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janvier 18, 2026

L'Iran Libre, est-ce possible (sans intervention extérieure) ; pour quel leadership ?

Attrition contrôlée et perceptions : lecture renseignement de la déstabilisation iranienne, par Gérald Arboit

À la lumière des Intelligence Studies, il apparaît que le régime iranien n’est pas sur le point de s’effondrer, malgré ses régulières contestations internes et la pression extérieure du Mossad israélien.

L’évolution récente de l’Iran (protestations sociales, contestations politiques et critiques médiatiques) est fréquemment interprétée comme le signe d’une fragilisation profonde du système politique. Cette interprétation dominante des dynamiques iraniennes contemporaines tend à les réduire à un scénario simplifié : un régime en crise, affaibli par les contestations populaires et vulnérable aux pressions externes. Cette lecture s’accompagne de l’attribution implicite d’un rôle prépondérant aux services occidentaux, à la fois dans la surveillance et dans la manipulation des mouvements d’opposition. Comme dans une logique rappelant la conceptualisation américaine des régimes change, renvoyant aux lectures enthousiastes des révolutions de couleurs et arabes, l’éventuelle figure exilée de Reza Pahlavise se trouve auréolée d’une alternative potentielle.

 


 

En mobilisant les outils conceptuels et méthodologiques des Intelligence Studies, il est possible d’analyser cette séquence différemment. En examinant la logique opérationnelle des services régionaux, il est aisé d’identifier les contraintes structurelles internes à l’Iran. Pour cela, il faut déconstruire la lecture médiatique dominante des événements qui tend à survaloriser la visibilité des acteurs exilés et des mouvements sociaux fragmentés. Ce faisant, une analyse structurée du rôle des services de renseignement régionaux invite à la revisiter à la lumière de stratégies de long terme, moins spectaculaires mais plus durables.

Biais et limites de la contre-lecture médiatique dominante

La perception d’un régime iranien sur le point de s’effondrer repose sur trois biais majeurs. D’abord, il y a le risque d’y projeter des modèles exogènes : les transitions arabes de 2011 offrent souvent une grille de lecture trop commode, ignorant la spécificité d’un système politico-religieux centré sur le clergé chiite autonome et son expérience de la guerre clandestine. De même, la personnalisation propre aux modes de visibilité médiatique : la mise en avant de figures exilées, telles que l’héritier impérial Reza Pahlavi, alimente une perception de centralité qui ne correspond pas au poids réel de cette émigration sur les réalités du terrain aux dynamiques internes moins cohérentes. Enfin, cette perception induit une surévaluation de l’influence occidentale : la lecture dominante confond le rôle opérationnel effectif des services régionaux avec une intervention occidentale, occultant la capacité d’acteurs locaux à planifier et conduire des opérations de long terme. Cette lecture médiatique, bien que largement relayée, ne rend pas compte de la complexité stratégique réelle, ni des mécanismes d’attrition déployés par des services régionaux comme les Saoudiens.

Le General Intelligence Presidency (GIP) constitue l’instrument central de l’Arabie saoudite pour la collecte de renseignements et la conduite d’opérations à l’extérieur du Royaume. Fondé en 1957, il se concentre sur l’action des services de renseignements étrangers en Arabie saoudite, le contre-espionnage et la surveillance des réseaux considérés comme hostiles aux intérêts nationaux. Mais l’agence fait partie intégrante de l’appareil sécurisé rattaché directement à la cour royale, lui conférant une capacité décisionnelle alignée sur les objectifs stratégiques du pouvoir politique. Ainsi, le GIP a démontré sa capacité à combiner opérations de renseignement humain (HUMINT), financement de relais locaux et coordination régionale, y compris dans des contextes hostiles comme l’Afghanistan dès la fin des années 1970, la Bosnie vingt ans plus tard, le Caucase au début des années 2000, et naturellement l’Irak de Saddam Hussein.

Dans le cas iranien, cette expérience plaide en faveur d’une logique différenciée. Le GIP privilégie l’attrition et la fragmentation plutôt que le renversement du régime, scénario hautement incertain et potentiellement contreproductif. Aussi adopte-t-il une stratégie de soft power, qui cible la légitimité idéologique du clergé chiite et en maintient l’opposition dans un ordre dispersé. Cette posture, cohérente avec la doctrine saoudienne de longue durée, s’inscrit dans un horizon temporel décennal et non dans un cycle médiatique ou électoral court.

Fragmentation et absence de leadership

L’absence d’un leadership centralisé dans l’opposition iranienne, souvent interprétée comme un déficit organisationnel, constitue en réalité un élément structurant de cette stratégie d’attrition. En maintenant la contestation dispersée et décentralisée, le GIP réduit le risque de négociation ou de stabilisation du mouvement. Il empêche l’émergence d’une figure alternative dotée d’une légitimité interne et religieuse. De fait, il maximise la pression prolongée sur le système, tout en limitant les risques d’un contrecoup incontrôlable.

La visibilité de Pahlavi dans les médias internationaux illustre ce phénomène : figure symbolique et médiatique, il reste marginal dans les dynamiques opérationnelles internes. Surtout, sa personnalité ne suscite aucun soutien politique occidental, à commencer par Donald Trump, mais également aucune action clandestine, même de l’ennemi qu’est Israël.

Cela s’explique par une analyse commune des services de renseignement du régime iranien. Le clergé chiite constitue le cœur du système politique et idéologique iranien. Il assure la cohésion de l’appareil sécuritaire, la maîtrise des circuits financiers et la légitimité transnationale. Cette centralité rend le régime hautement résilient aux pressions externes ponctuelles et confère aux services iraniens une capacité d’absorption des contestations sociales internes sans compromettre la stabilité fondamentale du pouvoir.

Ainsi, toute opération externe visant la déstabilisation directe doit nécessairement composer avec cette réalité : l’attrition prolongée s’avère plus efficace et plus sécurisée que le renversement brusque. D’autant que, contrairement à l’Irak et à l’Afghanistan post-11 Septembre, il n’y a pas de personnalités exilées, même pas Reza Pahlavi, qui occupent une place centrale dans les récits médiatiques locaux. Leur visibilité publique et l’attention que leur accordent certains médias occidentaux ne doivent pas être confondues avec une création de capacité politique interne. Le remplacement du drapeau national islamique par celui de l’ancien régime impérial à Londres, hautement médiatique en Occident, n’aura jamais la même portée en Iran que la destruction dudit drapeau à Mashhad, ou le déboulonnage de la statue du général Qassem Soleimani à Qaemiyeh, aux marges du pays. Les figures de l’étranger ne disposent pas de relais structurés à l’intérieur du pays, même s’il existe de soutiens dans les périphéries kurdes. Surtout, elles manquent d’ancrage sociologique ou religieux suffisant pour transformer leur notoriété en force politique. Leur rôle reste essentiellement symbolique ou médiatique, pertinent pour la narration du débat public, mais limité en termes d’impact opérationnel réel. Ainsi, leur importance dans les médias ne reflète pas nécessairement leur poids stratégique sur le terrain.

À la lumière des Intelligence Studies, il apparaît que le régime iranien n’est pas sur le point de s’effondrer, malgré ses régulières contestations internes et la pression extérieure du Mossad israélien. Mais, alors que celui-ci ne développe qu’un renseignement d’origine humaine de guerre, donc mono-agent, ou peu s’en faut, le GIP saoudien est le seul à réellement opérer contre le régime honni des mollahs. Toutefois, il a choisi d’opérer selon une logique d’attrition prolongée, combinant fragmentation, amplification informationnelle et pressions indirectes, plutôt que d’apparaître comme un catalyseur de renversement de régime. Cette stratégie illustre la discrétion opérationnelle, la temporalité longue et la sophistication doctrinale propres aux services arabes, et met en évidence l’écart entre perception médiatique et réalité stratégique. L’Iran apparaît ainsi comme un théâtre de confrontation prolongée, où la stabilité interne demeure protégée par la centralité du clergé et la résilience institutionnelle. Toute tentative de soutien extérieur visible, qu’il vienne du GIP ou d’autres (Mossad, CIA), accélèrerait la répression et la violence, sans amener de transition politique ; il transformera seulement un régime impopulaire en régime plus dur, sans créer d’alternative nationale crédible. Un coût trop cher à acquitter pour un gain finalement limité et contre-productif. Agissant par narration périphérique, le GIP apparaît comme le meilleur acteur en Iran. Il impose une asymétrie aux autres services de renseignement extérieurs au monde arabe, obligés d’agir contre leur principe de précision, c’est-à-dire qu’ils doivent créer des réseaux structurés à l’intérieur d’un pays qui n’est pas différent de l’Union soviétique de la fin des années 1940. En effet, le contrôle social des services iraniens s’en trouverait renforcé, et avec lui la résilience du régime. La seule rupture conduirait à une convergence des minorités iraniennes vers un soutien extérieur discret mais soutenu, et à un effondrement économique majeur, entraînant le régime à perdre le contrôle de ses périphéries (Kurdistan, Baloutchistan, Khuzestan). Autrement dit, se met en place un triangle de rationalité du renseignement qui explique pourquoi l’Iran tient face à sa population et résiste aux pressions régionales, tout en démontrant une fragilité en cas d’opérations occidentales ciblées sur ses infrastructures.

Gérald Arboit

Gérald Arboit est chargé de cours à l’Institut diplomatique de Paris et chercheur associé à l’UMR Sorbonne – Identités, relations internationales et civilisation de l’Europe (Paris I–IV). Docteur habilité à diriger des recherches en histoire contemporaine, il a été directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement. Il a également enseigné l’histoire contemporaine ainsi que les sciences de l’information et de la communication dans plusieurs universités françaises. Directeur de collections aux éditions Connaissances et Savoirs à Saint-Denis, il a par ailleurs exercé comme expert auprès du Conseil de l’Europe et du ministère des Affaires étrangères. Il est enfin auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN).

https://nouvellerevuepolitique.fr/gerald-arboit-attrition-controlee-et-perceptions-lecture-renseignement-de-la-destabilisation-iranienne/ 


Didier Idjadi - La révolution iranienne et le plan américain

Des rapports font état d’un nombre élevé de morts et de violences sans précédent contre les manifestants en Iran. Le président de la Fondation pour les martyrs et les vétérans de la République islamique a confirmé le nombre élevé de morts lors des récentes manifestations. Bien qu’il ait attribué la violence aux manifestants et les ait qualifiés de « terroristes », ses déclarations suggèrent qu’une partie importante des personnes tuées sont issues de « différents groupes de la population ».

Le ministre de la Justice du régime islamique a déclaré :
« Toute personne qui a été présente dans les rues à partir du 18 Dey (8 janvier) est considérée comme criminelle. »

Les organisations de défense des droits de l’homme ont alerté sur des arrestations massives. De nombreux témoignages font état d’une répression brutale et de véritables scènes de guerre dans la ville de Machhad. Selon plusieurs informations reçues par le « Comité pour la lutte pour la liberté des prisonniers politiques », un état de siège non déclaré a été mis en place dans la ville le 23 janvier 2026. Les forces  militaires du régime répriment sévèrement toute forme de manifestations, ciblant les rassemblements de plus de trois personnes et dispersant les citoyens par des tirs directs sans avertissement préalable.

Les forces de répression (les gardiens, les bacijis, les milices irakiens chiites en Iran, les milices pakistanais…) font usage d’une violence extrême contre les manifestants.

Des témoins oculaires rapportent que les forces de sécurité parlent souvent arabe et n’ont aucun lien avec la population locale, ce qui les incite à recourir à une violence maximale. Des raids sont organisés contre les domiciles privés pour confisquer les antennes paraboliques et empêcher l’accès aux actualités libres.

12000 personnes tuées par le régime, voire plus

Depuis le début des grandes vagues de manifestations en Iran, la question du nombre réel de victimes de la répression demeure l’un des points les plus sensibles et les plus difficiles à établir. Entre la censure étatique, les coupures d’internet, l’absence d’accès pour les médias étrangers et la pression exercée sur les familles, les bilans varient de manière spectaculaire selon les sources.

Le régime iranien ne publie pas de statistiques transparentes et fiables sur les victimes civiles. Lorsqu’il communique, il minimise les chiffres, requalifiant une partie des morts comme étant des « émeutiers armés », des « terroristes » ou des agents étrangers. Il va de soi que cette stratégie rend toute vérification indépendante extrêmement complexe.

À cela s’ajoute une pratique documentée de confiscation des corps, de pressions sur les familles, de sépultures discrètes, et parfois d’inhumations nocturnes sans cérémonie officielle, afin d’éviter la transformation des funérailles en lieux de protestation.

Selon différentes ONG l’on peut d’ores et déjà documenter plusieurs milliers de morts.

Les organisations de défense des droits humains, qui travaillent à partir de réseaux internes, de témoignages directs et de recoupements hospitaliers, évoquent un bilan déjà massif :Iran Human Rights (IHR) parle d’au moins 3 400 morts, chiffre qu’elle présente comme un minimum absolu vérifié ;

HRANA (Human Rights Activists News Agency) avance un bilan d’environ 2 500 à 2 600 morts, incluant des femmes, des enfants et de nombreux civils non armés.

Ces organisations insistent sur le fait que leurs chiffres sont incomplets, car de nombreuses régions restent inaccessibles et beaucoup de décès ne sont jamais officiellement déclarés.

La chaîne Iran International, basée hors d’Iran et alimentée par des sources internes, des employés des morgues, des personnels hospitaliers et des registres de cimetières, fournit une estimation beaucoup plus haute de plus de 12 000 morts .

Une répression systématique

Au-delà des chiffres, la nature de la répression fait consensus parmi les organisations internationales. La saturation des morgues, les pénuries de cercueils, les enterrements collectifs témoignent de cette répression systématique. L’usage de balles réelles contre des foules non armées, les tirs à la tête et au thorax , les arrestations massives, les disparitions forcées, les tortures et les viols confirment l’extrême violence déployée par le régime. Les mineurs ne sont pas épargnés .

De nombreuses vidéos authentifiées montrent des tirs directs sur des manifestants, des personnes abattues à bout portant et des blessés abandonnés dans la rue par peur des arrestations dans les hôpitaux.

Plusieurs facteurs expliquent la difficulté à établir un bilan consolidé des massacres en cours :Les coupures d’internet répétées et ciblées ; l’absence de journalistes indépendants sur le terrain ; les menaces contre les familles qui parlent ; les falsifications administratives (certificats de décès modifiés, causes travesties , etc) ;les fosses anonymes et les enterrements discrets.

La répression  a atteint une ampleur inégalée et systémique, comparable aux pires épisodes de violence d’État de ces dernières décennies.

La sortie des milliards par les mollahs

Le compte officiel du Département d’État américain en langue persane sur X  a publié un message dénonçant l’utilisation par le régime iranien de drones militaires pour réprimer les manifestants pacifiques.

Le Département d’État américain condamne fermement ces actions et souligne que le monde entier est témoin de la répression brutale exercée par le régime iranien contre ses propres citoyens. Les mollahs sont accusés de traiter les manifestants comme des ennemis et de mener une véritable guerre contre eux. Les États-Unis et la communauté internationale pourraient prendre des mesures supplémentaires pour condamner et sanctionner ces actions.

Selon une source proche  du Corps des Gardiens de la révolution islamique, environ 1,5 milliard de dollars auraient été sortis d’Iran au cours des dernières 48 heures.  Mojtaba Khamenei, le fils du leader suprême Ali Khamenei, auraittransféré environ 328 millions de dollars à Dubaï. Ces transactions seraient effectuées via des crypto-monnaies et non par le réseau bancaire traditionnel. Parallèlement, cinq grandes banques iraniennes, dont la Banque Sepah, étroitement liée au Corps des Gardiens de la révolution, serait au bord de l’effondrement. Les sanctions internationales et les révoltes internes pourraient contribuer à une instabilité accrue dans le pays entrainant la paralysie totale du régime islamique.

Le Président américain et son plan

Donald Trump a déclaré que si le peuple iranien acceptait le leadership du prince Reza Pahlavi, il ne s’y opposerait certainement pas.

Dans une interview exclusive accordée à l’agence de presse Reuters, dont des extraits ont été publiés mercredi soir 24 Dey (13 janvier), Trump a de nouveau fait référence au prince Reza Pahlavi en disant :
« Il semble être une très bonne personne, mais je ne sais pas si son pays accepterait son leadership. En revanche, si les iraniens l’acceptent, ce serait tout à fait acceptable pour moi. »

Le plan  américain n’est pas clairement arrêté, même si l’hypothèse matrice est de changer le régime de Khamenei, pour pouvoir assurer la sécurité d’Israël et tracer une nouvelle carte du moyen orient. Au sein de l’administration américaine si des divergences peuvent à ce stade continuer à exister sur l’opportunité d’une intervention militaire, la réalité de la répression tous les jours plus massives pourrait à terme favoriser cette option.

Didier Idjadi


 

Didier Idjadi, sociologue au CNAM et réfugié politique iranien

https://nouvellerevuepolitique.fr/didier-idjadi-la-revolution-iranienne-et-le-plan-americain/

 

 

Pour l'Iran Libre !

Le soulèvement qui gagne les rues iraniennes est de ceux qui pourraient bousculer en profondeur les équilibres non seulement régionaux mais, plus largement, de l’ensemble de la scène internationale. En 1979, la révolution islamiste avait consacré, dans la relative bienveillance d’une partie de l’intelligentsia et la naïveté occidentale, une nouvelle menace dont la dangerosité ne manquerait pas de se profiler très rapidement : un État islamiste, revendiqué comme tel, puisant aux sources du frérisme sunnite son modèle opérationnel. Cette jonction latente et hybride entre les deux grands courants, rivaux, de l’islam (chiisme et sunnisme), sans éteindre évidemment leurs oppositions autant théologiques que géopolitiques, débouchera sur l’émergence décomplexée d’un nouvel ennemi des démocraties occidentales. Celui-ci, à côté des totalitarismes communistes déclinants, prendra progressivement la place d’ennemi numéro 1 de nos valeurs de liberté, de démocratie et d’égalité. L’islamisme agressif, expansionniste, a trouvé dans la matrice iranienne son point de départ, quelles que soient ses différentes formes qui incarneront, tout en se combattant par ailleurs, une identique détestation des Occidentaux.

Ce qui se joue depuis plusieurs jours en Iran est la remise en cause de cette genèse et de ce mur porteur de l’islamisme. Les combattants de la liberté qui défient, au prix de leurs vies, le régime des mollahs pourraient, s’ils parvenaient à renverser la dictature qui les opprime, créer les conditions d’un événement d’égale ampleur à ce que fut la chute du mur de Berlin en 1989.

Alors que des massacres à grande échelle se perpétuent sur l’ensemble du territoire iranien, force est de constater que l’Occident, à ce stade, tout en condamnant, hésite, y compris côté américain, nonobstant l’avertissement de Donald Trump au guide suprême de la révolution islamique, Ali Khamenei. Plusieurs facteurs expliquent sans doute cet attentisme : les enseignements d’un passé récent, tout d’abord, qui ont démontré le chaos produit par des interventions directes ; la pression ensuite exercée par plusieurs pétromonarchies sur Washington dans le but de ne pas déstabiliser les marchés du pétrole ; enfin un état d’esprit plus général empreint de realpolitik, de relativisme résigné, d’indifférence complice…

C’est ce dernier point qui pose in fine le plus problème et qui, de facto, introduit une sous-évaluation pour le moins dramatique de la tragédie iranienne. Les stratégies d’accommodement implicite, sous couvert de réalisme, outre qu’elles se résignent à une violation criminelle des droits humains, ne sont pas plus efficientes politiquement qu’elles sont acceptables sur le plan moral. Le court-termisme de la tempérance ou de l’inaction face à des régimes agressifs, déstabilisateurs, a, sur la durée, un coût. C’est ce coût dont il faut avoir désormais conscience, et d’une manière urgente, en aidant les Iraniens à trouver une issue à leurs aspirations démocratiques : pour eux, tout d’abord, mais aussi pour se débarrasser d’un verrou qui nuit depuis plus de quatre décennies à la stabilité de la scène internationale. La cause des démocrates d’Iran est la nôtre. Il faut le dire, l’assumer et agir en conséquence.

Arnaud Benedetti
 Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.

 https://nouvellerevuepolitique.fr/pour-liran-libre/

 

 

janvier 11, 2026

Iran "libéré" et puis après ?

Le gouvernement iranien adresse un avertissement direct au président Trump et aux États-Unis, déclarant qu'il est prêt à frapper les bases militaires américaines, les navires américains et même Israël si les États-Unis attaquent l'Iran. 
L'Iran affirme également que les frappes préventives ne sont pas exclues, laissant entendre qu'il pourrait être prêt à frapper le premier. Téhéran dénonce une manipulation violente des troubles 
 
Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, tranche sans ambiguïté : 
👉 Les événements récents en Iran ne relèvent plus de la contestation sociale. 
👉 Une organisation violente et structurée a détourné des tensions économiques réelles pour semer la terreur. Selon lui, ces groupes ont mené des actes extrêmes — assassinats, incendies, décapitations — avec des méthodes comparables à celles de État islamique. 
 
📌 Conclusion officielle : assimiler ces crimes à des manifestations légitimes est une faute d’analyse grave. Ce qui est à l’œuvre ici n’est pas une protestation populaire, mais une stratégie de chaos organisé depuis l’extérieur. 
 
Les miliciens de Khamenei ont pris le contrôle de tous les hôpitaux de Téhéran pour arrêter tous les blessés par balles sans même leur laisser le temps d’être soignés ! 
 
Si le monde continue son silence des dizaines de milliers d’iraniens seront massacrés !! 
On est déjà à plus de 2000 jeunes tués en 48h ! 
Des milliers ont déjà perdu un œil ou les deux parce que les miliciens visent les visages avec du plomb. 
 

 
Les États-Unis surveillent de près les signes indiquant que les manifestations en Iran pourraient faire tomber le régime. 
 
Jeudi, des manifestants iraniens ont envahi les rues de Téhéran et d'autres villes. Des images de bâtiments gouvernementaux en flammes et de coupures d'internet par les autorités ont circulé, sans toutefois parvenir, pour l'instant, à rétablir l'ordre. Le point crucial : en début de semaine, les services de renseignement américains estimaient que les manifestations manquaient d'ampleur pour menacer la stabilité du régime, ont déclaré des responsables américains à Axios. Mais cette analyse est en cours de révision au vu des événements récents. « Les manifestations sont sérieuses et nous continuons de les surveiller », a déclaré un haut responsable américain. Contexte : les manifestations ont pris de l'ampleur et se sont étendues au cours des douze dernières nuits, celle de jeudi soir étant la plus importante à ce jour. 
 
Elles sont principalement alimentées par la crise économique que traverse le pays, qui s'est aggravée suite à la volonté du président Trump de renforcer les sanctions et aux dégâts causés par la guerre de douze jours en juin. Selon plusieurs médias, certains manifestants scandaient ouvertement jeudi des slogans réclamant la chute du régime. Le président iranien, Massoud Pezeshkian, réformateur au sein du régime théocratique, a admis ces derniers jours que le gouvernement iranien n'avait pas de solution à la crise. Jeudi, il a ordonné aux forces de sécurité de ne pas s'en prendre aux manifestants pacifiques, mais a fait une distinction pour les émeutiers armés ou violents. Les médias d'État iraniens minimisent l'ampleur des manifestations. 
 

 
 
Par ailleurs, l'accès à Internet a été quasi totalement coupé dans tout le pays jeudi, selon NetBlocks. Trump a averti à plusieurs reprises que les États-Unis pourraient recourir à la force militaire si l'Iran tuait des manifestants. Cependant, il s'est montré relativement mesuré lors d'une interview jeudi dans l'émission « The Hugh Hewitt Show ». Trump a affirmé que certains des plus de 30 manifestants tués jusqu'à présent étaient morts à cause de « problèmes de gestion des foules ». Il a également refusé d'apporter son soutien à Reza Pahlavi, fils du Shah, destitué lors de la révolution islamique de 1979. Pahlavi a tenté de s'emparer du devant de la scène politique et a appelé à de nouvelles manifestations vendredi à 20h, heure locale. « Je pense que nous devrions laisser tout le monde descendre dans la rue et nous verrons qui en sortira vainqueur », a déclaré Trump, ajoutant qu'il ne serait pas forcément « approprié » pour lui de soutenir Pahlavi. 
 
À suivre : D'importantes manifestations ont eu lieu en Iran en 2022, affaiblissant le régime sans toutefois le faire tomber. Certaines personnalités intransigeantes à Washington espèrent que, cette fois-ci, le régime s'effondrera véritablement. Le sénateur Lindsey Graham (R-Caroline du Sud) a appelé les Iraniens à intensifier les manifestations et a souligné que Trump les soutiendrait. « Les voyous, les dictateurs, les brutes et les assassins qui défient le président Trump ne font pas long feu. Rendons sa grandeur à l'Iran », a-t-il écrit sur X.
 
 

 
Les visions d'après avec  Cédric Labrousse:

 "Rare intervention de cadres israéliens qui, s'ils notent une mobilisation dans la rue iranienne en augmentation, ne voient pas le régime des mollahs être déstabilisé ou en phase d'effondrement pour le moment. On ne pourra pas les accuser d'être des paillassons de Khamenei. 
 
Notons que cela converge avec le postulat du renseignement américain, confirmé hier par des révélations de l'agence Axios. Et, parce que j'ai quelques oreilles qui traînent, du renseignement français. Notons que le renseignement turc a également, via Fidan, fait ce constat. 
 
Rappelons que les Israéliens ont un des meilleurs réseaux d'espionnage et d'infiltration au sein de la société iranienne, y compris dans des strates du régime. Ils l'ont encore prouvé en juin 2025. Ils peuvent donc jauger au mieux de la réalité d'une chute du régime. 
 
Il faut vraiment que l'on garde à l'esprit, oui pas simple car il y a l'enthousiasme de voir disparaître l'un des pires régimes installés au siècle dernier, que les réseaux sociaux sont des miroirs déformants. Ce n'est pas casser l'ambiance. C'est revenir aux faits. 
 
L'effondrement du régime en Iran serait plus que bienvenu. Les mieux préparés à cela sont les kurdes qui disposent déjà de partis, d'une plateforme commune et de groupes armés prêts à organiser l'autonomie de facto de leur région. Faisons un point précis. A force de ne braquer le projecteur que sur la transition au pouvoir à Téhéran, que l'on ne peut qu'espérer au demeurant, nous oublions que l'Iran est un pays qui dispose déjà, sur son sol, de plusieurs forces armées et politiques, très investies et organisées, localement. 
 
Quatre minorités disposent d'outils prêts à s'auto-gouverner, et encore loin de partager un agenda avec l'opposition nationale. 
1) Les baloutches (groupes armés et politiques). 
2) Les azéris (politiquement). 
3) Les arabes de l'Ahwaz (groupes armés et politiques). 
 

Les kurdes d'Iran. 
Ce sont probablement ceux qui disposent des outils les plus complets pour pallier à l'effondrement du régime iranien. Avec plusieurs partis politiques, capables de s'entendre via une plateforme commune, et de nombreux combattants actifs. 
 
Tout d'abord, il faut noter le sérieux de l'opposition kurde. Qui dispose d'une plateforme commune réunissant la majorité des partis kurdes iraniens. Le Centre de Coopération des Partis Politiques du Kurdistan Iranien est actif depuis plusieurs années. Gage de sérieux. Le contraste est terriblement saisissant entre l'amateurisme des oppositions nationales, qui n'ont jamais réussi à planifier une seule plateforme commune depuis des décennies, et encore moins depuis le soulèvement de 2022. Et cette plateforme réunissant le spectre kurde. Cet avantage est crucial pour les kurdes d'Iran : ils pourront, certes avec des rivalités qui pourraient éclater très rapidement entre eux (ne soyons pas naïfs), établir un panorama clairement identifiable par les chancelleries. Mais également peser sur le nouveau pouvoir. De plus, avec le Kurdistan autonome irakien, les forces kurdes iraniennes ont toujours disposé, historiquement, et encore maintenant, d'une puissante base arrière leur permettant d'agir mais également de sécuriser leur survie politique et armée. 
Excellente stratégie. 
 
Maintenant, regardons factuellement ce qu'il en est ces derniers jours.
Et bien les forces kurdes sont déjà engagées dans des combats avec les forces du régime des mollahs. Comme cette attaque du PAK à Nurabad, dans le Lorestan. 

 
 
 
Le PAK est, par ailleurs, le parti le plus investi politiquement et militairement depuis le début des récents évènements. Quand bien même il n'est pas le plus important, ni celui disposant du plus d'hommes via sa branche armée, la SMK (Armée nationale du Kurdistan). 
 

L'acteur pour lequel il faudra être très attentif est le PJAK. C'est la branche iranienne du PKK. Il dispose d'une branche armée, les YRK (dont l'iconographie rappelle très clairement celle des YPG en Syrie, pour le PYD). C'est le groupe disposant d'un arsenal militaire conséquent et de troupes très bien formées, ayant disposé des enseignements des engagements du PKK en Turquie et en Irak, ou encore des YPG en Syrie.
 
Le groupe est souvent la cible des forces du régime iranien. Récemment encore, le PJAK et ses bases furent bombardés par l'aviation iranienne fin novembre 2025. Et près de 11 combattants du groupe furent tués dans cette opération. Le PJAK est souvent vu comme un adversaire des plus déterminés par les mollahs de Téhéran. 
 
 
 
 
Le PDKI est également un parti d'importance. Un des plus anciens partis d'autodétermination kurde présents en Iran, fondé en 1945 peu de temps avant l'éphémère République de Mahabad que ce parti participation à établir). Il dispose également d'une branche armée. 
 

 
 
Notons que le PDKI, quinacvepte un principe d'Etat fédéral autant que d'autonomie ou d'indépendance, est membre d'une plateforme commune avec d'autres minorités présentes en Iran. Le Congrès pour les Nationalités d'un Iran fédéral a été créé à Londres en 2005. "
 
 

 
 

 
 
 
"  Vous avez apprécié le point sur les kurdes iraniens, à même de prendre rapidement le contrôle de leurs régions en cas de chute du régime, grâce à leur organisation préalable.
 
Parlons donc des forces d'une autre communauté qui pourraient sauter sur l'occasion : les baloutches. 
 

Cette minorité ethnique, linguistique et religieuse est présente dans le sud-est de l'Iran. Elle est également (et plus massivement) implantée dans au Pakistan et, dans une moindre mesure, en Afghanistan).
La résistance baloutche à des pouvoirs remonte à plusieurs siècles...
Cependant, le nationalisme baloutche, qui peut être autonomiste ou indépendantiste, est plus récent. Remontant à la seconde moitié du XXème siècle. Mais dès les années 1930, l'apparition de la Société pour l'unité baloutche et le Baloutchistan annonçait un regain. Depuis, de nombreuses factions politiques et / ou armées ont fait leur apparition. Allant de revendications d'autonomie régionale (en Iran dans le cas qui nous intéresse) jusqu'au principe d'une scission nette avec Téhéran pour entamer une construction nationale. 
 

 
En 2026, plusieurs de ces forces sont toujours actives en Iran et / ou au Pakistan. À l'instar des kurdes, profitant d'une zone montagneuse mal contrôlée entre la Turquie et l'Irak pour leurs bases arrières, les forces baloutches d'Iran profitent du Pakistan comme appui. J'oublie de dire en quoi c'est une minorité religieuse en Iran. Près de 90 % de la population iranienne est, grosso modo, considérée comme chiite (s'ils ne sont pas religieux, au moins de culture). Les baloutches, comme de nombreux kurdes, sont... sunnites. Bref, continuons. Plusieurs forces armées également politiques composées de baloutches ou revendiquant une identité baloutches sont actives en Iran. A l'instar des kurdes disposant déjà de groupes armés, d'armes et de représentations politiques depuis des décennies. 
 

Commençons par l'Armée de Libération du Baloutchistan.
Ce groupe armé, désigné terroriste par les Etats-Unis par ailleurs, est principalement actif au Pakistan mais dispose de base et d'hommes en Iran, dans la région du Sistan-Baloutchistan. Ce groupe dispose de plusieurs milliers d'hommes (et de femmes) combattant(e)s dans une zone à cheval sur la frontière irano-pakistanaise.
Il est l'héritier du Front de Libération du Peuple Baloutche qui fut écrasé en 1973 par une alliance irano-pakistanaise. Comme vous venez de le lire, la lutte des pouvoirs centraux iraniens contre les ambitions d'autodétermination baloutche est ancienne. Et pas uniquement liée au régime des mollahs. Ici, on remonte à l'époque du Shah (père du si médiatique @PahlaviReza). Cependant, ce n'est pas l'Armée de Libération Nationale qui pourrait être la plus active à profiter de l'effondrement du dispositif militaire et sécuritaire si le régime venait à s'écrouler.
Mais un autre groupe, bien plus actif et engagé sur le terrain iranien...
 
 
En effet, un groupe armé s'est constitué en 2012 sur les cendres d'une précédente organisation islamiste sunnite baloutche : Jund Allah.
La Jaysh al-Adl défend un calendrier radical : indépendance du baloutchistan et établissement d'une gouvernance islamique. Vous vous en doutez : le groupe est bien évidemment classé terroriste. Aussi bien en Iran qu'aux États-Unis ou encore en Chine et en Russie.
Il dispose d'au moins plusieurs centaines de combattants, avec une capacité de recrutement pouvant évoluer en cas de crise du régime. Jaysh al-Adl est un véritable problème pour tous les pouvoirs centraux iraniens. Actuels comme à venir. Pour vous donner un exemple, le groupe a été visé dans des opérations de bombardements massifs en 2024 de la part de l'Iran et du Pakistan. 
 

L'éventuelle faillite du système sécuritaire et militaire du régime iranien, dans la perspective de sa chute / dislocation dans le chaos, ouvrirait en grand les portes de nombreuses structures militaires (dépôts d'armes, munitions, véhicules...) pour Jaysh al-Adl et d'autres. Pourquoi d'autres ? Car oui, plusieurs groupes sont également actifs dans la zone baloutche.
Je n'en citerai qu'un seul supplémentaire : Ansar al-Furqan.
Il est bien plus radical (jihadistes ouvertement) que Jaysh al-Adl. Et il a mené plusieurs attentats (ex : 2018). Bref. Je pourrais continuer.
 


Mais cela de vous donner à voir, de nouveau, que l'effondrement, souhaitable, du régime des mollahs posera bien des difficultés. Notamment en cas d'effondrement du système sécuritaire et militaire du pays. C'est tout l'enjeu de sortir de l'amateurisme terrible de l'opposition iranienne en exil que de s'emparer également de ces sujets déterminants. La chute du régime des mollahs est une chose. Gérer cette chute en est une autre, bien plus complexe.
Il est évident que l'Azerbaïdjan va jouer des coudes en cas d'effondrement. Notons que les deux pays entretiennent des relations très tendues, notamment depuis le conflit avec l'Arménie. L'Iran des mollahs ayant soutenu l'Arménie tandis qu'Israël soutenait l'Azerbaïdjan."
 
 
"La dernière déclaration de Reza Pahlavi est désastreuse. Si le propos de base est intéressant (il comprend que le régime sordide des mollahs tient grâce à l'industrie pétrolière), la fin est catastrophique : j'arriverai quand vous aurez fait le travail... C'est terrible...
 
"Mes chers compatriotes, Votre courage et votre détermination ont suscité l'admiration du monde entier. Votre présence, une fois de plus glorieuse, dans les rues d'Iran vendredi soir a été une réponse cinglante aux menaces du chef traître et criminel de la République islamique. Je suis certain qu'il a vu ces images depuis sa cachette et qu'il a tremblé de peur. Maintenant, grâce à votre réponse décisive au premier appel, je suis certain qu'en ciblant davantage notre présence dans la rue et, simultanément, en coupant les circuits financiers, nous mettrons complètement à genoux la République islamique et son appareil de répression usé et fragile. À cet égard, j'appelle les travailleurs et les employés des secteurs clés de l'économie, notamment des transports, du pétrole, du gaz et de l'énergie, à entamer un processus de grève nationale. Je vous invite également tous à descendre dans la rue aujourd'hui et demain, samedi et dimanche (10 et 11 janvier), dès 18h, munis de drapeaux, d'images et de symboles nationaux, afin d'occuper l'espace public. Notre objectif n'est plus seulement de manifester dans la rue ; il s'agit de nous préparer à conquérir et à défendre les centres-villes. Pour atteindre cet objectif, déplacez autant de voies de circulation que possible vers les centres-villes et reliez les populations dispersées. Parallèlement, préparez-vous dès maintenant à rester sur le terrain et à assurer l'approvisionnement nécessaire. Aux jeunes de la Garde éternelle iranienne, et à toutes les forces armées et de sécurité qui ont rejoint la Plateforme de coopération nationale, je dis : Ralentissez et perturbez encore davantage la machine de répression afin que, le jour promis, nous puissions la désactiver complètement. Je me prépare également à rentrer dans ma patrie pour être avec vous, grande nation iranienne, lorsque notre révolution nationale aura triomphé. Je crois que ce jour est très proche. L'Iran qui perdure !"
 

 
Il pourrait déjà s'installer dans un pays voisin pour y superviser, tout en réunissant des opposants de tout bord, près de la frontière de son pays, la situation. Et non pas rester dans le confort des luxueux appartements américains. La Turquie pourrait l'accueillir. Il gagnerait en crédibilité en étant à quelques kilomètres des frontières du pays. C'est ainsi que, même si elle a échoué lamentablement, la Coalition Nationale Syrienne était tout de même crédible un tant soit peu : elle était de l'autre côté de la frontière, en Turquie.  
Mais l'opposition iranienne, dans sa globalité, bien au delà de la base de Pahlavi (donc 'es autonomistes arabes, kurdes, les indépendantistes baloutches, les réformistes religieux, les radjavistes, etc...), ne va pas attendre d'un potentiel dirigeant en... télétravail. Au bout d'un moment, il doit aussi montrer des gages. Et pas seulement aux iraniens. 
Mais aussi aux Occidentaux dont il cherche désespérément le soutien. Donc, première étape : abandonner son confort bâti depuis des décennies sur la fortune familiale et se rendre en Turquie." 
 
"Les services US sont bel et bien les mieux informés au monde, avec les services israéliens, de la situation en Iran. Et, pour le moment, même s'ils mettent à jour leurs évaluations, ils ne voient pas de perspectives claires. Quand Reza Pahlavi, comme d'autres, appelle Donald Trump à frapper le régime iranien ce jour, il oublie que ce n'est pas si simple. Comme lors de la guerre des douze jours. Israël, ennemi intime des mollahs, n'a jamais été jusqu'à viser les plus hauts cadres du régime. Pourquoi ? On va s'entendre dire que Trump et Netanyahou sont des agents iraniens eux aussi parce qu'ils n'agissent pas encore davantage que ce qu'ils ont fait jusque là ? (certains opposants iraniens en ligne seraient capables de le dire...) Bien des réponses...La première, c'est que l'opposition iranienne en exil n'est pas prête à gouverner. Et c'est dramatique car elle est terriblement amatrice. Elle a eu des décennies pour s'organiser, dialoguer entre différentes forces, créer une coalition unique, mais elle n'a rien fait. Pahlavi, par exemple, visage le plus connu en Occident comme candidat à gouverner, clame qu'il est rallié par des milliers de déserteurs potentiels. Dans les faits, jamais un seul cadre n'a déserté pour le rallier. Pas même un obscure ambassadeur iranien au Vanuatu. Donald Trump l'a ainsi rappelé : c'est un "nice guy" mais il n'est pas apte à gouverner dans les faits actuellement. Et pourtant, depuis des années de manifestations où il a parlé des heures, jamais il n'a participé à une vaste entreprise d'union de l'opposition. Pour les manifestants, en Iran, c'est la même chose. Ils manquent d'organisation. L'effet de masse est une chose, mais il n'y a pas de leadership (et, oui, le régime fait tout pour l'éviter). En Syrie, il y avait eu la Coordination nationale Syrienne et les Comités locaux. L'avantage de telles organisations claires, c'est qu'elles sont identifiables et permettent à terme d'obtenir des relais dans cette opposition. In fine, on a un paysage d'oppositions complètement éclaté et disparate. Et cela effraie les US, Israël et bien des pays. Pour gagner en sérieux politique, l'opposition en exil devrait déjà fournir une plateforme claire et diversifiée pour être l'interlocutrice future : incluant Pahlavi, Radjavi, les réformistes religieux issus du régime, des autonomistes des minorités, etc...En Egypte, nous savions que les Frères Musulmans étaient organisés depuis des décennies malgré leur répression. Et la chute du régime de Moubarak fut ainsi accompagnée sans difficulté par les occidentaux. Et nous savions que l'armée resterait (elle fit un coup d'Etat après). 
 
Ce n'est qu'un exemple mais c'est la démonstration que, pour l'Occident, avant de s'engager dans une posture (le soutien à Maïdan en Ukraine fut logique mais également lié au fait que l'opposition étaient prête), il faut d'abord voir qui sont les acteurs à même de suivre. Or, pour le moment, en Iran, nous ne disposons d'aucun panorama clairement établi, et surtout en capacité réelle, de prendre la suite. Et nos services de renseignement et de diplomatie, en Israël, aux US ou encore en Europe, ont besoin de ce panorama pour évoluer davantage. Donc, puisque Pahlavi veut jouer des coudes politiquement, qu'il prenne l'initiative d'inviter, à un évènement public, des représentants de toute l'opposition iranienne : religieuse comme laïque, de gauche comme de droite, Radjavi comme réformistes, autonomistes kurdes, etc. Et, oui, alors, il aura probablement une bien meilleure assise pour demander davantage d'attention de la part de Washington ou de Paris et Londres. L'opposition doit gagner, très rapidement, en maturité politique et en maîtrise politique, pour qu'elle ait davantage de poids. Certes, sortir d'une révolution après une dictature est toujours un moment compliqué (la France a mis 80 ans, entre 1789 et 1870, pour stabiliser la république) et de manière générale les gouvernements craignent les conséquences des déstabilisations. " 

Cédric Labrousse
 


@CdricLabrousse
Fils de marin-pêcheur. Doctorant sur la Syrie. Régionalisme, libéralisme, a bossé dès 16 ans. Opinions personnelles. Fondateur : http://votreprofesseur.fr




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