (Italie),
courant marxiste-humaniste (USA), Communisme-ouvrier (Iran et Irak, dès 1978).
Le marxisme dans les faits
La théorie de Karl Marx a servi de base à l’exercice d’une domination par des dictatures à l'économie planifiée déclarant viser l’instauration du communisme. Dans l'histoire du XXe siècle, le marxisme s'est installé dans de nombreuses régions du monde dont l'URSS (1922 - 1991), le Bloc de l'Est (1945 - 1989), la Corée du Nord (depuis 1946), la Chine (depuis 1949 malgré une évolution vers un socialisme de marché), Cuba (depuis 1959 malgré un abandon de facto du marxisme), le Chili sous la présidence de Salvador Allende (1970 - 1973), etc.
- La République socialiste du Viêt Nam (1973- ?) :
sur 20 000 français et viêtnamiens capturés lors de l'offensive de Dien
Bien Phu, 9 000 miraculés survivront aux traitements inhumains des
communistes vietminh. La répression du régime d'Ho Chi Minh n'épargnera
ni les paysans (50 00 seront exécutés lors de la réforme agraire de
1954) ni les religieux systématiquement persécutés. Après la victoire
communiste en 1975
contre les américains, 500 000 cadres et fonctionnaires sud-viêtnamiens
sont envoyés dans des camps dont beaucoup ne reviendront pas.
- Le Cambodge des Khmers rouges, (1975 - 1979) :
Le régime maoïste de Pol Pot a abouti à un génocide cauchemardesque.
Déportation entière de la population de Phnom Penh, réduction en esclavage
des citadins, épuration impitoyable des éléments pro-vietnamiens et
royalistes, massacre des cambodgiens jugés réfractaires au régime.
Durant cinq ans, 2 millions de personnes sont exécutées, soit près d'un
quart de la population khmère.
- La République populaire démocratique du Laos :
Régime de parti unique, il a provoqué l'exil d'environ 300 000
personnes, soit 10% de la population, opprime l'ethnie Hmong, et est un
pays les plus pauvre du monde à cause de son modèle économique fermé et
passéiste.
- La République bolivarienne du Venezuela, sous la présidence d'Hugo Chávez puis de Nicolas Maduro (1998-?)
- La République de Bolivie, sous la présidence d'Evo Morales (2006 - 2020)
- Afrique
Les régimes marxistes étaient-ils fidèles à Marx ?
Des siècles (La Boétie) et des décennies (cf. Herbert Spencer, Maurice Bourguin, Ludwig von Mises, Friedrich Hayek) avant la « découverte » du caractère nécessairement militariste, tyrannique et totalitaire des régimes collectivistes,
ainsi que la totale inefficacité économique de leur centralisation de
l'information et du pouvoir (mais toujours bien moins stérile que la
démocratie directe des conseillistes, qui n'ont jamais réussi qu'à se
diviser), contrastant avec la terrible efficacité de la répression
politico-policière, les libéraux et tous les hommes de bon sens,
mettaient en garde les hommes de bonne volonté. Et ce d'autant plus que
toutes les horreurs du XXe siècle étaient
contenus dans les textes du père fondateur de la nébuleuse mortifère, la
brutale réalité cotoyant l'enchantement des formules pieuses. (cf. les mesures à prendre d'après le Manifeste du Parti communiste).
Après la Chute
Après la déroute spectaculaire du modèle soviétique, et la gangrène
prononcée du deuxième phare de la politique mondiale se soignant de
l'horreur maoïste grâce à de fortes de doses de libéralisation
économique, les marxistes ont le choix entre:
- refuser l'héritage, apostasier et essayer de s'allier à la
social-démocratie (qui elle-même essaye de se raccrocher au
libéralisme). Peu le font.
- pratiquer la fuite, y croire encore en opérant une dissociation terminologique entre « capitalisme d'État » et communisme,
expliquant que nous avons connu l'un et pas l'autre, encore à venir,
toujours à venir, mais comment ? Les voies du communisme sont
impénétrables même après la lecture matérial-historique de Marx, et que
là où Lénine, Staline, Castro et autres n'ont pas réussi de nouveaux
réussiront... L'alter-mondialisme inconséquent et déjà déchiré, est-il
le nouveau phare marxiste du XXIe siècle, ou une nième comète qui ne
saura que s'écraser dans le vide ?
- dénigrer le libéralisme, boite de Pandore de tous les penseurs en
mal de raisonnement (Vivianne Forrester), et ne se proposer que comme
posture morale bien incapable de donner un programme réaliste, trouver
des excuses géopolitiques (évidemment la Suisse, Andorre, le Luxembourg,
etc. avaient bien plus d'atouts que l'URSS, le bloc de l'Est et la
Chine !), imputer ceci au stade de développement (armée d'une si bonne
théorie, ne fallait-il pas attendre, alors ? Choisir un autre pays ?
Laisser le capitalisme s'effondrer ?), dénoncer des complots (bien sûr
le KGB n'a jamais existé face à la CIA, l'instrumentation des petits
pays n'a été le fait que d'un seul bloc, et dans la lutte que se sont
livrés l'URSS et les USA, il n'y a rien à tirer de la chute de l'un et
de la survie tel quel de l'autre...)
Terrorisme et activités révolutionnaires
La violence et le mépris de la vie individuelle sacrifiée sur l'autel
de la Cause, se manifeste encore dans l'activité des organisations
terroristes d'inspiration socialistes qui sévissent:
Durant ce qu'on a appelé les « années de plomb », de nombreux
groupuscules ont repris l'idéologie de la « propagande par le fait »
prônée par certains militants anarchistes de gauche, lors des deux
dernières décennies du XXe siècle: Action Directe en France,
la Fraction Armée Rouge ou (« bande à Baader ») en RFA, les Brigades
Rouges en Italie, Devrimci Sol en Turquie, 17-Novembre en Grèce, les
Cellules communistes combattantes en Belgique, Euskadi ta askatazuna
(ETA) au Pays Basque.
Aujourd’hui, des partis trotskistes comme la LCR / NPA ou Lutte Ouvrière
n’hésitent pas à prôner une coercition despotique (interdiction de
licencier, par exemple) pouvant aller jusqu’à la violence armée en cas
de besoin.
- en Amérique du Sud: les FARC en Colombie (1964-?).
- en Asie: Sekigunha au Japon (faction armée rouge japonaise).
Erreur antilibérale : « le libéralisme a été la matrice du marxisme »
Le marxisme est parfois présenté comme héritier du libéralisme. Karl Marx
a effectivement tiré certains concepts et certaines analyses des
libéraux classiques pour les intégrer dans son système néo-hégélien. Il
admirait Adam Smith et David Ricardo, mais s'est également discrètement inspiré des libéraux français de la Restauration comme Charles Dunoyer, Charles Comte et Augustin Thierry. Il existe chez Marx certains textes où il fait l'éloge du capitalisme,
comme moteur de la transition historique entre l'État féodal et l'État
socialiste. Marx reconnaît que le capitalisme a permis l'émergence du prolétariat. Le concept de lutte des classes est également d'origine libérale, mais Marx lui donne une signification nouvelle, clairement anticapitaliste. En revanche, la haine des Droits de l’Homme et du libéralisme politique est une constante dans son œuvre.
En fait l'équivalence libéralisme-marxisme est une vieille thématique nationale-socialiste,
qui voyait dans l'internationalisme l'essence du marxisme, les aspects
économiques passant au second plan. Or pour les nationalistes
hitlériens, cet internationalisme était un élément commun entre le
marxisme et le capitalisme libéral.
C'est pourquoi ils ont développé toute une propagande autour de cette
ligne, selon laquelle il existait dans « la guerre des races » à venir,
une alliance objective entre les marxistes et les libéraux, tous au
service du grand capital juif, de la finance
internationale, bref, des nouveaux maîtres du monde. Cette thématique
du « libéralisme comme matrice du marxisme » peut aujourd'hui sembler
étonnante, mais ce discours à l'époque a séduit de nombreux marxistes,
ralliés au mouvement national-socialiste, persuadés que les bolchéviques
étaient complices des juifs et du capitalisme.
D'autre part, dans cette idéologie, le marxisme portait en lui les germes de la démocratie, c'est-à-dire de la destruction de l'ordre, du commandement et de la hiérarchie militaires.
Pour les théoriciens du NSDAP, que ce soit sur son aile gauche (Strasser) ou sur son aile droite (Rosenberg), le socialisme
devait être expurgé de sa gangue marxiste, internationaliste et
libérale, pour fabriquer le vrai socialisme, purement national et
racial.
Quelques citations révélatrices :
« Je recommençai à étudier ; j'arrivai à comprendre le contenu et l'intention du travail de (...) Karl Marx. Son Capital
me devint maintenant parfaitement compréhensible, comme la lutte de la
social-démocratie contre l'économie nationale, lutte qui devait préparer
le terrain pour la domination du capital véritablement international et
juif de la finance et de la bourse. »
— Adolf Hitler, Mein Kampf
« L'internationalisation de la fortune allemande avait
été déjà mise en train par le détour de l'usage des actions. A vrai
dire, une partie de l'industrie allemande essayait encore, avec un
esprit de décision, de se protéger contre cette destinée, mais elle
finit par succomber, victime de l'attaque combinée de ce système de
capitalisme envahisseur qui menait ce combat avec l'aide toute spéciale
de son associé le plus fidèle, le mouvement marxiste. »
— Adolf Hitler, Mein Kampf
« Les nationaux allemands faisaient courir le bruit
que nous n'étions au fond qu'une variété du marxisme, que nous n'étions
que des socialistes larvés. Car ces têtes dures n'ont pas compris
jusqu'à ce jour la différence entre le vrai socialisme et le marxisme »
— Adolf Hitler, Mein Kampf
« Nous prendrons à droite le nationalisme
sans le capitalisme auquel il est en général lié et à gauche le
socialisme sans l'internationalisme marxiste qui est un leurre (...) Le
national-socialisme devra être surtout un socialisme. »
— Otto Strasser, idéologue nazi
« Nous approuvons la lutte des peuples opprimés contre les usurpateurs et les exploiteurs, car notre idée du nationalisme
implique que le droit à l'épanouissement de l'identité des peuples que
nous réclamons pour nous-mêmes s'applique également aux autres peuples
et aux autres nations. Nous ignorons en effet la notion libérale des
"bienfaits de la civilisation". Le national-socialisme est surtout à nos
yeux l'antithèse du capitalisme international. Il entend instaurer le
socialisme dont l'idée fut trahie par le marxisme, édifier une économie
de type collectif gérée par la nation au profit de la nation, briser la
domination de l'argent sur le travail, qui empêche l'épanouissement de
l'âme d'un peuple et la constitution d'une véritable communauté
populaire. »
— Otto Strasser, Textes fondateurs du Front Noir
Citations
- « Les marxistes ont correctement décelé comment les lois
protègent la classe dominante, prédatrice, aujourd’hui celle des hommes
de l’État. Mais le matérialisme de Marx lui a caché l’enjeu au-delà de
la lutte des classes : les législations sont la manifestation du Mal
dans le monde. Suprême ruse diabolique, les législations
institutionnalisent le Mal en lui donnant l’apparence du Bien. » (Christian Michel[5])
- « La pensée de Marx est en grande partie dépassée parce que la situation actuelle n'est plus celle de l'Europe de son époque. Le capital potentiel n'est plus le privilège d'un petit nombre. Après la mort de Marx, l'Occident a enfin réussi à établir un cadre juridique ouvrant l'accès à la propriété
et aux moyens de production à la plupart des gens. Marx serait
probablement très étonné de voir que, dans les pays en voie de
développement, une grande partie des masses fourmillantes est formée non
de prolétaires opprimés légaux, mais de petits entrepreneurs opprimés
extralégaux possédant une quantité de biens appréciable. » (Hernando de Soto, Le Mystère du Capital)
- « La grande complexité du marxisme peut se résumer en une phrase : "on a raison de se révolter". » (Mao Tsé-Toung)
- « Cette théorie - fausse car incompatible avec la réalité humaine
- avait pris au XXe siècle un tel empire sur les esprits qu'elle était
devenue la référence obligée, le modèle absolu de l'idéologie.
Nous avons maintenant la preuve expérimentale de son incohérence, ce
qui devrait satisfaire ceux pour qui les instruments de la seule raison
ne sont pas suffisants. Mais dans leur désillusion et pour masquer leur
faillite intellectuelle, ils préfèrent proclamer la mort des idéologies, bien que dans le mot « idéologie » il y ait ce beau mot d'idée. » (Pascal Salin, Libéralisme, 2000)
- « Quant à l’influence du marxisme, elle provient elle-même pour
une bonne part de ce qu’il a donné une apparence savante et par suite
une légitimité à un schéma explicatif éternel : la théorie du complot
(conspiracy theory). Selon cette théorie, tous les maux qu’on peut
observer dans les sociétés seraient dus à un complot des puissants,
lesquels dissimuleraient leurs desseins égoïstes sous de nobles
intentions. » (Raymond Boudon, Pourquoi les intellectuels n'aiment pas le libéralisme, 2004)
- « Le marxisme, de façon unique parmi les philosophies politiques, s’est défini lui même comme une science.
Pour ses adhérents, ses propositions ne sont pas spéculatives mais
empiriques. En tant que bon hégélien, Marx voyait ses prévisions comme
faisant partie d’un processus historique inexorable. Et pourtant, elles
se sont toutes - toutes - révélées fausses. » (Daniel Hannan[6])
- « Tout en bannissant impitoyablement tous les systèmes idéalistes
et toutes les illusions, le marxisme, mis en pratique, a lui-même créé
de nouvelles chimères qui ne sont ni moins douteuses, ni moins
indémontrables que les anciennes. » (Sigmund Freud, Nouvelles conférences sur la psychanalyse, 1932)
- « L'exploitation marxiste, c'est l'exploitation de l'incompréhension du peuple en matière d'économie. » (Robert Nozick)
- « Le plus grand reproche que l'on puisse faire aujourd'hui au
marxisme c'est d'avoir, par ses erreurs, ses crimes et son effondrement
final, presque complètement discrédité une vision conflictuelle de
l'histoire sociale et une dénonciation des classes exploiteuses, qui
seraient pourtant plus pertinentes et plus urgentes que jamais. Cette
analyse de classe, cette dénonciation des exploiteurs appartiennent à la
tradition de la liberté naturelle. » (François Guillaumat)
- « L'harmonie sociale que voulait créer Karl Marx s'est traduite
par la mort de 61,9 millions d'individus. Comme tant d'autres
aujourd’hui, Marx pensait que le marché n'était que du gaspillage sous
prétexte que la production n'est pas planifiée rationnellement. Comme
l'explique Ludwig von Mises, le socialisme est par nature condamné à
l'échec. L'abolition de la propriété et du mécanisme de prix rend le
calcul économique impossible. » (Emmanuel Garessus, 27 novembre 2017)
- « Marx prophétise : premièrement, la misère croissante des
travailleurs ; deuxièmement, la “concentration” générale, avec la
disparition de la classe des artisans et des paysans ; troisièmement,
l’effondrement catastrophique du capitalisme. Rien de tout cela ne s’est
produit. » (Werner Sombart, Capitalisme moderne, 1902)
Notes et références
Voir
l'opposition actuelle entre philosophie continentale et philosophie
analytique, alimentée par la controverse des impostures intellectuelles,
comme on opposerait, très schématiquement, les « maîtres du soupçon »,
la poétique heideggérienne et le postmodernisme qui en est l'héritier, à
un esprit plus scientifique des Anglo-saxons.
Raymond Aron, « La lecture pseudo-structuraliste de Marx » (1967), I, dans Marxismes imaginaires
Rosa
Luxemburg était une économiste politique révolutionnaire. Elle a
présenté sa théorie de l'accumulation du capital, critiquant la société
capitaliste et prônant la révolution socialiste
Consulter à ce propos Nemo, 2002, Troisième partie: "les adversaires de la tradition démocratique et libérale. I. la gauche".
Doit-on obéissance aux lois de son pays ?
Voir aussi
Bibliographie
- 1955, Raymond Aron, L'Opium des intellectuels
- 1956, Raymond Aron, « Le fanatisme, la prudence et la foi » dans Marxismes imaginaires
- 1974, Alexandre Soljenitsyne, L'Archipel du Goulag
- 1982, Gérard Bensussan et Georges Labica, Dictionnaire critique du marxisme (abr. DCM), PUF/Quadrige, 3ème éd., 1999, ISBN 2130498728
- 1985, Luc Ferry et Alain Renaut, La pensée 68
- 1987, Leszek Kołakowski, Histoire du marxisme, 3 vol., Fayard
- Une fresque complète des courants marxistes, dont il
manque malheureusement le 3ème tome dans la traduction française.
(Volume 1 : Les fondateurs Marx, Engels et les prédécesseurs; Volume 2 : L'age d'or de Kautsky à Lénine)
- 1989, Alain Finkielkraut, La défaite de la pensée
- 1993, David L. Prychitko, "Marxism", In David R. Henderson,
dir., "The Fortune Encyclopedia of Economics: 141 Top Economists
Explain the Theories, Mechanics, and Institutions of Money, Trade, and
Markets", New York: Time-Warner Books, Inc., pp123-128
- 1997, Jaques Droz (dir.), Histoire générale du socialisme, 4 vol., PUF/Quadrige, ISBN 213048428X
- 2000, Collectif, Le Livre noir du communisme, Acheter sur Amazon
- 2001, Kostas Papaioannou, Marx et les marxistes, Gallimard/Tel, 2001
- Recueil de textes, que Raymond Aron jugeait "admirable".
Présentant, d'abord un tableau complet et nuancé de la pensée de Marx et
d'Engels, l'auteur montre ensuite comment cette pensée mutilée ou
déformée est devenue méconnaissable. Ecrit antimarxiste-léniniste,
fidèle à une inspiration de Marx.
- 2002,
- Philippe Nemo, Histoire des idées politiques aux Temps modernes et contemporains, Troisième partie, et not. chap. 6 et 7, ISBN 2130531636
- Très intéressant ouvrage contenant, outre une
présentation synthétique de nombreuses pensées politiques, des notes
très hayékiennes. Un livre qui devrait être présent dans la bibliothèque
de tout honnête homme.
- Stéphane Courtois (dir.), Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe
Liens externes
D) - Valeur-travail - Réfutation mathématique de théorie marxiste
La valeur-travail est la théorie économique selon laquelle la valeur des biens provient entièrement du travail employé ou incorporé. Du point de vue de la théorie valeur-travail,
la valeur échangeable est déterminée par des quantités de travail
nécessaires à la production. Cela implique, d'une certaine façon, que la
valeur des biens économiques repose exclusivement sur la quantité
relative de travail nécessaire.
La première formulation de la théorie de la valeur-travail se trouve chez Adam Smith. Adam Smith a attribué deux significations à la Valeur : une qui prend le nom de valeur en usage (ou utilité), l'autre, celle de valeur en échange. Pour Adam Smith le travail est la mesure réelle de la valeur échangeable de toute marchandise. Il affirme « Le
prix réel de chaque chose, ce que chaque chose coûte réellement à celui
qui veut se la procurer, c'est le travail et la peine qu'il doit
s'imposer pour l'obtenir. »
David Ricardo,
de la même manière, dans son exemple du joaillier laborieux, évoque
l'estime des consommateurs : il est payé deux fois plus par heure qu'un
travailleur ordinaire pour cette raison. Il se réfère donc aux "valeurs"
présentes dans la tête des consommateurs.
Marx
reprendra la même idée par sa notion de « travail socialement
nécessaire », c'est-à-dire une espèce de moyenne d'heures de travail
pour une tâche donnée, moyenne impliquée, à un moment donné dans le
temps et dans l'espace, par l'état de la technique, du savoir-faire, des
mœurs, des désirs, etc.
Un problème se pose néanmoins : les valeurs des marchandises ne
sont pas réglées uniquement par les quantités de travail incorporées,
mais aussi par la « longueur du temps qui doit s'écouler avant qu'elles
puissent être portées sur le marché »,
comme dit Ricardo. Ce qui signifie que la valeur d'une pièce de tissu
n'a pas la même composition que celle d'un avion supersonique.
Si Ricardo admettait que cette théorie était une approximation,
Marx, lui, la transformera en vérité absolue (d'où il tirera sa théorie
de la plus-value
pour "expliquer" l'aliénation du travailleur). Il s'est demandé comment
des marchandises qui paraissent si diverses, si hétérogènes quant à
leur valeur d'usage pouvaient être rendues comparables entre elles. La
solution, qu'il trouve chez Smith et Ricardo, c'est que les marchandises
sont toutes le produit du travail, toutes du « travail cristallisé ».
C'est ainsi qu'elles peuvent s'échanger.
L'école autrichienne rejette la théorie de la valeur-travail au nom de la subjectivité de la valeur et formule la théorie marginaliste de la valeur. Eugen von Böhm-Bawerk
fut le premier à réfuter la valeur-travail marxiste en montrant qu'elle
ne permet pas d'expliquer les prix de production à partir du prix du
travail.
Réfutation mathématique de théorie marxiste
Soit V le « capital variable » correspondant aux salaires et C le
capital constant correspondant aux machines, outils, bâtiments, terre,
etc. Soit encore pl, la plus-value tirée par le patron du travail des
salariés. On définit E, le taux d'exploitation par l'équation E = pl/V,
et P, le taux de profit par l'équation : P = pl/(C + V)/V. La
composition « organique » du capital de l'entreprise considérée est
définie par l'équation K = (C + V)/V.
A l'aide de ces différentes équations, on peut exprimer le taux
de profit (P) en fonction de la composition organique du capital (K) et
du taux d'exploitation (E). En effet, pl = V. E ; P = V.E/ (C + V); donc
P = E/K.
Or, dans les conditions de concurrence parfaite qui est le cadre
de référence de Marx, le taux d'exploitation (E) et le taux de profit
(P) sont les mêmes dans toutes les branches de production quelle que
soit la composition organique du capital. Or la dernière équation montre
que si la composition organique du capital (K) varie de branche à
branche ou d'entreprise à entreprise, le taux d'exploitation étant donné
et partout le même, le taux de profit (P) varie de branche à branche ou
d'entreprise à entreprise. Ce qui est impossible.
Citations
- L’ennui avec la théorie de la « valeur travail », c’est
qu’elle paraît logique : un bien devrait se vendre à un prix qui couvre
son coût de fabrication et permettre à ceux qui l’ont produit de vivre
décemment. Si la théorie de la « valeur travail » ou du « juste prix »
ne tient pas devant la réalité, par où pèche-t-elle ? Les classiques
voulaient partir de la valeur pour déterminer les prix. En réalité, il
faut partir du prix pour déterminer la valeur. Chacun de nous, en effet,
a une échelle des valeurs différentes de celle de son voisin. Chacun de
nous, à partir de son revenu, considère qu’il peut vendre ou échanger
un certain nombre de produits ou de services, à tout moment. Il y a
donc, une infinité de « valeurs » qui se baladent dans le monde à chaque
instant. On est devant un univers de possibles. De temps en temps,
miraculeusement, deux « valeurs » se rencontrent et un prix est arrêté.
C’est alors que l’échange
du bien ou du service a lieu. Ce prix fixe la valeur monétaire du bien à
ce moment-là seulement. Ce qui n’a rien à voir avec la valeur
subjective que chacun d’entre nous pourrait accorder à ce bien. (Charles Gave)
- Alors que dans le catholicisme le travail est considéré comme un obstacle nécessaire sur le chemin de la consommation, dans le calvinisme
il revêt une qualité quasiment sacrée et devient une fin en soi. Ce
n'est pas un hasard si la théorie de la valeur-travail a émergé dans le
milieu du calvinisme écossais. (Murray Rothbard, Adam Smith Reconsidered, 1987)
E) - Divers liens sur ce sujet
Sommaire:
A) Karl Marx était un libéral - Zaki LAIDI - Libération
B) Socialisme, libéralisme et égalité - Pierre MOSCOVICI - Libération
C) Analyse libérale de Karl Marx - par Pierre Rondeau
(son site)
D) Marx et la critique du libéralisme - laurence hansen-love - Overblog
E) Marxisme de Wikiberal pour information et Karl Marx
F) Les racines libérales classiques de la doctrine marxiste des classes - Stéphane Couvreur/Ralph Raico - Institut Coppet
G) MARX LE DERNIER DES LIBERAUX ? - Bernard Paranque (Euromed Management)1
H) Libre-échange : Frédéric Bastiat VS Karl Marx - par
Francis Richard
dans
Poing de vue
CRITIQUE DU PROGRAMME DE GOTHA1
Rédigé par Marx en avril et au début de mai 1875. Publié pour la première fois (avec des coupures)
dans la Neue Zeit N° 18, 1891. Le texte original est en allemand.
"Le
capitalisme (monopoliste, dont d'État, qui assure des rentes de
situation(s) illégitimes et injustifiées) est l'enfant pervers du
libéralisme (concurrentiel, anti monopoles et anti oligopoles, anti
lobbies ) : il vit de la socialisation (embrigadement) et donc
l'entretient et l'élargit."
Dominique Macquet
Ágnes
Heller, La théorie des besoins chez Marx, les éditions sociales, 2024.
Edité une première fois en français chez UGE en 1978, cet ouvrage
présente une analyse intéressante du concept de besoin à travers les
écrits de Marx.
Ainsi la question des besoins doit considérer ceux-ci
avant tout comme sociaux et issus d’un processus historique que ce soit
le besoin lui-même, émergeant des conditions sociales et historiques,
mais aussi ce par quoi il peut être satisfait. Heller s’intéresse à la
fois à la question des besoins dans les formes de sociétés capitalistes
et au système de besoins qui pourrait émerger dans la société des
producteurs associés. Les rapports capitalistes ne produisent que des
besoins aliénés : le rapport moyen / fin est inversé : la satisfaction
des besoins devient le moyen de l’enrichissement capitaliste.
De même,
la course à l’accumulation implique la réduction de la satisfaction des
besoins à l’aspect quantitatif, à la quantité des objets possédés grâce à
l’argent. Les besoins humains, réifiés, sont réduits toujours davantage
au besoin de posséder. « Le capitalisme quantifie toute la sphère
qualitative des besoins humains pour en faire une « quasi valeur
d’échange », « achetable », tous les besoins qualitatifs qui ne sont pas
quantifiables, ni achetables, sont réprimés (…)
Mais l’argent peut
faire plus que limiter la qualité, quantifier les besoins qualitatifs,
laisser dépérir le non quantifiable : il quantifie le non quantifiable
et renverse les besoins qualitatifs en leur contraire. « Ce que je peux
m’approprier grâce à l’argent (…) je le suis moi- même, moi le
possesseur de l’argent (…) Marx, Manuscrits de 1844 ». (p.75). Les
besoins issus de la valorisation du capital, réduits et homogénéisés,
tant pour la bourgeoisie que pour la classe ouvrière - quoique
différemment - entrainent l’appauvrissement des autres types de besoins
(Marx constate que l’ouvrier est un « être sans besoin »).
Mais les
rapports capitalistes engendrent également les besoins dits « radicaux
», issus des contradictions mêmes du mode de production, ils ne peuvent
être satisfaits par / sous le Capital et nécessitent donc la disparition
du salariat, le dépassement du mode de production, ouvrant la
possibilité au libre développement d'un nouveau système de besoins : «
une révolution radicale ne peut être que la révolution des besoins
radicaux »
(K. Marx, Contribution à la critique de la philosophie du
droit de Hegel).