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mars 30, 2026

Trumpisme et Trumpénisation !!

 Sommaire:

A) - Trump et la guerre en Iran : Erreur fatale ou coup de génie ?

B) - Trump : Quand les patrons américains vont-ils réagir ?

C) - Trump tord le bras de l’Europe : ratifiez ou perdez votre gaz américain !

 


 

Trump et la guerre en Iran : Erreur fatale ou coup de génie ?

Depuis plus de dix ans, une partie de la presse occidentale et les soi-disant « experts » expliquent avec une remarquable constance que Donald Trump est un imbécile, un clown, un fou dangereux. Le problème, c’est que cette grille de lecture est surtout révélatrice de biais idéologiques, de la paresse intellectuelle ou pire, de la bêtise même, de ceux qui l’emploient. En géopolitique, sous-estimer son adversaire est toujours une erreur. Et dans le cas de Trump, c’en est même une double.

Car depuis longtemps j’avance une autre hypothèse : Donald Trump n’est pas l’anomalie du système américain, il en est le symptôme. Celui d’un Empire qui vieillit, doute, mais qui refuse encore de disparaître.

L’Amérique reste certes aujourd’hui la première puissance militaire, technologique et financière du monde. Mais elle est aussi un empire fatigué : une dette colossale, une industrie moribonde et depuis longtemps délocalisée, une société fracturée, voire décadente (wokisme) et surtout avec un rival systémique – la Chine – qui monte en puissance à une vitesse historique et qui la dépasse à présent (hormis dans le domaine militaire mais pour combien de temps ?) dans tous les secteurs. 

Dans ce contexte, l’élection puis la réélection de Donald Trump ne doivent rien au hasard. Elles traduisent le réflexe de survie d’une partie de l’Amérique. Celle que les castes globalisées regardent souvent avec mépris : l’Amérique périphérique, industrielle (ou ce qu’il en reste !), rurale, celle qui a payé la mondialisation de plein fouet et qui refuse d’être sacrifiée sur l’autel du libre-échange sauvage et des guerres idéologiques.

Trump n’est donc pas une parenthèse. Dans ce nouvel épisode du concept du « Piège de Thucydide », il représente donc le sursaut d’un empire dont le déclin fut notamment accéléré par quatre années catastrophiques d’une administration Biden inconséquente et incompétente.

Or l’Histoire est cruelle avec les sursauts.

J’écrivais en novembre 2024 : « Donald Trump sera-t-il le Justinien de l’Empire américain… et de l’Occident ? »

La comparaison n’avait rien d’un compliment facile. Justinien, Napoléon ou Churchill incarnent tous le même phénomène historique : celui du dirigeant qui tente de redresser une puissance vieillissante et en fin de vie.

Justinien, l’empereur romain d’Orient du VIsiècle, restaure quelque peu l’empire romain d’Occident et ralentit son déclin pendant seulement quarante ans. Napoléon prolongea quinze années la suprématie française et le Siècle français, puis ce fut l’Espagne, la Russie et Waterloo. Churchill offrit au Royaume-Uni un dernier moment, quelques années, de grandeur impériale avant l’avènement finalement du Siècle américain.

De fait, ces sursauts durent donc rarement.

La question est donc simple : le sursaut Trump n’aura-t-il duré que quinze mois ?

À lire aussi : ANALYSE – Détroit d’Ormuz : Comment l’Iran parvient à maintenir ses exportations de pétrole malgré la guerre

Un début de second mandat fulgurant

Car depuis janvier, que cela nous plaise ou non, Donald Trump avait accumulé les succès.

D’abord en politique étrangère. Contrairement à l’image belliciste que lui prêtent ses adversaires, Trump s’est toujours méfié des guerres coûteuses et inutiles. Il considère – à juste titre – que les États-Unis ont dilapidé leur puissance (et leur argent) dans des conflits périphériques sans intérêt stratégique réel.

Son objectif était donc clair : fermer les robinets impériaux.

Il a tout d’abord contribué à mettre fin ou à désamorcer huit conflits majeurs ou crises ouvertes à travers le monde. 

La fin du conflit ukrainien devait en faire partie. Pour Washington, cette guerre était devenue un gouffre financier sans retour stratégique évident. Son retrait progressif et la laisser aux Européens était une manière élégante de rappeler que l’OTAN n’est pas une mutuelle gratuite. 

Et, n’oublions pas que si le conflit perdure aujourd’hui, c’est aussi parce que le puissant complexe militaro-industriel américain, largement hostile à Trump, n’a cessé de court-circuiter sa stratégie en s’appuyant sur certains dirigeants européens – on se souvient du rôle trouble joué par Boris Johnson en 2022 pour torpiller les négociations en échange de grosses commissions – afin de maintenir ce conflit profitable à l’industrie de défense américaine.

Dans le même temps, Trump lançait une politique commerciale agressive pour relancer l’industrie américaine. Les tarifs douaniers n’étaient pas une folie ou un caprice protectionniste mais un outil de réindustrialisation forcée.

À cela s’ajoutaient plusieurs mouvements stratégiques importants : sécurisation de l’arrière-cour américaine, pression sur le Panama et le coup au Venezuela pour réduire l’influence chinoise, rapprochement discret avec la Russie et tout récemment, un accord économique majeur et historique avec l’Inde.

Sans oublier le Groenland, cible de moqueries médiatiques mais enjeu stratégique majeur : terres rares (comme au Venezuela d’ailleurs), routes arctiques, contrôle des ressources du futur.

De même, avec Trump, les États-Unis attiraient d’importants investissements venus du Golfe : près de 45 milliards de dollars annoncés par le Qatar dans différents projets industriels et énergétiques, plus de 600 milliards promis par l’Arabie saoudite sur plusieurs années et plus de 200 milliards de dollars d’investissements et de partenariats stratégiques des Émirats arabes unis dans les technologies et l’intelligence artificielle américaines (notons que ces flux pourraient évidemment être remis en question par la nouvelle guerre dans le Golfe et ses conséquences, d’autant plus que Riyad et Abou Dhabi avaient rejoint les BRICS sous le mandat de Biden).

Trump poursuivait aussi une idée stratégique peu commentée : faire “exploser” les BRICS+ de l’intérieur afin d’affaiblir la Chine en rapprochant plusieurs membres clés – Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Inde et même Russie – de l’économie américaine plutôt que de les laisser glisser durablement dans l’orbite de Pékin.

La logique était limpide : réduire les engagements périphériques pour concentrer la puissance américaine sur le véritable défi du XXIe siècle – la rivalité avec la Chine.

En clair, comme je l’indiquais dans un édito précédent, sortir des guerres pour préparer la grande compétition.

Et puis survient l’Iran.

La politique de Trump face à Téhéran

Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut revenir au premier mandat Trump.

En 2018, la sortie du JCPOA marquait un changement profond de stratégie. Washington abandonnait la logique d’endiguement diplomatique pour revenir à la pression maximale.

Mais la véritable nouveauté était ailleurs : dans l’acceptation également d’une stratégie de décapitation ciblée.

Le message américain devenait simple : les États-Unis ne se contenteraient plus d’user la périphérie du système iranien. Ils pourraient viser directement les cerveaux du dispositif.

L’élimination du général Qassem Soleimani en fut l’exemple le plus spectaculaire.

Cette approche repose sur un triptyque très clair : pression économique maximale, renseignement offensif et menace militaire crédible. L’objectif n’est pas forcément la guerre totale mais la désorganisation progressive de l’adversaire.

Depuis le début du second mandat Trump, cette stratégie a été renforcée.

Washington a accru sa présence militaire dans la région. Et surtout, la CIA, à l’instar du Mossad déjà bien implanté sur le territoire iranien, a relancé des opérations de recrutement en persan visant directement les élites iraniennes.

Ce n’est pas un détail. Quand une puissance prépare une opération majeure, elle cherche d’abord à comprendre le système qu’elle veut frapper. Logique.

Mais Trump, contrairement aux caricatures médiatiques, ne voulait absolument pas d’une guerre, d’où son hésitation et ses réticences manifestes pendant plusieurs semaines… 

Il voulait un rapport de force suffisant pour imposer une négociation ou provoquer une fracture interne du régime.

À lire aussi : ANALYSE – Gouvernance internationale de la concurrence, géopolitique et convergence normative

Le pari iranien

Trump ne le sait probablement pas, mais Churchill a écrit un jour : « Ne croyez jamais, jamais, jamais qu’une guerre sera simple et facile, ni que quiconque s’engage dans cet étrange voyage puisse en mesurer les marées et les ouragans qu’il rencontrera. L’homme d’État qui cède à la fièvre guerrière doit comprendre que, dès que le signal est donné, il n’est plus le maître de la politique, mais l’esclave d’événements imprévisibles et incontrôlables ».

Alors pourquoi cette intervention ?

Les théories complotistes circulent déjà : manipulation de Netanyahou, chantages et pressions diverses, diversion politique afin d’occulter les retombées de l’affaire Epstein, conversion soudaine de Trump au néoconservatisme…

Soyons sérieux.

Comme le rappelait si justement Michel Rocard : « En matière de grande catastrophe publique, toujours privilégier la connerie au complot. La connerie est à la portée de tous, c’est donc assez largement répandu. Le complot nécessite beaucoup d’intelligence et d’organisation, c’est très rare ».

Or Trump n’est pas idiot et n’est pas devenu un faucon idéologique du jour au lendemain.

Ma lecture est différente : j’opterais plutôt pour le grain de sable qui a, au dernier moment, fait gripper un plan qui devait se dérouler sans accroc. Trump ne croyait pas réellement à un nouveau regime change ou un renversement du régime par un soulèvement populaire massif. Depuis janvier, et en dépit d’émeutes sans précédent, rien ne laissait toutefois présager un mouvement révolutionnaire capable d’abattre la République islamique. Les oppositions iraniennes se haïssent entre elles et restent donc profondément divisées, sans figure fédératrice et charismatique faisant l’unanimité dans le peuple iranien capable d’incarner une alternative crédible et sérieuse – et Trump lui-même a refusé de recevoir et d’adouber Reza Pahlavi par exemple. Dans cette perspective, c’est plutôt le spectre d’une guerre civile en Iran qui se profilerait dans le cas d’une chute brutale du régime et avec des conséquences pour la région dévastatrices.

Par ailleurs, Trump ne croyait pas (surtout pas !) non plus à un scénario d’intervention directe américaine (et encore moins terrestre !) ou à une insurrection militaire interne menée par des groupes comme les Kurdes. Son plan semblait beaucoup plus classique dans la tradition de la Realpolitik : pression maximale, négociations serrées… et éventuellement un coup de palais.

Dans ce scénario, les services américains et israéliens sont parvenus à convaincre Trump, peut-être en lui “vendant” l’idée d’une opération courte et ciblée : décapitation du sommet du régime, destruction totale du programme nucléaire et accélération d’une recomposition interne du pouvoir.

Autrement dit : provoquer un coup d’État interne mené par un homme – ou un groupe – au sein de l’appareil militaire ou même des Pasdarans.

La CIA et le Mossad pouvaient sincèrement croire à ce scénario. Mais plusieurs hypothèses existent : leur homme a peut-être été tué accidentellement dans les frappes ciblées qui ont décimé, en 24h et dans une redoutable efficacité, plus d’une cinquantaine de dirigeants iraniens – y compris le Guide suprême Khamenei – ou bien, il a été découvert et éliminé par ses propres pairs dans les purges actuelles et toujours en cours au cœur du régime.

Car un élément est largement sous-estimé : les infiltrations du Mossad au sein même de l’appareil iranien sont nombreuses, et les purges internes et les règlements de compte qui en découlent sont aujourd’hui massifs mais peu évoqués publiquement.

Dans ce contexte, les factions les plus dures et radicales du régime semblent donc avoir repris la main.

Ou encore, et ce serait le scénario le plus intéressant pour les Israéliens et surtout le président américain, leur fameux « homme idoine », leur carte maîtresse, est bel et bien encore en vie mais n’a simplement pas eu l’opportunité de passer à l’action. Nous y reviendrons plus loin…

En attendant, l’Iran n’est ni l’Irak de Saddam Hussein ni la Libye de Kadhafi.

C’est un régime profondément enraciné dans son appareil sécuritaire.

Les Pasdarans représentent environ 150 000 hommes. Les milices basijis en mobilisent près de 800 000. Avec leurs familles et leurs réseaux économiques, ce sont plus de vingt millions d’Iraniens qui ont un intérêt direct à la survie du régime, qui au passage s’y connaît très bien en révolution, en « brouillard de guerre », en guerre asymétrique et d’attrition !

Dans ces conditions, la chute rapide du système était toujours une hypothèse optimiste.

Aujourd’hui, le conflit semble s’installer. Et avec lui les dangers classiques de toute guerre périphérique qui peut se traduire par un fiasco fatal pour Trump et pire, dégénérer en véritable séisme international. 

Rappelons-nous que Napoléon pensait régler un problème dynastique en Espagne. Il y inventa la guérilla moderne… et commença à y perdre son empire !

Le piège des puissances fatiguées

La véritable question n’est donc pas militaire. Les États-Unis peuvent frapper l’Iran autant de fois qu’ils le souhaitent. Même si le complexe militaro-industriel américain est aux anges, les stocks de l’Oncle Sam s’épuisent et du matériel doit être rapatrié d’autres théâtres stratégiques comme en Asie, à la grande joie aussi des Chinois… 

Le problème est donc politique et géostratégique.

Une guerre prolongée et, pire, une intervention terrestre, même limitée, en Iran, on l’a dit, pourrait ruiner la grande stratégie trumpienne : concentrer l’Amérique contre la Chine. 

Pour l’heure et en paraphrasant Audiard : quand une puissance (USA) qui dépense 1 000 milliards de dollars par an pour sa défense décide d’agir, celles qui en dépensent 150 (Russie) ou 250 (Chine) regardent… et s’adaptent.

Certes les Chinois sont très inquiets pour leur approvisionnement en hydrocarbures qui est vital pour eux, surtout si le détroit d’Ormuz venait à être totalement fermé. Mais Pékin, après ce premier niveau de lecture de la crise, en a une seconde plus favorable. Xi Jinping peut observer au final la situation avec une certaine satisfaction (tout en aidant discrètement d’une manière ou d’une autre l’Iran). Car si Washington s’enlise une nouvelle fois au Moyen-Orient pendant que l’Europe se ruine de plus en plus en Ukraine, contre ses propres intérêts, dans une guerre qui ne la concerne pas et que la Russie entame sa cinquième année dans ce même conflit, le XXIe siècle devient soudain beaucoup plus confortable pour la Chine. Il suffirait alors d’une reprise des combats entre l’Inde et le Pakistan, et ce serait alors le jackpot pour l’Empire du milieu !  

Je l’ai déjà écrit : si vous êtes un stratège chinois et que vous voyez vos trois principaux concurrents s’épuiser simultanément, vous avez toutes les raisons de sourire et de vous frotter les mains. « Le meilleur général est celui qui gagne la guerre avant même d’avoir commencé la bataille », écrivait Sun Tzu…

Quant à Moscou, dans ce contexte, et au-delà des (fausses) rumeurs de la presse occidentale évoquant la fourniture d’informations aux Iraniens (et oui, il faut toujours mettre les Russes dans le camp des « méchants » mais même le Pentagone n’y croit pas, la Russie ayant d’autres chats à fouetter en Ukraine et au cas où, ne souhaite pas compromettre ses futures relations avec les Israéliens et Trump), elle adopte une posture classique : attendre, profiter de la hausse du pétrole et proposer surtout ses services comme médiateur.

En somme, au risque de décevoir les soutiens (agents d’influence ?) inconditionnels du « Sud global » de nos contrées et qui défendent mordicus le régime des mollahs pourtant toujours ennemi de l’Occident et de la France depuis 1979 (il a d’ailleurs récemment attaqué notre base aux Émirats arabes unis puis a causé en Irak la mort d’un soldat français et blessé cinq autres), personne ne se précipite ouvertement pour sauver Téhéran. Mais tout le monde observe attentivement la suite.

À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Syrie, le laboratoire de la destruction régionale ?

Trump peut-il encore gagner ?

Je l’ai dit à plusieurs reprises : c’est peut-être le pari le plus risqué de la carrière – voire de la vie politique – de Donald Trump.

Car l’enjeu dépasse largement l’Iran.

Si la guerre s’enlise, Trump pourrait compromettre les élections de mi-mandat mais surtout perdre une grande partie de sa popularité – jusqu’ici remarquablement solide – au sein de son électorat MAGA, traditionnellement hostile aux aventures extérieures. Or cet électorat commence déjà à manifester des signes de doute et de déception face à cette nouvelle guerre et à ce qui pourrait apparaître, pour certains, comme la première promesse majeure non tenue par leur champion : celle de sortir l’Amérique des conflits coûteux et inutiles.

Le temps joue donc clairement contre Trump. Il en est très bien conscient, d’où certainement son impatience et son irritation. 

Et, à ce stade, malgré la puissance de feu des États-Unis ainsi que l’efficacité et la précision chirurgicale des frappes israéliennes, les mauvaises nouvelles – les Européens et l’OTAN refusent de participer à l’opération, le porte-avions Ford, endommagé, fait demi-tour et Joseph Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme (NCTC), proche de Trump et pilier du mouvement MAGA, vient de démissionner – continuent de s’accumuler pour Washington. Les bases, les intérêts et les ambassades américains au Moyen-Orient, tout comme Israël et les États alliés du Golfe, demeurent toujours exposés aux représailles iraniennes, aux drones et aux missiles de Téhéran, même si ces attaques semblent avoir ralenti — peut-être en raison d’une gestion plus contrainte des stocks — après déjà dix-sept jours de conflit…

Or l’Histoire nous apprend aussi qu’en géopolitique, les situations apparemment bloquées peuvent basculer très vite. Ou pas…

Si Trump parvient finalement à provoquer, sous la pression militaire, cette fameuse recomposition interne du régime iranien – ou même sa chute contrôlée –, il pourrait transformer une opération risquée en succès stratégique majeur.

Pour l’instant, reconnaissons-le : c’est loin d’être gagné, tant la « défense mosaïque » (structure du commandement militaire décentralisée), comme la résilience du pouvoir de Téhéran, est réelle. Les Israéliens ont beau éliminer les chefs un par un, ainsi que leurs remplaçants, « couper toutes les têtes », or celles du régime, comme celles d’une Hydre, repoussent à chaque fois. Pour combien de temps ?

Il ne faut pas oublier que les Pasdarans, force d’élite, pilier du régime, sont à la fois des combattants idéologiquement fanatisés et des acteurs économiques puissants. « Joueurs d’échecs, malins et très intelligents »(dixit Trump lui-même !), leur culture politique mêle professionnalisme, culte du martyr, loyauté révolutionnaire… et sens aigu des affaires.

Autrement dit, ils peuvent se montrer redoutablement déterminés. Mais ils restent aussi des hommes de pouvoir… et d’argent.

Comme le disait Charles Quint :

« Les incorruptibles n’existent pas. Ils sont simplement un peu plus chers que les autres. »

Dans ce contexte, l’« homme idoine », la fameuse taupe, évoqué plus haut pourrait apparaître – ou réapparaître – à un moment critique.

D’autre part, l’histoire regorge d’exemples où, au crépuscule des régimes les plus durs, certains responsables cherchent avant tout à sauver leur peau, leurs intérêts ou une partie de l’appareil de pouvoir.

En avril 1945, même Heinrich Himmler – pourtant le maître absolu de la SS et l’un des piliers les plus fanatiques du IIIᵉ Reich – tenta d’ouvrir des négociations secrètes avec les Occidentaux par l’intermédiaire du comte Folke Bernadotte, dans l’espoir de conclure une paix séparée sur le front occidental. L’objectif n’était évidemment pas une paix sincère, mais une manœuvre de survie personnelle et politique : préserver ce qui pouvait l’être du régime et tenter d’empêcher l’effondrement total face aux Soviétiques.

Ce type de calcul cynique est une constante dans les fins de régime, même les plus idéologiques.

Si un tel scénario devait émerger à Téhéran – fracture interne, coup de palais ou recomposition du pouvoir – le Moyen-Orient pourrait être profondément transformé.

L’un des principaux foyers de déstabilisation régionale disparaîtrait ou serait durablement affaibli. Et les États-Unis retrouveraient alors une marge d’initiative stratégique considérable, tout en portant, une nouvelle fois, un mauvais coup à Pékin…

Il sera intéressant de voir comment Trump, « l’homme qui ne perd jamais » (ou du moins, ne l’avoue jamais) va se sortir de cette aventure…

Mais ce serait mal le connaître que de le croire déjà piégé : Trump, l’imprévisible, a déjà montré à plusieurs reprises qu’il savait transformer des situations apparemment bloquées en coup de théâtre ou pirouettes géopolitiques inattendues, comme en juin dernier lors de la guerre des 12 jours par exemple…

La question reste donc entière.

Sommes-nous face à l’erreur fatale d’un empire fatigué, d’un empereur trop pressé et dépassé… ou au coup de génie d’un joueur qui mène une partie de poker mondiale où personne ne sait vraiment quelles cartes il détient ?

Les semaines à venir nous apporteront sans doute un début de réponse.

À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Pékin face à la guerre hybride : L’Iran comme terrain d’apprentissage stratégique

Roland Lombardi est docteur en Histoire, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et des questions de sécurité et de défense. Fondateur et directeur de la publication du Diplomate.

Il est chargé de cours au DEMO – Département des Études du Moyen-Orient – d’Aix Marseille Université et enseigne la géopolitique à Excelia Business School de La Rochelle.

Il est régulièrement sollicité par les médias du monde arabe. Il est également chroniqueur international pour Al Ain. Il est l’auteur de nombreux articles académiques de référence notamment : « Israël et la nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient : quelles nouvelles menaces et quelles perspectives ? » in Enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, Études Internationales, HEI – Université de Laval (Canada), VOLUME XLVII, Nos 2-3, Avril 2017, « Crise du Qatar : et si les véritables raisons étaient ailleurs ? », Les Cahiers de l’Orient, vol. 128, no. 4, 2017, « L’Égypte de Sissi : recul ou reconquête régionale ? » (p.158), in La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation, Revue de la Défense Nationale, Été 2019, n°822 sous la direction de Pascal Ausseur et Pierre Razoux, « Ambitions égyptiennes et israéliennes en Méditerranée orientale », Revue Conflits, N° 31, janvier-février 2021 et « Les errances de la politique de la France en Libye », Confluences Méditerranée, vol. 118, no. 3, 2021, pp. 89-104. Il est l’auteur d’Israël au secours de l’Algérie française, l’État hébreu et la guerre d’Algérie : 1954-1962 (Éditions Prolégomènes, 2009, réédité en 2015, 146 p.). Co-auteur de La guerre d’Algérie revisitée. Nouvelles générations, nouveaux regards. Sous la direction d’Aïssa Kadri, Moula Bouaziz et Tramor Quemeneur, aux éditions Karthala, Février 2015, Gaz naturel, la nouvelle donne, Frédéric Encel (dir.), Paris, PUF, Février 2016, Grands reporters, au cœur des conflits, avec Emmanuel Razavi, Bold, 2021 et La géopolitique au défi de l’islamisme, Éric Denécé et Alexandre Del Valle (dir.), Ellipses, Février 2022. Il a dirigé, pour la revue Orients Stratégiques, l’ouvrage collectif : Le Golfe persique, Nœud gordien d’une zone en conflictualité permanente, aux éditions L’Harmattan, janvier 2020.

Ses derniers ouvrages : Les Trente Honteuses, la fin de l’influence française dans le monde arabo-musulman (VA Éditions, Janvier 2020) – Préface d’Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité de la DGSE, Poutine d’Arabie (VA Éditions, 2020), Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? (VA Éditions, 2021), Abdel Fattah al-Sissi, le Bonaparte égyptien ? (VA Éditions, 2023).

https://lediplomate.media/edito-trump-guerre-iran-erreur-fatale-coup-genie/ 



 

B) - Trump : Quand les patrons américains vont-ils réagir ?

Il est rare de voir un président saper les fondements de son pays en prétendant œuvrer pour son développement. C'est pourtant précisément ce que fait le président Trump ; et l'on peut se demander combien de temps les patrons et les syndicats américains toléreront une telle politique. 
 
 En apparence, le président américain fait tout son possible pour aider les entreprises américaines : il réforme le système fiscal en leur faveur ; il consacre toujours plus de fonds publics aux industries de la défense et de l'intelligence artificielle ; par une déréglementation sans limites, il exonère les dirigeants américains de toute poursuite pénale pour corruption d'agents publics étrangers ou violation des règles et traités environnementaux internationaux, qu'il dénonce pourtant quotidiennement ; il oblige les partenaires des États-Unis à acheter du pétrole et du gaz américains plutôt que russes ; il conditionne tout accord commercial avec un pays à un engagement d'investissement de centaines de milliards de dollars aux États-Unis. Il se montre aussi exigeant et brutal envers les Européens qu'envers les Indiens, les Canadiens, les Australiens, les Indonésiens et les Africains, qui sont tous des partenaires et des marchés naturels pour les entreprises américaines. En Europe, il ne soutient que deux petits pays, la Hongrie et la Slovaquie, dont la seule particularité est d'être des alliés déclarés du président russe. 
 
 

 
 
En réalité, malgré les apparences, cette politique détruit les fondements mêmes du système économique américain : en cherchant à imposer des règles autoritaires aux autres, et aux Européens en particulier, en ne garantissant plus leur défense et en s'alliant avec leurs pires ennemis, elle les pousse à commercer davantage entre eux, à cesser d'acheter des avions, du matériel militaire et des systèmes numériques américains, et à développer des centres de données indépendants. Elle incite également les Européens et d'autres populations à ne plus étudier, vivre ou visiter les États-Unis ; elle les encourage à nouer de nouvelles alliances géopolitiques, entre Européens, ou avec des Latino-Américains et des Canadiens ; et à diversifier leurs partenariats industriels, notamment avec des entreprises chinoises, jusqu'alors considérées comme ennemies.
 
En réalité, les Européens commencent à envisager sérieusement l'acquisition de cartes de crédit et de systèmes numériques européens, et plus généralement à se désengager des services des entreprises numériques américaines. Les banques européennes s'attellent enfin à intégrer leurs marchés de capitaux afin de se libérer de l'emprise américaine. Les pays européens et asiatiques, ainsi que des fonds privés, commencent à vendre leurs bons du Trésor américain. Et même si, pour l'instant, personne en Europe ni ailleurs, pas même la Chine, ne peut se passer de gaz naturel américain, la tentation grandit de tout faire pour s'en affranchir. Il en va de même pour le dollar. Ces choix, que font de plus en plus d'Européens, d'Indiens et de Latino-Américains, les éloignent durablement des États-Unis et continueront de le faire, quel que soit le successeur de Trump à la présidence. 
 
 Les entreprises américaines commencent à en payer le prix : d'énormes contrats, quasiment signés, sont annulés ; les investissements promis sont remis en question. 
 
Tout cela aura des conséquences sur le niveau de vie américain, tant en termes d'inflation que de chômage, comme nous pouvons déjà le constater. 
 
Combien de temps encore les patrons américains, de la Silicon Valley au Texas en passant par New York, jusqu'ici fascinés, voire terrifiés par Trump, continueront-ils à le soutenir ?  
 Combien de temps encore les banques américaines le laisseront-elles poursuivre cette politique insensée qui discrédite leur système financier et accélère la chute du dollar, l'inflation et la crise de la dette ? 
 
Combien de temps encore les GAFAM le laisseront-elles compromettre l'immense potentiel du marché mondial qu'elles étaient en train de conquérir ? 
 
Si ces patrons américains persistent à soutenir leur président, si objectivement contraire à leurs intérêts à long terme, ils devront soit se résigner à se replier sur leur marché intérieur, soit pousser leur président à une confrontation brutale avec ses anciens alliés, afin de reconquérir par la force ce qu'ils ont perdu par leur résistance. Le président n'aura alors d'autre choix que de se montrer de plus en plus agressif envers le reste du monde, notamment les Européens, pour tenter d'obtenir par la force ce qu'il ne peut plus espérer obtenir d'eux par la négociation, aussi brutale soit-elle. Il déclarera ouvertement : « Achetez des armes américaines, sinon vous n’aurez plus accès à Internet ni à vos cartes de crédit ; nous ne vous protégerons plus, et vos logiciels et avions de fabrication américaine deviendront inutilisables.» Comme les Européens et les Indiens ne pourront céder à un tel chantage, une confrontation stratégique, voire militaire, entre les États-Unis et le reste du monde, y compris l’Union européenne, aussi impensable soit-elle aujourd’hui, deviendra inévitable.
 
En revanche, si le monde des affaires américain prend conscience de la gravité de la situation et comprend que tout cela lui est fatal, il s'alliera aux syndicats et aux forces modérées des partis républicain et démocrate pour mettre fin à cette expérience désastreuse et tenter de renouer avec l'ancien monde où les États-Unis bénéficiaient de la confiance de leurs alliés. Il imposera à la Maison-Blanche un président raisonnable, un président qui, au moins, défende ses intérêts. Si ce coup d'État échoue, il cherchera alors à délocaliser ses centres de commandement, à ne plus apparaître comme des entreprises américaines, ce qui ne fera qu'accélérer le déclin de l'empire actuellement dominant. 
 
Dans la sphère publique comme dans la sphère privée, la confiance est la condition de la paix ; or, dans les deux cas, il est très difficile de rétablir la confiance perdue, et le conflit ou la séparation deviennent alors presque toujours inévitables. En perdant la confiance du monde et du monde des affaires américain, le président Trump conduit inévitablement à une confrontation entre les États-Unis et le reste du monde, y compris l'Union européenne, confrontation dont seule une révolte des forces vives américaines contre leur président pourrait nous préserver.
 
 Jacques Attali 
Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/en/geopolitics/trump-when-will-american-bosses-react/ 


 

C) - Trump tord le bras de l’Europe : ratifiez ou perdez votre gaz américain ! 

Une nouvelle démonstration de la realpolitik made in USA

Bruxelles, 24 mars 2026 – L’information, révélée hier soir par le Financial Times et reprise ce matin par BFM Business, est sans ambiguïté : Donald Trump met l’Union européenne face au mur.

Soit Bruxelles ratifie sans délai ni modification l’accord commercial de Turnberry (signé en juillet 2025), qui impose 15 % de droits de douane sur une grande partie des exportations européennes vers les États-Unis, soit l’Europe perd son accès « privilégié » au GNL américain.


 

Message clair : vous voulez de l’énergie ? Vous signez. Sinon, d’autres clients attendent.

Cette menace n’est pas une surprise. Elle illustre à la perfection la méthode Trump : tordre le bras de ses « partenaires » jusqu’à ce qu’ils cèdent. On l’a vu avec le Canada et le Mexique (renégociation forcée de l’ALENA), avec la Chine (guerre tarifaire massive), avec l’Inde, le Brésil… et maintenant avec l’Europe. Le levier est toujours le même : la puissance américaine, qu’elle soit commerciale, monétaire ou énergétique. Aujourd’hui, c’est le GNL qui sert d’arme.

L’Europe, qui importe jusqu’à 60 % de son gaz naturel liquéfié des États-Unis depuis qu’elle a sacrifié le gaz russe sur l’autel des sanctions, se retrouve piégée.

Le blocage du détroit d’Ormuz et la concurrence asiatique rendent le chantage encore plus efficace.

Une dépendance énergétique auto-infligée

Cette situation est le résultat direct des choix suicidaires de l’UE.

En se lançant dans une politique de sanctions tous azimuts contre la Russie, Bruxelles a volontairement détruit sa propre sécurité énergétique. Le gaz bon marché et fiable venu de Sibérie a été remplacé par du GNL américain, plus cher, plus polluant (transport par méthaniers) et surtout soumis au bon vouloir de Washington. Ursula von der Leyen, toujours prompte à signer des accords sans consulter les peuples, a entériné cette dépendance. Résultat : l’Europe n’est plus maîtresse de son destin énergétique. Elle mendie du gaz auprès d’un « allié » qui n’hésite pas à utiliser ce besoin vital comme moyen de pression.

Et ce n’est pas un accident. C’est la logique permanente de la politique américaine : les alliés sont des vassaux utiles, pas des partenaires égaux. Henry Kissinger l’avait résumé il y a des décennies avec une lucidité glaçante :

« Être un ennemi des États-Unis est dangereux, mais être leur ami est fatal. »

La phrase, souvent paraphrasée sous la forme « il vaut mieux être un ennemi des Américains plutôt qu’un ami », n’a jamais été aussi d’actualité. Les exemples abondent : les Kurdes abandonnés, les Afghans laissés aux talibans, les Européens sommés d’acheter du gaz cher et des armes made in USA pendant que Washington impose ses tarifs.

Pour la France, un risque supplémentaire sur la souveraineté

La France, qui importe déjà une part croissante de son GNL américain, paiera cher cette nouvelle humiliation. Nos industries (chimie, acier, agroalimentaire) et nos ménages, déjà confrontés à des factures énergétiques explosives, risquent de voir les prix flamber encore si Washington décide de privilégier d’autres clients. Pendant ce temps, l’UE continue à imposer aux États membres des normes environnementales draconiennes tout en acceptant une dépendance totale vis-à-vis d’un pays qui n’a que faire des « valeurs » européennes quand ses intérêts sont en jeu.

Trump ne cache même plus son jeu. Il utilise ouvertement l’énergie comme arme de négociation, exactement comme il l’a fait avec l’Opep ou avec ses propres alliés du Golfe.

L’Europe, affaiblie par des années de soumission atlantiste, n’a plus les moyens de résister.

Le Parlement européen doit voter jeudi 26 mars sur la ratification de l’accord de Turnberry. On imagine déjà la pression exercée en coulisses par les lobbies américains et par la Commission von der Leyen, toujours prête à plier pour éviter une crise.

Cette affaire est une leçon brutale : dans le monde de Trump 2.0, il n’y a plus d’amis, seulement des intérêts. Et quand Washington dit « signez ou souffrez », l’Europe, comme tant d’autres avant elle, finit par courber l’échine. La souveraineté énergétique française, comme la souveraineté alimentaire, est en train d’être sacrifiée sur l’autel d’un « partenariat » qui n’est en réalité qu’une relation de domination. Il est temps que Paris cesse de se comporter en vassal et commence à reconstruire une véritable indépendance énergétique, avant que le prochain coup de pression américain ne devienne une catastrophe nationale.

https://multipol360.com/trump-tord-le-bras-de-leurope-ratifiez-ou-perdez-votre-gaz-americain/

 

 

mars 14, 2026

Europe info Mi-mars 2026 & Chine avec le 15ème plan quinquennal 2026(Important à lire)

Sommaire:

A) - Les députés européens s’octroient une prime de plus pendant la crise pour les européens 

B) - L’Espagne, bastion du pacifisme européen, refuse la folie nucléaire de Macron

C) - 80 millions saisis à Budapest : corruption ukrainienne et menaces de Zelensky contre Orbán

D) - « Le mea-culpa allemand sur le nucléaire vient quand le mal est fait » C. Semperes (entretien)

E) - Chine avec le 15ème plan quinquennal 2026

 


A) - Les députés européens s’octroient une prime de plus pendant la crise pour les européens  

Bruxelles, 13 mars 2026 – Pendant que les Européens affrontent une nouvelle vague de crise énergétique liée à la guerre en Iran, des prix à la pompe qui s’envolent et une inflation qui menace de repartir,

les eurodéputés viennent tranquillement de s’offrir une indemnité journalière de 359 € pour le samedi 9 mai 2026, jour de la Journée de l’Europe.

Une décision prise à huis clos, validée par un simple coup de stylo sur un registre de présence. Et ce n’est pas tout : un groupe de travail planche déjà sur une hausse de cette prime pour l’indexer sur l’inflation. Le peuple paie, les élus se servent.

Une prime facile à empocher pour un samedi… « citoyen »

L’information, révélée en exclusivité par Euractiv, est glaçante de simplicité. La députée française Fabienne Keller (Renew) a envoyé le 6 mars un e-mail à ses collègues : le 9 mai, vous pouvez signer le registre et empocher les 359 €, même si vous ne faites qu’un passage éclair (ou rien du tout). Habituellement réservée aux jours de session en semaine, cette indemnité forfaitaire – confirmée sur le site officiel du Parlement européen – couvre « tous les frais de subsistance » pendant les activités parlementaires. Pour la Journée de l’Europe (anniversaire de la déclaration Schuman), les événements publics à Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg sont désormais éligibles. Le porte-parole du Parlement défend une « pratique standard » : « Rencontrer les citoyens fait partie du mandat. »

Sauf que les eurodéputés ne sont pas dupes. Un parlementaire anonyme confie : « C’est incroyablement facile de jouer le système et d’aller chercher de l’argent pour ne rien faire. » Un autre : « Jean Monnet se retourne dans sa tombe. » Beaucoup signeront sans assister à quoi que ce soit.

Décision prise en catimini à huis clos

Décision prise en réunions fermées la semaine dernière, sans débat public. Transparence zéro. Les eurodéputés ont discuté en secret des changements aux avantages financiers, y compris les remboursements de voyages. Résultat : extension de la prime week-end, sans aucun contrôle réel sur la présence effective.

Le groupe de travail qui prépare déjà une hausse indexée sur l’inflation

Et pendant ce temps, un nouveau groupe de travail (confirmé par Euractiv et des sources internes) examine déjà une augmentation de ces mêmes 359 € pour les aligner sur l’inflation. Oui, vous avez bien lu : alors que le Bureau du Parlement a refusé toute revalorisation de l’indemnité générale de frais (les 4.950 € mensuels) en 2026, la prime journalière fait l’objet d’un examen spécifique pour une indexation automatique.

Les eurodéputés, dont le salaire de base avoisine déjà 10.000 € brut par mois, se préparent à toucher encore plus… au nom de l’inflation qu’ils contribuent à aggraver par leurs politiques.

Le décalage abyssal avec la réalité des Européens

Le fossé avec le peuple est abyssal. En ce printemps 2026, l’Europe vit sous la menace d’un nouveau choc énergétique. La guerre en Iran (et ses répercussions sur le détroit d’Hormuz) a fait bondir les prix du gaz et du pétrole. Les analystes de Goldman Sachs et Bloomberg prédisent : une hausse de 10 % du brut peut ajouter 0,3 point à l’inflation de la zone euro. Les prix à la pompe flirtent déjà avec 2 € le litre dans plusieurs capitales. Les factures de gaz et d’électricité restent largement au-dessus des niveaux d’avant 2022 (guerre en Ukraine). Les ménages modestes, les agriculteurs, les transporteurs et les patrons de PME/PMI tirent la sonnette d’alarme : hausse du coût de la vie, risques de pauvreté énergétique, ralentissement économique.

Après le choc ukrainien, un nouveau risque énergétique

Rappelons le contexte : après le choc ukrainien de 2022 (qui avait poussé l’inflation à plus de 9 % et obligé les États à distribuer des chèques énergie), l’Europe espérait respirer. Raté. Le conflit au Moyen-Orient relance les spéculations, fait doubler temporairement les prix du gaz néerlandais TTF, et menace de renvoyer l’inflation vers 2,5-3 %. Pendant ce temps, les gouvernements parlent de « restrictions », de sobriété, de taxes carbone… et les citoyens comptent chaque euro à la caisse.

Les élus s’auto-récompensent pendant que le peuple trinque

Les eurodéputés, eux, votent en secret une prime week-end et étudient son indexation automatique. Salaire intouchable, frais généraux de 4.950 €/mois, voyages remboursés : tout est déjà généreux. Mais non, il faut plus. Pendant que les Français, Allemands, Italiens ou Polonais hésitent entre plein d’essence et courses alimentaires, les élus « s’engagent avec les citoyens »… en signant un registre de présence en vue d’une rémunération supplémentaire…

Sur les réseaux sociaux et dans les médias, l’indignation monte, mais au Parlement, silence radio ou défense corporatiste. Ce n’est pas une « prime secrète illégale », c’est pire : une règle existante étendue en douce, avec abus potentiels assumés. C’est le symbole parfait du fossé qui s’est creusé entre un peuple qui trinque et des élus qui s’auto-récompensent.

En pleine période de guerre (Iran, Ukraine en arrière-plan), de restrictions énergétiques et d’inflation galopante, ce geste est indécent. Il illustre à la perfection la déconnexion totale : pendant que l’Europe demande aux citoyens de « tenir », ses représentants se tiennent… très bien, merci, avec 359 € de bonus facile et une revalorisation à l’étude.

Les électeurs jugeront. Mais une chose est sûre : Jean Monnet, père de l’Europe, aurait sans doute préféré des élus qui se serrent la ceinture aux côtés de leur peuple plutôt que de signer pour s’enrichir davantage sur leur dos avec de l’argent public. Le Parlement européen a-t-il encore une once de légitimité quand il agit ainsi ? La question mérite d’être posée… publiquement cette fois.

https://multipol360.com/les-deputes-europeens-soctroient-une-prime-de-plus-pendant-la-crise-pour-les-europeens/ 

 


 

B) - L’Espagne, bastion du pacifisme européen, refuse la folie nucléaire de Macron

« Nous ne voulons pas d’un monde plus nucléaire »

Le 10 mars 2026, Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol, a répondu avec clarté et fermeté à l’initiative d’Emmanuel Macron :

l’Espagne refuse catégoriquement de participer à la « dissuasion avancée » française et à tout déploiement d’armes nucléaires sur son territoire.

Alors que Paris augmente son arsenal et invite ses voisins à des exercices communs, Madrid dit non. Un non clair, assumé, pacifiste. Un non qui contraste violemment avec le bellicisme permanent de l’Élysée.

L’initiative française : plus d’ogives, plus de risques

Le 2 mars 2026, à la base de l’Île-Longue, Emmanuel Macron a annoncé deux décisions lourdes de conséquences : 

  • L’augmentation du nombre de têtes nucléaires françaises (le chiffre exact ne sera plus communiqué).
  • La mise en place d’une doctrine de « dissuasion avancée » ouverte à huit pays européens (Allemagne, Royaume-Uni, Pologne, Pays-Bas, Belgique, Grèce, Suède, Danemark). 

Objectif affiché : faire participer ces alliés à des exercices et permettre des déploiements temporaires de forces stratégiques françaises. En réalité, c’est une escalade nucléaire assumée au moment où le traité New START a expiré sans successeur le 5 février 2026. Macron joue la carte de la « solidarité européenne »… en poussant l’Europe vers une course aux armements.

L’Espagne dit non : un refus historique et assumé

Pedro Sánchez n’a pas tourné autour du pot. Dans une interview accordée à elDiario.es, il a déclaré sans ambiguïté : 

« Nous ne voulons pas d’un monde plus nucléaire, nous ne voulons pas d’une Europe nucléarisée. Par conséquent, nous ne participerons pas à ce projet. » 

L’Espagne n’est pas parmi les huit pays (Allemagne, Royaume-Uni, Pologne, Pays-Bas, Belgique, Grèce, Suède,
Danemark) qui ont accepté l’offre française. Elle refuse tout déploiement, tout exercice, toute collaboration. Ce n’est pas une hésitation diplomatique : c’est une ligne rouge posée au nom de la paix.

Le pacifisme espagnol : une doctrine constante, pas un effet de mode

Ce refus n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une tradition pacifiste profonde et cohérente du gouvernement Sánchez :

  • Dès le début de l’escalade au Moyen-Orient (frappes américano-israéliennes sur l’Iran), l’Espagne a interdit l’utilisation de ses bases de Rota et Morón pour toute opération offensive.
  • À la Conférence de Munich sur la sécurité en février 2026, Sánchez a appelé publiquement à un nouveau traité de limitation des arsenaux nucléaires.
  • Devant la guerre en Ukraine comme face à la crise iranienne, le slogan « Non à la guerre » n’est pas un slogan électoral : c’est une politique. L’Espagne refuse d’envoyer des troupes, refuse les livraisons d’armes lourdes, refuse l’escalade. 

Pendant que d’autres capitales européennes suivent Washington dans une logique de confrontation permanente, Madrid choisit la diplomatie, la désescalade et la sécurité collective par le désarmement. Pedro Sánchez le répète : après l’expiration du traité international de non-prolifération, l’urgence est de négocier une réduction, pas une augmentation des ogives.

Macron, le va-t-en-guerre isolé

Le contraste est saisissant. Tandis que l’Espagne privilégie la paix et la raison, Macron transforme chaque discours en appel martial : Covid, Ukraine, terrorisme, Irak, maintenant l’arsenal nucléaire.

Il veut faire de la France le « gendarme nucléaire » de l’Europe, quitte à exposer le continent à une nouvelle course aux armements. Résultat : huit pays acceptent du bout des lèvres, l’Espagne refuse net, et l’Italie (déjà prudente sur d’autres théâtres) observe avec distance.

Ce refus espagnol est un camouflet diplomatique pour l’Élysée. Il montre que l’Europe n’est pas unie derrière le bellicisme français. Il montre surtout qu’un pays souverain peut encore dire non à la folie guerrière sans se faire traiter de « traître ».

Retour au réel : la paix n’est pas une faiblesse

L’Espagne nous rappelle une évidence que Macron semble avoir oubliée : la vraie souveraineté, c’est choisir la paix quand les autres choisissent la guerre. C’est refuser l’escalade nucléaire au lieu de l’organiser. C’est privilégier la vie des peuples plutôt que les postures de chef de guerre.

Les Français, épuisés par les crises successives, devraient regarder du côté de Madrid. Nous ne voulons pas d’une Europe « nuclearisée ». Nous ne voulons pas payer, en impôts et en risques, les aventures martiales d’un président qui n’a jamais vu un conflit qu’il n’ait voulu transformer en spectacle.

L’Espagne a choisi le pacifisme. La France, sous Macron, a choisi l’escalade. Le choix est clair : paix ou guerre. Désarmement ou course aux ogives. Raison ou folie.

Madrid a tranché. Il est temps que Paris retrouve la raison.

https://multipol360.com/lespagne-bastion-du-pacifisme-europeen-refuse-la-folie-nucleaire-de-macron/ 

 


 

C) - 80 millions saisis à Budapest : corruption ukrainienne et menaces de Zelensky contre Orbán

Budapest, 6 mars 2026. Les douanes hongroises viennent de porter un coup spectaculaire au convoi ukrainien qui transitait par l’Autriche.

Sept citoyens ukrainiens, dont des employés de la banque d’État Oschadbank et un ancien général des services de renseignement (SBU), ont été interpellés.

Dans deux véhicules blindés : 40 millions de dollars américains, 35 millions d’euros et 9 kg d’or (soit environ 80 millions de dollars au total). L’argent provenait de la Raiffeisen Bank autrichienne et se dirigeait vers Kiev. Les autorités hongroises ont immédiatement saisi le tout et ouvert une enquête pour blanchiment d’argent. Les sept personnes ont finalement été expulsées, mais les fonds restent bloqués à Budapest.

Officiellement, l’Ukraine parle d’un « transfert routinier et déclaré ». Dans les faits, Budapest accuse un système bien rodé : selon les douanes hongroises, plus de 900 millions de dollars, 420 millions d’euros et 146 kg d’or auraient déjà transité de la même manière depuis janvier 2026. Viktor Orbán ne cache pas son objectif : mettre fin à ce qu’il qualifie de « vaste réseau de corruption » alimenté par l’aide occidentale.

Une corruption systémique qui ne date pas d’hier

L’affaire tombe au pire moment pour Kiev. L’Ukraine traîne depuis des années la réputation d’être l’un des pays les plus corrompus d’Europe. Le classement Transparency International le place régulièrement dans le bas du tableau européen (autour de la 100e place mondiale ces dernières années). Malgré les réformes affichées depuis 2014 et les exigences de l’Union européenne pour sa candidature, les scandales se multiplient :

  • Détournements massifs dans les marchés d’armement
  • Oligarques qui continuent de peser sur la justice et l’économie
  • Aides internationales (plus de 167 milliards d’euros depuis 2022) qui profitent parfois plus aux intermédiaires qu’aux soldats sur le front 

La Hongrie n’est pas la seule à pointer du doigt cette réalité. Plusieurs rapports occidentaux (y compris américains et européens) ont déjà documenté des cas de corruption dans l’utilisation des fonds d’aide. Orbán, qui bloque depuis des mois le prêt européen de 90 milliards d’euros, répète à l’envi : « Nous ne financerons pas la corruption ukrainienne avec l’argent des contribuables européens. »

Zelensky passe aux menaces directes contre Orbán

Face à ce bras de fer, Volodymyr Zelensky a franchi un nouveau palier. Le 5 mars, lors d’un point de presse à Kiev, il a déclaré, sans nommer Orbán mais sans aucune ambiguïté :

« Nous espérons qu’une seule personne au sein de l’UE ne bloquera pas les 90 milliards. Sinon, nous donnerons l’adresse de cette personne à nos forces armées, à nos gars, pour qu’ils puissent l’appeler et lui parler dans leur propre langue. »

La phrase a fait l’effet d’une bombe. La Commission européenne a immédiatement condamné des « menaces inacceptables ». Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a été plus direct : « Il s’agit d’une situation totalement inédite en Europe : le président d’un pays européen menace de tuer, d’assassiner, le Premier ministre d’un État membre de l’OTAN et de l’UE. »

Orbán, en pleine campagne électorale, a répondu du tac au tac : « Pas même s’ils me font chanter, pas même s’ils menacent ma vie. » Kiev a répliqué en qualifiant l’arrestation des sept Ukrainiens de « prise d’otages » et en déconseillant à ses citoyens de voyager en Hongrie.

Un duel qui dépasse les deux hommes

Derrière cette escalade verbale et financière se joue bien plus qu’une querelle bilatérale. D’un côté, Orbán, accusé par Kiev d’être le « cheval de Troie » de Moscou au sein de l’UE. De l’autre, Zelensky, qui voit son principal levier de pression (l’aide européenne) bloqué par un seul pays. Entre les deux : la question du transit de pétrole russe via l’Ukraine, que Kiev refuse désormais de rétablir, privant Budapest d’une partie de son approvisionnement.

L’affaire des 80 millions saisis n’est donc pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans le contexte de la dérive délétère de l’Ukraine, qui continue de chercher des excuses pour prolonger une guerre dont personne ne veut, sauf les oligarques qui s’enrichissent indignement sur le dos des contribuables européens et du peuple ukrainien.

Une chose est sûre : les contribuables européens, qui financent depuis quatre ans un conflit sans fin, commencent à se poser les mêmes questions que Viktor Orbán : où va vraiment l’argent ?

Et jusqu’où Zelensky est-il prêt à aller pour le faire couler ?

https://multipol360.com/80-millions-saisis-a-budapest-corruption-ukrainienne-et-menaces-de-zelensky-contre-orban/ 

 


 

D) - « Le mea-culpa allemand sur le nucléaire vient quand le mal est fait » C. Semperes (entretien)  

Comment interpréter le revirement d’Ursula Von der Leyen, ainsi que les dernières déclaration du président Macron sur le nucléaire. Qu’est-ce que cette erreur stratégique ? Christian Semperes a bien voulu répondre à nos questions et partager son interprétation. Son leitmotiv : « entendre un responsable politique admettre une erreur, c’est rare ! Mais quand plusieurs le font en chœur et en même temps, cela devient suspect. » Tout un programme. 

The European Scientist : Au sommet du nucléaire, Ursula von der Leyen vient de reconnaître qu’il s’agissait d’une erreur stratégique de la part de l’Union européenne d’arrêter la production nucléaire. Comment interprétez-vous cette déclaration ? Pensez-vous qu’elle soit sincère ?

Christian Semperes : Je vous propose de replacer cette déclaration dans son contexte. D’abord, le chancelier allemand a reconnu l’erreur commise en arrêtant le parc nucléaire allemand. Ensuite, Mme Ursula von der Leyen a qualifié « d’erreur stratégique » la mise à l’écart du nucléaire en Europe. Enfin, M. le Président de la République, Emmanuel Macron, lui a emboîté le pas lors du sommet sur l’énergie nucléaire du 10 mars dernier.

À première vue, et sans connaître le sujet en profondeur, on pourrait se réjouir naïvement de la clairvoyance soudaine de nos responsables politiques et de leur transparence apparente en reconnaissant leurs « erreurs ». Il faut le reconnaître, entendre un responsable politique admettre une erreur, c’est rare ! Mais quand plusieurs le font en chœur et en même temps, cela devient suspect.

TES : Pensez-vous que les politiques qui changent d’avis le font en ayant vraiment compris que l’idéologie écologiste menait à une impasse, ou sont-ils encore sous l’emprise de leurs biais cognitifs ?

CS : Il faut distinguer deux points de vue. D’un côté, celui des Verts, qu’ils soient allemands ou français, qui ont fait du nucléaire leur ennemi absolu. De l’autre, celui de l’État allemand, qui, depuis des années, cherche à réduire le prix de son électricité pour le ramener au niveau du prix français, afin d’éviter de pénaliser son activité économique.

Dans leur coalition gouvernementale, l’État allemand et les Verts allemands ont ainsi trouvé une croisade commune contre le nucléaire européen et français en particulier. Selon la logique « les ennemis de mes ennemis sont mes amis », les gaziers, pour qui le nucléaire représente un concurrent redoutable, ont été invités à se joindre à cette croisade.

TES : Pourquoi ce revirement ? Pourquoi une profession de foi en faveur du nucléaire aujourd’hui ? D’après ce que je comprends, il ne s’agirait pas d’un vrai mea-culpa. Qu’est-ce qui, à vos yeux, permettrait de dire qu’il ne s’agit pas simplement de pures déclarations politiques ?

CS : Quand on connaît le sujet et qu’on l’a vécu de l’intérieur, comme moi, durant 37 ans d’exploitation nucléaire, cette « erreur » conjointement reconnue était en réalité une stratégie allemande visant à atteindre un objectif qui est aujourd’hui atteint.

« L’erreur » française, traduction opérationnelle de l’objectif allemand, est en fait une trahison de notre souveraineté énergétique, économique et géopolitique, sans compter qu’elle constitue un écocide. Pour étayer cette accusation, il faut retracer un brin d’histoire, car c’est une subtile partie de billard à plusieurs bandes.

TES : Nous vous écoutons. Rappelez-nous les événements.

CS : Depuis la fin de la construction de son parc nucléaire, la France bénéficiait d’un avantage concurrentiel majeur face à l’Allemagne :

  • Son électricité était très bas carbone depuis 45 ans. En 1989, Michel Rocard, alors premier ministre, l’écrivait déjà dans un rapport sur les émissions de gaz à effet de serre(1).
  • Son prix restait systématiquement inférieur à celui de l’électricité allemande.

Les chiffres de 2025 le confirment toujours, avec 70 % d’électricité d’origine nucléaire, le prix en France (0,195 €/kWh TTC) est non seulement inférieur à la moyenne européenne, mais aussi de moitié moins élevé que celui de l’Allemagne (0,38 €/kWh TTC), le plus cher d’Europe.(2) 

Et comme preuves supplémentaires, l’électricité française est abondante, pilotable et peu chère, quelles que soient les conditions météo. Les exportations records d’EDF vers l’Europe le prouvent avec plus de 92 TWh très bas carbone, en 2025.

TES : Ça, c’est l’objectif. Et la stratégie, alors ?

CS : Sous la pression des Verts antinucléaires allemands, intégrés à la coalition gouvernementale, l’Allemagne a exercé une pression constante sur la Commission européenne. Grâce à ses directives de libéralisation du marché de l’électricité (adoptées dès 1996, renforcées en 2003 et 2009) et à sa pression juridique, la Commission a forcé la France à créer l’ARENH pour « libéraliser » le marché.

Pour éviter des sanctions, la France a proposé en 2009 le mécanisme ARENH, intégré dans la loi NOME de 2010. L’accident de Fukushima a servi d’opportunité pour attiser la peur du nucléaire et accélérer le processus.

De 2011 à 2025, l’ARENH a obligé EDF à vendre à perte jusqu’à 25 % de sa production nucléaire (très bas carbone) à un prix régulé de 42 €/MWh aux « fournisseurs alternatifs ». Sans rien investir, sans rien produire, sans rien transporter et sans rien distribuer, ceux-ci, comme TotalEnergies, revendaient cette électricité au prix du marché, jusqu’à 2 988 €/MWh le 4 avril 2022 à 8h, en pleine crise du gaz russe.

Pendant ce temps, EDF, privé de 25 % de sa production, devait racheter de l’électricité sur le marché au même prix exorbitant.

TES : Quel est le lien avec l’objectif d’équilibrer les prix de l’électricité allemande et française ?

CS : La stratégie était claire :

  1. Favoriser les gaziers pour qui le nucléaire est un concurrent redoutable et qui deviennent la substitution de moyens pilotables.
  2. Ruiner les finances d’EDF pour l’empêcher de s’autofinancer et de construire de nouveaux réacteurs pour rendre impossible le renouvellement du parc nucléaire français.
  3. Positionner la Commission européenne en arbitre du financement du « nouveau MWh écolo » (renouvelables) plutôt que très bas carbone (nucléaire).

C’était la première bande du billard.

La seconde bande visait le parc en exploitation. C’est là que les Verts français sont entrés en jeu :

  • Ils ont soutenu l’accès au pouvoir de François Hollande.
  • En collaboration avec les Verts allemands, ils ont obtenu la fermeture de Fessenheim.
  • Ségolène Royal a plafonné à 50 % la part du nucléaire dans la production française.
  • Sous le premier quinquennat Macron, la loi n° 2019-1908 du 30/04/2019 prévoyait la fermeture de 12 réacteurs supplémentaires (en plus de Fessenheim) à partir de 2025. Cette menace n’a finalement pas été exécutée, mais ces réacteurs, jugés sûrs par l’Autorité de sûreté nucléaire, étaient bel et bien menacés.

L’ARENH, la fermeture de Fessenheim et la loi sur les 12 réacteurs étaient la traduction opérationnelle de l’objectif allemand, à savoir casser notre avantage concurrentiel sur le long terme.

En conclusion, « l’erreur » évoquée par Ursula von der Leyen était une stratégie délibérée. « L’erreur » reconnue aujourd’hui par la France, via Emmanuel Macron, est une trahison de notre souveraineté énergétique, économique et géopolitique, sans compter qu’elle constitue un écocide. Rappelons que le MWh nucléaire français est de loin le plus bas carbone, même comparé au MWh renouvelable, dont les panneaux solaires viennent d’Asie par bateaux à fuel, avec un facteur de charge industriellement epsilonesque.

TES : Y aurait-il une troisième bande à ce jeu de billard ?

CS : Oui, et elle est cruciale. La règle est simple : « Pile, l’Allemagne, je gagne ; face, la France, tu perds. » Je m’explique.

En France, la loi impose un démantèlement immédiat des installations nucléaires dès la publication du décret de mise à l’arrêt. Dès l’arrêt de Fessenheim, EDF a procédé au « lessivage chimique du circuit primaire », une opération irréversible qui diminue l’épaisseur des tuyauteries pour diminuer la dosimétrie des intervenants. Cette opération rend tout redémarrage techniquement impossible.

À l’inverse, les réacteurs allemands mis « sous cocon » et non démantelés pourraient être relancés. Ce serait le dernier acte d’un opéra wagnérien, « Le Vaisseau fantôme », une tragédie d’amour et de malédiction, celle du couple franco-allemand.

TES : Emmanuel Macron était à Penly et a fait des déclarations allant dans le sens d’une relance volontariste du nucléaire. Qu’en pensez-vous ? Est-ce un usage rhétorique du « en même temps » ? A-t-il compris que le nucléaire était la meilleure solution pour le climat et pour le prix de l’électricité sur le long terme ?

CS : La reconnaissance des vertus du nucléaire, d’abord par le chancelier allemand, puis par Ursula von der Leyen, enfin par Emmanuel Macron, intervient au moment où l’objectif est atteint. Le mal est fait, et il risque d’être durable. Je m’explique.

Les finances d’EDF ont été volontairement dégradées par l’ARENH. De plus, le tissu industriel de construction nucléaire a été affaibli. Rappelez-vous. Les 58 réacteurs français ont été construits et démarrés en 22 ans (soit 2,7 réacteurs/an), avec une durée moyenne de construction de 6 ans, comme le font aujourd’hui les Chinois. L’État français a imposé un « black-out » de construction, faisant perdre ses compétences au tissu industriel français. L’objectif de saboter notre savoir-faire de construction est atteint. La planification et la construction de Flamanville 3, un prototype et un seul, qui voulait laver plus blanc que blanc, l’ont montré. 

Maintenant, les politiques au pouvoir peuvent faire amende honorable et racheter notre confiance. Mais quand on a vécu de l’intérieur, pendant des décennies, la démolition méthodique de notre avantage écologique, énergétique et économique, on ne peut que dénoncer cette hypocrisie.

TES : Vous ne semblez pas très optimiste…

CS : Mon propos était d’abord de rappeler des faits qui revêtent un aspect très négatif pour notre compétitivité, il faut bien l’avouer. Mais il y a aussi des raisons d’être optimiste.

EDF reste le seul groupe industriel au monde à cumuler plus de 2 000 ans d’expérience en exploitation de réacteurs à eau pressurisée (REP). Faites le calcul : 58 réacteurs × 40 ans de moyenne d’âge. Son ingénierie dispose d’une banque de données interne inestimable, lui offrant une capacité unique à rebondir. La gestion de la crise des corrosions sous contrainte en 2022 et le rétablissement spectaculaire de ses résultats d’exploitation en sont la preuve, si besoin était.

Il y a d’autres signes encourageants. Les turbines Arabelle de Belfort, fleuron de la filière, sont revenues dans le giron français après avoir été cédées aux Américains. Depuis 2022, EDF détient Framatome à 100 %, consolidant ainsi la maîtrise de l’ensemble du savoir-faire historique de construction des gros composants de chaudière nucléaire, préservé grâce aux projets chinois et britanniques. La perspective d’un programme ambitieux d’EPR2 redonne au tissu industriel français les garanties nécessaires pour investir en euros comme en compétences, sur le long terme.

Oui, le Phénix renaîtra de ses cendres.

Mais attention ! 6 EPR2 ne suffiront pas à remplacer les 56 réacteurs actuellement en activité, d’une moyenne d’âge de 40 ans. Si le programme s’arrête là, l’objectif allemand sera atteint. Quand les réacteurs français arriveront en fin de vie, le prix de l’électricité française rejoindra celui de l’Allemagne, 10 fois plus carbonée avec son gaz, son charbon et son lignite. Rappelez-vous. Dans son rapport de mars 2020 (page 120/192), la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) prévoyait déjà la construction de 20 centrales à gaz pour compenser la perte de 50 % du nucléaire. Or, la guerre en Ukraine et les récentes tensions au Moyen-Orient nous rappellent que le prix du gaz est pour le moins volatile. Dans ce scénario, le prix de l’électricité française rejoindra celui de l’électricité allemande.

De

European Scientist donne la parole aux chercheurs et experts désireux d'expliquer à nos concitoyens les tenants et aboutissants des débats scientifiques qui animent l'Europe. Le site se veut plus complet que les discours politiques, trop souvent biaisés ou réducteurs. 

https://www.europeanscientist.com/fr/opinion/le-mea-culpa-allemand-sur-le-nucleaire-vient-quand-le-mal-est-fait-c-semperes-entretien/ 

(1) https://inis.iaea.org/records/hfh13-53m08

(2) https://ekwateur.fr/blog/marche-de-l-energie/prix-electricite-allemagne/#prix

 


 

E) - Chine avec le 15ème plan quinquennal 2026

La Chine vient de publier son 15ème plan quinquennal et je vous conseille de lire ce tableau ligne par ligne parce que c'est probablement le document le plus important de 2026 et personne en France n'en parlera ce qui me fascine c'est pas forcément un chiffre en particulier c'est pas la vision systémique, dans un seul document ils planifient simultanément la croissance du PIB, les brevets à haute valeur, l'économie numérique à 12.5% du PIB, la part des énergies non fossiles à 25%, la réduction des émissions CO2, la qualité de l'eau de surface à 85%, l'espérance de vie à 80 ans, le taux de couverture forestière, la capacité de production céréalière, TOUT dans le même tableau avec des objectifs chiffrés à horizon 2030 & des indicateurs contraignants en occident on traite l'économie l'écologie l'éducation, la santé et la sécurité énergétique comme des ministères séparés qui se battent pour des budgets, la Chine les traite comme les organes d'un même corps, chaque ligne de ce tableau nourrit les autres, l'urbanisation alimente la productivité, la R&D alimente les brevets, les brevets alimentent l'économie numérique, l'énergie non fossile alimente l'indépendance stratégique, c'est un système pensé pour que chaque variable accélère toutes les autres et ça reflète tellement la vision profondément HOLISTIQUE de la Chine dont je parle souvent en bon propagandiste du CCP regardez par ex la ligne 5, brevets à haute valeur passer de 16 à plus de 22 pour 10 000 habitants d'ici 2030, c'est la ligne la plus silencieuse du tableau et probablement la plus décisive car sachez qu’un brevet à haute valeur c'est la propriété intellectuelle d'une technologie qui va structurer un marché pendant 20 ans MINIMUM on voit que la Chine planifie littéralement à qui appartiendra le futur technologique, les licences & les dépendances que les autres pays accumuleront vis-à-vis des technologies chinoises & ça représente EXACTEMENT la colonisation économique, technologique et industrielle du XXIème siècle dont je vous parle souvent à travers mes threads sur l’écosystème Chinois mais avec des brevets au lieu de canons pendant que l'Europe débat et que l'Amérique bombarde, la Chine planifie, construit et exécute et le + effrayant c'est que historiquement selon leurs propres bilans les plans précédents ont été exécutés à plus de 90% de leurs cibles…. 


 

 La différence entre les promesses court termistes des dirigeants européens comme Macron qui changent tous les 5 ans et le CCP qui se projette sur minimum 50 ans c’est que ce tableau n'est pas un programme électoral, c'est littéralement un cahier des charges national et ça change radicalement la manière dont il faut lire chaque chiffre

@BetterCallM
 

 

 

https://x.com/BetterCallMedhi/status/2032554379610603630/photo/1 

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