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avril 08, 2026

Stratégie; Diplomatie; Géopolitique, l'effet IRAN !

Sommaire: 

A) - "Ali Shariati, véritable cerveau de la Révolution islamique, ou le brillant théoricien d’un 'islamo-marxisme' "

B) - Le retour de la meute des ambassadeurs

C) - Ormuz, ou les limites de l’ultimatum

 


 

A) - "Ali Shariati, véritable cerveau de la Révolution islamique, ou le brillant théoricien d’un 'islamo-marxisme'  

Dans cette tribune, Michel Taubmann, journaliste, éditeur, écrivain et coauteur « Histoire secrète de la révolution iranienne » (Denoël), explique le rôle déterminant du philosophe iranien d'inspiration marxiste Ali Shariati dans la révolution islamique. 

Connaissez-vous Ali Shariati ? Dans les gigantesques manifestations qui, tout au long de l’année 1978, ont précipité le renversement du shah d’Iran, les portraits de ce séduisant quadragénaire vêtu à l’occidentale côtoyaient ceux du vieux mollah Khomeyni, coiffé de son turban traditionnel. Sa mort brutale en Grande-Bretagne en juin 1977 avait écarté Ali Shariati d’une révolution dans laquelle ce « socialiste de Dieu », formé à la Sorbonne, aurait pu disputer le leadership au représentant d’un clergé chiite qu’il jugeait « réactionnaire ». Ali Shariati, véritable cerveau de la Révolution islamique, a été le brillant théoricien d’un « islamo-marxisme » réconciliant l’islam et la lutte des classes, une théologie de la libération qui se développa parallèlement à celle dont se revendiquaient à la même époque des chrétiens de gauche, notamment en Amérique Latine.

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Né le 24 novembre 1933 dans un petit village au nord-est de l’Iran, où sa mère et les autres femmes ne montraient jamais leur visage, Ali Shariati a été confronté, dès l’enfance, au choc entre la vie religieuse ancestrale et la modernité. Dans un pays mené d’une main de fer par le roi Reza Shah, « l’Atatürk iranien », son père, Mohammad Taqi Shariati, fils, petit-fils de mollah et mollah lui-même a été contraint de troquer sa toge contre un costume à l’occidentale lorsque la monarchie, dans les années 1930, créa une Éducation nationale dépendant de l’État et non plus du clergé. En 1945, les troupes soviétiques occupant encore une partie du nord-est de l’Iran, le ministère de l’Éducation nationale est confié au dirigeant communiste Fereydoun Kechavarz. Comme beaucoup d’enseignants, le père de Shariati s’imprègne alors d’idées sociales et hostiles à « l’impérialisme » britannique, qu’il transmet à son fils Ali, militant dès l’âge de 15 ans dans les rangs des « socialistes pieux ».

Islam et marxisme au Quartier Latin

C’est à Paris, capitale mondiale des révolutions, que le jeune Shariati construira sa pensée « islamiste de gauche ». Il y arrive à vingt-six ans, en 1959, doté d’une bourse du gouvernement iranien, afin d’y compléter ses études doctorales. Obsédé par la « débauche » qui règne à ses yeux dans la « Ville lumière », Ali Shariati écrit à ses proches : « Ici, il n’y a rien d’autre que danse, cabaret, vin, casino et toutes sortes de recherches sur les différentes façons de copuler (…), dans cette ville du vin, de la concupiscence et du fric. (…) La plupart des femmes ressemblent à des oies plus belles que Brigitte Bardot mais moins chères qu’un paquet de cigarettes. Rien que concupiscence, rien que couleur et rien qu’infidélité […] que fausseté, que misère. » Ne trouvent grâce à ses yeux que les étudiants catholiques de l’Alliance française où il apprend la langue de Voltaire. Ali Shariati voit dans leur Église un antidote à « l’extinction certaine de la société française ».

Un chrétien pratiquant va alors jouer un rôle important dans son cheminement intellectuel : son directeur de thèse à la Sorbonne, Louis Massignon, professeur au Collège de France et fondateur des études « Islamisme et religions de l’Arabie » à l’École pratique des hautes études à Paris. Cette sommité universitaire, qui formera Henry Corbin et toute une génération d’orientalistes français, était réputée pour sa rigueur. Mais sa fascination à l’égard de l’islam, renforcée par son indignation envers le colonialisme, alors qu’il s’engageait lui-même contre la guerre d’Algérie, finit par obscurcir son jugement. Ordonné prêtre au Caire à 67 ans, ce mystique qu’on surnommait le « catholique musulman » développait l’idée d’une pureté originelle de l’islam servant de chemin vers la libération humaine, calquée sur la théologie de la libération défendue par des chrétiens. Entretenant une relation très étroite avec Ali Shariati, Louis Massignon cautionna, par son autorité morale, la passion anti-occidentale qui dévorait son élève.

Deuxième rencontre, déterminante. Et prestigieuse. Entre 1962 et 1964, dans un café du Quartier Latin, Ali Shariati et quelques autres doctorants iraniens discutent à plusieurs reprises au milieu des volutes de fumée avec le « maître à penser » de l’existentialisme : Jean-Paul Sartre. Le célèbre philosophe écoute le jeune Shariati expliquer que « l’islam est le meilleur moyen de communication en Iran » : « Si les gens de gauche se rendent dans les villages iraniens, en se réclamant de la “forteresse Marx”, ils seront éjectés sur-le-champ par les paysans. Tandis que moi, si je m’y rends en les invitant à venger le sang de Hossein (petit-fils du prophète Mahomet, considéré comme le troisième des douze imams, équivalent des saints pour la tradition chiite – N.D.L.R.), je serai immanquablement accueilli à bras ouverts. »

Autre figure de référence pour Ali Shariati : Frantz Fanon, psychiatre et philosophe martiniquais, qui éveilla à l’anticolonialisme toute une génération militante, en cette époque de guerre d’Algérie. Ali Shariati traduira en persan et fera publier en Iran le livre le plus fameux de Frantz Fanon, Les Damnés de la terre (1961). Les deux hommes, qui correspondent régulièrement pendant le séjour parisien de Shariati, s’accordent sur le « rôle de l’islam dans la guerre tous azimuts contre le colonialisme » et la nécessité de « créer un homme nouveau ».

La religion des déshérités

Shariati rentre en Iran en 1964, persuadé que la nouvelle pensée révolutionnaire résultera de la synthèse « du socialisme, de l’existentialisme et de l’islam ». Ses interlocuteurs de gauche, Sartre et Fanon, ou chrétien, comme Massignon, s’étaient montrés soucieux de prendre en compte l’apport intellectuel de leur ami musulman, représentant à leurs yeux la partie du monde, opprimée par « l’impérialisme ». Ils étaient cependant inconscients de l’immensité du malentendu.

Car Ali Shariati, lui, pensait l’islam comme source unique non seulement des autres religions, judaïsme et christianisme, mais de toute pensée positive. « Tout ce qui se trouve dans les idées progressistes des intellectuels occidentaux se trouvait bien avant dans l’islam », avait-il déclaré devant l’Association Iran-France. Dans son livre Chiisme rouge, Ali Shariati précise sa pensée en distinguant le bon grain chiite de l’ivraie sunnite. Islamisant la théorie marxiste de la lutte des classes, il érige en « moteur de l’histoire » l’opposition irréductible entre l’islam chiite, confession des « pauvres et de la révolte », identifié au prolétariat, et le sunnisme, défenseur de « l’aristocratie du califat », incarnant la bourgeoisie. Définissant aussi précisément le modèle de société islamique dont il rêve – et que Khomeyni imposera – il s’inspire de Lénine. Refusant le suffrage universel à un peuple supposé arriéré et conservateur, il prône le leadership d’une avant-garde éclairée – par Dieu – et guidée par un Imam.

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La pensée sophistiquée de Shariati contribua à populariser la révolution islamique parmi les intellectuels occidentaux. Michel Foucault, l’un des philosophes français les plus éclairés, qui tenait Shariati en haute estime, écrivait dans le Nouvel Observateur en octobre 1978, quatre mois avant la prise de pouvoir par Khomeyni : « Un fait doit être clair par "gouvernement islamique" personne en Iran n’entend un régime politique dans lequel le clergé jouerait un rôle de direction ou d’encadrement. » Influencé par les thèses de Shariati, Foucault voit en l’islam chiite une spiritualité quasi-libertaire : « Absence de hiérarchie dans le clergé, indépendance des religieux les uns par rapport aux autres, mais dépendance (même financière) à l’égard de ceux qui les écoutent (…) Revenir à ce que fut l’islam au temps du Prophète ; mais aussi avancer vers un point lumineux et lointain où il serait possible de renouer avec une fidélité plutôt que de maintenir une obéissance. » Michel Foucault eut le courage de reconnaître rapidement son erreur. Mais les illusions sur l’islam politique ont mis du temps à se dissiper. 

Michel Taubmann

l.marianne.net/SbT 

 


 B) - Le retour de la meute des ambassadeurs 

« Les diplomates ne sont utiles que par beau temps fixe. Dès qu’il pleut, ils se noient dans chaque goutte ». Manifestement, ce jugement du Général de Gaulle – qui a pu juger sur pièce du courage et de la clairvoyance de la cohorte des diplomates sous Vichy – n’a pas pris la moindre ride à lire la brillante tribune du quotidien de référence de l’intelligentsia parisienne dans son édition du 2 avril 2026. De quoi s’agit-il ? D’un collectif de vingt-huit ambassadeurs (dont quatre éminentes Dames) qui stigmatisent avec sévérité la guerre déclenchée par Américains et Israéliens contre l’Iran[1]. Ni plus, ni moins. C’est du sérieux. L’intention est noble, la défense de la veuve et de l’orphelin. Qui pourrait s’en plaindre et les en blâmer ? La bande des Vingt-huit n’en est pas à son coup d’essai, même si les signataires ne sont pas tous les mêmes. Rappelons qu’elle n’avait pas de mots assez durs pour dénoncer la politique d’Israël vis-à-vis de Gaza en septembre 2025 ![2] Le moins que l’on soit autorisé à dire est que nos ambassadeurs ont le regard rivé vers cette zone inflammable au détriment de toutes les autres zones de conflit au monde. Et, elles ne manquent pas. Pourquoi ? Mystère et pomme d’arrosoir. Toujours est-il que cette dernière tribune offre un superbe exemple de diplomatie de la posture mais aussi un parfait exemple de diplomatie de l’imposture.

Un superbe exemple de diplomatie de la posture 

« La diplomatie a ses bizarreries et ses raccourcis » (John Kenneth Gabraith).

À découvrir cette nouvelle tribune joliment troussée par ces excellences au chapeau à plumes, le lecteur incrédule en est tout retourné tant les mots sont forts et les jugements acérés contre cette valetaille de Donald et de Benjamin.

Citons-en quelques-uns pour appréhender la profondeur de la pensée ! « Nous ambassadeurs français dénonçons la guerre désastreuse lancée les États-Unis contre l’Iran … » ; « L’Iran était une nuisance, pas une menace imminente, ni pour les États-Unis, ni pour Israël » ; « L’Europe reste muette ou résignée » ; « Nous apparaissons désemparés face à la montée des politiques qui sapent l’ordre international » ; « La France, qui dit non à la guerre d’Irak de 2003, renonce aujourd’hui à son indépendance diplomatique » ; « Aussi condamnables que soient le régime de Téhéran et les massacres perpétrés récemment contre sa population, la guerre … n’apportera de solution ni pour l’Iran, ni pour la région » ; « Mais nous savons aussi quel est le monde que nous voulons aux antipodes de la loi du plus fort et de l’impunité » ; « … nous devons reprendre la parole et agir pour réaffirmer ce qui fait notre identité européenne, : le respect du droit international, y compris le droit humanitaire, notre attachement au multilatéralisme, le recours prioritaire à la diplomatie » ; « Il convient de condamner sans ambiguïté la souveraineté des États, de même que les attaques menées contre des objectifs civils ». Et de conclure leur madrigal sur une note lyrique : « Dans l’immédiat, la priorité est d’arrêter le conflit en cours et d’amener les acteurs à la table des négociations ; et, en parallèle, de s’attaquer sérieusement au règlement de la question palestinienne, clé d’une coexistence, durable et apaisé entre Israël et les autres États de la région ».

On l’aura compris, nos diplomuches de haut vol ne badinent ni avec le droit international, y compris le droit humanitaire, ni avec l’attachement au multilatéralisme et au recours prioritaire à la diplomatie mai aussi à leur tropisme, la question palestinienne. Les mots sont forts. Mais, à y regarder de plus près, leur prêche pèche à divers titres

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Un parfait exemple de la diplomatie de l’imposture 

« Tout ce qui est excessif est insignifiant ».

Reprenons quelques arguments chocs développés dans cet opus magnum !

La violation du droit international. Rien ne nous est dit des multiples violations du droit international par le régime pacifique des Mollahs ! Menace permanente de détruire un État reconnu par l’ONU ; agression caractérisée d’États du Golfe qui n’ont jamais déclaré la guerre à l’Iran ; blocage du détroit d’Ormuz en violation du principe de la libre circulation dans des eaux qui ne sont pas iraniennes ; aide ostensible à des organisations terroristes qui déstabilisent toute la région (Hamas, Hezbollah, Houthis et autres groupes chiites en Irak, Syrie …) ; violation du Traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP) depuis des décennies sans que Téhéran ne subisse les foudres de la fameuse communauté internationale, de l’AIEA, du Conseil de sécurité de l’ONU … Cette liste est loin d’être exhaustive.

La violation du droit humanitaire. Rien ne nous est dit, ou si peu, des assassinats de dizaines de milliers d’Iraniens et d’Iraniennes au cours des dernières décennies et, en particulier, au mois de janvier dernier sans que cela n’émeuve nos bons samaritains diplomates. Ces derniers ont-ils oublié l’existence d’une « responsabilité de protéger » qui succède au « droit d’ingérence », incrimination portée sur les fonts onusiens par un ancien ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner ? Ce droit ne s’appliquerait-il pas aux malheureuses victimes iraniennes ? Ne serions-nous face à un génocide, un crime contre l’humanité ? Ne devrions-nous pas traîner tous ces criminels devant la CPI (Cour pénale internationale) pour qu’ils y répondent de leurs forfaits ? Le silence de nos bonnes âmes est éloquent. Nous sommes en plein dans l’indignation à géométrie variable.

L’attachement au multilatéralisme. Rien ne nous est dit d’un système multilatéral moribond, en état de mort cérébrale qui se montre incapable d’apporter une quelconque solution aux différents conflits qui se déroulent aux quatre coins de la planète. Comment se fier à un outil qui ne fonctionne pas pour régler un problème qui nécessite plus que des paroles, d’improbables réunions internationales pour faire plier un régime qui ne comprend que le droit de la puissance, se moquant de la puissance du droit ? La démarche de ces diplomates de haut vol relève d’une candeur, d’un angélisme qui force le respect. Ont-ils oublié les conséquences de la conférence de Munich de 1938 ? Peut-être ont-ils la mémoire qui flanche ?

L’absence de menace iranienne. Elle ne serait pas imminente, nous assènent nos experts es-carabistouilles. Ce sont les mêmes pacifistes indécrottables qui nous expliquaient qu’Hitler ne représentait pas une menace après la remilitarisation de la Rhénanie en violation du Traité de Locarno de 1925. Nous en avons payé le résultat au prix fort pendant cinq ans. Ces bons apôtres ne nous disent rien de la portée des missiles iraniens, désormais de 4 000 kilomètres et, demain, peut-être plus avec des charges nucléaires. Tout ceci ne trouble pas cette brochette d’ambassadeurs au petit pied. Tout va très bien Madame la Marquise …

À trop vouloir s’en tenir à l’écume des jours et à une approche biaisée, idéologique, nos Ambassadeurs s’égarent en privilégiant une diplomatie du tape à l’œil à laquelle fait cruellement défaut un impératif de sagesse, de hauteur de vue, de profondeur de jugement, de clairvoyance élémentaire.  Ce qui est regrettable pour de si brillants esprits. Ils sont les modèles d’une diplomatie, liturgie désuète dans un sanctuaire de traditions compassées.

À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Le général invisible et la ligne rouge entre Washington et Téhéran

De la diplomatie spectacle ! 

« Vous avez déjà vu un grand pays s’engager à rester couillonné, sous prétexte qu’un traité n’a rien prévu pour le cas où il serait couillonné ?… Non. Quand on est couillonné, on dit : « Je suis couillonné. Eh bien, voilà, je fous le camp ! » Ce sont des histoires de juristes et de diplomates, tout ça » (Général de Gaulle). En définitive, Il s’agit purement et simplement d’un de ces « pétards diplomatiques » qui font beaucoup de bruit, mais qui sont totalement dépourvus d’efficacité pratique. « Encore des mots toujours des mots
Les mêmes mots
 », pour reprendre les paroles de la chanson de Dalida. Nous sommes au cœur de la diplomatie du Docteur Coué, du Docteur Knock[3]. Une diplomatie de l’insignifiance, qui peine à masquer l’impuissance de ces hauts fonctionnaires drapés dans leur vertu outragée. Comment penser guérir les maux de l’Orient compliqué avec des mots de l’Occident simpliste ? C’est mission impossible sauf à chevaucher des chimères, comme le font ces Vingt-huit héros du buzz médiatique. La seule certitude, c’est que nous devons agir dans l’incertitude d’un monde instable, imprévisible, dangereux qui met à mal les principes du monde d’hier. Qu’on le veuille ou non ! Nous sommes bien face à un nouveau monde qui en train de recréer un vieux monde, celui de la Realpolitik du XIXe siècle au sein duquel seule compte la puissance[4]. En dernière analyse, nous voilà pleinement rassurés avec ce retour en fanfare de la meute des ambassadeurs.

À lire aussi : Tribune – L’étrange conférence des Ambassadrices et des Ambassadeurs

Jean Daspry, 

 pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques

[1] Collectif d’anciens ambassadeurs de France, La Guerre déclenchée par les Américains et les Israéliens n’apportera de solution ni pour l’Iran, ni pour la région, Le Monde, 2 avril 2026, p. 26.

[2] Jean Daspry, Gaza : la meute des 34 ambassadeurs, www.lediplomate.media , 25 août 2025.

[3] Jean Daspry, De la diplomatie de Pangloss, www.lediplomate.media , 13 mai 2025.

[4] Fareed Zakaria, Le système construit après 1945 peut survivre en dépit de la défection américaine, Le Monde, 1er mars 2025, p. 32.

https://lediplomate.media/tribune-retour-meute-ambassadeurs/

 


 

C) - Ormuz, ou les limites de l’ultimatum

Que le régime iranien doive tomber ne souffre d’aucune ambiguïté. Mais l’évidence de la fin n’autorise aucune négligence dans le choix des moyens ; elle oblige au contraire à les juger avec une sévérité accrue. Depuis les opérations militaires engagées contre l’Iran à la fin de février, la fermeture de fait du détroit d’Ormuz qui s’en est suivie, puis l’ultimatum public par lequel Donald Trump a donné à Téhéran jusqu’au 7 avril à 20 heures, heure de Washington, pour rouvrir le passage sous peine de frappes contre ses ponts et ses centrales électriques, la crise du Golfe a changé de nature. Elle ne met plus seulement aux prises deux volontés ennemies ; elle met à l’épreuve la faculté d’une grande puissance d’obtenir, par la menace, la révision effective de la conduite adverse sans restituer au régime qu’elle vise la nécessité politique que son propre discrédit intérieur avait commencé de lui retirer. L’enjeu n’est donc pas la violence promise en elle-même, mais l’effet politique qu’elle peut — ou non — produire.

Il est des moments où la force se laisse moins mesurer à l’étendue des destructions qu’elle rend possibles qu’au type d’obéissance qu’elle prétend obtenir avant même de s’exercer. L’ultimatum appartient à cette catégorie singulière d’actes stratégiques où la violence cesse d’être seulement un moyen de guerre pour devenir une manière d’agir sur la décision adverse. Ce qui se joue alors n’est pas encore la bataille, ni même la punition au sens strict ; c’est l’effort pour infléchir par avance le calcul de l’autre, pour l’amener à accomplir de lui-même ce qu’il refusait encore la veille. C’est là que se noue la crise d’Ormuz.

Qu’il faille en finir avec la République islamique ne dispense nullement de penser avec exactitude les moyens employés contre elle ; c’est même tout l’inverse. Plus la fin paraît moralement claire, plus le relâchement intellectuel sur les moyens devient dangereux. L’histoire stratégique est pleine de régimes discrédités que la pression extérieure n’a pas abattus, mais raidis ; de pouvoirs usés qui ont trouvé, dans la menace venue du dehors, non leur arrêt de mort, mais le principe de leur prolongation. Il ne suffit donc jamais qu’un régime soit odieux pour que tout ce qui le frappe travaille nécessairement à sa chute. Il faut encore se demander ce que chaque geste produit : s’il désagrège réellement l’adversaire, ou s’il lui restitue, par la violence même qu’il subit, une fonction politique que son propre épuisement intérieur avait commencé de lui retirer.

Dès lors, l’épisode actuel ne saurait être réduit ni à une fanfaronnade, ni au simple prélude d’une opération militaire. Mais l’essentiel est ailleurs : les États-Unis ne cherchent pas seulement à menacer l’Iran, mais à obtenir de lui un acte positif, visible et politiquement coûteux — la réouverture d’un passage que Téhéran a déjà décidé de fermer. Toute la différence est là. Empêcher est toujours plus simple qu’obtenir un recul. Interdire n’est pas faire marche arrière. C’est sur cette distinction que repose toute la suite de l’analyse.

C’est ici que Schelling devient décisif. Son apport n’est pas d’avoir rappelé, banalement, que la force compte ; il est d’avoir montré que, dans les conflits modernes, elle agit souvent moins par son emploi que par l’anticipation qu’elle suscite. La destruction cesse alors d’être seulement un terme ; elle devient un argument. La menace n’est plus l’ombre portée de l’action : elle est déjà une action sur le calcul de l’adversaire. D’où une proposition capitale : la réussite d’un ultimatum ne se mesure ni à la violence qu’il annonce ni à la résolution qu’il affiche, mais au comportement qu’il obtient sans avoir eu encore à déployer toute la violence dont il se réclame.

Il faut toutefois ajouter à cette mécanique un ressort plus troublant, que Schelling avait discerné avec justesse : dans certaines crises, la force ne tire pas seulement avantage de la netteté de sa menace, mais de l’incertitude qu’elle entretient sur le degré de maîtrise qu’elle conserve sur elle-même. Il peut être rationnel, pour un acteur, de laisser croire qu’il ne l’est pas tout à fait. Toute la politique du bord de l’abîme tient dans cette lisière. L’adversaire ne recule pas seulement parce qu’il redoute une décision hostile ; il recule aussi parce qu’il n’est plus certain que cette décision demeurera parfaitement gouvernée. Trump ne cherche donc pas seulement à être tenu pour résolu ; il tire également avantage de l’idée qu’il pourrait aller plus loin qu’un acteur pleinement prévisible. C’est ici que la pensée de Schelling rejoint ce que la littérature américaine a plus tard désigné, dans une formule au demeurant contestable, comme la “théorie du fou” : non la simulation grossière de la folie, mais l’usage calculé de l’imprévisibilité comme auxiliaire de la contrainte.

Mais c’est précisément là que commence la difficulté. Une menace n’est jamais efficace par elle-même. Elle ne le devient que si la concession qu’elle exige paraît, à celui qui la subit, préférable au maintien de la ligne qu’il s’est donnée. Autrement dit, il ne suffit pas que l’adversaire redoute le châtiment ; il faut encore qu’il voie un sens au recul qu’on lui demande. Toute contrainte digne de ce nom suppose donc une double crédibilité : celle de la punition à venir, et celle de l’horizon qui s’ouvrira si l’on cède. Or c’est sur ce second versant, plus encore peut-être que sur le premier, que se joue la crise d’Ormuz.

Le problème américain n’est donc pas d’inspirer la peur ; il est de rendre la concession intelligible. Téhéran peut juger vraisemblable la violence qui le menace et conclure néanmoins qu’il n’a aucun intérêt à obtempérer, non parce qu’il sous-estimerait la puissance américaine, mais parce qu’il estimerait qu’un recul ne lui apporterait ni sécurité durable, ni stabilisation réelle, ni même garantie minimale contre la répétition d’exigences nouvelles. Dès lors, l’ultimatum change de nature : il cesse d’être un simple instrument de coercition pour devenir une épreuve de vérité sur la capacité d’une grande puissance à transformer sa supériorité militaire en résultat politique.

C’est ici que la pensée schellingienne retrouve toute son actualité, mais aussi sa limite. Car la mécanique de la contrainte suppose un adversaire pour lequel la marche arrière demeure politiquement praticable. Or un régime comme celui de Téhéran ne reçoit pas la menace dans la nudité d’un calcul abstrait. Il la reçoit à travers une mémoire, une structure de pouvoir, une économie de l’honneur et une dramaturgie de la résistance. La pression extérieure ne pèse donc pas seulement sur ses capacités ; elle agit aussi sur le récit par lequel il se justifie. C’est ce qui interdit de réduire la situation à une simple confrontation entre une puissance supérieure et un régime affaibli. Une menace mal ordonnée peut accroître les coûts matériels de la résistance tout en augmentant, dans le même mouvement, les coûts politiques de la concession.

C’est à partir de cette tension qu’il faut lire la séquence actuelle : non comme un épisode de plus dans la longue confrontation entre Washington et Téhéran, mais comme une mise à l’épreuve de la contrainte elle-même. La question n’est pas seulement de savoir si les États-Unis frapperont ; elle est de savoir s’ils peuvent encore faire de la menace autre chose qu’un geste de force, c’est-à-dire un instrument capable d’obtenir la révision effective de la conduite adverse sans rendre au régime qu’ils visent la nécessité politique que son propre discrédit intérieur lui avait en partie retirée.

Empêcher n’est pas obtenir un recul

La première erreur serait de traiter toutes les menaces comme si elles relevaient d’une seule et même logique. Il n’en est rien. Entre empêcher un adversaire d’agir et l’obliger à revenir sur une décision déjà prise, l’écart est considérable. Dans un cas, il s’agit de maintenir un état de choses ; dans l’autre, de l’arracher de nouveau à l’adversaire. Dans un cas, on interdit ; dans l’autre, on obtient une marche arrière. Cette différence est plus qu’une nuance de vocabulaire : elle commande la structure entière de la crise.

Schelling fut l’un des premiers à en tirer toutes les conséquences. La dissuasion vise à faire en sorte qu’un acte n’ait pas lieu. Son efficacité tient pour une part à sa discrétion même : lorsqu’elle réussit, rien ne se passe, et l’adversaire peut toujours soutenir qu’il n’avait, de toute manière, aucune intention d’aller plus loin. La contrainte obéit à une logique autrement plus exigeante. Elle suppose qu’un acte a déjà été engagé, qu’un rapport de force a déjà été modifié, et qu’il faut désormais obtenir de l’adversaire qu’il revienne publiquement sur ce qu’il a commencé de faire. C’est pourquoi elle est, par nature, plus difficile. On peut s’abstenir sans perdre la face ; on ne recule jamais sans coût.

Toute la situation d’Ormuz tient dans cette asymétrie. Ce que Washington demande à Téhéran n’est pas de s’interdire une initiative future ; c’est de défaire une initiative déjà prise. Il ne s’agit pas d’empêcher une fermeture éventuelle du détroit, mais d’obtenir la réouverture d’un passage dont l’Iran a déjà fait un instrument de pression. La différence est capitale. Car ce qui est demandé ici n’est pas une simple inaction, mais un geste positif, visible, et politiquement lourd : reconnaître que l’on renonce, sous menace étrangère, à l’avantage que l’on s’était donné.

Il faut mesurer tout ce que contient une telle demande. Dans l’abstrait, rouvrir un détroit peut sembler n’être qu’un acte technique. Dans la réalité stratégique, c’est tout autre chose. C’est restituer sous pression ce que l’on avait transformé en levier. C’est accepter que l’adversaire définisse à la fois le calendrier du recul et le langage dans lequel ce recul sera interprété. La contrainte n’est donc pas une simple menace plus forte que les autres ; elle est une entreprise plus ambitieuse et plus instable, puisqu’elle vise non à empêcher un comportement, mais à produire une révision de comportement que l’adversaire devra lui-même accomplir.

De cette logique découle une conséquence décisive : la contrainte est toujours une politique du temps. La dissuasion peut parfois tenir dans une ligne rouge. La contrainte, elle, exige une séquence : une pression, une échéance, un coût annoncé, un mécanisme d’aggravation progressive du choix adverse. Elle n’agit pas seulement sur la peur ; elle agit sur le rythme de la décision. L’ultimatum est la forme par excellence de cette compression du temps. Il s’agit de placer l’adversaire dans une situation telle que le maintien de sa position lui paraisse, à mesure que l’échéance approche, plus coûteux que son abandon. En ce sens, l’auteur de l’ultimatum ne dit pas seulement : si vous persistez, vous serez punis ; il dit aussi : le temps travaille désormais contre vous.

C’est alors qu’intervient ce que Schelling a décrit avec une lucidité singulière : la puissance d’une menace ne tient pas seulement à la destruction qu’elle annonce, mais à la manière dont elle réorganise l’économie de la décision adverse. La politique du bord de l’abîme n’est pas l’art de parler plus fort que l’autre ; elle est l’art de rendre la situation elle-même plus dangereuse à mesure qu’elle dure. L’objectif n’est pas simplement d’effrayer, mais de faire comprendre à l’adversaire que, s’il persiste, il entrera dans une zone où la maîtrise des conséquences diminuera pour tous. L’ultimatum ne menace donc pas seulement d’un acte ; il modifie la structure du choix.

C’est aussi pourquoi l’auteur de l’ultimatum cherche à déplacer sur l’autre la charge de la catastrophe. Il ne se présente pas comme celui qui veut le pire, mais comme celui qui laisse encore au pire une chance d’être évité. Toute la force de ce type de séquence réside dans ce renversement : si vous cédez, la crise s’arrête ; si vous ne cédez pas, ce qui suivra vous sera imputé. Il y a là une opération à la fois stratégique et morale : stratégique, parce qu’elle vise à faire supporter à l’adversaire le poids du prochain pas ; morale, parce qu’elle cherche à inscrire d’avance le récit de l’escalade, en donnant à l’auteur de la menace le rôle de celui qui a laissé une issue et à l’adversaire celui de celui qui l’a refusée.

Mais il faut ici se garder d’une illusion fréquente. On croit souvent que la réussite d’un ultimatum dépend avant tout de la crédibilité de la violence annoncée. Cette condition est évidemment nécessaire ; elle n’est pas suffisante. Une menace peut être parfaitement crédible et demeurer politiquement stérile. Car ce qui compte, en dernier ressort, n’est pas seulement que l’adversaire redoute le châtiment ; c’est qu’il juge le recul moins coûteux que la persistance. Autrement dit, la contrainte ne réussit pas lorsque l’autre a peur ; elle réussit lorsque l’autre conclut que céder lui coûte moins cher que tenir.

Or c’est précisément là que la difficulté se noue. Dans une séquence de contrainte, l’adversaire ne compare pas simplement une punition certaine à une sécurité retrouvée. Il compare deux coûts : celui de la résistance et celui du recul. Si le recul lui paraît n’être qu’une humiliation sans garantie, alors même une menace redoutable peut ne pas produire l’effet recherché. C’est ce que les lectures trop sommaires de la crise négligent. Elles raisonnent comme si la peur suffisait. Mais la peur n’est qu’une moitié de la mécanique ; l’autre tient à la signification politique de la concession demandée.

C’est pourquoi la crise d’Ormuz ne saurait être comprise comme une simple démonstration de force. Ce qui s’y joue n’est pas seulement la capacité américaine à frapper, mais sa capacité à faire apparaître le recul iranien comme une issue praticable. Toute la difficulté de la contrainte tient là : obtenir de l’adversaire non qu’il redoute la violence, mais qu’il choisisse lui-même de modifier sa conduite avant qu’elle ne s’abatte. On mesure alors ce qui fait la fragilité propre d’un ultimatum : il ne suffit pas qu’il fasse peur ; il faut encore qu’il rende le recul politiquement possible.

C’est précisément là que la séquence actuelle commence à se dérober. Car un recul n’est politiquement possible que s’il peut être intégré à un calcul intelligible, à une justification soutenable, à un après encore gouvernable. Or c’est cette condition — bien davantage que la seule capacité de punir — qui paraît aujourd’hui incertaine. La question décisive n’est donc pas de savoir si l’Iran croit à la menace américaine. Elle est de savoir s’il peut encore croire au sens du recul qu’on lui demande.

La faille de l’ultimatum est dans le lendemain

On se trompe presque toujours sur ce qui fait réellement la force d’un ultimatum. On croit que tout dépend de l’intensité de la menace, de la précision des cibles, de la résolution affichée par celui qui parle. Rien n’est plus incomplet. La menace n’est qu’une moitié du dispositif. L’autre, plus discrète et plus décisive, tient à la forme du lendemain qu’elle laisse entrevoir. Un ultimatum n’obtient pas un recul parce qu’il fait peur ; il l’obtient parce qu’il rend la concession pensable. C’est là le point décisif, et sans doute le plus mal compris de toute la crise.

Car on raisonne trop souvent comme si l’adversaire n’avait qu’un calcul à faire : céder ou être puni. C’est là une vision rudimentaire de la contrainte. En réalité, celui qui subit un ultimatum ne compare jamais simplement l’obéissance à la destruction ; il compare deux avenirs. D’un côté, l’avenir de la résistance, avec son coût matériel, militaire et politique ; de l’autre, l’avenir de la concession, avec ce qu’elle implique d’humiliation, de vulnérabilité et d’exposition à des exigences ultérieures. Tant que le second avenir demeure, malgré tout, moins coûteux que le premier, la contrainte peut réussir. Mais dès que la concession cesse d’apparaître comme une issue stabilisatrice, la mécanique s’enraye. La peur subsiste ; l’effet politique, lui, se dérobe.

La question essentielle n’est donc pas, ou pas seulement, de savoir si Téhéran croit à la violence américaine. Il est fort possible qu’il y croie. Le véritable problème est ailleurs : croit-il encore qu’un recul lui ouvrirait une situation préférable à celle qu’il endure déjà ? La différence est immense. Un adversaire peut juger vraisemblable la punition annoncée et conclure néanmoins qu’il n’a aucune raison suffisante de céder, non parce qu’il nierait le rapport de force, mais parce qu’il ne verrait dans l’obéissance demandée ni sécurité durable, ni équilibre restauré, ni même pause crédible dans l’accumulation des pressions. Dès lors, l’ultimatum perd sa fonction propre. Il demeure une menace ; il cesse d’être une voie de transformation de la conduite adverse.

C’est en ce point précis que la mémoire du JCPOA continue de peser sur la crise actuelle avec une force qu’on sous-estime souvent. Il ne s’agit pas ici de revenir indéfiniment sur les mérites ou les limites de l’accord. Il s’agit de comprendre ce qu’un épisode de ce type dépose durablement dans la perception stratégique d’un adversaire. Lorsqu’un compromis majeur a été conclu, appliqué, puis abandonné par la puissance même qui prétend désormais exiger une nouvelle concession, le problème posé n’est plus seulement celui de la confiance ; il est aussi celui du temps politique. Ce qui s’altère alors, ce n’est pas seulement la valeur d’une promesse ; c’est la possibilité même, pour l’adversaire, de croire que le recul d’aujourd’hui puisse encore ordonner un lendemain à peu près prévisible.

C’est là, si l’on veut, le nœud le plus profond de la séquence présente : la crise d’Ormuz est moins une crise de crédibilité militaire qu’une crise de crédibilité du lendemain. Personne, à Téhéran, n’a besoin qu’on lui démontre que les États-Unis peuvent frapper. La supériorité américaine n’est pas en litige. Ce qui l’est, c’est la signification du geste qu’on exige de l’Iran. Si rouvrir le détroit ne signifie pas entrer dans une séquence plus stable, mais simplement renoncer, sous pression, à un levier acquis, sans garantie contre la reprise de la pression quelques jours ou quelques semaines plus tard, alors la concession demandée change de statut : elle ne paraît plus être une solution, mais le premier moment d’une vulnérabilité prolongée.

Ici l’analyse classique de la coercition doit être poussée plus loin qu’on ne le fait d’ordinaire. On parle beaucoup de la crédibilité de la menace ; on parle trop peu de la crédibilité de la retenue à venir. Or, du point de vue de celui qui subit l’ultimatum, les deux sont inséparables. La question n’est pas seulement : frapperont-ils si je refuse ? Elle est aussi : s’arrêteront-ils si je cède ? Cette seconde interrogation est, dans certaines crises, la plus importante des deux. Car un pouvoir peut préférer l’épreuve immédiate à une obéissance qui ne lui garantirait rien et ne ferait peut-être que déplacer son désavantage dans le temps.

On touche ici à une vérité plus générale, qui vaut bien au-delà du cas iranien. Une grande puissance ne réussit pas à contraindre simplement parce qu’elle inspire la crainte ; elle y parvient lorsqu’elle fait apparaître l’obéissance comme l’option la moins périlleuse pour celui à qui elle s’adresse. Tant que l’adversaire peut interpréter la concession comme un simple désarmement unilatéral devant un interlocuteur dont il ne croit ni la constance ni la retenue, l’ultimatum est amputé de sa moitié essentielle. Il menace, mais n’oriente plus. Il comprime le temps, mais n’ordonne plus l’avenir. C’est précisément cette dissociation entre la peur et l’horizon qui donne à la crise d’Ormuz sa portée théorique.

Il faut mesurer ce que cela signifie pour l’administration américaine. Le problème n’est pas qu’elle manquerait de moyens ; il est qu’elle ne dispose plus, face à l’Iran, de ce supplément de crédibilité qui permet à la force d’agir sans avoir à s’employer jusqu’au bout. Une puissance parfaitement capable de détruire peut ainsi rencontrer une difficulté beaucoup plus redoutable : ne plus savoir produire, chez l’autre, l’assentiment contraint au recul. La contrainte ne consiste pas seulement à briser ; elle consiste à faire en sorte que l’adversaire conclue lui-même qu’il a intérêt à céder. Lorsqu’une puissance ne maîtrise plus cette conclusion, elle garde la violence ; elle perd une part de son efficacité politique.

Dès lors, la crise prend un sens plus tranchant. Ce qui se joue n’est pas seulement la résistance iranienne à une menace américaine ; c’est la capacité des États-Unis à faire encore de leur force autre chose qu’une supériorité matérielle. Toute hégémonie véritable repose sur une économie plus subtile que la seule destruction : elle suppose que les autres jugent raisonnable de s’incliner avant l’épreuve, parce qu’ils pensent qu’un ordre, même défavorable, subsistera après leur recul. Si cette croyance se défait, c’est toute l’architecture de la contrainte qui se défait avec elle. La peur peut demeurer intacte ; la docilité stratégique, elle, se retire.

C’est pourquoi le point faible de l’ultimatum américain n’est pas, en dernière analyse, l’insuffisance d’une frappe possible, ni même la difficulté d’en soutenir le coût politique international. Il réside dans quelque chose de plus silencieux et de plus grave : l’incapacité croissante à donner à la concession demandée une forme d’avenir. Tant que ce défaut n’est pas corrigé, la menace la plus précise, la plus spectaculaire, la plus redoutée même, risque de produire moins qu’on ne l’imagine. Elle peut effrayer sans convaincre. Elle peut punir sans obtenir. Elle peut frapper sans arracher de recul.

C’est à partir de là que l’analyse doit encore se durcir. Si la concession n’apparaît plus comme un avenir supportable, alors la pression extérieure change de fonction. Elle ne travaille plus seulement contre le régime ; elle travaille aussi pour lui, en transformant le recul en humiliation et l’obéissance en perte de rang. Ce n’est plus alors le seul problème de la crédibilité de la menace qui se pose, mais celui de la conversion politique de la violence. La question n’est plus : l’Iran a-t-il peur ? Elle devient : a-t-il encore une raison de céder ?

Ce que l’ultimatum réveille : la ressource politique du siège

Il existe, dans l’histoire des crises, un paradoxe plus constant qu’on ne veut bien l’admettre : certains régimes commencent à se relever au moment même où l’on croit les acculer. Non, parce que la pression qui s’exerce sur eux serait illusoire. Non parce que la violence qui les vise manquerait d’efficacité matérielle. Mais parce qu’une menace extérieure d’une certaine nature peut leur rendre ce qu’ils avaient commencé à perdre au-dedans : une fonction politique, une nécessité historique, parfois même une forme de légitimité de combat.

C’est ce risque qu’il faut regarder en face dans le cas iranien. Que la République islamique soit un régime à abattre n’épuise pas la question ; c’en est le point de départ, non le terme. Toute la difficulté tient à ceci : il est parfaitement possible qu’une stratégie destinée à la faire plier contribue, par son mode d’action même, à la reconstituer comme pouvoir de résistance. La menace n’échoue pas alors faute de force ; elle échoue parce qu’elle travaille aussi pour l’adversaire.

Pourquoi ? Parce qu’un régime de cette nature ne se maintient pas seulement par la répression, l’appareil sécuritaire ou l’épuisement des oppositions. Il se maintient aussi par une dramaturgie. Il lui faut sans cesse prouver qu’il n’est pas seulement un pouvoir, mais un rempart. Tant que cette fiction se fissure, le régime s’use. Mais dès lors qu’une puissance étrangère lui offre la scène sur laquelle rejouer le récit du siège, cette fiction retrouve de la prise. L’ultimatum n’agit plus seulement sur les capacités matérielles du pouvoir ; il lui restitue une fonction symbolique. Il lui permet d’apparaître de nouveau non comme un appareil discrédité, mais comme l’organe d’une résistance imposée par les circonstances.

Ici, la nature des cibles importe autant que la nature de la menace. Menacer des ponts, des centrales électriques, bref des infrastructures dont la destruction atteindrait immédiatement la vie ordinaire, ce n’est pas seulement accroître la pression sur un État ; c’est déplacer le centre de gravité du conflit. On ne menace plus seulement un pouvoir ; on menace les conditions mêmes d’existence d’une société. Une telle stratégie peut produire de la peur, du désordre et de la fatigue. Mais elle peut aussi produire autre chose : la conviction qu’au-delà du régime, c’est le pays lui-même qui est sommé de plier.

C’est alors que surgit la véritable difficulté politique. Une population peut exécrer ses gouvernants et refuser pourtant qu’une puissance étrangère fixe les conditions de son humiliation. Elle peut souhaiter la chute du régime et rejeter en même temps la forme que prend la pression exercée contre lui. Elle peut même, dans certaines circonstances, transférer sur le pouvoir qu’elle déteste une part de l’énergie défensive qu’appelle la menace du dehors. Rien de tout cela n’a d’extraordinaire. C’est même l’un des ressorts les plus ordinaires de la vie historique des régimes assiégés : ils survivent moins par l’adhésion qu’ils suscitent que par l’humiliation qu’ils parviennent à monopoliser.

Il faut ici rompre avec une illusion profondément ancrée dans la pensée stratégique moderne : celle selon laquelle la souffrance sociale se traduirait mécaniquement en pression politique contre ceux qui gouvernent. Une telle hypothèse est déjà fragile dans les sociétés ordinaires ; elle l’est plus encore dans un système dont une part de la légitimation repose précisément sur l’idée que la nation n’existe qu’à travers l’épreuve qui lui est imposée. Plus la contrainte venue de l’extérieur est spectaculaire, plus elle tend à accroître le coût symbolique du recul. Plus l’ultimatum est public, plus la concession qu’il exige devient, pour celui qui la consentirait, une scène d’abaissement. Et plus le recul prend cette forme, moins il devient politiquement praticable.

L’Iran offre ici un cas presque exemplaire. Les renseignements américains eux-mêmes estimaient, il y a encore quelques jours, qu’un relâchement rapide de l’étreinte iranienne sur Ormuz était peu probable, tant ce levier constituait pour Téhéran son principal moyen de pression dans la crise en cours. Cette donnée compte moins pour ce qu’elle annonce que pour ce qu’elle révèle : du point de vue iranien, le détroit n’est pas seulement une arme économique ; il est devenu une épreuve de tenue politique. Dès lors qu’un pouvoir a investi sa propre résistance dans un geste de cette nature, lui demander d’y renoncer sous ultimatum revient à lui demander bien davantage qu’une mesure technique. On lui demande d’endosser publiquement la figure de celui qui cède.

C’est pourquoi la séquence actuelle ne doit pas être lue comme une simple confrontation entre une puissance supérieure et un régime affaibli. Elle est plus dangereuse que cela. Elle oppose une puissance qui entend transformer sa supériorité matérielle en résultat politique à un régime qui peut transformer la pression subie en preuve de sa propre nécessité. Plus Washington élève le coût matériel de la résistance, plus Téhéran peut espérer élever le coût symbolique de la concession. Dès lors, l’ultimatum change de fonction. Il ne travaille plus seulement à faire plier l’adversaire ; il contribue à modifier le terrain sur lequel celui-ci justifie sa propre survie.

Il faut mesurer ce renversement. Lorsqu’un régime ne tient plus que par inertie, corruption, peur ou lassitude sociale, il demeure vulnérable à l’usure intérieure. Mais dès qu’une menace extérieure lui permet de se présenter de nouveau comme la dernière forme disponible de la souveraineté, le rapport change. La violence venue du dehors ne dissout plus seulement le pouvoir ; elle l’ordonne à nouveau autour d’une mission. Ce n’est pas qu’elle le rende soudain juste ou populaire ; c’est qu’elle lui restitue la vieille ressource des régimes en difficulté : faire oublier ce qu’ils sont en rappelant ce qui les menace.

On touche ici au point le plus délicat de toute stratégie visant des régimes révolutionnaires tardifs ou des pouvoirs fondés sur la logique du siège. Leur point faible intérieur n’est pas toujours convertible en point faible extérieur ; il arrive même que l’un corrige l’autre. Ce que l’érosion interne leur retire, la pression internationale peut le leur rendre en partie. Ce qu’une société ne supporte plus au nom de la justice ou de la prospérité, elle peut le tolérer de nouveau au nom de la dignité, de la défense ou de la continuité nationale. Une menace mal ordonnée ne fait donc pas que manquer son but ; elle peut aider l’adversaire à recomposer le sens même de sa persistance.

Le paradoxe prend alors toute sa force. Un ultimatum conçu pour accélérer la chute d’un régime peut contribuer à prolonger sa fonction. Il peut renforcer ni son efficacité administrative, ni même son crédit moral, mais sa capacité à prétendre qu’en tombant il livrerait le pays à une humiliation plus grande encore. C’est ici que la logique de la contrainte rencontre sa frontière politique la plus sévère : elle ne suffit pas à défaire un pouvoir si l’acte même par lequel elle s’exerce lui permet de redevenir, aux yeux d’une partie de la société, autre chose qu’un simple oppresseur.

C’est pourquoi la crise d’Ormuz doit être lue à deux niveaux. Au premier, visible, elle oppose un ultimatum américain à un refus iranien. Au second, plus profond, elle détermine si la force exercée contre Téhéran travaille réellement à son isolement, ou si elle lui offre la possibilité de se reconstituer comme gardien d’une souveraineté menacée. La question n’est donc pas seulement : l’Iran peut-il tenir ? Elle est aussi : que devient politiquement le régime s’il tient sous la menace ? Car si la réponse est qu’il retrouve, par la pression même qu’il subit, une part de la nécessité historique que son propre discrédit lui avait ôtée, alors l’ultimatum aura produit bien davantage qu’une crise : il aura réanimé ce qu’il prétendait achever.

Le pire n’est pas de s’abstenir : c’est de frapper sans effet

Dans l’imaginaire stratégique ordinaire, ne pas frapper passe pour la forme suprême de la faiblesse, et frapper pour la preuve décisive de la résolution. C’est une représentation grossière, parce qu’elle confond l’acte avec son effet, la violence avec son rendement politique, l’emploi de la force avec la production d’un résultat. Or c’est précisément ce que la pensée de la contrainte oblige à dissocier. Une puissance peut renoncer à frapper et préserver encore, par l’ambiguïté, le report ou la reformulation de ses objectifs, une part de sa crédibilité. Elle peut, inversement, frapper avec une brutalité incontestable et sortir pourtant affaiblie de l’épreuve si la violence employée ne produit pas le comportement qu’elle exigeait. C’est pourquoi l’hypothèse la plus lourde de conséquences n’est pas celle d’un recul américain. Elle est celle d’une frappe américaine suivie d’une résistance iranienne suffisante pour que l’objet même de l’ultimatum — la réouverture du détroit — ne soit pas obtenu. C’est ce scénario, et non l’abstention, qui mettrait véritablement à l’épreuve la portée politique de la force américaine.

Une telle séquence aurait une portée qui dépasserait de très loin le théâtre du Golfe. Elle n’apprendrait pas seulement que l’Iran peut encaisser ; elle apprendrait que la punition américaine ne suffit plus, à elle seule, à obtenir le comportement qu’elle prescrit. C’est là une information stratégique de premier ordre. Car l’essentiel, dans les rapports de puissance, n’est jamais seulement de savoir qui peut détruire. Il s’agit de savoir si cette capacité de destruction demeure transformable en obéissance politique. Le jour où cette transformation se dérègle, la hiérarchie reste militaire ; elle devient moins assurée dans l’ordre stratégique.

Il faut ici mesurer le mécanisme exact de l’échec. Une frappe qui ne produit pas l’effet recherché n’est pas un demi-succès ; elle révèle quelque chose que tous les observateurs cherchent en permanence à établir : la limite opératoire d’une puissance. Tant que cette limite n’a pas été éprouvée, elle demeure matière à hypothèse. Dès qu’elle l’est, elle devient une donnée. La différence est immense. Entre une puissance dont on suppose qu’elle pourrait ne pas parvenir à faire plier un adversaire et une puissance dont on a vu qu’elle n’y est pas parvenue, le monde ne raisonne plus de la même manière. C’est ce qui donne à l’épisode d’Ormuz sa portée systémique. Une telle issue ne modifierait pas seulement le calcul iranien ; elle travaillerait, par ricochet, tous les calculs des acteurs qui observent le rapport entre puissance américaine, endurance adverse et durée de la contrainte. Les marchés l’enregistreraient d’abord sous forme de risque durable ; les alliés américains, sous forme d’incertitude accrue ; les puissances révisionnistes, sous forme d’enseignement.

Mais il faut aller plus loin. Ce qui serait alors atteint n’est pas la capacité américaine à punir ; elle demeurerait intacte. Ce qui serait atteint, c’est la croyance dans l’efficacité politique de cette punition. Or cette croyance vaut presque autant que les moyens eux-mêmes. Une puissance n’ordonne pas le monde par la seule accumulation de ses capacités ; elle l’ordonne parce que les autres concluent, avant l’épreuve, qu’il est plus raisonnable de céder que de vérifier jusqu’où elle ira. Si cette conclusion cesse d’aller de soi, toute la mécanique préventive de la puissance s’altère. La force demeure ; l’économie de son anticipation se défait.

C’est en ce sens qu’une frappe sans résultat serait plus grave qu’une abstention. L’abstention laisse subsister l’incertitude ; la frappe inefficace la dissipe au détriment de celui qui frappe. Elle établit, sous les yeux de tous, qu’une violence considérable peut ne pas suffire à produire la révision de conduite qu’elle exigeait. Elle montre qu’il est possible d’absorber, de tenir, de prolonger, de survivre politiquement à l’emploi de la force américaine sans céder sur l’essentiel. Pour les États-Unis, le dommage n’est alors pas seulement régional ; il acquiert une portée démonstrative. Le monde entier aurait été instruit des limites concrètes de sa propre coercition.

On comprend dès lors pourquoi il faut résister à la fascination primitive pour le passage à l’acte. Frapper n’est pas en soi un succès. Ce n’est qu’un moment de la séquence, et parfois le plus compromettant de tous. Tant que la violence reste annoncée, elle conserve la plasticité de l’éventuel ; une fois exercée, elle se laisse juger sur son effet. Si cet effet manque, la force n’apparaît plus comme réserve de puissance, mais comme dépense sans rendement politique suffisant. Elle ne fait plus seulement peur ; elle renseigne. Et ce qu’elle renseigne peut être précisément ce qu’une grande puissance a le plus intérêt à tenir dans l’indétermination : le seuil au-delà duquel sa supériorité ne produit plus d’obéissance.

La vraie question n’est donc pas : Washington ira-t-il jusqu’à la frappe ? Elle est : que démontrerait une frappe qui n’obtiendrait pas ce qu’elle exige ? La réponse est sévère. Elle démontrerait qu’il existe désormais, entre la capacité de punir et la capacité d’obtenir un recul, un écart assez grand pour que la première ne garantisse plus la seconde. Elle démontrerait qu’une puissance peut conserver toute sa force et voir pourtant se réduire l’espace dans lequel cette force produit encore un effet politique stable. Elle démontrerait enfin que la crise d’Ormuz ne concerne pas seulement l’Iran, ni même le Golfe : elle touche à la structure même de la crédibilité américaine dans l’ordre international.

C’est là que cette réflexion peut se refermer sur sa conclusion la plus dure. L’échec le plus grave, pour une grande puissance, n’est pas toujours de s’être retenue. Il est parfois d’avoir employé sa force sans parvenir à faire advenir le comportement au nom duquel elle l’avait menacée. Car une abstention ajourne le jugement ; une frappe sans effet le fixe.

La contrainte et l’après

Au fond, la crise d’Ormuz ne pose pas d’abord la question que l’on croit. Elle ne demande pas si les États-Unis peuvent frapper l’Iran. Nul ne l’ignore, nul ne le conteste. Elle demande quelque chose de plus grave : si cette capacité suffit encore à produire l’effet politique qu’elle prétend commander. Toute la difficulté de la contrainte est là. Une puissance ne s’éprouve pas seulement à l’étendue de la destruction qu’elle rend possible, mais à la faculté plus rare d’obtenir, sans aller jusqu’au terme de cette destruction, la révision effective de la conduite adverse.

C’est pourquoi l’ultimatum lancé par Donald Trump vaut moins comme épisode tactique que comme moment de vérité. Il met à l’épreuve non la réalité de la force américaine, mais la possibilité d’en tirer un résultat. Or cette transformation n’a rien d’automatique. Elle suppose que la menace inspire la crainte, certes, mais aussi que la concession exigée apparaisse comme une issue encore praticable. Elle suppose, autrement dit, qu’une grande puissance sache gouverner non seulement le présent de la peur, mais aussi l’idée du lendemain. C’est précisément sur ce second point que la crise actuelle révèle une fragilité croissante.

Le problème américain n’est pas d’être cru lorsqu’il promet le châtiment. Il est de l’être encore lorsqu’il laisse entendre qu’après la concession pourrait s’ouvrir autre chose qu’une vulnérabilité accrue, un rapport de force plus déséquilibré, ou la reprise d’exigences formulées depuis une position plus dominante encore. Là se situe le point de rupture. Quand la peur subsiste mais que la concession cesse d’apparaître comme une sortie intelligible, l’ultimatum perd sa moitié essentielle. Il peut menacer ; il peine à obtenir. Il peut frapper ; il ne commande plus nécessairement le recul.

À cette première limite s’en ajoute une autre, plus sévère encore. Une menace mal ordonnée ne se borne pas à échouer contre le régime qu’elle vise ; elle peut contribuer à le reconstituer. Tel est le paradoxe que l’analyse stratégique la plus sommaire refuse presque toujours de voir. Qu’un régime soit odieux ne signifie pas que tout ce qui le frappe l’affaiblisse. Certains pouvoirs, au contraire, retrouvent dans la violence venue du dehors la nécessité politique que leur discrédit intérieur leur avait retirée. Si la pression exercée contre Téhéran a pour effet de rendre à la République islamique la fonction de rempart qu’elle ne tenait plus qu’imparfaitement, alors la force ne travaillera pas seulement contre elle : elle travaillera aussi pour elle.

C’est pourquoi l’épisode d’Ormuz dépasse de loin la seule question iranienne. Ce qui s’y joue n’est pas seulement le sort d’un détroit, ni même l’équilibre immédiat du Golfe. Ce qui s’y joue est la forme contemporaine de la puissance américaine elle-même. Une grande puissance demeure grande tant qu’elle peut obtenir avant de détruire, tant qu’elle peut faire conclure aux autres qu’il est plus raisonnable de céder que d’éprouver jusqu’au bout ce dont elle est capable. Le jour où cette conclusion cesse d’aller de soi, la puissance ne disparaît pas ; elle change de nature. Elle reste redoutable, mais elle devient moins ordonnatrice. Elle conserve la force ; elle perd une part de son efficacité stratégique.

La leçon la plus dure est peut-être là. Que le régime iranien doive tomber ne dispense de rien ; surtout pas de penser. L’évidence morale d’une fin n’a jamais garanti l’intelligence des moyens employés pour y parvenir. Toute stratégie sérieuse commence au contraire par cette discipline élémentaire : distinguer ce qui abrège réellement la vie d’un régime de ce qui, sous couleur de le frapper, prolonge sa fonction. En ce sens, la crise d’Ormuz vaut comme une épreuve plus large que son objet apparent. Elle oblige à se demander si la force américaine sait encore produire autre chose qu’un choc, si elle sait encore arracher autre chose qu’un moment de sidération, si elle sait encore faire de la menace un principe d’ordre plutôt qu’un simple geste de domination.

Si la réponse est positive, alors l’ultimatum actuel aura confirmé qu’une vieille grammaire stratégique conserve sa validité, même dans un monde saturé de défiance. Si la réponse est négative, alors la crise d’Ormuz laissera une trace plus profonde qu’un simple épisode de coercition régionale. Elle aura montré, avec une netteté presque doctrinale, qu’une puissance peut conserver intacts ses moyens de destruction et voir pourtant se rétrécir l’espace dans lequel ces moyens produisent encore un effet politique stable. Elle aura montré, en d’autres termes, qu’il est une forme d’impuissance propre aux grandes puissances : non celle de ne plus pouvoir frapper, mais celle de ne plus savoir faire de la frappe autre chose qu’un aveu de limite.

Fundji Benedict

https://nouvellerevuepolitique.fr/fundji-benedict-ormuz-ou-les-limites-de-lultimatum/

 



 

 

 

mars 12, 2026

Iran: théocratie iranienne un avertissement pour l’Occident !

Sommaire:

A) - Iran : les sorties de crise impossibles d’une guerre qui risque l’enlisement

B) - La liberté des Iraniens est la nôtre

C) - Les peuples sacrifiés sur l’autel d’élites immatures et incompétents

D) - L’Iran défie l’empire : Trump déclare le nouveau Guide suprême « inacceptable » 

E) - Iran : au nom du père et du fils

 


A) - Iran : les sorties de crise impossibles d’une guerre qui risque l’enlisement

Dix jours après le début des bombardements israéliens et américains contre l’Iran, une question revient désormais dans les chancelleries et les opinions publiques depuis 48 heures : comment sortir de cette guerre qui n’était censée durer que 4 jours et qui devait voir le régime iranien disparaître ? Car si l’objectif affiché était soit d’affaiblir durablement le régime iranien ou de le tuer, la réalité du terrain rappelle une leçon que les puissances occidentales devraient connaître depuis longtemps : les interventions extérieures, lorsqu’elles visent à transformer un régime ou un système politique, produisent rarement les effets escomptés. Voilà qu’on nous parle désormais de plusieurs semaines. Mais pour faire quoi ? Abattre le régime et préparer la transition ? Rien n’est moins sûr à ce stade.

Du Vietnam à l’Irak, de l’Afghanistan à la Libye, l’histoire récente regorge d’exemples où la puissance militaire n’a pas suffi à produire une solution politique durable. L’Iran n’est pas un petit État fragile. C’est un pays de près de 90 millions d’habitants, doté d’un appareil sécuritaire redoutable, d’une profondeur stratégique régionale et d’une capacité de nuisance qui dépasse largement ses frontières. Et d’un régime qui a mené une répression féroce contre son peuple qui manifestait pacifiquement. Imaginons qu’il prenne les armes maintenant.

Dans le même temps, l’Iran reste traversé par une fracture profonde entre une population qui, depuis des mois, manifeste son rejet d’un régime vieux de quarante-sept ans, et un pouvoir qui ne survit que par la coercition. Les Iraniens sont fatigués d’une République islamique qui a transformé la révolution de 1979 en système autoritaire, mais ils restent désarmés face à un appareil sécuritaire qui contrôle les centres de pouvoir. Certains seraient assurément prêts à se sacrifier à l’intérieur comme à l’extérieur pour revenir.

Dans ce contexte, invoquer abstraitement le droit international face à des régimes qui n’en respectent aucune règle peut parfois apparaître comme un luxe moral depuis les terrasses parisiennes ou les plateaux de télévision, que l’histoire ne se permet pas toujours. Le multilatéralisme et les Nations unies, devenus hélas largement paralysés, servent désormais trop souvent de refuge rhétorique à des régimes autoritaires qui invoquent la souveraineté pour protéger leurs propres violations. La réalité est plus brutale : les rapports de force dominent à nouveau la scène internationale. Comment faire revenir ce droit dans ce contexte? Reste alors une autre question essentielle : quels scénarios de sortie de crise sont réellement envisageables pour l’Iran devant tant de difficultés ?

Le scénario improbable : la capitulation du régime

Le scénario le moins plausible reste celui d’une capitulation rapide de l’Iran, accompagnée d’une fracture interne entre les Gardiens de la révolution et le reste de l’appareil d’État. Ils iront jusqu’au bout. En théorie, les frappes israéliennes et américaines pourraient provoquer un choc suffisamment violent pour fissurer le régime. Certains imaginent une rupture entre les militaires idéologiques et les élites politiques, ouvrant la voie à une forme de reddition. Mais ce scénario ignore une réalité fondamentale : les Gardiens de la Révolution ne sont pas simplement une force militaire. Ils constituent une véritable oligarchie politico-économique qui contrôle des pans entiers de l’économie iranienne. Entreprises, banques, réseaux commerciaux, marchés parallèles : leur pouvoir repose sur des fortunes colossales et des intérêts matériels gigantesques.

Dans ce contexte, capituler reviendrait pour eux à tout perdre. L’histoire montre que les régimes autoritaires, lorsqu’ils contrôlent à la fois l’économie et l’appareil sécuritaire, survivent souvent bien plus longtemps que prévu. Par ailleurs, la réaction iranienne a surpris de nombreux observateurs. Malgré un appareil militaire vieillissant, l’Iran a démontré sa capacité à riposter grâce à des instruments de guerre du XXIᵉ siècle : drones, missiles bon marché, saturation technologique. Ces armes à faible coût produisent un effet psychologique majeur et illustrent la transformation des conflits contemporains : des guerres asymétriques, longues et coûteuses pour ceux qui pensent pouvoir les gagner rapidement. Le Golfe en a fait largement les frais depuis dix jours.

Le piège stratégique d’une guerre sans plan politique

Un second scénario pose une question plus inquiétante encore : que se passe-t-il si les bombardements ne débouchent sur aucune stratégie politique claire ? Frapper un pays est une chose. Transformer son régime en est une autre. Une intervention terrestre en Iran serait probablement un désastre stratégique. La taille du territoire, la densité de la population, la cohésion relative de l’appareil sécuritaire et la topographie du pays rendraient toute occupation presque impossible. Même les armées les plus puissantes du monde auraient les plus grandes difficultés à contrôler un tel espace. C’est ici que le calcul politique diverge entre Washington et Tel-Aviv. Pour Benjamin Netanyahou, une confrontation directe avec l’Iran peut renforcer sa stature politique. Une victoire militaire, même relative, pourrait peser dans les élections israéliennes d’octobre. Pour Donald Trump, la situation est bien différente. Son électorat reste profondément réticent aux guerres longues et coûteuses. Les Américains n’ont ni passion particulière pour l’Iran ni envie de voir leurs soldats mourir dans un nouveau conflit au Moyen-Orient. Si l’engrenage militaire se prolonge, la guerre pourrait rapidement devenir un fardeau politique pour la Maison-Blanche. Les premières divergences ont vu le jour ce week-end après les frappes israéliennes sur les puits de pétrole iraniens. Netanyahou chercherait-il à empêcher Trump de sauter sur l’occasion d’un bon deal avec le régime encore en place et à le maintenir pendant que l’État hébreu veut s’en débarrasser coûte que coûte? Autrement dit : plus le conflit dure, plus le risque est grand qu’il se retourne contre Washington.

Le scénario du changement progressif

Un troisième scénario, plus incertain mais parfois évoqué, serait celui d’un effondrement progressif du régime. Sous l’effet combiné des sanctions, des frappes militaires et de l’épuisement interne, certaines figures du régime pourraient progressivement être remplacées. Dans ce contexte, la figure de Reza Pahlavi, fils du dernier Shah d’Iran, réapparaît régulièrement dans les discussions sur l’avenir du pays comme l’homme de la situation. Pourtant Donald Trump n’en est pas convaincu. Et pour ses détracteurs, il serait l’homme des États-Unis et d’Israël.

Certains imaginent la mise en place d’une autorité de transition qui préparerait une transformation politique. Mais cette perspective se heurte à plusieurs obstacles majeurs. L’opposition iranienne est profondément fragmentée. Monarchistes, libéraux, nationalistes, mouvements étudiants, organisations marxistes : les visions de l’avenir du pays sont multiples et parfois incompatibles. Et une question demeure centrale : que faire des Gardiens de la révolution ? Les arrêter ? Les juger ? Les intégrer à un nouvel ordre politique ? Les exiler ? Tous les tuer? Aucune transition ne pourra ignorer leur poids alors qu’ils sont encore soutenus par 20 % de la population, soit presque 20 millions d’Iraniens.

Le scénario du durcissement et la fuite en avant

Le scénario le plus inquiétant reste celui d’un durcissement du régime. Sous pression extérieure, les systèmes autoritaires ont souvent tendance à se refermer. L’histoire de la Corée du Nord ou de Cuba montre qu’un régime isolé peut survivre pendant des décennies en mobilisant une rhétorique de siège permanent. La République islamique pourrait s’engager dans une fuite en avant comparable. Le régime dispose d’un puissant imaginaire de martyr chiite qui transforme la confrontation en récit de résistance sacrée. Dans cette logique, la souffrance devient un outil politique.

Un Iran encore plus radicalisé pourrait alors se retourner contre sa propre population tout en multipliant les actions de déstabilisation régionales. Attaques indirectes, milices, frappes asymétriques : la stratégie du chaos deviendrait un instrument de survie.

Le risque est alors clair : une opération censée affaiblir le régime pourrait finalement renforcer sa logique de siège et transformer les Iraniens eux-mêmes en victimes d’un système encore plus brutal. Se présenter en victimes et en martyrs est un puissant carburant pour l’idéologie chiite.

La réalité est que personne ne sait réellement comment cette crise peut se terminer. Certains présentent des scénarios avec une assurance déconcertante comme s’ils lisaient dans le marc de café. L’Iran est un pays complexe, traumatisé par près d’un demi-siècle de République islamique, mais aussi traversé par des forces sociales et politiques que l’on comprend encore mal. Entre l’effondrement du régime, sa transformation progressive, une guerre prolongée ou un durcissement autoritaire, toutes les trajectoires restent ouvertes. Et c’est précisément ce qui rend la situation actuelle si dangereuse. Parce que derrière les calculs stratégiques et les démonstrations de puissance, il y a une réalité simple : l’avenir de près de 90 millions d’Iraniens est en train de se jouer dans une guerre dont personne ne maîtrise vraiment l’issue. Un adage dit souvent qu’il faut s’engager dans une guerre quand on est sûr de la gagner…

Sébastien Boussois

https://nouvellerevuepolitique.fr/sebastien-boussois-iran-les-sorties-de-crise-impossibles-dune-guerre-qui-risque-lenlisement-2/



 

B) - La liberté des Iraniens est la nôtre

Voici une semaine qu’a commencé l’offensive américaine et israélienne contre le régime iranien. Il n’aura pas fallu longtemps pour que des voix s’élèvent pour en appeler au multilatéralisme et au droit international. Or ces voix le plus souvent restèrent muettes au pire, ou enjoignirent à la retenue au mieux, lorsque le pouvoir sanguinaire des mollahs réprimait sauvagement son peuple quand celui-ci, dans la rue, défiait en début d’année une dictature qui allait jusqu’à pendre des femmes et des enfants de 16 ans.

On ne connaît pas encore précisément les chiffres de l’épouvantable répression qui s’est abattue sur les manifestants iraniens de janvier, mais l’on sait seulement que celle-ci fut massive, accompagnée de nombreux actes de torture et de viol, et qu’elle est constitutive de l’imputation de crime contre l’humanité.

À l’épreuve de cette réalité indéniable, les contempteurs de l’intervention américano-israélienne ne manqueront pas de rappeler que, nonobstant la férocité de la dictature islamique, c’est au peuple iranien de se libérer lui-même et de disposer de la suite qu’il entend donner à son pays une fois les héritiers de Khomeiny et de Khamenei renversés. Dans ce contexte, sauf à considérer que les bourreaux soient en mesure de lâcher prise devant l’ampleur de la mobilisation de leurs opposants et qu’ils ne soient pas aveuglés par leur fanatisme messianique, le peuple iranien est pris au triple piège de ses oppresseurs, d’un « droit international » qui in fine protège d’abord les mollahs et d’un multilatéralisme dont ces derniers usent pour continuer à imposer leur ordre théocratique et totalitaire.

Les critiques à l’encontre des opérations militaires de Washington et de Tel-Aviv n’ont d’autre solution à proposer in fine que le statu quo et l’effacement du peuple iranien. Elles sont tout à la fois les fruits du renoncement pour les adeptes d’une realpolitik minorant le facteur de dangerosité, pourtant attesté par près d’un demi-siècle d’histoire, de la République islamique ; de la fascination pour l’islamisme révolutionnaire avec laquelle certaines forces radicalisées à gauche et plus encore à l’ultra-gauche ont noué un pacte implicite ; et de la détestation conjointe de l’État d’Israël d’un côté et du trumpisme de l’autre… Mahnaz Shirali, dans l’interview (« Iran : l’offensive américano-israélienne peut-elle provoquer la chute du régime ? ») qu’elle a accordée à notre publication, rappelle justement cette dernière évidence lorsqu’à une question sur la comparaison avec la situation irakienne de 2003, elle réfute le parallèle : « Dans le débat français, ces analogies sont souvent nourries par un anti-américanisme réflexe, auquel s’ajoute parfois un facteur politique conjoncturel lié à la figure de Donald Trump. »

Tout compte fait, et quand bien même tout engagement militaire comporte son lot d’aléas, il n’existe que peu d’arguments audibles aux tergiversations des uns et aux défiances des autres dès lors qu’un peuple est non seulement en danger, mais que cette mise en danger est portée par une matrice des plus agressives et des plus déstabilisatrices dans l’ordre géopolitique de ce dernier demi-siècle. Le combat des Iraniens pour leur libération est indissociable de nos valeurs ; et il est regrettable que les démocraties européennes, en dépit pour certaines d’entre elles de leurs désaccords avec l’allié américain — qui le reste encore —, ne le comprennent pas mieux et plus vite.

Arnaud Benedetti

Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.

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C) - Les peuples sacrifiés sur l’autel d’élites immatures et incompétents

Une course américaine improvisée face au chaos au Moyen-Orient

Alors que le monde s’enfonce dans une escalade géopolitique sans précédent, l’article publié sur Réseau International le 8 mars 2026, intitulé « Une course contre la montre », décrit avec précision le chaos logistique dans lequel les États-Unis se sont jetés.

Les Américains tentent désespérément d’envoyer le porte-avions George H.W. Bush et trois destroyers supplémentaires vers le Moyen-Orient, dans un patchwork improvisé de ravitaillement et de déploiement.

Cette « course » n’est pas une opération militaire classique : c’est une improvisation frénétique face à la fermeture partielle du détroit d’Ormuz, aux attaques sur les infrastructures pétrolières et à la riposte iranienne. Le baril de Brent a flambé jusqu’à 120 dollars avant de redescendre légèrement, mais les effets sont déjà catastrophiques sur l’économie mondiale.

Des dirigeants immatures et incompétents imposent leurs guerres aux peuples

Pourtant, derrière cette course technique se cache une réalité plus sombre : tout cela est imposé aux peuples par des dirigeants totalement immatures et incompétents.

Ni Biden hier, ni Trump aujourd’hui aux États-Unis, ni Emmanuel Macron en France, ni les technocrates de Bruxelles n’ont mesuré les conséquences de leurs décisions.

Ils jouent aux apprentis sorciers avec des conflits qu’ils ont contribué à provoquer ou à entretenir, et ce sont les citoyens ordinaires qui paient l’addition. Les Français, en particulier, ne doivent pas régler une facture qui n’est pas la leur. Exactement comme en Ukraine, où le peuple paie depuis trois ans le prix fort d’un conflit transformé en guerre par procuration entre grandes puissances.

Comme en Ukraine : une addition que les Français refusent de payer

Rappelons les faits. En Ukraine, des milliards d’euros ont été déversés par l’Europe, dont la France, pour financer des armes, des sanctions et une économie de guerre. Résultat ? Inflation galopante, énergie hors de prix et une précarité qui s’installe durablement. Aujourd’hui, avec le nouveau front au Moyen-Orient, la même logique se répète. Le conflit israélo-américano-iranien, qui a éclaté fin février 2026, provoque une hausse vertigineuse des prix du pétrole. Et qui en subit les conséquences directes ? Pas les élites de Washington ou de Paris, mais les ménages français.

Macron envoie une armada : la France précipitée dans la guerre

Emmanuel Macron porte une lourde responsabilité dans cette spirale. Alors que la France aurait dû rester en dehors de ces aventures, le président a choisi d’envoyer une véritable armada – navale et terrestre – au risque de précipiter notre pays dans la guerre. Dans le cadre de la « coalition des volontaires » pour l’Ukraine, il a annoncé le déploiement potentiel de plusieurs milliers de soldats français après un éventuel cessez-le-feu, mais aussi un soutien logistique et naval accru au Moyen-Orient pour « sécuriser les intérêts européens ». Des porte-avions, des frégates, des troupes : une posture offensive qui n’a rien à voir avec la défense du territoire national. Cette décision unilatérale, prise sans véritable débat démocratique, multiplie les risques d’escalade. Un incident dans le Golfe ou en mer Noire, et la France se retrouve directement impliquée. Immaturité ? Incompétence ? Les deux. Macron agit comme un chef de guerre en herbe, oubliant que la France n’est pas une superpuissance et que son peuple n’a jamais voté pour cela.

Le Parlement impuissant : un contre-pouvoir défaillant

Le plus grave, c’est l’incapacité totale du Parlement à jouer son rôle de contre-pouvoir. L’Assemblée nationale et le Sénat, censés contrôler l’exécutif, se sont une nouvelle fois révélés impuissants. Lors des débats sur le soutien à l’Ukraine et sur la posture française au Moyen-Orient, les macronistes ont verrouillé les votes, les oppositions de droite et de gauche ont grogné… mais personne n’a osé bloquer les crédits militaires ou exiger un référendum. Le RN et la France Insoumise ont dénoncé le risque, mais sans effet concret. Résultat : Macron envoie des navires et prépare des troupes sans que le peuple soit consulté.

C’est la démocratie confisquée. Le Parlement, au lieu de protéger les intérêts nationaux, valide passivement une politique qui expose la France à des représailles et à une crise économique majeure.


Flambée des carburants : un coup de massue sur le quotidien

Et les conséquences arrivent déjà, concrètes, brutales, quotidiennes.

D’abord, la montée en flèche des prix des carburants. Selon les données du ministère de l’Économie et des relevés AFP de mars 2026, le gazole a bondi de 28 centimes en dix jours pour atteindre en moyenne 2 euros le litre, dépassant même les 2,10 € dans certaines stations. Le SP95-E10 suit avec +11 à 15 centimes, flirtant avec 1,85 €. La raison ? Directement liée à la « course contre la montre » américaine décrite par Réseau International : fermeture partielle du détroit d’Ormuz, craintes de pénurie et baril qui a frôlé les 120 dollars. En France, pays où 80 % des déplacements quotidiens dépendent de la voiture, particulièrement en France périphérique (ruralité, petites villes, zones industrielles), cette hausse est un coup de massue. Les artisans, les livreurs, les aides-soignantes qui font 50 km par jour, les familles qui vont travailler : tous voient leur budget exploser de 50 à 100 euros par mois.

Interdiction de remplir les bidons : punir les citoyens qui se protègent

Pire : face à la panique, certaines stations-service et arrêtés préfectoraux ont commencé à interdire ou à limiter le remplissage de bidons et jerricans. Officiellement pour « éviter les pénuries et les risques de stockage dangereux », mais en réalité pour empêcher les Français de se constituer des réserves face à une crise que les dirigeants ont eux-mêmes aggravée. En 2022, lors des grèves, des départements avaient déjà pris des mesures similaires. Aujourd’hui, avec la guerre au Moyen-Orient, la même logique revient : on interdit au peuple de se protéger pendant que les élites continuent leur partie de poker géopolitique. Un particulier peut théoriquement emporter jusqu’à 333 litres d’essence dans des contenants homologués… sauf quand un préfet décide le contraire. Amende de 150 € à la clé. C’est le symbole parfait de l’incompétence : on crée la crise, puis on punit ceux qui tentent d’y survivre.

Coût de la vie en hausse : la France périphérique plongée dans la précarité

Le coût de la vie, lui, augmente encore et frappe de plein fouet les ménages de la France périphérique. L’Insee et les rapports sur le mal-logement 2026 le confirment : le taux de pauvreté remonte, atteignant des niveaux inédits depuis trente ans dans les zones rurales et périurbaines. L’essence chère, c’est l’alimentation qui renchérit (transport des marchandises), le chauffage qui coûte plus (fioul et gaz liés au pétrole), les déplacements professionnels qui deviennent insoutenables. Dans la France des ronds-points, celle des Gilets jaunes de 2018 qui n’ont jamais disparu, les fins de mois sont déjà un calvaire.

Une famille modeste avec deux enfants, vivant à 30 km d’une ville moyenne, voit son budget carburant passer de 250 à 350 euros par mois (Cf. 1&2).

Ajoutez l’inflation sur l’alimentation (+8 % sur un an) et les loyers qui ne baissent pas, et c’est la précarité assurée. Les associations alertent : 650.000 personnes supplémentaires sont tombées sous le seuil de pauvreté en un an. Les « passoires thermiques » (logements mal isolés), les expulsions, la dépendance à la voiture : tout s’aggrave.

Une double peine et l’urgence de reprendre le contrôle

Ces dirigeants immatures nous imposent une double peine.

D’un côté, ils nous entraînent dans des guerres qui ne sont pas les nôtres – Ukraine hier, Moyen-Orient aujourd’hui – en envoyant armes, argent et bientôt des soldats.

De l’autre, ils refusent d’assumer les conséquences : pas de bouclier carburant massif, pas de gel des prix, pas de véritable aide aux plus fragiles.

Le chèque énergie est raboté, MaPrimeRénov’ suspendu dans les faits. Pendant ce temps, le Parlement regarde ailleurs. Où est le contre-pouvoir ? Où sont les députés qui devraient exiger un débat sur l’envoi de troupes ou sur les sanctions qui nous ruinent ?

La course contre la montre décrite par Réseau International n’est pas seulement américaine. Elle est mondiale, et la France y est embarquée de force. Les peuples n’ont rien demandé. Les Français n’ont pas voté pour financer indéfiniment le conflit ukrainien ni pour risquer l’escalade au Moyen-Orient.

Ils ne veulent pas payer l’addition d’une politique étrangère néoconservatrice qui a déjà échoué partout.

Il est temps de le dire clairement : assez. Les élites immatures et incompétentes qui nous gouvernent doivent rendre des comptes. Le Parlement doit redevenir un véritable contre-pouvoir, capable de bloquer les crédits de guerre et d’imposer un référendum sur ces engagements militaires. Les Français ne sont pas des vaches à lait pour les aventures géopolitiques de Washington ou de l’Élysée. Comme en Ukraine, où le peuple est broyé depuis des années, nous refusons de payer pour des guerres qui ne servent que les intérêts des lobbies et des idéologues.

La précarité qui s’installe en France périphérique n’est pas une fatalité climatique ou économique. Elle est politique.

Elle est le résultat direct de choix irresponsables. Hausse des carburants, interdictions de « stockage« , coût de la vie qui explose : tout converge vers un même constat. Les dirigeants nous mènent droit dans le mur, et c’est nous qui trinquerons.

La course contre la montre est lancée. Mais cette fois, ce n’est pas pour déployer des porte-avions. C’est pour que le peuple reprenne le contrôle avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit définitivement précipitée dans une guerre qu’elle n’a pas choisie et une précarité qu’elle ne mérite pas.

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D) - L’Iran défie l’empire : Trump déclare le nouveau Guide suprême « inacceptable »  

Un acte de souveraineté qui fait trembler Washington

Le 8 mars 2026, l’Assemblée des experts iranienne a nommé Mojtaba Khamenei, fils du regretté Ayatollah Ali Khamenei tué dans des frappes américano-israéliennes, comme nouveau Guide suprême de la République islamique.

Cette décision, prise conformément à la Constitution iranienne, est un acte pur de souveraineté nationale au cœur d’un conflit armé ouvert.

Elle intervient après des semaines de chaos où les États-Unis et Israël ont mené une campagne militaire intense baptisée « Operation Epic Fury ». Au lieu de respecter ce choix interne, le président américain Donald Trump a immédiatement réagi avec une virulence rare : « Khamenei’s son is unacceptable to me. We want someone that will bring harmony and peace to Iran… I have to be involved in the appointment. » (Le fils de Khamenei est inacceptable à mes yeux. Nous voulons quelqu’un qui apporte l’harmonie et la paix à l’Iran… Je dois être impliqué dans cette nomination.).

Dans des interviews accordées à Axios et ABC News, Trump a été encore plus explicite : « He’s going to have to get approval from us. If he doesn’t get approval from us, he’s not going to last long. » Il a comparé la situation à celle du Venezuela, où, selon lui, il avait personnellement influencé les choix de dirigeants. « They are wasting their time. Khamenei’s son is a lightweight » (Ils perdent leur temps. Le fils de Khamenei est un incapable.), a-t-il ajouté,

sous-entendant que Washington se réserve le droit de veto sur la succession politique d’un pays souverain de 90 millions d’habitants.

Cette déclaration n’est pas une simple boutade de campagne : elle révèle une mentalité impérialiste profonde, celle d’une superpuissance qui se croit autorisée à dicter qui peut ou ne peut pas gouverner ailleurs dans le monde.

Cette posture n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une longue tradition où les États-Unis, et parfois leurs alliés européens, s’arrogent le rôle de juge suprême des nations. Le peuple iranien, pourtant en première ligne des souffrances causées par les sanctions et les bombardements, voit ses institutions constitutionnelles foulées aux pieds par des déclarations venues de Washington. Au nom de la « démocratie » et de la « paix », on impose en réalité un droit de regard qui nie la volonté populaire et les processus internes.

L’impérialisme américain ne se contente plus d’intervenir militairement ; il prétend désormais superviser les successions politiques comme un suzerain d’un autre âge.

La réponse de la Chine : un rappel cinglant à la souveraineté

Face à cette arrogance, la réaction de Pékin a été immédiate et ferme. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a déclaré lors d’une conférence de presse le 9 et le 10 mars 2026 : « La décision a été prise par la partie iranienne conformément à sa Constitution. » Il a ajouté que la Chine « s’oppose à toute ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays sous quelque prétexte que ce soit » et qu’elle « respecte la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Iran ». Pékin a explicitement rejeté toute tentative de cibler le nouveau Guide suprême, qualifiant les menaces américaines et israéliennes d’inacceptables (voir ici et ici).

Ce positionnement n’est pas seulement diplomatique : il marque la fin d’une époque où les États-Unis pouvaient impunément décider du sort des nations.

La Chine, en invoquant le droit international et la non-ingérence, défend non seulement l’Iran mais l’ensemble du Sud global. Elle rappelle que les peuples ont le droit de choisir leurs dirigeants sans aval de la Maison-Blanche. Cette réponse résonne comme un coup de semonce : l’ordre unipolaire américain, où Washington nommait ou destituait les leaders à sa guise, est en train de s’effondrer. Les BRICS et les puissances émergentes ne tolèrent plus que l’Occident se comporte en maître du monde.

L’Europe, quant à elle, reste étrangement silencieuse ou complice. Aucune condamnation forte n’est venue de Bruxelles ou des capitales occidentales.

Au contraire, certaines déclarations européennes reprennent en écho le narratif américain, justifiant les interventions au nom de la « sécurité » ou des « droits de l’homme ». Cette complicité révèle un impérialisme partagé : les États-Unis mènent la charge, l’Europe fournit le vernis légal ou logistique via l’OTAN. Ensemble, ils pensent encore pouvoir imposer leur vision du monde, au mépris des peuples qui subissent les conséquences : pauvreté, instabilité, migrations forcées.

L’impérialisme américain : une persistance décennale qui ignore les peuples

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont multiplié les ingérences, souvent sous des prétextes humanitaires ou sécuritaires. On recense des centaines d’interventions militaires ou clandestines : renversements de gouvernements légitimes, soutiens à des coups d’État, sanctions économiques dévastatrices. L’objectif ? Non pas la démocratie, mais le contrôle des ressources, des routes commerciales et des orientations politiques. Le peuple devient une variable secondaire ; ce qui compte, c’est que le dirigeant choisi à Washington serve les intérêts de Wall Street ou du Pentagone.

En 1953, la CIA orchestre l’opération Ajax pour destituer le Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh, coupable d’avoir nationalisé le pétrole. On installe le Shah, un régime autoritaire qui sert les intérêts pétroliers américains. En 1954, au Guatemala, même scénario : Jacobo Árbenz est renversé pour protéger la United Fruit Company. Des dizaines d’exemples similaires jalonnent l’histoire : Indonésie en 1965, Chili en 1973 avec Pinochet, Nicaragua avec les Contras.

Chaque fois, le discours officiel parle de « liberté » ; la réalité est celle d’un impérialisme qui impose ses pions, quitte à plonger des nations entières dans le chaos.

Les années 2000 n’ont rien changé : Irak 2003 sur de faux prétextes d’armes de destruction massive, Libye 2011 où l’intervention OTAN transforme un pays stable en terrain de milices et d’esclavage. Chaque fois, les peuples paient le prix fort : centaines de milliers de morts, économies ruinées, sociétés fracturées. L’impérialisme américain ne respecte ni la souveraineté ni la volonté populaire. Il pense que le monde lui appartient et que les chefs d’État doivent obtenir son « approbation » pour durer.

Le Venezuela : laboratoire de l’ingérence et des souffrances imposées

Le parallèle avec le Venezuela est saisissant. Là aussi, Washington a tenté de choisir le dirigeant à la place du peuple. Reconnaissance unilatérale de Juan Guaidó en 2019, sanctions pétrolières dévastatrices qui ont fait chuter le PIB par habitant de 62 % et la production de pétrole de 75 %, blocus naval, menaces d’invasion. L’opération a culminé avec la capture de Nicolás Maduro en janvier 2026 sous prétexte de narcotrafic. Trump s’est même vanté d’avoir « personnellement impliqué » dans les choix de succession.

Le résultat ? Un pays ruiné, une population plongée dans la misère, des millions de réfugiés. Jeffrey Sachs, économiste de renom, a dénoncé devant le Conseil de sécurité de l’ONU cette violation flagrante de la Charte des Nations unies. Il a rappelé que l’article 2(4) interdit l’usage de la force ou la coercition contre l’intégrité politique d’un État. Les sanctions, les opérations de renseignement, le gel d’actifs : tout cela constitue une guerre économique illégale qui fait souffrir le peuple ordinaire. Sachs a averti : sans condamnation, l’ONU perdra toute crédibilité et le monde basculera dans l’anarchie des grandes puissances.

L’« équipe Amérique » est de retour, mais sans stratégie à long terme. On destitue, on impose un leader fantoche, puis on laisse le chaos s’installer. Pas de plan Marshall, pas de reconstruction : seulement l’exploitation des ressources (pétrole, or) au profit des multinationales. Le peuple vénézuélien, comme tant d’autres, paie le prix de cette arrogance. L’impérialisme américain transforme les nations en terrains de jeu géopolitique, au détriment des vies humaines.

Marco Rubio et la nostalgie de l’empire occidental

Au forum de Munich, Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a lâché le morceau : « L’Amérique va restaurer l’empire occidental… avec ou sans vous. » Il a regretté la fin des « cinq siècles de glorieux empires occidentaux » et appelé l’Europe à suivre Washington ou à être reléguée au rang de pion jetable. Plus question de multipolarité : on revient à l’unipolarité des années 1990, où les États-Unis décidaient seuls du sort du monde.

Cette déclaration expose crûment la mentalité impérialiste. L’Europe, affaiblie et dépendante, est sommée de s’aligner. Les élites européennes, souvent compromises, acceptent cette hiérarchie humiliante. Ensemble, États-Unis et Europe pensent pouvoir continuer à nommer ou destituer les dirigeants : en Iran aujourd’hui, au Venezuela hier, ailleurs demain. Le peuple n’a pas voix au chapitre ; seule compte la fidélité à l’empire.

L’arrogance navale : les États-Unis, police autoproclamée des mers

Cette mentalité s’étend aux océans. Les États-Unis se comportent en « police autoproclamée des mers », saisissant des pétroliers vénézuéliens en eaux internationales, imposant des blocus, menaçant le détroit d’Ormuz. Ces actes violent la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Ils visent à contrôler les flux énergétiques et à punir les nations récalcitrantes. L’arrogance menace la paix mondiale : confrontations en mer de Chine, risques d’escalade avec la Russie et la Chine.

L’impérialisme ne se limite plus à la terre : il veut dominer les routes maritimes et, par extension, les économies et les politiques intérieures. Le message est clair : obéissez ou nous coupons vos approvisionnements. Les peuples, encore une fois, subissent les hausses de prix, les pénuries, l’instabilité.

L’Europe complice : un impérialisme à deux têtes

L’Europe n’est pas spectatrice. Via l’OTAN, elle a participé à la plupart des aventures américaines : bombardements en Yougoslavie, Libye, Syrie. Elle impose des sanctions alignées sur Washington, même quand elles affament des populations. À Bruxelles, on parle de « valeurs » pour justifier ce qui n’est que la poursuite d’intérêts géopolitiques.

L’Europe, junior partner, accepte que les États-Unis décident pour elle et pour le reste du monde. 

Cette complicité aggrave l’arrogance collective : l’Occident pense encore pouvoir imposer ses dirigeants fantoches partout.

Vers le réveil des peuples : la fin de l’impérialisme ?

L’affaire iranienne marque un tournant. L’Iran a osé défier Trump. La Chine a posé les limites. Le Venezuela résiste encore malgré les coups. Partout, du Sud global à l’Europe de l’Est, les peuples rejettent cette tutelle. Les BRICS proposent une alternative : respect de la souveraineté, non-ingérence, coopération égalitaire.

L’impérialisme américain et européen, en pensant dicter les chefs d’État, provoque son contraire : un monde multipolaire où les nations reprennent leur destin en main.

Les peuples ne veulent plus être des pions. Ils veulent choisir leurs dirigeants librement, sans approbation de Washington ou de Bruxelles.

Un avertissement pour l’Occident

Trump peut menacer tant qu’il veut : le nouveau Guide suprême est en place. La Chine veille. L’histoire montre que l’arrogance impériale finit toujours par se briser sur la volonté des peuples. Les interventions au Venezuela, en Irak, en Libye ont laissé des ruines et des haines durables. En Iran, le scénario risque de se répéter.

L’Occident doit choisir : respecter la souveraineté ou affronter un soulèvement global. Les peuples ne tolèrent plus que des puissances étrangères décident qui les gouverne. L’ère où l’Amérique et l’Europe s’arrogeaient ce droit touche à sa fin. L’Iran d’aujourd’hui en est le symbole éclatant.

https://multipol360.com/liran-defie-lempire-trump-declare-le-nouveau-guide-supreme-inacceptable/

 


E) - Iran : au nom du père et du fils

La révolution iranienne promettait d’en finir avec les dynasties et les privilèges du sang. Quarante-sept ans plus tard, la république islamique fonctionne comme un système mafieux où le pouvoir, les postes et les richesses circulent entre quelques familles – Khamenei, Khomeini, Larijani, Rafsandjani –, soudées par les alliances et les héritages. C’est une aristocratie où les noms ont parfois plus de pouvoir que les institutions.

Renverser le Shah en 1979 pour en finir avec le pouvoir dynastique et les privilèges héréditaires… Vraiment ? La République islamique d’Iran est en effet censée être dirigée par des principes religieux et révolutionnaires devant lesquels les hommes, austères et pieux, s’effacent, hostiles aux richesses excessives et au luxe tapageur. Mais dans les faits, une petite élite a confisqué le pouvoir et une part immense des richesses du pays. Cette élite fonctionne comme une caste fermée : les mêmes familles occupent les postes clés de la politique, de la sécurité et de l’économie, contrôlent les fondations religieuses, placent leurs proches aux postes importants, et leur argent… en Europe. Les privilèges qu’ils ont dénoncés hier sont devenus les leurs. Leur logique n’est plus celle d’une révolution ou d’une république à la pureté islamique. C’est un système de prédation et de préservation des biens mal acquis. Ils contrôlent l’argent, imposent une hiérarchie stricte où le manque de loyauté peut être puni de mort, utilisent l’intimidation, la répression et le meurtre pour faire taire les opposants, garder le pouvoir et ses avantages. C’est un système mafieux.

Et voilà que le fils succède au père. Le nouveau guide suprême, désigné par une assemblée d’experts censée représenter l’autorité religieuse du pays, n’est autre que Mojtaba Khamenei, le fils d’Ali Khamenei, tué par une frappe. Le symbole est brutal : comme dans une monarchie, le pouvoir se transmet par le sang et, comme dans une dictature absolue, il se maintient par le sang. Le premier coule dans les veines de l’héritier, le second – celui des opposants – coule dans les rues. Pour les Iraniens, c’est un coup de massue.

Motjaba Khamenei, c’est le prince de l’ombre, jusque-là sans grand ministère et sans carrière politique connue, visible. C’est un homme du sérail, un homme de réseaux, de coulisses, d’intrigues et de coups bas. Un ultraconservateur, religieux de 56 ans à la foi tranchante comme une lame, très proche des Gardiens de la révolution. Motjaba est un stratège opaque et dur, un pur produit du système. C’est aussi l’homme des grandes fortunes ; Dans Paris-Téhéran : le Grand Dévoilement, coécrit avec Emmanuel Razavi et publié aux Éditions du Cerf (mars 2026), nous rappelons une enquête sur son empire financier considérable. Cette enquête a été notamment citée par le média américain Bloomberg et par Courrier International :

“Le schéma est toujours à peu près le même : « À travers des sociétés écrans et des acquisitions immobilières au nom de parties tierces à Londres, Francfort ou Dubaï, le fils de l’ayatollah Ali Khamenei, soumis à des sanctions américaines depuis 2019, a réussi à tisser au fil des ans un vaste réseau d’investissements occultes et lucratifs. Cet empire financier, qui s’étend « du transport maritime dans le golfe Persique aux comptes bancaires suisses, en passant par l’immobilier de luxe britannique », a permis « d’acheminer des fonds – estimés à plusieurs milliards de dollars – vers les marchés occidentaux, malgré les sanctions américaines… ». Petit détail qui, lui aussi, vaut son pesant d’or : Courrier International et Bloomberg précisent que les « fonds ayant servi à ces transactions proviennent principalement des ventes de pétrole iranien (soumis aussi à des sanctions) et ont transité, toujours selon les mêmes sources, par des comptes bancaires au Royaume-Uni, au Liechtenstein et aux Émirats arabes unis ». Un pillage systématique des ressources du pays, donc, à des fins d’enrichissement personnel. Sans aucun frémissement de conscience.”

Comme quoi on peut invoquer Dieu et se confier aux banques occidentales…

Pourtant, la nomination de Mojtaba Khamenei répond à une logique, celle d’une monarchie religieuse tenue par quelques familles. Les fils, les frères, les cousins occupent les postes clés et les réseaux familiaux structurent le pouvoir.

Dans la famille de l’ayatollah Khomeini, Guide suprême de 1979 à 1989, fondateur de la République islamique, et dont le nom reste une monnaie politique, on trouve Hassan, son petit-fils. Clerc chiite très influent, il est le gardien du mausolée de son grand-père, un poste très symbolique qui lui donne une influence politique et religieuse considérable. On le dit plus modéré que les conservateurs du clan Khamenei. Son père, Ahmad, a été l’un des principaux collaborateurs politiques de Khomeini. Dans l’ombre lui aussi, il agissait souvent comme un intermédiaire entre le Guide suprême et les institutions du régime, ce qui évidemment lui donnait un pouvoir considérable.

Dans la famille Larijani, on trouve bien sûr Ali : Président du parlement iranien de 2000 à 2008, ancien secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale et négociateur nucléaire de l’Iran, ancien ministre de la Culture et directeur de la télévision d’État. C’est un homme fort du régime, dont la fille vit par ailleurs aux États-Unis. L’un de ses frères, Sadegh, a été le redouté chef du pouvoir judiciaire de 2009 à 2019. Il est aussi membre du Conseil des gardiens et du Conseil de discernement, en plus d’être un clerc influent de l’appareil religieux. Un autre frère, Mohammad Javad, a été vice-ministre des Affaires étrangères et responsable du … Conseil iranien des droits de l’homme… Un troisième frère, Bagher, a occupé ou occupe encore des postes élevés dans le système de santé iranien (ex-vice-ministre de la Santé, dirigeant d’instituts médicaux, etc.).

Dans la famille d’Akbar Hashemi Rafsanjani, président iranien de 1989 à 1997, il y a sa fille d’abord : Faezeh Hashemi Rafsanjani, députée réformatrice du régime. Quant à son fils, Mehdi, il a été impliqué dans quelques affaires politiques et judiciaires qui l’ont probablement freiné dans sa carrière…

Encore un exemple, un dernier. Ancien président du parlement, conseiller d’Ali Khamenei, le précédent Guide suprême, Gholam-Ali Haddad-Adel, idéologue du régime, est un homme redoutable et redouté. En 2004, sa fille, Zhara, a épousé Motjaba Khamenei, l’héritier du trône islamique, renforçant ainsi l’alliance entre deux grandes familles du pouvoir. Elle a été tuée le 26 février 2026 dans la frappe qui a coûté la vie à ses beaux-parents, Ali Khamenei et Mansoureh Khojasteh Bagherzadeh.

On pourrait ainsi continuer à dérouler longtemps la liste des clans et des lignées qui se partagent le pouvoir, du sommet de l’État jusqu’aux étages intermédiaires du régime. Mais l’essentiel est là : dans la République islamique, le sang sert deux fois le pouvoir : il le transmet entre héritiers et le protège en faisant couler celui des opposants.

Jean-Marie Montali

https://nouvellerevuepolitique.fr/jean-marie-montali-iran-au-nom-du-pere-et-du-fils-2/

 

L'Iran Libre, est-ce possible (sans intervention extérieure) ; pour quel leadership ? 

 

 


 

 Ce vocabulaire « gagner/perdre » suppose encore un jeu à somme nulle. Plus simplement, je souhaiterais que les États-Unis se retirent et qu'Israël cesse sa politique de déstabilisation dans la région. Qu'on en finisse. Qu'il y ait le moins de dégâts possible et d'argent dilapidé dans les rangs américains, et le moins de casse possible au sein de la population iranienne. 

J'aimerais aussi que les gens comprennent qu'on peut parfaitement gérer une menace par d'autres moyens que ceux de la violence de masse. Sans le mesurer, nous resterons dans le tribalisme et la servitude face à l'État. Notre cécité collective sur d'autres modes d'existence et de défense nous empêche de réaliser que la paix est un produit du Droit et du marché, alors que la guerre est un pur produit de l'État. 

À ce stade, l'inconnu de sociétés sans maître génère encore des réflexes digne de primates. Remettre en question le monopole de la violence n'est pas une mince affaire, mais c'est la nôtre. Alors cessez d'y croire premier degré, nous savons faire autrement.

Arthur HOMINES 

 

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