Le discours antilibéral se réfère régulièrement à un supposé « complot libéral » ou « complot ultralibéral » qui dirigerait le monde et aurait pour objectif la destruction des « acquis sociaux » des travailleurs[1].
Cette désignation d'un ennemi inexistant permet aux antilibéraux
de s'imaginer un ennemi contre lequel se battre, tout en reflétant la
méconnaissance de concepts essentiels de la doctrine libérale tel l'ordre spontané.
Ce complotisme est indissociable des doctrines collectivistes : à
chaque fois que le socialisme échoue, c'est que les libéraux complotent.
Illustrations
Lors de la directive Bolkenstein ou du référendum sur le traité européen de 2004, certains ont brocardé un soi-disant « complot libéral » voire « ultra-libéral »
mené « contre les peuples » depuis Bruxelles. Ainsi, pour l'écrivain et
journaliste Stéphane Denis, dans cette vision des choses, « l’Europe
est le foyer d’un complot libéral »[2]. Plus généralement, selon le rédacteur en chef des Échos, les opposants aux réformes en France « restent persuadés qu'un grand complot libéral les menace »[3].
Des auteurs marqués à l'extrême gauche comme la militante
altermondialiste canadienne Naomi Klein soutiennent quant à eux, au prix
d'une déformation des idées d'auteurs comme Milton Friedman, que le libéralisme a besoin de chocs traumatisants sur la population pour être imposé contre son gré, et que les libéraux chercheraient guerres
et conflits pour assurer leur domination. Théorie largement discréditée
par les faits : bien loin de diminuer, le rôle de l'État s'accroît avec
les crises et les guerres, y compris la guerre en Irak.
Chez les catholiques traditionalistes, dans la lignée de l'opposition catholique au libéralisme au XIXe siècle, un auteur comme Mgr Lefebvre voit un « complot libéral de Satan contre l’Église et la papauté »[4]. Des pamphlets comme Le libéralisme est un péché de Don Félix Sarda y Salvany (préfacé par Mgr Lefebvre) dénoncent davantage la franc-maçonnerie, la libre-pensée, l'athéisme, le rationalisme, le principe de souveraineté
de l'individu, etc. que le libéralisme politique à proprement parler,
car les gouvernements libéraux « peuvent être parfaitement et
intégralement catholiques [...] s'ils reconnaissent comme base du droit
public la suprématie morale de l'Église »...
Dans le milieu éducatif, habituellement très politisé, la baisse du niveau des élèves et tous les problèmes de l'Éducation nationale sont mis sur le compte, non pas de l'État et de l'administration publique, mais du néolibéralisme qui chercherait à transformer l'école en entreprise (voir par exemple J.-P. Brighelli, La fabrique du crétin).
On constate au final une entente entre extrême gauche et extrême droite pour critiquer le libéralisme. Ces deux collectivismes et constructivismes sont des protectionnismes
étatistes et nationalistes, visant à l’assujettissement de l'individu
sous la férule de l’État-Nation, et donc nient la liberté et la
responsabilité des personnes.
Pour d'autres enfin, ce serait la Société du Mont-Pèlerin
qui tirerait les ficelles dans les coulisses pour imposer le
libéralisme. Un syndicat suisse la décrivait ainsi comme (sic) « une
secte occulte de la mondialisationultra-libérale [...] infiltrant la pensée unique auprès d'un maximum de chercheurs, penseurs, universitaires »[5]. Cette affirmation ne résiste pas à l'analyse : la Société du Mont-Pèlerin
est une simple société de pensée, un lieu d'échanges et de débats. Le
relatif secret de ce qui s'y dit exactement suffit cependant à nourrir
les fantasmes les plus fous, malgré la publication de nombreuses
contributions d'auteurs devant la Société et des études détaillées. En
outre, si l'on imagine un instant la possibilité d'un complot, la très
longue durée pendant laquelle les idées de la Société du Mont-Pèlerin
ont été marginalisées montre bien l'inefficacité totale de ce supposé
complot. Et peut-on sérieusement croire que Karl Popper et Ludwig von Mises ou Jacques Rueff, aux idées si différentes, puissent s'allier dans un complot secret démoniaque ?
La variante plus récente de ce complotisme antilibéral voit dans l'Atlas Economic Research Foundation la maison mère de la machination libérale visant à dominer le monde[6]. Illustration de la qualité toute relative de l'analyse, l'article confond l'IREF, un think tank libéral, et un autre IREF, réseau européen de la franchise.
Analyses du conspirationnisme
Ce genre de complots a été qualifié de « fantasme » par l'économiste Serge Schweitzer[7], tandis que le journaliste Jean Quatremer de Libération rend responsable des associations comme Acrimed de cette idée de complot[8].
Alain Wolfelsperger, professeur à Sciences Po Paris, voit plus généralement dans l'antilibéralisme une vision paranoïde qui procède de la théorie du complot[9]. Wolfelsperger qualifie d'« inusable et typiquement paranoïde » la mise en cause du libéralisme et de la démocratie libérale
dans ce qui serait pour certains antilibéraux une
« omnimarchandisation » du monde. L'économiste français Pierre Cahuc
regrette pour sa part que « le complot libéral et anglo-saxon
surdétermine toute prise de position », empêchant toute réflexion[10].
Quant à Naomi Klein, l'essayiste suédois Johan Norberg montre la déformation des faits orchestrée par l'auteur pour faire croire à des « catastrophes fabriquées de toutes pièces et appelées à consolider les pouvoirs et les réformes impopulaires ». Prenant l'exemple chinois, il écrit : « par exemple, Klein allègue que la répression de la Place Tiananmen a été destinée à écraser l'opposition aux réformes pro-marchés, quand en fait elle a ralenti la libéralisation pendant des années ».
Murray Rothbard distingue deux types de théories du complot[11] :
les théories superficielles, qui cherchent les bénéficiaires directs
des actions incriminées (à qui profite le crime ?), et les théories
profondes, fondées sur le soupçon et la paranoïa, qui cherchent d'abord
qui tire les ficelles et qui s'alimentent d'elles-mêmes par des analyses
fouillées et la découverte incessante de preuves (syndrome du vrai
croyant).
Le conspirationnisme extrême
Poussée à l'extrême, la thèse du complot libéral rejoint un certain nombre de théories complotistes très en vogue sur Internet, bien qu'elles aient toujours existé auparavant. Ces théories expliquent toutes, à leur façon, que le monde est dominé par une cryptocratie, une petite élite de riches (the Cabal, the powers that be, etc.) :
la franc-maçonnerie, après avoir été accusée d'avoir favorisé au XVIIIe siècle les idées libérales et combattu la monarchie, puis promu les idées républicaines et la laïcité
au cours des siècles suivants, reste soupçonnée, par son secret,
d'alimenter la connivence entre le monde politique et le monde des
affaires ;
les « Illuminati », organisation contrôlant prétendument les
affaires du monde au travers des gouvernements et des grandes
multinationales, visant à l'établissement d'un Nouvel ordre mondial ;
les diverses thèses liées à l'antisémitisme, théories du complot juif ou du complot sioniste, par exemple les « Protocoles des Sages de Sion », plan de conquête du monde établi par les Juifs et les francs-maçons ;
le groupe Bilderberg, élément supposé d'une conspiration mondiale
visant à instaurer un gouvernement mondial dirigé par les États-Unis ;
la Commission Trilatérale, partisane d'une doctrine mondialiste,
auquel certains attribuent l'orchestration de la mondialisation
économique ;
de la même façon, le CFR (Council on Foreign Relations)
serait contrôlé par un groupe de personnes issues de sociétés secrètes
d'étudiants des universités Yale et Harvard, il œuvrerait à la formation
d'un gouvernement mondial ;
impliquant à la fois la finance, la politique et la
franc-maçonnerie, la Synarchie serait une élite mondiale agissant dans
le secret pour imposer ses vues ;
en liaison possible avec ces groupes secrets, il y a plusieurs
théories exposant l'influence supposée des Nazis après-guerre, tant d'un
point de vue scientifique que financier (par exemple Joseph P.
Farrell) ;
en ufologie, la principale thèse conspirationniste est celle du
Majestic 12, ou MJ-12, groupe secret supposément établi en 1947 par
Harry Truman, après l'incident de Roswell ; ce groupe aurait secrètement
mené pour son propre bénéfice privé une rétro-ingénierie de la
technologie extraterrestre, il garderait ses découvertes secrètes (ou à
la disposition uniquement de l'armée US)[12] ;
ces découvertes seraient tellement avancées qu'elles ne pourraient être
divulguées de crainte d'une rupture civilisationnelle, elles doivent
donc rester aux mains d'une élite compartimentée (breakaway civilization) ;
à la fois les Jésuites (ou les chevaliers de Malte) et des hominidés non sapiens (de type Homo Capensis, communément surnommés coneheads) sont mis en cause par une whistleblower de la World Bank, Karen Hudes,
qui explique que d'énormes stocks d'or seraient délibérément soustraits
de la circulation depuis des décennies par une élite cachée au Vatican.
La Fed, la BRI, le FMI et d'autres entités internationales fausseraient les marchés et endetteraient délibérément les pays.
Plusieurs de ces théories du complot sont parfois défendues par des
personnalités de premier plan, par exemple Paul T. Hellyer, ancien
ministre de la Défense canadien, les soutient dans son livre The Money Mafia - A World in Crisis (2014), un mélange détonnant entre Bilderberg, Trilatérale, extraterrestres, etc. Il affirme que la mondialisation est un complot pour éliminer la classe moyenne au profit des multinationales.
On peut également rattacher à une forme de conspirationnisme les
thèses modernes sur ce que Peter Dale Scott appelle « supramonde » ou « État profond » :
un cercle informel et non hiérarchisé de contacts de haut niveau,
souvent personnels, où le pouvoir politique est contrôlé par des gens
très riches. En découle la « politique profonde », caractérisée par des
événements non expliqués, tels que l'assassinat de Kennedy, le
Watergate, les attentats du 11 septembre 2001.
Un autre type de théories du complot, entre économie et science,
met en cause certaines sociétés multinationales (voire certains États)
qui feraient obstacle par tous les moyens à la diffusion d'inventions
révolutionnaires : moteur à eau, énergie libre ou énergie du vide,
antigravité, traitements miracles contre le cancer ou le SIDA, etc.
Certaines thèses conspirationnistes ne sont pas nécessairement
fausses, mais elles sont improuvables. Elles s'alimentent elles-mêmes
sur le marché cognitif
par mise en œuvre de divers procédés : méthode hypercritique,
renversement de la charge de la preuve, biais de confirmation
d'hypothèse, sources non vérifiables, hyper-rationalisation, importance
du soupçon. Les différentes théories du complot se confirment entre
elles (les unes exploitant ou rejoignant les hypothèses des autres) ou
s'opposent entre elles (ainsi une théorie du complot explique que
l'homme n'est jamais allé sur la Lune, une autre affirme qu'il y était
déjà allé bien avant 1969).
Qu'est ce qui pousse vraiment à l'adoption de réformes libérales ?
Cette idée d'un complot libéral étant fausse, qu'est ce qui pousse
vraiment tant de pays à travers le monde sur la voie de la
libéralisation ? Norberg nous fournit la réponse : ces réformes
d'inspiration libérale fonctionnent au profit de chacun, à l'opposé des
mesures planificatrices qui appauvrissent la situation de tous. Ce qui
explique, à rebours du présupposé conspirationniste de Naomi Klein sur
la nécessité de complots secrets pour imposer le libéralisme, la popularité de l'économie de marché, qu'elle se manifeste par des sondages[13] ou quand les individus votent avec leurs pieds.
Ce fantasme, contemporain ou plus ancien, d'un complot libéral,
permet de réaliser la difficulté de certains à saisir la spécificité
d'un ordre libéral ou ordre spontané.
De nombreux penseurs ont développé cette notion d'un ordre spontané d'une société fondée sur la liberté, fruit de l'interaction des hommes et non d'un dessein planificateur visible ou invisible (le fameux complot). Parmi ceux-ci, Zhuangzi au IIIe siècle avant J.C., Bernard Mandeville au XVIIIe siècle avec La Fable des abeilles, suivi par les philosophes des Lumières écossaises, David Hume, Adam Ferguson et Adam Smith (avec l'image souvent caricaturée de la main invisible) puis Frédéric Bastiat avec ses Harmonies économiques au début du XIXe siècle, c'est avec Friedrich Hayek qu'il trouve son exposé le plus complet.
Tous insistent sur cet ordre qui naît spontanément, sans dessein mais de la libre interaction entre les individus.
Vouloir plaquer dessus un complot est donc une absurdité complète.
Absurdité qui a cependant l'avantage pour ses tenants de permettre la
désignation d'un bouc émissaire plus facile à combattre.
Complot antilibéral
De même que les antilibéraux affirment l'existence d'un complot libéral, les libertariens pourraient affirmer l'existence d'un complot antilibéral, qui tente de répandre la fiction selon laquelle l'action politique serait utile et indispensable. Ce complot antilibéral repose sur :
les médias subventionnés, qui évoquent constamment les réalisations, voire les succès politiques des uns et des autres, droite comme gauche, et attire l'attention sur la politique politicienne plutôt que sur l'échec permanent de l'action politique coercitive ;
Jean Quatremer le résume ainsi : « Travailleur, sache qu'un complot ultralibéral dirigé de Bruxelles est en cours afin de te dépouiller de tes droits les plus élémentaires »
L’argent à gauche, Le Figaro, 11 mai 2004
« Pour une pédagogie de la réforme », Les Échos, 1er novembre 2004
Selon le titre d’un chapitre du livre de Mgr Lefebvre, Ils l’ont découronné, ed. Fideliter, 1987.
Norberg écrit ainsi : « Une
étude 2007 prouve qu'il y a une majorité dans 41 des 46 pays sondés qui
pensent que la plupart des personnes vivent plus aisément dans une
économie de marché. »
Bibliographie
Thierry Leterre, La gauche et la peur libérale, Presses de Sciences Po
Les
pourfendeurs de la pensée unique ne se rendent-ils pas compte qu’ils
sont précisément les agents et les promoteurs de ladite pensée unique ?
Qu'ils soient chroniqueurs, humoristes, journalistes, politologues,
experts officiels, ils sont partout, sur tous les plateaux de
télévision, sur les ondes radios et distillent en permanence la pensée
convenue et conformiste qui consiste à réciter tous les couplets de
l’antilibéralisme. Se croyant originaux et impertinents, ils se
conforment en fait tous au même moule. Ils croient dépasser les bornes
et jouent à merveille le rôle de gardien de la pensée conforme. Car le
conformiste est anti-libéral.
Dans le
milieu académique, c’est encore plus flagrant. Il existe notamment un
débat récurrent consistant à dénoncer la formalisation outrancière de la
science économique en y voyant le signe de l’hégémonie de la «pensée
ultra-libérale». C’est un des traits singuliers de la pensée conformiste
que de voir un « complot libéral » partout, notamment camouflé dans les
équations des modèles macroéconomiques. Les mathématiques seraient le
cheval de troie du grand satan libéral. Pourtant, le besoin de
mesure, de formalisation et d’abstraction de la science économique est
en grande partie le résultat de la volonté de planification et
d’expérimentation de politiques économiques et de réglementations. Pour
prévoir et évaluer les rentrées fiscales liées à l’adoption d’un nouvel
impôt, encore faut-il disposer d’un modèle macroéconomique fondé sur des
hypothèses très précises. Ceux qui modélisent ont toujours la
prétention, pour ne pas dire la vanité, de contrôler les phénomènes
économiques et sociaux. Et ils iront jusqu’à s’en prendre aux individus
réels si ces derniers ne se comportent pas comme leurs équations
l’auraient prévu. Voyez comment le pouvoir politique s’en prend aux
restaurateurs qui n’ont pas joué le jeu de la répercussion de la baisse
de la TVA dans le prix des menus parce que les modèles avaient sans
doute prévu un tel effet. Mais un chercheur ne construit pas un modèle
en fonction des résultats qu’il désire ; il se doit de formaliser une
réalité qui lui est extérieure et qui échappe à sa volonté.
Tout
le programme de recherche actuel de la «nouvelle micro-économie» est
d’établir qu’il n'est pas optimal de laisser des individus libres de
prendre des décisions en fonction de leurs intérêts privés. Et toute la
formalisation est orientée en ce sens. Un chercheur qui tenterait de
prendre une direction opposée ne trouverait plus de financement ni de
laboratoire d’accueil. Pourtant, nous sommes à la limite du
scientisme car l’intention est contenue dans les hypothèses : exit la
main invisible. D’ailleurs, pour le prix Nobel Joseph Stiglitz, si elle
est invisible cette fameuse main, c’est probablement qu’elle n’existe
pas ! Si les physiciens raisonnaient ainsi, alors les ondes ou les trous
noirs n’existeraient pas. Les manuels modernes d’économie présentent
« les défaillances du marché » comme des postulats que l’on ne saurait
remettre en question, et qui rendent l’action publique autant
indispensable que providentielle. Car c’est bien connu que l’action
publique n’est frappée d’aucune de ces défaillances inhérentes à
l’action privée… Et l’économiste qui prendrait le risque de prétendre le
contraire ne peut plus prétendre faire carrière.
La «nouvelle
théorie du commerce international s'inscrit dans cet élan similaire pour
démontrer que l’on ne saurait faire confiance au libre-échange pour
obtenir des échanges internationaux harmonieux. Il n’aura en effet
échappé à personne que les négociations collectives organisées sous
l’égide de l’O.M.C., qui voient s’affronter les corporatismes nationaux
au risque de dégénérer en guerre économique larvée, constituent un
modèle d’harmonie internationale. Rappelons que l’OMC est issue d’une
transformation du G.A.T.T. Mais les missions du GATT étaient claires :
il s’agissait d’abaisser les tarifs douaniers - ce qui a été accompli
essentiellement dans l’industrie - en vue de fluidifier le commerce
international. L’OMC prétend « réguler » le commerce entre les nations
en imposant des normes qualitatives (environnementales, sociales,
sanitaires) qui font ressurgir les tentations protectionnistes. Mais la
définition de pareilles normes est bien plus problématique et leur
généralisation est perçue par les pays moins avancés comme un
protectionnisme déguisé mis en œuvre par les pays développés.
Pareillement,
la «nouvelle économie du travail» montre que le chômage n’est pas le
résultat d’entrave au libre fonctionnement du marché. Les théoriciens
ont alors inventé le concept de «chômage d’équilibre» selon lequel le
chômage résulte du jeu des décisions d’agents rationnels. Il en découle
qu’il n’est pas « optimal » pour la collectivité de laisser des
individus rationnels s’entendre autour d’un contrat de travail librement
négocié en vertu de ces imperfections concurrentielles qui aboutissent à
générer du chômage structurel. Là aussi, les négociations collectives
encadrées par les partenaires sociaux – qui n’ont qu’un seul leitmotiv :
la grève générale - constituent sans doute un modèle qui nous permet
d’éviter ce chômage imputable aux forces du marché et il n’aura échappé à
personne que le « dialogue social » à la française est un modèle
d’harmonie collective. Enfin, la «nouvelle théorie de la croissance»
repose sur des modèles dynamiques dits de « croissance endogène » qui
font de l’Etat un «planificateur bienveillant» indispensable à la
régulation d’ensemble.
Ces quelques exemples montrent que, loin
d’assister à une hégémonie de la pensée libérale dans les milieux
académiques, c’est à un retour en force des conceptions
interventionnistes – relookées sous le vernis de fondements
microéconomiques savants et de bons sentiments – que nous assistons
depuis plus de 25 ans. Et les derniers prix Nobel d’économie (Stiglitz,
Krugman, Williamson et Ostrom) confirment cette tendance lourde. Dans ce
contexte, il est pour le moins cocasse de parler de libéralisme
triomphant. Le libéralisme recule - et ses ennemis s’en réjouissent -
sans doute parce que les hommes ne sont plus à la hauteur des valeurs
exigeantes qu’il implique. Les « idiots utiles » nous racontent que le
capitalisme n’obéit à aucune valeur ni morale. En fait, l’économie ne
fonctionne plus quand les hommes oublient les valeurs qu’une économie de
liberté et de responsabilité implique.
Les pourfendeurs de la pensée unique ne se
rendent-ils pas compte qu'ils sont précisément les agents et les promoteurs
de ladite pensée unique ? Qu'ils soient chroniqueurs, humoristes, journalistes,
politologues, experts officiels, ils sont partout, sur tous les plateaux de
télévision, sur les ondes radios et distillent en permanence la pensée convenue
et conformiste qui consiste à réciter tous les couplets de l'antilibéralisme.
Se croyant originaux et impertinents, ils se conforment en fait tous au même
moule. Ils croient dépasser les bornes et jouent à merveille le rôle de gardien
de la pensée conforme. Car le conformiste est antilibéral.
Dans le milieu académique, c'est encore plus
flagrant. Il existe notamment un débat récurrent consistant à dénoncer la formalisation
outrancière de la science économique en y voyant le signe de l'hégémonie de
la "pensée ultralibérale". C'est un des traits singuliers de la pensée conformiste
que de voir un " complot libéral " partout, notamment camouflé dans les équations
des modèles macroéconomiques.
Les mathématiques seraient le cheval de
Troie du grand satan libéral. Pourtant, le besoin de mesure, de formalisation
et d'abstraction de la science économique est en grande partie le résultat de
la volonté de planification et d'expérimentation de politiques économiques et
de réglementations.
Pour prévoir et évaluer les rentrées fiscales liées à l'adoption d'un nouvel
impôt, encore faut-il disposer d'un modèle macroéconomique fondé sur des hypothèses
très précises. Ceux qui modélisent ont toujours la prétention, pour ne pas dire
la vanité, de contrôler les phénomènes économiques et sociaux. Et ils iront
jusqu'à s'en prendre aux individus réels si ces derniers ne se comportent pas
comme leurs équations l'auraient prévu.
Voyez comment le pouvoir politique s'en prend aux restaurateurs qui n'ont pas
joué le jeu de la répercussion de la baisse de la TVA dans le prix des menus
parce que les modèles avaient sans doute prévu un tel effet.
Quand un acteur de l'économie ne se comporte
pas comme les équations l'avaient prévu, ne faut-il pas revoir les équations
plutôt que de contraindre les acteurs ? Un chercheur ne construit pas un modèle
en fonction des résultats qu'il désire ; il se doit de formaliser une réalité
qui lui est extérieure et qui échappe à sa volonté.
Tout le programme de recherche actuel de
la "nouvelle micro-économie" est d'établir qu'il n'est pas optimal de laisser
des individus libres de prendre des décisions en fonction de leurs intérêts
privés. Et toute la formalisation est orientée en ce sens. Un chercheur qui
tenterait de prendre une direction opposée ne trouverait plus de financement
ni de laboratoire d'accueil. Pourtant, nous sommes à la limite du scientisme
car l'intention est contenue dans les hypothèses : exit la main invisible. D'ailleurs,
pour le prix Nobel Joseph Stiglitz, si elle est invisible cette fameuse main,
c'est probablement qu'elle n'existe pas ! Si les physiciens raisonnaient ainsi,
alors les ondes ou les trous noirs n'existeraient pas. Les manuels modernes
d'économie présentent " les défaillances du marché " comme des postulats que
l'on ne saurait remettre en question, et qui rendent l'action publique autant
indispensable que providentielle. Car c'est bien connu que l'action publique
n'est frappée d'aucune de ces défaillances inhérentes à l'action privée… Et
l'économiste qui prendrait le risque de prétendre le contraire ne peut plus
prétendre faire carrière.
La "nouvelle théorie du commerce international
s'inscrit dans cet élan similaire pour démontrer que l'on ne saurait faire confiance
au libre-échange pour obtenir des échanges internationaux harmonieux. Il n'aura
en effet échappé à personne que les négociations collectives organisées sous
l'égide de l'O.M.C., qui voient s'affronter les corporatismes nationaux au risque
de dégénérer en guerre économique larvée, constituent un modèle d'harmonie internationale.
Rappelons que l'OMC est issue d'une transformation du G.A.T.T. Mais les missions
du GATT étaient claires : il s'agissait d'abaisser les tarifs douaniers - ce
qui a été accompli essentiellement dans l'industrie - en vue de fluidifier le
commerce international. L'OMC prétend " réguler " le commerce entre les nations
en imposant des normes qualitatives (environnementales, sociales, sanitaires)
qui font ressurgir les tentations protectionnistes. Mais la définition de pareilles
normes est bien plus problématique et leur généralisation est perçue par les
pays moins avancés comme un protectionnisme déguisé mis en œuvre par les pays
développés.
Pareillement, la "nouvelle économie du travail"
montre que le chômage n'est pas le résultat d'entrave au libre fonctionnement
du marché. Les théoriciens ont alors inventé le concept de "chômage d'équilibre"
selon lequel le chômage résulte du jeu des décisions d'agents rationnels. Il
en découle qu'il n'est pas " optimal " pour la collectivité de laisser des individus
rationnels s'entendre autour d'un contrat de travail librement négocié en vertu
de ces imperfections concurrentielles qui aboutissent à générer du chômage structurel.
Là aussi, les négociations collectives encadrées par les partenaires sociaux
- qui n'ont qu'un seul leitmotiv : la grève générale - constituent sans doute
un modèle qui nous permet d'éviter ce chômage imputable aux forces du marché
et il n'aura échappé à personne que le " dialogue social " à la française est
un modèle d'harmonie collective.
Enfin, la "nouvelle théorie de la croissance"
repose sur des modèles dynamiques dits de " croissance endogène " qui font de
l'Etat un "planificateur bienveillant" indispensable à la régulation d'ensemble.
Ces quelques exemples montrent que, loin d'assister à une hégémonie de la pensée
libérale dans les milieux académiques, c'est à un retour en force des conceptions
interventionnistes - relookées sous le vernis de fondements microéconomiques
savants et de bons sentiments - que nous assistons depuis plus de 25 ans. Et
les derniers prix Nobel d'économie (Stiglitz, Krugman, Williamson et Ostrom)
confirment cette tendance lourde. Dans ce contexte, il est pour le moins cocasse
de parler de libéralisme triomphant. Le libéralisme recule - et ses ennemis
s'en réjouissent - sans doute parce que les hommes ne sont plus à la hauteur
des valeurs exigeantes qu'il implique. Les " idiots utiles " nous racontent
que le capitalisme n'obéit à aucune valeur ni morale. En fait, l'économie ne
fonctionne plus quand les hommes oublient les valeurs hautement morales qu'une
économie de liberté et de responsabilité implique.
A) - JD Vance, futur président US pour un socialisme de droite conservateur religieux ?
B) - Comment les socialistes ont capturé le Parti démocrate américain : L’avertissement des experts qui ont fui le communisme
C) - Zohran Mamdani : Le socialiste de New York qui divise l’Amérique
D) - Nouveau mouvement socialiste aux États-Unis : DSA tient bon
E) - MAINTENANT MÊME, TRUMP ENTRA EN MODE GUERRE TOTALE CONTRE LES COMMUNISTES
A) - JD Vance, futur président US pour un socialisme de droite conservateur religieux ?
Comme le soutient Doug Bandow de Cato, la liberté économique a fait davantage pour réduire la pauvreté et protéger la liberté que les économies dirigées par l’État.
La confusion du vice-président JD Vance au sujet de Milton Friedman
Les opportunités croissantes que Friedman a contribué à créer ont davantage œuvré à réduire la pauvreté et à renforcer la dignité que n'importe quel programme gouvernemental.
Une grande partie de la gauche religieuse nourrit depuis longtemps une aspiration à peine dissimulée pour le socialisme.Il ne s’agit généralement pas du marxisme-léninisme, bien entendu, en dépit des fantasmes du type « je l’ai vu et ça marche » qu’ont pu entretenir certains visiteurs aux premières heures de l’Union soviétique.Peu après l’effondrement de l’URSS, j’ai assisté à Oxford à un colloque international sur l’économie, durant lequel des libéraux désabusés — ou « progressistes », selon la terminologie actuelle — ont reconnu ce qu’ils appelaient « le verdict de l’histoire ».
Par ailleurs, la plupart de ceux qui se disent socialistes ne le sont pas vraiment.Le sénateur Bernie Sanders est un millionnaire propriétaire de trois résidences qui, à ma connaissance, n’a jamais proposé de nationaliser l’économie dans son intégralité.Il souhaite plutôt mettre à profit les ressources considérables générées par l’entreprise privée pour financer ses objectifs sociaux.Après tout, c’est aussi la stratégie du dirigeant communiste chinois Xi Jinping : le « socialisme aux caractéristiques chinoises » s’appuie sur une activité économique largement privée pour servir les intérêts du régime en place.
Il a toutefois toujours existé des formes plus modérées de collectivisme économique, prônées par les sociaux-démocrates et leurs compagnons de route ; ces derniers imaginaient un processus électoral confiant le contrôle de sociétés relativement libres à des ingénieurs sociaux omniscients et bien intentionnés.Comme l’IRD l’a documenté — et combattu — au fil des ans, les instances dirigeantes des Églises traditionnelles ont souvent penché dans cette direction.Au sein de la mouvance évangélique, on a observé des tendances similaires chez les membres de la communauté *Sojourners*, ainsi que chez Ron Sider et l’organisation *Evangelicals for Social Action* (aujourd’hui *Christians for Social Action*), qu’il a fondée.Ces militants cherchaient généralement à recourir à l’État pour répondre à de véritables épreuves et crises humaines, mais, malheureusement, avec des résultats bien trop souvent contre-productifs.
Aujourd'hui, ceux qui se disent conservateurs semblent de plus en plus s'orienter dans une direction similaire.Le président Donald Trump n'a jamais adopté de position idéologique cohérente ; il n'est donc guère surprenant qu'il cherche à ramener les États-Unis à une époque révolue, celle où le mercantilisme était en vogue.Plus inquiétant encore est l'enthousiasme apparent du vice-président JD Vance pour une économie dirigée par l'État.
Certes, la Bible ne consacre aucun système économique particulier.Favoriser le développement et stimuler la croissance ne faisaient pas partie de la mission des prophètes et des apôtres.En effet, ni le fonctionnement de l'ancien royaume hébreu ni celui de la communauté chrétienne du Nouveau Testament n'offrent de conseils réellement utiles sur la manière d'organiser et de pérenniser une société industrielle moderne.Les bonnes intentions importaient peu, elles aussi.Comme le demandait Jacques : « Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, et que l'un de vous leur dise : "Allez en paix ! Mettez-vous au chaud et rassasiez-vous !" sans leur donner ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ?»
Comme l'avait compris le frère de Jésus, ce sont les résultats concrets qui comptent.À cet aune, l'approche du président s'avère décevante.Sa politique commerciale, si tant est qu'on puisse la qualifier ainsi, s'apparente essentiellement à une guerre commerciale menée contre le monde entier.Sa campagne a entraîné une hausse des prix à la consommation et des coûts de production, a pénalisé les fabricants nationaux et a détruit des emplois américains.Le vice-président a récemment affirmé que « l'économie est un outil au service de la dignité de la personne humaine ».Si tel est le cas, il ne devrait pas faire l'apologie de la « Trumponomics ».
Les critiques formulées par Vance à l'encontre de Milton Friedman — économiste prix Nobel qui a largement contribué, dans les années 1970 et 1980, à relancer la pensée économique libérale classique ainsi que les politiques généralement prônées par le président Ronald Reagan — se sont révélées particulièrement singulières.Je porte une affection particulière à Friedman, que j'ai rencontré alors que j'étudiais à la faculté de droit de Stanford et que je travaillais à temps partiel à la Hoover Institution.Il a par la suite proposé ma candidature à la Société du Mont-Pèlerin, un refuge pour les libéraux classiques fondé durant les heures sombres de la guerre froide.
Vance a balayé les idées de Friedman, estimant qu'elles n'étaient pertinentes que « dans un monde où des garde-fous chrétiens encadrent tout ».En réalité, le vice-président fait fausse route.Comme l'a célèbrement averti Lord Acton : « Le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument. »Un système de marché libre et concurrentiel est d'une importance capitale lorsque la tentation et l'occasion, pour les représentants de l'État, d'abuser de leur pouvoir sont les plus grandes.C'est alors que la dynamique du marché peut constituer la force la plus puissante pour limiter l'usage abusif, voire tyrannique, du pouvoir étatique.
Vance a eu raison de critiquer la tendance à faire du développement économique « une sorte d’idole » — Dieu nous a mis en garde contre l’amour de l’argent, après tout — mais le vice-président ne devrait pas négliger l’importance de la croissance économique, en particulier pour les plus démunis.Même Marx a reconnu que la productivité économique du capitalisme a permis à la majeure partie du monde de sortir d’une pauvreté misérable.L’élargissement des opportunités, auquel Friedman a contribué, a davantage fait pour réduire la pauvreté et renforcer la dignité humaine que n’importe quel programme gouvernemental.
Par ailleurs, les gouvernements ont bien plus souvent eu tort que raison dans la gestion de leur économie.Le XXe siècle a été celui du triomphe de la planification.La Première Guerre mondiale a engendré un « socialisme de guerre » qui a laissé l’Europe en ruines.C’est de ce conflit qu’ont émergé communistes, fascistes et nazis.Leurs tentatives de créer un « Homme nouveau » — tant sur le plan économique que social et idéologique — différaient dans les détails mais se sont toutes soldées par un échec cuisant.Les États-providence plus modérés de l’Occident, y compris le *New Deal* de Franklin Delano Roosevelt, ont largement freiné la reprise et ralenti la croissance.Pourtant, la « politique industrielle » est devenue par la suite très en vogue à Washington, à une époque où les décideurs américains craignaient que le Japon ne supplante les États-Unis sur le plan économique.En 1991, un livre prédisait même un conflit militaire entre les États-Unis et cette nouvelle puissance montante.Toutefois, l’économie japonaise a rapidement stagné, et la conviction que Tokyo représentait l’avenir s’est dissipée.Si les États-Unis s’inquiètent aujourd’hui des avancées de la Chine, cette dernière a dépensé des milliards pour soutenir une industrie des semi-conducteurs qui continue de accuser un retard par rapport à celle de l’Amérique.
Bien que les marchés soient imparfaits, le contrôle étatique est loin d’être irréprochable.La propriété privée limite les dégâts causés par un acteur incompétent ou corrompu, tandis que la politique de l’État multiplie trop souvent les conséquences néfastes de mauvaises décisions.En outre, l’enrichissement ostentatoire de la famille Trump grâce aux politiques gouvernementales constitue une mise en garde importante contre le fait de confier davantage de pouvoir à un président, quel qu’il soit.Si des intérêts économiques influents dépensent des milliards de dollars pour contrôler les gouvernements américains à tous les niveaux, c’est pour se protéger de cette autorité et, trop souvent, pour détourner ce pouvoir à leur propre profit.
Dieu ne nous dicte pas ce que nous devons penser de l’économie ou de la politique.Seules les idéologies totalitaires sont incompatibles avec la foi.Le tristement célèbre juriste nazi Roland Freisler, qui jugea les auteurs du complot de juillet 1944 contre Adolf Hitler, a déclaré : « Il est une chose… que nous, nationaux-socialistes, avons en commun avec les chrétiens, et une seule : nous réclamons tous deux l’homme tout entier. »
Toutefois, le système de marché protège mieux la liberté et apporte une réponse économique plus efficace.Nous devrions favoriser l'épanouissement humain.Or, celui-ci a davantage de chances de se réaliser dans un monde où l'économie est largement libre et où les responsables publics — tel le vice-président — ne disposent que d'une autorité très limitée pour la plier à leur volonté.
Steve Moore, cofondateur d'Unleash Prosperity, évoque les propos controversés du vice-président JD Vance sur le système économique actuel dans l'émission « Kudlow ».
Descendant d'une famille d'immigrants juifs, Milton Friedman suit des études en mathématiques et en économie. Il obtient son doctorat en économie à l'université Columbia en 1946. Professeur à l'université de Chicago de 1946 à 1976,
il est aussi chercheur au National Bureau of Economic Research,
président de l'American Economic Association et assesseur économique du
président Nixon. Il est le cofondateur de la Société du Mont-Pèlerin sur l'invitation de Friedrich Hayek. Milton Friedman en fut le président de 1970 à 1972, succédant à Guenter Schmolders et cédant sa place à Arthur Shenfield.
Défenseur du libre marché, Friedman est le membre le plus éminent l'école de Chicago. Cette notoriété lui vient, en grande partie, de ses écrits, faciles à lire par monsieur tout le monde. Monétariste « de toute la vie », il s'oppose au keynésianisme
au moment où celui-ci connaît son apogée dans les années cinquante et
soixante et propose de résoudre les problèmes d'inflation en limitant à
un taux constant la croissance de l'offre monétaire. L'ouvrage Capitalisme et liberté (1962 - voir bibliographie) est considéré par certains comme le plus provocateur des livres en économie. En 1976, il reçoit le Prix Nobel d'économie« pour
ses résultats dans les domaines de l'analyse de la consommation, de
l'histoire et de la théorie monétaire et pour sa démonstration de la
complexité et la politique de stabilisation ».
Friedman est principalement connu pour ses travaux concernant la monnaie : la théorie quantitative de la monnaie, qui explique les mouvements des prix par la variation de la masse monétaire et le monétarisme. La théorie quantitative de la monnaie n'est pas une création ex nihilo de Friedman ; elle tire ses racines des travaux de l'école de Salamanque, de Jean Bodin, de William Petty puis d'Irving Fisher,
mais c'est Friedman qui est responsable de sa reformulation moderne. Il
la développa en particulier dès 1956 dans un article intitulé The quantity theory, a restatement. Elle s'exprime par l'équation M * V = P * Q.
Cette équation de base de la théorie quantitativiste pose
l'équivalence entre la production d'une économie pendant une période
donnée (Q) corrigée par l'évolution des prix (P), et la
quantité de d'argent qui a été échangée dans l'économie dans la période
représentée par la quantité de monnaie en circulation (M) factorisée par sa vitesse de circulation (V).
Il vérifia empiriquement ces résultats en 1963 dans son Histoire monétaire des États-Unis (avec Anna Schwartz) ou dans The Counter-Revolution in Monetary Theory en 1970.
Il observa ainsi dans le premier que, au cours des 18 cycles
économiques étudiés, les creux ou les pics de l'activité économique
furent précédés de creux ou de pics de la masse monétaire[1].
Il était particulièrement critique vis-à-vis la politique menée lors de
la Grande Dépression des années 1930, au sujet de laquelle il écrivit[2] :
« La Fed
est largement responsable de [l'ampleur de la crise de 1929]. Au lieu
d'user de son pouvoir pour compenser la crise, elle réduisit d'un tiers
la masse monétaire entre 1929 et 1933… Loin d'être un échec du système
de libre entreprise, la crise a été un échec tragique de l'État. » — Milton Friedman, Two lucky people : Memoirs
De ces travaux sur l'équation de la théorie quantitative de la
monnaie, il tira l'idée selon laquelle l'inflation est d'origine
monétaire. Il déclara à propos du lien entre inflation et monnaie :
« L’inflation
est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu’elle est
et qu’elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité
de monnaie plus rapide que celle de la production. » — Milton Friedman, The Counter-Revolution in Monetary Theory
En conséquence, il défendit une politique monétaire basée sur l'offre de monnaie : il fut le principal avocat du monétarisme,
une école de pensée économique qui, sur la base de la théorie
quantitative de la monnaie, considère que l'inflation doit être
contrôlée par le volume des émissions de monnaie de la banque centrale.
Cette approche monétariste de la conjoncture met l'accent sur
l'ajustement monétaire global à partir de données agrégées d'activité et
de prix, dont elle cherche à tirer une estimation de la demande de
monnaie. Il défendait donc une réduction du rôle du gouvernement dans le
domaine économique et l'indépendance des banquiers centraux. Milton
Friedman affirme également que les interventions discrétionnaires d'une banque centrale
ne peuvent qu'ajouter à l'incertitude sur la demande ; il a donc, tout
en admettant qu'on pourrait fermer les banques centrales, prôné une
politique monétaire dont tout le monde pourrait raisonnablement prévoir
les effets, par exemple la hausse régulière d'un indicateur de masse
monétaire jugé représentatif. Pour résumer sa pensée envers les banques
centrales, il déclara[3]:
« La monnaie est une chose trop importante pour la laisser aux banquiers centraux. » — Milton Friedman
Il défendit également le retrait du gouvernement du marché des
changes et promut les taux de change flottants. Il écrivit en
particulier en 1953 un article, The Case for Flexible Exchange Rates, qui théorisait des idées qu'il exprimait depuis plusieurs années[4].
Il y justifie le recours aux changes flottants par l'ajustement que ce
système permet entre les devises des pays inflationnistes et des pays
non inflationnistes.
Ses théories concernant les anticipations adaptatives furent cependant assez rapidement dépassées par la théorie des anticipations rationnelles, développée par un autre économiste de Chicago, Robert E. Lucas. Les économistes de la nouvelle macroéconomie classique
se sont opposés à Friedman en défendant des hypothèses comportementales
sensiblement différentes : Friedman et les monétaristes classiques
supposaient des anticipations adaptatives, i.e. les agents s'adaptent en
fonction de la situation présente et peuvent être trompés par une
politique économique qui sera alors efficace à court terme mais néfaste à
long terme quand les agents se rendront compte de leurs erreurs. Pour
les nouveaux classiques, les anticipations sont rationnelles. Les agents
raisonnent en termes réels et ne peuvent être leurrés par une politique
monétaire expansionniste, qui sera donc inefficace à court terme comme à
long terme.
Friedman a aussi mené des travaux sur la fonction de consommation, qu'il considérait comme ses meilleurs travaux scientifiques[5].
Alors que le keynésianisme dominait, il remit en cause la forme adoptée
pour la fonction de consommation et en souligna les imperfections. À la
place, il formula en particulier l'hypothèse de revenu permanent,
qui postule que les choix de consommation sont guidés non par les
revenus actuels mais par les anticipations que les consommateurs ont de
leurs revenus. Ces anticipations étant plus stables, elles ont tendance à
lisser la consommation, même quand le revenu disponible baisse ou
augmente. Ces travaux furent particulièrement remarqués car ils
remettaient en cause la validité des politiques conjoncturelles de relance de la demande et le multiplicateur keynésien[6].
Il a également contribué à la remise en cause de la Courbe de Phillips et mit au point avec Edmund S. Phelps le concept de taux de chômage naturel. Ces travaux furent publiés en 1968 dans Inflation et systèmes monétaires. Ils s'opposent au taux de chômage sans accélération de l'inflation des keynésiens.
Il considère en essence qu'il existe un taux de chômage naturel, lié
aux imperfections du marché du travail comme l'intervention étatique qui
bouleverse la libre fixation des salaires. Etant de nature
structurelle, ce taux de chômage ne peut être réduit par des politiques
conjoncturelles et l'injection de liquidités débouche fatalement sur
l'inflation selon Friedman[6].
Dans son ouvrage Essays in Positive Economics, il a présenté le cadre épistémologique de ses futures recherches et, plus globalement, de l'école de Chicago :
l'économie comme science doit être détachée des questions sur ce qui
devrait être et se concentrer sur ce qui est, indépendamment de
jugements moraux. Il préconise donc l'économie positive à la place de
l'économie normative. De même, une politique économique doit être jugée
non sur ses intentions mais sur ses résultats. Il déclara ainsi en 1975[7] :
« L'une des plus grandes erreurs possibles est de
juger une politique ou des programmes sur leurs intentions et non sur
leurs résultats » — Milton Friedman, Entretien avec Richard Heffner
Alors que les sujets de responsabilité sociale des entreprises (RSE,
critères ESG, etc.) trouvent un intérêt nouveau au XXIe siècle, il est
opportun de relire les écrits de Milton Friedman qui rappelait que la
finalité d'une entreprise est de faire du profit[8].
Une entreprise, et ses dirigeants plus spécifiquement, répondent à ses
actionnaires, i.e. propriétaires. Insérer des critères moraux dans cette
relation économique est rarement fructueux, et les nombreuses limites
des critères ESG le soulignent.
Statistiques
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Milton Friedman travaille sur des sujets de statistiques, travaux qui, selon The New Palgrave,
font encore référence aujourd'hui. En particulier, il travailla sur les
arrangements et les problèmes de rang en théorie des ensembles. Il posa
également les prémices de l'échantillonage séquentiel (Test de
Friedman) et développa enfin les méthodes non paramétriques pour
l'analyse de la variance[9].
Promoteur du libéralisme
Milton Friedman est généralement considéré comme un grand défenseur du libéralisme; il se définissait comme « un Républicain avec un grand R et un libertarien avec un petit l ».
Il s'engagea fortement dans le débat public en organisant en
particulier des conférences nombreuses ou en participant à des émissions
télévisées au cours desquelles il présenta ses convictions en faveur
d'une économie libre et du capitalisme. Dans un entretien télévisé en 1979, il déclara par exemple :
« L'histoire est sans appel : il n'y a à ce jour
aucun moyen [..] pour améliorer la situation de l'homme de la rue qui
arrive à la cheville des activités productives libérées par un système
de libre entreprise » — Milton Friedman, Entretien avec Phil Donahue
Il place le début de son engagement dans le débat public en faveur du libéralisme en 1947, lorsqu'il participe en avril à la réunion fondatrice de la Société du Mont-Pèlerin, réunie à l'initiative de Friedrich Hayek[10]. Friedman fut de 1970 à 1972 le président de cette association internationale des intellectuels libéraux.
Son ouvrage le plus important fut probablement Capitalisme et liberté, édité en 1962 aux États-Unis. C'est principalement le résultat de conférences données en juin 1956 au Wabash College à l'invitation du William Volker Fund, disparu depuis[11].
Il fut traduit dans 18 langues. S'adressant à un vaste public et non
aux seuls économistes, il y défend le capitalisme comme unique moyen de
construire une société libre. Il se place sur le terrain de la
justification philosophique mais également pratique d'une économie
libérale. Le livre est considéré par la National Review comme le dixième ouvrage de Non fiction le plus important du XXe siècle[12].
Cet ouvrage fut suivi d'un autre ouvrage majeur, Free to Choose, traduit en français par La liberté du choix et écrit avec sa femme Rose en 1980.
Ce livre exercera une grande influence (Cf. infra), comme la série
éponyme de 10 émissions télévisées qui furent diffusés à partir de
janvier 1980 sur la chaîne PBS et sur lesquelles était basé le livre.
Ces émissions développaient les idées de Milton Friedman sur un certain
nombre de sujets et les popularisèrent auprès du grand public. Cinq
émissions remaniées suivirent en 1990[13].
En 1996, il établit avec Rose la Fondation Milton & Rose Friedman pour défendre le libre choix de l'éducation pour les parents (Schooling choice)[14]. En particulier, la fondation promeut l'utilisation du chèque éducation.
À travers cet engagement dans le débat public, il joua une part
importante dans la réactivation des idées libérales, dans un contexte où
les économies keynésiennes triomphaient.
« Dans une période où le marxisme et
l'interventionnisme étatique dominaient les esprits, Friedman a joué, à
contre-courant, un rôle absolument irremplaçable » — Pascal Salin, ancien président de la Société du Mont-Pèlerin
Critique libertarienne
Même si Milton Friedman partage les mêmes idées que les libertariens (voir par exemple sa critique du salaire minimum ou de la guerre contre la drogue[15]), il ne peut être rattaché à l'école autrichienne d'économie, en raison de son point de vue inflationniste et étatiste sur les questions monétaires, opposé à l'étalon-or ou aux monnaies privées.
Les libertariens (par exemple Martin Masse[16]) et les économistes autrichiens (par exemple Antal E. Fekete) reprochent aux monétaristes d'être, de fait, de collusion avec les keynésiens :
« À première vue, le monétarisme se présente comme
une théorie qui critique l'action étatique — les banques centrales étant
des monopoles sur la création et la gestion de la monnaie établis par
les gouvernements — et qui défend le libre marché. Paradoxalement, cette
explication fait toutefois de Friedman un allié de Keynes sur le plan
de la politique monétaire, le deuxième volet des plans de relance.
Quoique leurs évaluations des dangers de l'inflation divergent
considérablement, keynésiens et monétaristes s'entendent en effet sur un
point crucial : la banque centrale doit, selon le jargon financier, « injecter des liquidités »
dans l'économie en période de crise. C'est-à-dire qu'elle doit créer
artificiellement de la monnaie de façon à soutenir l'activité
économique, à protéger les banques de la faillite et à éviter qu'un
réajustement temporaire se transforme en récession ou en dépression
prolongée. […] On ne peut pas, comme le préconise Friedman, régler le
problème en ayant recours à ce qui l'a causé en premier lieu. » — Martin Masse[17]
Il semble que pour Friedman l'emploi généralisé depuis le XXe
siècle de monnaies purement fiduciaires et l'emprise de l’État sur la
société rende impossible le retour à l'étalon-or et la mise en œuvre de
politiques non-inflationnistes[18].
Fixer un taux d'augmentation de la quantité de monnaie de 3 à 5% par
année plutôt que de laisser ce pouvoir discrétionnaire aux bureaucrates
semble donc pour lui un moindre mal.
De la même façon, Friedman préconise l'allocation universelle comme un moindre mal comparée à toutes les aides sociales actuelles de l'Etat-providence.
C'est cette recherche du "moindre mal" que critiquent les libertariens,
car ils voient cela comme une concession trop importante aux idées
collectivistes, d'autant plus que les antilibéraux n'hésitent pas à se
prévaloir de ces propositions au prétexte que "même des libéraux comme
Friedman les approuvent".
D'autres points de désaccord avec les libertariens peuvent être les suivants ; pour Friedman et pour l'École de Chicago :
« Rien n'est moins important que la monnaie… quand elle est bien gérée. »
« Les grandes avancées de la civilisation,
que ce soit dans l'architecture ou dans la peinture, la science ou la
littérature, l'industrie ou l'agriculture, ne sont jamais nées de
l'intervention d'un gouvernement centralisé. » — Milton Friedman, Capitalisme et liberté[19]
« L'existence d'un marché libre n'élimine
évidemment pas le besoin de gouvernement. Au contraire, le gouvernement
est essentiel, à la fois comme forum pour déterminer les « règles du jeu » et comme arbitre pour interpréter et faire respecter les règles qui ont été adoptées. » — Milton Friedman, Capitalisme et liberté[20]
« L'homme libre ne se demandera ni ce que son pays peut faire pour lui, ni ce qu'il peut faire pour son pays. » — Capitalisme et liberté
« L’inflation
est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu’elle est
et qu’elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité
de monnaie plus rapide que celle de la production. » — Milton Friedman, The Counter-Revolution in Monetary Theory
« Difficile de justifier un impôt progressif dont le seul but est de redistribuer les revenus. »
« I am a limited-government libertarian. » — au cours d'un discours en 1991
« Every friend of freedom… must be as
revolted as I am by the prospect of turning the United States into an
armed camp, by the vision of jails filled with casual drug users and of
an army of enforcers empowered to invade the liberty of citizens on
slight evidence. [(Tout ami de la liberté… doit être aussi révolté que
je le suis à la perspective de transformer les États-Unis en un camp
militaire, à la vision de prisons remplies d'usagers occasionnels de
drogues et d'une armée de sbires habilités à envahir la liberté des
citoyens sur des preuves légères.)] » — Milton Friedman, An Open Letter to [Drug Czar] Bill Bennett, The Wall Street Journal (September 7, 1989)
« The two ideas of human freedom and economic
freedom working together came to their greatest fruition in the United
States. Those ideas are still very much with us. We are all of us imbued
with them. They are part of the very fabric of our being. But we have
been straying from them. We have been forgetting the basic truth that
the greatest threat to human freedom is the concentration of power,
whether in the hands of government or anyone else. We have persuaded
ourselves that it is safe to grant power, provided it is for good
reasons. Fortunately, we are waking up. We are again recognizing the
dangers of an overgoverned society, coming to understand that good
objectives can be perverted by bad means, that reliance on the freedom
of people to control their own lives in accordance with their own values
is the surest way to achieve the full potential of a great society.
[(Les deux idées de liberté humaine et de liberté économique collaborant
ont accompli leur plus grande réalisation aux États-Unis. Ces idées
sont toujours beaucoup avec nous. Nous en sommes tous imprégnés. Elles
sont une part de de l'étoffe dont nous sommes faits. Mais nous nous
sommes égarés d'elles. Nous avons oublié la vérité fondamentale que la
plus grande menace pour la liberté humaine est la concentration du
pouvoir, que ce soit dans les mains du gouvernement ou de n'importe qui
d'autre. Nous nous sommes persuadés qu'il est bon d'octroyer du pouvoir,
pourvu que ce soit pour défendre de bonnes intentions. Heureusement,
nous nous réveillons. Nous reconnaissons à nouveau les dangers d'une
société surgouvernée, comprenant que de bonnes fins peuvent être
perverties par de mauvais moyens, que la confiance en la liberté des
gens à contrôler leurs propres vies en accord avec leurs propres valeurs
est le plus sûr moyen d'accomplir le plein potentiel d'une grande
société.)] » — Milton Friedman, Free To Choose
« There are four ways in which you can spend
money. You can spend your own money on yourself. When you do that, why
then you really watch out what you’re doing, and you try to get the most
for your money. Then you can spend your own money on somebody else. For
example, I buy a birthday present for someone. Well, then I’m not so
careful about the content of the present, but I’m very careful about the
cost. Then, I can spend somebody else’s money on myself. And if I spend
somebody else’s money on myself, then I’m sure going to have a good
lunch ! Finally, I can spend somebody else’s money on somebody else. And
if I spend somebody else’s money on somebody else, I’m not concerned
about how much it is, and I’m not concerned about what I get. And that’s
government. » — dans une interview pour Fox News (mai 2004)
« La pire des inventions a sans doute été
l'air conditionné. Avant l'air conditionné, les hommes politiques
passaient trois mois par an à Washington. Maintenant, ils y restent
douze mois ! » — Échange rapporté par Charles Gave
« Une des grandes erreurs consiste à juger
les politiques et les programmes à l’aune de leurs intentions plutôt
qu’en fonction de leurs résultats. »
Citations sur Milton Friedman
« Il y a bien longtemps, j’ai posé cette
question à Milton Friedman : « Comment se fait-il que la moitié au moins
des grands théoriciens du libéralisme dans l’histoire aient été
français (Montaigne, Montesquieu, Turgot, JB Say, Benjamin Constant,
Tocqueville, Bastiat, Molinari, et plus récemment Jouvenel, Raymond
Aron, Raymond Boudon, JF Revel…) et que la France n’ait jamais vraiment
connu un régime libéral ? A cette question il avait répondu en riant
beaucoup : « Charles, pour bien décrire le paradis, il faut vivre en
enfer ». Et, comme nous le savons tous, dans une plaisanterie il y a
souvent plus de vérité que dans un long traité de sciences politiques. » — Charles Gave
« Friedman est excellent, sauf sur les sujets
monétaires, ce qui fait qu'il se focalise surtout sur ces sujets. (...)
[Lors d'une réunion informelle] le clash a été immédiat avec les
Rothbardiens. Friedman avait lu mon livre America's Great Depression et sa rencontre avec tous ces Rothbardiens l'a rendu furieux. Il ne pensait pas qu'une telle chose pouvait exister. » — Murray Rothbard, A Conversation with Murray N. Rothbard
« Au XXe siècle,
l’économiste américain Milton Friedman pensait avoir "craqué le code" de
l’inflation. C’était, "toujours et partout", un problème monétaire. Il
pouvait être éliminé, pensait Friedman, en contrôlant la masse monétaire
de manière prévisible et stricte. Friedman proposa de retirer le
soutien de l’or au dollar US, et de le remplacer par les bonnes
intentions et la rigueur scientifique de la Réserve fédérale.(...) Sans
le vouloir, le champion du capitalisme a probablement causé plus de
dommage aux marchés libres et au gouvernement US que n’importe lequel
des benêts socialistes de son époque. » — Bill Bonner, Chronique Agora, 14/12/2020
Informations complémentaires
Notes et références
Qui sont les monétaristes ?, Eva Dunoyer
(en)Milton & Rose Friedman : Two Lucky People : Memoirs, p 233
L'héritage de Milton Friedman, un géant de la science économique, Problèmes économiques, 7 novembre 2007
Colloque
de 2001 sur les taux de change flottants], Banque du Canada,
anciennement accessible à banqueducanada.ca/fr/revue/2001/schembrif.pdf
Pour voir les publications qui ont un lien d'étude, d'analyse ou de
recherche avec les travaux et la pensée de Milton Friedman : Milton Friedman (Littérature secondaire)
(en)"On Milton Friedman's Ninetieth Birthday", Remarques du Gouverneur Ben S. Bernanke, à la conférence commérant Milton Friedman, le 8 novembre 2002, à l'université de Chicago, Illinois
"What's Needed to Achieve Prosperity", interview de Milton Friedman par Bob Scully en 1994, publiée le 12 mars 2013
dans "The Free Markets Series". Dans cette reprise d'une interview de
1994, Milton Friedman qualifie de véritable révolution les avancées
modernes des technologies de communication et de transport. Le lauréat
du prix Nobel soutient une économie mondiale avec des frontières
véritablement ouvertes. Durée: 27'02
B) - Comment les socialistes ont capturé le Parti démocrate américain : L’avertissement des experts qui ont fui le communisme
La montée en puissance des
candidats socialistes aux États-Unis a relancé un débat ancien mais
désormais urgent : jusqu’où le Parti démocrate a-t-il basculé à gauche ?
Des vétérans des deux bords expliquent à Fox News Digital que ce
basculement n’est pas un accident. Il est le fruit de décennies de
transformation idéologique qui a commencé par la conquête des
institutions culturelles. Ignorer ce phénomène, préviennent-ils,
pourrait avoir des conséquences profondes pour l’avenir du pays.
« Yuri Bezmenov,
un transfuge du KGB, avait averti il y a quelque 40 ans de schémas de
“grand lavage de cerveau” destinés à saper l’Amérique et l’Occident »,
rappelle Inna Vernikov, conseillère municipale républicaine de New York
qui a grandi dans l’Ukraine soviétique. « Ce que nous voyons aujourd’hui
n’a rien de “grassroots” ; c’est l’effet de campagnes menées pendant
des décennies pour subvertir la pensée et le mode de vie américains. »
Cette analyse rejoint celle de Roland Lombardi, historien et directeur du Diplomate média :
« On l’oublie trop souvent, mais une partie du gauchisme contemporain
est, selon moi, l’héritière idéologique des stratégies d’influence
élaborées durant la guerre froide, en fait l’enfant bâtard et dégénéré
du communisme. Le wokisme, le déconstructivisme, la cancel culture et
d’autres courants apparentés constituent moins une rupture qu’une
évolution dont les racines plongent dans plusieurs décennies d’offensive
culturelle et psychologique soviétique. Dès les années 1960, le KGB et
les appareils idéologiques de l’URSS comprirent qu’il était sans doute
plus efficace d’affaiblir durablement les sociétés occidentales de
l’intérieur que de les affronter militairement. En investissant les
milieux universitaires, intellectuels, culturels, médiatiques et
militants, ils cherchaient à éroder progressivement les repères
historiques, culturels et civilisationnels de l’Occident. La situation
idéologique que nous observons aujourd’hui apparaît ainsi, à mes yeux,
comme le résultat différé, parfois plusieurs décennies plus tard, de
cette stratégie de long terme. Autrement dit, les effets que Yuri
Bezmenov annonçait ne relevaient pas d’une révolution soudaine, mais
d’un processus de maturation idéologique destiné à produire ses
conséquences bien après la disparition même de l’Union soviétique. En ce
sens, la victoire recherchée n’était pas d’abord militaire : elle
consistait à amener les sociétés occidentales à remettre elles-mêmes en
cause leurs propres fondements. »
Cette campagne, selon plusieurs
experts, explique la percée de figures comme le maire de New York Zohran
Mamdani, les candidats qu’il a soutenus au Congrès, la maire de Seattle
Katie Wilson, Bernie Sanders ou encore Abdul El-Sayed dans le Michigan.
La longue marche à travers les institutions : la subversion culturelle systématique
Mike Gonzalez, senior fellow à la Heritage
Foundation et réfugié de Cuba communiste dans les années 1970, voit
dans ce phénomène le résultat de la « longue marche à travers les
institutions ». La gauche culturelle a pris le contrôle du système
scolaire K-12, de l’enseignement supérieur, des maisons d’art, des
médias, du divertissement et des musées.
Gonzalez, coauteur de NextGen Marxism: What It Is and How to Combat It,
cite un rapport de la Maison Blanche qui conclut que le National Museum
of American History de la Smithsonian Institution est devenu une
institution financée par le contribuable d’« emprise idéologique » et
d’« activisme politique extrême ».
Pour Gonzalez, le tournant décisif se
situe dans les années 1980. Les membres de la New Left, dont certains
avaient été des terroristes comme ceux du Weather Underground ou des
Black Panthers, sortent de la clandestinité et investissent le métier
d’enseignant. « Ils entrent dans les domaines culturels et, à la fin des
années 1980, on a la doctrine de la théorie critique de la race. Avant
cela, il y avait la théorie critique du droit qui a pris le contrôle des
facultés de droit, puis elle s’est étendue à toutes les disciplines,
avant d’atteindre les campus d’élite dans la deuxième décennie du XXIe
siècle avec Obama. Obama a créé l’environnement pour cela. »
Inna Vernikov insiste sur le même point : « Les schémas marxistes ont lentement mainstreamé des idées autrefois marginales comme “l’Amérique est systématiquement raciste”,
“tous les flics sont des bâtards” ou “le capitalisme est le mal”. Les
principaux responsables sont le système éducatif, de plus en plus soumis
à des syndicats d’enseignants radicalisés, et les politiciens
démocrates modérés qui ont refusé de contester – et dans la plupart des
cas ont embrassé – leurs pairs radicaux anti-occidentaux. Le résultat,
c’est un maire socialiste engagé dans la destruction de notre système de
valeurs et trois de ses alliés en route vers le Congrès. »
Cette conquête culturelle n’a rien d’un
mouvement spontané. Elle est le fruit d’une stratégie de long terme qui a
progressivement transformé les institutions destinées à transmettre la
culture et l’histoire américaines en vecteurs d’une idéologie hostile à
l’exceptionnalisme du pays. En s’emparant de l’école, de l’université,
des musées et des médias, la gauche radicale a réussi à changer le
regard que toute une génération porte sur l’Amérique elle-même.
Le rôle d’Obama et la disparition des modérés : le basculement décisif
Sous la présidence d’Obama, les démocrates
ont perdu plus de 1 000 postes élus à travers le pays, dont 63 sièges à
la Chambre, 12 au Sénat, 12 postes de gouverneurs et environ 940 sièges
dans les législatures d’État. C’est l’une des plus graves chutes down-ballot de l’histoire moderne du parti.
Pendant que les démocrates modérés s’effondraient dans les districts
rouges et violets, des mouvements comme Occupy Wall Street et Black
Lives Matter prenaient leur essor. Des émeutes ont suivi plusieurs
fusillades policières, notamment à Ferguson en 2014 après la mort de
Michael Brown.
Gonzalez estime que le dernier moment où
le Parti démocrate disposait encore de dirigeants capables de résister à
l’aile socialiste se situe avant Bill Clinton. « Je dirais Tip O’Neill
et Dick Gephardt. J’étais fortement en désaccord avec eux à l’époque sur
la politique en Amérique centrale, mais ils aimaient le drapeau, ils
aimaient l’Amérique, ils aimaient le capitalisme. Tip O’Neill n’aurait
pas toléré les balivernes de Mamdani sur le collectivisme ou la saisie
des moyens de production. »
Obama, qui a fréquenté les mêmes cercles
politiques et civiques de Chicago que Bill Ayers, cofondateur du Weather
Underground, est souvent accusé par les conservateurs d’avoir ouvert la
porte à l’extrême gauche du parti par sa rhétorique et ses politiques
de grand gouvernement comme Obamacare. C’est sous sa présidence que la «
décimation » des démocrates modérés s’est accélérée, laissant le champ
libre aux idées radicales.
Hank Sheinkopf, stratège démocrate
vétéran, va plus loin : sa génération a fait un « travail pourri » en
n’avertissant pas ses enfants des dangers du socialisme et en installant
à la place « la religion appelée justice sociale ». « C’est le début de
la chute de la civilisation occidentale par sa disruption, et c’est
l’idiotie que les gens ne comprennent pas. »
Cette combinaison – disparition des
modérés capables de résister, montée en puissance des mouvements
radicaux et absence de contre-discours au sein du parti – a créé le vide
dans lequel des figures comme Mamdani et les candidats de la DSA ont pu
prospérer.
L’essor de la DSA et le basculement électoral
La Democratic Socialists of America (DSA)
n’est plus un mouvement marginal. Elle met à jour sa plateforme avec des
propositions radicales : abolition du Sénat américain, remplacement du
président et de la Cour suprême par un exécutif et un judiciaire
désignés par le Congrès, amnistie pour tous les immigrés, démantèlement
du Department of War, fin immédiate de toutes les expulsions, semaine de
32 heures sans perte de salaire, Medicare for All, annulation de la
dette étudiante et contrôle universel des loyers.
Des candidats soutenus par la DSA, comme Melat Kiros dans
le Colorado ou Darializa Avila Chevalier et Claire Valdez à New York,
ont battu des démocrates sortants de longue date. Kiros a fait campagne
sur Medicare for All, la garde d’enfants universelle, l’abolition d’ICE
et « la fin du génocide à Gaza ». Avila Chevalier a parlé de « camarades
internationaux ». Ces victoires ont encouragé la DSA à proclamer que «
seul le socialisme peut résoudre des décennies de mauvaise gestion
capitaliste aux États-Unis ».
Hakeem Jeffries, leader de la minorité à
la Chambre, n’a pas endossé ces candidats mais les a félicités. Des
démocrates modérés comme Greg Landsman (Ohio) ou John Fetterman
(Pennsylvanie) expriment leur malaise. Landsman estime que certaines
positions sont « au-delà du pale » et que les dirigeants du parti ont
peur de leur propre base.
Les avertissements des experts et le réveil nécessaire
Hank Sheinkopf résume le clivage américain
en deux camps : ceux qui aiment le pays et ceux qui ne l’aiment pas. «
Si quelqu’un déteste ce pays, peu importe qu’il soit républicain ou
démocrate. Vous avez l’obligation de faire tout ce que vous pouvez pour
l’arrêter. »
Un sondage Gallup de fin juin 2026 montre
que la fierté nationale américaine est tombée à son plus bas niveau en
25 ans : seulement 53 % des Américains se disent « extrêmement » ou «
très » fiers d’être américains. Chez les républicains, ce chiffre
atteint 93 %. Chez les démocrates, il n’est plus que de 27 %.
Un sondage Fox News de mars 2026 révèle
qu’un record de 38 % des électeurs inscrits considèrent qu’il serait une
bonne chose pour les États-Unis de s’éloigner du capitalisme pour aller
vers le socialisme, contre 32 % en 2022 et 18 % en 2010.
Mike Gonzalez est catégorique : « Mamdani
parle de collectivisme. C’est l’une des façons de savoir qu’il est
communiste. Il ne vous dit pas ce qui suit le collectivisme. Les goulags
suivent le collectivisme. Marx lui-même le dit dans le Manifeste :
quand vous prenez la propriété des gens, ils se mettent en colère et se
battent. Vous aurez besoin d’“incursions despotiques”. En d’autres
termes, vous aurez besoin d’être répressifs. C’est cela, les goulags.
L’Amérique doit comprendre qu’un spectre hante l’Amérique, et c’est le
communisme. Il faut se réveiller. »
De Tip O’Neill, qui aimait le drapeau et
le capitalisme, à Zohran Mamdani, qui parle de collectivisme et dont les
alliés de la DSA veulent abolir le Sénat et le collège électoral, le
trajet est long mais cohérent. Il passe par la conquête des écoles, des
universités, des musées, des médias et de la culture. Il se nourrit de
la disparition des modérés et de l’incapacité des dirigeants démocrates à
s’opposer à leur aile radicale.
Les experts qui ont fui le communisme le
disent sans détour : ce qui se passe n’est pas un simple débat
idéologique. C’est une offensive contre les fondements mêmes de
l’exceptionnalisme américain – les droits naturels, la souveraineté du
citoyen, la liberté individuelle. La question n’est plus de savoir si le
Parti démocrate a basculé. Il a basculé. La seule question qui reste
est de savoir si l’Amérique va enfin se réveiller.
Angélique Bouchard
Diplômée de la Business School de La Rochelle
(Excelia - Bachelor Communication et Stratégies Digitales) et du CELSA -
Sorbonne Université, Angélique Bouchard, 25 ans, est titulaire d’un
Master 2 de recherche, spécialisation « Géopolitique des médias ». Elle
est journaliste indépendante et travaille pour de nombreux médias. Elle
est en charge des grands entretiens pour Le Dialogue.
C) - Zohran Mamdani : Le socialiste de New York qui divise l’Amérique
Le symbole d’une nouvelle gauche américaine ?
L’élection de Zohran Mamdani à la
mairie de New York n’est pas un événement local, mais un séisme
politique qui traverse tout le système américain. À trente-quatre ans,
ce représentant des Socialistes démocrates d’Amérique incarne la
revanche d’une gauche longtemps marginalisée et désormais victorieuse
dans la capitale financière du monde. Sa victoire ne se résume pas à
celle d’un mouvement militant : elle traduit une mutation profonde de la
société américaine, où la crise économique et la colère sociale
deviennent une force politique structurée.
Le programme de Mamdani s’enracine dans le
malaise quotidien de la métropole. À New York, où les loyers dévorent
les salaires et où les services publics déclinent, sa plateforme parle
la langue de la survie urbaine : blocage des loyers dans le logement
social, gratuité des bus municipaux, création de crèches universelles et
épiceries communales pour freiner la flambée des prix alimentaires. Ces
propositions visent à construire un modèle alternatif à l’économie de
marché pure qui domine la ville depuis plusieurs décennies.
Derrière cette ambition sociale, se cache
un projet économique radical : une redistribution des richesses à
travers une fiscalité plus lourde sur les grandes entreprises et les
ménages millionnaires. Mamdani veut déplacer le centre de gravité du
pouvoir économique, de la finance vers la citoyenneté, dans un effort de
“démocratisation” de l’économie locale. Mais pour mettre en œuvre ce
projet, il devra affronter le gouverneur de l’État de New York, issu
d’un establishment modéré lié aux milieux d’affaires.
Le poids de la question palestinienne
Sur le plan international, Mamdani incarne
une rupture encore plus spectaculaire. Il est le premier maire
ouvertement antisioniste de l’histoire des États-Unis. Se disant
“antisioniste mais non antisémite”, il reconnaît le droit d’Israël à
exister tout en refusant sa définition comme “État fondé sur une
hiérarchie religieuse”. Soutien de longue date du mouvement BDS
(Boycott, Désinvestissement, Sanctions), il considère cette campagne
comme un instrument pacifique pour contraindre Israël à respecter le
droit international.
Ces positions ont déclenché un débat
brûlant. New York abrite la plus importante communauté juive hors
d’Israël, et un maire qui parle d’“apartheid israélien” suscite
forcément des tensions. Pourtant, Mamdani a réussi à fédérer une
coalition improbable : jeunes, minorités, gauche radicale, et même une
partie du judaïsme libéral, unis par l’opposition à la droite trumpienne
plus que par une convergence sur le Proche-Orient.
L’ascension de Mamdani dépasse la gauche
américaine. Elle démontre que le mot “socialisme” ne fait plus peur à
une partie croissante de l’électorat, notamment chez les jeunes
générations frappées par la précarité et l’endettement. La ville symbole
du capitalisme mondial devient ainsi le terrain d’expérimentation d’un
socialisme municipal : redistribution, écologie, services publics,
droits sociaux.
Mais cette dynamique comporte un risque :
la polarisation. Pour les conservateurs, Mamdani est le visage d’une
Amérique qui trahit ses valeurs. Pour les démocrates modérés, il
représente une menace capable de fracturer le parti. Pour les
progressistes, au contraire, il est la preuve qu’une autre voie est
possible, celle d’une gauche offensive, ancrée dans la réalité urbaine
et décidée à affronter Wall Street.
Le conflit avec le président Donald Trump
est déjà annoncé. Ce dernier a menacé de couper les financements
fédéraux à la ville. Mamdani, dans son discours de victoire, a promis de
“résister à la politique de division” et de faire de New York un
bastion contre la restauration conservatrice. Derrière cette rhétorique,
c’est aussi une bataille économique : sans les fonds fédéraux, les
grands chantiers municipaux et les programmes sociaux risquent d’être
paralysés.
Sur le plan géopolitique, son élection est
un signal fort : dans un pays qui soutient Israël sans conditions
depuis des décennies, le maire de la ville la plus influente du monde
ose rompre ce consensus. Ce geste, symbolique mais retentissant,
pourrait ouvrir un nouveau débat national sur la politique étrangère
américaine et ses alliances au Moyen-Orient.
Le signe d’une Amérique en mutation
L’émergence de Mamdani révèle un
basculement historique : la classe moyenne appauvrie, les jeunes
précaires, les minorités ethniques cherchent un langage politique qui
leur appartienne. Le socialisme démocratique n’est plus une relique
idéologique : il devient la réponse pragmatique à la concentration des
richesses et à l’échec du libéralisme globalisé.
Si New York parvient à transformer ces
ambitions en politiques concrètes, l’expérience Mamdani pourrait ouvrir
une ère nouvelle : celle d’une démocratie économique repensée, où la
justice sociale redeviendrait la mesure du progrès.
Giuseppe Gagliano
Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau
international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de
Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une
perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations
internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de
l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de
Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre
Économique (EGE)
D) - Nouveau mouvement socialiste aux États-Unis : DSA tient bon
Bernie Sanders semble avoir retrouvé une popularité comparable à
celle qui lui avait permis de devenir contre toute attente le principal
rival de Hillary Clinton aux primaires de 2016. Mais où en sont les
milieux militants qui le soutiennent toujours et dont il avait contribué
à faire gonfler les rangs de façon remarquable ?
Organisation tout à fait modeste il y a encore quelques années, les
Democratic Socialists of America sont encore loin d’avoir conquis une
base sociale de masse. Pourtant, il y a environ six mois, DSA organisait
le plus grand congrès d’une organisation politique de gauche
« socialiste » aux États-Unis depuis plusieurs générations, regroupant
plus de 1 000 délégués pendant trois jours à Atlanta (2-4 août 2019).
Un congrès agité… par l’afflux militant
Le congrès de 2017 avait déjà réuni 700 délégués, suite à l’afflux
d’adhésions déclenché d’abord grâce à la campagne Sanders puis en
réaction à la victoire de Trump. DSA avait ensuite continué de croître,
en particulier grâce à l’arrivée sur la scène politique nationale
d’Alexandria Ocasio-Cortez, jeune militante du Bronx ayant ravi son
siège à un influent député démocrate. C’est ainsi que près de 60 000
membres se trouvaient représentés par des déléguéEs à l’édition 2019 du
congrès de DSA. Plusieurs comptes rendus publiés en ligne laissent
entendre que dans certaines régions, la proportion de militantEs parmi
les adhérentEs atteint à peine 10 à 20 %, mais s’avère bien plus élevée
dans d’autres.
Cet afflux de nouvelles forces militantes n’est pas sans apporter ses
nouveaux défis. Comment faire évoluer les structures pré-existantes de
DSA, tout en familiarisant beaucoup de militantEs peu expérimentéEs à un
fonctionnement collectif aussi démocratique que possible ? Et pour
quelle orientation politique anticapitaliste ?
CertainEs militantEs estiment que les membres n’ont pas eu accès
suffisamment tôt aux textes qui seraient débattus en congrès, empêchant
de lancer certaines discussions importantes et d’en permettre
l’appropriation par les déléguéEs et les autres. Le bon déroulement du
congrès, mais aussi l’animation du débat politique dans l’ensemble de
l’organisation, semblent en avoir pâti. D’un autre côté, si
l’organisation est quelque peu bousculée, c’est au moins le signe que
les nouvelles adhésions ne sont pas restées lettre morte.
Un renforcement organisationnel et politique
Le congrès a entrepris de renforcer l’organisation, avec un certain
succès. L’un des débats les plus vifs concernait une éventuelle
décentralisation accrue de DSA, à l’appel de certaines tendances
internes. C’est finalement le maintien d’un certain degré de
centralisation qui a emporté la majorité des votes, accompagné de
mesures de soutien aux sections locales nouvelles, isolées ou
fragilisées, et d’un effort général en faveur de la formation politique
de l’ensemble des militantEs. Le renouvellement de l’exécutif national,
très affaibli dès le début de la mandature précédente par plusieurs
« scandales » et autres conflits internes, devrait également consolider
DSA.
Le congrès ne s’est pas pour autant privé de débattre du
positionnement politique de DSA. Il a été l’occasion d’esquisser une
série de nouvelles campagnes pour les droits des immigréEs, ou pour
l’accès à l’avortement, face aux ravages de la politique de Trump et de
la majorité républicaine sur ces sujets. Le profil écosocialiste de DSA
en est également sorti renforcé.
Mais le plus remarquable concerne la recherche d’une plus grande
indépendance vis-à-vis du Parti démocrate : non seulement DSA s’est
engagé à ne soutenir aucun candidat démocrate si Sanders n’obtient pas
la nomination, mais une résolution bien plus audacieuse a été adoptée.
DSA affirme désormais publiquement que son projet de moyen terme est la
constitution d’un parti des exploitéEs et des oppriméEs indépendant du
Parti démocrate. Une réelle avancée quand on se souvient du passé de DSA
et d’une bonne partie de la gauche aux États-Unis, séduite par une
stratégie visant à un « réalignement » de classe du Parti démocrate. En
attendant le moment de la rupture avec la nébuleuse démocrate, DSA
continuera de participer aux primaires démocrates là où ce sera
nécessaire, ne serait-ce que parce que dans certaines circonscriptions,
c’est la primaire démocrate qui constitue la véritable élection. Cela
n’empêchera pas DSA de développer ses propres campagnes politiques,
visant à populariser des idées et construire une implantation réellement
ouvrière et multiraciale de l’organisation.
L’importance de l’arène électorale
Dans l’immédiat, les primaires démocrates canalisent une grande
partie des dynamiques politiques à l’œuvre. L’importance des précédentes
échéances électorales dans la croissance-éclair de DSA suggère que la
nouvelle campagne Sanders pourrait encore être bénéfique à
l’organisation. Le cycle de mobilisations sociales ouvert aux États-Unis
dans le sillage de la Grande Récession de 2008, pourrait franchir une
nouvelle étape dans sa cristallisation politique. Une partie importante
et grandissante des exploitéEs et des oppriméEs, notamment mais pas
seulement dans les jeunes générations, s’est reconnue dans le slogan
« Occupons Wall Street », s’est mobilisée pour les droits des femmes,
des immigréEs, des personnes de couleur, a repris espoir dans des luttes
pour de vraies augmentations des bas salaires, et a même retrouvé le
chemin de la grève, comme dans la vague « rouge » (#RedForEd) qui a
déferlé sur l’éducation publique dans de nombreux États réputés
conservateurs ; aujourd’hui, ces mobilisations comptent plusieurs
représentantEs dans l’arène électorale.
Les élections de mi-mandat de 2018 ont vu la victoire d’un certain
nombre de militantEs se réclamant du socialisme. Une des inquiétudes de
l’époque était la capacité ou non de DSA à exercer un certain contrôle
sur ces éluEs qui n’en étaient pas l’émanation directe. On ne voit pas
bien en quoi ce contrôle a pu augmenter depuis, mais on ne peut pas non
plus constater de réel renoncement de la part de Sanders ni des
nouvelles figures comme Alexandria Ocasio-Cortez ou Rashida Tlaib, qui
lui ont apporté leur soutien – Ocasio-Cortez allant même jusqu’à
souligner que dans un autre pays, elle n’appartiendrait pas au même
parti que l’ex vice-président Joe Biden. Ces figures sont porteuses d’un
même projet pour une assurance santé universelle (« Medicare for All »),
ou encore pour l’annulation de plus de mille milliards de dollars de
dette étudiante. Les mesures mises en avant contribuent à la fois à
faire entrevoir une société débarrassée de certains des pires maux
d’aujourd’hui, mais aussi à pointer du doigt la responsabilité des
milliardaires, et leur illégitimité radicale à détenir de telles sommes
et un tel pouvoir.
L’une des mesures les plus connues et associées à Ocasio-Cortez est le grand projet de planification environnementale appelé « Green New Deal ».
Ce projet relie des questions « purement » environnementales comme la
sortie des énergies fossiles dans un temps court, avec des questions
sociales telles que la propriété publique et le contrôle démocratique
sur les moyens de production d’énergie, la sécurité de l’emploi et les
créations de postes. On retrouve ce type d’élaborations dans la ligne
politique défendue par des élus locaux socialistes : ceux du conseil
municipal de Chicago font campagne pour la municipalisation du réseau
d’électricité, afin d’aller vers une politique plus « verte » et plus
favorable aux consommateurE pauvres et aux salariéEs, sous contrôle
démocratique.
« Eyes on the prize » : reconstruire un parti de masse
Pour autant que l’on puisse en juger à distance, les débats sur le
soutien à apporter ou non à telle ou telle campagne électorale prennent
une place importante dans la vie de DSA. Mais même ces débats sont
souvent l’occasion de pousser peu à peu les nouvelles forces militantes à
mieux distinguer ce qui relève d’une démarche socialiste, au minimum
réformiste radicale, d’une démarche « progressiste » bien plus digeste
pour le bipartisme en place. Les mêmes discussions qui permettent ces
derniers mois de préciser ce qui sépare Bernie Sanders et Elizabeth
Warren, se retrouvent aux échelons infranationaux de la vie politique :
idées et actions cohérentes dans la durée ou non, campagnes qui
insistent sur la nécessité des luttes sociales ou qui reposent sur un
idéal d’efficacité technocratique, etc. Les activités liées aux
élections ont donc toute leur place dans un plan de bataille tourné vers
l’extérieur, et par lequel DSA tente de populariser un nouvel horizon
politique et les moyens élémentaires de s’en rapprocher et de
l’atteindre, plutôt qu’une organisation en particulier.
DSA peut envisager une stratégie volontariste d’implantation de
militantEs dans des « secteurs stratégiques » pour la reconstruction du
mouvement ouvrier – sans sacrifice excessif car les emplois syndicalisés
sont aussi plus protégés que les autres ; on peut aussi penser que les
organisations existantes du mouvement antiraciste mériteraient toute
l’attention de l’organisation. Mais le temps que de telles stratégies se
mettent réellement en place et portent leurs fruits, DSA aura
probablement des forces nouvelles à tirer de la campagne Sanders dès
2020.
Les difficultés d’organisation et les tensions du congrès ont entravé
les débats sur la politique internationale, l’antifascisme ou la
stratégie envers le mouvement syndical : le phénomène DSA implique
beaucoup de militantEs débutants, encore en formation… et qui
manifestent leur volonté de s’approprier l’organisation. Les plus
sincères socialistes (réformistes radicaux ou révolutionnaires)
impliquéEs dans DSA ont l’honnêteté de reconnaître que l’on ne sait pas
encore si le nouveau mouvement socialiste sera à la hauteur de ses
tâches. La situation actuelle est malgré cela une opportunité historique
à saisir.
E) - MAINTENANT MÊME, TRUMP ENTRA EN MODE GUERRE TOTALE CONTRE LES COMMUNISTES
«Ces personnes ne sont pas folles… elles sont possédées par une idéologie meurtrière qui a déjà tué plus de 100 millions de personnes au XXe siècle !»
Le président Donald Trump vient de lancer un avertissement de niveau d'alerte maximum :
«Les communistes représentent la plus grande menace existentielle dans l'histoire des États-Unis. Point final. Ils veulent détruire tout ce que ce pays représente. Ils veulent faire sauter le mont Rushmore parce que ça les dérange qu'il y ait des présidents américains gravés dans la pierre. Ils disent qu'ils ne devraient pas être là-haut !
Ils veulent abattre des statues, des monuments, des valeurs, des libertés… et à la fin, nous abattre nous-mêmes.
Le communisme n'est pas une “idée différente” ! C'est une plaie. C'est l'idéologie la plus destructrice, sanguinaire et ratée qui ait jamais foulé cette planète. Et aujourd'hui, en 2026, elle continue de s'infiltrer dans nos universités, nos médias, nos institutions et même dans certains partis politiques.
Je ne suis pas venu négocier avec le communisme. Je suis venu l'écraser».
Trump vient de déclarer une guerre culturelle, idéologique et politique sans pitié.