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août 27, 2026

Il faut que nous recommencions à rêver sans permission !

Il faut que nous recommencions à rêver

L'histoire d'un continent qui a inventé le futur, qui l'a abandonné, et qui peut encore aller le reprendre.

Le jour où l'Europe a ralenti

2 mars 1969. Toulouse. André Turcat pousse les manettes du Concorde 001, et une machine française s'arrache du sol devant les caméras du monde entier.
Ce jour-là, personne ne demande si c'est bien raisonnable. Personne ne réclame un comité d'éthique, une étude d'impact, un moratoire. L'Europe fait décoller le futur, et elle trouve ça normal.
Trente-quatre ans plus tard, le Concorde se pose pour la dernière fois. Pas dépassé par mieux. Pas remplacé. Abandonné.
2003 : pour la première fois de l'histoire moderne, l'humanité choisit d'aller moins vite. Et l'Europe applaudit.
Retenez cette image. Elle raconte tout ce qui suit.
 
 
 
Ce que nous étions
 
Le Concorde n'était pas une anomalie. C'était notre signature.
Nous avons bâti des cathédrales dont les architectes savaient qu'ils ne verraient jamais la dernière pierre. Nous avons lancé des caravelles vers un océan dont personne ne connaissait l'autre rive. Nous avons inventé la méthode scientifique, vaincu la rage, découvert la radioactivité, creusé un tunnel sous la mer, construit à Genève la plus grande machine jamais assemblée par l'homme.
Rêver était notre métier. Bâtir était notre langue maternelle.
 
La grande capitulation
 
Et puis nous avons cessé. Pas d'un coup. Par capitulations successives.
Nous avons inscrit la précaution dans nos constitutions et la peur dans nos programmes scolaires. Nous avons remplacé l'ingénieur par le juriste, le bâtisseur par le commentateur, l'explorateur par le régulateur. Nous avons fait de la décroissance une vertu et de l'audace un délit.
Trois générations ont grandi avec ce catéchisme : le futur est une menace, la technologie un danger, la croissance une maladie, l'ambition une indécence.
Nous sommes devenus le premier continent de l'Histoire à organiser méthodiquement son propre renoncement, et à appeler ça de la sagesse.
 
« Tes rêves »

Cette capitulation tient en deux mots. Deux mots que tout Européen ambitieux a entendus au moins une fois dans sa vie : « Tu rêves. »
Je les connais par cœur. En 2012, je suis rentré de San Francisco avec la certitude que les voitures autonomes, les fusées réutilisables et l'intelligence artificielle allaient tout changer. On m'a répondu : « Tu rêves, Brivael. »
À San Francisco, « you're dreaming » est le début d'un pitch. À Paris, c'est la fin d'une conversation.
Voilà la vraie frontière. Elle ne sépare pas deux continents. Elle sépare deux logiciels mentaux.
 
Le texte que l'Europe refuse de lire
 
En octobre 2023, Marc Andreessen publie le Techno-Optimist Manifesto. Première phrase : « We are being lied to. » On nous ment.
L'Europe a ricané. Évidemment. Le ricanement est la dernière industrie où nous sommes encore leaders mondiaux.
Mais lisez ce texte. Vraiment. Il dit tout ce que trois générations d'Européens n'ont plus le droit de penser.
Que la technologie n'est pas ce qui détruit le monde : c'est ce qui l'a construit. Que chaque bond technique a allongé nos vies, nourri nos enfants, éclairé nos nuits. Que la croissance n'est pas une option parmi d'autres : c'est la seule alternative à la stagnation, et la stagnation transforme toute société en jeu à somme nulle, et les jeux à somme nulle finissent toujours en guerre de tous contre tous. Que l'énergie et l'intelligence sont les deux carburants de la civilisation, et qu'il faut les multiplier, pas les rationner. Que le nucléaire était la solution depuis le début, et que le principe de précaution qui l'a étranglé est l'une des erreurs les plus coûteuses de l'histoire occidentale. Que le pessimisme n'est pas de la lucidité : c'est une idéologie.
Et que nos ennemis ne sont pas des hommes, mais des idées. La précaution érigée en religion. L'égalitarisme érigé en morale. La gestion du déclin érigée en projet de civilisation.
 
Pendant ce temps, en Louisiane
 
Pendant que nous ricanions, eux bâtissaient.
Aujourd'hui, SpaceX annonce Starbase Louisiana. Plus de cent milliards de dollars. Un spaceport conçu pour des milliers de vols par an. Premier lancement en 2029. Pas dans un livre blanc. Pas dans un rapport de commission. Dans le béton, l'acier et le méthane liquide.
Et nous ? Nous avons régulé l'intelligence artificielle avant de l'avoir bâtie. Nous rédigeons le code de la route d'un pays où personne n'a le droit de construire de voitures.
En 1969, le futur décollait de Toulouse. En 2029, il décollera de Louisiane.
Le rêve européen n'est pas mort. Il a déménagé.
 
Réapprendre à rêver
 
Voici maintenant la bonne nouvelle, et je veux qu'elle soit entendue jusque dans les couloirs de Bruxelles.
Rien de tout cela n'est génétique.
Le peuple qui a bâti Chartres, découvert le radium et fait voler le Concorde n'a pas changé d'ADN. Il a changé de logiciel. Le pessimisme européen n'est pas une fatalité : c'est un programme installé. Et un programme, ça se désinstalle.
Alors voici mon appel. Il est simple. Européens : réapprenez à rêver.
Rêvez de centrales nucléaires par dizaines, construites sans s'excuser. Rêvez de labos d'IA qui font trembler San Francisco. Rêvez de lanceurs réutilisables, d'usines-cathédrales, de robots dans nos ateliers, de thérapies qui feront reculer le cancer et le vieillissement. Rêvez d'un continent qui exporte du futur au lieu d'importer du renoncement.
La France a tout pour mener ce sursaut. L'énergie nucléaire. Une tradition mathématique que le monde entier nous envie. Des ingénieurs que la Silicon Valley s'arrache. Il ne nous manque qu'une chose : la permission de rêver.
Je propose qu'on arrête de la demander.
 
Nous devons rêver à nouveau.
 
Et toi, jeune ingénieur, jeune fondateur, jeune bâtisseur qui lis ceci quelque part entre Lisbonne et Helsinki : ton pessimisme n'est pas le tien. On te l'a enseigné. Rends-le.
Tu n'es pas né pour commenter le futur des autres. Tu es né pour construire le tien.
Le rêve n'est pas une fuite hors du réel. C'est la première étape de sa construction. Tout ce qui existe aujourd'hui a d'abord été rêvé par quelqu'un que les gens raisonnables traitaient de fou.
Alors la prochaine fois qu'on te dira « tu rêves », ne baisse pas les yeux. Souris. Réponds : merci.
Le Concorde attend ses héritiers.
Il est temps de rêver. Il est temps de bâtir.
Les bâtisseurs gagnent. Toujours.
 
Aujourd’hui je débattais avec un pote sur les règles à mettre en place. 
 
 Je lui disais un truc simple : en Europe, tout est illégal par défaut. Tu veux construire, soigner, expérimenter, lancer un produit ? 
 Tu commences par demander la permission. Si personne ne te répond, tu n’as pas le droit. Le silence de l’État, c’est un non. 
 
Son argument était honnête. « Je suis pas pour qu’un mec puisse faire de la merde et déverser des produits chimiques dans les rivières. » On est d’accord là-dessus. Évidemment. Le problème, ce n’est pas ça. Le problème, c’est qu’on a construit toute une civilisation sur la peur du connard visible. Et qu’on a oublié les morts invisibles. 
 
Milton Friedman l’avait vu avec une clarté presque cruelle, à travers la FDA. Un fonctionnaire chargé d’approuver un médicament peut faire deux erreurs. 
La première : laisser passer un produit qui tue. Son nom est à la une. Sa carrière est finie. 
La deuxième : bloquer ou retarder un médicament qui aurait sauvé des milliers de vies. Personne ne compte ces morts. Aucune une. Aucune sanction. La FDA ne compte pas les patients qui meurent en attendant un médicament qu’elle n’a pas encore approuvé. Elle compte seulement ceux qu’un médicament approuvé a blessés. 
 
Le système n’optimise pas pour sauver des vies. Il optimise pour ne jamais être responsable d’un scandale.
 
Après 1962, le nombre de nouveaux médicaments a chuté de plus de moitié. Les délais ont explosé. Des traitements déjà disponibles ailleurs mettaient des années de plus à arriver. On a célébré les victimes évitées de la thalidomide. On n’a jamais compté les tuberculeux, les cardiaques, les cancéreux morts en attendant un médicament déjà inventé. Ce qu’on voit : le type qui pollue la rivière. Ce qu’on ne voit pas : le patient qui meurt parce qu’on a interdit par précaution. La réponse n’est pas plus de règles avant. C’est un système connard-resistant. 
 
Un bon système ne suppose pas que tout le monde soit un saint. Il suppose qu’il y aura des salauds. Et il est conçu pour qu’un salaud ne puisse pas tout casser sans payer. Ça demande d’accepter une part de prise de risque. Une société qui refuse le risque refuse aussi le progrès. Le principe de précaution n’est pas de la sagesse. C’est un linceul. 
 
Il protège le bureaucrate. Il enterre le bâtisseur. 
 
Et ça demande de punir a posteriori, pas d’interdire a priori. Tu déverses du chimique dans la rivière ? On te ruine. On t’enferme. On t’interdit de recommencer. Fort. Vite. Sans pitié. Mais on ne gèle pas dix mille entreprises honnêtes pour empêcher le geste d’un seul connard. L’Europe a choisi l’inverse. 
 
 Interdire d’abord. Autoriser parfois. 
 
Et ne presque jamais assumer le coût de ce qu’elle a empêché. Résultat : des rivières un peu plus propres, et une médecine, une industrie, une énergie, une IA en retard. Le logiciel est simple. Liberté d’agir. Responsabilité réelle. Sanction brutale si tu nuis. Zéro permission préalable pour exister. Nos ennemis ne sont pas les gens qui ont peur du connard dans la rivière. 
 
Ce sont les idées qui ont transformé cette peur en régime par défaut. Les bâtisseurs n’ont pas besoin d’un monde sans risques. Ils ont besoin d’un monde où le risque est permis, et où le salaud paie après. 
 
 Allez construire. Sans demander la permission.
 
Elon a dit un truc d’une clarté presque brutale. « There will be no poverty in the future and so no need to save money. » 
 
La plupart des gens ont entendu une provocation de milliardaire. C’est autre chose. C’est une phrase sur la physique. Pas sur la morale. La pauvreté, ce n’est pas d’avoir moins que son voisin. C’est de manquer de ce qui rend une vie humaine possible. Manger. Se loger. Se soigner. Se déplacer. Avoir assez d’énergie et de temps pour ne pas vivre dans l’urgence permanente. La pauvreté, c’est la rareté qui t’écrase. Pas l’écart. 
 
Et c’est précisément ici que le logiciel de gauche fait son tour de passe-passe. 
 
Il redéfinit la pauvreté en inégalité. Dès que tu fais ça, le problème devient insoluble par construction. Il y aura toujours quelqu’un plus riche. Donc il y aura toujours des « pauvres ». Donc il y aura toujours besoin d’intermédiaires. Donc il y aura toujours besoin d’eux. Diviser pour régner. Classe. Quartier. Diplôme. Origine. Tout sauf la seule question utile : qui crée la valeur, et qui l’alloue sans l’avoir créée. Ils se vendent comme les sauveurs du peuple. Regarde ce qu’ils proposent depuis quarante ans. Des dispositifs qui ne sortent jamais les gens de la rareté. Qui les y maintiennent. Le piège de l’aide. Le logement verrouillé. L’école qui ne transmet plus. L’énergie volontairement renchérie. Le travail puni. Tu gagnes un peu plus, on te retire ce qu’on t’avait « donné ». Tu restes. C’est le produit. 
 
Pendant ce temps, la caste s’enrichit. Pas en créant. En allouant l’argent des autres. 
 
En vivant du 57 % du PIB qui passe par l’État. Le ministre devient banquier. Le syndicaliste devient consultant. L’élu habite un monde que les gens qu’il « défend » n’approcheront jamais. Ce n’est pas que ce sont des méchants. C’est que leur structure morale a besoin de victimes permanentes. Sans pauvres à protéger, plus de rôle. Sans rareté, plus de justification. Sans intermédiaires, plus de rente. Le socialisme n’est pas d’abord une théorie économique. C’est une structure morale à trois piliers. La rareté. Les victimes. Les intermédiaires indispensables. 
 
Elon ne parle pas de redistribution. 
 
Il parle de ce qui arrive quand ces trois piliers tombent en même temps. L’IA et la robotique — Optimus en tête — vont faire chuter le coût de presque tout ce qui constitue une vie. Nourriture. Logement. Transport. Médecine. Éducation. Énergie. Quand un robot humanoïde sait construire, soigner, assembler, livrer, le travail humain cesse d’être le goulot. La rareté des biens et des services s’effondre. Ce qui reste rare, c’est le temps, l’attention, quelques biens positionnels. Plus la survie. D’où la deuxième partie de la phrase. Plus besoin d’épargner contre la misère. Pas parce que l’État te protège. Parce que la production elle-même devient triviale. Universal high income. Pas un chèque de survie. L’abondance. Le rêve communiste — plus de pauvreté, chacun selon ses besoins — n’était pas idiot comme destination. Il était idiot comme chemin. 
 
Le collectivisme est le problème d’ordre 1. 
 
Parce qu’il détruit le calcul économique. 
Parce qu’il remplace le prix par le comité. 
Parce qu’il concentre le pouvoir dans les mains de ceux qui n’ont jamais créé ce qu’ils allouent. 
Parce qu’il a besoin de la rareté pour exister. 
 
Le capitalisme et la liberté individuelle, armés de l’abondance technologique, font l’inverse. Ils produisent tellement que le problème cesse d’être « qui mérite quoi ». Il devient « qu’est-ce qu’on fait de tout ça ». On n’abolit pas la pauvreté en volant le producteur. On l’abolit en rendant la production triviale. 
 
Les bâtisseurs sont en train de livrer ce que les planificateurs ont promis pendant un siècle. Sans Gosplan. Sans Terreur. Sans caste d’intermédiaires. Le XXIe siècle n’aura pas besoin de sauveurs. Il aura besoin de gens qui construisent. Alors on construit. 
 
Brivael Le Pogam 
@brivael
 
 
Si par miracle la France empruntait la voie de la tronçonneuse on vivrait 5 phases : - Le choc. Coupes nettes, rapides, nombreuses, éparses. Colère d’un côté, soulagement de l’autre. Le pays serait divisé en deux. Il y aurait des blocages, des grèves, des gens au chômage et une récession temporaire. - L’adaptation. Un an après, le marché s’ajuste. Les secteurs qui étaient gavés de subventions se rétractent et s’éteignent. Ceux qui étaient étouffés par les normes explosent. Les gens changent de métiers, les bureaucrates qui trouvent du travail deviennent beaucoup plus productifs dans leur nouveau job. La construction et les biens manufacturés haut de gamme embauchent à tours de bras. Les investisseurs tournent leurs regards vers l’Hexagone. - Le rebond. Les premières baisses d’impôts font effet. La productivité générale explose, l’argent afflue, les banques déroulent, la confiance est de retour. L’innovation ne s’enfuit plus, les riches investissent, l’industrie renaît. La sécurité et la stabilité permettent au marché de libérer son potentiel, le niveau de vie monte en flèche. Terrasses animées, rues sûres, logements accessibles, touristes ravis, actifs qui profitent du fruit de leur travail. Après 3 ans, le pays respire de joie et bonne humeur. - Le décollage. La France redevient un moteur de l’inédit, du panache et de l’élégance. Le raffinement et l’inventivité des Français rayonnent sur le monde. Le pays se refait beau, fier et prospère. À la pointe dans tous les domaines, nous pouvons enfin panser nos vieilles cicatrices socialistes. Après 5 ans, le pouvoir d’achat a presque doublé et nous envisageons de détruire les vieux totems : assurances santé, chômage et retraite publiques, éducation nationale. - Les étoiles. Débarrassés de nos vieux démons collectivistes, après 15 ans de tronçonneuse il ne reste qu’une charpente solide et régalienne à l’Etat français. Les forces créatrices du pays tournent à plein régime. Les Français sont le peuple le plus libre, le plus riche et le plus heureux du monde. La première ville sur une autre planète s’appelle La-Liberté-sur-Mars, plus rien ne peut nous arrêter!

Sept menaces dont tout dépend.

Si l’on veut éviter de trébucher sur un obstacle, mieux vaut marcher les yeux ouverts. Pourtant, quand on propose la même attitude à l’égard de l’avenir, on est taxé de pessimiste ou de Cassandre, et trop souvent discrédité. Aujourd’hui plus que jamais, il faut marcher les yeux ouverts sur la route du temps. On y trouve au moins sept crevasses béantes. Toutes sont aujourd’hui documentées, chiffrées, et pour la plupart déjà à l’œuvre. Ne pas les voir, ne pas en tenir compte dans les débats sur les échéances qui s’annoncent, relèverait de l’irresponsabilité.

Première menace : En France, le débat budgétaire qui s’ouvre pour 2027 devrait rappeler une réalité que les postures électorales s’emploient à occulter : la dette publique a franchi, en août 2026, le seuil de 118,3 % du produit intérieur brut, contre 115,6 % fin 2025 et va vers 130 %. Le Conseil d’orientation des retraites prévoit, dans son rapport de juin 2025, un besoin de financement qui ne se résorbera pas avant 2070. Aucun candidat déclaré à la présidentielle ne propose, à ce jour, l’ajustement structurel massif pour les dépenses publiques et en particulier pour les retraites (recul important de l’âge de départ, désindexation partielle des pensions, fiscalisation accrue, capitalisation) qui seul permettrait d’inverser durablement cette trajectoire.

Second péril : l’emballement de la finance mondiale. La dette mondiale, publique et privée confondues, dépasse en 2026 le triple du produit intérieur brut de la planète. Cette masse, gonflée par une décennie de taux bas puis par la remontée erratique des taux longs, circule largement dans un système bancaire parallèle (fonds de private equity, hedge funds, plateformes de crédit privé) soustrait à la supervision imposée après la crise de 2008. Ni la Réserve fédérale, ni la Banque centrale européenne, ni le Comité de Bâle ne maîtrisent aujourd’hui l’ampleur des risques systémiques que ce shadow banking, largement opaque et interconnecté, fait courir à l’économie réelle ; le jour approche où les taux longs, ou un choc géopolitique, en révéleront la fragilité et où tout cela explosera.

Troisième dérive : la concentration économique. Les fusions-acquisitions mondiales devraient dépasser 5 300 milliards de dollars en 2026 : sur les cinq premiers mois de l’année, la valeur des transactions a bondi de 41 %, tandis que leur nombre n’augmentait que de 2 %. Les méga-transactions de plus de 10 milliards de dollars ont progressé de 52 % en nombre et 53 % en valeur en un an. Tout cela prouve, si c’était nécessaire, que la richesse se concentre entre un nombre toujours plus restreint d’acteurs. De l’intelligence artificielle à la pharmacie, quelques dizaines de groupes acquièrent une puissance de marché, et donc politique, que ni les autorités américaines de la concurrence ni la Commission européenne, malgré leurs procédures ouvertes contre les géants technologiques, ne parviendront bientôt plus à endiguer.

Quatrième catastrophe, la plus documentée : le dérèglement climatique. Le monde connaît cette année les incendies de forêt les plus intenses jamais enregistrés ; la banquise polaire a atteint son niveau le plus bas observé ; et la température moyenne mondiale est maintenant supérieure de 1,52 °C à celle de son niveau préindustriel, dépassant pour la première fois le seuil que l’accord de Paris visait à ne jamais franchir. Si on continue, on va vers une hausse de 4 degrés avant 2040.

Cinquième bouleversement : l’automatisation par l’intelligence artificielle et la robotique. L’OCDE évalue pour la France à quatre millions, soit le quart de l’emploi, le nombre de postes exposés à un risque élevé de disparition. Le Fonds monétaire international estime que 40 % des postes de travail dans le monde seront affectés, voire détruits ; C’est un choc beaucoup plus rapide que celui des révolutions industrielles précédentes, qui avaient laissé aux sociétés le temps de s’adapter. Et aucun projet de formation ou de reconversion n’est, à ce stade, à la hauteur de ce qui s’annonce.

Sixième menace : la mobilisation américaine dans le Golfe n’échappe ni à Moscou ni à Pékin. La Chine a multiplié cet été les manœuvres militaires autour de Taïwan, pendant que la Russie n’a pas cessé ses provocations dans toute l’Europe ; tout cela augmente le risque d’une coordination sino-russe visant à profiter de l’absence américaine, pour l’une, attaquer l’Europe et l’autre envahir Taïwan.

Septième poison, plus insidieux : la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme. En France, la Commission nationale consultative des droits de l’homme constate un enracinement de ces haines plutôt qu’un pic conjoncturel. Et d’autres poisons encore, tout aussi insidieux, comme les diverses formes de drogues et le déclin démographique.

Face à ces sept périls (et d’autres, plus discrets, comme la drogue, la démographie ou le délabrement de l’école), des réponses existent. À condition de les mettre en œuvre sans délai : maîtriser la dette publique française par un ajustement structurel assumé ; réguler la finance parallèle avant qu’elle n’impose sa propre crise ; mettre en place une politique mondiale de la concurrence à la hauteur des mégafusions ; sortir des énergies fossiles et protéger la biosphère ; organiser une formation massive à ceux des métiers que l’intelligence artificielle ne détruira pas ; réarmer suffisamment l’Europe, d’une façon autonome, pour dissuader des puissances agressives ; combattre sans complaisance la haine raciale et antisémite ; et toutes les autres formes de poisons qui s’insinuent dans les sociétés.

Tout cela suppose du courage, une mobilisation de tous les instants, un projet, des femmes et des hommes de caractère capables d’accepter d’être provisoirement impopulaires. Il nous faut très vite de la niaque, et de nouveaux Churchill.

Jacques Attali 

Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

 https://www.attali.com/societe/sept-menaces-dont-tout-depend/

 


 
 
Le Grand Entretien avec Jean Michel Karam : « La France a encore les moyens de gagner la guerre économique »
 
Ingénieur, inventeur, entrepreneur et investisseur franco-libanais, Jean Michel Karam appartient à cette catégorie relativement rare de dirigeants qui ont construit leur parcours à la frontière de la recherche scientifique et de l’entreprise.
 
Né au Liban et marqué par la guerre qui ravage alors le pays, il rejoint la France à vingt ans pour poursuivre ses études.
 
Diplômé de l’ESIEE Paris puis docteur en microélectronique, il travaille au CNRS avant de fonder en 1997 MEMSCAP, spécialisée dans les microsystèmes électromécaniques (MEMS), qu’il introduira en Bourse quelques années plus tard.
 
Il poursuivra ensuite son aventure entrepreneuriale dans la beauté et les technologies avec IOMA puis IEVA Group qu’il introduira en bourse également, tout en développant de nouvelles activités d’investissement et d’accompagnement des entrepreneurs…👇
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Propos recueillis par Roland Lombardi  

Le Diplomate : Le 1er octobre, aux Invalides, vous avez conclu la soirée consacrée à la guerre économique par une intervention particulièrement personnelle, où vous avez parlé de votre parcours, de l’épreuve, de l’entreprise, mais aussi de la nécessité de croire encore dans notre capacité à agir. Après des échanges parfois sévères sur le retard français et européen face aux États-Unis et à la Chine, vous avez choisi de terminer sur une note d’espoir. Était-ce précisément le message que vous vouliez transmettre : regarder lucidement notre déclassement sans céder au fatalisme ?

Jean Michel Karam : Oui. C’était exactement ça.

Ce soir-là, tout ce qui a été dit était juste. Claude Revel, Gérald Karsenti, vous-même : les normes qu’on subit, nos dépendances technologiques, l’écart avec les Américains et les Chinois… Je ne conteste rien. En 2001, quand j’ai introduit MEMSCAP en Bourse, les Américains étaient devant nous, mais on gagnait encore des matchs. Depuis, ils ont accéléré. Nous, nous avons continué à notre rythme. Et l’écart se creuse de jour en jour.

Mais j’ai dit aux Invalides une chose que je pense profondément : la guerre économique n’est pas nouvelle. Elle est simplement devenue visible. Moi, je l’ai connue avant qu’on lui donne un nom. Le Liban me l’a apprise deux fois. D’abord sous les bombes. Puis, plus récemment, en voyant mon pays perdre sa monnaie, ses banques, l’épargne de toute une vie et une bonne partie de sa jeunesse, sans qu’un seul char ait franchi sa frontière. L’effondrement économique est une défaite. Une vraie. Avec des vies brisées.

Alors oui, il faut regarder notre déclassement en face. Mais je ne voulais pas finir sur la peur. La peur paralyse, et un pays paralysé a déjà perdu. À la guerre, la peur au premier sifflement de balle vous sauve la vie : c’est la lucidité, elle vous fait courir vers l’abri. Le fatalisme, c’est la peur qui vous cloue sur place.

Le Liban m’a appris autre chose : on ne quitte pas un pays parce que c’est dur. Quand c’est dur, on tient, on résiste, on se bat. J’ai vécu quinze ans sous les bombes, et nous étions heureux sous les bombes. Je suis parti en 1990, le jour où l’espoir est mort. Pas avant. Un pays, ce n’est pas un hôtel. On ne le quitte pas parce que le service devient mauvais.

Et la France a tout pour gagner. Des ingénieurs parmi les meilleurs du monde. Des chercheurs reconnus. Des services de l’État d’une grande compétence. Une armée qui sait ce que veulent dire les mots anticipation et discipline. Et des entrepreneurs comme ce pays n’en a jamais eu autant. Pour Qui veut être mon associé Amplify, le programme dirigé par Michèle Benzeno, que j’accompagne, les 150 premières places sont parties en sept minutes ! Pour moi, l’espoir, c’est l’entrepreneur.

Mais j’ai été franc avec la salle, et je le suis avec vous : rien de tout cela ne suffira sans le travail, l’effort, le sacrifice. Il n’existe aucun raccourci. Aucune subvention miracle. La guerre économique n’est pas une fatalité, c’est un combat. Et un combat, ça se prépare. J’avais envie de demander à chacun de rentrer chez lui avec une seule question : « Qu’est-ce que je vais changer dès demain pour ne plus être surpris ? »

Votre propre histoire commence au Liban, en pleine guerre. Vous arrivez en France à vingt ans, devenez ingénieur puis docteur en microélectronique, passez par le CNRS avant de créer MEMSCAP, puis IOMA, IEVA Group et d’autres entreprises. Aujourd’hui, des millions de Français vous connaissent également comme juré de Qui veut être mon associé ? sur M6. Que reste-t-il, dans l’entrepreneur et l’investisseur que vous êtes devenu, du jeune Libanais qui a connu la guerre et dû tout reconstruire en arrivant en France ? Et lorsque vous jugez aujourd’hui un projet ou un entrepreneur, qu’est-ce qui compte davantage à vos yeux : l’idée, la technologie, le marché ou l’homme qui la porte ?

Ma vie tient en deux moitiés : vingt ans à survivre et à résister, puis trente-cinq ans à construire. La seconde doit tout à la première.

La nuit du 16 mars 1977, j’ai sept ans. Mon village est massacré. Je suis allongé dans le noir chez mes grands-parents et j’entends les pas des assassins s’arrêter devant notre porte… puis repartir. Le lendemain, on enterre nos voisins sur des portes arrachées en guise de cercueils, et nous partons sans rien. Réfugiés dans notre propre pays. Mon père est reparti de zéro, en vendant des œufs et de l’huile d’olive au volant de son pick-up. Ce jour-là, j’ai compris que tout peut s’écrouler en une nuit. Et qu’on reconstruit quand même.

Ça vous vaccine contre la peur. Tous les entrepreneurs que je croise ont peur de perdre. Moi, j’ai déjà tout perdu à sept ans, et je suis là. C’est ce qui m’a permis de ne pas trembler fin 2002, quand MEMSCAP a perdu 71 millions d’euros de commandes en une semaine.

Il en reste aussi une forme de légèreté, que certains prennent pour de l’arrogance : travailler sérieusement, sans se prendre au sérieux. Quand on a dansé sous les missiles le soir de ses dix-huit ans, on relativise un conseil d’administration difficile. Et il reste la devise de mon père, que je n’ai jamais lâchée : « Planifie ta vie comme si tu étais immortel, mais vis chaque jour comme si c’était le dernier. »

Pour votre deuxième question, la réponse est simple : l’homme. Ou la femme. Sans hésitation. Une idée se copie, se pivote, s’abandonne. J’en ai fait l’expérience : en 2014, j’ai lancé un produit qui avait derrière lui dix millions d’euros d’essais cliniques sur dix mille personnes. Il était excellent. Le marché n’était pas prêt. L’idée était juste, le timing était faux. Ce qui ne se remplace pas, c’est le capitaine. Sur une mer calme, deux bateaux identiques avancent au même rythme. C’est quand la houle se lève que la différence apparaît, et elle n’est jamais dans la coque.

Ce que je regarde en premier, c’est l’énergie. Avant les chiffres, avant le produit, avant le marché. Sur le plateau, j’envoie des stimuli : une remarque un peu rude, une question hors sujet, un silence. Ce n’est pas pour déstabiliser. Je veux savoir qui j’aurai au téléphone un dimanche soir de crise. La résilience, ça ne se déclare pas. Ça se teste. Ensuite, je me demande si mon écosystème peut changer sa trajectoire. Si, pendant qu’il parle, je ne vois pas déjà les trois appels que je passerai le lendemain, je ne suis pas le bon associé. Mon argent ne serait qu’un chèque parmi d’autres, et l’entrepreneur mérite mieux.

Il y a enfin un critère éliminatoire : le mensonge. Pas seulement le gros mensonge. Le chiffre d’affaires annoncé sans dire en combien de temps. Le « on est en discussion avec » qui veut dire « j’ai envoyé un mail ». Je repère ça en un clin d’œil.

La technologie, je sais l’évaluer, c’est mon métier d’origine. Le marché, je le regarde toujours avant le produit. Mais la tech est froide. Ce qui la rend vivante, c’est la personne qui la porte.

Dans votre livre, La Réussite est en vous !, vous racontez une trajectoire qui est tout sauf linéaire et vous insistez beaucoup sur l’épreuve, le travail, la résilience et la capacité à transformer les obstacles en force. À une époque où l’on parle beaucoup de déterminismes sociaux, de crise de l’ascenseur social et de perte du goût du risque, croyez-vous toujours que la réussite demeure d’abord une affaire de volonté individuelle ? Et que voudriez-vous transmettre à un jeune Français qui, aujourd’hui, doute de sa capacité à entreprendre, inventer ou simplement prendre son destin en main ?

Je ne suis pas naïf. Les cartes distribuées à la naissance ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Et alors ? Seule compte la ligne d’arrivée.

Prenez un gamin de neuf ans qui joue dans son jardin pendant que les obus tombent autour de lui, dans un pays où l’État fournit une heure d’électricité par jour. Qui aurait misé dix euros sur lui ? Personne. Ce gamin, c’était moi. Je suis arrivé à Orly le 10 juillet 1990 avec un visa de tourisme et rien en poche. Si j’avais raté mes examens du premier trimestre à l’ESIEE, je perdais ma carte de séjour. Le risque, pour moi, ce n’était pas une métaphore.

Alors oui, je crois que la volonté reste le premier moteur. Mais elle ne suffit pas. Il faut de la chance, et il faut un réseau. La chance, je la vois comme le véhicule que Dieu choisit pour voyager incognito : encore faut-il être là pour monter dedans. Il y a la chance qu’on reçoit et celle qu’on produit, et celle qu’on produit est cumulative. Mais attention : la chance peut vous ouvrir une porte, elle ne vous sort jamais d’une crise. Ça, c’est le travail et la lucidité.

Le réseau, en revanche, est la vraie inégalité. C’est pour ça que j’ai créé une école d’entrepreneurs : donner des compétences et un carnet d’adresses à ceux qui n’en ont pas hérité. C’est la meilleure arme d’égalité que je connaisse.

Sur l’ascenseur social, je vais peut-être vous surprendre. La France est l’un des pays où il fonctionne encore le mieux, et les Français ne le savent pas. Au Liban, mes parents se sont saignés pour payer l’équivalent de 10 000 euros par an et par enfant d’école privée, parce que l’école publique ne fonctionnait plus. Ici, l’école est gratuite, l’hôpital soigne sans regarder votre carte bancaire. Les Français vivent au paradis et ils ne le savent pas. Ce qui grippe l’ascenseur, ce n’est pas qu’il manque des marches. C’est qu’on a fini par convaincre les jeunes que ça ne servait à rien de les monter. Le marché est dur, la France est difficile, les banques ne suivent pas ? Peut-être. Ça n’a jamais empêché personne de jouer.

Et puis il y a un problème culturel. Statistiquement, il est beaucoup plus difficile de devenir Michael Jordan que de devenir un très bon entrepreneur. Pourtant, nos enfants rêvent d’être footballeurs, pas patrons. Nous valorisons le sportif et nous nous méfions du patron.

À un jeune qui doute, je dirais trois choses. La première : lance-toi, mais sans parachute. Quand j’ai quitté le CNRS en 1997, la loi Allègre me permettait de retrouver mon poste en cas d’échec. J’ai refusé. Avec un parachute, tu l’ouvres à la première turbulence. Sans parachute, tu es obligé d’apprendre à voler. La deuxième : accepte l’échec. Fais une erreur par jour, mais jamais la même. On regrette beaucoup plus ce qu’on n’a pas fait que ses échecs, et même si ça casse, tu en ressors en valant beaucoup plus qu’avant. La troisième : entoure-toi, et lis. Beaucoup. C’est le seul point commun que je connaisse entre tous ceux qui ont vraiment réussi. Je n’ai pas réussi parce que je suis un être exceptionnel. J’ai réussi parce que j’ai été bien entouré.

Et c’est le meilleur moment de l’histoire pour entreprendre. Avec l’intelligence artificielle, un jeune de vingt ans à accès à des outils que je n’aurais jamais imaginés en créant MEMSCAP. Moi-même, je fais réaliser par une IA des valorisations qui demandaient trois mois de travail à tout mon service financier. Mais rien de magique n’arrive dans la zone de confort. Il faut viser la lune. Si tu vises la montagne, tu atterriras dans la vallée.

Vous êtes d’abord un ingénieur et un homme de technologie. Or la technologie est redevenue l’un des principaux instruments de la puissance : intelligence artificielle, semi-conducteurs, robotique, quantique, données, cybersécurité sont désormais au cœur de la rivalité entre les États-Unis et la Chine. La France et l’Europe possèdent encore des ingénieurs, des chercheurs et des entreprises de premier plan, mais peinent souvent à transformer l’innovation en puissance industrielle. Comment expliquez-vous ce paradoxe ? Sommes-nous encore capables d’inventer mais devenus incapables de produire, financer et faire grandir nos inventions ?

C’est la question qui me fait le plus mal, parce que je l’ai vécue de l’intérieur.

Quand j’ai commencé à travailler sur les MEMS, au début des années 1990, nous n’étions qu’une poignée de doctorants en Europe sur le sujet. Ces microsystèmes de l’épaisseur d’un cheveu sont aujourd’hui partout : dans les airbags, les smartphones, les avions, les satellites, jusque sur Mars. La France avait l’avance scientifique. Elle l’a encore dans beaucoup de domaines. Nos ingénieurs sont parmi les meilleurs du monde, avec un atout que les Américains n’ont pas : ils sont généralistes, ils voient l’ensemble du système.

Mais j’ai compris très vite une chose que personne ne m’avait apprise : dans la deeptech, on ne se bat pas contre des entreprises. On se bat contre des stratégies d’État. Mes premiers pas dans le business ont été soutenus financièrement par la DARPA, l’agence de recherche du Pentagone. En 2000, pour construire mon usine, j’avais besoin de 50 millions d’euros. Les fonds de la Silicon Valley m’ont proposé 75 millions de dollars, à une condition : passer sous drapeau américain. J’ai refusé, et je referais le même choix demain. Mais combien ont accepté ? Combien de nos plus belles technologies sont aujourd’hui américaines parce qu’à un moment, l’argent était là-bas et pas ici ?

Le paradoxe est là. Nous savons inventer. Ce que nous savons mal faire, c’est passer du prototype à la série. C’est là que meurent 90 % des belles idées. L’industrialisation demande de l’argent, du temps et un État qui accepte de prendre des risques. L’État américain est un super entrepreneur : il finance, il commande, il protège. Dès qu’il sent qu’une technologie est décisive, il ferme le robinet aux autres. Nous, nous saupoudrons un peu partout, et nous écrivons des normes. Vous l’avez dit vous-même aux Invalides : pendant que les autres inventaient l’IA, l’Europe inventait le bouchon attaché à la bouteille. Regardez la biotech : un dossier qui demande des centaines de millions avant le premier euro de chiffre d’affaires, aujourd’hui, je le déconseille en France. Il ira aux États-Unis.

Il y a aussi un problème d’échelle. Les montants d’argent public européen annoncés pour l’IA, comparés à ce qu’une seule start-up américaine lève en un tour, c’est une blague. Avec de tels montants, il n’y a que deux options : soit on concentre tout sur trois ou quatre chevaux et on les joue à fond, soit il vaut mieux donner cet argent aux agriculteurs.

Imaginez que Mark Zuckerberg soit né en France. Un gamin de vingt et un ans qui pique le trombinoscope de son école. Qui lui aurait donné 100 millions ? Personne. Il n’aurait même pas obtenu un rendez-vous. Ce n’est pas un manque d’intelligence ni de talents. C’est que nos talents, soit on leur coupe les ailes, soit ils s’envolent ailleurs.

Et puis il y a le temps. En Chine, on lance une nouvelle voiture en six à dix-huit mois, comme un téléphone portable. L’intelligence artificielle a encore tout accéléré : la collecte d’information, l’imitation, la manipulation. Ce qui prenait des mois prend des jours. Nos réflexes, eux, sont restés au rythme d’hier. Notre vraie faiblesse n’est pas un manque de talent. C’est un décalage de vitesse. Aujourd’hui, un entrepreneur européen doit dépenser dix fois plus d’énergie qu’un Américain ou un Chinois pour arriver au même endroit.

Est-ce irréversible ? Non. Nous avons des outils très efficaces, comme BPI France, et Nicolas Dufourcq qui tient le temple. L’IA ne remplacera pas l’humain. Mais ceux qui l’utilisent remplaceront ceux qui ne l’utilisent pas. Et ça vaut aussi pour les pays.

Vous avez créé, développé, financé et internationalisé des entreprises. Lorsque vous regardez aujourd’hui la guerre économique mondiale, quel diagnostic portez-vous sur la France ? On évoque régulièrement la fiscalité, le poids administratif, la dette, la désindustrialisation ou encore la difficulté à mobiliser suffisamment de capitaux pour faire émerger des géants technologiques. Mais notre pays conserve aussi une recherche de haut niveau, des infrastructures, une épargne considérable, des ingénieurs et de grands champions industriels. Quels sont, selon vous, nos trois principaux handicaps et, inversement, les atouts français que nous sous-estimons le plus ?

Je commence par les handicaps, puisqu’il le faut. J’en vois trois.

Le premier, c’est l’argent. Pas l’argent qui manque : l’argent qui ne travaille pas. En 2001, pour l’introduction en Bourse de MEMSCAP, j’ai rencontré 193 investisseurs en six mois. En 2026, pour celle d’IEVA Group, il restait une quinzaine de fonds capables d’investir dans une petite ou moyenne valeur cotée à Paris. Beaucoup de fonds ont disparu, ont fusionné ou ont envoyé leur argent aux États-Unis. C’est très, très dangereux. Heureusement, il y a eu la BPI France, qui a pris plus de 40 % de l’opération avec son nouveau fonds BlueSpring. Et il y a eu les particuliers : plus de 2500 actionnaires individuels, 30 % de l’offre. Ce sont eux, aujourd’hui, qui sauvent la Bourse de Paris. Or la souveraineté commence par l’actionnariat. Si nous ne finançons pas nos pépites, d’autres le feront. Et ils n’achèteront pas seulement des parts de société. Ils achèteront nos technologies, nos données et notre avenir.

Le deuxième, c’est un État qui dépense mal et qui s’endette sur le dos de ceux qui ne sont pas encore nés. Je ne me plains pas de payer des impôts. Payer des impôts, ce n’est pas grave. Ce qui est grave, c’est de mal utiliser le fruit de ces impôts. Quand on contracte une dette que remboursera un enfant qui n’est même pas né, c’est profondément antidémocratique. Et chaque fois qu’un gouvernement a besoin d’argent, il va le chercher dans les entreprises. Au lieu de se demander comment créer plus de richesse ou comment réduire notre train de vie et nos coûts, on se demande comment prendre encore plus sur ce qui existe. Résultat : on fait partir les riches, d’accord. Mais on fait aussi partir les ambitieux. Et ça, c’est grave.

Le troisième est culturel, et c’est peut-être le plus profond. Il y a beaucoup de jalousie en France. La Silicon Valley, ce n’est pas un bâtiment, c’est un état d’esprit : les gens dînent ensemble à dix-huit heures, se passent des contrats, se tirent vers le haut. Chez nous, dès que quelqu’un réussit, on lui met des coups dans les genoux. Un jeune qui se lance, on lui met 300 kilos sur le dos avant même qu’il ait fait le premier pas. Et il y a une forme de naïveté. Sur le plateau, je vois chaque semaine des entrepreneurs brillants, courageux, qui présentent leurs innovations sans protection, dévoilent leurs chiffres sans réfléchir et acceptent de l’argent sans jamais se demander qui se trouve vraiment derrière. Ce n’est pas leur faute. On leur apprend à pitcher, jamais à se protéger. Personne ne leur apprend à se poser la première question du renseignement économique : qui a intérêt à ce que j’échoue ?

Maintenant, les atouts. Ils sont immenses, et c’est pour ça que je reste optimiste.

D’abord l’épargne. Les Français ont plus de 6 400 milliards d’euros de patrimoine financier. Très peu de pays au monde disposent d’une telle réserve. Elle dort, mais elle est là.

Ensuite, nos ingénieurs et nos chercheurs, j’en ai parlé. Et des secteurs où nous sommes déjà champions du monde : l’aéronautique, le nucléaire, le luxe, la beauté. Les capteurs de MEMSCAP mesurent l’altitude de l’avion dans lequel vous voyagez et la pression artérielle dans les services de réanimation. Ce ne sont pas des détails.

Troisième atout, sous-estimé : l’État lui-même. Nos services publics font un travail remarquable, souvent dans l’ombre. Le problème, c’est que trop de PME et d’ETI ne savent pas qu’elles peuvent frapper à leur porte. Ou n’osent pas. Et notre modèle social, qui coûte cher, oui, mais qui permet de prendre des risques sans tout perdre. En 2003, quand j’ai dû licencier pour sauver MEMSCAP, j’en faisais des cauchemars. Je voyais ce salarié rentrer chez lui et annoncer à sa femme qu’il avait été viré. Puis j’ai compris : en France, on part avec un chèque, on a le chômage, et quand on est bon, on retrouve du travail. Licencier n’est pas tuer.

Et le dernier, celui qui me rend optimiste : l’envie. Les créations d’entreprises battent des records. Beaucoup de micro-entreprises, peu de moonshots, je vous l’accorde. Mais l’envie est là. Il faut simplement arrêter de la décourager.

Enfin, mettons-nous un instant à la place du décideur. La France est confrontée à une dette publique considérable, à des déficits persistants, à une croissance fragile et à une compétition internationale de plus en plus brutale. Si l’on vous donnait carte blanche pour engager cinq ou dix mesures économiques et industrielles capables de redresser le pays, quelles seraient vos priorités ? Que faudrait-il changer immédiatement pour libérer l’investissement, réindustrialiser, conserver nos talents, faire émerger davantage de champions technologiques français et, surtout, retrouver cette culture du risque et de la conquête sans laquelle aucune puissance économique ne peut durablement survivre ?

Je ne serai jamais président, rassurez-vous ! Mais si j’avais carte blanche, voilà ce que je ferais. Et vite, parce qu’en économie comme dans l’entreprise, le temps est l’ennemi. En 2002, pour sauver MEMSCAP, j’ai écrit le plan Utopia en moins de quarante-huit heures : 105 tâches. Si on en ratait une seule, la boîte coulait. On m’a reproché de décider trop vite. Je l’assume : on peut toujours corriger une décision, on ne récupère jamais le temps perdu. Un pays, c’est plus compliqué qu’une entreprise, mais la méthode est la même : un diagnostic de vérité, un plan, l’exécution, et l’exemplarité.

Un. Remettre l’épargne des Français au service de leurs entreprises, parce que la souveraineté commence par le capital. Je ne touche pas à l’assurance-vie, surtout pas. On garde tous ses avantages, à une seule condition : que 5 % de chaque contrat soient investis dans des PME et des ETI cotées à Paris. Sur un encours qui dépasse aujourd’hui 2 160 milliards d’euros, ça fait plus de 100 milliards. Ça suffit à réveiller la Bourse de Paris et à nous remettre dans la course. Sans dépenser un euro d’argent public.

Deux. Choisir nos chevaux. La France n’est plus celle de Louis XIV. Nous sommes un pays de la taille du Texas. On ne peut plus jouer les 52 cartes du jeu, sinon on perd. Choisissons-en quatre ou cinq et mettons-y tout le paquet : l’intelligence artificielle, où il faut aller très vite ; l’aéronautique, le spatial et la défense ; la santé et les technologies médicales ; le nucléaire ; la beauté et le luxe, où nous sommes déjà les meilleurs du monde. Mieux vaut être champion du monde dans quatre industries que médiocre dans vingt-cinq.

Trois. Des ponts, pas des murs, entre l’État et les entreprises. La DARPA a financé mes débuts ; c’est ça, un État sponsor. Que nos services, qui savent beaucoup de choses, partagent l’information avec les PME et les ETI de façon simple, rapide, humaine, et dans les deux sens. Un guichet unique où un patron de province peut dire : « On me fait une offre de rachat bizarre, qui est derrière ? » Et que l’État ose être le premier client de nos technologies stratégiques.

Quatre. Ressusciter ce qui marchait. En 1998, l’ANVAR, l’ancêtre de la BPI France, apportait 50 % de fonds non dilutifs à une société innovante, à condition qu’elle lève les 50 % restants. Si la boîte réussissait, elle remboursait. Si elle échouait, on effaçait. MEMSCAP a démarré comme ça : 1,5 million d’aide sur une levée de 2 millions. Remettons ce genre de mécanisme en place, et en grand. Donnons les moyens à la BPI France qui, encore une fois, a un très bon exécutif et qui travaille dur pour tenir l’écosystème entrepreneurial français.

Cinq. Une règle d’or budgétaire inscrite dans la Constitution, comme en Suisse. Interdiction de présenter un budget de fonctionnement en déficit. On a le droit de s’endetter pour investir, pas pour payer les dépenses courantes avec l’argent de nos petits-enfants.

Six. Une fiscalité stable, qui récompense le risque. Ce qui fait fuir les entrepreneurs, plus encore que le niveau de l’impôt, c’est l’instabilité. Ces contributions « temporaires » qui deviennent éternelles… Garantissons à ceux qui créent cinq ans sans changement des règles. Taxons moins celui qui réinvestit dans l’économie réelle que celui qui laisse dormir son argent. Et chaque fois qu’on crée une norme pour les entreprises, supprimons-en deux.

Sept. Faire de chaque salarié un actionnaire. Chez MEMSCAP, j’ai donné des stock-options à 100 % de mes salariés, et zéro à moi-même. Beaucoup de mes collaborateurs sont devenus millionnaires, et c’est ma plus grande fierté. Simplifions et allégeons massivement la fiscalité de l’actionnariat salarié dans les PME et les start-ups. C’est la meilleure arme pour garder nos talents. Quand vous possédez une part de votre entreprise, vous ne la quittez pas pour 10 % de salaire en plus à Londres ou à San Francisco.

Huit. Former dès le premier jour. À l’école, qu’un lycéen sache lire un compte de résultat, ce qu’est une marge, ce qu’est une dette. Dans les écoles d’ingénieurs, de commerce et les incubateurs, une hygiène informationnelle de base, aussi naturelle qu’un bilan comptable. On apprend à nos jeunes à pitcher. Apprenons-leur aussi à se protéger.

Neuf. S’entraîner comme on s’entraîne à la guerre. Les armées ne découvrent pas la crise le jour de la crise, elles la répètent. Que chaque ETI, et chaque PME stratégique, simule au moins une fois par an une cyberattaque, une campagne de désinformation, une offre hostile, la perte d’un fournisseur clé, avec l’appui des services de l’État. Une heure de simulation vaut mieux qu’une semaine de panique. Utopia, c’était une réaction. Ce qu’il nous faut aujourd’hui, c’est de l’anticipation.

Et dix, la plus importante, celle qui ne coûte rien : l’exemplarité et un discours de vérité. En 2003, quand j’ai dû licencier pour sauver MEMSCAP, j’ai commencé par diviser mon salaire par deux et renoncer à ma voiture de fonction. On ne demande pas d’efforts aux autres sans en faire soi-même. Le général de Gaulle s’entourait des meilleurs et vivait de manière exemplaire. Les Français ne sont pas réfractaires à l’effort. Ils sont réfractaires à l’injustice. Expliquez-leur jour et nuit la vérité sur la dette, sur les retraites, sur la compétition mondiale. Ils suivront.

La culture du risque, elle, ne se décrète pas. Elle revient quand les gens recommencent à croire que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. La vraie guerre économique, au fond, c’est celle de l’espoir. Et celle-là, la France a encore tous les moyens de la gagner.

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Ingénieur, inventeur, entrepreneur et investisseur franco-libanais, Jean Michel Karam appartient à cette catégorie relativement rare de dirigeants qui ont construit leur parcours à la frontière de la recherche scientifique et de l’entreprise. Né au Liban et marqué par la guerre qui ravage alors le pays, il rejoint la France à vingt ans pour poursuivre ses études. Diplômé de l’ESIEE Paris puis docteur en microélectronique, il travaille au CNRS avant de fonder en 1997 MEMSCAP, spécialisée dans les microsystèmes électromécaniques (MEMS), qu’il introduira en Bourse quelques années plus tard. Il poursuivra ensuite son aventure entrepreneuriale dans la beauté et les technologies avec IOMA puis IEVA Group qu’il introduira en bourse également, tout en développant de nouvelles activités d’investissement et d’accompagnement des entrepreneurs.

Le grand public l’a également découvert comme juré de l’émission Qui veut être mon associé ? sur M6, où son approche mêle investissement, expérience opérationnelle et accompagnement des entrepreneurs. Après deux saisons, quinze accords d’investissement ont été conclus sur le plateau, pour près de 1,4 million d’euros annoncés au moment des négociations. Une exposition médiatique qui prolonge, à sa manière, une conviction ancienne chez lui : l’entrepreneur n’est pas seulement celui qui imagine, mais celui qui transforme une idée en réalité.

Cette philosophie traverse son livre, La Réussite est en vous ! – Devenez l’entrepreneur dont le monde a besoin, paru en janvier 2026 aux éditions Michel Lafon. Jean Michel Karam y revient notamment sur son départ d’un Liban ravagé par la guerre, son arrivée en France, la recherche, l’entrepreneuriat et les épreuves qui ont façonné sa conception de la réussite. Plus qu’un récit personnel, l’ouvrage défend une certaine conception de l’entreprise, fondée sur la résilience, le travail, l’innovation et la transmission.

Le 1er octobre dernier, dans le cadre exceptionnel des Invalides, Jean Michel Karam concluait la soirée organisée par Maï-Linh Camus et Prisme Intelligence autour de la guerre économique par une intervention particulièrement remarquée, mêlant son expérience personnelle, émotion, humour et réflexion sur l’avenir. Une conclusion venant prolonger les échanges entre Claude Revel, Gérald Karsenti et Roland Lombardi sur l’intelligence artificielle, les normes, la souveraineté et la nouvelle compétition mondiale dans laquelle les entreprises françaises sont désormais plongées.

Pour Le Diplomate, Jean Michel Karam revient sur son parcours et porte son regard d’entrepreneur et d’ingénieur sur une question devenue éminemment géopolitique : dans un monde où technologie, industrie et puissance sont redevenues indissociables, la France dispose-t-elle encore des moyens de reprendre son destin économique en main ?

Propos recueillis par Roland Lombardi

 
 

Roland Lombardi

Roland Lombardi est docteur en Histoire, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et des questions de sécurité et de défense. Fondateur et directeur de la publication du Diplomate.

Il est chargé de cours au DEMO – Département des Études du Moyen-Orient – d’Aix Marseille Université et enseigne la géopolitique à Excelia Business School de La Rochelle.

Il est régulièrement sollicité par les médias du monde arabe. Il est également chroniqueur international pour Al Ain. Il est l’auteur de nombreux articles académiques de référence notamment : « Israël et la nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient : quelles nouvelles menaces et quelles perspectives ? » in Enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, Études Internationales, HEI – Université de Laval (Canada), VOLUME XLVII, Nos 2-3, Avril 2017, « Crise du Qatar : et si les véritables raisons étaient ailleurs ? », Les Cahiers de l’Orient, vol. 128, no. 4, 2017, « L’Égypte de Sissi : recul ou reconquête régionale ? » (p.158), in La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation, Revue de la Défense Nationale, Été 2019, n°822 sous la direction de Pascal Ausseur et Pierre Razoux, « Ambitions égyptiennes et israéliennes en Méditerranée orientale », Revue Conflits, N° 31, janvier-février 2021 et « Les errances de la politique de la France en Libye », Confluences Méditerranée, vol. 118, no. 3, 2021, pp. 89-104. Il est l’auteur d’Israël au secours de l’Algérie française, l’État hébreu et la guerre d’Algérie : 1954-1962 (Éditions Prolégomènes, 2009, réédité en 2015, 146 p.). Co-auteur de La guerre d’Algérie revisitée. Nouvelles générations, nouveaux regards. Sous la direction d’Aïssa Kadri, Moula Bouaziz et Tramor Quemeneur, aux éditions Karthala, Février 2015, Gaz naturel, la nouvelle donne, Frédéric Encel (dir.), Paris, PUF, Février 2016, Grands reporters, au cœur des conflits, avec Emmanuel Razavi, Bold, 2021 et La géopolitique au défi de l’islamisme, Éric Denécé et Alexandre Del Valle (dir.), Ellipses, Février 2022. Il a dirigé, pour la revue Orients Stratégiques, l’ouvrage collectif : Le Golfe persique, Nœud gordien d’une zone en conflictualité permanente, aux éditions L’Harmattan, janvier 2020.

Ses derniers ouvrages : Les Trente Honteuses, la fin de l’influence française dans le monde arabo-musulman (VA Éditions, Janvier 2020) – Préface d’Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité de la DGSE, Poutine d’Arabie (VA Éditions, 2020), Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? (VA Éditions, 2021), Abdel Fattah al-Sissi, le Bonaparte égyptien ? (VA Éditions, 2023).

 https://lediplomate.media/exclusif-grand-entretien-jean-michel-karam/?

 

  

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