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octobre 10, 2026

Energie carburants, crises et prospective; Mais que fait la France ?

Sommaire:

A) -  Le marché mondial du pétrole commence à se fissurer

B) - 300 000 tonnes immédiatement Trump annonce un accord sur le diesel avec Poutine – le gouvernement américain assouplit les sanctions

C) -  Le prix des carburants, épreuve de vérité de la présidentielle ?

D) -  Pétrole français : Pendant que Paris s’interdit de chercher, nos voisins forent à nos portes

E) -  La Chine, véritable arbitre du pétrole mondial ?

 


A) - LE MARCHÉ MONDIAL DU PÉTROLE COMMENCE À SE FISSURER 

 Regardez simultanément trois événements. 

 🇺🇸🇷🇺 Trump ouvre temporairement la porte au diesel russe pour faire baisser les prix américains. 


 🇸🇦 L’Arabie saoudite casse son prix vers l’Asie : Arab Light : -5 $/baril sous Oman/Dubai. Mais relève dans le même temps ses prix vers l’Europe. 

 🚢 Et les coûts de transport vers l’Asie explosent. 

 Ce ne sont pas trois histoires différentes. C’est le même marché qui change de nature. 

 Pendant trente ans, nous avons pris l’habitude de penser : un baril = un prix mondial. Brent.WTI. Dubai. Puis arbitrage. 

 Cette représentation devient trop simple. Le véritable prix d’un baril ressemble désormais davantage à : **benchmark qualité OSP du producteur fret assurance de guerre sanctions détroits pipelines disponibilité des tankers risque politique.** Résultat : le même pétrole peut devenir bon marché pour Pékin…cher pour l’Europe…et temporairement « autorisé » pour Washington. 

 L’accord diesel Trump-Poutine est particulièrement révélateur. Hier : le diesel russe était sanctionné parce qu’il finançait Moscou. Aujourd’hui : Washington assouplit temporairement ces sanctions parce que le consommateur américain a besoin de carburant moins cher. 

 Ce n’est pas encore une grande alliance Washington-Moscou. C’est peut-être quelque chose de plus instructif : la sanction elle-même devient une variable du prix. 

 Et l’Arabie saoudite fait exactement la même chose avec un autre levier. Elle ne contrôle pas le Brent. Mais elle peut décider : 

Asie : je décote pour défendre mes volumes. 

Europe : je facture davantage. 

( Je viens de conclure une discussion très fructueuse avec le président russe Vladimir Poutine, au cours de laquelle il a été convenu que la Russie fournirait immédiatement plus de 300 000 tonnes de carburant diesel au marché américain et mondial, 500 000 tonnes supplémentaires au cours du mois de novembre et 1 000 000 tonnes immédiatement après. De plus, en fonction de l'état de ses raffineries de diesel, la Russie livrera, dans un court laps de temps, 3 000 000 de tonnes de carburant diesel. Entre notre CONTRÔLE TOTAL du détroit d'Ormuz et cette grande annonce sur l'énergie russe, les prix du diesel pour les Américains et, bien sûr, pour le monde, vont BAISSER, EN NOMBRE RECORD, ET RAPIDEMENT ! La baisse des prix pour les Américains, en particulier nos grands agriculteurs, éleveurs et camionneurs, est ma plus grande priorité. Il s’agit d’une annonce très importante. De plus, il faut comprendre que l’Iran n’aura pas d’arme nucléaire ! Merci de l'attention que vous portez à cette question. Président DONALD J. TRUMP ( TS : 9 octobre 2026, 14 h 46 HE )​​​​​​​‍‌​​‌​​‍‌​‌​‍‍‌​‌‍​‍​‍​​‌‌‌‌‍‍‍‍‌‌‌‍)

Le producteur recommence donc à choisir où il veut vendre et à quel prix relatif. 

Ajoutez les navires. Les détroits. Les pipelines. Les guerres. Les guerres. Les raffineries endommagées. Et le pétrole retrouve ce que la financiarisation nous avait fait oublier : une géographie. 

Voilà la vraie rupture. 

Nous ne retournons pas aux années 1970. Nous entrons dans un marché pétrolier post-globalisation. Le benchmark reste mondial. Mais le baril devient : régional, logistique, sanctionnable et géopolitique. Et lorsque la logistique devient rare, le pouvoir revient à celui qui contrôle : la ressource la raffinerie le navire le détroit le pipeline et l’autorisation de commercer. 

 Le marché croyait fixer le prix du pétrole. Le réel est en train de rappeler que le prix commence par la capacité à livrer le baril.

 Si le marché devient plus fragmenté, les États-Unis peuvent exercer leur puissance sur : sanctions, assurance maritime, financement, dollar, flottes, détroits, alliés producteurs, routes énergétiques, accès au marché américain. 

Et parallèlement, Riyad peut décider : « Je veux garder le raffineur chinois : je lui donne -5 $. » 

Moscou peut décider : « Je dois écouler mes barils malgré les sanctions : je décote. » 

Washington peut décider : « J’ai besoin de diesel russe pendant six mois : j’ouvre temporairement une fenêtre de sanctions. » Et cela rejoint directement notre Temps des Réalités : lorsque la logistique physique redevient rare, la géographie reprend du pouvoir sur la finance. 

 OPEP+ vient d’ailleurs de maintenir ses quotas de novembre inchangés alors même que plusieurs producteurs du Golfe restent physiquement incapables d’atteindre leurs quotas en raison des perturbations régionales. Le quota officiel perd alors une partie de son importance face à la question beaucoup plus élémentaire : combien de barils pouvez-vous réellement sortir, transporter et livrer ?

 LE VRAI SECRET DE L’ACCORD DIESEL TRUMP–POUTINE N’EST PEUT-ÊTRE PAS LE DIESEL. C’EST SON PAIEMENT. 

 Tout le monde regarde les volumes. 300 000 tonnes immédiatement. 500 000 tonnes ensuite. 1 million. Puis potentiellement 3 millions supplémentaires. 

 Mais presque personne ne pose la question essentielle : COMMENT LA RUSSIE VA-T-ELLE ÊTRE PAYÉE ? 

Flash-back 2022. Après les sanctions occidentales, Moscou exige que les acheteurs de gaz des pays « hostiles » règlent en roubles. Dans la pratique, euros et dollars pouvaient être déposés chez Gazprombank puis convertis en roubles. Au même moment, la Banque centrale russe fixe temporairement un prix d’achat de l’or à 5 000 roubles le gramme. Ce n’était pas un véritable étalon-or. Mais le message était clair : sanctions financières occidentales → tentative russe de reconnecter énergie, rouble et actifs réels. 

Nous voici quatre ans plus tard. 

 Washington autorise à nouveau temporairement l’achat de diesel russe. Mais les modalités financières de l’accord Trump-Poutine restent inconnues. Et c’est peut-être là que se cache l’information la plus importante. Paiement en dollars ? Conversion dollars → roubles ? Banque intermédiaire ? Dirhams ? Yuan ? Compensation ? Autre mécanisme ? 

Petit exercice intellectuel. À environ 5 $ le gallon, les 4,8 millions de tonnes annoncées représenteraient une contre-valeur proche de 56 tonnes d’or aux cours actuels. Cela ne signifie évidemment PAS que Trump va vider Fort Knox pour payer Poutine. Mais cela permet de comprendre l’échelle monétaire de l’accord. 

 Et surtout le paradoxe. 

En 2022 : Washington voulait couper Moscou du dollar. En 2026 : Washington veut acheter du carburant russe. 

 Il faut donc nécessairement recréer quelque part une plomberie financière permettant : diesel russe → paiement → système bancaire → Russie. 

Voilà le véritable sujet. 

Car un marché énergétique fragmenté ne se fragmente pas seulement par : les sanctions, les détroits, les tankers, les assurances, les OSP. Il se fragmente aussi par : LA MONNAIE. 

 Le pétrole post-globalisation pourrait donc avoir non seulement plusieurs prix selon la destination…mais également plusieurs systèmes de règlement selon l’alignement géopolitique. Et si Moscou obtenait ne serait-ce qu’une forme de règlement en roubles, ou via un mécanisme échappant partiellement au dollar, l’accord prendrait une dimension beaucoup plus importante que quelques millions de tonnes de diesel. 

 Le signal à surveiller n’est donc plus le prochain tanker. C’est : LA DEVISE. LA BANQUE. LE CIRCUIT DE PAIEMENT. 

Parce que celui qui contrôle la ressource possède une puissance. Celui qui contrôle son prix en possède une deuxième. Et celui qui impose la monnaie dans laquelle elle se règle commence à contrôler le système.








B) - 300 000 tonnes immédiatement Trump annonce un accord sur le diesel avec Poutine – le gouvernement américain assouplit les sanctions
 
À la suite d'un entretien avec Vladimir Poutine, Donald Trump annonce la mise sur le marché américain et mondial d'importantes quantités de diesel russe, et ce, malgré les sanctions en vigueur. L'Ukraine réagit avec indignation, tandis que l'Australie prend ses distances.
 
  Après une conversation avec le président russe Vladimir Poutine, le président américain Donald Trump a promis des centaines de milliers de tonnes de diesel en provenance de Russie. Trump a annoncé sur sa plateforme Truth Social qu'il avait convenu avec le président russe que plus de 300 000 tonnes de diesel seraient mises à disposition « immédiatement » pour les États-Unis et le marché mondial. 
 
 Un demi-million de tonnes supplémentaires de diesel devraient être libérées courant novembre et un million de tonnes « immédiatement après ». «En fonction de l'état de ses raffineries de diesel», la Russie souhaite également livrer trois millions de tonnes de diesel dans un court laps de temps. Trump n’a pas initialement précisé les délais pour cela. 
 
 La Russie est contente, l’Ukraine est indignée, l’Australie est distante Le Kremlin a confirmé l'accord. "Au cours de la discussion sur la situation du marché mondial de l'énergie, la partie russe a confirmé sa volonté de fournir du pétrole et des produits pétroliers aux marchés américain et mondial", indique le communiqué écrit de Poutine. Cela aura un impact positif sur « l’ensemble de l’économie mondiale ». 
 
 Lors de l’entretien téléphonique avec Trump, il a été question à la fois de la guerre en Ukraine déclenchée par la Russie et de la situation autour de l’Iran. De vives critiques ont cependant été formulées par le président ukrainien Volodymyr Zelensky : « Permettre à la Russie de vendre des produits pétroliers est un investissement dans la guerre (contre l’Ukraine), à ​​laquelle il faut mettre fin et non prolonger », a-t-il écrit sur Telegram. Moscou vous remerciera avec encore « de la terreur et de la méchanceté ». 
 
Dans une interview accordée au portail d’information américain « Axios », Zelenskyj a intensifié ses critiques. L’accord n’était « ni juste ni honnête », a-t-il déclaré. Il était particulièrement ennuyé par le fait que les envoyés de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, négociaient avec les négociateurs ukrainiens à Miami sur une éventuelle fin de la guerre parallèlement à l'accord avec Poutine. Il n’y a aucune mention de l’accord prévu sur le diesel. 
 
 
Lire aussi ANCHORAGE, ALASKA - 15 AOÛT : le président américain Donald Trump (à droite) salue le président russe Vladimir Poutine alors qu'il arrive à la base commune Elmendorf-Richardson le 15 août 2025 à Anchorage, en Alaska.
Les deux dirigeants se réunissent pour des négociations de paix visant à mettre fin à la guerre en Ukraine. (Photo par Andrew Harnik/Getty Images)
 
 Changement de stratégie « Jalon dans la transition mondiale du pouvoir » – Comment la guerre en Iran change la politique de Poutine Les démocrates ont également critiqué l’accord. Gregory Meeks, membre le plus haut placé du parti à la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, a déclaré à propos de la loi de sanctions récemment adoptée contre la Russie : « Quelques semaines après avoir signé une loi imposant des sanctions aux acheteurs d'énergie russe, Trump annonce que les États-Unis l'achèteront ». Il condamne ce changement de cap. Les premières réactions des pays partenaires des États-Unis ont également été prudentes. 
 
L’Australie, par exemple, a déclaré qu’elle n’était pas dépendante des importations de carburant en provenance de Russie ; En outre, il a été déclaré que les achats à partir de là-bas restaient interdits afin que le pays ne profite pas de l'invasion de l'Ukraine. "Nous n'avons pas besoin ni ne voulons du carburant russe en Australie", a déclaré Chris Bowen, ministre australien du changement climatique et de l'énergie, lors d'une conférence de presse à l'ouest de Sydney samedi. "Nous ne voulons pas que Vladimir Poutine profite de cette guerre au Moyen-Orient. 
 
Ce que font les Etats-Unis, ce sont leurs affaires, mais nous ne changerons pas notre position." Le Trésor américain autorise temporairement les importations de diesel russe En raison des sanctions existantes contre la Russie, le Département du Trésor américain a délivré une autorisation temporaire pour l'accord conclu avec Poutine. Celui-ci autorise la vente, la livraison, le déchargement et l'importation de diesel en provenance de Russie jusqu'au 7 avril 2027. 
 
 Le vice-Premier ministre russe Alexander Nowak a annoncé la levée immédiate de l'interdiction actuelle des exportations de diesel dans son pays. Il a promis d'exporter 300 000 tonnes de diesel en octobre, a rapporté l'agence de presse officielle Tass. 500 000 et 1 000 000 tonnes supplémentaires de diesel pourraient suivre en novembre et décembre. Toutefois, cela dépend des réparations des raffineries endommagées par les attaques de drones ukrainiens. 
 
 L'année dernière, la production mensuelle de diesel de la Russie était d'environ sept millions de tonnes. Depuis, les capacités ont été réduites de moitié. Selon l'Administration américaine de l'énergie (EIA), la consommation de diesel et d'autres carburants distillés aux États-Unis s'élève actuellement en moyenne à environ 3,77 millions de barils par jour. Cela correspond à l'équivalent d'environ 500 000 tonnes. Une quantité de 300 000 tonnes couvrirait théoriquement la consommation américaine pendant 14 bonnes heures. 
 
La hausse des prix du carburant exerce une pression sur Trump et les Républicains Trump fait face à des pressions accrues dans son propre pays les prix des carburants sont sous pression à l'approche des élections de mi-mandat cruciales qui se tiendront dans moins d'un mois. Récemment, les Républicains ont également attribué, de manière inhabituellement explicite, la responsabilité de la cherté des prix à la guerre contre l'Iran. 
 
De son côté, Trump a passé ces dernières semaines à reprocher au président ukrainien Volodymyr Zelensky la pénurie mondiale de diesel et à l'exhorter à cesser les attaques contre les raffineries russes.
« Il doit arrêter de paralyser l'approvisionnement en diesel en Russie », a déclaré Trump aux journalistes vers la mi-septembre, depuis son complexe de luxe de Doonbeg, sur la côte ouest de l'Irlande.  
 
Ce faisant, le président américain cherchait à détourner l'attention de l'impact de sa guerre contre l'Iran et de la situation précaire dans le détroit d'Ormuz. « Ce n'est pas à cause du Moyen-Orient ; c'est à cause des événements en Russie et en Ukraine », a-t-il affirmé au sujet de la pénurie de diesel. Il a précisé que les États-Unis avaient déjà discuté de cette question avec Zelensky. « Il y a plein d'autres cibles. Il ne devrait pas s'attaquer aux installations liées au diesel, car cela nuit au monde entier. » Le conflit — en particulier au début de la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine il y a plus de quatre ans et demi — a entraîné une hausse significative des prix de l'énergie à l'échelle mondiale. 
 
Ces derniers mois, l'Ukraine a intensifié ses attaques contre les installations de l'industrie pétrolière russe, et les conséquences s'y font clairement sentir. Zelensky a réitéré la volonté de l'Ukraine de suspendre les attaques contre les raffineries russes si, en contrepartie, la Russie cesse de frapper les infrastructures énergétiques ukrainiennes. « Nous venons de proposer un tel accord à l'Amérique et nous pensons que les États-Unis disposent d'un levier suffisant pour parvenir à un tel compromis », a écrit le chef de l'État. Il a ajouté qu'un allègement des sanctions contre la Russie constituerait un signe de « faiblesse évidente » et amènerait la Russie à prendre encore moins au sérieux les États-Unis. dpa/Bloomberg/ceb/gold/krott
 
 


C) - Le prix des carburants, épreuve de vérité de la présidentielle ? 

La hausse des prix des carburants et plus généralement de l’énergie vient non seulement percuter la préparation du budget 2027, exercice déjà très difficile, mais de facto aussi la campagne présidentielle. C’est un défi ultime, à sept mois du scrutin, lancé à notre système politico administratif actuel – et aux partis dits de gouvernement : est-il, sont-ils encore capables de répondre aux attentes légitimes d’une majorité de Français ?

On connait les données du problème : la guerre catastrophique entre les Etats Unis et l’Iran dans le détroit d’Ormuz, mais aussi la guerre en Ukraine, poussent les prix des carburants à la hausse partout dans le monde et en particulier en Europe. Ces prix atteignent désormais des niveaux bien supérieurs à ce qu’ils étaient au moment du mouvement des Gilets Jaunes fin 2018 ; ils sont en France parmi les plus élevés d’Europe (avec l’Allemagne et les Pays-Bas), poussés par une fiscalité française sur les carburants, elle aussi parmi les plus élevées d’Europe.

Dans notre pays, trois actifs disposant d’un emploi sur quatre, dit l’Insee, utilisent une voiture ou une fourgonnette pour aller travailler et 63% des Français jugent la voiture indispensable pour leur vie de tous les jours. Vivre à Paris, ou dans les plus grandes métropoles françaises, faussent en effet la perspective sur la vie quotidienne du reste du pays, là où il n’y pas beaucoup, sinon pas du tout, d’alternative à la voiture.

C’est d’autant plus vrai que toujours selon l’INSEE, début 2024, 21,4% de la population disait finir le mois, « difficilement ou très difficilement », auquel il faut y ajouter 20% qui disaient le finir « assez difficilement ». Bref la France active, qui a un emploi, la France populaire et moyenne, qui a dû aller à la périphérie des métropoles pour accéder à la propriété, et est obligée souvent d’utiliser deux voitures au sein d’un couple pour travailler – ce qu’on nomme la « périurbanisation » du pays – cette France-là est percutée de plein fouet par une augmentation massive du prix des carburants. Ceux qui étaient déjà dans le rouge s’y enfoncent ; ceux qui bouclaient à peu près leurs mois y basculent, et ceux qui dégageaient une petite marge pour le plaisir de vivre, la voit se réduire en peau de chagrin. Et le matelas d’épargne de précaution, dans ces catégories de la population, n’est pas considérable.

C’est le premier véritable événement de cette année présidentielle, un de ceux de ceux dont les sociologues disent qu’ils peuvent avoir un effet agenda sur les préoccupations des électeurs, sur les enjeux dont ils investissent l’élection décisive, et partant sur leurs choix électoraux – la guerre en Ukraine eut cette effet-là dans la campagne 2022, écrasant tous les autres sujets. Le pouvoir d’achat était déjà en tête des « préoccupations » des sondés en cette rentrée : il risque de l’être plus encore, au point que la sécurité économique et sociale face aux dérèglements du monde, la capacité de protection du Politique à l’égard de « la France des travailleurs » – là où Marine Le Pen a convaincu déjà nombre d’électeurs – influent lourdement sur la campagne. D’autant qu’il n’y a guère d’espoir, dans les prochains mois, que les prix refluent…

Emmanuel Macron a souligné lors de sa prise de parole après la réunion avec les partis et candidats jeudi dernier, que l’État n’était pour rien dans cette augmentation délétère, due à des circonstances géopolitiques dans laquelle la France n’est pas engagée. C’est tout à fait juste, mais notoirement insuffisant, car le Président actuel semblait suggérer ainsi que l’État n’avait pas à se mobiliser, et son budget avec, pour soutenir le pouvoir d’achat des Français. Voilà qui est bien plus discutable : la chute consécutive de la consommation à cette hausse des prix ( qui d’ailleurs commencent à gagner l’alimentaire), entraine déjà des pertes de recettes fiscales pour l’État, et risque d’affaiblir une conjoncture économique déjà très atone, avec d’autres pertes de recettes à l’horizon (la France a une des prévisions de croissance les plus faibles en 2027 dans la zone euro). De fait, les annonces gouvernementales d’hier après-midi ne mobilisent que 450 millions d’euros, à travers des dispositifs destinés à de mystérieux « gros rouleurs » (et les « moyens rouleurs » ?) qui impliquent des conditions de ressources et de trajet domicile- travail à produire à l’administration. Gageons que ce dispositif, étendu selon le gouvernement à 5 millions de personnes, sera au mieux insuffisant, s’il ne rate pas en bonne partie sa cible, par la complexité des procédures à produire pour en bénéficier. Et les effets de seuil inévitables attiseront autant les frustrations qu’ils apaiseront les difficultés de fins de mois. Bercy s’est spécialisé depuis des décennies dans la confection (parfaits au tableau noir) de tels dispositifs, lourds en réalité d’usines à gaz, censés dépensés l’argent public au plus juste, où bien des gouvernements, de tous bords, se sont perdus…

On comprend certes les raisons d’une telle pusillanimité gouvernementale : le budget de la nation est sous forte pression des marchés financiers, les taux auxquels l’État emprunte ne cesse d’augmenter, faisant peser le risque bien réel d’un effet « boule de neige » sur la charge de remboursement des intérêts de la dette publique. Dès lors annoncer des soutiens dispendieux aux automobilistes, alors qu’on a bien du mal à trouver les 54 milliard d’économies voulus par Sébastien Lecornu pour diminuer notre déficit, est en effet aventureux. De fait, on ne peut nier qu’une annonce plus massive de soutien, mais non financée, non gagée sur des économies ou des recettes nouvelles, comme se contentent trop souvent de le faire les oppositions – et certains prétendants à l’Élysée – n’est pas très responsable. Le « quoi qu’il en coûte » n’est plus de saison pour la France, s’il l’a jamais été.

Il faut se demander néanmoins si cette contradiction réelle, sur fond de « caisses vides », n’est pas une politique de Gribouille, de celles qui aggravent les problèmes, en prétendant y répondre. Risque d’aggravation des problèmes économiques d’abord, compte tenu du rôle central de la consommation dans notre activité, et partant, en cas de croissance zéro ou de récession, risque d’effondrement des recettes fiscales et de creusement des déficits publics – donc de crise financière. Risques de cohésion sociale aussi, même si les exercices de prévision de météo sociale sont souvent factices et que l’histoire sociale – celles des Gilets jaunes en l’occurrence – ne se répète jamais à l’identique. On ne peut exclure néanmoins qu’une étincelle quelconque allume un feu…

Mais risque politique et électoral patent et évident. Risque politique tout d’abord qu’il soit impossible d’adopter un budget en l’état, l’addition de la gauche et du RN pouvant rejeter une loi de finances – et renverser un gouvernement – qui iraient trop à l’encontre des attentes de l’opinion – on peut s’étonner, au passage, que la préparation gouvernementale de ce budget n’ait pas anticipé une telle situation, pourtant en partie prévisible.

Enfin risque électoral, en cette année présidentielle. Les « populismes » – utilisons ce terme faute de mieux – de gauche et de droite, LFI et RN pour ne pas les nommer, ont construit leur progression sur le vécu éprouvé de parts croissantes de la population que le « système politique » traditionnel n’était plus capable de répondre à leurs attentes, de protection ou de promotion de leur niveau ou de leur mode de vie. Le rejet du « système » serait renforcé par une impuissance de l’État, une de plus, à trouver une solution adéquate à la « multicrise » que traverse le pays, que la prix du carburant, demain du gaz, vient ébranler encore plus. Au point de fragiliser l’équilibre déjà très précaire des budgets des ménages d’une moitié du pays.

On peut certes critiquer les solutions avancées par ces partis et candidats – blocage des prix ou baisse massive de la fiscalité sur les carburants. Mais c’est une critique bien faible si on laisse des pans entiers du pays s’enfoncer dans la précarité. Les candidats réputés « raisonnables » devraient bien y réfléchir, s’ils veulent conserver une chance de ne pas être balayés, en mai prochain.

Philippe Guibert

Philippe Guibert est consultant, enseignant et chroniqueur TV. Il a publié en 2024 Gulliver Enchainé, le déclin du chef politique en France (Cerf). Il a été directeur du service d information du gouvernement (SIG) et directeur de la communication dans diverses structures publiques. Il a dirigé la rédaction de la revue Medium de Régis Debray.

https://nouvellerevuepolitique.fr/le-prix-des-carburants-epreuve-de-verite-de-la-presidentielle/
 
 
 
 

 

D) - Pétrole français : Pendant que Paris s’interdit de chercher, nos voisins forent à nos portes 

La France importe toujours l’essentiel du pétrole et du gaz qu’elle consomme, mais elle a choisi depuis la loi du 30 décembre 2017 de mettre progressivement fin à la recherche et à l’exploitation des hydrocarbures sur son territoire et dans ses espaces maritimes. En ce 22 septembre 2026, le paradoxe prend une résonance toute particulière : les automobilistes français subissent de nouveau une flambée spectaculaire des carburants, tandis que les difficultés d’approvisionnement se multiplient dans les stations-service. Le gazole a atteint 2,39 euros le litre en moyenne et dépasse 2,80 euros dans certaines stations, frôlant même 2,90 euros localement ; le SP98 a dépassé 2,20 euros. Au 20 septembre, 15 % des stations françaises étaient en rupture d’au moins un carburant, contre 11 % deux jours auparavant. Le gouvernement récuse pour l’heure le terme de pénurie nationale et évoque notamment des difficultés logistiques, aggravées par l’afflux des automobilistes vers les stations TotalEnergies où les prix sont plafonnés. Mais l’épisode rappelle brutalement une réalité que l’on avait peut-être trop rapidement oubliée : le pétrole demeure une matière première stratégique et sa disponibilité comme son prix restent tributaires des crises internationales et des capacités d’approvisionnement.

Le paradoxe mérite donc aujourd’hui d’être rouvert. Au large de la Guyane, du pétrole a réellement été découvert en 2011, même si les forages suivants n’ont pas démontré l’existence d’un gisement commercialement exploitable. À Saint-Pierre-et-Miquelon, la ZEE française appartient à un bassin sédimentaire où les études publiques ont identifié un potentiel pétrolier et surtout gazier, sans qu’il soit possible, faute d’exploration suffisante, de transformer ce potentiel géologique en réserves prouvées. Quant au sous-sol métropolitain, les anciennes estimations américaines de gaz de schiste plaçaient la France parmi les pays européens les mieux dotés en ressources techniquement récupérables, alors même que la fracturation hydraulique y demeure interdite. Il faut donc commencer par écarter le slogan facile : personne ne peut sérieusement affirmer aujourd’hui que « la France regorge de pétrole ». Mais personne ne peut davantage prétendre savoir exactement ce qu’elle possède puisqu’elle a politiquement décidé de ne plus le rechercher. Dans un monde redevenu brutal, où l’énergie est revenue au cœur des rapports de puissance, où l’Europe a découvert avec la guerre en Ukraine le prix stratégique de ses dépendances et où la facture énergétique française représentait encore 45,8 milliards d’euros en 2025, cette ignorance volontaire constitue-t-elle toujours une politique raisonnable ? D’autant que nos voisins, eux, n’éprouvent manifestement pas les mêmes scrupules : le Guyana produit désormais plus de 900 000 barils par jour, le Suriname prépare son entrée dans le club des producteurs offshore et le Brésil explore sa marge équatoriale jusque dans les eaux situées au large de l’Amazonie. Autrement dit, pendant que la France s’interdit d’explorer son sous-sol marin, les États qui l’entourent recherchent, découvrent et exploiteront les hydrocarbures de la même grande façade géologique sud-américaine.

Guyane et Saint-Pierre-et-Miquelon : le pétrole français que nous ne connaîtrons peut-être jamais

Le cas guyanais est le plus spectaculaire parce qu’il oblige à distinguer le fantasme de la réalité géologique. Le 9 septembre 2011, le forage Zaedyus-1, réalisé à environ 150 kilomètres au nord-est de Cayenne, rencontre effectivement des hydrocarbures. Le puits traverse une zone pétrolifère de 72 mètres et fait alors naître des espoirs considérables. Shell, Total, Tullow Oil et leurs partenaires pensent avoir découvert l’équivalent sud-américain de certains grands systèmes pétroliers du golfe de Guinée. Les premières estimations sont impressionnantes : le Sénat évoquera quelques années plus tard une évaluation de l’ordre de 300 millions de barils pour Zaedyus, tandis que les estimations prospectives précédant le forage étaient montées jusqu’à 700 millions.

La suite impose cependant la prudence. Quatre forages conduits entre 2012 et 2013 ne confirment pas l’extension espérée du gisement. Total revient en 2018-2019 avec Nasua-1 et engage environ 100 millions d’euros dans cette ultime campagne ; le puits ne rencontre pas d’hydrocarbures commercialement exploitables et le groupe abandonne. Affirmer aujourd’hui qu’un immense gisement guyanais connu attend simplement qu’un gouvernement français vienne ouvrir le robinet serait donc faux.

Mais l’histoire devient beaucoup plus intéressante lorsqu’on élargit la carte. À l’ouest de la Guyane française, le Guyana est devenu en quelques années l’une des nouvelles frontières pétrolières les plus spectaculaires de la planète. Le bloc Stabroek exploité par le consortium emmené par ExxonMobil produit désormais plus de 900 000 barils par jour. Plus à l’est, le Suriname suit exactement la même direction. TotalEnergies, Staatsolie et APA développent le projet GranMorgu, représentant environ 12 milliards de dollars d’investissement, avec une première production prévue pour 2028. Depuis 2019, les découvertes réalisées dans les eaux surinamaises sont estimées à plus de 2,4 milliards de barils de pétrole et liquides et 12,5 trillions de pieds cubes de gaz. TotalEnergies prévoit encore de nouveaux forages exploratoires.

Et le mouvement ne s’arrête pas là. Plus au sud, le Brésil poursuit lui aussi l’exploration de sa marge équatoriale. Petrobras considère cette région comme l’une de ses principales nouvelles frontières pétrolières. Une découverte réalisée en 2026 au large de l’Amapá, près de l’embouchure de l’Amazone, doit encore être évaluée par plusieurs forages avant que sa rentabilité puisse être établie ; le président Lula l’a néanmoins qualifiée de « passeport pour l’avenir » du pays. Le débat environnemental y est extrêmement vif, preuve que le Brésil n’ignore nullement les risques. Mais sa réponse consiste à arbitrer entre environnement et souveraineté énergétique, non à renoncer par principe à savoir ce que contient son sous-sol.

Voilà toute l’étrangeté de la situation française. Le Guyana exploite. Le Suriname explore et prépare sa production. Le Brésil explore. La France, elle, a décidé de ne plus chercher. Or la géologie ignore les frontières administratives. Que des découvertes majeures aient été réalisées de part et d’autre de la Guyane française ne démontre évidemment pas qu’un gigantesque champ pétrolier existe dans nos eaux. Mais cela rend pour le moins singulier le choix consistant à décider juridiquement que nous ne voulons plus le savoir.

La loi du 30 décembre 2017, dite loi Hulot, du nom du célèbre journaliste écolo – « en hélico » ! – devenu ministre – durant 1 année – de la Transition écologique et de la Biodiversité, a précisément verrouillé cette possibilité. Elle prévoit l’arrêt progressif de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures et interdit l’attribution de nouveaux permis de recherche, y compris dans la zone économique exclusive et sur le plateau continental français. L’objectif politique était clair : parvenir à la fin de la production d’hydrocarbures et envoyer un signal international compatible avec les engagements climatiques français.

Le paradoxe devient alors presque cruel. Le pétrole éventuellement présent dans les bassins géologiques voisins ne disparaîtra pas parce que Paris a décidé de ne plus l’extraire. D’autres États et d’autres compagnies l’exploiteront à quelques centaines de kilomètres de nos côtes, le vendront sur le marché mondial et la France pourra parfaitement finir par acheter, directement ou indirectement, des hydrocarbures produits dans cette même région qu’elle aura choisi de ne pas explorer chez elle. Ce serait une étrange conception de la vertu écologique : externaliser l’extraction, les emplois, les recettes fiscales et la puissance stratégique, tout en conservant une partie de la consommation.

Le même paradoxe apparaît à Saint-Pierre-et-Miquelon, mais sous une autre forme. L’archipel se trouve dans le bassin sous-laurentien, à proximité de zones canadiennes historiquement productrices d’hydrocarbures. Les documents officiels français soulignent depuis longtemps l’intérêt géologique du secteur. Une étude publique de 2018 rappelait une estimation de l’IFP situant à 1 à 1,5 trillion de pieds cubes de gaz le potentiel attribuable à la partie française du système, tout en soulignant qu’il s’agissait d’un potentiel et non de réserves prouvées commercialement exploitables. Le forage Bandol-1 réalisé en 2001 n’avait pas débouché sur une découverte commerciale mais avait conduit les experts à considérer que les zones potentiellement les plus intéressantes pouvaient se situer plus au large.

Là encore, la question stratégique n’est pas : « Pourquoi ne produisons-nous pas immédiatement ? » Elle est plus fondamentale : pourquoi avons-nous décidé que nous ne voulions même plus savoir ?

Gaz de schiste : le grand interdit français

Le débat devient encore plus sensible avec le gaz de schiste.

La fracturation hydraulique est interdite en France depuis 2011 et le droit actuel interdit la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures par fracturation hydraulique ainsi que certaines autres méthodes non conventionnelles. La loi de 2017 a renforcé cette orientation en l’intégrant dans une stratégie générale de sortie des hydrocarbures.

Pourtant, les chiffres qui avaient autrefois circulé étaient considérables. L’étude internationale de l’Energy Information Administration américaine estimait les ressources françaises techniquement récupérables à environ 137 trillions de pieds cubes de gaz de schiste et 4,7 milliards de barils de pétrole de schiste. Ces données sont anciennes, reposent largement sur des modélisations géologiques et ne doivent surtout pas être confondues avec des réserves prouvées ou économiquement exploitables. C’est précisément le point : sans exploration, on ne peut transformer une estimation théorique en connaissance géologique fiable.

La France se trouve ainsi dans une situation singulière. Elle importe du gaz naturel, notamment sous forme de GNL, tout en interdisant une technique qui permettrait de déterminer si certaines de ses propres ressources peuvent être produites économiquement. En 2025 encore, les importations françaises de gaz restaient élevées, notamment depuis les États-Unis et la Russie.

Or une partie du GNL américain provient précisément d’une révolution énergétique rendue possible par le gaz de schiste.

Le paradoxe environnemental mérite donc d’être posé sans caricature : refuser d’extraire chez soi ne supprime pas nécessairement la consommation ; cela peut simplement déplacer l’extraction à plusieurs milliers de kilomètres. Il faut naturellement intégrer à l’équation les risques associés à la fracturation hydraulique, la consommation d’eau, les fuites de méthane, les nuisances locales, la rentabilité des gisements et l’acceptabilité sociale. La France n’est ni le Texas ni la Pennsylvanie et la densité de population de certaines régions rendrait probablement toute exploitation beaucoup plus difficile.

Mais entre l’exploitation frénétique et l’interdiction de connaître son sous-sol existe une troisième voie : rechercher, cartographier, expérimenter sous contrôle public et décider ensuite.

Une grande puissance devrait au minimum connaître les ressources stratégiques dont elle dispose.

Et si la France changeait de doctrine énergétique ?

Imaginons donc non pas que la France découvre demain miraculeusement une nouvelle Arabie saoudite sous Cayenne ou Saint-Pierre, mais qu’elle décide simplement d’abroger ou de réviser la doctrine de 2017 afin de permettre une exploration moderne, extrêmement réglementée et scientifiquement transparente de ses ressources.

Le premier bénéfice serait géopolitique.

Depuis les chocs pétroliers de 1973, la France a construit une partie de son indépendance énergétique sur le nucléaire. Ce choix constitue aujourd’hui l’un de ses principaux avantages stratégiques. Mais le nucléaire produit de l’électricité ; il ne remplace pas à lui seul le pétrole utilisé par les transports, la pétrochimie, l’aviation, certaines industries et une partie des besoins militaires. La transition énergétique réduira progressivement cette consommation, mais elle ne la fera pas disparaître demain matin.

Or tant qu’un pays consomme des hydrocarbures qu’il ne produit pas, quelqu’un d’autre les produit pour lui. Et c’est précisément ce que montre aujourd’hui la façade atlantique sud-américaine. Le Guyana transforme ses découvertes en production et en recettes publiques ; le Suriname prépare le même basculement économique avec GranMorgu ; le Brésil cherche de nouvelles réserves afin de prolonger sa puissance pétrolière. Petrobras présente d’ailleurs la marge équatoriale comme l’une de ses zones d’exploration les plus prometteuses et recherche parallèlement de nouveaux bassins jusqu’en Afrique pour renouveler ses réserves.

La comparaison est d’autant plus frappante que ces pays ne sont nullement étrangers aux préoccupations climatiques. Le Brésil de Lula entend simultanément défendre l’Amazonie et rechercher du pétrole offshore ; le Suriname veut développer ses hydrocarbures tout en préparant son avenir économique. Leur doctrine n’est pas de nier la transition énergétique, mais de considérer que la transition n’interdit pas l’exploitation stratégique des ressources dont ils disposent pendant qu’une demande mondiale existe encore.

Produire une fraction du pétrole ou du gaz consommé en France réduirait mécaniquement, toutes choses égales par ailleurs, une partie des importations. La facture énergétique française est revenue à 45,8 milliards d’euros en 2025 après les sommets provoqués par la crise énergétique, ce qui donne une idée des ordres de grandeur économiques associés à notre dépendance. Même une production nationale modeste ne transformerait pas la France en puissance exportatrice, mais quelques milliards d’euros d’importations évitées chaque année auraient un effet cumulé significatif sur la balance commerciale.

Le deuxième bénéfice concernerait directement les outre-mer.

Une découverte commercialement viable au large de Saint-Pierre-et-Miquelon ou de la Guyane ne devrait surtout pas reproduire les vieux modèles extractifs où une ressource quitte le territoire sans transformer son économie. Les rapports parlementaires français l’avaient d’ailleurs compris depuis longtemps : emplois portuaires, maintenance, ingénierie, formation, infrastructures et services associés pourraient constituer une part essentielle des retombées locales. À Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire ayant subi l’effondrement de la grande pêche à la morue, les documents publics évoquaient déjà ce potentiel de diversification économique.

Il faudrait donc imaginer un modèle français dans lequel une part substantielle des redevances et de la valeur créée reviendrait aux territoires concernés, tandis qu’une autre alimenterait un fonds souverain énergétique français consacré au nucléaire de nouvelle génération, aux réseaux électriques, à la recherche, aux batteries, à l’hydrogène lorsque celui-ci est pertinent et à la décarbonation industrielle.

Ce serait d’ailleurs le paradoxe le plus intéressant : utiliser une ressource fossile temporaire pour financer la sortie progressive des énergies fossiles.

La Norvège a bâti une partie de sa puissance financière contemporaine sur ses hydrocarbures tout en développant une économie fortement électrifiée et un gigantesque fonds souverain. La France ne possède probablement ni les réserves norvégiennes ni les mêmes conditions géologiques. Mais la philosophie mérite réflexion : une ressource nationale peut être transformée en capital stratégique plutôt qu’en simple consommation.

Enfin, il y a la dimension militaire. Une puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité, disposant de territoires sur plusieurs océans et d’une des plus grandes ZEE du monde ne peut considérer l’énergie comme une simple marchandise. Les guerres rappellent brutalement que les armées fonctionnent encore largement aux hydrocarbures. Avions de combat, navires, véhicules terrestres et chaînes logistiques dépendent toujours massivement de carburants liquides. Dans une crise majeure, disposer d’une production nationale, même partielle, constitue une assurance stratégique.

La véritable question n’oppose donc pas pétrole et transition énergétique.

Elle oppose dépendance et souveraineté.

La France a parfaitement raison de vouloir réduire sa consommation d’hydrocarbures. Elle aurait également raison de protéger les écosystèmes exceptionnels de Guyane et de ses espaces maritimes, et aucune exploitation offshore ne devrait être envisagée sans exigences environnementales parmi les plus sévères du monde. Mais réduire notre consommation n’implique pas nécessairement de nous interdire de connaître et, le cas échéant, d’utiliser temporairement nos propres ressources pendant la transition.

La loi de 2017 reposait sur une vision du monde dans laquelle la sortie des hydrocarbures paraissait devoir être rapide, collective et presque linéaire. Moins de dix ans plus tard, la Russie demeure une puissance énergétique majeure, les États-Unis sont devenus un géant du pétrole et du gaz, le Guyana connaît une transformation économique spectaculaire grâce à l’offshore et TotalEnergies investit 12 milliards de dollars dans le pétrole du Suriname voisin de notre Guyane. Le Brésil, lui, pousse désormais l’exploration vers sa marge équatoriale, considérée par Petrobras comme une frontière stratégique pour renouveler les réserves du pays. En 2026, une nouvelle découverte au large de l’Amapá a encore renforcé cette ambition, même si sa viabilité commerciale reste à démontrer.

Pendant ce temps, la France importe.

Voilà le paradoxe.

Et peut-être demain achètera-t-elle, au prix du marché mondial, le pétrole extrait par le Guyana, le Suriname ou le Brésil à proximité immédiate de territoires français où elle se sera elle-même interdit de poursuivre l’exploration. Ce serait alors moins une politique de sortie des hydrocarbures qu’une politique d’externalisation : les autres assumeraient l’extraction et en conserveraient les emplois, les investissements, les recettes fiscales et les bénéfices géopolitiques ; nous conserverions la consommation, la facture et la dépendance.

L’actualité de septembre 2026 donne à cette contradiction une dimension presque pédagogique. Lorsque le gazole atteint des niveaux historiques, que certains automobilistes découvrent des prix approchant 3 euros le litre et que près d’une station sur six rencontre des difficultés sur au moins un carburant, la souveraineté énergétique cesse brusquement d’être une abstraction de rapport administratif. Elle redevient ce qu’elle a toujours été : une question de pouvoir d’achat, de fonctionnement de l’économie et, derrière elle, de sécurité nationale. Les tensions actuelles ne seraient évidemment pas supprimées par quelques puits français — développer un champ offshore prend des années — et les ruptures observées en septembre sont en partie liées à la distribution plutôt qu’à une absence physique de pétrole brut. Mais la crise illustre exactement pourquoi la diversification des approvisionnements et l’existence de capacités nationales conservent une valeur stratégique.

Peut-être les fonds marins guyanais ne recèlent-ils finalement aucun nouveau gisement rentable. Peut-être Saint-Pierre-et-Miquelon ne possédera-t-il jamais suffisamment de gaz pour justifier une exploitation. Peut-être le gaz de schiste français se révélerait-il trop coûteux, trop complexe ou environnementalement inacceptable.

Mais pour pouvoir décider rationnellement de ne pas exploiter une richesse, encore faut-il savoir si elle existe.

La souveraineté énergétique ne consiste pas nécessairement à extraire tout ce que l’on possède. Elle commence par quelque chose de beaucoup plus élémentaire : savoir ce que l’on possède, puis conserver la liberté de décider soi-même ce que l’on en fait. Car une chose est certaine : si des hydrocarbures commercialement exploitables existent dans les bassins qui entourent nos territoires, le Guyana, le Suriname et le Brésil, eux, ne se sont pas interdit de les chercher.

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E) - La Chine, véritable arbitre du pétrole mondial ? 

Quand la guerre ne suffit plus à faire monter les prix

Il y a encore quelques semaines, tout semblait annoncer un nouveau choc énergétique mondial. Les attaques dans le golfe Persique, le blocage du détroit d’Ormuz, les dommages infligés aux raffineries du Moyen-Orient et de Russie, ainsi que la menace d’une interruption massive des approvisionnements avaient ravivé le souvenir de la crise provoquée par la guerre en Ukraine.

Pourtant, les cours du pétrole ont rapidement retrouvé leurs niveaux antérieurs au conflit. Le gaz a effacé une grande partie de ses hausses et plusieurs matières premières ont suivi le même mouvement. Cette accalmie ne signifie pas que les risques ont disparu. Elle révèle plutôt une transformation profonde du marché mondial de l’énergie : désormais, les décisions prises à Pékin peuvent peser autant, voire davantage, que les crises militaires du Moyen-Orient.

La Chine n’est plus seulement le premier importateur mondial de pétrole. Elle est devenue l’acteur capable d’amplifier ou d’atténuer les conséquences économiques d’une guerre.

Des prix déconnectés de la réalité physique

La chute des cours donne l’impression d’un retour à la normale, alors même que les difficultés matérielles restent considérables. Au plus fort de la crise, la perte d’approvisionnement aurait atteint près de quatorze millions de barils par jour, soit plus de 10 % de la capacité mondiale. Le baril de Brent avait alors dépassé 120 dollars.

Depuis, les investisseurs financiers ont massivement liquidé leurs positions à la hausse. L’indice regroupant les principales matières premières a perdu près de 15 % par rapport à ses sommets, tandis que les paris spéculatifs sur la hausse des prix se sont effondrés.

Le marché financier raconte donc une histoire plus rassurante que celle des infrastructures. Le trafic à travers Ormuz demeure très inférieur à son niveau d’avant-guerre. Là où passaient environ cent trente navires par jour, il n’en transite parfois qu’une quarantaine. Plusieurs raffineries importantes d’Arabie saoudite, de Bahreïn et du Koweït pourraient avoir besoin de plusieurs mois avant de retrouver leur pleine capacité.

Le problème n’est pas seulement l’extraction du pétrole brut. Il concerne surtout sa transformation en gazole, essence, carburant aérien et produits indispensables à l’industrie mondiale. Une région peut continuer à produire du brut tout en étant incapable de le raffiner suffisamment.

La Chine consomme moins que prévu

C’est ici que Pékin entre en scène. Pendant deux décennies, la croissance chinoise a soutenu presque mécaniquement la demande mondiale d’énergie. Les analystes considéraient que l’industrialisation, l’urbanisation et l’augmentation du parc automobile assureraient une progression durable des importations.

Cette certitude est aujourd’hui remise en cause. Les ventes d’essence et de gazole des grands groupes chinois ont nettement reculé. Les importations de brut ont également chuté à leur niveau le plus bas depuis plusieurs années.

Cette évolution ne semble pas uniquement liée aux prix élevés ou aux tensions militaires. Elle traduit une modification plus profonde du modèle économique chinois. L’électrification rapide des transports réduit la consommation d’essence. Le ralentissement immobilier affaiblit la demande de gazole dans la construction. Les gains d’efficacité énergétique diminuent les besoins de l’industrie.

La Chine apprend ainsi à produire, transporter et consommer avec moins de pétrole. Si cette tendance se confirme, elle pourrait devenir un facteur durable de baisse des prix, capable d’absorber une partie des effets provoqués par les guerres et les sanctions.

Les réserves chinoises comme arme géoéconomique

Pékin dispose également d’un autre levier : ses réserves stratégiques et commerciales. Au début de la crise, la Chine aurait accumulé plus de 1,3 milliard de barils. Cette masse lui permet de réduire ses achats lorsque les prix augmentent, puis de revenir sur le marché lorsque les conditions deviennent plus favorables.

Cette politique donne à la Chine une influence comparable à celle d’un grand producteur. Lorsqu’elle achète massivement, elle soutient les cours. Lorsqu’elle se retire, elle provoque un excédent apparent et accentue la baisse.

La gestion des réserves devient ainsi un instrument de puissance. Elle protège l’économie chinoise, améliore la capacité de négociation de Pékin avec les producteurs et réduit l’efficacité des pressions américaines sur les flux énergétiques mondiaux.

La Chine ne contrôle pas le détroit d’Ormuz, mais elle peut décider quelle quantité de pétrole doit en sortir pour répondre à ses propres besoins. Dans un marché où quelques millions de barils suffisent à modifier les prix, cette capacité constitue une arme géoéconomique majeure.

Pékin devient aussi exportateur de stabilité

La Chine influence désormais le marché non seulement par ses importations de brut, mais également par ses exportations de carburants raffinés. Pékin a récemment autorisé une augmentation des ventes extérieures d’essence, de gazole et de carburant aérien.

Cette décision intervient alors que plusieurs raffineries du Golfe fonctionnent encore au ralenti. Les produits chinois peuvent donc remplacer une partie des volumes manquants et contenir la hausse des prix internationaux.

Le paradoxe est évident : tandis que les puissances du Moyen-Orient subissent les conséquences militaires de la guerre, la Chine profite de sa capacité industrielle pour combler les pénuries. Elle renforce ainsi son rôle dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et sa présence sur les marchés asiatiques.

Pékin apparaît de plus en plus comme un fournisseur de dernier recours. Cette position peut se traduire par des avantages commerciaux, diplomatiques et politiques, notamment auprès des États dépendants des importations de carburants.

Une vulnérabilité militaire toujours présente

Il serait pourtant dangereux de considérer la crise comme terminée. Le marché repose aujourd’hui sur l’hypothèse d’une stabilisation durable entre l’Iran et les États-Unis, d’une reprise progressive des passages à Ormuz et d’un maintien de la demande chinoise à un niveau modéré.

Ces trois conditions peuvent disparaître rapidement. Une nouvelle attaque contre les infrastructures énergétiques, une fermeture partielle du détroit ou une reprise des achats chinois suffiraient à provoquer un redressement brutal des cours.

La situation militaire reste particulièrement instable. Les attaques par missiles et aéronefs sans pilote ont démontré qu’il était possible de perturber durablement le raffinage et le transport sans détruire les champs pétroliers eux-mêmes. Le système énergétique mondial dépend d’un nombre limité de ports, de raffineries, de terminaux et de passages maritimes faciles à identifier et difficiles à protéger complètement.

La faiblesse stratégique ne réside donc plus seulement dans la production, mais dans l’ensemble de la chaîne logistique.

Le pétrole entre Ormuz et Pékin

L’avenir des prix dépendra de l’affrontement entre deux forces. La première est géopolitique : guerres, sanctions, attaques contre les infrastructures et contrôle des détroits. La seconde est chinoise : ralentissement économique, électrification, réserves stratégiques et politique d’importation.

Si la Chine continue à réduire sa consommation, elle limitera la capacité des producteurs à imposer des prix élevés. Si elle recommence à acheter massivement pour soutenir son industrie, reconstruire ses réserves ou alimenter de nouveaux besoins liés aux centres de données et à l’intelligence artificielle, le marché pourrait découvrir que l’excédent actuel n’était qu’une illusion.

Le détroit d’Ormuz reste indispensable. Mais l’arbitre des cours n’est plus seulement celui qui contrôle le passage des navires. C’est aussi celui qui décide combien de pétrole il souhaite acheter. Et cet arbitre se trouve désormais à Pékin.

Giuseppe Gagliano

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste

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septembre 28, 2026

Pape Léon XIV, automne 2026 & Président Macron....... !

Léon XIV à Paris : La foule à l’Étoile, Macron face à sa propre phrase…

Le 25 septembre 2026, premier jour d’une visite de quatre jours, Léon XIV n’est pas venu départager les partis. Il est venu occuper un espace que le politique français nourrit trop peu : celui des idéaux. France 2 titre sans détour : « Le pape en France, une visite très politique. » À l’Élysée puis à l’Unesco, le souverain pontife a réaffirmé son opposition à l’aide médicale à mourir et appelé à encadrer l’intelligence artificielle. Dans les rues, la papamobile a traversé 2,5 kilomètres de ferveur. À Notre-Dame, il a dit que « le cœur d’un peuple bat dans ce lieu ». Au Stade de France, près de 80 000 jeunes de 17 à 35 ans l’attendaient. Macron l’a reçu au palais ; il a fait savoir qu’il n’assisterait pas, le lendemain, à la messe en plein air, où il se ferait représenter par le Premier ministre et Brigitte Macron. Nicolas Sarkozy, lui, a déclaré que, président, il y serait allé. Pourtant, lorsqu’il était président en 2008, il n’avait pas assisté à la messe de Benoît XVI aux Invalides.

Le contraste dessine le propos. L’État offre le protocole, la sécurité, un huis clos de quinze minutes. Le pape offre une parole sur la vie, la machine, la guerre et la laïcité. Quand le politique administre encore et console rarement, la chaire parle à ceux qui, comme Natasha St-Pier le dit au JDD, ont besoin « d’une parole bienveillante, d’un regard bon, d’une pointe d’espoir » dans un monde « de plus en plus informatisé et de moins en moins humain ». La foule des rues le dit autrement : « Il faut le rencontrer à tout prix une fois. » Ce n’est pas un slogan de diocèse. C’est le symptôme d’un pays où l’éloquence publique s’est tarie, où les camps occupent l’espace que les idéaux ont quitté, et où une partie de la jeunesse — y compris des nouveaux convertis, des revenants et des curieux — cherche un langage qui ne soit ni le marketing identitaire ni l’abandon gêné des institutions.

Sur les réseaux, la séquence de l’Élysée a été aussitôt déformée. Un carton viral, massivement repris, titre : « Macron s’est fait remettre à sa place par le pape Léon devant tout le monde. » Le bandeau fait dire au pontife, « sans hausser le ton » : « Un président qui fait semblant de se désintéresser de l’Église et des catholiques manque à son devoir. » Le mot à mot du Vatican est autre. Léon XIV a cité les paroles de Macron aux évêques de France en 2018 : « une Église prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation ; et qu’un Président de la République prétendant se désintéresser de l’Église et des catholiques manquerait à son devoir. » Puis la prière pour « votre belle Nation ». Le « fait semblant », le « devant tout le monde », la « remise à sa place » sont un montage interprétatif, pas le discours. L’écart n’est pas anodin : le fake transforme une citation réciproque en humiliation unilatérale. Il n’empêche pas d’analyser pourquoi le montage a pris : en 2026, le même président s’absente de la messe de masse. La phrase de 2018, rendue par le pape, sonne alors comme un boomerang — sans que Léon XIV ait eu besoin de forcer le trait.

Les images aériennes du lendemain montrent, elles, un fait. Une foule immense est partie de la place de la Concorde, a rempli les Champs-Élysées et a débordé jusqu’à l’Étoile et l’avenue de la Grande-Armée. Le Vatican l’estime à environ 800 000 personnes, après une première estimation de 700 000. Ce n’est pas seulement un succès logistique. C’est le retour, en plein air, d’une évidence que le débat public s’est employé, des années durant, à relativiser : la France ne s’est pas seulement administrée comme République ; elle s’est aussi formée dans une matrice chrétienne — liturgie, calendrier, hôpitaux, écoles, droits de la personne repris et sécularisés. Minimiser cette généalogie n’efface pas la foule. Cela la rend illisible aux yeux de ceux qui gouvernent encore comme si le pays n’avait plus de fond.

Une journée d’État et de foule : Orly, l’Élysée, l’Unesco, Notre-Dame, Saint-Denis

L’avion s’est posé à Orly un peu avant 10 heures. Le couple présidentiel attendait sur le tarmac. Des fidèles tenaient une banderole « Welcome in France ». Sur les t-shirts, le Vatican avait fait imprimer la devise du voyage, tirée de l’Évangile : « Pour que le monde ait la vie ». France 2 le note : la formule célèbre la vie abondante ; elle est aussi une référence à l’opposition de l’Église à la loi sur la fin de vie.

À l’Élysée, Garde républicaine, entretien à huis clos avec Emmanuel Macron, puis discours aux autorités, au corps diplomatique et à la société civile. « La France est très souvent au cœur de la prière du pape », a-t-il dit en préambule. Origines familiales « normandes et béarnaises ». Paris, « ville lumière », phare « culturel, artistique et spirituel ». Trois fois, la devise. Face aux « bruits de bottes » et aux « crises multiformes », vocation française : « artisan infatigable de paix et de multilatéralisme », « au sein de notre chère Europe ».

L’après-midi, passage à la nonciature, puis l’Unesco et Khaled El-Enany : discours sur l’intelligence artificielle. Vers 16 h 30, la papamobile — Notre-Dame-des-Champs, Port-Royal, boulevard Saint-Michel, parvis de Notre-Dame. Quarante minutes, haute sécurité, foule. Première entrée du pontificat sous les ogives. Mgr Laurent Ulrich. Reliques de la Sainte-Croix et de la couronne d’épines, ramenées d’Orient par saint Louis. Vêpres devant près de 8 000 clercs, religieuses et séminaristes. Puis le Stade de France, veillée vers 18 h 30. Nuit à la nonciature, avenue du Président-Wilson, saluts à la fenêtre.

Le calendrier n’est pas un ornement. Il dit la stratégie : d’abord l’État, ensuite l’institution mondiale de la culture et de la science, ensuite le peuple dans la rue, ensuite le clergé dans la pierre reconstruite, enfin la jeunesse dans l’enceinte sportive. Un pape « offensif, qui entend rassembler, mais aussi affirmer ses convictions », écrit France 2. La communication, disent les envoyés depuis Rome, est « parfaitement maîtrisée ».

La maîtrise n’explique pas à elle seule ce que les caméras ont filmé. La déambulation n’était pas une parenthèse folklorique entre deux discours. C’était le premier grand défilé pontifical de Léon XIV dans la capitale, une messe de fait avant la messe. Des milliers de visages le long des boulevards — quelque 300 000 personnes selon l’estimation des autorités locales reprise par le Vatican —, des téléphones levés, des silences soudains, des acclamations. France 2 parle de « ferveur des fidèles ». Le mot est faible si l’on compare à l’ordinaire des cortèges officiels parisiens, trop souvent escortés par l’indifférence ou la contestation. Ici, la rue n’a pas demandé un programme. Elle a demandé une présence. La messe collective du lendemain — celle dont le chef de l’État s’absente — devait donner à cette ferveur sa forme liturgique, en plein air, au cœur symbolique de la République. Les clichés pris du ciel montrent une place saturée, un parvis blanc de têtes, les Champs-Élysées comme une nef à ciel ouvert. Le pouvoir politique offre le périmètre de sécurité. Le pouvoir d’éloquence, ce jour-là, n’était pas à l’Élysée.

Consolation sociologique : Notre-Dame, Cassin, et le recul du politique

À l’Élysée, Léon XIV a salué la restauration de Notre-Dame : l’attention de Macron, les institutions publiques et privées, un savoir-faire « synonyme d’excellence », « tous les artisans et corps de métiers ». La réouverture n’est pas seulement « le couronnement d’une prouesse technique ». C’est « le symbole d’une espérance retrouvée, la preuve que ce que l’on croyait détruit à jamais peut renaître grâce à la collaboration de chacun, et le témoignage d’une unité réalisée dans l’effort commun ».

Le soir, sous les voûtes, l’homélie a donné à la métaphore son poids charnel. « J’ai souhaité vous rencontrer dans ce lieu symbolique. C’est une joie pour moi d’en avoir franchi le seuil. » « Sept années se sont écoulées depuis que le monde entier a retenu son souffle devant la cathédrale incendiée. À l’époque nous avions levé les yeux, déconcertés. Nous avons pris conscience en cette heure dramatique que Notre-Dame est plus qu’un monument. Aujourd’hui la splendeur du résultat révèle que le cœur d’un peuple bat dans ce lieu, que nous sommes au centre vital d’une civilisation. »

Sociologiquement, le geste est limpide. Un édifice brûlé, une société fracturée, un travail collectif qui défait le récit de l’irréparable. Ce n’est pas un miracle administratif. C’est une pédagogie de l’effort commun — précisément ce que les cycles électoraux et les niches parlementaires peinent à incarner. Le pape invite les acteurs politiques, sociaux et religieux à s’en inspirer pour « un nouvel élan […] dans un esprit d’unité, avec la force d’une vivante espérance ».

Il a nommé René Cassin et la Déclaration universelle, proclamée à Paris. Liberté, égalité, fraternité « ne sont pas de simples mots gravés sur les frontons » : ce sont des « exigences éthiques universelles » qui trouvent aussi dans l’Évangile « une source inépuisable ». Jean-Paul II : « pierre milliaire sur le chemin du progrès moral de l’humanité ». Toute menace contre les droits, biens matériels ou spirituels, « est également dangereuse pour la paix car elle touche toujours l’homme dans son intégralité ».

Consoler, ici, ce n’est pas endormir. C’est rappeler qu’une nation qui a donné au monde le langage des droits ne peut les traiter comme un décor — ni comme un stock de prestations.

Or c’est précisément ce traitement-là qui définit, depuis une génération, une certaine surdité française. Non pas une infirmité : une surdité organisée. Le sommet de l’État entend encore les flux — croissance, sondages, sécurité du cortège, représentation protocolaire. Il n’entend plus, ou feint de n’entendre plus, ce qui n’entre pas dans la grille : le besoin d’un récit, d’une filiation, d’une limite posée à la technique et à la mort administrée. On a appelé cela la modernité. On a souvent obtenu l’abandon. Abandon des idées au profit des éléments de langage. Abandon des valeurs au profit des procédures. Abandon du politique, au sens noble — dire ensemble ce qui vaut la peine d’être défendu — au profit de la gestion. La République continue d’imprimer devise et frontons. Elle hésite à les habiter. Quand 800 000 personnes remplissent l’axe Concorde–Étoile, ce n’est pas « le retour du cléricalisme ». C’est le pays qui parle une langue que le Palais a désapprise.

Natasha St-Pier chante « Pour que le monde ait la vie » avec Grégory Turpin devant 80 000 jeunes, puis à Lourdes. Elle formule le besoin social que le discours pontifical rencontre : « On vit dans un monde qui n’est pas facile […]. Il reste peut-être cet endroit, notre spiritualité, qui, elle, ne peut pas devenir digitale. » Dix-huit ans après Benoît XVI à Paris. La foule des rues dit autre chose que les sondages : « Il faut le rencontrer à tout prix une fois. »

Cette phrase éclaire le Stade de France mieux que les communiqués. Quatre-vingt mille jeunes de 17 à 35 ans dans une enceinte conçue pour le spectacle sportif : ce n’est pas le catholicisme sociologique des années 1960, hérité et tiède. C’est une jeunesse mixte — pratiquants, nouveaux convertis, baptisés tardifs, agnostiques en quête, enfants d’une France où l’école et la culture ont trop souvent remplacé la transmission par le soupçon, le récit national par la repentance permanente, le bien commun par les assignations identitaires. Le wokisme, comme grille, a promis l’émancipation et produit souvent la fatigue : chacun sommé de se classer, rarement invité à s’élever. Léon XIV ne prononce pas le mot. Il en désarme la logique. Il parle de personne, non de camp ; de dignité sacrée, non de statut ; de dialogue des consciences, non d’uniformité morale. Au Stade de France comme à l’Étoile, l’éloquence redevient un pouvoir : non celui de gouverner, celui de nommer ce qui manque — précisément ce que le politique, en recul, ne nomme plus.

Le recul n’est pas seulement électoral. Il est anthropologique. Une société qui ne sait plus dire pourquoi la vie mérite d’être protégée jusqu’au bout, pourquoi la machine ne doit pas devenir un maître, pourquoi la guerre n’est pas une destinée, laisse un vide. Ce vide attire les camps, les réseaux, les fakes, et parfois un pape. L’élan des Champs-Élysées n’efface pas les menaces — sociales, géopolitiques, morales — que le pays sent peser. Il montre qu’une part de la population refuse de les affronter sans boussole. L’espoir n’est pas un sondage. C’est le fait qu’un axe entier de la capitale puisse encore se remplir pour autre chose qu’une finale ou une colère.


Le politique que l’Élysée n’écrit plus seul : fin de vie, machines, laïcité, armes

France 2 a raison sur le calendrier. Deux mois après l’adoption définitive de la loi créant un droit à « l’aide à mourir », Léon XIV dénonce, à l’Élysée, les dérives qui transforment science et technologie en entreprises lucratives favorisant « les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l’achat d’organes ou l’offre d’une mort programmée ». « Je réaffirme avec force que la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain. » Même martèlement à l’Unesco, organisation des Nations unies. Ce n’est pas une parenthèse spirituelle. C’est une contestation frontale d’un vote parlementaire, prononcée dans la maison du président de la République — là où le politique a tranché et où il refuse désormais d’entendre la contestation sous forme liturgique.

Le « paradis des machines » prolonge le diagnostic. Encyclique Magnifica Humanitas, mai 2026. Le progrès technique a amélioré les conditions de vie ; chaque étape révèle « la face ambiguë d’outils susceptibles de causer du tort lorsqu’ils ne sont pas mis au service du bien ». Bernanos : risque que l’obéissance aveugle et l’irresponsabilité deviennent maîtres du « Paradis des Machines ». La France, elle, avait formé des siècles durant « des hommes libres, pleinement responsables de leurs actes ». Urgence : « replacer la personne humaine au cœur de toute réflexion » pour « ne pas perdre notre humanité au milieu du “paradis de machines” qui envahissent et conditionnent notre quotidien ». Discernement éthique. Liberté intérieure. Dignité sacrée.

À l’Unesco, le registre devient opérationnel. Le pape prononce ce passage en anglais ; France 2 en retient : « Je voudrais attirer l’attention sur les défis qui surgissent dans le vaste champ de la technologie. Nos efforts dans ce domaine doivent garantir que les nouvelles technologies demeurent au service de la personne humaine, au lieu de devenir un instrument supplémentaire de domination et d’injustice. » À l’Élysée, le matin même, il avait posé le cadre. Une société « authentiquement libre n’impose pas l’uniformité, mais protège la diversité des consciences, en prévenant les dérives autoritaires » ; il reprenait là sa propre formule du discours au corps diplomatique du 9 janvier 2026. Dialogue « urgent » entre appartenances culturelles et religieuses. La science et la technologie, lorsqu’elles « ne sont pas éclairées par la conscience », proposent des solutions immédiates qui « peuvent gravement les détourner du bien ». Entreprises lucratives : manipulations génétiques, GPA, achat d’organes, « mort programmée ».

Vincent de Paul, le XVIIᵉ siècle caritatif, les soignants : « école d’humanité ». Accueillir la vie sans condition. « Défendre avec courage et compassion ceux qui n’ont pas de voix. » Le politique promet le soin comme prestation. Le pape le replace comme vocation. Là où l’État gère des flux, l’Église, dans son récit, « se [fait] le visage vivant de la tendresse et de la compassion de Dieu ».

Sur la laïcité, il refuse le piège que Sarkozy, le matin même à la télévision, a rappelé à sa manière. L’ancien président : « chrétien de naissance », « de culture », « de croyance » — « trois raisons d’être à la messe du pape ». Macron absent de la messe de masse : décision « très personnelle ». « Certains disent “au nom de la laïcité, on ne doit pas y aller”, ça n’a aucun sens. La laïcité, ce n’est pas une interdiction. La laïcité, c’est un droit. Le droit de croire ou de ne pas croire. » « Si j’avais été président de la République, j’aurais assisté à la messe du pape. » Il a lui-même rappelé qu’Emmanuel Macron avait assisté, en 2023, à la messe du pape François au Vélodrome de Marseille. Absent des Invalides en 2008, Sarkozy était cette fois à la Concorde.

Léon XIV, à l’Élysée, dit presque la même chose dans la langue de Rome. L’engagement au service d’autrui est « l’expression de la juste laïcité de la Cité terrestre ». « Le chrétien impliqué dans la vie publique […] ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace à l’unité de la patrie. » « La véritable laïcité n’exclut pas la dimension religieuse, mais sait au contraire en tirer parti comme d’une ressource éducative. » L’école catholique « a toute sa place ». La juste laïcité ne consiste pas à « exclure la religion de l’espace public ou de l’éducation », mais à faire dialoguer État et Église « au service du bien commun, pour que le monde ait la vie ». Instance de dialogue Saint-Siège–Église de France–gouvernement. Vatican II : saine coopération.

Puis la citation de 2018, rendue à son auteur. Pas un clash inventé. Un miroir. Le président de 2018 théorise encore le devoir d’attention aux catholiques. Le président de 2026 s’absente de la messe — et, selon l’Élysée, de tout temps religieux de la visite. Deux mois après la loi sur l’aide à mourir. Au moment où la foule déborde jusqu’à l’Étoile. Le fake viral (« fait semblant », « remise à sa place ») surinterprète ; il révèle aussi une attente : une fraction du pays voulait entendre un rappel, et l’a fabriqué quand le texte officiel lui semblait trop courtois. Souhaiter prier pour « votre belle Nation » n’est ni une caresse ni une gifle. C’est la clôture liturgique d’un rappel civique que Macron avait lui-même formulé. La surdité consiste ici à traiter ce rappel comme une affaire privée, alors que 800 000 personnes en ont fait une affaire publique.

Le Moyen-Orient et la guerre ferment le discours de puissance. Aide à l’Église en Détresse, Œuvre d’Orient, Fonds pour les écoles d’Orient depuis 2021 : plus de 260 établissements, sept universités au Liban, Bethléem. « Nous ne pouvons pas rester indifférents devant de telles souffrances qui blessent la dignité humaine et crient justice à Dieu. » Civilisation de l’amour. Jean XXIII : arrêter la course aux armements, réduire parallèlement, proscrire l’atome, contrôler. Conviction « erronée » que l’arme nucléaire est « un gage de sécurité ». « La paix n’est pas un équilibre des forces, elle se construit chaque jour par le dialogue et la justice. » « Je vous exhorte donc à ne jamais vous résigner à la perspective d’une guerre en la considérant comme “inévitable”. » Paix « désarmée et désarmante ». La France, « dans la fidélité à ses valeurs », doit « creuser le sillon ».

La phrase tombe dans un monde où pèse encore la guerre lancée fin février par Washington et Israël contre l’Iran, où les alliés européens résistent à l’implication directe. C’est aussi un monde où le même Léon XIV a été qualifié, en avril, de « terrible » en politique étrangère par Donald Trump. Le pape ne nomme pas ce conflit-là à l’Élysée. Il nomme le principe. C’est assez pour que la visite soit politique sans être partisane.

L’éloquence, ici, n’est pas un ornement. C’est un acte de souveraineté symbolique. Pendant que le débat français s’épuise en lignes de fracture — fin de vie, identité, école, frontières — le pape reconstitue une grammaire : la personne avant le dispositif, le bien commun avant le camp, la paix avant l’équilibre de la peur. Il ne gagne pas une élection. Il rappelle qu’une nation peut encore être parlée autrement qu’en parts de marché électoral. La ferveur des boulevards, du Stade de France et de l’Étoile n’est pas la preuve d’un raz-de-marée confessionnel. Elle est la preuve d’une soif. Une jeunesse que l’on a trop souvent formée à déconstruire plutôt qu’à habiter cherche, fût-ce une soirée, un lieu qui « ne peut pas devenir digital ». Les nouveaux convertis n’y sont pas une statistique officielle du jour ; ils sont le signe que la transmission, ailleurs en panne, reprend parfois par le bas — par la rue, par le stade, par une homélie, par une place saturée vue du ciel — lorsque le haut de l’État choisit le huis clos et s’épargne la messe.



Léon XIV n’est pas venu gouverner la France. Il est venu dire ce que le calendrier parlementaire, deux mois après une loi de fin de vie, et le calendrier diplomatique, au milieu des « bruits de bottes », nourrissent trop peu. Un peuple blessé a besoin d’une image de renaissance (Notre-Dame, « cœur d’un peuple »), d’un langage de dignité (Cassin) et d’un garde-fou contre la machine (Bernanos, Unesco). Il a besoin d’un soin qui n’est pas un marché (Vincent de Paul), d’une laïcité qui n’expulse pas la conscience (contre l’absence à la messe autant que contre le cléricalisme), et d’une paix qui n’est pas un équilibre de terreur.

Le message sociologique est celui-ci. Les institutions civiles gèrent encore les flux — hôpitaux, écoles, frontières, lois, dispositifs de sécurité autour du cortège. Elles peinent à dire pourquoi vivre ensemble. C’est cela, l’abandon : non la disparition de l’État, mais le recul du politique comme producteur d’idéaux. Une partie du pays, et surtout de sa jeunesse, a cessé d’attendre cette phrase du Palais. Elle l’a cherchée dans un défilé de 2,5 kilomètres, dans une cathédrale relevée, dans une veillée de 80 000 âmes à Saint-Denis, dans une messe de masse dont les vues aériennes montrent l’Étoile comme une assemblée. Les réseaux ont fabriqué un président « remis à sa place ». Le Vatican a rendu à ce président sa phrase de 2018. Il ne faut pas confondre les deux. Il faut voir ce qui les relie : l’indifférence perçue aux catholiques n’est plus, pour une fraction du pays, un détail de laïcité ; elle est lue comme un manquement — et, plus largement, comme la preuve que le sommet n’entend plus le fond. Le pape a reparlé le « pour que le monde ait la vie » comme un idéal que la République a gravé et qu’elle n’incarne plus seule. On pourra lui objecter le dogme, la bioéthique, le nucléaire. On ne pourra pas dire qu’il a parlé dans le vide. Il a parlé dans le creux laissé par une politique qui offre encore le tarmac et refuse parfois la messe — et qui console rarement. La foule, elle, n’a pas demandé la permission. Elle a rempli la place. Malgré les menaces. Parce que l’espoir, ici, n’était plus dans le communiqué : il était dans l’axe.

 

Angélique Bouchard 

Diplômée de la Business School de La Rochelle (Excelia - Bachelor Communication et Stratégies Digitales) et du CELSA - Sorbonne Université, Angélique Bouchard, 25 ans, est titulaire d’un Master 2 de recherche, spécialisation « Géopolitique des médias ». Elle est journaliste indépendante et travaille pour de nombreux médias. Elle est en charge des grands entretiens pour Le Dialogue.

 https://lediplomate.media/leon-xiv-paris-foule-etoile-macron/





À Metz, Emmanuel Macron s’est permis d'arriver en retard et de faire attendre le Pape avant de prendre une nouvelle leçon de philosophie politique sur la guerre, la paix et l’Europe.
 
Notre président pervers narcissique manipulateur a cessé spontanément de bouder pour venir instrumentaliser honteusement cette visite du Pape à Metz, sur une terre de frontières, de blessures et de cicatrices, là où nous savons du fait de l’histoire, après trop de sang versé, que la paix et la réconciliation ne doivent pas être de vains mots, que ça doit être un choix à un moment donné, et du courage.
 
Emmanuel Macron est donc venu à Metz pour nous revendre son discours politique euro-fanatique et répugnant avec son Europe fédérale, technocratique, distante, autoritariste, liberticide, progressiste, immigrationniste, belliciste et ruineuse. 
 
L’Europe d’Emmanuel Macron, de Gabriel Attal et d'Édouard Philippe, c’est une Europe sans frontières, sans valeurs, qui ne défend plus notre civilisation et qui brûle norte argent pour servir des causes lointaines et des intérêts étrangers avec notre argent. 
 
Le pape a appelé à arrêter la guerre en Ukraine immédiatement car elle est un « MASSACRE INUTILE » ! Il a souligné que la Paix en Ukraine exigeait un dialogue patient, des sacrifices et des renoncements, sous entendant, notamment, que le régime corrompu de Kiev devait apprendre à accepter sa défaite. 
 
Léon XIV a encore parlé des racines chrétiennes de l’Europe, sans arrogance, comme un héritage qu’on n’a pas le droit d’oublier. 
 
Enfin, plutôt que de parler de "souveraineté européenne" (qui n’a pas de réalité politique et juridique), le Pape a évoqué notre bonne et nécessaire souveraineté nationale. 
 
Ça fait davantage de bien d'entendre le Pape rassurant qu’Emmanuel Macron, angoissant. Notre président ne va rien régler d’ici demain, bien sûr, car il doit se nourrir du chaos (comme devant nos Lycées). 
 
Mais le positionnement du Pape replace les choses à leur juste place et surtout à l’endroit : la paix ne tombe pas du ciel toute faite. Elle se décide. Elle se prépare. Elle se discute. Elle se négocie. Et, tôt ou tard, elle se signe. 

Yann Bizien 

 
 
21 Septembre 2026 , à quelques jours de l'arrivée du saint Père Léon XIV en France , l'Elysée annonce que le président Macron n'assistera pas aux messes du pape Léon XIV 
 
24 Septembre 2026 , le stade de France accueille 80 000 pèlerins dans un spectacle d'une beauté fracassante mêlant , religion , croyance , histoire et allégresse .
 
25 Septembre 2026 , 1 million de personnes s'amassent place de l'étoile , le long des 2 km des Champs Elysées et place de la Concorde , pour une messe pontificale qui surpris le saint père lui même .
 
27 Septembre 2026 , 150 000 pèlerins valides et en position de handicap , accueillent le pape Léon XIV pour une messe à la grotte de Massabielle à Lourdes . 
 
28 Septembre 2026 , près de 100 000 personnes accueillent le pape Léon XIV pour une rencontre et une messe à Metz , carrefour des religions . 
 
28 Septembre 2026 , à la vue de l'ampleur de l'accueil des chrétiens français réservé à leur saint père Léon XIV et le retentissement sociétal de la visite papale , Emmanuel Macron annonce qu'il se rendra à Metz , assistera à la messe papale en la cathédrale de Metz 
 
Le dernier miracle de la visite papale aura été de faire comprendre à un pseudo président français , que les dix dernières années de la France , les 10 années de sa présidence , n'auront servi à rien , dix en de perdus , 10 ans qui ne feront pas une ligne dans l'histoire de France , 10 années de négation de l'esprit français ......
 
28 Septembre 2026 , le jour où un pseudo président de la république française se rendit compte qu'il porte des habits bien trop grands pour sa petite personne ......

 


 

Léon XIV en France : les messages du pape mettent Emmanuel Macron face à un débat sur la paix et l’Europe

 

La visite de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre, s’est achevée lundi soir après quatre journées particulièrement denses à Paris, Lourdes et Metz. Présenté par certains commentateurs comme un épisode difficile pour Emmanuel Macron, ce déplacement a surtout fait émerger plusieurs débats sensibles autour de la place du christianisme, de l’identité française, de la paix et de l’avenir européen.

Le président de la République a accueilli le pape au palais de l’Élysée le 25 septembre. Les deux hommes ont échangé sur les relations entre la France et le Saint-Siège ainsi que sur plusieurs dossiers internationaux, notamment la guerre en Ukraine, la situation au Proche-Orient, les partenariats avec l’Afrique, le climat et l’intelligence artificielle. L’Élysée a également insisté sur une volonté commune de travailler en faveur de la paix et du dialogue.

La séquence parisienne a toutefois donné lieu à une configuration institutionnelle particulière. Emmanuel Macron n’était pas présent à la messe célébrée place de la Concorde le 26 septembre. Il était représenté par son épouse, Brigitte Macron, aux côtés notamment du Premier ministre Sébastien Lecornu. La cérémonie a réuni plusieurs centaines de milliers de personnes venues assister à la messe présidée par Léon XIV.

Cette absence a rapidement nourri les commentaires politiques. Pour certains observateurs critiques du chef de l’État, elle symboliserait une distance entre Emmanuel Macron et la dimension religieuse de la visite. Il faut toutefois rappeler qu’il s’agit d’une interprétation politique et non d’une conclusion établie sur les intentions du président. 

La mobilisation populaire a, elle, constitué l’un des éléments les plus visibles du déplacement. Dès le vendredi soir, environ 80 000 jeunes étaient réunis au Stade de France pour une veillée avec le pape. Léon XIV leur a parlé de foi, de vocation, de fraternité et d’espérance, en insistant notamment sur le fait que le combat chrétien ne devait pas être compris comme un affrontement contre les autres.

Le lendemain, place de la Concorde, la messe a attiré une foule considérable. Dans son homélie, le pape a notamment appelé les catholiques français à retrouver un horizon d’espérance et à contribuer à une société renouvelée à partir de ses racines spirituelles. 

Cette dimension française du discours pontifical occupe une place importante dans la lecture proposée par la vidéo à l’origine de cet article. Son auteur estime que Léon XIV aurait mis particulièrement en valeur l’histoire, la culture et les racines chrétiennes de la France, en contraste avec ce qu’il considère comme la politique menée depuis plusieurs années par Emmanuel Macron.

Sur ce point, le voyage comportait effectivement une forte dimension historique et culturelle. Le programme officiel prévoyait notamment Notre-Dame, l’UNESCO, le Stade de France, Lourdes et enfin Metz, ville associée à la mémoire de Robert Schuman et à l’histoire de la construction européenne.

 À Notre-Dame, Léon XIV a présenté la cathédrale comme davantage qu’un simple monument. Il a établi un parallèle entre sa reconstruction après l’incendie de 2019 et la capacité de l’Église française à se renouveler. Devant les responsables religieux réunis dans la cathédrale, il a appelé à une Église « vivante, multiforme et proche », capable de transmettre son héritage tout en regardant vers l’avenir.

 Mais c’est surtout la question de la paix qui a pris une place centrale dans les déclarations du pape. Dès son arrivée en France, Léon XIV avait présenté son déplacement comme une occasion de porter un message de paix. Le thème a ensuite traversé ses différentes interventions, jusqu’à la dernière journée à Metz. 

À Metz, ce message est devenu particulièrement explicite. Lors de la rencontre « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité », Léon XIV a appelé les responsables politiques à privilégier le dialogue et la négociation. Il a également invité à être prêts à « sacrifier certaines positions pour le bien supérieur » de la paix.

Le pape a par ailleurs mis en garde contre une vision selon laquelle l’augmentation des dépenses militaires constituerait à elle seule une réponse suffisante aux menaces internationales. Son discours évoquait la nécessité d’« efforts créatifs » pour construire la paix et soulignait les limites d’une logique reposant uniquement sur le réarmement. 

Ces propos peuvent naturellement être lus à travers le contexte européen actuel, notamment la guerre en Ukraine et les débats sur la défense européenne. Mais ils ne constituent pas, en eux-mêmes, une attaque directe contre Emmanuel Macron. Le président français défendait lui aussi à Metz une Europe capable d’agir, de renforcer sa souveraineté et de garantir sa sécurité.

Dans son propre discours, Emmanuel Macron a justement insisté sur une Europe « puissance de paix, d’indépendance et de démocratie ». Il a évoqué l’héritage de Robert Schuman, Alcide De Gasperi et Konrad Adenauer et défendu l’idée d’une Europe souveraine et démocratique. 

La rencontre de Metz montre donc davantage une différence de priorité et de formulation qu’un affrontement ouvert entre le pape et le président français. Léon XIV a placé l’accent sur la négociation, le dialogue et la paix, tandis qu’Emmanuel Macron a davantage insisté sur la souveraineté, la sécurité et la capacité d’action européenne.

La vidéo dont est issu le transcript présente pourtant cette séquence comme un désaveu politique du chef de l’État. Son auteur estime notamment que le pape aurait refusé de s’inscrire dans une vision strictement européenne attendue par Emmanuel Macron. Cette interprétation doit être distinguée du contenu réel des discours. 

Un autre élément avancé dans la vidéo concerne la présence des dirigeants européens à Metz. L’événement avait bien été conçu avec une dimension européenne et s’est tenu au Centre des Congrès Robert Schuman, en présence de représentants politiques européens. Le pape y a ensuite prononcé un discours consacré aux racines de l’Europe, à la paix et à l’unité.

Le point culminant de la journée a finalement été la messe célébrée dans la cathédrale Saint-Étienne de Metz. Contrairement à ce qui avait été prévu initialement, Emmanuel Macron a finalement décidé d’y assister. Le protocole a été modifié dans la nuit afin de permettre sa présence aux côtés du pape.

Ce changement est intéressant car il nuance également le récit d’un président totalement tenu à distance pendant la visite. Emmanuel Macron a finalement accompagné Léon XIV jusqu’à la fin de son séjour. À l’aéroport de Metz-Nancy-Lorraine, les deux hommes ont encore eu un entretien privé d’environ trente minutes avant la cérémonie officielle de départ.

Le pape a quitté la France lundi soir après quatre jours de rencontres, de célébrations religieuses et de discussions consacrées à des questions françaises mais aussi internationales. Son voyage aura donc mêlé religion, culture, jeunesse, politique internationale, Europe et paix. 

Pour les soutiens du mouvement Les Patriotes, cette visite constitue néanmoins une occasion de défendre une certaine conception de la France. Dans la vidéo, son auteur parle d’une « France heureuse », attachée à son histoire et à sa souveraineté, et oppose cette vision à la politique européenne et gouvernementale actuelle.

Cette lecture relève du positionnement politique de l’auteur et ne peut pas être confondue avec le message officiel du Vatican. Léon XIV n’a pas appelé les Français à soutenir un parti ou un mouvement politique français. Ses interventions ont plutôt porté sur la foi, la paix, la dignité humaine, le dialogue et les responsabilités des sociétés européennes. 

La visite aura néanmoins produit une séquence politique particulièrement visible. L’ampleur des rassemblements, les discours sur les racines chrétiennes de la France, l’absence de Macron à la messe de la Concorde, puis son retour à Metz et les appels du pape à la négociation ont alimenté de nombreuses interprétations.

Au terme de ce déplacement, le principal contraste n’est donc peut-être pas celui d’une confrontation personnelle entre Emmanuel Macron et Léon XIV, mais celui entre deux registres de discours. D’un côté, un président qui insiste sur la construction européenne, la souveraineté et la sécurité collective. De l’autre, un pape qui place au centre de son message la paix, le dialogue, la réconciliation et la recherche d’un bien commun dépassant les rapports de force.

C’est précisément cette différence qui pourrait continuer à nourrir le débat français et européen dans les prochaines semaines. La visite de Léon XIV est terminée, mais les questions qu’elle a soulevées sur les racines de la France, la place du christianisme, l’avenir de l’Europe et la manière de rechercher la paix restent, elles, pleinement ouvertes.

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