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avril 05, 2026

Nouvelles de l'Iran !

Sommaire:

A) - Douze ans pour mourir : la République islamique, les enfants-soldats et le nationalisme sacrificiel

B) - L’Iran et le détroit d’Ormuz : une offensive silencieuse contre le pétrodollar ?

C) - Iran : Douze ans et déjà la guerre

D) - Golfe–Yémen : l’ouverture du front Houthi ou la nouvelle carte maîtresse de Téhéran

E) - Le discours de guerre de Trump sur l’Iran : fanfaronnades, déconnexion de la réalité et fin annoncée de l’OTAN 

 


 

A) - Douze ans pour mourir : la République islamique, les enfants-soldats et le nationalisme sacrificiel

Un État qui recrute des enfants de douze ans et l’annonce à la télévision nationale ne manifeste pas seulement sa brutalité ; il expose une logique. Plus inquiétante encore que la violence immédiate des faits, c’est cette logique qu’il faut saisir. À la fin de mars 2026, un responsable des Gardiens de la révolution a annoncé sur la chaîne d’État iranienne l’abaissement à douze ans de l’âge minimal pour certains volontaires affectés à des checkpoints et à des patrouilles urbaines. Confirmé le même jour par Human Rights Watch (HRW) et par plusieurs médias internationaux, ce fait frappe moins par l’acte lui-même que par la publicité qui lui est donnée. Celle-ci n’est pas l’effet d’une imprudence ; elle procède d’une décision. Un régime qui cache ses crimes reconnaît encore, fût-ce négativement, qu’ils doivent demeurer cachés. Un régime qui les proclame à l’antenne les a déjà convertis en langage politique. L’ostentation n’a ici rien d’accidentel ; elle appartient à la stratégie.

Le recours de la République islamique à des enfants dans des fonctions de guerre et de contrôle intérieur n’obéit pas seulement à une logique de renfort sécuritaire ni à une pénurie de combattants. Il met en œuvre un mécanisme plus profond : la conversion de l’enfant en ressource stratégique –voulu instrument de présence, d’émotion et de légitimation, mais aussi d’immunité symbolique et d’inversion de l’accusation contre l’adversaire, à l’intérieur comme à l’extérieur. Un tel mécanisme n’a rien d’irrationnel. Il procède au contraire d’une lecture froide du champ international, de ses asymétries morales, de sa sensibilité aux images, de sa difficulté à tenir ensemble le droit, la guerre et la cohérence politique. Réduire cette décision à la seule barbarie, c’est ne pas voir qu’elle obéit à une logique ; la réduire au seul cynisme, c’est ne pas voir ce qu’elle cherche à produire. Dans les deux cas, on se rend aveugle à ce qui s’y joue.

La question n’est pas de savoir si la République islamique viole le droit international en recrutant des enfants de douze ans comme « combattants défendant leur patrie » ; sur ce point, il n’y a pas d’ambiguïté. L’essentiel n’est pas là. Il est dans la publicité même de l’acte : pourquoi le fait-elle publiquement, à la télévision d’État, dans la langue de la légitimité nationale, sans même chercher à le voiler ? C’est cette publicité qui doit retenir l’attention. Elle indique que nous n’avons pas affaire à une transgression subie, honteuse ou provisoire, mais à une transgression assumée, revendiquée, mise au service d’un calcul. Le régime n’a manifestement pas vu dans ce coût un obstacle ; il l’a jugé politiquement utile. Comprendre cette utilité — ses ressorts, ses effets, sa fonction dans la guerre des récits — est au cœur de la réflexion. Non pour atténuer la faute, mais pour éviter l’erreur de lecture : on se condamne à mal lire une stratégie lorsqu’on n’y voit qu’un accès de sauvagerie.

Sur ce point, le droit laisse peu de place à l’ambiguïté. Le recrutement, l’enrôlement ou l’utilisation d’enfants de moins de quinze ans en vue de leur participation active aux hostilités constituent un crime de guerre. La jurisprudence internationale, notamment dans l’affaire Lubanga, a d’ailleurs établi que cette participation ne se réduit pas au seul usage des armes : guet, liaison, surveillance, escorte, transport, patrouille ou renseignement suffisent à faire entrer un mineur dans l’économie militaire du conflit. Les fonctions aujourd’hui évoquées par les autorités iraniennes relèvent donc pleinement de cette qualification. Ce point de droit doit être tenu avec fermeté, car il interdit toute atténuation morale du problème. Il faut aussi examiner avec rigueur si certaines de ces pratiques s’inscrivent dans ce que le droit qualifie d’attaque généralisée ou systématique contre la population civile, tant la militarisation de l’espace urbain et l’usage du Basij contre la dissidence intérieure brouillent la frontière entre ordre public et appareil de guerre. Mais ce débat plus large ne doit pas obscurcir l’essentiel : le cœur de la qualification pénale est déjà établi. Autrement dit, les fonctions ici en cause — surveillance, patrouille, contrôle, présence à des points de passage ou à proximité d’installations militaires — ne relèvent pas d’une zone grise. Elles relèvent pleinement des pratiques que le droit international pénal prohibe.

Mais le droit, à lui seul, ne dit pas encore tout ce qui se joue ici. Il qualifie l’acte ; il n’en épuise pas la portée. Car la publicité donnée au recrutement d’enfants ne se borne pas à signaler une transgression : elle en fait déjà un instrument. L’acte ne consiste pas seulement à mettre des enfants à disposition d’un appareil militaire ; il les inscrit dans une construction où la vulnérabilité de l’enfance, loin d’être un obstacle, devient une ressource politique. C’est à partir de là que la logique du régime apparaît dans toute sa netteté.

En annonçant publiquement l’enrôlement d’enfants de douze ans, la République islamique sait qu’elle s’expose. Si elle consent néanmoins à une telle exposition, c’est qu’elle en attend un profit politique supérieur au coût de la condamnation. Ce profit repose sur un mécanisme d’inversion accusatoire : le régime se sert de la condamnation qu’il suscite pour mettre en accusation ceux qui la portent. En désignant ces enfants comme des « combattants défendant la patrie », le régime accomplit deux opérations à la fois : il place leur enrôlement sous le signe de la défense légitime, et il donne à voir une nation si menacée qu’elle en viendrait à mobiliser jusqu’à ses enfants. L’enfant cesse alors d’être simplement mobilisé : il devient une preuve — preuve de l’urgence, preuve de la menace, preuve, surtout, de la violence première que le régime entend imputer à ses ennemis. Il ne s’agit pas d’un simple effet de langage. C’est la scène même de la condamnation qui se trouve déplacée. La présence d’enfants aux checkpoints, dans les patrouilles ou à proximité d’installations stratégiques n’apparaît plus alors comme le signe d’une illégalité, mais comme celui d’une nécessité. La transgression devient la preuve de ce qui la justifie ; et cette justification permet de renvoyer la faute vers ceux qui, selon le régime, auraient créé la situation. Le cercle se referme avec méthode : la transgression du droit n’y contredit pas la légitimité ; elle s’y donne au contraire comme la preuve extrême d’une légitimité blessée.

On manquerait l’essentiel si l’on ne voyait dans cette violence qu’une suite de contraintes, de blessures et de morts. Car elle consiste aussi à rendre certaines mises en scène vraisemblables, certaines pertes honorables, certaines morts dicibles. Un pouvoir de cette nature ne se borne pas à disposer des corps : il impose le langage dans lequel ces corps pourront être lus comme sacrifice, comme fidélité, comme dette acquittée envers la nation. L’efficacité stratégique du recrutement d’enfants ne tient donc pas seulement à l’usage matériel qui peut être fait d’eux ; elle tient à l’univers moral dans lequel cet usage devient visible, recevable et justifiable. Dans une telle configuration, la mort éventuelle de ces enfants — à un checkpoint, dans une caserne, aux abords d’un site militaire, ou dans tout autre lieu que le régime aura lui-même livré au risque — ne relève plus du seul dommage collatéral au sens ordinaire du terme. Cette mort-là appartient déjà au prévisible et, par là même, à l’exploitable. Il ne s’agit pas d’affirmer que chaque mort serait voulue pour elle-même ; il s’agit de constater qu’elle peut d’avance être intégrée à un récit, à une imagerie, à une économie de la preuve politique. L’enfant vivant sert à montrer la mobilisation ; l’enfant mort, à donner corps à l’accusation.

Ce renversement vise d’abord ceux qui, hors d’Iran, prétendent parler au nom du droit. Si la mort de ces enfants survient, elle n’est pas seulement destinée à être absorbée dans un récit intérieur ; elle doit aussi produire un effet sur les institutions et les États qui se réclament du droit international humanitaire tout en soutenant ailleurs des politiques ou des opérations dont la cohérence morale est contestée, parfois à juste titre. La République islamique n’a pas besoin d’inventer cette faille ; il lui suffit d’en tirer parti. Elle sait que l’autorité de ceux qui parlent au nom du droit se fragilise dès lors que leur propre conduite demeure exposée au soupçon de l’incohérence. Son calcul consiste alors à préparer une scène dans laquelle toute frappe américaine ou israélienne causant la mort de ces enfants pourra être convertie en grief juridique et politique contre ses auteurs, jusqu’à nourrir l’accusation de crimes de guerre portée contre eux. En exposant publiquement l’enrôlement de ses enfants-soldats, le régime suscite donc une condamnation dont il a déjà préparé le renversement. L’accusation ne disparaît pas ; elle se retourne. C’est dans ce retournement même que réside l’un des ressorts les plus redoutables de l’opération.

Ce qui se joue ici s’inscrit dans une histoire plus ancienne. Au fil du temps, la République islamique a appris à faire de la jeunesse sacrifiée non un scandale à dissimuler, mais un principe de légitimation. De la guerre Iran-Irak aux figures plus récentes des « défenseurs du sanctuaire », elle a constitué un répertoire dans lequel la mort du jeune cesse d’être une simple perte pour devenir image, dette, exemple, injonction adressée aux vivants. La nouveauté de la séquence actuelle ne tient donc pas à l’existence de ce langage, mais au degré de visibilité et de dureté qu’il atteint désormais. Un seuil est franchi : l’enfant n’est plus seulement recueilli après coup dans une liturgie du sacrifice ; il apparaît plus ouvertement comme une figure déjà appelée par elle. La transgression n’est plus seulement absorbée par le récit ; elle est préparée de manière à pouvoir y trouver sa place. Cette continuité ne se loge pas dans les mots seuls. Elle s’inscrit dans des formes, dans des images, dans des rites : dans les commémorations répétées, dans la présence durable des figures du martyr au cœur de l’espace urbain, dans la place faite aux récits de deuil élevés en exemples, dans la manière enfin dont la jeunesse sacrifiée est installée au centre de la mémoire politique du régime. L’opération présente relève de cet héritage : loin d’inventer ses propres formes, elle réactive et durcit un répertoire déjà constitué. Celui-ci ne sert pas seulement à donner sens après coup ; il prépare les esprits en amont. Il ne s’agit pas simplement de transmettre des slogans à des enfants, mais de faire advenir peu à peu un horizon moral dans lequel l’exposition de l’enfant à la violence peut cesser d’apparaître comme un scandale pour prendre le visage d’une grandeur, d’un devoir ou d’un honneur. Un tel horizon ne se décrète pas : il se forme dans la durée, par l’école, par les images, par les commémorations, par l’inscription des figures du martyr dans l’espace urbain, par les récits de deuil et par les formes imposées de l’honneur. C’est cette lente élaboration qui rend aujourd’hui recevable ce qui devrait demeurer inavouable.

C’est peut-être dans le sort fait aux enfants morts et blessés que ce mécanisme se laisse le plus nettement saisir. Funérailles ordonnées, portraits uniformisés, lexique du « martyr » imposé aux familles, cérémonies où l’enfant est élevé au rang d’offrande à la patrie : tout concourt à faire d’une disparition un message. La douleur privée y est reprise, infléchie, versée dans un récit public où le prestige du sacrifice vient consacrer l’autorité du régime. La séquence actuelle prolonge ce travail en amont : il ne s’agit plus seulement de capter symboliquement les morts, mais de placer des enfants au point même où la violence physique et son appropriation politique pourront, le moment venu, se confondre.

Le plus grave, ici, n’est pas seulement dans l’acte ; il est dans la forme politique qui lui est donnée. Recruter des enfants est un crime. Le proclamer à l’antenne nationale, dans la langue de la patrie et du devoir, est un acte d’une autre portée : c’est faire de la faute elle-même une ressource, de la transgression un grief retourné, de la condamnation attendue une pièce déjà intégrée au calcul. À ce niveau, la République islamique ne viole plus seulement une norme ; elle travaille à convertir cette violation en épreuve infligée à la cohérence de ses adversaires. Toute frappe américaine ou israélienne tuant ces enfants pourra dès lors être réinscrite, par avance, dans une accusation dirigée contre ses auteurs. C’est peut-être là le trait le plus sombre de cette séquence. Les pouvoirs les plus dangereux ne sont pas seulement ceux qui commettent l’inadmissible, mais ceux qui savent l’exposer de telle sorte que l’accusation se trouble, que l’indignation se divise et que la faute se déplace. Il ne suffit donc pas de condamner ; il faut encore refuser la scène qu’un tel pouvoir organise. Nommer le crime avec une rigueur sans faiblesse, et voir lucidement la logique politique qui le travaille : telle est l’exigence. Car ce qui se donne ici à voir n’est ni un dérapage ni un aveu d’impuissance. C’est une méthode.

Fundji Benedict

Dr. Fundji Benedict, Fondatrice et Présidente de Liberty Values & Strategy Foundation, est spécialisée en sciences politiques, anthropologie, droit international et études africaines. Sa triple identité – afrikaner, franco-éthiopienne et juive – nourrit une perspective unique sur les dynamiques géopolitiques et les questions identitaires contemporaines.

Polyglotte, elle a occupé des postes de direction dans des entreprises internationales aux États-Unis et au Canada avant de créer sa fondation. Ses recherches portent sur les conflits identitaires, les droits des minorités, la décolonisation et l’État de droit, avec un focus particulier sur le Moyen-Orient et la Corne de l’Afrique.

Elle intervient régulièrement sur l’antisémitisme, le terrorisme et les réalités géopolitiques complexes qui façonnent notre époque. Son approche combine rigueur académique et engagement de terrain auprès des communautés concernées.

https://nouvellerevuepolitique.fr/fundji-benedict-douze-ans-pour-mourir-la-republique-islamique-les-enfants-soldats-et-le-nationalisme-sacrificiel/ 

 


 

B) - L’Iran et le détroit d’Ormuz : une offensive silencieuse contre le pétrodollar ?

Alors que la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran entre dans son deuxième mois, un nouveau front s’ouvre, discret mais potentiellement dévastateur pour l’hégémonie monétaire américaine. Le 2 avril 2026, Téhéran a officiellement proposé des accords bilatéraux sur le détroit d’Ormuz aux pays européens, asiatiques et arabes.

L’idée est simple, mais explosive : rouvrir le passage stratégique – par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial – en échange d’un paiement en euros ou en yuans, et non plus en dollars américains. 

Pour l’Iran, c’est une réponse pragmatique à la crise. Face aux frappes américaines et israéliennes, Téhéran transforme son contrôle géographique du détroit en levier économique et politique. En autorisant le passage des navires sous conditions, tout en excluant ou en pénalisant ceux liés aux États-Unis, l’Iran ne ferme pas totalement la voie maritime : il la monétise à son avantage. Les premiers signes sont déjà visibles : au moins deux tankers ont récemment transité après paiement en yuans chinois, selon des données de Lloyd’s List. 

Cette proposition n’est pas seulement une tactique de survie en temps de guerre. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de contournement du système pétrodollar, ce pilier invisible qui a permis aux États-Unis de dominer l’économie mondiale depuis un demi-siècle.

Le pétrodollar, pilier invisible de la puissance américaine

Depuis les années 1970, le commerce mondial du pétrole est presque entièrement libellé en dollars. Ce système, né d’un accord stratégique entre Washington et l’Arabie saoudite après la fin de la convertibilité du dollar en or en 1971, impose à toutes les économies dépendantes du pétrole d’accumuler des dollars pour importer leur énergie. Les pays exportateurs, quant à eux, recyclent ces « pétrodollars » en achetant des obligations du Trésor américain, des actions de Wall Street ou de l’immobilier aux États-Unis. 

Ce cercle vertueux a offert à Washington des avantages colossaux : la capacité d’emprunter à des taux extrêmement bas malgré une dette publique qui dépasse aujourd’hui les 34.000 milliards de dollars, un financement illimité de son appareil militaire (avec près de 800 bases dans le monde), et un pouvoir de sanction sans précédent. Couper un pays du système bancaire en dollars revient souvent à le priver d’accès au pétrole, provoquant un effondrement économique rapide. 

Ce mécanisme a longtemps été perçu comme une règle naturelle du commerce international. Pourtant, il repose sur une confiance fragile dans le dollar comme monnaie de réserve mondiale. Toute tentative de vendre ou d’acheter du pétrole en dehors du dollar a historiquement été considérée comme une menace existentielle par Washington, entraînant parfois des réponses musclées.

La dédollarisation s’accélère

La proposition iranienne arrive à un moment où le mouvement de dédollarisation, déjà en cours depuis plusieurs années, prend une nouvelle ampleur. La Russie et la Chine ont multiplié les transactions pétrolières en yuans. L’Inde, le Brésil et d’autres membres des BRICS développent des mécanismes de paiement alternatifs. Même certains pays du Golfe commencent à explorer des options non-dollar pour une partie de leurs exportations. 

En offrant aux Européens et aux Asiatiques un accès au pétrole via Ormuz contre des paiements en euros ou en yuans, l’Iran accélère ce basculement.

L’Europe, déjà frappée de plein fouet par l’explosion des prix de l’énergie (+60 % pour le pétrole et +100 % pour le gaz en un mois selon certaines estimations), se trouve face à un choix cornélien : continuer à dépendre du dollar et des routes maritimes contrôlées par les États-Unis, ou accepter un système parallèle qui contourne Washington. 

Fabio Panetta, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, l’a reconnu sans détour le 2 avril : « Même si la guerre avec l’Iran se termine, le mal est déjà fait. » Les perturbations actuelles sur les marchés énergétiques risquent d’avoir des effets durables sur la structure même du commerce international.

Conséquences géopolitiques et économiques

Pour les États-Unis, les enjeux sont majeurs. Le pétrodollar n’est pas seulement un outil économique : c’est le fondement de leur suprématie.

Une réduction significative de la demande mondiale en dollars affaiblirait la capacité de Washington à financer sa dette à bas coût et limiterait son pouvoir de sanction. Les marchés financiers américains, pourtant les plus profonds et liquides du monde, pourraient voir leur attractivité diminuer si les excédents pétroliers ne reviennent plus systématiquement aux États-Unis. 

L’Europe, quant à elle, se retrouve prise entre deux feux. D’un côté, la pression américaine pour qu’elle « fasse sa part » dans la crise du détroit d’Ormuz ; de l’autre, la nécessité urgente de sécuriser ses approvisionnements énergétiques à un coût supportable. Accepter des paiements en euros pourrait sembler une solution rationnelle à court terme, mais elle signerait un alignement progressif sur un ordre multipolaire. 

Pour la Chine et la Russie, c’est une opportunité historique. Pékin renforce son influence au Moyen-Orient, tandis que Moscou apparaît comme un acteur stable offrant une alternative raisonnable au chaos provoqué par le conflit. Les BRICS, déjà en pleine expansion, pourraient voir leur projet de dédollarisation passer d’une ambition théorique à une réalité concrète.

Un tournant irréversible ?

L’offensive iranienne sur Ormuz n’est pas seulement militaire ou diplomatique : elle est monétaire. En transformant un goulet d’étranglement géographique en outil de dédollarisation, Téhéran frappe au cœur du système qui a structuré la géopolitique mondiale depuis cinquante ans. 

Bien sûr, remplacer complètement le dollar reste complexe.

Les marchés financiers américains restent dominants et la transition vers d’autres devises demandera du temps et de la coordination internationale.

Pourtant, chaque tanker qui traverse Ormuz contre des euros ou des yuans représente une petite fissure supplémentaire dans l’édifice du pétrodollar. 

À l’heure où le président Trump martèle que « d’autres doivent faire leur part » dans le détroit, l’Iran répond en proposant un nouveau jeu : un jeu où le dollar n’est plus la seule règle. Si cette initiative se concrétise, elle pourrait marquer non seulement un tournant dans la guerre en cours, mais aussi un accélérateur décisif de la dédollarisation mondiale. 

L’avenir du système monétaire international se joue peut-être aujourd’hui, entre les eaux chaudes du golfe Persique et les salles de marché de Londres, Francfort et Pékin.

https://multipol360.com/liran-et-le-detroit-dormuz-une-offensive-silencieuse-contre-le-petrodollar/

 


C) - Iran : Douze ans et déjà la guerre

À douze ans, on compte encore sur ses doigts. C’est l’âge des jeux, des cahiers froissés, des genoux écorchés. Pas celui des armes et des milices. Sauf en Iran. Crime de guerre ?

Rahim Nadali est un responsable des Gardiens de la révolution islamique. On imagine très bien que dans sa tête de gradé de la branche armée du régime, tout est bien rangé, tout s’aligne sans état d’âme ni frémissement de conscience. Si la cause est juste – et elle l’est forcément, car chez ces gens-là le doute est blasphématoire –, tout est permis.

Il y a quelques jours, il a annoncé l’enrôlement d’enfants de douze ans dans les milices bassidj, cette force paramilitaire en partie responsable des massacres de janvier dernier. Leur mission consistera à collecter des données de sécurité et à assurer des patrouilles opérationnelles, notamment de surveillance des quartiers. À douze ans !

Douze ans, c’est parfait. À cet âge-là, on n’est pas encore abîmé par le doute, pas encore contaminé par la nuance. À douze ans, c’est de la bonne graine à faire pousser droit !

Rahim Nadali pense certainement que c’est une chance qu’il donne à ces gamins : la milice, c’est un bon moyen de les former, de les éduquer, de les dresser et de leur donner une mission. Une enfance utile pour le régime, en quelque sorte, où l’on apprend à surveiller, à regarder l’autre comme une menace, à désigner l’ennemi. L’enfant ne discute pas. Il apprend vite quand on lui donne des mots simples : ami, ennemi, Dieu, Satan. On lui met des slogans dans la tête à la place de la pensée. Il fait et devient ce qu’on lui dit de faire et d’être. Bien dressé, avec une cause bien nette, bien simple, il ne conteste pas le pouvoir : il le prolonge.

Les autorités de Téhéran parlent évidemment de “participation” et d’”engagement” de la jeunesse. Mais derrière ces mots propres et bien repassés, il y a une enfance volée.

La place d’un garçon de douze ans n’est pas en premières lignes, pas dans une milice, ni sur un checkpoint ou derrière la mitrailleuse d’un véhicule de patrouille. Jamais. Le rôle d’un gouvernement est de protéger les enfants. Toujours. Pas de les sacrifier.

On peut tortiller, tourner autour, changer les mots, adoucir les phrases et trouver des nuances, il reste une chose simple : un régime qui tombe si bas qu’il en est à recruter des enfants, à les habiller en héros pour mieux les utiliser, c’est un régime sans humanité et sans avenir. C’est un régime qui n’a plus assez d’adultes pour le croire.

Et c’est un régime qui piétine, une fois de plus, le Droit international pourtant très clair : envoyer ou recruter des enfants dans des activités militaires est interdit. Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale considère même comme “crime de guerre” le fait d’enrôler des enfants de moins de quinze ans, ou de les faire participer activement à des hostilités. Lorsque le droit parle de “participation directe” et d’”hostilités”, les autorités de Téhéran parlent de “surveillance”, de “maintien de l’ordre », de “volontariat”. Des mots ! Du maquillage, de la propagande et du mensonge ! Ces enfants, quoi qu’en disent les mollahs, sont intégrés à une structure armée. Ils agissent sous commandement et sont forcément exposés à la violence. Recruter des enfants de douze ans dans une milice armée de la dictature n’est pas seulement une atteinte aux droits fondamentaux de l’enfant : ça pourrait parfaitement être lié à un crime de guerre.

Un gouvernement digne de ce nom doit protéger les enfants de la guerre, pas les enrôler et les intégrer dans les forces armées, même s’ils restent à la périphérie des combats. C’est une ligne qui ne devrait jamais être franchie.

Ça ne gêne pas la République islamique d’Iran. Pendant la guerre Iran-Irak, les mollahs envoyaient déjà leurs enfants au front, en cohorte de petits sacrifiés. Avec parfois autour du cou, une clé en plastique – dorée –, pour ouvrir les portes du paradis. Avance, petit ! Marche ! Et si tu sautes, tant mieux, c’est la promesse de la vie éternelle. Ils appelaient ça “sacrifice”, au nom de la “foi”. Mais c’étaient juste des gamins qu’on envoyait mourir avant même qu’ils aient compris pourquoi.

Toutes les dictatures vacillantes finissent par regarder du côté des enfants. L’Histoire, et pas seulement celle de l’Iran, est pleine de gosses en uniforme La Jeunesse hitlérienne, dressée pour un Reich déjà en train de s’effondrer. Les Khmers rouges qui ont fait de leurs enfants des soldats, des gardiens de camps, parfois des bourreaux. Les seigneurs de guerre en Afrique qui envoient l’enfance face à la mort. Les chemises noires, les chemises rouges, les chemises brunes, le bandeau du martyr autour du front ou la clé du paradis autour du cou : les tyrans ont tous cette obsession de prendre l’humanité avant qu’elle ne devienne libre. La république islamique d’Iran ne fait pas exception : elle patauge dans le sang de ses enfants.

Cela n’a pas l’air de beaucoup secouer nos belles consciences.

Jean-Marie Montali

Jean-Marie Montali est journaliste, auteur et réalisateur. Il débute sa carrière de journaliste aux DNA à Colmar dans les années 80. Il intègre le Groupe Le Figaro en 1991 et occupera le poste de Grand Reporter jusqu’en 2000. Il est nommé Rédacteur en chef au Figaro Régions pour assurer la relance du Figaro Méditerranée et du Figaro Rhône Alpes, fonction qu’il occupera jusqu’en 2002.  De 2002 à 2004, il est Directeur adjoint de la rédaction du Figaro Magazine aux côtés de Patrick de Carolis et de Joseph Mace-Scaron. Dès 2005, il est nommé Directeur exécutif de la rédaction du Figaro Magazine. En 2010, il rejoint France Soir comme Directeur adjoint de la rédaction. En février 2013, Jean-Marie Mointali rejoint l’équipe de Rédaction en chef du Parisien – Aujourd’hui en France. Il a aussi réalisé une dizaine de documentaires pour la télévision et est auteur de plusieurs ouvrages.  

https://nouvellerevuepolitique.fr/jean-marie-montali-iran-douze-ans-et-deja-la-guerre/ 

 


 

D) - Golfe–Yémen : l’ouverture du front Houthi ou la nouvelle carte maîtresse de Téhéran

Ce matin, les Houthis ont revendiqué le tir d’un premier missile en direction du sud d’Israël. Un signal clair après un mois de discrétion de leur part au Yémen. Un mois jour pour jour après le déclenchement, le 28 février, de l’offensive américaine et israélienne contre l’Iran, le conflit change de nature depuis plusieurs jours. Ce qui devait être une campagne rapide de frappes ciblées pour affaiblir durablement Téhéran s’installe désormais dans une logique d’extension et d’usure à moins que Trump ne conclue rapidement un accord.

L’ouverture d’un nouveau front au Yémen confirme ce que beaucoup ont peut-être sous-estimé au déclenchement de la guerre : l’Iran n’est pas seulement un acteur militaire direct, c’est une architecture régionale de guerre, patiemment construite, capable d’activer plusieurs théâtres simultanément. Même affaiblis, les proxies sèment toujours la zizanie dans tout le Moyen-Orient.

Depuis un mois, la riposte iranienne ne s’est pas limitée à un face-à-face classique et conventionnel. Elle a pris des formes multiples : drones, missiles balistiques de longue portée comme les Sejjil, pressions sur le détroit d’Ormuz, cyberattaques contre des intérêts occidentaux. À cela s’est ajoutée une montée en puissance coordonnée de ses relais régionaux qu’on croyait à l’arrêt : le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza qui reprend pied, et désormais les Houthis au Yémen. L’ouverture de ce nouveau front n’est pas un épiphénomène. Elle marque une étape supplémentaire dans une stratégie de saturation, pensée pour diluer la puissance de frappe américaine et israélienne et rendre toute victoire militaire décisive de plus en plus illusoire.

Une stratégie iranienne de démultiplication des fronts

L’erreur d’analyse initiale a été de croire que l’Iran répondrait de manière symétrique et qu’il s’essoufflerait rapidement. Ça a été le cas sur le plan de l’armée conventionnelle, certes. Or, Téhéran ne joue pas sur le même registre militaire que ses adversaires. Là où Washington et Tel-Aviv privilégient la supériorité technologique et les frappes ciblées, l’Iran mise sur la profondeur stratégique et la multiplication des foyers de tension. En activant plusieurs fronts à la fois, il transforme un conflit localisé en crise régionale diffuse.

Cette stratégie complique considérablement la tâche des États-Unis et d’Israël. Chaque nouveau théâtre impose des arbitrages militaires, logistiques et politiques. Peut-on frapper partout en même temps sans s’enliser ? Peut-on contenir une guerre qui se déplace en permanence ? À mesure que les fronts se multiplient, le coût de la guerre augmente, et la perspective d’un contrôle rapide s’éloigne.

Dans ce contexte, la position de Donald Trump apparaît de plus en plus contrainte. Après avoir revendiqué un affaiblissement significatif de l’Iran, il cherche désormais une porte de sortie politique, entre désengagement progressif et ouverture de négociations. Mais cette volonté se heurte à une réalité stratégique : l’Iran n’a pas été neutralisé, il a simplement changé de tempo et d’espace et continue à résister.

Les Houthis, le proxy que personne n’a réussi à vaincre

L’activation du front yéménite n’est pas anodine. Les Houthis constituent un cas à part dans l’écosystème des proxies iraniens. Depuis plus d’une décennie, ils ont résisté à une coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, pourtant dotée de moyens militaires considérables. Malgré les bombardements intensifs, les opérations terrestres et le soutien occidental, ils n’ont jamais été éradiqués depuis 2014.

Cette résilience tient à plusieurs facteurs : une implantation locale forte, une capacité d’adaptation militaire, et un soutien iranien calibré mais constant. Les Houthis ne sont pas une simple milice. Ils sont devenus un acteur politico-militaire structuré, capable de mener des opérations complexes, y compris contre des cibles stratégiques.

Leur retour au premier plan dans le conflit actuel illustre la profondeur du dispositif iranien. Là où certains voyaient des groupes dispersés et affaiblis, Téhéran dispose en réalité de relais opérationnels prêts à être activés en fonction des besoins. Le Yémen n’est donc pas un front secondaire mais bien un levier stratégique majeur.

Bab el-Mandeb : vers une nouvelle asphyxie énergétique ?

L’implication accrue des Houthis fait peser une menace directe sur le détroit de Bab el-Mandeb, point de passage essentiel entre la mer Rouge et l’océan Indien. Après les tensions sur le détroit d’Ormuz, c’est l’autre verrou maritime de la région qui se retrouve sous pression.

Les conséquences potentielles sont considérables. Une perturbation durable de Bab el-Mandeb affecterait immédiatement les flux énergétiques à destination de l’Europe, via le canal de Suez. Pétrole, gaz naturel liquéfié, commerce maritime global : tout serait impacté. L’effet serait cumulatif avec les tensions déjà existantes, créant un choc énergétique et logistique majeur.

Pour les Occidentaux, le risque est double. D’un côté, une hausse des prix de l’énergie et une désorganisation des chaînes d’approvisionnement. De l’autre, une extension du conflit à des zones maritimes vitales, difficilement sécurisables sur la durée. La guerre sort du champ militaire classique pour devenir un conflit systémique, touchant directement les économies.

Une guerre préparée de longue date, une sortie incertaine

Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas une improvisation iranienne. C’est l’activation progressive d’un dispositif construit sur le temps long, dans l’anticipation d’une confrontation avec Israël et les États-Unis. L’Iran n’avait sans doute pas les moyens d’une guerre frontale. Il a donc préparé une guerre fragmentée, indirecte, capable de durer.

Mais cette stratégie a un coût. Elle expose d’abord les populations de la région, à commencer par les Iraniens eux-mêmes, pris dans une logique d’escalade dont ils paient le prix économique et humain. Elle fragilise également l’ensemble du Moyen-Orient, déjà marqué par des années de conflits. Et elle finit par toucher les Occidentaux, à travers l’énergie, le commerce et la sécurité globale.

Une chose apparaît désormais clairement : le régime iranien est loin de s’effondrer. La perspective d’une transition démocratique reste, à court terme, hors de portée. Et plus la guerre s’installe dans la durée, plus elle risque de se transformer en conflit d’usure généralisé.

Sébastien Boussois

Sébastien Boussois est docteur en sciences politiques, chercheur associé à l’ULB (Belgique) et l’UQAM (Canada). Il a publié récemment, Pays du Golfe, les dessous d’une crise mondiale (Armand Colin).

https://nouvellerevuepolitique.fr/sebastien-boussois-golfe-yemen-louverture-du-front-houthi-ou-la-nouvelle-carte-maitresse-de-teheran/

 


 


 

E) - Le discours de guerre de Trump sur l’Iran : fanfaronnades, déconnexion de la réalité et fin annoncée de l’OTAN  

Le 1er avril 2026, le président Donald Trump s’est adressé à la nation américaine dans un discours très attendu sur l’évolution de la guerre contre l’Iran. Annoncé à l’avance, ce discours était censé apporter des clarifications décisives sur une opération militaire qui entre dans son deuxième mois. Pourtant, pour le lieutenant-colonel Daniel Davis, vétéran de combat à quatre reprises et animateur de la chaîne Daniel Davis Deep Dive, l’allocution n’a rien apporté de nouveau.

Au contraire, elle a révélé une profonde déconnexion entre la rhétorique triomphante de la Maison-Blanche et une réalité militaire et géopolitique de plus en plus préoccupante.

Dans une interview accordée à Glenn Diesen le 2 avril 2026, Daniel Davis décortique avec une franchise rare les contradictions du discours, les échecs stratégiques américains et les risques d’une escalade incontrôlable.

Un discours répétitif et contradictoire

Dès les premières minutes de son intervention, Trump a martelé un message ambivalent : l’Iran serait « vaincu », mais refuserait de capituler. Si Téhéran ne cède pas, les États-Unis le ramèneraient « à l’âge de pierre ». Concernant le détroit d’Ormuz, vital pour le commerce mondial du pétrole, Trump a affirmé qu’il devait être rouvert, tout en déclarant que ce n’était pas vraiment le problème des États-Unis et que d’autres nations devraient s’en charger. Quant à l’OTAN, l’administration a alterné entre reproches (« ils ne veulent pas aider ») et indifférence (« nous n’avons pas besoin d’eux »). Pour Davis, ce discours n’est qu’une répétition des déclarations faites la veille sur Truth Social. « Nous n’avons rien entendu de nouveau », constate-t-il. Pire, ces déclarations masquent une incertitude croissante derrière des fanfaronnades qui ne correspondent plus à la réalité du terrain.

Les retombées économiques immédiates

Le vétéran pointe immédiatement les conséquences économiques immédiates. Contrairement aux précédentes interventions qui avaient calmé les marchés, celle-ci a eu l’effet inverse : les cours du pétrole ont bondi tandis que les bourses mondiales ont chuté. « Les gens du monde entier comprennent désormais ce qui se passe avec le pétrole », explique Daniel Davis. Le détroit d’Ormuz reste fermé, et aucune force navale, même conjointe avec l’OTAN, ne peut le rouvrir par la seule puissance de feu. Toute tentative transformerait le passage en « champ de tir » pour les navires.

L’échec des objectifs militaires face à une Iran résiliente

Les frappes américaines et israéliennes n’ont pas non plus atteint leurs objectifs stratégiques. Le gouvernement iranien demeure solidement en place malgré l’assassinat de plusieurs dirigeants. Les missiles balistiques conservent leur capacité opérationnelle, comme l’ont démontré les tirs récents sur Israël. La marine iranienne, composée essentiellement de vedettes rapides, de drones de surface et de sous-marins, est largement intacte. Davis rappelle que des milliers d’embarcations légères cachées dans des tunnels et des abris pourraient être déployées à tout moment. 

Surtout, les groupes proxies – Hezbollah libanais, Kata’ib Hezbollah irakien et autres milices – ont intensifié leurs actions. « Ils participent tous désormais à un degré ou à un autre », note l’analyste.

La destruction du pont civil : un glissement vers les cibles non militaires

Face à cette résilience, Donald Trump a brandi la menace de bombardements massifs. Mais Daniel Davis juge cette rhétorique irréaliste. L’Iran est un pays quatre fois plus grand que l’Irak, avec 93 millions d’habitants dispersés sur un terrain accidenté. Les États-Unis manquent déjà de munitions pour une telle campagne. Pire, bombarder massivement ne ferait que durcir la détermination du peuple iranien. 

L’exemple récent d’un grand pont civil iranien détruit – présenté par Donald Trump comme une victoire – illustre ce glissement dangereux. Pour Daniel Davis, il s’agit d’une cible non militaire, donc potentiellement d’un crime de guerre. Un ami iranien expatrié, farouchement opposé au régime, a réagi avec colère : « C’est un crime de guerre. » Loin d’intimider, ces frappes renforcent la cohésion nationale et ferment les portes à toute négociation.

Vers une opération terrestre risquée ?

Donald Trump semble désormais dos au mur. Faute de cibles militaires significatives restantes, la stratégie se recentre sur la souffrance civile pour forcer un accord. Daniel Davis y voit le dernier recours d’une guerre de choix mal engagée. 

Ces dernières semaines, les États-Unis ont déployé environ 20.000 soldats supplémentaires : avions d’attaque A-10 pour l’appui aérien rapproché, hélicoptères d’assaut, éléments de la 82e division aéroportée, unités expéditionnaires de Marines, Rangers et forces spéciales.

Pour Daniel Davis, cette concentration de forces au sol révèle une conviction désespérée : puisque l’aviation, la marine et les missiles n’ont pas suffi, peut-être qu’une opération terrestre changera la donne.

Pourtant, il compare cette décision à une partie de poker à très haut risque jouée contre un adversaire expérimenté sur son propre terrain. Les Iraniens ont mobilisé leurs réserves, disposent de volontaires nombreux et connaissent parfaitement leur territoire. « C’est comme miser la ferme avec un 2 et un 6 contre quelqu’un qui a des figures », ironise-t-il. Tactiquement, une telle opération serait déjà extrêmement risquée ; stratégiquement, elle frôle l’impossible.

La mort annoncée de l’OTAN

Le discours de Trump a également révélé une fracture profonde avec les alliés européens. Il a reproché à l’OTAN son manque de soutien, soulignant que les Européens ont fermé leur espace aérien et refusé d’envoyer des systèmes Patriot.

Daniel Davis va plus loin : pour lui, l’OTAN est déjà morte.

Il rappelle que l’expansion de l’Alliance après la Guerre froide était militairement irrationnelle et perçue comme une provocation par la Russie. Donald Trump, lui, considère l’OTAN non comme une alliance de sécurité collective (article 5), mais comme un « jouet » américain : les Européens doivent payer davantage et obéir aux ordres, même pour une guerre de choix à laquelle ils n’ont pas été consultés. « Cela montre clairement que l’OTAN n’est qu’une extension des forces armées américaines », estime Daniel Davis. Même si la guerre en Iran s’achevait rapidement, les dommages sont irréversibles. L’Europe devra trouver une nouvelle architecture de sécurité. L’Ukraine, déjà en difficulté, paiera le prix fort de cette rupture.

Les vrais vainqueurs géopolitiques : Russie et Chine

Sur le plan géopolitique, les grands gagnants de ce conflit sont la Russie et la Chine. Moscou apparaît comme un acteur raisonnable, offrant de la stabilité énergétique au milieu du chaos moyen-oriental. Pékin renforce discrètement son influence. Quant à l’Iran, son ministre des Affaires étrangères maintient une porte ouverte aux négociations, mais à ses conditions : réouverture contrôlée du détroit d’Ormuz en échange de garanties de sécurité. Donald Trump, cependant, semble prisonnier d’un raisonnement analogique simpliste, inspiré de la situation vénézuélienne : imposer une reddition totale et installer un gouvernement favorable pour contrôler le pétrole. Daniel Davis juge cette vision « complètement infondée et déconnectée ».

Les risques d’escalade extrême

Le risque le plus inquiétant reste l’escalade.

Si une opération terrestre tourne au désastre – pertes massives ou captures –, Trump ou Netanyahu pourraient envisager l’utilisation d’armes nucléaires « tactiques ».

Daniel Davis rappelle que, rhétoriquement, les menaces de « retour à l’âge de pierre » et les tweets de Pete Hegseth vont dans ce sens. Il craint que la stratégie américaine ne soit pas pensée plusieurs coups à l’avance, mais réactive et impulsive. « Il lance quelque chose contre le mur pour voir si ça tient », résume-t-il. Israël, de son côté, ne montre aucun signe de doute. Malgré les dommages subis,

Tel-Aviv semble convaincu de pouvoir l’emporter dans une guerre d’usure contre un pays de 93 millions d’habitants.

Daniel Davis juge cette posture irrationnelle, mais elle pousse Trump à maintenir la pression.

Le lieutenant-colonel Daniel Davis est un vétéran de combat à quatre reprises, lauréat du prix Ridenhour pour la recherche de la vérité, et animateur de la chaîne YouTube *Daniel Davis Deep Dive*. Le lieutenant-colonel Davis aborde l’escalade continue et le vide stratégique dans la guerre en Iran, ainsi que la probable disparition de l’OTAN. Enregistré le 2 avril 2026.
 

Un retrait urgent recommandé

Au terme de l’entretien, Daniel Davis livre un conseil clair :

mieux vaut se retirer maintenant plutôt que de sacrifier des vies américaines dans une opération terrestre vouée à l’échec.

« Peu importe ce qu’il a fait, il ne faut pas sacrifier un tas d’Américains pour des morts inutiles. » Le discours de Donald Trump, loin d’annoncer une victoire imminente, révèle surtout une stratégie en bout de course, portée par l’espoir plutôt que par une analyse réaliste. À l’heure où le pétrole flambe et où les alliances se fissurent, l’administration américaine semble jouer son va-tout dans une guerre dont les contours militaires restent flous et les conséquences géopolitiques potentiellement catastrophiques. L’avenir proche dira si la raison l’emportera ou si l’escalade, comme le craint Daniel Davis, conduira à un point de non-retour.

https://multipol360.com/le-discours-de-guerre-de-trump-sur-liran-fanfaronnades-deconnexion-de-la-realite-et-fin-annoncee-de-lotan/

 

octobre 24, 2025

L'écosystème aurifère chinois envers la dédollarisation !

La Chine révolutionne le marché de l’or, un défi au système monétaire occidental ?

Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes et de dédollarisation accélérée, la Chine émerge comme un acteur majeur sur le marché de l’or. Récemment, Pékin a annoncé une série d’initiatives ambitieuses visant à renforcer son infrastructure aurifère, incluant l’expansion de coffres à Hong Kong, la mise en place d’un système central de compensation et la création d’un « pont doré » pour les pays BRICS.

 


 

Ces mesures ne se limitent pas à l’accumulation d’or ; elles visent à contrôler son stockage, son échange et même sa cotation, challengeant directement la dominance occidentale sur ce métal précieux.

Ce mouvement s’inscrit dans une stratégie plus large de dédollarisation, où l’or physique redevient un actif central, potentiellement menant à un « reset monétaire » qui pourrait impacter les détenteurs de dollars à travers le monde.

Les nouvelles initiatives chinoises : construire un écosystème aurifère indépendant

En septembre 2025, la Chine a dévoilé des politiques massives pour étendre ses capacités de stockage d’or, notamment via la Shanghai Gold Exchange (SGE). Hong Kong, en partenariat avec Pékin, vise à atteindre une capacité de 2.000 tonnes dans ses coffres offshore, attirant les réserves souveraines étrangères pour des échanges en yuan. Ce n’est pas seulement une question de quantité : la Chine met en place un système de compensation (clearing) basé sur l’or physique et le yuan, permettant des transactions sécurisées sans dépendance au dollar. Des mécanismes comme les repo (prêts garantis par or) remplacent progressivement les Treasuries américains comme collatéral dans le commerce international.

Au cœur de ces efforts se trouve le « pont doré » pour les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, et membres étendus). Ce concept métaphorique désigne un réseau d’infrastructures reliant ces nations via l’or comme actif de règlement, facilitant le commerce sans recourir au système SWIFT dominé par l’Occident. Les BRICS+ accumulent déjà plus de 6.000 tonnes d’or, représentant environ 20-21% des réserves mondiales des banques centrales, et explorent des systèmes de paiement adossés à l’or pour contourner les sanctions. Cela inclut des vaults décentralisés à Hong Kong, Moscou ou même en Arabie saoudite, audités collectivement pour renforcer la confiance mutuelle.

Traditionnellement, le prix de l’or est influencé par des marchés occidentaux comme la COMEX à New York et la LBMA à Londres, souvent accusés de manipulations via des contrats « papier-or » . La Chine, en promouvant des échanges basés sur l’or physique conforme à Basel III, pourrait faire basculer ce rapport de force, influençant les cotations globales et stabilisant le yuan.

Les défis historiques de la récupération d’or : leçons des États-Unis et du Royaume-Uni

Ces initiatives chinoises gagnent en attractivité face aux difficultés rencontrées par les nations tentant de rapatrier leur or « confié » à des puissances occidentales.

Historiquement, les États-Unis et le Royaume-Uni ont servi de gardiens pour les réserves aurifères mondiales, mais les tentatives de récupération ont souvent révélé des tensions géopolitiques et des risques de confiscation.

 

Un exemple emblématique est celui de la France sous Charles de Gaulle dans les années 1960. Inquiet de la surévaluation du dollar et de l’inflation américaine, de Gaulle lança l’opération secrète « Vide-Gousset », rapatriant discrètement 3.313 tonnes d’or des coffres-forts de la Federal Reserve aux États-Unis entre 1960 et 1967 (Il fallut 44 traversées en bateau et 129 vols pour ramener plus de trois mille tonnes d’or à la Banque de France à Paris). Cette action, motivée par des doutes sur la convertibilité du dollar en or promise par les accords de Bretton Woods, contribua à la pression sur les réserves américaines. En réponse, le président Richard Nixon annonça le « Nixon Shock » le 15 août 1971, suspendant unilatéralement la convertibilité du dollar en or pour freiner les sorties massives d’or et préserver les réserves américaines. Ce choc marqua la fin du système de Bretton Woods et le début de l’ère des monnaies fiat, où le dollar repose sur la confiance plutôt que sur l’or.

 


 

Plus récemment, le Venezuela illustre les risques contemporains liés aux sanctions.

Depuis 2019, environ 31 tonnes d’or vénézuélien, évaluées à plus de 1,2 milliard de livres sterling, restent bloquées dans les coffres de la Banque d’Angleterre.

Le blocage découle de la reconnaissance par le Royaume-Uni de Juan Guaidó comme leader intérimaire plutôt que Nicolás Maduro, déclenchant un litige judiciaire prolongé. Malgré des demandes répétées de Caracas pour rapatrier l’or afin de financer des besoins humanitaires, les sanctions britanniques, américaines et européennes – renforcées en janvier 2025 contre des individus liés au régime Maduro – ont maintenu le gel des actifs. Ce cas met en lumière comment les outils géopolitiques comme les sanctions peuvent transformer des dépôts « sécurisés » en otages diplomatiques.

Ces épisodes – du rapatriement français aux blocages vénézuéliens – soulignent les vulnérabilités des nations dépendantes des coffres-forts occidentaux, particulièrement en période de conflits ou de sanctions. Un parallèle peut être tracé avec la garantie des dépôts bancaires en France, limitée à 100.000 € par déposant et par établissement via le Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution (FGDR), censé protèger les épargnants contre les faillites bancaires mais qui pourrait s’avérer insuffisant en cas de crise systémique majeure, exposant les citoyens à des risques similaires de perte d’accès ou de valeur en temps de tensions géopolitiques ou économiques.

Des pays comme l’Allemagne et les Pays-Bas ont également rapatrié une partie de leur or des USA dans les années 2010, citant des préoccupations similaires sur la sécurité et la souveraineté.


 

Implications pour les BRICS et l’ordre monétaire mondial

Face à ces défis, les pays BRICS se tournent vers la Chine pour un système alternatif plus neutre et résistant aux sanctions. Les coffres chinois offrent une option décentralisée, avec des audits partagés et des settlements en or physique, réduisant les risques de confiscation comme vu avec les actifs russes gelés en 2022.

Cela pourrait accélérer la bifurcation du système financier : un bloc occidental centré sur le dollar et les dettes, face à un bloc oriental ancré sur l’or et le yuan.

Les banques centrales émergentes achètent de l’or à des niveaux records en 2025, diversifiant leurs réserves pour hedge (barrière) contre l’inflation et la dévaluation du dollar. Si ces initiatives réussissent, elles pourraient élever le prix de l’or – déjà en rallye historique – et affaiblir la suprématie du dollar, impactant les comptes courants, retraites et investissements globaux.

 


 

Vers un reset monétaire ?

Les actions de la Chine signalent un tournant potentiel dans l’ordre monétaire mondial, où l’or redevient un pilier de stabilité face aux incertitudes fiat. En offrant une alternative aux coffres-forts occidentaux, Pékin non seulement défie l’hégémonie du dollar mais répond aussi aux leçons amères de l’histoire, comme celles de De Gaulle et du Venezuela. Alors que les BRICS avancent, le monde observe : ce « pont doré » mènera-t-il à une coopération multipolaire ou à une nouvelle guerre froide économique ?

https://multipol360.com/la-chine-revolutionne-le-marche-de-lor-un-defi-au-systeme-monetaire-occidental/

 


 

octobre 04, 2025

Le discours de Vladimir Poutine pour information...!

Poutine News !
 
Poutine sur le déclin de l'Europe :
 

 
« Même les intellectuels les plus libéraux de Russie, ceux qui passent la moitié de leur vie en Europe, me disent : « L’Europe que nous avons tant aimée, l’Europe que nous avons chérie, n’existe plus. »
Il affirme que la crise est plus profonde que la stagnation allemande ou la dette française.
Le véritable effondrement réside dans la perte d'identité de l'Europe : « L'immigration incontrôlée ronge l'Europe de l'intérieur… Sans fondements fondés sur des valeurs, l'Europe que nous aimions tous disparaîtra. »
 

Vladimir Poutine ironise sur Emmanuel Macron :
« Il crée des tensions à l’extérieur, cherche à provoquer la Russie, puis dit au peuple français :
“Rassemblez-vous derrière moi, je vous mènerai à la victoire comme Napoléon.” »
« La plupart des Européens ne comprennent pas pourquoi ils devraient craindre la Russie au point de devoir se serrer la ceinture et sacrifier leurs propres intérêts pour l’affronter. Pourtant, les élites dirigeantes continuent d’alimenter l’hystérie, affirmant qu’une guerre avec la Russie est imminente, répétant inlassablement cette absurdité, ce mantra.
Franchement, parfois, en les observant, j’ai l’impression qu’ils ne croient pas eux-mêmes à leurs propos. Ils semblent incapables de croire que la Russie pourrait attaquer l’OTAN. Pourtant, ils persuadent leur population de cette menace. Alors, qui sont ces gens ? Soit ils sont totalement incompétents s’ils croient à ces inepties, soit ils sont simplement malhonnêtes, car ils n’y croient pas eux-mêmes mais convainquent leur peuple du contraire.
Je voudrais simplement dire : calmez-vous, dormez sur vos deux oreilles et occupez-vous de vos problèmes. Regardez ce qui se passe dans les rues des villes européennes, ce qui arrive à l’économie, à l’industrie, à la culture et à l’identité européenne, avec des dettes colossales, une crise croissante des systèmes sociaux et de sécurité, des migrations incontrôlées et une montée de la violence » a-t-il déclaré.
 
 

Le discours de Vladimir Poutine au Club de Valdaï 2025 : Un manifeste pour un monde multipolaire

Le 2 octobre 2025, à Sotchi, en Russie, s’est tenue la 22e réunion annuelle du Club de discussion international de Valdaï, un forum influent qui rassemble experts, dirigeants et intellectuels pour débattre des affaires mondiales. Sous le thème « Le monde polycentrique : mode d’emploi », cette édition a été marquée par le discours de Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, prononcé lors de la session plénière. Ce discours, suivi d’une longue séance de questions-réponses, a duré près de quatre heures et a été perçu comme un « manifeste culturel » et géopolitique, défendant la multipolarité face à ce que Poutine décrit comme les tentatives ratées d’hégémonie occidentale.

Dans un contexte de tensions internationales exacerbées par le conflit en Ukraine, les sanctions contre la Russie et les bouleversements mondiaux, Poutine a esquissé sa vision d’un ordre mondial plus démocratique, équilibré et respectueux des spécificités civilisationnelles.

Fondé en 2004, le Club de Valdaï tire son nom du lac Valdaï, près de Veliki Novgorod, où s’est tenue sa première réunion. Il est devenu un espace privilégié pour la Russie de s’adresser au monde, souvent utilisé par Vladimir Poutine pour exposer sa doctrine étrangère. Cette année, le rapport du club portait sur la multipolarité, un concept que Vladimir Poutine a développé comme une réponse inévitable à l’échec du modèle unipolaire dominé par l’Occident. Selon les analyses, ce discours reflète une Russie confiante, affirmant ses avancées militaires en Ukraine tout en appelant à des accords globaux sans soumission. Des observateurs comme ceux de l’European Council on Foreign Relations notent que Vladimir Poutine y a indiqué trois changements majeurs dans la politique russe envers l’Europe, vue comme l’« ennemi numéro un ». D’autres, comme le Moscow Times, soulignent son insistance sur la responsabilité européenne pour la paix en Ukraine.

Vladimir Poutine a commencé par souligner l’importance du forum : « Le Club de Valdaï a en effet réuni pour la 22e fois, et ces réunions sont devenues plus qu’une bonne tradition. Les discussions sur les plateformes de Valdaï offrent une opportunité unique d’évaluer la situation globale de manière impartiale et complète, de révéler les changements et de les comprendre. » Il a insisté sur le fait que le club permet de regarder au-delà du banal, en posant des questions non conventionnelles et en levant le voile sur l’avenir. Ce cadre introductif pose les bases d’une réflexion profonde sur les transformations radicales du monde, où « tout change rapidement, voire radicalement ».

La multipolarité : Une nouvelle ère démocratique et dynamique

Au cœur du discours se trouve la notion de multipolarité, décrite comme un phénomène qualitativement nouveau. Vladimir Poutine explique que le monde actuel offre un espace plus ouvert et créatif pour la politique étrangère : « Rien n’est prédéterminé ; les développements peuvent prendre différentes directions. Beaucoup dépend de la précision, de l’exactitude, de la cohérence et de la réflexion des actions de chaque participant à la communication internationale. » Cependant, il avertit que dans cet espace vaste, il est facile de se perdre, comme cela arrive souvent.

La multipolarité est dynamique, avec des changements rapides et imprévisibles : « Le changement se produit rapidement, parfois soudainement, presque du jour au lendemain. Il est difficile de s’y préparer et souvent impossible de le prédire. Il faut être prêt à réagir immédiatement, en temps réel. » Plus démocratique, elle ouvre des opportunités à un large éventail d’acteurs politiques et économiques. Vladimir Poutine affirme que jamais autant de pays n’ont eu la capacité ou l’ambition d’influencer les processus régionaux et globaux.

Les spécificités culturelles et civilisationnelles jouent un rôle croissant : « Il est nécessaire de chercher des points de contact et de convergence d’intérêts. Personne n’est prêt à jouer selon les règles fixées par quelqu’un d’autre, quelque part loin – comme un chansonnier bien connu chez nous l’a chanté, ‘au-delà des brumes’, ou au-delà des océans. » Les décisions ne peuvent être prises que sur la base d’accords satisfaisant toutes les parties ou la majorité écrasante, sinon il n’y aura pas de solution viable, seulement des phrases vides et un jeu d’ambitions stérile. L’harmonie et l’équilibre sont essentiels pour des résultats.

Paradoxalement, la multipolarité est une conséquence directe des tentatives d’établir une hégémonie mondiale :

« La multipolarité est devenue une conséquence directe des tentatives pour établir et préserver une hégémonie mondiale, une réponse du système international et de l’histoire elle-même au désir obsessionnel d’organiser tout le monde en une seule hiérarchie, avec les pays occidentaux au sommet.

L’échec d’une telle entreprise n’était qu’une question de temps. » Vladimir Poutine voit dans les BRICS+, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et d’autres associations des modèles de diplomatie du XXIe siècle, fonctionnant sans hiérarchie ni subordination, basés sur des accords mutuels et « pour elles-mêmes, pas contre quiconque ».

Ces structures représentent la « majorité mondiale » et favorisent la décolonisation. Comme l’analyse Novaya Gazeta, Vladimir Poutine présente une vision confiante d’un monde multipolaire où la Russie joue un rôle central, tout en avertissant l’Occident contre l’armement supplémentaire de l’Ukraine.

Critique de l’hégémonie occidentale et rôle des institutions globales

Vladimir Poutine critique sévèrement les tentatives occidentales d’imposer un ordre unipolaire.

Il rappelle que la Russie a tenté de rejoindre l’OTAN en 1954 et en 2000, mais a été rejetée :

« Notre pays, souhaitant éliminer les motifs de confrontation et créer un espace commun de sécurité, a été prêt deux fois à rejoindre l’OTAN. Les deux fois, nous avons été refusés. » Cela illustre, selon lui, l’arrogance de l’Occident, qui a succombé à la tentation du pouvoir absolu au lieu de bâtir un partenariat.

Le pic de puissance américaine coïncide avec ce moment, où les nations ont appris à se soumettre, même contre leurs intérêts. Mais cela n’a résolu aucun problème global ; au contraire, ils se multiplient. Les institutions comme l’ONU ont perdu de leur efficacité, et aucun État, même puissant, ne peut tout résoudre seul. Vladimir Poutine plaide pour un retour à la diplomatie classique, tenant compte des intérêts de tous, surtout en matière de sécurité indivisible :

« La sécurité de certains ne peut être assurée aux dépens des autres. Sinon, il n’y a pas de sécurité du tout – pour personne. »

Il met en avant les défis globaux – catastrophes naturelles, technologiques, sociaux – qui nécessitent des efforts conjoints sans préjugés idéologiques. « Il n’y a pas de réponses prêtes à l’emploi ici, mais je crois que pour résoudre les problèmes globaux, nous devons, d’abord, les aborder sans préconceptions idéologiques, sans le pathos didactique de ‘Je vais vous expliquer tout maintenant’. Deuxièmement, il est important de reconnaître que c’est une entreprise commune, indivisible, nécessitant les efforts conjoints de tous les pays et peuples. »

Le conflit en Ukraine : Un exemple tragique d’escalade occidentale

Vladimir Poutine qualifie le conflit en Ukraine d’exemple tragique causé par des décennies de promotion du nationalisme et du néo-nazisme, encouragées par l’Occident. L’OTAN a utilisé l’Ukraine comme une « arme destructrice » contre la Russie. Il regrette que le conflit n’ait pas été évité par des solutions collectives et remercie les BRICS, la Biélorussie, la Corée du Nord et les États arabes pour leurs efforts de médiation, blâmant une minorité européenne pour l’escalade.

« Nous sommes reconnaissants envers tous les pays qui ont fait des efforts sincères pour trouver une issue à cette situation ces dernières années. Cela inclut nos partenaires : les membres fondateurs des BRICS ; la Biélorussie et aussi, soit dit en passant, la Corée du Nord ; le monde arabe dans son ensemble, principalement les Émirats arabes unis, ainsi que de nombreux autres pays. »

Il affirme que la défaite stratégique de la Russie est « impossible » et met en avant les avancées militaires russes.

Dans le temps imparti aux questions/réponses, , il aborde les fournitures d’armes américaines comme les Tomahawk, qui ne changeraient pas l’équilibre mais marqueraient une nouvelle escalade. Il avertit contre les provocations : « Nous répondons vite. Ne provoquez pas. ».

Relations avec l’Occident : Europe et États-Unis

Vladimir Poutine critique les dirigeants européens pour créer un « ennemi imaginaire » en Russie afin de détourner l’attention de problèmes internes comme l’économie stagnante, la dette et la crise identitaire due à la migration. Il rejette les accusations d’agression contre l’OTAN comme du « nonsense » et met en garde contre la militarisation de l’Europe, comme l’ambition allemande d’avoir la plus puissante armée. « Nous ne pouvons tout simplement pas ignorer ce qui se passe. Nous n’avons pas le droit de le faire pour des raisons de sécurité. Je le répète, il s’agit de notre défense et notre sécurité. Par conséquent, nous surveillons de près la militarisation croissante de l’Europe. »

 

 

Pour les États-Unis, il note des désaccords mais apprécie leur approche directe. Il exprime le désir de restaurer des relations complètes : « La Russie se réserve aussi le droit d’être guidée par nos intérêts nationaux, l’un d’eux étant la restauration de relations complètes avec les États-Unis. » Il mentionne des échanges commerciaux persistants, comme l’uranium (800 millions de dollars en 2024), et soutient les efforts de Trump pour la paix à Gaza, à condition d’une solution à deux-États.

Aspects culturels et valeurs traditionnelles

Le discours est un « manifeste culturel », défendant les valeurs traditionnelles contre les politiques occidentales destructrices, comme les débats sur l’identité et la migration. Vladimir Poutine note que des Occidentaux fuient vers la Russie pour préserver ces valeurs : « Le terrorisme de genre contre les enfants ne convient pas à beaucoup, et ils cherchent des refuges sûrs, venant chez nous. Dieu voulant, nous les soutiendrons. » Il insiste sur le respect des traditions comme base des relations stables :

« Le respect des traditions est la première et la plus importante condition pour des relations internationales stables et pour résoudre les défis émergents. »

Il critique l’érosion des valeurs européennes : « L’UE est un puissant centre de notre civilisation, mais c’est aussi un centre qui s’estompe. La raison n’est pas seulement que l’Allemagne stagne… mais que les questions fondamentales liées à l’identité européenne disparaissent. Elles sont érodées de l’intérieur ; la migration incontrôlée fait cela. » Des intellectuels occidentaux lui disent : « L’Europe que nous aimions n’existe plus. »

La séance de questions-réponses : Approfondissements et avertissements

Lors des échanges, Vladimir Poutine aborde les relations russo-indiennes (sans tensions historiques), la possibilité d’une administration Trump pour résoudre l’Ukraine, et les attaques de drones ukrainiens sur Sotchi. Il réaffirme la résilience russe face aux sanctions :

« 30.000 sanctions ont échoué à isoler la Russie. »

Il critique les tarifs américains sur l’Inde, affirmant que l’Inde et la Chine ne se soumettront pas.

Il met en garde contre les menaces nucléaires, comme les attaques sur Zaporijjia, et vante l’armée russe comme la plus prête au combat, adaptant ses tactiques face à l’OTAN.

Réactions et analyses internationales

Le discours a suscité des réactions variées, soulignant le plus souvent, l’hystérie européenne et les avertissements contre la militarisation. Les médias occidentaux l’ignorent, malgré son focus sur les BRICS et la multipolarité. Certains analystes voient un durcissement envers l’Europe. Le Guardian rapporte que Vladimir Poutine rejette les craintes d’attaque sur l’OTAN et les qualifient d’absurdes.
Globalement, le discours renforce l’image d’une Russie résiliente, appelant à un ordre mondial inclusif.

Le discours de Vladimir Poutine au Valdaï 2025 est un appel à un monde multipolaire équilibré, critiquant l’hégémonie occidentale tout en tendant la main pour des accords mutuels. Face aux défis globaux, il insiste sur l’harmonie et le respect des civilisations. Alors que les tensions persistent, ce manifeste pourrait influencer les dynamiques futures, particulièrement avec les élections américaines et l’expansion des BRICS. La Russie, selon Vladimir Poutine, est prête pour ce travail commun.

https://multipol360.com/le-discours-de-vladimir-poutine-au-club-de-valdai-2025-un-manifeste-pour-un-monde-multipolaire/

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