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août 27, 2026

Il faut que nous recommencions à rêver sans permission !

Il faut que nous recommencions à rêver

L'histoire d'un continent qui a inventé le futur, qui l'a abandonné, et qui peut encore aller le reprendre.

Le jour où l'Europe a ralenti

2 mars 1969. Toulouse. André Turcat pousse les manettes du Concorde 001, et une machine française s'arrache du sol devant les caméras du monde entier.
Ce jour-là, personne ne demande si c'est bien raisonnable. Personne ne réclame un comité d'éthique, une étude d'impact, un moratoire. L'Europe fait décoller le futur, et elle trouve ça normal.
Trente-quatre ans plus tard, le Concorde se pose pour la dernière fois. Pas dépassé par mieux. Pas remplacé. Abandonné.
2003 : pour la première fois de l'histoire moderne, l'humanité choisit d'aller moins vite. Et l'Europe applaudit.
Retenez cette image. Elle raconte tout ce qui suit.
 
 
 
Ce que nous étions
 
Le Concorde n'était pas une anomalie. C'était notre signature.
Nous avons bâti des cathédrales dont les architectes savaient qu'ils ne verraient jamais la dernière pierre. Nous avons lancé des caravelles vers un océan dont personne ne connaissait l'autre rive. Nous avons inventé la méthode scientifique, vaincu la rage, découvert la radioactivité, creusé un tunnel sous la mer, construit à Genève la plus grande machine jamais assemblée par l'homme.
Rêver était notre métier. Bâtir était notre langue maternelle.
 
La grande capitulation
 
Et puis nous avons cessé. Pas d'un coup. Par capitulations successives.
Nous avons inscrit la précaution dans nos constitutions et la peur dans nos programmes scolaires. Nous avons remplacé l'ingénieur par le juriste, le bâtisseur par le commentateur, l'explorateur par le régulateur. Nous avons fait de la décroissance une vertu et de l'audace un délit.
Trois générations ont grandi avec ce catéchisme : le futur est une menace, la technologie un danger, la croissance une maladie, l'ambition une indécence.
Nous sommes devenus le premier continent de l'Histoire à organiser méthodiquement son propre renoncement, et à appeler ça de la sagesse.
 
« Tes rêves »

Cette capitulation tient en deux mots. Deux mots que tout Européen ambitieux a entendus au moins une fois dans sa vie : « Tu rêves. »
Je les connais par cœur. En 2012, je suis rentré de San Francisco avec la certitude que les voitures autonomes, les fusées réutilisables et l'intelligence artificielle allaient tout changer. On m'a répondu : « Tu rêves, Brivael. »
À San Francisco, « you're dreaming » est le début d'un pitch. À Paris, c'est la fin d'une conversation.
Voilà la vraie frontière. Elle ne sépare pas deux continents. Elle sépare deux logiciels mentaux.
 
Le texte que l'Europe refuse de lire
 
En octobre 2023, Marc Andreessen publie le Techno-Optimist Manifesto. Première phrase : « We are being lied to. » On nous ment.
L'Europe a ricané. Évidemment. Le ricanement est la dernière industrie où nous sommes encore leaders mondiaux.
Mais lisez ce texte. Vraiment. Il dit tout ce que trois générations d'Européens n'ont plus le droit de penser.
Que la technologie n'est pas ce qui détruit le monde : c'est ce qui l'a construit. Que chaque bond technique a allongé nos vies, nourri nos enfants, éclairé nos nuits. Que la croissance n'est pas une option parmi d'autres : c'est la seule alternative à la stagnation, et la stagnation transforme toute société en jeu à somme nulle, et les jeux à somme nulle finissent toujours en guerre de tous contre tous. Que l'énergie et l'intelligence sont les deux carburants de la civilisation, et qu'il faut les multiplier, pas les rationner. Que le nucléaire était la solution depuis le début, et que le principe de précaution qui l'a étranglé est l'une des erreurs les plus coûteuses de l'histoire occidentale. Que le pessimisme n'est pas de la lucidité : c'est une idéologie.
Et que nos ennemis ne sont pas des hommes, mais des idées. La précaution érigée en religion. L'égalitarisme érigé en morale. La gestion du déclin érigée en projet de civilisation.
 
Pendant ce temps, en Louisiane
 
Pendant que nous ricanions, eux bâtissaient.
Aujourd'hui, SpaceX annonce Starbase Louisiana. Plus de cent milliards de dollars. Un spaceport conçu pour des milliers de vols par an. Premier lancement en 2029. Pas dans un livre blanc. Pas dans un rapport de commission. Dans le béton, l'acier et le méthane liquide.
Et nous ? Nous avons régulé l'intelligence artificielle avant de l'avoir bâtie. Nous rédigeons le code de la route d'un pays où personne n'a le droit de construire de voitures.
En 1969, le futur décollait de Toulouse. En 2029, il décollera de Louisiane.
Le rêve européen n'est pas mort. Il a déménagé.
 
Réapprendre à rêver
 
Voici maintenant la bonne nouvelle, et je veux qu'elle soit entendue jusque dans les couloirs de Bruxelles.
Rien de tout cela n'est génétique.
Le peuple qui a bâti Chartres, découvert le radium et fait voler le Concorde n'a pas changé d'ADN. Il a changé de logiciel. Le pessimisme européen n'est pas une fatalité : c'est un programme installé. Et un programme, ça se désinstalle.
Alors voici mon appel. Il est simple. Européens : réapprenez à rêver.
Rêvez de centrales nucléaires par dizaines, construites sans s'excuser. Rêvez de labos d'IA qui font trembler San Francisco. Rêvez de lanceurs réutilisables, d'usines-cathédrales, de robots dans nos ateliers, de thérapies qui feront reculer le cancer et le vieillissement. Rêvez d'un continent qui exporte du futur au lieu d'importer du renoncement.
La France a tout pour mener ce sursaut. L'énergie nucléaire. Une tradition mathématique que le monde entier nous envie. Des ingénieurs que la Silicon Valley s'arrache. Il ne nous manque qu'une chose : la permission de rêver.
Je propose qu'on arrête de la demander.
 
Nous devons rêver à nouveau.
 
Et toi, jeune ingénieur, jeune fondateur, jeune bâtisseur qui lis ceci quelque part entre Lisbonne et Helsinki : ton pessimisme n'est pas le tien. On te l'a enseigné. Rends-le.
Tu n'es pas né pour commenter le futur des autres. Tu es né pour construire le tien.
Le rêve n'est pas une fuite hors du réel. C'est la première étape de sa construction. Tout ce qui existe aujourd'hui a d'abord été rêvé par quelqu'un que les gens raisonnables traitaient de fou.
Alors la prochaine fois qu'on te dira « tu rêves », ne baisse pas les yeux. Souris. Réponds : merci.
Le Concorde attend ses héritiers.
Il est temps de rêver. Il est temps de bâtir.
Les bâtisseurs gagnent. Toujours.
 
Aujourd’hui je débattais avec un pote sur les règles à mettre en place. 
 
 Je lui disais un truc simple : en Europe, tout est illégal par défaut. Tu veux construire, soigner, expérimenter, lancer un produit ? 
 Tu commences par demander la permission. Si personne ne te répond, tu n’as pas le droit. Le silence de l’État, c’est un non. 
 
Son argument était honnête. « Je suis pas pour qu’un mec puisse faire de la merde et déverser des produits chimiques dans les rivières. » On est d’accord là-dessus. Évidemment. Le problème, ce n’est pas ça. Le problème, c’est qu’on a construit toute une civilisation sur la peur du connard visible. Et qu’on a oublié les morts invisibles. 
 
Milton Friedman l’avait vu avec une clarté presque cruelle, à travers la FDA. Un fonctionnaire chargé d’approuver un médicament peut faire deux erreurs. 
La première : laisser passer un produit qui tue. Son nom est à la une. Sa carrière est finie. 
La deuxième : bloquer ou retarder un médicament qui aurait sauvé des milliers de vies. Personne ne compte ces morts. Aucune une. Aucune sanction. La FDA ne compte pas les patients qui meurent en attendant un médicament qu’elle n’a pas encore approuvé. Elle compte seulement ceux qu’un médicament approuvé a blessés. 
 
Le système n’optimise pas pour sauver des vies. Il optimise pour ne jamais être responsable d’un scandale.
 
Après 1962, le nombre de nouveaux médicaments a chuté de plus de moitié. Les délais ont explosé. Des traitements déjà disponibles ailleurs mettaient des années de plus à arriver. On a célébré les victimes évitées de la thalidomide. On n’a jamais compté les tuberculeux, les cardiaques, les cancéreux morts en attendant un médicament déjà inventé. Ce qu’on voit : le type qui pollue la rivière. Ce qu’on ne voit pas : le patient qui meurt parce qu’on a interdit par précaution. La réponse n’est pas plus de règles avant. C’est un système connard-resistant. 
 
Un bon système ne suppose pas que tout le monde soit un saint. Il suppose qu’il y aura des salauds. Et il est conçu pour qu’un salaud ne puisse pas tout casser sans payer. Ça demande d’accepter une part de prise de risque. Une société qui refuse le risque refuse aussi le progrès. Le principe de précaution n’est pas de la sagesse. C’est un linceul. 
 
Il protège le bureaucrate. Il enterre le bâtisseur. 
 
Et ça demande de punir a posteriori, pas d’interdire a priori. Tu déverses du chimique dans la rivière ? On te ruine. On t’enferme. On t’interdit de recommencer. Fort. Vite. Sans pitié. Mais on ne gèle pas dix mille entreprises honnêtes pour empêcher le geste d’un seul connard. L’Europe a choisi l’inverse. 
 
 Interdire d’abord. Autoriser parfois. 
 
Et ne presque jamais assumer le coût de ce qu’elle a empêché. Résultat : des rivières un peu plus propres, et une médecine, une industrie, une énergie, une IA en retard. Le logiciel est simple. Liberté d’agir. Responsabilité réelle. Sanction brutale si tu nuis. Zéro permission préalable pour exister. Nos ennemis ne sont pas les gens qui ont peur du connard dans la rivière. 
 
Ce sont les idées qui ont transformé cette peur en régime par défaut. Les bâtisseurs n’ont pas besoin d’un monde sans risques. Ils ont besoin d’un monde où le risque est permis, et où le salaud paie après. 
 
 Allez construire. Sans demander la permission.
 
Elon a dit un truc d’une clarté presque brutale. « There will be no poverty in the future and so no need to save money. » 
 
La plupart des gens ont entendu une provocation de milliardaire. C’est autre chose. C’est une phrase sur la physique. Pas sur la morale. La pauvreté, ce n’est pas d’avoir moins que son voisin. C’est de manquer de ce qui rend une vie humaine possible. Manger. Se loger. Se soigner. Se déplacer. Avoir assez d’énergie et de temps pour ne pas vivre dans l’urgence permanente. La pauvreté, c’est la rareté qui t’écrase. Pas l’écart. 
 
Et c’est précisément ici que le logiciel de gauche fait son tour de passe-passe. 
 
Il redéfinit la pauvreté en inégalité. Dès que tu fais ça, le problème devient insoluble par construction. Il y aura toujours quelqu’un plus riche. Donc il y aura toujours des « pauvres ». Donc il y aura toujours besoin d’intermédiaires. Donc il y aura toujours besoin d’eux. Diviser pour régner. Classe. Quartier. Diplôme. Origine. Tout sauf la seule question utile : qui crée la valeur, et qui l’alloue sans l’avoir créée. Ils se vendent comme les sauveurs du peuple. Regarde ce qu’ils proposent depuis quarante ans. Des dispositifs qui ne sortent jamais les gens de la rareté. Qui les y maintiennent. Le piège de l’aide. Le logement verrouillé. L’école qui ne transmet plus. L’énergie volontairement renchérie. Le travail puni. Tu gagnes un peu plus, on te retire ce qu’on t’avait « donné ». Tu restes. C’est le produit. 
 
Pendant ce temps, la caste s’enrichit. Pas en créant. En allouant l’argent des autres. 
 
En vivant du 57 % du PIB qui passe par l’État. Le ministre devient banquier. Le syndicaliste devient consultant. L’élu habite un monde que les gens qu’il « défend » n’approcheront jamais. Ce n’est pas que ce sont des méchants. C’est que leur structure morale a besoin de victimes permanentes. Sans pauvres à protéger, plus de rôle. Sans rareté, plus de justification. Sans intermédiaires, plus de rente. Le socialisme n’est pas d’abord une théorie économique. C’est une structure morale à trois piliers. La rareté. Les victimes. Les intermédiaires indispensables. 
 
Elon ne parle pas de redistribution. 
 
Il parle de ce qui arrive quand ces trois piliers tombent en même temps. L’IA et la robotique — Optimus en tête — vont faire chuter le coût de presque tout ce qui constitue une vie. Nourriture. Logement. Transport. Médecine. Éducation. Énergie. Quand un robot humanoïde sait construire, soigner, assembler, livrer, le travail humain cesse d’être le goulot. La rareté des biens et des services s’effondre. Ce qui reste rare, c’est le temps, l’attention, quelques biens positionnels. Plus la survie. D’où la deuxième partie de la phrase. Plus besoin d’épargner contre la misère. Pas parce que l’État te protège. Parce que la production elle-même devient triviale. Universal high income. Pas un chèque de survie. L’abondance. Le rêve communiste — plus de pauvreté, chacun selon ses besoins — n’était pas idiot comme destination. Il était idiot comme chemin. 
 
Le collectivisme est le problème d’ordre 1. 
 
Parce qu’il détruit le calcul économique. 
Parce qu’il remplace le prix par le comité. 
Parce qu’il concentre le pouvoir dans les mains de ceux qui n’ont jamais créé ce qu’ils allouent. 
Parce qu’il a besoin de la rareté pour exister. 
 
Le capitalisme et la liberté individuelle, armés de l’abondance technologique, font l’inverse. Ils produisent tellement que le problème cesse d’être « qui mérite quoi ». Il devient « qu’est-ce qu’on fait de tout ça ». On n’abolit pas la pauvreté en volant le producteur. On l’abolit en rendant la production triviale. 
 
Les bâtisseurs sont en train de livrer ce que les planificateurs ont promis pendant un siècle. Sans Gosplan. Sans Terreur. Sans caste d’intermédiaires. Le XXIe siècle n’aura pas besoin de sauveurs. Il aura besoin de gens qui construisent. Alors on construit. 
 
Brivael Le Pogam 
@brivael
 
 

Sept menaces dont tout dépend.

Si l’on veut éviter de trébucher sur un obstacle, mieux vaut marcher les yeux ouverts. Pourtant, quand on propose la même attitude à l’égard de l’avenir, on est taxé de pessimiste ou de Cassandre, et trop souvent discrédité. Aujourd’hui plus que jamais, il faut marcher les yeux ouverts sur la route du temps. On y trouve au moins sept crevasses béantes. Toutes sont aujourd’hui documentées, chiffrées, et pour la plupart déjà à l’œuvre. Ne pas les voir, ne pas en tenir compte dans les débats sur les échéances qui s’annoncent, relèverait de l’irresponsabilité.

Première menace : En France, le débat budgétaire qui s’ouvre pour 2027 devrait rappeler une réalité que les postures électorales s’emploient à occulter : la dette publique a franchi, en août 2026, le seuil de 118,3 % du produit intérieur brut, contre 115,6 % fin 2025 et va vers 130 %. Le Conseil d’orientation des retraites prévoit, dans son rapport de juin 2025, un besoin de financement qui ne se résorbera pas avant 2070. Aucun candidat déclaré à la présidentielle ne propose, à ce jour, l’ajustement structurel massif pour les dépenses publiques et en particulier pour les retraites (recul important de l’âge de départ, désindexation partielle des pensions, fiscalisation accrue, capitalisation) qui seul permettrait d’inverser durablement cette trajectoire.

Second péril : l’emballement de la finance mondiale. La dette mondiale, publique et privée confondues, dépasse en 2026 le triple du produit intérieur brut de la planète. Cette masse, gonflée par une décennie de taux bas puis par la remontée erratique des taux longs, circule largement dans un système bancaire parallèle (fonds de private equity, hedge funds, plateformes de crédit privé) soustrait à la supervision imposée après la crise de 2008. Ni la Réserve fédérale, ni la Banque centrale européenne, ni le Comité de Bâle ne maîtrisent aujourd’hui l’ampleur des risques systémiques que ce shadow banking, largement opaque et interconnecté, fait courir à l’économie réelle ; le jour approche où les taux longs, ou un choc géopolitique, en révéleront la fragilité et où tout cela explosera.

Troisième dérive : la concentration économique. Les fusions-acquisitions mondiales devraient dépasser 5 300 milliards de dollars en 2026 : sur les cinq premiers mois de l’année, la valeur des transactions a bondi de 41 %, tandis que leur nombre n’augmentait que de 2 %. Les méga-transactions de plus de 10 milliards de dollars ont progressé de 52 % en nombre et 53 % en valeur en un an. Tout cela prouve, si c’était nécessaire, que la richesse se concentre entre un nombre toujours plus restreint d’acteurs. De l’intelligence artificielle à la pharmacie, quelques dizaines de groupes acquièrent une puissance de marché, et donc politique, que ni les autorités américaines de la concurrence ni la Commission européenne, malgré leurs procédures ouvertes contre les géants technologiques, ne parviendront bientôt plus à endiguer.

Quatrième catastrophe, la plus documentée : le dérèglement climatique. Le monde connaît cette année les incendies de forêt les plus intenses jamais enregistrés ; la banquise polaire a atteint son niveau le plus bas observé ; et la température moyenne mondiale est maintenant supérieure de 1,52 °C à celle de son niveau préindustriel, dépassant pour la première fois le seuil que l’accord de Paris visait à ne jamais franchir. Si on continue, on va vers une hausse de 4 degrés avant 2040.

Cinquième bouleversement : l’automatisation par l’intelligence artificielle et la robotique. L’OCDE évalue pour la France à quatre millions, soit le quart de l’emploi, le nombre de postes exposés à un risque élevé de disparition. Le Fonds monétaire international estime que 40 % des postes de travail dans le monde seront affectés, voire détruits ; C’est un choc beaucoup plus rapide que celui des révolutions industrielles précédentes, qui avaient laissé aux sociétés le temps de s’adapter. Et aucun projet de formation ou de reconversion n’est, à ce stade, à la hauteur de ce qui s’annonce.

Sixième menace : la mobilisation américaine dans le Golfe n’échappe ni à Moscou ni à Pékin. La Chine a multiplié cet été les manœuvres militaires autour de Taïwan, pendant que la Russie n’a pas cessé ses provocations dans toute l’Europe ; tout cela augmente le risque d’une coordination sino-russe visant à profiter de l’absence américaine, pour l’une, attaquer l’Europe et l’autre envahir Taïwan.

Septième poison, plus insidieux : la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme. En France, la Commission nationale consultative des droits de l’homme constate un enracinement de ces haines plutôt qu’un pic conjoncturel. Et d’autres poisons encore, tout aussi insidieux, comme les diverses formes de drogues et le déclin démographique.

Face à ces sept périls (et d’autres, plus discrets, comme la drogue, la démographie ou le délabrement de l’école), des réponses existent. À condition de les mettre en œuvre sans délai : maîtriser la dette publique française par un ajustement structurel assumé ; réguler la finance parallèle avant qu’elle n’impose sa propre crise ; mettre en place une politique mondiale de la concurrence à la hauteur des mégafusions ; sortir des énergies fossiles et protéger la biosphère ; organiser une formation massive à ceux des métiers que l’intelligence artificielle ne détruira pas ; réarmer suffisamment l’Europe, d’une façon autonome, pour dissuader des puissances agressives ; combattre sans complaisance la haine raciale et antisémite ; et toutes les autres formes de poisons qui s’insinuent dans les sociétés.

Tout cela suppose du courage, une mobilisation de tous les instants, un projet, des femmes et des hommes de caractère capables d’accepter d’être provisoirement impopulaires. Il nous faut très vite de la niaque, et de nouveaux Churchill.

Jacques Attali 

Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

 https://www.attali.com/societe/sept-menaces-dont-tout-depend/

 

 
 
 
 
 
 

  

août 03, 2026

Pour vaincre le socialisme, les dirigeants intellectuels et politiques devront s'inspirer des leçons de Friedman.

Milton Friedman

Par Matthew Continetti (Extrait)

Milton Friedman... n'était pas un simple universitaire. Il a fait descendre les principes de choix et de concurrence de la tour d'ivoire pour les ancrer dans la pratique quotidienne, avec un succès et une visibilité particuliers dans la promotion de la liberté éducative. Comme Friedman l'avait prédit : « Si les dépenses publiques actuelles consacrées à la scolarité étaient mises à la disposition des parents, quel que soit l'établissement où ils envoient leurs enfants, une grande variété d'écoles verrait le jour pour répondre à la demande. » 

 

Plus dérangeant encore pour les partisans d'un pouvoir centralisé, Friedman était un maître de la vulgarisation. Des ouvrages tels que *Capitalisme et liberté* (1962), *Une histoire monétaire des États-Unis, 1867-1960* (1963) — coécrit avec Anna Schwartz — et *Libre de choisir* (1980) — écrit avec son épouse Rose — ont révolutionné l'étude de la politique monétaire et insufflé une énergie nouvelle à la philosophie de la liberté individuelle. 

Friedman a adapté *Libre de choisir* en une série télévisée populaire (diffusée, ironie du sort, sur PBS) et a tenu une chronique régulière dans le magazine *Newsweek*. Il exerçait une fascination et une force de conviction qui demeurent intactes aujourd'hui. C'est pourquoi des extraits de ses discours et débats continuent de circuler sur X, YouTube, Instagram et TikTok. 

Tout le monde ne s'en réjouit pas. Le maire socialiste de New York, Zohran Mamdani, ne s'en est pas pris directement à Friedman, préférant diriger ses attaques rhétoriques contre Ronald Reagan. Mais il ne fait aucun doute que M. Mamdani critiquerait Friedman s'il en avait l'occasion. 

« Nous remplacerons la froideur de l'individualisme forcené par la chaleur du collectivisme », a déclaré M. Mamdani lors de son discours d'investiture en janvier. Depuis, il a intensifié ses initiatives : gel des loyers, hausses d'impôts, épiceries gérées par l'État et listes publiques de propriétaires qu'il juge indésirables. La critique de Friedman transcende les clivages partisans. Récemment, le vice-président JD Vance a déclaré à Michael Knowles, du *Daily Wire* : « La politique économique de la droite américaine se rapproche aujourd'hui bien plus d'Alexander Hamilton que de Milton Friedman. Je pense que c'est manifestement une bonne chose. » 

Manifestement ?... L'inflation reste supérieure à l'objectif de 2 % fixé par la Réserve fédérale. La croissance des salaires réels est restée atone. L'emploi manufacturier global est en baisse depuis janvier 2025. Par ailleurs, le programme économique de M. Trump est impopulaire. Le public rejette les droits de douane. 

M. Trump se voit attribuer de mauvaises notes en matière d'économie et d'inflation. Si telle est l'alternative à Friedman, elle ne fonctionne pas. M. Vance a également déclaré à M. Knowles que « les idées de Milton Friedman avaient plus de sens dans les années 1980, car elles étaient défendues dans un pays où le christianisme institutionnel était encore très riche et puissant ». Pourtant, les idées de Friedman — selon lesquelles l'État doit garantir les droits et permettre aux citoyens libres d'échanger avec un minimum d'ingérence — restent pertinentes quel que soit le contexte social ou historique. Elles reposent sur des données empiriques et sur la loi de l'offre et de la demande. Ce n'est pas un christianisme institutionnel riche et puissant qui a engendré la prospérité de Hong Kong ou de l'Inde, par exemple. Leur croissance a résulté de la levée des obstacles à l'épargne, à l'investissement et aux échanges. ... 

La singulière postérité de Friedman — tour à tour épouvantail pour les étatistes et voix faisant autorité pour les défenseurs de la liberté — témoigne du rôle prépondérant qu'il joue dans le débat politique. Personne ne lui a succédé en tant que défenseur emblématique du libre marché, de la libre entreprise et de la responsabilité individuelle. Personne n'a su enrichir ses arguments en faveur d'une monnaie saine, d'un État limité, du libre choix de l'école et du principe selon lequel ce sont les marchés, et non les bureaucrates, qui doivent fixer les salaires et les prix. Personne n'a égalé sa clarté, sa vigueur et sa ténacité. 

Pour vaincre le socialisme, les dirigeants intellectuels et politiques devront s'inspirer des leçons de Friedman. Ils devront faire preuve de la même combativité, du même goût pour la confrontation. Et ils devront s'appuyer sur des faits plutôt que sur des caricatures. Sinon, les détracteurs de Friedman reproduiront les erreurs des gouvernements passés. Son spectre hantera les étatistes de tous bords. Et l'Amérique apprendra, à ses dépens, que Friedman avait raison une fois de plus.

via Bill Evers

 

Milton Friedman avait raison 

Les critiques du célèbre économiste partisan du libre marché devraient chercher à tirer des enseignements de ses idées.

« Free Expression » est une lettre d'information quotidienne consacrée à la vie, à la politique et à la culture américaines, issue des pages « Opinion » du *Wall Street Journal*. Abonnez-vous dès aujourd'hui pour découvrir « Free Expression ». 

 Milton Friedman est décédé il y a vingt ans, mais il semble faire l'actualité au quotidien. Inflation, droits de douane, encadrement des loyers, contrôle des prix : les enjeux qui ont marqué son époque sont de retour à la nôtre. Démocrates et Républicains de premier plan s'en prennent au bilan de Friedman tout en confirmant la pertinence de ses thèses. Ils s'acharnent à exorciser le spectre de Friedman alors qu'ils devraient plutôt faire revivre son esprit. 

Friedman mesurait à peine 1,50 mètre. Pourtant, sa silhouette plane de façon menaçante sur l'imaginaire de quiconque souhaite utiliser la puissance publique pour planifier, contrôler, réglementer et redistribuer. Ainsi, alors qu'il était candidat à la présidence en 2020, Joe Biden déclarait à *Politico* : « Je pense qu'il y aura une volonté de remédier à certaines inégalités institutionnelles qui perdurent depuis longtemps. Milton Friedman ne mène plus la danse. »

Au lieu de cela, c’est M. Biden qui a pris les commandes – et provoqué la pire inflation depuis 40 ans. 

Les critiques actuels de Friedman s’attaquent à une caricature. Ils se font une fausse idée de lui, le voyant comme un théoricien abstrait et insensible, un homme qui réduisait les êtres humains à de simples unités de production, les relations à des transactions et les nations à des zones de libre-échange. C’est une étrange façon de décrire un chercheur et professeur brillant, espiègle et d’un naturel curieux. 

 Le véritable Milton Friedman a enseigné pendant de nombreuses années à l’université de Chicago et a reçu le prix Nobel d’économie en 1976. Mais ce qui rendait Friedman unique – et ce qui continue d’agacer les politiciens nourrissant de grands projets pour refaire le monde – c’est qu’il n’était pas qu’un simple universitaire. Il a fait descendre les principes de choix et de concurrence de la tour d’ivoire pour les appliquer au quotidien, notamment – ​​et avec grand succès – en promouvant la liberté de choix en matière d’éducation. Comme Friedman l’avait prédit : « Si les dépenses publiques actuellement consacrées à la scolarité étaient mises à la disposition des parents, quel que soit l’établissement où ils envoient leurs enfants, une grande variété d’écoles verrait le jour pour répondre à la demande. »

Plus inquiétant encore pour les partisans d'un pouvoir centralisé, Friedman était un maître de la vulgarisation. Des ouvrages tels que *Capitalisme et Liberté* (1962), *Une histoire monétaire des États-Unis, 1867-1960* (1963) — coécrit avec Anna Schwartz — et *Libre de choisir* (1980) — écrit avec son épouse Rose — ont révolutionné l'étude de la politique monétaire et insufflé une énergie nouvelle à la philosophie de la liberté individuelle. 

Friedman a adapté *Libre de choisir* en une série télévisée grand public (diffusée, ironie du sort, sur PBS) et a tenu une chronique régulière dans le magazine *Newsweek*. Il exerçait une fascination indéniable et reste une figure marquante ; c'est pourquoi des extraits de ses discours et de ses débats continuent de circuler sur X, YouTube, Instagram et TikTok. 

Tout le monde ne s'en réjouit pas pour autant. Zohran Mamdani, élu socialiste new-yorkais, ne s'en est pas pris directement à Friedman, préférant concentrer ses attaques rhétoriques sur Ronald Reagan. Il ne fait toutefois aucun doute que M. Mamdani critiquerait Friedman s'il en avait l'occasion. 

« Nous remplacerons la froideur de l’individualisme forcené par la chaleur du collectivisme », a déclaré M. Mamdani lors de son discours d’investiture en janvier. Depuis, il a intensifié la cadence : gel des loyers, hausses d’impôts, épiceries gérées par l’État et publication de listes de propriétaires qu’il juge indésirables. 

 

Critiquer Friedman est une tendance qui transcende les clivages partisans. Récemment, le vice-président JD Vance a déclaré à Michael Knowles, du *Daily Wire* : « La politique économique de la droite américaine s’inspire désormais bien plus d’Alexander Hamilton que de Milton Friedman. Je pense que c’est manifestement une bonne chose. » 

Manifestement ? 

Abstraction faite du fait que la politique économique actuelle n’est ni celle de Hamilton ni celle de Friedman — mais bien celle du président Trump —, concentrons-nous plutôt sur les résultats ambigus de cette politique. L’inflation demeure supérieure à l’objectif de 2 % fixé par la Réserve fédérale. La croissance des salaires réels est atone. L’emploi manufacturier global est en baisse depuis janvier 2025. Par ailleurs, le programme économique de M. Trump est impopulaire. L’opinion publique rejette les droits de douane. 

Cela donne à M. Trump de mauvaises notes en matière d’économie et d’inflation. Si c’est l’alternative à Friedman, elle ne fonctionne pas. 
 
 M. Vance a également déclaré à M. Knowles que « les idées de Milton Friedman avaient plus de sens dans les années 1980 parce qu’elles étaient défendues dans un pays qui avait encore un christianisme institutionnel très riche et puissant ». Pourtant, les idées de Friedman – selon lesquelles le gouvernement devrait garantir les droits et permettre aux personnes libres de commercer avec un minimum d’interférences – ont du sens quel que soit le contexte social ou historique. Ils s’appuient sur des données empiriques et sur la loi de l’offre et de la demande. Un christianisme institutionnel riche et puissant n’a pas été à l’origine de la prospérité de Hong Kong ou de l’Inde, par exemple. Leur croissance était le résultat de la chute des barrières à l’épargne, à l’investissement et au commerce. 
 
Il est vrai que Friedman avait peu à dire sur la culture. Pour lui, les personnes et les associations non gouvernementales telles que les familles, les églises et les communautés étaient les meilleurs transmetteurs de valeurs morales. Mais son manque d’intérêt pour les questions sociales ne remet pas en cause ses connaissances en économie. Et personne ne demande aux décideurs politiques de devenir des libertaires inconditionnels. Juste un peu de Friedman irait très loin.
 
La singulière postérité de Friedman — tour à tour épouvantail pour les partisans de l'étatisme et figure d'autorité pour les défenseurs de la liberté — témoigne du rôle immense qu'il a joué dans le débat politique. Personne ne lui a succédé en tant que porte-parole emblématique du libre marché, de la libre entreprise et de la responsabilité individuelle. Personne n'a su enrichir ses arguments en faveur d'une monnaie saine, d'un État limité, du libre choix scolaire et du recours au marché — plutôt qu'aux bureaucrates — pour fixer salaires et prix. Personne n'a égalé sa clarté, sa vigueur et sa ténacité. 
 
Pour vaincre le socialisme, les dirigeants intellectuels et politiques devront s'inspirer des leçons de Friedman. Ils devront faire preuve de la même combativité, du même goût pour l'affrontement. Et ils devront s'appuyer sur des faits, non sur des caricatures. Faute de quoi, les détracteurs de Friedman reproduiront les erreurs des gouvernements passés. Son spectre hantera les étatistes de tous bords. Et l'Amérique apprendra, à ses dépens, que Friedman avait une fois de plus raison.
 
M. Continetti est chroniqueur pour la rubrique « Free Expression » de WSJ Opinion.



 

Milton Friedman

Milton Friedman, né le 31 juillet 1912 à New York et décédé le 16 novembre 2006 à San Francisco, est un économiste américain, Prix Nobel d'économie en 1976

Biographie

Descendant d'une famille d'immigrants juifs, Milton Friedman suit des études en mathématiques et en économie. Il obtient son doctorat en économie à l'université Columbia en 1946. Professeur à l'université de Chicago de 1946 à 1976, il est aussi chercheur au National Bureau of Economic Research, président de l'American Economic Association et assesseur économique du président Nixon. Il est le cofondateur de la Société du Mont-Pèlerin sur l'invitation de Friedrich Hayek. Milton Friedman en fut le président de 1970 à 1972, succédant à Guenter Schmolders et cédant sa place à Arthur Shenfield.

Défenseur du libre marché, Friedman est le membre le plus éminent l'école de Chicago. Cette notoriété lui vient, en grande partie, de ses écrits, faciles à lire par monsieur tout le monde. Monétariste « de toute la vie », il s'oppose au keynésianisme au moment où celui-ci connaît son apogée dans les années cinquante et soixante et propose de résoudre les problèmes d'inflation en limitant à un taux constant la croissance de l'offre monétaire. L'ouvrage Capitalisme et liberté (1962 - voir bibliographie) est considéré par certains comme le plus provocateur des livres en économie. En 1976, il reçoit le Prix Nobel d'économie « pour ses résultats dans les domaines de l'analyse de la consommation, de l'histoire et de la théorie monétaire et pour sa démonstration de la complexité et la politique de stabilisation ».

Travaux

Économie

Friedman est principalement connu pour ses travaux concernant la monnaie : la théorie quantitative de la monnaie, qui explique les mouvements des prix par la variation de la masse monétaire et le monétarisme. La théorie quantitative de la monnaie n'est pas une création ex nihilo de Friedman ; elle tire ses racines des travaux de l'école de Salamanque, de Jean Bodin, de William Petty puis d'Irving Fisher, mais c'est Friedman qui est responsable de sa reformulation moderne. Il la développa en particulier dès 1956 dans un article intitulé The quantity theory, a restatement. Elle s'exprime par l'équation M * V = P * Q.

Cette équation de base de la théorie quantitativiste pose l'équivalence entre la production d'une économie pendant une période donnée (Q) corrigée par l'évolution des prix (P), et la quantité de d'argent qui a été échangée dans l'économie dans la période représentée par la quantité de monnaie en circulation (M) factorisée par sa vitesse de circulation (V).

Il vérifia empiriquement ces résultats en 1963 dans son Histoire monétaire des États-Unis (avec Anna Schwartz) ou dans The Counter-Revolution in Monetary Theory en 1970. Il observa ainsi dans le premier que, au cours des 18 cycles économiques étudiés, les creux ou les pics de l'activité économique furent précédés de creux ou de pics de la masse monétaire[1]. Il était particulièrement critique vis-à-vis la politique menée lors de la Grande Dépression des années 1930, au sujet de laquelle il écrivit[2] :

«  La Fed est largement responsable de [l'ampleur de la crise de 1929]. Au lieu d'user de son pouvoir pour compenser la crise, elle réduisit d'un tiers la masse monétaire entre 1929 et 1933… Loin d'être un échec du système de libre entreprise, la crise a été un échec tragique de l'État. »
    — Milton Friedman, Two lucky people : Memoirs

De ces travaux sur l'équation de la théorie quantitative de la monnaie, il tira l'idée selon laquelle l'inflation est d'origine monétaire. Il déclara à propos du lien entre inflation et monnaie :

«  L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu’elle est et qu’elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production. »
    — Milton Friedman, The Counter-Revolution in Monetary Theory

En conséquence, il défendit une politique monétaire basée sur l'offre de monnaie : il fut le principal avocat du monétarisme, une école de pensée économique qui, sur la base de la théorie quantitative de la monnaie, considère que l'inflation doit être contrôlée par le volume des émissions de monnaie de la banque centrale. Cette approche monétariste de la conjoncture met l'accent sur l'ajustement monétaire global à partir de données agrégées d'activité et de prix, dont elle cherche à tirer une estimation de la demande de monnaie. Il défendait donc une réduction du rôle du gouvernement dans le domaine économique et l'indépendance des banquiers centraux. Milton Friedman affirme également que les interventions discrétionnaires d'une banque centrale ne peuvent qu'ajouter à l'incertitude sur la demande ; il a donc, tout en admettant qu'on pourrait fermer les banques centrales, prôné une politique monétaire dont tout le monde pourrait raisonnablement prévoir les effets, par exemple la hausse régulière d'un indicateur de masse monétaire jugé représentatif. Pour résumer sa pensée envers les banques centrales, il déclara[3]:

«  La monnaie est une chose trop importante pour la laisser aux banquiers centraux. »
    — Milton Friedman

Il défendit également le retrait du gouvernement du marché des changes et promut les taux de change flottants. Il écrivit en particulier en 1953 un article, The Case for Flexible Exchange Rates, qui théorisait des idées qu'il exprimait depuis plusieurs années[4]. Il y justifie le recours aux changes flottants par l'ajustement que ce système permet entre les devises des pays inflationnistes et des pays non inflationnistes.

Ses théories concernant les anticipations adaptatives furent cependant assez rapidement dépassées par la théorie des anticipations rationnelles, développée par un autre économiste de Chicago, Robert E. Lucas. Les économistes de la nouvelle macroéconomie classique se sont opposés à Friedman en défendant des hypothèses comportementales sensiblement différentes : Friedman et les monétaristes classiques supposaient des anticipations adaptatives, i.e. les agents s'adaptent en fonction de la situation présente et peuvent être trompés par une politique économique qui sera alors efficace à court terme mais néfaste à long terme quand les agents se rendront compte de leurs erreurs. Pour les nouveaux classiques, les anticipations sont rationnelles. Les agents raisonnent en termes réels et ne peuvent être leurrés par une politique monétaire expansionniste, qui sera donc inefficace à court terme comme à long terme.

Friedman a aussi mené des travaux sur la fonction de consommation, qu'il considérait comme ses meilleurs travaux scientifiques[5]. Alors que le keynésianisme dominait, il remit en cause la forme adoptée pour la fonction de consommation et en souligna les imperfections. À la place, il formula en particulier l'hypothèse de revenu permanent, qui postule que les choix de consommation sont guidés non par les revenus actuels mais par les anticipations que les consommateurs ont de leurs revenus. Ces anticipations étant plus stables, elles ont tendance à lisser la consommation, même quand le revenu disponible baisse ou augmente. Ces travaux furent particulièrement remarqués car ils remettaient en cause la validité des politiques conjoncturelles de relance de la demande et le multiplicateur keynésien[6].

Il a également contribué à la remise en cause de la Courbe de Phillips et mit au point avec Edmund S. Phelps le concept de taux de chômage naturel. Ces travaux furent publiés en 1968 dans Inflation et systèmes monétaires. Ils s'opposent au taux de chômage sans accélération de l'inflation des keynésiens. Il considère en essence qu'il existe un taux de chômage naturel, lié aux imperfections du marché du travail comme l'intervention étatique qui bouleverse la libre fixation des salaires. Etant de nature structurelle, ce taux de chômage ne peut être réduit par des politiques conjoncturelles et l'injection de liquidités débouche fatalement sur l'inflation selon Friedman[6].

Dans son ouvrage Essays in Positive Economics, il a présenté le cadre épistémologique de ses futures recherches et, plus globalement, de l'école de Chicago : l'économie comme science doit être détachée des questions sur ce qui devrait être et se concentrer sur ce qui est, indépendamment de jugements moraux. Il préconise donc l'économie positive à la place de l'économie normative. De même, une politique économique doit être jugée non sur ses intentions mais sur ses résultats. Il déclara ainsi en 1975[7] :

«  L'une des plus grandes erreurs possibles est de juger une politique ou des programmes sur leurs intentions et non sur leurs résultats »
    — Milton Friedman, Entretien avec Richard Heffner

Responsabilité sociale des entreprises

Searchtool-80%.png Article détaillé : Critères ESG.

Alors que les sujets de responsabilité sociale des entreprises (RSE, critères ESG, etc.) trouvent un intérêt nouveau au XXIe siècle, il est opportun de relire les écrits de Milton Friedman qui rappelait que la finalité d'une entreprise est de faire du profit[8]. Une entreprise, et ses dirigeants plus spécifiquement, répondent à ses actionnaires, i.e. propriétaires. Insérer des critères moraux dans cette relation économique est rarement fructueux, et les nombreuses limites des critères ESG le soulignent.

Statistiques

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Milton Friedman travaille sur des sujets de statistiques, travaux qui, selon The New Palgrave, font encore référence aujourd'hui. En particulier, il travailla sur les arrangements et les problèmes de rang en théorie des ensembles. Il posa également les prémices de l'échantillonage séquentiel (Test de Friedman) et développa enfin les méthodes non paramétriques pour l'analyse de la variance[9].

Promoteur du libéralisme

Milton Friedman est généralement considéré comme un grand défenseur du libéralisme; il se définissait comme « un Républicain avec un grand R et un libertarien avec un petit l ». Il s'engagea fortement dans le débat public en organisant en particulier des conférences nombreuses ou en participant à des émissions télévisées au cours desquelles il présenta ses convictions en faveur d'une économie libre et du capitalisme. Dans un entretien télévisé en 1979, il déclara par exemple :

«  L'histoire est sans appel : il n'y a à ce jour aucun moyen [..] pour améliorer la situation de l'homme de la rue qui arrive à la cheville des activités productives libérées par un système de libre entreprise »
    — Milton Friedman, Entretien avec Phil Donahue

Il place le début de son engagement dans le débat public en faveur du libéralisme en 1947, lorsqu'il participe en avril à la réunion fondatrice de la Société du Mont-Pèlerin, réunie à l'initiative de Friedrich Hayek[10]. Friedman fut de 1970 à 1972 le président de cette association internationale des intellectuels libéraux.

Son ouvrage le plus important fut probablement Capitalisme et liberté, édité en 1962 aux États-Unis. C'est principalement le résultat de conférences données en juin 1956 au Wabash College à l'invitation du William Volker Fund, disparu depuis[11]. Il fut traduit dans 18 langues. S'adressant à un vaste public et non aux seuls économistes, il y défend le capitalisme comme unique moyen de construire une société libre. Il se place sur le terrain de la justification philosophique mais également pratique d'une économie libérale. Le livre est considéré par la National Review comme le dixième ouvrage de Non fiction le plus important du XXe siècle[12].

Cet ouvrage fut suivi d'un autre ouvrage majeur, Free to Choose, traduit en français par La liberté du choix et écrit avec sa femme Rose en 1980. Ce livre exercera une grande influence (Cf. infra), comme la série éponyme de 10 émissions télévisées qui furent diffusés à partir de janvier 1980 sur la chaîne PBS et sur lesquelles était basé le livre. Ces émissions développaient les idées de Milton Friedman sur un certain nombre de sujets et les popularisèrent auprès du grand public. Cinq émissions remaniées suivirent en 1990[13].

En 1996, il établit avec Rose la Fondation Milton & Rose Friedman pour défendre le libre choix de l'éducation pour les parents (Schooling choice)[14]. En particulier, la fondation promeut l'utilisation du chèque éducation.

À travers cet engagement dans le débat public, il joua une part importante dans la réactivation des idées libérales, dans un contexte où les économies keynésiennes triomphaient.

«  Dans une période où le marxisme et l'interventionnisme étatique dominaient les esprits, Friedman a joué, à contre-courant, un rôle absolument irremplaçable »
    — Pascal Salin, ancien président de la Société du Mont-Pèlerin

Critique libertarienne

Même si Milton Friedman partage les mêmes idées que les libertariens (voir par exemple sa critique du salaire minimum ou de la guerre contre la drogue[15]), il ne peut être rattaché à l'école autrichienne d'économie, en raison de son point de vue inflationniste et étatiste sur les questions monétaires, opposé à l'étalon-or ou aux monnaies privées.

Les libertariens (par exemple Martin Masse[16]) et les économistes autrichiens (par exemple Antal E. Fekete) reprochent aux monétaristes d'être, de fait, de collusion avec les keynésiens :

«  À première vue, le monétarisme se présente comme une théorie qui critique l'action étatique — les banques centrales étant des monopoles sur la création et la gestion de la monnaie établis par les gouvernements — et qui défend le libre marché. Paradoxalement, cette explication fait toutefois de Friedman un allié de Keynes sur le plan de la politique monétaire, le deuxième volet des plans de relance. Quoique leurs évaluations des dangers de l'inflation divergent considérablement, keynésiens et monétaristes s'entendent en effet sur un point crucial : la banque centrale doit, selon le jargon financier, « injecter des liquidités » dans l'économie en période de crise. C'est-à-dire qu'elle doit créer artificiellement de la monnaie de façon à soutenir l'activité économique, à protéger les banques de la faillite et à éviter qu'un réajustement temporaire se transforme en récession ou en dépression prolongée. […] On ne peut pas, comme le préconise Friedman, régler le problème en ayant recours à ce qui l'a causé en premier lieu. »
    — Martin Masse[17]

Il semble que pour Friedman l'emploi généralisé depuis le XXe siècle de monnaies purement fiduciaires et l'emprise de l’État sur la société rende impossible le retour à l'étalon-or et la mise en œuvre de politiques non-inflationnistes[18]. Fixer un taux d'augmentation de la quantité de monnaie de 3 à 5% par année plutôt que de laisser ce pouvoir discrétionnaire aux bureaucrates semble donc pour lui un moindre mal.

De la même façon, Friedman préconise l'allocation universelle‎ comme un moindre mal comparée à toutes les aides sociales actuelles de l'Etat-providence. C'est cette recherche du "moindre mal" que critiquent les libertariens, car ils voient cela comme une concession trop importante aux idées collectivistes, d'autant plus que les antilibéraux n'hésitent pas à se prévaloir de ces propositions au prétexte que "même des libéraux comme Friedman les approuvent".

D'autres points de désaccord avec les libertariens peuvent être les suivants ; pour Friedman et pour l'École de Chicago :

Citations

Pages correspondant à ce thème sur les projets liberaux.org :

  • «  Rien n'est moins important que la monnaie… quand elle est bien gérée. »

  • «  Les grandes avancées de la civilisation, que ce soit dans l'architecture ou dans la peinture, la science ou la littérature, l'industrie ou l'agriculture, ne sont jamais nées de l'intervention d'un gouvernement centralisé. »
        — Milton Friedman, Capitalisme et liberté[19]

  • «  L'existence d'un marché libre n'élimine évidemment pas le besoin de gouvernement. Au contraire, le gouvernement est essentiel, à la fois comme forum pour déterminer les « règles du jeu » et comme arbitre pour interpréter et faire respecter les règles qui ont été adoptées. »
        — Milton Friedman, Capitalisme et liberté[20]

  • «  L'homme libre ne se demandera ni ce que son pays peut faire pour lui, ni ce qu'il peut faire pour son pays. »
        — Capitalisme et liberté

  • «  L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu’elle est et qu’elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production. »
        — Milton Friedman, The Counter-Revolution in Monetary Theory

  • «  Difficile de justifier un impôt progressif dont le seul but est de redistribuer les revenus. »

  • « I am a limited-government libertarian. »
        — au cours d'un discours en 1991

  • «  Every friend of freedom… must be as revolted as I am by the prospect of turning the United States into an armed camp, by the vision of jails filled with casual drug users and of an army of enforcers empowered to invade the liberty of citizens on slight evidence. [(Tout ami de la liberté… doit être aussi révolté que je le suis à la perspective de transformer les États-Unis en un camp militaire, à la vision de prisons remplies d'usagers occasionnels de drogues et d'une armée de sbires habilités à envahir la liberté des citoyens sur des preuves légères.)] »
        — Milton Friedman, An Open Letter to [Drug Czar] Bill Bennett, The Wall Street Journal (September 7, 1989)

  • «  The two ideas of human freedom and economic freedom working together came to their greatest fruition in the United States. Those ideas are still very much with us. We are all of us imbued with them. They are part of the very fabric of our being. But we have been straying from them. We have been forgetting the basic truth that the greatest threat to human freedom is the concentration of power, whether in the hands of government or anyone else. We have persuaded ourselves that it is safe to grant power, provided it is for good reasons. Fortunately, we are waking up. We are again recognizing the dangers of an overgoverned society, coming to understand that good objectives can be perverted by bad means, that reliance on the freedom of people to control their own lives in accordance with their own values is the surest way to achieve the full potential of a great society. [(Les deux idées de liberté humaine et de liberté économique collaborant ont accompli leur plus grande réalisation aux États-Unis. Ces idées sont toujours beaucoup avec nous. Nous en sommes tous imprégnés. Elles sont une part de de l'étoffe dont nous sommes faits. Mais nous nous sommes égarés d'elles. Nous avons oublié la vérité fondamentale que la plus grande menace pour la liberté humaine est la concentration du pouvoir, que ce soit dans les mains du gouvernement ou de n'importe qui d'autre. Nous nous sommes persuadés qu'il est bon d'octroyer du pouvoir, pourvu que ce soit pour défendre de bonnes intentions. Heureusement, nous nous réveillons. Nous reconnaissons à nouveau les dangers d'une société surgouvernée, comprenant que de bonnes fins peuvent être perverties par de mauvais moyens, que la confiance en la liberté des gens à contrôler leurs propres vies en accord avec leurs propres valeurs est le plus sûr moyen d'accomplir le plein potentiel d'une grande société.)] »
        — Milton Friedman, Free To Choose

  • «  There are four ways in which you can spend money. You can spend your own money on yourself. When you do that, why then you really watch out what you’re doing, and you try to get the most for your money. Then you can spend your own money on somebody else. For example, I buy a birthday present for someone. Well, then I’m not so careful about the content of the present, but I’m very careful about the cost. Then, I can spend somebody else’s money on myself. And if I spend somebody else’s money on myself, then I’m sure going to have a good lunch ! Finally, I can spend somebody else’s money on somebody else. And if I spend somebody else’s money on somebody else, I’m not concerned about how much it is, and I’m not concerned about what I get. And that’s government. »
        — dans une interview pour Fox News (mai 2004)

  • «  La pire des inventions a sans doute été l'air conditionné. Avant l'air conditionné, les hommes politiques passaient trois mois par an à Washington. Maintenant, ils y restent douze mois ! »
        — Échange rapporté par Charles Gave

  • «  Une des grandes erreurs consiste à juger les politiques et les programmes à l’aune de leurs intentions plutôt qu’en fonction de leurs résultats. »

Citations sur Milton Friedman

  • «  Il y a bien longtemps, j’ai posé cette question à Milton Friedman : « Comment se fait-il que la moitié au moins des grands théoriciens du libéralisme dans l’histoire aient été français (Montaigne, Montesquieu, Turgot, JB Say, Benjamin Constant, Tocqueville, Bastiat, Molinari, et plus récemment Jouvenel, Raymond Aron, Raymond Boudon, JF Revel…) et que la France n’ait jamais vraiment connu un régime libéral ? A cette question il avait répondu en riant beaucoup : « Charles, pour bien décrire le paradis, il faut vivre en enfer ». Et, comme nous le savons tous, dans une plaisanterie il y a souvent plus de vérité que dans un long traité de sciences politiques. »
        — Charles Gave

  • «  Friedman est excellent, sauf sur les sujets monétaires, ce qui fait qu'il se focalise surtout sur ces sujets. (...) [Lors d'une réunion informelle] le clash a été immédiat avec les Rothbardiens. Friedman avait lu mon livre America's Great Depression et sa rencontre avec tous ces Rothbardiens l'a rendu furieux. Il ne pensait pas qu'une telle chose pouvait exister. »
        — Murray Rothbard, A Conversation with Murray N. Rothbard

  • «  Au XXe siècle, l’économiste américain Milton Friedman pensait avoir "craqué le code" de l’inflation. C’était, "toujours et partout", un problème monétaire. Il pouvait être éliminé, pensait Friedman, en contrôlant la masse monétaire de manière prévisible et stricte. Friedman proposa de retirer le soutien de l’or au dollar US, et de le remplacer par les bonnes intentions et la rigueur scientifique de la Réserve fédérale.(...) Sans le vouloir, le champion du capitalisme a probablement causé plus de dommage aux marchés libres et au gouvernement US que n’importe lequel des benêts socialistes de son époque. »
        — Bill Bonner, Chronique Agora, 14/12/2020

Informations complémentaires

Notes et références

  • Qui sont les monétaristes ?, Eva Dunoyer

  • (en)Milton & Rose Friedman : Two Lucky People : Memoirs, p 233

  • L'héritage de Milton Friedman, un géant de la science économique, Problèmes économiques, 7 novembre 2007

  • Colloque de 2001 sur les taux de change flottants], Banque du Canada, anciennement accessible à banqueducanada.ca/fr/revue/2001/schembrif.pdf

  • (en)Interview avec Charlie Rose, 26 novembre 2005

  • Les grands économistes, Jean-Claude Drouin, Presses Universitaires de France, 2006, ISBN 2130546250

  • (en)Interview avec Richard Heffner dans l'émission Open Mind en 1975

  • A Friedman doctrine‐- The Social Responsibility of Business Is to Increase Its Profits, New York Times, 13 septembre 1970

  • The New Palgrave, article « Milton Friedman », édition 1998

  • Article « Milton Friedman » de l'encyclopédie Britannica, 2007

  • Préface à l'édition de 1962 de Capitalism and Freedom, p. xv de l'édition de 2002

  • (en)The 100 best non fiction books of the century, National Review

  • Ces émissions sont désormais librement diffusées en anglais sur le site Ideachannel.tv

  • (en)About us, Friedmanfoundation.org

  • An Open Letter to Bill Bennett, 1990

  • Milton Friedman l'inflationniste, Anna Schwartz la keynésienne

  • Milton Friedman aurait-il eu les bons réflexes face à la crise économique?

  • Voir Monetary Central Planning and the State, Part 27: Milton Friedman's Second Thoughts on the Costs of Paper Money ou Has Government Any Role in Money?.

  • Milton Friedman, Capitalisme et liberté, 1962, édition 2002, p.3

    1. Milton Friedman, Capitalisme et liberté, 1962, édition 2002, p.15

    Publications

    Pour une liste détaillée des œuvres de Milton Friedman, voir Milton Friedman (bibliographie)

    Littérature secondaire

    Pour voir les publications qui ont un lien d'étude, d'analyse ou de recherche avec les travaux et la pensée de Milton Friedman : Milton Friedman (Littérature secondaire)

    Voir aussi

    Liens externes

     https://www.wikiberal.org/wiki/Milton_Friedman

     

     

     

     

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