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mars 12, 2026

Iran: théocratie iranienne un avertissement pour l’Occident !

Sommaire:

A) - Iran : les sorties de crise impossibles d’une guerre qui risque l’enlisement

B) - La liberté des Iraniens est la nôtre

C) - Les peuples sacrifiés sur l’autel d’élites immatures et incompétents

D) - L’Iran défie l’empire : Trump déclare le nouveau Guide suprême « inacceptable » 

E) - Iran : au nom du père et du fils

 


A) - Iran : les sorties de crise impossibles d’une guerre qui risque l’enlisement

Dix jours après le début des bombardements israéliens et américains contre l’Iran, une question revient désormais dans les chancelleries et les opinions publiques depuis 48 heures : comment sortir de cette guerre qui n’était censée durer que 4 jours et qui devait voir le régime iranien disparaître ? Car si l’objectif affiché était soit d’affaiblir durablement le régime iranien ou de le tuer, la réalité du terrain rappelle une leçon que les puissances occidentales devraient connaître depuis longtemps : les interventions extérieures, lorsqu’elles visent à transformer un régime ou un système politique, produisent rarement les effets escomptés. Voilà qu’on nous parle désormais de plusieurs semaines. Mais pour faire quoi ? Abattre le régime et préparer la transition ? Rien n’est moins sûr à ce stade.

Du Vietnam à l’Irak, de l’Afghanistan à la Libye, l’histoire récente regorge d’exemples où la puissance militaire n’a pas suffi à produire une solution politique durable. L’Iran n’est pas un petit État fragile. C’est un pays de près de 90 millions d’habitants, doté d’un appareil sécuritaire redoutable, d’une profondeur stratégique régionale et d’une capacité de nuisance qui dépasse largement ses frontières. Et d’un régime qui a mené une répression féroce contre son peuple qui manifestait pacifiquement. Imaginons qu’il prenne les armes maintenant.

Dans le même temps, l’Iran reste traversé par une fracture profonde entre une population qui, depuis des mois, manifeste son rejet d’un régime vieux de quarante-sept ans, et un pouvoir qui ne survit que par la coercition. Les Iraniens sont fatigués d’une République islamique qui a transformé la révolution de 1979 en système autoritaire, mais ils restent désarmés face à un appareil sécuritaire qui contrôle les centres de pouvoir. Certains seraient assurément prêts à se sacrifier à l’intérieur comme à l’extérieur pour revenir.

Dans ce contexte, invoquer abstraitement le droit international face à des régimes qui n’en respectent aucune règle peut parfois apparaître comme un luxe moral depuis les terrasses parisiennes ou les plateaux de télévision, que l’histoire ne se permet pas toujours. Le multilatéralisme et les Nations unies, devenus hélas largement paralysés, servent désormais trop souvent de refuge rhétorique à des régimes autoritaires qui invoquent la souveraineté pour protéger leurs propres violations. La réalité est plus brutale : les rapports de force dominent à nouveau la scène internationale. Comment faire revenir ce droit dans ce contexte? Reste alors une autre question essentielle : quels scénarios de sortie de crise sont réellement envisageables pour l’Iran devant tant de difficultés ?

Le scénario improbable : la capitulation du régime

Le scénario le moins plausible reste celui d’une capitulation rapide de l’Iran, accompagnée d’une fracture interne entre les Gardiens de la révolution et le reste de l’appareil d’État. Ils iront jusqu’au bout. En théorie, les frappes israéliennes et américaines pourraient provoquer un choc suffisamment violent pour fissurer le régime. Certains imaginent une rupture entre les militaires idéologiques et les élites politiques, ouvrant la voie à une forme de reddition. Mais ce scénario ignore une réalité fondamentale : les Gardiens de la Révolution ne sont pas simplement une force militaire. Ils constituent une véritable oligarchie politico-économique qui contrôle des pans entiers de l’économie iranienne. Entreprises, banques, réseaux commerciaux, marchés parallèles : leur pouvoir repose sur des fortunes colossales et des intérêts matériels gigantesques.

Dans ce contexte, capituler reviendrait pour eux à tout perdre. L’histoire montre que les régimes autoritaires, lorsqu’ils contrôlent à la fois l’économie et l’appareil sécuritaire, survivent souvent bien plus longtemps que prévu. Par ailleurs, la réaction iranienne a surpris de nombreux observateurs. Malgré un appareil militaire vieillissant, l’Iran a démontré sa capacité à riposter grâce à des instruments de guerre du XXIᵉ siècle : drones, missiles bon marché, saturation technologique. Ces armes à faible coût produisent un effet psychologique majeur et illustrent la transformation des conflits contemporains : des guerres asymétriques, longues et coûteuses pour ceux qui pensent pouvoir les gagner rapidement. Le Golfe en a fait largement les frais depuis dix jours.

Le piège stratégique d’une guerre sans plan politique

Un second scénario pose une question plus inquiétante encore : que se passe-t-il si les bombardements ne débouchent sur aucune stratégie politique claire ? Frapper un pays est une chose. Transformer son régime en est une autre. Une intervention terrestre en Iran serait probablement un désastre stratégique. La taille du territoire, la densité de la population, la cohésion relative de l’appareil sécuritaire et la topographie du pays rendraient toute occupation presque impossible. Même les armées les plus puissantes du monde auraient les plus grandes difficultés à contrôler un tel espace. C’est ici que le calcul politique diverge entre Washington et Tel-Aviv. Pour Benjamin Netanyahou, une confrontation directe avec l’Iran peut renforcer sa stature politique. Une victoire militaire, même relative, pourrait peser dans les élections israéliennes d’octobre. Pour Donald Trump, la situation est bien différente. Son électorat reste profondément réticent aux guerres longues et coûteuses. Les Américains n’ont ni passion particulière pour l’Iran ni envie de voir leurs soldats mourir dans un nouveau conflit au Moyen-Orient. Si l’engrenage militaire se prolonge, la guerre pourrait rapidement devenir un fardeau politique pour la Maison-Blanche. Les premières divergences ont vu le jour ce week-end après les frappes israéliennes sur les puits de pétrole iraniens. Netanyahou chercherait-il à empêcher Trump de sauter sur l’occasion d’un bon deal avec le régime encore en place et à le maintenir pendant que l’État hébreu veut s’en débarrasser coûte que coûte? Autrement dit : plus le conflit dure, plus le risque est grand qu’il se retourne contre Washington.

Le scénario du changement progressif

Un troisième scénario, plus incertain mais parfois évoqué, serait celui d’un effondrement progressif du régime. Sous l’effet combiné des sanctions, des frappes militaires et de l’épuisement interne, certaines figures du régime pourraient progressivement être remplacées. Dans ce contexte, la figure de Reza Pahlavi, fils du dernier Shah d’Iran, réapparaît régulièrement dans les discussions sur l’avenir du pays comme l’homme de la situation. Pourtant Donald Trump n’en est pas convaincu. Et pour ses détracteurs, il serait l’homme des États-Unis et d’Israël.

Certains imaginent la mise en place d’une autorité de transition qui préparerait une transformation politique. Mais cette perspective se heurte à plusieurs obstacles majeurs. L’opposition iranienne est profondément fragmentée. Monarchistes, libéraux, nationalistes, mouvements étudiants, organisations marxistes : les visions de l’avenir du pays sont multiples et parfois incompatibles. Et une question demeure centrale : que faire des Gardiens de la révolution ? Les arrêter ? Les juger ? Les intégrer à un nouvel ordre politique ? Les exiler ? Tous les tuer? Aucune transition ne pourra ignorer leur poids alors qu’ils sont encore soutenus par 20 % de la population, soit presque 20 millions d’Iraniens.

Le scénario du durcissement et la fuite en avant

Le scénario le plus inquiétant reste celui d’un durcissement du régime. Sous pression extérieure, les systèmes autoritaires ont souvent tendance à se refermer. L’histoire de la Corée du Nord ou de Cuba montre qu’un régime isolé peut survivre pendant des décennies en mobilisant une rhétorique de siège permanent. La République islamique pourrait s’engager dans une fuite en avant comparable. Le régime dispose d’un puissant imaginaire de martyr chiite qui transforme la confrontation en récit de résistance sacrée. Dans cette logique, la souffrance devient un outil politique.

Un Iran encore plus radicalisé pourrait alors se retourner contre sa propre population tout en multipliant les actions de déstabilisation régionales. Attaques indirectes, milices, frappes asymétriques : la stratégie du chaos deviendrait un instrument de survie.

Le risque est alors clair : une opération censée affaiblir le régime pourrait finalement renforcer sa logique de siège et transformer les Iraniens eux-mêmes en victimes d’un système encore plus brutal. Se présenter en victimes et en martyrs est un puissant carburant pour l’idéologie chiite.

La réalité est que personne ne sait réellement comment cette crise peut se terminer. Certains présentent des scénarios avec une assurance déconcertante comme s’ils lisaient dans le marc de café. L’Iran est un pays complexe, traumatisé par près d’un demi-siècle de République islamique, mais aussi traversé par des forces sociales et politiques que l’on comprend encore mal. Entre l’effondrement du régime, sa transformation progressive, une guerre prolongée ou un durcissement autoritaire, toutes les trajectoires restent ouvertes. Et c’est précisément ce qui rend la situation actuelle si dangereuse. Parce que derrière les calculs stratégiques et les démonstrations de puissance, il y a une réalité simple : l’avenir de près de 90 millions d’Iraniens est en train de se jouer dans une guerre dont personne ne maîtrise vraiment l’issue. Un adage dit souvent qu’il faut s’engager dans une guerre quand on est sûr de la gagner…

Sébastien Boussois

https://nouvellerevuepolitique.fr/sebastien-boussois-iran-les-sorties-de-crise-impossibles-dune-guerre-qui-risque-lenlisement-2/



 

B) - La liberté des Iraniens est la nôtre

Voici une semaine qu’a commencé l’offensive américaine et israélienne contre le régime iranien. Il n’aura pas fallu longtemps pour que des voix s’élèvent pour en appeler au multilatéralisme et au droit international. Or ces voix le plus souvent restèrent muettes au pire, ou enjoignirent à la retenue au mieux, lorsque le pouvoir sanguinaire des mollahs réprimait sauvagement son peuple quand celui-ci, dans la rue, défiait en début d’année une dictature qui allait jusqu’à pendre des femmes et des enfants de 16 ans.

On ne connaît pas encore précisément les chiffres de l’épouvantable répression qui s’est abattue sur les manifestants iraniens de janvier, mais l’on sait seulement que celle-ci fut massive, accompagnée de nombreux actes de torture et de viol, et qu’elle est constitutive de l’imputation de crime contre l’humanité.

À l’épreuve de cette réalité indéniable, les contempteurs de l’intervention américano-israélienne ne manqueront pas de rappeler que, nonobstant la férocité de la dictature islamique, c’est au peuple iranien de se libérer lui-même et de disposer de la suite qu’il entend donner à son pays une fois les héritiers de Khomeiny et de Khamenei renversés. Dans ce contexte, sauf à considérer que les bourreaux soient en mesure de lâcher prise devant l’ampleur de la mobilisation de leurs opposants et qu’ils ne soient pas aveuglés par leur fanatisme messianique, le peuple iranien est pris au triple piège de ses oppresseurs, d’un « droit international » qui in fine protège d’abord les mollahs et d’un multilatéralisme dont ces derniers usent pour continuer à imposer leur ordre théocratique et totalitaire.

Les critiques à l’encontre des opérations militaires de Washington et de Tel-Aviv n’ont d’autre solution à proposer in fine que le statu quo et l’effacement du peuple iranien. Elles sont tout à la fois les fruits du renoncement pour les adeptes d’une realpolitik minorant le facteur de dangerosité, pourtant attesté par près d’un demi-siècle d’histoire, de la République islamique ; de la fascination pour l’islamisme révolutionnaire avec laquelle certaines forces radicalisées à gauche et plus encore à l’ultra-gauche ont noué un pacte implicite ; et de la détestation conjointe de l’État d’Israël d’un côté et du trumpisme de l’autre… Mahnaz Shirali, dans l’interview (« Iran : l’offensive américano-israélienne peut-elle provoquer la chute du régime ? ») qu’elle a accordée à notre publication, rappelle justement cette dernière évidence lorsqu’à une question sur la comparaison avec la situation irakienne de 2003, elle réfute le parallèle : « Dans le débat français, ces analogies sont souvent nourries par un anti-américanisme réflexe, auquel s’ajoute parfois un facteur politique conjoncturel lié à la figure de Donald Trump. »

Tout compte fait, et quand bien même tout engagement militaire comporte son lot d’aléas, il n’existe que peu d’arguments audibles aux tergiversations des uns et aux défiances des autres dès lors qu’un peuple est non seulement en danger, mais que cette mise en danger est portée par une matrice des plus agressives et des plus déstabilisatrices dans l’ordre géopolitique de ce dernier demi-siècle. Le combat des Iraniens pour leur libération est indissociable de nos valeurs ; et il est regrettable que les démocraties européennes, en dépit pour certaines d’entre elles de leurs désaccords avec l’allié américain — qui le reste encore —, ne le comprennent pas mieux et plus vite.

Arnaud Benedetti

Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.

https://nouvellerevuepolitique.fr/la-liberte-des-iraniens-est-la-notre/

 


C) - Les peuples sacrifiés sur l’autel d’élites immatures et incompétents

Une course américaine improvisée face au chaos au Moyen-Orient

Alors que le monde s’enfonce dans une escalade géopolitique sans précédent, l’article publié sur Réseau International le 8 mars 2026, intitulé « Une course contre la montre », décrit avec précision le chaos logistique dans lequel les États-Unis se sont jetés.

Les Américains tentent désespérément d’envoyer le porte-avions George H.W. Bush et trois destroyers supplémentaires vers le Moyen-Orient, dans un patchwork improvisé de ravitaillement et de déploiement.

Cette « course » n’est pas une opération militaire classique : c’est une improvisation frénétique face à la fermeture partielle du détroit d’Ormuz, aux attaques sur les infrastructures pétrolières et à la riposte iranienne. Le baril de Brent a flambé jusqu’à 120 dollars avant de redescendre légèrement, mais les effets sont déjà catastrophiques sur l’économie mondiale.

Des dirigeants immatures et incompétents imposent leurs guerres aux peuples

Pourtant, derrière cette course technique se cache une réalité plus sombre : tout cela est imposé aux peuples par des dirigeants totalement immatures et incompétents.

Ni Biden hier, ni Trump aujourd’hui aux États-Unis, ni Emmanuel Macron en France, ni les technocrates de Bruxelles n’ont mesuré les conséquences de leurs décisions.

Ils jouent aux apprentis sorciers avec des conflits qu’ils ont contribué à provoquer ou à entretenir, et ce sont les citoyens ordinaires qui paient l’addition. Les Français, en particulier, ne doivent pas régler une facture qui n’est pas la leur. Exactement comme en Ukraine, où le peuple paie depuis trois ans le prix fort d’un conflit transformé en guerre par procuration entre grandes puissances.

Comme en Ukraine : une addition que les Français refusent de payer

Rappelons les faits. En Ukraine, des milliards d’euros ont été déversés par l’Europe, dont la France, pour financer des armes, des sanctions et une économie de guerre. Résultat ? Inflation galopante, énergie hors de prix et une précarité qui s’installe durablement. Aujourd’hui, avec le nouveau front au Moyen-Orient, la même logique se répète. Le conflit israélo-américano-iranien, qui a éclaté fin février 2026, provoque une hausse vertigineuse des prix du pétrole. Et qui en subit les conséquences directes ? Pas les élites de Washington ou de Paris, mais les ménages français.

Macron envoie une armada : la France précipitée dans la guerre

Emmanuel Macron porte une lourde responsabilité dans cette spirale. Alors que la France aurait dû rester en dehors de ces aventures, le président a choisi d’envoyer une véritable armada – navale et terrestre – au risque de précipiter notre pays dans la guerre. Dans le cadre de la « coalition des volontaires » pour l’Ukraine, il a annoncé le déploiement potentiel de plusieurs milliers de soldats français après un éventuel cessez-le-feu, mais aussi un soutien logistique et naval accru au Moyen-Orient pour « sécuriser les intérêts européens ». Des porte-avions, des frégates, des troupes : une posture offensive qui n’a rien à voir avec la défense du territoire national. Cette décision unilatérale, prise sans véritable débat démocratique, multiplie les risques d’escalade. Un incident dans le Golfe ou en mer Noire, et la France se retrouve directement impliquée. Immaturité ? Incompétence ? Les deux. Macron agit comme un chef de guerre en herbe, oubliant que la France n’est pas une superpuissance et que son peuple n’a jamais voté pour cela.

Le Parlement impuissant : un contre-pouvoir défaillant

Le plus grave, c’est l’incapacité totale du Parlement à jouer son rôle de contre-pouvoir. L’Assemblée nationale et le Sénat, censés contrôler l’exécutif, se sont une nouvelle fois révélés impuissants. Lors des débats sur le soutien à l’Ukraine et sur la posture française au Moyen-Orient, les macronistes ont verrouillé les votes, les oppositions de droite et de gauche ont grogné… mais personne n’a osé bloquer les crédits militaires ou exiger un référendum. Le RN et la France Insoumise ont dénoncé le risque, mais sans effet concret. Résultat : Macron envoie des navires et prépare des troupes sans que le peuple soit consulté.

C’est la démocratie confisquée. Le Parlement, au lieu de protéger les intérêts nationaux, valide passivement une politique qui expose la France à des représailles et à une crise économique majeure.


Flambée des carburants : un coup de massue sur le quotidien

Et les conséquences arrivent déjà, concrètes, brutales, quotidiennes.

D’abord, la montée en flèche des prix des carburants. Selon les données du ministère de l’Économie et des relevés AFP de mars 2026, le gazole a bondi de 28 centimes en dix jours pour atteindre en moyenne 2 euros le litre, dépassant même les 2,10 € dans certaines stations. Le SP95-E10 suit avec +11 à 15 centimes, flirtant avec 1,85 €. La raison ? Directement liée à la « course contre la montre » américaine décrite par Réseau International : fermeture partielle du détroit d’Ormuz, craintes de pénurie et baril qui a frôlé les 120 dollars. En France, pays où 80 % des déplacements quotidiens dépendent de la voiture, particulièrement en France périphérique (ruralité, petites villes, zones industrielles), cette hausse est un coup de massue. Les artisans, les livreurs, les aides-soignantes qui font 50 km par jour, les familles qui vont travailler : tous voient leur budget exploser de 50 à 100 euros par mois.

Interdiction de remplir les bidons : punir les citoyens qui se protègent

Pire : face à la panique, certaines stations-service et arrêtés préfectoraux ont commencé à interdire ou à limiter le remplissage de bidons et jerricans. Officiellement pour « éviter les pénuries et les risques de stockage dangereux », mais en réalité pour empêcher les Français de se constituer des réserves face à une crise que les dirigeants ont eux-mêmes aggravée. En 2022, lors des grèves, des départements avaient déjà pris des mesures similaires. Aujourd’hui, avec la guerre au Moyen-Orient, la même logique revient : on interdit au peuple de se protéger pendant que les élites continuent leur partie de poker géopolitique. Un particulier peut théoriquement emporter jusqu’à 333 litres d’essence dans des contenants homologués… sauf quand un préfet décide le contraire. Amende de 150 € à la clé. C’est le symbole parfait de l’incompétence : on crée la crise, puis on punit ceux qui tentent d’y survivre.

Coût de la vie en hausse : la France périphérique plongée dans la précarité

Le coût de la vie, lui, augmente encore et frappe de plein fouet les ménages de la France périphérique. L’Insee et les rapports sur le mal-logement 2026 le confirment : le taux de pauvreté remonte, atteignant des niveaux inédits depuis trente ans dans les zones rurales et périurbaines. L’essence chère, c’est l’alimentation qui renchérit (transport des marchandises), le chauffage qui coûte plus (fioul et gaz liés au pétrole), les déplacements professionnels qui deviennent insoutenables. Dans la France des ronds-points, celle des Gilets jaunes de 2018 qui n’ont jamais disparu, les fins de mois sont déjà un calvaire.

Une famille modeste avec deux enfants, vivant à 30 km d’une ville moyenne, voit son budget carburant passer de 250 à 350 euros par mois (Cf. 1&2).

Ajoutez l’inflation sur l’alimentation (+8 % sur un an) et les loyers qui ne baissent pas, et c’est la précarité assurée. Les associations alertent : 650.000 personnes supplémentaires sont tombées sous le seuil de pauvreté en un an. Les « passoires thermiques » (logements mal isolés), les expulsions, la dépendance à la voiture : tout s’aggrave.

Une double peine et l’urgence de reprendre le contrôle

Ces dirigeants immatures nous imposent une double peine.

D’un côté, ils nous entraînent dans des guerres qui ne sont pas les nôtres – Ukraine hier, Moyen-Orient aujourd’hui – en envoyant armes, argent et bientôt des soldats.

De l’autre, ils refusent d’assumer les conséquences : pas de bouclier carburant massif, pas de gel des prix, pas de véritable aide aux plus fragiles.

Le chèque énergie est raboté, MaPrimeRénov’ suspendu dans les faits. Pendant ce temps, le Parlement regarde ailleurs. Où est le contre-pouvoir ? Où sont les députés qui devraient exiger un débat sur l’envoi de troupes ou sur les sanctions qui nous ruinent ?

La course contre la montre décrite par Réseau International n’est pas seulement américaine. Elle est mondiale, et la France y est embarquée de force. Les peuples n’ont rien demandé. Les Français n’ont pas voté pour financer indéfiniment le conflit ukrainien ni pour risquer l’escalade au Moyen-Orient.

Ils ne veulent pas payer l’addition d’une politique étrangère néoconservatrice qui a déjà échoué partout.

Il est temps de le dire clairement : assez. Les élites immatures et incompétentes qui nous gouvernent doivent rendre des comptes. Le Parlement doit redevenir un véritable contre-pouvoir, capable de bloquer les crédits de guerre et d’imposer un référendum sur ces engagements militaires. Les Français ne sont pas des vaches à lait pour les aventures géopolitiques de Washington ou de l’Élysée. Comme en Ukraine, où le peuple est broyé depuis des années, nous refusons de payer pour des guerres qui ne servent que les intérêts des lobbies et des idéologues.

La précarité qui s’installe en France périphérique n’est pas une fatalité climatique ou économique. Elle est politique.

Elle est le résultat direct de choix irresponsables. Hausse des carburants, interdictions de « stockage« , coût de la vie qui explose : tout converge vers un même constat. Les dirigeants nous mènent droit dans le mur, et c’est nous qui trinquerons.

La course contre la montre est lancée. Mais cette fois, ce n’est pas pour déployer des porte-avions. C’est pour que le peuple reprenne le contrôle avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit définitivement précipitée dans une guerre qu’elle n’a pas choisie et une précarité qu’elle ne mérite pas.

https://multipol360.com/les-peuples-sacrifies-sur-lautel-delites-immatures-et-incompetents/

 


D) - L’Iran défie l’empire : Trump déclare le nouveau Guide suprême « inacceptable »  

Un acte de souveraineté qui fait trembler Washington

Le 8 mars 2026, l’Assemblée des experts iranienne a nommé Mojtaba Khamenei, fils du regretté Ayatollah Ali Khamenei tué dans des frappes américano-israéliennes, comme nouveau Guide suprême de la République islamique.

Cette décision, prise conformément à la Constitution iranienne, est un acte pur de souveraineté nationale au cœur d’un conflit armé ouvert.

Elle intervient après des semaines de chaos où les États-Unis et Israël ont mené une campagne militaire intense baptisée « Operation Epic Fury ». Au lieu de respecter ce choix interne, le président américain Donald Trump a immédiatement réagi avec une virulence rare : « Khamenei’s son is unacceptable to me. We want someone that will bring harmony and peace to Iran… I have to be involved in the appointment. » (Le fils de Khamenei est inacceptable à mes yeux. Nous voulons quelqu’un qui apporte l’harmonie et la paix à l’Iran… Je dois être impliqué dans cette nomination.).

Dans des interviews accordées à Axios et ABC News, Trump a été encore plus explicite : « He’s going to have to get approval from us. If he doesn’t get approval from us, he’s not going to last long. » Il a comparé la situation à celle du Venezuela, où, selon lui, il avait personnellement influencé les choix de dirigeants. « They are wasting their time. Khamenei’s son is a lightweight » (Ils perdent leur temps. Le fils de Khamenei est un incapable.), a-t-il ajouté,

sous-entendant que Washington se réserve le droit de veto sur la succession politique d’un pays souverain de 90 millions d’habitants.

Cette déclaration n’est pas une simple boutade de campagne : elle révèle une mentalité impérialiste profonde, celle d’une superpuissance qui se croit autorisée à dicter qui peut ou ne peut pas gouverner ailleurs dans le monde.

Cette posture n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une longue tradition où les États-Unis, et parfois leurs alliés européens, s’arrogent le rôle de juge suprême des nations. Le peuple iranien, pourtant en première ligne des souffrances causées par les sanctions et les bombardements, voit ses institutions constitutionnelles foulées aux pieds par des déclarations venues de Washington. Au nom de la « démocratie » et de la « paix », on impose en réalité un droit de regard qui nie la volonté populaire et les processus internes.

L’impérialisme américain ne se contente plus d’intervenir militairement ; il prétend désormais superviser les successions politiques comme un suzerain d’un autre âge.

La réponse de la Chine : un rappel cinglant à la souveraineté

Face à cette arrogance, la réaction de Pékin a été immédiate et ferme. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a déclaré lors d’une conférence de presse le 9 et le 10 mars 2026 : « La décision a été prise par la partie iranienne conformément à sa Constitution. » Il a ajouté que la Chine « s’oppose à toute ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays sous quelque prétexte que ce soit » et qu’elle « respecte la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Iran ». Pékin a explicitement rejeté toute tentative de cibler le nouveau Guide suprême, qualifiant les menaces américaines et israéliennes d’inacceptables (voir ici et ici).

Ce positionnement n’est pas seulement diplomatique : il marque la fin d’une époque où les États-Unis pouvaient impunément décider du sort des nations.

La Chine, en invoquant le droit international et la non-ingérence, défend non seulement l’Iran mais l’ensemble du Sud global. Elle rappelle que les peuples ont le droit de choisir leurs dirigeants sans aval de la Maison-Blanche. Cette réponse résonne comme un coup de semonce : l’ordre unipolaire américain, où Washington nommait ou destituait les leaders à sa guise, est en train de s’effondrer. Les BRICS et les puissances émergentes ne tolèrent plus que l’Occident se comporte en maître du monde.

L’Europe, quant à elle, reste étrangement silencieuse ou complice. Aucune condamnation forte n’est venue de Bruxelles ou des capitales occidentales.

Au contraire, certaines déclarations européennes reprennent en écho le narratif américain, justifiant les interventions au nom de la « sécurité » ou des « droits de l’homme ». Cette complicité révèle un impérialisme partagé : les États-Unis mènent la charge, l’Europe fournit le vernis légal ou logistique via l’OTAN. Ensemble, ils pensent encore pouvoir imposer leur vision du monde, au mépris des peuples qui subissent les conséquences : pauvreté, instabilité, migrations forcées.

L’impérialisme américain : une persistance décennale qui ignore les peuples

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont multiplié les ingérences, souvent sous des prétextes humanitaires ou sécuritaires. On recense des centaines d’interventions militaires ou clandestines : renversements de gouvernements légitimes, soutiens à des coups d’État, sanctions économiques dévastatrices. L’objectif ? Non pas la démocratie, mais le contrôle des ressources, des routes commerciales et des orientations politiques. Le peuple devient une variable secondaire ; ce qui compte, c’est que le dirigeant choisi à Washington serve les intérêts de Wall Street ou du Pentagone.

En 1953, la CIA orchestre l’opération Ajax pour destituer le Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh, coupable d’avoir nationalisé le pétrole. On installe le Shah, un régime autoritaire qui sert les intérêts pétroliers américains. En 1954, au Guatemala, même scénario : Jacobo Árbenz est renversé pour protéger la United Fruit Company. Des dizaines d’exemples similaires jalonnent l’histoire : Indonésie en 1965, Chili en 1973 avec Pinochet, Nicaragua avec les Contras.

Chaque fois, le discours officiel parle de « liberté » ; la réalité est celle d’un impérialisme qui impose ses pions, quitte à plonger des nations entières dans le chaos.

Les années 2000 n’ont rien changé : Irak 2003 sur de faux prétextes d’armes de destruction massive, Libye 2011 où l’intervention OTAN transforme un pays stable en terrain de milices et d’esclavage. Chaque fois, les peuples paient le prix fort : centaines de milliers de morts, économies ruinées, sociétés fracturées. L’impérialisme américain ne respecte ni la souveraineté ni la volonté populaire. Il pense que le monde lui appartient et que les chefs d’État doivent obtenir son « approbation » pour durer.

Le Venezuela : laboratoire de l’ingérence et des souffrances imposées

Le parallèle avec le Venezuela est saisissant. Là aussi, Washington a tenté de choisir le dirigeant à la place du peuple. Reconnaissance unilatérale de Juan Guaidó en 2019, sanctions pétrolières dévastatrices qui ont fait chuter le PIB par habitant de 62 % et la production de pétrole de 75 %, blocus naval, menaces d’invasion. L’opération a culminé avec la capture de Nicolás Maduro en janvier 2026 sous prétexte de narcotrafic. Trump s’est même vanté d’avoir « personnellement impliqué » dans les choix de succession.

Le résultat ? Un pays ruiné, une population plongée dans la misère, des millions de réfugiés. Jeffrey Sachs, économiste de renom, a dénoncé devant le Conseil de sécurité de l’ONU cette violation flagrante de la Charte des Nations unies. Il a rappelé que l’article 2(4) interdit l’usage de la force ou la coercition contre l’intégrité politique d’un État. Les sanctions, les opérations de renseignement, le gel d’actifs : tout cela constitue une guerre économique illégale qui fait souffrir le peuple ordinaire. Sachs a averti : sans condamnation, l’ONU perdra toute crédibilité et le monde basculera dans l’anarchie des grandes puissances.

L’« équipe Amérique » est de retour, mais sans stratégie à long terme. On destitue, on impose un leader fantoche, puis on laisse le chaos s’installer. Pas de plan Marshall, pas de reconstruction : seulement l’exploitation des ressources (pétrole, or) au profit des multinationales. Le peuple vénézuélien, comme tant d’autres, paie le prix de cette arrogance. L’impérialisme américain transforme les nations en terrains de jeu géopolitique, au détriment des vies humaines.

Marco Rubio et la nostalgie de l’empire occidental

Au forum de Munich, Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a lâché le morceau : « L’Amérique va restaurer l’empire occidental… avec ou sans vous. » Il a regretté la fin des « cinq siècles de glorieux empires occidentaux » et appelé l’Europe à suivre Washington ou à être reléguée au rang de pion jetable. Plus question de multipolarité : on revient à l’unipolarité des années 1990, où les États-Unis décidaient seuls du sort du monde.

Cette déclaration expose crûment la mentalité impérialiste. L’Europe, affaiblie et dépendante, est sommée de s’aligner. Les élites européennes, souvent compromises, acceptent cette hiérarchie humiliante. Ensemble, États-Unis et Europe pensent pouvoir continuer à nommer ou destituer les dirigeants : en Iran aujourd’hui, au Venezuela hier, ailleurs demain. Le peuple n’a pas voix au chapitre ; seule compte la fidélité à l’empire.

L’arrogance navale : les États-Unis, police autoproclamée des mers

Cette mentalité s’étend aux océans. Les États-Unis se comportent en « police autoproclamée des mers », saisissant des pétroliers vénézuéliens en eaux internationales, imposant des blocus, menaçant le détroit d’Ormuz. Ces actes violent la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Ils visent à contrôler les flux énergétiques et à punir les nations récalcitrantes. L’arrogance menace la paix mondiale : confrontations en mer de Chine, risques d’escalade avec la Russie et la Chine.

L’impérialisme ne se limite plus à la terre : il veut dominer les routes maritimes et, par extension, les économies et les politiques intérieures. Le message est clair : obéissez ou nous coupons vos approvisionnements. Les peuples, encore une fois, subissent les hausses de prix, les pénuries, l’instabilité.

L’Europe complice : un impérialisme à deux têtes

L’Europe n’est pas spectatrice. Via l’OTAN, elle a participé à la plupart des aventures américaines : bombardements en Yougoslavie, Libye, Syrie. Elle impose des sanctions alignées sur Washington, même quand elles affament des populations. À Bruxelles, on parle de « valeurs » pour justifier ce qui n’est que la poursuite d’intérêts géopolitiques.

L’Europe, junior partner, accepte que les États-Unis décident pour elle et pour le reste du monde. 

Cette complicité aggrave l’arrogance collective : l’Occident pense encore pouvoir imposer ses dirigeants fantoches partout.

Vers le réveil des peuples : la fin de l’impérialisme ?

L’affaire iranienne marque un tournant. L’Iran a osé défier Trump. La Chine a posé les limites. Le Venezuela résiste encore malgré les coups. Partout, du Sud global à l’Europe de l’Est, les peuples rejettent cette tutelle. Les BRICS proposent une alternative : respect de la souveraineté, non-ingérence, coopération égalitaire.

L’impérialisme américain et européen, en pensant dicter les chefs d’État, provoque son contraire : un monde multipolaire où les nations reprennent leur destin en main.

Les peuples ne veulent plus être des pions. Ils veulent choisir leurs dirigeants librement, sans approbation de Washington ou de Bruxelles.

Un avertissement pour l’Occident

Trump peut menacer tant qu’il veut : le nouveau Guide suprême est en place. La Chine veille. L’histoire montre que l’arrogance impériale finit toujours par se briser sur la volonté des peuples. Les interventions au Venezuela, en Irak, en Libye ont laissé des ruines et des haines durables. En Iran, le scénario risque de se répéter.

L’Occident doit choisir : respecter la souveraineté ou affronter un soulèvement global. Les peuples ne tolèrent plus que des puissances étrangères décident qui les gouverne. L’ère où l’Amérique et l’Europe s’arrogeaient ce droit touche à sa fin. L’Iran d’aujourd’hui en est le symbole éclatant.

https://multipol360.com/liran-defie-lempire-trump-declare-le-nouveau-guide-supreme-inacceptable/

 


E) - Iran : au nom du père et du fils

La révolution iranienne promettait d’en finir avec les dynasties et les privilèges du sang. Quarante-sept ans plus tard, la république islamique fonctionne comme un système mafieux où le pouvoir, les postes et les richesses circulent entre quelques familles – Khamenei, Khomeini, Larijani, Rafsandjani –, soudées par les alliances et les héritages. C’est une aristocratie où les noms ont parfois plus de pouvoir que les institutions.

Renverser le Shah en 1979 pour en finir avec le pouvoir dynastique et les privilèges héréditaires… Vraiment ? La République islamique d’Iran est en effet censée être dirigée par des principes religieux et révolutionnaires devant lesquels les hommes, austères et pieux, s’effacent, hostiles aux richesses excessives et au luxe tapageur. Mais dans les faits, une petite élite a confisqué le pouvoir et une part immense des richesses du pays. Cette élite fonctionne comme une caste fermée : les mêmes familles occupent les postes clés de la politique, de la sécurité et de l’économie, contrôlent les fondations religieuses, placent leurs proches aux postes importants, et leur argent… en Europe. Les privilèges qu’ils ont dénoncés hier sont devenus les leurs. Leur logique n’est plus celle d’une révolution ou d’une république à la pureté islamique. C’est un système de prédation et de préservation des biens mal acquis. Ils contrôlent l’argent, imposent une hiérarchie stricte où le manque de loyauté peut être puni de mort, utilisent l’intimidation, la répression et le meurtre pour faire taire les opposants, garder le pouvoir et ses avantages. C’est un système mafieux.

Et voilà que le fils succède au père. Le nouveau guide suprême, désigné par une assemblée d’experts censée représenter l’autorité religieuse du pays, n’est autre que Mojtaba Khamenei, le fils d’Ali Khamenei, tué par une frappe. Le symbole est brutal : comme dans une monarchie, le pouvoir se transmet par le sang et, comme dans une dictature absolue, il se maintient par le sang. Le premier coule dans les veines de l’héritier, le second – celui des opposants – coule dans les rues. Pour les Iraniens, c’est un coup de massue.

Motjaba Khamenei, c’est le prince de l’ombre, jusque-là sans grand ministère et sans carrière politique connue, visible. C’est un homme du sérail, un homme de réseaux, de coulisses, d’intrigues et de coups bas. Un ultraconservateur, religieux de 56 ans à la foi tranchante comme une lame, très proche des Gardiens de la révolution. Motjaba est un stratège opaque et dur, un pur produit du système. C’est aussi l’homme des grandes fortunes ; Dans Paris-Téhéran : le Grand Dévoilement, coécrit avec Emmanuel Razavi et publié aux Éditions du Cerf (mars 2026), nous rappelons une enquête sur son empire financier considérable. Cette enquête a été notamment citée par le média américain Bloomberg et par Courrier International :

“Le schéma est toujours à peu près le même : « À travers des sociétés écrans et des acquisitions immobilières au nom de parties tierces à Londres, Francfort ou Dubaï, le fils de l’ayatollah Ali Khamenei, soumis à des sanctions américaines depuis 2019, a réussi à tisser au fil des ans un vaste réseau d’investissements occultes et lucratifs. Cet empire financier, qui s’étend « du transport maritime dans le golfe Persique aux comptes bancaires suisses, en passant par l’immobilier de luxe britannique », a permis « d’acheminer des fonds – estimés à plusieurs milliards de dollars – vers les marchés occidentaux, malgré les sanctions américaines… ». Petit détail qui, lui aussi, vaut son pesant d’or : Courrier International et Bloomberg précisent que les « fonds ayant servi à ces transactions proviennent principalement des ventes de pétrole iranien (soumis aussi à des sanctions) et ont transité, toujours selon les mêmes sources, par des comptes bancaires au Royaume-Uni, au Liechtenstein et aux Émirats arabes unis ». Un pillage systématique des ressources du pays, donc, à des fins d’enrichissement personnel. Sans aucun frémissement de conscience.”

Comme quoi on peut invoquer Dieu et se confier aux banques occidentales…

Pourtant, la nomination de Mojtaba Khamenei répond à une logique, celle d’une monarchie religieuse tenue par quelques familles. Les fils, les frères, les cousins occupent les postes clés et les réseaux familiaux structurent le pouvoir.

Dans la famille de l’ayatollah Khomeini, Guide suprême de 1979 à 1989, fondateur de la République islamique, et dont le nom reste une monnaie politique, on trouve Hassan, son petit-fils. Clerc chiite très influent, il est le gardien du mausolée de son grand-père, un poste très symbolique qui lui donne une influence politique et religieuse considérable. On le dit plus modéré que les conservateurs du clan Khamenei. Son père, Ahmad, a été l’un des principaux collaborateurs politiques de Khomeini. Dans l’ombre lui aussi, il agissait souvent comme un intermédiaire entre le Guide suprême et les institutions du régime, ce qui évidemment lui donnait un pouvoir considérable.

Dans la famille Larijani, on trouve bien sûr Ali : Président du parlement iranien de 2000 à 2008, ancien secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale et négociateur nucléaire de l’Iran, ancien ministre de la Culture et directeur de la télévision d’État. C’est un homme fort du régime, dont la fille vit par ailleurs aux États-Unis. L’un de ses frères, Sadegh, a été le redouté chef du pouvoir judiciaire de 2009 à 2019. Il est aussi membre du Conseil des gardiens et du Conseil de discernement, en plus d’être un clerc influent de l’appareil religieux. Un autre frère, Mohammad Javad, a été vice-ministre des Affaires étrangères et responsable du … Conseil iranien des droits de l’homme… Un troisième frère, Bagher, a occupé ou occupe encore des postes élevés dans le système de santé iranien (ex-vice-ministre de la Santé, dirigeant d’instituts médicaux, etc.).

Dans la famille d’Akbar Hashemi Rafsanjani, président iranien de 1989 à 1997, il y a sa fille d’abord : Faezeh Hashemi Rafsanjani, députée réformatrice du régime. Quant à son fils, Mehdi, il a été impliqué dans quelques affaires politiques et judiciaires qui l’ont probablement freiné dans sa carrière…

Encore un exemple, un dernier. Ancien président du parlement, conseiller d’Ali Khamenei, le précédent Guide suprême, Gholam-Ali Haddad-Adel, idéologue du régime, est un homme redoutable et redouté. En 2004, sa fille, Zhara, a épousé Motjaba Khamenei, l’héritier du trône islamique, renforçant ainsi l’alliance entre deux grandes familles du pouvoir. Elle a été tuée le 26 février 2026 dans la frappe qui a coûté la vie à ses beaux-parents, Ali Khamenei et Mansoureh Khojasteh Bagherzadeh.

On pourrait ainsi continuer à dérouler longtemps la liste des clans et des lignées qui se partagent le pouvoir, du sommet de l’État jusqu’aux étages intermédiaires du régime. Mais l’essentiel est là : dans la République islamique, le sang sert deux fois le pouvoir : il le transmet entre héritiers et le protège en faisant couler celui des opposants.

Jean-Marie Montali

https://nouvellerevuepolitique.fr/jean-marie-montali-iran-au-nom-du-pere-et-du-fils-2/

 

L'Iran Libre, est-ce possible (sans intervention extérieure) ; pour quel leadership ? 

 

 


 

 Ce vocabulaire « gagner/perdre » suppose encore un jeu à somme nulle. Plus simplement, je souhaiterais que les États-Unis se retirent et qu'Israël cesse sa politique de déstabilisation dans la région. Qu'on en finisse. Qu'il y ait le moins de dégâts possible et d'argent dilapidé dans les rangs américains, et le moins de casse possible au sein de la population iranienne. 

J'aimerais aussi que les gens comprennent qu'on peut parfaitement gérer une menace par d'autres moyens que ceux de la violence de masse. Sans le mesurer, nous resterons dans le tribalisme et la servitude face à l'État. Notre cécité collective sur d'autres modes d'existence et de défense nous empêche de réaliser que la paix est un produit du Droit et du marché, alors que la guerre est un pur produit de l'État. 

À ce stade, l'inconnu de sociétés sans maître génère encore des réflexes digne de primates. Remettre en question le monopole de la violence n'est pas une mince affaire, mais c'est la nôtre. Alors cessez d'y croire premier degré, nous savons faire autrement.

Arthur HOMINES 

 

octobre 08, 2025

Le virage discret des États-Unis vers le capitalisme d'État !!

L’Amérique tourne discrètement vers le capitalisme d’État

Au cours des dernières années, les États-Unis, traditionnellement considérés comme le bastion du capitalisme libéral et du libre marché, ont opéré un virage subtil mais significatif vers une forme de capitalisme d’État. Ce phénomène, souvent qualifié de « silencieux », se manifeste par une intervention accrue du gouvernement fédéral dans l’économie, particulièrement dans des secteurs stratégiques comme la technologie, l’énergie et la défense. Bien que ce changement ne soit pas officiellement proclamé, il reflète une réponse aux défis géopolitiques mondiaux, notamment la concurrence avec la Chine, et aux crises internes telles que la délocalisation industrielle et les inégalités économiques.

 


 

Ce tournant n’est pas une rupture radicale avec le modèle américain, mais plutôt une hybridation où l’État utilise des outils économiques pour orienter les investissements privés vers des objectifs nationaux.

Inspiré par des analyses récentes, comme celles publiées par l’International Institute for Strategic Studies (IISS), cet article explore les mécanismes de cette évolution, ses implications et ses perspectives futures.

Les signes d’une intervention étatique croissante

Le capitalisme d’État se définit par un rôle actif de l’État dans la direction de l’économie, sans pour autant nationaliser les moyens de production. Aux États-Unis, cela se traduit par des politiques interventionnistes initiées sous les administrations récentes, tant démocrates que républicaines.

Sous la présidence de Joe Biden, des lois phares comme le CHIPS and Science Act (2022) et l‘Inflation Reduction Act (IRA, 2022) illustrent parfaitement cette tendance. Le CHIPS Act alloue plus de 50 milliards de dollars pour relancer la production de semi-conducteurs sur le sol américain, en subventionnant des entreprises comme Intel et TSMC. L’objectif est clair : réduire la dépendance vis-à-vis de Taïwan et contrer l’ascension technologique chinoise. De même, l’IRA injecte des centaines de milliards dans les énergies renouvelables, favorisant des industries vertes tout en imposant des critères « Buy American » pour privilégier les chaînes d’approvisionnement nationales.

Ces mesures ne sont pas isolées. L’administration Trump avait déjà imposé des tarifs douaniers sur les importations chinoises, une politique protectionniste prolongée par Biden. Plus récemment, en 2025, des restrictions sur les investissements américains en Chine dans des secteurs sensibles comme l’intelligence artificielle et les biotechnologies renforcent cette orientation.

Washington utilise ainsi des leviers comme les subventions, les incitations fiscales et les régulations pour guider les capitaux privés vers des priorités stratégiques.

Les racines historiques et géopolitiques

Ce virage n’est pas inédit dans l’histoire américaine. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’État fédéral est massivement intervenu dans l’industrie via le War Production Board, transformant des usines automobiles en producteurs d’armement. De même, pendant la Guerre froide, des programmes comme le Space Race ont vu l’État financer des innovations technologiques, donnant naissance à des géants comme Boeing ou Lockheed Martin.

 


 

Aujourd’hui, le contexte géopolitique est dominé par la rivalité sino-américaine. La Chine, avec son modèle de capitalisme d’État dirigé par le Parti communiste, a démontré l’efficacité d’une économie planifiée dans des domaines comme les véhicules électriques et les semi-conducteurs.

Face à cela, les États-Unis adoptent une approche similaire, mais adaptée à leur système démocratique : un « industrial policy » qui mélange marché et intervention publique.

Des experts soulignent que cette stratégie vise à préserver la suprématie technologique américaine, essentielle pour la sécurité nationale.

Cependant, ce tournant soulève des débats. Les critiques libéraux craignent une distorsion du marché, où l’État choisit les « gagnants » au détriment de l’innovation libre. À l’inverse, les partisans arguent que dans un monde multipolaire, le laissez-faire pur est obsolète.

Implications économiques et politiques

Économiquement, cette évolution pourrait revitaliser des régions industrielles délaissées, comme le Rust Belt, en créant des emplois dans les technologies avancées. Par exemple, des usines de batteries pour véhicules électriques financées par l’IRA émergent dans des États comme le Michigan et la Géorgie. Pourtant, les coûts sont élevés : ces subventions augmentent le déficit budgétaire et pourraient entraîner des bulles spéculatives si elles sont mal gérées.

Politiquement, ce capitalisme d’État renforce le pouvoir exécutif, avec des agences comme le Département du Commerce jouant un rôle accru dans les décisions industrielles.

Cela pourrait mener à une polarisation accrue, les républicains accusant les démocrates de « socialisme », tandis que les progressistes poussent pour plus d’interventions sociales.

Sur la scène internationale, les États-Unis influencent leurs alliés, comme l’Europe avec son propre Green Deal, à adopter des politiques similaires. Cela pourrait redessiner les alliances économiques, favorisant un bloc occidental face à la Chine et à la Russie.

Le virage discret des États-Unis vers le capitalisme d’État marque une adaptation pragmatique à un monde en mutation. En fusionnant le dynamisme du secteur privé avec la vision stratégique de l’État, Washington cherche à maintenir sa position dominante. Toutefois, ce modèle hybride doit naviguer entre efficacité et risques de bureaucratisation. À l’horizon 2030, il sera crucial d’évaluer si cette approche renforce ou érode les fondements du rêve américain. Comme l’indiquent des analyses expertes, ce n’est pas une révolution, mais une évolution nécessaire dans un paysage géoéconomique compétitif.

https://multipol360.com/lamerique-tourne-discretement-vers-le-capitalisme-detat/ 

 


 

 Le virage discret des États-Unis vers le capitalisme d'État
L'intervention croissante de Washington dans le monde des entreprises américaines marque un virage vers un capitalisme davantage influencé par l'État, qui allie pouvoir commercial et influence politique. 

Les relations entre le gouvernement américain et les entreprises américaines connaissent actuellement une profonde transformation. Sous la deuxième administration du président Donald Trump, Washington abandonne sa position traditionnelle en faveur du libre marché au profit d'un modèle plus interventionniste où le respect des objectifs de sécurité nationale est de plus en plus monétisé. Cette approche en pleine évolution comprend certains éléments du capitalisme dirigé par l'État, tel qu'il est pratiqué dans des pays comme la Chine et la Russie. Ce changement est remarquable en ce qu'il n'est pas motivé par une crise économique ou une nécessité en temps de guerre, mais par l'objectif de générer des revenus et de réaffirmer délibérément le contrôle politique sur des secteurs stratégiques.

Approche transactionnelle
Au cours des derniers mois, l'administration a pris des mesures extraordinaires pour s'implanter dans le secteur privé. Le gouvernement a acquis une « action privilégiée » dans U.S. Steel comme condition pour approuver son acquisition par la société japonaise Nippon Steel. Trump a conclu un accord avec Nvidia et Advanced Micro Devices, délivrant des licences d'exportation en échange de 15 % des revenus liés à la Chine provenant des ventes de puces H20 de ces sociétés. En juillet, le Pentagone a acheté une participation de 15 % dans MP Materials, une importante société d'extraction de terres rares, devenant ainsi son principal actionnaire. Plus récemment, en août, l'administration a pris une participation de 10 % dans Intel, un fabricant de puces évalué à 8,9 milliards de dollars, marquant l'une des interventions les plus importantes du gouvernement américain dans une entreprise privée depuis le sauvetage de l'industrie automobile mis en œuvre à la suite de la grande crise financière de 2008.


Ces accords de type « pay-to-play » reflètent l'approche de plus en plus transactionnelle de l'administration américaine à l'égard des entreprises américaines, une approche qui remet en question les fondements du système américain traditionnellement axé sur le marché. Elle brouille la frontière entre la surveillance réglementaire et la négociation commerciale. Ces accords reposent souvent sur des bases juridiques fragiles, avec peu de contrôle ou de transparence. Pourtant, rares sont les entreprises qui osent défier le gouvernement. Pour beaucoup, ces accords constituent une assurance politique, un moyen d'« acheter la certitude » dans un environnement réglementaire instable. Pour d'autres, il s'agit d'une mesure défensive visant à éviter des pressions plus agressives ou l'exclusion des marchés publics. En effet, les entreprises paient pour éviter des conséquences plus graves. Ces accords de contrepartie pourraient servir de modèles pour une application plus large dans des secteurs stratégiques, des discussions étant en cours concernant des accords similaires pour les entrepreneurs du secteur de la défense.

Les nuances du capitalisme d'État
Deux modèles d'intervention étatique semblent émerger. Le premier modèle, souvent qualifié de « capitalisme patriotique », considère les entreprises ou les secteurs comme des champions nationaux et des instruments du pouvoir étatique. Dans ce cas, l'État américain se comporte de manière très similaire à son homologue chinois, en intégrant les entreprises dans ses stratégies géopolitiques. Par exemple, en août, Howard Lutnick, secrétaire au Commerce, a qualifié Lockheed Martin de « bras armé du gouvernement américain », car l'entreprise dépend fortement des contrats fédéraux. Dans le cadre de son accord avec MP Materials, le Pentagone acquerra des terres rares à des prix garantis afin de mettre en place une chaîne d'approvisionnement complète en minéraux essentiels aux États-Unis, imitant ainsi largement la tactique nationale chinoise. De même, au début de l'année, le gouvernement américain a annoncé son intention d'investir massivement dans le secteur de la construction navale afin de contrer la domination de la Chine dans ce domaine. Contrairement à la Chine, qui s'appuie sur des subventions massives, l'administration Trump préfère utiliser son pouvoir réglementaire sur les entreprises stratégiques et donner plus de moyens aux institutions soutenues par le gouvernement, telles que l'International Development Finance Corporation. Par exemple, dans le cadre de l'accord avec MP Materials, le ministère de la Défense a obtenu un financement privé d'un milliard de dollars auprès de JPMorgan Chase et Goldman Sachs pour construire une usine de fabrication d'aimants au Texas.

Le deuxième modèle, qui prédomine actuellement, est plus transactionnel et opportuniste : il cible des entreprises telles que Nvidia ou Apple, car elles sont trop grandes ou trop rentables pour ne pas participer. Cela ressemble au système de capitalisme d'État russe, dans lequel les entreprises sont censées partager leurs bénéfices avec l'État en échange d'un accès au marché ou d'une protection. Pour rendre ces accords impossibles à refuser, le gouvernement américain recourt de plus en plus à la guerre juridique, en intentant des poursuites sous divers prétextes. Par exemple, Apple a obtenu une exemption tarifaire en échange d'un engagement d'investissement de 600 milliards de dollars, alors même qu'elle fait l'objet d'une poursuite antitrust du ministère de la Justice pour sa position dominante sur le marché des smartphones.

Le gouvernement peut également utiliser d'autres leviers réglementaires pour faire pression sur les entreprises en leur bloquant l'accès aux marchés publics (le Kremlin privilégie notamment les enquêtes pour détournement de fonds et la rétention des certificats de sécurité incendie). Comme le montre l'exemple russe, il n'existe pas de taxe ponctuelle : les entreprises resteront sous pression, car de nouvelles exigences suivront, souvent dans un contexte de multiplication des poursuites judiciaires.

Accords mondiaux de type « pay-to-play »
Le plus inquiétant est la propagation de ce modèle à l'échelle internationale. L'administration Trump teste déjà des accords internationaux de type « pay-to-play » dans le cadre de ses efforts visant à réorienter le commerce mondial en faveur des États-Unis. Cela crée deux risques distincts : premièrement, que les multinationales – tant américaines qu'étrangères – deviennent des instruments géopolitiques pris entre deux feux entre Pékin, Bruxelles et Washington ; et deuxièmement, que les entreprises américaines exercent activement des pressions sur les gouvernements étrangers pour qu'ils s'alignent sur le programme politique de l'administration.

Les entreprises européennes ayant des liens avec les États-Unis – par le biais de transactions libellées en dollars ou de leur dépendance vis-à-vis du marché et de la technologie américains – sont de plus en plus soumises à des pressions pour se conformer aux contrôles à l'exportation américains. Le Bureau de l'industrie et de la sécurité, qui gère les contrôles à l'exportation américains, a déjà intensifié la pression sur les entreprises des pays alliés. En août, l'administration a retiré les entreprises sud-coréennes Samsung et SK Hynix de la liste des « utilisateurs finaux validés », les privant ainsi de la possibilité d'expédier sans licence des puces et des outils de fabrication de puces fabriqués aux États-Unis depuis la Corée du Sud vers des usines basées en Chine. En septembre, elle a révoqué l'autorisation de licence de la multinationale taïwanaise TSMC (Taiwanese Semiconductor Manufacturing Company). S'il n'est pas nouveau que les États-Unis exercent une pression extraterritoriale sur des entreprises étrangères, il est moins courant que Washington le fasse sur des entreprises clés de pays alliés. Comme dans le cas de l'accord conclu avec Nvidia, les entreprises technologiques européennes pourraient être contraintes de renoncer à des revenus ou d'investir dans les chaînes d'approvisionnement américaines pour éviter des droits de douane secondaires.

 Il existe un risque que les investisseurs chinois puissent accéder à des secteurs sensibles aux États-Unis s'ils concluent le bon accord et offrent un prix suffisamment élevé, malgré la surveillance exercée par le Comité sur les investissements étrangers aux États-Unis. Malgré les préoccupations persistantes en matière de sécurité nationale, TikTok, propriété de la société chinoise ByteDance, est de plus en plus utilisé comme monnaie d'échange dans le conflit tarifaire entre les États-Unis et la Chine, l'administration ayant manifesté son intérêt pour l'acquisition d'une participation via un accord de « golden share ». Les entreprises américaines pourraient également être poussées à revenir sur le marché russe si cela sert les objectifs politiques de Trump. Moscou ayant exprimé son souhait de voir Boeing revenir, il est concevable que l'administration fasse pression sur l'entreprise pour qu'elle reprenne ses activités en Russie dans le cadre d'un accord de paix plus large.

En contrepartie, l'approche transactionnelle permet aux entreprises américaines de poursuivre leurs propres intérêts en se ralliant aux objectifs politiques de l'administration Trump. Les frontières entre le public et le privé sont de plus en plus floues. Tirant parti du programme anti-climatique de Trump, certaines entreprises américaines ont exhorté Washington à utiliser les négociations commerciales avec l'Union européenne pour affaiblir la directive de Bruxelles sur la diligence raisonnable en matière de durabilité des entreprises de 2024 (qui impose aux entreprises non européennes de veiller à ce que leurs chaînes d'approvisionnement ne nuisent pas à l'environnement et ne violent pas les droits humains). D'autres pourraient chercher à influencer l'administration sur la loi européenne de 2022 sur les services numériques, qui a déjà eu des répercussions négatives sur les grandes entreprises technologiques américaines. Conscients de l'aspiration de Trump à mettre fin à la guerre entre la Russie et l'Ukraine, les dirigeants d'ExxonMobil ont déjà sollicité le soutien du gouvernement pour un éventuel retour sur le marché russe et auraient reçu un « accueil favorable ».

 Ce à quoi nous assistons n'est pas seulement un changement de politique, mais une transformation systémique de la manière dont le gouvernement américain envisage ses relations avec l'industrie. Le modèle américain traditionnel, dans lequel le marché mène et l'État suit, pourrait céder la place à un nouveau paradigme où le pouvoir économique est politisé et où l'autonomie des entreprises est subordonnée à l'alignement national. S'il reste peu probable que les États-Unis adoptent pleinement le capitalisme d'État, une chose est sûre : les règles d'engagement entre les entreprises et le gouvernement sont en train d'être réécrites, et les implications mondiales commencent seulement à se faire sentir.

Maria Shagina

Senior Fellow, Diamond-Brown Economic Sanctions, Standards and Strategy

Source 


 

Trump II : l'imposture souverainiste et le triomphe de l'étatisme, par Elise Rochefort

Lors de son investiture en janvier dernier, Donald Trump promettait à l'Amérique un "nouvel âge d'or". Il s'était vendu à l'électorat, et à une partie du monde fascinée par son discours, comme le champion du peuple contre les élites, le rempart souverainiste contre la dissolution mondialiste, et l'homme d'affaires pragmatique qui allait "assécher le marais" de Washington. Un Asselineau ou un Philippot américain au fond.

Dix mois plus tard, le bilan est cinglant. L'Amérique est plongée dans la plus longue paralysie budgétaire de son histoire (36 jours), l'inflation résiste, la Cour Suprême examine la légalité de sa politique commerciale, et un scandale de favoritisme pharmaceutique éclate. Ces crises nous obligent à poser la question fondamentale : Donald Trump est-il vraiment le leader populiste et souverainiste authentique qu'il a "vendu" aux électeurs ?

Pour l'observateur libertarien, la réponse est un non catégorique. Son mandat révèle une réalité bien plus sombre : le triomphe de l'étatisme, du capitalisme de connivence (crony capitalism) et de l'autoritarisme exécutif.

Le protectionnisme : l'économie dirigée par décret

Le cœur de la stratégie "America First" réside dans un protectionnisme agressif. C'est précisément ce qui est contesté aujourd'hui devant la Cour Suprême dans l'affaire Learning Resources v. Trump. L'enjeu dépasse la simple économie ; il est constitutionnel.

Le président utilise une loi d'urgence de 1977 (IEEPA) pour imposer des tarifs douaniers massifs, s'arrogeant de facto le pouvoir de taxation qui appartient explicitement au Congrès. Ici, le souverainisme sert de prétexte à une expansion dangereuse du pouvoir exécutif.

D'un point de vue libertarien, les tarifs douaniers ne sont rien d'autre qu'un impôt déguisé payé par les consommateurs et les entreprises nationales. Loin de libérer les forces du marché, la politique de Trump soumet le commerce international aux caprices du Prince. C'est une forme d'économie planifiée, où la Maison Blanche décide quels secteurs doivent être protégés et lesquels peuvent être sacrifiés. La prétendue défense de l'industrie nationale masque une dérive vers l'arbitraire étatique.

Le "Shutdown" : le mythe du défenseur du peuple

L'image populiste de Trump, celle d'un défenseur de l'homme ordinaire contre la bureaucratie, vole en éclats face à la réalité du "shutdown". Cette lecture, populaire chez certains de ses soutiens en France, est d'une naïveté confondante.

Dans son bras de fer politique, Trump n'hésite pas à prendre en otage 800 000 fonctionnaires fédéraux. Ces agents – contrôleurs aériens, garde-côtes, employés de la sécurité – ne sont pas le "Deep State" fantasmé. Ce sont des travailleurs ordinaires, dont beaucoup sont désormais contraints de travailler sans salaire.

Si Trump souhaitait réellement réduire la taille de l'État – un objectif libertarien louable –, il proposerait des réformes structurelles, pas une asphyxie chaotique. Forcer des individus à travailler sans rémunération n'est pas un acte de bonne gestion ; c'est un acte coercitif typique d'un État qui se croit tout permis. Cela démontre un mépris flagrant pour la sécurité contractuelle et l'État de droit, piliers de la philosophie libertarienne. Ce shutdown ne vise pas à moins d'État, mais à un État plus docile à la volonté présidentielle.

"TrumpRx" : le scandale du capitalisme de connivence

La révélation la plus accablante est sans doute l'accord négocié avec les géants pharmaceutiques Novo Nordisk (Ozempic) et Eli Lilly, révélé par le Wall Street Journal. C'est un cas d'école de ce que les libertariens dénoncent depuis toujours.

Pour obtenir des rabais limités sur les médicaments anti-obésité via une plateforme baptisée "TrumpRx", l'administration s'apprête à commettre un acte de corruption institutionnelle majeur. La contrepartie est exorbitante : l'extension de la couverture de l'assurance publique Medicare à ces médicaments.

Il s'agit d'une trahison absolue des principes de marché libre et de responsabilité fiscale :

  • Expansion massive de l'État-Providence : cela représente des dizaines de milliards de dollars de dépenses publiques nouvelles. Trump, loin de réduire le poids de l'État, l'augmente massivement.
  • Crony Capitalism caractérisé : l'accord enrichit spécifiquement deux entreprises en leur garantissant un marché captif financé par le contribuable. L'État choisit les gagnants, dont une entreprise directement détenue par le Président ! On en reste les bras ballants !
  • Capture réglementaire : l'administration offrirait en prime des faveurs réglementaires (accélération des approbations de la FDA) et prévoit de contourner le Congrès pour imposer cette dépense.

Loin d'"assécher le marais", Trump l'irrigue avec de l'argent public pour favoriser des intérêts privés en échange d'un bénéfice politique personnel. C'est la négation absolue du marché libre.

Conclusion : l'étatiste démasqué

Les faits sont têtus. Le souverainisme de Donald Trump n'est pas synonyme de liberté économique ou de gouvernement limité. C'est un étatisme nationaliste, où le pouvoir centralisé dicte la politique commerciale, intervient dans les marchés pour favoriser ses alliés et méprise les principes constitutionnels de séparation des pouvoirs.

Les défaites électorales cinglantes subies hier en Virginie, dans le New Jersey et à New York montrent que les Américains commencent à percevoir le décalage entre la rhétorique populiste et la réalité d'une gouvernance erratique et corrompue. Pour ceux qui chérissent la liberté individuelle et la responsabilité fiscale, le mirage de "l'âge d'or" s'est dissipé, laissant place à une forme d'autoritarisme chaotique qui est, en soi, une menace pour la République.

Par la même occasion, ce naufrage de l'imposture trumpiste soulève la question de l'imposture souverainiste et statophile en France, telle qu'elle est défendue par un Asselineau ou un Philippot. Je veux la souveraineté du peuple pour le mettre sous la domination d'une bureaucratie d'Etat. On comprend la musique. 


Commentaire:

Alban C.:

Article entièrement à charge, qui manque de nuances.

Qui est responsable du blocage budgétaire ? Trump ou les démocrates ?

Un président qui lutte contre le wokisme (interdiction aux hommes de participer aux compétitions féminines, refus du politiquement correct) : pas d’intérêt ?

Un président qui éteint les conflits dans le monde plutôt que de les déclencher : Pas d’intérêt ?

Un président qui repositionne les droits de douane US parmi les plus bas du monde à des niveau plus équilibrés pour favoriser la production intérieure, attirer les capitaux étrangers et, accessoirement, remplir les caisses de l’Etat américain : pas d’intérêt ?

Un président qui remet la puissance de son pays comme axe central de sa politique : pas d’intérêt ?

Un président qui remet de l’ordre dans la protection des frontières ? Qui demande la pièce d’identité pour pouvoir voter aux élections (!) Qui lutte contre le réseau Soros et la fuite d’argent vers des organismes non contrôlés : pas d’intérêt ?

C’était tellement mieux avec Biden…

On peut être en désaccord sur tel ou tel point de sa politique, mais il faut un jugement d’ensemble objectif et posé. Tout condamner après 10 mois seulement d’exercice du pouvoir, est-ce sage ? Emporter dans sa critique des patriotes français qui luttent avec sincérité contre le macronisme et la caste, est-ce utile ?

https://www.lecourrierdesstrateges.fr/trump-ii-limposture-souverainiste-et-le-triomphe-de-letatisme-par-elise-rochefort/

 

 

 

 

 

 

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