Notre dette est la plus grande menace pour notre sécurité nationale.Une solution efficace à ce problème serait d'adopter mon Plan des Six Sous qui permettrait d'équilibrer le budget en cinq ans.
La spirale de la dette mène à la destruction du dollar : 6 observations, dures vérités que l’Amérique ne peut plus ignorer
Article de Nick Giambruno, relayé par Doug Casey's International Man :
« Dès qu'un gouvernement a le pouvoir de racheter sa propre dette, il ne manque jamais de le faire, ce qui finit par détruire la valeur de la monnaie.» – Ron Paul
Prenons du recul et analysons la situation dans son ensemble afin d'évaluer la situation financière du gouvernement américain, son évolution probable et les conséquences possibles de ces tendances.
Observation n° 1 : Réduire les dépenses est politiquement impossible.
Parmi les postes de dépenses les plus importants du gouvernement américain figurent les prestations sociales comme la Sécurité sociale et Medicare.
Il est peu probable qu’un homme politique réduise ces prestations.Au contraire, je m’attends à ce qu’elles continuent d’augmenter.
En effet, des dizaines de millions de baby-boomers – soit environ 22 % de la population – prendront leur retraite dans les années à venir.Réduire la Sécurité sociale et Medicare est un moyen infaillible de perdre une élection.
Les intérêts de la dette fédérale constituent déjà le deuxième poste de dépenses fédéral.D’ici quelques mois, ils devraient dépasser ceux de la Sécurité sociale et devenir le premier.
Face à la situation géopolitique la plus précaire depuis la Seconde Guerre mondiale, il est peu probable que les dépenses de défense nationale – un autre poste de dépenses majeur – soient réduites.Au contraire, une augmentation est quasi certaine.Le président Trump a proposé de les porter de 917 milliards de dollars à 1 500 milliards.La guerre en cours contre l’Iran garantit une forte hausse des dépenses militaires.Le Pentagone a d’ailleurs demandé 200 milliards de dollars supplémentaires pour ce conflit.
Les différents programmes de santé et de protection sociale représentent également une part considérable du budget fédéral et il est peu probable qu’ils soient réduits.
En bref, les efforts de réduction des dépenses seront vains tant qu’il ne sera pas politiquement acceptable de procéder à des coupes drastiques dans les prestations sociales, la défense nationale et la protection sociale, tout en réduisant la dette publique afin d’en diminuer les coûts d’intérêt.
Autrement dit, les États-Unis auraient besoin d’un dirigeant qui, a minima, rétablisse une république constitutionnelle aux pouvoirs limités, ferme les 128 bases militaires à l’étranger, supprime les prestations sociales, démantèle l’État-providence et rembourse une part importante de la dette publique.
Cependant, c'est un scénario totalement irréaliste.Il serait insensé de parier sur une telle chose.
Voici le constat :
Le gouvernement est incapable de ralentir la croissance des dépenses, et encore moins de la réduire.
Les dépenses ne peuvent qu'augmenter, et de façon exponentielle.
Observation n° 2 : L’endettement croissant est le seul moyen de financer les déficits
Face à un choix, les politiciens optent toujours pour la solution la plus opportune.
En l’occurrence, cela signifie augmenter la dette plutôt que de prendre des décisions budgétaires difficiles ou de déclarer un défaut de paiement.
Prenons l’exemple de la farce récurrente du plafond de la dette au Congrès américain, relevé plus de 100 fois depuis 1944.
Quoi qu'il en soit, ne comptez pas sur une hausse des recettes fiscales pour compenser l'augmentation des dépenses fédérales.
Même avec un taux d'imposition de 100 %, cela ne suffirait pas à enrayer la croissance de la dette.
Selon Forbes, les États-Unis comptent environ 902 milliardaires, dont la fortune cumulée s'élève à près de 6 800 milliards de dollars.
Le gouvernement fédéral américain a dépensé environ 7 000 milliards de dollars au cours de l'exercice 2025 et dépensera très certainement bien plus en 2026 et les années suivantes.
Même si le gouvernement américain confisquait la totalité des actifs des milliardaires par le biais d'un impôt sur la fortune, cela ne suffirait pas à couvrir une seule année de dépenses fédérales courantes.
Et même après la confiscation de toute la fortune des milliardaires, le gouvernement américain devrait encore emprunter plus de 200 milliards de dollars pour couvrir les dépenses de l'exercice 2025.
En résumé : augmenter les impôts, même de façon extrême, ne changera rien à cette tendance inéluctable.
La vérité est que, quoi qu’il arrive, les déficits continueront de croître, tout comme la dette nécessaire pour les financer.
Le taux de croissance ne ralentira même pas ;il augmentera.
Par conséquent, les charges d’intérêts sur la dette fédérale continueront de s’envoler.
Observation n° 3 : Plus de la moitié de la dette du Trésor américain arrive à échéance d’ici 2028
Cette année, près de 10 000 milliards de dollars d’obligations du Trésor américain arriveront à échéance.
Et chaque obligation arrivant à échéance doit être refinancée aux taux actuels, bien plus élevés, ce qui engendre des coûts d’intérêt considérablement plus importants pour les années à venir.Ce qui se renouvelait auparavant sans difficulté ne peut désormais l’être qu’à un coût d’intérêt environ deux fois supérieur à celui de 2022.
C’est ce que le graphique ci-dessous illustre en réalité : l’ère de l’argent facile est révolue.La période de « l’argent gratuit » est terminée, et il faut maintenant assumer la facture du dernier plan de relance.
Plus de la moitié de la dette américaine arrivera à échéance d’ici 2028.
Chaque fois que la dette américaine est refinancée à des taux plus élevés, les coûts d’intérêt augmentent le déficit ; des coûts qui doivent être financés par l’émission de nouvelles dettes, aggravant ainsi le problème.
Il est important de noter que sur les 9 600 milliards de dollars arrivant à échéance cette année, environ 6 600 milliards (soit près de 69 %) sont des bons du Trésor à court terme.
Ce phénomène est typique des crises de la dette.Face à la baisse de la demande d’obligations à long terme, les investisseurs se tournent vers des instruments à court terme comme les bons du Trésor, au détriment des obligations à 10 ans et à 30 ans.
On observe le même schéma lors des crises des marchés émergents : le marché raccourcit les échéances à mesure que la situation se détériore.Seul un imprudent prêterait de l’argent à long terme à un État en faillite.
Observation n° 4 : L’augmentation constante des charges d’intérêts alimente la spirale de la dette
Les intérêts annuels de la dette fédérale dépassent 1 200 milliards de dollars et continuent d’augmenter.Cela signifie que plus de 23 % des recettes fiscales fédérales sont consacrées au seul service de la dette existante.
Ray Dalio est l'un des gestionnaires de fonds spéculatifs les plus performants au monde.
Son succès repose sur sa capacité constante à avoir une vision globale juste.
Il a récemment déclaré (nous soulignons) :
« Nous en sommes à un point où nous empruntons pour payer le service de la dette.
Lorsque la dette croît plus vite que les revenus, cela signifie que le service de la dette empiète sur les dépenses, alors même que l'on souhaite continuer à dépenser.
De ce fait, il devient nécessaire de s'endetter toujours plus. Le processus s'accélère.
Nous sommes au point d'accélération. Nous approchons du point critique.»
La situation financière du gouvernement américain se détériore progressivement depuis des décennies, il n'est donc pas surprenant que beaucoup se montrent complaisants.Ils entendent parler du problème de la dette depuis longtemps, et rien n'a été fait.
Cependant, nous atteignons aujourd'hui un point de non-retour.
En effet, comme l'a souligné Dalio, le gouvernement américain emprunte désormais pour payer les intérêts de ses emprunts existants.Les politiciens augmentent la dette pour tenter de résoudre les problèmes liés à la dette existante.Cela crée un cercle vicieux qui s'auto-alimente.
Le coût des intérêts de la dette fédérale dépasse déjà celui du budget de la défense.Il est en passe de dépasser celui de la sécurité sociale dans les prochains mois et de devenir le poste de dépense le plus important du budget fédéral.
En bref, l'explosion des charges d'intérêts constitue une menace urgente pour la solvabilité du gouvernement américain.
Observation n° 5 : La flambée des charges d’intérêts contraint la Fed à assouplir sa politique monétaire
La flambée des charges d’intérêts menace la solvabilité du gouvernement américain et contraint la Fed à baisser ses taux d’intérêt, à acheter des bons du Trésor et à mettre en œuvre d’autres mesures d’assouplissement monétaire afin de maîtriser les coûts d’intérêt.
Sur le marché obligataire, lorsque la demande d’une obligation diminue, le taux d’intérêt augmente pour attirer les acheteurs.
Cependant, la dette fédérale est si extrême que permettre une hausse suffisante des taux d’intérêt pour attirer davantage d’acheteurs naturels pourrait mener le gouvernement américain à la faillite en raison de l’augmentation des coûts d’intérêt.
À titre de comparaison, lorsque Paul Volcker a relevé les taux d’intérêt au-dessus de 17 % au début des années 1980, le ratio dette/PIB des États-Unis était d’environ 30 %.Aujourd’hui, il dépasse les 123 % et augmente rapidement.
Le niveau élevé de la dette et les charges d’intérêts qui en découlent expliquent pourquoi une hausse significative des taux d’intérêt n’est pas envisagée ;la croissance des charges d’intérêts pourrait conduire le gouvernement américain à la faillite.
C’est en grande partie pour cette raison que le président Trump a nommé à la tête de la Réserve fédérale des fidèles qui militeront pour des taux d’intérêt plus bas et une politique monétaire expansionniste.
Par ailleurs, le monde n’a pas besoin de davantage de dette américaine actuellement.La faiblesse de la demande actuelle est inopportune, car l’offre explose.
Si une hausse des taux d’intérêt est exclue et ne parvient pas à attirer davantage d’acheteurs, et si les investisseurs étrangers ne se mobilisent pas, qui financera ces déficits budgétaires croissants de plusieurs milliers de milliards de dollars ?
La seule entité capable de le faire est la Réserve fédérale, qui achète des bons du Trésor avec des dollars qu’elle crée ex nihilo.
Observation n° 6 : La dévaluation monétaire croissante est inévitable
L’envolée des charges d’intérêts contraint la Réserve fédérale à mettre en œuvre des politiques de contrôle des coûts d’intérêt, ce qui augmente la masse monétaire et dévalue la monnaie.
Parallèlement, les prix augmentent.
Cela oblige le gouvernement américain à accroître ses dépenses de sécurité sociale et d’aide sociale pour compenser la hausse du coût de la vie.Il en va de même pour les dépenses de défense et autres dépenses publiques, qui s’ajustent à la hausse en fonction de l’inflation.
L’ancien secrétaire à la Défense, Robert Gates, a récemment déclaré : « Se contenter de suivre l’inflation, voire pire, est totalement insuffisant. Des ressources supplémentaires importantes pour la défense sont nécessaires et urgentes.»
Ceci aggrave le problème car, à mesure que les dépenses publiques augmentent pour tenir compte de la hausse des prix, cette augmentation ne peut être financée que par une dévaluation monétaire accrue.
C’est pourquoi la dévaluation monétaire croissante est l’issue inévitable de la spirale de la dette du gouvernement américain.
C’est un cercle vicieux dont il ne peut s’échapper.
En résumé, le seul moyen pour le gouvernement américain de continuer à se financer est que la Réserve fédérale crée sans cesse de la monnaie fictive.
Cela rappelle l'expression :
« On ne peut pas freiner une pyramide de Ponzi.»
Ces mots, simples mais profonds, sont l'œuvre du commentateur financier Max Keiser.
Une pyramide de Ponzi est une escroquerie insoutenable qui repose sur un afflux continu de liquidités pour se maintenir.
Le système s'effondre si le flux de liquidités ralentit ou diminue.
Nombreux sont ceux qui pensent que la Réserve fédérale gère ce qui s'apparente à une gigantesque pyramide de Ponzi.
En effet, les dépenses indécentes et la dette abyssale du gouvernement américain ont atteint un point critique.
Tout le système s'effondrera à moins que la Réserve fédérale n'injecte sans cesse de la monnaie fictive dans le système.
C'est comme être dans un train lancé à toute vitesse sans freins.
Ludwig von Mises, le père de l'école autrichienne d'économie de marché, a résumé ainsi le dilemme de la Réserve fédérale :
« Il est impossible d'éviter l'effondrement final d'une période de croissance économique alimentée par l'expansion du crédit.
L'alternative est de savoir si la crise surviendra plus tôt, suite à un abandon volontaire de l'expansion du crédit, ou plus tard, comme une catastrophe finale et totale du système monétaire concerné.»
Le gouvernement américain n'abandonnera pas volontairement l'expansion du crédit, comme le dit Mises, car Washington est dépendant de l'émission de montants croissants de dette pour financer les coûts toujours plus élevés de la sécurité sociale, de la défense nationale, des aides sociales et des intérêts de la dette fédérale.
Cela signifie que son seul choix est de dévaluer le dollar américain de façon toujours plus importante jusqu'à, comme le dit Mises, la « catastrophe finale et totale du système monétaire concerné ».
C'est comme un toxicomane qui doit augmenter sans cesse sa dose pour obtenir le même effet… jusqu'à mourir d'une overdose.
Si cette tendance se poursuit, les dégâts causés à votre épargne, à votre pouvoir d'achat et à votre liberté individuelle pourraient être bien plus importants que la plupart des gens ne l'imaginent.Et lorsque la crise sera devenue évidente pour tous, il sera peut-être beaucoup plus difficile d'agir efficacement.
C'est pourquoi il est si important de se préparer dès maintenant.
A) - Avec la mort de Larijani, une fenêtre d'opportunité s'ouvre pour que les manifestations reprennent
B) - La mollarchie : un système bien plus difficile à détruire qu’un régime
C) - Un plan en cinq points pour éviter la catastrophe nucléaire et économique au Moyen-Orient
D) - Pétrole : une flambée des prix qui expose notre vulnérabilité par idéologie
E) - Ormuz ou l’illusion du contrôle : Chronique prospective d’une crise énergétique mondiale
F) -Interview de Michel Fayad par Arnaud Benedetti : « Le régime ne montre aucun signe de capitulation »
G) - Différents liens (7) sur le thème de l'Iran
VDH : TOUS LES SIGNES POINTENT DANS LA MÊME DIRECTION
Victor Davis Hanson, historien militaire qui étudie depuis cinquante ans la fin des guerres, affirme que la dynamique est en train de changer rapidement en faveur des États-Unis. Quand il parle d’un tournant, il est utile d’écouter ses raisons.
Son analyse ne repose pas sur les communiqués officiels du Pentagone, mais sur le comportement concret des acteurs régionaux et internationaux.
Les Européens
VDH rappelle sa règle : les Européens ne s’engagent jamais dans un conflit à moins d’être convaincus que le vainqueur est déjà déterminé. Au début de l’opération, ils sont restés très prudents et critiques. Aujourd’hui, certains signes montrent qu’ils commencent à se repositionner. Ce n’est pas de l’idéalisme : c’est un calcul pragmatique. Ils estiment que la victoire américaine devient probable.
Les monarchies pétrolières du Golfe
Les Saoudiens, les Émiratis et les Qataris ont toujours excellé à lire l’évolution du rapport de forces régional. Depuis le début du conflit :
- Le Qatar a expulsé les attachés militaires et de sécurité iraniens (persona non grata après les frappes sur Ras Laffan, centre majeur du gaz mondial).
- Les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et Bahreïn ont intercepté des centaines de missiles balistiques et de drones iraniens (plus de 300 missiles et 1 700 drones pour les Émirats seuls depuis le début).
- Les Émirats ont réaffirmé leurs engagements d’investissements massifs aux États-Unis, même en pleine guerre.
Ces actions ne sont pas idéologiques : ce sont des paris stratégiques. Ces pays parient désormais sur une victoire américaine et sur l’affaiblissement durable de l’Iran.
Al Jazeera
C’est le signal le plus frappant selon VDH (souligné dans ses interventions chez Hannity et ailleurs). Al Jazeera, média qatari historiquement très critique des interventions militaires américaines (et souvent cité par la droite anti-guerre américaine contre Israël), a récemment qualifié la campagne de bombardements américains de « brillante et efficace », en ajoutant qu’elle avait été sous-estimée.
Quand le média d’un pays qui abrite à la fois la plus grande base aérienne américaine au Moyen-Orient (Al Udeid) et un bureau politique du Hamas commence à reconnaître l’efficacité militaire américaine, le message est clair : ils pensent que les États-Unis vont l’emporter.
Le signal militaire
Les A-10 Thunderbolt II (« Warthogs ») et les hélicoptères d’attaque AH-64 Apache opèrent désormais librement dans l’espace aérien iranien sud et dans le détroit d’Ormuz.
- Les A-10 chassent et détruisent des vedettes rapides d’attaque iraniennes (fast-attack craft) dans le détroit.
- Les Apache visent des drones et des sites de lancement.
Ces appareils, lents et volant bas, sont des plateformes d’appui rapproché. Leur déploiement massif confirme ce que le général Dan Caine (président des chefs d’état-major interarmées) et le CENTCOM affirment : les défenses aériennes iraniennes sont très fortement dégradées, voire inexistantes dans de nombreuses zones.
La stratégie iranienne actuelle
L’Iran adopte désormais une tactique de type « rope-a-dope » (encaisser les coups en attendant que l’adversaire s’épuise). L’objectif : faire traîner le conflit, espérer un retournement de l’opinion publique américaine, miser sur une pression politique avant les midterms de novembre 2026 pour forcer Trump à arrêter. C’est leur seule carte restante.
Conclusion de VDH
Si Trump maintient la pression et va jusqu’au bout (ce qu’il semble déterminé à faire), le régime iranien peut s’effondrer. Pas dans des années, mais « assez rapidement » — en « deux, trois, quatre semaines » selon ses estimations les plus récentes.
Regardez ce que les gens font, pas ce qu’ils disent.
Tous les acteurs qui ont un intérêt réel dans la région (Européens opportunistes, monarchies du Golfe, même Al Jazeera) se positionnent comme s’ils croyaient à une victoire américaine décisive.
A) - Avec la mort de Larijani, une fenêtre d'opportunité s'ouvre pour que les manifestations reprennent
Est-ce que l’élimination de Larijani constitue un tournant dans la conduite de la guerre ?
Il faut d’abord comprendre que c’était une figure historique du
régime. Né en Irak, il était le fils d’une famille très importante liée
directement au clergé chiite. Son père était un proche de Khomeini, le
fondateur de la République islamique d’Iran. Fils et frère de religieux,
Larijani avait fait la guerre Iran-Irak, servi comme officier dans le
corps des Gardiens de la révolution islamique. Il faut bien avoir à
l’esprit que les combattants de la guerre contre l’Irak sont rentrés en
Iran, à l’issue de la guerre, auréolés de gloire. C’étaient de
véritables figures héroïques pour le régime. Larijani a donc été
Président de l’assemblée islamique après avoir occupé différents postes,
notamment au gouvernement, puis il s’est retrouvé au cœur de l’appareil
sécuritaire du régime. Je dirai même qu’il en était devenu la figure
centrale, ce qui en a fait l’un des hommes les plus puissants et les
plus dangereux d’Iran. Après la mort du Guide suprême Ali Khamenei lors
des frappes américano-israéliennes, il était devenu le véritable
dirigeant de la République islamique d’Iran. Si certains le présentent
comme un érudit et un pragmatique, c’était aussi un véritable idéologue,
et l’on peut même le qualifier de fou sanguinaire. Il est en effet l’un
des grands ordonnateurs des massacres des 8 et 9 janvier dernier. Il
les a personnellement supervisés, qualifiant les manifestations
d’émeutes terroristes. Sa mort est donc un symbole. L’appareil
sécuritaire perd avec lui l’un de ses principaux maillons et donneurs
d’ordres, en même temps qu’une figure historique de la République
islamique.
Quelle sera la réponse du régime ?
La République islamique, proclamée en 1979, s’est construite sur la
terreur et le récit mystique. Il a donc immédiatement été question de
vengeance. La riposte ne s’est donc pas fait attendre. Les Gardiens de
la Révolution islamique ont tiré des missiles balistiques sur Israël,
notamment sur Tel Aviv et sa périphérie. Dans le même temps, le régime a
organisé des funérailles importantes à Téhéran, faisant de Larijani un
martyr. En agissant ainsi, on revient donc à ce que je vous disais : le
régime va devoir le venger. Il a lancé des menaces contre des cibles
diverses. Les bases américaines et plus largement occidentales dans la
région, comme les installations énergétiques, seront sans doute ciblées.
Téhéran va tout faire pour accroître la pression sur les pays
alentours. L’Europe, comme les intérêts des démocraties occidentales,
risque d’être aussi pris pour cibles. La menace terroriste est donc à
prendre au sérieux.
Quel est l’état d’esprit des oppositions dans le moment ?
Les oppositions iraniennes sont plurielles. Elles ont en commun
d’être pour la plupart démocratiques et laïques, tant à l’intérieur du
pays qu’à l’extérieur. En Iran, il y a une forme de cohésion de fait. À
l’intérieur du pays, l’une des urgences, c’est de penser l’avenir, de
trouver une issue. À l’extérieur, les différents groupes se connaissent
et se parlent. Mais il y a encore des divergences entre certaines
organisations. Elles sont évidemment dépassables, mais pour l’heure, ce
n’est pas encore le cas, notamment au sein d’un certain nombre de
groupes politiques ethniques. Les leaders de ces groupes cherchent à
comprendre la stratégie américaine pour l’après-régime, qui ne leur
apparaît pas claire. Cependant, on voit que Reza Pahlavi est pour
l’heure la figure qui se détache, car la plus connue, et la plus
symbolique. Avec la mort de Larijani, une fenêtre d’opportunité s’ouvre
pour que les manifestations reprennent, cela d’autant plus que nous
sommes dans la période des fêtes de Norooz, le nouvel an iranien. Les
prochains jours seront sans doute décisifs.
Franco-iranien, Emmanuel Razavi
est Grand reporter, spécialiste
du Moyen-Orient et de l’Iran. Il collabore avec les rédactions de Paris
Match, Le Figaro Magazine, Atlantico, Franc-Tireur, VA, Politique
Internationale et Écran de Veille, ainsi qu’avec Historia, Le Figaro
Histoire, et la revue de géographie Hérodote. Il a produit et réalisé
plusieurs documentaires, notamment sur le Moyen-Orient, pour les chaînes
de télévision Arte, M6, France 3 et Planète. Ses enquêtes sur
l’ingérence de la République islamique d’Iran en France l’ont conduit à
témoigner, en février 2025, devant une commission de travail
sénatoriale, et en octobre 2025, devant la commission d’enquête sur les
liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des
organisations et réseaux soutenant l’action terroriste. Il est diplômé
en géopolitique et Relations Internationales (IEP). Derniers livres
publiés : « Paris-Téhéran, le grand dévoilement » et « La Pieuvre de
Téhéran » (Cerf, 2025) coécrits avec Jean-Marie Montali.
B) - La mollarchie : un système bien plus difficile à détruire qu’un régime
La
mollarchie définit l’islam selon une vision-du-monde
politico-religieuse. Convaincue d’appartenir au camp du Bien, la
mollarchie dispense sa haine contre l’Occident en général et les Juifs
en particulier. Contre la mollarchie, deux alliés aux intentions
cependant très différentes : États-Unis et Israël. Jérusalem joue sa
survie là où Trump joue perso. Enfin, presque 80 % des Iraniens
n’attendent qu’une aide concrète pour en finir avec la dictature
mollarchique. Une aide qui tarde bien tragiquement à arriver…
Le monde selon les mollahs
La mollarchie n’est pas une dictature fermée comme la Corée du Nord.
Elle revendique une hégémonie civilisationnelle de portée mondiale. Pour
elle, l’espace-temps est celui d’Allah. Pour elle, la notion de patrie
est inconnue. Pour elle, le peuple doit répondre à la soumission. 700
000 hommes : 200 000 gardiens de la révolution et 500 000 bassidji,
police des basses œuvres notamment dans la répression des
manifestations, forment le rempart idéologico-sécuritaire. Mourir en
martyr demeure la certitude d’une vie éternelle au paradis d’Allah.
Aussi, le guide suprême, dès la première minute de sa désignation, se
définit comme un « mort en puissance », de sorte que la succession, quel
que soit le cas de figure où elle se présente, est théoriquement une
option « naturelle » car la mollarchie ne repose pas sur les hommes mais
sur le symbole qu’ils véhiculent. Le système est une hydre redoutable
qui a appris à se régénérer quasi automatiquement. Tant que les
Occidentaux ne l’auront pas compris, ils ne comprendront rien à la
mollarchie.
Le monde selon Netanyahou
Pour Israël, c’est une guerre existentielle. La population fait bloc
autour de ses dirigeants — quitte à reporter à plus tard les diverses
dissensions politiques. Le président Herzog ayant refusé l’amnistie à
Netanyahou, une fois la guerre finie l’actuel premier ministre risque
d’avoir un réveil difficile, rattrapé qu’il risque d’être par les
affaires.
Le monde selon Trump
C’est un pragmatique qui veut entrer dans l’histoire comme l’homme à
avoir mis à genoux le régime de Téhéran. Seulement le monde rêvé de
Trump n’est pas toujours le monde réel de l’Histoire. Son logiciel, ce
sont les affaires, et quoi qu’il dise, le peuple iranien n’est pas son
souci. L’Américain joue au Monopoly-menteur dans le but de contrôler le
circuit économique mondial, dont Ormuz est la clé de voûte, et à moyen
terme, de contrer Pékin. Exit Make América Great Again, welcome Trump first.
Le monde selon Reza Pahlavi
D’un caractère entier, il a la réputation d’être un électron libre,
cependant son nom revient souvent en Iran. Les Iraniens sont connus pour
nourrir un très fort sentiment national, notamment chez une partie de
la jeunesse, généralement plutôt favorisée, qui voit le fils de Shah
comme le témoin d’une histoire qu’ils n’ont jamais connue. Pahlavi
est-il l’homme d’un XXIᵉ siècle libéral ou bien l’héritier d’un père à
la tradition absolutiste ? Pour bon nombre d’observateurs, il est pour
l’heure l’homme de la situation, bien qu’il ne bénéficie pas des bonnes
grâces de Trump. Là où l’homme de Mar-a-Lago veut tout faire pour barrer
la route à la Chine — et indirectement à la Russie —, le fils du Shah
veut redonner à l’Iran sa puissance et augurer un nouvel ordre
moyen-oriental, créer un axe économique avec Israël et s’impliquer dans
les Accords d’Abraham, faisant ainsi de la région une force économique
et énergétique concurrentielle à la puissance américaine. Mais c’est
bien connu, Trump n’aime pas la concurrence.
Le peuple iranien, dindon de la farce ?
60 % des Iraniens ont moins de 30 ans, presque deux-tiers d’hommes et
de femmes qui n’ont jamais connu que l’embrigadement idéologique de la
mollarchie. Alors, comment interpréter les manifestations de janvier ?
La diaspora iranienne avec laquelle une certaine jeunesse reste en
contact — généralement la plus favorisée — a très certainement joué un
rôle fondamental en assurant le lien entre le « monde réel » et
l’univers mollarchique. (1) Il y a aussi les Iraniens, que
l’effondrement économique plonge dans la précarité. Tout cela forme un
magma humain en constante ébullition. Mais pour les Iraniens bien
décidés à en finir avec le système, un fort sentiment se fait jour.
Après l’élimination d’Ali Khamenei, ils espéraient les frappes
israélo-américaines comme une action préliminaire avant l’aide massive
en armes et en logistique que Washington n’a cessé de promettre. Mais,
si vu du ciel, les cibles sont une chose, sur le terrain, la réalité est
tout autre…
Le jour d’après
Sans considérer la chose comme acquise, Téhéran, en régionalisant le
conflit, est en train de réaliser ce qu’aucune diplomatie n’a vraiment
réussi : faire en sorte que les pays du Golfe et Israël pourraient
envisager un rapprochement d’intérêt, tant il est vrai que les affaires
ont besoin de la paix pour se réaliser. Pour autant, convergence ne
signifie pas forcément alliance. Tout dépendra des conséquences à court
terme du blocage du détroit d’Ormuz. Les prix s’envolent, entraînant par
ricochet une vague inflationniste porteuse d’une récession mondiale,
autant dire que personne ne veut laisser pourrir une telle situation.
Pour l’heure, personne ne peut vraiment se faire une idée de ce que
pourrait être un nouveau Moyen-Orient. Sans le parapluie américain, les
pays du Golfe ne sont que des « banques aux pieds d’argile », pour
reprendre l’expression d’un journaliste du Jewish Chronicle. L’État
hébreu, quant à lui, va très vite se trouver face à la pression
considérable des puissances occidentales qui n’ont aucun intérêt à la
poursuite d’un conflit aux effets dévastateurs, notamment sur leur
propre politique intérieure. Reste à savoir jusqu’où ira le soutien de
Washington. Trump, qui n’en sera pas à son premier retournement de
veste, pourrait fort bien lâcher l’État hébreu dans le seul but de
sortir d’une situation extrêmement délicate pour son avenir politique.
Sur la question du Hezbollah. Jérusalem n’a aucun état d’âme.
Netanyahou est bien décidé, dût-il se mettre à dos la communauté
internationale, à briser une bonne fois pour toute le mouvement
pro-iranien. D’autre part, ses coalisés ultranationalistes entendent
clairement poursuivre leur politique visant à rendre impossible la
création réelle d’un État de Palestine. Les résultats des guerres menées
par Israël contre les mollahs et ses proxys seront déterminants pour
les prochaines élections normalement prévues en octobre 2026.
L’Europe, quant à elle, brille par ses pas de clercs : un pas en
avant, deux en arrière. Énergiquement dépendante, soit elle décide de se
reprendre en main en participant à une force de coalition pour
sécuriser le détroit d’Ormuz, soit elle continue son sport favori, se
réunir sans jamais obtenir de majorité fiable.
Dans l’état actuel de la situation, les Russes prioritairement, mais
les BRICS en arrière-plan pourraient profiter d’un contexte où les
cartes sont sans cesse redistribuées. La Chine, prochaine position du
curseur géopolitique, ne pourra pas rester éternellement spectatrice.
Elle le sait et attend patiemment son heure.
Michel Dray ,
Président de Convergences méditerranéennes
(1) Au jour d’aujourd’hui, la connexion Internet bénéficie qu’à 1 % de la population, à savoir les hiérarques du système.
C) - Un plan en cinq points pour éviter la catastrophe nucléaire et économique au Moyen-Orient
Jeffrey Sachs : « Cette guerre ne profite à personne »
Dans une interview récente accordée
à Glenn Diesen depuis la Malaisie, le professeur Jeffrey Sachs,
économiste de renommée mondiale, met en garde contre l’escalade
incontrôlable du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
Face au risque d’une guerre nucléaire et
à une crise économique mondiale, Jeffrey Sachs propose, avec sa
collègue Sybil Fares, un plan concret en cinq mesures pour mettre fin à
ce qu’il qualifie de « pure situation perdant-perdant-perdant ».
L’ « Option Samson » et le spectre d’une catastrophe nucléaire
Israël possède ce que l’on appelle l’« Option Samson
» : en cas de menace existentielle, il pourrait recourir à l’arme
nucléaire. Selon Jeffrey Sachs, cette hypothèse n’est plus théorique.
David Sacks, conseiller influent de Donald Trump (et tsar de l’IA à
la Maison Blanche), a récemment averti que si le conflit se prolongeait,
Israël pourrait être détruit et envisager des frappes nucléaires contre
l’Iran. Son message est sans équivoque : « Déclarez la victoire et rentrez chez vous. »
La situation militaire se dégrade très rapidement. Les arsenaux d’intercepteurs s’épuisent des deux côtés, tandis que les destructions d’infrastructures se multiplient.
Sachs insiste : poursuivre cette voie n’est pas seulement dangereux
pour la région, mais aussi pour la sécurité d’Israël elle-même.
Une crise économique déjà en marche
Le détroit d’Ormuz est fermé. La libération annoncée de 400 millions
de barils des réserves stratégiques américaines ne couvrirait que 20
jours de flux normal. Parallèlement, la production de pétrole et de gaz
s’arrête et les installations physiques sont détruites dans l’échange de
tirs. « Les gens savent faire des calculs », souligne Sachs.
Même si Trump tente de calmer les marchés, la crise sera longue,
meurtrière et mondiale. Elle touche particulièrement l’Iran et les pays
du Golfe, mais personne n’en sortira gagnant.
Le plan en cinq points pour une paix durable
Avec Sybil Fares, Jeffrey Sachs détaille cinq mesures
interdépendantes, fondées sur la reconnaissance des intérêts légitimes
de sécurité de chaque partie :
Cesser immédiatement l’agression contre l’Iran
Les États-Unis et Israël doivent
arrêter les bombardements et renoncer à toute politique de changement de
régime. L’Iran a le droit de ne pas être attaqué de manière flagrante
et illégale, comme cela se produit depuis des années. Cette agression
ouverte viole le droit international.
Revenir à l’accord sur le nucléaire (JCPOA)
L’accord de 2015 (Plan d’action global commun),
négocié avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de
l’ONU et ratifié unanimement, avait précisément empêché l’Iran de
développer une arme nucléaire. Trump l’a déchiré en 2018. L’Iran répète
qu’il ne veut pas l’arme nucléaire et accepte des inspections strictes.
Un retour à la table des négociations à Vienne est possible et urgent.
Rouvrir le détroit d’Ormuz par un accord régional
Ce n’est pas à Trump de dicter des
ordres à la Chine ou ailleurs. Les pays du Conseil de coopération du
Golfe et l’Iran (tous membres de l’Organisation de la coopération
islamique et pour certains des BRICS)
doivent régler cela bilatéralement. Les États du Golfe réaffirmeront
leur souveraineté sur les bases militaires américaines présentes sur
leur territoire et garantiront qu’elles ne serviront jamais à agresser
l’Iran. Le détroit rouvrira immédiatement.
Créer un État palestinien sur les frontières de 1967
C’est la racine de tous les conflits
des trente dernières années. Israël doit revenir aux frontières du 4
juin 1967 ; un État palestinien viable verra le jour à Gaza, en
Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté
en ce sens à de nombreuses reprises ; seuls les veto américains l’ont
bloqué. C’est la doctrine du « Clean Break »
de Netanyahu qui empêche cette solution depuis des décennies : Israël
exige 100 % du territoire historique de la Palestine mandataire, alors
que l’État palestinien ne représenterait que 22 % de ce territoire.
Désarmer les groupes armés
Une fois l’État palestinien établi et
accueilli aux Nations Unies (comme 184 autres États), le Hamas, le
Hezbollah et tous les autres groupes non étatiques se désarmeront. La
région entière et le Conseil de sécurité l’exigeront. La paix devient
alors possible.
Sécurité indivisible ou illusion hégémonique ?
Sachs insiste sur un principe fondamental : la sécurité est indivisible.
On ne peut pas augmenter sa propre sécurité en braquant une arme sur l’autre.
Les guerres actuelles (Iran, Ukraine, tensions autour de Taïwan) proviennent toutes de la poursuite d’une « paix hégémonique
» : l’idée que les États-Unis et Israël peuvent imposer leur volonté
par la force militaire écrasante sans jamais reconnaître les
préoccupations légitimes des autres. Netanyahu a cru qu’il pouvait
contrôler le Congrès américain et imposer une « Grande Israël » sans compromis. Cette illusion est aujourd’hui en train de s’effondrer.
Pourquoi une telle sous-estimation de l’Iran ?
Les responsables américains ont cru que tuer des dirigeants ferait
s’effondrer le régime iranien et que des menaces suffiraient à le faire
capituler. Ils ont écarté l’hypothèse (pourtant évidente) de la
fermeture du détroit d’Ormuz ou d’attaques sur les bases américaines.
Sachs compare cela aux échecs passés en Irak et en Afghanistan : « Nous créons notre propre réalité. » Aujourd’hui,
le processus décisionnel américain est en ruines : président
psychologiquement instable, Congrès qui refuse d’exercer son rôle
constitutionnel, aucune planification sérieuse. C’est de l’improvisation pure.
Le professeur Jeffrey Sachs soutient que le désespoir grandit aux États-Unis et en Israël alors qu’ils échouent à vaincre l’Iran, et que des armes nucléaires pourraient être utilisées si nous continuons sur cette voie.
Conclusion : l’heure de la raison
« Limitez les dégâts, déclarez la victoire à votre manière, mais ne nous entraînez pas dans le désastre. »
Tel est le message urgent de Jeffrey Sachs à Donald Trump. Cette
guerre est un fiasco moral, stratégique et économique. Le chemin de la
sortie existe : reconnaître les intérêts de sécurité de chacun, revenir au droit international et privilégier la diplomatie. Reste à savoir si Washington et Tel Aviv seront prêts à l’emprunter avant qu’il ne soit trop tard.
Les cinq mesures détaillées figurent également dans l’article co-écrit par Jeffrey Sachs et Sybil Fares, « Ending the Trump-Netanyahu War in the Middle East ». Le temps presse.
D) - Pétrole : une flambée des prix qui expose notre vulnérabilité par idéologie
En mars 2026, la France et l’Europe entière font face à une
nouvelle flambée des prix de l’énergie. Le baril de Brent oscille autour
de 108 à 110 dollars, avec des pics récents au-delà de 119 dollars. En
France, le gazole dépasse régulièrement les 2 euros le litre dans
de nombreuses stations, en hausse de 15 à 30 centimes en quelques
semaines seulement. L’essence (SP95-E10) se situe autour de 1,80 à 1,85
euro le litre, et le SP98 flirte avec les 1,95 euro.
Cette
hausse n’est pas un accident conjoncturel : elle résulte directement
des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, où le détroit d’Ormuz est
partiellement bloqué et où des installations clés de GNL ont subi des
dommages significatifs.
Une dépendance volontairement créée par le dogmatisme européen
Cette
crise met en lumière une vulnérabilité structurelle que les dirigeants
européens ont eux-mêmes créée : le refus obstiné d’importer du gaz et du
pétrole russe, notre voisin géographique le plus proche, au nom d’un
dogmatisme idéologique. Depuis le début du conflit Russo-Ukrainien en
2022, l’Union européenne a mis en place un embargo progressif
sur le pétrole russe (importations tombées à moins de 3 % en 2025) et
un calendrier de sortie du gaz russe : interdiction des nouveaux
contrats depuis janvier 2026, interdiction totale des importations par
gazoduc et GNL d’ici fin 2027, avec des transitions pour certains pays. Le plan REPowerEU,
présenté comme une voie vers l’indépendance, a en réalité remplacé une
dépendance stable et peu coûteuse par une dépendance chaotique aux
marchés mondiaux.
La Russie, un partenaire historique sacrifié
La
Russie représentait avant 2022 environ 45 % des importations de gaz de
l’UE. En 2025, cette part est tombée à environ 13 %, et le reste est
progressivement supprimé.
Les Européens se sont
tournés vers le GNL américain, qatari, algérien ou norvégien. Ces
alternatives sont plus chères à transporter (tankers au lieu de
gazoducs), plus sensibles aux chocs géopolitiques et souvent liées à des
fournisseurs lointains ou politiquement instables. Le résultat est là : dès qu’un conflit éclate au Moyen-Orient, les prix s’envolent et l’Europe paie le prix fort.
Pendant ce temps, la Russie continue d’exporter massivement son pétrole
et son gaz vers l’Asie (Chine, Inde), empochant des revenus qui, malgré
les sanctions et les réductions, restent substantiels grâce à la hausse
des cours mondiaux.
Refuser le voisin russe : une pure folie idéologique
Refuser
le voisin russe relève de la pure folie idéologique. Géographiquement,
la Russie est le fournisseur le plus logique : pipelines existants (Nord Stream, Yamal, TurkStream), distances courtes, coûts de transport minimaux, approvisionnement stable et prévisible.
Avant 2022, ces flux étaient fiables et bon marché.
Aujourd’hui,
par principe, on les sacrifie au profit d’un GNL qatari ou américain
qui traverse les océans et dont les infrastructures sont vulnérables aux
conflits. Le Qatar, par exemple, voit une partie de sa capacité de
production affectée, ce qui réduit l’offre européenne et fait grimper
les prix du gaz de 35 % en quelques jours. Cette politique n’a pas
affaibli durablement la Russie sur le plan énergétique ; elle a surtout
fragilisé l’Europe.
Des impacts immédiats et brutaux sur la vie quotidienne
Les conséquences concrètes sur la vie quotidienne des Français sont immédiates et brutales.
Pour des millions de ménages, la voiture reste le moyen de transport
principal : trajets domicile-travail, courses, accompagnement des
enfants, loisirs. Chaque hausse de 10 centimes au litre représente
plusieurs dizaines d’euros par mois pour un salarié moyen qui parcourt
30 à 50 km par jour. Les artisans, commerçants, livreurs et
transporteurs routiers voient leurs marges s’effondrer. Le secteur
agricole et agroalimentaire, déjà sous pression, subit une inflation en
cascade sur les engrais, le transport et la logistique. Les entreprises
de l’industrie manufacturière, particulièrement exposées, ont vu leurs
coûts énergétiques augmenter de 73 % en moyenne entre 2020 et 2023, avec
des effets persistants sur la rentabilité. Selon les données
disponibles, 87 % des entreprises estiment que leur marge est touchée
négativement, et près de 28 % se sentent en danger d’existence à court
terme.
Inflation en cascade et renoncements forcés
Le gouvernement multiplie les annonces de contrôles et de « boucliers »
temporaires, mais la mécanique est implacable : la hausse des
carburants se répercute sur tous les biens de consommation.
L’alimentation, les produits manufacturés, les services augmentent.
L’inflation énergétique, qui avait déjà progressé de 10,5 % entre 2022
et 2023, repart à la hausse. Pour les ménages modestes ou les classes
moyennes, c’est un renoncement supplémentaire : chauffage réduit,
vacances annulées, sorties limitées. Les factures d’électricité et de
gaz suivent la même tendance, même si la France est relativement
protégée grâce à son parc nucléaire. Mais le gaz reste essentiel pour
les pics de consommation et pour l’industrie.
Un moral des Français déjà au plus bas
Le moral des Français est déjà très bas. Les sondages récents
(CSA, Ipsos, Odoxa) convergent : 77 % des Français se disent
pessimistes pour l’année 2026, un record. Seuls 41 % sont optimistes
pour leur situation personnelle, et la confiance dans la politique
nationale tourne autour de 22 %. L’indice de moral économique est au
plus bas historique pour un début d’année (-64 selon certaines mesures).
Les Français ont le sentiment d’être pris en otage par des choix
stratégiques qui les dépassent : ils paient le prix d’une politique
énergétique idéologique pendant que les grandes puissances (États-Unis,
Chine) continuent de s’approvisionner où bon leur semble.
Une obstination absurde et contre-productive
Cette
obstination est d’autant plus absurde que la Russie n’est pas un
adversaire éternel sur le plan énergétique. Elle reste un producteur
majeur, avec des infrastructures existantes et une capacité à livrer
rapidement et à moindre coût.
Refuser
ces approvisionnements sous prétexte idéologique, alors que la vie
quotidienne des Français et la compétitivité des entreprises en
dépendent, relève du dogmatisme dangereux.
L’Europe
a voulu punir Moscou en 2022 ; elle s’est surtout punie elle-même en
s’exposant aux chocs du Moyen-Orient et aux fluctuations du GNL
américain. Le pragmatisme aurait consisté à diversifier sans couper brutalement un fournisseur historique et géographiquement logique. Aujourd’hui, on paie le prix de cette erreur stratégique.
Il est temps de placer le pragmatisme au centre des priorités
Il
est temps de revenir à la raison. La sécurité énergétique de la France
et de l’Europe ne peut pas reposer uniquement sur des principes
idéologiques. Elle doit prioriser la proximité géographique, la
stabilité des contrats et le coût raisonnable pour préserver le pouvoir
d’achat et l’emploi.
La vie des Français passe avant les grands discours.
Le
nucléaire français est un atout majeur, mais il ne couvre pas tout. Le
gaz et le pétrole restent indispensables pour la transition et pour les
pics. Continuer à snober le voisin russe alors que les alternatives sont
plus chères et plus risquées, c’est condamner les ménages à payer toujours plus cher pour des choix politiques obstinés.
Une crise qui n’est pas une fatalité
La
crise actuelle n’est pas une fatalité. Elle est la conséquence directe
d’une politique énergétique déconnectée des réalités géographiques et
économiques. Il est encore possible de corriger le tir :
diversifier
intelligemment, rouvrir le dialogue pragmatique avec les fournisseurs
stables, et placer la vie quotidienne des Français au centre des
priorités.
Les entreprises françaises, les artisans,
les salariés, les familles n’en peuvent plus de cette folie idéologique
qui leur coûte cher chaque jour à la pompe, au chauffage et dans leur
budget. Le pragmatisme n’est pas une faiblesse : c’est la seule voie
réaliste pour protéger le quotidien et la compétitivité de la nation.
E) - Ormuz ou l’illusion du contrôle : Chronique prospective d’une crise énergétique mondiale
« Hausse du pétrole et du gaz, tensions dans le Golfe, inquiétudes sur le détroit d’Ormuz. » À intervalles réguliers, l’économie mondiale semble rejouer la
même partition. Depuis le premier choc pétrolier consécutif à la guerre
du Kippour, une crise au Moyen-Orient entraîne une envolée des prix,
généralement contenue par des mécanismes d’ajustement éprouvés.
Mais la séquence ouverte en 2026 diffère profondément. Le
détroit d’Ormuz, par où transite environ 20 % du pétrole mondial selon
les estimations de l’Agence internationale de l’énergie, devient un
point de rupture logistique. La question centrale n’est plus celle de
l’offre, mais celle de la circulation.
Dans ce contexte, les États-Unis, dont la doctrine de sécurisation du
Golfe remonte à la doctrine Carter, apparaissent en quête d’alliés pour
assurer une mission qu’ils assumaient jusque-là de manière
prépondérante. L’Arabie saoudite, pilier de la régulation depuis la fin
des années 1970, voit sa capacité d’action contrainte. Quant à la
Russie, redevenue un acteur énergétique majeur depuis les années 2000,
elle reste en position de stabilisateur potentiel… mais politiquement
neutralisée.
Dès lors, la crise d’Ormuz marque-t-elle la fin du modèle de stabilisation énergétique construit depuis les années 1970 ?
Un système historiquement stabilisé : production, sécurité et compensation (1979–1987)
La révolution iranienne de février 1979 provoqua une chute brutale de
la production du pays, estimée à près de cinq millions de barils/jour.
Le prix du baril doubla en quelques mois. Pourtant, le marché ne
s’effondra pas, l’Arabie saoudite augmentant sa production. Ce faisant,
elle consolidait son rôle de producteur d’appoint. Dans le même temps,
l’Union soviétique bénéficiait de la hausse des prix, sans intervenir
dans la régulation globale. Ce moment marqua la structuration d’un
premier équilibre : les chocs pouvaient être absorbés par la flexibilité
de l’offre.
La guerre Iran-Irak (22 septembre 1980-20 août 1988) entraîna une «
guerre des pétroliers », avec plus de 400 navires attaqués entre 1984 et
1988. La réponse américaine prit la forme de l’opération Earnest Will
(24 juillet 1987-26 septembre 1988), qui consistait à escorter les
tankers koweïtiens protégés par le pavillon américain. Cette opération
illustra une mutation décisive : la sécurisation militaire des flux
devenait le complément indispensable de l’ajustement de la production.
De ce fait, entre 1979 et la fin de la guerre froide, se mit en place
un système reposant sur la flexibilité saoudienne, la puissance navale
américaine et une production soviétique significative mais peu intégrée.
Cet équilibre se renforça après 2000 avec le retour de la Russie et la
formation OPEP+, consacrant un système énergétique tripolaire.
2026 : une rupture systémique – la désynchronisation des variables
Comme lors des crises précédentes, une hausse des prix a suivi
immédiatement les tensions dans le Golfe. Mais la dynamique diverge
rapidement : les primes d’assurance atteignent des niveaux comparables,
voire supérieurs, à ceux observés à la fin des années 1980, sans qu’un
dispositif équivalent à Earnest Will ne soit immédiatement opérationnel.
Ainsi, comme en 1987, assurer un tanker aujourd’hui coûte jusqu’à 2 %
de sa valeur, voire au-delà, mais sans la certitude qu’un acteur soit
capable de sécuriser durablement sa route, notamment en passant le
détroit d’Ormuz. Contrairement aux prix du pétrole, les primes
d’assurance ne traduisent pas une tension sur l’offre, seulement une
dégradation de la sécurité des flux, expliquant leur envolée lors de
chaque phase d’un conflit maritime.
À partir de la troisième semaine de l’opération américano-israélienne,
une contradiction apparaît néanmoins. Le pétrole est disponible et la
production saoudienne reste élevée. Mais le trafic maritime diminue
fortement. Contrairement à certaines analogies abusives avec les convois
de la Seconde Guerre mondiale, la situation du détroit d’Ormuz se
rapproche bien davantage de la guerre des pétroliers de 1987, où le
trafic n’était pas interrompu mais profondément dégradé par la
combinaison de menaces asymétriques et de contraintes géographiques.
Passer cet étroit chenal n’est possible qu’en convoi en raison de sa
largeur limitée, de la proximité des côtes, tant iraniennes
qu’émiraties. S’ajoutent, contrairement à 1987, une incertitude durable
(pas de stabilisation à court terme, juste la volatilité décisionnelle
américaine), une pression accrue sur les acteurs économiques (armateurs
et assureurs) comme sur les alliés, et un basculement du système
énergétique.
La question n’est plus seulement d’extraire ou de produire, mais de sécuriser des flux devenus vulnérables.
Le
système tripolaire élaboré en 1973 ne fonctionne plus. Pour la première
fois, il ne semble pas y avoir d’opérateur capable de rétablir
l’équilibre. L’Arabie saoudite ne peut compenser un blocage des flux,
car les États-Unis se trouvent incapables de reproduire seuls
l’opération Earnest Will. Enfin, la Russie, malgré ses capacités, reste
partiellement exclue du jeu européen depuis son invasion de l’Ukraine.
La crise actuelle combine ainsi les vulnérabilités de 1979 et de 1987,
sans leurs mécanismes de résolution.
Fragmentation et recomposition : vers un marché sous contrainte
Comme lors des chocs pétroliers précédents, les États européens
mettent en place des mesures de soutien. Mais contrairement aux années
1970, où les politiques d’efficacité énergétique et de diversification
(nucléaire, mer du Nord) avaient permis une adaptation structurelle, la
réponse actuelle demeure largement budgétaire. La crise confirme une
évolution amorcée depuis les années 2010 et puissamment révélée après la
rupture avec les facilités énergétiques russes du fait de son agression
de l’Ukraine. Cette fragmentation du marché énergétique se caractérise
par la réorientation des exportations russes vers l’Asie, accélérée
après 2022. Elle rappelle que le pétrole n’est pas seulement une
marchandise globale, mais un outil de puissance géopolitique, comme lors
des embargos depuis 1956.
Enfin, la situation actuelle évoque moins un choc pétrolier classique
qu’une transition vers un système instable, comparable aux périodes de
guerre où la logistique était devenue déterminante. Et ce, en l’absence
d’un acteur capable de combiner production, sécurité et flexibilité. En
cela, la présente crise marque une rupture historique.
Depuis la guerre du Kippour (octobre 1973), le système énergétique
mondial reposait sur un équilibre entre production et sécurité. La crise
actuelle du détroit d’Ormuz en révèle les limites, ces deux dimensions
échouant, pour la première fois, simultanément. Le pétrole n’a jamais
été aussi disponible. Mais il n’a jamais été aussi difficile à
acheminer. Dans cette nouvelle configuration, la puissance ne réside
plus seulement dans la maîtrise des ressources, mais dans celle des
routes. Et c’est précisément là que se joue désormais l’équilibre du
système international.
F) -Interview de Michel Fayad par Arnaud Benedetti : « Le régime ne montre aucun signe de capitulation »
1/ Que change l’élimination d’Ali Larijani ?
Secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale depuis août 2025,
Ali Larijani était devenu, dans les semaines précédant le conflit, le
dirigeant de facto de la République islamique. Il coordonnait la riposte
iranienne depuis le premier jour des frappes et servait de pivot entre
l’appareil sécuritaire et les canaux diplomatiques. Il incarnait aussi,
avec son frère Sadeq, président du Conseil de discernement de l’intérêt
supérieur du régime, l’un des piliers dynastiques d’un système
théocratique où les deux frères ont été, chacun à leur poste, des
instruments fidèles — l’un pour la répression judiciaire, l’autre pour
la projection militaire et diplomatique.
Son élimination fragilise la capacité de coordination du régime sans
le faire tomber. Larijani était un profil rare capable de faire tenir
ensemble l’appareil des Gardiens et un canal diplomatique vers
l’Occident — non par modération, mais par calcul stratégique pour la
survie du système. Ce calcul disparaît avec lui : le régime devient plus
rigide, plus fragmenté dans ses prises de décision, moins capable de
gérer une sortie de crise.
Mais la vraie question n’est pas seulement de savoir si ce régime
mérite de tomber — il le mérite —, c’est ce qui pourrait émerger
ensuite. L’affaiblissement de l’axe chiite ne crée pas l’islamisme
sunnite, déjà implanté depuis longtemps, avec ses réseaux transnationaux
et ses financeurs. En revanche, il libère un espace stratégique que les
forces wahhabites, salafistes et takfiristes, déjà structurées, sont
prêtes à occuper. Les chancelleries occidentales et les analystes
doivent anticiper dès maintenant ce déplacement du centre de gravité de
la menace islamiste, car c’est là que réside le défi le plus durable
pour la région et pour l’Europe.
2/ Où en sommes-nous, au 21 mars, de l’état des opérations conduites par Washington et Tel-Aviv ?
Nous sommes au 21e jour du conflit, officiellement désigné sous les
noms d’opération « Furie épique » du côté américain et « Lion rugissant »
du côté israélien. Le Pentagone a déployé un troisième porte-avions
dans la région et acheminé des renforts aériens, maritimes et terrestres
substantiels. Israël frappe durement le Liban en parallèle, poursuit
l’élimination systématique de figures dirigeantes du régime, et son
porte-parole militaire a déclaré qu’Israël allait « traquer, trouver et
neutraliser » Mojtaba Khamenei, le nouveau Guide suprême.
Les deux alliés ne poursuivent pas exactement les mêmes objectifs.
Washington cherche à détruire les capacités balistiques et nucléaires
iraniennes dans un délai contrôlé, en veillant à la stabilité des
marchés énergétiques. Israël, lui, adopte une ligne maximaliste : il
vise les têtes dirigeantes, dispose de nombreuses cibles encore intactes
et considère qu’il s’agit d’une opportunité historique d’affaiblir
durablement le régime.
De son côté, l’Iran ne montre aucun signe de capitulation. Mohsen
Rezaee, conseiller militaire du nouveau Guide suprême, a posé
publiquement ses conditions pour tout cessez-le-feu : retrait total des
forces américaines du Golfe Persique, réparations intégrales et
garanties de sécurité à long terme. La réponse américaine est ferme :
aucun accord sans reddition inconditionnelle. Ce décalage rend toute
sortie de crise à court terme improbable.
Nous sommes donc dans une guerre réelle, assumée, mais dont le terme
reste incertain. La chute de la République islamique, si elle survient,
sera une délivrance pour les peuples opprimés depuis des décennies — le
peuple iranien d’abord, mais aussi le Liban, saigné par le Hezbollah. La
lucidité stratégique commande néanmoins de s’interroger dès maintenant
sur l’après : le vide laissé pourrait être comblé par des réseaux
wahhabites, salafistes et takfiristes déjà structurés et prêts à agir,
financés par des pétrodollars du Golfe.
3/ Que savons-nous de la structure de commandement du régime ? Qui dirige ?
Le pouvoir iranien fonctionne aujourd’hui selon une architecture de
survie, distribuée et souterraine, sans chef unique clairement
identifiable de l’extérieur. Plusieurs pôles en structurent néanmoins
l’équilibre :
Mojtaba Khamenei est l’autorité formelle, désigné Guide suprême par
l’Assemblée des experts début mars. Sa légitimité reste précaire. Il n’a
exercé aucune fonction exécutive, ne s’est jamais montré en public
depuis sa nomination, et communiquerait uniquement par écrit depuis un
abri sécurisé.
Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et ancien commandant
du CGRI, est la figure la plus active et visible. Il coordonne l’effort
de guerre quotidien, gère les affaires internes et représente la
continuité exécutive du régime.
Mohsen Rezaee, vétéran du CGRI et nouveau conseiller militaire du
Guide suprême, assure la liaison entre le politique et le militaire et
pose les conditions de sortie de crise côté iranien.
Sadeq Larijani, frère d’Ali et président du Conseil de discernement,
reste un relais institutionnel puissant, même si son rôle opérationnel
dans la guerre directe est difficile à apprécier.
Mohammad Ali Jafari, ancien commandant en chef du CGRI, conserve une
influence stratégique sur les opérations asymétriques et les proxies et
alliés régionaux (Hezbollah, Hachd al-Chaabi, Houthis), qui constituent
le levier principal d’action régionale du régime.
Le pouvoir n’est donc pas concentré : il repose sur un équilibre
mouvant entre ces pôles, où le poids du sécuritaire et des réseaux
informels augmente fortement. Le régime tient encore, mais en mode
dégradé, opaque et vulnérable, ayant perdu les profils capables de
penser au-delà de la survie immédiate. La question décisive reste celle
du vide qui se créera derrière lui dans la région et dans le monde, que
les forces islamistes sunnites radicales sont déjà prêtes à exploiter.
Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire,
Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université,
essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient
régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ?
(Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du
discours public et les évolutions de la vie politique française.
Au nombre des nombreux mensonges du régime iranien, découverte en 2002 du programme militaire secret et des sites clandestins d’enrichissement de Natanz et Arak. Découverte du site de Fordo en 2008. Site de la pioche en 2024. Site de Minzadehei en 2026.https://diplomatie.gouv.fr/fr/politique