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juillet 07, 2026

Nouvelles de Chine ( juillet 2026)

Sommaire:

A) - Le Grand Entretien avec Shanhui Zhang – La Chine face au basculement du monde

B) -  La Chine face au modèle japonais : ralentissement ou crise accélérée ?

C) - L'illusion de la souveraineté.

 

 


A) - Le Grand Entretien avec Shanhui Zhang – La Chine face au basculement du monde

Le Grand Entretien avec Shanhui Zhang – La Chine face au basculement du monde Alors que les équilibres internationaux connaissent une recomposition accélérée, la Chine apparaît plus que jamais comme l’un des acteurs centraux du nouvel ordre mondial en gestation. Rivalité stratégique avec les États-Unis, rapprochement renforcé avec la Russie, guerre au Moyen-Orient, tensions commerciales, ambitions technologiques et expansion diplomatique dans le monde arabe, en Afrique et en Europe : Pékin avance désormais sur tous les fronts avec une stratégie de long terme assumée. Les récentes rencontres entre Xi Jinping et Donald Trump puis entre Xi Jinping et Vladimir Poutine ont confirmé la volonté chinoise de peser directement sur les grands équilibres internationaux, dans un contexte marqué par l’affaiblissement relatif de l’Occident et la montée d’un monde plus multipolaire. Pour analyser la vision chinoise des grands bouleversements géopolitiques actuels, Le Diplomate Média a interrogé Shanhui Zhang 张善辉, journaliste chinoise, présentatrice et chroniqueuse à CGTN et CGTN Français, spécialiste des questions économiques et internationales, chroniqueuse régulière sur CNews et devenue au fil des années l’une des voix chinoises les plus connues et suivies dans les médias français. 

Propos recueillis par Roland Lombardi

Alors que les équilibres internationaux connaissent une recomposition accélérée, la Chine apparaît plus que jamais comme l’un des acteurs centraux du nouvel ordre mondial en gestation. Rivalité stratégique avec les États-Unis, rapprochement renforcé avec la Russie, guerre au Moyen-Orient, tensions commerciales, ambitions technologiques et expansion diplomatique dans le monde arabe, en Afrique et en Europe : Pékin avance désormais sur tous les fronts avec une stratégie de long terme assumée.

Les récentes rencontres entre Xi Jinping et Donald Trump puis entre Xi Jinping et Vladimir Poutine ont confirmé la volonté chinoise de peser directement sur les grands équilibres internationaux, dans un contexte marqué par l’affaiblissement relatif de l’Occident et la montée d’un monde plus multipolaire.

Pour analyser la vision chinoise des grands bouleversements géopolitiques actuels, Le Diplomate Média a interrogé Shanhui Zhang, journaliste chinoise, présentatrice et chroniqueuse à CGTN et CGTN Français, spécialiste des questions économiques et internationales, chroniqueuse régulière sur CNews et devenue au fil des années l’une des voix chinoises les plus connues et suivies dans les médias français.


Propos recueillis par Roland Lombardi

Le Diplomate : Depuis plusieurs années, la Chine semble considérer que le monde entre dans une phase de transformation historique profonde. Comment Pékin analyse-t-il aujourd’hui les bouleversements géopolitiques mondiaux actuels ?

Shanhui Zhang : Il faut partir du concept matriciel qui structure la pensée stratégique chinoise depuis 2017 : celui de « changements inédits depuis un siècle ». La Chine le décline en trois strates. Un changement du monde d’abord : dans l’Occident développé, montée des populismes, polarisation, perte de maîtrise sur les affaires globales ; en face, des émergents qui affirment leur autonomie. D’où la thèse centrale : le rapport de forces reste « Ouest fort, Est faible », mais la tendance de fond est celle d’un « Est qui monte, Ouest qui décline ». Entre 2001 et 2021, la part des pays développés dans le PIB mondial est passée de près de 79 % à 59 %, celle des émergents de 21 % à 41 %, ces derniers assurant désormais l’essentiel de la croissance mondiale. Un changement d’époque ensuite. La mondialisation a tissé une interdépendance sans précédent, mais accumulé ses effets pervers : fragmentation, fossé Nord-Sud, et ces « quatre déficits » de paix, de développement, de sécurité et de gouvernance, sur fond d’une course technologique où l’Occident mobilise l’arme des contrôles, sur les semi-conducteurs notamment, pour préserver sa domination. Un changement historique enfin, plus idéologique : la Chine assume l’idée que son modèle de développement offre « une option nouvelle aux nations qui veulent se développer tout en préservant leur indépendance ». De ces trois changements superposés, Beijing tire une conviction : le monde est de nouveau à la croisée des chemins, et la Chine revendique avoir choisi le camp du rééquilibrage plutôt que de la rupture.

La séquence de ces derniers mois en offre une illustration : en l’espace de six mois, les dirigeants de quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité se sont succédé à Beijing. Emmanuel Macron en décembre, Keir Starmer en janvier, Donald Trump en mai, Vladimir Poutine quelques jours plus tard. Aucune autre capitale au monde ne pourrait aujourd’hui jouer ce rôle de carrefour diplomatique. Pour la Chine, c’est la confirmation empirique de la multipolarité.

Mais il faut bien comprendre la nuance : la lecture chinoise ne célèbre pas le chaos. La guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, la fragmentation des chaînes d’approvisionnement — tout cela, la Chine le vit comme du désordre. Sa thèse est plutôt celle d’une recomposition : l’ordre ne s’effondre pas, il se rééquilibre — et il faut respecter l’ordre international établi après 1945. Et la Chine entend peser sur cette recomposition de l’intérieur des institutions, non en les renversant.

La récente rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping a été suivie avec énormément d’attention à travers le monde. Quel message principal la Chine souhaitait-elle envoyer aux États-Unis et à la communauté internationale à travers ce sommet ?

Le message tenait en un souhait, formulée par Xi dès l’ouverture des entretiens du 14 mai : les deux pays peuvent-ils échapper au « piège de Thucydide » et inaugurer un nouveau paradigme de relations entre grandes puissances ? La Chine a présenté cette question comme relevant à la fois de l’histoire, du monde et des peuples : une manière d’élever le sommet au-dessus du marchandage commercial et de signifier que la Chine se place, d’emblée, sur le pied de l’égalité stratégique.

Le cœur du message, c’est la formule retenue comme nouvelle définition de la relation : une « stabilité stratégique constructive ». Et il faut en lire les quatre couches, car la Chine les a explicitées. Une stabilité positive, axée d’abord sur la coopération ; une stabilité saine, où la compétition reste mesurée ; une stabilité normale, où les divergences demeurent gérables ; une stabilité durable, porteuse d’une paix prévisible. La Chine a insisté sur un point : c’est un engagement à « marcher l’un vers l’autre ». Autrement dit, un cadre qui devra se vérifier dans les actes. L’horizon fixé — les trois prochaines années, voire au-delà — trahit la véritable intention : verrouiller un mode d’emploi de la relation qui survive aux aléas politiques de Washington.

Sur le fond, deux signaux complémentaires. D’abord, l’économie : Beijing a martelé que la nature de la relation commerciale est le bénéfice mutuel, que la consultation d’égal à égal est la seule voie face aux frictions, et que « la porte de la Chine ne fera que s’ouvrir davantage ». C’est un appel direct aux entreprises américaines, dont une délégation de premier plan accompagnait Trump. Ensuite, la ligne rouge : Taiwan, présenté comme la question la plus importante de la relation. Le raisonnement chinois est explicite : bien gérée, elle préserve la stabilité d’ensemble ; mal gérée, elle précipite les deux pays vers la collision. Beijing a demandé aux États-Unis d’agir « avec la plus extrême prudence ».

À la communauté internationale, enfin, le message est celui de la responsabilité partagée : les deux premières puissances mondiales s’engagent à injecter de la stabilité dans un monde déréglé, d’où l’accord pour réussir ensemble les sommets de l’APEC et du G20 cette année. En clair : la Chine ne cherche pas l’affrontement, entend gérer la rivalité de façon prévisible, mais ne transigera pas sur ce qu’elle tient pour ses intérêts vitaux.

Les relations entre Pékin et Washington demeurent marquées par une forte rivalité stratégique, technologique et commerciale. Selon vous, la Chine considère-t-elle aujourd’hui les États-Unis de Donald Trump comme un adversaire systémique durable ou comme un partenaire avec lequel un nouvel équilibre reste possible ?

Ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre — et c’est justement là que réside la subtilité de la position chinoise. La Chine refuse le cadre de l’« adversaire systémique », qu’il perçoit comme une construction occidentale auto-réalisatrice : à force de désigner l’autre comme ennemi structurel, on finit par le devenir. La Chine lui préfère le vocabulaire de la « coexistence » et de la compétition maîtrisée.

Cela ne relève pas de la naïveté. Sur les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, les contrôles à l’exportation, la Chine sait que la rivalité est durable et n’entretient aucune illusion de réconciliation. La compétition stratégique est un fait de long terme. Et la réponse chinoise à ce défi tient en un mot : l’autonomie, stratégique et technologique. Face à l’arme des contrôles à l’exportation, la Chine a fait de l’autosuffisance et de la sécurité des chaînes d’approvisionnement un impératif national : monter en gamme dans les semi-conducteurs et réduire sa dépendance aux technologies américaines. La logique chinoise me paraît être la suivante : plus la relation est incertaine, plus il faut être maître de ses propres capacités, car c’est cette autonomie, et non la bonne volonté de Washington, qui garantit la marge de manœuvre.  Mais la Chine fait une distinction entre rivalité durable et inimitié inévitable. Et le Trump transactionnel lui offre paradoxalement une prise : un président qui préfère les deals à l’idéologie est, pour la Chine, un interlocuteur avec lequel on peut négocier des équilibres concrets. En somme : rivalité assumée, mais un nouvel équilibre reste non seulement possible, il constitue même l’objectif.

Dans le même temps, le rapprochement entre Xi Jinping et Vladimir Poutine semble se renforcer. La Chine voit-elle la Russie avant tout comme un allié stratégique face à l’Occident ou plutôt comme un partenaire circonstanciel dans un monde devenu multipolaire ?

La formule chinoise officielle mérite qu’on la lise à la lettre : « partenariat sans limites », mais non-alliance, non-confrontation, ne visant aucune tierce partie. Ces trois négations sont essentielles. Lors de la visite d’État de Poutine, le 20 mai, sa vingt-cinquième en Chine, à l’occasion du trentième anniversaire du partenariat stratégique et du vingt-cinquième du Traité de bon voisinage, les deux dirigeants ont réaffirmé qu’il ne s’agissait pas d’un bloc militaire.

La relation dépasse donc de loin le simple partenariat de circonstance. Elle repose sur des fondations profondes : une frontière commune d’environ 4 300 kilomètres qui interdit toute hostilité durable, une opposition partagée à ce que Beijing et Moscou nomment l’« hégémonisme », une complémentarité énergétique et technologique réelle. C’est ce que Xi appelle un « nouveau type de relation entre grandes puissances ».

Mais réduire cette relation à la géopolitique serait passer à côté de l’une de ses dimensions les plus investies par la Chine : le lien entre les peuples. La Chine sait qu’un partenariat purement transactionnel demeure fragile ; elle cherche donc à lui donner des racines sociales et culturelles. Les deux capitales viennent précisément d’ouvrir, à l’occasion de la visite de Poutine, une « Année de l’éducation Chine-Russie », dans le prolongement des Années croisées de la culture, du tourisme, du sport et des médias qui rythment la relation depuis plus d’une décennie. Concrètement : multiplication des partenariats universitaires et des doubles diplômes, essor de l’apprentissage du russe en Chine et du chinois en Russie, coopération scientifique, échanges de jeunes, festivals de cinéma, tourisme croisé en forte hausse. La Chine y voit un investissement de long terme : former une génération qui se connaît et se comprend. C’est la traduction, au niveau des sociétés, de ce que les dirigeants nomment une « amitié transmise de génération en génération ». Et ce socle humain est précisément ce qui distingue un partenariat durable d’une simple convergence d’intérêts.

L’Inde apparaît désormais comme l’autre grande puissance émergente du XXIe siècle, à la fois partenaire économique, rival régional et acteur stratégique autonome. Comment la Chine perçoit-elle aujourd’hui la montée en puissance indienne et la relation parfois concurrentielle entre Pékin et New Delhi ?

La Chine voit en l’Inde ce qu’elle est : une civilisation-État, un géant démographique, un pôle du Sud global — et un partenaire ancien, avec qui elle a noué des liens dès 1950 et avec qui elle a cofondé les Cinq Principes de la coexistence pacifique : respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, non-agression, non-ingérence dans les affaires intérieures, égalité et bénéfice mutuel, et coexistence pacifique. Les deux pays ont célébré en 2025 le 75ᵉ anniversaire de ces relations.

Le dégel amorcé à Kazan en 2024 s’est consolidé à Tianjin en 2025, où Modi s’est rendu pour le sommet de l’OCS — sa première visite en Chine depuis sept ans. Reprise des navettes ministérielles, des vols directs, du pèlerinage au mont Kailash : c’est l’approche « à double voie », gérer la frontière d’un côté, faire avancer l’économie de l’autre.

L’accélérateur porte un nom : l’imprévisibilité de Washington. Face au choc tarifaire américain, New Delhi a rouvert la porte à Beijing comme couverture — l’ancien ambassadeur indien Vijay Gokhale y voit un « contrepoids au désordre trumpien », source de capitaux, de technologies et de coopération climatique. La Chine a répondu par un optimisme prudent. Mais c’est un calcul, non un revirement dans le même mouvement, l’Inde a signé fin janvier un accord de libre : échange avec l’Union européenne, puis désamorcé son contentieux tarifaire avec les États-Unis. Elle diversifie ses appuis, en puissance qui refuse tout alignement.

À Tianjin, Xi a invoqué les Cinq Principes de la coexistence pacifique, ainsi que l’appartenance commune au Sud global — une façon de rappeler que la Chine et l’Inde, comme le suggère la formule diplomatique de la « danse du dragon et de l’éléphant », ont tout à gagner à évoluer côte à côte sans se marcher sur les pieds.

Concernant la guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis, Pékin a adopté une posture particulièrement prudente mais active diplomatiquement. Quelle est aujourd’hui la position réelle de la Chine sur ce conflit et quels sont ses intérêts stratégiques au Moyen-Orient, notamment au regard de sa forte dépendance aux approvisionnements énergétiques transitant par le détroit d’Ormuz ? La sécurisation des hydrocarbures est-elle devenue l’une des principales préoccupations géopolitiques chinoises ?

La position chinoise a été constante depuis le déclenchement des frappes américano-israéliennes du 28 février. La Chine les a condamnées comme une violation de la souveraineté iranienne et du droit international, a appelé sans relâche à la désescalade. Fin mars, Beijing a coparrainé avec Islamabad une initiative de paix en cinq points, avant de bloquer début avril, avec Moscou, le projet de résolution sur Ormuz. Ces prises de position s’inscrivent dans une même logique : la Chine ne soutient ni l’escalade ni les sanctions unilatérales, et privilégie une solution politique négociée entre les parties régionales — y compris sur le dossier nucléaire iranien et la sécurité des voies maritimes.

Il faut souligner ici un geste diplomatique chinois. Le 17 juin, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi s’est entretenu par téléphone avec son homologue iranien Abbas Araghchi ; le 22, à New Delhi, il recevait le numéro deux du Conseil suprême de sécurité nationale iranien. La Chine a salué la conclusion du mémorandum d’entente de première phase entre l’Iran et les États-Unis, et l’ouverture — avec l’appui du Pakistan et du Qatar — des consultations censées le prolonger. Le message est limpide : ni la force ni les rapports de puissance ne règlent quoi que ce soit ; le dialogue et la négociation, voilà la voie juste.

Rappelons ce que contient ce mémorandum : quatorze points, dont les principaux sont l’arrêt immédiat et permanent des hostilités, le renoncement à l’usage ou à la menace de la force, le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, et la non-ingérence dans les affaires intérieures. Pour la Chine, ces principes sont conformes à la Charte des Nations unies, et il y voit surtout un moyen de consolider un cessez-le-feu encore fragile. Dans ce dossier, la Chine se présente en puissance d’équilibre et en partenaire stratégique global de l’Iran. La ligne de Wang Yi est constante : la Chine soutient les revendications légitimes et fondées de l’Iran, son droit à défendre sa souveraineté et sa sécurité, ainsi que les efforts de médiation du Pakistan et de la communauté internationale et n’a cessé, à sa manière, d’œuvrer pour faire taire les armes. On retrouve là des méthodes semblables à celles du rapprochement saoudo-iranien qu’elle avait parrainé en 2023. Reste la vraie question : ce texte sera-t-il appliqué ? Sa mise en œuvre dépendra des États-Unis et de l’Iran.

La Chine développe depuis plusieurs années une présence économique et diplomatique croissante dans le monde arabe et en Afrique. Quels sont selon vous les objectifs de long terme de Pékin dans ces régions devenues essentielles pour les nouvelles routes de la soie et l’influence chinoise ?

La Chine considère le Sud global, et particulièrement l’Afrique et le monde arabe, comme l’avenir démographique et développemental de la planète, et surtout comme le terrain où la multipolarité se construit concrètement. L’initiative « la Ceinture et la Route » en est la colonne vertébrale, désormais complétée par les quatre grandes initiatives de Xi Jinping : développement, sécurité, civilisation et gouvernance mondiale.

Les objectifs sont clairs et, à mon sens, il faut avoir l’honnêteté de les nommer. Premièrement, bâtir des coalitions diplomatiques. Dans un monde turbulent cette diplomatie de terrain pèse plus que jamais dans le dialogue et le règlement des différends. Ensuite, proposer un modèle de coexistence : celui du « développement d’abord », de la non-ingérence et du partenariat sans conditionnalités politiques, en contrepoint de l’approche occidentale.

Je connais l’objection : le récit du « piège de la dette ». Il faut le prendre au sérieux ; la réalité le nuance pourtant fortement. La part chinoise de la dette africaine reste minoritaire face aux créanciers multilatéraux et privés occidentaux, et la demande d’infrastructures, elle, demeure immense. Les prêts chinois, consentis à des conditions avantageuses, ont précisément accompagné l’industrialisation du continent.

Le fait le plus significatif est d’ailleurs passé relativement inaperçu en Europe : depuis mai, la Chine applique un droit de douane zéro à l’ensemble des 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, une ouverture sans précédent du marché chinois aux produits africains. Surtout, la coopération sino-africaine change de nature. Hier, la relation relevait largement du flux à sens unique : des entreprises chinoises qui s’implantaient pour commercer et écouler des produits finis. Aujourd’hui, l’enjeu est de produire en Afrique, c’est-à-dire nouer de véritables partenariats avec les entreprises locales, localiser la fabrication dans la santé, l’agriculture, l’industrie, mais aussi les télécommunications et les nouvelles technologies, et y transférer des technologies avancées applicables. Des circuits de vente, on passe aux chaînes de valeur partagées : le bénéfice n’est plus seulement commercial, il devient industriel. Et l’indicateur décisif, c’est l’emploi créé pour la jeunesse africaine ; c’est là que le « gagnant-gagnant » cesse d’être un slogan.

Pour l’Afrique francophone en particulier, un public qui m’est cher, l’offre chinoise résonne précisément parce qu’elle ne charrie pas d’héritage colonial. Le message émis par la Chine est celui du partenariat entre égaux et de la « communauté de destin ». On peut le discuter ; on ne peut pas l’ignorer.

Les relations entre la Chine et l’Europe semblent de plus en plus ambiguës, notamment avec la France, partagée entre coopération économique, dépendances stratégiques et inquiétudes géopolitiques. Comment Pékin perçoit-il aujourd’hui la France et l’Union européenne ?

À mes yeux, la Chine perçoit l’Europe comme un pôle à part entière du monde multipolaire et surtout comme un pôle qu’il souhaite maintenir autonome de Washington. La France y occupe une place singulière, en raison de sa tradition gaullienne d’indépendance stratégique, que Macron a reformulée en « souveraineté européenne ». 

La formule chinoise, que Xi a redite à Macron à l’orée d’un nouveau cycle de soixante ans des relations franco-chinoises, résume la posture : l’interdépendance n’est pas un risque, la convergence des intérêts n’est pas une menace. En creux, c’est une réponse directe au « de-risking » bruxellois.

Car l’ambiguïté, vous avez raison, est réelle, et Beijing ne se la cache pas. Les tarifs sur les véhicules électriques, le contentieux des terres rares, les exclusions au nom de la cybersécurité qui visent les onduleurs photovoltaïques chinois, la pression de Macron sur le déséquilibre commercial : autant de points de friction. Mais l’analyse chinoise est que l’Europe est profondément divisée, tiraillée entre l’accès au marché chinois et l’alignement transatlantique, et que Washington lui-même — par ses coups de force, du Groenland aux tarifs — fragilise cet alignement. La stratégie de Beijing, à mon sens, est donc patiente et constante : offrir marché et investissements, se poser en multilatéraliste face à un partenaire américain erratique, et courtiser la France comme la puissance-pivot la plus susceptible de plaider l’autonomie. Plutôt que de chercher à éviter la Chine, l’Europe aurait intérêt à réfléchir à la manière de tirer parti de son marché de 1,4 milliard de consommateurs et de grandir avec elle. Ces frictions, aussi réelles soient-elles, ne sauraient condamner cinquante ans d’une relation qui demeure un partenariat stratégique global.

Enfin, beaucoup d’Occidentaux considèrent désormais que la Chine ambitionne de devenir (ou sera) la première puissance mondiale au XXIe siècle. Pékin cherche-t-il réellement à remodeler l’ordre international ou souhaite-t-il avant tout imposer un monde plus équilibré et multipolaire ?

Permettez-moi de commencer par un fait historique, et non une simple conviction : à la différence de toutes les puissances qui se sont hissées au sommet par la conquête, la Chine n’a ni histoire d’expansion coloniale, ni guerres de conquête à son actif. Même au XVe siècle, quand la flotte de Zheng He, la plus puissante du monde, sillonnait l’océan Indien jusqu’aux côtes africaines, elle n’a établi ni colonie, ni comptoir armé, ni traite. Quelle puissance occidentale peut en dire autant ? De la Route de la soie à aujourd’hui, la Chine s’est toujours pensée à travers le commerce et la connexion, et la paix figure au cœur de son héritage civilisationnel le plus profond.

La question mérite ensuite d’être retournée : qui, au juste, cherche à « remodeler » l’ordre international ? Ce n’est pas la Chine qui s’est retirée de l’Accord de Paris, de l’UNESCO ou du Conseil des droits de l’homme ; ce n’est pas elle qui a paralysé l’Organe d’appel de l’OMC, ni imposé des tarifs unilatéraux à ses propres alliés. La Chine est membre permanent du Conseil de sécurité, principal vainqueur de la guerre mondiale antifasciste, défenseur constant du système onusien : elle est aujourd’hui, paradoxalement, l’un des piliers les plus stables de l’ordre issu de 1945 que l’Occident dit vouloir protéger. Ce qu’elle demande, Xi Jinping le formule invariablement : un ordre « plus juste et plus raisonnable », davantage de voix pour le Sud global, une réforme du FMI et de la Banque mondiale, une gouvernance mondiale démocratisée. Est-il illégitime que des institutions dessinées en 1944, quand la majorité de l’humanité vivait sous tutelle coloniale, reflètent enfin le monde réel ?

Je connais l’inquiétude occidentale : le soupçon que « réforme » cache un ordre sinocentré. Mais interrogeons ce soupçon lui-même. Il projette sur la Chine la logique des puissances occidentales, celle du « piège de Thucydide » où toute puissance montante reproduirait nécessairement l’hégémonie de la précédente.

C’est précisément ce déterminisme que la Chine récuse. Elle n’a pas de bases militaires encerclant l’Amérique ;elle n’exporte pas son modèle politique ; elle ne conditionne ni ses prêts ni ses partenariats à des réformes institutionnelles. Son bilan, sur quarante ans d’ascension, est celui d’une puissance qui n’a mené aucune guerre. Le monde multipolaire n’est pas seulement le slogan de la Chine : c’en est le projet, et l’histoire dira qu’il fut aussi celui de la majorité de l’humanité.

Roland Lombardi est docteur en Histoire, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et des questions de sécurité et de défense. Fondateur et directeur de la publication du Diplomate.

Il est chargé de cours au DEMO – Département des Études du Moyen-Orient – d’Aix Marseille Université et enseigne la géopolitique à Excelia Business School de La Rochelle.

Il est régulièrement sollicité par les médias du monde arabe. Il est également chroniqueur international pour Al Ain. Il est l’auteur de nombreux articles académiques de référence notamment : « Israël et la nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient : quelles nouvelles menaces et quelles perspectives ? » in Enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, Études Internationales, HEI – Université de Laval (Canada), VOLUME XLVII, Nos 2-3, Avril 2017, « Crise du Qatar : et si les véritables raisons étaient ailleurs ? », Les Cahiers de l’Orient, vol. 128, no. 4, 2017, « L’Égypte de Sissi : recul ou reconquête régionale ? » (p.158), in La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation, Revue de la Défense Nationale, Été 2019, n°822 sous la direction de Pascal Ausseur et Pierre Razoux, « Ambitions égyptiennes et israéliennes en Méditerranée orientale », Revue Conflits, N° 31, janvier-février 2021 et « Les errances de la politique de la France en Libye », Confluences Méditerranée, vol. 118, no. 3, 2021, pp. 89-104. Il est l’auteur d’Israël au secours de l’Algérie française, l’État hébreu et la guerre d’Algérie : 1954-1962 (Éditions Prolégomènes, 2009, réédité en 2015, 146 p.). Co-auteur de La guerre d’Algérie revisitée. Nouvelles générations, nouveaux regards. Sous la direction d’Aïssa Kadri, Moula Bouaziz et Tramor Quemeneur, aux éditions Karthala, Février 2015, Gaz naturel, la nouvelle donne, Frédéric Encel (dir.), Paris, PUF, Février 2016, Grands reporters, au cœur des conflits, avec Emmanuel Razavi, Bold, 2021 et La géopolitique au défi de l’islamisme, Éric Denécé et Alexandre Del Valle (dir.), Ellipses, Février 2022. Il a dirigé, pour la revue Orients Stratégiques, l’ouvrage collectif : Le Golfe persique, Nœud gordien d’une zone en conflictualité permanente, aux éditions L’Harmattan, janvier 2020.

Ses derniers ouvrages : Les Trente Honteuses, la fin de l’influence française dans le monde arabo-musulman (VA Éditions, Janvier 2020) – Préface d’Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité de la DGSE, Poutine d’Arabie (VA Éditions, 2020), Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? (VA Éditions, 2021), Abdel Fattah al-Sissi, le Bonaparte égyptien ? (VA Éditions, 2023).


 


 

B) -  La Chine face au modèle japonais : ralentissement ou crise accélérée ?

Alors qu’une énième révolution de palais se déroule à Pékin, touchant à la fois l’armée populaire de Chine et l’autorité de Xi Jinping et que Donald Trump initie un jeu de go diplomatique, il est peut-être opportun de s’interroger sur l’avenir de la Chine. Rejetant toute idée de conflit, qui pourrait prendre une direction que les pires va-t’en guerre ne semblent pas imaginer, il convient d’initier un regard géopolitique décentré. Et si le Japon des années 1980 s’avérait une référence historique pour comprendre l’Asie : croissance spectaculaire portée par l’industrie, bulle financière et immobilière, vieillissement démographique croissant, et exposition aux tensions commerciales avec les États-Unis ? Pour la Chine post-2000, cette trajectoire présente des similitudes frappantes avec sa situation présente, avec une croissance rapide, un rôle central dans les chaînes globales de production. Évidemment, la Chine présente aussi de profondes différences, tant un État fortement impliqué dans l’économie, qu’une population plus nombreuse, et surtout un contexte géopolitique bien plus chargé. Dans ce nouveau paysage, où la peur américaine du déclassement économique et stratégique se manifeste jusque dans des interventions directes (Venezuela) et des ambitions territoriales (Groenland), la Chine risque-t-elle un atterrissage calme à la « japonaise » ou une crise accélérée par des facteurs externes ?

Le modèle japonais des années 1980 : croissance puis stagnation

À la fin des années 1980, l’économie japonaise tournait à plein régime, présentant une croissance régulière, des innovations majeures, des secteurs exportateurs dominants. Mais cette réussite masquait des fragilités profondes, tenant à un marché immobilier surévalué alimentant une bulle, un endettement élevé des banques et des entreprises, et un vieillissement rapide de la population. Lorsque cette bulle immobilière éclata au début des années 1990, l’économie n’implosa pas soudainement, mais entra dans une longue période de stagnation et de faible croissance. Les Japonais appellent cette époque la « décennie perdue ».

L’histoire montre également le rôle d’une peur américaine face à la montée japonaise, qui n’est pas sans se rapprocher de celle qui agite le président Trump à propos de la Chine.  À l’époque, les États-Unis exercèrent une pression sur le yen, notamment au moyen des accords du Plaza (22 septembre 1985), où les quatre premières économies mondiales (États-Unis, Allemagne fédérale, Royaume-Uni et France) obligèrent la cinquième, le Japon, à réévaluer sa monnaie. L’appréciation du yen ralentit les exportations et aggrava les tensions sur les marchés financiers et immobiliers, contribuant à transformer un ralentissement progressif en stagnation prolongée. Même dans ce contexte, le Japon ne connut pas d’effondrement brutal, mais un atterrissage prolongé, résultant de la combinaison de facteurs internes et de pressions externes.

La Chine post-2000 : similitudes et singularités

Depuis les années 2000, la Chine a connu une pareille transformation fulgurante, reposant sur une urbanisation massive, une explosion des exportations et des investissements publics colossaux dans les infrastructures. Cette croissance s’appuya sur une accumulation de capital élevée, une intégration profonde dans l’économie mondiale et un rôle clé dans les chaînes de valeur globales.  Mais ces succès masquaient des vulnérabilités analogues à celles du Japon des années 1980 : dette élevée, bulle immobilière persistante et vieillissement démographique accéléré, aggravé par la politique de l’enfant unique. Ces facteurs structuraux posent la question d’un ralentissement durable de la croissance dans les années 2030. Cependant, la Chine n’est pas un Japon en miniature. Elle reste un acteur mondial majeur et tente aujourd’hui de rééquilibrer son économie vers la consommation interne et l’innovation.

La peur américaine comme catalyseur externe : Japon, Chine et le spectre des années 1930

Toutefois, un autre élément remontant des années 1980 peut avoir un effet correcteur. En effet, la peur américaine face à une puissance montante peut avoir des effets à la fois économiques et militaires. Dans les années 1930, les États-Unis redoutaient le Japon, dont la montée industrielle et militaire menaçait leur position stratégique dans le Pacifique.  Longtemps contenue dans le domaine économique et diplomatique, cette peur s’est finalement traduite par une entrée en guerre après l’attaque préventive japonaise de Pearl Harbor. Cette crainte prolongée d’être dépassé peut pousser une puissance à des décisions extrêmes et préventives.  Et les États-Unis n’ont plus jamais laissé l’initiative à la puissance montante.  Depuis, cette peur américaine se traduit par des actions ciblées pour préserver un avantage stratégique, qu’il soit économique, technologique ou militaire.

Aujourd’hui, cette dynamique est en train de se remettre en place. La peur américaine d’un déclassement économique, technologique et militaire se manifeste par des restrictions sur les semiconducteurs, l’intelligence artificielle et les télécommunications, ainsi que par des interventions géopolitiques visant à limiter l’accès de Pékin aux ressources stratégiques, comme le pétrole du Venezuela ou les routes et minerais du Groenland.  Comme dans les années 1930, Washington cherche aussi à gérer ses priorités. Les accommodements avec la Russie sous l’administration Trump visent à réduire les tensions sur le front européen, permettant aux États-Unis de concentrer leur attention sur l’Indo-Pacifique et la Chine. Cette approche crée des frictions avec l’Europe, reléguée au second plan face à l’urgence perçue de contenir Pékin.

Ces exemples montrent combien la peur américaine n’est pas purement rhétorique. Au contraire, elle agit comme un catalyseur externe, capable d’amplifier les déséquilibres internes d’une puissance émergente et de transformer un simple ralentissement économique en crise ponctuelle ou prolongée. La comparaison avec le Japon, et la réédition partielle de la peur américaine des années 1930 comme 1980, suggèrent que la Chine pourrait être l’objet d’une vigilance extrême, voire d’actions préventives, si les États-Unis perçoivent un risque irréversible pour leur supériorité. Dans ce contexte, la montée de Pékin ne dépend pas seulement de ses déséquilibres internes, mais aussi de la manière dont un acteur dominant réagit à cette ascension.

Projection prospective : scénario chinois 2030-2050

Dans un développement géopolitique, on peut être tenté de s’interroger sur l’avenir. Démarche qui peut paraître étrange, sinon périlleuse, pour un historien, mais des économistes ne se piquent-ils pas déjà de réviser l’histoire ?  À l’horizon 2030, c’est-à-dire demain, la Chine devrait entrer dans une phase de ralentissement modéré. Il s’agit d’une conséquence de cette croissance actuelle qui reste positive, mais qui ne peut plus soutenir les niveaux spectaculaires des deux dernières décennies. Le marché immobilier, longtemps moteur de l’investissement, commence à corriger ses excès, et les entreprises fortement endettées doivent ajuster leurs bilans. Cette période voit également un renforcement des tensions sociales vingtenaires, liées au vieillissement démographique et à l’augmentation des inégalités, qui pèsent de plus en plus sur la consommation intérieure.

Entre 2035 et 2040, cette situation devrait s’intensifier : des crises ponctuelles apparaitront, marquées par des corrections plus profondes dans le secteur immobilier, des difficultés financières dans certaines entreprises publiques et privées, et des turbulences sur le marché bancaire. Les pressions extérieures s’accentueront, aux moyens de sanctions technologiques, d’une concurrence accrue pour les ressources critiques, et de stratégies américaines visant à limiter l’accès de la Chine aux flux du commerce mondial.  À terme, ces chocs externes aggraveront les déséquilibres internes et pourraient provoquer des ralentissements brutaux dans certaines régions ou secteurs chinois, transformant un simple ralentissement en crises cycliques et localisées.

De 2040 à 2045, la Chine pourrait connaître une stagnation prolongée, caractérisée par une croissance structurellement faible, une consommation intérieure atone et un marché du travail sous pression. Le vieillissement de la population sera alors le facteur central, réduisant la dynamique économique et accentuant les tensions sociales. C’est une phase où le pays se rapproche de ce que le Japon a vécu lors de sa « décennie perdue », mais avec des variables externes beaucoup plus fortes et potentiellement déstabilisantes.

Enfin, entre 2045 et 2050, la Chine pourrait amorcer des ajustements institutionnels et économiques. Une réforme du système financier permettra de stabiliser le marché immobilier et de renforcer les mécanismes de redistribution sociale. Cette phase pourrait permettre une stabilisation lente, offrant un potentiel de redressement partiel et une sortie progressive de la stagnation.

Cette projection illustre la complexité de l’atterrissage chinois. Il ne s’agit pas seulement d’un ralentissement économique classique à la japonaise. La trajectoire présente porte des facteurs internes et des pressions géopolitiques qui peuvent interagir pour créer des crises ponctuelles et prolonger une stagnation avant que des réformes institutionnelles ne tentent de stabiliser la situation.

L’analogie avec le Japon des années 1980 et, plus en amont, avec les peurs américaines des années 1930 éclaire utilement la situation chinoise actuelle sans pour autant en fixer l’issue. Elle montre que la peur américaine du déclassement n’est ni nouvelle ni exceptionnelle : elle constitue une constante de l’histoire des relations internationales, activée à chaque fois qu’une puissance montante semble menacer un ordre établi. Cette peur a parfois conduit à des stratégies de pression économique, parfois à des accommodements tactiques, et plus rarement à des confrontations ouvertes.

Dans le cas chinois, cette peur agit aujourd’hui comme une variable d’environnement, non comme un déterminisme. Les restrictions technologiques, les manœuvres autour des ressources énergétiques ou des routes stratégiques, et le recentrage américain vers l’Indo-Pacifique peuvent freiner, détourner ou renchérir la trajectoire de développement chinoise. Mais elles ne suffisent pas à en expliquer la dynamique profonde. Les facteurs internes démographie, dette, immobilier, transformation du modèle productif, capacité de l’État à réformer demeurent centraux et pourraient, selon les choix opérés à Pékin, conduire soit à une stagnation prolongée, soit à une adaptation progressive.

L’histoire invite également à la prudence dans les parallèles guerriers. Si les années 1930 rappellent que la peur peut déboucher sur des ruptures majeures, elles montrent aussi que ces ruptures ne sont jamais mécaniques. Aujourd’hui, l’interdépendance économique, la dissuasion nucléaire et la fragmentation du système international rendent une répétition pure et simple de Pearl Harbor improbable, sans l’exclure totalement. Le risque réside moins dans une guerre inévitable que dans une accumulation de malentendus stratégiques, de gestes coercitifs et de calculs erronés.

Dans ce contexte, les tentatives américaines d’accommodement avec la Russie (au prix de tensions avec l’Europe) apparaissent comme l’un des premiers ajustements possibles d’une puissance cherchant à hiérarchiser ses priorités. Elles ne préjugent pas d’un affrontement direct, mais traduisent une incertitude croissante quant à la configuration future de l’ordre mondial.

En définitive, l’avenir de la Chine ne se jouera ni uniquement à Washington, ni exclusivement à Pékin, mais dans l’interaction mouvante entre peurs, perceptions et capacités réelles. La peur américaine peut accélérer, contraindre ou détourner la trajectoire chinoise ; elle ne peut la déterminer entièrement. C’est dans cette zone grise, entre adaptation, ralentissement et recomposition stratégique, que se dessineront, demain comme aujourd’hui, les équilibres du XXIᵉ siècle à venir.

Gérald Arboit

https://nouvellerevuepolitique.fr/gerald-arboit-la-chine-face-au-modele-japonais-ralentissement-ou-crise-acceleree/



 

 C) - L'illusion de la souveraineté.

Il existe une tentation aussi vieille que les nations elles-mêmes : celle de ne rien devoir à personne, de fermer ses frontières pour créer un territoire autosuffisant, à l’abri des alliances changeantes et du chantage des fournisseurs. Cette tentation a ressurgi avec force depuis la pandémie de 2020 et la guerre en Ukraine, suivies de la fermeture du détroit d’Ormuz. 

 Les États-Unis ont conclu que leur souveraineté civile et militaire reposait sur des composants fabriqués à Taïwan. La Chine, de son côté, sait qu’elle dépend des semi-conducteurs de Taïwan et de la Corée du Sud, du soja du Brésil et des États-Unis, ainsi que du gaz naturel liquéfié provenant d’Australie, du Qatar et des États-Unis. Les Européens ont pris conscience de leur dépendance envers la Chine pour leurs panneaux solaires et leurs batteries de voitures électriques ; envers les États-Unis pour leurs armements, leurs systèmes financiers, leurs réseaux de communication et les logiciels faisant fonctionner leurs hôpitaux ; envers quelques mines africaines et russes pour le combustible alimentant leurs centrales nucléaires ; et envers l’Inde pour les principes actifs de la plupart de leurs médicaments. Enfin, le monde entier a découvert que la production agricole et industrielle de chacun dépendait de l’acide sulfurique et de l’hélium, dont l’approvisionnement a été interrompu par la fermeture du détroit d’Ormuz. 

 Chacun a également compris que ce qui constituait une vulnérabilité vis-à-vis d’autrui pouvait devenir une arme redoutable : Pékin a réalisé que ses aimants — uniques au monde — constituaient un moyen de dissuasion plus puissant que ses armées ; Washington a découvert que l’accès à ses réseaux de communication et à ses applications d’intelligence artificielle pouvait contraindre une puissance rivale à céder. 

Cette forme de chantage économique n’a rien de nouveau. Les Britanniques y ont eu recours pendant deux siècles. Dès 1940, les États-Unis ont fait de l’accès à leurs armes et au dollar des instruments de coercition, non seulement contre leurs ennemis, mais aussi contre leurs alliés les plus proches. De même, les Chinois ont compris que le meilleur moyen de ramener le président Trump à la raison (alors qu’il se vantait de pouvoir leur imposer des droits de douane exorbitants) consistait à suspendre, sans un mot, leurs exportations d’aimants, de gallium et de germanium — des ressources sans lesquelles l’ensemble du secteur industriel occidental se retrouverait rapidement paralysé. Les deux camps ont pris conscience qu’ils possédaient de nombreuses entreprises détenant des monopoles mondiaux, capables d’exercer un chantage sur l’ensemble de leurs clients. Les Européens, pour leur part, ont reconnu ne disposer que d’une seule entreprise de ce type (ASML, une société néerlandaise au capital majoritairement américain), ce qui ne leur offrait aucun levier crédible de représailles. 

Face à cette situation, un vent de panique a soufflé, et l’on a commencé à évoquer la nécessité d’une « souveraineté économique » — autrement dit, la production de tout sur le territoire national. 

Les États-Unis ont commencé par rapatrier la production de véhicules électriques et accordent désormais des subventions massives aux modèles contenant au moins 50 % de composants fabriqués sur le sol américain, un taux appelé à atteindre 80 % d’ici à 2027. 

 La Russie, la Chine et l’Inde ont agi de même, et l’Union européenne s’apprête à leur emboîter le pas. La France relocalise sa production pharmaceutique. L’Inde impose des droits de douane exorbitants sur les smartphones étrangers pour contraindre Apple et Samsung à les fabriquer sur son sol. L’Indonésie a interdit l’exportation de nickel brut afin d’obliger les industriels étrangers à le raffiner sur place. La Côte d’Ivoire tente d’adopter une stratégie similaire pour le café et les noix de cajou. Enfin, la Chine, en passe d’atteindre l’autosuffisance énergétique, a lancé de vastes programmes de recherche en biotechnologie visant à produire artificiellement, sur son propre territoire, toutes les protéines nécessaires à l’alimentation de sa population, afin de pouvoir se passer des États-Unis, de l’Afrique et du Brésil.

Chacune de ces décisions a sa propre logique ; leur apparition simultanée est absurde : si tout le monde essaie de produire localement tout ce qu’il consomme et pénalise ou interdit les importations, de nombreux produits seront bientôt indisponibles ou deviendront très chers, et tout le monde deviendra plus pauvre. Déjà, aux États-Unis, les véhicules électriques conformes aux normes de souveraineté coûtent 20 % de plus que leurs équivalents importés, pénalisant justement les ménages à faibles revenus qui ont besoin d’être accompagnés pendant la transition énergétique. De même, reconstruire toute une industrie chimique sur le sol européen pour produire tous les médicaments vitaux – comme cela vient d’être décidé – prendra des décennies et nécessitera des investissements colossaux, au détriment des investissements nécessaires dans de nombreux autres domaines de la santé et du développement durable. 

 Dans l’ensemble, cette obsession de la souveraineté économique alimente l’inflation, conduit à la récession et favorise la méfiance, les conflits d’intérêts et le nationalisme. La guerre suivra si nous continuons dans cette voie. 

Si la souveraineté est une illusion, que devons-nous faire ? La réponse est simple. Cela peut se résumer en une phrase : au lieu de rechercher la souveraineté, chaque pays devrait adopter la règle d’avoir au moins quatre fournisseurs dans chaque secteur. 

Un pays qui achète ses batteries auprès de quatre fournisseurs différents ne peut être pris en otage par aucun d’entre eux. Un pays qui répartit ses sources d’approvisionnement en gaz naturel entre quatre producteurs bénéficie d’une réelle liberté d’action. 

Cette diversification ne remet pas en cause l’obligation d’investir dans des domaines où la dépendance extérieure poserait un risque stratégique inacceptable : énergie durable, agriculture et alimentation, médicaments et fournitures médicales essentiels, semi-conducteurs les plus critiques, centres de données, défense et sécurité, communications sécurisées. 

 La véritable souveraineté – celle qui assure une protection durable aux peuples – n’est donc pas celle qui rêve de frontières hermétiques et de production entièrement nationale. C’est celui qui reconnaît que la force d’une nation réside dans la création d’une ou plusieurs entreprises mondialement irremplaçables, dans la qualité de ses alliances et dans la diversité de ses partenaires. L’Union européenne, par exemple, manque encore cruellement de quelques entreprises mondialement irremplaçables, et ses partenaires sont loin d’être suffisamment diversifiés. 

Aujourd’hui, le véritable pouvoir appartient à ceux dont personne ne peut se passer – et qui, à leur tour, peuvent se passer de personne.

Jacques Attali

Titulaire d'un doctorat en économie, Jacques Attali est diplômé de l'École polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il a fondé quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à l'analyse de l'avenir), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les journaux financiers *Les Échos* et *Nikkei*, après avoir également collaboré avec *L’Express*. Jacques Attali dirige aussi régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/en/positive-economy/the-illusion-of-sovereignty/

 

 

 

avril 14, 2026

POLITQUE FRANÇAISE NEWS (Avril 2026)

Sommaire:

A) - France 2027 : La droite face à l’épreuve du pouvoir

B) - David Lisnard : « L’autorité républicaine n’est pas l’ennemie de la liberté : elle en est la condition »

C) - Français, soyons excellents ou nous disparaîtrons !

D) - Vers un « état d’alerte de sécurité nationale » : le bellicisme assumé de Macron et de l’UE face à la Russie

 


 

A) - France 2027 : La droite face à l’épreuve du pouvoir

La présidentielle de 2027 ne sera pas une alternance au sens classique du terme. Elle ne tranchera pas simplement entre deux camps ou deux personnalités. Elle interviendra dans un pays plus contraint, plus fragmenté et plus incertain que lors des cycles précédents. Dans ce contexte, la question centrale ne sera plus seulement de savoir qui peut gagner, mais qui est encore en mesure de gouverner.

Depuis plusieurs années, le système politique français fonctionne selon une logique d’équilibre instable. D’un côté, un bloc central qui a su maintenir une forme de continuité de l’État, mais au prix d’une technicisation croissante de la décision et d’une difficulté à incarner une direction politique lisible. De l’autre, une opposition radicale qui capte une part importante de la contestation, mais dont l’aptitude à assumer concrètement la charge de l’État reste un point d’interrogation pour une partie significative de l’électorat. Entre les deux, la droite traditionnelle apparaît en retrait, oscillant entre adaptation et effacement, sans parvenir à reconstruire une proposition cohérente et crédible.

Ce diagnostic est souvent interprété comme une crise idéologique. Il ne l’est qu’en partie. La droite française, dans ses différentes composantes, n’est pas dépourvue de ligne. Elle dispose encore de repères relativement stabilisés sur les questions économiques, régaliennes et institutionnelles. Le problème est ailleurs. Il tient à une difficulté croissante à transformer ces orientations en action effective.

La contrainte budgétaire constitue à cet égard un élément structurant. La dette publique atteint un niveau tel que toute politique ambitieuse se heurte immédiatement à la question de son financement. Cette réalité ne relève plus d’un débat doctrinal. Elle s’impose comme une donnée objective qui limite les marges de manœuvre de tout futur exécutif. Gouverner en 2027 impliquera de restaurer des marges d’action dans un environnement où celles-ci sont structurellement réduites. La rationalité économique ne sera pas un choix parmi d’autres. Elle constituera le cadre à l’intérieur duquel toute politique devra s’inscrire.

L’État n’a pas disparu, mais sa faculté de décision et d’exécution s’est érodée. Dans ce contexte, la crise que traverse la droite est moins une crise de ligne qu’une crise d’efficacité : la difficulté n’est plus de dire, mais de faire.

C’est dans cet espace que se dessine aujourd’hui une recomposition possible. Entre un centre perçu comme gestionnaire et une opposition perçue comme risquée dans l’exercice du pouvoir, il existe une attente spécifique : non celle d’une nouvelle synthèse idéologique, mais d’une offre capable de conjuguer lisibilité, autorité et efficacité. Cet espace demeure encore diffus. Il correspond moins à une famille politique qu’à une demande.

La trajectoire de David Lisnard s’inscrit dans cette configuration. Son départ de Les Républicains ne relève pas d’une réaction ponctuelle à un désaccord interne. Il s’inscrit dans un processus plus long, marqué par un travail d’organisation engagé en amont. La rupture formelle avec le parti intervient à un moment où une capacité d’action autonome existe déjà, au moins partiellement. Elle ne crée pas une dynamique. Elle la rend visible.

Cette logique repose d’abord sur une base territoriale. Réélu largement à la tête de sa commune, et occupant des responsabilités au sein de l’Association des maires de France, Lisnard dispose d’une double légitimité. Électorale, d’une part, fondée sur un ancrage local confirmé dans la durée. Institutionnelle, d’autre part, à travers un rôle qui le place au contact direct des exécutifs locaux. Cette position lui permet de s’appuyer sur un réseau d’élus, notamment municipaux, qui constitue un relais potentiel à l’échelle nationale.

Ce réseau ne se confond pas avec un appareil partisan classique. Il ne repose ni sur une structure centralisée ni sur une organisation hiérarchisée comparable à celle des grands partis. Il s’apparente à un ensemble de relais territoriaux, organisés progressivement autour d’élus disposant d’une légitimité propre.

Elle se distingue à la fois des appareils traditionnels, fondés sur des mécanismes internes de contrôle, et des constructions présidentielles rapides, souvent peu enracinées localement. Elle s’inscrit dans une temporalité plus lente, mais potentiellement plus robuste, car fondée sur des positions électives réelles.

Sur le plan de la ligne, Lisnard présente une cohérence relativement rare dans le paysage actuel. Sa position sur les finances publiques, la décentralisation, l’autorité de l’État et la liberté économique s’inscrit dans une continuité assumée. Cette constance contraste avec les ajustements successifs observés chez d’autres acteurs, souvent contraints par des logiques d’alliance ou de positionnement électoral. Dans un paysage marqué par l’instabilité et les repositionnements successifs, cette cohérence constitue un atout structurant.

Pour autant, cet ensemble constitue une base réelle dont la transformation en projection nationale constitue l’un des seuils décisifs à franchir. Le passage d’une légitimité locale à une capacité d’incarnation présidentielle suppose une montée en notoriété rapide, une capacité à se positionner sur les enjeux internationaux et une aptitude à agréger au-delà de son socle initial.

Il suppose également de résoudre une tension stratégique. La construction d’un appareil territorial offre une base autonome, mais elle peut ne pas suffire à atteindre une masse critique. À l’inverse, le rapprochement avec des structures ou des figures issues d’appareils existants peut permettre d’accélérer la dynamique, au prix d’un arbitrage sur la lisibilité de la ligne. L’équilibre entre autonomie et alliance constitue un point de bascule.

Le facteur temps joue enfin un rôle déterminant. L’échéance de 2027 est proche au regard des transformations à opérer. Structurer un réseau, construire une image nationale et élaborer une offre politique cohérente exigent une montée en puissance rapide et maîtrisée. L’enjeu est sa capacité à atteindre un niveau suffisant dans le délai imparti.

Dans ce cadre, l’enjeu dépasse la seule trajectoire de David Lisnard. Il renvoie à une interrogation plus large sur l’évolution du système politique français. Une offre fondée sur la capacité effective à gouverner, articulée autour d’un ancrage territorial et d’une ligne cohérente, peut-elle émerger et s’imposer dans un paysage structuré par des logiques différentes ?

La dynamique existe, même si son aboutissement dépendra de sa capacité à franchir plusieurs seuils. Le déplacement est déjà engagé. Il ne repose pas sur une recomposition doctrinale majeure, mais sur une tentative de réarticulation entre le politique et l’action. Dans un pays où la parole publique a perdu une partie de sa crédibilité, la capacité à produire des résultats tangibles redevient un critère de jugement central.

La présidentielle de 2027 ne dépendra pas uniquement des oppositions idéologiques ou des dynamiques de rejet. Elle reposera sur la perception de la capacité à exercer le pouvoir dans un environnement contraint. Dans ce contexte, la droite ne pourra se contenter de proposer une alternance. Elle devra démontrer qu’elle est en mesure d’assumer les coûts, les contraintes et les arbitrages que suppose l’exercice réel du pouvoir.

La question n’est donc pas seulement de savoir si elle peut gagner. Elle est de savoir si elle saura se donner les moyens d’assumer pleinement l’exercice du pouvoir.

Pierre Sassine

https://lediplomate.media/tribune-france-2027-droite-face-epreuve-pouvoir/ 

 


 

B) - David Lisnard : « L’autorité républicaine n’est pas l’ennemie de la liberté : elle en est la condition »

Publié en mars 2025 aux Éditions de l’Observatoire, Ainsi va la France, Manifeste libéral, propose un diagnostic sans fard du déclassement français et un agenda de réformes axé sur la liberté économique, la responsabilité et la décentralisation. Cette discussion intervient alors que David Lisnard, maire de Cannes, préside à la fois l’Association des maires de France (AMF) et le mouvement Nouvelle Énergie, et défend inlassablement l’idée d’un « État performance ».

Le Diplomate : Pourquoi un « manifeste libéral » maintenant ? Quelle est la thèse centrale qui traverse l’ouvrage (problème, démonstration, propositions), et en quoi se distingue-t-elle des essais politiques déjà publiés ces dernières années sur le déclin français ? 

David Lisnard : Parce que le moment l’exige. Ce livre est né d’une nécessité : celle de dire clairement que la France est entrée dans un cycle de déclassement rapide, visible, et trop accepté avec fatalisme. Ce que nous vivons n’est pas une simple crise passagère, mais une dégénérescence profonde du modèle social-étatiste, et d’un État-providence à la fois inefficace, infantilisant et ruineux. 

Ce manifeste est une réponse politique à cette urgence. 

C’est d’abord un constat. Celui du gâchis français ces dernières décennies, proportionnel à notre potentiel de prospérité, et désormais celui d’une France qui s’effondre dans de nombreux domaines vitaux – école, sécurité, justice, santé, industrie, natalité, culture, énergie. 

Elle est championne du monde de la dépense publique, des prélèvements obligatoires, des normes absurdes et de la dette. Elle étouffe sous une bureaucratie qui empêche d’agir, une culture de l’irresponsabilité qui dévalorise l’effort et une déconnexion croissante entre une certaine caste au pouvoir et l’immense majorité des Français.

Ensuite, la démonstration s’appuie sur des situations concrètes vécues sur le terrain, comme maire, comme petit commerçant et entrepreneur, comme président de l’Association des maires de France. Ces différentes expériences me permettent de confronter chaque jour la réalité à l’abstraction administrative. 

Enfin, les solutions : substituer l’Etat-performance à l’État-providence, c’est-à-dire reconstruire un État fort et efficace sur ses missions régaliennes, rendre leur autonomie aux collectivités, libérer la création de valeur, refonder l’école et notre système de santé, mener une politique nataliste ambitieuse, combattre le wokisme et l’islamisme, et retrouver une culture de la responsabilité.

Je n’ai pas voulu écrire un énième livre sur le déclassement français. Beaucoup l’ont fait et bien fait. Ce manifeste, est d’abord un outil pour tous ceux qui refusent de céder au fatalisme et veulent reconstruire un pays libre, juste et puissant. Il apporte des solutions concrètes puisées aux sources de la pensée libérale et du fameux carré magique « Liberté ; Responsabilité ; Propriété ; Dignité ». 

Votre manifeste part d’un constat de “déclassement”. Si vous ne deviez retenir que trois leviers immédiats (12–18 mois) pour enrayer ce déclassement sans aggraver le déficit, lesquels seraient-ils et quels ordres de grandeur budgétaires et réglementaires y associez-vous ?

C’est la baisse des dépenses et du déficit qui va nous fournir des leviers de croissance et de progrès. Cela, couplé à une remise en ordre profonde organisationnelle de l’Etat et sécuritaire. Tout est lié.

Notre projet repose sur une conviction simple : la France peut redevenir performante en diminuant les prélèvements et le déficit, à condition d’assumer des réformes structurelles courageuses, immédiates et lisibles.

Nous avons un cap clair : ramener la dépense publique au moins dans la moyenne européenne. Cela suppose un plan d’économies de 200 à 300 milliards d’euros, dont 60 à 80 milliards dès la première année, en supprimant les gaspillages, en réorganisant les pouvoirs publics, en mettant en concurrence les administrations et en les dirigeant, en ciblant les dépenses improductives, en réservant les prestations sociales non contributives aux Français. 

Mais réduire la dépense ne signifie pas différer l’action. Car le déclassement que je décris n’est pas seulement économique : il est d’abord intellectuel, moral et civique. C’est pourquoi je place l’éducation au premier rang des priorités au regard des résultats catastrophiques obtenus dans tous les classements internationaux. 

L’école a pour mission de transmettre les savoirs, de former l’intelligence, de cultiver la raison critique. Elle n’a pas à engager les élèves dans des combats idéologiques, ni à se substituer à la famille, ni à refléter les injonctions du moment. Elle doit permettre à chaque enfant, quel que soit son milieu, d’accéder aux humanités, aux sciences, à la langue, à la culture et à la rigueur intellectuelle.

Depuis des décennies, l’institution scolaire a été affaiblie par un pédagogisme dominant, qui a disqualifié les savoirs au profit de méthodes floues, relativistes, déstructurantes. Ce choix idéologique et égalitariste a produit une école moins exigeante et plus inégalitaire. Le système a échoué parce qu’il s’est éloigné de ce qui fonde l’émancipation : la méritocratie par l’instruction.

Nous engagerons une transformation profonde fondée sur quatre principes : transmission, exigence, liberté, responsabilité.

Au-delà du nécessaire recentrage sur les savoirs fondamentaux – avec un certificat de fin de primaire pour valider les acquis et conditionner le passage en 6ème, nous supprimerons la sectorisation scolaire en milieu urbain, nous permettrons l’autonomie des établissements, nous établirons une élection rigoureuse à l’entrée dans le métier d’enseignant, nous mettrons fin à l’endoctrinement à l’école, par le retrait des programmes de tout contenu militant. 

Ces mesures relèvent de la décision politique, du décret et de la circulaire. Nous voulons une école de la raison, du mérite, de la liberté éducative, et non un système bureaucratique soumis à la pensée dominante.

Le deuxième levier est la simplification radicale de l’action publique, fondée sur la clarté des responsabilités, la réduction des normes, et le réarmement des fonctions stratégiques de l’État.

L’organisation de l’action publique repose sur un modèle épuisé, centralisé, segmenté, opaque, coûteux. L’empilement des structures, la prolifération des normes, le morcellement des compétences, l’irresponsabilité administrative ont rendu l’État incapable d’agir efficacement. Le millefeuille administratif – directions, agences, opérateurs, autorités, inspections – paralyse la décision, alourdit les procédures et dilue les responsabilités.

Nous engagerons une réforme d’ensemble de l’organisation administrative fondée sur trois priorités. 

D’abord, supprimer nombre d’agences, d’opérateurs et de structures redondantes, en commençant par les secteurs les plus bureaucratisés : logement, écologie, emploi, santé. Cette rationalisation reposera sur une évaluation systématique de leur utilité, de leur coût, et de leur impact. 

Les missions utiles seront réintégrées dans les administrations centrales ou déconcentrées, les doublons supprimés. Ensuite, simplifier les procédures et alléger la norme, en mettant fin à la culture du contrôle préalable systématique. 

Nous remplacerons les autorisations par des déclarations, les circulaires par des cadres clairs, les seuils d’instruction par des délais garantis. 

Nous responsabiliserons les niveaux d’exécution, en renforçant le rôle des préfets comme pilotes opérationnels, et en transférant les compétences de proximité aux collectivités territoriales dans le respect du principe de subsidiarité. 

Ce plan de simplification est une condition de survie pour l’efficacité de l’action publique et pour le redressement des comptes. L’enjeu est aussi démocratique : en sortant de l’irresponsabilité administrative et de l’obésité normative, nous voulons restaurer la lisibilité de l’action publique, c’est-à-dire sa légitimité.

Enfin, le troisième levier que nous activerons est le contrôle migratoire, dont la politique est aujourd’hui à la fois inefficace, subie et dévoyée.

La France ne maîtrise plus ni les flux migratoires, ni les conditions d’entrée, ni les critères d’accueil. Non pas par manque de lois, mais parce que notre système est verrouillé par une architecture juridique complexe, dominée par les jurisprudences, les conventions internationales et les injonctions européennes. Cette situation crée une impuissance organisée où le juge se substitue à la volonté nationale. Il est devenu impossible de fixer des critères clairs d’entrée sur le territoire, d’expulser effectivement les étrangers délinquants, ou de conditionner les aides sociales à une durée suffisante de résidence et d’activité.

C’est pourquoi nous soumettrons aux Français un référendum pour permettre un changement de cadre juridique. Nous voulons inscrire dans la Constitution les principes qui nous redonneront la capacité de décider de notre politique migratoire. 

Cette réforme permettra de redéfinir la hiérarchie des normes, d’écarter l’automaticité de l’acquisition de la nationalité donc de remettre en cause le droit du sol, de supprimer le regroupement familial, de restreindre les conditions du droit d’asile à ses fondements essentiels.

Par ailleurs, nous refusons le relativisme qui nie l’identité française au nom d’un multiculturalisme de circonstance. 

L’assimilation n’est pas une idée d’hier, c’est une exigence républicaine d’aujourd’hui pour éviter les fractures de demain. Elle suppose une langue commune, une adhésion sans ambiguïté à nos principes, à notre art de vivre, et un refus explicite des comportements communautaristes, qu’ils soient fondés sur la religion, l’origine ou les appartenances ethniques.

Ces trois leviers sont les décisifs pour redresser notre pays, car ils touchent à l’essentiel : la formation des esprits, la capacité d’agir de l’État, et la cohésion de la nation. En les activant, nous engagerons un mouvement de transformation profond, au service de la liberté et de l’efficacité.

Vous opposez “État-providence” et “État-performance”. Concrètement, à quoi ressemble cet État dans l’école, la santé et la sécurité au quotidien (indicateurs de résultats, gouvernance locale, responsabilité des gestionnaires) ? Quels mécanismes d’évaluation publique obligatoires généraliseriez-vous en priorité ? 

L’État-providence est à bout de souffle. Son modèle reposait sur une croissance forte, une démographie dynamique, une immigration limitée et orientée vers le travail. Ces trois piliers ont disparu. Ce qui subsiste, c’est un système hypertrophié, inefficace et clientéliste, qui produit de la dette plus que des résultats. L’Etat-providence aujourd’hui appauvrit ceux qui travaillent et investissent, et subventionnent l’oisiveté. L’État-Performance que nous défendons se recentre sur ses missions régaliennes, assure les services publics essentiels, garantit la sécurité juridique, abandonne la prétention à tout encadrer, tout subventionner, tout piloter.

La règle sera que chacun doit faire sa vie et délègue ce qui relève de la justice et de la sécurité collective à l’État.

Un État-performance, c’est un État qui a des objectifs qualitatifs et quantitatifs, évalue ce qu’il fait, assume ses choix, publie ses résultats, se modernise et utilise tous les outils actuels de la robotique et de l’IA, supprime ce qui ne fonctionne pas, et où la légitimité de l’action publique repose sur la clarté des objectifs, la responsabilité individuelle des décideurs et des exécutants, l’obligation de rendre des comptes, et non sur la fuite en avant dépensière.

Concrètement, pour reprendre vos exemples, cela signifie dans l’école, une transformation complète du pilotage public. L’indicateur premier ne peut plus être le taux de dépense par élève, mais la progression réelle des acquis. Nous proposerons que chaque établissement publie annuellement un bilan pédagogique synthétique comprenant les résultats aux évaluations nationales (notamment en CM1 et 4e) et les progrès constatés par niveau. Le directeur d’établissement doit devenir un chef d’équipe à part entière, libre et responsable des recrutements (avec une autonomie élargie), de l’organisation, du climat scolaire et de l’articulation avec les collectivités.

Dans la santé, l’État-Performance repose sur deux principes : l’accès effectif aux soins pour chacun, et la responsabilisation des gestionnaires hospitaliers. Nous proposons de publier chaque année un rapport de performance hospitalière par établissement, fondé sur le délai moyen d’accès aux urgences, le taux de lits fermés, la part des dépenses non médicales dans le budget, le taux de satisfaction des patients et le taux de rotation des personnels. En parallèle, la tutelle des ARS, structures opaques et hors-sol, sera supprimée.

La formation médicale, qui doit rester très exigeante sur sa qualité, sera libérée pour permettre un plus grand nombre d’établissements universitaires, aux financements libres, sur tout le territoire.

En matière de sécurité, l’évaluation doit porter sur les résultats opérationnels. Nous proposons un indicateur synthétique de performance locale rendant publics, pour chaque circonscription, les taux d’élucidation, les temps moyens d’intervention, la présence effective des effectifs sur la voie publique, et le taux d’exécution des peines. Les polices municipales, dans les communes qui le souhaitent, verront leurs compétences renforcées dans un cadre expérimental sous contrôle judiciaire.

Ces évolutions sectorielles s’inscrivent dans une transformation plus profonde : le passage d’une administration de moyens à une culture du résultat. Cela suppose une rupture nette avec le réflexe bureaucratique. Le contrôle sera a posteriori, objectif, rigoureux. Il ne bloquera plus l’usage du plus grand nombre mais ciblera les abus des déviants. Ce changement de paradigme impliquera une révision du droit administratif, en particulier sur les mécanismes d’autorisation. Il faut passer d’un régime d’autorisations préalables à un régime de responsabilité individuelle. 

Nous généraliserons l’évaluation annuelle obligatoire des politiques publiques. Chaque programme, chaque opérateur, chaque administration fera l’objet d’une note publique de performance, accessible et comparable, croisant trois dimensions : efficacité, coût et résultats tangibles.

La numérisation stratégique des services publics suivra un modèle clair : automatisation des fonctions support, interopérabilité des systèmes, recours à l’intelligence artificielle pour anticiper les besoins, ce qui permettra au passage de remettre de l’humain au contact du public. Le numérique doit libérer du temps et permettre d’avoir plus d’agents sur le terrain, non pas créer davantage de contraintes.

Enfin, la transparence sera la règle. Chaque hôpital, école, tribunal, collectivité devra publier ses résultats, ses dépenses, ses indicateurs-clés. Le citoyen a le droit de savoir, pour pouvoir juger.

À lire aussi : Le Grand Entretien du Diplomate avec David Lisnard : « La souveraineté européenne n’existe pas ! »

Décentralisation et pouvoir local. À l’AMF, vous plaidez pour “laisser agir les communes”. Quelles compétences et quels flux financiers transféreriez-vous tout de suite au bloc communal/régional, et comment éviter l’effet “millefeuille” (doublons, normes) que vous dénoncez ? 

La France étouffe sous le poids d’un État central qui prétend tout savoir, tout prévoir, tout contrôler, mais qui ne sait plus rien faire correctement. Nous voulons rompre avec ce centralisme inefficace, pour construire une République des responsabilités fondée sur une vraie subsidiarité ascendante. 

Cela suppose une réforme structurelle articulée autour de trois piliers : clarification des compétences, autonomie fiscale, et responsabilité locale.

Nous proposons de créer des Provinces en lieu et place des départements et régions, dotées de compétences stratégiques (formation, infrastructures, développement économique) et d’une fiscalité propre. 

Le bloc communal serait consolidé sur toutes les politiques de proximité : urbanisme, logement, sécurité du quotidien, environnement, petite enfance, mobilités, services sociaux de premier niveau. 

Cette réforme mettra fin aux doublons multiples et aux responsabilités diluées.

Le levier fiscal est déterminant. Nous restaurerons une véritable autonomie fiscale locale, fondée sur trois principes clairs :

  • Réintroduction d’un impôt économique local dynamique, notamment via l’attribution directe d’une part de l’impôt sur les sociétés aux communes et aux provinces, pour recréer un lien entre développement économique local et financement public ;
  • Les collectivités doivent pouvoir moduler certains impôts ou contributions, au lieu de subir des dotations figées ou des impôts décidés à Paris sans contrepartie locale ;
  • Fin du système de dotations opaques et centralisées : la dotation globale de fonctionnement (DGF) doit être remplacée par des ressources propres prévisibles, pour que les collectivités cessent d’être des guichets dépendants du bon vouloir de Bercy.

Nous voulons également donner aux communes un véritable pouvoir réglementaire local, pour adapter les normes nationales aux réalités du terrain. Les maires ne peuvent plus être entravés par des règles irréalistes décidées à Paris, comme la loi SRU ou le ZAN institué par la loi Climat.

Pour lutter contre le millefeuille administratif, nous appliquerons une règle d’airain : une compétence, un décideur, un financeur. Les agences administratives redondantes seront supprimées. L’organisation territoriale de l’État sera recentrée autour du préfet, unique interlocuteur des élus. Les collectivités publieront chaque année leurs résultats, dépenses, et indicateurs clés.

Enfin, nous mettrons fin à la contractualisation léonine imposée par l’État central. La libre administration n’est pas un privilège, c’est un principe constitutionnel. Il doit être restauré pleinement.

Compétitivité et réindustrialisation. Votre livre évoque une reconquête industrielle (automobile, spatial, IA). Quelles mesures ciblées—fiscales, sociales, énergétiques—permettraient de relocaliser des chaînes de valeur sans subventionner des “canards boiteux” ? Quels critères d’« exit » imposer aux aides publiques ?

La réindustrialisation ne se fera pas à coups de chèques. La priorité n’est pas d’inventer de nouveaux dispositifs, mais de libérer les forces productives aujourd’hui paralysées par un cadre hostile à l’investissement, à la disponibilité du foncier à l’embauche et à la prise de risque.

Le premier levier est fiscal. La France reste l’un des pays qui taxe le plus la production, avec 3,7 % du PIB contre 0,8 % en Allemagne. Il faut supprimer immédiatement la C3S, impôt anachronique sur le chiffre d’affaires, et poursuivre la baisse des impôts de production dans une trajectoire claire et irréversible. 

La fiscalité sur les transmissions d’entreprise doit être allégée pour éviter les ruptures de capital productif, en particulier dans les PME industrielles et les ETI. Les différentes aides publiques aux entreprises ne peuvent pas compenser une fiscalité globale étouffante. Plutôt que de subventionner en aval, mieux vaut desserrer l’étau en amont. Donc, le principe sera de supprimer les aides aux entreprises et l’excès de prélèvements qui pèsent sur elles. 

Cela enlèvera de la bureaucratie et donc des pertes financières, de la complexité, de l’opacité, et donc nous permettra de lutter contre le capitalisme de connivence qui accompagne l’interventionnisme étatique. 

Le deuxième levier est social. Il faut réécrire le droit du travail pour simplifier les procédures, sécuriser les embauches et donner plus de marge aux accords d’entreprise. Une plus grande liberté contractuelle et la déjudiciarisation de certains contentieux du travail sont des conditions indispensables pour redéployer une base industrielle solide.

Le troisième levier est énergétique. Le nucléaire doit redevenir notre pilier stratégique : prolongation du parc existant, construction de nouveaux EPR, développement des petits réacteurs modulaires, soutien à la recherche sur la fusion. Le prix de l’électricité pour les industriels doit être sécurisé par un mécanisme de contrat long terme fondé sur le coût réel du nucléaire, en rupture avec les absurdités du marché européen.

Le quatrième levier est réglementaire. L’implantation d’usines ou de centres de production ne peut plus prendre des années comme aujourd’hui. Il faut créer un guichet local d’autorisation industrielle avec un délai maximal de six mois. La règle doit être : un porteur de projet, un interlocuteur, un calendrier. Les normes environnementales doivent être évaluées dans leur faisabilité, avec des objectifs maintenus mais des procédures simplifiées. Il faut rompre avec la naïveté réglementaire qui pénalise nos industries et favoriser des coalitions volontaires sur les secteurs critiques : IA, quantique, spatial, défense, batteries, semi-conducteurs. 

Le cinquième levier est financier. Il faut orienter notre épargne vers l’économie productive. Aujourd’hui, elle reste trop peu investie dans l’industrie. Cela passe par l’introduction d’un pilier de retraite obligatoire par capitalisation, qui permettra aux Français de constituer leur propre patrimoine retraite. Ce système, fondé sur la responsabilité individuelle, permettra de mobiliser cette épargne vers les PME et ETI industrielles. L’objectif est de réduire la dépendance au financement étranger et de reconstituer un actionnariat stable, sans créer de nouveaux mécanismes publics de redistribution ou de véhicules étatiques bureaucratiques.

Enfin, cette stratégie industrielle ne réussira que si elle est adossée à une ambition éducative et technologique. Nous proposons de renforcer les partenariats entre entreprises et établissements d’enseignement, de créer des chaires d’entreprises dans les secteurs critiques (IA, transition énergétique, cybersécurité, etc.) et de réformer le compte personnel de formation, aujourd’hui trop complexe et peu lisible.

Si l’État intervient, ce doit être de façon exceptionnelle, temporaire et conditionnée. Toute aide publique doit être assortie de critères d’« exit » clairs : durée limitée, objectifs contractuels mesurables, remboursement en cas d’échec. L’enjeu doit être de faciliter des transitions ou des investissements stratégiques à fort effet de levier.

La France n’a pas besoin d’un énième plan industriel. Elle a besoin d’un environnement cohérent, stable et libéré des carcans fiscaux, sociaux et bureaucratiques. L’industrie ne demande pas des subventions : elle réclame de la liberté, de la lisibilité et de la compétitivité. 

À lire aussi : ENTRETIEN – La victoire de Bruno Retailleau vue par David Lisnard

Moment politique. Dans une France contrainte par la trajectoire des comptes publics et la dispersion des forces parlementaires, quelle coalition d’idées jugez-vous réaliste pour faire adopter un paquet de réformes libérales (marché du travail, dépense, fiscalité locale) d’ici 2026 ? Et quelles concessions êtes-vous prêt à consentir pour bâtir une majorité d’action ?

Le pays a déjà beaucoup trop souffert des concessions et autres compromis.

Dans un pays marqué à la fois par une trajectoire budgétaire intenable et par un émiettement parlementaire chronique, la seule coalition d’idées réaliste est celle qui assume une ligne de rupture libérale, structurée autour de trois priorités : libérer le travail, assainir les finances publiques et restaurer l’autorité de l’État dans ses fonctions régaliennes.

Il ne s’agit pas de reconstituer artificiellement une majorité parlementaire introuvable, mais de créer une dynamique politique fondée sur la clarté des idées et la force du projet. Cette dynamique ne peut émerger que d’un mandat présidentiel clair, obtenu au suffrage universel sur la base d’un programme cohérent. C’est la condition indispensable pour surmonter la crise politique et institutionnelle actuelle.

Une telle majorité suppose de fédérer tous ceux qui refusent la fuite en avant budgétaire, qui ne se résignent pas à l’impuissance publique, et qui sont prêts à porter un programme d’efficacité régalienne, de liberté économique et de responsabilité locale. Les convergences existent : elles doivent être identifiées, assumées, puis traduites en propositions législatives concrètes.

Je suis prêt à discuter des modalités si elles permettent de construire cette majorité d’action. En revanche, je ne transigerai pas sur le fond. Aucune concession ne sera possible sur les principes : pas de relèvement de la fiscalité, pas de nouvelles dépenses sans économies équivalentes, pas de compromission avec les corporatismes ou les logiques de rente.

Culture civique et ordre républicain. Vous insistez sur la restauration de l’autorité et de la confiance (école, justice, police). Quelles réformes juridiques et administratives immédiates proposerez-vous pour rétablir l’effectivité des sanctions et la protection des agents publics, sans sacrifier les libertés ?

Nous vivons une crise profonde de l’autorité publique. Elle mine la confiance civique, désarme les institutions, et rend impossible toute cohésion nationale. Cette crise ne résulte pas d’un vide normatif, mais d’un excès de règles et d’un effondrement de l’exécution. 

Rétablir l’autorité ne signifie pas multiplier les lois, mais au contraire d’en supprimer et de faire respecter celles qui sont nécessaires. Cela suppose de rendre les sanctions certaines, rapides et visibles.

Sur le plan général, la première réforme doit donc porter sur l’exécution des peines. Toute peine prononcée doit être réellement effectuée, une fois purgées bien sûr les procédures contradictoires et les recours qui font l’état de droit.

Cela exige la suppression des réductions automatiques de peine (crédits de réduction de peine forfaitaires), l’exécution provisoire obligatoire pour toutes les infractions graves qui peuvent être réitérées et mettent en péril l’intégrité des personnes et l’interdiction de tout aménagement de peine pour les infractions commises en état de récidive, ou portant atteinte à l’intégrité physique.

Pour cela, il faut augmenter la capacité carcérale d’au moins 30 000 places, dont une part dédiée et adaptée aux peines courtes comme aux primo délinquants.

L’effectivité des peines exige aussi une justice accélérée et priorisée. Une présomption de comparution immédiate doit s’appliquer à toutes les infractions commises en flagrance, en particulier lorsqu’elles visent des agents publics dans l’exercice de leurs fonctions — enseignants, policiers, personnels soignants, de secours et de transport. 

Dans les cas les plus graves, une peine ferme doit pouvoir être prononcée et mise à exécution sous 72 heures, sans délai ni aménagement.

Pour garantir cette rapidité et cette cohérence, il convient de créer des pôles spécialisés au sein de chaque tribunal judiciaire, spécifiquement affectés au traitement des infractions contre les agents publics dont la protection doit être un axe structurant de la politique pénale.

L’autorité implique également de rétablir le lien entre droits sociaux et devoirs fondamentaux. Je propose en conséquence la suspension de l’accès aux prestations sociales non contributives en cas de condamnation pénale pour violences volontaires ou délits répétés, l’expulsion administrative sur décision motivée du maire des logements sociaux en cas de trouble grave à l’ordre public ou condamnation pénale d’un occupant, l’expulsion systématique des étrangers condamnés pour délits ou crimes. Le droit de séjour implique le respect de la loi.

L’autorité repose aussi sur l’éducation civique et la prévention. L’école doit redevenir un lieu d’apprentissage de la loi, de l’histoire nationale, de la laïcité, des principes républicains. 

Enfin, il faut rompre avec trois logiques délétères : l’impunité de fait, la judiciarisation sans exécution, et la compassion systématique envers les coupables. La France doit être respectée et pour cela la République ne peut plus reculer. Elle doit assumer la force juste, celle qui protège les gens honnêtes, et faire respecter la loi, sans faiblesse ni complaisance.

L’autorité républicaine n’est pas l’ennemie de la liberté : elle en est la condition.

Roland Lombardi

https://lediplomate.media/exclusif-le-grand-entretien-du-diplomate-avec-david-lisnard-lautorite-republicaine-nest-pas-lennemie-de-la-liberte-elle-en-est-la-co/ 

 


 

C) - Français, soyons excellents ou nous disparaîtrons ! 

Même les plus optimistes ne peuvent nier que l'Europe, cernée par des concurrents, n'est pas à la hauteur : nous travaillons beaucoup moins qu'ailleurs, les retraités sont mieux traités que les actifs, peu de nouvelles entreprises voient le jour, les innovateurs quittent le pays, les entreprises étrangères investissent très peu dans les technologies de pointe, la natalité diminue et nous formons beaucoup moins d'ingénieurs que sur tout autre continent. C'est particulièrement vrai en France, qui ressemble aujourd'hui à un camion fou dévalant une pente abrupte, avec quatre ou cinq conducteurs sans permis se disputant le volant. 

Sans entrer dans les détails, voici quelques chiffres : tandis que la Chine consacre 9 % de son PIB à la recherche et à l'innovation, et l'Allemagne et le Japon plus de 3,5 %, la France est, pour la première fois depuis 1981, sous la barre des 2 %. Alors que le Japon et l'Allemagne, pays vieillissants s'il en est, consacrent 9,5 % de leur PIB au financement des retraites, la France y consacre 15 %, et bien plus si l'on prend en compte toutes les dépenses liées au vieillissement de la population. En France, on prend sa retraite trois ans plus tôt que dans les autres pays européens, qui sont d'ailleurs en train de relever encore l'âge de la retraite. Près de la moitié de la dette publique française est liée à la mauvaise gestion des retraites, alors même que le système scolaire est en grande difficulté, les hôpitaux au bord de la faillite et que le taux de natalité s'effondre, rendant impossible le financement durable des retraites à leur niveau actuel. Tandis que l'Allemagne remplit ses écoles d'ingénieurs, la France peine à trouver des candidats, et notamment des femmes, pour les siennes. Alors que d'autres pays ont un gouvernement, un budget, des priorités claires et une vision suffisamment précise pour que les entrepreneurs envisagent d'investir, il faudrait être fou pour investir en France, un pays sans budget, dont le gouvernement abandonne ses rares réformes courageuses pour gagner quelques jours de plus, où tous les partis se contentent de promesses démagogiques et de concessions insensées à tous les groupes d'intérêt, où l'on en est arrivé à désigner des boucs émissaires, où les alliances d'un parlement balkanisé participent à un suicide collectif. Et là où il ne reste plus personne pour fixer un cap et s'y tenir. 
 
Il n'est donc guère surprenant que la démocratie, et les élites qui ont mené à ce désastre, soient remises en question ; et que beaucoup en viennent à croire qu'un gouvernement autoritaire, ou du moins illibéral, débarrassé des technocrates, ne ferait pas pire et, au moins, remettrait de l'ordre. Rien d'étonnant non plus à ce que les partis qui prônent cela soient xénophobes, anti-européens, nationalistes et populistes. 
 
 L'avenir est donc tout tracé : une victoire future pour le Rassemblement National, qui s'arrogera la volonté de transformer la France en un pays isolé et moyen, sans ambition d'excellence ni de puissance, un pays qui s'enorgueillira d'être gouverné par des non-diplômés, car les surdiplômés auront démontré leur incompétence. Car le programme de ce parti peut se résumer, quoi qu'en disent ses dirigeants, ainsi : « Plus d'impôts. Moins d'étrangers. Moins de travailleurs. 
 
Moins d'Europe. Moins d'excellence. » Sa mise en œuvre, applaudie par les retraités et tous ceux qui nourrissent la nostalgie d'une France idéalisée, ne fera qu'aggraver la crise financière du pays. Les élites partiront, tout comme les investisseurs et les chercheurs étrangers. La dette publique augmentera. Jusqu'à ce que les marchés, le FMI ou Bruxelles viennent nous rappeler à la réalité, comme ils l'ont fait pour d'autres pays qui ont perdu la moitié de leur niveau de vie. 
 
Et voilà ce qui attend la France dans moins de dix-huit mois. C'est la faute de ceux qui, pendant tant d'années, ont manqué de courage pour entreprendre les réformes nécessaires, préférant jouir du pouvoir plutôt que de l'utiliser pour élever le pays. Et de tous ceux qui, aujourd'hui, lâchement, se rallient aux puissants de demain, de peur de perdre leurs privilèges. 
 
Nous avons encore la possibilité de réagir. De ne pas nous résigner. De ne pas accepter une défaite absurde. Pour mettre en lumière une génération de jeunes gens exceptionnels, avides de travailler et de s'ouvrir au monde, indignés de voir leur place occupée par des rentiers de toutes sortes, des retraités ou des employés surnuméraires d'administrations pléthoriques, alors que nous manquons cruellement d'ingénieurs, d'enseignants, d'infirmiers, d'ouvriers qualifiés, de médecins, de policiers, d'agriculteurs et de tant d'autres professions essentielles à l'avenir du pays et, en particulier, à la résolution des problèmes environnementaux de demain. Cela exige des réformes courageuses. Par exemple, les retraités doivent accepter que leur part du revenu national diminue et qu'ils devront vivre de leurs biens, s'ils en possèdent, plutôt que des impôts payés par ceux qui travaillent. Et nous devons accueillir et intégrer un grand nombre d'étrangers, soigneusement sélectionnés afin qu'ils ne disparaissent pas.
 
Il ne reste plus beaucoup de temps pour réagir. Pour donner le pouvoir à la jeunesse. La solution ne réside certainement pas dans les partis actuels, qui ne proposent rien et ne pensent qu'à continuer de profiter des prévoyances publiques. Elle réside dans une prise de conscience des entreprises, des associations, des syndicats, des chercheurs, des jeunes, des personnes de bonne volonté, qui croient encore que la France et l'Europe doivent viser l'excellence et rester ouvertes sur le monde. C'est parmi eux que se trouvent les sources de cette prise de conscience. Espérons qu'elle ne tardera pas trop. 
 
 Jacques Attali 
 Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L’Express. Jacques Attali dirige aussi régulièrement des orchestres à travers le monde.

 


 

D) - Vers un « état d’alerte de sécurité nationale » : le bellicisme assumé de Macron et de l’UE face à la Russie

La loi de programmation militaire actualisée : un réarmement sans précédent sous prétexte de « menaces géopolitiques »

Le 8 avril 2026, le gouvernement français a présenté en Conseil des ministres une actualisation majeure de la loi de programmation militaire (LPM) pour la période 2024-2030.

Ce texte, loin d’être une simple révision technique, constitue un tournant stratégique.

L’enveloppe budgétaire passe de 377 à 413 milliards d’euros d’ici 2030, soit une hausse supplémentaire de 36 milliards d’euros. Au cœur de cette réforme : la création d’un nouvel outil juridique inédit, l’« état d’alerte de sécurité nationale ». Activé par simple décret du Premier ministre, ce régime d’exception permettra des réquisitions massives dans les secteurs civil, logistique et sanitaire, le déploiement rapide des forces armées sur le territoire national, et des dérogations aux normes environnementales, aux marchés publics ou aux règles du droit du travail pour accélérer la production d’armements et la construction d’infrastructures militaires.

Officiellement, ce dispositif répond à « la multiplication des fronts géopolitiques » et à la nécessité de transformer la France en « base arrière » d’une éventuelle intervention majeure en Europe de l’Est. Il s’inscrit dans une logique de préparation à une « économie de guerre » permanente, avec des mesures concrètes comme l’autorisation pour 1.500 agents de sécurité privée d’utiliser des moyens antidrones, l’assouplissement des procédures de fabrication d’antidotes bactériologiques ou la simplification des procédures d’achat d’équipements militaires. Ce n’est plus une armée de professionnalisation post-Guerre froide, mais une armée prête à une mobilisation totale de la société.

L’« état d’alerte de sécurité nationale » : la fin officielle du temps de paix en France

Ce nouveau statut marque une rupture historique. Jusqu’ici, la France distinguait clairement le temps de paix et le temps de guerre.

Désormais, un simple décret suffira à basculer dans un régime hybride où l’État pourra réquisitionner usines, transports, hôpitaux ou même données personnelles sans passer par le Parlement.

Le gouvernement justifie cette mesure par les « menaces hybrides » attribuées à la Russie : cyberattaques, drones, sabotage des infrastructures ou « flotte fantôme » dans l’Atlantique.

Dans les faits, cette réforme aligne la France sur les doctrines les plus agressives de l’OTAN. Elle prépare le pays non seulement à défendre son territoire, mais surtout à soutenir une guerre de haute intensité sur le flanc est de l’Europe. Les généraux français eux-mêmes évoquent ouvertement un « choc » possible d’ici trois à quatre ans et décrivent la Russie comme « la plus grande et la plus dimensionnante menace » pour le continent. Cette rhétorique transforme une hypothèse stratégique en certitude politique.

Le bellicisme assumé d’Emmanuel Macron : la Russie, ennemi existentiel de l’Europe

Emmanuel Macron incarne depuis plusieurs années cette posture belliciste. Il n’a cessé de qualifier la Russie de « menace existentielle » pour l’Europe, d’envisager publiquement l’envoi de troupes françaises en Ukraine (y compris plusieurs milliers d’hommes dans une « force de réassurance » post-cessez-le-feu) et de multiplier les livraisons d’armes qui ont déjà épuisé 25 à 40 % des stocks stratégiques français. Ses déclarations sur une « confrontation » inévitable avec Moscou, ses appels répétés à une « économie de guerre » européenne et son alignement total sur les positions les plus dures de l’OTAN et de Washington traduisent une vision obsidionale.

Cette russophobie n’est pas isolée : elle est devenue la doctrine officielle de l’Union européenne. Bruxelles et les capitales européennes présentent systématiquement toute initiative russe comme une agression impérialiste, tandis que l’expansion continue de l’OTAN vers l’est depuis la fin de la Guerre froide est passée sous silence. Les exercices militaires massifs en Estonie, les discours sur la « défense européenne » et même le lancement d’une application « Défense + » pour mobiliser les jeunes citoyens s’inscrivent dans cette logique de confrontation permanente.

La russophobie européenne : un réflexe pavlovien pour masquer les échecs structurels de l’UE

Cette obsession anti-russe sert surtout à dissimuler les faiblesses profondes de l’Union européenne. À chaque crise – dépendance énergétique, désindustrialisation, inflation ou contestations sociales – Moscou est désignée comme le bouc émissaire idéal. Les sanctions successives contre la Russie, loin d’avoir affaibli Moscou comme promis, ont provoqué une explosion des prix de l’énergie en Europe, des profits records pour les fournisseurs américains et qataris de GNL, et un affaiblissement dramatique de la compétitivité industrielle du continent.

L’affaire Nord Stream reste emblématique : initialement imputée à la Russie, les enquêtes ultérieures ont révélé une réalité plus complexe que la narrative officielle n’a jamais assumée. Au lieu de reconnaître les erreurs stratégiques de Bruxelles (dépendance au gaz russe abandonnée sans alternative viable, perte de souveraineté énergétique), les dirigeants européens préfèrent entretenir une rhétorique de guerre froide 2.0. Résultat : l’Europe se retrouve plus dépendante des États-Unis, moins compétitive face à la Chine et coupée d’un partenaire historique qui représentait un marché immense et des ressources énergétiques bon marché.

Les risques d’une escalade incontrôlable : vers une Europe champ de bataille ?

En transformant la Russie en ennemi absolu, Macron et l’UE ignorent les réalités géostratégiques du XXIe siècle. La Fédération de Russie réagit à une expansion de l’OTAN jugée menaçante, conformément aux assurances données à Gorbatchev après 1989. En refusant toute négociation sérieuse, en présentant toute concession comme une capitulation et en préparant les opinions publiques à une guerre longue, les dirigeants européens risquent de précipiter le continent dans un engrenage incontrôlable.

Les conséquences sont déjà visibles : épuisement des stocks militaires, explosion des dépenses publiques au détriment des services sociaux, et une France qui se prépare à devenir une « base arrière » d’un conflit qui ne la concerne pas directement. Cette logique belliciste isole davantage l’Europe du reste du monde, où une majorité de pays refuse de suivre cette croisade atlantiste.


 

Conclusion : la paix sacrifiée sur l’autel d’une idéologie atlantiste déconnectée

Au final, cette actualisation de la LPM et la rhétorique qui l’accompagne posent une question essentielle : cette escalade militaire et cette russophobie obsessionnelle servent-elles vraiment les intérêts de la France et de l’Europe ? Ou ne font-elles qu’accélérer un déclin stratégique et économique déjà bien engagé ?

En transformant le Vieux Continent en champ de bataille potentiel pour la troisième fois en un siècle, Emmanuel Macron et les institutions européennes semblent prêts à sacrifier la paix, la prospérité et la souveraineté sur l’autel d’une idéologie atlantiste qui a déjà fait la preuve de son échec.

Les débats parlementaires à venir sur ce texte seront décisifs. Sauront-ils imposer un sursaut de lucidité et de réalisme géopolitique, ou laisseront-ils la machine belliciste s’emballer jusqu’à l’irréparable ? L’avenir de la France et de l’Europe tout entière en dépend.

https://multipol360.com/vers-un-etat-dalerte-de-securite-nationale-le-bellicisme-assume-de-macron-et-de-lue-face-a-la-russie/

 

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