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juin 09, 2026

Jared Taylor, la conférence interdite - Le dilemme américain est désormais le dilemme européen!

Jared Taylor, la conférence interdite

Interdite une première fois à Paris, puis une seconde fois à Versailles où elle avait été relocalisée par le groupe Les Natifs qui l’organisait, la conférence de l’intellectuel américain Jared Taylor a finalement été interrompue le 3 juin par la police sur ordre des autorités préfectorales. À croire que le ministère de l’Intérieur n’avait rien de plus pressé à faire. On comprend mieux comment des émeutiers peuvent saccager des centres-villes en toute impunité ou comment des pédophiles multirécidivistes continuent de circuler librement : pour l’État, au lieu de protéger les petites Lyhanna, il semble qu’il n’existe pas de menace plus urgente qu’une conférence privée. Ainsi va la liberté d’expression en France. Car jusqu’à présent, nul ne savait précisément ce qui justifiait une telle interdiction : la conférence n’a pas été censurée pour des propos tenus, mais pour des propos susceptibles de l’être. Ces propos, les voici. Que l’on partage ou non les analyses de Jared Taylor, la rédaction d’« Éléments » estime qu’il appartient aux lecteurs de les juger par eux-mêmes et s’honore d’en publier aujourd’hui la version française.
 
 

 

Le dilemme américain est désormais le dilemme européen.

Qu’est-ce que le dilemme américain ?

En Amérique, tout commence par le fait que nous avons eu une société multiraciale dès le début. Quand les Anglais sont arrivés, il y avait déjà des Indiens. Nous avons ensuite importé une autre race : les Africains. Et après cela, nous avons laissé entrer tout le monde, de partout. La société multiraciale américaine a été un échec total, et cela aurait dû être clair pour les Européens à l’époque où ils avaient encore des pays blancs.

Une partie du problème, cependant, tenait à ce que, même si les intellectuels européens avaient compris que l’Amérique avait un problème racial, ils étaient convaincus qu’ils pouvaient le résoudre. Ils pensaient que le problème n’était pas la société multiraciale elle-même. Le problème, c’étaient ces Américains ignorants et pleins de préjugés – surtout les Américains du Sud –, et les Européens étaient persuadés qu’ils pouvaient nous apprendre à faire mieux.

Combien d’entre vous ont entendu parler d’un Suédois nommé Gunnar Myrdal ? C’était un économiste de gauche qui a reçu le prix Nobel. Mais il a aussi publié en 1944 l’un des livres les plus influents jamais écrits sur les relations raciales aux États-Unis. Il s’intitulait An American Dilemma. Il a connu 25 réimpressions, il est ressorti en deuxième édition en 1965 et était même réédité en deux volumes en 1996.

Pendant des années, Un Dilemme américain a été presque la Bible, le guide essentiel des relations raciales américaines. J’ai lu toutes les 1 400 pages de ce gros livre, et je peux en résumer le contenu très facilement : c’est entièrement la faute des Blancs.

C’est toujours comme ça. Les Blancs – en l’occurrence un Suédois – qui ont peu d’expérience avec les personnes d’autres races pensent toujours qu’ils savent mieux – qu’ils sont plus vertueux – que ceux qui ont peut-être vécu avec d’autres races pendant des centaines d’années.

À l’époque, Gunnar Myrdal appelait le problème des relations raciales le « dilemme américain », et en 1944, c’était bien ça. Aujourd’hui, c’est le dilemme européen, le dilemme canadien, le dilemme australien. C’est partout le dilemme de l’homme blanc.

Et regardez la Suède aujourd’hui. Quand Myrdal est mort, en 1987, la Suède était à 98 % blanche. Aujourd’hui, grâce à l’immigration, la Suède est à environ 30 % non blanche et elle a quasiment toutes les années le taux de viols le plus élevé de toute l’Europe. Les Suédois ont à peu près cessé de faire la leçon aux Américains.

L’expérience de la colonie de Jamestown

Donc, d’abord, j’aimerais vous dire quelques choses sur les relations raciales américaines que vous ne savez probablement pas. Et ensuite, j’aimerais parler du tableau plus large. Le dilemme européen.

Commençons par l’Amérique

Je suppose que la plupart d’entre vous ont entendu parler de la colonie de Jamestown en Virginie ? C’était le premier établissement anglais permanent dans le Nouveau Monde, fondé en 1607. Bien sûr, il y avait déjà des Indiens en Virginie. Ainsi donc quand l’année prochaine marquera les 420 ans du début de mon pays, cela signifiera aussi 420 ans de relations raciales – 420 ans pendant lesquels les Américains ont appris certaines leçons raciales, les ont toutes oubliées, et sont en train de les réapprendre lentement aujourd’hui.

Quand les colons anglais sont arrivés à Jamestown en 1607, les Espagnols étaient déjà présents dans le Nouveau Monde depuis plus d’un siècle. Jusqu’en 1607, 200 000 Espagnols avaient émigré dans les colonies. Ils avaient trouvé de l’or et de l’argent et avaient rapporté une immense richesse en Espagne. En même temps, les Espagnols s’étaient forgé une réputation mondiale de cruauté envers les Indiens d’Amérique.

C’est pourquoi le but de la colonie de Jamestown était de mettre la main sur des trésors, mais les Anglais étaient déterminés à ne pas commettre l’erreur espagnole de maltraiter les Indiens. Comme d’habitude, ceux qui n’avaient aucune expérience pensaient qu’ils feraient mieux que ceux qui avaient déjà un siècle d’expérience.

Il est important de noter que les Anglais n’avaient aucune idée préconçue de différences raciales ou de supériorité. Ils voyaient les Indiens comme essentiellement identiques à eux-mêmes. C’était complètement différent de leur vision des Arabes ou des Noirs africains, qu’ils considéraient comme étranges et étrangers.

De la coexistence difficile…

La colonie a commencé avec uniquement des hommes – environ une centaine – et ils ont prudemment et pacifiquement choisi un emplacement pour leur campement qui n’était revendiqué ni habité par personne. Ils ne voulaient offenser personne. Le chef de la colonie, Edward-Maria Wingfield, a même décrété que, puisque les Anglais venaient en paix, ils ne construiraient aucun mur et il n’y aurait aucun entraînement aux armes.

Cependant, alors que le campement n’avait même pas deux semaines d’existence, des centaines d’Indiens ont attaqué et tenté d’exterminer les Anglais. Il y a eu des morts des deux côtés ; et les Anglais auraient été massacrés s’ils n’avaient pas tiré avec un canon qui se trouvait à bord d’un des navires. Le bruit de la détonation a terrifié les Indiens qui se sont enfuis. À la suite de quoi, les Anglais ont rapidement construit un fort en rondins.

Malgré ce mauvais départ, tous les documents existants concordent : les Anglais voulaient toujours faire mieux que les Espagnols et vivre en paix avec les Indiens. Cependant, à leur grande déception, ce sont les tribus qui vivaient le plus près d’eux qui les aimaient le moins. Seuls ceux qui vivaient le plus loin étaient amicaux et prêts à commercer. C’est un principe fondamental des relations raciales : elles sont toujours meilleures à distance.

Le chef des Indiens voisins s’appelait Powhatan, et sa fille préférée, Pocahontas, s’est convertie au christianisme et a épousé un colon anglais en 1614, sept ans après le début de la colonie. Ce fut le début d’une période de paix.

Le nouveau chef de la colonie, George Thorpe, travaillait incessamment pour plaire aux Indiens. Si des colons maltraitaient des Indiens de quelque façon que ce soit, les documents disent que George Thorpe « les punissait sévèrement », bien qu’il n’y ait pas d’exemples précis. Probablement les faisaient-ils fouettés. Il est à noter que lorsque des chiens appartenant aux Anglais aboyaient sur des Indiens, Thorpe les faisait tuer en présence des Indiens – au grand dam des propriétaires des chiens.

… à la coexistence impossible

Mais en 1618, quatre ans après que la princesse indienne Pocahontas a épousé un colon, son père, le chef Powhatan, est mort, et son jeune frère, Opechancanough, est devenu chef. Opechancanough n’avait pas de fille préférée mariée à un Anglais, Anglais qu’il n’aimait pas.

Ainsi, en 1622, quatre ans après être devenu chef, Opechancanough a décidé d’exterminer les Anglais. À cette époque, il y en avait environ 1 200 à Jamestown, répartis en plusieurs endroits différents. Chaque matin, des Indiens venaient dans les établissements et travaillaient avec les Anglais dans les fermes et dans les ateliers. Le 22 mars 1622, le plan était que les Indiens se soulèvent et tuent tous les hommes, femmes et enfants.

Cependant, l’établissement principal de Jamestown a été averti de l’attaque par un Indien converti au christianisme. Les hommes ont gardé leurs armes à portée de main et il ne s’est rien passé. Dans d’autres zones, ce fut la surprise totale, et les Indiens ont tué environ 400 colons, soit un tiers de toute la colonie. Fait intéressant : ils ont été particulièrement cruels envers John Thorpe, qui avait tué des chiens qui gênaient les Indiens et qui se souciait tant de leur bien-être. Ils l’ont torturé et ont mutilé son corps.

Les Anglais ont fait brièvement la guerre aux Indiens, mais les deux groupes sont retournés à des relations pacifiques, comme avant. Opechancanough est resté chef.

Étonnamment, en 1644 – 22 ans plus tard –, Opechancanough a lancé une attaque surprise identique, et cette fois a réussi à tuer entre 400 et 500 personnes dans une nouvelle tentative d’extermination. Mais cette fois, les Anglais ripostèrent et lancèrent à leur tour une campagne d’extermination, et ils ont tué beaucoup d’Indiens, dont Opechancanough.

Les Indiens ont été détruits

J’appelle cela la tragédie inhérente des relations raciales. Les Anglais semblent avoir été animés de véritables intentions pacifiques. Ils n’étaient pas agressifs, confiants, et n’avaient aucun sentiment de supériorité raciale. La colonie de Jamestown semble avoir été un effort aussi prometteur que possible pour établir des relations raciales pacifiques.

Et pourtant, la simple présence d’hommes blancs constituait un acte d’agression, même s’ils ne s’en rendaient pas compte. Les Indiens étaient là les premiers. Il y a toujours quelqu’un qui est là en premier. On peut juger condamnable qu’Opechancanough ait tenté à deux reprises d’exterminer les colons par des attaques surprises sournoises, mais je ne lui en fais pas grief. C’était la seule façon pour les Indiens de chasser l’homme blanc et de rester maîtres chez eux. Ces attaques ont échoué et les Indiens ont été détruits.

Et c’est l’histoire de la conquête de l’Amérique. Les intentions des Blancs – parfois bonnes, parfois mauvaises – n’ont pas d’importance. Le fait fondamental est qu’un peuple disposait d’une terre, et qu’un autre groupe, plus avancé et plus puissant, la voulait. Le résultat fut la dépossession des Indiens, et même aujourd’hui, en dépit d’un réel brassage, les Indiens restent un peuple distinct avec une identité distincte, ce qui montre combien l’assimilation raciale reste problématique, même après 400 ans. Les relations raciales entraînent toujours des difficultés.

Ce fut une malchance pour les Indiens que Christophe Colomb n’ait pas pu différer son voyage de cinq siècles. S’il avait débarqué en 1992 plutôt qu’en 1492, l’ensemble du continent aurait sans doute été classé réserve naturelle ou zone protégée du patrimoine mondial, ouverte à quelques circuits d’écotourisme soigneusement encadrés, mais certainement pas à la colonisation.

Les vrais ressorts de l’abolitionnisme

Maintenant, j’aimerais changer de sujet et parler des Noirs et de l’esclavage.

Si vous pensez qu’il n’y avait d’esclavage qu’au Sud des États-Unis, vous vous trompez. En 1770, juste avant la Déclaration d’indépendance américaine de 1776, il y avait de l’esclavage dans toutes les parties du Nouveau Monde : anglais, français, espagnol et portugais. Amérique du Nord et du Sud. En 1770, 40 % des foyers blancs de ce qui est aujourd’hui la ville de New York possédaient des esclaves noirs, et il y avait plus d’esclaves dans la colonie de New York, au Nord, que dans la colonie de Géorgie, au Sud.

Revenons donc aux premiers pas des États-Unis indépendants. Le nouveau pays a ratifié sa Constitution en 1788. Le Congrès des États-Unis s’est réuni pour la toute première fois l’année suivante, en 1789. Pays neuf, le premier Congrès devait décider de beaucoup de choses. Il fallait mettre en place un système des tribunaux, le service postal, le département du Trésor, le département de la Guerre. C’est ce Congrès qui a adopté les célèbres dix premiers amendements de la Constitution. C’est lui aussi qui devait déterminer où serait la capitale.

Lui encore qui devait décider qui pouvait être citoyen de ce nouveau pays. Savez-vous qui pouvait être citoyen ? La première loi sur la nationalité, adoptée par le premier Congrès en 1790, réservait la citoyenneté uniquement aux « personnes blanches libres de bonne moralité ».

Ce devait être une nation pour les Blancs.

À cette époque, il y avait environ 760 000 Noirs, dont la plupart étaient esclaves, mais même les Noirs libres pouvaient être citoyens d’un État, mais pas des États-Unis (3,3 millions de Blancs)

Le Nord de l’Amérique n’était pas adapté à l’esclavage de plantation, et les États du Nord ont progressivement libéré leurs esclaves. Le mouvement abolitionniste, cependant, est l’un des mouvements les plus mal compris de l’histoire américaine. La plupart des Américains pensent aujourd’hui que les abolitionnistes voulaient libérer les esclaves et les rendre égaux aux Blancs. Pas du tout. Les abolitionnistes pensaient que l’esclavage était mal, mais l’immense majorité voulait libérer les esclaves et les envoyer hors des États-Unis. Ils appelaient cela la colonisation – envoyer les Noirs dans des colonies outre-mer – et vous pouvez y voir un plan de remigration, si vous voulez.

Politique du retour en Afrique

Cette idée remonte à la fondation de l’Amérique. Notre troisième président, Thomas Jefferson, possédait plusieurs centaines d’esclaves, mais il considérait l’esclavage comme un terrible dilemme – pour reprendre ce mot. Comme il l’a dit fameusement : « Nous tenons le loup par les oreilles, et nous ne pouvons ni le tenir ni le lâcher. » Imaginez tenir un loup terrifiant par les oreilles. Le tenir, c’est dangereux ; le lâcher, c’est aussi dangereux. Jefferson pensait que l’esclavage était une injustice grave, mais que se passerait-il si vous libériez les esclaves ? Il pensait qu’il serait impossible pour les Blancs et les Noirs libres de vivre ensemble.

À Washington DC, il y a un magnifique monument à Thomas Jefferson, avec des colonnes ioniques, un fronton et un dôme – un peu comme le Panthéon à Rome. À l’intérieur, il y a des citations du troisième président gravées dans le marbre. L’une dit : « Rien n’est plus certainement écrit dans le livre du destin que ces gens, les Nègres, doivent être libres. » Mais au mémorial, la citation s’arrête là. Cependant, dans l’original, Jefferson ne s’est pas arrêté là. Il a écrit : « Ni n’est moins certain que les deux races, également libres, ne peuvent vivre sous le même gouvernement. » Le bâtiment a été achevé et inauguré en 1943. Dajà alors, les Américains se mentaient à eux-mêmes à propos de Jefferson.

Lui, il voulait remigrer les Noirs « hors de portée du mélange », ainsi qu’il le disait.

Le président suivant, James Madison, a tenté de faire racheter par le gouvernement fédéral l’ensemble de la population esclave des États-Unis afin de les réinstaller outre-mer, mais il n’a pas réussi à obtenir du Congrès les crédits nécessaires.

Après avoir quitté ses fonctions, Madison est devenu président de l’American Colonization Society, une organisation privée très influente qui collectait des fonds pour envoyer les Noirs en Afrique. Le président américain suivant, James Monroe, a été très actif dans la création de la nation du Liberia comme lieu d’accueil pour les Noirs américains libérés. La capitale du Liberia, Monrovia, porte le nom de Monroe en remerciement pour son aide à la création du pays. Dès les débuts, des personnalités américaines de premier plan souhaitaient voir l’ensemble de la population noire quitter les États-Unis.

Neuf des onze premiers présidents américains, d’ailleurs, à commencer par George Washington, possédaient des esclaves.

La plupart des Américains pensent qu’Abraham Lincoln, le 16e président, appelé le « grand émancipateur », voulait rendre les Noirs égaux aux Blancs. Ils se trompent. Lui aussi pensait que l’esclavage était une terrible injustice, mais il insistait aussi sur le projet de colonisation.

Pas d’abolition sans remigration

Comme vous le savez, les États-Unis ont livré une terrible guerre intestine à cause de l’esclavage. Plus d’Américains sont morts dans notre guerre de Sécession que dans toutes les autres guerres américaines réunies : 750 000 morts.

Pendant que cette terrible guerre faisait rage, Lincoln anticipait qu’elle se terminerait par l’émancipation. Mais il ne voulait pas de Noirs libres vivant aux États-Unis. Il a nommé un commissaire à l’émigration pour trouver un endroit où envoyer les Noirs libres. Il a cherché dans les Caraïbes, en Amérique centrale et du Sud, mais le projet n’a pas abouti.

Lincoln a reçu une délégation de pasteurs noirs à la Maison-Blanche. Il leur a expliqué que la guerre trouvait son origine dans la question raciale et les exhorta à convaincre leurs fidèles qu’une émigration hors des États-Unis constituait la meilleure solution, estimant que Blancs et Noirs ne pourraient vivre ensemble

Des Noirs étaient déjà venus à la Maison-Blanche, mais en tant que domestiques ou ouvriers, c’était la première fois qu’ils venaient pour une affaire officielle. Et c’était pour que le président des États-Unis leur dise qu’ils n’étaient pas désirés et qu’ils devaient partir. Cet épisode est aujourd’hui considéré comme si honteux dans l’histoire américaine qu’il est rarement évoqué. Il est probable qu’un Américain sur cinq cents à peine en ait connaissance.

Nombre de Nordistes, dans des États où l’esclavage avait déjà été aboli, s’opposaient à l’abolition même dans le Sud, à moins qu’elle ne conduise directement à la remigration. Ils allaient même jusqu’à interdire les réunions des abolitionnistes à moins que celles-ci ne défendent explicitement un projet clair : pas d’abolition sans remigration.

Les abolitionnistes qui ne soutenaient pas également la colonisation étaient si impopulaires, y compris dans le Nord, qu’ils peinaient à trouver des salles pour tenir leurs réunions, comme nous, identitaires, aujourd’hui. Et c’est ainsi qu’en 1839, vingt-deux ans avant la Guerre civile, la Pennsylvania Anti-Slavery Society a construit son propre bâtiment à Philadelphie pour pouvoir tenir ses réunions. Ce bâtiment s’appelait « Le Temple du libre débat ». La salle venait à peine d’ouvrir qu’elle fut incendiée : trois jours seulement après son inauguration, plusieurs milliers de personnes se rassemblèrent devant le bâtiment et y mirent le feu. Les pompiers sont venus, mais seulement pour s’assurer que le feu ne gagne les bâtiments voisins. Le « Temple du libre débat » a été complètement détruit. Les habitants de Pennsylvanie ne voulaient pas vivre avec des Noirs libres. Peut-être un Américain sur cinq mille a-t-il jamais entendu parler du « Temple du libre débat ».

Ce qu’était l’Amérique jusqu’aux années 1950

Plusieurs États qui ont rejoint les États-Unis avant la Guerre de sécession espéraient éviter les problèmes raciaux en restant entièrement blancs. Les habitants du territoire de l’Oregon, par exemple, ont d’abord voté pour ne pas autoriser l’esclavage. Puis ils ont voté en nombre encore plus grand pour ne pas autoriser les Noirs dans l’État du tout. Cette interdiction a été inscrite dans la Constitution de l’Oregon de 1857.

De nombreux Américains éminents ont dit des choses très dures sur les Noirs et aussi sur les Indiens.

Le président James Garfield, élu en 1881, a écrit : « J’ai un fort sentiment de répugnance quand je pense aux Nègres qui deviennent nos égaux politiques et je serais heureux s’ils pouvaient être colonisés, envoyés au ciel, ou débarrassés de toute façon décente. » Theodore Roosevelt a été président de 1901 à 1909. En 1901, il écrivait qu’il n’avait « pas été capable de trouver une solution au terrible problème posé par la présence du Nègre sur ce continent ».

À propos des Indiens d’Amérique, il a écrit : « Je ne vais pas jusqu’à penser que le seul bon Indien est un Indien mort, mais je crois que neuf sur dix le sont, et je ne m’enquerrais pas trop de la santé du dixième. »

Mark Twain, le célèbre humoriste, appelait l’Indien d’Amérique « un bon, juste et désirable sujet d’extermination s’il n’en fut jamais un ».

Les Indiens n’ont reçu la citoyenneté américaine qu’en vertu d’une loi du Congrès en 1924.

Dwight Eisenhower, président de 1953 à 1961, a dit qu’il pourrait être nécessaire d’accorder aux Noirs certains droits politiques, mais que cela ne signifiait pas l’égalité sociale « ni qu’un Nègre pourrait épouser ma fille ». C’est seulement avec John Kennedy que nous avons enfin un président dont les idées sur la race commencent à être acceptables selon les normes d’aujourd’hui.

Comme beaucoup d’entre vous le savent probablement, jusqu’en 1965, les États-Unis avaient une politique d’immigration conçue pour garder le pays blanc, et à l’époque il était à environ 90 % blanc. La loi Hart-Celler, qui mit fin à cette politique, ne fut adoptée par le Congrès qu’après que ses promoteurs eurent assuré que l’immigration non blanche resterait limitée et que l’équilibre démographique du pays ne serait pas modifié. Si ces membres du Congrès avaient su que dans seulement 80 ans les Blancs deviendraient une minorité raciale, je peux vous promettre qu’ils n’auraient JAMAIS adopté cette loi.

Jusqu’aux années 1950 environ, donc, c’est ce que la plupart des Américains blancs croyaient.

Changement radical de paradigme

Les personnes de races différentes différaient substantiellement en intelligence, en tempérament et en capacité ; et c’est pourquoi les différentes races construisaient des types de sociétés différents. Ils voulaient que les seuls Blancs vivent en Amérique, parce qu’eux seuls pouvaient maintenir le type de civilisation que les Américains valorisaient. L’immigration de non-Blancs leur apparaissait comme une menace mortelle. Il était courant de soutenir que si les non-Blancs ne pouvaient pas être expulsés, ils devaient être séparés socialement et politiquement. Les Blancs étaient très fortement opposés au mariage avec des non-Blancs.

Ce que les Blancs sont maintenant censés penser est exactement l’opposé. Je ne vois guère d’exemples dans l’histoire humaine où des valeurs fondamentales ont été si complètement renversées en si peu de temps, sinon la Révolution islamique en Iran ou l’effondrement du communisme en Union soviétique.

Maintenant, les Blancs sont censés croire que les races sont absolument égales en tout point. La race ne doit jamais être une raison pour faire un choix. Les Blancs n’ont aucun intérêt de groupe légitime, donc ils ne doivent jamais s’organiser en tant que Blancs. Il est immoral pour les Blancs de vouloir rester majoritaires dans leurs patries.

La diversité raciale est intrinsèquement merveilleuse, donc les Blancs devraient accueillir des populations venant de partout dans leurs pays, quartiers, institutions et écoles – même si cela réduit les Blancs à une minorité. Nous n’en sommes pas encore au point où les Blancs sont activement critiqués pour épouser d’autres Blancs, mais fréquenter et épouser des non-Blancs est considéré comme merveilleusement progressiste. Et vous voyez cela promu dans les images publicitaires tout le temps.

La bascule démographique

L’idée que toutes les races sont égales en tout point est pratiquement le 11e Commandement de la société américaine. Mais, bien sûr, ce n’est évidemment pas vrai.

En moyenne, les Blancs ont un QI plus élevé que les Hispaniques et les Hispaniques que les Noirs. Aux États-Unis, où les Noirs représentent 14 % de la population, ils ne constituent que 1 % des personnes ayant un QI de 130 ou plus et environ 0,5 % de ceux ayant un QI de 140 ou plus.

Alors, que se passe-t-il quand ils n’arrivent pas à être au même niveau que les Blancs ? Comme toutes les races sont officiellement égales, la seule explication autorisée de l’échec des Noirs ou des Hispaniques est l’oppression par des Blancs méchants. Étonnamment, presque aucun Blanc ne conteste publiquement cela. Ils se soumettent à l’humiliation et à la discrimination flagrante parce que c’est leur faute si les autres ne réussissent pas.

Ce sujet est interdit en Europe tout comme aux États-Unis. Mais dans une société multiraciale, c’est de la folie de prétendre que chaque groupe est le même.

Et, pendant que nous ignorons la réalité de la race, les projections démographiques actuelles aux États-Unis indiquent que les Blancs deviendront minoritaires d’ici 2045, soit dans seulement 19 ans. Déjà, chaque enfant blanc aux États-Unis de moins de 18 ans est une minorité. D’ici 2060, les Hispaniques seront la majorité absolue et les Blancs ne représenteront que 30 % de la population.

La majorité est censée croire que perdre en nombre, perdre de l’influence, perdre le contrôle de son propre destin, et peut-être même disparaître, est une chose merveilleuse.

L’Amérique cesse lentement d’exister. C’est une chose indiciblement douloureuse pour moi de regarder mon pays se bercer d’illusions jusqu’à l’autodestruction.

À mon avis, l’homme blanc a touché le fond le 25 mai 2020. Savez-vous ce qui s’est passé ce jour-là ? George Floyd est monté au ciel. Par la suite, trois cents villes ont déclaré des couvre-feux. Trente États ont appelé la garde nationale pour maintenir la paix. Mais depuis, il y a eu un rétablissement remarquable.

Du dilemme américain au dilemme européen

Jusqu’ici, je vous ai parlé en tant qu’Américain.

Et il serait difficile d’être plus américain que moi. Le premier Taylor est arrivé dans les colonies anglaises en 1635. Nous avons voté à chaque élection, nous avons combattu dans chaque guerre. Au moment de la guerre de Sécession, tous mes ancêtres masculins en âge de combattre ont combattu pour les États confédérés. Mon pays est rempli de nos os, imprégné de notre sang.

Et pourtant, ma culture est européenne, mon héritage, ma langue, la foi de mes pères, tout ce qui fait de moi un Américain a ses racines, profondes, très profondes, en Europe. Et tout comme mon héritage est le même que le vôtre, mon avenir et mon destin le sont aussi. Nos destins sont liés et inséparables. Et donc, avec votre permission, j’aimerais revendiquer l’honneur de m’appeler un Européen. Un Européen d’expression américaine, pour emprunter et modifier une phrase qu’utilise Jean-Yves Le Gallou.

Je crois que partout où vous trouvez notre peuple – au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande, à la pointe sud de l’Afrique –, vous trouvez ce que j’appelle la fraternité mondiale des Européens.

Et partout, notre peuple se réveille à la terrible crise que nous affrontons.

Pour nous dans cette salle, c’est évident. Nos ancêtres n’ont pas construit l’Europe pour que notre génération la donne à des étrangers. Des étrangers qui ne sont pas nous, qui ne peuvent pas être nous, qui ne veulent pas être nous, et qui souvent nous haïssent.

L’Europe doit être aux Européens. Nous trouvons presque impossible de comprendre un Blanc qui ne comprend pas cela instinctivement.

Les musulmans, en particulier, sont des ennemis jurés.

Pendant mille ans, de l’invasion de l’Espagne par les Maures en 711 au siège de Vienne en 1683, l’islam a été une menace mortelle pour l’Europe. Mais maintenant, nous sommes censés laisser les musulmans déferler dans nos pays et penser qu’ils prendront soin de nous dans notre vieillesse ? Qui peut croire cette folie ?

Et nos dirigeants croient-ils vraiment que les Somaliens et les Congolais appartiennent à cette société ?

Heureusement, des millions d’entre nous comprenons maintenant que c’était une terrible erreur de ressembler à l’Amérique en ouvrant les patries européennes à l’immigration. Des millions sont déterminés à reconquérir leurs patries et à construire des sociétés dans lesquelles nos enfants apprendront qu’il n’est pas seulement acceptable d’être blanc. Ils doivent apprendre qu’il n’y a pas de plus grande bénédiction que d’être fils et filles de l’Europe, d’être les héritiers vivants et respirants d’un héritage magnifique, participant à part entière à cette fabuleuse aventure que nous appelons la civilisation occidentale. Les autres n’en sont que des spectateurs. Des imitateurs.

C’est pourquoi la remigration est la seule solution.

La plus grande des batailles

Oui, nous sommes dans un combat pour nos vies, tout comme nos ancêtres aux Thermopyles, à la bataille de Tours et au siège de Vienne, les Afrikaners à la bataille de Blood River. Mais notre combat est différent. Nos ancêtres avaient un objectif simple : vaincre l’ennemi ou tomber les armes à la main. J’aimerais que ce soit aussi simple pour nous. Je crois que chaque homme dans cette salle donnerait sa vie pour assurer la survie de notre peuple. Le sang des héros passés coule dans nos veines.

Mais notre combat est bien plus difficile. Car parmi les forces qui nous font face se trouvent aussi nombre des nôtres, de nos frères et de nos sœurs. Des Européens comme nous. C’est la grande tragédie de notre lutte et cela la rend différente de toute autre lutte dans l’histoire. Nous sommes dans la position horrible d’avoir à expliquer à notre propre peuple qu’il est moral pour nous – pour eux – de survivre. Personne d’autre n’a jamais eu une tâche aussi terrible. Nos adversaires ne sont donc pas nos ennemis jurés. Souvent, ce sont des membres de nos propres foyers.

Je crois que chez presque tous les nôtres il y a encore une lueur, une petite étincelle d’identité européenne. Notre travail est de trouver cette étincelle, de souffler doucement et amoureusement dessus, et d’en allumer un feu dévorant.

Je crois que c’est la plus grande lutte de toute l’histoire humaine. Sur nous repose le destin de notre peuple, le destin de l’Occident, le destin de tout ce pour quoi nos ancêtres ont combattu, le destin de tout ce que nous aimons.

Je donnerais n’importe quoi pour avoir quarante ans de moins, pour avoir quarante années de plus à vivre au service de notre peuple. Je ne vivrai peut-être pas pour voir l’avenir de l’Europe assuré et fortifié contre toutes les menaces, mais VOUS qui êtes jeunes, VOUS le verrez.

Et du fond de ma tombe, je sourirai en entendant le rire de vos enfants.

Rédaction d’« Éléments »

Jared Taylor 

Intellectuel américain, essayiste nationaliste, racialiste
 

 

mars 30, 2026

Trumpisme et Trumpénisation !!

 Sommaire:

A) - Trump et la guerre en Iran : Erreur fatale ou coup de génie ?

B) - Trump : Quand les patrons américains vont-ils réagir ?

C) - Trump tord le bras de l’Europe : ratifiez ou perdez votre gaz américain !

D) - Trump est un génie: l'erreur historique de l'Iran des Mollah

 


 

Trump et la guerre en Iran : Erreur fatale ou coup de génie ?

Depuis plus de dix ans, une partie de la presse occidentale et les soi-disant « experts » expliquent avec une remarquable constance que Donald Trump est un imbécile, un clown, un fou dangereux. Le problème, c’est que cette grille de lecture est surtout révélatrice de biais idéologiques, de la paresse intellectuelle ou pire, de la bêtise même, de ceux qui l’emploient. En géopolitique, sous-estimer son adversaire est toujours une erreur. Et dans le cas de Trump, c’en est même une double.

Car depuis longtemps j’avance une autre hypothèse : Donald Trump n’est pas l’anomalie du système américain, il en est le symptôme. Celui d’un Empire qui vieillit, doute, mais qui refuse encore de disparaître.

L’Amérique reste certes aujourd’hui la première puissance militaire, technologique et financière du monde. Mais elle est aussi un empire fatigué : une dette colossale, une industrie moribonde et depuis longtemps délocalisée, une société fracturée, voire décadente (wokisme) et surtout avec un rival systémique – la Chine – qui monte en puissance à une vitesse historique et qui la dépasse à présent (hormis dans le domaine militaire mais pour combien de temps ?) dans tous les secteurs. 

Dans ce contexte, l’élection puis la réélection de Donald Trump ne doivent rien au hasard. Elles traduisent le réflexe de survie d’une partie de l’Amérique. Celle que les castes globalisées regardent souvent avec mépris : l’Amérique périphérique, industrielle (ou ce qu’il en reste !), rurale, celle qui a payé la mondialisation de plein fouet et qui refuse d’être sacrifiée sur l’autel du libre-échange sauvage et des guerres idéologiques.

Trump n’est donc pas une parenthèse. Dans ce nouvel épisode du concept du « Piège de Thucydide », il représente donc le sursaut d’un empire dont le déclin fut notamment accéléré par quatre années catastrophiques d’une administration Biden inconséquente et incompétente.

Or l’Histoire est cruelle avec les sursauts.

J’écrivais en novembre 2024 : « Donald Trump sera-t-il le Justinien de l’Empire américain… et de l’Occident ? »

La comparaison n’avait rien d’un compliment facile. Justinien, Napoléon ou Churchill incarnent tous le même phénomène historique : celui du dirigeant qui tente de redresser une puissance vieillissante et en fin de vie.

Justinien, l’empereur romain d’Orient du VIsiècle, restaure quelque peu l’empire romain d’Occident et ralentit son déclin pendant seulement quarante ans. Napoléon prolongea quinze années la suprématie française et le Siècle français, puis ce fut l’Espagne, la Russie et Waterloo. Churchill offrit au Royaume-Uni un dernier moment, quelques années, de grandeur impériale avant l’avènement finalement du Siècle américain.

De fait, ces sursauts durent donc rarement.

La question est donc simple : le sursaut Trump n’aura-t-il duré que quinze mois ?

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Un début de second mandat fulgurant

Car depuis janvier, que cela nous plaise ou non, Donald Trump avait accumulé les succès.

D’abord en politique étrangère. Contrairement à l’image belliciste que lui prêtent ses adversaires, Trump s’est toujours méfié des guerres coûteuses et inutiles. Il considère – à juste titre – que les États-Unis ont dilapidé leur puissance (et leur argent) dans des conflits périphériques sans intérêt stratégique réel.

Son objectif était donc clair : fermer les robinets impériaux.

Il a tout d’abord contribué à mettre fin ou à désamorcer huit conflits majeurs ou crises ouvertes à travers le monde. 

La fin du conflit ukrainien devait en faire partie. Pour Washington, cette guerre était devenue un gouffre financier sans retour stratégique évident. Son retrait progressif et la laisser aux Européens était une manière élégante de rappeler que l’OTAN n’est pas une mutuelle gratuite. 

Et, n’oublions pas que si le conflit perdure aujourd’hui, c’est aussi parce que le puissant complexe militaro-industriel américain, largement hostile à Trump, n’a cessé de court-circuiter sa stratégie en s’appuyant sur certains dirigeants européens – on se souvient du rôle trouble joué par Boris Johnson en 2022 pour torpiller les négociations en échange de grosses commissions – afin de maintenir ce conflit profitable à l’industrie de défense américaine.

Dans le même temps, Trump lançait une politique commerciale agressive pour relancer l’industrie américaine. Les tarifs douaniers n’étaient pas une folie ou un caprice protectionniste mais un outil de réindustrialisation forcée.

À cela s’ajoutaient plusieurs mouvements stratégiques importants : sécurisation de l’arrière-cour américaine, pression sur le Panama et le coup au Venezuela pour réduire l’influence chinoise, rapprochement discret avec la Russie et tout récemment, un accord économique majeur et historique avec l’Inde.

Sans oublier le Groenland, cible de moqueries médiatiques mais enjeu stratégique majeur : terres rares (comme au Venezuela d’ailleurs), routes arctiques, contrôle des ressources du futur.

De même, avec Trump, les États-Unis attiraient d’importants investissements venus du Golfe : près de 45 milliards de dollars annoncés par le Qatar dans différents projets industriels et énergétiques, plus de 600 milliards promis par l’Arabie saoudite sur plusieurs années et plus de 200 milliards de dollars d’investissements et de partenariats stratégiques des Émirats arabes unis dans les technologies et l’intelligence artificielle américaines (notons que ces flux pourraient évidemment être remis en question par la nouvelle guerre dans le Golfe et ses conséquences, d’autant plus que Riyad et Abou Dhabi avaient rejoint les BRICS sous le mandat de Biden).

Trump poursuivait aussi une idée stratégique peu commentée : faire “exploser” les BRICS+ de l’intérieur afin d’affaiblir la Chine en rapprochant plusieurs membres clés – Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Inde et même Russie – de l’économie américaine plutôt que de les laisser glisser durablement dans l’orbite de Pékin.

La logique était limpide : réduire les engagements périphériques pour concentrer la puissance américaine sur le véritable défi du XXIe siècle – la rivalité avec la Chine.

En clair, comme je l’indiquais dans un édito précédent, sortir des guerres pour préparer la grande compétition.

Et puis survient l’Iran.

La politique de Trump face à Téhéran

Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut revenir au premier mandat Trump.

En 2018, la sortie du JCPOA marquait un changement profond de stratégie. Washington abandonnait la logique d’endiguement diplomatique pour revenir à la pression maximale.

Mais la véritable nouveauté était ailleurs : dans l’acceptation également d’une stratégie de décapitation ciblée.

Le message américain devenait simple : les États-Unis ne se contenteraient plus d’user la périphérie du système iranien. Ils pourraient viser directement les cerveaux du dispositif.

L’élimination du général Qassem Soleimani en fut l’exemple le plus spectaculaire.

Cette approche repose sur un triptyque très clair : pression économique maximale, renseignement offensif et menace militaire crédible. L’objectif n’est pas forcément la guerre totale mais la désorganisation progressive de l’adversaire.

Depuis le début du second mandat Trump, cette stratégie a été renforcée.

Washington a accru sa présence militaire dans la région. Et surtout, la CIA, à l’instar du Mossad déjà bien implanté sur le territoire iranien, a relancé des opérations de recrutement en persan visant directement les élites iraniennes.

Ce n’est pas un détail. Quand une puissance prépare une opération majeure, elle cherche d’abord à comprendre le système qu’elle veut frapper. Logique.

Mais Trump, contrairement aux caricatures médiatiques, ne voulait absolument pas d’une guerre, d’où son hésitation et ses réticences manifestes pendant plusieurs semaines… 

Il voulait un rapport de force suffisant pour imposer une négociation ou provoquer une fracture interne du régime.

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Le pari iranien

Trump ne le sait probablement pas, mais Churchill a écrit un jour : « Ne croyez jamais, jamais, jamais qu’une guerre sera simple et facile, ni que quiconque s’engage dans cet étrange voyage puisse en mesurer les marées et les ouragans qu’il rencontrera. L’homme d’État qui cède à la fièvre guerrière doit comprendre que, dès que le signal est donné, il n’est plus le maître de la politique, mais l’esclave d’événements imprévisibles et incontrôlables ».

Alors pourquoi cette intervention ?

Les théories complotistes circulent déjà : manipulation de Netanyahou, chantages et pressions diverses, diversion politique afin d’occulter les retombées de l’affaire Epstein, conversion soudaine de Trump au néoconservatisme…

Soyons sérieux.

Comme le rappelait si justement Michel Rocard : « En matière de grande catastrophe publique, toujours privilégier la connerie au complot. La connerie est à la portée de tous, c’est donc assez largement répandu. Le complot nécessite beaucoup d’intelligence et d’organisation, c’est très rare ».

Or Trump n’est pas idiot et n’est pas devenu un faucon idéologique du jour au lendemain.

Ma lecture est différente : j’opterais plutôt pour le grain de sable qui a, au dernier moment, fait gripper un plan qui devait se dérouler sans accroc. Trump ne croyait pas réellement à un nouveau regime change ou un renversement du régime par un soulèvement populaire massif. Depuis janvier, et en dépit d’émeutes sans précédent, rien ne laissait toutefois présager un mouvement révolutionnaire capable d’abattre la République islamique. Les oppositions iraniennes se haïssent entre elles et restent donc profondément divisées, sans figure fédératrice et charismatique faisant l’unanimité dans le peuple iranien capable d’incarner une alternative crédible et sérieuse – et Trump lui-même a refusé de recevoir et d’adouber Reza Pahlavi par exemple. Dans cette perspective, c’est plutôt le spectre d’une guerre civile en Iran qui se profilerait dans le cas d’une chute brutale du régime et avec des conséquences pour la région dévastatrices.

Par ailleurs, Trump ne croyait pas (surtout pas !) non plus à un scénario d’intervention directe américaine (et encore moins terrestre !) ou à une insurrection militaire interne menée par des groupes comme les Kurdes. Son plan semblait beaucoup plus classique dans la tradition de la Realpolitik : pression maximale, négociations serrées… et éventuellement un coup de palais.

Dans ce scénario, les services américains et israéliens sont parvenus à convaincre Trump, peut-être en lui “vendant” l’idée d’une opération courte et ciblée : décapitation du sommet du régime, destruction totale du programme nucléaire et accélération d’une recomposition interne du pouvoir.

Autrement dit : provoquer un coup d’État interne mené par un homme – ou un groupe – au sein de l’appareil militaire ou même des Pasdarans.

La CIA et le Mossad pouvaient sincèrement croire à ce scénario. Mais plusieurs hypothèses existent : leur homme a peut-être été tué accidentellement dans les frappes ciblées qui ont décimé, en 24h et dans une redoutable efficacité, plus d’une cinquantaine de dirigeants iraniens – y compris le Guide suprême Khamenei – ou bien, il a été découvert et éliminé par ses propres pairs dans les purges actuelles et toujours en cours au cœur du régime.

Car un élément est largement sous-estimé : les infiltrations du Mossad au sein même de l’appareil iranien sont nombreuses, et les purges internes et les règlements de compte qui en découlent sont aujourd’hui massifs mais peu évoqués publiquement.

Dans ce contexte, les factions les plus dures et radicales du régime semblent donc avoir repris la main.

Ou encore, et ce serait le scénario le plus intéressant pour les Israéliens et surtout le président américain, leur fameux « homme idoine », leur carte maîtresse, est bel et bien encore en vie mais n’a simplement pas eu l’opportunité de passer à l’action. Nous y reviendrons plus loin…

En attendant, l’Iran n’est ni l’Irak de Saddam Hussein ni la Libye de Kadhafi.

C’est un régime profondément enraciné dans son appareil sécuritaire.

Les Pasdarans représentent environ 150 000 hommes. Les milices basijis en mobilisent près de 800 000. Avec leurs familles et leurs réseaux économiques, ce sont plus de vingt millions d’Iraniens qui ont un intérêt direct à la survie du régime, qui au passage s’y connaît très bien en révolution, en « brouillard de guerre », en guerre asymétrique et d’attrition !

Dans ces conditions, la chute rapide du système était toujours une hypothèse optimiste.

Aujourd’hui, le conflit semble s’installer. Et avec lui les dangers classiques de toute guerre périphérique qui peut se traduire par un fiasco fatal pour Trump et pire, dégénérer en véritable séisme international. 

Rappelons-nous que Napoléon pensait régler un problème dynastique en Espagne. Il y inventa la guérilla moderne… et commença à y perdre son empire !

Le piège des puissances fatiguées

La véritable question n’est donc pas militaire. Les États-Unis peuvent frapper l’Iran autant de fois qu’ils le souhaitent. Même si le complexe militaro-industriel américain est aux anges, les stocks de l’Oncle Sam s’épuisent et du matériel doit être rapatrié d’autres théâtres stratégiques comme en Asie, à la grande joie aussi des Chinois… 

Le problème est donc politique et géostratégique.

Une guerre prolongée et, pire, une intervention terrestre, même limitée, en Iran, on l’a dit, pourrait ruiner la grande stratégie trumpienne : concentrer l’Amérique contre la Chine. 

Pour l’heure et en paraphrasant Audiard : quand une puissance (USA) qui dépense 1 000 milliards de dollars par an pour sa défense décide d’agir, celles qui en dépensent 150 (Russie) ou 250 (Chine) regardent… et s’adaptent.

Certes les Chinois sont très inquiets pour leur approvisionnement en hydrocarbures qui est vital pour eux, surtout si le détroit d’Ormuz venait à être totalement fermé. Mais Pékin, après ce premier niveau de lecture de la crise, en a une seconde plus favorable. Xi Jinping peut observer au final la situation avec une certaine satisfaction (tout en aidant discrètement d’une manière ou d’une autre l’Iran). Car si Washington s’enlise une nouvelle fois au Moyen-Orient pendant que l’Europe se ruine de plus en plus en Ukraine, contre ses propres intérêts, dans une guerre qui ne la concerne pas et que la Russie entame sa cinquième année dans ce même conflit, le XXIe siècle devient soudain beaucoup plus confortable pour la Chine. Il suffirait alors d’une reprise des combats entre l’Inde et le Pakistan, et ce serait alors le jackpot pour l’Empire du milieu !  

Je l’ai déjà écrit : si vous êtes un stratège chinois et que vous voyez vos trois principaux concurrents s’épuiser simultanément, vous avez toutes les raisons de sourire et de vous frotter les mains. « Le meilleur général est celui qui gagne la guerre avant même d’avoir commencé la bataille », écrivait Sun Tzu…

Quant à Moscou, dans ce contexte, et au-delà des (fausses) rumeurs de la presse occidentale évoquant la fourniture d’informations aux Iraniens (et oui, il faut toujours mettre les Russes dans le camp des « méchants » mais même le Pentagone n’y croit pas, la Russie ayant d’autres chats à fouetter en Ukraine et au cas où, ne souhaite pas compromettre ses futures relations avec les Israéliens et Trump), elle adopte une posture classique : attendre, profiter de la hausse du pétrole et proposer surtout ses services comme médiateur.

En somme, au risque de décevoir les soutiens (agents d’influence ?) inconditionnels du « Sud global » de nos contrées et qui défendent mordicus le régime des mollahs pourtant toujours ennemi de l’Occident et de la France depuis 1979 (il a d’ailleurs récemment attaqué notre base aux Émirats arabes unis puis a causé en Irak la mort d’un soldat français et blessé cinq autres), personne ne se précipite ouvertement pour sauver Téhéran. Mais tout le monde observe attentivement la suite.

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Trump peut-il encore gagner ?

Je l’ai dit à plusieurs reprises : c’est peut-être le pari le plus risqué de la carrière – voire de la vie politique – de Donald Trump.

Car l’enjeu dépasse largement l’Iran.

Si la guerre s’enlise, Trump pourrait compromettre les élections de mi-mandat mais surtout perdre une grande partie de sa popularité – jusqu’ici remarquablement solide – au sein de son électorat MAGA, traditionnellement hostile aux aventures extérieures. Or cet électorat commence déjà à manifester des signes de doute et de déception face à cette nouvelle guerre et à ce qui pourrait apparaître, pour certains, comme la première promesse majeure non tenue par leur champion : celle de sortir l’Amérique des conflits coûteux et inutiles.

Le temps joue donc clairement contre Trump. Il en est très bien conscient, d’où certainement son impatience et son irritation. 

Et, à ce stade, malgré la puissance de feu des États-Unis ainsi que l’efficacité et la précision chirurgicale des frappes israéliennes, les mauvaises nouvelles – les Européens et l’OTAN refusent de participer à l’opération, le porte-avions Ford, endommagé, fait demi-tour et Joseph Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme (NCTC), proche de Trump et pilier du mouvement MAGA, vient de démissionner – continuent de s’accumuler pour Washington. Les bases, les intérêts et les ambassades américains au Moyen-Orient, tout comme Israël et les États alliés du Golfe, demeurent toujours exposés aux représailles iraniennes, aux drones et aux missiles de Téhéran, même si ces attaques semblent avoir ralenti — peut-être en raison d’une gestion plus contrainte des stocks — après déjà dix-sept jours de conflit…

Or l’Histoire nous apprend aussi qu’en géopolitique, les situations apparemment bloquées peuvent basculer très vite. Ou pas…

Si Trump parvient finalement à provoquer, sous la pression militaire, cette fameuse recomposition interne du régime iranien – ou même sa chute contrôlée –, il pourrait transformer une opération risquée en succès stratégique majeur.

Pour l’instant, reconnaissons-le : c’est loin d’être gagné, tant la « défense mosaïque » (structure du commandement militaire décentralisée), comme la résilience du pouvoir de Téhéran, est réelle. Les Israéliens ont beau éliminer les chefs un par un, ainsi que leurs remplaçants, « couper toutes les têtes », or celles du régime, comme celles d’une Hydre, repoussent à chaque fois. Pour combien de temps ?

Il ne faut pas oublier que les Pasdarans, force d’élite, pilier du régime, sont à la fois des combattants idéologiquement fanatisés et des acteurs économiques puissants. « Joueurs d’échecs, malins et très intelligents »(dixit Trump lui-même !), leur culture politique mêle professionnalisme, culte du martyr, loyauté révolutionnaire… et sens aigu des affaires.

Autrement dit, ils peuvent se montrer redoutablement déterminés. Mais ils restent aussi des hommes de pouvoir… et d’argent.

Comme le disait Charles Quint :

« Les incorruptibles n’existent pas. Ils sont simplement un peu plus chers que les autres. »

Dans ce contexte, l’« homme idoine », la fameuse taupe, évoqué plus haut pourrait apparaître – ou réapparaître – à un moment critique.

D’autre part, l’histoire regorge d’exemples où, au crépuscule des régimes les plus durs, certains responsables cherchent avant tout à sauver leur peau, leurs intérêts ou une partie de l’appareil de pouvoir.

En avril 1945, même Heinrich Himmler – pourtant le maître absolu de la SS et l’un des piliers les plus fanatiques du IIIᵉ Reich – tenta d’ouvrir des négociations secrètes avec les Occidentaux par l’intermédiaire du comte Folke Bernadotte, dans l’espoir de conclure une paix séparée sur le front occidental. L’objectif n’était évidemment pas une paix sincère, mais une manœuvre de survie personnelle et politique : préserver ce qui pouvait l’être du régime et tenter d’empêcher l’effondrement total face aux Soviétiques.

Ce type de calcul cynique est une constante dans les fins de régime, même les plus idéologiques.

Si un tel scénario devait émerger à Téhéran – fracture interne, coup de palais ou recomposition du pouvoir – le Moyen-Orient pourrait être profondément transformé.

L’un des principaux foyers de déstabilisation régionale disparaîtrait ou serait durablement affaibli. Et les États-Unis retrouveraient alors une marge d’initiative stratégique considérable, tout en portant, une nouvelle fois, un mauvais coup à Pékin…

Il sera intéressant de voir comment Trump, « l’homme qui ne perd jamais » (ou du moins, ne l’avoue jamais) va se sortir de cette aventure…

Mais ce serait mal le connaître que de le croire déjà piégé : Trump, l’imprévisible, a déjà montré à plusieurs reprises qu’il savait transformer des situations apparemment bloquées en coup de théâtre ou pirouettes géopolitiques inattendues, comme en juin dernier lors de la guerre des 12 jours par exemple…

La question reste donc entière.

Sommes-nous face à l’erreur fatale d’un empire fatigué, d’un empereur trop pressé et dépassé… ou au coup de génie d’un joueur qui mène une partie de poker mondiale où personne ne sait vraiment quelles cartes il détient ?

Les semaines à venir nous apporteront sans doute un début de réponse.

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Roland Lombardi est docteur en Histoire, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et des questions de sécurité et de défense. Fondateur et directeur de la publication du Diplomate.

Il est chargé de cours au DEMO – Département des Études du Moyen-Orient – d’Aix Marseille Université et enseigne la géopolitique à Excelia Business School de La Rochelle.

Il est régulièrement sollicité par les médias du monde arabe. Il est également chroniqueur international pour Al Ain. Il est l’auteur de nombreux articles académiques de référence notamment : « Israël et la nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient : quelles nouvelles menaces et quelles perspectives ? » in Enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, Études Internationales, HEI – Université de Laval (Canada), VOLUME XLVII, Nos 2-3, Avril 2017, « Crise du Qatar : et si les véritables raisons étaient ailleurs ? », Les Cahiers de l’Orient, vol. 128, no. 4, 2017, « L’Égypte de Sissi : recul ou reconquête régionale ? » (p.158), in La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation, Revue de la Défense Nationale, Été 2019, n°822 sous la direction de Pascal Ausseur et Pierre Razoux, « Ambitions égyptiennes et israéliennes en Méditerranée orientale », Revue Conflits, N° 31, janvier-février 2021 et « Les errances de la politique de la France en Libye », Confluences Méditerranée, vol. 118, no. 3, 2021, pp. 89-104. Il est l’auteur d’Israël au secours de l’Algérie française, l’État hébreu et la guerre d’Algérie : 1954-1962 (Éditions Prolégomènes, 2009, réédité en 2015, 146 p.). Co-auteur de La guerre d’Algérie revisitée. Nouvelles générations, nouveaux regards. Sous la direction d’Aïssa Kadri, Moula Bouaziz et Tramor Quemeneur, aux éditions Karthala, Février 2015, Gaz naturel, la nouvelle donne, Frédéric Encel (dir.), Paris, PUF, Février 2016, Grands reporters, au cœur des conflits, avec Emmanuel Razavi, Bold, 2021 et La géopolitique au défi de l’islamisme, Éric Denécé et Alexandre Del Valle (dir.), Ellipses, Février 2022. Il a dirigé, pour la revue Orients Stratégiques, l’ouvrage collectif : Le Golfe persique, Nœud gordien d’une zone en conflictualité permanente, aux éditions L’Harmattan, janvier 2020.

Ses derniers ouvrages : Les Trente Honteuses, la fin de l’influence française dans le monde arabo-musulman (VA Éditions, Janvier 2020) – Préface d’Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité de la DGSE, Poutine d’Arabie (VA Éditions, 2020), Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? (VA Éditions, 2021), Abdel Fattah al-Sissi, le Bonaparte égyptien ? (VA Éditions, 2023).

https://lediplomate.media/edito-trump-guerre-iran-erreur-fatale-coup-genie/ 



 

B) - Trump : Quand les patrons américains vont-ils réagir ?

Il est rare de voir un président saper les fondements de son pays en prétendant œuvrer pour son développement. C'est pourtant précisément ce que fait le président Trump ; et l'on peut se demander combien de temps les patrons et les syndicats américains toléreront une telle politique. 
 
 En apparence, le président américain fait tout son possible pour aider les entreprises américaines : il réforme le système fiscal en leur faveur ; il consacre toujours plus de fonds publics aux industries de la défense et de l'intelligence artificielle ; par une déréglementation sans limites, il exonère les dirigeants américains de toute poursuite pénale pour corruption d'agents publics étrangers ou violation des règles et traités environnementaux internationaux, qu'il dénonce pourtant quotidiennement ; il oblige les partenaires des États-Unis à acheter du pétrole et du gaz américains plutôt que russes ; il conditionne tout accord commercial avec un pays à un engagement d'investissement de centaines de milliards de dollars aux États-Unis. Il se montre aussi exigeant et brutal envers les Européens qu'envers les Indiens, les Canadiens, les Australiens, les Indonésiens et les Africains, qui sont tous des partenaires et des marchés naturels pour les entreprises américaines. En Europe, il ne soutient que deux petits pays, la Hongrie et la Slovaquie, dont la seule particularité est d'être des alliés déclarés du président russe. 
 
 

 
 
En réalité, malgré les apparences, cette politique détruit les fondements mêmes du système économique américain : en cherchant à imposer des règles autoritaires aux autres, et aux Européens en particulier, en ne garantissant plus leur défense et en s'alliant avec leurs pires ennemis, elle les pousse à commercer davantage entre eux, à cesser d'acheter des avions, du matériel militaire et des systèmes numériques américains, et à développer des centres de données indépendants. Elle incite également les Européens et d'autres populations à ne plus étudier, vivre ou visiter les États-Unis ; elle les encourage à nouer de nouvelles alliances géopolitiques, entre Européens, ou avec des Latino-Américains et des Canadiens ; et à diversifier leurs partenariats industriels, notamment avec des entreprises chinoises, jusqu'alors considérées comme ennemies.
 
En réalité, les Européens commencent à envisager sérieusement l'acquisition de cartes de crédit et de systèmes numériques européens, et plus généralement à se désengager des services des entreprises numériques américaines. Les banques européennes s'attellent enfin à intégrer leurs marchés de capitaux afin de se libérer de l'emprise américaine. Les pays européens et asiatiques, ainsi que des fonds privés, commencent à vendre leurs bons du Trésor américain. Et même si, pour l'instant, personne en Europe ni ailleurs, pas même la Chine, ne peut se passer de gaz naturel américain, la tentation grandit de tout faire pour s'en affranchir. Il en va de même pour le dollar. Ces choix, que font de plus en plus d'Européens, d'Indiens et de Latino-Américains, les éloignent durablement des États-Unis et continueront de le faire, quel que soit le successeur de Trump à la présidence. 
 
 Les entreprises américaines commencent à en payer le prix : d'énormes contrats, quasiment signés, sont annulés ; les investissements promis sont remis en question. 
 
Tout cela aura des conséquences sur le niveau de vie américain, tant en termes d'inflation que de chômage, comme nous pouvons déjà le constater. 
 
Combien de temps encore les patrons américains, de la Silicon Valley au Texas en passant par New York, jusqu'ici fascinés, voire terrifiés par Trump, continueront-ils à le soutenir ?  
 Combien de temps encore les banques américaines le laisseront-elles poursuivre cette politique insensée qui discrédite leur système financier et accélère la chute du dollar, l'inflation et la crise de la dette ? 
 
Combien de temps encore les GAFAM le laisseront-elles compromettre l'immense potentiel du marché mondial qu'elles étaient en train de conquérir ? 
 
Si ces patrons américains persistent à soutenir leur président, si objectivement contraire à leurs intérêts à long terme, ils devront soit se résigner à se replier sur leur marché intérieur, soit pousser leur président à une confrontation brutale avec ses anciens alliés, afin de reconquérir par la force ce qu'ils ont perdu par leur résistance. Le président n'aura alors d'autre choix que de se montrer de plus en plus agressif envers le reste du monde, notamment les Européens, pour tenter d'obtenir par la force ce qu'il ne peut plus espérer obtenir d'eux par la négociation, aussi brutale soit-elle. Il déclarera ouvertement : « Achetez des armes américaines, sinon vous n’aurez plus accès à Internet ni à vos cartes de crédit ; nous ne vous protégerons plus, et vos logiciels et avions de fabrication américaine deviendront inutilisables.» Comme les Européens et les Indiens ne pourront céder à un tel chantage, une confrontation stratégique, voire militaire, entre les États-Unis et le reste du monde, y compris l’Union européenne, aussi impensable soit-elle aujourd’hui, deviendra inévitable.
 
En revanche, si le monde des affaires américain prend conscience de la gravité de la situation et comprend que tout cela lui est fatal, il s'alliera aux syndicats et aux forces modérées des partis républicain et démocrate pour mettre fin à cette expérience désastreuse et tenter de renouer avec l'ancien monde où les États-Unis bénéficiaient de la confiance de leurs alliés. Il imposera à la Maison-Blanche un président raisonnable, un président qui, au moins, défende ses intérêts. Si ce coup d'État échoue, il cherchera alors à délocaliser ses centres de commandement, à ne plus apparaître comme des entreprises américaines, ce qui ne fera qu'accélérer le déclin de l'empire actuellement dominant. 
 
Dans la sphère publique comme dans la sphère privée, la confiance est la condition de la paix ; or, dans les deux cas, il est très difficile de rétablir la confiance perdue, et le conflit ou la séparation deviennent alors presque toujours inévitables. En perdant la confiance du monde et du monde des affaires américain, le président Trump conduit inévitablement à une confrontation entre les États-Unis et le reste du monde, y compris l'Union européenne, confrontation dont seule une révolte des forces vives américaines contre leur président pourrait nous préserver.
 
 Jacques Attali 
Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/en/geopolitics/trump-when-will-american-bosses-react/ 


 

C) - Trump tord le bras de l’Europe : ratifiez ou perdez votre gaz américain ! 

Une nouvelle démonstration de la realpolitik made in USA

Bruxelles, 24 mars 2026 – L’information, révélée hier soir par le Financial Times et reprise ce matin par BFM Business, est sans ambiguïté : Donald Trump met l’Union européenne face au mur.

Soit Bruxelles ratifie sans délai ni modification l’accord commercial de Turnberry (signé en juillet 2025), qui impose 15 % de droits de douane sur une grande partie des exportations européennes vers les États-Unis, soit l’Europe perd son accès « privilégié » au GNL américain.


 

Message clair : vous voulez de l’énergie ? Vous signez. Sinon, d’autres clients attendent.

Cette menace n’est pas une surprise. Elle illustre à la perfection la méthode Trump : tordre le bras de ses « partenaires » jusqu’à ce qu’ils cèdent. On l’a vu avec le Canada et le Mexique (renégociation forcée de l’ALENA), avec la Chine (guerre tarifaire massive), avec l’Inde, le Brésil… et maintenant avec l’Europe. Le levier est toujours le même : la puissance américaine, qu’elle soit commerciale, monétaire ou énergétique. Aujourd’hui, c’est le GNL qui sert d’arme.

L’Europe, qui importe jusqu’à 60 % de son gaz naturel liquéfié des États-Unis depuis qu’elle a sacrifié le gaz russe sur l’autel des sanctions, se retrouve piégée.

Le blocage du détroit d’Ormuz et la concurrence asiatique rendent le chantage encore plus efficace.

Une dépendance énergétique auto-infligée

Cette situation est le résultat direct des choix suicidaires de l’UE.

En se lançant dans une politique de sanctions tous azimuts contre la Russie, Bruxelles a volontairement détruit sa propre sécurité énergétique. Le gaz bon marché et fiable venu de Sibérie a été remplacé par du GNL américain, plus cher, plus polluant (transport par méthaniers) et surtout soumis au bon vouloir de Washington. Ursula von der Leyen, toujours prompte à signer des accords sans consulter les peuples, a entériné cette dépendance. Résultat : l’Europe n’est plus maîtresse de son destin énergétique. Elle mendie du gaz auprès d’un « allié » qui n’hésite pas à utiliser ce besoin vital comme moyen de pression.

Et ce n’est pas un accident. C’est la logique permanente de la politique américaine : les alliés sont des vassaux utiles, pas des partenaires égaux. Henry Kissinger l’avait résumé il y a des décennies avec une lucidité glaçante :

« Être un ennemi des États-Unis est dangereux, mais être leur ami est fatal. »

La phrase, souvent paraphrasée sous la forme « il vaut mieux être un ennemi des Américains plutôt qu’un ami », n’a jamais été aussi d’actualité. Les exemples abondent : les Kurdes abandonnés, les Afghans laissés aux talibans, les Européens sommés d’acheter du gaz cher et des armes made in USA pendant que Washington impose ses tarifs.

Pour la France, un risque supplémentaire sur la souveraineté

La France, qui importe déjà une part croissante de son GNL américain, paiera cher cette nouvelle humiliation. Nos industries (chimie, acier, agroalimentaire) et nos ménages, déjà confrontés à des factures énergétiques explosives, risquent de voir les prix flamber encore si Washington décide de privilégier d’autres clients. Pendant ce temps, l’UE continue à imposer aux États membres des normes environnementales draconiennes tout en acceptant une dépendance totale vis-à-vis d’un pays qui n’a que faire des « valeurs » européennes quand ses intérêts sont en jeu.

Trump ne cache même plus son jeu. Il utilise ouvertement l’énergie comme arme de négociation, exactement comme il l’a fait avec l’Opep ou avec ses propres alliés du Golfe.

L’Europe, affaiblie par des années de soumission atlantiste, n’a plus les moyens de résister.

Le Parlement européen doit voter jeudi 26 mars sur la ratification de l’accord de Turnberry. On imagine déjà la pression exercée en coulisses par les lobbies américains et par la Commission von der Leyen, toujours prête à plier pour éviter une crise.

Cette affaire est une leçon brutale : dans le monde de Trump 2.0, il n’y a plus d’amis, seulement des intérêts. Et quand Washington dit « signez ou souffrez », l’Europe, comme tant d’autres avant elle, finit par courber l’échine. La souveraineté énergétique française, comme la souveraineté alimentaire, est en train d’être sacrifiée sur l’autel d’un « partenariat » qui n’est en réalité qu’une relation de domination. Il est temps que Paris cesse de se comporter en vassal et commence à reconstruire une véritable indépendance énergétique, avant que le prochain coup de pression américain ne devienne une catastrophe nationale.

https://multipol360.com/trump-tord-le-bras-de-leurope-ratifiez-ou-perdez-votre-gaz-americain/ 

 

 


D) - Trump est un génie: l'erreur historique de l'Iran des Mollah

L’erreur historique de l’Iran
 
Carl von Clausewitz a écrit que la guerre est « la continuation de la politique par d’autres moyens ». Le président Trump l’a compris dès le départ : l’opération Epic Fury vise à stopper la course nucléaire iranienne et à rétablir la dissuasion, et non à poursuivre le fantasme néoconservateur bien connu de l’occupation et de la reconstruction nationale. Epic Fury, c’est la paix par la force en action : une force crédible appliquée avec détermination lorsque les adversaires confondent retenue et faiblesse.
 
En militarisant le détroit d’Ormuz, l’Iran a commis une erreur stratégique aux proportions historiques.
 
Téhéran entendait punir l’Amérique. Au lieu de cela, il a exposé toutes les puissances fondées sur l’énergie importée, des voies maritimes vulnérables et l’illusion que la mondialisation abolit les frontières géographiques. La Chine est exposée. L’Europe est exposée. La Grande-Bretagne est exposée. L’Iran a créé un monde où la puissance des ressources naturelles détermine l’avenir.
 
Commençons par la Chine. La machine industrielle de Pékin repose sur le pétrole et le gaz importés transitant par des points de passage maritimes vulnérables, le vieux dilemme de Malacca sous une forme moderne. Une grande puissance dépendante de longues voies maritimes exposées ne peut être en sécurité, quelle que soit sa taille économique. La rupture du détroit d'Ormuz a contraint la Chine à chercher des solutions alternatives, prouvant ainsi que la taille n'est pas synonyme de résilience.
 
L'Europe et le Royaume-Uni sont confrontés au même problème. Après s'être affranchis de la dépendance russe, ils ont troqué une vulnérabilité contre une autre, s'appuyant sur le GNL importé et des flux maritimes exposés à la coercition. Lorsque les points de passage stratégiques se resserrent, ils absorbent les chocs au lieu de projeter leur puissance. Les critiques européennes en disent moins long sur un échec américain que sur un malaise face à un monde où la force brute compte encore.
 
L'erreur de l'Iran est de croire qu'une fois le détroit d'Ormuz structurellement instable, le monde se réorganise autour de lui. Cela se traduit par des corridors de contournement, une relance des enjeux politiques liés aux oléoducs et une planification urgente des itinéraires reliant Aqaba aux débouchés méditerranéens près de Gaza et au projet d'oléoduc Bassora-Aqaba, longtemps au point mort. L'ancien ordre énergétique se fissure. Le retrait des Émirats arabes unis de l'OPEP témoigne du déclin de la discipline des cartels au profit des intérêts nationaux sous pression.
 
Trump mérite des éloges, et non les reproches de l'Europe. L'opération Epic Fury a frappé des milliers de cibles, affaibli les capacités offensives de l'Iran et balayé l'idée que l'Occident encaisserait l'escalade sans réagir. L'administration américaine a agi tandis que d'autres se contentaient de leçons. Elle a rétabli la dissuasion dans le seul langage que Téhéran comprenne.
 
La leçon à retenir est plus importante encore. La puissance brute, fondée sur la sécurité des ressources naturelles, est ce que l'hémisphère occidental possède en abondance. Les États-Unis, le Canada et les Amériques contrôlent les hydrocarbures, le GNL, les terres agricoles, l'eau douce, les minéraux critiques et une profondeur stratégique à une échelle que l'Europe et l'Asie, dépendantes des importations, ne peuvent égaler. Cette crise a clarifié, et non affaibli, la position structurelle des Amériques.
 
La dimension financière confirme ce point. La demande de lignes de swap auprès de la Réserve fédérale pendant la crise prouve que le dollar reste roi. En cas de tensions, les gouvernements se tournent vers la liquidité en dollars, et non l'inverse. La puissance des ressources brutes et la puissance monétaire se renforcent mutuellement, et les États-Unis sont au cœur des deux.
 
Telle est la véritable signification d'Epic Fury. Clausewitz écrivait que « la pensée politique est l'objectif, la guerre est le moyen ». Trump l'avait compris. L'Iran a tenté d'instrumentaliser la géographie, et Trump a transformé la confrontation en une démonstration de vulnérabilité.
 
L'administration Trump mérite bien plus d'éloges qu'elle n'en a reçus, et l'histoire retiendra probablement que la plus grande erreur d'appréciation de l'Iran n'a pas seulement été de fermer le détroit d'Ormuz, mais aussi de révéler quelles puissances contrôlent encore les véritables sources de force.
 
James E. Thorne

 
@DrJStrategy
Stratège en chef des marchés chez WellingtonAltus
Docteur en économie. Perspicace, observations et conclusions. Opinions personnelles. Ceci ne constitue pas un conseil en investissement. Veuillez effectuer vos propres recherches

 

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