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octobre 09, 2026

Ah l'emprunt d'état.....Le bouffon et François 1er ! L'état ce voleur légal....

Dette : Le grand emprunt national, la méga solution qui va sauver la France de la banqueroute ?

à vos bourses, citoyens• Face à l’ampleur de la dette, un grand emprunt national est de plus en plus évoqué. Mais loin d’être une solution miracle, l’appel aux épargnes des citoyens a aussi nombre de défauts


 

L'essentiel

  • La France réfléchit de plus en plus à un grand emprunt national pour financer sa dette colossale de 3.595,5 milliards d’euros.
  • L’idée serait de faire appel à l’épargne des Français plutôt qu’aux investisseurs étrangers, avec des avantages fiscaux attractifs et des taux indexés sur l’inflation. Car c’est bien connu, on n’est jamais mieux servi que par soi-même non ?
  • Attention, car cette mesure présente des risques, pose des questions de l’utilisation de ces fonds, et ne résout pas le problème structurel de la dette française. Pas ouf comme miracle non ? 

Empruntons, empruntons, qu’une dette impure abreuve nos sillons ♫. Enfants de la patrie, fils et filles de France, la nation est, une nouvelle fois, en danger. Alors, à la mobilisation générale. Et on vous rassure, pas besoin cette fois de mourir à Valmy, Verdun ou Bir Hakeim. Pour assurer sa survie, l’Etat pourrait se pencher sur une idée bien plus pacifique : vous prendre « juste » un peu de votre épargne. Moins douloureux que partir face à la mitraille allemande, certes, mais vraiment efficace ?

Concrètement, le plan de bataille est simple : au lieu de se faire racheter sa dette par des investisseurs étrangers sur les marchés internationaux, on demande directement aux particuliers du pays de racheter une partie de cette dette colossale – comptez quand même 3.595,5 milliards d’euros, soit 119 % du PIB, selon l’Insee. Soit encore plus que durant la crise Covid.

On n’est jamais mieux remboursée que par soi-même

L’avantage de compter sur ses propres citoyens, c’est d’éviter de trop dépendre des investisseurs étrangers ou des marchés très capricieux en ce moment. Le tout, avec un taux d’intérêt attractif, parfois indexé sur l’inflation, et souvent des carottes fiscales (exonération d’impôt sur le revenu ou de droits de succession). 

Quant aux investisseurs étrangers, voir les Français massivement acheter leur épargne peut paradoxalement les rassurer. « C’est un signal positif et de confiance », susceptible de faire baisser les taux et de rassurer des marches et des agences de notation de plus en plus inquiets, explique Bernard Keppenne, chef économiste de CBC Banque.

Autre bienfait : enfin exploiter l’énorme épargne des Français. Le taux d’épargne du pays atteint 18 % du revenu disponible, soit 6.000 milliards d’euros, bien au-dessus de la moyenne de la zone euro (14 % du revenu disponible). « Les Français ont du bon sens économique, ils voient bien que l’heure n’est pas propice à la consommation », poursuit Stéphanie Villers, économiste spécialiste en macroéconomie. Autant utiliser enfin cet argent qui dort.

Un grand emprunt d’accord, mais pour quoi faire ?

Sauf que l’emprunt national existe déjà en partie. Les fonds euros de l’assurance-vie sont majoritairement investis en obligations de dette. Les assureurs français détiennent ainsi actuellement autour de 9 à 10 % de la dette négociable de l’État. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin alors ? En raison de l’effet d’éviction (à vos souhaits). L’épargne n’est pas illimitée, même dans des périodes de surépargne. Quand l’État lance un emprunt national attractif, une partie de cette épargne bascule vers les titres d’État plutôt que vers d’autres placements, comme les entreprises. « Cela risquerait donc de faire perdre des capitaux aux entreprises, déjà en pleine crise », rappelle Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne.

Poussons tout de même le raisonnement. Un grand emprunt national, d’accord, mais pour quoi faire ? « On peut légitimement se demander si les institutions publiques sauront bien flécher cet argent », s’interroge Stéphanie Villers. Les défis de demain sont nombreux, et les investissements à faire massifs. L’intelligence artificielle, afin de ne pas se faire vassaliser par les États-Unis ou la Chine, comme ce fut le cas avec Internet ? Ou la transition énergétique, la France ayant montré toute son impréparation aux chaleurs extrêmes à venir cet été ? 

Et si l’emprunt ne réglait rien ?

Or, pour le moment, la dette « ce n’est pas utiliser pour investir, c’est principalement des dépenses sociales, principalement sur les retraites », poursuit l’experte. Pas vraiment de quoi sauver la jeunesse, en pleine manifestation. 

Par rapport à l’avant Covid, les retraites pèsent 52 % de l’accroissement de la dette. 

Conclusion de Stéphanie Villers : « Ce qui compte aujourd’hui, c’est d’assurer les investissements de demain. Si c’est pour faire un emprunt de dépenses sociales, pas certain de la pertinence d’un emprunt. »

Ni de quoi susciter un grand intérêt populaire. « Si l’emprunt national peut susciter un sentiment de fierté pour les Français – ''on participe à l’État'' –, il faut que les emprunts ne servent pas à régler que la charge de la dette, mais servent à des objectifs bien précis d’investissement », estime Bertrand Keppenne. 

Qui rappelle surtout l’essentielle : efficace ou non, l’emprunt ne règle pas le problème de la dette de la France. « Ça ne change rien, il faudra quand même baisser le déficit », estime le spécialiste. Ça, on n’y coupera pas.

Jean-Loup Delmas

 https://www.20minutes.fr/economie/4251811-20261008-dette-grand-emprunt-national-mega-solution-va-sauver-france-banqueroute?

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COUP D’ÉTAT BUDGÉTAIRE : LE WALL STREET JOURNAL RÉVÈLE CE QUE MACRON PRÉPARE 🔥 
 
C’est un journal américain qui l’écrit noir sur blanc. Le gouvernement français se dit prêt à contourner le Parlement pour imposer des milliards d’euros de coupes budgétaires. Pas seulement via le 49.3. Mais via un outil jamais utilisé depuis 1958 : les ordonnances de l’article 47 alinéa 3 de la Constitution.
 
Si le Parlement n’a pas voté dans les 70 jours, le texte initial du gouvernement s’applique automatiquement. Amendements balayés. Discussion terminée. Une première sous la Ve République. Et le compte à rebours a déjà commencé.
 
Pourquoi cette précipitation ? Pour obéir aux exigences d’austérité de Bruxelles, en s’attaquant aux retraités, aux médicaments et à l’hôpital… tout en augmentant encore la contribution à l’UE et l’aide à l’Ukraine.
 
Le Wall Street Journal parle de « power grab ». Et si ce précédent passe, tous les autres deviennent possibles.
 
 

France : le Wall Street Journal révèle le plan budgétaire de Lecornu, l’opposition dénonce un passage en force - mycay

 Une nouvelle controverse politique secoue la France alors que le gouvernement de Sébastien Lecornu tente de faire adopter son budget pour 2027 dans un Parlement profondément divisé. Dans un article publié début octobre, The Wall Street Journal rapporte que l’exécutif est prêt à recourir à des mécanismes constitutionnels exceptionnels si les négociations budgétaires échouent. Cette perspective a immédiatement relancé les accusations de passage en force, tandis que les opposants au gouvernement dénoncent une stratégie qui pourrait réduire la marge de manœuvre des parlementaires. 

Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a expliqué au quotidien américain que le gouvernement entendait faire adopter son projet budgétaire, même si les discussions avec les députés n’aboutissaient pas à un compromis. L’objectif affiché est de réaliser des économies importantes afin de réduire le déficit public, dans un contexte où les finances françaises sont soumises à une pression croissante.

Pour les adversaires de l’exécutif, cette déclaration constitue un signal politique inquiétant. Ils redoutent que le gouvernement privilégie les procédures permettant de contourner un vote parlementaire plutôt que de rechercher un accord avec les différentes forces politiques. Certains vont jusqu’à qualifier cette démarche de « coup d’État institutionnel ». Cette expression relève toutefois de leur interprétation politique : le recours à une procédure prévue par la Constitution ne constitue pas, en soi, un coup d’État. 

Le 49.3 et l’article 47 : deux mécanismes au cœur de la controverse

Le premier outil évoqué est l’article 49, alinéa 3, de la Constitution. Ce dispositif permet au gouvernement d’engager sa responsabilité sur un texte. Celui-ci est alors considéré comme adopté, sauf si une motion de censure est déposée et votée dans les conditions prévues par la Constitution.

Cette procédure est particulièrement controversée lorsqu’elle concerne le budget de l’État. Elle permet à l’exécutif de surmonter certaines difficultés parlementaires, mais elle expose aussi le gouvernement à une tentative de renversement. Dans une Assemblée nationale fragmentée, l’issue dépend donc largement de la capacité des groupes politiques à s’entendre sur une motion de censure. 

Le gouvernement dispose également d’un autre mécanisme, prévu par l’article 47, alinéa 3, de la Constitution. Celui-ci concerne l’hypothèse dans laquelle le Parlement ne se prononce pas sur le projet de loi de finances dans le délai constitutionnel de 70 jours. Dans certaines conditions, les dispositions du projet peuvent alors être mises en vigueur par ordonnance.

C’est cette possibilité qui alimente une partie des inquiétudes. Contrairement à une adoption classique, elle pourrait permettre à l’exécutif de mettre en œuvre son projet initial sans que l’ensemble des modifications parlementaires proposées au cours des débats soient retenues.

 Le calendrier et les conditions exactes d’application de cette procédure restent néanmoins déterminants. Le fait que le gouvernement dispose d’un mécanisme de secours ne signifie pas qu’il est obligé de l’utiliser, ni que son application serait automatique dès qu’un désaccord politique apparaît.

L’article du Wall Street Journal met ainsi en lumière une difficulté institutionnelle réelle : comment faire adopter un budget dans les délais lorsque l’exécutif ne dispose pas d’une majorité suffisamment solide ? Mais la question juridique doit être distinguée des accusations plus larges concernant une volonté de supprimer le contrôle parlementaire ou de remettre en cause les prochaines élections. Ces dernières ne sont pas établies par les seules déclarations rapportées.

Un budget de 2027 sous pression

La controverse intervient alors que le gouvernement cherche à réduire le déficit public grâce à un ensemble de mesures fiscales et d’économies. Le projet de budget pour 2027 prévoit notamment un effort budgétaire de plusieurs dizaines de milliards d’euros. L’exécutif affirme vouloir rétablir progressivement les comptes publics tout en préservant la stabilité économique du pays.

Mais les mesures envisagées touchent plusieurs catégories de la population et suscitent déjà une forte opposition. Les retraités figurent parmi les groupes concernés, en raison de modifications fiscales et de projets visant à limiter la revalorisation de certaines pensions. 

L’une des dispositions les plus contestées concerne le plafond de l’abattement fiscal de 10 % accordé aux retraités pour le calcul de l’impôt sur le revenu. Le gouvernement propose de le ramener de 4 439 euros à 3 000 euros par foyer fiscal. Selon les estimations présentées dans le cadre du projet, cette mesure pourrait rapporter environ 1,4 milliard d’euros à l’État.

Le 7 octobre, les députés réunis en commission des finances ont rejeté cette disposition. Ce vote constitue un revers politique pour l’exécutif, mais il ne met pas définitivement fin à la mesure : le projet doit encore être examiné dans l’hémicycle, où le texte initial peut revenir dans les discussions. 

Cette première confrontation illustre les difficultés auxquelles le gouvernement doit faire face. Les oppositions ne se limitent pas à un seul camp politique : des élus de plusieurs groupes ont contesté la réduction de l’avantage fiscal accordé aux retraités. La recherche d’un compromis apparaît donc particulièrement complexe.

Retraites, santé et services publics : les autres points de friction

Au-delà de l’abattement fiscal, le projet budgétaire suscite des inquiétudes concernant le pouvoir d’achat, les dépenses de santé et le financement des services publics. 

Le gouvernement prévoit notamment de limiter la revalorisation de certaines pensions, avec des économies attendues sur les dépenses de retraite. Il envisage également plusieurs mesures concernant les dépenses de santé, les remboursements de médicaments et les indemnités journalières.

Pour les défenseurs du projet, ces efforts sont nécessaires afin de freiner l’endettement et de ramener le déficit public à un niveau plus soutenable. Ils soulignent que l’absence de mesures correctrices pourrait accroître les coûts d’emprunt et réduire la capacité de l’État à financer ses priorités. 

Les critiques répondent que les économies envisagées risquent de peser sur les ménages, en particulier les retraités et les personnes qui dépendent davantage des services publics. Ils estiment qu’un ajustement budgétaire ne devrait pas reposer principalement sur des restrictions touchant le pouvoir d’achat ou l’accès aux soins.

Le débat porte donc autant sur les objectifs financiers que sur la répartition de l’effort. La question centrale est de savoir qui doit contribuer au redressement des comptes publics et dans quelle proportion. 

Le rôle de l’Union européenne au centre des critiques

Dans la vidéo à l’origine de cette controverse, le dirigeant des Patriotes, Florian Philippot, présente le budget comme une manifestation de la dépendance de la France envers l’Union européenne. Il accuse le gouvernement de privilégier les exigences budgétaires européennes au détriment des intérêts nationaux.

Cette lecture s’inscrit dans la ligne souverainiste de son mouvement, qui défend une plus grande autonomie économique et politique de la France. Philippot critique notamment les dépenses liées à la contribution française au budget européen et à l’aide à l’Ukraine, tout en dénonçant les économies envisagées dans les domaines sociaux 

Il appelle les citoyens à faire pression sur leurs députés, à soutenir une motion de censure et à se mobiliser contre le projet de loi de finances. Son intervention s’inscrit dans une stratégie politique visant à transformer la controverse budgétaire en débat plus large sur la souveraineté nationale.

Il convient cependant de distinguer ces prises de position des faits établis. Les règles budgétaires européennes constituent bien un élément du contexte dans lequel la France prépare ses finances publiques, mais les mesures du projet de budget relèvent de choix gouvernementaux et de négociations politiques nationales. La présentation de l’ensemble du projet comme une décision imposée directement par Bruxelles correspond à l’analyse de Philippot, et non à une conclusion démontrée par les éléments cités.

Le Rassemblement national face au choix de la censure

La stratégie des groupes d’opposition constitue un autre élément déterminant. Une motion de censure ne peut aboutir que si elle rassemble suffisamment de voix à l’Assemblée nationale. Dans un paysage politique divisé, la position du Rassemblement national peut donc peser sur l’issue de la confrontation.

Selon les informations rapportées dans la vidéo, le RN hésiterait à soutenir une motion de censure, notamment par crainte d’aggraver les turbulences politiques. Florian Philippot critique vivement cette attitude et accuse le parti de laisser au gouvernement la possibilité de poursuivre sa politique budgétaire.

Le débat est pourtant plus complexe qu’un simple affrontement entre partisans et adversaires de la censure. Un groupe parlementaire peut s’opposer à certaines mesures budgétaires sans considérer qu’une motion de censure constitue la meilleure réponse. Inversement, refuser de voter une telle motion peut permettre au gouvernement de rester en place malgré l’opposition exprimée à son projet.

Le choix des députés aura donc des conséquences politiques concrètes. Il déterminera si l’exécutif peut poursuivre sa stratégie, s’il doit chercher de nouvelles concessions ou si la crise budgétaire débouche sur une confrontation institutionnelle plus profonde.

Une procédure exceptionnelle, mais pas un coup d’État établi 

La notion de « coup d’État » constitue l’aspect le plus spectaculaire de la polémique. Dans son intervention, Philippot présente le recours potentiel aux ordonnances comme un précédent dangereux qui pourrait, selon lui, ouvrir la voie à d’autres contournements des institutions, jusqu’à remettre en question la présidentielle de 2027.

Cette inquiétude est une affirmation politique qui doit être replacée dans son contexte. L’article 47, alinéa 3, est une disposition constitutionnelle destinée à répondre à une situation précise : l’absence de décision parlementaire dans le délai prévu pour l’examen du budget. Son existence ne prouve pas que le gouvernement prépare une action contre les élections ou cherche à suspendre les institutions démocratiques.

La controverse n’en demeure pas moins importante. Le recours à des mécanismes exceptionnels peut soulever des questions légitimes sur la place du Parlement, le contrôle de l’action gouvernementale et la capacité des représentants élus à modifier un texte budgétaire. La légalité d’une procédure et son acceptabilité politique sont deux questions différentes.

L’enjeu sera donc de déterminer si le gouvernement parvient à faire adopter son budget dans le cadre du débat parlementaire ou s’il finit par utiliser les mécanismes constitutionnels de secours. Les conséquences politiques dépendront également de la réaction des groupes parlementaires et de l’évolution des négociations dans les prochaines semaines.

En définitive, l’article du Wall Street Journal révèle surtout l’ampleur de l’impasse budgétaire à laquelle le gouvernement Lecornu est confronté. Les difficultés à réunir une majorité, les désaccords sur les économies et les tensions autour des retraites rendent l’adoption du budget particulièrement incertaine.

Pour ses opposants, cette situation confirme la nécessité de bloquer le projet et de défendre le rôle du Parlement. Pour l’exécutif, la priorité reste de faire adopter un budget permettant de maîtriser le déficit public. Entre ces deux positions, la question essentielle demeure : jusqu’où le gouvernement peut-il aller pour faire passer ses mesures sans compromettre la confiance dans les institutions ?

La réponse dépendra des décisions prises au cours de la procédure budgétaire, des votes à l’Assemblée nationale et du respect des règles constitutionnelles. À ce stade, parler d’un « coup d’État » relève d’une qualification politique contestée, tandis que le risque d’un passage en force budgétaire constitue bien le cœur du débat.

 https://telex.danhngon.pro/blog/france-le-wall-street-journal-revele-le-plan-budgetaire-de-lecornu-lopposition-denonce-un-passage-en-force-mycay?

 


Dette publique

La dette publique est constituée du montant total de tous les emprunts de l'État et des autres administrations publiques (collectivités territoriales et protection sociale). La dette intérieure est contractée auprès des agents économiques intérieurs (ménages, entreprises, institutions financières) tandis que la dette extérieure est financée par des intervenants étrangers.

Elle sert à financer (et est accrue par) le déficit budgétaire. 

 

Origine de la dette publique en démocratie

La dette publique semble être une fatalité de la démocratie. En effet, en démocratie, les hommes politiques cherchent à satisfaire d'abord l'électeur médian, et ce par la redistribution, car il faut que cet électeur, dont le revenu est inférieur au revenu moyen[1], obtienne des avantages qui lui coûtent moins que les impôts qu'il paie[2]. Comme il est impossible de prendre à la classe moyenne plus que ce qu'on lui redonne, et comme la spoliation des classes aisées atteint vite ses limites, l'octroi de ces avantages n'est possible que par l'emprunt étatique, ce qui explique l'accroissement ininterrompu de la dette publique dans les démocraties. Les avantages obtenus sont soit pécuniaires (allocations diverses, assistanat, subventions d'associations ou d'entreprises) soit en nature : «gratuité» de la santé, des études, des infrastructures publiques, et autres prétendus acquis sociaux.

Il y a donc un biais démocratique en faveur des dépenses publiques et d'un État toujours plus étendu, chaque problème étant traité par l’emploi des mêmes instruments : l’impôt et la dette (qui n'est qu'un impôt retardé) :

«  Le système démocratique rend beaucoup plus facile la création d’une dépense publique que sa disparition, puisque les incitations à défendre la dépense existante sont bien plus fortes et l’action plus facile à organiser que pour ceux qui aimeraient cesser de financer tous ces avantages particuliers. L’illusion créée par les politiques fonctionne bien dans des pays comme la France, où chacun essaie de vivre aux dépens des autres à travers la grande fiction qu’est l’État, comme l’a justement dit Bastiat. »
    — Pierre Schweitzer, Bitcoin : la revanche inattendue des libertariens, mai 2020

Tout politicien qui refuserait cette pratique perdrait les élections en étant supplanté par des politiciens plus démagogiques que lui sur le marché politique. L'État-providence a ainsi vocation à s'étendre indéfiniment en même temps que la dette publique grossit en contrepartie et qu'une répression financière se met en place pour tenter de remédier aux graves inconvénients de l'endettement étatique.

La tâche du politicien consistera à s'attribuer les mérites de la redistribution étatique tout en cachant ou minimisant la réalité de la dette, en entretenant le plus grand flou à son sujet (ainsi ne sont pas compris dans la dette certains engagements de l'État : retraites futures des fonctionnaires, cautions de droit ou de fait, endettement des sociétés détenues par l'État, etc.). Le politicien étant par définition irresponsable, il désignera à la vindicte populaire, lorsque la dette ne sera plus supportable, de nombreux boucs émissaires : le marché, les banques, certains pays étrangers, certaines institutions internationales, etc. Ses boucs émissaires préférés seront évidemment ses créanciers : par un curieux retournement de situation, il les mettra en accusation et dénoncera leur emprise, comme s'il était lui-même totalement hors de cause dans ses problèmes de finances, et comme si l'endettement excessif était une fatalité extérieure dont il n'était pas responsable.

Un des paradoxes de la dette publique en démocratie est précisément son aspect antidémocratique :

«  Chacun sait que la dette n’est que de l’impôt différé et que la marque d’une démocratie est que l’impôt est voté par ceux qui vont devoir le payer. Nous collons cependant des impôts énormes (par l’intermédiaire de la dette que nous allons leur laisser) sur nos enfants ou nos petits enfants sans qu’ils aient pu les voter, ce qui est la marque, non pas d’une démocratie, mais d’une démagogie dont le seul but est que la génération actuelle, celle qui vote, ne souffre en aucun cas de ses incontinences. »
    — Charles Gave

Rôle capital de la banque centrale

Même quand elle ne finance pas directement les déficits de l’État (par la création monétaire ex nihilo), la banque centrale joue un rôle clé entre l’État et les banques commerciales pour diffuser la dette publique et en assurer une croissance ininterrompue. En effet, les banques commerciales, en raison du système dit de réserves fractionnaires, font appel à la banque centrale pour couvrir leurs besoins de liquidité et augmenter les bases de leur expansion de crédit ; elles sont ainsi incitées à acheter en continu de la dette publique comme collatéral à des opérations de refinancement (la banque centrale exigeant des obligations d’État en guise de collatéral quand elle prête aux banques). L'instauration par l’État de la répression financière les y incitera encore davantage.

Aux États-Unis, mais également au Japon, au Royaume-Uni et dans une moindre mesure en Europe, par une pratique non conventionnelle d'assouplissement quantitatif (quantitative easing), la banque centrale peut se mettre à acheter directement la dette (les bons du trésor). Cette pratique permet aux États de camoufler leurs dettes quasiment gratuitement dans les bilans des banques centrales. La dette est donc monétisée, au risque de créer de l'inflation ou des bulles spéculatives. Dans un contexte de sur-endettement général des États, les hommes politiques et les banquiers centraux jugent que la déflation est une menace bien plus grave que l'inflation.

La dette publique peut en fait être présentée comme la seule justification de l'existence de la banque centrale, institution inutile par ailleurs :

«  Sans l'existence du monopole monétaire, les politiciens seraient dans l'incapacité d'emprunter de grosses sommes d'argent créatrices de déficits budgétaires. Sans ces déficits, sans la mise en place de lois instituant le monopole monétaire, les subventions en faveur d'intérêts particuliers ne pourraient être financées que par un surcroît d'impôts. Les contribuables seraient hostiles au financement des groupes de pression et à celui des gaspillages publics si leur feuille d'impôt en révélait le coût réel. »
    — Mary J. Ruwart

«  La dette publique est, de fait, aujourd'hui, une bonne affaire pour les banquiers, dans la mesure où, en définitive, elle est gagée sur la capacité d'extorsion fiscale des Etats qui la supportent — capacité très supérieure à ce qu'elle était sous les monarchies les plus absolues, même si elle rencontre aujourd'hui, selon nous, sa limite supérieure. Aussi bien le souscripteur d'obligations d'Etat ou de bons du Trésor croit se mettre à l'abri des risques de la vie économique ordinaire en pariant sur la puissance publique et sa supposée pérennité. [...] Le rentier participe ainsi de l'exploitation fiscale. [...] Il n'empêche qu'il devra lui aussi revenir sur ses illusions de placements sans risque. »
    — Philippe Simonnot, La monnaie : histoire d'une imposture, Perrin, 2012

En raison du fonctionnement de la banque centrale, il y a une corrélation entre la quantité de monnaie en circulation et la dette publique : la banque centrale crée de la monnaie ex nihilo pour acheter la dette (directement ou indirectement) ou inversement, si elle juge la masse monétaire trop importante, détruit de la monnaie en vendant la dette qu'elle détient.

Pour l’École autrichienne d'économie, c'est cette création monétaire ex nihilo qui permet un accroissement apparemment indéfini de la dette publique, qui serait impossible dans un régime d'étalon-or strict. Ce mécanisme de cavalerie, qui permet de rembourser la dette par de l'argent créé à partir de rien, ne cesse que lorsqu'il devient évident que la dette ne pourra jamais être remboursée, ou lorsque la monnaie perd toute sa valeur. Il y a toujours une corrélation forte entre l'ampleur de la dette publique et la faiblesse de la monnaie concernée, car il devient impossible de résister à la tentation de « faire marcher la planche à billets » à mesure que la dette grossit et devient incontrôlable.

Le monopole d'émission de la banque centrale permet donc l'accroissement de la dette publique (que la banque centrale soit publique ou privée n'a à cet égard aucune importance) ; la liberté monétaire que préconisent les libéraux via des monnaies privées en concurrence entre elles serait une menace à la capacité d'endettement de l’État.

La faute au libéralisme ?

Curieusement, certains accusent le libéralisme de conduire les États à la faillite au bénéfice d'intérêts privés.

Or le libéralisme se caractérise par un non-interventionnisme en économie (en dehors évidemment de ce qui concerne le droit commun : vol, escroquerie, fraude, etc., qui relève des fonctions régaliennes de l’État) :

  • refus de l'argument too big to fail pour renflouer les banques ; empêcher la banqueroute ou la faillite revient à répartir sur tout le monde, à la façon collectiviste, les conséquences des erreurs de quelques-uns (céder à la menace douteuse du "risque systémique" revient pour l’État à acquiescer par avance à toutes les exigences des banquiers) ;
  • refus du monopole monétaire de la banque centrale, monopole d'origine étatique, source de tous les dérèglements monétaires ;
  • refus des politiques keynésiennes, qui n'aboutissent qu'à un accroissement de la dette sous le prétexte de soutenir la croissance ;
  • refus des politiques inflationnistes, qui ne profitent qu'à une oligarchie.

L’État, par le privilège « exorbitant du droit commun » qui lui permet de prélever l'impôt et d'en user sans le consentement du contribuable, devrait se mêler le moins possible d'intérêts privés, y compris dans les domaines monétaires ou bancaires. Son action aboutit toujours à privilégier certains intérêts privés aux dépens d'autres intérêts privés.

C'est précisément en raison de l'extension indue de l’État dans des domaines où il n'a rien à faire (assistanat, subventions, renflouements) que la dette publique, en démocratie, a tendance à s'accroître indéfiniment sous la pression de divers groupes d'intérêt (banques, grandes entreprises, lobbies, syndicats, etc.).

Les pays les plus libéraux, conscients de la nocivité d'un endettement excessif, ont fait en sorte d'entraver la tendance naturelle de l’État à s'endetter indéfiniment. Par exemple, la Suisse dispose dans sa Constitution d'un frein à l'endettement destiné à « enrayer les déficits budgétaires chroniques et la croissance de la dette »[3]. Très longtemps les États-Unis n'ont pas eu de dette, et n'ont jamais eu besoin (jusque autour des années 1970) d'imposer un debt ceiling pour limiter les dépenses ; comme l'indique Peter Schiff[4], c'est l'instauration de la Fed qui a permis d'accroître l'endettement de l’État. Le plafond d'endettement a été relevé à de nombreuses occasions sous prétexte de « prouver aux créanciers que les États-Unis peuvent payer leur dette » (alors que l'argent ainsi emprunté sert précisément à payer la dette).

Effets pervers économiques

Searchtool-80%.png Articles détaillés : Équivalence ricardienne et épargne.

L'appel à l'épargne présente des effets pervers, en particulier l'effet d'éviction : l'épargne consacrée à financer le déficit budgétaire ne peut plus servir à financer l'activité privée et notamment l'investissement productif: les dépenses privées sont en quelque sorte « évincées » par le financement des dépenses publiques.

En ce sens, contrairement aux vues keynésiennes, un déficit budgétaire peut conduire à la stagnation en privant les entreprises d'un moyen essentiel de financement. C’est sans doute la raison pour laquelle l’Union européenne a retenu parmi les critères d’entrée dans le club euro, une dette publique inférieure à 60 % du PIB. La dette est nuisible parce que son remboursement (service de la dette) devient un poids très lourd dans le budget (il augmente plus vite que toutes les autres dépenses publiques). La dette publique et ses intérêts bloquent la croissance économique issue de l'épargne et de l'investissement.

Comme pour la dette extérieure, on notera que lorsqu'elle est excessive, la dette intérieure handicape durablement l'économie nationale, en raison des remboursements annuels.

Le recours massif à l'endettement intérieur et extérieur marque, en fait, le refus des réalités économiques d'aujourd'hui et le report des problèmes sur le lendemain, hypothéquant ainsi la situation économique future. On peut parler, comme le fait l'économiste Tim Harford) de « taxe sur les adolescents », d'un transfert de richesse des futurs contribuables vers les adultes du jour.

Selon le théorème d'équivalence de Ricardo-Barro (ou effet Ricardo), l'augmentation de la dette publique se traduit généralement plus tard par une augmentation des impôts (l'emprunt d'aujourd'hui est un impôt futur). Une politique de relance financée par la dette publique est donc absurde, puisque les agents économiques seront portés à économiser plutôt qu'à consommer.

Il y a une différence essentielle entre la dette publique et la dette privée : ceux qui décident d’emprunter ne sont pas ceux qui vont payer les intérêts ni rembourser le capital emprunté, ni non plus ceux qui vont bénéficier de l’emprunt :

C'est la nature même des actions menées par les hommes de l’État que de faire en sorte que le coût des actions des individus ne soit pas supporté par eux mais par d'autres, et que les gains de ces actions soient appropriés par d'autres que ceux qui ont à en supporter les coûts. C'est parce qu'il y a cette séparation, ou externalisation, entre ceux qui paient et ceux qui bénéficient que règne une irresponsabilité générale des actions étatiques. On peut reprocher aux économistes d'hier et d'aujourd'hui d'être silencieux sur ce fait essentiel qui distingue une dette privée d'une dette publique. (Bertrand Lemennicier)

La fiction étatiste selon laquelle « la dette publique sert l’intérêt public » est réfutée quand on examine la part du budget annuel de l’État qui est allouée aux investissements. La réalité est que la dette publique sert à acheter le vote et à complaire à la clientèle électorale des politiciens.

Effet pervers politique

L'accroissement de la dette publique favorise le capitalisme de connivence entre pouvoir et finance, ce qui oblige le pouvoir à intervenir pour secourir des banques dont il est en réalité étroitement dépendant pour placer ses emprunts. Le concept de too big to fail encourage la finance à pratiquer des prises de risque inconsidérées et fait des grandes banques un facteur de risque systémique. La course à l'endettement s'accompagne d'une course à la prise de risques et d'une course à l'accroissement continu des masses monétaires, en même temps que s'accroissent tant l'appauvrissement du pays que l'emprise de l'Etat-providence et de la fiscalité redistributrice sur la population.

Les conséquences inéluctables

L'endettement excessif rend un pays presque entièrement dépendant de ses créanciers : dès que ceux-ci ont des doutes sur la solvabilité de leur débiteur et cessent de lui prêter (ou ne veulent lui prêter qu'à des taux très élevés), ce dernier se trouve brutalement confronté à une crise insoluble autrement que par le défaut ou par une réduction drastique du train de vie de l'État.

Le retour à la réalité est douloureux. L'État, à la différence de ce qui se passe pour un particulier surendetté, peut décider unilatéralement de suspendre les remboursements de la dette, mais ce faisant il ne trouve plus de créanciers disposés à souscrire à ses nouveaux emprunts (car il peut difficilement réduire ses dépenses dans le même temps). La seule différence entre le cas du particulier et celui de l'État tient à l'irresponsabilité de ce dernier : ceux qui ont choisi, par démagogie, la voie de l'endettement, ne sont pas les mêmes que ceux qui en paieront plus tard les conséquences. La rhétorique étatique et politicienne pourra toujours s'efforcer, le moment venu, de cacher la réalité au contribuable-citoyen et de présenter la sanction des marchés comme une fatalité liée au libéralisme économique et au libre-échange.

Comment liquider la dette publique

L'Histoire permet de dresser la liste des façons dont les États ont liquidé leur dette publique :

  • la répudiation ou le défaut de paiement : la dette est rééchelonnée, subit une décote (haircut) ou n'est plus remboursée : cas des emprunts russes, répudiés en 1918 par les Bolchéviques ; (80 ans plus tard, en août 1998, la Russie fait à nouveau défaut sur ses dettes publiques) ; en France, en 1797, le Directoire annule autoritairement les deux tiers de la dette : banqueroute des deux tiers ; cette pratique est très ancienne puisque le Code d’Hammourabi (1760 avant J.-C.) indique les cas d'effacements de dette (mauvaise récolte, sécheresse...) ; une doctrine ad hoc existe à ce propos, celle de la dette odieuse ; l'inconvénient de cette solution est évidemment une perte de confiance auprès des créanciers, et le risque de faillite pour une partie d'entre eux ;
  • la dévaluation de la monnaie et l'inflation monétaire permettent de rembourser la dette en dessous de sa valeur d'origine (cas de l'Empire romain sur le déclin, Allemagne de Weimar, dévaluation du peso en Argentine en 2002, quantitative easing pratiqué par les banques centrales, monétisation de la dette, etc.) ; l'inflation est une redistribution qui s'opère entre emprunteurs et prêteurs ; elle peut être provoquée directement par la planche à billets ou indirectement par divers artifices (taux d'intérêt négatifs, surévaluation du stock d'or de la banque centrale, etc.) ;
  • un mécanisme inflationniste similaire est fourni par la monnaie fiscale, une « monnaie » émise unilatéralement par les autorités fiscales pour régler les factures de l'État ; cette monnaie transforme les créanciers de l'État en émetteurs/récepteurs forcés de dette étatique ;
  • l'augmentation des impôts permet de faire face aux remboursements, mais c'est la mesure la plus impopulaire, et qui ne règle pas le problème pour autant ;
  • le désendettement par diminution du périmètre de l'État (par privatisation, suppression de subventions et de prestations, plan d'austérité, réduction drastique du traitement des fonctionnaires, etc.), impopulaire également (cas de la Grèce en 2010) ; cette solution de bon sens se heurte aux mauvaises habitudes qui perdurent entre l'État redistributeur ou gaspilleur et sa « clientèle » privilégiée ;
  • le transfert des dettes à une entité qui a une meilleure réputation aux yeux des créanciers (solution des eurobonds pour remédier à l'endettement des pays européens) : cela permet de gagner un peu de temps, sans régler aucun des problèmes d'endettement excessif ; en Europe, cette solution fait son apparition en 2020 après la crise du Covid-19 (la Commission européenne émet directement de la dette pour financer son plan de relance) ;
  • la transformation en dette perpétuelle : le principal n'est jamais remboursé, mais les intérêts sont payés (de façon illimitée en théorie) ; l'emprunteur compte sur l'inflation qui allègera le poids du remboursement, ou lui permettra même de racheter un jour l'intégralité de la dette (cette pratique existe au Royaume-Uni mais aussi dans certaines entreprises : obligations perpétuelles)
  • la recherche de nouvelles ressources à l'intérieur du pays par l'emprunt forcé, l'expropriation, ou à l'extérieur par la guerre (cas de la Révolution française et du Premier Empire, ou de l'Allemagne nazie) ; le plus récent avatar de ce phénomène est la répression financière, c’est-à-dire la décision officielle de réserver à des usages publics (en pratiquant des taux inférieurs à ceux du marché) les fonds qui seraient autrement allés à d’autres emprunteurs ;
  • la remise à zéro (big reset), annulation générale des dettes, comme le faisaient les Hébreux avec la pratique du jubilé : tous les cinquante ans, les compteurs étaient remis à zéro et les dettes remises ; cette pratique n'a évidemment rien de juste, elle favorise les riches endettés au détriment des créanciers pauvres ; en outre, la dette des uns étant la créance des autres, cette remise à zéro provoquerait des faillites bancaires en cascade, ainsi que la faillite des fonds de pension ;
  • la liquidation physique des créanciers (par exemple Philippe le Bel avec les Templiers en 1307), ce qu'on appelle crûment une « grande saignée ». En 1492, les Rois Catholiques d'Espagne, Isabelle la Catholique et Ferdinand II d'Aragon, cherchant à rechristianiser le royaume, expulsent les juifs (décret de l'Alhambra), parmi lesquels un certain nombre se trouvaient être les créanciers du royaume.

Toutes ces options étant plus ou moins douloureuses et obligeant l'État à sortir de la consensuelle tyrannie du statu quo, les États se contentent de naviguer à vue et de cacher la réalité autant que possible. La plupart des analystes prédisent que l'inflation (voire l'hyperinflation) en sera le résultat :

«  Tous les États-providence occidentaux seront dans l’incapacité de rembourser leurs dettes, et ne pourront pas faire face à leurs obligations vis-à-vis des personnes accédant à la retraite. Le seul moyen qu’il leur reste pour assumer leurs engagements est de s’engager dans une inflation démesurée, c’est-à-dire émettre de la monnaie afin de donner l’impression qu’ils peuvent honorer leurs paiements, avec comme conséquence inévitable, la perte de pouvoir d'achat de leurs devises qui sera suivie de l’expropriation de l’individu productif (nationalisations). »
    — Hans-Hermann Hoppe

À noter que la dette cesse de croître à partir du moment où le solde budgétaire est positif. Il ne suffit pas de se conformer à un déficit budgétaire limité à 3 % (critères de Maastricht). Contrairement à une erreur commune, un solde primaire (solde budgétaire moins charge de la dette) excédentaire ne signifie pas baisse de la dette, mais c'est le solde budgétaire qui importe. Avec la financiarisation de l'économie, tous les prêteurs d'obligations se couvrent par la souscription de credit default swaps (CDS), ce qui rend en théorie possible de faire payer la dette suite à un éventuel défaut de paiement par les vendeurs de ces contrats (en réalité, étant donné les montants en jeu, la solvabilité de ces vendeurs est elle-même très douteuse).

Idée reçue : un État ne peut jamais faire faillite

Cette idée reçue, qui relève de la statolâtrie, est curieusement très partagée. Elle découle probablement de deux caractéristiques qui distinguent l’État d'un acteur économique « normal » :

  • à la différence d'une entreprise, un État ne disparaît pas automatiquement par suite d'une faillite, mais la faillite n'en est pas moins réelle d'un point de vue économique et l'histoire en donne de très nombreuses illustrations, avec le chaos économique et politique qu'elle provoque (délitement de l'État et du "service public") ;
  • un autre sous-entendu de cette idée reçue est que l'État peut faire fonctionner à volonté la planche à billets et faire de la cavalerie pour continuer à dépenser ou à rembourser ses dettes, mais cet expédient atteint vite ses limites et aboutit à l'hyperinflation et la disparition de la monnaie, dont la valeur tombe à zéro.

Le privilège étatique, issu de la loi du plus fort (droit de lever l'impôt par la violence, cours forcé de la monnaie...) ne permet pas pour autant à l’État de s'affranchir des lois économiques, il lui permet juste de désigner ceux qui seront victimes de son incurie et de son incompétence : créanciers, mais aussi contribuables, fonctionnaires, retraités, etc.

L'analyse libertarienne

 

Pour les libertariens (voir par exemple Murray Rothbard, Repudiating the National Debt), l'État ne peut être mis sur le même pied qu'un débiteur privé. Son engagement n'a pas de valeur, puisqu'il ne crée pas de richesse, mais vit de l'argent volé aux contribuables ou de cet impôt caché qu'est l'inflation. Les créditeurs de l'État sont eux-mêmes éthiquement répréhensibles, puisqu'en tant que « receleurs d'impôt » ils seront remboursés grâce à la coercition fiscale. La dette publique ne peut être considérée à l'égale d'un contrat entre propriétaires légitimes, car il n'y a pas de responsabilité contractuelle en ce domaine, le coût des actions des hommes de l’État n'étant pas supporté par eux, mais par le contribuable présent ou futur. C'est l'illusion fiscale et la fiction de l'intérêt général qui permettent à l'État de s'endetter indéfiniment.

Plutôt que l'augmentation des impôts ou l'inflation, Rothbard propose une solution révolutionnaire : la répudiation de la dette publique. Il n'y a pas de raison que la population paie pour les dettes contractées par les classes dirigeantes ; de plus, cela empêchera les gouvernements, faute de créanciers, de continuer à détourner des ressources privées pour les gaspiller dans les projets étatiques. La répudiation de la dette est donc un moyen radical de diminuer l'emprise de l'État sur la société civile, en lui "coupant les vivres". Rothbard propose aussi de traiter l'État comme une entreprise en faillite et de vendre tous ses biens, en procédant à des privatisations révolutionnaires.

La répudiation de la dette, une solution "de gauche" ?

Les "solutions" habituellement proposées par les hommes politiques sont celles qui sont indiquées plus haut dans la section "Comment liquider la dette publique".

Les solutions nationalistes consistent à se refermer sur le pré carré national et à agir sur la monnaie par la planche à billets (en Europe, sortir de l'euro pour revenir à une monnaie nationale qui permettra un plus grand laxisme budgétaire).

Une partie de l'intelligentsia de gauche pratique le déni, estimant qu'il se trouvera toujours des créanciers pour acheter la dette, ou que la création monétaire illimitée permettra de régler tous les problèmes (illusion monétaire).

D'autres solutions "de gauche" (par exemple celles d'Attac dans Le Piège de la dette publique, 2011) proposent un "mix" variable de répudiation d'une partie de la dette et de monétisation d'une autre partie par la banque centrale.

Ces "solutions" étatistes, qui admettent implicitement que la dépense publique est toujours justifiée et ne saurait être remise en question, ne s'attaquent évidemment pas à la racine du problème, qui n'est pas la "toute puissance des marchés financiers", mais bien le surendettement des États (ce sont bien eux qui se sont mis sous la coupe des marchés financiers).

Alors que ces "solutions" ne font que prolonger le problème, la solution de répudiation libertarienne est la plus radicale ; elle a le mérite de montrer la réalité de l’État, voleur et irresponsable par nature. L'endettement est supprimé, en même temps que la capacité d'emprunt, ce qui contraint les hommes de l’État à restreindre drastiquement son périmètre et à mieux le gérer :

«  Le principal problème de la dette est de permettre une expansion de l'État qui semble sans douleur — jusqu'à ce que la douleur devienne insupportable et menace l'ensemble de l'économie. Mais le problème porte peut-être en lui sa propre solution, la crise actuelle des dettes souveraines offrant une chance inespérée : enchaîner Léviathan. Presque partout, l'État est fauché, et devra réduire fortement ses dépenses ou faire défaut sur sa dette. En vérité, un défaut l'obligerait également à réduire ses dépenses en bloquant son accès aux marchés financiers. »
    — Pierre Lemieux, Les Dettes Souveraines, Libres ! 100 idées, 100 auteurs

Citations

  • «  Le peuple sera écrasé d'impôts, on fera emprunt sur emprunt ; après avoir épuisé le présent, on dévorera l'avenir. »
        — Frédéric Bastiat

  • «  Le biais des hommes politiques pour la dépense publique et son financement par la dette publique est inhérent à la démocratie majoritaire. »
        — Bertrand Lemennicier

  • «  La dette publique est immorale et antidémocratique, parce qu'on fait supporter le poids de l'impôt à des personnes qui ne peuvent participer au processus de décision au moment où l'emprunt a été initié et qui par définition, lorsque l'emprunt finance des dépenses courantes, n'en bénéficient pas. Ces prises de décisions collectives externalisent les coûts sur le futur et sur les générations à venir qui ne peuvent être représentées au parlement sous prétexte qu'elles sont trop jeunes ou qu'elles n'existent pas. »
        — Bertrand Lemennicier

  • «  Qui donne à l’État prête à rire. »
        — Tristan Bernard

  • «  Qui paye ses dettes n'a vraiment pas autre chose à foutre ! »
        — Pierre Perret

  • «  Les finances publiques doivent être saines, le budget doit être équilibré, la dette publique doit être réduite, l’arrogance de l'administration doit être combattue et contrôlée, et l’aide aux pays étrangers doit être diminuée de peur que Rome ne tombe en faillite. La population doit encore apprendre à travailler au lieu de vivre de l’aide publique. »
        — (faussement) attribué à Cicéron[5]

  • «  Le problème de la dette n'est que le symptôme d'une mentalité anti-capitaliste qui sape la philosophie politique originelle des droits individuels et de la liberté économique et instaure à sa place une idéologie du paternalisme et de la dépendance. »
        — Richard Ebeling

  • «  Comment se ruiner ? Par le jeu ? C'est le plus rapide. Par les femmes ? C'est le plus agréable. Par les technocrates ? C'est le plus sûr. »
        — Georges Pompidou

  • «  Mais, quoique le tort causé au commerce et à l’activité par nos fonds publics [c'est-à-dire la dette publique], tout bien pesé, ne semble pas négligeable, il est insignifiant en comparaison du préjudice qui en résulte pour un État considéré en tant que corps politique qui doit se maintenir dans la société des nations et avoir des transactions diverses avec les autres États pour les guerres et les négociations. Le mal est ici pur et sans mélange, sans aucune circonstance favorable pour l’atténuer, et c’est un mal qui est d’une nature telle qu’il est le plus important et le plus extrême. […] On s’aperçoit toujours qu’un gouvernement qui a hypothéqué tous ses revenus sombre nécessairement dans un état de langueur, d’inactivité et d’impuissance. »
        — David Hume, Du crédit public, 1752

  • «  La racine du mal est d’abord la fable selon laquelle un État ne peut pas faire faillite, et peut donc s’endetter indéfiniment, et que la dette des États est un placement sans risque. Cette fable repose sur deux idées : un État peut indéfiniment taxer ses citoyens ; un État peut battre monnaie. »
        — Gérard Dréan

  • «  L’analyse financière des sociétés de capital n’a rien à voir avec l’analyse financière des États, i.e. l’analyse des finances publiques… car les États n’ont pas des activités qui reposent sur les règles de droits — propriété —, mais sur le don et le vol de richesses en propriété… Un État ne peut pas déposer son bilan car il n’en a pas. Il ne peut pas faire faillite car la faillite est un concept de droit privé et car il s’articule à la règle de la propriété privée. Il ne saurait être mis en redressement judiciaire… Un État peut seulement être mis en cessation de paiements, ce qu’on dénomme le « défaut ». »
        — Georges Lane

  • «  La monétisation des dettes publiques constitue, avant même de parler de résurgence inflationniste, une nationalisation, une soviétisation rampante de l'économie, ou plutôt une confiscation furtive d'une part croissante de la richesse du pays par l'État, qui en fera le plus mauvais usage, puisqu'il est destructeur net de valeur. La prime à la médiocrité dans toute sa plénitude. »
        — Vincent Bénard

  • «  Utiliser l’assouplissement quantitatif pour combattre la récession, c’est comme utiliser de l’essence pour éteindre un feu. »
        — Peter Schiff

  • «  Il y a deux façons de conquérir et d’asservir une nation. L’une est l’épée. L’autre est la dette. »
        — John Adams

  • «  S'il y avait un impôt sur la connerie, l’État s'autofinancerait. »
        — Coluche (humour)

  • «  En finançant la dépense publique actuelle par la dette, nous sommes, en fait, en train de couper les pommiers pour en faire du bois de chauffage, réduisant ainsi le rendement du verger pour toujours. »
        — James McGill Buchanan

  • «  Les dettes n'engagent que les décisionnaires qui les contractent, ainsi que leurs complices directs. Présidents, ministres, hommes politiques, hauts fonctionnaires, chefs militaires, activistes des principaux lobbies et syndicats – chacun d'entre eux est responsable à hauteur de son rôle dans la décision d'emprunter. »
        — François-René Rideau

  • «  La dette publique et le coût des systèmes existants de sécurité sociale ont amené la perspective d'un effondrement économique imminent. […] Si les tendances actuelles se poursuivent, on ne risque rien à dire que l'État-providence occidental, c'est-à-dire la démocratie sociale, s'effondrera tout comme le socialisme oriental, à la soviétique, s'est effondré à la fin des années 1980. »
        — Hans-Hermann Hoppe

  • «  Quand les dettes nationales se sont accumulées jusqu'à un certain degré, il n'y a guère, à ma connaissance, un seul cas où elles ont été remboursées équitablement et complètement. »
        — Adam Smith

  • «  La dette finit par consommer la richesse fictive construite sur le sable, richesse qui faisait croire fallacieusement aux hommes politiques, à l’homme de la rue et à l’homme du monde des affaires, qu’ils assistaient à une croissance économique réelle. L’emprunt public et la dépense publique ne constituent pas la solution, mais le problème. La production et l'épargne sont les sources d’une croissance économique saine ; c’est là une politique que les keynésiens contestent de façon inconsidérée. »
        — Ron Paul, Liberty Defined

  • «  Aux plus beaux jours du libéralisme, quelques pays occidentaux amortirent une partie de leur dette à long terme par un honnête remboursement. Mais, la plupart du temps, les dettes nouvelles s'ajoutèrent simplement aux anciennes. L'histoire financière du siècle dernier montre un constant accroissement du montant des dettes publiques. Personne ne croit que les États vont perpétuellement traîner le fardeau de ces intérêts à payer. Il est clair que tôt ou tard toutes ces dettes seront liquidées d'une manière ou d'une autre, mais certainement pas par le paiement des intérêts et du principal tel que prévu au contrat. »
        — Ludwig von Mises, L'Action humaine

  • «  Autrefois, l’on déplorait les péchés du monde, aujourd’hui on considère avec consternation les dettes du monde ; de même que jadis on prophétisait le Jugement dernier, on prophétise aujourd’hui la grande répudiation des dettes (σεισάχθεια), l’universelle banqueroute des États, espérant secrètement ne pas vivre pour en être soi-même témoin. »
        — Arthur Schopenhauer

  • «  L'économie mondiale tout entière repose aujourd'hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s'était constatée. Jamais sans doute il n'est devenu plus difficile d'y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n'était apparue avec une telle menace d'un effondrement général. »
        — Maurice Allais, La crise mondiale d'aujourd'hui, Le Figaro, 1998

  • «  Heureux les jeunes, car ils hériteront de la dette nationale. »
        — Herbert Hoover, 1936[6]

  • «  La vraie bulle, la mère de toutes les bulles, c'est la dette des gouvernements. C'est la bulle-mère, celle sur laquelle toutes les autres s'appuient et se nourrissent. Cette bulle-mère est systémique ; [...] c'est la pierre angulaire du système bancaire, monétaire et financier. [...] L'émission de dettes par les gouvernements, c'est le moyen ultime de retarder les échéances mais elle a un prix : elle détruit à long terme la solvabilité de ces mêmes gouvernements ; elle gaspille des ressources ; elle interdit de remonter les taux ; elle mine la monnaie ; elle détruit en profondeur nos systèmes sociaux et bancaires fondés sur l'épargne, les retraites, la prévoyance. »
        — Bruno Bertez, 15/06/2019

Informations complémentaires

Notes et références

  1. Le salaire médian est le palier divisant l'ensemble des salariés en deux parties égales : 50 % des salariés gagnent moins que le salaire médian et l'autre moitié gagne plus. Comme les hauts salaires s'éloignent plus de la médiane que les bas salaires, le salaire moyen est supérieur au salaire médian. Par exemple, en France, le salaire médian est autour de 1600 € (nets) et le salaire moyen proche de 2000 € (chiffres 2011)
  2. Peut-on prédire le défaut de paiement de la dette publique des États? par Bertrand Lemennicier
  3. Département fédéral des finances - Le frein à l'endettement
  4. Debt ceiling & the fiscal cliff
  5. Tiré de l'ouvrage A Pillar of Iron, biographie-fiction de Cicéron écrite par Taylor Caldwell, 1965.
  6. Blessed are the young, for they shall inherit the national debt. (Herbert Hoover, Address to the Nebraska Republican Conference, Lincoln, Nebraska (16 January 1936))

Bibliographie

  • 2012, Alberto Petrucci, "Government debt, agent heterogeneity and wealth displacement in a small open economy", In: Raffaele De Mucci, Kurt R. Leube, "Un austriaco in Italia - An Austrian in Italy : festschrift in honour of professor Dario Antiseri", Soveria Mannelli: Rubbettino, pp409-432

Voir aussi

Liens externes



septembre 18, 2026

À chaque flambée des prix à la pompe, l’État subventionne, creuse la dette, sans apaiser la colère

 Sommaire:

A) -  Carburants : cesser de subventionner le passé

B) -  Superprofits

C) -  Pic de Hubbert

D) -  Rupture de 1973

E) - Démocrature

F) -  Rapport de J.P Morgan

G) -  TotalEnergies encaisse 1,8 milliard de dollars de GIP sur ses infrastructures africaines

 

 

Ces 50 dernières années, tous les postes de dépense, ou presque, ont baissé.

 Ce qui plombe le reste à vivre, c'est le logement. Pourtant, l'État  consacre ~43 Md€ par an d’aides au logement, soit autant que... ce que rapporte la fiscalité sur les carburants. 43 Mds qui ne suffisent pas à compenser l'encadrement, l'organisation de la pénurie, l'inflation normative at la collectivisation forcée.

 Malgré l’explosion des prix à la pompe, le carburant pèse quasiment 2 fois moins lourd dans le budget des ménages modestes que dans les années 1970.

A) - Carburants : cesser de subventionner le passé 

À chaque flambée des prix à la pompe, l’État subventionne, creuse la dette, sans apaiser la colère. Le carburant, pourtant, pèse beaucoup moins sur nos budgets qu’autrefois. L’argent public devrait préparer l’après-pétrole, pas prolonger le passé.

 

La subvention réflexe

Pour la deuxième fois en un an, la guerre entre les États-Unis et l’Iran enflamme le prix du baril. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial, se referme au rythme des frappes échangées entre Washington et Téhéran. Pour ne rien arranger, la semaine dernière, des drones lancés, selon Riyad, par une milice irakienne ont endommagé l’oléoduc Est-Ouest (Petroline), la principale voie par laquelle l’Arabie saoudite contournait Ormuz pour acheminer environ 4 millions de barils par jour, soit près de 4 % de l’offre mondiale, vers la mer Rouge. Sa fermeture a fait bondir le Brent au-delà de 108 dollars et menace, si les réparations traînent au-delà d’une semaine, de transformer la crise des prix en profonde tension d’approvisionnement, les stocks du port de Yanbu ne couvrant que cinq à sept jours d’exportation. En France, à l’heure d’écrire ces lignes, une station-service sur dix se retrouve à sec, et Total Energies finit par plafonner ses propres prix. Sans surprise, mais non sans contradiction, la réponse de l’État est celle qu’il répète à chaque crise depuis les années 1970. Une indemnité pour les « grands rouleurs » modestes, des aides ciblées pour les agriculteurs, les pêcheurs ou les transporteurs. De l’argent aussitôt promis, aussitôt emprunté, et qui ne suffit pourtant pas à calmer la grogne. Un soutien certes plein de bonnes intentions, mais qui représente pourtant l’une des dépenses les plus révélatrices de notre impuissance publique. Elle est modeste au regard du budget, mais reconduite à chaque crise, financée par l’emprunt et sans effet durable.
 
D’ailleurs, rapportée au salaire médian net, la dépense annuelle de carburant d’un automobiliste d’aujourd’hui n’a jamais été aussi faible, aussi contre-intuitive et provocatrice que puisse sembler cette affirmation. Les données de l’Insee et du service statistique du ministère de la Transition écologique sont sans appel. Ce poste absorbait 8,3 % du salaire médian en 1973, l’année du premier choc pétrolier, avant de refluer à 4,6 % en 2024. La flambée actuelle elle-même ne le ramène qu’aux environs de 5,9 %. En un demi-siècle, la charge réelle a donc fondu de moitié. Ce recul ne doit d’ailleurs rien au hasard. La mécanique n’a cessé de gagner en sobriété grâce aux progrès techniques concernant notamment l’aérodynamique, l’injection électronique ou l’hybridation, tandis que les carburants et les normes qui les encadrent ont également bénéficié de nombreuses innovations. Une voiture neuve se contente aujourd’hui d’environ 5 litres aux 100 kilomètres, quand la moyenne du parc en réclamait près de 9 au début des années 1990. Cette moyenne, il est vrai, recouvre des situations très inégales. L’artisan qui parcourt 140 kilomètres par jour dans un territoire sans transports est bien plus impacté que le citadin abonné au métro, et c’est précisément cette minorité fortement exposée que les aides visent. Mais l’idée d’un pays généralement asphyxié par le prix de l’essence ne résiste pas à l’examen des données.
 
 

La rigueur en paroles et la dépense en actes

Ce réflexe tient à une habitude ancienne, celle de convertir chaque secousse conjoncturelle en dette, sans jamais en mesurer les conséquences à terme. L’Observatoire français des conjonctures économiques l’a analysé.
Plus des deux tiers de la hausse du ratio d’endettement entre 2016 et 2023 s’expliquent par la seule succession des crises sanitaires, énergétiques puis inflationnistes. À chaque tempête, les vannes s’ouvrent, sans jamais réellement se refermer.
Le millésime 2026 ne déroge pas à la règle.
Près de 1,4 milliard d’euros sont déjà engagés pour amortir le choc, tandis que la seule remontée des taux (à 4,5 % pour l’OAT à 10 ans) alourdit la charge de la dette d’environ 3,6 milliards et que le déficit public annuel a atteint 5,1 % du PIB (chiffre 2025), pour un total supérieur à 3 530 milliards d’euros (et pourrait frôler les 5,5 % cette année), soit le seuil critique de 118 % du PIB. L’État a eu, cette fois, la prudence d’écarter le bouclier tarifaire universel de 2022, faute d’en avoir les moyens. Il préfère cibler, sans pour autant cesser d’emprunter.
Une solution incapable de freiner les colères, tout en alimentant les contradictions dont se repaissent les populistes. Ceux qui, dans un même réflexe, fustigent la dérive de la dette et réclament davantage de chèques et de remises.
 
 
(Vous êtes au SMIC? L'Etat vous pompe près de 40% de vos revenus. Taux confiscatoire qui est déjà absolument scandaleux. Mais la folie fiscale ne s'arrête pas là. Chaque euro gagné après le SMIC, que ce soit à 1800 net ou 5000 net, est taxé à 70%. Un racket organisé.)

Le paradoxe fiscal

Pour comprendre l’attachement de l’État à cette fiscalité, il faut mesurer ce que le moteur thermique lui rapporte. La taxe sur les carburants a tout du prélèvement idéal, avec son assiette large, sa perception automatique et son produit dont on ne se passe pas du jour au lendemain. En 2025, selon la Cour des comptes, elle représente 37,2 milliards d’euros, dont 24,8 d’accise et 12,4 de TVA, et près de 43 % du prix payé à la pompe. L’administration a même fini par asseoir la TVA sur l’accise, cette taxe sur la taxe lui valant quelque 5 milliards supplémentaires. En y ajoutant le malus et la fiscalité des flottes, l’ensemble du parc thermique verse près de 50 milliards par an.
L’électrique renverse cette logique. Contrairement au carburant, il ne coûte pratiquement rien au budget de l’État.
Depuis juillet 2025, le bonus n’est plus financé par l’impôt. La prime à l’achat, comme le leasing social doté cette année de 401 millions d’euros, passe par les certificats d’économie d’énergie. Ce sont les fournisseurs et les distributeurs de carburant qui, tenus par la réglementation, en supportent la charge et la répercutent sur nos factures. Le thermique finance ainsi, à son insu, l’outil de son propre remplacement, sans que le déficit ni la dette en gardent la trace.
 

 
Le procédé n’est pas sans revers. Hors budget ne signifie pas gratuit. Ce financement reste un prélèvement supporté par tous les consommateurs d’énergie et soustrait au débat parlementaire. Quant à l’argent public, il n’a pas disparu, il s’est déplacé. Il ne subventionne plus l’achat mais une filière, à hauteur de 2,9 milliards pour les batteries et de 106 millions pour la seule usine de terres rares de Lacq. Une dépense sans doute bien plus vertueuse en faveur de l’avenir et non d’un répit.

L’accélération de l’électrification… Un choix à assumer

Aujourd’hui, nous importons 99 % des hydrocarbures que nous consommons, nous rendant hautement dépendants de la moindre tension géopolitique et de ses conséquences sur les prix à la pompe. Notre électricité, à l’inverse, est décarbonée, pilotable, produite sur le sol national. Le passage à l’électrique relève donc autant d’une vision écologique que de la sécurité d’approvisionnement. Le mouvement est d’ailleurs bien engagé, puisqu’en août 2026 l’électrique atteint déjà 38 % des voitures neuves vendues en France, quand le diesel s’effondre à 2,6 %.
 

 
Cette accélération porte cependant une contradiction à prendre en compte. En roulant à l’électrique, nous renforçons notre dépendance vis-à-vis de la Chine, qui contrôle plus de 80 % des cellules de batteries et l’essentiel du raffinage des terres rares. Substituer l’aimant chinois au baril du Golfe suppose l’idée gênante d’un changement de tutelle, mais peut-être moins soumise aux aléas réguliers de la géopolitique. D’autant que cette soumission pourrait se réduire si nous acceptons le prix de quelques choix forts, en France et en Europe.
L’un est technologique. Depuis 2012, Renault et Valeo produisent des moteurs à rotor bobiné, dépourvus d’aimants et donc de terres rares, dont la troisième génération équipera les modèles de la marque dès 2027. Quand 90 % du marché roule encore sur des aimants permanents, la France commence à offrir une réponse à la dépendance. Vient ensuite le recyclage. À Lacq, sur une ancienne plateforme gazière, doit s’ouvrir une usine capable de raffiner nos propres terres rares, avec des émissions inférieures de 60 % à celles des procédés chinois. Arrive enfin la question de l’extraction. Celle qui a le plus de conséquences environnementales et politiques et peut nourrir les crispations. Elle implique de rouvrir des mines et de tirer le lithium du sous-sol de l’Allier avant la fin de la décennie. La Suède emprunte désormais cette voie, au prix de dix années de procédures. Reste enfin la contrainte européenne.
L’Union s’est fixé pour 2030 d’extraire un dixième de ce qu’elle consomme, d’en raffiner deux cinquièmes et de ne plus dépendre d’un seul fournisseur au-delà de 65 %. Encore faudrait-il tenir ce cap, au moment où Bruxelles vient d’assouplir l’échéance de 2035 (sous la pression de l’Allemagne) vers le tout-électrique pour laisser le temps à ses constructeurs de rattraper leur funeste manque d’anticipation.

La menace du reniement…

Une dernière menace se profile, fiscale celle-là. La rente que le thermique verse au budget risque d’être asséchée par l’électrique à mesure qu’il progresse.
Un rapport remis au gouvernement en 2023 en donne l’ordre de grandeur, avec une dette publique alourdie de 13 points d’ici 2050, soit près de 390 milliards d’euros actuels.
La tentation de combler ce manque est déjà perceptible. L’électricité étant bien moins taxée que le carburant, il suffirait d’aligner les ponctions de l’une sur l’autre pour rétablir la recette perdue, ainsi que
le Royaume-Uni vient de le décider de manière partielle en instaurant une taxe kilométrique qui prendra effet en 2028. Il s’agirait pourtant, comme nous l’avons déjà écrit dans ces colonnes, d’un reniement exprimant une énième trahison de la parole politique au détriment de la transition écologique et des injonctions lancées à nos concitoyens pour s’y conformer. L’automobiliste encouragé dix ans durant à franchir le pas, qui a payé sa voiture plus cher qu’une thermique et a installé sa borne, apprend un matin que rouler propre lui coûte désormais autant que polluer. Effet boomerang garanti…

Le seul coût qui vaille

En définitive, si encore un endettement doit être consenti, mieux vaut qu’il finance les usines, les mines et les moteurs de demain et garantisse la stabilité fiscale de l’électricité, plutôt que de maintenir à flot un monde bientôt révolu…
 
 Benjamin Sire (@BenjaminSire) & Antoine Copra (@Cobra_FX_)

 
 
Commentaires:
 
 Il faudrait que vous donniez les paramètres du graphique. Si on prend le gazole (qui a certes augmenté un peu plus que le SP95 ces dernières années) la capacité d'en acheter 40l baisse régulièrement depuis 1990.
 

 

 Le prix du gazole. Le prix d'un plein de 40l, que ce soit ou en € courants en heures de SMIC, augmente régulièrement. L'intérêt de la France (réduire ses dépendances énergétiques) comme des classes populaires (amélioration de leur pouvoir d'achat) converge vers l'électrification 
 
@Cartemathien
 
 
 2 points a relever : 
 - quid d'une comparaison par rapport au revenu médian (smicardisation) 
- a quel point la baisse dans la part du revenu a été absorbée par la hausse du coût du logement
 
*
 

B) - Superprofits

 Les surprofits ou superprofits désignent généralement dans le débat public des profits des entreprises considérés comme non justifiés ou générés dans des circonstances exceptionnelles. Notion généralement utilisée par des étatistes ou des anticapitalistes, elle sert à « justifier » que ces profits mériteraient donc à ce titre une « surfiscalité ». La notion la plus proche en anglais est celle de windfall profits.  

Du danger de la notion de superprofits

L'usage de préfixes répulsifs, qu'on retrouve aussi dans le terme polémique d'ultralibéralisme, procède d'une tentative de discréditer le concept qui suit (le profit dans un cas, le libéralisme dans l'autre). Pourtant, à partir du moment où un profit est généré dans le respect des règles légales, il n' aucune raison d'être « surtaxé ». Pour reprendre une image utilisée régulièrement par les économistes, si les marchands de pelles à neige n'avaient pas la possibilité d'afficher des prix élevés quand frappe une tempête de neige, supporteraient-ils les coûts élevés de stockage des pelles en été, ou le « risque » de ne pas avoir de tempête de neige ? La stabilité des règles fiscales est un prérequis indispensable au bon fonctionnement d'une économie, dans laquelle les entrepreneurs cherchent à réaliser du profit en répondant aux besoins des consommateurs.

Par ailleurs, ce genre de surtaxes aboutit à une déresponsabilisation des entreprises bénéficiant ainsi de ces prix élevés. L'un des risques, avérés, est que les sociétés à qui une surtaxe serait imposée, ne tentent plus de prendre des mesures pour limiter l'impact de ces hausses de prix sur les consommateurs finaux. Ainsi, il est difficile d'imaginer un Total Énergies acceptant à la fois d'être taxé pour « surprofits » et de continuer à limiter volontairement le prix de vente de ses carburants[1]. Surtout, la taxation additionnelle se retrouve généralement facturée au client final, réelle victime de cette fiscalité additionnelle. A cet égard, la « taxe GAFAM » instaurée en France en 2019 en donne un exemple éclairant : Amazon a répercuté à l'euro l'euro la taxation dont il était victime sur les prix payés par le consommateur[2]. De manière proche, Meta (maison mère de Facebook) a réagi aux législations européennes l'empêchant de générer des revenus publicitaires en proposant des abonnements payants, au détriment final du consommateur, pénalisé une fois de plus par la législation en lieu et place de celui qui était visé[3].

Enfin, ces taxes sont généralement d'une complexité élevée, quasi impossible à mettre en œuvre. Alors que leurs effets pervers et décourageants sont certains, les rentrées fiscales liées à ces taxes sont généralement très faible en raison de cette complexité. Ainsi, seuls les profits français pourraient être taxés dans le cas d'une multinationale. Dans dans le cas d'une surtaxe sur l'énergie, seul le revenu français de Total Energies pourrait être taxé, représentant une base très faible. L'estimation par Bercy des recettes fiscales de cette sur-fiscalité en 2023 est de 200 millions €[4], soit 0,01% des dépenses publiques. Sans surprise, les taxes sur les superprofits essayées en France en 2022 et 2023 rapportèrent 40 fois moins que prévu[5].

Utilisation politique du terme de superprofits

Sans surprise, la défense de cette « surfiscalité » est un antienne classique à l'extrême gauche, que l'on retrouve chez Alternatives économiques[6],

Pourtant, révélateur des influences idéologiques réelles des gouvernements successifs en France, ce sont dans les partis de gouvernement que l'on retrouve aussi cette notion, comme dans le gouvernement d’Élisabeth Borne en 2022 - 2023, plus prompt à surtaxer les énergéticiens alors que les recettes fiscales sont à un plus haut historique[7], qu'à baisser les dépenses publiques.

Le surprofit en économie et en comptabilité

La notion de surprofit peut aussi parfois être utilisé en économie, en particulier pour désigner le profit tiré de situation de monopole ou d'oligopole, ou en comptabilité pour de l'évaluation d'actifs. Ces utilisations, rares dans le débat public, ne sont pas étudiées ici.

Notes et références

 
 
 
 

C) - Pic de Hubbert 

La théorie du pic de Hubbert postule que la production de pétrole d'une région donnée suit une distribution normale, à savoir en forme de cloche. Le pic de Hubbert désigne le sommet de cette courbe.

Cette théorie et l'alarmisme cultivé par ceux qui la soutiennent sont critiquables à de nombreux égards, en particulier car occultant tout progrès technique 

Présentation

Marion King Hubbert, géophysicien américain, a prédit en 1956, qu'un gisement de pétrole passe par un développement important, par un pic puis par une phase inéluctable de baisse rapide de la production. Sa courbe est connue sous le nom de courbe de Hubbert et le sommet comme pic de Hubbert.

Les mouvements politiques interventionnistes et particulièrement le mouvement écologiste s'appuient sur ce pic de Hubbert pour diffuser un alarmisme environnemental et nous faire croire que nous sommes à la veille d'une effroyable crise économique et politique.

Un concept faux

Si tant est que la distribution de la production suive effectivement une loi normale, savoir où se situerait le pic de production est quasi impossible. Le discours sur l'épuisement du pétrole est ainsi aussi vieux que l'utilisation industrielle de cette ressource naturelle : Cécile Philippe rapporte dans C'est trop tard pour la Terre une longue liste des prédictions non avérées :

« Les prévisions catastrophistes ou tout simplement pessimistes sont légion. Elles le sont depuis déjà longtemps puisque, dès 1914, le Bureau des mines aux États-Unis estimait que la production future de pétrole était limitée à 5,7 millions de barils, soit peut-être dix ans de consommation. En 1939, le département de l’Intérieur américain indique que les réserves ne dureront que treize ans ; en 1951, ce même département, division pétrole et gaz indique de nouveau que les réserves ne dureront que treize ans. »
« En 1972 est paru un livre qui allait devenir un best-seller et avoir une influence considérable : le rapport Meadows, Halte à la croissance. À l’en croire, le pétrole et bien d’autres ressources seraient épuisés avant 1992. Deux années plus tard, le célèbre Paul Ehrlich confirmait ces prévisions pessimistes, en affirmant que « l’âge de la rareté est arrivé et, avec lui, une meilleure vision du futur, révélant les années sombres à venir ». Même pronostic en 1987, avec l’annonce de l’épuisement du pétrole dans les années 1990. En 1992, la nouvelle édition de Halte à la croissance programmait la fin du pétrole pour 2031 et celle du gaz pour 2050. »

En outre, la baisse de la production n'a aucune raison d'avoir les conséquences apocalyptiques que nous décrivent les tenants de l'alarmisme écologique. Quand une ressource devient trop chère car sa production est trop limitée, le mécanisme des prix incite naturellement à l'utilisation d'autres ressources. En outre, le progrès technique permet d'exploiter des ressources inutilisées jusque-là, que ce soit d'autres formes de pétrole ou des ressources complètement nouvelles. De Thomas Malthus à William Stanley Jevons, les théoriciens qui nous annonçaient la catastrophe en raison du manque de ressources se sont toujours trompés. Jevons par exemple écrivait en 1865 dans The Coal Question que l'économie britannique allait vers sa fin en raison de l'épuisement du charbon : « Nous ne pouvons encore continuer longtemps à progresser au niveau actuel » ajoutait-il[1]. Comme pour Malthus ou Auguste et Léon Walras à propos des ressources agricoles, l'histoire lui donna tort. Les alarmistes de l'écologie contemporaine tombent dans la même erreur.

Citations

  • « Ce pic ne permet pas de décrire correctement la réalité. En effet ce pic n'est valide que dans un contexte où la technologie et les équipements restent inchangés. Or ces éléments n'ont cessé d'évoluer au cours des siècles derniers. » (Cécile Philippe, C'est trop tard pour la terre[2])
  • « L'âge de pierre ne s'est pas achevé faute de pierre, l'âge du pétrole ne s'achèvera pas faute de pétrole. » (Adage fréquent dans les milieux énergétiques, attribué à Sheikh Zaki Yamani, ministre saoudien du pétrole, en 2000[3] ainsi qu'à Thomas Friedman, Don Huberts ou d'autres)

Informations complémentaires

Notes et références

  1. William Stanley Jevons, The Coal Question, Londres:Macmillan, 1865
  2. Cécile Philippe, C'est trop tard pour la terre, JC Lattès, 2007, p.31
  3. "The Stone Age came to an end not for a lack of stones, and the Oil Age will end, but not for a lack of oil."

Voir aussi

Liens externes

B0.jpg Discussions sur le forum
Libéralisme Et Pic De Hubbert (for)
La Fin Du Pétrole, C'est Pour Très Bientôt (for)
Un Monde Sans Pétrole (for)



 
 
 

D) - Rupture de 1973 

 La rupture de 1973 désigne le changement de rythme de la croissance économique survenu dans les années 1970, par la suite des conséquences néfastes des politiques keynésiennes mises en place de façon de plus en plus forte dans la période précédente. Si on utilise généralement comme date clef 1973, la rupture n'est pas liée exclusivement ou essentiellement au choc pétrolier. Ainsi, la situation se dégrade dès 1969 où les premiers signes d'un ralentissement conjoncturel commencent à se manifester.  

Présentation

On ne peut comprendre la rupture de 1973 qu'au regard de la période antérieure. Jean Fourastié nomme les Trente Glorieuses cette période de croissance exceptionnelle des économies développées au cours de la période 1946-1973. En effet, ces années sont caractérisées par un taux de croissance moyenne du produit intérieur brut de 5 % par an, une situation de quasi plein emploi et une augmentation permanente des niveaux de vie (la consommation des agents a triplé en francs constants). Cette prospérité s'observe dans tous les pays européens, de sorte qu'expliquer ces résultats par des causes nationales n'est pas pertinent. La croissance a en particulier touché les pays qui avaient souffert de la Seconde Guerre mondiale par un effet de rattrapage. Il convient en outre de signaler le rôle décisif joué par les États-Unis avec le plan Marshall, et les accords du GATT qui permettent une expansion considérable du commerce international et un retour profitable à tous du libre-échange.

Parallèlement le système de Bretton-Woods prévoyait un système monétaire qui reposait sur la convertibilité des monnaies en or et en dollar, faisant ainsi du dollar la devise clé, et ce depuis 1945. Or, la cause de cette rupture de 1973 a été le détachement du dollar par rapport à l'or, qui s'est produit en 1971. Peut-être que la véritable rupture s'est produite en 1971, parce que le détachement du dollar par rapport à l'or a été la cause de production de liquidités, d'une part, et des surendettements des États-Unis, d'abord, puis ensuite des autres États (comme une origine de la Crise financière de 2007-2008), d'autre part. Or, ce surplus de liquidités a entraîné une raréfaction relative du pétrole, et donc une hausse de son prix, puisque indicé en dollar. Ce qui a été une des causes du premier choc pétrolier, précisément, en 1973.

Il faut également remarquer que l'évolution démographique a été particulièrement favorable à une croissance harmonieuse. En effet, le nombre de personnes âgées était limité du fait des progrès encore trop faibles de la science. La surmortalité des deux guerres mondiales s'est ajoutée à ce contexte de disparition de ces personnes âgées. En même temps, les jeunes adultes aptes à produire, et les enfants qui consomment sont exceptionnellement nombreux à cause du phénomène du baby-boom, survenu après 1945.

Les conséquences inéluctables des politiques keynésiennes

Les politiques keynésiennes ont dévoilé progressivement toutes leurs conséquences négatives. Essentielle pour la rupture des années 1970 est l'analyse faite dans les années 1960 par Edmund Phelps et Milton Friedman, deux Prix Nobel d'économie. Les keynésiens ont cru longtemps pouvoir échanger emploi contre inflation avec la courbe de Phillips. Friedman en particulier expliqua pourquoi cet échange pouvait fonctionner temporairement, grâce à l'illusion monétaire : cette illusion monétaire est le comportement par lequel un agent économique confond une variation du niveau général des prix avec une variation des prix relatifs. Un agent est, par exemple, victime d'illusion monétaire s'il pense que seul son salaire a augmenté (variation d'un prix relatif) en cas de hausse générale des prix, c'est-à-dire d'inflation. Par exemple, quand les prix augmentent de 5 % alors que son salaire a augmenté de 3 %.

Quand les individus se rendent compte de cette illusion, ils demandent des hausses supérieures, nourrissant une spirale inflationniste avec une hausse du chômage, comme le montra la stagflation des années 1970.

L'explication en terme de rigidités

Après la Seconde Guerre mondiale, les pays développés décident de mettre en place des systèmes de monopole de Sécurité sociale, comme, en France, le système Laroque (sous le régime de Vichy) et en Grande-Bretagne, le plan Beveridge. Or, ces plans ont de nombreux effets pervers si l'on adopte une analyse en termes de ce qui se voit et ce qui ne se voit pas inaugurée par l'économiste français Frédéric Bastiat. Ainsi, le développement des corps intermédiaires (syndicats, organisations patronales...) a favorisé une allocation inefficace des ressources, en figeant les prix à des niveaux non optimaux. Aujourd'hui, on constate que ce sont principalement les pays ayant choisi la voie de la flexibilité (États-Unis et Grande-Bretagne) qui disposent de la situation économique la plus favorable pour les plus faibles. Parallèlement, en accordant des avantages aux chômeurs, les pouvoirs publics sont accusés de créer un « piège de la dépendance », d'être en quelque sorte à l'origine de la pauvreté. Dans ce sens, l'État crée ou amplifie le problème qu'il veut justement combattre.

Voir aussi

 

  

E) - Démocrature

 La démocrature est un concept politique utilisé pour caractériser un régime qui combine une démocratie de façade et des traits de l'autoritarisme voire de la dictature. Il décrit une forme de gouvernement où les institutions démocratiques existent en théorie, mais sont souvent manipulées ou contournées pour maintenir le pouvoir par une élite politique ou militaire. Il s'agit d'une forme de gouvernement qui présente un vernis de démocratie mais qui, en réalité, fonctionne de manière autoritaire. 

Étymologie de démocrature

Le mot démocrature est un mot-valise construit en réunissant les mots démocratie et dictature. On peut aussi parler de démocratie totalitaire, terme proche.

Le terme est utilisé dans de nombreuses autres langues où il est possible de réunir ainsi les terme en un mot-valise. En italien on parle ainsi usuellement de democratura (democrazia et dittatura).

En anglais, on parle de Potemkin Democracies ou démocraties Potemkine, en référence au fameux village russe de propagande aux façades en trompe-l'œil. La démocratie n'est que de façade. De manière très rare, on peut voir aussi le terme de democraship qui réunit democracy et dictatorship.

Exemples de démocratures

Au vu de l'usage polémique du terme, la classification d'un régime comme démocrature est toujours sujet à interprétation. Néanmoins, on range classiquement des pays actuels comme la Russie de Vladimir Poutine, ou de nombreux pays d'Afrique comme l'Algérie, l’Égypte ou la Turquie. On parle dans chacun de ces cas de démocraties sur le papier, mais pas en pratique, avec des régimes autoritaires.

L'Amérique latine est une autre zone géographique aux nombreuses démocratures dans l'histoire. Aujourd'hui, on peut notoirement penser au cas du Venezuela[1].

L'Iran, théocratie et démocratie de façade, peut aussi être considéré comme une démocrature[2].

Définition de la démocrature

La démocrature est souvent caractérisée par une utilisation sélective des principes démocratiques pour maintenir le pouvoir politique. Bien que les pays puissent organiser des élections et avoir des institutions démocratiques en place, ces systèmes peuvent être entravés par la corruption, le népotisme et la manipulation des élections. En conséquence, la participation citoyenne est généralement très limitée en pratique (e.g. 59% d'abstention en Iran[3], 52% en Algérie en 2024[4] et la responsabilité des élus devant leurs électeurs proche de zéro, compromettant ainsi la qualité de la gouvernance. Dans une démocrature, les élections peuvent avoir lieu, mais elles sont souvent biaisées en faveur du parti au pouvoir, et les droits civils et politiques des citoyens sont généralement fortement restreints.

Les dirigeants des démocratures peuvent recourir à diverses stratégies antidémocratiques pour maintenir leur emprise sur le pouvoir. Cela peut inclure la répression de l'opposition politique, la manipulation des médias et de l'information, ainsi que des réformes constitutionnelles opportunistes visant à étendre les mandats présidentiels ou à affaiblir les contrepoids institutionnels. Ces tactiques sapent les fondements de la démocratie en empêchant la concurrence politique équitable et en limitant la participation citoyenne. On peut identifier fréquemment la division de la population (diviser pour mieux régner) et la construction d'ennemis plus ou moins fictifs pour souder la population (les États-Unis, Israël ou les Juifs, etc.).

L'état de droit, composante essentielle d'une démocratie libérale, n'est pas respecté dans une démocrature.

Les démocratures ne subsistent généralement que par la présence de rentes (pétrole et autres ressources naturelles comme en Russie, en Algérie ou au Venezuela), et/ou l'appauvrissement généralisé.

Émergence et histoire des démocratures dans le monde

L'émergence des démocratures dans le monde est souvent liée à des contextes politiques, sociaux et économiques spécifiques dans différents pays. On peut mentionner un certain nombre de facteurs ; Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux pays anciennement colonisés ont accédé à l'indépendance. Dans de nombreux cas, cela a conduit à l'établissement de régimes démocratiques, mais certains pays ont rapidement basculé vers des régimes autoritaires, souvent dirigés par des leaders militaires ou des partis politiques autoritaires.

Pendant la Guerre froide, les superpuissances, notamment les États-Unis et l'Union soviétique, ont souvent soutenu des régimes autoritaires dans le cadre de leur rivalité géopolitique. Cela a entraîné le maintien au pouvoir de dirigeants autoritaires dans de nombreux pays, sous prétexte de défense du communisme (Cuba, Algérie, etc.) ou à l'inverse de lutte contre le communisme.

Dans de nombreuses régions du monde, l'instabilité politique, les conflits internes et les coups d'État[5] ont été des facteurs majeurs favorisant l'émergence de démocratures. Les putschistes prennent souvent le contrôle de l'État en promettant de restaurer l'ordre et la stabilité, mais ils finissent par maintenir leur emprise sur le pouvoir de manière autoritaire.

Exemples de dérives vers la démocrature

Alpha Condé, président de la Guinée, a suscité une controverse majeure en 2020 en modifiant la constitution pour lui permettre de briguer un troisième mandat présidentiel. Cette modification constitutionnelle a été largement critiquée comme étant antidémocratique, car elle lui permettait de prolonger son règne au mépris des limites de mandat établies. De plus, les élections qui ont suivi ont été entachées d'irrégularités et de violence, compromettant ainsi leur légitimité. En outre, le régime d'Alpha Condé a été accusé de réprimer violemment l'opposition politique et les manifestants qui s'opposaient à sa réélection, mettant en péril les libertés civiles et politiques dans le pays.

Ibrahim Boubacar Keïta, président du Mali, a été confronté à une crise politique majeure en 2020 suite à des accusations de fraude électorale lors des élections législatives. Les manifestations de masse qui ont suivi ont conduit à une intensification des tensions politiques et sociales, mettant en péril la stabilité du pays. La gestion de la crise par le gouvernement de Keïta a été critiquée pour son manque de transparence et son recours excessif à la force contre les manifestants. En conséquence, Keïta a finalement été renversé lors d'un coup d'État militaire en août 2020, illustrant la perte de légitimité de son gouvernement et les défis persistants de la démocratie au Mali.

Au Soudan, malgré une transition démocratique fragile après le renversement du président Omar al-Bashir en 2019, le pays a été confronté à une répression militaire continue. En octobre 2021, un coup d'État militaire a renversé le gouvernement de transition civil et a rétabli un régime militaire au pouvoir. Cette action a été largement condamnée par la communauté internationale et a entraîné des manifestations de masse à travers le pays. Malgré les promesses de retour à la démocratie, le régime militaire a continué à réprimer violemment les protestations et à restreindre les libertés civiles, illustrant les défis persistants de la gouvernance démocratique au Soudan.

Les limites de la démocrature sur le développement : le contre-exemple du Rwanda

Les limites de la démocrature sont évidentes dans plusieurs contextes, notamment en ce qui concerne le respect des libertés civiles, la participation politique équitable et la reddition de comptes des élus à leurs électeurs. Cependant, le contre-exemple du Rwanda offre une perspective intéressante sur la manière dont une gouvernance autoritaire peut parfois conduire à des résultats économiques et sociaux positifs, bien que cela soit souvent au détriment des libertés individuelles.

Le Rwanda, dirigé par le président Paul Kagame depuis la fin du génocide en 1994, est souvent cité comme un exemple de développement économique rapide et de stabilité politique sous un régime autoritaire. Kagame et son parti, le Front patriotique rwandais (FPR), ont réussi à consolider leur pouvoir et à maintenir une stabilité relative dans le pays après une période de chaos et de violence.

Sur le plan économique, le Rwanda a enregistré une croissance économique soutenue au cours des dernières décennies. Le gouvernement a mis en œuvre des politiques favorables aux investissements, encouragé le développement des secteurs technologiques et de l'industrie, et attiré des partenariats internationaux pour stimuler la croissance économique. Cette approche a permis au Rwanda de devenir l'une des économies à la croissance la plus rapide en Afrique.

De plus, le gouvernement de Kagame a mis en œuvre des programmes de développement social ambitieux, notamment dans les domaines de l'éducation, de la santé et de l'infrastructure. Ces initiatives ont permis d'améliorer les indicateurs sociaux et de réduire la pauvreté dans une certaine mesure.

Cependant, malgré ces réalisations économiques et sociales, le Rwanda sous Kagame a été critiqué pour son manque de liberté politique et de respect des droits de l'homme. Les opposants politiques sont souvent réprimés, la liberté d'expression est limitée et les médias sont largement contrôlés par le gouvernement. De plus, les élections au Rwanda sont souvent considérées comme peu compétitives, avec des allégations de fraude électorale et d'intimidation.

Notes et références

Voir aussi

 

 

 F) -  Rapport de J.P Morgan

 Tout le monde parle de ce rapport de J.P Morgan en ce moment. 

 Il a été publié hier. Et il est d'une honnêteté rare. Dans un monde ou tout le monde s'essaye à la prospective, J.P Morgan vient d'admettre que dans le contexte actuel, ils ne sont tout simplement plus en mesure de donner une "guidance" fiable. 


 

 Pour le lecteur pressé, que dit le rapport en substance ?  

Qu'ils n’ont plus de scénario central : ils ne savent plus modéliser l’issue du conflit avec l’Iran.  

Que les anciennes “lignes rouges” ont sauté : pétrole au-delà de 100 $, inflation élevée et Treasury US 10 ans désormais au-dessus de 5 %.  

Essence US : 4,37 $/gallon, à un record corrigé des variations saisonnières.  

Diesel : 6,31 $/gallon, record historique, alors que l’hiver et le pic saisonnier de demande approchent.  

 Stocks de diesel au plus bas historique, ce qui réduit fortement le coussin disponible en cas de nouvelle perturbation.  

Nouveaux risques logistiques au Moyen-Orient : mer Rouge/Bab-el-Mandeb sous pression et oléoduc Est-Ouest saoudien temporairement interrompu après une attaque. La Russie ajoute un deuxième foyer de risque énergétique : nouvelles frappes ukrainiennes contre plusieurs raffineries russes.  

 Et surtout : aucun signal clair de désescalade venant des États-Unis ou de l’Iran. Le 24 septembre est une date clé : elle marquera la rencontre entre Trump Xi Jinping à Washington, ce qui pourrait éventuellement créer une ouverture diplomatique. 

 Néanmoins, la conclusion implicite de J.P. Morgan c'est que plus le conflit dure, moins l’hypothèse d'une perturbation temporaire de l'offre pétrolière est crédible. RIP à tous ceux qui pariaient sur une désescalade... Winter is coming.

Une étude récente de J.P. Morgan Asset Management chiffre à 394 milliards d'euros le manque à gagner des épargnants français en raison d'un placement massif sur les livrets réglementés plutôt que sur les marchés d'actions. [1]
Les points clés de l'étude
  • Le calcul : L'analyse compare la performance des dépôts placés sur des livrets sécurisés (comme le Livret A) à celle qu'ils auraient obtenue sur un portefeuille d'actions sur la période 2020-2025. [1]
  • La critique : De nombreux observateurs estiment ce manque à gagner théorique, car ces fonds garantis répondent d'abord à un besoin de liquidité et de sécurité à court terme. [1]
  • La réalité des coûts : La simulation ne prend pas en compte la fiscalité ni les frais de gestion des actions, contrairement aux intérêts exonérés du Livret A. [1]
Si vous le souhaitez, je peux vous détailler :
  • Les différents types de placements alternatifs en France
  • Les risques réels d'un investissement en actions

 

J.P. Morgan AM chiffre à 394 milliards le manque à gagner des épargnants français

J.P. Morgan AM chiffre à 394 milliards d'euros l'écart entre l'épargne des Français placée sur des livrets depuis 2020 et la même somme investie en actions mondiales. Le calcul applique un multiple de six ans à la totalité des flux, y compris aux dépôts les plus récents.

 

P. Morgan Asset Management, la filiale de gestion d'actifs de la banque américaine, a publié le 16 septembre 2026 une étude intitulée « De l'épargnant à l'investisseur : une opportunité pour la France », réalisée avec l'institut de sondage Opinium auprès de 2 000 personnes. Elle chiffre à 394 milliards d'euros l'écart de valorisation accumulé depuis 2020 entre l'épargne des ménages français déposée sur des livrets et la même somme investie sur les marchés actions mondiaux.

Le chiffre a circulé toute la semaine dans la presse patrimoniale française. Sa méthode de calcul, en revanche, n'a guère été détaillée. Les comptes financiers de la Banque de France et les comptes nationaux de l'INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) permettent de la reconstituer et d'en préciser la portée.

Un écart calculé sur six ans de flux

Le calcul part de 475 milliards d'euros déposés par les ménages français sur des comptes et des livrets depuis le début de 2020. Cette somme atteignait 527 milliards d'euros fin 2025 au taux du Livret A (le livret réglementé, exonéré d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, dont l'État fixe le taux), contre 921 milliards d'euros si elle avait été placée sur les actions mondiales. La différence donne les 394 milliards.

L'étude publie aussi la version unitaire de sa simulation. Cent euros placés sur un Livret A début 2020 valaient 111 euros fin 2025 en nominal, et 96 euros une fois l'inflation déduite. Les mêmes 100 euros investis sur les marchés actions internationaux atteignaient 194 euros en nominal et 168 euros en pouvoir d'achat. La Tribune a identifié l'indice de référence retenu comme le MSCI ACWI, qui rassemble les grandes et moyennes capitalisations des marchés développés et émergents.

Le même multiple appliqué à toutes les sommes

Les deux séries publiées reposent sur un seul et même coefficient. Diviser 921 par 475 donne 1,94, soit exactement le rapport entre les 194 euros et les 100 euros de l'exemple unitaire. Le rapport 527 sur 475 donne 1,11, celui du volet Livret A. La performance de six années pleines a donc été appliquée à la totalité des 475 milliards d'euros.

Cette convention élargit mécaniquement l'écart affiché. Les dépôts se sont accumulés trimestre après trimestre entre 2020 et 2025 : un euro versé en 2024 n'a pas pu capitaliser six ans de hausse boursière. L'étude ne publie pas de variante pondérée par la date d'entrée des fonds, qui donnerait un écart sensiblement inférieur. Le résultat vaut comme ordre de grandeur.

Comment se répartit le patrimoine financier des ménages ?

Les comptes financiers de la Banque de France offrent une photographie indépendante de l'enquête. Au premier trimestre 2026, les principaux placements financiers des ménages français atteignaient 6 551,3 milliards d'euros. Les produits de taux en représentaient 3 922,3 milliards, dont 1 572,7 milliards d'assurance vie et d'épargne retraite en euros, 938,8 milliards d'épargne réglementée et 769,9 milliards de numéraire et de dépôts à vue.

Les actions cotées détenues en direct pesaient 269,8 milliards d'euros, soit 4,1 % de ce total. En y ajoutant les actions logées dans des organismes de placement collectif (194,5 milliards), la part atteint 7,1 %. L'étude de J.P. Morgan AM retient pour sa part 10 % pour les actions et 48 % pour les supports à faible rendement, sur un périmètre qu'elle ne détaille pas. Rapportée aux séries de l'institution monétaire, la poche liquide et garantie (dépôts à vue, livrets et fonds en euros) pèse 56,5 % des placements recensés.

La réallocation a déjà commencé

Les mêmes séries montrent un mouvement engagé avant la publication de l'étude. Au premier trimestre 2026, les flux de placements financiers des ménages sont remontés à 32,0 milliards d'euros, après 26,1 milliards au trimestre précédent. Les produits de fonds propres en ont capté 18,2 milliards, contre 5,7 milliards au quatrième trimestre 2025.

Le détail confirme la bascule. Les actions cotées ont enregistré une collecte de 2,5 milliards d'euros après un retrait de 3,0 milliards. L'assurance vie en unités de compte (les supports adossés aux marchés, sans garantie du capital) a drainé 11,3 milliards, puis 13,0 milliards au deuxième trimestre selon les données provisoires de la banque centrale. L'épargne réglementée a subi dans le même temps une décollecte de 10,4 milliards au premier trimestre et de 3,6 milliards au deuxième.

Trois objections opposées au chiffrage

  • Le manque à gagner reste théorique. La Tribune rappelle que les 394 milliards mesurent un écart de valorisation simulé, et qu'aucun ménage n'a encaissé cette perte.
  • Les 475 milliards répondaient à un autre objectif. Ces sommes ont été déposées sur des supports liquides et garantis pour des besoins de trésorerie et de sécurité. Les comparer à un portefeuille actions revient à changer d'horizon de placement après coup.
  • Les coûts sont absents de la simulation. Le calcul ne retranche ni les frais de gestion des supports actions, ni la fiscalité applicable aux plus-values, alors que les intérêts du Livret A échappent à l'impôt.

« Les Français ont une forte capacité d'épargne, mais une part importante de leur patrimoine reste placée sur des supports liquides ou à faible rendement. Notre étude montre surtout un décalage entre leurs objectifs de long terme et la manière dont cette épargne est aujourd'hui investie. Le chiffre de 394 milliards d'euros illustre l'écart de valorisation qui s'est créé depuis 2020 entre une épargne placée sur un Livret A et un investissement sur les marchés actions mondiaux. L'enjeu n'est évidemment pas de remettre en cause l'épargne de précaution, mais d'aider les épargnants à mieux diversifier leur patrimoine et à faire travailler davantage leur épargne de long terme, notamment pour préparer leur retraite »

Lilia Peytavin, stratégiste des marchés mondiaux chez J.P. Morgan Asset Management

Combien rapporte la poche garantie ?

Le Livret A rémunère à 1,7 % depuis le 1er août 2025, taux confirmé au 1er août 2026 et rappelé par Service Public. Les prix à la consommation ont progressé de 2,4 % sur un an en août 2026, selon les résultats définitifs publiés par l'INSEE le 15 septembre. L'écart, de l'ordre de 0,7 point, érode le pouvoir d'achat du capital déposé, dans la continuité des six années couvertes par l'étude.

Le taux d'épargne des ménages français figure toujours parmi les plus élevés du continent. L'INSEE l'a mesuré à 17,2 % du revenu disponible brut au deuxième trimestre 2026, après 17,9 % au trimestre précédent et 17,8 % en moyenne sur 2025. Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne, situe la zone euro à 14,3 % au premier trimestre 2026. L'étude retient 18 % pour la France et 15 % pour l'Europe, des ordres de grandeur un cran au-dessus des dernières publications officielles.

L'enquête d'opinion éclaire les freins. Interrogés sur le placement le plus performant à long terme, 26 % des Français citent les comptes et les livrets d'épargne, et 12 % les actions. Près d'un tiers évoquent la peur de perdre de l'argent comme premier obstacle, et 42 % déclarent n'y avoir jamais pensé ou ne pas savoir comment procéder. Hors épargne de précaution, 35 % des sondés conservent l'essentiel de leur épargne de moyen et long terme sur des comptes ou des livrets, contre 15 % en actions.

Les prochains rendez-vous

La Banque de France publiera les comptes définitifs du deuxième trimestre 2026, qui diront si le reflux de l'épargne réglementée se poursuit et si la collecte en unités de compte tient son rythme. L'INSEE livrera les comptes nationaux du troisième trimestre le 27 novembre 2026, avec un nouveau point sur le taux d'épargne. Le débat budgétaire de l'automne, qui porte notamment sur la fiscalité des produits d'épargne, pèsera sur les arbitrages des ménages dans les mois qui viennent.

Sources

 

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

 https://www.france-epargne.fr/news/jp-morgan-am-chiffre-a-394-milliards-le-manque-a-gagner-des-epargnants-francais

  


 

Total-Energies encaisse 1,8 milliard de dollars de GIP sur ses infrastructures africaines

 TotalEnergies reçoit 1,8 milliard de dollars de Global Infrastructure Partners, la plateforme d'infrastructures de BlackRock, et lui versera en retour une redevance indexée sur les volumes transitant dans certains actifs africains pendant quinze ans au maximum. 

Total-Energies a annoncé vendredi 18 septembre 2026 la signature d'un accord de partenariat avec Global Infrastructure Partners (GIP), la plateforme de gestion d'infrastructures non cotées du groupe américain BlackRock, portant sur des actifs pétroliers et gaziers situés en Afrique. Le fonds apporte 1,8 milliard de dollars, soit environ 1,57 milliard d'euros au cours de référence de la Banque centrale européenne du 17 septembre 2026 (1,1481 dollar pour un euro). En contrepartie, la compagnie française lui versera une redevance calculée sur les volumes qui transiteront par ces installations, sur une durée pouvant atteindre quinze ans.

Le communiqué, diffusé depuis Paris par Business Wire, tient en quelques lignes. « En contrepartie d'un apport en capital de 1,8 milliard de dollars, TotalEnergies versera à GIP une rémunération en fonction des volumes transitant dans ces infrastructures sur une période pouvant aller jusqu'à 15 ans », indique le texte. Jean-Pierre Sbraire, directeur financier du groupe, y est cité en ces termes : « Nous sommes satisfaits de renforcer notre relation avec GIP à travers cet accord portant sur des infrastructures énergétiques, qui permet de cristalliser la valeur de certains de nos actifs d'infrastructure en Afrique. »

Comment fonctionne le montage

Le midstream regroupe les installations situées entre les champs de production et les clients finaux : oléoducs, gazoducs, terminaux de chargement, unités de traitement et de stockage. Ces actifs facturent un droit de passage aux volumes qu'ils acheminent, ce qui leur confère des revenus plus réguliers que ceux de la production elle-même, moins directement exposés au prix du baril. Cette caractéristique en fait une cible privilégiée des fonds d'infrastructures.

Le mécanisme retenu s'apparente au tolling, un contrat par lequel un tiers finance une installation et se rémunère ensuite sur les volumes qui y transitent. TotalEnergies encaisse la totalité des 1,8 milliard de dollars dès la conclusion de l'accord et en supportera la contrepartie sur les quinze années suivantes. La compagnie conserve l'exploitation des installations ainsi que la production et les réserves qui leur sont raccordées, puisque aucun actif de production ne figure dans le périmètre décrit par le communiqué.

Le groupe n'a pas précisé quelles installations sont concernées, comme l'a relevé Bloomberg vendredi matin. Le montant annuel de la redevance, sa formule de calcul et le traitement comptable de l'opération n'ont pas davantage été communiqués.

L'Afrique pèse 17 % de la production du groupe

Le continent africain a fourni 414 kbep/j (milliers de barils équivalent pétrole par jour) au deuxième trimestre 2026, sur une production totale de 2 395 kbep/j, d'après le communiqué de résultats publié le 23 juillet 2026. La part africaine ressort ainsi à 17 % du volume produit par la compagnie. La composante gazière progresse nettement : 663 millions de pieds cubes par jour sur le premier semestre, en hausse de 16 % sur un an.

Ce poids s'est renforcé au fil du trimestre écoulé. TotalEnergies a chiffré à environ 210 kbep/j ses pertes de production moyennes au Moyen-Orient entre avril et juin, et a fait état de difficultés d'accès au détroit d'Ormuz. La zone Moyen-Orient et Afrique du Nord est revenue à 671 kbep/j, contre 850 kbep/j un an plus tôt. À mesure que cette région recule, les barils et les mètres cubes acheminés par les infrastructures africaines gagnent en importance relative dans le portefeuille.

Un désendettement déjà bien engagé

L'apport de GIP intervient sur un bilan qui se redresse vite. La dette nette du groupe est revenue à 19,7 milliards de dollars au 30 juin 2026, contre 23,0 milliards trois mois plus tôt et 25,9 milliards un an auparavant. Le ratio d'endettement (dette nette hors contrats de location rapportée à la somme des capitaux propres et de cette même dette nette) s'établissait à 13,1 % à fin juin, en amélioration de 2,4 points sur le trimestre, après 17,9 % au 30 juin 2025.

La trésorerie dégagée par l'activité explique ce mouvement : 9,8 milliards de dollars de marge brute d'autofinancement au deuxième trimestre, pour un résultat net ajusté de 6,0 milliards et un EBITDA ajusté de 13,2 milliards. Les investissements nets se sont élevés à 3,4 milliards sur le trimestre et 7,9 milliards sur le semestre, la compagnie confirmant une enveloppe annuelle de 15 milliards de dollars.

Rapportée aux cessions du premier semestre, qui ont totalisé 1 952 millions de dollars, l'opération annoncée vendredi équivaut à 92 % de tout ce que le groupe a désinvesti entre janvier et juin. Un seul accord apporte donc autant de liquidités que six mois de rotation d'actifs.

GIP, la plateforme d'infrastructures de BlackRock

BlackRock gérait 15 345 milliards de dollars d'encours au 30 juin 2026, dont 329 milliards logés dans les actifs non cotés, selon son communiqué de résultats du 15 juillet 2026. La poche infrastructures, qui abrite GIP, atteignait 113,5 milliards de dollars à cette même date, après une collecte nette de 5,2 milliards sur le seul deuxième trimestre. Ce compartiment constitue l'un des moteurs de croissance revendiqués par le gestionnaire américain.

Les deux groupes travaillent ensemble depuis plusieurs années. En mai 2022, TotalEnergies avait racheté la moitié de la participation de GIP dans Clearway Energy Group, développeur américain d'énergies renouvelables, contre 1,60 milliard de dollars en numéraire et environ 50 % de la filiale qui portait ses 51 % de SunPower. En septembre 2025, les deux partenaires ont pris avec NextDecade la décision finale d'investissement sur le quatrième train de liquéfaction du terminal Rio Grande LNG, au Texas, d'une capacité d'environ 6 millions de tonnes par an.

Quel impact pour l'actionnaire individuel ?

TotalEnergies figure parmi les toutes premières capitalisations de la place de Paris, à 177 milliards d'euros. L'action cédait 1,2 % à 78,71 euros vendredi en fin de matinée, un repli qui accompagne celui des cours pétroliers plutôt qu'il ne sanctionne l'accord : le baril de Brent s'échangeait autour de 98 dollars au même moment, en recul pour la troisième séance consécutive selon CNBC, les opérateurs tablant sur une restauration des flux saoudiens.

Pour l'épargnant qui détient le titre en direct ou via une unité de compte d'assurance vie, l'enjeu porte sur le financement du retour à l'actionnaire. Le conseil d'administration a fixé le deuxième acompte sur dividende 2026 à 0,90 euro par action, en progression de 5,9 % sur un an, et autorisé jusqu'à 1,5 milliard de dollars de rachats d'actions au troisième trimestre. Le prochain détachement est prévu le 30 septembre 2026, pour un rendement de 4,57 % sur la base d'un dividende annuel de 3,60 euros, selon les données de stockanalysis.com. Une entrée de 1,8 milliard de dollars sécurise d'autant cette politique de distribution sans céder un seul baril de production.

L'accord éclaire par ailleurs la place prise par les fonds d'infrastructures dans le financement des grands groupes cotés. Ces véhicules, longtemps réservés aux investisseurs institutionnels, apparaissent désormais dans certaines unités de compte spécialisées proposées aux particuliers français. Un épargnant se retrouve alors exposé des deux côtés de la table : à l'actionnaire TotalEnergies d'un côté, au bailleur de fonds de l'autre.

Les points de vigilance

Le contrat transfère à GIP un flux de revenus et laisse l'aléa d'exploitation chez TotalEnergies. La redevance étant assise sur les volumes transitant dans les installations, le groupe paiera davantage si le trafic augmente et moins s'il diminue, ce qui lie mécaniquement la charge à la performance opérationnelle de ses champs africains sur une période longue.

Trois informations manquent aujourd'hui pour apprécier pleinement l'opération : la liste des installations couvertes, le barème de la redevance et la manière dont l'apport sera enregistré dans les comptes consolidés. La distinction entre un produit de cession et un financement adossé change la lecture du bilan. La publication des résultats du troisième trimestre, attendue fin octobre 2026, constitue la première échéance à laquelle ces éléments sont susceptibles d'être détaillés.

Reste un signal difficile à ignorer pour les porteurs du titre : un groupe qui affiche 9,8 milliards de dollars de trésorerie opérationnelle trimestrielle choisit malgré tout de faire entrer un tiers au tour de table de ses tuyaux africains. La priorité affichée au désendettement et à la croissance du dividende y trouve une explication directe.

Sources

 

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.


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