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mars 12, 2026

Iran: théocratie iranienne un avertissement pour l’Occident !

Sommaire:

A) - Iran : les sorties de crise impossibles d’une guerre qui risque l’enlisement

B) - La liberté des Iraniens est la nôtre

C) - Les peuples sacrifiés sur l’autel d’élites immatures et incompétents

D) - L’Iran défie l’empire : Trump déclare le nouveau Guide suprême « inacceptable » 

E) - Iran : au nom du père et du fils

 


A) - Iran : les sorties de crise impossibles d’une guerre qui risque l’enlisement

Dix jours après le début des bombardements israéliens et américains contre l’Iran, une question revient désormais dans les chancelleries et les opinions publiques depuis 48 heures : comment sortir de cette guerre qui n’était censée durer que 4 jours et qui devait voir le régime iranien disparaître ? Car si l’objectif affiché était soit d’affaiblir durablement le régime iranien ou de le tuer, la réalité du terrain rappelle une leçon que les puissances occidentales devraient connaître depuis longtemps : les interventions extérieures, lorsqu’elles visent à transformer un régime ou un système politique, produisent rarement les effets escomptés. Voilà qu’on nous parle désormais de plusieurs semaines. Mais pour faire quoi ? Abattre le régime et préparer la transition ? Rien n’est moins sûr à ce stade.

Du Vietnam à l’Irak, de l’Afghanistan à la Libye, l’histoire récente regorge d’exemples où la puissance militaire n’a pas suffi à produire une solution politique durable. L’Iran n’est pas un petit État fragile. C’est un pays de près de 90 millions d’habitants, doté d’un appareil sécuritaire redoutable, d’une profondeur stratégique régionale et d’une capacité de nuisance qui dépasse largement ses frontières. Et d’un régime qui a mené une répression féroce contre son peuple qui manifestait pacifiquement. Imaginons qu’il prenne les armes maintenant.

Dans le même temps, l’Iran reste traversé par une fracture profonde entre une population qui, depuis des mois, manifeste son rejet d’un régime vieux de quarante-sept ans, et un pouvoir qui ne survit que par la coercition. Les Iraniens sont fatigués d’une République islamique qui a transformé la révolution de 1979 en système autoritaire, mais ils restent désarmés face à un appareil sécuritaire qui contrôle les centres de pouvoir. Certains seraient assurément prêts à se sacrifier à l’intérieur comme à l’extérieur pour revenir.

Dans ce contexte, invoquer abstraitement le droit international face à des régimes qui n’en respectent aucune règle peut parfois apparaître comme un luxe moral depuis les terrasses parisiennes ou les plateaux de télévision, que l’histoire ne se permet pas toujours. Le multilatéralisme et les Nations unies, devenus hélas largement paralysés, servent désormais trop souvent de refuge rhétorique à des régimes autoritaires qui invoquent la souveraineté pour protéger leurs propres violations. La réalité est plus brutale : les rapports de force dominent à nouveau la scène internationale. Comment faire revenir ce droit dans ce contexte? Reste alors une autre question essentielle : quels scénarios de sortie de crise sont réellement envisageables pour l’Iran devant tant de difficultés ?

Le scénario improbable : la capitulation du régime

Le scénario le moins plausible reste celui d’une capitulation rapide de l’Iran, accompagnée d’une fracture interne entre les Gardiens de la révolution et le reste de l’appareil d’État. Ils iront jusqu’au bout. En théorie, les frappes israéliennes et américaines pourraient provoquer un choc suffisamment violent pour fissurer le régime. Certains imaginent une rupture entre les militaires idéologiques et les élites politiques, ouvrant la voie à une forme de reddition. Mais ce scénario ignore une réalité fondamentale : les Gardiens de la Révolution ne sont pas simplement une force militaire. Ils constituent une véritable oligarchie politico-économique qui contrôle des pans entiers de l’économie iranienne. Entreprises, banques, réseaux commerciaux, marchés parallèles : leur pouvoir repose sur des fortunes colossales et des intérêts matériels gigantesques.

Dans ce contexte, capituler reviendrait pour eux à tout perdre. L’histoire montre que les régimes autoritaires, lorsqu’ils contrôlent à la fois l’économie et l’appareil sécuritaire, survivent souvent bien plus longtemps que prévu. Par ailleurs, la réaction iranienne a surpris de nombreux observateurs. Malgré un appareil militaire vieillissant, l’Iran a démontré sa capacité à riposter grâce à des instruments de guerre du XXIᵉ siècle : drones, missiles bon marché, saturation technologique. Ces armes à faible coût produisent un effet psychologique majeur et illustrent la transformation des conflits contemporains : des guerres asymétriques, longues et coûteuses pour ceux qui pensent pouvoir les gagner rapidement. Le Golfe en a fait largement les frais depuis dix jours.

Le piège stratégique d’une guerre sans plan politique

Un second scénario pose une question plus inquiétante encore : que se passe-t-il si les bombardements ne débouchent sur aucune stratégie politique claire ? Frapper un pays est une chose. Transformer son régime en est une autre. Une intervention terrestre en Iran serait probablement un désastre stratégique. La taille du territoire, la densité de la population, la cohésion relative de l’appareil sécuritaire et la topographie du pays rendraient toute occupation presque impossible. Même les armées les plus puissantes du monde auraient les plus grandes difficultés à contrôler un tel espace. C’est ici que le calcul politique diverge entre Washington et Tel-Aviv. Pour Benjamin Netanyahou, une confrontation directe avec l’Iran peut renforcer sa stature politique. Une victoire militaire, même relative, pourrait peser dans les élections israéliennes d’octobre. Pour Donald Trump, la situation est bien différente. Son électorat reste profondément réticent aux guerres longues et coûteuses. Les Américains n’ont ni passion particulière pour l’Iran ni envie de voir leurs soldats mourir dans un nouveau conflit au Moyen-Orient. Si l’engrenage militaire se prolonge, la guerre pourrait rapidement devenir un fardeau politique pour la Maison-Blanche. Les premières divergences ont vu le jour ce week-end après les frappes israéliennes sur les puits de pétrole iraniens. Netanyahou chercherait-il à empêcher Trump de sauter sur l’occasion d’un bon deal avec le régime encore en place et à le maintenir pendant que l’État hébreu veut s’en débarrasser coûte que coûte? Autrement dit : plus le conflit dure, plus le risque est grand qu’il se retourne contre Washington.

Le scénario du changement progressif

Un troisième scénario, plus incertain mais parfois évoqué, serait celui d’un effondrement progressif du régime. Sous l’effet combiné des sanctions, des frappes militaires et de l’épuisement interne, certaines figures du régime pourraient progressivement être remplacées. Dans ce contexte, la figure de Reza Pahlavi, fils du dernier Shah d’Iran, réapparaît régulièrement dans les discussions sur l’avenir du pays comme l’homme de la situation. Pourtant Donald Trump n’en est pas convaincu. Et pour ses détracteurs, il serait l’homme des États-Unis et d’Israël.

Certains imaginent la mise en place d’une autorité de transition qui préparerait une transformation politique. Mais cette perspective se heurte à plusieurs obstacles majeurs. L’opposition iranienne est profondément fragmentée. Monarchistes, libéraux, nationalistes, mouvements étudiants, organisations marxistes : les visions de l’avenir du pays sont multiples et parfois incompatibles. Et une question demeure centrale : que faire des Gardiens de la révolution ? Les arrêter ? Les juger ? Les intégrer à un nouvel ordre politique ? Les exiler ? Tous les tuer? Aucune transition ne pourra ignorer leur poids alors qu’ils sont encore soutenus par 20 % de la population, soit presque 20 millions d’Iraniens.

Le scénario du durcissement et la fuite en avant

Le scénario le plus inquiétant reste celui d’un durcissement du régime. Sous pression extérieure, les systèmes autoritaires ont souvent tendance à se refermer. L’histoire de la Corée du Nord ou de Cuba montre qu’un régime isolé peut survivre pendant des décennies en mobilisant une rhétorique de siège permanent. La République islamique pourrait s’engager dans une fuite en avant comparable. Le régime dispose d’un puissant imaginaire de martyr chiite qui transforme la confrontation en récit de résistance sacrée. Dans cette logique, la souffrance devient un outil politique.

Un Iran encore plus radicalisé pourrait alors se retourner contre sa propre population tout en multipliant les actions de déstabilisation régionales. Attaques indirectes, milices, frappes asymétriques : la stratégie du chaos deviendrait un instrument de survie.

Le risque est alors clair : une opération censée affaiblir le régime pourrait finalement renforcer sa logique de siège et transformer les Iraniens eux-mêmes en victimes d’un système encore plus brutal. Se présenter en victimes et en martyrs est un puissant carburant pour l’idéologie chiite.

La réalité est que personne ne sait réellement comment cette crise peut se terminer. Certains présentent des scénarios avec une assurance déconcertante comme s’ils lisaient dans le marc de café. L’Iran est un pays complexe, traumatisé par près d’un demi-siècle de République islamique, mais aussi traversé par des forces sociales et politiques que l’on comprend encore mal. Entre l’effondrement du régime, sa transformation progressive, une guerre prolongée ou un durcissement autoritaire, toutes les trajectoires restent ouvertes. Et c’est précisément ce qui rend la situation actuelle si dangereuse. Parce que derrière les calculs stratégiques et les démonstrations de puissance, il y a une réalité simple : l’avenir de près de 90 millions d’Iraniens est en train de se jouer dans une guerre dont personne ne maîtrise vraiment l’issue. Un adage dit souvent qu’il faut s’engager dans une guerre quand on est sûr de la gagner…

Sébastien Boussois

https://nouvellerevuepolitique.fr/sebastien-boussois-iran-les-sorties-de-crise-impossibles-dune-guerre-qui-risque-lenlisement-2/



 

B) - La liberté des Iraniens est la nôtre

Voici une semaine qu’a commencé l’offensive américaine et israélienne contre le régime iranien. Il n’aura pas fallu longtemps pour que des voix s’élèvent pour en appeler au multilatéralisme et au droit international. Or ces voix le plus souvent restèrent muettes au pire, ou enjoignirent à la retenue au mieux, lorsque le pouvoir sanguinaire des mollahs réprimait sauvagement son peuple quand celui-ci, dans la rue, défiait en début d’année une dictature qui allait jusqu’à pendre des femmes et des enfants de 16 ans.

On ne connaît pas encore précisément les chiffres de l’épouvantable répression qui s’est abattue sur les manifestants iraniens de janvier, mais l’on sait seulement que celle-ci fut massive, accompagnée de nombreux actes de torture et de viol, et qu’elle est constitutive de l’imputation de crime contre l’humanité.

À l’épreuve de cette réalité indéniable, les contempteurs de l’intervention américano-israélienne ne manqueront pas de rappeler que, nonobstant la férocité de la dictature islamique, c’est au peuple iranien de se libérer lui-même et de disposer de la suite qu’il entend donner à son pays une fois les héritiers de Khomeiny et de Khamenei renversés. Dans ce contexte, sauf à considérer que les bourreaux soient en mesure de lâcher prise devant l’ampleur de la mobilisation de leurs opposants et qu’ils ne soient pas aveuglés par leur fanatisme messianique, le peuple iranien est pris au triple piège de ses oppresseurs, d’un « droit international » qui in fine protège d’abord les mollahs et d’un multilatéralisme dont ces derniers usent pour continuer à imposer leur ordre théocratique et totalitaire.

Les critiques à l’encontre des opérations militaires de Washington et de Tel-Aviv n’ont d’autre solution à proposer in fine que le statu quo et l’effacement du peuple iranien. Elles sont tout à la fois les fruits du renoncement pour les adeptes d’une realpolitik minorant le facteur de dangerosité, pourtant attesté par près d’un demi-siècle d’histoire, de la République islamique ; de la fascination pour l’islamisme révolutionnaire avec laquelle certaines forces radicalisées à gauche et plus encore à l’ultra-gauche ont noué un pacte implicite ; et de la détestation conjointe de l’État d’Israël d’un côté et du trumpisme de l’autre… Mahnaz Shirali, dans l’interview (« Iran : l’offensive américano-israélienne peut-elle provoquer la chute du régime ? ») qu’elle a accordée à notre publication, rappelle justement cette dernière évidence lorsqu’à une question sur la comparaison avec la situation irakienne de 2003, elle réfute le parallèle : « Dans le débat français, ces analogies sont souvent nourries par un anti-américanisme réflexe, auquel s’ajoute parfois un facteur politique conjoncturel lié à la figure de Donald Trump. »

Tout compte fait, et quand bien même tout engagement militaire comporte son lot d’aléas, il n’existe que peu d’arguments audibles aux tergiversations des uns et aux défiances des autres dès lors qu’un peuple est non seulement en danger, mais que cette mise en danger est portée par une matrice des plus agressives et des plus déstabilisatrices dans l’ordre géopolitique de ce dernier demi-siècle. Le combat des Iraniens pour leur libération est indissociable de nos valeurs ; et il est regrettable que les démocraties européennes, en dépit pour certaines d’entre elles de leurs désaccords avec l’allié américain — qui le reste encore —, ne le comprennent pas mieux et plus vite.

Arnaud Benedetti

Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.

https://nouvellerevuepolitique.fr/la-liberte-des-iraniens-est-la-notre/

 


C) - Les peuples sacrifiés sur l’autel d’élites immatures et incompétents

Une course américaine improvisée face au chaos au Moyen-Orient

Alors que le monde s’enfonce dans une escalade géopolitique sans précédent, l’article publié sur Réseau International le 8 mars 2026, intitulé « Une course contre la montre », décrit avec précision le chaos logistique dans lequel les États-Unis se sont jetés.

Les Américains tentent désespérément d’envoyer le porte-avions George H.W. Bush et trois destroyers supplémentaires vers le Moyen-Orient, dans un patchwork improvisé de ravitaillement et de déploiement.

Cette « course » n’est pas une opération militaire classique : c’est une improvisation frénétique face à la fermeture partielle du détroit d’Ormuz, aux attaques sur les infrastructures pétrolières et à la riposte iranienne. Le baril de Brent a flambé jusqu’à 120 dollars avant de redescendre légèrement, mais les effets sont déjà catastrophiques sur l’économie mondiale.

Des dirigeants immatures et incompétents imposent leurs guerres aux peuples

Pourtant, derrière cette course technique se cache une réalité plus sombre : tout cela est imposé aux peuples par des dirigeants totalement immatures et incompétents.

Ni Biden hier, ni Trump aujourd’hui aux États-Unis, ni Emmanuel Macron en France, ni les technocrates de Bruxelles n’ont mesuré les conséquences de leurs décisions.

Ils jouent aux apprentis sorciers avec des conflits qu’ils ont contribué à provoquer ou à entretenir, et ce sont les citoyens ordinaires qui paient l’addition. Les Français, en particulier, ne doivent pas régler une facture qui n’est pas la leur. Exactement comme en Ukraine, où le peuple paie depuis trois ans le prix fort d’un conflit transformé en guerre par procuration entre grandes puissances.

Comme en Ukraine : une addition que les Français refusent de payer

Rappelons les faits. En Ukraine, des milliards d’euros ont été déversés par l’Europe, dont la France, pour financer des armes, des sanctions et une économie de guerre. Résultat ? Inflation galopante, énergie hors de prix et une précarité qui s’installe durablement. Aujourd’hui, avec le nouveau front au Moyen-Orient, la même logique se répète. Le conflit israélo-américano-iranien, qui a éclaté fin février 2026, provoque une hausse vertigineuse des prix du pétrole. Et qui en subit les conséquences directes ? Pas les élites de Washington ou de Paris, mais les ménages français.

Macron envoie une armada : la France précipitée dans la guerre

Emmanuel Macron porte une lourde responsabilité dans cette spirale. Alors que la France aurait dû rester en dehors de ces aventures, le président a choisi d’envoyer une véritable armada – navale et terrestre – au risque de précipiter notre pays dans la guerre. Dans le cadre de la « coalition des volontaires » pour l’Ukraine, il a annoncé le déploiement potentiel de plusieurs milliers de soldats français après un éventuel cessez-le-feu, mais aussi un soutien logistique et naval accru au Moyen-Orient pour « sécuriser les intérêts européens ». Des porte-avions, des frégates, des troupes : une posture offensive qui n’a rien à voir avec la défense du territoire national. Cette décision unilatérale, prise sans véritable débat démocratique, multiplie les risques d’escalade. Un incident dans le Golfe ou en mer Noire, et la France se retrouve directement impliquée. Immaturité ? Incompétence ? Les deux. Macron agit comme un chef de guerre en herbe, oubliant que la France n’est pas une superpuissance et que son peuple n’a jamais voté pour cela.

Le Parlement impuissant : un contre-pouvoir défaillant

Le plus grave, c’est l’incapacité totale du Parlement à jouer son rôle de contre-pouvoir. L’Assemblée nationale et le Sénat, censés contrôler l’exécutif, se sont une nouvelle fois révélés impuissants. Lors des débats sur le soutien à l’Ukraine et sur la posture française au Moyen-Orient, les macronistes ont verrouillé les votes, les oppositions de droite et de gauche ont grogné… mais personne n’a osé bloquer les crédits militaires ou exiger un référendum. Le RN et la France Insoumise ont dénoncé le risque, mais sans effet concret. Résultat : Macron envoie des navires et prépare des troupes sans que le peuple soit consulté.

C’est la démocratie confisquée. Le Parlement, au lieu de protéger les intérêts nationaux, valide passivement une politique qui expose la France à des représailles et à une crise économique majeure.


Flambée des carburants : un coup de massue sur le quotidien

Et les conséquences arrivent déjà, concrètes, brutales, quotidiennes.

D’abord, la montée en flèche des prix des carburants. Selon les données du ministère de l’Économie et des relevés AFP de mars 2026, le gazole a bondi de 28 centimes en dix jours pour atteindre en moyenne 2 euros le litre, dépassant même les 2,10 € dans certaines stations. Le SP95-E10 suit avec +11 à 15 centimes, flirtant avec 1,85 €. La raison ? Directement liée à la « course contre la montre » américaine décrite par Réseau International : fermeture partielle du détroit d’Ormuz, craintes de pénurie et baril qui a frôlé les 120 dollars. En France, pays où 80 % des déplacements quotidiens dépendent de la voiture, particulièrement en France périphérique (ruralité, petites villes, zones industrielles), cette hausse est un coup de massue. Les artisans, les livreurs, les aides-soignantes qui font 50 km par jour, les familles qui vont travailler : tous voient leur budget exploser de 50 à 100 euros par mois.

Interdiction de remplir les bidons : punir les citoyens qui se protègent

Pire : face à la panique, certaines stations-service et arrêtés préfectoraux ont commencé à interdire ou à limiter le remplissage de bidons et jerricans. Officiellement pour « éviter les pénuries et les risques de stockage dangereux », mais en réalité pour empêcher les Français de se constituer des réserves face à une crise que les dirigeants ont eux-mêmes aggravée. En 2022, lors des grèves, des départements avaient déjà pris des mesures similaires. Aujourd’hui, avec la guerre au Moyen-Orient, la même logique revient : on interdit au peuple de se protéger pendant que les élites continuent leur partie de poker géopolitique. Un particulier peut théoriquement emporter jusqu’à 333 litres d’essence dans des contenants homologués… sauf quand un préfet décide le contraire. Amende de 150 € à la clé. C’est le symbole parfait de l’incompétence : on crée la crise, puis on punit ceux qui tentent d’y survivre.

Coût de la vie en hausse : la France périphérique plongée dans la précarité

Le coût de la vie, lui, augmente encore et frappe de plein fouet les ménages de la France périphérique. L’Insee et les rapports sur le mal-logement 2026 le confirment : le taux de pauvreté remonte, atteignant des niveaux inédits depuis trente ans dans les zones rurales et périurbaines. L’essence chère, c’est l’alimentation qui renchérit (transport des marchandises), le chauffage qui coûte plus (fioul et gaz liés au pétrole), les déplacements professionnels qui deviennent insoutenables. Dans la France des ronds-points, celle des Gilets jaunes de 2018 qui n’ont jamais disparu, les fins de mois sont déjà un calvaire.

Une famille modeste avec deux enfants, vivant à 30 km d’une ville moyenne, voit son budget carburant passer de 250 à 350 euros par mois (Cf. 1&2).

Ajoutez l’inflation sur l’alimentation (+8 % sur un an) et les loyers qui ne baissent pas, et c’est la précarité assurée. Les associations alertent : 650.000 personnes supplémentaires sont tombées sous le seuil de pauvreté en un an. Les « passoires thermiques » (logements mal isolés), les expulsions, la dépendance à la voiture : tout s’aggrave.

Une double peine et l’urgence de reprendre le contrôle

Ces dirigeants immatures nous imposent une double peine.

D’un côté, ils nous entraînent dans des guerres qui ne sont pas les nôtres – Ukraine hier, Moyen-Orient aujourd’hui – en envoyant armes, argent et bientôt des soldats.

De l’autre, ils refusent d’assumer les conséquences : pas de bouclier carburant massif, pas de gel des prix, pas de véritable aide aux plus fragiles.

Le chèque énergie est raboté, MaPrimeRénov’ suspendu dans les faits. Pendant ce temps, le Parlement regarde ailleurs. Où est le contre-pouvoir ? Où sont les députés qui devraient exiger un débat sur l’envoi de troupes ou sur les sanctions qui nous ruinent ?

La course contre la montre décrite par Réseau International n’est pas seulement américaine. Elle est mondiale, et la France y est embarquée de force. Les peuples n’ont rien demandé. Les Français n’ont pas voté pour financer indéfiniment le conflit ukrainien ni pour risquer l’escalade au Moyen-Orient.

Ils ne veulent pas payer l’addition d’une politique étrangère néoconservatrice qui a déjà échoué partout.

Il est temps de le dire clairement : assez. Les élites immatures et incompétentes qui nous gouvernent doivent rendre des comptes. Le Parlement doit redevenir un véritable contre-pouvoir, capable de bloquer les crédits de guerre et d’imposer un référendum sur ces engagements militaires. Les Français ne sont pas des vaches à lait pour les aventures géopolitiques de Washington ou de l’Élysée. Comme en Ukraine, où le peuple est broyé depuis des années, nous refusons de payer pour des guerres qui ne servent que les intérêts des lobbies et des idéologues.

La précarité qui s’installe en France périphérique n’est pas une fatalité climatique ou économique. Elle est politique.

Elle est le résultat direct de choix irresponsables. Hausse des carburants, interdictions de « stockage« , coût de la vie qui explose : tout converge vers un même constat. Les dirigeants nous mènent droit dans le mur, et c’est nous qui trinquerons.

La course contre la montre est lancée. Mais cette fois, ce n’est pas pour déployer des porte-avions. C’est pour que le peuple reprenne le contrôle avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit définitivement précipitée dans une guerre qu’elle n’a pas choisie et une précarité qu’elle ne mérite pas.

https://multipol360.com/les-peuples-sacrifies-sur-lautel-delites-immatures-et-incompetents/

 


D) - L’Iran défie l’empire : Trump déclare le nouveau Guide suprême « inacceptable »  

Un acte de souveraineté qui fait trembler Washington

Le 8 mars 2026, l’Assemblée des experts iranienne a nommé Mojtaba Khamenei, fils du regretté Ayatollah Ali Khamenei tué dans des frappes américano-israéliennes, comme nouveau Guide suprême de la République islamique.

Cette décision, prise conformément à la Constitution iranienne, est un acte pur de souveraineté nationale au cœur d’un conflit armé ouvert.

Elle intervient après des semaines de chaos où les États-Unis et Israël ont mené une campagne militaire intense baptisée « Operation Epic Fury ». Au lieu de respecter ce choix interne, le président américain Donald Trump a immédiatement réagi avec une virulence rare : « Khamenei’s son is unacceptable to me. We want someone that will bring harmony and peace to Iran… I have to be involved in the appointment. » (Le fils de Khamenei est inacceptable à mes yeux. Nous voulons quelqu’un qui apporte l’harmonie et la paix à l’Iran… Je dois être impliqué dans cette nomination.).

Dans des interviews accordées à Axios et ABC News, Trump a été encore plus explicite : « He’s going to have to get approval from us. If he doesn’t get approval from us, he’s not going to last long. » Il a comparé la situation à celle du Venezuela, où, selon lui, il avait personnellement influencé les choix de dirigeants. « They are wasting their time. Khamenei’s son is a lightweight » (Ils perdent leur temps. Le fils de Khamenei est un incapable.), a-t-il ajouté,

sous-entendant que Washington se réserve le droit de veto sur la succession politique d’un pays souverain de 90 millions d’habitants.

Cette déclaration n’est pas une simple boutade de campagne : elle révèle une mentalité impérialiste profonde, celle d’une superpuissance qui se croit autorisée à dicter qui peut ou ne peut pas gouverner ailleurs dans le monde.

Cette posture n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une longue tradition où les États-Unis, et parfois leurs alliés européens, s’arrogent le rôle de juge suprême des nations. Le peuple iranien, pourtant en première ligne des souffrances causées par les sanctions et les bombardements, voit ses institutions constitutionnelles foulées aux pieds par des déclarations venues de Washington. Au nom de la « démocratie » et de la « paix », on impose en réalité un droit de regard qui nie la volonté populaire et les processus internes.

L’impérialisme américain ne se contente plus d’intervenir militairement ; il prétend désormais superviser les successions politiques comme un suzerain d’un autre âge.

La réponse de la Chine : un rappel cinglant à la souveraineté

Face à cette arrogance, la réaction de Pékin a été immédiate et ferme. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a déclaré lors d’une conférence de presse le 9 et le 10 mars 2026 : « La décision a été prise par la partie iranienne conformément à sa Constitution. » Il a ajouté que la Chine « s’oppose à toute ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays sous quelque prétexte que ce soit » et qu’elle « respecte la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Iran ». Pékin a explicitement rejeté toute tentative de cibler le nouveau Guide suprême, qualifiant les menaces américaines et israéliennes d’inacceptables (voir ici et ici).

Ce positionnement n’est pas seulement diplomatique : il marque la fin d’une époque où les États-Unis pouvaient impunément décider du sort des nations.

La Chine, en invoquant le droit international et la non-ingérence, défend non seulement l’Iran mais l’ensemble du Sud global. Elle rappelle que les peuples ont le droit de choisir leurs dirigeants sans aval de la Maison-Blanche. Cette réponse résonne comme un coup de semonce : l’ordre unipolaire américain, où Washington nommait ou destituait les leaders à sa guise, est en train de s’effondrer. Les BRICS et les puissances émergentes ne tolèrent plus que l’Occident se comporte en maître du monde.

L’Europe, quant à elle, reste étrangement silencieuse ou complice. Aucune condamnation forte n’est venue de Bruxelles ou des capitales occidentales.

Au contraire, certaines déclarations européennes reprennent en écho le narratif américain, justifiant les interventions au nom de la « sécurité » ou des « droits de l’homme ». Cette complicité révèle un impérialisme partagé : les États-Unis mènent la charge, l’Europe fournit le vernis légal ou logistique via l’OTAN. Ensemble, ils pensent encore pouvoir imposer leur vision du monde, au mépris des peuples qui subissent les conséquences : pauvreté, instabilité, migrations forcées.

L’impérialisme américain : une persistance décennale qui ignore les peuples

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont multiplié les ingérences, souvent sous des prétextes humanitaires ou sécuritaires. On recense des centaines d’interventions militaires ou clandestines : renversements de gouvernements légitimes, soutiens à des coups d’État, sanctions économiques dévastatrices. L’objectif ? Non pas la démocratie, mais le contrôle des ressources, des routes commerciales et des orientations politiques. Le peuple devient une variable secondaire ; ce qui compte, c’est que le dirigeant choisi à Washington serve les intérêts de Wall Street ou du Pentagone.

En 1953, la CIA orchestre l’opération Ajax pour destituer le Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh, coupable d’avoir nationalisé le pétrole. On installe le Shah, un régime autoritaire qui sert les intérêts pétroliers américains. En 1954, au Guatemala, même scénario : Jacobo Árbenz est renversé pour protéger la United Fruit Company. Des dizaines d’exemples similaires jalonnent l’histoire : Indonésie en 1965, Chili en 1973 avec Pinochet, Nicaragua avec les Contras.

Chaque fois, le discours officiel parle de « liberté » ; la réalité est celle d’un impérialisme qui impose ses pions, quitte à plonger des nations entières dans le chaos.

Les années 2000 n’ont rien changé : Irak 2003 sur de faux prétextes d’armes de destruction massive, Libye 2011 où l’intervention OTAN transforme un pays stable en terrain de milices et d’esclavage. Chaque fois, les peuples paient le prix fort : centaines de milliers de morts, économies ruinées, sociétés fracturées. L’impérialisme américain ne respecte ni la souveraineté ni la volonté populaire. Il pense que le monde lui appartient et que les chefs d’État doivent obtenir son « approbation » pour durer.

Le Venezuela : laboratoire de l’ingérence et des souffrances imposées

Le parallèle avec le Venezuela est saisissant. Là aussi, Washington a tenté de choisir le dirigeant à la place du peuple. Reconnaissance unilatérale de Juan Guaidó en 2019, sanctions pétrolières dévastatrices qui ont fait chuter le PIB par habitant de 62 % et la production de pétrole de 75 %, blocus naval, menaces d’invasion. L’opération a culminé avec la capture de Nicolás Maduro en janvier 2026 sous prétexte de narcotrafic. Trump s’est même vanté d’avoir « personnellement impliqué » dans les choix de succession.

Le résultat ? Un pays ruiné, une population plongée dans la misère, des millions de réfugiés. Jeffrey Sachs, économiste de renom, a dénoncé devant le Conseil de sécurité de l’ONU cette violation flagrante de la Charte des Nations unies. Il a rappelé que l’article 2(4) interdit l’usage de la force ou la coercition contre l’intégrité politique d’un État. Les sanctions, les opérations de renseignement, le gel d’actifs : tout cela constitue une guerre économique illégale qui fait souffrir le peuple ordinaire. Sachs a averti : sans condamnation, l’ONU perdra toute crédibilité et le monde basculera dans l’anarchie des grandes puissances.

L’« équipe Amérique » est de retour, mais sans stratégie à long terme. On destitue, on impose un leader fantoche, puis on laisse le chaos s’installer. Pas de plan Marshall, pas de reconstruction : seulement l’exploitation des ressources (pétrole, or) au profit des multinationales. Le peuple vénézuélien, comme tant d’autres, paie le prix de cette arrogance. L’impérialisme américain transforme les nations en terrains de jeu géopolitique, au détriment des vies humaines.

Marco Rubio et la nostalgie de l’empire occidental

Au forum de Munich, Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a lâché le morceau : « L’Amérique va restaurer l’empire occidental… avec ou sans vous. » Il a regretté la fin des « cinq siècles de glorieux empires occidentaux » et appelé l’Europe à suivre Washington ou à être reléguée au rang de pion jetable. Plus question de multipolarité : on revient à l’unipolarité des années 1990, où les États-Unis décidaient seuls du sort du monde.

Cette déclaration expose crûment la mentalité impérialiste. L’Europe, affaiblie et dépendante, est sommée de s’aligner. Les élites européennes, souvent compromises, acceptent cette hiérarchie humiliante. Ensemble, États-Unis et Europe pensent pouvoir continuer à nommer ou destituer les dirigeants : en Iran aujourd’hui, au Venezuela hier, ailleurs demain. Le peuple n’a pas voix au chapitre ; seule compte la fidélité à l’empire.

L’arrogance navale : les États-Unis, police autoproclamée des mers

Cette mentalité s’étend aux océans. Les États-Unis se comportent en « police autoproclamée des mers », saisissant des pétroliers vénézuéliens en eaux internationales, imposant des blocus, menaçant le détroit d’Ormuz. Ces actes violent la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Ils visent à contrôler les flux énergétiques et à punir les nations récalcitrantes. L’arrogance menace la paix mondiale : confrontations en mer de Chine, risques d’escalade avec la Russie et la Chine.

L’impérialisme ne se limite plus à la terre : il veut dominer les routes maritimes et, par extension, les économies et les politiques intérieures. Le message est clair : obéissez ou nous coupons vos approvisionnements. Les peuples, encore une fois, subissent les hausses de prix, les pénuries, l’instabilité.

L’Europe complice : un impérialisme à deux têtes

L’Europe n’est pas spectatrice. Via l’OTAN, elle a participé à la plupart des aventures américaines : bombardements en Yougoslavie, Libye, Syrie. Elle impose des sanctions alignées sur Washington, même quand elles affament des populations. À Bruxelles, on parle de « valeurs » pour justifier ce qui n’est que la poursuite d’intérêts géopolitiques.

L’Europe, junior partner, accepte que les États-Unis décident pour elle et pour le reste du monde. 

Cette complicité aggrave l’arrogance collective : l’Occident pense encore pouvoir imposer ses dirigeants fantoches partout.

Vers le réveil des peuples : la fin de l’impérialisme ?

L’affaire iranienne marque un tournant. L’Iran a osé défier Trump. La Chine a posé les limites. Le Venezuela résiste encore malgré les coups. Partout, du Sud global à l’Europe de l’Est, les peuples rejettent cette tutelle. Les BRICS proposent une alternative : respect de la souveraineté, non-ingérence, coopération égalitaire.

L’impérialisme américain et européen, en pensant dicter les chefs d’État, provoque son contraire : un monde multipolaire où les nations reprennent leur destin en main.

Les peuples ne veulent plus être des pions. Ils veulent choisir leurs dirigeants librement, sans approbation de Washington ou de Bruxelles.

Un avertissement pour l’Occident

Trump peut menacer tant qu’il veut : le nouveau Guide suprême est en place. La Chine veille. L’histoire montre que l’arrogance impériale finit toujours par se briser sur la volonté des peuples. Les interventions au Venezuela, en Irak, en Libye ont laissé des ruines et des haines durables. En Iran, le scénario risque de se répéter.

L’Occident doit choisir : respecter la souveraineté ou affronter un soulèvement global. Les peuples ne tolèrent plus que des puissances étrangères décident qui les gouverne. L’ère où l’Amérique et l’Europe s’arrogeaient ce droit touche à sa fin. L’Iran d’aujourd’hui en est le symbole éclatant.

https://multipol360.com/liran-defie-lempire-trump-declare-le-nouveau-guide-supreme-inacceptable/

 


E) - Iran : au nom du père et du fils

La révolution iranienne promettait d’en finir avec les dynasties et les privilèges du sang. Quarante-sept ans plus tard, la république islamique fonctionne comme un système mafieux où le pouvoir, les postes et les richesses circulent entre quelques familles – Khamenei, Khomeini, Larijani, Rafsandjani –, soudées par les alliances et les héritages. C’est une aristocratie où les noms ont parfois plus de pouvoir que les institutions.

Renverser le Shah en 1979 pour en finir avec le pouvoir dynastique et les privilèges héréditaires… Vraiment ? La République islamique d’Iran est en effet censée être dirigée par des principes religieux et révolutionnaires devant lesquels les hommes, austères et pieux, s’effacent, hostiles aux richesses excessives et au luxe tapageur. Mais dans les faits, une petite élite a confisqué le pouvoir et une part immense des richesses du pays. Cette élite fonctionne comme une caste fermée : les mêmes familles occupent les postes clés de la politique, de la sécurité et de l’économie, contrôlent les fondations religieuses, placent leurs proches aux postes importants, et leur argent… en Europe. Les privilèges qu’ils ont dénoncés hier sont devenus les leurs. Leur logique n’est plus celle d’une révolution ou d’une république à la pureté islamique. C’est un système de prédation et de préservation des biens mal acquis. Ils contrôlent l’argent, imposent une hiérarchie stricte où le manque de loyauté peut être puni de mort, utilisent l’intimidation, la répression et le meurtre pour faire taire les opposants, garder le pouvoir et ses avantages. C’est un système mafieux.

Et voilà que le fils succède au père. Le nouveau guide suprême, désigné par une assemblée d’experts censée représenter l’autorité religieuse du pays, n’est autre que Mojtaba Khamenei, le fils d’Ali Khamenei, tué par une frappe. Le symbole est brutal : comme dans une monarchie, le pouvoir se transmet par le sang et, comme dans une dictature absolue, il se maintient par le sang. Le premier coule dans les veines de l’héritier, le second – celui des opposants – coule dans les rues. Pour les Iraniens, c’est un coup de massue.

Motjaba Khamenei, c’est le prince de l’ombre, jusque-là sans grand ministère et sans carrière politique connue, visible. C’est un homme du sérail, un homme de réseaux, de coulisses, d’intrigues et de coups bas. Un ultraconservateur, religieux de 56 ans à la foi tranchante comme une lame, très proche des Gardiens de la révolution. Motjaba est un stratège opaque et dur, un pur produit du système. C’est aussi l’homme des grandes fortunes ; Dans Paris-Téhéran : le Grand Dévoilement, coécrit avec Emmanuel Razavi et publié aux Éditions du Cerf (mars 2026), nous rappelons une enquête sur son empire financier considérable. Cette enquête a été notamment citée par le média américain Bloomberg et par Courrier International :

“Le schéma est toujours à peu près le même : « À travers des sociétés écrans et des acquisitions immobilières au nom de parties tierces à Londres, Francfort ou Dubaï, le fils de l’ayatollah Ali Khamenei, soumis à des sanctions américaines depuis 2019, a réussi à tisser au fil des ans un vaste réseau d’investissements occultes et lucratifs. Cet empire financier, qui s’étend « du transport maritime dans le golfe Persique aux comptes bancaires suisses, en passant par l’immobilier de luxe britannique », a permis « d’acheminer des fonds – estimés à plusieurs milliards de dollars – vers les marchés occidentaux, malgré les sanctions américaines… ». Petit détail qui, lui aussi, vaut son pesant d’or : Courrier International et Bloomberg précisent que les « fonds ayant servi à ces transactions proviennent principalement des ventes de pétrole iranien (soumis aussi à des sanctions) et ont transité, toujours selon les mêmes sources, par des comptes bancaires au Royaume-Uni, au Liechtenstein et aux Émirats arabes unis ». Un pillage systématique des ressources du pays, donc, à des fins d’enrichissement personnel. Sans aucun frémissement de conscience.”

Comme quoi on peut invoquer Dieu et se confier aux banques occidentales…

Pourtant, la nomination de Mojtaba Khamenei répond à une logique, celle d’une monarchie religieuse tenue par quelques familles. Les fils, les frères, les cousins occupent les postes clés et les réseaux familiaux structurent le pouvoir.

Dans la famille de l’ayatollah Khomeini, Guide suprême de 1979 à 1989, fondateur de la République islamique, et dont le nom reste une monnaie politique, on trouve Hassan, son petit-fils. Clerc chiite très influent, il est le gardien du mausolée de son grand-père, un poste très symbolique qui lui donne une influence politique et religieuse considérable. On le dit plus modéré que les conservateurs du clan Khamenei. Son père, Ahmad, a été l’un des principaux collaborateurs politiques de Khomeini. Dans l’ombre lui aussi, il agissait souvent comme un intermédiaire entre le Guide suprême et les institutions du régime, ce qui évidemment lui donnait un pouvoir considérable.

Dans la famille Larijani, on trouve bien sûr Ali : Président du parlement iranien de 2000 à 2008, ancien secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale et négociateur nucléaire de l’Iran, ancien ministre de la Culture et directeur de la télévision d’État. C’est un homme fort du régime, dont la fille vit par ailleurs aux États-Unis. L’un de ses frères, Sadegh, a été le redouté chef du pouvoir judiciaire de 2009 à 2019. Il est aussi membre du Conseil des gardiens et du Conseil de discernement, en plus d’être un clerc influent de l’appareil religieux. Un autre frère, Mohammad Javad, a été vice-ministre des Affaires étrangères et responsable du … Conseil iranien des droits de l’homme… Un troisième frère, Bagher, a occupé ou occupe encore des postes élevés dans le système de santé iranien (ex-vice-ministre de la Santé, dirigeant d’instituts médicaux, etc.).

Dans la famille d’Akbar Hashemi Rafsanjani, président iranien de 1989 à 1997, il y a sa fille d’abord : Faezeh Hashemi Rafsanjani, députée réformatrice du régime. Quant à son fils, Mehdi, il a été impliqué dans quelques affaires politiques et judiciaires qui l’ont probablement freiné dans sa carrière…

Encore un exemple, un dernier. Ancien président du parlement, conseiller d’Ali Khamenei, le précédent Guide suprême, Gholam-Ali Haddad-Adel, idéologue du régime, est un homme redoutable et redouté. En 2004, sa fille, Zhara, a épousé Motjaba Khamenei, l’héritier du trône islamique, renforçant ainsi l’alliance entre deux grandes familles du pouvoir. Elle a été tuée le 26 février 2026 dans la frappe qui a coûté la vie à ses beaux-parents, Ali Khamenei et Mansoureh Khojasteh Bagherzadeh.

On pourrait ainsi continuer à dérouler longtemps la liste des clans et des lignées qui se partagent le pouvoir, du sommet de l’État jusqu’aux étages intermédiaires du régime. Mais l’essentiel est là : dans la République islamique, le sang sert deux fois le pouvoir : il le transmet entre héritiers et le protège en faisant couler celui des opposants.

Jean-Marie Montali

https://nouvellerevuepolitique.fr/jean-marie-montali-iran-au-nom-du-pere-et-du-fils-2/

 

L'Iran Libre, est-ce possible (sans intervention extérieure) ; pour quel leadership ? 

 

 


 

 Ce vocabulaire « gagner/perdre » suppose encore un jeu à somme nulle. Plus simplement, je souhaiterais que les États-Unis se retirent et qu'Israël cesse sa politique de déstabilisation dans la région. Qu'on en finisse. Qu'il y ait le moins de dégâts possible et d'argent dilapidé dans les rangs américains, et le moins de casse possible au sein de la population iranienne. 

J'aimerais aussi que les gens comprennent qu'on peut parfaitement gérer une menace par d'autres moyens que ceux de la violence de masse. Sans le mesurer, nous resterons dans le tribalisme et la servitude face à l'État. Notre cécité collective sur d'autres modes d'existence et de défense nous empêche de réaliser que la paix est un produit du Droit et du marché, alors que la guerre est un pur produit de l'État. 

À ce stade, l'inconnu de sociétés sans maître génère encore des réflexes digne de primates. Remettre en question le monopole de la violence n'est pas une mince affaire, mais c'est la nôtre. Alors cessez d'y croire premier degré, nous savons faire autrement.

Arthur HOMINES 

 

décembre 18, 2025

Logement social et politique

La France, championne du logement social… et du mal logement 
 
En France, 4 millions de personnes souffrent de mal-logement. 350 000 sont sans-abri. Pourtant, l’État dépense 16 milliards d’euros par an en APL et propose un parc social parmi les plus vastes d’Europe. Pourquoi, alors, le mal-logement persiste-t-il ? 
 
 L’offre de logement est étouffée par l’explosion du coût de la construction (renchéri par une réglementation environnementale hors de contrôle) et la frilosité des édiles à délivrer des permis de construire. 
 

 
 
La demande est asphyxiée par le durcissement des conditions d’emprunt par l’État et l’importance des droits de mutation, verrouillant l’accès à la propriété pour les ménages modestes. Le logement social est, quant à lui, devenu un piège. Vu comme un totem indépassable trônant au panthéon des mesures dont la remise en cause serait inhumaine, il ne remplit plus son rôle. Avec 4,5 millions de logements sociaux bénéficiant à 11 millions de personnes, la France est théoriquement très bien dotée en la matière. Pourtant, avec 70 % de la population éligible, il est impossible de satisfaire tout le monde. 2,8 millions de ménages sont ainsi aujourd’hui en attente d’un logement, tandis que des centaines de milliers de foyers aisés en profitent, sans en avoir besoin. 
 
Lorsqu’ils évaluent l’efficacité d’une politique publique, les économistes sont souvent confrontés à un biais de ciblage : l’effet Matthieu. Théorisé par Merton et Deleeck dans les années 1980, il reprend le principe biblique de l’évangile éponyme : « à celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a ». 
 
Pour corriger cet effet, les gouvernants élargissent leurs politiques sociales : si leur cible sont les 10 % les plus pauvres, alors ils rendent éligibles les 20 % les moins riches pour être sûrs d’atteindre leur but. Une largesse qui coûte cher et qui, dans le cas d’un secteur contingenté comme le logement, produit d’importants dysfonctionnements. C’est ainsi que les ménages les plus pauvres (appartenant au premier décile, avec un revenu de moins de 1 005 € par mois) vivent à part égale dans le parc social et dans le parc privé. En parallèle, 400 000 foyers (soit 1 million de personnes), appartenant aux trois derniers déciles de revenus et étant au-dessus des plafonds d’éligibilité, en profitent indûment. 
 
La file d’attente s’explique en grande partie par le faible taux de rotation : 8 % contre 24 % dans le secteur privé. Dit autrement, il y a trois fois moins de déménagements dans les HLM chaque année que dans le parc locatif privé. Et l’on comprend aisément la raison : pourquoi quitter un logement subventionné où le loyer est en moyenne à 6,52 €/m² quand le marché en demande 14 € ? Pourquoi subir un taux d’effort moyen (à savoir la part du revenu dédiée au logement) de 25 % lorsqu’on peut rester à 15 % ? Une disparité expliquant la différence d’âge médian des locataires : 53 ans dans le secteur social, contre 42 ans dans le privé, avec des taux d’occupation de plus de dix ans du même bien respectivement de 31 % et 12 %. La devise du logement social pourrait donc aisément être : « j’y suis, j’y reste ! »
 

 
Le logement social profite ainsi aux ménages non précaires, notamment aux retraités, qui ont pourtant un niveau de vie moyen supérieur au reste de la population. Lorsque l’on interroge les bailleurs sociaux sur la typologie de leurs occupants, ils l’assument, confessant préférer des ménages solvables, s’acquittant de leur loyer, plutôt que des ménages présentant un risque de défaut de paiement. Quand un ménage voit sa situation s’améliorer drastiquement par rapport à ses conditions d’entrée, il n’a quasiment aucun risque d’en être exclu, même s’il dépasse allègrement les plafonds. 
 
Le logement social ne se contente pas de mal cibler, il immobilise. Les quinze zones les plus dotées en HLM sur le territoire affichent un taux de chômage supérieur de 4 à 8 points à la moyenne nationale. Les bénéficiaires sont donc prisonniers de zones peu dynamiques, incapables de saisir des opportunités professionnelles ailleurs, faute de pouvoir assumer des loyers plus élevés. 
 
Enfin, le fait que les travailleurs précaires soient exclus du parc social constitue un important facteur d’inégalité sociale, notamment dans les métropoles, où les concernés sont obligés d’allonger leur temps de transport, soit vers des zones dotées en HLM, soit vers des villes où le loyer est plus faible. 
 
La « réparation » du logement social passera par la correction de ses deux faiblesses : son ciblage et sa localisation. Cela implique un changement de logiciel, en subventionnant les personnes plutôt que les murs, en passant du logement social au ménage social. Cette idée permet de faire passer le parc théorique de 4,5 millions de logements à 38 millions, permettant à chacun de choisir son lieu de vie, sans être prisonnier d’un statut ou figé sur un territoire. 
 
Concrètement, comment cela fonctionne ? 
 
 -  Les APL, les avantages de loyers en HLM et autres aides connexes sont fusionnés en une allocation unique et personnalisée, calculée en fonction des revenus réels du ménage et de sa situation. Le nombre de bénéficiaires est revu à la baisse, mais en donnant des moyens plus conséquents aux plus précaires. L’effort est ainsi ciblé sur ceux qui en ont réellement besoin, ce qui réduit de facto le nombre de ménages subventionnés. 
 - L’aide est versée directement au bailleur, pour gommer la dimension inflationniste des APL, où le pouvoir d’achat des locataires est artificiellement gonflé. Lors de la mise sur le marché de son bien, le propriétaire n’aura ainsi aucune idée de l’avantage de loyer potentiel dont pourra profiter le locataire, et n’aura donc que le prix du marché comme référence. Le nombre de ménages subventionnés étant réduit par rapport à la situation actuelle, il ne sera pas incité à dévier de ce prix de référence. À l’image d’une enchère silencieuse, s’il décide de fixer un prix trop élevé, il ratera sa potentielle transaction. 
 - L’aide maximale est ainsi plafonnée pour éviter les dérives, et chaque ménage est régulièrement notifié du loyer qu’il peut envisager s’il est toujours éligible au dispositif. 
 
Exemple : Pauline (aide-soignante) et Yassine (commis de cuisine) louaient précédemment un HLM à Créteil pour 450 € par mois (subventionné à hauteur de 300 € mensuels). Avec ce système, ils peuvent louer un deux-pièces à Saint-Ouen, se rapprochant ainsi de leur lieu de travail dans le 18e arrondissement, pour 750 € par mois. Leurs faibles revenus les rendant éligibles au système, ils continuent à ne verser que 450 € par mois, l’État versant directement la différence au bailleur privé. Ce dernier n’aura pas intérêt à aller au-delà du prix de marché (ici 750 €), car la demande est rendue très mobile par ce système et n’est plus figée sur un territoire restreint. Pauline et Yassine peuvent aller où ils le souhaitent, indépendamment des offres de logements sociaux, et récupérer ainsi du pouvoir de marché.
 
Pour être efficace, ce système doit s’accompagner d’une libération totale des contraintes sur la construction, pour opérer un choc d’offre nécessaire à l’augmentation de la concurrence sur ce marché. L’effet sur la hausse des loyers sera ainsi contenu par les hausses conjointes de la demande et de l’offre de logements, et par une amélioration de la mobilité des habitants, voyant leurs zones de recherche d’un bien s’élargir drastiquement. La transformation du logement social en ménage social se fera en fusionnant tous les dispositifs existants en un seul, et ne coûtera donc pas un seul euro supplémentaire aux finances publiques. Il ne s’agit donc pas d’une nouvelle dépense publique, mais d’une nouvelle clé de redistribution des aides existantes, pour qu’elles se concentrent sur ceux qui en ont le plus besoin. 
 
Les bénéfices attendus sont nombreux : fin des ghettos, fin des attentes interminables, exclusion des retraités aisés monopolisant indûment cet avantage, exclusion des ménages dépassant les plafonds, libération de ressources pour les plus précaires, diminution du nombre de travailleurs pauvres condamnés à des temps de trajet interminables, augmentation du nombre de logements accessibles, fin du clientélisme local et, surtout, amélioration de la mobilité des salariés, diminuant à terme notre taux de chômage. 
 
Pour mettre en place un tel dispositif, l’IA sera essentielle, calculant l’aide en temps réel, sous les contraintes budgétaires qu’on lui opposera, tout en s’adaptant aux changements de situation des ménages. Une centralisation de la décision supprimant l’effet d’aubaine et les décisions locales injustes, et une automatisation des besoins qui permettra d’en finir avec les biais de ciblage provoqués par l’effet Matthieu, garantissant ainsi que chaque euro public profite à ceux qui en ont vraiment besoin. 
 
En résumé, une réforme favorisée par l’IA, protégeant les plus précaires, punissant les abus, améliorant l’efficacité de la dépense sociale et redonnant du sens aux politiques publiques. Pourquoi s’en priver ?

 
Erwann Tison 
 
 

Logement social

Définition du logement social

Le logement social désigne des logements réservés à des personnes considérées dans le besoin, ou nécessitant une aide spécifique pour accéder à un logement.

Le logement social tire son origine du secteur privé, en particulier du souhait de certains patrons d'offrir à leurs salariés des conditions de vie meilleures avec des logements ouvriers, par exemple par Geoffroy Guichard, ou des fondations privées, encore actives aujourd'hui, telles que la fondation Lebaudy. Ces initiatives privées et individuelles ont été récupérées par l'État, avec d'abord des HBM (Habitations Bon Marché), puis des HLM (Habitations à Loyer Modéré).

Quelle politique du logement en France

La France a proportionnellement beaucoup plus de logements sociaux que les autres pays d'Europe. Elle représente un quart des logements sociaux de l'Union européenne[1] contre 16 % de sa population. Pourtant, la France reste largement marquée par un déficit de logements, une pénurie entretenue plutôt que résolue par la réglementation : permis de construire complexes à obtenir, fiscalité élevée sur les revenus immobiliers, réglementation environnementale aboutissant à réduire la taille du parc immobilier, contrôle des loyers sont autant de raisons dissuadant l'investissement dans la construction de logements, et nourrissant des prix artificiellement élevés.

Plutôt que de répartir différemment le logement en en réservant une partie aux bénéficiaires de logements sociaux, les libéraux plaident pour une libération de la construction, seule à même de régler la pénurie et d'améliorer durablement la situation des locataires comme des propriétaires.

L'article logement détaille ce diagnostic et des réponses possibles. 

 


 

Logement social et politique

La construction et l'attribution de logements sociaux est une pratique utilisée de longue date par les mairies pour faire venir ou acheter une clientèle électorale (voir marché politique). En 2023, certains comme Aurélien Véron soulignent ainsi que la politique de la maire de Paris, Anne Hidalgo, est orientée pour construire des logements sociaux dans les arrondissements qui ne sont pas acquis à la gauche, dans l'espoir de les faire basculer[2]. Pareillement, le logement social, en réduisant l'offre du marché privé, tend à faire monter les prix de l'immobilier, satisfaisant une clientèle de propriétaires et maximisant les rentrées fiscales des mairies, assises pour partie sur les droits de mutation (« frais de notaire »)[3]

Cette instrumentalisation du logement social, consubstantielle à son existence même, est l'une des raisons pour lesquelles les libéraux sont opposés à une politique publique de logement social, qui peut vite s'apparenter à de la pure corruption

Notes et références

  • Le logement social détruit le marché du logement, Jean-Philippe Delsol, Contrepoints, 25 mai 2022

  • Aurélien Véron sur Twitter

  • Bibliographie

    Voir aussi

    https://www.wikiberal.org/wiki/Logement_social

     

    novembre 08, 2025

    France et paupérisation en cours et pourtant l'argent est là !!

     Jacques Attali révèle que les Français sont plus pauvres que les Maltais. 

    "Le niveau de vie des Français est inférieur au niveau de vie des Maltais. Nous sommes en déclin, ça va s'aggraver si on n'agit pas rapidement." (LCI)

    Pourquoi les Français s’appauvrissent Héritier ou déclassé ? 

    Aujourd’hui, la France se scinde en deux : ceux qui héritent et les autres, étouffés par les prix de l’immobilier et l’absence de perspectives. Un déclassement qui nourrit notre obsession pour l’égalité, mais qui détruit nos possibilités de progression sociale. Peut-on encore renouer avec le rêve français ? 

    « Plus de justice sociale » ! Pour les syndicats, les politiques et les médias, cette revendication est devenue un mantra. Tous jugent notre société profondément déséquilibrée et injuste. La France, malgré sa nouvelle et néfaste instabilité politique livrée aux populismes, est pourtant loin d’être l’enfer inégalitaire décrit. 

    La passion nationale pour l’égalité a généré 80 ans d’ingénierie redistributive d’une efficacité redoutable. Ainsi, un ménage aisé (appartenant aux 10 % les plus riches) dispose d’un revenu annuel primaire de 127 270 € par an, contre 6 980 € pour les plus pauvres. Après prise en compte des prélèvements, des allocations et des services publics, les revenus deviennent respectivement de 78 480 € et 25 330 €. Autrement dit, notre mécanique de redistribution élargie permet à un ménage pauvre d’aller au-delà du triplement de son revenu annuel, réduisant l’écart avec les plus riches de 1 à 18, à… 1 à 3. Face à cette efficacité qui devrait trôner au panthéon de nos fiertés nationales, des dizaines, voire des centaines de milliers de nos concitoyens continuent de dénoncer notre prétendue injustice redistributive, et brandissent des avatars divers et variés de rétorsion comme la Taxe Zucman ou le retour de l’ISF.

     

    Fausses injustices, vrais appauvrissements 

     Comment l’expliquer ? Tocqueville disait dans « De la démocratie en Amérique » que : plus les inégalités se réduisent, plus les inégalités résiduelles sont perçues comme insupportables. Or ici ce volet « résiduel » est alimenté par la conjonction de trois perceptions : un sentiment d’injustice fiscale, un autre de déclassement relatif et un dernier d’appauvrissement généralisé. 

    Le premier est entretenu par l’injection régulière de fausses données dans le débat public concernant la contribution réelle des « ultras riches » au système fiscal, qui serait bien moindre en proportion que celle des plus pauvres. Une analyse basée sur une lecture biaisée – à dessein ou involontairement – des travaux en la matière et qui, malgré sa correction par de nombreux économistes, libéraux comme keynésiens (Gilles Ravaud et François Geerolf en tête), continue d’ancrer cette vision au cœur du ressenti national. 

    Le deuxième, touchant particulièrement les jeunes, est alimenté par la comparaison générationnelle des niveaux de vie, notamment avec les seniors s’étant épanouis durant les Trente Glorieuses et bénéficiaires du plein emploi, mais aussi des conditions macroéconomiques ayant facilité leur accès précoce à la propriété immobilière. Les travaux de l’économiste Maxime Sbaihi montrent que cette nouvelle génération est loin d’atteindre le même confort de vie, particulièrement en matière de logement, que celui de ses grands-parents. Ce qui impacte directement notre démographie en créant une forte disparité entre la natalité souhaitée (2,3 enfants) et la natalité subie (1,6 enfant). 

    Cette question du logement est au cœur des préoccupations liées au pouvoir d’achat des citoyens. Absorbant 22 % des dépenses d’un ménage (contre 16 % il y a 20 ans), avec d’importantes disparités selon l’âge (les moins de 30 ans y allouent 32 % quand les plus de 65 ans n’y consacrent que 14 %), le poids des dépenses de logement dans les dépenses incompressibles d’un ménage est de 65 %, quel que soit son niveau de vie. Mais là où les plus précaires y allouent une grande partie (82 %) au paiement d’un loyer, les plus riches en consacrent 52 % au remboursement de prêts immobiliers. La raison est assez simple : l’apport initial nécessaire à l’achat est passé de trois années de revenus dans les années 2000 à cinq années aujourd’hui. Une situation qui pousse les économistes Arrondel et Masson à lier la forte probabilité d’achat d’une résidence principale avec la réception d’un héritage ou d’une donation précoce*. 

    Cette situation nous amène au troisième sentiment, celui de l’appauvrissement généralisé. La France a complètement oublié que le moteur de sa prospérité était la productivité, seul réacteur pouvant à la fois augmenter le revenu réel des salariés et diminuer leur temps de travail, tout en finançant notre modèle social. En son absence, il n’est tout simplement pas possible d’opérer une redistribution efficace et pérenne. Or, ce manque brise le potentiel dynamique d’une société et rend caduques les ambitions d’une génération rêvant de vivre mieux de son travail que celle de ses aînés. Hélas, ce fait est l’une des caractéristiques de notre pays, largement en retard sur ses voisins. Ainsi, depuis les années 2000, la productivité française n’a progressé en moyenne que de 0,8 % par an, contre 1,3 % pour l’OCDE, 1,2 % pour l’UE et 1,8 % pour les États-Unis. Soit, à partir de 2016, la 5e plus faible progression au sein de l’OCDE. Or, comme par enchantement, il s’agit peu ou prou de la hausse moyenne des salaires sur la période, montrant que lorsque son moteur principal est grippé, le pouvoir d’achat ne progresse plus.

    Une France d’héritiers 
     
    Notre faible productivité fait aujourd’hui rebasculer la France dans une société d’héritiers. Le CAE démontrait ainsi il y a quelques mois que la part de l’héritage dans le patrimoine des Français était passée de 35 % au début des années 1970 à 60 % aujourd’hui. De son côté, Antoine Foucher a rappelé l’année dernière qu’en se fondant sur la dynamique salariale actuelle, il fallait près de 80 ans pour doubler son pouvoir d’achat, quand 15 années suffisaient dans les années 70. Il est d’autant plus cruel de se rappeler que si la France avait connu la même croissance de la productivité horaire que la moyenne de l’UE, nous serions aujourd’hui tous 16 % plus riches. Et c’est cette absence de progression constatable du niveau de vie, qui non seulement accentue le sentiment d’appauvrissement des salariés, mais également freine notre mobilité sociale. Une valeur encore relativement dynamique jusqu’au cœur des années 1990, sous l’impulsion de gains de productivité vivaces, et aujourd’hui atone. L’OCDE estime qu’il faut six générations pour une famille modeste en France pour atteindre le niveau de vie moyen. C’est une de plus qu’aux États-Unis et presque deux de plus que la moyenne de ses membres. Et la raison en est simple : il est difficile de parvenir à augmenter son revenu quand il n’y a plus de croissance et que les dépenses contraintes prennent une place aussi fondamentale dans le budget des ménages. Et il est encore moins envisageable de parvenir à se constituer un patrimoine dans ces conditions.
     

    Mettre fin au déclassement 
     
    Nous avons donc, en délaissant le moteur principal de notre prospérité et en taisant sa chute lancinante, créé la crise sociale qui éclate sous nos yeux. Et en aucune manière une Taxe Zucman ou un autre artifice fiscal, en affectant notre compétitivité et l’investissement des entreprises, ne pourra y répondre. Pire, ce serait le meilleur moyen d’aggraver la situation. Or, la voie impérative à suivre consiste à renouer avec la croissance de notre productivité, par l’innovation et la concurrence. C’est la précieuse et heureuse leçon donnée par le prix Nobel d’économie 2025, tout juste attribué à Philippe Aghion. Espérons alors que son ordonnance soit massivement partagée par les médias, avec la même vigueur qu’ils l’ont fait pour les idées de Gabriel Zucman. Cela nous permettra de poser enfin le bon diagnostic sur les maux économiques de notre pays, et d’en finir avec ce débat lié à la justice fiscale qui ne fait que masquer l’ampleur du sentiment (justifié) de déclassement de nos concitoyens. 
     
    *Inégalités de patrimoine entre générations : les donations aident-elles les jeunes à s’installer ? Luc Arrondel, Bertrand Garbinti et André Masson, 2014 
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    Redémarrer le moteur français

    « De l’argent, il y en a. » La France se voit encore comme un pays riche, alors qu’elle enchaîne les prêts pour maintenir son train de vie. Un déni qui l’empêche de voir le vrai problème : le moteur de notre prospérité a calé.

    Rarement la construction d’un budget aura été aussi douloureuse. Responsabilisés par la situation politique, les députés devaient tricoter une loi de finances cohérente, en accord avec le contexte économique d’un pays fragilisé par un demi-siècle de déficits chroniques. À la place, ils ont laissé exulter leur surmoi fiscal sans aucune modération, rivalisant d’ingéniosité pour sécuriser la première place mondiale de la France en matière de prélèvements obligatoires.

    Si la nécessité de réduire drastiquement le déficit est immédiate, il est préjudiciable d’abandonner toute réflexion structurelle sur les causes ayant mené à cette situation.

    Il y a deux facteurs expliquant l’endettement de la France : le montant pharaonique de ses dépenses publiques, conséquence d’une omniprésence de l’intervention de l’État, et le déni sur la richesse réelle de notre pays.

    Imaginons un ménage qui, malgré des revenus devenus modestes par la faute d’aléas de la vie, continue de vivre comme durant ses années fastes : grand appartement, voiture de sport, restaurants étoilés. À force de dépenser plus qu’il ne gagne, ses dettes s’accumulent et chaque fin de mois devient un casse-tête. C’est exactement la situation de la France, qui continue d’avoir des dépenses, notamment sociales, dignes de pays largement excédentaires, alors que sa capacité à créer de la richesse s’est largement essoufflée.

    Nous sommes enfermés dans une hallucination collective, alimentée par des élus affirmant que la France est un pays suffisamment opulent — ou disposant de suffisamment de riches à taxer — pour maintenir son train de vie. Il n’est donc pas étonnant qu’en retour la principale demande des citoyens soit une augmentation de leur pouvoir d’achat. Or, ce dernier ne se décrète ni à Bercy ni à l’Assemblée : il se construit au sein des entreprises. Si un élu peut modifier à la marge le taux ou l’assiette d’un impôt ou d’une cotisation pour redistribuer la richesse à disposition, à dépenses équivalentes, il ne pourra se substituer au réel moteur de la hausse des salaires : la productivité.

    Ce concept un peu obscur est à la base de notre prospérité. La productivité reflète notre capacité à créer de la richesse sur un temps de travail donné. Un boulanger, par exemple, s’il produit 100 baguettes par heure, générant chacune 10 centimes de valeur ajoutée, aura alors une productivité horaire de 10 euros. Si, par l’amélioration de son art, le recours à un four plus performant ou la mise en place d’une meilleure organisation, il se met à en produire 150 par heure, alors sa productivité aura augmenté de 50 %. Il s’agit donc d’un indicateur mesurant l’efficacité réelle du temps de travail d’un salarié.

    Dans ce domaine, la France s’est toujours enorgueillie d’avoir la meilleure productivité horaire au monde. C’est hélas rigoureusement faux. Si l’on analyse les données de l’OCDE en la matière, l’Hexagone n’a jamais dépassé la cinquième place depuis 2000. Et depuis le Covid, il est tombé à la dixième position.

    Erwann Tison

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