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juillet 07, 2026

Nouvelles de Chine ( juillet 2026)

Sommaire:

A) - Le Grand Entretien avec Shanhui Zhang – La Chine face au basculement du monde

B) -  La Chine face au modèle japonais : ralentissement ou crise accélérée ?

C) - L'illusion de la souveraineté.

 

 


A) - Le Grand Entretien avec Shanhui Zhang – La Chine face au basculement du monde

Le Grand Entretien avec Shanhui Zhang – La Chine face au basculement du monde Alors que les équilibres internationaux connaissent une recomposition accélérée, la Chine apparaît plus que jamais comme l’un des acteurs centraux du nouvel ordre mondial en gestation. Rivalité stratégique avec les États-Unis, rapprochement renforcé avec la Russie, guerre au Moyen-Orient, tensions commerciales, ambitions technologiques et expansion diplomatique dans le monde arabe, en Afrique et en Europe : Pékin avance désormais sur tous les fronts avec une stratégie de long terme assumée. Les récentes rencontres entre Xi Jinping et Donald Trump puis entre Xi Jinping et Vladimir Poutine ont confirmé la volonté chinoise de peser directement sur les grands équilibres internationaux, dans un contexte marqué par l’affaiblissement relatif de l’Occident et la montée d’un monde plus multipolaire. Pour analyser la vision chinoise des grands bouleversements géopolitiques actuels, Le Diplomate Média a interrogé Shanhui Zhang 张善辉, journaliste chinoise, présentatrice et chroniqueuse à CGTN et CGTN Français, spécialiste des questions économiques et internationales, chroniqueuse régulière sur CNews et devenue au fil des années l’une des voix chinoises les plus connues et suivies dans les médias français. 

Propos recueillis par Roland Lombardi

Alors que les équilibres internationaux connaissent une recomposition accélérée, la Chine apparaît plus que jamais comme l’un des acteurs centraux du nouvel ordre mondial en gestation. Rivalité stratégique avec les États-Unis, rapprochement renforcé avec la Russie, guerre au Moyen-Orient, tensions commerciales, ambitions technologiques et expansion diplomatique dans le monde arabe, en Afrique et en Europe : Pékin avance désormais sur tous les fronts avec une stratégie de long terme assumée.

Les récentes rencontres entre Xi Jinping et Donald Trump puis entre Xi Jinping et Vladimir Poutine ont confirmé la volonté chinoise de peser directement sur les grands équilibres internationaux, dans un contexte marqué par l’affaiblissement relatif de l’Occident et la montée d’un monde plus multipolaire.

Pour analyser la vision chinoise des grands bouleversements géopolitiques actuels, Le Diplomate Média a interrogé Shanhui Zhang, journaliste chinoise, présentatrice et chroniqueuse à CGTN et CGTN Français, spécialiste des questions économiques et internationales, chroniqueuse régulière sur CNews et devenue au fil des années l’une des voix chinoises les plus connues et suivies dans les médias français.


Propos recueillis par Roland Lombardi

Le Diplomate : Depuis plusieurs années, la Chine semble considérer que le monde entre dans une phase de transformation historique profonde. Comment Pékin analyse-t-il aujourd’hui les bouleversements géopolitiques mondiaux actuels ?

Shanhui Zhang : Il faut partir du concept matriciel qui structure la pensée stratégique chinoise depuis 2017 : celui de « changements inédits depuis un siècle ». La Chine le décline en trois strates. Un changement du monde d’abord : dans l’Occident développé, montée des populismes, polarisation, perte de maîtrise sur les affaires globales ; en face, des émergents qui affirment leur autonomie. D’où la thèse centrale : le rapport de forces reste « Ouest fort, Est faible », mais la tendance de fond est celle d’un « Est qui monte, Ouest qui décline ». Entre 2001 et 2021, la part des pays développés dans le PIB mondial est passée de près de 79 % à 59 %, celle des émergents de 21 % à 41 %, ces derniers assurant désormais l’essentiel de la croissance mondiale. Un changement d’époque ensuite. La mondialisation a tissé une interdépendance sans précédent, mais accumulé ses effets pervers : fragmentation, fossé Nord-Sud, et ces « quatre déficits » de paix, de développement, de sécurité et de gouvernance, sur fond d’une course technologique où l’Occident mobilise l’arme des contrôles, sur les semi-conducteurs notamment, pour préserver sa domination. Un changement historique enfin, plus idéologique : la Chine assume l’idée que son modèle de développement offre « une option nouvelle aux nations qui veulent se développer tout en préservant leur indépendance ». De ces trois changements superposés, Beijing tire une conviction : le monde est de nouveau à la croisée des chemins, et la Chine revendique avoir choisi le camp du rééquilibrage plutôt que de la rupture.

La séquence de ces derniers mois en offre une illustration : en l’espace de six mois, les dirigeants de quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité se sont succédé à Beijing. Emmanuel Macron en décembre, Keir Starmer en janvier, Donald Trump en mai, Vladimir Poutine quelques jours plus tard. Aucune autre capitale au monde ne pourrait aujourd’hui jouer ce rôle de carrefour diplomatique. Pour la Chine, c’est la confirmation empirique de la multipolarité.

Mais il faut bien comprendre la nuance : la lecture chinoise ne célèbre pas le chaos. La guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, la fragmentation des chaînes d’approvisionnement — tout cela, la Chine le vit comme du désordre. Sa thèse est plutôt celle d’une recomposition : l’ordre ne s’effondre pas, il se rééquilibre — et il faut respecter l’ordre international établi après 1945. Et la Chine entend peser sur cette recomposition de l’intérieur des institutions, non en les renversant.

La récente rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping a été suivie avec énormément d’attention à travers le monde. Quel message principal la Chine souhaitait-elle envoyer aux États-Unis et à la communauté internationale à travers ce sommet ?

Le message tenait en un souhait, formulée par Xi dès l’ouverture des entretiens du 14 mai : les deux pays peuvent-ils échapper au « piège de Thucydide » et inaugurer un nouveau paradigme de relations entre grandes puissances ? La Chine a présenté cette question comme relevant à la fois de l’histoire, du monde et des peuples : une manière d’élever le sommet au-dessus du marchandage commercial et de signifier que la Chine se place, d’emblée, sur le pied de l’égalité stratégique.

Le cœur du message, c’est la formule retenue comme nouvelle définition de la relation : une « stabilité stratégique constructive ». Et il faut en lire les quatre couches, car la Chine les a explicitées. Une stabilité positive, axée d’abord sur la coopération ; une stabilité saine, où la compétition reste mesurée ; une stabilité normale, où les divergences demeurent gérables ; une stabilité durable, porteuse d’une paix prévisible. La Chine a insisté sur un point : c’est un engagement à « marcher l’un vers l’autre ». Autrement dit, un cadre qui devra se vérifier dans les actes. L’horizon fixé — les trois prochaines années, voire au-delà — trahit la véritable intention : verrouiller un mode d’emploi de la relation qui survive aux aléas politiques de Washington.

Sur le fond, deux signaux complémentaires. D’abord, l’économie : Beijing a martelé que la nature de la relation commerciale est le bénéfice mutuel, que la consultation d’égal à égal est la seule voie face aux frictions, et que « la porte de la Chine ne fera que s’ouvrir davantage ». C’est un appel direct aux entreprises américaines, dont une délégation de premier plan accompagnait Trump. Ensuite, la ligne rouge : Taiwan, présenté comme la question la plus importante de la relation. Le raisonnement chinois est explicite : bien gérée, elle préserve la stabilité d’ensemble ; mal gérée, elle précipite les deux pays vers la collision. Beijing a demandé aux États-Unis d’agir « avec la plus extrême prudence ».

À la communauté internationale, enfin, le message est celui de la responsabilité partagée : les deux premières puissances mondiales s’engagent à injecter de la stabilité dans un monde déréglé, d’où l’accord pour réussir ensemble les sommets de l’APEC et du G20 cette année. En clair : la Chine ne cherche pas l’affrontement, entend gérer la rivalité de façon prévisible, mais ne transigera pas sur ce qu’elle tient pour ses intérêts vitaux.

Les relations entre Pékin et Washington demeurent marquées par une forte rivalité stratégique, technologique et commerciale. Selon vous, la Chine considère-t-elle aujourd’hui les États-Unis de Donald Trump comme un adversaire systémique durable ou comme un partenaire avec lequel un nouvel équilibre reste possible ?

Ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre — et c’est justement là que réside la subtilité de la position chinoise. La Chine refuse le cadre de l’« adversaire systémique », qu’il perçoit comme une construction occidentale auto-réalisatrice : à force de désigner l’autre comme ennemi structurel, on finit par le devenir. La Chine lui préfère le vocabulaire de la « coexistence » et de la compétition maîtrisée.

Cela ne relève pas de la naïveté. Sur les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, les contrôles à l’exportation, la Chine sait que la rivalité est durable et n’entretient aucune illusion de réconciliation. La compétition stratégique est un fait de long terme. Et la réponse chinoise à ce défi tient en un mot : l’autonomie, stratégique et technologique. Face à l’arme des contrôles à l’exportation, la Chine a fait de l’autosuffisance et de la sécurité des chaînes d’approvisionnement un impératif national : monter en gamme dans les semi-conducteurs et réduire sa dépendance aux technologies américaines. La logique chinoise me paraît être la suivante : plus la relation est incertaine, plus il faut être maître de ses propres capacités, car c’est cette autonomie, et non la bonne volonté de Washington, qui garantit la marge de manœuvre.  Mais la Chine fait une distinction entre rivalité durable et inimitié inévitable. Et le Trump transactionnel lui offre paradoxalement une prise : un président qui préfère les deals à l’idéologie est, pour la Chine, un interlocuteur avec lequel on peut négocier des équilibres concrets. En somme : rivalité assumée, mais un nouvel équilibre reste non seulement possible, il constitue même l’objectif.

Dans le même temps, le rapprochement entre Xi Jinping et Vladimir Poutine semble se renforcer. La Chine voit-elle la Russie avant tout comme un allié stratégique face à l’Occident ou plutôt comme un partenaire circonstanciel dans un monde devenu multipolaire ?

La formule chinoise officielle mérite qu’on la lise à la lettre : « partenariat sans limites », mais non-alliance, non-confrontation, ne visant aucune tierce partie. Ces trois négations sont essentielles. Lors de la visite d’État de Poutine, le 20 mai, sa vingt-cinquième en Chine, à l’occasion du trentième anniversaire du partenariat stratégique et du vingt-cinquième du Traité de bon voisinage, les deux dirigeants ont réaffirmé qu’il ne s’agissait pas d’un bloc militaire.

La relation dépasse donc de loin le simple partenariat de circonstance. Elle repose sur des fondations profondes : une frontière commune d’environ 4 300 kilomètres qui interdit toute hostilité durable, une opposition partagée à ce que Beijing et Moscou nomment l’« hégémonisme », une complémentarité énergétique et technologique réelle. C’est ce que Xi appelle un « nouveau type de relation entre grandes puissances ».

Mais réduire cette relation à la géopolitique serait passer à côté de l’une de ses dimensions les plus investies par la Chine : le lien entre les peuples. La Chine sait qu’un partenariat purement transactionnel demeure fragile ; elle cherche donc à lui donner des racines sociales et culturelles. Les deux capitales viennent précisément d’ouvrir, à l’occasion de la visite de Poutine, une « Année de l’éducation Chine-Russie », dans le prolongement des Années croisées de la culture, du tourisme, du sport et des médias qui rythment la relation depuis plus d’une décennie. Concrètement : multiplication des partenariats universitaires et des doubles diplômes, essor de l’apprentissage du russe en Chine et du chinois en Russie, coopération scientifique, échanges de jeunes, festivals de cinéma, tourisme croisé en forte hausse. La Chine y voit un investissement de long terme : former une génération qui se connaît et se comprend. C’est la traduction, au niveau des sociétés, de ce que les dirigeants nomment une « amitié transmise de génération en génération ». Et ce socle humain est précisément ce qui distingue un partenariat durable d’une simple convergence d’intérêts.

L’Inde apparaît désormais comme l’autre grande puissance émergente du XXIe siècle, à la fois partenaire économique, rival régional et acteur stratégique autonome. Comment la Chine perçoit-elle aujourd’hui la montée en puissance indienne et la relation parfois concurrentielle entre Pékin et New Delhi ?

La Chine voit en l’Inde ce qu’elle est : une civilisation-État, un géant démographique, un pôle du Sud global — et un partenaire ancien, avec qui elle a noué des liens dès 1950 et avec qui elle a cofondé les Cinq Principes de la coexistence pacifique : respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, non-agression, non-ingérence dans les affaires intérieures, égalité et bénéfice mutuel, et coexistence pacifique. Les deux pays ont célébré en 2025 le 75ᵉ anniversaire de ces relations.

Le dégel amorcé à Kazan en 2024 s’est consolidé à Tianjin en 2025, où Modi s’est rendu pour le sommet de l’OCS — sa première visite en Chine depuis sept ans. Reprise des navettes ministérielles, des vols directs, du pèlerinage au mont Kailash : c’est l’approche « à double voie », gérer la frontière d’un côté, faire avancer l’économie de l’autre.

L’accélérateur porte un nom : l’imprévisibilité de Washington. Face au choc tarifaire américain, New Delhi a rouvert la porte à Beijing comme couverture — l’ancien ambassadeur indien Vijay Gokhale y voit un « contrepoids au désordre trumpien », source de capitaux, de technologies et de coopération climatique. La Chine a répondu par un optimisme prudent. Mais c’est un calcul, non un revirement dans le même mouvement, l’Inde a signé fin janvier un accord de libre : échange avec l’Union européenne, puis désamorcé son contentieux tarifaire avec les États-Unis. Elle diversifie ses appuis, en puissance qui refuse tout alignement.

À Tianjin, Xi a invoqué les Cinq Principes de la coexistence pacifique, ainsi que l’appartenance commune au Sud global — une façon de rappeler que la Chine et l’Inde, comme le suggère la formule diplomatique de la « danse du dragon et de l’éléphant », ont tout à gagner à évoluer côte à côte sans se marcher sur les pieds.

Concernant la guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis, Pékin a adopté une posture particulièrement prudente mais active diplomatiquement. Quelle est aujourd’hui la position réelle de la Chine sur ce conflit et quels sont ses intérêts stratégiques au Moyen-Orient, notamment au regard de sa forte dépendance aux approvisionnements énergétiques transitant par le détroit d’Ormuz ? La sécurisation des hydrocarbures est-elle devenue l’une des principales préoccupations géopolitiques chinoises ?

La position chinoise a été constante depuis le déclenchement des frappes américano-israéliennes du 28 février. La Chine les a condamnées comme une violation de la souveraineté iranienne et du droit international, a appelé sans relâche à la désescalade. Fin mars, Beijing a coparrainé avec Islamabad une initiative de paix en cinq points, avant de bloquer début avril, avec Moscou, le projet de résolution sur Ormuz. Ces prises de position s’inscrivent dans une même logique : la Chine ne soutient ni l’escalade ni les sanctions unilatérales, et privilégie une solution politique négociée entre les parties régionales — y compris sur le dossier nucléaire iranien et la sécurité des voies maritimes.

Il faut souligner ici un geste diplomatique chinois. Le 17 juin, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi s’est entretenu par téléphone avec son homologue iranien Abbas Araghchi ; le 22, à New Delhi, il recevait le numéro deux du Conseil suprême de sécurité nationale iranien. La Chine a salué la conclusion du mémorandum d’entente de première phase entre l’Iran et les États-Unis, et l’ouverture — avec l’appui du Pakistan et du Qatar — des consultations censées le prolonger. Le message est limpide : ni la force ni les rapports de puissance ne règlent quoi que ce soit ; le dialogue et la négociation, voilà la voie juste.

Rappelons ce que contient ce mémorandum : quatorze points, dont les principaux sont l’arrêt immédiat et permanent des hostilités, le renoncement à l’usage ou à la menace de la force, le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, et la non-ingérence dans les affaires intérieures. Pour la Chine, ces principes sont conformes à la Charte des Nations unies, et il y voit surtout un moyen de consolider un cessez-le-feu encore fragile. Dans ce dossier, la Chine se présente en puissance d’équilibre et en partenaire stratégique global de l’Iran. La ligne de Wang Yi est constante : la Chine soutient les revendications légitimes et fondées de l’Iran, son droit à défendre sa souveraineté et sa sécurité, ainsi que les efforts de médiation du Pakistan et de la communauté internationale et n’a cessé, à sa manière, d’œuvrer pour faire taire les armes. On retrouve là des méthodes semblables à celles du rapprochement saoudo-iranien qu’elle avait parrainé en 2023. Reste la vraie question : ce texte sera-t-il appliqué ? Sa mise en œuvre dépendra des États-Unis et de l’Iran.

La Chine développe depuis plusieurs années une présence économique et diplomatique croissante dans le monde arabe et en Afrique. Quels sont selon vous les objectifs de long terme de Pékin dans ces régions devenues essentielles pour les nouvelles routes de la soie et l’influence chinoise ?

La Chine considère le Sud global, et particulièrement l’Afrique et le monde arabe, comme l’avenir démographique et développemental de la planète, et surtout comme le terrain où la multipolarité se construit concrètement. L’initiative « la Ceinture et la Route » en est la colonne vertébrale, désormais complétée par les quatre grandes initiatives de Xi Jinping : développement, sécurité, civilisation et gouvernance mondiale.

Les objectifs sont clairs et, à mon sens, il faut avoir l’honnêteté de les nommer. Premièrement, bâtir des coalitions diplomatiques. Dans un monde turbulent cette diplomatie de terrain pèse plus que jamais dans le dialogue et le règlement des différends. Ensuite, proposer un modèle de coexistence : celui du « développement d’abord », de la non-ingérence et du partenariat sans conditionnalités politiques, en contrepoint de l’approche occidentale.

Je connais l’objection : le récit du « piège de la dette ». Il faut le prendre au sérieux ; la réalité le nuance pourtant fortement. La part chinoise de la dette africaine reste minoritaire face aux créanciers multilatéraux et privés occidentaux, et la demande d’infrastructures, elle, demeure immense. Les prêts chinois, consentis à des conditions avantageuses, ont précisément accompagné l’industrialisation du continent.

Le fait le plus significatif est d’ailleurs passé relativement inaperçu en Europe : depuis mai, la Chine applique un droit de douane zéro à l’ensemble des 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, une ouverture sans précédent du marché chinois aux produits africains. Surtout, la coopération sino-africaine change de nature. Hier, la relation relevait largement du flux à sens unique : des entreprises chinoises qui s’implantaient pour commercer et écouler des produits finis. Aujourd’hui, l’enjeu est de produire en Afrique, c’est-à-dire nouer de véritables partenariats avec les entreprises locales, localiser la fabrication dans la santé, l’agriculture, l’industrie, mais aussi les télécommunications et les nouvelles technologies, et y transférer des technologies avancées applicables. Des circuits de vente, on passe aux chaînes de valeur partagées : le bénéfice n’est plus seulement commercial, il devient industriel. Et l’indicateur décisif, c’est l’emploi créé pour la jeunesse africaine ; c’est là que le « gagnant-gagnant » cesse d’être un slogan.

Pour l’Afrique francophone en particulier, un public qui m’est cher, l’offre chinoise résonne précisément parce qu’elle ne charrie pas d’héritage colonial. Le message émis par la Chine est celui du partenariat entre égaux et de la « communauté de destin ». On peut le discuter ; on ne peut pas l’ignorer.

Les relations entre la Chine et l’Europe semblent de plus en plus ambiguës, notamment avec la France, partagée entre coopération économique, dépendances stratégiques et inquiétudes géopolitiques. Comment Pékin perçoit-il aujourd’hui la France et l’Union européenne ?

À mes yeux, la Chine perçoit l’Europe comme un pôle à part entière du monde multipolaire et surtout comme un pôle qu’il souhaite maintenir autonome de Washington. La France y occupe une place singulière, en raison de sa tradition gaullienne d’indépendance stratégique, que Macron a reformulée en « souveraineté européenne ». 

La formule chinoise, que Xi a redite à Macron à l’orée d’un nouveau cycle de soixante ans des relations franco-chinoises, résume la posture : l’interdépendance n’est pas un risque, la convergence des intérêts n’est pas une menace. En creux, c’est une réponse directe au « de-risking » bruxellois.

Car l’ambiguïté, vous avez raison, est réelle, et Beijing ne se la cache pas. Les tarifs sur les véhicules électriques, le contentieux des terres rares, les exclusions au nom de la cybersécurité qui visent les onduleurs photovoltaïques chinois, la pression de Macron sur le déséquilibre commercial : autant de points de friction. Mais l’analyse chinoise est que l’Europe est profondément divisée, tiraillée entre l’accès au marché chinois et l’alignement transatlantique, et que Washington lui-même — par ses coups de force, du Groenland aux tarifs — fragilise cet alignement. La stratégie de Beijing, à mon sens, est donc patiente et constante : offrir marché et investissements, se poser en multilatéraliste face à un partenaire américain erratique, et courtiser la France comme la puissance-pivot la plus susceptible de plaider l’autonomie. Plutôt que de chercher à éviter la Chine, l’Europe aurait intérêt à réfléchir à la manière de tirer parti de son marché de 1,4 milliard de consommateurs et de grandir avec elle. Ces frictions, aussi réelles soient-elles, ne sauraient condamner cinquante ans d’une relation qui demeure un partenariat stratégique global.

Enfin, beaucoup d’Occidentaux considèrent désormais que la Chine ambitionne de devenir (ou sera) la première puissance mondiale au XXIe siècle. Pékin cherche-t-il réellement à remodeler l’ordre international ou souhaite-t-il avant tout imposer un monde plus équilibré et multipolaire ?

Permettez-moi de commencer par un fait historique, et non une simple conviction : à la différence de toutes les puissances qui se sont hissées au sommet par la conquête, la Chine n’a ni histoire d’expansion coloniale, ni guerres de conquête à son actif. Même au XVe siècle, quand la flotte de Zheng He, la plus puissante du monde, sillonnait l’océan Indien jusqu’aux côtes africaines, elle n’a établi ni colonie, ni comptoir armé, ni traite. Quelle puissance occidentale peut en dire autant ? De la Route de la soie à aujourd’hui, la Chine s’est toujours pensée à travers le commerce et la connexion, et la paix figure au cœur de son héritage civilisationnel le plus profond.

La question mérite ensuite d’être retournée : qui, au juste, cherche à « remodeler » l’ordre international ? Ce n’est pas la Chine qui s’est retirée de l’Accord de Paris, de l’UNESCO ou du Conseil des droits de l’homme ; ce n’est pas elle qui a paralysé l’Organe d’appel de l’OMC, ni imposé des tarifs unilatéraux à ses propres alliés. La Chine est membre permanent du Conseil de sécurité, principal vainqueur de la guerre mondiale antifasciste, défenseur constant du système onusien : elle est aujourd’hui, paradoxalement, l’un des piliers les plus stables de l’ordre issu de 1945 que l’Occident dit vouloir protéger. Ce qu’elle demande, Xi Jinping le formule invariablement : un ordre « plus juste et plus raisonnable », davantage de voix pour le Sud global, une réforme du FMI et de la Banque mondiale, une gouvernance mondiale démocratisée. Est-il illégitime que des institutions dessinées en 1944, quand la majorité de l’humanité vivait sous tutelle coloniale, reflètent enfin le monde réel ?

Je connais l’inquiétude occidentale : le soupçon que « réforme » cache un ordre sinocentré. Mais interrogeons ce soupçon lui-même. Il projette sur la Chine la logique des puissances occidentales, celle du « piège de Thucydide » où toute puissance montante reproduirait nécessairement l’hégémonie de la précédente.

C’est précisément ce déterminisme que la Chine récuse. Elle n’a pas de bases militaires encerclant l’Amérique ;elle n’exporte pas son modèle politique ; elle ne conditionne ni ses prêts ni ses partenariats à des réformes institutionnelles. Son bilan, sur quarante ans d’ascension, est celui d’une puissance qui n’a mené aucune guerre. Le monde multipolaire n’est pas seulement le slogan de la Chine : c’en est le projet, et l’histoire dira qu’il fut aussi celui de la majorité de l’humanité.

Roland Lombardi est docteur en Histoire, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et des questions de sécurité et de défense. Fondateur et directeur de la publication du Diplomate.

Il est chargé de cours au DEMO – Département des Études du Moyen-Orient – d’Aix Marseille Université et enseigne la géopolitique à Excelia Business School de La Rochelle.

Il est régulièrement sollicité par les médias du monde arabe. Il est également chroniqueur international pour Al Ain. Il est l’auteur de nombreux articles académiques de référence notamment : « Israël et la nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient : quelles nouvelles menaces et quelles perspectives ? » in Enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, Études Internationales, HEI – Université de Laval (Canada), VOLUME XLVII, Nos 2-3, Avril 2017, « Crise du Qatar : et si les véritables raisons étaient ailleurs ? », Les Cahiers de l’Orient, vol. 128, no. 4, 2017, « L’Égypte de Sissi : recul ou reconquête régionale ? » (p.158), in La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation, Revue de la Défense Nationale, Été 2019, n°822 sous la direction de Pascal Ausseur et Pierre Razoux, « Ambitions égyptiennes et israéliennes en Méditerranée orientale », Revue Conflits, N° 31, janvier-février 2021 et « Les errances de la politique de la France en Libye », Confluences Méditerranée, vol. 118, no. 3, 2021, pp. 89-104. Il est l’auteur d’Israël au secours de l’Algérie française, l’État hébreu et la guerre d’Algérie : 1954-1962 (Éditions Prolégomènes, 2009, réédité en 2015, 146 p.). Co-auteur de La guerre d’Algérie revisitée. Nouvelles générations, nouveaux regards. Sous la direction d’Aïssa Kadri, Moula Bouaziz et Tramor Quemeneur, aux éditions Karthala, Février 2015, Gaz naturel, la nouvelle donne, Frédéric Encel (dir.), Paris, PUF, Février 2016, Grands reporters, au cœur des conflits, avec Emmanuel Razavi, Bold, 2021 et La géopolitique au défi de l’islamisme, Éric Denécé et Alexandre Del Valle (dir.), Ellipses, Février 2022. Il a dirigé, pour la revue Orients Stratégiques, l’ouvrage collectif : Le Golfe persique, Nœud gordien d’une zone en conflictualité permanente, aux éditions L’Harmattan, janvier 2020.

Ses derniers ouvrages : Les Trente Honteuses, la fin de l’influence française dans le monde arabo-musulman (VA Éditions, Janvier 2020) – Préface d’Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité de la DGSE, Poutine d’Arabie (VA Éditions, 2020), Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? (VA Éditions, 2021), Abdel Fattah al-Sissi, le Bonaparte égyptien ? (VA Éditions, 2023).


 


 

B) -  La Chine face au modèle japonais : ralentissement ou crise accélérée ?

Alors qu’une énième révolution de palais se déroule à Pékin, touchant à la fois l’armée populaire de Chine et l’autorité de Xi Jinping et que Donald Trump initie un jeu de go diplomatique, il est peut-être opportun de s’interroger sur l’avenir de la Chine. Rejetant toute idée de conflit, qui pourrait prendre une direction que les pires va-t’en guerre ne semblent pas imaginer, il convient d’initier un regard géopolitique décentré. Et si le Japon des années 1980 s’avérait une référence historique pour comprendre l’Asie : croissance spectaculaire portée par l’industrie, bulle financière et immobilière, vieillissement démographique croissant, et exposition aux tensions commerciales avec les États-Unis ? Pour la Chine post-2000, cette trajectoire présente des similitudes frappantes avec sa situation présente, avec une croissance rapide, un rôle central dans les chaînes globales de production. Évidemment, la Chine présente aussi de profondes différences, tant un État fortement impliqué dans l’économie, qu’une population plus nombreuse, et surtout un contexte géopolitique bien plus chargé. Dans ce nouveau paysage, où la peur américaine du déclassement économique et stratégique se manifeste jusque dans des interventions directes (Venezuela) et des ambitions territoriales (Groenland), la Chine risque-t-elle un atterrissage calme à la « japonaise » ou une crise accélérée par des facteurs externes ?

Le modèle japonais des années 1980 : croissance puis stagnation

À la fin des années 1980, l’économie japonaise tournait à plein régime, présentant une croissance régulière, des innovations majeures, des secteurs exportateurs dominants. Mais cette réussite masquait des fragilités profondes, tenant à un marché immobilier surévalué alimentant une bulle, un endettement élevé des banques et des entreprises, et un vieillissement rapide de la population. Lorsque cette bulle immobilière éclata au début des années 1990, l’économie n’implosa pas soudainement, mais entra dans une longue période de stagnation et de faible croissance. Les Japonais appellent cette époque la « décennie perdue ».

L’histoire montre également le rôle d’une peur américaine face à la montée japonaise, qui n’est pas sans se rapprocher de celle qui agite le président Trump à propos de la Chine.  À l’époque, les États-Unis exercèrent une pression sur le yen, notamment au moyen des accords du Plaza (22 septembre 1985), où les quatre premières économies mondiales (États-Unis, Allemagne fédérale, Royaume-Uni et France) obligèrent la cinquième, le Japon, à réévaluer sa monnaie. L’appréciation du yen ralentit les exportations et aggrava les tensions sur les marchés financiers et immobiliers, contribuant à transformer un ralentissement progressif en stagnation prolongée. Même dans ce contexte, le Japon ne connut pas d’effondrement brutal, mais un atterrissage prolongé, résultant de la combinaison de facteurs internes et de pressions externes.

La Chine post-2000 : similitudes et singularités

Depuis les années 2000, la Chine a connu une pareille transformation fulgurante, reposant sur une urbanisation massive, une explosion des exportations et des investissements publics colossaux dans les infrastructures. Cette croissance s’appuya sur une accumulation de capital élevée, une intégration profonde dans l’économie mondiale et un rôle clé dans les chaînes de valeur globales.  Mais ces succès masquaient des vulnérabilités analogues à celles du Japon des années 1980 : dette élevée, bulle immobilière persistante et vieillissement démographique accéléré, aggravé par la politique de l’enfant unique. Ces facteurs structuraux posent la question d’un ralentissement durable de la croissance dans les années 2030. Cependant, la Chine n’est pas un Japon en miniature. Elle reste un acteur mondial majeur et tente aujourd’hui de rééquilibrer son économie vers la consommation interne et l’innovation.

La peur américaine comme catalyseur externe : Japon, Chine et le spectre des années 1930

Toutefois, un autre élément remontant des années 1980 peut avoir un effet correcteur. En effet, la peur américaine face à une puissance montante peut avoir des effets à la fois économiques et militaires. Dans les années 1930, les États-Unis redoutaient le Japon, dont la montée industrielle et militaire menaçait leur position stratégique dans le Pacifique.  Longtemps contenue dans le domaine économique et diplomatique, cette peur s’est finalement traduite par une entrée en guerre après l’attaque préventive japonaise de Pearl Harbor. Cette crainte prolongée d’être dépassé peut pousser une puissance à des décisions extrêmes et préventives.  Et les États-Unis n’ont plus jamais laissé l’initiative à la puissance montante.  Depuis, cette peur américaine se traduit par des actions ciblées pour préserver un avantage stratégique, qu’il soit économique, technologique ou militaire.

Aujourd’hui, cette dynamique est en train de se remettre en place. La peur américaine d’un déclassement économique, technologique et militaire se manifeste par des restrictions sur les semiconducteurs, l’intelligence artificielle et les télécommunications, ainsi que par des interventions géopolitiques visant à limiter l’accès de Pékin aux ressources stratégiques, comme le pétrole du Venezuela ou les routes et minerais du Groenland.  Comme dans les années 1930, Washington cherche aussi à gérer ses priorités. Les accommodements avec la Russie sous l’administration Trump visent à réduire les tensions sur le front européen, permettant aux États-Unis de concentrer leur attention sur l’Indo-Pacifique et la Chine. Cette approche crée des frictions avec l’Europe, reléguée au second plan face à l’urgence perçue de contenir Pékin.

Ces exemples montrent combien la peur américaine n’est pas purement rhétorique. Au contraire, elle agit comme un catalyseur externe, capable d’amplifier les déséquilibres internes d’une puissance émergente et de transformer un simple ralentissement économique en crise ponctuelle ou prolongée. La comparaison avec le Japon, et la réédition partielle de la peur américaine des années 1930 comme 1980, suggèrent que la Chine pourrait être l’objet d’une vigilance extrême, voire d’actions préventives, si les États-Unis perçoivent un risque irréversible pour leur supériorité. Dans ce contexte, la montée de Pékin ne dépend pas seulement de ses déséquilibres internes, mais aussi de la manière dont un acteur dominant réagit à cette ascension.

Projection prospective : scénario chinois 2030-2050

Dans un développement géopolitique, on peut être tenté de s’interroger sur l’avenir. Démarche qui peut paraître étrange, sinon périlleuse, pour un historien, mais des économistes ne se piquent-ils pas déjà de réviser l’histoire ?  À l’horizon 2030, c’est-à-dire demain, la Chine devrait entrer dans une phase de ralentissement modéré. Il s’agit d’une conséquence de cette croissance actuelle qui reste positive, mais qui ne peut plus soutenir les niveaux spectaculaires des deux dernières décennies. Le marché immobilier, longtemps moteur de l’investissement, commence à corriger ses excès, et les entreprises fortement endettées doivent ajuster leurs bilans. Cette période voit également un renforcement des tensions sociales vingtenaires, liées au vieillissement démographique et à l’augmentation des inégalités, qui pèsent de plus en plus sur la consommation intérieure.

Entre 2035 et 2040, cette situation devrait s’intensifier : des crises ponctuelles apparaitront, marquées par des corrections plus profondes dans le secteur immobilier, des difficultés financières dans certaines entreprises publiques et privées, et des turbulences sur le marché bancaire. Les pressions extérieures s’accentueront, aux moyens de sanctions technologiques, d’une concurrence accrue pour les ressources critiques, et de stratégies américaines visant à limiter l’accès de la Chine aux flux du commerce mondial.  À terme, ces chocs externes aggraveront les déséquilibres internes et pourraient provoquer des ralentissements brutaux dans certaines régions ou secteurs chinois, transformant un simple ralentissement en crises cycliques et localisées.

De 2040 à 2045, la Chine pourrait connaître une stagnation prolongée, caractérisée par une croissance structurellement faible, une consommation intérieure atone et un marché du travail sous pression. Le vieillissement de la population sera alors le facteur central, réduisant la dynamique économique et accentuant les tensions sociales. C’est une phase où le pays se rapproche de ce que le Japon a vécu lors de sa « décennie perdue », mais avec des variables externes beaucoup plus fortes et potentiellement déstabilisantes.

Enfin, entre 2045 et 2050, la Chine pourrait amorcer des ajustements institutionnels et économiques. Une réforme du système financier permettra de stabiliser le marché immobilier et de renforcer les mécanismes de redistribution sociale. Cette phase pourrait permettre une stabilisation lente, offrant un potentiel de redressement partiel et une sortie progressive de la stagnation.

Cette projection illustre la complexité de l’atterrissage chinois. Il ne s’agit pas seulement d’un ralentissement économique classique à la japonaise. La trajectoire présente porte des facteurs internes et des pressions géopolitiques qui peuvent interagir pour créer des crises ponctuelles et prolonger une stagnation avant que des réformes institutionnelles ne tentent de stabiliser la situation.

L’analogie avec le Japon des années 1980 et, plus en amont, avec les peurs américaines des années 1930 éclaire utilement la situation chinoise actuelle sans pour autant en fixer l’issue. Elle montre que la peur américaine du déclassement n’est ni nouvelle ni exceptionnelle : elle constitue une constante de l’histoire des relations internationales, activée à chaque fois qu’une puissance montante semble menacer un ordre établi. Cette peur a parfois conduit à des stratégies de pression économique, parfois à des accommodements tactiques, et plus rarement à des confrontations ouvertes.

Dans le cas chinois, cette peur agit aujourd’hui comme une variable d’environnement, non comme un déterminisme. Les restrictions technologiques, les manœuvres autour des ressources énergétiques ou des routes stratégiques, et le recentrage américain vers l’Indo-Pacifique peuvent freiner, détourner ou renchérir la trajectoire de développement chinoise. Mais elles ne suffisent pas à en expliquer la dynamique profonde. Les facteurs internes démographie, dette, immobilier, transformation du modèle productif, capacité de l’État à réformer demeurent centraux et pourraient, selon les choix opérés à Pékin, conduire soit à une stagnation prolongée, soit à une adaptation progressive.

L’histoire invite également à la prudence dans les parallèles guerriers. Si les années 1930 rappellent que la peur peut déboucher sur des ruptures majeures, elles montrent aussi que ces ruptures ne sont jamais mécaniques. Aujourd’hui, l’interdépendance économique, la dissuasion nucléaire et la fragmentation du système international rendent une répétition pure et simple de Pearl Harbor improbable, sans l’exclure totalement. Le risque réside moins dans une guerre inévitable que dans une accumulation de malentendus stratégiques, de gestes coercitifs et de calculs erronés.

Dans ce contexte, les tentatives américaines d’accommodement avec la Russie (au prix de tensions avec l’Europe) apparaissent comme l’un des premiers ajustements possibles d’une puissance cherchant à hiérarchiser ses priorités. Elles ne préjugent pas d’un affrontement direct, mais traduisent une incertitude croissante quant à la configuration future de l’ordre mondial.

En définitive, l’avenir de la Chine ne se jouera ni uniquement à Washington, ni exclusivement à Pékin, mais dans l’interaction mouvante entre peurs, perceptions et capacités réelles. La peur américaine peut accélérer, contraindre ou détourner la trajectoire chinoise ; elle ne peut la déterminer entièrement. C’est dans cette zone grise, entre adaptation, ralentissement et recomposition stratégique, que se dessineront, demain comme aujourd’hui, les équilibres du XXIᵉ siècle à venir.

Gérald Arboit

https://nouvellerevuepolitique.fr/gerald-arboit-la-chine-face-au-modele-japonais-ralentissement-ou-crise-acceleree/



 

 C) - L'illusion de la souveraineté.

Il existe une tentation aussi vieille que les nations elles-mêmes : celle de ne rien devoir à personne, de fermer ses frontières pour créer un territoire autosuffisant, à l’abri des alliances changeantes et du chantage des fournisseurs. Cette tentation a ressurgi avec force depuis la pandémie de 2020 et la guerre en Ukraine, suivies de la fermeture du détroit d’Ormuz. 

 Les États-Unis ont conclu que leur souveraineté civile et militaire reposait sur des composants fabriqués à Taïwan. La Chine, de son côté, sait qu’elle dépend des semi-conducteurs de Taïwan et de la Corée du Sud, du soja du Brésil et des États-Unis, ainsi que du gaz naturel liquéfié provenant d’Australie, du Qatar et des États-Unis. Les Européens ont pris conscience de leur dépendance envers la Chine pour leurs panneaux solaires et leurs batteries de voitures électriques ; envers les États-Unis pour leurs armements, leurs systèmes financiers, leurs réseaux de communication et les logiciels faisant fonctionner leurs hôpitaux ; envers quelques mines africaines et russes pour le combustible alimentant leurs centrales nucléaires ; et envers l’Inde pour les principes actifs de la plupart de leurs médicaments. Enfin, le monde entier a découvert que la production agricole et industrielle de chacun dépendait de l’acide sulfurique et de l’hélium, dont l’approvisionnement a été interrompu par la fermeture du détroit d’Ormuz. 

 Chacun a également compris que ce qui constituait une vulnérabilité vis-à-vis d’autrui pouvait devenir une arme redoutable : Pékin a réalisé que ses aimants — uniques au monde — constituaient un moyen de dissuasion plus puissant que ses armées ; Washington a découvert que l’accès à ses réseaux de communication et à ses applications d’intelligence artificielle pouvait contraindre une puissance rivale à céder. 

Cette forme de chantage économique n’a rien de nouveau. Les Britanniques y ont eu recours pendant deux siècles. Dès 1940, les États-Unis ont fait de l’accès à leurs armes et au dollar des instruments de coercition, non seulement contre leurs ennemis, mais aussi contre leurs alliés les plus proches. De même, les Chinois ont compris que le meilleur moyen de ramener le président Trump à la raison (alors qu’il se vantait de pouvoir leur imposer des droits de douane exorbitants) consistait à suspendre, sans un mot, leurs exportations d’aimants, de gallium et de germanium — des ressources sans lesquelles l’ensemble du secteur industriel occidental se retrouverait rapidement paralysé. Les deux camps ont pris conscience qu’ils possédaient de nombreuses entreprises détenant des monopoles mondiaux, capables d’exercer un chantage sur l’ensemble de leurs clients. Les Européens, pour leur part, ont reconnu ne disposer que d’une seule entreprise de ce type (ASML, une société néerlandaise au capital majoritairement américain), ce qui ne leur offrait aucun levier crédible de représailles. 

Face à cette situation, un vent de panique a soufflé, et l’on a commencé à évoquer la nécessité d’une « souveraineté économique » — autrement dit, la production de tout sur le territoire national. 

Les États-Unis ont commencé par rapatrier la production de véhicules électriques et accordent désormais des subventions massives aux modèles contenant au moins 50 % de composants fabriqués sur le sol américain, un taux appelé à atteindre 80 % d’ici à 2027. 

 La Russie, la Chine et l’Inde ont agi de même, et l’Union européenne s’apprête à leur emboîter le pas. La France relocalise sa production pharmaceutique. L’Inde impose des droits de douane exorbitants sur les smartphones étrangers pour contraindre Apple et Samsung à les fabriquer sur son sol. L’Indonésie a interdit l’exportation de nickel brut afin d’obliger les industriels étrangers à le raffiner sur place. La Côte d’Ivoire tente d’adopter une stratégie similaire pour le café et les noix de cajou. Enfin, la Chine, en passe d’atteindre l’autosuffisance énergétique, a lancé de vastes programmes de recherche en biotechnologie visant à produire artificiellement, sur son propre territoire, toutes les protéines nécessaires à l’alimentation de sa population, afin de pouvoir se passer des États-Unis, de l’Afrique et du Brésil.

Chacune de ces décisions a sa propre logique ; leur apparition simultanée est absurde : si tout le monde essaie de produire localement tout ce qu’il consomme et pénalise ou interdit les importations, de nombreux produits seront bientôt indisponibles ou deviendront très chers, et tout le monde deviendra plus pauvre. Déjà, aux États-Unis, les véhicules électriques conformes aux normes de souveraineté coûtent 20 % de plus que leurs équivalents importés, pénalisant justement les ménages à faibles revenus qui ont besoin d’être accompagnés pendant la transition énergétique. De même, reconstruire toute une industrie chimique sur le sol européen pour produire tous les médicaments vitaux – comme cela vient d’être décidé – prendra des décennies et nécessitera des investissements colossaux, au détriment des investissements nécessaires dans de nombreux autres domaines de la santé et du développement durable. 

 Dans l’ensemble, cette obsession de la souveraineté économique alimente l’inflation, conduit à la récession et favorise la méfiance, les conflits d’intérêts et le nationalisme. La guerre suivra si nous continuons dans cette voie. 

Si la souveraineté est une illusion, que devons-nous faire ? La réponse est simple. Cela peut se résumer en une phrase : au lieu de rechercher la souveraineté, chaque pays devrait adopter la règle d’avoir au moins quatre fournisseurs dans chaque secteur. 

Un pays qui achète ses batteries auprès de quatre fournisseurs différents ne peut être pris en otage par aucun d’entre eux. Un pays qui répartit ses sources d’approvisionnement en gaz naturel entre quatre producteurs bénéficie d’une réelle liberté d’action. 

Cette diversification ne remet pas en cause l’obligation d’investir dans des domaines où la dépendance extérieure poserait un risque stratégique inacceptable : énergie durable, agriculture et alimentation, médicaments et fournitures médicales essentiels, semi-conducteurs les plus critiques, centres de données, défense et sécurité, communications sécurisées. 

 La véritable souveraineté – celle qui assure une protection durable aux peuples – n’est donc pas celle qui rêve de frontières hermétiques et de production entièrement nationale. C’est celui qui reconnaît que la force d’une nation réside dans la création d’une ou plusieurs entreprises mondialement irremplaçables, dans la qualité de ses alliances et dans la diversité de ses partenaires. L’Union européenne, par exemple, manque encore cruellement de quelques entreprises mondialement irremplaçables, et ses partenaires sont loin d’être suffisamment diversifiés. 

Aujourd’hui, le véritable pouvoir appartient à ceux dont personne ne peut se passer – et qui, à leur tour, peuvent se passer de personne.

Jacques Attali

Titulaire d'un doctorat en économie, Jacques Attali est diplômé de l'École polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il a fondé quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à l'analyse de l'avenir), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les journaux financiers *Les Échos* et *Nikkei*, après avoir également collaboré avec *L’Express*. Jacques Attali dirige aussi régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/en/positive-economy/the-illusion-of-sovereignty/

 

 

 

mars 21, 2026

Nouvelles d'IRAN & dossier complet en liens : Histoire et ....maintenant pour quelle suite ?

Sommaire:

A) - Avec la mort de Larijani, une fenêtre d'opportunité s'ouvre pour que les manifestations reprennent

B) - La mollarchie : un système bien plus difficile à détruire qu’un régime

C) - Un plan en cinq points pour éviter la catastrophe nucléaire et économique au Moyen-Orient

D) -  Pétrole : une flambée des prix qui expose notre vulnérabilité par idéologie

E) - Ormuz ou l’illusion du contrôle : Chronique prospective d’une crise énergétique mondiale

F) -Interview de Michel Fayad par Arnaud Benedetti : « Le régime ne montre aucun signe de capitulation »

G) - Différents liens (7) sur le thème de l'Iran 


 VDH : TOUS LES SIGNES POINTENT DANS LA MÊME DIRECTION 

Victor Davis Hanson, historien militaire qui étudie depuis cinquante ans la fin des guerres, affirme que la dynamique est en train de changer rapidement en faveur des États-Unis. Quand il parle d’un tournant, il est utile d’écouter ses raisons. 

Son analyse ne repose pas sur les communiqués officiels du Pentagone, mais sur le comportement concret des acteurs régionaux et internationaux. 

 Les Européens 

VDH rappelle sa règle : les Européens ne s’engagent jamais dans un conflit à moins d’être convaincus que le vainqueur est déjà déterminé. Au début de l’opération, ils sont restés très prudents et critiques. Aujourd’hui, certains signes montrent qu’ils commencent à se repositionner. Ce n’est pas de l’idéalisme : c’est un calcul pragmatique. Ils estiment que la victoire américaine devient probable. 

 Les monarchies pétrolières du Golfe 

Les Saoudiens, les Émiratis et les Qataris ont toujours excellé à lire l’évolution du rapport de forces régional. Depuis le début du conflit : - Le Qatar a expulsé les attachés militaires et de sécurité iraniens (persona non grata après les frappes sur Ras Laffan, centre majeur du gaz mondial). - Les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et Bahreïn ont intercepté des centaines de missiles balistiques et de drones iraniens (plus de 300 missiles et 1 700 drones pour les Émirats seuls depuis le début). - Les Émirats ont réaffirmé leurs engagements d’investissements massifs aux États-Unis, même en pleine guerre. 

Ces actions ne sont pas idéologiques : ce sont des paris stratégiques. Ces pays parient désormais sur une victoire américaine et sur l’affaiblissement durable de l’Iran. 

Al Jazeera 

C’est le signal le plus frappant selon VDH (souligné dans ses interventions chez Hannity et ailleurs). Al Jazeera, média qatari historiquement très critique des interventions militaires américaines (et souvent cité par la droite anti-guerre américaine contre Israël), a récemment qualifié la campagne de bombardements américains de « brillante et efficace », en ajoutant qu’elle avait été sous-estimée. Quand le média d’un pays qui abrite à la fois la plus grande base aérienne américaine au Moyen-Orient (Al Udeid) et un bureau politique du Hamas commence à reconnaître l’efficacité militaire américaine, le message est clair : ils pensent que les États-Unis vont l’emporter. 

 Le signal militaire 

Les A-10 Thunderbolt II (« Warthogs ») et les hélicoptères d’attaque AH-64 Apache opèrent désormais librement dans l’espace aérien iranien sud et dans le détroit d’Ormuz. - Les A-10 chassent et détruisent des vedettes rapides d’attaque iraniennes (fast-attack craft) dans le détroit. - Les Apache visent des drones et des sites de lancement. 

 Ces appareils, lents et volant bas, sont des plateformes d’appui rapproché. Leur déploiement massif confirme ce que le général Dan Caine (président des chefs d’état-major interarmées) et le CENTCOM affirment : les défenses aériennes iraniennes sont très fortement dégradées, voire inexistantes dans de nombreuses zones. 

 La stratégie iranienne actuelle 

L’Iran adopte désormais une tactique de type « rope-a-dope » (encaisser les coups en attendant que l’adversaire s’épuise). L’objectif : faire traîner le conflit, espérer un retournement de l’opinion publique américaine, miser sur une pression politique avant les midterms de novembre 2026 pour forcer Trump à arrêter. C’est leur seule carte restante. 

 Conclusion de VDH 

Si Trump maintient la pression et va jusqu’au bout (ce qu’il semble déterminé à faire), le régime iranien peut s’effondrer. Pas dans des années, mais « assez rapidement » — en « deux, trois, quatre semaines » selon ses estimations les plus récentes. 

Regardez ce que les gens font, pas ce qu’ils disent. Tous les acteurs qui ont un intérêt réel dans la région (Européens opportunistes, monarchies du Golfe, même Al Jazeera) se positionnent comme s’ils croyaient à une victoire américaine décisive.


A) - Avec la mort de Larijani, une fenêtre d'opportunité s'ouvre pour que les manifestations reprennent

Est-ce que l’élimination de Larijani constitue un tournant dans la conduite de la guerre ?

Il faut d’abord comprendre que c’était une figure historique du régime. Né en Irak, il était le fils d’une famille très importante liée directement au clergé chiite. Son père était un proche de Khomeini, le fondateur de la République islamique d’Iran. Fils et frère de religieux, Larijani avait fait la guerre Iran-Irak, servi comme officier dans le corps des Gardiens de la révolution islamique. Il faut bien avoir à l’esprit que les combattants de la guerre contre l’Irak sont rentrés en Iran, à l’issue de la guerre, auréolés de gloire. C’étaient de véritables figures héroïques pour le régime. Larijani a donc été Président de l’assemblée islamique après avoir occupé différents postes, notamment au gouvernement, puis il s’est retrouvé au cœur de l’appareil sécuritaire du régime. Je dirai même qu’il en était devenu la figure centrale, ce qui en a fait l’un des hommes les plus puissants et les plus dangereux d’Iran. Après la mort du Guide suprême Ali Khamenei lors des frappes américano-israéliennes, il était devenu le véritable dirigeant de la République islamique d’Iran. Si certains le présentent comme un érudit et un pragmatique, c’était aussi un véritable idéologue, et l’on peut même le qualifier de fou sanguinaire. Il est en effet l’un des grands ordonnateurs des massacres des 8 et 9 janvier dernier. Il les a personnellement supervisés, qualifiant les manifestations d’émeutes terroristes. Sa mort est donc un symbole. L’appareil sécuritaire perd avec lui l’un de ses principaux maillons et donneurs d’ordres, en même temps qu’une figure historique de la République islamique.

Quelle sera la réponse du régime ?

La République islamique, proclamée en 1979, s’est construite sur la terreur et le récit mystique. Il a donc immédiatement été question de vengeance. La riposte ne s’est donc pas fait attendre. Les Gardiens de la Révolution islamique ont tiré des missiles balistiques sur Israël, notamment sur Tel Aviv et sa périphérie. Dans le même temps, le régime a organisé des funérailles importantes à Téhéran, faisant de Larijani un martyr. En agissant ainsi, on revient donc à ce que je vous disais : le régime va devoir le venger. Il a lancé des menaces contre des cibles diverses. Les bases américaines et plus largement occidentales dans la région, comme les installations énergétiques, seront sans doute ciblées. Téhéran va tout faire pour accroître la pression sur les pays alentours. L’Europe, comme les intérêts des démocraties occidentales, risque d’être aussi pris pour cibles. La menace terroriste est donc à prendre au sérieux.

Quel est l’état d’esprit des oppositions dans le moment ?

Les oppositions iraniennes sont plurielles. Elles ont en commun d’être pour la plupart démocratiques et laïques, tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur. En Iran, il y a une forme de cohésion de fait. À l’intérieur du pays, l’une des urgences, c’est de penser l’avenir, de trouver une issue. À l’extérieur, les différents groupes se connaissent et se parlent. Mais il y a encore des divergences entre certaines organisations. Elles sont évidemment dépassables, mais pour l’heure, ce n’est pas encore le cas, notamment au sein d’un certain nombre de groupes politiques ethniques. Les leaders de ces groupes cherchent à comprendre la stratégie américaine pour l’après-régime, qui ne leur apparaît pas claire. Cependant, on voit que Reza Pahlavi est pour l’heure la figure qui se détache, car la plus connue, et la plus symbolique. Avec la mort de Larijani, une fenêtre d’opportunité s’ouvre pour que les manifestations reprennent, cela d’autant plus que nous sommes dans la période des fêtes de Norooz, le nouvel an iranien. Les prochains jours seront sans doute décisifs.

Franco-iranien, Emmanuel Razavi  

est Grand reporter, spécialiste du Moyen-Orient et de l’Iran. Il collabore avec les rédactions de Paris Match, Le Figaro Magazine, Atlantico, Franc-Tireur, VA, Politique Internationale et Écran de Veille, ainsi qu’avec Historia, Le Figaro Histoire, et la revue de géographie Hérodote. Il a produit et réalisé plusieurs documentaires, notamment sur le Moyen-Orient, pour les chaînes de télévision Arte, M6, France 3 et Planète. Ses enquêtes sur l’ingérence de la République islamique d’Iran en France l’ont conduit à témoigner, en février 2025, devant une commission de travail sénatoriale, et en octobre 2025, devant la commission d’enquête sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste. Il est diplômé en géopolitique et Relations Internationales (IEP). Derniers livres publiés : « Paris-Téhéran, le grand dévoilement » et « La Pieuvre de Téhéran » (Cerf, 2025) coécrits avec Jean-Marie Montali.

https://nouvellerevuepolitique.fr/emmanuel-razavi-avec-la-mort-de-larijani-une-fenetre-dopportunite-souvre-pour-que-les-manifestations-reprennent/ 


B) - La mollarchie : un système bien plus difficile à détruire qu’un régime

La mollarchie définit l’islam selon une vision-du-monde politico-religieuse. Convaincue d’appartenir au camp du Bien, la mollarchie dispense sa haine contre l’Occident en général et les Juifs en particulier. Contre la mollarchie, deux alliés aux intentions cependant très différentes : États-Unis et Israël. Jérusalem joue sa survie là où Trump joue perso. Enfin, presque 80 % des Iraniens n’attendent qu’une aide concrète pour en finir avec la dictature mollarchique. Une aide qui tarde bien tragiquement à arriver…

Le monde selon les mollahs

La mollarchie n’est pas une dictature fermée comme la Corée du Nord. Elle revendique une hégémonie civilisationnelle de portée mondiale. Pour elle, l’espace-temps est celui d’Allah. Pour elle, la notion de patrie est inconnue. Pour elle, le peuple doit répondre à la soumission. 700 000 hommes : 200 000 gardiens de la révolution et 500 000 bassidji, police des basses œuvres notamment dans la répression des manifestations, forment le rempart idéologico-sécuritaire. Mourir en martyr demeure la certitude d’une vie éternelle au paradis d’Allah. Aussi, le guide suprême, dès la première minute de sa désignation, se définit comme un « mort en puissance », de sorte que la succession, quel que soit le cas de figure où elle se présente, est théoriquement une option « naturelle » car la mollarchie ne repose pas sur les hommes mais sur le symbole qu’ils véhiculent. Le système est une hydre redoutable qui a appris à se régénérer quasi automatiquement. Tant que les Occidentaux ne l’auront pas compris, ils ne comprendront rien à la mollarchie.

Le monde selon Netanyahou

Pour Israël, c’est une guerre existentielle. La population fait bloc autour de ses dirigeants — quitte à reporter à plus tard les diverses dissensions politiques. Le président Herzog ayant refusé l’amnistie à Netanyahou, une fois la guerre finie l’actuel premier ministre risque d’avoir un réveil difficile, rattrapé qu’il risque d’être par les affaires.

Le monde selon Trump

C’est un pragmatique qui veut entrer dans l’histoire comme l’homme à avoir mis à genoux le régime de Téhéran. Seulement le monde rêvé de Trump n’est pas toujours le monde réel de l’Histoire. Son logiciel, ce sont les affaires, et quoi qu’il dise, le peuple iranien n’est pas son souci. L’Américain joue au Monopoly-menteur dans le but de contrôler le circuit économique mondial, dont Ormuz est la clé de voûte, et à moyen terme, de contrer Pékin. Exit Make América Great Again, welcome Trump first.

Le monde selon Reza Pahlavi

D’un caractère entier, il a la réputation d’être un électron libre, cependant son nom revient souvent en Iran. Les Iraniens sont connus pour nourrir un très fort sentiment national, notamment chez une partie de la jeunesse, généralement plutôt favorisée, qui voit le fils de Shah comme le témoin d’une histoire qu’ils n’ont jamais connue. Pahlavi est-il l’homme d’un XXIᵉ siècle libéral ou bien l’héritier d’un père à la tradition absolutiste ? Pour bon nombre d’observateurs, il est pour l’heure l’homme de la situation, bien qu’il ne bénéficie pas des bonnes grâces de Trump. Là où l’homme de Mar-a-Lago veut tout faire pour barrer la route à la Chine — et indirectement à la Russie —, le fils du Shah veut redonner à l’Iran sa puissance et augurer un nouvel ordre moyen-oriental, créer un axe économique avec Israël et s’impliquer dans les Accords d’Abraham, faisant ainsi de la région une force économique et énergétique concurrentielle à la puissance américaine. Mais c’est bien connu, Trump n’aime pas la concurrence.

Le peuple iranien, dindon de la farce ?

60 % des Iraniens ont moins de 30 ans, presque deux-tiers d’hommes et de femmes qui n’ont jamais connu que l’embrigadement idéologique de la mollarchie. Alors, comment interpréter les manifestations de janvier ? La diaspora iranienne avec laquelle une certaine jeunesse reste en contact — généralement la plus favorisée — a très certainement joué un rôle fondamental en assurant le lien entre le « monde réel » et l’univers mollarchique. (1) Il y a aussi les Iraniens, que l’effondrement économique plonge dans la précarité. Tout cela forme un magma humain en constante ébullition. Mais pour les Iraniens bien décidés à en finir avec le système, un fort sentiment se fait jour. Après l’élimination d’Ali Khamenei, ils espéraient les frappes israélo-américaines comme une action préliminaire avant l’aide massive en armes et en logistique que Washington n’a cessé de promettre. Mais, si vu du ciel, les cibles sont une chose, sur le terrain, la réalité est tout autre…

Le jour d’après

Sans considérer la chose comme acquise, Téhéran, en régionalisant le conflit, est en train de réaliser ce qu’aucune diplomatie n’a vraiment réussi : faire en sorte que les pays du Golfe et Israël pourraient envisager un rapprochement d’intérêt, tant il est vrai que les affaires ont besoin de la paix pour se réaliser. Pour autant, convergence ne signifie pas forcément alliance. Tout dépendra des conséquences à court terme du blocage du détroit d’Ormuz. Les prix s’envolent, entraînant par ricochet une vague inflationniste porteuse d’une récession mondiale, autant dire que personne ne veut laisser pourrir une telle situation.

Pour l’heure, personne ne peut vraiment se faire une idée de ce que pourrait être un nouveau Moyen-Orient. Sans le parapluie américain, les pays du Golfe ne sont que des « banques aux pieds d’argile », pour reprendre l’expression d’un journaliste du Jewish Chronicle. L’État hébreu, quant à lui, va très vite se trouver face à la pression considérable des puissances occidentales qui n’ont aucun intérêt à la poursuite d’un conflit aux effets dévastateurs, notamment sur leur propre politique intérieure. Reste à savoir jusqu’où ira le soutien de Washington. Trump, qui n’en sera pas à son premier retournement de veste, pourrait fort bien lâcher l’État hébreu dans le seul but de sortir d’une situation extrêmement délicate pour son avenir politique.

Sur la question du Hezbollah. Jérusalem n’a aucun état d’âme. Netanyahou est bien décidé, dût-il se mettre à dos la communauté internationale, à briser une bonne fois pour toute le mouvement pro-iranien. D’autre part, ses coalisés ultranationalistes entendent clairement poursuivre leur politique visant à rendre impossible la création réelle d’un État de Palestine. Les résultats des guerres menées par Israël contre les mollahs et ses proxys seront déterminants pour les prochaines élections normalement prévues en octobre 2026.

L’Europe, quant à elle, brille par ses pas de clercs : un pas en avant, deux en arrière. Énergiquement dépendante, soit elle décide de se reprendre en main en participant à une force de coalition pour sécuriser le détroit d’Ormuz, soit elle continue son sport favori, se réunir sans jamais obtenir de majorité fiable.

Dans l’état actuel de la situation, les Russes prioritairement, mais les BRICS en arrière-plan pourraient profiter d’un contexte où les cartes sont sans cesse redistribuées. La Chine, prochaine position du curseur géopolitique, ne pourra pas rester éternellement spectatrice. Elle le sait et attend patiemment son heure.

Michel Dray , 


 

Président de Convergences méditerranéennes

(1) Au jour d’aujourd’hui, la connexion Internet bénéficie qu’à 1 % de la population, à savoir les hiérarques du système.


 

C) - Un plan en cinq points pour éviter la catastrophe nucléaire et économique au Moyen-Orient 


Jeffrey Sachs : « Cette guerre ne profite à personne »

Dans une interview récente accordée à Glenn Diesen depuis la Malaisie, le professeur Jeffrey Sachs, économiste de renommée mondiale, met en garde contre l’escalade incontrôlable du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran.

Face au risque d’une guerre nucléaire et à une crise économique mondiale, Jeffrey Sachs propose, avec sa collègue Sybil Fares, un plan concret en cinq mesures pour mettre fin à ce qu’il qualifie de « pure situation perdant-perdant-perdant ».

L’ « Option Samson » et le spectre d’une catastrophe nucléaire

Israël possède ce que l’on appelle l’« Option Samson » : en cas de menace existentielle, il pourrait recourir à l’arme nucléaire. Selon Jeffrey Sachs, cette hypothèse n’est plus théorique.

David Sacks, conseiller influent de Donald Trump (et tsar de l’IA à la Maison Blanche), a récemment averti que si le conflit se prolongeait, Israël pourrait être détruit et envisager des frappes nucléaires contre l’Iran. Son message est sans équivoque : « Déclarez la victoire et rentrez chez vous. » 

La situation militaire se dégrade très rapidement. Les arsenaux d’intercepteurs s’épuisent des deux côtés, tandis que les destructions d’infrastructures se multiplient. Sachs insiste : poursuivre cette voie n’est pas seulement dangereux pour la région, mais aussi pour la sécurité d’Israël elle-même.

Une crise économique déjà en marche

Le détroit d’Ormuz est fermé. La libération annoncée de 400 millions de barils des réserves stratégiques américaines ne couvrirait que 20 jours de flux normal. Parallèlement, la production de pétrole et de gaz s’arrête et les installations physiques sont détruites dans l’échange de tirs. « Les gens savent faire des calculs », souligne Sachs. Même si Trump tente de calmer les marchés, la crise sera longue, meurtrière et mondiale. Elle touche particulièrement l’Iran et les pays du Golfe, mais personne n’en sortira gagnant.

Le plan en cinq points pour une paix durable

Avec Sybil Fares, Jeffrey Sachs détaille cinq mesures interdépendantes, fondées sur la reconnaissance des intérêts légitimes de sécurité de chaque partie :

  1. Cesser immédiatement l’agression contre l’Iran

Les États-Unis et Israël doivent arrêter les bombardements et renoncer à toute politique de changement de régime. L’Iran a le droit de ne pas être attaqué de manière flagrante et illégale, comme cela se produit depuis des années. Cette agression ouverte viole le droit international.

  1. Revenir à l’accord sur le nucléaire (JCPOA)

L’accord de 2015 (Plan d’action global commun), négocié avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et ratifié unanimement, avait précisément empêché l’Iran de développer une arme nucléaire. Trump l’a déchiré en 2018. L’Iran répète qu’il ne veut pas l’arme nucléaire et accepte des inspections strictes. Un retour à la table des négociations à Vienne est possible et urgent.

  1. Rouvrir le détroit d’Ormuz par un accord régional

Ce n’est pas à Trump de dicter des ordres à la Chine ou ailleurs. Les pays du Conseil de coopération du Golfe et l’Iran (tous membres de l’Organisation de la coopération islamique et pour certains des BRICS) doivent régler cela bilatéralement. Les États du Golfe réaffirmeront leur souveraineté sur les bases militaires américaines présentes sur leur territoire et garantiront qu’elles ne serviront jamais à agresser l’Iran. Le détroit rouvrira immédiatement.

  1. Créer un État palestinien sur les frontières de 1967

C’est la racine de tous les conflits des trente dernières années. Israël doit revenir aux frontières du 4 juin 1967 ; un État palestinien viable verra le jour à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté en ce sens à de nombreuses reprises ; seuls les veto américains l’ont bloqué. C’est la doctrine du « Clean Break » de Netanyahu qui empêche cette solution depuis des décennies : Israël exige 100 % du territoire historique de la Palestine mandataire, alors que l’État palestinien ne représenterait que 22 % de ce territoire.

  1. Désarmer les groupes armés

Une fois l’État palestinien établi et accueilli aux Nations Unies (comme 184 autres États), le Hamas, le Hezbollah et tous les autres groupes non étatiques se désarmeront. La région entière et le Conseil de sécurité l’exigeront. La paix devient alors possible.

Sécurité indivisible ou illusion hégémonique ?

Sachs insiste sur un principe fondamental : la sécurité est indivisible.

On ne peut pas augmenter sa propre sécurité en braquant une arme sur l’autre.

Les guerres actuelles (Iran, Ukraine, tensions autour de Taïwan) proviennent toutes de la poursuite d’une « paix hégémonique » : l’idée que les États-Unis et Israël peuvent imposer leur volonté par la force militaire écrasante sans jamais reconnaître les préoccupations légitimes des autres. Netanyahu a cru qu’il pouvait contrôler le Congrès américain et imposer une « Grande Israël » sans compromis. Cette illusion est aujourd’hui en train de s’effondrer.

Pourquoi une telle sous-estimation de l’Iran ?

Les responsables américains ont cru que tuer des dirigeants ferait s’effondrer le régime iranien et que des menaces suffiraient à le faire capituler. Ils ont écarté l’hypothèse (pourtant évidente) de la fermeture du détroit d’Ormuz ou d’attaques sur les bases américaines. Sachs compare cela aux échecs passés en Irak et en Afghanistan : « Nous créons notre propre réalité. » Aujourd’hui, le processus décisionnel américain est en ruines : président psychologiquement instable, Congrès qui refuse d’exercer son rôle constitutionnel, aucune planification sérieuse. C’est de l’improvisation pure.

Le professeur Jeffrey Sachs soutient que le désespoir grandit aux États-Unis et en Israël alors qu’ils échouent à vaincre l’Iran, et que des armes nucléaires pourraient être utilisées si nous continuons sur cette voie.
 

Conclusion : l’heure de la raison

« Limitez les dégâts, déclarez la victoire à votre manière, mais ne nous entraînez pas dans le désastre. »

Tel est le message urgent de Jeffrey Sachs à Donald Trump. Cette guerre est un fiasco moral, stratégique et économique. Le chemin de la sortie existe : reconnaître les intérêts de sécurité de chacun, revenir au droit international et privilégier la diplomatie. Reste à savoir si Washington et Tel Aviv seront prêts à l’emprunter avant qu’il ne soit trop tard.

Les cinq mesures détaillées figurent également dans l’article co-écrit par Jeffrey Sachs et Sybil Fares, « Ending the Trump-Netanyahu War in the Middle East ». Le temps presse.

https://multipol360.com/un-plan-en-cinq-points-pour-eviter-la-catastrophe-nucleaire-et-economique-au-moyen-orient/ 

 


 

D) -  Pétrole : une flambée des prix qui expose notre vulnérabilité par idéologie

En mars 2026, la France et l’Europe entière font face à une nouvelle flambée des prix de l’énergie. Le baril de Brent oscille autour de 108 à 110 dollars, avec des pics récents au-delà de 119 dollars. En France, le gazole dépasse régulièrement les 2 euros le litre dans de nombreuses stations, en hausse de 15 à 30 centimes en quelques semaines seulement. L’essence (SP95-E10) se situe autour de 1,80 à 1,85 euro le litre, et le SP98 flirte avec les 1,95 euro.

Cette hausse n’est pas un accident conjoncturel : elle résulte directement des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, où le détroit d’Ormuz est partiellement bloqué et où des installations clés de GNL ont subi des dommages significatifs.

Une dépendance volontairement créée par le dogmatisme européen

Cette crise met en lumière une vulnérabilité structurelle que les dirigeants européens ont eux-mêmes créée : le refus obstiné d’importer du gaz et du pétrole russe, notre voisin géographique le plus proche, au nom d’un dogmatisme idéologique. Depuis le début du conflit Russo-Ukrainien en  2022, l’Union européenne a mis en place un embargo progressif sur le pétrole russe (importations tombées à moins de 3 % en 2025) et un calendrier de sortie du gaz russe : interdiction des nouveaux contrats depuis janvier 2026, interdiction totale des importations par gazoduc et GNL d’ici fin 2027, avec des transitions pour certains pays. Le plan REPowerEU, présenté comme une voie vers l’indépendance, a en réalité remplacé une dépendance stable et peu coûteuse par une dépendance chaotique aux marchés mondiaux.

La Russie, un partenaire historique sacrifié

La Russie représentait avant 2022 environ 45 % des importations de gaz de l’UE. En 2025, cette part est tombée à environ 13 %, et le reste est progressivement supprimé.

Les Européens se sont tournés vers le GNL américain, qatari, algérien ou norvégien. Ces alternatives sont plus chères à transporter (tankers au lieu de gazoducs), plus sensibles aux chocs géopolitiques et souvent liées à des fournisseurs lointains ou politiquement instables. Le résultat est là : dès qu’un conflit éclate au Moyen-Orient, les prix s’envolent et l’Europe paie le prix fort. Pendant ce temps, la Russie continue d’exporter massivement son pétrole et son gaz vers l’Asie (Chine, Inde), empochant des revenus qui, malgré les sanctions et les réductions, restent substantiels grâce à la hausse des cours mondiaux.

Refuser le voisin russe : une pure folie idéologique

Refuser le voisin russe relève de la pure folie idéologique. Géographiquement, la Russie est le fournisseur le plus logique : pipelines existants (Nord StreamYamalTurkStream), distances courtes, coûts de transport minimaux, approvisionnement stable et prévisible.

Avant 2022, ces flux étaient fiables et bon marché.

Aujourd’hui, par principe, on les sacrifie au profit d’un GNL qatari ou américain qui traverse les océans et dont les infrastructures sont vulnérables aux conflits. Le Qatar, par exemple, voit une partie de sa capacité de production affectée, ce qui réduit l’offre européenne et fait grimper les prix du gaz de 35 % en quelques jours. Cette politique n’a pas affaibli durablement la Russie sur le plan énergétique ; elle a surtout fragilisé l’Europe.

Des impacts immédiats et brutaux sur la vie quotidienne

Les conséquences concrètes sur la vie quotidienne des Français sont immédiates et brutales. Pour des millions de ménages, la voiture reste le moyen de transport principal : trajets domicile-travail, courses, accompagnement des enfants, loisirs. Chaque hausse de 10 centimes au litre représente plusieurs dizaines d’euros par mois pour un salarié moyen qui parcourt 30 à 50 km par jour. Les artisans, commerçants, livreurs et transporteurs routiers voient leurs marges s’effondrer. Le secteur agricole et agroalimentaire, déjà sous pression, subit une inflation en cascade sur les engrais, le transport et la logistique. Les entreprises de l’industrie manufacturière, particulièrement exposées, ont vu leurs coûts énergétiques augmenter de 73 % en moyenne entre 2020 et 2023, avec des effets persistants sur la rentabilité. Selon les données disponibles, 87 % des entreprises estiment que leur marge est touchée négativement, et près de 28 % se sentent en danger d’existence à court terme.

Inflation en cascade et renoncements forcés

Le gouvernement multiplie les annonces de contrôles et de « boucliers » temporaires, mais la mécanique est implacable : la hausse des carburants se répercute sur tous les biens de consommation. L’alimentation, les produits manufacturés, les services augmentent. L’inflation énergétique, qui avait déjà progressé de 10,5 % entre 2022 et 2023, repart à la hausse. Pour les ménages modestes ou les classes moyennes, c’est un renoncement supplémentaire : chauffage réduit, vacances annulées, sorties limitées. Les factures d’électricité et de gaz suivent la même tendance, même si la France est relativement protégée grâce à son parc nucléaire. Mais le gaz reste essentiel pour les pics de consommation et pour l’industrie.

Un moral des Français déjà au plus bas

Le moral des Français est déjà très bas. Les sondages récents (CSA, Ipsos, Odoxa) convergent : 77 % des Français se disent pessimistes pour l’année 2026, un record. Seuls 41 % sont optimistes pour leur situation personnelle, et la confiance dans la politique nationale tourne autour de 22 %. L’indice de moral économique est au plus bas historique pour un début d’année (-64 selon certaines mesures). Les Français ont le sentiment d’être pris en otage par des choix stratégiques qui les dépassent : ils paient le prix d’une politique énergétique idéologique pendant que les grandes puissances (États-Unis, Chine) continuent de s’approvisionner où bon leur semble.

Une obstination absurde et contre-productive

Cette obstination est d’autant plus absurde que la Russie n’est pas un adversaire éternel sur le plan énergétique. Elle reste un producteur majeur, avec des infrastructures existantes et une capacité à livrer rapidement et à moindre coût.

Refuser ces approvisionnements sous prétexte idéologique, alors que la vie quotidienne des Français et la compétitivité des entreprises en dépendent, relève du dogmatisme dangereux.

L’Europe a voulu punir Moscou en 2022 ; elle s’est surtout punie elle-même en s’exposant aux chocs du Moyen-Orient et aux fluctuations du GNL américain. Le pragmatisme aurait consisté à diversifier sans couper brutalement un fournisseur historique et géographiquement logique. Aujourd’hui, on paie le prix de cette erreur stratégique.

Il est temps de placer le pragmatisme au centre des priorités

Il est temps de revenir à la raison. La sécurité énergétique de la France et de l’Europe ne peut pas reposer uniquement sur des principes idéologiques. Elle doit prioriser la proximité géographique, la stabilité des contrats et le coût raisonnable pour préserver le pouvoir d’achat et l’emploi.

La vie des Français passe avant les grands discours.

Le nucléaire français est un atout majeur, mais il ne couvre pas tout. Le gaz et le pétrole restent indispensables pour la transition et pour les pics. Continuer à snober le voisin russe alors que les alternatives sont plus chères et plus risquées, c’est condamner les ménages à payer toujours plus cher pour des choix politiques obstinés.

Une crise qui n’est pas une fatalité

La crise actuelle n’est pas une fatalité. Elle est la conséquence directe d’une politique énergétique déconnectée des réalités géographiques et économiques. Il est encore possible de corriger le tir : 

diversifier intelligemment, rouvrir le dialogue pragmatique avec les fournisseurs stables, et placer la vie quotidienne des Français au centre des priorités.

Les entreprises françaises, les artisans, les salariés, les familles n’en peuvent plus de cette folie idéologique qui leur coûte cher chaque jour à la pompe, au chauffage et dans leur budget. Le pragmatisme n’est pas une faiblesse : c’est la seule voie réaliste pour protéger le quotidien et la compétitivité de la nation.

https://multipol360.com/petrole-une-flambee-des-prix-qui-expose-notre-vulnerabilite-par-ideologie/ 

 

 

E) - Ormuz ou l’illusion du contrôle : Chronique prospective d’une crise énergétique mondiale

« Hausse du pétrole et du gaz, tensions dans le Golfe, inquiétudes sur le détroit d’Ormuz. »
À intervalles réguliers, l’économie mondiale semble rejouer la même partition. Depuis le premier choc pétrolier consécutif à la guerre du Kippour, une crise au Moyen-Orient entraîne une envolée des prix, généralement contenue par des mécanismes d’ajustement éprouvés.

Mais la séquence ouverte en 2026 diffère profondément. Le détroit d’Ormuz, par où transite environ 20 % du pétrole mondial selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie, devient un point de rupture logistique. La question centrale n’est plus celle de l’offre, mais celle de la circulation.

Dans ce contexte, les États-Unis, dont la doctrine de sécurisation du Golfe remonte à la doctrine Carter, apparaissent en quête d’alliés pour assurer une mission qu’ils assumaient jusque-là de manière prépondérante. L’Arabie saoudite, pilier de la régulation depuis la fin des années 1970, voit sa capacité d’action contrainte. Quant à la Russie, redevenue un acteur énergétique majeur depuis les années 2000, elle reste en position de stabilisateur potentiel… mais politiquement neutralisée.

Dès lors, la crise d’Ormuz marque-t-elle la fin du modèle de stabilisation énergétique construit depuis les années 1970 ?

Un système historiquement stabilisé : production, sécurité et compensation (1979–1987)

La révolution iranienne de février 1979 provoqua une chute brutale de la production du pays, estimée à près de cinq millions de barils/jour. Le prix du baril doubla en quelques mois. Pourtant, le marché ne s’effondra pas, l’Arabie saoudite augmentant sa production. Ce faisant, elle consolidait son rôle de producteur d’appoint. Dans le même temps, l’Union soviétique bénéficiait de la hausse des prix, sans intervenir dans la régulation globale. Ce moment marqua la structuration d’un premier équilibre : les chocs pouvaient être absorbés par la flexibilité de l’offre.

 


La guerre Iran-Irak (22 septembre 1980-20 août 1988) entraîna une « guerre des pétroliers », avec plus de 400 navires attaqués entre 1984 et 1988. La réponse américaine prit la forme de l’opération Earnest Will (24 juillet 1987-26 septembre 1988), qui consistait à escorter les tankers koweïtiens protégés par le pavillon américain. Cette opération illustra une mutation décisive : la sécurisation militaire des flux devenait le complément indispensable de l’ajustement de la production.

De ce fait, entre 1979 et la fin de la guerre froide, se mit en place un système reposant sur la flexibilité saoudienne, la puissance navale américaine et une production soviétique significative mais peu intégrée. Cet équilibre se renforça après 2000 avec le retour de la Russie et la formation OPEP+, consacrant un système énergétique tripolaire.

2026 : une rupture systémique – la désynchronisation des variables

Comme lors des crises précédentes, une hausse des prix a suivi immédiatement les tensions dans le Golfe. Mais la dynamique diverge rapidement : les primes d’assurance atteignent des niveaux comparables, voire supérieurs, à ceux observés à la fin des années 1980, sans qu’un dispositif équivalent à Earnest Will ne soit immédiatement opérationnel. Ainsi, comme en 1987, assurer un tanker aujourd’hui coûte jusqu’à 2 % de sa valeur, voire au-delà, mais sans la certitude qu’un acteur soit capable de sécuriser durablement sa route, notamment en passant le détroit d’Ormuz. Contrairement aux prix du pétrole, les primes d’assurance ne traduisent pas une tension sur l’offre, seulement une dégradation de la sécurité des flux, expliquant leur envolée lors de chaque phase d’un conflit maritime.

 


 

À partir de la troisième semaine de l’opération américano-israélienne, une contradiction apparaît néanmoins. Le pétrole est disponible et la production saoudienne reste élevée. Mais le trafic maritime diminue fortement. Contrairement à certaines analogies abusives avec les convois de la Seconde Guerre mondiale, la situation du détroit d’Ormuz se rapproche bien davantage de la guerre des pétroliers de 1987, où le trafic n’était pas interrompu mais profondément dégradé par la combinaison de menaces asymétriques et de contraintes géographiques. Passer cet étroit chenal n’est possible qu’en convoi en raison de sa largeur limitée, de la proximité des côtes, tant iraniennes qu’émiraties. S’ajoutent, contrairement à 1987, une incertitude durable (pas de stabilisation à court terme, juste la volatilité décisionnelle américaine), une pression accrue sur les acteurs économiques (armateurs et assureurs) comme sur les alliés, et un basculement du système énergétique.
La question n’est plus seulement d’extraire ou de produire, mais de sécuriser des flux devenus vulnérables.

 


Le système tripolaire élaboré en 1973 ne fonctionne plus. Pour la première fois, il ne semble pas y avoir d’opérateur capable de rétablir l’équilibre. L’Arabie saoudite ne peut compenser un blocage des flux, car les États-Unis se trouvent incapables de reproduire seuls l’opération Earnest Will. Enfin, la Russie, malgré ses capacités, reste partiellement exclue du jeu européen depuis son invasion de l’Ukraine. La crise actuelle combine ainsi les vulnérabilités de 1979 et de 1987, sans leurs mécanismes de résolution.

Fragmentation et recomposition : vers un marché sous contrainte

Comme lors des chocs pétroliers précédents, les États européens mettent en place des mesures de soutien. Mais contrairement aux années 1970, où les politiques d’efficacité énergétique et de diversification (nucléaire, mer du Nord) avaient permis une adaptation structurelle, la réponse actuelle demeure largement budgétaire. La crise confirme une évolution amorcée depuis les années 2010 et puissamment révélée après la rupture avec les facilités énergétiques russes du fait de son agression de l’Ukraine. Cette fragmentation du marché énergétique se caractérise par la réorientation des exportations russes vers l’Asie, accélérée après 2022. Elle rappelle que le pétrole n’est pas seulement une marchandise globale, mais un outil de puissance géopolitique, comme lors des embargos depuis 1956.

Enfin, la situation actuelle évoque moins un choc pétrolier classique qu’une transition vers un système instable, comparable aux périodes de guerre où la logistique était devenue déterminante. Et ce, en l’absence d’un acteur capable de combiner production, sécurité et flexibilité. En cela, la présente crise marque une rupture historique.

Depuis la guerre du Kippour (octobre 1973), le système énergétique mondial reposait sur un équilibre entre production et sécurité. La crise actuelle du détroit d’Ormuz en révèle les limites, ces deux dimensions échouant, pour la première fois, simultanément. Le pétrole n’a jamais été aussi disponible. Mais il n’a jamais été aussi difficile à acheminer. Dans cette nouvelle configuration, la puissance ne réside plus seulement dans la maîtrise des ressources, mais dans celle des routes. Et c’est précisément là que se joue désormais l’équilibre du système international.

Gérald Arboit

https://nouvellerevuepolitique.fr/gerald-arboit-ormuz-ou-lillusion-du-controle-chronique-prospective-dune-crise-energetique-mondiale/ 

 

F) -Interview de Michel Fayad par Arnaud Benedetti : « Le régime ne montre aucun signe de capitulation »

1/ Que change l’élimination d’Ali Larijani ?

Secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale depuis août 2025, Ali Larijani était devenu, dans les semaines précédant le conflit, le dirigeant de facto de la République islamique. Il coordonnait la riposte iranienne depuis le premier jour des frappes et servait de pivot entre l’appareil sécuritaire et les canaux diplomatiques. Il incarnait aussi, avec son frère Sadeq, président du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, l’un des piliers dynastiques d’un système théocratique où les deux frères ont été, chacun à leur poste, des instruments fidèles — l’un pour la répression judiciaire, l’autre pour la projection militaire et diplomatique.

Son élimination fragilise la capacité de coordination du régime sans le faire tomber. Larijani était un profil rare capable de faire tenir ensemble l’appareil des Gardiens et un canal diplomatique vers l’Occident — non par modération, mais par calcul stratégique pour la survie du système. Ce calcul disparaît avec lui : le régime devient plus rigide, plus fragmenté dans ses prises de décision, moins capable de gérer une sortie de crise.

Mais la vraie question n’est pas seulement de savoir si ce régime mérite de tomber — il le mérite —, c’est ce qui pourrait émerger ensuite. L’affaiblissement de l’axe chiite ne crée pas l’islamisme sunnite, déjà implanté depuis longtemps, avec ses réseaux transnationaux et ses financeurs. En revanche, il libère un espace stratégique que les forces wahhabites, salafistes et takfiristes, déjà structurées, sont prêtes à occuper. Les chancelleries occidentales et les analystes doivent anticiper dès maintenant ce déplacement du centre de gravité de la menace islamiste, car c’est là que réside le défi le plus durable pour la région et pour l’Europe.

2/ Où en sommes-nous, au 21 mars, de l’état des opérations conduites par Washington et Tel-Aviv ?

Nous sommes au 21e jour du conflit, officiellement désigné sous les noms d’opération « Furie épique » du côté américain et « Lion rugissant » du côté israélien. Le Pentagone a déployé un troisième porte-avions dans la région et acheminé des renforts aériens, maritimes et terrestres substantiels. Israël frappe durement le Liban en parallèle, poursuit l’élimination systématique de figures dirigeantes du régime, et son porte-parole militaire a déclaré qu’Israël allait « traquer, trouver et neutraliser » Mojtaba Khamenei, le nouveau Guide suprême.

Les deux alliés ne poursuivent pas exactement les mêmes objectifs. Washington cherche à détruire les capacités balistiques et nucléaires iraniennes dans un délai contrôlé, en veillant à la stabilité des marchés énergétiques. Israël, lui, adopte une ligne maximaliste : il vise les têtes dirigeantes, dispose de nombreuses cibles encore intactes et considère qu’il s’agit d’une opportunité historique d’affaiblir durablement le régime.

De son côté, l’Iran ne montre aucun signe de capitulation. Mohsen Rezaee, conseiller militaire du nouveau Guide suprême, a posé publiquement ses conditions pour tout cessez-le-feu : retrait total des forces américaines du Golfe Persique, réparations intégrales et garanties de sécurité à long terme. La réponse américaine est ferme : aucun accord sans reddition inconditionnelle. Ce décalage rend toute sortie de crise à court terme improbable.

Nous sommes donc dans une guerre réelle, assumée, mais dont le terme reste incertain. La chute de la République islamique, si elle survient, sera une délivrance pour les peuples opprimés depuis des décennies — le peuple iranien d’abord, mais aussi le Liban, saigné par le Hezbollah. La lucidité stratégique commande néanmoins de s’interroger dès maintenant sur l’après : le vide laissé pourrait être comblé par des réseaux wahhabites, salafistes et takfiristes déjà structurés et prêts à agir, financés par des pétrodollars du Golfe.

3/ Que savons-nous de la structure de commandement du régime ? Qui dirige ?

Le pouvoir iranien fonctionne aujourd’hui selon une architecture de survie, distribuée et souterraine, sans chef unique clairement identifiable de l’extérieur. Plusieurs pôles en structurent néanmoins l’équilibre :

Mojtaba Khamenei est l’autorité formelle, désigné Guide suprême par l’Assemblée des experts début mars. Sa légitimité reste précaire. Il n’a exercé aucune fonction exécutive, ne s’est jamais montré en public depuis sa nomination, et communiquerait uniquement par écrit depuis un abri sécurisé.

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et ancien commandant du CGRI, est la figure la plus active et visible. Il coordonne l’effort de guerre quotidien, gère les affaires internes et représente la continuité exécutive du régime.

Mohsen Rezaee, vétéran du CGRI et nouveau conseiller militaire du Guide suprême, assure la liaison entre le politique et le militaire et pose les conditions de sortie de crise côté iranien.

Sadeq Larijani, frère d’Ali et président du Conseil de discernement, reste un relais institutionnel puissant, même si son rôle opérationnel dans la guerre directe est difficile à apprécier.

Mohammad Ali Jafari, ancien commandant en chef du CGRI, conserve une influence stratégique sur les opérations asymétriques et les proxies et alliés régionaux (Hezbollah, Hachd al-Chaabi, Houthis), qui constituent le levier principal d’action régionale du régime.

Le pouvoir n’est donc pas concentré : il repose sur un équilibre mouvant entre ces pôles, où le poids du sécuritaire et des réseaux informels augmente fortement. Le régime tient encore, mais en mode dégradé, opaque et vulnérable, ayant perdu les profils capables de penser au-delà de la survie immédiate. La question décisive reste celle du vide qui se créera derrière lui dans la région et dans le monde, que les forces islamistes sunnites radicales sont déjà prêtes à exploiter.

Arnaud Benedetti

Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.


Au nombre des nombreux mensonges du régime iranien, découverte en 2002 du programme militaire secret et des sites clandestins d’enrichissement de Natanz et Arak. Découverte du site de Fordo en 2008. Site de la pioche en 2024. Site de Minzadehei en 2026. diplomatie.gouv.fr/fr/politique

 

G) - Différents liens (7) sur le thème de l'Iran 

Analyses & Bellicisme Trumpiste comme les intérêts israéliens

Sommaire:

A1) - « Le régime cherche à transformer l'attaque en réflexe patriotique »

A2) - Le démenti du Pentagone sur l’Iran : Trump renoue avec le bellicisme américain et les intérêts israéliens 

B) -  L’escalade américaine en Iran : Trump face à un isolement croissant sur la scène internationale

C) - Trump menace de couper les échanges commerciaux avec l'Espagne à cause des bases aériennes espagnoles.

D) - Guerre USA-Israël-Iran : Entre rumeurs sur des pertes françaises et justifications controversées de l’administration Trump

E) - Le siège invisible : comment les compagnies d’assurance ont fermé le détroit d’Ormuz

F) - Analyse des frappes israélo-américaines sur l’Iran

 

Ali Khamenei et Maduro, ou la fin de l’incantation. D’ores et déjà un événement d’une portée identique à ce que fut en son temps la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS.

D’ores et déjà un événement d’une portée identique à ce que fut en son temps la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS.

 

Un jour prochain, Reza Pahlavi rentrera dans notre pays perdu avec le cylindre de Cyrus le Grand !


Iran: théocratie iranienne un avertissement pour l’Occident !

Sommaire:

A) - Iran : les sorties de crise impossibles d’une guerre qui risque l’enlisement

B) - La liberté des Iraniens est la nôtre

C) - Les peuples sacrifiés sur l’autel d’élites immatures et incompétents

D) - L’Iran défie l’empire : Trump déclare le nouveau Guide suprême « inacceptable » 

E) - Iran : au nom du père et du fils

 

Iran et le business transgenre: Liberté - Mutilation ou peine de mort !

 

 

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