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août 07, 2026

Que de l'émotion, pas de raison; Écologisme est devenu l’ennemi de l’écologie

La forêt française est en flammes, le sage montre du doigt l’idéologie verte, mais le fou regarde le capitalisme. Et pourtant combien de ces ONG écologistes pourraient être tenues indirectement responsables de la situation? Mon analyse dans le @FigaroVox
Jean-Paul Oury
 

«Feux de forêts, l’occasion de s’intéresser au pouvoir sans limite des ONG ?»

Alors que la France est encore en proie aux flammes, le consultant et essayiste pointe la part de responsabilité des ONG environnementales dans cette situation. Pour lui, elles servent davantage à imposer des idéologies qu’à combattre les vrais problèmes climatiques.
 
«Ces associations sont en contradiction avec les forestiers qui défendent les pratiques rurales traditionnelles et soutiennent que ces méthodes permettraient d’éviter les feux de forêt» nmann77 / ADOBE STOCK
 

La forêt française est en flammes, le sage montre du doigt l’idéologie verte, mais le fou regarde le capitalisme. Et pourtant combien de ces ONG écologistes pourraient être tenues indirectement responsables de la situation ? Notamment celles qui militent pour la libre évolution des forêts et sont favorables à des mesures telles que l’absence de coupe de bois, l’interdiction de pâturage, de ramassage de bois mort, d’entretien des sous-bois et contre toute intervention extractive ou intrusive. Toutes des causes d’accumulation de «combustibles» qui provoquent l’enfer que subissent nos forêts. L’ONG ASPAS (Association pour la Protection des Animaux Sauvages), par exemple, veut créer des «Réserves de Vie Sauvage» où la nature est laissée en libre évolution stricte. Elle promeut publiquement le retrait de l’homme : pas de sylviculture, pas de pastoralisme, pas de prélèvement de bois mort, pas d’entretien actif. Selon les thèses de ses membres des forêts en libre évolution résistent mieux aux incendies. Enfin elle s’est associée à Canopée et la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) pour mener des actions en justice contre certains aspects des obligations légales de débroussaillement lorsqu'ils entrent en conflit avec la protection d’espèces. D’autres ONG tiennent des positions similaires : le réseau FRENE (Forêts en Évolution Naturelle), soutenu notamment par France Nature Environnement (FNE) ; l’Association Francis Hallé pour la forêt primaire (vision de grandes forêts sans intervention humaine) ; et certains collectifs locaux, types SOS Forêt ou Canopée (plus focalisés sur l’opposition aux coupes rases et à la sylviculture intensive qu’à l’abandon total de toute gestion).

Bien évidemment, ces associations sont en contradiction avec les forestiers qui défendent les pratiques rurales traditionnelles (pâturage, exploitation du bois de chauffage, entretien des sous-bois) et elles soutiennent que ces méthodes permettraient d’éviter les feux de forêt. Et bien souvent ce sont elles qui sont appliquées, la parole des associations environnementales semblant prioritaire. Un quiproquo qui nous invite à nous interroger sur ces instruments de pouvoir que sont les ONG.

Ces ONG environnementales influencent les lois, organisent des campagnes de pression, mais échappent largement aux mécanismes de contrôle qui s’imposent aux entreprises ou même aux administrations.

Jean-Paul Oury

 


 

Le cas de Canopée est édifiant. Cette association, qui se présente comme le chevalier blanc des forêts vivantes, a fait l’objet d’une enquête de Erwan Seznec révélant qu’elle avait acquis une douzaine de balises GPS entre 2020 et 2024. Plusieurs de ces boîtiers ont été retrouvés fixés sur des engins de chantier forestiers, notamment en Limousin. L’objectif était clairement de suivre les déplacements de machines utilisées par des professionnels exerçant une activité légale. Autrement dit, des mouchards posés pour espionner et contrôler de simples quidams qui font leur boulot. L’association se dit indépendante, financée uniquement par des dons de particuliers et de fondations privées telles que la fondation Charles Léopold Meyer, la fondation Léa Nature, ou encore la fondation Nature et Découvertes. Elle refuse les subventions publiques et l’argent des entreprises. Mais lorsqu’une organisation se met à tracker des citoyens dans l’exercice de leur métier, la question de qui la contrôle et de qui la finance devient incontournable. L’enquête judiciaire ouverte après la découverte de l’une de ces balises a été classée sans suite, faute de lien établi avec des dégradations. Les faits n’en demeurent pas moins troublants.

Ce n’est pas un cas isolé. L214, figure de proue de la cause animale, a bâti sa notoriété sur des infiltrations dans des abattoirs et des élevages, caméras cachées à l’appui. Les images sont ensuite diffusées massivement, souvent sans distinction fine entre pratiques illégales et fonctionnement normal d’une filière strictement réglementée. Résultat : des professionnels mis au pilori, des entreprises fragilisées, des filières entières stigmatisées, parfois jusqu’à la fermeture. Les méthodes d’investigation de L214 relèvent d’une stratégie de confrontation permanente. Quant aux Soulèvements de la Terre, leur combat contre les «mégabassines» – ces réserves d’eau destinées à sécuriser l’irrigation agricole – prend des formes toujours plus radicales. Occupations de chantiers, destructions de matériel, confrontations violentes avec les forces de l’ordre, notamment à Sainte-Soline. Le sabotage y est revendiqué comme méthode légitime de «désarmement» d’infrastructures jugées nuisibles. Des agriculteurs, des élus locaux et des habitants se retrouvent ainsi pris pour cible au nom d’une idéologie qui se place au-dessus des lois et du débat démocratique ordinaire.

Dans de Gaia à l’IA (VA Éditions, décembre 2024), je montre comment les ONG piétinent le principe de subsidiarité. Ce principe fondamental veut que les problèmes soient traités au niveau le plus proche des citoyens : l’individu, la famille, la commune, l’État, et seulement en dernier ressort l’échelon européen ou international. Or, les grandes ONG écologistes ont inversé cette logique. Elles imaginent des normes souvent utopiques, les injectent dans les agences de l’ONU, les font adopter par l’Union européenne, puis les imposent aux États via un lobbying intense, des contentieux stratégiques et une pression médiatique redoutable. Les gouvernements deviennent les otages d’un processus qu’ils ne maîtrisent plus. Les élus, censés représenter le peuple, se retrouvent à appliquer des agendas qu’ils n’ont pas choisis et sur lesquels les citoyens n’ont jamais été consultés.

Plus troublant encore : ces organisations agissent parfois comme des relais d’intérêts qui dépassent largement la simple défense de l’environnement. Elles disposent d’un accès privilégié aux institutions internationales (plus de 4 000 ONG ont un statut consultatif auprès du Conseil économique et social de l’ONU), d’une capacité médiatique considérable et d’une influence réelle sur les textes législatifs. Elles se présentent comme la «société civile», alors qu’elles en sont devenues un substitut irresponsable, sans mandat électoral et sans obligation de résultat. Le citoyen, lui, subit les conséquences dans son quotidien – sur le prix de l’énergie, sur l’agriculture, sur l’industrie, sur l’emploi, et comme on l’a vu la mauvaise gestion de la forêt – sans avoir jamais été consulté. Comme le souligne l’ancien haut fonctionnaire européen Samuele Furfari, les gouvernements de l’UE sont devenus les otages de ces organisations, coincés de toutes parts et privés de liberté.

Dans une société ouverte, telle que la concevait Karl Popper, tout pouvoir doit rendre des comptes. Or les ONG environnementales imposent leurs idéologies en recourant à tous les instruments de pouvoirs possibles – judiciaire, médiatique, normatif – sans véritable contre-pouvoir. Elles engagent des contentieux contre l’État, influencent les lois, organisent des campagnes de pression, mais échappent largement aux mécanismes de contrôle qui s’imposent aux entreprises, aux partis politiques ou même aux administrations. Comme le rappelle Yves d’Amécourt, une démocratie vivante a besoin de corps intermédiaires. Mais un principe doit accompagner toute montée en puissance : la transparence.

Il est temps d’exiger la transparence des financements (origine exacte des fonds, part des dons défiscalisés, frais de collecte, budgets réellement consacrés au lobbying et aux contentieux) ; il faut scruter la légalité des méthodes : jusqu’où peut-on aller dans le tracking, l’infiltration ou le sabotage sans tomber dans l’illégalité ? Il faut davantage d’informations sur les réseaux d’influence et les éventuels conflits d’intérêts. Des enquêtes récentes, notamment sur Greenpeace, ont déjà levé une partie du voile sur les frais de collecte élevés, l’usage de dons défiscalisés.

La liberté d’association demeure un pilier de la démocratie mais nul ne peut s’arroger le droit de contrôler la vie des autres sans lui-même être contrôlé. La démocratie ne tolère pas les pouvoirs sans contre-pouvoirs.

Jean-Paul Oury 


 

Jean-Paul Oury est docteur en histoire des sciences et technologies, consultant et essayiste. Dernier ouvrage paru : « De Gaïa à l’IA » (VA Éditions, 2024).

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/jean-paul-oury-feux-de-forets-l-occasion-de-s-interesser-au-pouvoir-sans-limite-des-ong-20260806

 

 

 

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Jean-Paul Oury

Jean-Paul Oury, né à Verdun en 1971, est un essayiste français.


Biographie

Il étudie à la faculté des lettres de Nancy puis suit un DEA en histoire des sciences, obtenu en 1996 à l'université de Strasbourg I. Il est également titulaire d'un doctorat en histoire des sciences et technologies obtenu à Paris Jussieu.

C'est un observateur critique du mouvement écologiste contemporain et de ses contradictions. Dans une tribune dans Le Figaro en octobre 2022, il se réjouit ainsi du ralliement, tardif, de Greta Thunberg au nucléaire comme réponse au réchauffement climatique[1]. Pour cet historien des sciences, le rôle majeur que peut avoir la science sur les sujets contemporains est injustement minoré, au profit de discours politiques.

Il a été engagé en politique, comme candidat d’Alternative Libérale aux élections législatives 2007 dans la 2e circonscription de Meurthe et Moselle.

Il est aujourd'hui directeur de publication du site Europeanscientist.com et consultant. 


Citations

  • « [Nous vivons le] sacrifice de la science prométhéenne sur l'autel de l'écologisme: le second a eu la peau de la première en rendant tabou la possibilité de modifier le vivant, de fissionner l'atome, de diffuser des ondes et de synthétiser des molécules. »[1]
  • « La science et la technologie n'ont plus pour finalité de libérer l'humanité des déterminismes que lui impose la nature ; elles sont désormais au service des politiques qui s'appuient sur elles pour créer de nouvelles contraintes. »[1]

Notes et références

 
Publications

Liens externes

 
La photographie jointe est de 2011, elle illustre les « brûlages dirigés » organisés au Camp du Poteau (terrain militaire à cheval Landes/Gironde), où j’étais chargé de mission Natura 2000 et avais pour mission dans ce cas d’expertiser la technique et d’évaluer son intérêt écologique et stratégique. Le pompiers (militaires et SDIS) pratiquaient dans ce cadre leur formation aux feux tactiques

Incendies de forêt : au-delà du débat climatique, les enseignements de Fontainebleau et de l’Aquitaine

Cet article a initialement été rédigé à l’issue des feux de Fontainebleau. Puis sont survenus les incendies en Gironde, et dans les Landes. Passer outre ces feux « hors normes » eut été un manquement à l’objectivité de la problématique.

Un incendie est un phénomène multifactoriel. Chercher une cause unique, quelle qu’elle soit, conduit presque toujours à une mauvaise compréhension du phénomène.

L’objectif de cet article n’est pas d’alimenter une polémique. Il est de rappeler qu’un incendie majeur résulte toujours d’une combinaison de facteurs et que réduire son explication au seul réchauffement climatique conduit à négliger d’autres causes sur lesquelles il est possible d’agir.

1. Fontainebleau 

L’incendie qui a frappé la forêt de Fontainebleau en juillet 2026 a immédiatement été présenté comme une illustration du réchauffement climatique. La sécheresse exceptionnelle et les températures élevées ont effectivement favorisé la propagation du feu. Mais réduire l’explication à ce seul facteur revient à ignorer plusieurs siècles d’histoire forestière.

Les archives montrent que Fontainebleau a connu de grands incendies bien avant l’époque actuelle.
L’ONF (Office national des forêts) rappelle que le massif enregistre chaque année plusieurs dizaines de départs de feu, essentiellement liés à l’activité humaine (feux de bivouac, imprudences, etc.). L’établissement met en œuvre des moyens spécifiques, tels des drones, afin de pouvoir détecter au plus vite les points de chaleur anormaux, et suivre également les feux en temps réel.
Des incendies importants sont documentés, sans atteindre toutefois les superficies brûlées en 2026.
L’existence de ces événements historiques montre que le massif était déjà vulnérable aux grands feux alors que la question climatique actuelle n’était pas encore écrite.

Une forêt naturellement inflammable

Fontainebleau possède plusieurs caractéristiques qui favorisent les incendies :

Des sols sableux très filtrants,
Des chaos rocheux qui compliquent l’intervention,
Une fréquentation parmi les plus fortes au niveau des forêts françaises,
Une végétation adaptée aux sols relativement pauvres et acides.

La forêt est largement dominée par le pin sylvestre sur les secteurs sableux. Les résineux contiennent davantage de résines et de composés volatils qui favorisent la combustion. Les aiguilles forment également un tapis sec particulièrement inflammable, ceci en complément d’un sous-bois lui aussi fortement combustible. À l’inverse, les feuillus, et notamment les hêtraies, sont généralement moins sensibles au feu en raison d’une humidité plus élevée, d’un couvert plus fermé, et d’une inflammabilité moindre.
Cette différence entre essences est connue depuis longtemps en écologie forestière et ne dépend pas du réchauffement climatique.

2. Un contexte de forte fréquentation anthropique

Le climat ne crée pas le feu ! Les départs de feu sont presque toujours d’origine humaine.

Ce sont les conditions météorologiques qui induisent éventuellement des conditions favorables à sa propagation. Mais n’oublions pas que la foudre constitue un facteur naturel majeur de départs d’incendies.

Les départs de feu proviennent très majoritairement :
D’imprudences humaines,
De feux de camp,
De travaux (forestiers ou non),
D’actes volontaires ; Il est fréquemment avancé par les professionnels de la lutte contre les incendies que les actes malveillants représentent une part importante des départs de feu, même si leur quantification est difficile lorsque l’origine demeure indéterminée.
Par ailleurs, des départs de feux sont souvent observés à proximité du réseau routier, mais aussi des voies ferrées, des lignes électriques…

L’ONF indique que la très forte fréquentation du massif (plusieurs millions de visiteurs chaque année) explique une grande partie des départs de feu. La prise de conscience du fait que tout feu est proscrit en forêt en période sèche ne semble pas être intégrée par la population, d’autant plus que la notion d’apport de feu s’applique également aux fumeurs !

3. L’exemple de la forêt landaise et des forêts du Sud

Nous aborderons plus loin les incendies de 2026, et posons ici une présentation générale de la problématique.
La forêt landaise a beaucoup brûlé par le passé, et encore récemment des incendies majeurs se sont produits, ceux de 2022 en Gironde en sont l’illustration. De même, le Sud est régulièrement soumis à des feux, parmi lesquels bon nombre d’origine criminelle. Là encore, le réchauffement climatique est mis en avant, comme ce fut le cas en 2017 ou bien en 2020 en Australie, sans parler des incendies de Los Angeles de 2025, dont la similarité avec ceux d’Aquitaine en 2026 concerne hélas la destruction de zones urbanisées (billet n° 34 sur mon site, les autres articles s’y trouvent également). Les contextes sont certes différents, mais les causes réelles restent les mêmes et pas uniquement recentrées autour du réchauffement atmosphérique.

Pour toutes ces situations, on va retrouver des points communs ayant conduit aux désastres constatés :
– une situation météorologique conduisant à une sécheresse,
– des vents forts,
– un manque de prévention,
– des contradictions dans les moyens et les conduites des luttes contre les feux.

En revenant sur l’exemple de la forêt landaise, où l’on a tout comme à Fontainebleau une essence puissamment combustible (le pin maritime vs le pin sylvestre à Fontainebleau) et des sols sableux. Sur le littoral landais, la fréquentation humaine est également importante durant la saison touristique. Mais, tout comme je l’avais déjà relevé dans les articles cités supra, la prévention n’est peut-être pas toujours suffisante, et des pare-feu et voies d’accès (pistes DFCI) n’offrent pas toujours un maillage suffisant. L’accessibilité, la possibilité d’attaquer le feu en sécurité pour les feux tactiques (« contre-feux ») et un accès à l’eau à proximité, sont des critères qui peuvent faire la différence dans la maîtrise des feux.

On notera que sur la côte landaise, la question de la densité des coupures de combustible et des pistes DFCI mérite d’être posée. Les réflexions seraient à mener au cas par cas, afin d’apprécier si leur maillage permettrait de répondre à des incendies de grande ampleur.

4. Mais qu’entend-on par prévention ?

La prévention concerne l’aménagement de la forêt mené en vue de sécuriser au maximum les peuplements au regard du feu. Ceci implique bien souvent la coupe de bois afin d’ouvrir les voies d’accès, les pare-feu, etc. Aujourd’hui, le forestier est souvent confronté à une certaine contestation de ces coupes rases des bois à des fins de sécurisation, par des pressions sociales, comme ce fut le cas à La Teste.

Elle repose par conséquent sur plusieurs éléments indissociables :

Les pistes d’accès (pistes DFCI et autres),

Les pare-feu, aux dimensions variables et au maillage établi selon les caractéristiques de la forêt. On peut également évoquer les types de pare-feu, qui peuvent être à sable blanc (végétation extraite), avec de la végétation basse contrôlée (fauche). Une coupure de combustible peut intégrer ces critères, ou bien être constituée d’arbres moins combustibles (feuillus)

Les zones débroussaillées, notamment en bordure des routes, des zones urbaines, des sentiers,

Les réserves d’eau : forages, bornes incendies, mares, lacs, etc. Ce point est important car les pompiers ont souvent recours aux agriculteurs pour éviter les ruptures d’approvisionnement, comme ce fut le cas à La Teste (et sur bien d’autres feux).

La surveillance : de nombreux moyens existent actuellement, et la détection des feux repose également sur la mise en œuvre d’une technologie élaborée : drones, postes d’observation avec ou non des systèmes de détection automatique, suivi des foudroiements en temps réel, etc.

Un dernier élément s’applique à la prévention : la communication et la sensibilisation. Face à une population de plus en plus éloignée du milieu rural ou forestier, il est nécessaire d’informer le public pour lui faire prendre conscience des dangers inhérents à des comportements qui peuvent conduire à des incendies. Et de rappeler que la réglementation existe, et qu’en matière d’incendie, elle peut être sévère. Pour exemple, un incendie allumé volontairement peut être considéré au regard de la Loi comme criminel.

Si j’ai évoqué plus précisément la forêt landaise, c’est qu’en réalité, les incendies de 2022 en Gironde, ont amené notamment l’ONF à étendre les formations DFCI aux forêts plus nordiques, et en particulier à celle de Fontainebleau, car jusque-là, le massif n’était pas considéré comme prioritaire face au risque incendie.

5. Et le climat dans tout cela ?

Le réchauffement de l’atmosphère, qui est dûment constaté, contribue bien sûr à augmenter la combustibilité potentielle. Le risque incendie dépend avant tout des conditions météorologiques des semaines précédentes (pluie, humidité, vent, température). La variabilité climatique naturelle est probablement en mesure de modifier la fréquence de certaines situations météorologiques, mais ce sont des situations météorologiques concrètes qui conditionnent directement le comportement d’un feu, à l’instar des « blocages anticycloniques » susceptibles d’engendrer des sècheresses et canicules.

Par conséquent, attribuer un incendie particulier au seul changement climatique serait simplificateur.

6. Quels sont les facteurs intervenant dans un feu ?

– La météorologie, et surtout les périodes de sécheresse, de vent, et d’orages (foudre),
– À ce niveau le vent joue un rôle majeur, il accélère la progression des fronts de flamme, peut contrarier la lutte aérienne,
– L’humidité des sols et de la végétation : c’est là encore l’absence de précipitations (facteur météo) qui va conduire à cet assèchement. On peut également rajouter qu’un excès de drainage des sols (fossés notamment) conduit à une moindre disponibilité des réserves en eaux souterraines durant les périodes sèches,
– La nature des essences : les résineux sont plus combustibles que les feuillus. Le caractère monospécifique de peuplements résineux accroît la sensibilité au feu des peuplements. Par ailleurs, certaines essences feuillues, comme les eucalyptus, présentent un potentiel de combustibilité très fort.
– La topographie : l’accessibilité et la stratégie de lutte sont différentes s’il existe du relief,
– L’origine du départ de feu : s’il s’agit de pyromanes, il faut toujours s’attendre à ce qu’ils interviennent à plusieurs endroits, ce qui déstabilise la lutte active,
– La rapidité de détection : un feu détecté précocement, associé à une intervention rapide sera facilement maîtrisable ; une détection/intervention plus tardive demandera beaucoup plus de moyens, surtout s’il y a du vent,
– L’accessibilité du terrain : ceci rejoint la prévention : pour lutter contre le feu, les pompiers doivent pouvoir accéder facilement, et en sécurité (possibilité de repli en cas de changement de vent par exemple),
– Les moyens de lutte : on rejoint ici la discussion sur l’insuffisance des moyens ou plus exactement sur la disponibilité des moyens en temps réel (réactivité) en cas de feu majeur. Cela concerne en particulier les moyens aériens.

C’est la combinaison de ces facteurs qui détermine l’ampleur finale d’un incendie.

7. Aquitaine 2026 : la stratégie de prévention était-elle opérationnelle ?

Dans des articles précédents, j’avais attiré l’attention sur le risque de survenue d’un feu majeur en Aquitaine, notamment à proximité du littoral et des zones urbanisées, arguant que les moyens de prévention me semblaient insuffisants. Les feux de juillet viennent hélas corroborer mon analyse.

Je vais rappeler ici les insuffisances suspectées ayant conduit au désastre, et au décès de pompiers dans l’exercice de leur indispensable et dangereuse fonction.

A-t-on tiré les enseignements des incendies de 2022 en Gironde ? Non. Au regard de ce que j’ai écrit plus haut, voici une analyse technique des mesures qui seraient à engager.

Voies de circulation : elles devraient être encadrées par des pare-feu (au moins 20 m de part et d’autre), puis d’une gestion différenciée des peuplements sur une cinquantaine de mètres afin de réduire la combustibilité (débroussaillements, priorisation des feuillus, réduction de la densité des pins, etc.). À noter que dans le cas des incendies de Biscarrosse (2026) et de La Teste (2022), initiés par un fourgon ayant pris feu, cette mesure aurait probablement limité l’extension prise par les incendies.

Pare-feu, coupures de combustible : un maillage plus important de pare-feu significatifs au sein des parcelles de pins, associé aux pistes DFCI, constituerait une zone d’appui pour les pompiers, qui pourraient ainsi plus aisément guider ou contrer le feu, en limitant les sautes de feu. Cela permet aussi aux moyens aériens d’optimiser l’effet des largages d’eau ou de retardant, en particulier dans le cas de feux de cimes. Il s’agit également de dispositifs indispensables pour la mise en œuvre des feux tactiques, sachant que pour les engager, il est important que les pompiers puissent se retirer en sécurité en cas de changement de vent.
Ces mesures de coupes de bois (coupes rases) sont de plus en plus contestées par des mouvements ou associations, comme on a pu le voir à La Teste, la coupe d’arbres étant par certains décriée comme « écocide » (voir article supra).

L’accès à l’eau : des mesures ont été engagées, mais restent insuffisantes, l’objectif étant ici de réduire la distance pour faire rapidement le plein d’eau des camions de pompiers. Ici encore, les agriculteurs travaillent toujours de concert avec les pompiers, apportant leurs tonnes à eau pour arroser les zones critiques. Ce point mérite d’être souligné, à l’heure où les agriculteurs sont pointés du doigt par la réglementation et par des idéologies.

Les moyens : les incendies de l’été 2026 ont, une nouvelle fois, mis en évidence les limites des moyens nationaux de lutte. Plusieurs avions bombardiers d’eau étaient indisponibles pour maintenance ou réparation, tandis que le recours aux capacités européennes s’est révélé difficile en raison de la simultanéité des incendies dans plusieurs pays. Cette situation relance inévitablement la question du dimensionnement de la flotte aérienne française et de sa capacité à faire face à des crises de grande ampleur.
Au-delà des seuls moyens aériens, ces événements interrogent les priorités de l’action publique. La France consacre aujourd’hui des ressources considérables à la transition énergétique et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (la « lutte pour le climat »). Ces politiques sont inscrites dans une stratégie de long terme, alors même que la France représente environ 1 % des émissions mondiales de CO₂ et que la croissance des émissions demeurera durablement pendant des décennies, et sera principalement portée par les grands pays émergents.
À l’inverse, les investissements consacrés à la prévention et à la lutte contre les incendies apparaissent souvent insuffisants au regard des enjeux. Pourtant, leurs bénéfices sont immédiats, tangibles et directement mesurables : des vies sauvées, des habitations protégées, des forêts préservées et des dépenses de reconstruction considérablement réduites.
Cette interrogation renvoie plus largement au débat entre atténuation et adaptation. La politique actuelle en France donne la priorité à l’atténuation (réduction des émissions) en y affectant des budgets conséquents. Certains scientifiques, parmi lesquels Steven Koonin, ancien conseiller scientifique de l’administration Obama, estiment que les politiques d’adaptation aux risques naturels mériteraient une place plus importante dans les politiques publiques, considérant qu’elles peuvent produire des bénéfices concrets à un coût souvent inférieur à celui des politiques de réduction des émissions. Sans trancher ce débat, les incendies récents montrent qu’un renforcement significatif des moyens de prévention et de lutte constitue une nécessité difficilement contestable.
Cette réflexion concerne également certaines réglementations applicables aux matériels de secours. Les véhicules d’incendie restent soumis aux dispositifs de fiscalité énergétique applicables aux carburants, alors même que leur usage relève exclusivement d’une mission de sécurité civile. De même, les motorisations répondant aux dernières normes environnementales, notamment celles utilisant un système de dépollution par AdBlue, ont parfois suscité des difficultés de disponibilité ou de maintenance signalées par plusieurs services d’incendie et de secours. Il serait légitime de s’interroger sur l’opportunité d’adapter ces contraintes techniques aux exigences de disponibilité permanente des moyens opérationnels.

La gestion de l’hydraulique : l’habitude est prise, notamment en zone humide, ou en bordure de routes et pistes, d’ouvrir des fossés pour évacuer l’eau. L’expérience montre que ces fossés conduisent à un affaissement de la nappe phréatique, et nuisent à la disponibilité en eau de la végétation en période sèche. Enfin, ces fossés sont infranchissables par les engins de secours, et ont même conduit à la perte de matériel. Il existe néanmoins une solution ayant l’avantage de ne pas affecter la nappe plio-quaternaire présente dans les Landes et en Gironde, et de permettre le franchissement sans risque par les camions : les cunettes. Fossés de 40 cm de profondeur et de 4 m en gueule (largeur), les cunettes sont moins onéreuses tant en création qu’en entretien, et offrent des avantages écologiques en se rapprochant du ruissellement naturel, mais aussi économiques puisqu’elles évitent le recours aux busages (ou ponts) pour leur franchissement.

La politique et l’économie: chaque kilomètre de piste DFCI créé ou entretenu, chaque hectare de coupure de combustible aménagé représente un investissement relativement modeste au regard du coût humain, écologique et économique des grands incendies. Quelques dizaines de milliers d’hectares détruits, des habitations perdues, des activités économiques durablement affectées et le déploiement de moyens terrestres et aériens exceptionnels engendrent des dépenses sans commune mesure avec celles qu’exigerait une politique ambitieuse de prévention. Un « plan Marshall » de la forêt en quelque sorte !Aujourd’hui, un arrêté préfectoral impose aux propriétaires d’habitations situées en lisière de forêt de débroussailler à leur frais sur une profondeur de 50 mètres autour de leur maison, ainsi que le long des voies d’accès. Dans les faits, cette obligation reste imparfaitement appliquée, en raison de son coût, de sa complexité et de son caractère souvent mal accepté. Par ailleurs, plusieurs incendies récents ont montré que cette largeur réglementaire peut s’avérer insuffisante lorsque les conditions météorologiques sont extrêmes.
Ce dispositif présente également une limite structurelle : il fait reposer une mission de protection collective sur une multitude de propriétaires privés dont les intérêts, les moyens financiers ou les capacités d’action sont très variables. Cette fragmentation rend difficile la constitution d’une véritable ceinture de protection continue autour des zones habitées.
Une réflexion de fond paraît aujourd’hui nécessaire. La prévention des incendies constitue une mission d’intérêt général relevant de la sécurité civile. À ce titre, la création et l’entretien de véritables pare-feu périphériques autour des secteurs urbanisés pourraient être planifiés, financés et coordonnés par l’État et les collectivités territoriales, en concertation avec les propriétaires concernés. Une telle approche permettrait d’assurer une continuité des ouvrages de protection qu’il est difficile d’obtenir par la seule juxtaposition d’obligations individuelles.
Pour les propriétaires forestiers dont une partie des peuplements serait durablement affectée à ces infrastructures de défense contre l’incendie, il serait judicieux d’étudier des mécanismes de compensation. Ceux-ci pourraient prendre la forme d’allègements fiscaux ou d’autres dispositifs tenant compte de la perte de valeur économique des surfaces transformées en pare-feu.
Enfin, les incendies récents ont mis en évidence une problématique nouvelle liée au développement des centrales photovoltaïques implantées sur d’anciennes parcelles forestières. Lorsqu’un incendie menace ces installations, les services de secours peuvent être conduits à adapter leur stratégie afin d’éviter leur destruction, ce qui mobilise des moyens supplémentaires dans un contexte déjà très contraint. Au-delà de cet aspect opérationnel, il convient de s’interroger sur les effets à long terme de la conversion de certaines surfaces forestières en centrales solaires [1]. Si les incitations économiques conduisaient progressivement à réduire les espaces boisés, cette évolution pourrait modifier l’organisation de la forêt et, localement, les conditions de gestion du risque incendie. La destruction éventuelle de panneaux photovoltaïques soulève également la question des pollutions susceptibles d’être générées.
En revanche, les affirmations selon lesquelles certains incendies seraient volontairement provoqués afin de favoriser l’urbanisation ou l’implantation de centrales photovoltaïques ne reposent, à ce jour, sur aucun élément établi. Seules les enquêtes judiciaires en cours permettront, le cas échéant, de confronter ces affirmations à la réalité, en déterminant les causes exactes des départs de feu.
 
8. En conclusion

 L’incendie de Fontainebleau, et ceux d’Aquitaine et du Sud, ne peuvent être expliqués par une cause unique. Comme tous les grands feux de forêt, ils résultent de la convergence de plusieurs facteurs : un départ de feu, des conditions météorologiques favorables à leur propagation, la nature des peuplements forestiers, la topographie, la rapidité de la détection, les moyens d’intervention et, en amont, les choix de prévention et d’aménagement du massif.

Le réchauffement atmosphérique constitue vraisemblablement un élément susceptible d’accroître le niveau de risque lors des périodes de sécheresse. Il serait toutefois réducteur d’en faire l’unique explication d’un événement aussi complexe. Une telle approche pourrait conduire à négliger des leviers d’action concrets, tels que la prévention des départs de feu, l’adaptation de la gestion forestière, l’amélioration des infrastructures DFCI ou encore la sensibilisation du public.

La véritable question n’est donc pas de savoir s’il faut opposer le climat aux autres facteurs, mais comment intégrer l’ensemble de ces paramètres dans une politique cohérente de prévention. L’histoire de la forêt de Fontainebleau montre que le risque incendie n’est pas nouveau, et quant aux feux aquitains sa connaissance est bien plus ancienne. En revanche, les moyens de mieux s’y préparer existent. C’est sans doute sur ce terrain, plus que dans la recherche d’une cause unique, que doivent désormais porter les efforts.

Le réchauffement climatique n’allume pas un incendie. Il peut rendre le combustible plus sec. Mais sans combustible disponible, sans source d’ignition et sans conditions favorables de propagation, il n’y a pas de grand incendie. C’est pourquoi la prévention doit agir sur les facteurs que l’homme maîtrise : les causes de départ de feu, la gestion des combustibles et l’organisation de la lutte. Cette stratégie ne peut pas être menée sans le soutien de l’État, garant de la sécurité du territoire, des biens et des personnes.

Granereau Gilles,
Ancien météorologiste, puis chef de projets environnement, aménagements forestiers et tourisme à l’ONF. Spécialisé dans la gestion du littoral (fixation des dunes, gestion de l’érosion marine, etc.), dans les aménagements forestiers à caractère « extensif », dans les aménagements touristiques en milieux sensibles, botaniste. Chargé de mission Natura 2000 pour les dunes d’Arcachon (La Teste) à Tarnos, et pour le grand site militaire du Camp du Poteau (9500 hectares), où j’ai pu travailler entre autres dans la stratégie et la typologie des pare-feu.

_____________________________________________

Note

[1] Un fait ignoré et passé sous silence : les fermes solaires situées en zones boisées sont régulièrement responsables de départs de feu. Plusieurs dizaines d’hectares brûlés par exemple fin juillet dans les Landes. De plus, les pompiers ne peuvent intervenir au sein des systèmes photovoltaïques du fait des hautes tensions induites par les panneaux.

Addendum

Pour aller plus loin avec l’auteur : https://www.affaireclimatique.fr

Science, Climat, Energie a déjà abordé le thème des incendies

https://www.science-climat-energie.be/2021/09/10/incendies-de-forets/

https://www.science-climat-energie.be/2021/07/30/sce-info-encore-des-incendies/

 

 


 

juillet 29, 2026

Karl Marx et le "libéralisme" des socialopithèques bis - Étude sur le "Marxisme" !

Sommaire:

A) - Huit contradictions et erreurs marxistes

B) - Karl Marx

C) -  Marxisme

D) - Valeur-travail - Réfutation mathématique de théorie marxiste

E) -  Divers liens sur ce sujet



A) - Huit contradictions et erreurs marxistes

8 contradictions et erreurs marxistes : 

▶︎ La valeur-travail : 

Croire que la valeur d'un bien provient du temps de travail socialement nécessaire. 

▶︎ Les erreurs sur la formation des prix : Marx affirmait dans le Livre I du Capital que les prix découlent du temps de travail incorporé, avant d'écrire dans le Livre III que les prix s'écartent de la valeur-travail jusqu'à ce que le taux de profit s'égalise partout à un taux moyen. Pour faire tenir sa théorie, Marx a donc affirmé que la valeur-travail globale de la société était comme redistribuée par le marché pour former des prix de production. Fausse route, la valeur est simplement subjective et marginale (théorie formalisée par Menger). 

▶︎ L'oubli du rôle de l'entrepreneur : 

La rémunération pour l'anticipation réussie (ventes), l'innovation, la prise de risque et l'organisation du capital ne sont pas théorisées. 

 ▶︎ L'oubli de la préférence temporelle : 

Ne pas comprendre que le salaire payé immédiatement à l'ouvrier (préférence temporelle plus courte) intègre un escompte du temps par rapport à un produit qui ne sera vendu que plus tard (préférence temporelle plus longue). 

▶︎ L'oubli du calcul économique : 

Sans marché ni monnaie, il est impossible d'allouer rationnellement les ressources (démonstration effectuée par Ludwig von Mises dès 1920). 

▶︎ Le matérialisme historique : 

Marx affirmait que l'infrastructure matérielle détermine la superstructure idéologique (les idées, le droit, la culture, la religion, etc). Mais sur le simple plan logique, toute technologie est la matérialisation physique d'une idée qui a d'abord émergé dans l'esprit d'un individu. 

▶︎ La baisse tendancielle du taux de profit : 

Marx a pris un phénomène local et dynamique (via la pression concurrentielle sur les marchés) pour une loi implacable d'effondrement du capitalisme. Au contraire, le progrès technique a augmenté drastiquement la productivité, a fait baisser le coût des machines et a permis l'émergence de nouveaux marchés profitables. 

▶︎ L'utopie de l'extinction de l'État : 

Marx prétendait que la dictature du prolétariat s'éteindrait pour laisser place au communisme. Il a tout ignoré la dynamique de l'État (garder le pouvoir et ses privilèges). Même Bakounine l'avait compris : "Prenez le révolutionnaire le plus radical et placez-le sur le trône de toutes les Russies, ou confiez-lui un pouvoir dictatorial [...] et avant un an il sera devenir pire que le Tsar lui-même."

Arthur Homines


https://x.com/arthurhomines



B) - Karl Marx

Karl Marx (5 mai 1818 à Trèves en Rhénanie, alors dépendante du royaume de Prusse (aujourd'hui en Allemagne) - 14 mars 1883) est un philosophe et théoricien, célèbre pour sa critique du capitalisme et sa vision de l'histoire comme résultat de la lutte des classes - opposant les capitalistes et le prolétariat - à l'origine du marxisme[1]. Marx ayant travaillé en étroite collaboration avec son grand ami Friedrich Engels, il ne sera pas question de démêler l'écheveau de leur écot respectif. 

Pensée

Philosophie

La part philosophique de l'œuvre de K. Marx et F. Engels, réside principalement dans les œuvres de jeunesse (1842-1859), jusqu'au tournant économique. Ayant délaissé leurs premiers textes « à la critique rongeuse des rats », le marxisme soviétique penchera en faveur de l'abandon des textes de jeunesse, alors que le marxisme occidental exploitera le côté philosophique de Marx. (cf. marxisme).
Au sein de cette première période, un Marx plutôt humaniste-libéral, plus proche de Kant et Fichte que de Hegel (défense des libertés, critique de la censure), « rencontre » Feuerbach et son matérialisme après la désillusion dans cet État prussien qui ne s'est pas réformé. Abandonnant la dialectique hégélienne entre 1848 et 1858 (pour la redécouvrir par la suite et lui redonner un statut nouveau au sein du système), il consacrera toute sa pensée au développement de ce matérialisme (critique de l'idéalisme) tant au niveau d'une théorie de la connaissance (la praxis, critique de l'idéologie et de la fausse conscience), que d'une anthropologie historique (la lutte des classes diachronique mise à jour par le matérialisme historique), d'une sociologie (l'Homme réel, social), sans abandonner le sous-bassement éthique qui porte, jusqu'au cœur des prétentions de scientificité (contre le « socialisme utopique »), le projet (exploitation et messianisme prolétarien). À la mort, de Marx, Engels continuera cette recherche dans le droit fil du « socialisme scientifique » auquel les deux amis étaient parvenus.

D'un point de vue strictement philosophique, le marxisme est un amalgame étrange. Il semble que Marx soit davantage un polémiste et un théoricien politique qu'un vrai philosophe. Beaucoup de ses idées sont empruntées à ses prédécesseurs :

  • hégélien de gauche, il garde une partie du système de Hegel : l'idée du mouvement dialectique de l'histoire, celle d'aliénation, celle de l'histoire qui a un sens, pas celui de Hegel mais celui de l'avènement de la société sans classe ;
  • son matérialisme découle de celui des matérialistes français du XVIIIe siècle et de celui de Feuerbach pour la critique de la religion ;
  • sa critique de l'État et sa théorie de la lutte des classes sont empruntées aux libéraux (Charles Dunoyer, Charles Comte, Augustin Thierry, Adolphe Blanqui...) ;
  • en économie, sa théorie (fausse) de la plus-value est reprise de celle de l'économiste suisse Jean de Sismondi ; sa théorie de la valeur marche sur les traces de Ricardo et d'Adam Smith.

Homme

L'Homme se distingue de l'animal par son activité de production (le travail ; exploitation d'un thème de Hegel). C'est un être social :

« L'essence de l'Homme n'est pas une abstraction inhérente à l'individu isolé. Dans sa réalité, elle est l'ensemble des rapports sociaux. »
Thèses sur Feuerbach, VI.

Il n'est en rien le Robinson abstrait de l'individu qu'étudie l'économie politique classique (homo œconomicus) ou celui du romantisme anarchiste (Stirner). Or, pris par les forces anonymes du marché, obligés de vendre leur force de travail et mis en concurrence directe avec les machines, ils sont déshumanisés (réification). De plus, ne possédant pas les moyens de production qui appartiennent aux patrons bourgeois qui les ont embauchés (propriété privée), n'étant qu'un rouage d'une grande machinerie de production, ils perdent, de plus, le produit de leur travail (aliénation), grâce auquel le patron se prend la part du lion (plus-value).
Même si l'homme est le produit de sa société, il peut néanmoins prendre conscience de sa situation en l'objectivant malgré la fausse conscience que crée l'idéologie de la classe bourgeoise (négation), ou encore parce que l'exploitation atteindra un niveau tout à fait inacceptable, puis dépasser cet état, par la praxis révolutionnaire (négation de la négation), et reprendre possession de toutes ses virtualités humaines, dans la société sans classe.

Matérialisme

La pensée de Marx rompt avec l’idéalisme allemand (notamment celui de Hegel, Marx prétendant remettre « la dialectique hégélienne sur ses pieds »). Elle est d'ailleurs matérialiste moins dans le sens physique (ce n'est pas l'atomisme antique de Démocrite et Épicure, mais un matérialisme dérivé de celui de Ludwig Feuerbach, principalement antireligieux, critiqué en son temps par Max Stirner) que dans le sens social. C’est l’être social qui explique la conscience sociale, « l'histoire de toute société jusqu'à nos jours est l'histoire de la lutte des classes ». C'est donc un matérialisme historique (et même historiciste) qui prétend donner le sens de l'Histoire, le seul moteur de cette dernière étant l'évolution des forces productives matérielles. Ainsi les idéologies sont des théories produites par l'Homme, déterminées par les rapports qu'il entretient avec le monde et par le contexte social dans lequel il vit ; par exemple, la religion, opium du peuple, soutient le système capitaliste et justifie les inégalités sociales ; par ailleurs, les idées dominantes sont celles de la classe dominante. Dans l'optique matérialiste marxiste, les idées ne possèdent pas de valeur ni de vérité par elles-mêmes : elles sont conditionnées par les rapports sociaux et les rapports de production (d'où un polylogisme qui sera critiqué par von Mises). Les idées marxistes, qui prennent fait et cause pour le prolétariat, n'échappent pas à ce conditionnement : leur seule différence avec les idées bourgeoises serait qu'elles vont dans le sens de l'Histoire.

Histoire

Elle mène des grands singes (76) au socialisme (planisme)

« Seule une organisation consciente de la production sociale, dans laquelle production et répartition sont planifiées peut élever les hommes au-dessus du reste du monde animal au point de vue social de la même façon que la production en général les a élevés en tant qu'espèce. L'évolution historique rend une telle organisation de jour en jour plus indispensable, mais aussi de jour en jour plus réalisable. D'elle datera une nouvelle époque de l'histoire, dans laquelle les hommes eux-mêmes, et avec eux toutes les branches de leur activité, notamment les sciences de la nature, connaîtront un progrès qui rejettera dans l'ombre la plus profonde tout ce qui l'aura précédé. » (76)

Fin de la lutte des classes = société sans classe = fin de l'Histoire.

Économie

La valeur-travail

Cette idée signifie que la valeur d'échange vient entièrement du travail. Cela implique que le patron ne peut prélever son profit que sur la valeur créée par les travailleurs. Quels que soient les salaires qu'il leur accorde, il les exploite. Il est dans sa nature de patron de les exploiter.

La première formulation de la théorie de la valeur-travail se trouve chez Adam Smith. Incapable de prendre la suite de l'École scolastique et des auteurs qu'il connaissait (Cantillon, Condillac, Ferdinando Galiani), Smith dissocie complètement la valeur d'usage et la valeur d'échange, et cherche un étalon pour mesurer cette dernière. Cet étalon invariable, il croit le trouver dans le travail.

Ricardo, de la même manière, dans son exemple du joaillier laborieux, évoque l'estime des consommateurs : il est payé deux fois plus par heure qu'un travailleur ordinaire pour cette raison. Il se réfère donc aux valeurs présentes dans la tête des consommateurs.

Marx reprendra la même idée par sa notion de travail socialement nécessaire, c'est-à-dire une espèce de moyenne d'heures de travail pour une tâche donnée, moyenne impliquée, à un moment donné dans le temps et dans l'espace, par l'état de la technique, du savoir-faire, des mœurs, des désirs, etc.

Un problème se pose néanmoins : les valeurs des marchandises ne sont pas réglées uniquement par les quantités de travail incorporées, mais aussi par « la longueur du temps qui doit s'écouler avant qu'elles puissent être portées sur le marché », comme l'énonce Ricardo. Ce qui signifie que la valeur d'une pièce de tissu n'est pas la même que celle d'un avion supersonique.

Si Ricardo admettait que cette théorie était une approximation, Marx, lui, la transformera en vérité absolue. Il s'est demandé comment des marchandises qui paraissent si diverses, si hétérogènes quant à leur valeur d'usage pouvaient être rendues comparables entre elles. La solution, qu'il trouve chez Smith et Ricardo, c'est que les marchandises sont toutes le produit du travail, toutes du travail cristallisé. C'est ainsi qu'elles peuvent s'échanger.

La plus-value et l'exploitation du prolétariat

Marx distingue le travail, dont la quantité est mesurée en heures de travail, et la force de travail, dont la valeur est donnée par la quantité de travail qui est incluse dans les biens et services que le travailleur consomme. Considérez le travailleur lui-même comme une sorte de machine dans laquelle on enfourne des biens et services, et à la sortie de la machine, cela produit de la force de travail. La force de travail est le résultat d'un processus de production. D'un côté vous mettez du pain, de l'eau, des habits, un logement, bref de quoi satisfaire les besoins élémentaires d'un être humain, et de l'autre vous obtenez une marchandise qui est la force de travail, et cette force de travail, comme toute marchandise, est soumise à la loi de la valeur-travail, c'est-à-dire que sa valeur est égale à la quantité de travail socialement nécessaire, autrement dit la quantité en moyenne nécessaire pour élever, nourrir, loger le travailleur et satisfaire à ses besoins sexuels et à sa reproduction.

Le patron tire du travailleur une quantité de travail toujours supérieure à la valeur de la force de travail. Cette différence, c'est la plus-value.

Exemple : la force de travail est de 4 heures par jour, et la journée de travail est de 8 heures. Les 4 heures supplémentaires ne sont donc pas payées. Elles constituent la plus-value extorquée aux travailleurs. Elles donnent la mesure de l'exploitation du travailleur.

Si on rapporte la plus-value (pl) à la force de travail (V), on obtient le taux d'exploitation pl/V. Dans cet exemple, le taux d'exploitation est de 100 %.

Pourquoi y aurait-il toujours une différence entre la valeur de la force de travail et la quantité de travail effectuée par les travailleurs ? C'est la difficulté de la théorie. Il y a deux manières d'y répondre : par la loi d'airain des salaires, et par la théorie de la coalition des patrons.

La loi d'airain des salaires

Searchtool-80%.png Article détaillé : Loi d'airain des salaires.

La force de travail est considérée comme une marchandise ordinaire. En tant que marchandise, elle obéit aux mêmes lois de l'offre et de la demande. N'importe quelle marchandise ?

Quand le prix d'une marchandise augmente au-dessus, disons, du prix habituel, nous savons que la production de cette marchandise augmente jusqu'à ce que le prix retrouve le niveau habituel, toutes choses égales par ailleurs. Et dans le cas inverse où le prix descend au-dessous du prix minimum, la production diminue jusqu'à ce que le prix retrouve son niveau habituel, toutes choses égales par ailleurs.

Le raisonnement est exactement le même pour la production de la force de travail. Si le prix de cette force de travail augmente au-dessus du salaire de subsistance nécessaire à l'entretien du travailleur, ou plus précisément à l'entretien et à la reproduction du travailleur, la production de travailleurs va augmenter ! Cela revient à supposer que les travailleurs se reproduisent en fonction de leur salaire... Le nombre de travailleurs ayant augmenté, l'offre de la force de travailleurs va se trouver supérieure à la demande qu'en font les patrons. L'offre étant supérieure à la demande, le prix de la force de travail va baisser. Et par conséquent, le salaire va être ramené au niveau du salaire de subsistance.

Cette loi qui ramène le salaire obligatoirement au niveau du salaire de subsistance, provient de Turgot et de Lassale. L'inspiration de ce dernier provient en droite ligne du Principe de population de Malthus. Reste à savoir ce qu'on entend par minimum vital. Lassale lui-même reconnaît qu'il faut tenir compte des habitudes nationales, ce qui enlève beaucoup de tranchant à cet airain ! Il ne s'agit plus d'un minimum physiologique, mais d'une sorte de minimum socio-culturel. La loi perd donc beaucoup de sa rigueur. Et comment définir un tel minimum ? Il est aussi difficile, pour ne pas dire impossible, de définir un minimum socio-culturel qu'un minimum physiologique. Pour ne rien dire des variations de ces minima d'individu à individu, au sein d'une même société.

Marx a considéré la loi d'airain comme une aberration, et s'est brouillé avec son auteur. Il veut bien du salaire de subsistance, mais il refuse son fondement démographique. L'idée que les travailleurs ne peuvent s'empêcher de proliférer dès que leur salaire augmente lui paraissait comme une insulte à l'égard de la classe ouvrière.

Pour sauver du naufrage la théorie du salaire de subsistance, Marx trouve une parade : celle de la coalition des patrons.

La coalition des patrons

Les capitalistes louent aux prolétaires leur force de travail, et se constituent en cartel pour éliminer entre eux la concurrence sur le marché du travail et maintenir ainsi le salaire au plus bas niveau possible. Et ce plus bas niveau possible ne peut être que le salaire de subsistance. De fait, le salaire ne peut descendre durablement au-dessous de ce niveau, sauf à imaginer que la bourgeoisie pousse la cruauté et la bêtise jusqu'à se priver elle-même de la source de ses profits, la source de la plus-value étant dans le travail des salariés. Et le salaire ne peut monter, non plus, au-dessus du salaire de subsistance, car les patrons feraient alors un cadeau inutile au prolétariat, se privant pour rien d'une part de leurs profits.

La théorie est donc sauvée, mais au prix d'une faute logique qui sera lourde de conséquence. En effet, a priori, il n'y a aucune raison d'admettre que les patrons pourraient, même s'ils le voulaient, remplacer leur concurrence sur le marché du travail par une coalition. Et à supposer même qu'une telle coalition puisse se former, rien ne prouve qu'elle pourrait être durable. A priori, rien n'empêche d'imaginer une solution inverse où une coalition ouvrière louerait ses machines aux capitalistes et leur servirait un loyer leur permetttant tout juste de survivre et de se reproduire, accaparant pour elle la totalité de la plus-value. Entre ces deux situations extrêmes, rien n'empêche d'envisager une infinité de cas intermédiaires où la plus-value serait partagée entre patron et salariés. Bref, en abandonnant le fondement démo-économique du salaire de subsistance, Marx a tout simplement ruiné sa théorie. Il est tombé de Charybde — l'absurdité du minimum de subsistance — en Scylla — l'absurdité d'un monopole patronal de l'embauche.

Voici la démonstration mathématique de cette faille de raisonnement. Soit V le capital variable, correspondant aux salaires, et C le capital constant, correspondant aux machines, outils, bâtiments, terre, etc.
Soit pl, la plus-value tirée par le patron du travail des salariés.
On définit E, le taux d'exploitation par E = (pl / V) (cf. supra), et P, le taux de profit, par P = pl / (C + V)
La composition « organique » du capital de l'entreprise considérée est définie par l'équation K = (C + V) / V

À l'aide de ces différentes équations, on peut exprimer le taux de profit (P) en fonction de la composition organique du capital (K) et du taux d'exploitation (E) :

  • pl = V x E
  • P = V x E /(C+V)
  • donc P = E/K.

Or, dans les conditions de concurrence parfaite (c'est le cas chez Marx), le taux d'exploitation (E) et le taux de profit (P) sont les mêmes dans toutes les branches de production, quelle que soit la composition organique du capital. Or, la dernière équation montre que si la composition organique du capital (K) varie de branche à branche ou d'entreprise à entreprise, le taux d'exploitation (E) étant donné et partout le même, le taux de profit (P) varie de branche à branche ou d'entreprise à entreprise. Ce qui est impossible.

Organisation politique

Une politique omniprésente

L'homme ne peut être scindé en deux privé/public, membre de la société civile/citoyen politique: la politique doit abolir la société civile. (43b).

Un programme provisoire pour les pays les plus avancés:

« 

  1. Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l'État.
  2. Impôt fortement progressif.
  3. Abolition de l'héritage.
  4. Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles.
  5. Centralisation du crédit entre les mains de l'État, au moyen d'une banque nationale, dont le capital appartiendra à l'État et qui jouira d'un monopole exclusif.
  6. Centralisation entre les mains de l'État de tous les moyens de transport.
  7. Multiplication des manufactures nationales et des instruments de production; défrichement des terrains incultes et amélioration des terres cultivées, d'après un plan d'ensemble.
  8. Travail obligatoire pour tous, organisation d'armées industrielles, particulièrement pour l'agriculture.
  9. Combinaison du travail agricole et du travail industriel; mesures tendant à faire graduellement disparaître la distinction entre la ville et la campagne.
  10. Éducation publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du travail des enfants dans les fabriques tel qu'il est pratiqué aujourd'hui. Combinaison de l'éducation avec la production matérielle, etc. »
        — Manifeste du Parti communiste, II. Prolétaires et communistes (1847)

Ne fusse-t-il qu'un stade transitoire de capitalisme d'État, il paraît loin (deux ans plus tôt), à l'heure des « armées industrielles », le Paradis communiste de l'Idéologie allemande, qui ayant dépassé l'État, donne à l'homme « la possibilité de faire aujourd'hui telle chose, demain telle autre, de chasser le matin, de pêcher l'après-midi, de pratiquer l'élevage le soir, de faire de la critique après le repas, selon mon bon plaisir ». Lénine pouvait-il appliquer une autre politique ? Si bien que les marxistes n'ont pas échappé à la division du travail : si Marx et Engels ont écrit le début, Staline aura écrit la fin, que connaissaient déjà les libéraux, a priori.

Suppression de la propriété privée

«  Il devra tout d'abord enlever l'exercice de l'industrie et de toutes les branches de la production, en général, aux individus isolés, se faisant concurrence les uns aux autres, pour les remettre à la société tout entière — ce qui signifie qu'elles seront gérées pour le compte commun, d'après un plan commun et avec la participation de tous les membres de la société. Il supprimera, par conséquent, la concurrence et lui substituera l'association. Étant donné d'autre part que l'exercice de l'industrie par des individus isolés implique nécessairement l'existence de la propriété privée et que la concurrence n'est pas autre chose que ce mode d'activité de l'industrie où un certain nombre de personnes privées la dirigent, la propriété privée est inséparable de l'exercice de l'industrie par des individus isolés, et de la concurrence. La propriété privée devra donc être également supprimée et remplacée par l'utilisation collective de tous les moyens de production et la répartition de tous les produits d'un commun accord, ce qu'on appelle la communauté des biens. La suppression de la propriété privée est même le résumé le plus bref et le plus caractéristique de cette transformation de toute la société que rend nécessaire le développement de l'industrie. Pour cette raison, elle constitue, à juste titre, la principale revendication des communistes. »
    — Friedrich Engels, Principes du communisme, XIV. Quel doit être ce nouvel ordre social ? (1847)

Fin de la division du travail — société sans classes

«  L'existence des classes est provoquée par la division du travail. Dans la nouvelle société, la division du travail, sous ses formes actuelles, disparaîtra complètement. […] La gestion sociale de la production ne peut être assurée par des hommes qui, comme c'est le cas aujourd'hui, seraient étroitement soumis à une branche particulière de la production, enchaînés à elle, exploités par elle, n'ayant développé qu'une seule de leurs facultés aux dépens des autres et ne connaissant qu'une branche ou même qu'une partie d'une branche de la production. […] L'industrie exercée en commun, et suivant un plan, par l'ensemble de la collectivité suppose des hommes dont les facultés sont développées dans tous les sens et qui sont en état de dominer tout le système de la production. […] L'éducation donnera la possibilité aux jeunes gens de s'assimiler rapidement dans la pratique tout le système de la production, elle les mettra en état de passer successivement de l'une à l'autre des différentes branches de la production selon les besoins de la société ou leurs propres inclinations. […] Ainsi, la société organisée sur la base communiste donnera à ses membres la possibilité d'employer dans tous les sens leurs facultés, elles-mêmes harmonieusement développées. […] De telle sorte que la société communiste, d'une part, est incompatible avec l'existence des classes et, d'autre part, fournit elle-même les moyens de supprimer ces différences de classes.
De ce fait, l'antagonisme entre la ville et la campagne disparaîtra également. L'exercice de l'agriculture et de l'industrie par les mêmes hommes, au lieu d'être le fait de classes différentes, est une condition nécessaire de l'organisation communiste. »
    — F. Engels, Principes du communisme, XX. Quelles sont les conséquences de la propriétés privées ? (1847)

On trouve dans ces affirmations toute l'ambiguïté des thèses marxistes : « selon les besoins de la société » (marxisme autoritaire) ou « leurs propres inclinations » (marxisme démocratique).

Internationalisme

«  Les ouvriers n'ont pas de patrie. […] Déjà les démarcations nationales et les antagonismes entre les peuples disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté du commerce, le marché mondial, l'uniformité de la production industrielle et les conditions d'existence qu'ils entraînent. Le prolétariat au pouvoir les fera disparaître plus encore. Son action commune, dans les pays civilisés tout au moins, est une des premières conditions de son émancipation. Abolissez l'exploitation de l'homme par l'homme, et vous abolirez l'exploitation d'une nation par une autre nation. Du jour où tombe l'antagonisme des classes à l'intérieur de la nation, tombe également l'hostilité des nations entre elles. […] Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
    — Manifeste du Parti communiste (1847)

Point de vue libéral

Si les libéraux s'accordent à reconnaître la fausseté des thèses marxistes en économie politique et de l'analyse marxiste du capitalisme, certains libertariens affirment que la philosophie marxiste de l’histoire demeure un outil d’analyse irremplaçable pour faire prendre conscience aux gens de l’exploitation qu’ils subissent dans nos démocraties sociales contemporaines (Christian Michel), la classe dominante dans cette analyse marxiste-libérale étant celle des politiciens et des agents de l'État, qui ne subsiste que par la prédation.

Hans-Hermann Hoppe remarque que le marxisme (comme le libertarianisme) interprète à juste titre l'État comme exploiteur (contrairement, par exemple, à l'école du choix public, qui a tendance à le donner pour une entreprise comme les autres), et a bien compris certains principes fondamentaux de son fonctionnement.

La théorie marxiste de l'aliénation et de la lutte des classes peut très bien être employée par les libéraux pour montrer comment l'État exploite et oppresse ses sujets. Un libertarien peut très bien faire sienne l'affirmation suivante (citée par Christian Michel) :

«  L’État n’a pas existé de toute éternité. Il y a eu des sociétés qui s’en sont fort bien passé, qui n’ont jamais eu la notion de l’État ou du pouvoir d’État… La société qui réorganisera la production sur la base de l’association libre et égale des producteurs reléguera tout l’appareil d’État à la place qui est la sienne — au musée des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze. »
    — Friedrich Engels, Origine de la propriété, de la famille et de l’Etat

Citations sur Marx

  • «  La critique faite par Marx du mode de production capitaliste est entièrement fausse. Même les marxistes les plus orthodoxes n'ont pas le front de soutenir sérieusement sa thèse essentielle, à savoir que le capitalisme aboutit à l'appauvrissement continuel des salariés. Mais si, pour la clarté de la discussion, l'on admet toutes les absurdités de l'analyse marxiste sur le capitalisme, rien n'est pour autant gagné quant à la démonstration de ces deux thèses, que le socialisme soit voué à s'instaurer, et qu'il soit non seulement un meilleur système que le capitalisme, mais encore le plus parfait des systèmes, dont la réalisation finale apportera à l'homme la félicité perpétuelle dans son existence terrestre. Tous les syllogismes compliqués des pesants volumes publiés par Marx, Engels et des centaines d'auteurs marxistes, ne peuvent masquer le fait que la seule et unique source de la prophétie de Marx soit une prétendue inspiration, par laquelle Marx affirme avoir deviné les projets des mystérieuses puissances réglant le cours de l'histoire. Comme Hegel, Marx était un prophète, communiquant au peuple la révélation qu'une voix intérieure lui avait confiée. »
        — Ludwig von Mises, L'Action humaine, chap. XXV

  • «  En tant qu'écrivain scientifique, il est sec, pédant, obscur. Le don de s'exprimer de façon compréhensible lui avait été refusé. Ce n'est que dans ses œuvres politiques qu'il parvient à exercer une action réelle, au moyen d'antithèses frappantes et de sentences qui se gravent facilement dans l'esprit et dont la sonorité dissimule le vide. Dans la polémique, il n'hésite pas à déformer les paroles de l'adversaire. Au lieu de réfutation, il recourt aux injures. »
        — Ludwig von Mises, Le Socialisme — Étude économique et sociologique, IVe partie, chap. VI

  • «  La grande complexité du marxisme peut se résumer en une phrase : on a raison de se révolter. »
        — Mao Zedong

  • «  Tout l'évangile de Karl Marx peut être résumé en une seule phrase : haïssez l'homme qui est plus riche que vous. N'admettez en aucune circonstance que son succès puisse être dû à ses propres efforts, à la contribution productive qu'il a fait en faveur de toute la société. »
        — Henry Hazlitt

  • «  Qui peut honnêtement, sans arrière-pensées, rendre Marx responsable des millions de morts du communisme sous prétexte qu'il avait oublié le facteur humain dans ses calculs ? »
        — Basile de Koch (humour), Histoire universelle de la pensée, 2005

  • «  Il y a une bonne chose avec Marx, c'est qu'il n'était pas keynésien. »
        — Murray Rothbard

  • «  Giuseppe Mazzini (1805-1872), le révolutionnaire italien, rival de Marx dans l'Internationale ouvrière au milieu des années 1860, décrit une fois (en 1866) Marx comme "un esprit destructif dont le coeur est rempli de haine plutôt que d'amour pour l'humanité (...) extraordinairement astucieux, changeant et taciturne. Marx est très jaloux de son autorité comme chef de parti ; contre ses rivaux et adversaires politiques, il est vindicatif et implacable ; il n'a de cesse de les abattre ; sa caractéristique principale est une ambition sans borne et une soif du pouvoir illimitée. Malgré l'égalitarisme communiste qu'il prêche, il est le chef absolu de son parti ; évidemment il se charge de tout, mais il est également le seul à donner des ordres et ne tolère aucune opposition". »
        — Gary North

  • «  L'expropriation violente des possédants, la haine des paysans suspects d'attachement à leur petite propriété, le mépris du peuple, ravalé au rang de lumpenprolétariat, quand il n'est pas la classe ouvrière organisée en parti marxiste, la volonté d'instaurer une dictature du prolétariat (sur qui ? sinon sur le reste des prolétaires et la totalité des paysans...), l'usage de l'État pour activer paradoxalement son propre dépérissement, tout cela fait de Marx l'héritier du jacobinisme de Robespierre et le précurseur de ceux qui ne s'en réclament pas vainement : Lénine et Staline, Mao et Castro, Kim Il-sung et Pol Pot, et tous les régimes dictatoriaux à faucille et marteau. Au XXe siècle, ce communisme-là causera la mort de 100 millions d'hommes. »
        — Michel Onfray, Le miroir aux alouettes, 2016

Notes et références

  1. « Une qualité de l'œuvre de Marx, c'est qu'elle peut être expliquée en cinq minutes, en cinq heures, en cinq ans ou en un demi-siècle. Elle se prête, en effet, à la simplification du résumé en une demi-heure, ce qui permet éventuellement à celui qui ne connaît rien à l'histoire du marxisme d'écouter avec ironie celui qui a consacré sa vie à l'étudier. » (Raymond Aron). Tentons cinq minutes...

Œuvres de Karl Marx (et Friedrich Engels)

(Ouvrages principaux - E: Engels)

Littérature secondaire

  • 1946, Carlo Antoni, "Considerazione su Hegel e Marx" ("Considération sur Hegel et Karl Marx"), Napoli: Riccardo Ricciardi e Associati
  • 1967, David McCord Wright, "The Trouble With Marx", New Rochelle, NY: Arlington House (introduction de Gottfried Haberler)
  • 1977, Raymond Aron, Le Marxisme de Marx. (Cours donné à la Sorbonne en 1962-1963, complété en annexe, pour certaines parties manquantes, par des extraits d'un cours donné au Collège de France en 1977. Une analyse complète et critique de l'œuvre de Marx.)
  • 2017, William H. Shaw, "Karl Marx on History, Capitalism, and . . . Business Ethics?", In: Eugene Heath, Byron Kaldis, dir., "Wealth, commerce, and philosophy: foundational thinkers and business ethics", Chicago : The University of Chicago Press, pp321-340

Voir aussi

Liens externes

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C) -  Marxisme

Le marxisme est une idéologie pensée et élaborée par Karl Marx, Friedrich Engels et ses continuateurs au XIXe siècle. Se basant sur une explication et critique de la société et mode de production capitaliste. Le marxisme, se prétendant être un nouveau paradigme sur une base scientifique et matérialiste, est un élément essentiel à la réalisation du communisme, c'est à dire, abolir la société capitaliste opérant une transition révolutionnaire de la société de classes à une société sans classes. 

Terminologie

Les termes liés au marxisme sont nombreux et polysémiques ; au premier chef, le marxisme est le courant philosophique et politique se réclamant des idées de Karl Marx et Friedrich Engels. L'adjectif marxien, s'applique parfois uniquement à la pensée des deux auteurs quand on veut la distinguer de celles des héritiers, et à Marx seul quand on veut dissocier son apport respectif de celui de Engels (on parle aussi, alors, d'engelsianisme). On dira donc, par exemple, la pensée marxienne quand il s'agit du gendre de Paul Lafargue, et la pensée marxiste quand il s'agit des idées et élaborations pratiques des individus ou groupes tirant leur méthode, leurs concepts et leur grille d'analyse, des écrits du/des premier(s). Il faut noter que Marx lui-même a plusieurs fois dit, dans les dernières années de sa vie: « Moi, je ne suis pas marxiste ».

Un marxologue est un chercheur qui étudie la pensée de Marx exclusivement, et non pas de Engels et des marxistes. Évidemment, un marxologue, Raymond Aron en est un exemple, n'est pas nécessairement marxiste; et réciproquement.

Marxisant est utilisé dans cet article comme un quasi-synonyme de « gauchisme », celui-ci étant lui-même entendu au sens que lui donne Droz [1997], c'est-à-dire une nébuleuse contestataire et/ou révolutionnaire, et non au sens de Lénine, qui désignait en 1920 le « bolchévisme de "gauche" », diagnostiqué comme étant une « maladie infantile du communisme ». Marxisant désigne donc une pensée dont l’héritage ne réside pas dans le seul courant marxiste, tout en en reprenant certaines analyses. Ces adjectifs sont très utiles, quoique flous et problématiques en ce qu’ils permettent de nombreux amalgames, pour qualifier certains aspects de pensées telles que celles de Michel Foucault ou de Jacques Derrida, qui, afin de prévenir toute possibilité de critique, se sont refusés à clairement catégoriser leur pensée respective.

Enfin, le marxisme mis en pratique sous la forme d'un régime politique s'appelle le communisme, bien que l'on trouve dans les premiers écrits de Marx, le terme de socialisme.

La théorie du marxisme

Un certain style marxiste

La pensée marxienne : une boite à outils pour pensée flexible

D’un point de vue théorique, la version marxienne du concept de lutte des classes (et sa version diachronique : le matérialisme historique), associé à l’idée que la base ou infrastructure économique détermine la conscience, fait de l’Histoire la poursuite sous différentes formes d’un conflit incessant entre l’idéologie de la classe dominante et une conscience affranchie. Ceci oblige donc le marxisme à reprendre toujours en situation sa critique, celle-ci ne trouvant fin, selon les uns, que par l’avènement de la révolution prolétaire mondiale et donc la fin de l’Histoire, les maoïstes voyant au contraire la nécessité d’une déconstruction/révolution permanente pour échapper au dogmatisme.
D’un point de vue pratique, aucun texte ne donnant de programme d’action politique précis, les révolutionnaires russes durent, comme le fit Lénine, combler les lacunes laissées béantes et définir une praxis politique concrète de la prise de pouvoir et de son exercice.

Ainsi, si les ouvrages marxiens ont laissé un fond conceptuel stable quoique ambigu du fait du « tournant économique », Marx est pour certains marxistes (révisionnistes, marxisme occidental) ce que Linus Torvalds est à Linux, c'est-à-dire qu'il a donné le noyau du code source, que chaque marxiste est appelé à retravailler pour son compte, à l’aune de sa situation ; pour d'autres au contraire, Marx sera considéré comme le fin mot de la pensée, dont il ne reste qu'à développer les idées. Si bien que les libertés prises avec la pensée marxienne auront comme effet de miroir les multiples retour à Marx.

Cinq grands pôles du marxisme se sont dégagés au XXe siècle :

  • le marxisme soviétique : considérant que les écrits de jeunesse de Marx ne devaient être laissés qu’à la seule « critique rongeuse des rats », beaucoup de penseurs, le plus souvent russes, développèrent le sillon matérialiste et économique, pour proposer des théories monistes (jusqu'à Bogdanov et son empiriomonisme), parfois behavioristes (Pavlov), et assumant parfois pleinement le réductionnisme qu'est l'économisme.
  • le marxisme occidental : en rupture avec le marxisme russe, du temps de Lénine (cf. Marxisme et philosophie de Karl Korsch) ou de Staline (cf. Le Matérialisme dialectique de Henri Lefebvre), ou suivant les courants révisionnistes de la social-démocratie, les auteurs de l'Ouest insisteront sur l'aspect philosophique de Marx, l'alliant avec d'autres auteurs d'horizons divers, devenant le paradigme dominant des universités, dont les traces sont encore très tenaces.
  • le maoïsme : version chinoise du marxisme-léninisme, peu original du point de vue théorique, il aura surtout été le phare de substitution des marxistes après la découverte de l'horreur staliniste.
  • le marxisme tiers-mondiste : relisant la lutte des classes à l'échelle des nations et la critique de l'idéologie à l'aune de l'occidento-centrisme, il développe une critique de l'impéralisme occidental colonialiste.
  • le marxisme-analytique : tentative très éphémère et marginale de replanter le marxisme sur les bases de la philosophie analytique.

Néanmoins, le dialogue permanent entre les trois premières versions du marxisme, leur opposition structurale ou leur héritage mutuel, fait en sorte qu'une étude par grands principes du marxisme (plus en amont) et non par courants, sera préférable.

Révolution permanente ou fuite en avant : une pensée dialectique

D’un point de vue politique, le marxisme, comme toute politique volontariste, ayant pour but de modifier la réalité (cf. Thèses sur Feuerbach, XI: «  Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer. »), est directement opposé au laissez-faire libéral, dont il est historiquement la première réaction moderne (fascisme et national-socialisme la suivant).

Or, à la différence d'un individu agissant sur un marché à l'aune de ses connaissances et de son intérêt, le pouvoir politique, engageant, par ses mesures, la communauté qu'il dirige tout entière dans une finalité collective, est obligé de connaître l'ensemble des facteurs interconnectés d'un nombre aussi élevé de domaines qu'il s'est octroyé de tâches et de prédire s'il veut rationaliser ce qui n'était qu'« anarchie de la production », c'est-à-dire planifier.

Le marxisme totalitariste (marxisme-léninisme, stalinisme, maoïsme, castrisme) se voit donc avec un cahier des charges par essence irréalisable, et ne peut provoquer que des déséquilibres, tant sur le plan « superstructurel » (injustices, ségrégations et privilèges à rebours pour contrebalancer ceux connus par les groupes exploités ou opprimés), que sur les plans économique et social (impôt et redistribution, déresponsabilisation, etc.), chaque nouvel état de la société devant à son tour être « corrigé », ad vitam aeternam. Comme il ne reconnaît pas que les mesures politiques ne sont pas des solutions mais le problème en lui-même, il faut sans cesse redécouvrir des raisons à la résistance têtue des faits, trouver des aliénations plus profondes ou des comploteurs (internes et externes) invisibles pour expliquer le report constant de la venue de la cité idyllique et de l'homme nouveau, que le communisme (en passant par le stade transitoire du capitalisme d'État) devait apporter.

Il en est de même pour expliquer la si bonne santé d'un capitalisme qui était voué à l'« effondrement », chaque décennie fournissant son lot de prophètes de l'apocalypse et d'analystes expliquant le pourquoi de l'ajournement de celle-ci, inlassablement démentis, toujours réapparaissants.

La « révolution permanente », l'« autocritique » (le plus souvent, en fait, critique des adversaires) et les méandres des trouvailles idéologiques (y compris pour sauver Marx de flagrantes erreurs de prédiction), sont surtout une fuite en avant refusant de tirer les leçons des échecs, créant un monde caligulesque où la délimitation de ce qui relève de l'orthodoxie marxiste et du révisionnisme (accusations de « petite-bourgeoisie », de « droitisme » ou au contraire de « gauchisme » ultra-révolutionnaire) est « un enjeu de pouvoir » (pour paraphraser Pierre Bourdieu) faisant de la politique plus qu'un bavardage sans point final, une question de survie.

D’un point de vue épistémologique, contrairement à l’analogie avec le code source informatique opérant, bien que les marxistes voient dans les écrits de Marx les bases d'une « science », ils n'en présentent toutefois pas les traits.
Non-falsifiable (cf. Popper), une lecture marxiste peut toujours être plausible, au même titre que l'interprétation d'un rêve ne pourra jamais être réfutée.

De plus, les thèses marxiennes puis marxistes ne sont pas tout à fait cumulatives et ne « progressent » souvent que par adjonction adjuvante d'autres théories (darwinisme, kantisme, nietzschéïsme, freudisme, analyse systémique, etc.). Chaque nouveau courant de la pensée marxiste, plutôt que de résulter d'une correction d'un paradigme par un autre plus adéquat, ou du moins d'un affinage au sein du paradigme, relève dans le marxisme occidental d'effets de modes tâtonnant à droite et à gauche, quand les théorisations soviétiques furent, à l'instar du machiavélisme, des simples stratégies politiques aux fins de prendre ou garder le pouvoir, purges et excommunications y remplaçant la nouveauté artificielle des chaires universitaires, ces innombrables revirements ou éparpillements, ne militant jamais pour la crédibilité de la postérité des idées de Marx.

D’un point de vue philosophique, bien que Marx ait voulu rompre avec l'idéalisme hégélien et dépasser la philosophie en la réalisant, bien qu'un Marx de la maturité (ou scientifique) ait voulu succéder à un jeune Marx manipulant des concepts flous encore emprunts de catégorisations vaporeuses (« aliénation », « homme vrai »), sa théorie reste toujours non-falsifiable. Qu'il faille imputer ceci à un indécrottable hégélianisme ou à une sorte de penchant allemand pour le verbiage[1], toujours est-il que la pensée marxienne n'a pas plus réussi à se détacher de l'utopisme des premiers socialistes que de la sensiblerie, laissant la porte ouverte aux exégèses les plus contradictoires.

En Europe de l'Ouest, les marxistes des années 1960 se voulant une pensée féconde, flexible et créatrice, ont développé des idées foisonnantes partant dans tous les sens, multipliant les pistes en association avec d'autres théories non-réfutables (freudisme, nietzschéisme, phénoménologie, existentialisme) ou d'autres thèmes (art, religion, culture). Il en résulte qu'elles deviennent des poétiques, prolixité creuse frayant des chemins qu'elles abandonnent en cours avant de foncer dans le mur, pratiquant une sorte de stratégie de la rupture ou du contrepied qui permet de quitter le navire avant qu'il ne coule et de ne pas payer les dettes des écrits précédents, qui équivaut à la fuite en avant politique. Mouvants, s'amendant sans cesse, les strates de discours s'amoncellent, se contredisent, parlent des langues hétérogènes, associent le bruit à la fureur, tout en se refusant d’abandonner la matrice originelle qui les y a conduit.

Le marxisme comme mystification idéologique

Le stalinisme et les Partis communistes nationaux fonctionnent comme l’Église catholique, à coup de dogme et de bulles que les « idiots utiles » (le mot est de Lénine) relayent. La phraséologie humaniste et holiste en fait une véritable mystique laïque.

« Sous un certain aspect important, le marxisme est une religion. A ses fidèles il offre, en premier lieu, un système des fins dernières qui donnent un sens à la vie et qui constituent des étalons de référence absolus pour apprécier les événements et les actions ; de plus, en second lieu, le marxisme fournit pour atteindre ces fins un guide qui implique un plan de salut et la révélation du mal dont doit être délivrée l'humanité ou une section élue de l'humanité. Nous pouvons préciser davantage : le socialisme marxiste appartient au groupe des religions qui promettent le paradis sur la terre. »
    — Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie

« Cette restauration [d'un intégrisme marxiste après la déstalinisation] est l'œuvre d'un philosophe et d'un théologien, non d'un économiste ou d'un sociologue. (...) En tant que membre de parti, Althusser doit, comme plusieurs générations de marxistes avant lui, prêter à Marx, en usant de citations bien choisies, ce qu'il veut dire lui-même. La méthode, celle des théologiens, consiste à choisir les textes tout en poussant l'audace jusqu'à reconnaître que Marx n'a pas pleinement compris lui-même sa pensée authentique, la portée de la révolution scientifique qu'il a inaugurée. »
    — Raymond Aron, « La lecture pseudo-structuraliste de Marx » (1967), I, dans Marxismes imaginaires.


Sur le fond, la parole de Marx est présentée régulièrement comme incritiquable. Ainsi de Sartre, cité par Raymond Aron : « Sartre décrétait dans la Critique de la raison dialectique la vérité du Capital, il la déclarait à ce point translucide que tout commentaire en affaiblirait l'évidence ou la pureté »[2]

Socle identitaire

Malgré tout, sans tomber dans une recherche essentialiste de toute façon impossible dans le cas du marxisme, il faut bien tenter de dégager un noyau doctrinal, un socle identitaire commun qui unifie dans leur diversité les différents marxismes :

  • « Fétichisme de la marchandise », « aliénation », « réification ». Du « fétichisme de la marchandise » (dans Le Capital) à Baudrillard, le capitalisme, censé déposséder les hommes de leur humanité, du ‘’sens’’ de la vie, des vraies valeurs, transformant le monde en « spectacle » (Debord), il s’agit de retrouver, avec des réminiscences involontaires très aristocrates et jansénistes, la profondeur et la grandeur de ce que la pensée vulgairement matérialiste du bourgeois dégrade. Le thème est passé dans le fond des clichés communs. Outre la difficulté proprement philosophique de ce dualisme ontologique des valeurs (l' « homme vrai », la conscience capable de se désaliéner, l' « homo faber » s'élevant au-dessus de l' « animal laborans » - Hannah Arendt), il en résulte une considération parfois méprisante de la masse dans le droit fil du mépris des philosophes pour les vulgaires, les insensés. D’où cette tension entre un aristocratisme prononcé (celui d'un W. Benjamin, par exemple) et cette glorification de la masse quand elle prend le visage de l'idée de peuple ou de prolétaires, par les théoriciens soviétiques et les Partis communistes.
  • « Liberté réelle », « division du travail » : Au-delà de l’impensé moral ou sensible dont relève le militantisme de Marx (pourquoi en tant que fils de bourgeois n’a-t-il pas fait sienne l’idéologie de sa classe ?), au-delà de sa prétention à la « neutralité axiologique » scientifique (cf. Pierre Bourdieu, à qui la même question de la neutralité peut être posée) l'égoïsme, l'exploitation et la domination capitalistes doivent être combattus car le communisme émancipera les opprimés en instaurant une solidarité fraternelle (« à chacun selon ses besoins »). Or, en tant que différenciation avec le reste de la communauté (la Gemeinschaft de Tönnies) l'émancipation politique, religieuse ou tout communautarisme est rejeté car procédant de l’idéologie « petite-bourgeoise ». Dans Sur la question juive par exemple, l’émancipation des juifs est condamnée car en désirant se libérer de l'État tutélaire chrétien, ceux-ci en oublient que la véritable émancipation est celle, universelle, de l’être « humain » en général, opposé à la réification de la raison instrumentale, la « Loi et les prophètes » du capitalisme. Cependant la figure du juif, lu d'après le prisme de Lévinas comme opprimé total, devient la figure-symbole de la libération chez un Dussel, par exemple. De même, l’aspiration à un certain libéralisme politique est accompagné quand il est lu sous le prisme de la « lutte des classes » ou quand il est stratégiquement intéressant (cf. la question nationale), mais combattu quand on en aperçoit la caractère contradictoire avec le collectivisme unitaire de la pensée marxiste. Si Marx oppose, à raison quand il oppose le catholicisme social à sa pratique d’exploiteurs , la même contradiction entre cette liberté programmatique, pourtant voulue comme « réelle », et celle purement nominale dont jouiront les peuples des démocraties populaires, se retrouve lors du passage des mots aux choses.
  • Critique de l’idéologie : si la vérité n'est jamais que la vérité du groupe dominant qui a la parole (polylogisme), si la vérité d'un jour est perçu comme l'erreur du lendemain, la raison n'est jamais qu'une illusion politique au service de la bourgeoisie, l'organe de légitimation du système répressif, et le fou, le marginal, le déviant, brefs toutes les minorités « opprimées » deviennent des révolutionnaires en puissance, des contestataires éclairés de l’ordre bourgeois établi, Descartes et tout rationalisme, les instruments involontaires (pensée holiste : structuraliste ou fonctionnaliste) de la bourgeoisie, jusqu'à ce que la raison instrumentale (École de Frankfurt), le practico-inerte (Sartre) soit le vecteur du fascisme... (cf. Foucault, Blanchot, Deleuze et Guattari - à noter que les francfortiens s'en prendront au stalinisme lui-même...). Le gouffre du nihilisme, après avoir emporté la logique agonistique des national-socialistes, n'est pas loin d'emporter les marxo-schopenheuriens ou marxo-kierkaargediens...
  • « Homme réel » : si l'homme est un être nécessairement social, il doit être politique. Si un homme n'est pas une île, alors l'individu n'est rien (holisme, substantivation des groupes dans le stalinisme), et la production doit être collective, donc la consommation, donc la prise de décision qui précède toute action. Les marxistes n'ont cependant jamais réglés la question de la méthode: révolution(s) internationale ou nationales (les classes sont-elles transnationales, existe-t-il un droit à la reconnaissance de différences identitaires, culturelles ?), « centralisme démocratique » ou autogestion ?, démocratie de façade (démocraties populaires) en vrai despotisme éclairé pour garder une et indivisible la communauté ou pluralisme au risque de la division ? La scission anarchisme romantique / despotisme centralisateur reste une pierre d’achoppement permanente chez les marxistes.

La marxisation des esprits

Durant toute la deuxième moitié du XXe siècle on peut noter une très forte marxisation des esprits dans les universités continentales.

Philosophie et sociologie

Considéré avec Freud et Nietzsche comme un des trois « maîtres du soupçon », Marx a ouvert la porte à de nombreuses modes philosophiques sapant les fondements de la raison traditionnelle « bourgeoise », jusqu'à la bouillie destructurée du post-modernisme (Lyotard, Derrida). La pensée de Marx, de part son style, s'est vue associée à la phénoménologie, à l'existentialisme (années 50) représenté par Jean-Paul Sartre (qui fut un « compagnon de route » du PC, et voyait dans le marxisme « l'horizon indépassable de [son] temps »), à Nietzsche (notamment avec Michel Foucault), à Freud dans le freudo-marxisme de Erich Fromm] ou Herbert Marcuse ; son holisme en faisait un précurseur du structuralisme (années 1960).

La réception de la pensée de Marx dans la sociologie française a été notamment abordée selon trois points de vue et/ou postures :

  • diachronique (Daniel Lindenberg], Le marxisme introuvable (1978)) ;
  • généalogique (Jacques Donzelot], L'invention du social (1984)) ;
  • synchronique (Pierre Ansart], Les sociologies contemporaines (1990))

Économie

Alors que dès les années 1920, l'impossibilité du socialisme et du marxisme était connue, celui-ci a largement impacté la science économique

  • De nombreux « économistes » marxistes ou marxistant ont tenté de proposer des modèles économiques rendant le marxisme réalisable, comme le socialisme de marché d'Oskar Lange. Ces tentatives furent discréditées par Friedrich Hayek
  • D'un certain point de vue, s'il se disait lui-même « libéral » (au sens états-unien), Keynes est assimilable à un économiste marxisant, partageant plusieurs traits communs avec les économistes marxistes, que les keynésiens de gauche exploiteront: analyse macro-économique analysant des comportements de groupes, critique de la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say, interventionnisme étatique (mais servant à sauver le capitalisme, non à l'abolir), analyses sur la plus-value parallèles à celle de Marx, réhabilitation de la valeur-travail par Piero Sraffa.
  • L'économiste marxiste Rudolf Hilferding, dans Das Finanzcapital (Le capital financier), 1910 : pour lui, on avait affaire à l'avènement d'une nouvelle phase du développement capitaliste caractérisée par le contrôle du capital industriel par le capital bancaire. Hilferding voyait dans l'avènement du capital financier une étape vers la socialisation de la production, et dans l'expropriation de ce capital par l'État un passage au socialisme, d'où l'importance du contrôle des capitaux financiers par les états.

Histoire du marxisme

Courants intellectuels pluridisciplinaires

  • le Marxisme analytique : Jon Elster, Philippe van Parijs formulent une tentative d'appréhender la pensée de Marx à partir de la philosophie analytique, qui a connue son apogée au milieu des années 1980 mais a été abandonnée au début des années 1990. On en retiendra que tout en voulant incarner un "Non-Bullshit Marxism", Cohen avait validé, dans un livre datant de 1978, les principaux concepts économiques de Marx, avant que Jon Elster, dans Making Sens of Marx en 1985, se basant sur l'individualisme méthodologique ne puisse que rejeter la pensée marxienne à cause de son hégélianisme, son holisme et son fonctionnalisme.
  • l'Internationale situationniste : Guy Debord, Raoul Vaneigem élaborent une organisation révolutionnaire désireuse d'en finir avec la société de classes en tant que système oppressif et de combattre le système idéologique de la civilisation occidentale : la domination capitaliste. L'IS était, au niveau des idées développées, issue de différents mouvements révolutionnaires apparus depuis le XIXe siècle, notamment de la pensée marxiste d'Anton Pannekoek, de Rosa Luxemburg[3], de Georg Lukacs ainsi que du communisme de conseil, et pouvait être apparentée à un groupe d'ultra-gauche, tout en étant également l'expression de la volonté de dépassement des tentatives révolutionnaires des avant-gardes artistiques de la première moitié du XXe siècle, le dadaïsme, le surréalisme et, dans une moindre mesure, le lettrisme.
  • « Socialisme ou barbarie » : Cornelius Castoriadis, Claude Lefort animent un groupe d'extrême-gauche, tirant son nom d'une formule de Rosa Luxemburg, et qui a édité une revue du même nom de 1949 à 1965, où il combattait le stalinisme sous toutes ses formes, et développait un marxisme anti-dogmatique. Il considérait le système de l'URSS et de tous les pays dits « socialistes » comme un Capitalisme d'État « trompeusement intitulé "socialiste", où les dirigeants de l’État et de l’économie prennent la place des patrons privés cependant que la situation réelle du travailleur reste inchangée ». Debord en a été membre en 1960-61.
  • l'École de Francfort : (1ère génération: Théodore Adorno, Walter Benjamin, Max Horckheimer - 2ème: Jürgen Habermas. De 1925 à 1933, leur projet est de faire l'analyse critique des sciences sociales dans une perspective néo-marxiste, puis ils se penchent sur l'apparition de la culture de masse dans les sociétés modernes. Ils serviront de modèles aux critiques de la société de consommation des années 1960 : Guy Debord, Jean Baudrillard.

Science

De 1930 à 1963, Lyssenko, technicien agricole, réussit à imposer en Union Soviétique (donc dans les Partis Communistes occidentaux), une théorie non-scientifique rejetant le principe des gènes et amplifiant grossièrement la ligne de la thèse de Lamarck sur la transmission des caractères acquis en l'accordant avec l'idéologie marxiste basée sur le concept de la malléabilité de la nature humaine. Pendant la guerre froide, le lyssenkisme, massivement appuyée par l'appareil des partis communistes locaux, connut également ses heures de gloire en Occident. À la fin des années 40, on voit apparaître la fameuse théorie des deux sciences : « La science bourgeoise, fausse par essence, et la science prolétarienne, vraie par définition ». C'est à cette époque de terrorisme intellectuel que le PCF s'en prend, entre autres, au « trotskyste Jacques Monod ». Selon le PC, la théorie de Mendel est raciste et la génétique mène au nazisme.

« Nous ne saurions traiter ces aberrations, si incroyables qu'elles paraissent, comme de simples accidents, des sous-produits du système qui n'auraient rien à voir avec le caractère essentiel du totalitarisme. (...) Elles dérivent du même désir de voir diriger chaque chose par « une conception d'ensemble du tout ». Il s'agit toujours de l'idée générale selon laquelle les connaissances et les croyances des hommes doivent servir d'instrument pour la réalisation d'un but unique. Du moment que la science doit servir non pas la vérité, mais les intérêts d'une classe, d'une communauté, d'un État, la seule tâche qui incombe aux démonstrations et aux discussions est de soutenir et de répandre les croyances qui dirigent toute la vie de la communauté. »
    — Friedrich Hayek, La Route de la servitude, chap. XI

Art

Marx et Engels n'ont pas laissé d'esthétique. Très vite, alors que l'image du génie incompris, solitaire et révolutionnaire dans l'âme est abandonnée aux anarchistes libertaires, Lénine, voulant rompre avec la futilité bourgeoise de « l'art pour l'art », transforme les artistes libres en ingénieur-soldats du beau, et transforme l'art en un simple instrument de propagande. Ou une militarisation de cet art social qui avait préexisté comme cri compassionnel chez Hugo, Courbet, Dickens ou Zola. Le réalisme socialiste (ou réalisme socialiste soviétique des russes aura son pendant en Chine, où les artistes sont contrôlés, réprimés, censurés et parfois condamnés, au gré des revirements idéologiques, pour des crimes que les pères du peuple leur avaient commandé hier. Antonio Gramsci sera le grand théoricien de la propagande diffuse mais permanente et Bertolt Brecht engagera volontairement ses pièces quand de nombreux marxistes n'imagineront plus la possibilité, ni morale ni même humaine (cf. Pierre Bourdieu) d'un art non-engagé.

Sans aller jusqu'au marxisme folklorique que constitue le cheguevarisme adolescent ou l'Ostalgie allemande, dont l'image est beaucoup plus proche de l'anarchisme libertaire et du socialisme utopique que d’un véritable militantisme marxiste, et dont on peut se demander s’il constitue une banalisation dangereuse de l'oppression ainsi lénifiée ou l’ironique récupération, par la toute-puissante société de consommation, de leur image, la question est posée de savoir si certaines pratiques artistiques révolutionnaires comme le dadaïsme, le surréalisme et, dans une moindre mesure, le lettrisme, que leur auteurs voulaient marxistes n'ont pas, en essayant de s'affranchir de l'art militant, été dans la continuité de « l'art bourgeois », pourtant honni, reconnaissant de fait que, tout comme la centralisation économique conduit à la famine, la gestion étatique (subventions, commandes, entretien des artistes) de l'art mène à la propagande, au clientélisme ou à la sclérose.

Le marxisme en tant que praxis

Les racines idéologiques des régimes marxisants

Si, à proprement parler le marxisme ne peut être antérieur aux écrits de Marx, il faut remarquer que les incarnations pratiques des idées marxiennes sont des avatars modernes de régimes déjà éprouvés dans l'Histoire: l'organisation militariste héritée de Lénine dans la Sparte de Lycurgue (dont Platon était un admirateur) ou la France robespierriste, la centralisation dans le constructivisme de Saint-Simon ou d'Auguste Comte, alors que les marxistes dissidents (anarchisants) n'ont pas totalement rompus avec les « socialistes utopiques » que fustigait Marx (More, Fourier, Campanella, Owen).[4]

Les Internationales

La Ière Internationale est à ses débuts divisée entre marxistes et anarchistes (Élisée Reclus, Mikhail Bakounine). Pour cette raison, elle explose en 1872 (pour cause d'exclusion des anarchistes avec l'accord de Karl Marx). Par la suite, seuls les anarcho-syndicalistes continueront à se réclamer de la Ière Internationale. Parmi les autres figures de l'anarchisme on peut citer Pierre-Joseph Proudhon et P.A. Kropotkin.

L'Internationale ouvrière fut fondée, à l'initiative notamment de Friedrich Engels, par les partis socialistes d'Europe lors du Congrès de Paris en juillet 1889 ; elle est aussi connue sous le nom de IIe Internationale, ou Internationale socialiste. Elle milite jusqu'au début du XXe siècle sur les bases du marxisme, mais certains courants se développent à sa droite, prêchant l'abandon du principe révolutionnaire et recommandant de privilégier le parlementarisme (réformisme). Au cours du XXe siècle, les différents partis socialistes reconstituant la IIe Internationale ont progressivement évolué vers des positions sociales-démocrates, passant de la lutte contre le capitalisme à sa gestion. (Eduard Bernstein, Karl Kautsky)

L'Internationale communiste (Komintern d'après l’abréviation en russe) ou IIIe Internationale, regroupe l'ensemble des partis communistes et était dirigée par le Parti communiste d'Union soviétique avant l'implosion de l'URSS. Un tournant autoritaire apparaît en 1921 avec l'exclusion de nombreux militants de la gauche de l'Internationale (Anton Pannekoek, Herman Gorter…). Après avoir lui aussi été exclu du Parti communiste d'Union soviétique par Staline, Léon Trotsky fonde en 1938 la IVe Internationale.

On notera aussi, dans la série des excommunions mutuelles, à partir des années 60, la rupture sino-soviétique, Mao Zedong et la République populaire de Chine se revendiquant de Staline.

Courants politiques marxistes

Il en existe trois grands types: révisionnistes socio-démocrates (jusqu'en 1950), autoritaire et démocratique.

La Social-démocratie

Initialement, la social-démocratie est une appellation du mouvement socialiste international, et en particulier de la IIe Internationale. Il s'agit donc à la base d'un mouvement marxiste. Mais une différenciation s'effectue entre ceux qui acceptent de participer à la guerre 1ère Guerre Mondiale (les socio-démocrates, « social-chauvins »), et ceux qui s'y refusent (les communistes). Le clivage va aller en s'intensifiant, le réformisme des uns (comme Eduard Bernstein, puis Karl Kautsky dès 1917), prônant la participation avec les gouvernements bourgeois et l'abolition progressive du capitalisme sans rupture violente et au nom du réalisme, s'opposant aux méthodes révolutionnaires, ainsi qu'à la dictature du prolétariat. Dans les années 50, la social-démocratie abandonnera toute référence explicite au marxisme, bien que sous de nombreux aspects, elle en reste l'héritière.

Courants autoritaires

Les courants marxistes autoritaires sont les seuls à avoir été au pouvoir, les courants démocratiques n'ayant jamais séduit l'électorat.

  • Le Marxisme-Léninisme est la pensée héritée de Lénine et l'adaptation et l'interprétation que celui-ci a fait des concepts de Karl Marx, voire la position que Lénine aurait pu prendre s'il avait été confronté à des situations postérieures à sa mort, sur la base d'une exégèse de sa pensée. L'apport essentiel de Lénine est l'idée que le prolétariat ne sait pas ce qui est bon pour lui et que seul le parti peut le guider vers son émancipation.
  • Le Stalinisme: Si c'est essentiellement une pratique (appliquée dans les États du bloc communiste sous l'ère de Staline, il a néanmoins une composante idéologique, puisée du léninisme, caractérisée par : un État fort dirigé dictatorialement par le premier secrétaire du Parti, l'Infaillibilité du Chef et le culte de la personnalité de celui-ci, la théorie du « socialisme dans un seul pays », une exaltation du travail allant jusqu'au fanatisme culminant dans la doctrine du stakhanovisme.
  • Le Maoïsme : Idéologie développée en Chine depuis la victoire du Parti communiste chinois en 1949, par son leader, Mao Zedong. Fondé en théorie sur les écrits des « pères » du communisme (Marx et Engels), héritier chinoise du stalinisme, le maoïsme présente cependant certaines caractéristiques qui le relient à la pensée, à la culture et à l'histoire de la Chine. Après les révélations sur les crimes du stalinisme, l'idéologie maoïste a été parfois considérée comme un recours par certains intellectuels de gauche en Occident et dans des pays du Tiers-Monde. Après les références maoïstes des soixante-huitards, aujourd'hui encore, et notablement au Népal, des guérillas armées s'en réclament.
  • Le Castrisme : Pratique gouvernementale développée par Fidel Castro et Che Guevara, qui n'apporte pas vraiment de théorisation nouvelle, sinon une systématisation des nationalisations, alimentée par la xénophobie et la lutte anti-impérialiste (notamment contre les USA), les étrangers étant accusés de piller le pays et de déposséder les autochtones de richesses qui leur reviennent. On y retrouve la même « organisation de l'enthousiasme » (Élie Halévy) que dans les totalitarismes, reposant sur une mise-en-scène du chef et un paternalisme séducteur. Hugo Chávez puis Nicolas Maduro (Venezuela) et Evo Morales (Bolivie) (ce dernier insistant sur la thématique ethnique) s'en réclament aujourd'hui encore.

Courants démocratiques

  • Le Communisme de conseil : Anton Pannekoek, Karl Korsch, Maximilien Rubel, Cornelius Castoriadis et Claude Lefort (animateurs de « Socialisme ou Barbarie »), Guy Debord et Raoul Vaneigem de l'Internationale Situationniste. Courant marxiste antiléniniste, il se réclame des conseils ouvriers (ou « soviets »), tels qu'ils existèrent en Allemagne en novembre et décembre 1918. Ces assemblées réunissant l'ensemble des prolétaires, doivent diriger la révolution (et non le seul Parti comme le voulait Lénine) sous une forme de démocratie directe. Les « conseillistes » rejettent les syndicats, considérés comme des structures réformistes, refusent de participer aux élections ou de soutenir les luttes de « libération nationale », et s'opposent parfois à l'antifascisme qui, en oubliant la lutte des classes, ferait de fait une sorte d'alliance avec la bourgeoisie.
  • Le Luxembourgisme : Rosa Luxembourg. Ce courant issu du mouvement ouvrier allemand, marxiste et révolutionnaire, s'est caractérisé par son refus total de la guerre en 1914, sa défense de la politique communiste, son attachement à la démocratie ouvrière (notamment contre la vision « militarisée » du parti selon Lénine). Ce courant défend notamment la conception de Karl Marx disant que « l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes ».
  • Le Marxisme libertaire
  • Le Marxisme autonome : Cette appellation désigne un certain nombre de courants marxistes, d'origines différentes mais dont les conclusions convergent et mettent l'accent sur le mouvement autonome de la classe ouvrière: « Socialisme ou barbarie » (France), Opéraïsme (Italie), courant marxiste-humaniste (USA), Communisme-ouvrier (Iran et Irak, dès 1978).

Le marxisme dans les faits

La théorie de Karl Marx a servi de base à l’exercice d’une domination par des dictatures à l'économie planifiée déclarant viser l’instauration du communisme. Dans l'histoire du XXe siècle, le marxisme s'est installé dans de nombreuses régions du monde dont l'URSS (1922 - 1991), le Bloc de l'Est (1945 - 1989), la Corée du Nord (depuis 1946), la Chine (depuis 1949 malgré une évolution vers un socialisme de marché), Cuba (depuis 1959 malgré un abandon de facto du marxisme), le Chili sous la présidence de Salvador Allende (1970 - 1973), etc.

 

  • La République socialiste du Viêt Nam (1973- ?) : sur 20 000 français et viêtnamiens capturés lors de l'offensive de Dien Bien Phu, 9 000 miraculés survivront aux traitements inhumains des communistes vietminh. La répression du régime d'Ho Chi Minh n'épargnera ni les paysans (50 00 seront exécutés lors de la réforme agraire de 1954) ni les religieux systématiquement persécutés. Après la victoire communiste en 1975 contre les américains, 500 000 cadres et fonctionnaires sud-viêtnamiens sont envoyés dans des camps dont beaucoup ne reviendront pas.
  • Le Cambodge des Khmers rouges, (1975 - 1979) : Le régime maoïste de Pol Pot a abouti à un génocide cauchemardesque. Déportation entière de la population de Phnom Penh, réduction en esclavage des citadins, épuration impitoyable des éléments pro-vietnamiens et royalistes, massacre des cambodgiens jugés réfractaires au régime. Durant cinq ans, 2 millions de personnes sont exécutées, soit près d'un quart de la population khmère.
  • La République populaire démocratique du Laos : Régime de parti unique, il a provoqué l'exil d'environ 300 000 personnes, soit 10% de la population, opprime l'ethnie Hmong, et est un pays les plus pauvre du monde à cause de son modèle économique fermé et passéiste.
  • La République bolivarienne du Venezuela, sous la présidence d'Hugo Chávez puis de Nicolas Maduro (1998-?)
  • La République de Bolivie, sous la présidence d'Evo Morales (2006 - 2020)
  • Afrique
Les régimes marxistes étaient-ils fidèles à Marx ?

Des siècles (La Boétie) et des décennies (cf. Herbert Spencer, Maurice Bourguin, Ludwig von Mises, Friedrich Hayek) avant la « découverte » du caractère nécessairement militariste, tyrannique et totalitaire des régimes collectivistes, ainsi que la totale inefficacité économique de leur centralisation de l'information et du pouvoir (mais toujours bien moins stérile que la démocratie directe des conseillistes, qui n'ont jamais réussi qu'à se diviser), contrastant avec la terrible efficacité de la répression politico-policière, les libéraux et tous les hommes de bon sens, mettaient en garde les hommes de bonne volonté. Et ce d'autant plus que toutes les horreurs du XXe siècle étaient contenus dans les textes du père fondateur de la nébuleuse mortifère, la brutale réalité cotoyant l'enchantement des formules pieuses. (cf. les mesures à prendre d'après le Manifeste du Parti communiste).

Après la Chute

Après la déroute spectaculaire du modèle soviétique, et la gangrène prononcée du deuxième phare de la politique mondiale se soignant de l'horreur maoïste grâce à de fortes de doses de libéralisation économique, les marxistes ont le choix entre:

  • refuser l'héritage, apostasier et essayer de s'allier à la social-démocratie (qui elle-même essaye de se raccrocher au libéralisme). Peu le font.
  • pratiquer la fuite, y croire encore en opérant une dissociation terminologique entre « capitalisme d'État » et communisme, expliquant que nous avons connu l'un et pas l'autre, encore à venir, toujours à venir, mais comment ? Les voies du communisme sont impénétrables même après la lecture matérial-historique de Marx, et que là où Lénine, Staline, Castro et autres n'ont pas réussi de nouveaux réussiront... L'alter-mondialisme inconséquent et déjà déchiré, est-il le nouveau phare marxiste du XXIe siècle, ou une nième comète qui ne saura que s'écraser dans le vide ?
  • dénigrer le libéralisme, boite de Pandore de tous les penseurs en mal de raisonnement (Vivianne Forrester), et ne se proposer que comme posture morale bien incapable de donner un programme réaliste, trouver des excuses géopolitiques (évidemment la Suisse, Andorre, le Luxembourg, etc. avaient bien plus d'atouts que l'URSS, le bloc de l'Est et la Chine !), imputer ceci au stade de développement (armée d'une si bonne théorie, ne fallait-il pas attendre, alors ? Choisir un autre pays ? Laisser le capitalisme s'effondrer ?), dénoncer des complots (bien sûr le KGB n'a jamais existé face à la CIA, l'instrumentation des petits pays n'a été le fait que d'un seul bloc, et dans la lutte que se sont livrés l'URSS et les USA, il n'y a rien à tirer de la chute de l'un et de la survie tel quel de l'autre...)

Terrorisme et activités révolutionnaires

La violence et le mépris de la vie individuelle sacrifiée sur l'autel de la Cause, se manifeste encore dans l'activité des organisations terroristes d'inspiration socialistes qui sévissent:

  • en Europe :

Durant ce qu'on a appelé les « années de plomb », de nombreux groupuscules ont repris l'idéologie de la « propagande par le fait » prônée par certains militants anarchistes de gauche, lors des deux dernières décennies du XXe siècle: Action Directe en France, la Fraction Armée Rouge ou (« bande à Baader ») en RFA, les Brigades Rouges en Italie, Devrimci Sol en Turquie, 17-Novembre en Grèce, les Cellules communistes combattantes en Belgique, Euskadi ta askatazuna (ETA) au Pays Basque.
Aujourd’hui, des partis trotskistes comme la LCR / NPA ou Lutte Ouvrière n’hésitent pas à prôner une coercition despotique (interdiction de licencier, par exemple) pouvant aller jusqu’à la violence armée en cas de besoin.

  • en Amérique du Sud: les FARC en Colombie (1964-?).
  • en Asie: Sekigunha au Japon (faction armée rouge japonaise).

Erreur antilibérale : « le libéralisme a été la matrice du marxisme »

Le marxisme est parfois présenté comme héritier du libéralisme. Karl Marx a effectivement tiré certains concepts et certaines analyses des libéraux classiques pour les intégrer dans son système néo-hégélien. Il admirait Adam Smith et David Ricardo, mais s'est également discrètement inspiré des libéraux français de la Restauration comme Charles Dunoyer, Charles Comte et Augustin Thierry. Il existe chez Marx certains textes où il fait l'éloge du capitalisme, comme moteur de la transition historique entre l'État féodal et l'État socialiste. Marx reconnaît que le capitalisme a permis l'émergence du prolétariat. Le concept de lutte des classes est également d'origine libérale, mais Marx lui donne une signification nouvelle, clairement anticapitaliste. En revanche, la haine des Droits de l’Homme et du libéralisme politique est une constante dans son œuvre.

En fait l'équivalence libéralisme-marxisme est une vieille thématique nationale-socialiste, qui voyait dans l'internationalisme l'essence du marxisme, les aspects économiques passant au second plan. Or pour les nationalistes hitlériens, cet internationalisme était un élément commun entre le marxisme et le capitalisme libéral. C'est pourquoi ils ont développé toute une propagande autour de cette ligne, selon laquelle il existait dans « la guerre des races » à venir, une alliance objective entre les marxistes et les libéraux, tous au service du grand capital juif, de la finance internationale, bref, des nouveaux maîtres du monde. Cette thématique du « libéralisme comme matrice du marxisme » peut aujourd'hui sembler étonnante, mais ce discours à l'époque a séduit de nombreux marxistes, ralliés au mouvement national-socialiste, persuadés que les bolchéviques étaient complices des juifs et du capitalisme.

D'autre part, dans cette idéologie, le marxisme portait en lui les germes de la démocratie, c'est-à-dire de la destruction de l'ordre, du commandement et de la hiérarchie militaires.

Pour les théoriciens du NSDAP, que ce soit sur son aile gauche (Strasser) ou sur son aile droite (Rosenberg), le socialisme devait être expurgé de sa gangue marxiste, internationaliste et libérale, pour fabriquer le vrai socialisme, purement national et racial.

Quelques citations révélatrices :

« Je recommençai à étudier ; j'arrivai à comprendre le contenu et l'intention du travail de (...) Karl Marx. Son Capital me devint maintenant parfaitement compréhensible, comme la lutte de la social-démocratie contre l'économie nationale, lutte qui devait préparer le terrain pour la domination du capital véritablement international et juif de la finance et de la bourse. »
    — Adolf Hitler, Mein Kampf

« L'internationalisation de la fortune allemande avait été déjà mise en train par le détour de l'usage des actions. A vrai dire, une partie de l'industrie allemande essayait encore, avec un esprit de décision, de se protéger contre cette destinée, mais elle finit par succomber, victime de l'attaque combinée de ce système de capitalisme envahisseur qui menait ce combat avec l'aide toute spéciale de son associé le plus fidèle, le mouvement marxiste. »
    — Adolf Hitler, Mein Kampf

« Les nationaux allemands faisaient courir le bruit que nous n'étions au fond qu'une variété du marxisme, que nous n'étions que des socialistes larvés. Car ces têtes dures n'ont pas compris jusqu'à ce jour la différence entre le vrai socialisme et le marxisme »
    — Adolf Hitler, Mein Kampf

« Nous prendrons à droite le nationalisme sans le capitalisme auquel il est en général lié et à gauche le socialisme sans l'internationalisme marxiste qui est un leurre (...) Le national-socialisme devra être surtout un socialisme. »
    — Otto Strasser, idéologue nazi

« Nous approuvons la lutte des peuples opprimés contre les usurpateurs et les exploiteurs, car notre idée du nationalisme implique que le droit à l'épanouissement de l'identité des peuples que nous réclamons pour nous-mêmes s'applique également aux autres peuples et aux autres nations. Nous ignorons en effet la notion libérale des "bienfaits de la civilisation". Le national-socialisme est surtout à nos yeux l'antithèse du capitalisme international. Il entend instaurer le socialisme dont l'idée fut trahie par le marxisme, édifier une économie de type collectif gérée par la nation au profit de la nation, briser la domination de l'argent sur le travail, qui empêche l'épanouissement de l'âme d'un peuple et la constitution d'une véritable communauté populaire. »
    — Otto Strasser, Textes fondateurs du Front Noir

Citations

  • « Les marxistes ont correctement décelé comment les lois protègent la classe dominante, prédatrice, aujourd’hui celle des hommes de l’État. Mais le matérialisme de Marx lui a caché l’enjeu au-delà de la lutte des classes : les législations sont la manifestation du Mal dans le monde. Suprême ruse diabolique, les législations institutionnalisent le Mal en lui donnant l’apparence du Bien. » (Christian Michel[5])
  • « La pensée de Marx est en grande partie dépassée parce que la situation actuelle n'est plus celle de l'Europe de son époque. Le capital potentiel n'est plus le privilège d'un petit nombre. Après la mort de Marx, l'Occident a enfin réussi à établir un cadre juridique ouvrant l'accès à la propriété et aux moyens de production à la plupart des gens. Marx serait probablement très étonné de voir que, dans les pays en voie de développement, une grande partie des masses fourmillantes est formée non de prolétaires opprimés légaux, mais de petits entrepreneurs opprimés extralégaux possédant une quantité de biens appréciable. » (Hernando de Soto, Le Mystère du Capital)
  • « La grande complexité du marxisme peut se résumer en une phrase : "on a raison de se révolter". » (Mao Tsé-Toung)
  • « Cette théorie - fausse car incompatible avec la réalité humaine - avait pris au XXe siècle un tel empire sur les esprits qu'elle était devenue la référence obligée, le modèle absolu de l'idéologie. Nous avons maintenant la preuve expérimentale de son incohérence, ce qui devrait satisfaire ceux pour qui les instruments de la seule raison ne sont pas suffisants. Mais dans leur désillusion et pour masquer leur faillite intellectuelle, ils préfèrent proclamer la mort des idéologies, bien que dans le mot « idéologie » il y ait ce beau mot d'idée. » (Pascal Salin, Libéralisme, 2000)
  • « Quant à l’influence du marxisme, elle provient elle-même pour une bonne part de ce qu’il a donné une apparence savante et par suite une légitimité à un schéma explicatif éternel : la théorie du complot (conspiracy theory). Selon cette théorie, tous les maux qu’on peut observer dans les sociétés seraient dus à un complot des puissants, lesquels dissimuleraient leurs desseins égoïstes sous de nobles intentions. » (Raymond Boudon, Pourquoi les intellectuels n'aiment pas le libéralisme, 2004)
  • « Le marxisme, de façon unique parmi les philosophies politiques, s’est défini lui même comme une science. Pour ses adhérents, ses propositions ne sont pas spéculatives mais empiriques. En tant que bon hégélien, Marx voyait ses prévisions comme faisant partie d’un processus historique inexorable. Et pourtant, elles se sont toutes - toutes - révélées fausses. » (Daniel Hannan[6])
  • « Tout en bannissant impitoyablement tous les systèmes idéalistes et toutes les illusions, le marxisme, mis en pratique, a lui-même créé de nouvelles chimères qui ne sont ni moins douteuses, ni moins indémontrables que les anciennes. » (Sigmund Freud, Nouvelles conférences sur la psychanalyse, 1932)
  • « L'exploitation marxiste, c'est l'exploitation de l'incompréhension du peuple en matière d'économie. » (Robert Nozick)
  • « Le plus grand reproche que l'on puisse faire aujourd'hui au marxisme c'est d'avoir, par ses erreurs, ses crimes et son effondrement final, presque complètement discrédité une vision conflictuelle de l'histoire sociale et une dénonciation des classes exploiteuses, qui seraient pourtant plus pertinentes et plus urgentes que jamais. Cette analyse de classe, cette dénonciation des exploiteurs appartiennent à la tradition de la liberté naturelle. » (François Guillaumat)
  • « L'harmonie sociale que voulait créer Karl Marx s'est traduite par la mort de 61,9 millions d'individus. Comme tant d'autres aujourd’hui, Marx pensait que le marché n'était que du gaspillage sous prétexte que la production n'est pas planifiée rationnellement. Comme l'explique Ludwig von Mises, le socialisme est par nature condamné à l'échec. L'abolition de la propriété et du mécanisme de prix rend le calcul économique impossible. » (Emmanuel Garessus, 27 novembre 2017)
  • « Marx prophétise : premièrement, la misère croissante des travailleurs ; deuxièmement, la “concentration” générale, avec la disparition de la classe des artisans et des paysans ; troisièmement, l’effondrement catastrophique du capitalisme. Rien de tout cela ne s’est produit. » (Werner Sombart, Capitalisme moderne, 1902)

Notes et références

  • Voir l'opposition actuelle entre philosophie continentale et philosophie analytique, alimentée par la controverse des impostures intellectuelles, comme on opposerait, très schématiquement, les « maîtres du soupçon », la poétique heideggérienne et le postmodernisme qui en est l'héritier, à un esprit plus scientifique des Anglo-saxons.

  • Raymond Aron, « La lecture pseudo-structuraliste de Marx » (1967), I, dans Marxismes imaginaires

  • Rosa Luxemburg était une économiste politique révolutionnaire. Elle a présenté sa théorie de l'accumulation du capital, critiquant la société capitaliste et prônant la révolution socialiste

  • Consulter à ce propos Nemo, 2002, Troisième partie: "les adversaires de la tradition démocratique et libérale. I. la gauche".

  • Doit-on obéissance aux lois de son pays ?

  • Voir aussi

    Bibliographie

    • 1955, Raymond Aron, L'Opium des intellectuels
    • 1956, Raymond Aron, « Le fanatisme, la prudence et la foi » dans Marxismes imaginaires
    • 1974, Alexandre Soljenitsyne, L'Archipel du Goulag
    • 1982, Gérard Bensussan et Georges Labica, Dictionnaire critique du marxisme (abr. DCM), PUF/Quadrige, 3ème éd., 1999, ISBN 2130498728
    • 1985, Luc Ferry et Alain Renaut, La pensée 68
    • 1987, Leszek Kołakowski, Histoire du marxisme, 3 vol., Fayard
      • Une fresque complète des courants marxistes, dont il manque malheureusement le 3ème tome dans la traduction française. (Volume 1 : Les fondateurs Marx, Engels et les prédécesseurs; Volume 2 : L'age d'or de Kautsky à Lénine)
    • 1989, Alain Finkielkraut, La défaite de la pensée
    • 1993, David L. Prychitko, "Marxism", In David R. Henderson, dir., "The Fortune Encyclopedia of Economics: 141 Top Economists Explain the Theories, Mechanics, and Institutions of Money, Trade, and Markets", New York: Time-Warner Books, Inc., pp123-128
    • 1997, Jaques Droz (dir.), Histoire générale du socialisme, 4 vol., PUF/Quadrige, ISBN 213048428X
    • 2000, Collectif, Le Livre noir du communisme, Acheter sur Amazon
    • 2001, Kostas Papaioannou, Marx et les marxistes, Gallimard/Tel, 2001
      • Recueil de textes, que Raymond Aron jugeait "admirable". Présentant, d'abord un tableau complet et nuancé de la pensée de Marx et d'Engels, l'auteur montre ensuite comment cette pensée mutilée ou déformée est devenue méconnaissable. Ecrit antimarxiste-léniniste, fidèle à une inspiration de Marx.
    • 2002,
      • Philippe Nemo, Histoire des idées politiques aux Temps modernes et contemporains, Troisième partie, et not. chap. 6 et 7, ISBN 2130531636
        • Très intéressant ouvrage contenant, outre une présentation synthétique de nombreuses pensées politiques, des notes très hayékiennes. Un livre qui devrait être présent dans la bibliothèque de tout honnête homme.
      • Stéphane Courtois (dir.), Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe

    Liens externes

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    Pourquoi Les états Marxistes Ont-ils été Si Criminels?, Idéologie ou système? (for)








    D) - Valeur-travail - Réfutation mathématique de théorie marxiste

    La valeur-travail est la théorie économique selon laquelle la valeur des biens provient entièrement du travail employé ou incorporé. Du point de vue de la théorie valeur-travail, la valeur échangeable est déterminée par des quantités de travail nécessaires à la production. Cela implique, d'une certaine façon, que la valeur des biens économiques repose exclusivement sur la quantité relative de travail nécessaire.

    La première formulation de la théorie de la valeur-travail se trouve chez Adam Smith. Adam Smith a attribué deux significations à la Valeur : une qui prend le nom de valeur en usage (ou utilité), l'autre, celle de valeur en échange. Pour Adam Smith le travail est la mesure réelle de la valeur échangeable de toute marchandise. Il affirme « Le prix réel de chaque chose, ce que chaque chose coûte réellement à celui qui veut se la procurer, c'est le travail et la peine qu'il doit s'imposer pour l'obtenir. »

    David Ricardo, de la même manière, dans son exemple du joaillier laborieux, évoque l'estime des consommateurs : il est payé deux fois plus par heure qu'un travailleur ordinaire pour cette raison. Il se réfère donc aux "valeurs" présentes dans la tête des consommateurs.

    Marx reprendra la même idée par sa notion de « travail socialement nécessaire », c'est-à-dire une espèce de moyenne d'heures de travail pour une tâche donnée, moyenne impliquée, à un moment donné dans le temps et dans l'espace, par l'état de la technique, du savoir-faire, des mœurs, des désirs, etc.

    Un problème se pose néanmoins : les valeurs des marchandises ne sont pas réglées uniquement par les quantités de travail incorporées, mais aussi par la « longueur du temps qui doit s'écouler avant qu'elles puissent être portées sur le marché », comme dit Ricardo. Ce qui signifie que la valeur d'une pièce de tissu n'a pas la même composition que celle d'un avion supersonique.

    Si Ricardo admettait que cette théorie était une approximation, Marx, lui, la transformera en vérité absolue (d'où il tirera sa théorie de la plus-value pour "expliquer" l'aliénation du travailleur). Il s'est demandé comment des marchandises qui paraissent si diverses, si hétérogènes quant à leur valeur d'usage pouvaient être rendues comparables entre elles. La solution, qu'il trouve chez Smith et Ricardo, c'est que les marchandises sont toutes le produit du travail, toutes du « travail cristallisé ». C'est ainsi qu'elles peuvent s'échanger.

    L'école autrichienne rejette la théorie de la valeur-travail au nom de la subjectivité de la valeur et formule la théorie marginaliste de la valeur. Eugen von Böhm-Bawerk fut le premier à réfuter la valeur-travail marxiste en montrant qu'elle ne permet pas d'expliquer les prix de production à partir du prix du travail.

    Réfutation mathématique de théorie marxiste

    Soit V le « capital variable » correspondant aux salaires et C le capital constant correspondant aux machines, outils, bâtiments, terre, etc. Soit encore pl, la plus-value tirée par le patron du travail des salariés. On définit E, le taux d'exploitation par l'équation E = pl/V, et P, le taux de profit par l'équation : P = pl/(C + V)/V. La composition « organique » du capital de l'entreprise considérée est définie par l'équation K = (C + V)/V.

    A l'aide de ces différentes équations, on peut exprimer le taux de profit (P) en fonction de la composition organique du capital (K) et du taux d'exploitation (E). En effet, pl = V. E ; P = V.E/ (C + V); donc P = E/K.

    Or, dans les conditions de concurrence parfaite qui est le cadre de référence de Marx, le taux d'exploitation (E) et le taux de profit (P) sont les mêmes dans toutes les branches de production quelle que soit la composition organique du capital. Or la dernière équation montre que si la composition organique du capital (K) varie de branche à branche ou d'entreprise à entreprise, le taux d'exploitation étant donné et partout le même, le taux de profit (P) varie de branche à branche ou d'entreprise à entreprise. Ce qui est impossible.

    Citations

    • L’ennui avec la théorie de la « valeur travail », c’est qu’elle paraît logique : un bien devrait se vendre à un prix qui couvre son coût de fabrication et permettre à ceux qui l’ont produit de vivre décemment. Si la théorie de la « valeur travail » ou du « juste prix » ne tient pas devant la réalité, par où pèche-t-elle ? Les classiques voulaient partir de la valeur pour déterminer les prix. En réalité, il faut partir du prix pour déterminer la valeur. Chacun de nous, en effet, a une échelle des valeurs différentes de celle de son voisin. Chacun de nous, à partir de son revenu, considère qu’il peut vendre ou échanger un certain nombre de produits ou de services, à tout moment. Il y a donc, une infinité de « valeurs » qui se baladent dans le monde à chaque instant. On est devant un univers de possibles. De temps en temps, miraculeusement, deux « valeurs » se rencontrent et un prix est arrêté. C’est alors que l’échange du bien ou du service a lieu. Ce prix fixe la valeur monétaire du bien à ce moment-là seulement. Ce qui n’a rien à voir avec la valeur subjective que chacun d’entre nous pourrait accorder à ce bien. (Charles Gave)
    • Alors que dans le catholicisme le travail est considéré comme un obstacle nécessaire sur le chemin de la consommation, dans le calvinisme il revêt une qualité quasiment sacrée et devient une fin en soi. Ce n'est pas un hasard si la théorie de la valeur-travail a émergé dans le milieu du calvinisme écossais. (Murray Rothbard, Adam Smith Reconsidered, 1987)

     


     

     E) -  Divers liens sur ce sujet

    Karl Marx et le "libéralisme" des socialopithèques

    Sommaire:

    A) Karl Marx était un libéral - Zaki LAIDI - Libération

    B) Socialisme, libéralisme et égalité - Pierre MOSCOVICI - Libération

    C) Analyse libérale de Karl Marx - par Pierre Rondeau (son site)

    D) Marx et la critique du libéralisme - laurence hansen-love - Overblog

    E) Marxisme de Wikiberal pour information et Karl Marx

    F) Les racines libérales classiques de la doctrine marxiste des classes - Stéphane Couvreur/Ralph Raico - Institut Coppet
     
    G) MARX LE DERNIER DES LIBERAUX ? - Bernard Paranque (Euromed Management)1

    H) Libre-échange : Frédéric Bastiat VS Karl Marx - par Francis Richard dans Poing de vue 
     
     

    La pensée de Marx et la Critique du Programme de Gotha

    CRITIQUE DU PROGRAMME DE GOTHA1

    Rédigé par Marx en avril et au début de mai 1875. Publié pour la première fois (avec des coupures) dans la Neue Zeit N° 18, 1891. Le texte original est en allemand. 



    "Le capitalisme (monopoliste, dont d'État, qui assure des rentes de situation(s) illégitimes et injustifiées) est l'enfant pervers du libéralisme (concurrentiel, anti monopoles et anti oligopoles, anti lobbies ) : il vit de la socialisation (embrigadement) et donc l'entretient et l'élargit."

    Dominique Macquet

     

     

     


    Ágnes Heller, La théorie des besoins chez Marx, les éditions sociales, 2024. 

    Edité une première fois en français chez UGE en 1978, cet ouvrage présente une analyse intéressante du concept de besoin à travers les écrits de Marx. 

    Ainsi la question des besoins doit considérer ceux-ci avant tout comme sociaux et issus d’un processus historique que ce soit le besoin lui-même, émergeant des conditions sociales et historiques, mais aussi ce par quoi il peut être satisfait. Heller s’intéresse à la fois à la question des besoins dans les formes de sociétés capitalistes et au système de besoins qui pourrait émerger dans la société des producteurs associés. Les rapports capitalistes ne produisent que des besoins aliénés : le rapport moyen / fin est inversé : la satisfaction des besoins devient le moyen de l’enrichissement capitaliste. 

    De même, la course à l’accumulation implique la réduction de la satisfaction des besoins à l’aspect quantitatif, à la quantité des objets possédés grâce à l’argent. Les besoins humains, réifiés, sont réduits toujours davantage au besoin de posséder. « Le capitalisme quantifie toute la sphère qualitative des besoins humains pour en faire une « quasi valeur d’échange », « achetable », tous les besoins qualitatifs qui ne sont pas quantifiables, ni achetables, sont réprimés (…) 

     Mais l’argent peut faire plus que limiter la qualité, quantifier les besoins qualitatifs, laisser dépérir le non quantifiable : il quantifie le non quantifiable et renverse les besoins qualitatifs en leur contraire. « Ce que je peux m’approprier grâce à l’argent (…) je le suis moi- même, moi le possesseur de l’argent (…) Marx, Manuscrits de 1844 ». (p.75). Les besoins issus de la valorisation du capital, réduits et homogénéisés, tant pour la bourgeoisie que pour la classe ouvrière - quoique différemment - entrainent l’appauvrissement des autres types de besoins (Marx constate que l’ouvrier est un « être sans besoin »). 

    Mais les rapports capitalistes engendrent également les besoins dits « radicaux », issus des contradictions mêmes du mode de production, ils ne peuvent être satisfaits par / sous le Capital et nécessitent donc la disparition du salariat, le dépassement du mode de production, ouvrant la possibilité au libre développement d'un nouveau système de besoins : « une révolution radicale ne peut être que la révolution des besoins radicaux » 

    (K. Marx, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel). 

     

     

     

     

     

     

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