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juillet 07, 2026

L’IMPÔT SUR LE REVENU ÉTAIT TEMPORAIRE....lol !

L’IMPÔT SUR LE REVENU ÉTAIT TEMPORAIRE. C’ÉTAIT EN 1914. 

En France, l’impôt sur le revenu a été créé pour financer la Première Guerre Mondiale. Temporaire. Le temps du conflit. La guerre s’est terminée en 1918. L’impôt fête ses 110 ans cette année. Ce n’est pas un cas isolé :


 

— TVA française : créée en 1954 pour la reconstruction d’après-guerre. Temporaire. Passée de 8% à 20%. — CSG : créée en 1991 pour “rembourser temporairement” la dette sociale. Toujours là. Et augmentée. — Contribution exceptionnelle sur les hauts revenus : créée en 2012 “exceptionnellement.” Toujours là en 2026. — TVA suisse : introduite en 1995 pour financer l’AVS. Temporaire. Passée de 6,5% à 8,1%. Et ça continue.  Il existe une règle universelle et absolue en politique : un impôt temporaire ne disparaît jamais. Il devient permanent. Puis il augmente. Puis on en crée un nouveau — temporaire. Les gouvernements ont transformé l’urgence en habitude et le provisoire en définitif. Et les contribuables paient. Indéfiniment.

 

 



Impôt

L'impôt est un prélèvement autoritaire et sans contrepartie directe en vue de couvrir les charges publiques (celles de l'État ou d'une collectivité publique).

Il en existe une grande variété de types :

  • les impôts sur les revenus (en France : l'impôt sur le revenu (IR), l'impôt sur les sociétés (IS)),
  • les impôts relatifs à la consommation (en France : la taxe sur la valeur ajoutée (TVA)),
  • la fiscalité du patrimoine (en France : les droits d'enregistrement, l'impôt sur la fortune immobilière (IFI), la flat tax (PFU), l'impôt sur les successions[1], l'impôt sur les plus-values),
  • la fiscalité locale (en France : la taxe foncière, la taxe d'habitation).

L'impôt peut notamment être prélevé à la source

L'impôt strictement encadré (position libérale)

Qu'est-ce que la justice fiscale ?

Adam Smith établit quatre règles fiscales immuables dans son Essai sur la richesse des nations (1776), conditions minimales pour ne pas tomber dans l’arbitraire fiscal :

  • égalité : chaque sujet contribue en proportion de ses facultés, c’est-à-dire en proportion de son revenu ;
  • certitude : la portion d’impôt que chaque individu est tenu de payer doit être certaine, et non arbitraire (quand et comment s'effectue le paiement, pour quelle quantité) ;
  • commodité : tout impôt doit être perçu à l’époque et selon le mode qui convient le mieux au contribuable ;
  • économie : tout impôt doit être conçu de manière qu’il fasse sortir des mains du peuple le moins d’argent possible au-delà de ce qui entre dans le Trésor d'État.


Taxation et représentation

Un des principes libéraux concernant la fiscalité est « pas de taxation sans représentation » : celui qui subit la fiscalité a le droit de prendre part aux affaires publiques (au moins indirectement, par la démocratie représentative). C'est la Révolution américaine qui a consacré ce principe déjà énoncé dans le Bill of Rights anglais, les colons américains s'insurgeant contre de nouvelles taxes lors de la Boston Tea Party.

Contre la progressivité de l'impôt

Les libéraux non libertariens sont en général en faveur d'un impôt proportionnel (du type flat tax), qui laisse intacts les rapports entre les différents revenus nets. En revanche, ils sont opposés à l'impôt progressif[2], qu'ils jugent confiscatoire et illégitime. La taxation est considérée comme une charge pour couvrir les frais de la production des services offerts par l'État. Au demeurant, l'impôt progressif avait été préconisé par Marx et Engels comme une des premières mesures brutales que devrait prendre le gouvernement révolutionnaire en vue de centraliser les décisions économiques et de renverser la « société capitaliste ».

Dans L'Action humaine, Ludwig von Mises explicite admirablement l'une des raisons de l'opposition libérale à la progressivité de l'impôt, en montrant qu'elle ferme l'accès à la constitution de nouvelles fortunes et profite en fait aux fortunes établies :

«  Mais aujourd'hui, les impôts absorbent la plus grande part des profits « excessifs » du nouveau venu. Il ne peut accumuler du capital ; il ne peut étendre sa propre affaire ; il ne deviendra jamais une grande affaire et le rival des situations établies. Les firmes anciennes n'ont pas à redouter sa concurrence, elles sont abritées par le percepteur. Elles peuvent sans danger rester dans la routine, se moquer des désirs du public et refuser le changement. Il est vrai que le percepteur les empêche, elles aussi, d'accumuler du capital neuf. Mais le plus important pour elles est que le dangereux nouveau venu ne puisse pas accumuler de capitaux. Elles sont virtuellement privilégiées par le régime fiscal. En ce sens, la fiscalité progressive entrave le progrès économique et favorise la rigidité sociale. Alors que dans l'économie de marché non entravée la possession d'un capital est une source d'obligation forçant le possesseur à servir les consommateurs, les méthodes modernes de fiscalité la transforment en privilège. »

    — Ludwig von Mises, L'Action humaine, 1949

Pour Friedrich Hayek, la progressivité est « une invitation à la discrimination et le prétexte à un pur arbitraire » (The Constitution of Liberty, 1960). Hayek donnait une autre conséquence provoquée par l'instauration de l'impôt progressif : la déspécialisation. Quelqu'un sachant qu'il sera beaucoup plus imposé en travaillant davantage sera désincité à fournir des efforts supplémentaires et préfèrera donc occuper autrement les heures qu'il aurait normalement consacrées à son labeur. Il optera pour des loisirs ou pour des travaux qu'il exécutera lui-même, évitant ainsi de devoir payer un homme du métier qu'il aurait dû rétribuer normalement avec le salaire récompensant ses propres heures de travail spécialisé.

De plus, Hayek fait un sort à la croyance selon laquelle l'impôt progressif serait bénéfique aux pauvres. Il invoque trois arguments à l'appui de sa thèse :

  1. Les recettes obtenues par l'imposition des tranches élevées des revenus sont plutôt négligeables en comparaison des autres sources fiscales. Elles pourraient tout aussi bien être obtenues en instituant une légère hausse de la proportionnalité.
  2. Les vrais bénéficiaires de l'impôt progressif sont les classes moyennes, et non les indigents.
  3. Par sa propagande laissant croire aux classes moyennes que l'essentiel de la charge fiscale reposait sur les plus fortunés, l'État a réussi à rendre plus tolérable aux contribuables l'augmentation générale de la fiscalité en légitimant ainsi le sentiment d'envie.

Pour Pascal Salin (L'arbitraire fiscal), l'impôt proportionnel ne représente rien d'autre qu'un cas de discrimination sociale, et la progressivité renforce encore ce caractère arbitraire et inégalitaire. Les arguments avancés pour justifier la progressivité de l'impôt sont généralement les suivants :

  • égalisation des sacrifices (il est normal de demander plus à ceux qui ont plus) ;
  • l'État doit assumer une fonction de redistribution et de solidarité des riches envers les moins riches.

Le premier argument invoque la loi de l'utilité marginale décroissante, mal comprise et appliquée avec une vision mécaniciste de la société, car l'utilité est un jugement de valeur personnel et il est impossible de comparer l'utilité entre individus différents ; de plus on ne peut parler de sacrifices, car il n'y a pas de consentement. Le second argument impose une solidarité obligatoire, sans valeur morale ; il n'y a par ailleurs aucune preuve qu'il y ait une redistribution effective vers ceux qui ont réellement besoin d'être aidés.

Maurice Allais, quant à lui, souligne le côté rétrograde de l'impôt progressif :

«  L'impôt progressif sur le revenu pénalise les plus capables et favorise indûment les moins capables en les affranchissant de l'impôt. Il constitue un obstacle à la promotion sociale. C'est un impôt conservateur et réactionnaire qui protège la fortune acquise et compromet la constitution de patrimoines pour tous ceux qui ne disposent d'autres ressources que celles de leur travail. »

    — Maurice Allais, Le Figaro du 23 novembre 1975


L'impôt, c'est le vol (position libertarienne)

Impôt et libéralisme

L’impôt n’est pas conforme au principe du libéralisme car il constitue une atteinte à la propriété privée et à la liberté individuelle (comme son nom l'indique, l'impôt est « imposé »[3]). Le prélèvement de l'impôt est fondé par la coercition. La propriété privée concerne à la fois ce qu’un individu possède à un instant donné, et les revenus qu’il retire de son travail ou des biens qu’il possède. Ainsi, l’impôt sur le revenu est une atteinte à la propriété de l’individu sur le fruit de son travail ; l’impôt sur les dividendes est une atteinte à la propriété sur les revenus de ce qu’il possède ; l’impôt sur la fortune est une atteinte à la propriété des biens eux-mêmes :

«  L'impôt est contraire au principe de base [du libertarisme] parce qu'il implique une agression contre les citoyens non agressifs qui refusent de le payer. Que le gouvernement offre des biens et services en échange de l'argent des impôts n'y change absolument rien. Le point important est que le soi-disant "échange" (impôt contre services publics) est coercitif : l'individu n'est pas libre de le refuser. Qu'une majorité de citoyens soient d'accord pour la coercition fiscale n'y change rien non plus. L'initiation de l'agression, même supportée par la majorité des gens, est illégitime. »
    — Walter Block, Defending the Undefendable

Alors que beaucoup de personnes estiment que les impôts sont justifiés, soit parce qu'ils réaliseraient une redistribution plus « juste » des revenus (mais on se demande au nom de quel principe d'égalité, puisque le taux de prélèvement est toujours fixé arbitrairement), soit parce qu'ils seraient la contrepartie de services rendus par l'État (éducation, sécurité, voirie, etc.) selon la théorie des biens publics, les libertariens estiment qu'il s'agit d'une extorsion. L'individu ne paye pas en fait des services à un juste prix, il est transformé en payeur aveugle au nom d'un principe collectiviste : fiscalement, il n'y a pas d'affectation des ressources aux dépenses (le butin volé est partagé arbitrairement), et toutes les cours de justice précisent bien que l’impôt est dû « sans contrepartie ». Il n'y a plus pour le citoyen que le choix entre être un esclave (auquel on vole le fruit de son travail) ou un receleur (s'il est bénéficiaire net de l'argent volé).

En résumé, l'impôt est toujours immoral pour les raisons suivantes :

  • absence de consentement : il faudrait que celui qui paie l’impôt y consente librement ("consentement à l'impôt"), et ait la possibilité de refuser.
  • absence d'affectation : l'impôt devrait être affecté à des dépenses approuvées par celui qui le paie, qui pourrait de plus en vérifier l'affectation (alors qu'en pratique le contribuable ne peut contester le montant de ses impôts en invoquant son désaccord avec l’affectation de tout ou partie des deniers publics)
  • absence d'efficacité : il faudrait que les biens ou les services fournis par l'impôt ne puissent être fournis à de meilleures conditions par le secteur privé, ce que les monopoles publics empêchent.
  • absence de rétribution : l'impôt devrait être considéré comme un prêt volontaire fait par le contribuable à l'État, il conviendrait donc de le rétribuer par un intérêt conforme aux lois du marché.

Les discussions entre économistes quant à savoir si tel type d'impôt, direct ou indirect, proportionnel ou progressif, serait plus juste que tel autre type d'impôt, sont donc totalement absurdes.

Illusion fiscale

Nuvola apps colors.png Article principal : illusion fiscale.

L'illusion fiscale empêche le citoyen de remettre en question la pertinence de l'impôt qui est levé par le pouvoir et l'emploi qui en est fait.

Monnaie fiscale

Nuvola apps colors.png Article principal : monnaie fiscale.

La monnaie fiscale est une variété de monnaie préconisée par certains économistes pour "résoudre" le problème de la dette publique.

Social-démocratie

La social-démocratie, tendant vers le socialisme, a tendance à admettre l'idée que l'État a par principe un droit de propriété sur tout ce que possède le citoyen. On parlera par exemple de « cadeau fiscal » lorsqu'il s'agit de baisser tel ou tel impôt. Derrière le mot « cadeau fiscal » il y a l'idée que la totalité des revenus du citoyen appartient en réalité à l'État : l'individu est apparemment censé être content que l'État lui laisse généreusement de quoi vivre, alors qu'avec la taxation il s'agit bien d'une réduction autoritaire et arbitraire de sa propriété en faveur de l'État ! L'État, qui est une cleptocratie, s'ingénie à forger des expressions pour brouiller les idées de ses sujets (un non-vol serait un « cadeau ») et ainsi éviter d'être mis en cause.

L'impôt volontaire, auquel le citoyen est présumé « consentir librement » (article 14 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen) est un mythe qui ne vise qu'à cacher l'oppression fiscale (essayez, pour voir, de « ne pas consentir » à payer l'impôt, voir Consentement à l'impôt).

Les impôts sont une continuation, avec certaines transformations purement formelles, de l'esclavage : c'est le tribut exigé par quiconque exerce le pouvoir sur les autres. Un esclave, au sens moderne, est celui qui remet la totalité de sa production à son "maitre-propriétaire". Le citoyen contemporain verse la moitié de sa production à l'État, il est donc un semi-esclave de l'État.

L'alternative à l'impôt

Il est évident que certaines fonctions de l’État sont utiles et qu'on ne peut les supprimer, la question est de savoir s'il est nécessaire de les financer par la coercition fiscale et s'il est nécessaire que ce soit la fonction publique (ou le parapublic) qui les prenne en charge. Les solutions libertariennes sont les suivantes :

  • privatisation du maximum d'activités étatiques (par exemple il n'y a aucune raison que l'enseignement, la santé, le réseau routier, la télévision et la radio, la banque, etc. soient pris en charge par l’État) ;
  • les secteurs peu justifiés économiquement (par exemple la culture, le sport, l'assistanat...) seraient pris en charge sur une base volontaire soit par le marché, soit par le milieu associatif (associations culturelles, sportives, caritatives...), soit disparaîtraient d'eux-mêmes (faisant ainsi la preuve de leur inutilité) ;
  • cessation de toute subvention aux associations, aux entreprises, aux syndicats, aux partis, aux églises, etc.
  • concernant les fonctions régaliennes (défense, police, justice), il n'y a pas d'unanimité ; Ayn Rand suggère un impôt volontaire, ce qui est jugé en général illusoire. Dans tous les cas, doivent être respectés :
    • le principe de neutralité de l'impôt : l’État doit laisser jouer les mécanismes du marché et rester en dehors de l'activité économique ;
    • le principe de l'égalité devant l'impôt : impôt égal à capacité contributive égale ;
    • des règles stables dans le temps [4].

Il a existé historiquement plusieurs cas d'États dépourvus de tout impôt et gérés comme des entreprises, comme l'État bernois jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, qui était « un État-entrepreneur domanial »[5] :

Berne était la plus grande république au nord des Alpes, s’étendant des portes de Genève aux portes de Zurich. Ses ressources financières étaient la propriété foncière, les émoluments des offices, les contributions aux routes et le commerce du sel et du blé. En plus, au XVIIIe siècle, les placements à l’étranger fournissaient un septième du budget. (Beat Kappeler, La fin de l’État idéal, Le Temps, 2 juillet 2011)


Idée reçue : "les impôts sont le prix que nous payons pour avoir une société civilisée"

Cette phrase aurait été prononcée pour la première fois en 1904, dans un discours du juriste américain Oliver Wendell Holmes Jr. (1841–1935), juge à la Cour suprême des États-Unis de 1902 à 1932. Elle figure au fronton de l'immeuble du siège de l'IRS, le fisc américain, à Washington.

Il s'agit là d'un sophisme étatiste du type post hoc qui affirme que la taxation est une condition préalable à la vie en société. Les libertariens dénoncent ce sophisme :

«  Voilà une affirmation qui nous a coûté bien cher. La civilisation découle du développement économique, moral et social. La liberté en est une condition préalable. Les impôts et le pouvoir de taxation sont destructeurs de la civilisation et de tout progrès. Régir l'économie, dominer le monde et faire financer tout cela, sous la contrainte, par des individus productifs, est un viol du principe des droits naturels ; poussé à l'extrême, ce système détruit les moyens de production et la richesse du pays. »
    — Ron Paul, Taxes, Liberty Defined, 2011

«  Les impôts sont le prix que nous payons pour avoir échoué à construire une société civilisée. Plus le niveau d'imposition est élevé, plus l'échec est grand. L'État totalitaire à planification centrale représente l'échec complet du monde civilisé, tandis qu'une société complètement volontaire constitue son succès ultime. »
    — Mark Skousen

Courbe de Laffer

Nuvola apps colors.png Article principal : Courbe de Laffer.

La courbe de Laffer montre qu'au-delà d'un certain seuil, plus la pression fiscale augmente, plus les recettes fiscales diminuent, en raison de l'effet désincitatif sur l'offre de travail (trop d'impôt tue l'impôt).

Synthèse


Dans une perspective libérale classique, un État minimal conduit nécessairement à un impôt minimal, qui n'entrave pas le développement économique (le taux d'imposition est plus proche de 0 % que de 100%). En revanche, dans une social-démocratie, l'histoire montre qu'il n'y a pas de limite au taux d'imposition, si ce n'est la désincitation que traduit la courbe de Laffer.

Tel que le conçoivent les libertariens, l'axiome de non-agression aboutit à rejeter le principe même de l'impôt. Les partisans du contrat social, libéraux ou non, arguent que l'impôt fait partie d'un contrat libre passé entre le gouvernement et la population : quiconque n'est pas d'accord peut toujours se libérer du contrat en quittant le pays. En réponse à cette objection, certains libertariens (tendance anarcho-capitaliste) soulignent le caractère fictif du contrat social, qui n'est qu'une justification de l'agression étatique. D'autres (tendance minarchiste) comptent davantage sur la concurrence fiscale entre pays pour « limiter » cette agression.

Il est intéressant d’observer que les origines des droits de l'Homme sont liées à la résistance à l'impôt : la Grande Charte (Magna Carta, 1215), la Déclaration d'Indépendance des États-Unis (4 juillet 1776) et la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (20 Août 1789) ont leurs origines respectives dans la résistance fiscale, sans compter le plus ancien symbole de la liberté connu, le Ama-gi. Max Stirner l'explique ainsi :

« La propriété fut l'étincelle qui mit le feu à la Révolution. Le gouvernement avait besoin d'argent. Il devait dès lors, pour être logique, montrer qu'il était absolu, et par conséquent maître de toute propriété, en reprenant possession de son argent, dont les sujets avaient la jouissance, mais non la propriété. Au lieu de cela, il convoqua des états généraux, pour se faire accorder l'argent nécessaire. En n'osant pas être conséquent jusqu'au bout, on détruisit l'illusion du pouvoir absolu : le gouvernement qui doit se faire « accorder » quelque chose ne saurait plus passer pour absolu. Les sujets s'aperçurent que les véritables propriétaires étaient eux, et que c'était leur argent qu'on exigeait d'eux. »
    — Max Stirner, L’unique et sa propriété

Informations complémentaires

Notes et références

  • Les partisans de l'impôt sur les successions soutiennent que les riches prendront la main sur l'économie à moins qu'une partie de leurs avoirs en capital ne soit imposée par l'État. Ceci est basé sur l'hypothèse que les riches sont peu peu nombreux et plus à même de s'organiser. On leur donne l'ambition de dominer le gigantesque éventail des intérêts concurrents sur le marché. Bien sûr, il n'y a aucun moyen que cela puisse être fait sans la coercition gouvernementale. Toute cette idée est ridicule puisque l'économie n'est pas statique. Où sont les géants industriels des années 1980, des années 1950, des années 1900 et ceux d'avant ? Toutes les entreprises qui furent dominantes à un moment donné de l'histoire sont soit devenues beaucoup plus petites, soit ont été incorporées dans des entreprises concurrentes parce qu'elles n'ont pas pu répondre au test du marché. Ainsi, l'impôt sur les successions qui tend à paralyser l'économie en réduisant l'offre de capitaux d'investissement, repose davantage sur le désir de l'homme politique d'avoir plus d'argent à distribuer à son électorat que sur un examen rationnel des faits.

  • Walter J. Blum, Harry J. Kalven, Jr., 1952, "The Uneasy Case for Progressive Taxation", University of Chicago Law Review, Vol 19, pp417–520

  • Sur l'étymologie révélatrice de ce terme, voir Étymologie de l'impôt, de Thierry Afschrift.

  • "On Friedrich Hayek and taxation: rationality, rules, and majority rule", Michael W. Spicer, National Tax Journal, Vol. 48, no. 1, (March, 1995)

    1. Stefan Altorder-Ong, Staatsbildung ohne Steuern, éd. Hier und Jetzt, 2011

    Bibliographie

    • 1968, Raymond De Roover, "L'Impôt dans le cadre de la ville Et de l'État", Speculum, Vol 43, n°4, pp732-733
    • 1970, James Coffield, "A Popular History of Taxation", London: Longman
    • 1985. Pascal Salin. L'arbitraire fiscal. Libertés 2000. Paris : Robert Laffont. (ISBN 2-221-04845-8)
    • 1999. Charles Adams. Those Dirty Rotten Taxes: The Tax Revolts that Built America. New York : Touchstone Books.
    • 2003, Karsten von Blumenthal, Birger Nerré, "Tax culture in nineteenth-century Austria", Proceedings. Annual Conference on Taxation and Minutes of the Annual Meeting of the National Tax Association, Vol 96, pp54-62
    • 2009, Leonardo Facco, "Elogio dell’evasore fiscale. Se le tasse son un furto non pagarle è legittima difesa" ("Éloge du fraudeur fiscal. Si les impôts sont du vol, ne pas les payer est de la légitime défense"), Aliberti Editore, Roma
    • 2014, Leonardo Facco, "I tweet dell’evasore #perchèletassesonosempreunfurto", ("Les tweets de l'évadé fiscal #parcequelesimpôtssonttoujoursduvol"), Movimento Libertario Edit, Treviglio (Bergamo)

    Voir aussi

    Organisations militantes

    Liens externes




    Taxe sur la valeur ajoutée

    Définition de la TVA (ou Taxe sur la valeur ajoutée)

    La Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) est une taxe assise sur la consommation des ménages et des entreprises. C'est en France en 1954 que cette taxe sera mise en œuvre pour la première fois par Maurice Lauré, inspecteur des finances et directeur adjoint de la Direction générale des Impôts. Son idée constitue probablement (et tristement) l'une des meilleures exportations françaises, avec plus de 150 pays qui l'ont adoptée.

    La TVA est un impôt indirect sur les dépenses de consommation. Elle est payée in fine par le consommateur et collectée par les entreprises qui participent au processus de production et de commercialisation. Le montant de la taxe est proportionnel au prix de vente hors taxe (HT).

    Le principe est le suivant : l'entreprise majore son prix de vente du montant de la TVA qu'elle facture à son client et qu'elle reverse à l’État après déduction des montants de TVA (opération dite de récupération de la TVA) qu'elle a dû payer à ses propres fournisseurs pour acquérir les biens et services nécessaires à son activité.

    La TVA est donc intégralement supportée par le consommateur, mais collectée de manière fractionnée par les organismes assujettis à la TVA (entreprises, certaines professions indépendantes et certaines associations). Ceux-ci reversent la TVA à l’État, en fonction de sa valeur ajoutée qui est la différence entre la valeur finale des biens et services (prix de vente) et la valeur des biens et services utilisés dans le processus de fabrication.

    Position libérale

    Les anarcho-capitalistes rejettent tout impôt et trouvent par conséquent la TVA illégitime. Pour les autres libéraux, pour qui donc un impôt minimum est nécessaire, la TVA est possiblement l'une des moins mauvaises taxes : assiette large, application identique à tous, en fonction du niveau de consommation, etc. Par certains aspects, elle présente des ressemblances avec la flat tax qui s'applique aux revenus. Néanmoins, même l'idée originale de la TVA d'une taxe simple a été pervertie par le clientélisme, avec de nombreux taux de TVA différenciés selon le niveau de pouvoir de ceux qui en bénéficient : TVA réduite à 5,5 % pour les restaurateurs sous Nicolas Sarkozy, TVA réduite à 10 % pour les travaux de rénovation, mise en place puis supprimée, etc. L'illisibilité et l'instabilité sont largement la règle dans l'action étatique. En France métropolitaine et en 2014, il existe quatre taux de TVA applicables (cf. articles 278 et suivants du Code général des impôts) :

    • Le taux normal à 20 %, pour toutes les ventes de biens ou de services hormis celles soumises par la loi à un autre taux ;
    • Le taux intermédiaire à 10 %, notamment pour les produits agricoles non transformés, le bois de chauffage, les transports de voyageurs, la restauration, les travaux d'amélioration du logement, les droits d'entrée dans les musées, zoo, etc.
    • Le taux réduit à 5,5 %, pour les produits de première nécessité et de consommation courante : biens alimentaires non transformés par exemple, ainsi que certains produits culturels comme les livres, etc.
    • Le taux particulier à 2,1 %, qui ne concerne que très peu de catégories de biens comme les médicaments remboursables par la Sécurité sociale, certains spectacles et publications de presse, etc.

    Les libéraux reprochent aussi à la TVA son aspect « indolore », la taxe étant cachée dans le prix global du produit. Le Français moyen ne réalise pas qu'il paye 20 % plus cher ses achats à cause de cette taxe, et donc qu'il contribue bien plus au budget de l’État qu'il n'en reçoit.

    Citations

    • « Le gouvernement devrait se garder d'augmenter la TVA ou la CSG pour financer les caisses percées de la Sécurité sociale. [...] J'ai offert depuis longtemps un prix d'un million d'euros si on me montre un produit importé qui paie une taxe. Comme le dit la sagesse fiscale, ce n'est pas parce que vous mettez un impôt sur les vaches que ce sont les vaches qui paient l'impôt. Au final, ce sont les consommateurs de produits importés qui paient les taxes. Ce ne sont donc pas les Chinois qui paieront la protection sociale des Français, mais bien les Français eux-mêmes. » (Alain Madelin[1])

    Notes et références

    TVA sociale

    La TVA sociale est l'affectation d'une partie du produit de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au financement de la protection sociale. Sa mise en place se traduit concrètement par une hausse de la TVA et donc des impôts au sens large, à la place de cotisations sociales existantes (dans ce cas, il y aurait baisse des cotisations) ou envisagées pour augmenter les ressources.

    Ses partisans prétendent donc que TVA sociale est une façon de faire participer les consommateurs à leur protection sociale, et d'améliorer la compétitivité économique du pays (et éviter des délocalisations). La mesure est régulièrement envisagée et abandonnée en France, où le niveau très élevé des cotisations sociales (voir structure du salaire en France), finançant la sécurité sociale, pèse sur le coût du travail et donc la compétitivité économique. Parmi ses avatars nombreux, elle fut un sujet récurrent de débats dans la présidentielle de 2007 (mesure défendue par Nicolas Sarkozy) et revient en 2025 dans la bouche de François Bayrou.

    Les libéraux sont critiques de la mesure, qui est un palliatif néfaste à une vraie réduction de la dépense publique, consistant à faire payer au consommateur l'excès de dépense publique au lieu de la réduire vraiment. Enfin, les taxes sur la consommation étant toujours in fine payées par le consommateur, c'est une réduction de la consommation que la TVA dite sociale engendre, au détriment des plus pauvres. 

    Critique libérale de la TVA sociale

    La TVA sociale consiste donc (en théorie du moins) à réduire les coûts de production, et à les remplacer par des taxes sur la consommation. Pour les promoteurs de la TVA sociale, ce transfert de charges au sein du financement de la sécurité sociale permettrait d'alléger le coût du travail et de taxer davantage les produits importés, créant un effet désincitatif (les ménages achèteront moins de produits importés). Cependant, la protection sociale reste toujours à la charge des agents économiques nationaux : ce n'est pas l'importateur qui la paye, mais bien le consommateur.

    Aux yeux des libéraux, qui préconisent plutôt le salaire complet, ce transfert vers la TVA entraîne surtout une augmentation des prix qui pénalise les consommateurs, notamment les plus modestes. En effet, les taxes sur la consommation pèsent identiquement sur la consommation des ménages pauvres ou riches ; en pourcentage des dépenses elles pèsent légèrement plus sur les ménages les plus riches, et en proportion du revenu, elles pèsent davantage sur les bas revenus, qui consomment une plus grande partie de leur revenu. Comme le résume le journaliste François Lenglet, « Si on taxe la viande de bœuf, ce n'est pas la vache qui paie »[1].

    La TVA sociale n'est donc qu'un tour de passe-passe technocratique, une taxe sur la consommation (plutôt que sur la valeur ajoutée proprement dite) d'inspiration protectionniste, qui ne s'attaque pas à la racine du problème : le coût trop élevé d'une protection sociale monopolistique et collectiviste. Elle relève de la manie étatique de fiscaliser la protection sociale (commencée avec la CSG en 1991), et de présenter l'impôt comme la solution à tous les problèmes de la société[2] :

    « De quelque côté que l’on se tourne, la « TVA sociale » ne pourra tenir les extravagantes promesses de ses thuriféraires. Il n’existe pas de potion miracle qui permettrait, en remplaçant une cotisation par un impôt, un prélèvement obligatoire par un autre, d’améliorer sans effort notre compétitivité. Seule la maîtrise de nos dépenses sociales peut avoir des effets économiques durables. »
        — Alain Madelin

    Citations

    • « Le gouvernement devrait se garder d'augmenter la TVA ou la CSG pour financer les caisses percées de la Sécurité sociale. [...] J'ai offert depuis longtemps un prix d'un million d'euros si on me montre un produit importé qui paie une taxe. Comme le dit la sagesse fiscale, ce n'est pas parce que vous mettez un impôt sur les vaches que ce sont les vaches qui paient l'impôt. Au final, ce sont les consommateurs de produits importés qui paient les taxes. Ce ne sont donc pas les Chinois qui paieront la protection sociale des Français, mais bien les Français eux-mêmes. » (Alain Madelin[3])
    • « Il ne s’agit pas de donner au salarié tout ce qu’il gagne : l’objectif est de diminuer la charge de l’entreprise (qui, il est vrai en a bien besoin) en privant le travailleur d’une partie de son salaire différé. La TVA sociale, c’est donc bien cela : une diminution des salaires. Mais pour que la spoliation du travailleur soit encore plus complète, on veut l’obliger aussi à payer plus cher ce qu’il consomme, par le biais d’une hausse de la TVA. » (Claude Reichman)
    • « L'expression elle-même : TVA sociale cache une substitution d'une augmentation de la taxe dénommée TVA - en taux ou en assiette, on ne sait... - à une diminution des cotisations sociales obligatoires - en taux ou en assiette, on ne sait là encore... -. Elle est donc une alliance de mots, apparemment contre nature, sauf à reconnaître que les cotisations sociales obligatoires sont, contre toute attente et contre les institutions françaises, des impôts. » (Georges Lane)
    • « Au final, à long terme, la hausse de la TVA aura plutôt pour conséquence de réduire le salaire net et de limiter les possibilités, pour les entreprises, de maintenir leur compétitivité... Alors même qu'un des objectifs avoués de cette TVA sociale, anti-délocalisations, est de redonner un peu de compétitivité aux entreprises françaises. Une fois de plus, nos politiciens prônent des mesures qui, à moyen terme, provoqueront les effets inverses de ceux qui sont attendus. » (Vincent Bénard)

    Informations complémentaires

    Notes et références

     

     

     

     

     

     

     

     

    juillet 06, 2026

    Un phénomène idéologique, la décroissance !

    La France a un problème de croissance. Et c'est volontaire. 

    En vingt-cinq ans, aucune PME française n'est devenue l'une des plus grandes entreprises cotées du pays. Au début des années 2000, 5 % des grandes entreprises italiennes, 10 % des allemandes et 17 % des américaines étaient encore des PME. On explique ce blocage par le sous-investissement, la fragmentation du marché, l'absence dans les secteurs technologiques. Ces explications sont justes, mais elles valent aussi pour l'Allemagne et l'Italie, qui font pourtant grandir leurs PME. Un facteur partagé ne peut pas expliquer un écart. Ce qui bloque la France n'est pas un manque de moyens mais un modèle mental qui traduit préférence ancrée pour le petit: la grande taille est tenue pour suspecte, la petite pour vertueuse. Ce modèle a survécu à toutes ses justifications successives, hier le social, aujourd'hui la planète. Les vocabulaires passent, la préférence demeure. Or l'absence de croissance a un coût, mais un coût invisible: le champion jamais né, le rang perdu, la cotisation sociale qui manquera. On croit alors avoir choisi la prudence, quand on a choisi le déclin, la pauvreté et la disparition de la souveraineté. Il devient donc urgent de revoir notre modèle. 


    Le manque de croissance en France n’est pas technique, il est culturel

    La France a un problème de croissance en général, et de ses entreprises en particulier. Si elle crée beaucoup d’entreprises, grâce à une forte énergie entrepreneuriale, celles-ci ne deviennent pas des champions: aucune PME n’est passée au rang de grande entreprise cotée en vingt-cinq ans. Les explications habituelles, investissement insuffisant, marché fragmenté, cachent l’essentiel : un modèle mental hostile à la croissance, dont les coûts, perte de souveraineté et appauvrissement, sont diffus mais réels. Or dans un monde en mouvement, la croissance n’est pas un luxe mais une nécessité si nous voulons conserver notre niveau de vie et notre modèle social. Il devient donc urgent de revoir notre modèle.

    En vingt-cinq ans, aucune PME française n’est devenue l’une des plus grandes entreprises cotées du pays. C’est le message du dernier rapport McKinsey présenté aux Rencontres d’Aix et rapporté par Le Figaro, et il est d’autant plus frappant qu’il n’a pas d’équivalent ailleurs : sur la même période, 5 % des plus grandes entreprises italiennes, 10 % des allemandes et 17 % des américaines étaient encore des PME au début des années 2000. La France ne compte par ailleurs quasiment aucun de ces «disrupteurs», ces jeunes entreprises qui percent et changent brusquement d’échelle. Elle ne fait pas simplement moins bien que ses voisins, elle fait autre chose : elle ne produit pas ce passage de la petite à la grande taille que les autres économies produisent régulièrement. Elle semble bloquée.

    Le rapport explique ce blocage par les facteurs habituels : sous-investissement dans le numérique, fragmentation du marché européen, concentration des gains de productivité sur une poignée de champions, absence dans les nouveaux secteurs technologiques. Il se situe dans la droite ligne du rapport Draghi. Ces explications sont justes, mais elles ont un défaut commun. Ce sont des explications de moyens, et elles sont européennes : elles valent pour la France comme pour l’Allemagne et l’Italie. Or ces deux derniers réussissent à faire passer leurs PME au rang de grandes entreprises. Un facteur partagé ne peut pas rendre compte d’un écart. Et parce que ces explications sont des explications de moyens, elles appellent des remèdes de moyens, investir davantage, consolider les secteurs fragmentés, qui sont sans doute utiles mais qui ne touchent pas à la véritable source du blocage.

    Une préférence ancrée pour le petit

    Ce qui produit le blocage n’est pas un manque de moyens mais une préférence profonde. J’en ai pris conscience lors d’une expérience en apparence anodine, la visite de l’incubateur d’une grande école d’ingénieurs à l’occasion des journées portes ouvertes de Parcoursup. D’entrée de jeu, son responsable a déclaré à une salle remplie de candidats accompagnés de leurs parents: « Ici, nous ne poursuivons pas la croissance pour la croissance; nous voulons créer des entreprises servant l’intérêt général ». Avant d’évoquer Elon Musk comme repoussoir.

    Tout est là. La France a développé un modèle mental hostile à la croissance, qui tient la grande taille pour suspecte et la petite pour vertueuse, et qui détermine silencieusement les arbitrages : préférer le contrôle à l’expansion, la conformité à la norme à la conquête de marché. Ce modèle est ancré au plus profond de notre culture, comme l’illustre l’anecdote de l’incubateur. Il a une propriété remarquable: il a survécu à toutes ses justifications successives. Hier, on protégeait le petit au nom du social, contre les gros, contre la concentration, contre le capital. C’était l’époque de Pierre Poujade luttant contre la grande distribution dans les années 50. Aujourd’hui, on le protège au nom de la planète : on prône la ferme à taille dite « humaine » et la sobriété, et la croissance est présentée comme une fuite en avant. Les justifications passent, le modèle demeure.

    Or l’absence de croissance a des coûts considérables. Le premier est la perte de souveraineté, dont l’agriculture fournit l’illustration la plus nette. Les Pays-Bas, treize fois plus petits que la France, sont devenus l’un des tout premiers exportateurs agricoles mondiaux en traitant l’agriculture comme une industrie technologique à mettre à l’échelle, quand la France, qui figurait il y a quinze ans parmi les premiers, a reculé rang après rang jusqu’à menacer de voir sa balance alimentaire devenir déficitaire. Le même mécanisme opère dans l’industrie : l’Europe ne pèse que 8 % des dix-huit secteurs d’avenir identifiés par le rapport McKinsey, et les trois premiers déficits commerciaux français, l’énergie, l’automobile et les produits informatiques et électroniques, sont précisément les domaines où aucun acteur national n’a atteint l’échelle. Sans champions, et donc sans croissance, on dépend du cloud, des puces, des médicaments, de l’IA et de l’énergie des autres, et il n’y a plus de souveraineté.

    Le second coût est l’appauvrissement, que révèle le PIB par habitant. Selon l’OCDE, en pouvoir d’achat comparable, les États-Unis atteignent environ 72 700 dollars contre 55 300 pour la France, soit près d’un tiers de richesse produite en moins, un ordre de grandeur de 1 200 milliards de dollars par an rapporté aux 69 millions d’habitants. Ce n’est pas une perte budgétaire observable, mais la mesure du manque à produire cumulé, en salaires, en investissement, en recettes fiscales et en capacité à financer notre modèle social. Un pays qui refuse la croissance ne s’appauvrit pas d’un coup, il décroche année après année et l’écart se creuse lentement mais inexorablement. C’est ici que le modèle se retourne contre lui-même : notre système social, que l’on oppose volontiers à la croissance, repose entièrement sur la richesse que seule celle-ci produit. Refuser la croissance au nom de la solidarité, c’est saper ce qui la finance. Contrairement à ce que pense mon responsable d’incubateur, son dédain pour la croissance dessert l’intérêt général.

    La croissance n’est pas un luxe

    Comment une préférence aussi coûteuse peut-elle se maintenir ? Parce qu’elle repose sur une croyance rarement énoncée : celle selon laquelle la croissance est une forme de luxe dont on peut se passer, une forme de plaisir coupable et moralement suspect. Un peu comme la crème chantilly sur la glace: c’est bon, mais ce n’est pas fondamental et c’est mauvais pour la ligne. On refuse de croître parce que l’on pense que sans croissance, l’essentiel restera, comme si celle-ci était une option qu’on refuse sans conséquence. Le niveau de vie, le modèle social et le rang sont vus comme des acquis définitifs. C’est un biais de continuité, et il est faux. Le statu quo n’est pas un point de repos, car le monde n’est pas statique : les autres avancent, notre position relative s’érode, et la base de richesse qui finance notre niveau de vie se réduit à mesure que l’écart se creuse. L’alternative à la croissance n’est donc pas la continuité heureuse et sobre, mais le déclin. Ce biais explique aussi pourquoi les coûts du modèle restent invisibles. Les coûts de la croissance ont bien-sûr un visage : l’usine, les émissions, la concentration. Les coûts de son absence, eux, ne se voient pas directement : le champion qui n’est jamais né, l’emploi jamais créé, le rang perdu, la cotisation sociale qui manquera, la route pas construite faute de moyens. Le déclin, que l’on finit par constater tous les jours, n’est jamais rattaché aux préférences qui l’ont produit; on l’explique par un monde devenu plus dur, par l’existence de profiteurs, par un jeu truqué, par une concurrence « déloyale », mais jamais comme une conséquence de notre modèle mental. Il n’est ainsi jamais démenti par l’expérience, puisque personne n’est mis en face de ce à quoi il nous a fait renoncer. Nous sommes nos propres ennemis, mais nous les cherchons ailleurs.

    On comprend alors pourquoi les remèdes habituels – un assouplissement ici, une subvention là – restent des mesures à la marge. Ils corrigent les moyens, l’investissement, la fragmentation, les seuils, sans toucher au modèle qui les a produit. Or celui-ci reconstruit ce qu’on ajuste, car le modèle finit toujours par l’emporter sur les ajustements techniques. Le travers dépasse d’ailleurs largement la question de la croissance : c’est la tentation permanente de traiter le statu quo comme un état stable, de confondre le renoncement avec la prudence, et de juger une orientation à ses coûts visibles sans jamais compter les coûts invisibles de son refus. Tant que notre regard sur la croissance n’aura pas changé, nous continuerons de croire que nous avons choisi la prudence, alors que nous aurons choisi le déclin.



    Décroissance

    Le mot décroissance désigne un slogan provocateur qui cherche à désagréger les idées de développement et en particulier la croissance économique, qualifiée de dogme mécaniste en contradiction avec les limites bio-géophysiques de la Terre. D'une façon succincte, c'est un mouvement qui s'inscrit dans une critique de la croissance exponentielle dans un monde limité. Nous retrouvons une pensée à mi-chemin entre Thomas Malthus et des luddistes. On retrouve ses partisans à droite comme à gauche de l'échiquier politique, même si seuls ceux de gauche se proclament le plus de cette étiquette. Les idées de décroissance trouvent un écho très favorable dans le milieu du mouvement libertaire. Dans tous les cas, on retrouve le refus du productivisme et un retour à un style de vie libéré de l'industrie et du consumérisme. Opposés à la société moderne industrielle, pour beaucoup de ses défenseurs elle se manifeste comme une contestation radicale du libéralisme, souvent associé à la rapacité du capitalisme, identifié comme l'idéologie à la source du système.

    Cette condamnation du libéralisme sous forme de procès accusateur est discutable et réfutable. D'une part, l'histoire de la croissance capitaliste ne se résume pas à l'accroissement des facteurs matériels, contrairement aux esprits conformistes qui ne laissent pas de place à l'attitude en faveur du commerce et de l’innovation, les idées libérales ne résument pas le monde contemporain au matérialisme économique. D'autre part, le libéralisme refuse toute idéologie, ou dogme collectiviste qui impliquerait une ingénierie sociale de soumission des populations et donc la destruction des libertés individuelles ; les idées libérales expriment au mieux la conscience de la complexité de la nature humaine face aux problèmes environnementaux actuels. Elles ne refusent pas les critiques ouvertes et constructives. 

    Origines

    Suite à la publication par le Club de Rome du rapport Meadows Limits to Growth en mars (1972), le problème des limites physiques à la croissance économique et démographique a généré des controverses entre spécialistes et a fait couler beaucoup d'encre.

    À l’époque, les scénarios en discussion portaient sur la course aux armements et la pauvreté. Aurelio Peccei, industriel italien fondateur du Club de Rome en 1968, invite un groupe de personnalités à réfléchir à « la création d’un système d’observation et de monitoring du monde ». En 1970 le Club a tenu sa première réunion officielle à Berne afin de proposer un modèle pour étudier la situation de l'humanité. Le modèle retenu fut celui du professeur du MIT, Jay Forrester, qui a présenté les premiers travaux du MIT (Massachusetts Institute of Technology) en dynamique des systèmes. Grâce à la modélisation informatique (World3), une équipe de plusieurs chercheurs du MIT, dirigée par le physicien américain Dennis Meadows, publie un rapport modélisant les conséquences possibles du maintien de la croissance économique sur le long terme.

    Parmi quelques autres fondateurs du mouvement de décroissance nous pouvons citer Nicholas Georgescu-Roegen, Jacques Ellul, André Gorz et Ivan Illich.

    Nicholas Georgescu-Roegen, s'appuyant sur le deuxième principe de la thermodynamique et la loi de l'entropie, ébauche une critique de la science économique moderne, notamment l'École néoclassique, pour ériger un tableau alarmiste du processus économique actuel.

    En effet, la plupart des économistes semble ignorer ou ne porter aucune importance à la loi de l'entropie. Cette loi mesure le « degré de désordre » de l’énergie, plus l’entropie augmente, et plus l’énergie est « en désordre ». Le processus économique consistant à transformer de la matière et de l'énergie n'échappe pas à cette loi physique.

    Un constat dont Nicholas Georgescu-Roegen tire une conclusion : la dégradation entropique continuelle, en tant que racine de la rareté économique, mène à l'épuisement irrévocable des ressources minéralogiques.

    Jacques Ellul, critique du « système technicien », découvre dans sa jeunesse le protestantisme et l'œuvre de Karl Marx. Même s'il refuse de faire de Marx un fétiche, la pensée marxiste va lui servir d'outil critique. Ellul n'assimile pas la technique à la simple mécanisation, mais comme un critère de recherche d'une plus grande efficacité, devenue puissance autonome rationnelle, transformant toute chose en moyen. Étendue à tous les domaines de l'activité de l'Homme, celui-ci n'a plus de liberté de choix, il ne décide que pour ce qui donne un maximum d'efficience. Automatisation et rationalisation conduisent à l'aliénation de l'Homme.

    Jacques Ellul critique également les excès de discours politiques et l'emprise grandissante de l'État dans la « société technicienne ». Ainsi il écrit : « [...] tout remettre entre les mains de l'État, faire appel à lui en toute circonstance, déférer les problèmes de l'individu à la collectivité, croire que la politique est au niveau de chacun, que chacun y est apte : voilà la politisation de l'Homme moderne. Elle a donc principalement un aspect mythologique. Elle s'exprime dans des croyances et prend par conséquent aisément une allure passionnelle ». [1]

    La croissance économique est un phénomène récent à l'échelle historique. Elle est apparue avec les premières économies capitalistes, en particulier les Pays-Bas du XVIIe siècle[2]. Elle a donc soulevé régulièrement des interrogations ou inquiétudes sur sa durabilité.

    Les premiers économistes ont par exemple longtemps cru que l'économie se dirigeait vers un « état stationnaire » où la croissance serait « terminée ». David Ricardo ou Thomas Malthus font partie des classiques anglais pessimistes qui croient à cet état stationnaire.

    Les idées de Thomas Malthus développées dans Le Principe de Population sont très analogues à celles développées par les tenants de la décroissance. De même l'héritage du moralisme est important pour les idéologues de la décroissance. Ainsi, Jean Zin, pourtant proche idéologiquement de cette mouvance de déclarer : « je déplore une dimension moralisante beaucoup trop présente à mon goût alors qu’il s’agit d’organisation sociale. [...] C’est une conception que j’ai trouvé souvent plus morale que politique, culpabilisatrice plutôt que constructive. [...] Comme dans tous les mouvements il y a une tendance au simplisme qui me décourage et me rappelle d’anciens dogmatismes. »

    Une autre source d'inspiration est le courant catastrophiste qui cherche à frapper les esprits en évoquant la possibilité de cataclysmes. Les décroissants reprennent cette exagération volontaire qui est la façon de procéder avouée des catastrophistes. Ainsi, le climatologue Stephen Schneider revendiquait le devoir pour les scientifiques de taire leurs doutes et celui d'exagérer les menaces pour frapper les esprits. Ainsi, il écrivait en octobre 1989 dans Discover Magazine[3] :

    «  Nous avons besoin d'une base d'appui importante, et de capturer l'imagination du public. Bien sûr, cela inclut la couverture médiatique. Nous devons donc offrir des scénarios catastrophe (scary), affirmer des choses simplifiées et dramatiques, et faire peu mention des doutes que nous pourrions avoir. Cet « engagement à double morale » dans lequel nous nous trouvons souvent ne peut pas être résolu par une simple formule. Chacun d'entre nous doit décider de la balance précise entre l'efficacité et l'honnêteté »
        — Stephen Schneider

    Quelques réflexions sur le décroissantisme

    Se focalisant sur les aspects négatifs de la « société de consommation », la critique décroissantiste semble nier le principe de la souveraineté du consommateur, voyant uniquement dans le consommateur un être passif subissant la manipulation publicitaire. Respectant la liberté d'expression, mais aussi la liberté d'action volontaire des individus, un libéral ne s'oppose pas forcément à l'adhésion d'un mode de vie simple, et il est tout à fait possible d'être libéral et partisan, dans sa vie, d'une décroissance volontaire et libre. Juger la consommation de masse comme une caractéristique pour l'essentiel quantitative et excessive, tirant de là une conclusion générale et hâtive, c'est une manière de cacher quelques faiblesses dans ce mode de raisonnement. En effet, une consommation de masse est toujours qualifiée par un grand nombre de produits et services, cela ne signifiant pas l'absence de choix qualitatifs de la part des consommateurs. Néanmoins, se fixer certains objectifs et résultats extérieurs, à savoir une réduction effective de la consommation ou de la population, tout en espérant que la majeure partie de la population adhère d'une façon volontariste, n'empêcherait pas l'adoption d'une organisation d'ingénierie sociale de contrainte : elle impliquerait la prise de mesures de coercition étatiques et la suppression de libertés, tant politiques qu'économiques.

    Ces conséquences ne sont nullement prônées par la majorité des partisans de la décroissance qui, comme tous les adeptes de la croyance en un état naturel abondant dont l'expression est empêchée par un principe malin (identifié ici dans la société industrielle, qui découlerait de l'idéologie libérale), pensent que l'abolition du système suffirait à guérir les maux qu'ils dénoncent. Signalons toutefois l'existence des partisans, marginaux de l'écofascisme qui visent à instaurer une dictature qui sacrifierait les libertés individuelles à la sauvegarde d'une nature idéalisée.

    Ces conséquences liberticides sont malheureusement quasi obligatoires, ce qui explique les réticences nombreuses des libéraux vis-à-vis de cette idéologie.

    On peut par ailleurs déceler dans la promotion de la décroissance de fortes traces de millénarisme : annoncer la venue de cataclysmes, attribuer ces cataclysmes à une humanité insuffisamment vertueuse, punie pour ses vices, appeler à une frugale repentance.

    On peut encore critiquer la décroissance comme le masque d'une volonté de puissance, une façade de vertu et de désintéressement servant de justification à des objectifs moins louables. La fin vertueuse — sauver la planète, l'humanité etc. — justifie des moyens radicaux qui reposeraient entre les mains des promoteurs de cette idéologie, de sorte qu'un mauvais esprit peut considérer que la véritable fin des promoteurs de la décroissance est en réalité l'acquisition du pouvoir qui permettrait la mise en œuvre de celle-ci, un pouvoir d'ingénierie sociale total. Parallèlement, la promotion de la décroissance nie toutes les autorités qui lui barrent la route. On ne peut que constater que la décroissance est dépourvue de légitimité auprès des spécialistes. En retour, l'idéologie de la décroissance attaque les spécialistes légitimes et entend substituer les siens, ce qui se manifeste en particulier par le rejet de toute la science économique et la génération de ses propres sources d'information, qui fonctionnent en circuit fermé. Les économistes et les sources d'information traditionnelles sont discrédités comme étant à la solde du système. On signalera que le public amateur de décroissance est généralement médiocre et peu doué en économie, qu'il cherche dans les théories de la décroissance une rationalisation de sa détestation du système, à qui il préfère attribuer les maux dont il souffre plutôt qu'à lui-même, qu'il cherche des autorités qui lui disent que les spécialistes légitimes ne savent pas mais que c'est lui, Tartarin, qui sait. « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute » et le marché de la décroissance est un business qui tourne...

    Les présupposés de la décroissance

    L'épuisement des ressources naturelles

    L'apocalypse est proclamée comme certaine selon les tenants de la décroissance, elle repose sur des prévisions relative à la fin des ressources naturelles. Quel crédit accorder à ces prévisions au vu de l'absence totale de fiabilité des prévisions passées ?

    Cécile Philippe de l'Institut économique Molinari en donne de nombreux exemples dans son livre C'est trop tard pour la Terre : elle rappelle que, par exemple, dès 1914, le Bureau des mines aux États-Unis estimait que la production future de pétrole était limitée à 5,7 millions de barils, soit peut-être dix ans de consommation. Elle ajoute également, entre autres exemples, que le Rapport Meadows prévoyait en 1972 pour avant la fin du XXe siècle un épuisement de certaines ressources dont la substitution paraissait impossible[4]. À chaque fois les erreurs n'ont pas été minimes mais énormes, toujours dans un excès d'alarmisme.

    De même, Daniel Yergin, spécialiste américain de l'énergie, a montré que grâce aux réserves et aux progrès de la technologie « le monde n'est pas près de manquer de pétrole »[5]. Les techniques nouvelles permettent d'extraire davantage de pétrole des nappes et de mettre en valeur de nouveaux gisements, de sables bitumineux par exemple.

    En outre, le recyclage des matières premières est une solution mise en place depuis longtemps avec succès : 50 % du fer utilisé est recyclé, 90 % du platine et 80 % de l’or[6]. Le géochimiste Claude Allègre appelle de ses vœux un développement de ces filières pour toutes les ressources terrestres : « À une économie unidirectionnelle à ressources infinies (on produit – on utilise – on jette) doit se substituer une économie cyclique à ressources finies. » [7].

    Dans les deux cas, c'est... le marché qui permet le développement de ces solutions, par le mécanisme des prix.

    Les décroissants croient que la croissance est toujours matérielle, et donc qu'elle s'autolimite. Ce sont des matérialistes qui s'ignorent. Mais toute nouvelle invention qui a du succès génère de la croissance et de la valeur, sans réclamer pour autant plus de ressources matérielles (au contraire elle permet souvent d'en économiser).

    Limites du progrès scientifique

    Searchtool-80%.png Articles connexes : Progrès et Scientisme.

    Les prévisions d'épuisement des ressources sont tout le temps exagérées car elles minimisent la capacité de l'esprit humain à toujours inventer de nouvelles solutions avec le progrès scientifique, à trouver de nouvelles énergies, à toujours découvrir. On en voit un exemple avec l'intensité énergétique des pays développés.

    Les sociétés libérales sont les plus à même de permettre cet éclosion du progrès scientifique, par la place à la libre critique qu'elles accordent. Comme Karl Popper l'a montré, il faut laisser la place au débat, à un cheminement par tâtonnement, avec des erreurs nécessaires.

    Prenons l'exemple de Nicolas Hulot (ministre de la Transition écologique et solidaire de mai 2017 à septembre 2018). Ce dernier entendait imposer son idéologie comme une vérité supérieure, refuser toute possibilité de discussion, d'échange, de débat et il ouvrait ainsi son « pacte écologique » par ces mots inquiétants : « le temps de l’information, du débat, des controverses est révolu ». Non seulement il fait l'erreur d'embrigader la science et de faire de ses « vérités » des actes de foi, mais en outre il rend impossible tout progrès de la science, justement. Loin d'être la solution, un contrôle supérieur de l'écologiquement correct ne ferait qu'empirer les choses. Plutôt que ces mesures liberticides, c'est une plus grande liberté qu'il faut pour laisser émerger les idées les plus innovantes et efficaces.

    On peut également souligner que grâce au progrès, l'intensité énergétique des économies développées a fortement décru depuis plusieurs dizaines d'années. La courbe de Kuznets offre également un fondement scientifique à cette perspective.

    La malhonnêteté scientifique : le jour du dépassement

    Tombant chaque année un peu plus tôt, le jour du dépassement, selon certaines ONG (Global Footprint Network), marquerait le moment où l’ensemble des ressources naturelles produites en douze mois sur la Terre a été consommé. Ce concept cherche à imposer comme un fait scientifiquement établi l'idée que nous arrivons à court de ressources, que nous devrions nous diriger vers la décroissance et la pauvreté. Il utilise la notion d'empreinte écologique, qui équivaut quasiment à l’empreinte carbone. Cette notion présente de nombreuses lacunes et n'a aucune valeur scientifique, les ressources mesurées (terres agricoles, terres urbanisées, pâturages, pêche et forêts) n'étant pas en diminution. Elle n'a qu'une valeur idéologique :

    « Les créateurs de cette mesure trompent les individus à dessein. [...] Afin de répandre cette peur, ils doivent exagérer les problèmes en les combinant et en suggérant qu’ils sont la conséquence de la trop grande prospérité et du développement de l’humanité. [...] Ce moralisme écologique nous dit que nous devrions tous vivre comme dans les pays pauvres. [...] Cela n’a rien à voir avec l’écologie, c’est une volonté de gagner un pouvoir politique et économique et de moraliser notre société ! (Michael Shellenberger, Le Point, 8 août 2019[8])

    La nature, un espace violé par l'Homme ? L'Homme, un parasite ?

    Le présupposé principal de la décroissance est que la nature est un espace violé par l'Homme, où celui-ci ne serait qu'un intrus, un « parasite ». Les excès de l'humanité sont présentés comme une menace envers l'humanité qui doit faire preuve, désormais, de chasteté, au bénéfice d'une nature idéalisée. Voici par exemple ce qu'écrivait David Graber, un biologiste américain[9]:

    «  Des chercheurs en sciences sociales me disent que l'humanité est une partie de la Nature, mais ce n'est pas vrai. Quelque part en chemin [...] nous avons rompu le contrat (qui nous unissait à la nature) et nous sommes devenus un cancer. Nous sommes devenus une peste pour nous-mêmes et pour la Terre. [...] Il n'y a plus qu'à espérer un virus dévastateur. »
        — David Graber

    Cyril di Meo, élu vert, reprend cette critique de la décroissance, qui est « une défense de la Nature appuyée sur une conception biocentrique de sacralisation de la Terre […], [qui] s’appuie sur une critique de la rationalité du monde moderne perçue comme destructrice de la planète et de l’ordre du vivant »[10]. On peut souligner d'ailleurs comme l'auteur que cette « disparition de l’authenticité du monde naturel passé » est caractéristique d'une pensée foncièrement réactionnaire. Un classique de la décroissance est en effet « l’irrationalisme mystique, le spiritualisme, l’anti-positivisme et la référence au temps cyclique, qui permet de retourner au passé, de restaurer un ordre antérieur » [11].

    Ce présupposé est doublement faux. D'une part, la « nature » rêvée par ces écologistes n'existe pas : la nature est en perpétuel changement, des espèces apparaissent, disparaissent. C'est l'Homme qui protège la bio-diversité bien souvent.

    En outre, la nature pure et accueillante idéalisée par les environnementalistes n'existe pas, et c'est à chaque fois l'Homme qui la domestique, qui aménage les fleuves pour limiter les inondations, qui se protège de conditions difficiles, qui aménage le paysage, etc.

    Inefficacité de la contrainte étatique

    Les leçons que l'on peut tirer de l'histoire montrent, de façon générale, le danger que représente l'intervention étatique pour l'environnement. Cela explique l'insistance des tenants de la décroissance à présenter pour nouveau ce qui n'est que reprise d'une solution déjà essayée.

    Les expériences communistes l'ont établi, les régimes fondés sur la contrainte et planification, au lieu de la liberté et responsabilité, débouchent sur une pollution bien pire. Le gigantisme des projets industriels, la course à la puissance militaire, voire nucléaire, a conduit à des situations préoccupantes. Les « solutions » collectivistes n'ont créé que de l'irresponsabilité, et donc un gaspillage des ressources que personne n'estimait avoir à protéger. La catastrophe de la mer d'Aral ou Tchernobyl n'ont pas eu lieu à l'Ouest, mais à l'Est.

    Si l'on bafoue les droits de la personne humaine, alors pour quelle raison respecter la nature et l'environnement ? Pourquoi conserver un comportement humain alors qu'on considère la vie humaine comme inférieure à celle de n'importe quelle autre espèce animale ?

    Une idéologie dont les plus pauvres sont les victimes

    La décroissance ne saurait mener qu'à la croissance... de la pauvreté, pour les pauvres des pays riches ou des pays pauvres. C'est par exemple ce que reconnaissait François Mitterrand, déclarant dans une réunion à la Mutualité : « Nous refusons la doctrine de la non-croissance, quels que soient les problèmes qui se posent aujourd’hui sur les ressources naturelles, parce que nous savons que l’absence de croissance pénalisera d’abord les plus pauvres, les plus démunis, c’est-à-dire ceux que nous voulons défendre »[12].

    Développement durable et croissance verte, une critique commune

    Malgré les divergences entre libéraux et tenants de la décroissance, il existe un point de convergence qui est celui de la critique du développement durable et la notion de croissance verte.

    Les solutions libérales aux questions environnementales

    Dans le cadre d'une économie libre de marché, les moyens de subsistance marqués par leur rareté peuvent être gérés par des mécanismes fondés sur les droits de propriété et sur le principe de responsabilité. Tout ceci allant dans le sens de la protection et l’amélioration de l’environnement.


    Citations

    • «  [Le pacte de Nicolas Hulot] conduirait la France à régresser d'un demi-siècle et enclencherait irrémédiablement son déclin. Ce catastrophisme éclairé […] créerait chaque année plusieurs centaines de milliers de chômeurs et conduirait à mettre en place un système de rationnement comme nous n'en avons pas connu depuis l'occupation allemande. Comme les Français n’accepteraient pas ces contraintes, il faudrait de plus en plus mettre en place un régime bureaucratique et policier. Rien, dans ce programme, n’est laissé à l’initiative des citoyens, sauf aux écologistes patentés. Tout est fait pour faire votre bonheur malgré vous ! […] C'est un programme de décroissance qui tourne le dos au progrès. »
          — Claude Allègre, Ma vérité sur la planète, Plon, 2007[13]

    • «  Il faut prendre la doctrine de la décroissance pour ce qu'elle est […] une lubie de gosses de riches parfaitement égoïstes. Mais cela va généralement ensemble. »
          — Pierre-Antoine Delhommais, L'Obscure lubie des objecteurs de croissance, Le Monde[14]

    • «  Il m'est impossible de trouver pour qui nous devrions économiser les ressources non renouvelables. Si nous, nous ne devrions pas nous en servir, alors la génération suivante elle aussi ne devrait pas s'en servir, ni les suivantes. »
          — Harry Browne

    • «  L’histoire et la logique montrent que l’humanité est bien plus sophistiquée et sait s’adapter bien mieux qu’il y paraît, en faisant évoluer son besoin et sa consommation en ressources à la fois en nature (technologie) et en quantité (marché). Le comprendre suppose de comprendre le marché. Car le mécanisme des prix est de loin la meilleure invention humaine pour contrôler la consommation des ressources. »
          — Stéphane Geyres, Demain, la décroissance ?, Libres !!

    • «  À la limite, le seul écologiste irréprochable est celui qui met tout en œuvre pour mourir sans laisser la moindre trace de son passage sur Terre. »
          — Didier Nordon

    • «  Les services qu'une pièce de terre déterminée peut rendre pendant une période de temps déterminée sont limités. S'ils étaient illimités, les hommes ne considéreraient pas la terre comme un facteur de production et un bien économique. »
          — Ludwig von Mises, L'Action humaine, Chapitre XXII

    • «  Le plus grand problème pour la planète ce sont les gens : ils sont trop nombreux, et trop nombreux à vouloir se développer économiquement. »
          — Sir James Lovelock interviewé par la BBC

    • «  La croissance économique signifie la progression de la production économique nationale. En décroissant, une nation produit des fruits moins nombreux – phénomène observé lors des grandes crises économiques. Se pose la question du moins-disant : quels sont les citoyens, individus, familles qui verront se réduire leur niveau de vie ? Sont-ce les personnes âgées, via les retraites ? Sont-ce les « riches », la classe moyenne, tout le monde ? Faut-il instaurer un « permis de procréer », de façon à réduire rapidement et drastiquement la population ? Il ne s’agit pas de soutenir que la décroissance n’est pas l’objectif des écologistes : elle l’est. Mais cela ne fait pas un système économique. »
          — Drieu Godefridi, L'écologisme, nouveau totalitarisme

    Notes et références


  • L'illusion politique (1965), Jacques Ellul, éd. La Table Ronde, coll. « La petite vermillon », 2004, p. 40

  • Henri Lepage, Demain le capitalisme, Livre de poche

  • George Reisman, The toxicology of environmentalism, 1990, [lire en ligne]

  • Cécile Philippe, C'est trop tard pour la Terre, 2006, Éditions Jean-Claude Lattès, ISBN 2709629194, p. 29.

  • « Le monde n'est pas près de manquer de pétrole : Grand angle avec Daniel Yergin, spécialiste américain de l'énergie », Les Échos, 14 novembre 2007

  • Claude Allègre, Ma vérité sur la planète, p. 144.

  • Claude Allègre, op. cit., p. 145.

  • Voir aussi Le « jour du dépassement », une théorie mensongère.

  • tel que cité par George Reisman in The Toxicity of Environmentalism, 1990

  • Cyril di Meo, La face cachée de la décroissance, L'Harmattan, 2006

  • Di Meo, op. cit.

  • cité par Claude Allègre in Ma vérité sur la planète

  • Claude Allègre, Ma vérité sur la planète, Plon, 2007, page 30 de l'édition ebook

    1. « L'Obscure lubie des objecteurs de croissance », Le Monde, 30 juillet 2006, [lire en ligne]

    Voir aussi

    Bibliographie

    Articles connexes

    Liens externes

     

     

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