mars 14, 2026

Europe info Mi-mars 2026 & Chine avec le 15ème plan quinquennal 2026(Important à lire)

Sommaire:

A) - Les députés européens s’octroient une prime de plus pendant la crise pour les européens 

B) - L’Espagne, bastion du pacifisme européen, refuse la folie nucléaire de Macron

C) - 80 millions saisis à Budapest : corruption ukrainienne et menaces de Zelensky contre Orbán

D) - « Le mea-culpa allemand sur le nucléaire vient quand le mal est fait » C. Semperes (entretien)

E) - Chine avec le 15ème plan quinquennal 2026

 


A) - Les députés européens s’octroient une prime de plus pendant la crise pour les européens  

Bruxelles, 13 mars 2026 – Pendant que les Européens affrontent une nouvelle vague de crise énergétique liée à la guerre en Iran, des prix à la pompe qui s’envolent et une inflation qui menace de repartir,

les eurodéputés viennent tranquillement de s’offrir une indemnité journalière de 359 € pour le samedi 9 mai 2026, jour de la Journée de l’Europe.

Une décision prise à huis clos, validée par un simple coup de stylo sur un registre de présence. Et ce n’est pas tout : un groupe de travail planche déjà sur une hausse de cette prime pour l’indexer sur l’inflation. Le peuple paie, les élus se servent.

Une prime facile à empocher pour un samedi… « citoyen »

L’information, révélée en exclusivité par Euractiv, est glaçante de simplicité. La députée française Fabienne Keller (Renew) a envoyé le 6 mars un e-mail à ses collègues : le 9 mai, vous pouvez signer le registre et empocher les 359 €, même si vous ne faites qu’un passage éclair (ou rien du tout). Habituellement réservée aux jours de session en semaine, cette indemnité forfaitaire – confirmée sur le site officiel du Parlement européen – couvre « tous les frais de subsistance » pendant les activités parlementaires. Pour la Journée de l’Europe (anniversaire de la déclaration Schuman), les événements publics à Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg sont désormais éligibles. Le porte-parole du Parlement défend une « pratique standard » : « Rencontrer les citoyens fait partie du mandat. »

Sauf que les eurodéputés ne sont pas dupes. Un parlementaire anonyme confie : « C’est incroyablement facile de jouer le système et d’aller chercher de l’argent pour ne rien faire. » Un autre : « Jean Monnet se retourne dans sa tombe. » Beaucoup signeront sans assister à quoi que ce soit.

Décision prise en catimini à huis clos

Décision prise en réunions fermées la semaine dernière, sans débat public. Transparence zéro. Les eurodéputés ont discuté en secret des changements aux avantages financiers, y compris les remboursements de voyages. Résultat : extension de la prime week-end, sans aucun contrôle réel sur la présence effective.

Le groupe de travail qui prépare déjà une hausse indexée sur l’inflation

Et pendant ce temps, un nouveau groupe de travail (confirmé par Euractiv et des sources internes) examine déjà une augmentation de ces mêmes 359 € pour les aligner sur l’inflation. Oui, vous avez bien lu : alors que le Bureau du Parlement a refusé toute revalorisation de l’indemnité générale de frais (les 4.950 € mensuels) en 2026, la prime journalière fait l’objet d’un examen spécifique pour une indexation automatique.

Les eurodéputés, dont le salaire de base avoisine déjà 10.000 € brut par mois, se préparent à toucher encore plus… au nom de l’inflation qu’ils contribuent à aggraver par leurs politiques.

Le décalage abyssal avec la réalité des Européens

Le fossé avec le peuple est abyssal. En ce printemps 2026, l’Europe vit sous la menace d’un nouveau choc énergétique. La guerre en Iran (et ses répercussions sur le détroit d’Hormuz) a fait bondir les prix du gaz et du pétrole. Les analystes de Goldman Sachs et Bloomberg prédisent : une hausse de 10 % du brut peut ajouter 0,3 point à l’inflation de la zone euro. Les prix à la pompe flirtent déjà avec 2 € le litre dans plusieurs capitales. Les factures de gaz et d’électricité restent largement au-dessus des niveaux d’avant 2022 (guerre en Ukraine). Les ménages modestes, les agriculteurs, les transporteurs et les patrons de PME/PMI tirent la sonnette d’alarme : hausse du coût de la vie, risques de pauvreté énergétique, ralentissement économique.

Après le choc ukrainien, un nouveau risque énergétique

Rappelons le contexte : après le choc ukrainien de 2022 (qui avait poussé l’inflation à plus de 9 % et obligé les États à distribuer des chèques énergie), l’Europe espérait respirer. Raté. Le conflit au Moyen-Orient relance les spéculations, fait doubler temporairement les prix du gaz néerlandais TTF, et menace de renvoyer l’inflation vers 2,5-3 %. Pendant ce temps, les gouvernements parlent de « restrictions », de sobriété, de taxes carbone… et les citoyens comptent chaque euro à la caisse.

Les élus s’auto-récompensent pendant que le peuple trinque

Les eurodéputés, eux, votent en secret une prime week-end et étudient son indexation automatique. Salaire intouchable, frais généraux de 4.950 €/mois, voyages remboursés : tout est déjà généreux. Mais non, il faut plus. Pendant que les Français, Allemands, Italiens ou Polonais hésitent entre plein d’essence et courses alimentaires, les élus « s’engagent avec les citoyens »… en signant un registre de présence en vue d’une rémunération supplémentaire…

Sur les réseaux sociaux et dans les médias, l’indignation monte, mais au Parlement, silence radio ou défense corporatiste. Ce n’est pas une « prime secrète illégale », c’est pire : une règle existante étendue en douce, avec abus potentiels assumés. C’est le symbole parfait du fossé qui s’est creusé entre un peuple qui trinque et des élus qui s’auto-récompensent.

En pleine période de guerre (Iran, Ukraine en arrière-plan), de restrictions énergétiques et d’inflation galopante, ce geste est indécent. Il illustre à la perfection la déconnexion totale : pendant que l’Europe demande aux citoyens de « tenir », ses représentants se tiennent… très bien, merci, avec 359 € de bonus facile et une revalorisation à l’étude.

Les électeurs jugeront. Mais une chose est sûre : Jean Monnet, père de l’Europe, aurait sans doute préféré des élus qui se serrent la ceinture aux côtés de leur peuple plutôt que de signer pour s’enrichir davantage sur leur dos avec de l’argent public. Le Parlement européen a-t-il encore une once de légitimité quand il agit ainsi ? La question mérite d’être posée… publiquement cette fois.

https://multipol360.com/les-deputes-europeens-soctroient-une-prime-de-plus-pendant-la-crise-pour-les-europeens/ 

 


 

B) - L’Espagne, bastion du pacifisme européen, refuse la folie nucléaire de Macron

« Nous ne voulons pas d’un monde plus nucléaire »

Le 10 mars 2026, Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol, a répondu avec clarté et fermeté à l’initiative d’Emmanuel Macron :

l’Espagne refuse catégoriquement de participer à la « dissuasion avancée » française et à tout déploiement d’armes nucléaires sur son territoire.

Alors que Paris augmente son arsenal et invite ses voisins à des exercices communs, Madrid dit non. Un non clair, assumé, pacifiste. Un non qui contraste violemment avec le bellicisme permanent de l’Élysée.

L’initiative française : plus d’ogives, plus de risques

Le 2 mars 2026, à la base de l’Île-Longue, Emmanuel Macron a annoncé deux décisions lourdes de conséquences : 

  • L’augmentation du nombre de têtes nucléaires françaises (le chiffre exact ne sera plus communiqué).
  • La mise en place d’une doctrine de « dissuasion avancée » ouverte à huit pays européens (Allemagne, Royaume-Uni, Pologne, Pays-Bas, Belgique, Grèce, Suède, Danemark). 

Objectif affiché : faire participer ces alliés à des exercices et permettre des déploiements temporaires de forces stratégiques françaises. En réalité, c’est une escalade nucléaire assumée au moment où le traité New START a expiré sans successeur le 5 février 2026. Macron joue la carte de la « solidarité européenne »… en poussant l’Europe vers une course aux armements.

L’Espagne dit non : un refus historique et assumé

Pedro Sánchez n’a pas tourné autour du pot. Dans une interview accordée à elDiario.es, il a déclaré sans ambiguïté : 

« Nous ne voulons pas d’un monde plus nucléaire, nous ne voulons pas d’une Europe nucléarisée. Par conséquent, nous ne participerons pas à ce projet. » 

L’Espagne n’est pas parmi les huit pays (Allemagne, Royaume-Uni, Pologne, Pays-Bas, Belgique, Grèce, Suède,
Danemark) qui ont accepté l’offre française. Elle refuse tout déploiement, tout exercice, toute collaboration. Ce n’est pas une hésitation diplomatique : c’est une ligne rouge posée au nom de la paix.

Le pacifisme espagnol : une doctrine constante, pas un effet de mode

Ce refus n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une tradition pacifiste profonde et cohérente du gouvernement Sánchez :

  • Dès le début de l’escalade au Moyen-Orient (frappes américano-israéliennes sur l’Iran), l’Espagne a interdit l’utilisation de ses bases de Rota et Morón pour toute opération offensive.
  • À la Conférence de Munich sur la sécurité en février 2026, Sánchez a appelé publiquement à un nouveau traité de limitation des arsenaux nucléaires.
  • Devant la guerre en Ukraine comme face à la crise iranienne, le slogan « Non à la guerre » n’est pas un slogan électoral : c’est une politique. L’Espagne refuse d’envoyer des troupes, refuse les livraisons d’armes lourdes, refuse l’escalade. 

Pendant que d’autres capitales européennes suivent Washington dans une logique de confrontation permanente, Madrid choisit la diplomatie, la désescalade et la sécurité collective par le désarmement. Pedro Sánchez le répète : après l’expiration du traité international de non-prolifération, l’urgence est de négocier une réduction, pas une augmentation des ogives.

Macron, le va-t-en-guerre isolé

Le contraste est saisissant. Tandis que l’Espagne privilégie la paix et la raison, Macron transforme chaque discours en appel martial : Covid, Ukraine, terrorisme, Irak, maintenant l’arsenal nucléaire.

Il veut faire de la France le « gendarme nucléaire » de l’Europe, quitte à exposer le continent à une nouvelle course aux armements. Résultat : huit pays acceptent du bout des lèvres, l’Espagne refuse net, et l’Italie (déjà prudente sur d’autres théâtres) observe avec distance.

Ce refus espagnol est un camouflet diplomatique pour l’Élysée. Il montre que l’Europe n’est pas unie derrière le bellicisme français. Il montre surtout qu’un pays souverain peut encore dire non à la folie guerrière sans se faire traiter de « traître ».

Retour au réel : la paix n’est pas une faiblesse

L’Espagne nous rappelle une évidence que Macron semble avoir oubliée : la vraie souveraineté, c’est choisir la paix quand les autres choisissent la guerre. C’est refuser l’escalade nucléaire au lieu de l’organiser. C’est privilégier la vie des peuples plutôt que les postures de chef de guerre.

Les Français, épuisés par les crises successives, devraient regarder du côté de Madrid. Nous ne voulons pas d’une Europe « nuclearisée ». Nous ne voulons pas payer, en impôts et en risques, les aventures martiales d’un président qui n’a jamais vu un conflit qu’il n’ait voulu transformer en spectacle.

L’Espagne a choisi le pacifisme. La France, sous Macron, a choisi l’escalade. Le choix est clair : paix ou guerre. Désarmement ou course aux ogives. Raison ou folie.

Madrid a tranché. Il est temps que Paris retrouve la raison.

https://multipol360.com/lespagne-bastion-du-pacifisme-europeen-refuse-la-folie-nucleaire-de-macron/ 

 


 

C) - 80 millions saisis à Budapest : corruption ukrainienne et menaces de Zelensky contre Orbán

Budapest, 6 mars 2026. Les douanes hongroises viennent de porter un coup spectaculaire au convoi ukrainien qui transitait par l’Autriche.

Sept citoyens ukrainiens, dont des employés de la banque d’État Oschadbank et un ancien général des services de renseignement (SBU), ont été interpellés.

Dans deux véhicules blindés : 40 millions de dollars américains, 35 millions d’euros et 9 kg d’or (soit environ 80 millions de dollars au total). L’argent provenait de la Raiffeisen Bank autrichienne et se dirigeait vers Kiev. Les autorités hongroises ont immédiatement saisi le tout et ouvert une enquête pour blanchiment d’argent. Les sept personnes ont finalement été expulsées, mais les fonds restent bloqués à Budapest.

Officiellement, l’Ukraine parle d’un « transfert routinier et déclaré ». Dans les faits, Budapest accuse un système bien rodé : selon les douanes hongroises, plus de 900 millions de dollars, 420 millions d’euros et 146 kg d’or auraient déjà transité de la même manière depuis janvier 2026. Viktor Orbán ne cache pas son objectif : mettre fin à ce qu’il qualifie de « vaste réseau de corruption » alimenté par l’aide occidentale.

Une corruption systémique qui ne date pas d’hier

L’affaire tombe au pire moment pour Kiev. L’Ukraine traîne depuis des années la réputation d’être l’un des pays les plus corrompus d’Europe. Le classement Transparency International le place régulièrement dans le bas du tableau européen (autour de la 100e place mondiale ces dernières années). Malgré les réformes affichées depuis 2014 et les exigences de l’Union européenne pour sa candidature, les scandales se multiplient :

  • Détournements massifs dans les marchés d’armement
  • Oligarques qui continuent de peser sur la justice et l’économie
  • Aides internationales (plus de 167 milliards d’euros depuis 2022) qui profitent parfois plus aux intermédiaires qu’aux soldats sur le front 

La Hongrie n’est pas la seule à pointer du doigt cette réalité. Plusieurs rapports occidentaux (y compris américains et européens) ont déjà documenté des cas de corruption dans l’utilisation des fonds d’aide. Orbán, qui bloque depuis des mois le prêt européen de 90 milliards d’euros, répète à l’envi : « Nous ne financerons pas la corruption ukrainienne avec l’argent des contribuables européens. »

Zelensky passe aux menaces directes contre Orbán

Face à ce bras de fer, Volodymyr Zelensky a franchi un nouveau palier. Le 5 mars, lors d’un point de presse à Kiev, il a déclaré, sans nommer Orbán mais sans aucune ambiguïté :

« Nous espérons qu’une seule personne au sein de l’UE ne bloquera pas les 90 milliards. Sinon, nous donnerons l’adresse de cette personne à nos forces armées, à nos gars, pour qu’ils puissent l’appeler et lui parler dans leur propre langue. »

La phrase a fait l’effet d’une bombe. La Commission européenne a immédiatement condamné des « menaces inacceptables ». Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a été plus direct : « Il s’agit d’une situation totalement inédite en Europe : le président d’un pays européen menace de tuer, d’assassiner, le Premier ministre d’un État membre de l’OTAN et de l’UE. »

Orbán, en pleine campagne électorale, a répondu du tac au tac : « Pas même s’ils me font chanter, pas même s’ils menacent ma vie. » Kiev a répliqué en qualifiant l’arrestation des sept Ukrainiens de « prise d’otages » et en déconseillant à ses citoyens de voyager en Hongrie.

Un duel qui dépasse les deux hommes

Derrière cette escalade verbale et financière se joue bien plus qu’une querelle bilatérale. D’un côté, Orbán, accusé par Kiev d’être le « cheval de Troie » de Moscou au sein de l’UE. De l’autre, Zelensky, qui voit son principal levier de pression (l’aide européenne) bloqué par un seul pays. Entre les deux : la question du transit de pétrole russe via l’Ukraine, que Kiev refuse désormais de rétablir, privant Budapest d’une partie de son approvisionnement.

L’affaire des 80 millions saisis n’est donc pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans le contexte de la dérive délétère de l’Ukraine, qui continue de chercher des excuses pour prolonger une guerre dont personne ne veut, sauf les oligarques qui s’enrichissent indignement sur le dos des contribuables européens et du peuple ukrainien.

Une chose est sûre : les contribuables européens, qui financent depuis quatre ans un conflit sans fin, commencent à se poser les mêmes questions que Viktor Orbán : où va vraiment l’argent ?

Et jusqu’où Zelensky est-il prêt à aller pour le faire couler ?

https://multipol360.com/80-millions-saisis-a-budapest-corruption-ukrainienne-et-menaces-de-zelensky-contre-orban/ 

 


 

D) - « Le mea-culpa allemand sur le nucléaire vient quand le mal est fait » C. Semperes (entretien)  

Comment interpréter le revirement d’Ursula Von der Leyen, ainsi que les dernières déclaration du président Macron sur le nucléaire. Qu’est-ce que cette erreur stratégique ? Christian Semperes a bien voulu répondre à nos questions et partager son interprétation. Son leitmotiv : « entendre un responsable politique admettre une erreur, c’est rare ! Mais quand plusieurs le font en chœur et en même temps, cela devient suspect. » Tout un programme. 

The European Scientist : Au sommet du nucléaire, Ursula von der Leyen vient de reconnaître qu’il s’agissait d’une erreur stratégique de la part de l’Union européenne d’arrêter la production nucléaire. Comment interprétez-vous cette déclaration ? Pensez-vous qu’elle soit sincère ?

Christian Semperes : Je vous propose de replacer cette déclaration dans son contexte. D’abord, le chancelier allemand a reconnu l’erreur commise en arrêtant le parc nucléaire allemand. Ensuite, Mme Ursula von der Leyen a qualifié « d’erreur stratégique » la mise à l’écart du nucléaire en Europe. Enfin, M. le Président de la République, Emmanuel Macron, lui a emboîté le pas lors du sommet sur l’énergie nucléaire du 10 mars dernier.

À première vue, et sans connaître le sujet en profondeur, on pourrait se réjouir naïvement de la clairvoyance soudaine de nos responsables politiques et de leur transparence apparente en reconnaissant leurs « erreurs ». Il faut le reconnaître, entendre un responsable politique admettre une erreur, c’est rare ! Mais quand plusieurs le font en chœur et en même temps, cela devient suspect.

TES : Pensez-vous que les politiques qui changent d’avis le font en ayant vraiment compris que l’idéologie écologiste menait à une impasse, ou sont-ils encore sous l’emprise de leurs biais cognitifs ?

CS : Il faut distinguer deux points de vue. D’un côté, celui des Verts, qu’ils soient allemands ou français, qui ont fait du nucléaire leur ennemi absolu. De l’autre, celui de l’État allemand, qui, depuis des années, cherche à réduire le prix de son électricité pour le ramener au niveau du prix français, afin d’éviter de pénaliser son activité économique.

Dans leur coalition gouvernementale, l’État allemand et les Verts allemands ont ainsi trouvé une croisade commune contre le nucléaire européen et français en particulier. Selon la logique « les ennemis de mes ennemis sont mes amis », les gaziers, pour qui le nucléaire représente un concurrent redoutable, ont été invités à se joindre à cette croisade.

TES : Pourquoi ce revirement ? Pourquoi une profession de foi en faveur du nucléaire aujourd’hui ? D’après ce que je comprends, il ne s’agirait pas d’un vrai mea-culpa. Qu’est-ce qui, à vos yeux, permettrait de dire qu’il ne s’agit pas simplement de pures déclarations politiques ?

CS : Quand on connaît le sujet et qu’on l’a vécu de l’intérieur, comme moi, durant 37 ans d’exploitation nucléaire, cette « erreur » conjointement reconnue était en réalité une stratégie allemande visant à atteindre un objectif qui est aujourd’hui atteint.

« L’erreur » française, traduction opérationnelle de l’objectif allemand, est en fait une trahison de notre souveraineté énergétique, économique et géopolitique, sans compter qu’elle constitue un écocide. Pour étayer cette accusation, il faut retracer un brin d’histoire, car c’est une subtile partie de billard à plusieurs bandes.

TES : Nous vous écoutons. Rappelez-nous les événements.

CS : Depuis la fin de la construction de son parc nucléaire, la France bénéficiait d’un avantage concurrentiel majeur face à l’Allemagne :

  • Son électricité était très bas carbone depuis 45 ans. En 1989, Michel Rocard, alors premier ministre, l’écrivait déjà dans un rapport sur les émissions de gaz à effet de serre(1).
  • Son prix restait systématiquement inférieur à celui de l’électricité allemande.

Les chiffres de 2025 le confirment toujours, avec 70 % d’électricité d’origine nucléaire, le prix en France (0,195 €/kWh TTC) est non seulement inférieur à la moyenne européenne, mais aussi de moitié moins élevé que celui de l’Allemagne (0,38 €/kWh TTC), le plus cher d’Europe.(2) 

Et comme preuves supplémentaires, l’électricité française est abondante, pilotable et peu chère, quelles que soient les conditions météo. Les exportations records d’EDF vers l’Europe le prouvent avec plus de 92 TWh très bas carbone, en 2025.

TES : Ça, c’est l’objectif. Et la stratégie, alors ?

CS : Sous la pression des Verts antinucléaires allemands, intégrés à la coalition gouvernementale, l’Allemagne a exercé une pression constante sur la Commission européenne. Grâce à ses directives de libéralisation du marché de l’électricité (adoptées dès 1996, renforcées en 2003 et 2009) et à sa pression juridique, la Commission a forcé la France à créer l’ARENH pour « libéraliser » le marché.

Pour éviter des sanctions, la France a proposé en 2009 le mécanisme ARENH, intégré dans la loi NOME de 2010. L’accident de Fukushima a servi d’opportunité pour attiser la peur du nucléaire et accélérer le processus.

De 2011 à 2025, l’ARENH a obligé EDF à vendre à perte jusqu’à 25 % de sa production nucléaire (très bas carbone) à un prix régulé de 42 €/MWh aux « fournisseurs alternatifs ». Sans rien investir, sans rien produire, sans rien transporter et sans rien distribuer, ceux-ci, comme TotalEnergies, revendaient cette électricité au prix du marché, jusqu’à 2 988 €/MWh le 4 avril 2022 à 8h, en pleine crise du gaz russe.

Pendant ce temps, EDF, privé de 25 % de sa production, devait racheter de l’électricité sur le marché au même prix exorbitant.

TES : Quel est le lien avec l’objectif d’équilibrer les prix de l’électricité allemande et française ?

CS : La stratégie était claire :

  1. Favoriser les gaziers pour qui le nucléaire est un concurrent redoutable et qui deviennent la substitution de moyens pilotables.
  2. Ruiner les finances d’EDF pour l’empêcher de s’autofinancer et de construire de nouveaux réacteurs pour rendre impossible le renouvellement du parc nucléaire français.
  3. Positionner la Commission européenne en arbitre du financement du « nouveau MWh écolo » (renouvelables) plutôt que très bas carbone (nucléaire).

C’était la première bande du billard.

La seconde bande visait le parc en exploitation. C’est là que les Verts français sont entrés en jeu :

  • Ils ont soutenu l’accès au pouvoir de François Hollande.
  • En collaboration avec les Verts allemands, ils ont obtenu la fermeture de Fessenheim.
  • Ségolène Royal a plafonné à 50 % la part du nucléaire dans la production française.
  • Sous le premier quinquennat Macron, la loi n° 2019-1908 du 30/04/2019 prévoyait la fermeture de 12 réacteurs supplémentaires (en plus de Fessenheim) à partir de 2025. Cette menace n’a finalement pas été exécutée, mais ces réacteurs, jugés sûrs par l’Autorité de sûreté nucléaire, étaient bel et bien menacés.

L’ARENH, la fermeture de Fessenheim et la loi sur les 12 réacteurs étaient la traduction opérationnelle de l’objectif allemand, à savoir casser notre avantage concurrentiel sur le long terme.

En conclusion, « l’erreur » évoquée par Ursula von der Leyen était une stratégie délibérée. « L’erreur » reconnue aujourd’hui par la France, via Emmanuel Macron, est une trahison de notre souveraineté énergétique, économique et géopolitique, sans compter qu’elle constitue un écocide. Rappelons que le MWh nucléaire français est de loin le plus bas carbone, même comparé au MWh renouvelable, dont les panneaux solaires viennent d’Asie par bateaux à fuel, avec un facteur de charge industriellement epsilonesque.

TES : Y aurait-il une troisième bande à ce jeu de billard ?

CS : Oui, et elle est cruciale. La règle est simple : « Pile, l’Allemagne, je gagne ; face, la France, tu perds. » Je m’explique.

En France, la loi impose un démantèlement immédiat des installations nucléaires dès la publication du décret de mise à l’arrêt. Dès l’arrêt de Fessenheim, EDF a procédé au « lessivage chimique du circuit primaire », une opération irréversible qui diminue l’épaisseur des tuyauteries pour diminuer la dosimétrie des intervenants. Cette opération rend tout redémarrage techniquement impossible.

À l’inverse, les réacteurs allemands mis « sous cocon » et non démantelés pourraient être relancés. Ce serait le dernier acte d’un opéra wagnérien, « Le Vaisseau fantôme », une tragédie d’amour et de malédiction, celle du couple franco-allemand.

TES : Emmanuel Macron était à Penly et a fait des déclarations allant dans le sens d’une relance volontariste du nucléaire. Qu’en pensez-vous ? Est-ce un usage rhétorique du « en même temps » ? A-t-il compris que le nucléaire était la meilleure solution pour le climat et pour le prix de l’électricité sur le long terme ?

CS : La reconnaissance des vertus du nucléaire, d’abord par le chancelier allemand, puis par Ursula von der Leyen, enfin par Emmanuel Macron, intervient au moment où l’objectif est atteint. Le mal est fait, et il risque d’être durable. Je m’explique.

Les finances d’EDF ont été volontairement dégradées par l’ARENH. De plus, le tissu industriel de construction nucléaire a été affaibli. Rappelez-vous. Les 58 réacteurs français ont été construits et démarrés en 22 ans (soit 2,7 réacteurs/an), avec une durée moyenne de construction de 6 ans, comme le font aujourd’hui les Chinois. L’État français a imposé un « black-out » de construction, faisant perdre ses compétences au tissu industriel français. L’objectif de saboter notre savoir-faire de construction est atteint. La planification et la construction de Flamanville 3, un prototype et un seul, qui voulait laver plus blanc que blanc, l’ont montré. 

Maintenant, les politiques au pouvoir peuvent faire amende honorable et racheter notre confiance. Mais quand on a vécu de l’intérieur, pendant des décennies, la démolition méthodique de notre avantage écologique, énergétique et économique, on ne peut que dénoncer cette hypocrisie.

TES : Vous ne semblez pas très optimiste…

CS : Mon propos était d’abord de rappeler des faits qui revêtent un aspect très négatif pour notre compétitivité, il faut bien l’avouer. Mais il y a aussi des raisons d’être optimiste.

EDF reste le seul groupe industriel au monde à cumuler plus de 2 000 ans d’expérience en exploitation de réacteurs à eau pressurisée (REP). Faites le calcul : 58 réacteurs × 40 ans de moyenne d’âge. Son ingénierie dispose d’une banque de données interne inestimable, lui offrant une capacité unique à rebondir. La gestion de la crise des corrosions sous contrainte en 2022 et le rétablissement spectaculaire de ses résultats d’exploitation en sont la preuve, si besoin était.

Il y a d’autres signes encourageants. Les turbines Arabelle de Belfort, fleuron de la filière, sont revenues dans le giron français après avoir été cédées aux Américains. Depuis 2022, EDF détient Framatome à 100 %, consolidant ainsi la maîtrise de l’ensemble du savoir-faire historique de construction des gros composants de chaudière nucléaire, préservé grâce aux projets chinois et britanniques. La perspective d’un programme ambitieux d’EPR2 redonne au tissu industriel français les garanties nécessaires pour investir en euros comme en compétences, sur le long terme.

Oui, le Phénix renaîtra de ses cendres.

Mais attention ! 6 EPR2 ne suffiront pas à remplacer les 56 réacteurs actuellement en activité, d’une moyenne d’âge de 40 ans. Si le programme s’arrête là, l’objectif allemand sera atteint. Quand les réacteurs français arriveront en fin de vie, le prix de l’électricité française rejoindra celui de l’Allemagne, 10 fois plus carbonée avec son gaz, son charbon et son lignite. Rappelez-vous. Dans son rapport de mars 2020 (page 120/192), la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) prévoyait déjà la construction de 20 centrales à gaz pour compenser la perte de 50 % du nucléaire. Or, la guerre en Ukraine et les récentes tensions au Moyen-Orient nous rappellent que le prix du gaz est pour le moins volatile. Dans ce scénario, le prix de l’électricité française rejoindra celui de l’électricité allemande.

De

European Scientist donne la parole aux chercheurs et experts désireux d'expliquer à nos concitoyens les tenants et aboutissants des débats scientifiques qui animent l'Europe. Le site se veut plus complet que les discours politiques, trop souvent biaisés ou réducteurs. 

https://www.europeanscientist.com/fr/opinion/le-mea-culpa-allemand-sur-le-nucleaire-vient-quand-le-mal-est-fait-c-semperes-entretien/ 

(1) https://inis.iaea.org/records/hfh13-53m08

(2) https://ekwateur.fr/blog/marche-de-l-energie/prix-electricite-allemagne/#prix

 


 

E) - Chine avec le 15ème plan quinquennal 2026

La Chine vient de publier son 15ème plan quinquennal et je vous conseille de lire ce tableau ligne par ligne parce que c'est probablement le document le plus important de 2026 et personne en France n'en parlera ce qui me fascine c'est pas forcément un chiffre en particulier c'est pas la vision systémique, dans un seul document ils planifient simultanément la croissance du PIB, les brevets à haute valeur, l'économie numérique à 12.5% du PIB, la part des énergies non fossiles à 25%, la réduction des émissions CO2, la qualité de l'eau de surface à 85%, l'espérance de vie à 80 ans, le taux de couverture forestière, la capacité de production céréalière, TOUT dans le même tableau avec des objectifs chiffrés à horizon 2030 & des indicateurs contraignants en occident on traite l'économie l'écologie l'éducation, la santé et la sécurité énergétique comme des ministères séparés qui se battent pour des budgets, la Chine les traite comme les organes d'un même corps, chaque ligne de ce tableau nourrit les autres, l'urbanisation alimente la productivité, la R&D alimente les brevets, les brevets alimentent l'économie numérique, l'énergie non fossile alimente l'indépendance stratégique, c'est un système pensé pour que chaque variable accélère toutes les autres et ça reflète tellement la vision profondément HOLISTIQUE de la Chine dont je parle souvent en bon propagandiste du CCP regardez par ex la ligne 5, brevets à haute valeur passer de 16 à plus de 22 pour 10 000 habitants d'ici 2030, c'est la ligne la plus silencieuse du tableau et probablement la plus décisive car sachez qu’un brevet à haute valeur c'est la propriété intellectuelle d'une technologie qui va structurer un marché pendant 20 ans MINIMUM on voit que la Chine planifie littéralement à qui appartiendra le futur technologique, les licences & les dépendances que les autres pays accumuleront vis-à-vis des technologies chinoises & ça représente EXACTEMENT la colonisation économique, technologique et industrielle du XXIème siècle dont je vous parle souvent à travers mes threads sur l’écosystème Chinois mais avec des brevets au lieu de canons pendant que l'Europe débat et que l'Amérique bombarde, la Chine planifie, construit et exécute et le + effrayant c'est que historiquement selon leurs propres bilans les plans précédents ont été exécutés à plus de 90% de leurs cibles…. 


 

 La différence entre les promesses court termistes des dirigeants européens comme Macron qui changent tous les 5 ans et le CCP qui se projette sur minimum 50 ans c’est que ce tableau n'est pas un programme électoral, c'est littéralement un cahier des charges national et ça change radicalement la manière dont il faut lire chaque chiffre

@BetterCallM
 

 

 

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