A) - Iran : les sorties de crise impossibles d’une guerre qui risque l’enlisement
B) - La liberté des Iraniens est la nôtre
C) - Les peuples sacrifiés sur l’autel d’élites immatures et incompétents
D) - L’Iran défie l’empire : Trump déclare le nouveau Guide suprême « inacceptable »
E) - Iran : au nom du père et du fils
A) - Iran : les sorties de crise impossibles d’une guerre qui risque l’enlisement
Dix
jours après le début des bombardements israéliens et américains contre
l’Iran, une question revient désormais dans les chancelleries et les
opinions publiques depuis 48 heures : comment sortir de cette guerre qui
n’était censée durer que 4 jours et qui devait voir le régime iranien
disparaître ? Car si l’objectif affiché était soit d’affaiblir
durablement le régime iranien ou de le tuer, la réalité du terrain
rappelle une leçon que les puissances occidentales devraient connaître
depuis longtemps : les interventions extérieures, lorsqu’elles visent à
transformer un régime ou un système politique, produisent rarement les
effets escomptés. Voilà qu’on nous parle désormais de plusieurs
semaines. Mais pour faire quoi ? Abattre le régime et préparer la
transition ? Rien n’est moins sûr à ce stade.
Du Vietnam à l’Irak, de l’Afghanistan à la Libye, l’histoire récente
regorge d’exemples où la puissance militaire n’a pas suffi à produire
une solution politique durable. L’Iran n’est pas un petit État fragile.
C’est un pays de près de 90 millions d’habitants, doté d’un appareil
sécuritaire redoutable, d’une profondeur stratégique régionale et d’une
capacité de nuisance qui dépasse largement ses frontières. Et d’un
régime qui a mené une répression féroce contre son peuple qui
manifestait pacifiquement. Imaginons qu’il prenne les armes maintenant.
Dans le même temps, l’Iran reste traversé par une fracture profonde
entre une population qui, depuis des mois, manifeste son rejet d’un
régime vieux de quarante-sept ans, et un pouvoir qui ne survit que par
la coercition. Les Iraniens sont fatigués d’une République islamique qui
a transformé la révolution de 1979 en système autoritaire, mais ils
restent désarmés face à un appareil sécuritaire qui contrôle les centres
de pouvoir. Certains seraient assurément prêts à se sacrifier à
l’intérieur comme à l’extérieur pour revenir.
Dans ce contexte, invoquer abstraitement le droit international face à
des régimes qui n’en respectent aucune règle peut parfois apparaître
comme un luxe moral depuis les terrasses parisiennes ou les plateaux de
télévision, que l’histoire ne se permet pas toujours. Le
multilatéralisme et les Nations unies, devenus hélas largement
paralysés, servent désormais trop souvent de refuge rhétorique à des
régimes autoritaires qui invoquent la souveraineté pour protéger leurs
propres violations. La réalité est plus brutale : les rapports de force
dominent à nouveau la scène internationale. Comment faire revenir ce
droit dans ce contexte? Reste alors une autre question essentielle :
quels scénarios de sortie de crise sont réellement envisageables pour
l’Iran devant tant de difficultés ?
Le scénario improbable : la capitulation du régime
Le scénario le moins plausible reste celui d’une capitulation rapide
de l’Iran, accompagnée d’une fracture interne entre les Gardiens de la
révolution et le reste de l’appareil d’État. Ils iront jusqu’au bout. En
théorie, les frappes israéliennes et américaines pourraient provoquer
un choc suffisamment violent pour fissurer le régime. Certains imaginent
une rupture entre les militaires idéologiques et les élites politiques,
ouvrant la voie à une forme de reddition. Mais ce scénario ignore une
réalité fondamentale : les Gardiens de la Révolution ne sont pas
simplement une force militaire. Ils constituent une véritable oligarchie
politico-économique qui contrôle des pans entiers de l’économie
iranienne. Entreprises, banques, réseaux commerciaux, marchés parallèles
: leur pouvoir repose sur des fortunes colossales et des intérêts
matériels gigantesques.
Dans ce contexte, capituler reviendrait pour eux à tout perdre.
L’histoire montre que les régimes autoritaires, lorsqu’ils contrôlent à
la fois l’économie et l’appareil sécuritaire, survivent souvent bien
plus longtemps que prévu. Par ailleurs, la réaction iranienne a surpris
de nombreux observateurs. Malgré un appareil militaire vieillissant,
l’Iran a démontré sa capacité à riposter grâce à des instruments de
guerre du XXIᵉ siècle : drones, missiles bon marché, saturation
technologique. Ces armes à faible coût produisent un effet psychologique
majeur et illustrent la transformation des conflits contemporains : des
guerres asymétriques, longues et coûteuses pour ceux qui pensent
pouvoir les gagner rapidement. Le Golfe en a fait largement les frais
depuis dix jours.
Le piège stratégique d’une guerre sans plan politique
Un second scénario pose une question plus inquiétante encore : que se
passe-t-il si les bombardements ne débouchent sur aucune stratégie
politique claire ? Frapper un pays est une chose. Transformer son régime
en est une autre. Une intervention terrestre en Iran serait
probablement un désastre stratégique. La taille du territoire, la
densité de la population, la cohésion relative de l’appareil sécuritaire
et la topographie du pays rendraient toute occupation presque
impossible. Même les armées les plus puissantes du monde auraient les
plus grandes difficultés à contrôler un tel espace. C’est ici que le
calcul politique diverge entre Washington et Tel-Aviv. Pour Benjamin
Netanyahou, une confrontation directe avec l’Iran peut renforcer sa
stature politique. Une victoire militaire, même relative, pourrait peser
dans les élections israéliennes d’octobre. Pour Donald Trump, la
situation est bien différente. Son électorat reste profondément réticent
aux guerres longues et coûteuses. Les Américains n’ont ni passion
particulière pour l’Iran ni envie de voir leurs soldats mourir dans un
nouveau conflit au Moyen-Orient. Si l’engrenage militaire se prolonge,
la guerre pourrait rapidement devenir un fardeau politique pour la
Maison-Blanche. Les premières divergences ont vu le jour ce week-end
après les frappes israéliennes sur les puits de pétrole iraniens.
Netanyahou chercherait-il à empêcher Trump de sauter sur l’occasion d’un
bon deal avec le régime encore en place et à le maintenir pendant que
l’État hébreu veut s’en débarrasser coûte que coûte? Autrement dit :
plus le conflit dure, plus le risque est grand qu’il se retourne contre
Washington.
Le scénario du changement progressif
Un troisième scénario, plus incertain mais parfois évoqué, serait
celui d’un effondrement progressif du régime. Sous l’effet combiné des
sanctions, des frappes militaires et de l’épuisement interne, certaines
figures du régime pourraient progressivement être remplacées. Dans ce
contexte, la figure de Reza Pahlavi, fils du dernier Shah d’Iran,
réapparaît régulièrement dans les discussions sur l’avenir du pays comme
l’homme de la situation. Pourtant Donald Trump n’en est pas convaincu.
Et pour ses détracteurs, il serait l’homme des États-Unis et d’Israël.
Certains imaginent la mise en place d’une autorité de transition qui
préparerait une transformation politique. Mais cette perspective se
heurte à plusieurs obstacles majeurs. L’opposition iranienne est
profondément fragmentée. Monarchistes, libéraux, nationalistes,
mouvements étudiants, organisations marxistes : les visions de l’avenir
du pays sont multiples et parfois incompatibles. Et une question demeure
centrale : que faire des Gardiens de la révolution ? Les arrêter ? Les
juger ? Les intégrer à un nouvel ordre politique ? Les exiler ? Tous les
tuer? Aucune transition ne pourra ignorer leur poids alors qu’ils sont
encore soutenus par 20 % de la population, soit presque 20 millions
d’Iraniens.
Le scénario du durcissement et la fuite en avant
Le scénario le plus inquiétant reste celui d’un durcissement du
régime. Sous pression extérieure, les systèmes autoritaires ont souvent
tendance à se refermer. L’histoire de la Corée du Nord ou de Cuba montre
qu’un régime isolé peut survivre pendant des décennies en mobilisant
une rhétorique de siège permanent. La République islamique pourrait
s’engager dans une fuite en avant comparable. Le régime dispose d’un
puissant imaginaire de martyr chiite qui transforme la confrontation en
récit de résistance sacrée. Dans cette logique, la souffrance devient un
outil politique.
Un Iran encore plus radicalisé pourrait alors se retourner contre sa
propre population tout en multipliant les actions de déstabilisation
régionales. Attaques indirectes, milices, frappes asymétriques : la
stratégie du chaos deviendrait un instrument de survie.
Le risque est alors clair : une opération censée affaiblir le régime
pourrait finalement renforcer sa logique de siège et transformer les
Iraniens eux-mêmes en victimes d’un système encore plus brutal. Se
présenter en victimes et en martyrs est un puissant carburant pour
l’idéologie chiite.
La réalité est que personne ne sait réellement comment cette crise
peut se terminer. Certains présentent des scénarios avec une assurance
déconcertante comme s’ils lisaient dans le marc de café. L’Iran est un
pays complexe, traumatisé par près d’un demi-siècle de République
islamique, mais aussi traversé par des forces sociales et politiques que
l’on comprend encore mal. Entre l’effondrement du régime, sa
transformation progressive, une guerre prolongée ou un durcissement
autoritaire, toutes les trajectoires restent ouvertes. Et c’est
précisément ce qui rend la situation actuelle si dangereuse. Parce que
derrière les calculs stratégiques et les démonstrations de puissance, il
y a une réalité simple : l’avenir de près de 90 millions d’Iraniens est
en train de se jouer dans une guerre dont personne ne maîtrise vraiment
l’issue. Un adage dit souvent qu’il faut s’engager dans une guerre
quand on est sûr de la gagner…
Voici
une semaine qu’a commencé l’offensive américaine et israélienne contre
le régime iranien. Il n’aura pas fallu longtemps pour que des voix
s’élèvent pour en appeler au multilatéralisme et au droit international.
Or ces voix le plus souvent restèrent muettes au pire, ou enjoignirent à
la retenue au mieux, lorsque le pouvoir sanguinaire des mollahs
réprimait sauvagement son peuple quand celui-ci, dans la rue, défiait en
début d’année une dictature qui allait jusqu’à pendre des femmes et des
enfants de 16 ans.
On ne connaît pas encore précisément les chiffres de l’épouvantable
répression qui s’est abattue sur les manifestants iraniens de janvier,
mais l’on sait seulement que celle-ci fut massive, accompagnée de
nombreux actes de torture et de viol, et qu’elle est constitutive de
l’imputation de crime contre l’humanité.
À l’épreuve de cette réalité indéniable, les contempteurs de
l’intervention américano-israélienne ne manqueront pas de rappeler que,
nonobstant la férocité de la dictature islamique, c’est au peuple
iranien de se libérer lui-même et de disposer de la suite qu’il entend
donner à son pays une fois les héritiers de Khomeiny et de Khamenei
renversés. Dans ce contexte, sauf à considérer que les bourreaux soient
en mesure de lâcher prise devant l’ampleur de la mobilisation de leurs
opposants et qu’ils ne soient pas aveuglés par leur fanatisme
messianique, le peuple iranien est pris au triple piège de ses
oppresseurs, d’un « droit international » qui in fine protège d’abord
les mollahs et d’un multilatéralisme dont ces derniers usent pour
continuer à imposer leur ordre théocratique et totalitaire.
Les critiques à l’encontre des opérations militaires de Washington et
de Tel-Aviv n’ont d’autre solution à proposer in fine que le statu quo
et l’effacement du peuple iranien. Elles sont tout à la fois les fruits
du renoncement pour les adeptes d’une realpolitik minorant le facteur de
dangerosité, pourtant attesté par près d’un demi-siècle d’histoire, de
la République islamique ; de la fascination pour l’islamisme
révolutionnaire avec laquelle certaines forces radicalisées à gauche et
plus encore à l’ultra-gauche ont noué un pacte implicite ; et de la
détestation conjointe de l’État d’Israël d’un côté et du trumpisme de
l’autre… Mahnaz Shirali, dans l’interview (« Iran : l’offensive
américano-israélienne peut-elle provoquer la chute du régime ? »)
qu’elle a accordée à notre publication, rappelle justement cette
dernière évidence lorsqu’à une question sur la comparaison avec la
situation irakienne de 2003, elle réfute le parallèle : « Dans le débat
français, ces analogies sont souvent nourries par un anti-américanisme
réflexe, auquel s’ajoute parfois un facteur politique conjoncturel lié à
la figure de Donald Trump. »
Tout compte fait, et quand bien même tout engagement militaire
comporte son lot d’aléas, il n’existe que peu d’arguments audibles aux
tergiversations des uns et aux défiances des autres dès lors qu’un
peuple est non seulement en danger, mais que cette mise en danger est
portée par une matrice des plus agressives et des plus déstabilisatrices
dans l’ordre géopolitique de ce dernier demi-siècle. Le combat des
Iraniens pour leur libération est indissociable de nos valeurs ; et il
est regrettable que les démocraties européennes, en dépit pour certaines
d’entre elles de leurs désaccords avec l’allié américain — qui le reste
encore —, ne le comprennent pas mieux et plus vite.
Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire,
Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université,
essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient
régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ?
(Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du
discours public et les évolutions de la vie politique française.
C) - Les peuples sacrifiés sur l’autel d’élites immatures et incompétents
Une course américaine improvisée face au chaos au Moyen-Orient
Alors que le monde s’enfonce dans une escalade géopolitique sans précédent, l’article publié sur Réseau International le 8 mars 2026, intitulé « Une course contre la montre », décrit avec précision le chaos logistique dans lequel les États-Unis se sont jetés.
Les Américains tentent désespérément
d’envoyer le porte-avions George H.W. Bush et trois destroyers
supplémentaires vers le Moyen-Orient, dans un patchwork improvisé de
ravitaillement et de déploiement.
Cette « course » n’est pas une opération militaire classique :
c’est une improvisation frénétique face à la fermeture partielle du
détroit d’Ormuz, aux attaques sur les infrastructures pétrolières et à
la riposte iranienne. Le baril de Brent a flambé jusqu’à 120 dollars
avant de redescendre légèrement, mais les effets sont déjà
catastrophiques sur l’économie mondiale.
Des dirigeants immatures et incompétents imposent leurs guerres aux peuples
Pourtant, derrière cette course technique se cache une réalité plus
sombre : tout cela est imposé aux peuples par des dirigeants totalement
immatures et incompétents.
Ni Biden hier, ni Trump aujourd’hui aux
États-Unis, ni Emmanuel Macron en France, ni les technocrates de
Bruxelles n’ont mesuré les conséquences de leurs décisions.
Ils jouent aux apprentis sorciers avec des conflits qu’ils ont contribué à provoquer ou à entretenir, et ce sont les citoyens ordinaires qui paient l’addition. Les
Français, en particulier, ne doivent pas régler une facture qui n’est
pas la leur. Exactement comme en Ukraine, où le peuple paie depuis trois
ans le prix fort d’un conflit transformé en guerre par procuration entre grandes puissances.
Comme en Ukraine : une addition que les Français refusent de payer
Rappelons les faits. En Ukraine, des milliards d’euros ont été
déversés par l’Europe, dont la France, pour financer des armes, des
sanctions et une économie de guerre. Résultat ? Inflation galopante,
énergie hors de prix et une précarité qui s’installe durablement.
Aujourd’hui, avec le nouveau front au Moyen-Orient, la même logique se
répète. Le conflit israélo-américano-iranien, qui a éclaté fin février
2026, provoque une hausse vertigineuse des prix du pétrole. Et qui en subit les conséquences directes ? Pas les élites de Washington ou de Paris, mais les ménages français.
Macron envoie une armada : la France précipitée dans la guerre
Emmanuel Macron porte une lourde responsabilité dans cette spirale.
Alors que la France aurait dû rester en dehors de ces aventures, le
président a choisi d’envoyer une véritable armada – navale et terrestre – au risque de précipiter notre pays dans la guerre. Dans le cadre de la « coalition des volontaires »
pour l’Ukraine, il a annoncé le déploiement potentiel de plusieurs
milliers de soldats français après un éventuel cessez-le-feu, mais aussi
un soutien logistique et naval accru au Moyen-Orient pour « sécuriser les intérêts européens
». Des porte-avions, des frégates, des troupes : une posture offensive
qui n’a rien à voir avec la défense du territoire national. Cette
décision unilatérale, prise sans véritable débat démocratique, multiplie
les risques d’escalade. Un incident dans le Golfe ou en mer Noire, et la France se retrouve directement impliquée.
Immaturité ? Incompétence ? Les deux. Macron agit comme un chef de
guerre en herbe, oubliant que la France n’est pas une superpuissance et
que son peuple n’a jamais voté pour cela.
Le Parlement impuissant : un contre-pouvoir défaillant
Le plus grave, c’est l’incapacité totale du Parlement à jouer son
rôle de contre-pouvoir. L’Assemblée nationale et le Sénat, censés
contrôler l’exécutif, se sont une nouvelle fois révélés impuissants.
Lors des débats sur le soutien à l’Ukraine et sur la posture française
au Moyen-Orient, les macronistes ont verrouillé les votes, les
oppositions de droite et de gauche ont grogné… mais personne n’a osé
bloquer les crédits militaires ou exiger un référendum. Le RN et la
France Insoumise ont dénoncé le risque, mais sans effet concret. Résultat : Macron envoie des navires et prépare des troupes sans que le peuple soit consulté.
C’est la démocratie confisquée. Le
Parlement, au lieu de protéger les intérêts nationaux, valide
passivement une politique qui expose la France à des représailles et à
une crise économique majeure.
Flambée des carburants : un coup de massue sur le quotidien
Et les conséquences arrivent déjà, concrètes, brutales, quotidiennes.
D’abord, la montée en flèche des prix des carburants. Selon les
données du ministère de l’Économie et des relevés AFP de mars 2026, le
gazole a bondi de 28 centimes en dix jours pour atteindre en moyenne 2
euros le litre, dépassant même les 2,10 € dans certaines stations. Le SP95-E10 suit avec +11 à 15 centimes, flirtant avec 1,85 €. La raison ? Directement liée à la « course contre la montre
» américaine décrite par Réseau International : fermeture partielle du
détroit d’Ormuz, craintes de pénurie et baril qui a frôlé les 120
dollars. En France, pays où 80 % des déplacements quotidiens dépendent
de la voiture, particulièrement en France périphérique (ruralité,
petites villes, zones industrielles), cette hausse est un coup de massue. Les
artisans, les livreurs, les aides-soignantes qui font 50 km par jour,
les familles qui vont travailler : tous voient leur budget exploser de
50 à 100 euros par mois.
Interdiction de remplir les bidons : punir les citoyens qui se protègent
Pire : face à la panique, certaines stations-service et arrêtés
préfectoraux ont commencé à interdire ou à limiter le remplissage de
bidons et jerricans. Officiellement pour « éviter les pénuries et les risques de stockage dangereux », mais en réalité pour empêcher les Français de se constituer des réserves face à une crise que les dirigeants ont eux-mêmes aggravée.
En 2022, lors des grèves, des départements avaient déjà pris des
mesures similaires. Aujourd’hui, avec la guerre au Moyen-Orient, la même
logique revient : on interdit au peuple de se protéger pendant que les
élites continuent leur partie de poker géopolitique. Un particulier peut
théoriquement emporter jusqu’à 333 litres d’essence dans des contenants
homologués… sauf quand un préfet décide le contraire. Amende de 150 € à
la clé. C’est le symbole parfait de l’incompétence : on crée la crise, puis on punit ceux qui tentent d’y survivre.
Coût de la vie en hausse : la France périphérique plongée dans la précarité
Le coût de la vie,
lui, augmente encore et frappe de plein fouet les ménages de la France
périphérique. L’Insee et les rapports sur le mal-logement 2026 le
confirment : le taux de pauvreté remonte, atteignant des niveaux inédits
depuis trente ans dans les zones rurales et périurbaines. L’essence
chère, c’est l’alimentation qui renchérit (transport des marchandises),
le chauffage qui coûte plus (fioul et gaz liés au pétrole), les
déplacements professionnels qui deviennent insoutenables. Dans la France
des ronds-points, celle des Gilets jaunes de 2018 qui n’ont jamais
disparu, les fins de mois sont déjà un calvaire.
Une famille modeste avec deux enfants,
vivant à 30 km d’une ville moyenne, voit son budget carburant passer de
250 à 350 euros par mois (Cf. 1&2).
Ajoutez l’inflation sur l’alimentation (+8 % sur un an) et les loyers
qui ne baissent pas, et c’est la précarité assurée. Les associations
alertent : 650.000 personnes supplémentaires sont tombées sous le seuil
de pauvreté en un an. Les « passoires thermiques » (logements mal isolés), les expulsions, la dépendance à la voiture : tout s’aggrave.
Une double peine et l’urgence de reprendre le contrôle
Ces dirigeants immatures nous imposent une double peine.
D’un côté, ils nous entraînent dans des
guerres qui ne sont pas les nôtres – Ukraine hier, Moyen-Orient
aujourd’hui – en envoyant armes, argent et bientôt des soldats.
De l’autre, ils refusent d’assumer les
conséquences : pas de bouclier carburant massif, pas de gel des prix,
pas de véritable aide aux plus fragiles.
Le chèque énergie est raboté, MaPrimeRénov’ suspendu dans les faits. Pendant ce temps, le Parlement regarde ailleurs. Où
est le contre-pouvoir ? Où sont les députés qui devraient exiger un
débat sur l’envoi de troupes ou sur les sanctions qui nous ruinent ?
La course contre la montre décrite par Réseau International n’est pas
seulement américaine. Elle est mondiale, et la France y est embarquée
de force. Les peuples n’ont rien demandé. Les Français n’ont pas voté
pour financer indéfiniment le conflit ukrainien ni pour risquer
l’escalade au Moyen-Orient.
Ils ne veulent pas payer l’addition d’une politique étrangère néoconservatrice qui a déjà échoué partout.
Il est temps de le dire clairement : assez. Les élites immatures et incompétentes qui nous gouvernent doivent rendre des comptes.
Le Parlement doit redevenir un véritable contre-pouvoir, capable de
bloquer les crédits de guerre et d’imposer un référendum sur ces
engagements militaires. Les Français ne sont pas des vaches à lait pour les aventures géopolitiques de Washington ou de l’Élysée.
Comme en Ukraine, où le peuple est broyé depuis des années, nous
refusons de payer pour des guerres qui ne servent que les intérêts des
lobbies et des idéologues.
La précarité qui s’installe en France périphérique n’est pas une fatalité climatique ou économique. Elle est politique.
Elle est le résultat direct de choix irresponsables. Hausse des carburants, interdictions de « stockage« , coût de la vie qui explose : tout converge vers un même constat. Les dirigeants nous mènent droit dans le mur, et c’est nous qui trinquerons.
La course contre la montre est lancée. Mais cette fois, ce n’est pas
pour déployer des porte-avions. C’est pour que le peuple reprenne le
contrôle avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit
définitivement précipitée dans une guerre qu’elle n’a pas choisie et une
précarité qu’elle ne mérite pas.
D) - L’Iran défie l’empire : Trump déclare le nouveau Guide suprême « inacceptable »
Un acte de souveraineté qui fait trembler Washington
Le 8 mars 2026, l’Assemblée des experts iranienne a nommé Mojtaba
Khamenei, fils du regretté Ayatollah Ali Khamenei tué dans des frappes
américano-israéliennes, comme nouveau Guide suprême de la République
islamique.
Cette décision, prise conformément à la
Constitution iranienne, est un acte pur de souveraineté nationale au
cœur d’un conflit armé ouvert.
Elle intervient après des semaines de chaos où les États-Unis et Israël ont mené une campagne militaire intense baptisée « Operation Epic Fury
». Au lieu de respecter ce choix interne, le président américain Donald
Trump a immédiatement réagi avec une virulence rare : « Khamenei’s
son is unacceptable to me. We want someone that will bring harmony and
peace to Iran… I have to be involved in the appointment. » (Le
fils de Khamenei est inacceptable à mes yeux. Nous voulons quelqu’un qui
apporte l’harmonie et la paix à l’Iran… Je dois être impliqué dans
cette nomination.).
Dans des interviews accordées à Axios et ABC News, Trump a été encore plus explicite : « He’s going to have to get approval from us. If he doesn’t get approval from us, he’s not going to last long. » Il a comparé la situation à celle du Venezuela, où, selon lui, il avait personnellement influencé les choix de dirigeants. « They are wasting their time. Khamenei’s son is a lightweight » (Ils perdent leur temps. Le fils de Khamenei est un incapable.), a-t-il ajouté,
sous-entendant que Washington se réserve
le droit de veto sur la succession politique d’un pays souverain de 90
millions d’habitants.
Cette déclaration n’est pas une simple boutade de campagne : elle révèle une mentalité impérialiste profonde, celle d’une superpuissance qui se croit autorisée à dicter qui peut ou ne peut pas gouverner ailleurs dans le monde.
Cette posture n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une longue
tradition où les États-Unis, et parfois leurs alliés européens,
s’arrogent le rôle de juge suprême des nations. Le peuple iranien,
pourtant en première ligne des souffrances causées par les sanctions et
les bombardements, voit ses institutions constitutionnelles foulées aux
pieds par des déclarations venues de Washington. Au nom de la « démocratie » et de la « paix », on impose en réalité un droit de regard qui nie la volonté populaire et les processus internes.
L’impérialisme américain ne se contente
plus d’intervenir militairement ; il prétend désormais superviser les
successions politiques comme un suzerain d’un autre âge.
La réponse de la Chine : un rappel cinglant à la souveraineté
Face à cette arrogance, la réaction de Pékin a été immédiate et
ferme. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo
Jiakun, a déclaré lors d’une conférence de presse le 9 et le 10 mars
2026 : « La décision a été prise par la partie iranienne conformément à
sa Constitution. » Il a ajouté que la Chine « s’oppose à toute ingérence
dans les affaires intérieures d’autres pays sous quelque prétexte que
ce soit » et qu’elle « respecte la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Iran
». Pékin a explicitement rejeté toute tentative de cibler le nouveau
Guide suprême, qualifiant les menaces américaines et israéliennes
d’inacceptables (voir ici et ici).
Ce positionnement n’est pas seulement
diplomatique : il marque la fin d’une époque où les États-Unis pouvaient
impunément décider du sort des nations.
La Chine, en invoquant le droit international et la non-ingérence, défend non seulement l’Iran mais l’ensemble du Sud global.
Elle rappelle que les peuples ont le droit de choisir leurs dirigeants
sans aval de la Maison-Blanche. Cette réponse résonne comme un coup de
semonce : l’ordre unipolaire américain, où Washington nommait ou destituait les leaders à sa guise, est en train de s’effondrer. Les BRICS et les puissances émergentes ne tolèrent plus que l’Occident se comporte en maître du monde.
L’Europe, quant à elle, reste
étrangement silencieuse ou complice. Aucune condamnation forte n’est
venue de Bruxelles ou des capitales occidentales.
Au contraire, certaines déclarations européennes reprennent en écho
le narratif américain, justifiant les interventions au nom de la « sécurité » ou des « droits de l’homme
». Cette complicité révèle un impérialisme partagé : les États-Unis
mènent la charge, l’Europe fournit le vernis légal ou logistique via
l’OTAN. Ensemble, ils pensent encore pouvoir imposer leur vision du
monde, au mépris des peuples qui subissent les conséquences : pauvreté,
instabilité, migrations forcées.
L’impérialisme américain : une persistance décennale qui ignore les peuples
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont
multiplié les ingérences, souvent sous des prétextes humanitaires ou
sécuritaires. On recense des centaines d’interventions militaires ou
clandestines : renversements de gouvernements légitimes, soutiens à des
coups d’État, sanctions économiques dévastatrices. L’objectif ? Non
pas la démocratie, mais le contrôle des ressources, des routes
commerciales et des orientations politiques. Le peuple devient une
variable secondaire ; ce qui compte, c’est que le dirigeant choisi à Washington serve les intérêts de Wall Street ou du Pentagone.
En 1953, la CIA orchestre l’opération Ajax pour destituer le Premier
ministre iranien Mohammad Mossadegh, coupable d’avoir nationalisé le
pétrole. On installe le Shah, un régime autoritaire qui sert les
intérêts pétroliers américains. En 1954, au Guatemala, même scénario :
Jacobo Árbenz est renversé pour protéger la United Fruit Company.
Des dizaines d’exemples similaires jalonnent l’histoire : Indonésie en
1965, Chili en 1973 avec Pinochet, Nicaragua avec les Contras.
Chaque fois, le discours officiel parle de « liberté » ; la réalité est celle d’un impérialisme qui impose ses pions, quitte à plonger des nations entières dans le chaos.
Les années 2000 n’ont rien changé : Irak 2003 sur de faux prétextes d’armes
de destruction massive, Libye 2011 où l’intervention OTAN transforme un
pays stable en terrain de milices et d’esclavage. Chaque fois, les peuples paient le prix fort : centaines de milliers de morts, économies ruinées, sociétés fracturées.
L’impérialisme américain ne respecte ni la souveraineté ni la volonté
populaire. Il pense que le monde lui appartient et que les chefs d’État
doivent obtenir son « approbation » pour durer.
Le Venezuela : laboratoire de l’ingérence et des souffrances imposées
Le parallèle avec le Venezuela est saisissant. Là aussi, Washington a
tenté de choisir le dirigeant à la place du peuple. Reconnaissance
unilatérale de Juan Guaidó en 2019, sanctions pétrolières dévastatrices
qui ont fait chuter le PIB par habitant de 62 % et la production de
pétrole de 75 %, blocus naval, menaces d’invasion. L’opération a culminé
avec la capture de Nicolás Maduro en janvier 2026 sous prétexte de narcotrafic. Trump s’est même vanté d’avoir « personnellement impliqué » dans les choix de succession.
Le résultat ? Un pays ruiné, une population plongée dans la misère,
des millions de réfugiés. Jeffrey Sachs, économiste de renom, a dénoncé devant le Conseil de sécurité de l’ONU cette violation flagrante de la Charte des Nations unies. Il a rappelé que l’article 2(4) interdit l’usage de la force ou la coercition contre l’intégrité politique d’un État.
Les sanctions, les opérations de renseignement, le gel d’actifs : tout
cela constitue une guerre économique illégale qui fait souffrir le
peuple ordinaire. Sachs a averti : sans condamnation, l’ONU perdra toute
crédibilité et le monde basculera dans l’anarchie des grandes
puissances.
L’« équipe Amérique »
est de retour, mais sans stratégie à long terme. On destitue, on impose
un leader fantoche, puis on laisse le chaos s’installer. Pas de plan
Marshall, pas de reconstruction : seulement l’exploitation des
ressources (pétrole, or) au profit des multinationales. Le peuple
vénézuélien, comme tant d’autres, paie le prix de cette arrogance.
L’impérialisme américain transforme les nations en terrains de jeu
géopolitique, au détriment des vies humaines.
Marco Rubio et la nostalgie de l’empire occidental
Au forum de Munich, Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a lâché le morceau : « L’Amérique va restaurer l’empire occidental… avec ou sans vous. » Il a regretté la fin des « cinq siècles de glorieux empires occidentaux » et appelé l’Europe à suivre Washington ou à être reléguée au rang de pion jetable. Plus
question de multipolarité : on revient à l’unipolarité des années 1990,
où les États-Unis décidaient seuls du sort du monde.
Cette déclaration expose crûment la mentalité impérialiste. L’Europe,
affaiblie et dépendante, est sommée de s’aligner. Les élites
européennes, souvent compromises, acceptent cette hiérarchie humiliante.
Ensemble, États-Unis et Europe pensent pouvoir continuer à nommer ou
destituer les dirigeants : en Iran aujourd’hui, au Venezuela hier,
ailleurs demain. Le peuple n’a pas voix au chapitre ; seule compte la
fidélité à l’empire.
L’arrogance navale : les États-Unis, police autoproclamée des mers
Cette mentalité s’étend aux océans. Les États-Unis se comportent en « police autoproclamée des mers », saisissant des pétroliers vénézuéliens en eaux internationales, imposant des blocus, menaçant le détroit d’Ormuz. Ces actes violent la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Ils
visent à contrôler les flux énergétiques et à punir les nations
récalcitrantes. L’arrogance menace la paix mondiale : confrontations en
mer de Chine, risques d’escalade avec la Russie et la Chine.
L’impérialisme ne se limite plus à la terre : il veut dominer les
routes maritimes et, par extension, les économies et les politiques
intérieures. Le message est clair : obéissez ou nous coupons vos
approvisionnements. Les peuples, encore une fois, subissent les hausses de prix, les pénuries, l’instabilité.
L’Europe complice : un impérialisme à deux têtes
L’Europe n’est pas spectatrice. Via l’OTAN, elle a participé à la
plupart des aventures américaines : bombardements en Yougoslavie, Libye,
Syrie. Elle impose des sanctions alignées sur Washington, même quand
elles affament des populations. À Bruxelles, on parle de « valeurs » pour justifier ce qui n’est que la poursuite d’intérêts géopolitiques.
L’Europe, junior partner, accepte que les États-Unis décident pour elle et pour le reste du monde.
Cette complicité aggrave l’arrogance collective : l’Occident pense encore pouvoir imposer ses dirigeants fantoches partout.
Vers le réveil des peuples : la fin de l’impérialisme ?
L’affaire iranienne marque un tournant. L’Iran a osé défier Trump. La
Chine a posé les limites. Le Venezuela résiste encore malgré les coups.
Partout, du Sud global à l’Europe de l’Est, les peuples rejettent cette
tutelle. Les BRICS proposent une alternative : respect de la souveraineté, non-ingérence, coopération égalitaire.
L’impérialisme américain et européen, en
pensant dicter les chefs d’État, provoque son contraire : un monde
multipolaire où les nations reprennent leur destin en main.
Les peuples ne veulent plus être des pions. Ils veulent choisir leurs
dirigeants librement, sans approbation de Washington ou de Bruxelles.
Un avertissement pour l’Occident
Trump peut menacer tant qu’il veut : le nouveau Guide suprême est en place. La Chine veille. L’histoire montre que l’arrogance impériale finit toujours par se briser sur la volonté des peuples.
Les interventions au Venezuela, en Irak, en Libye ont laissé des ruines
et des haines durables. En Iran, le scénario risque de se répéter.
L’Occident doit choisir : respecter la souveraineté ou affronter un
soulèvement global. Les peuples ne tolèrent plus que des puissances
étrangères décident qui les gouverne. L’ère où l’Amérique et l’Europe s’arrogeaient ce droit touche à sa fin. L’Iran d’aujourd’hui en est le symbole éclatant.
La
révolution iranienne promettait d’en finir avec les dynasties et les
privilèges du sang. Quarante-sept ans plus tard, la république islamique
fonctionne comme un système mafieux où le pouvoir, les postes et les
richesses circulent entre quelques familles – Khamenei, Khomeini,
Larijani, Rafsandjani –, soudées par les alliances et les héritages.
C’est une aristocratie où les noms ont parfois plus de pouvoir que les
institutions.
Renverser le Shah en 1979 pour en finir avec le pouvoir dynastique et
les privilèges héréditaires… Vraiment ? La République islamique d’Iran
est en effet censée être dirigée par des principes religieux et
révolutionnaires devant lesquels les hommes, austères et pieux,
s’effacent, hostiles aux richesses excessives et au luxe tapageur. Mais
dans les faits, une petite élite a confisqué le pouvoir et une part
immense des richesses du pays. Cette élite fonctionne comme une caste
fermée : les mêmes familles occupent les postes clés de la politique, de
la sécurité et de l’économie, contrôlent les fondations religieuses,
placent leurs proches aux postes importants, et leur argent… en Europe.
Les privilèges qu’ils ont dénoncés hier sont devenus les leurs. Leur
logique n’est plus celle d’une révolution ou d’une république à la
pureté islamique. C’est un système de prédation et de préservation des
biens mal acquis. Ils contrôlent l’argent, imposent une hiérarchie
stricte où le manque de loyauté peut être puni de mort, utilisent
l’intimidation, la répression et le meurtre pour faire taire les
opposants, garder le pouvoir et ses avantages. C’est un système mafieux.
Et voilà que le fils succède au père. Le nouveau guide suprême,
désigné par une assemblée d’experts censée représenter l’autorité
religieuse du pays, n’est autre que Mojtaba Khamenei, le fils d’Ali
Khamenei, tué par une frappe. Le symbole est brutal : comme dans une
monarchie, le pouvoir se transmet par le sang et, comme dans une
dictature absolue, il se maintient par le sang. Le premier coule dans
les veines de l’héritier, le second – celui des opposants – coule dans
les rues. Pour les Iraniens, c’est un coup de massue.
Motjaba Khamenei, c’est le prince de l’ombre, jusque-là sans grand
ministère et sans carrière politique connue, visible. C’est un homme du
sérail, un homme de réseaux, de coulisses, d’intrigues et de coups bas.
Un ultraconservateur, religieux de 56 ans à la foi tranchante comme une
lame, très proche des Gardiens de la révolution. Motjaba est un stratège
opaque et dur, un pur produit du système. C’est aussi l’homme des
grandes fortunes ; Dans Paris-Téhéran : le Grand Dévoilement, coécrit
avec Emmanuel Razavi et publié aux Éditions du Cerf (mars 2026), nous
rappelons une enquête sur son empire financier considérable. Cette
enquête a été notamment citée par le média américain Bloomberg et par
Courrier International :
“Le schéma est toujours à peu près le même : « À travers des sociétés
écrans et des acquisitions immobilières au nom de parties tierces à
Londres, Francfort ou Dubaï, le fils de l’ayatollah Ali Khamenei, soumis
à des sanctions américaines depuis 2019, a réussi à tisser au fil des
ans un vaste réseau d’investissements occultes et lucratifs. Cet empire
financier, qui s’étend « du transport maritime dans le golfe Persique
aux comptes bancaires suisses, en passant par l’immobilier de luxe
britannique », a permis « d’acheminer des fonds – estimés à plusieurs
milliards de dollars – vers les marchés occidentaux, malgré les
sanctions américaines… ». Petit détail qui, lui aussi, vaut son pesant
d’or : Courrier International et Bloomberg précisent que les « fonds
ayant servi à ces transactions proviennent principalement des ventes de
pétrole iranien (soumis aussi à des sanctions) et ont transité, toujours
selon les mêmes sources, par des comptes bancaires au Royaume-Uni, au
Liechtenstein et aux Émirats arabes unis ». Un pillage systématique des
ressources du pays, donc, à des fins d’enrichissement personnel. Sans
aucun frémissement de conscience.”
Comme quoi on peut invoquer Dieu et se confier aux banques occidentales…
Pourtant, la nomination de Mojtaba Khamenei répond à une logique,
celle d’une monarchie religieuse tenue par quelques familles. Les fils,
les frères, les cousins occupent les postes clés et les réseaux
familiaux structurent le pouvoir.
Dans la famille de l’ayatollah Khomeini, Guide suprême de 1979 à
1989, fondateur de la République islamique, et dont le nom reste une
monnaie politique, on trouve Hassan, son petit-fils. Clerc chiite très
influent, il est le gardien du mausolée de son grand-père, un poste très
symbolique qui lui donne une influence politique et religieuse
considérable. On le dit plus modéré que les conservateurs du clan
Khamenei. Son père, Ahmad, a été l’un des principaux collaborateurs
politiques de Khomeini. Dans l’ombre lui aussi, il agissait souvent
comme un intermédiaire entre le Guide suprême et les institutions du
régime, ce qui évidemment lui donnait un pouvoir considérable.
Dans la famille Larijani, on trouve bien sûr Ali : Président du
parlement iranien de 2000 à 2008, ancien secrétaire du Conseil suprême
de la sécurité nationale et négociateur nucléaire de l’Iran, ancien
ministre de la Culture et directeur de la télévision d’État. C’est un
homme fort du régime, dont la fille vit par ailleurs aux États-Unis.
L’un de ses frères, Sadegh, a été le redouté chef du pouvoir judiciaire
de 2009 à 2019. Il est aussi membre du Conseil des gardiens et du
Conseil de discernement, en plus d’être un clerc influent de l’appareil
religieux. Un autre frère, Mohammad Javad, a été vice-ministre des
Affaires étrangères et responsable du … Conseil iranien des droits de
l’homme… Un troisième frère, Bagher, a occupé ou occupe encore des
postes élevés dans le système de santé iranien (ex-vice-ministre de la
Santé, dirigeant d’instituts médicaux, etc.).
Dans la famille d’Akbar Hashemi Rafsanjani, président iranien de 1989
à 1997, il y a sa fille d’abord : Faezeh Hashemi Rafsanjani, députée
réformatrice du régime. Quant à son fils, Mehdi, il a été impliqué dans
quelques affaires politiques et judiciaires qui l’ont probablement
freiné dans sa carrière…
Encore un exemple, un dernier. Ancien président du parlement,
conseiller d’Ali Khamenei, le précédent Guide suprême, Gholam-Ali
Haddad-Adel, idéologue du régime, est un homme redoutable et redouté. En
2004, sa fille, Zhara, a épousé Motjaba Khamenei, l’héritier du trône
islamique, renforçant ainsi l’alliance entre deux grandes familles du
pouvoir. Elle a été tuée le 26 février 2026 dans la frappe qui a coûté
la vie à ses beaux-parents, Ali Khamenei et Mansoureh Khojasteh
Bagherzadeh.
On pourrait ainsi continuer à dérouler longtemps la liste des clans
et des lignées qui se partagent le pouvoir, du sommet de l’État
jusqu’aux étages intermédiaires du régime. Mais l’essentiel est là :
dans la République islamique, le sang sert deux fois le pouvoir : il le
transmet entre héritiers et le protège en faisant couler celui des
opposants.
A) - le Comité judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis accuse l’UE d’ingérence
B) - La France rappelée à l’ordre par l’UE : une ingérence au détriment de notre souveraineté énergétique ?
A) - le Comité judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis accuse l’UE d’ingérence
Le 3 février 2026, le Comité judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis, dirigé par les Républicains, a publié un rapport intérimaire intitulé The
Foreign Censorship Threat, Part II: Europe’s Decade-Long Campaign to
Censor the Global Internet and How It Harms American Speech in the
United States (Un nouveau rapport révèle une campagne menée pendant dix
ans par la Commission européenne pour censurer la parole américaine.).
Ce document de 160 pages accuse la
Commission européenne d’avoir orchestré une campagne de censure à long
terme, influençant les politiques de modération de contenu des grandes
plateformes numériques comme TikTok, Meta, Google et X (anciennement
Twitter).
Selon le rapport, ces pressions, exercées via des outils comme le Digital Services Act (DSA),
des codes de conduite sur la désinformation et plus de 100 réunions non
publiques depuis 2020, visent à supprimer des discours légaux sur des
sujets sensibles tels que la migration, l’idéologie de genre, les
politiques COVID-19 et la méfiance institutionnelle. Les auteurs
affirment que ces mesures, souvent présentées comme des combats contre
la « haine » ou la « désinformation », entraînent une censure globale qui affecte même les utilisateurs américains, créant un « effet Bruxelles » où les régulations européennes imposent des normes uniformes au monde entier.
Ce rapport, aligné sur des figures républicaines comme le président
du comité Jim Jordan, allègue également une ingérence dans des élections
européennes et non-européennes, en citant des exemples comme les
élections en Slovaquie, aux Pays-Bas, en France, en Roumanie et en Moldavie.
Par exemple, il pointe des pressions pour censurer des contenus
populistes ou conservateurs, comme des déclarations sur le genre ou la
migration, via des « signaleurs de confiance » alignés sur des
ONG de gauche et des régulateurs nationaux. Le document estime les coûts
de conformité annuels pour les États-Unis à 97,6 milliards d’euros et
met en garde contre une équivalence entre vues conservatrices et
extrémisme, freinant l’innovation.
La réponse de l’union européenne : un rejet catégorique
La Commission européenne a rapidement réagi, qualifiant les allégations de « pure nonsense« , « complètement infondées », « absurdes » et « sans fondement ».
Le porte-parole aux affaires numériques, Thomas Regnier, a insisté sur
le fait que le DSA vise à protéger les utilisateurs contre les contenus
illégaux et la désinformation, sans cibler des vues politiques
spécifiques, et promeut la transparence et la responsabilité. L’UE
souligne que le rapport ignore des menaces réelles, comme l’ingérence
russe en Roumanie, et voit dans ces accusations une motivation politique liée à l’administration Trump. Des groupes de droits numériques européens, comme Bits of Freedom, appellent à une mise en œuvre renforcée du DSA malgré les intimidations américaines, y compris des interdictions de voyage imposées à des chercheurs européens en désinformation.
Critiques et analystes, tels que ceux de TechPolicy.Press,
soulignent que le rapport pourrait mal interpréter des décisions comme
l’amende de 120 millions d’euros infligée à X pour manque de
transparence, la voyant comme une « prétexte pour la censure »
plutôt qu’une mesure de protection des utilisateurs. L’UE défend que la
liberté d’expression est un droit fondamental protégé par le DSA, et que
les actions visent à contrer des menaces réelles comme la manipulation
étrangère.
L’opinion publique en France : une défiance croissante
Malgré les critiques du rapport, les sondages récents indiquent une
défiance accrue des Français envers l’Union européenne, avec une opinion
qui reste partagée mais tend vers plus de scepticisme. Selon le dernier Eurobaromètre publié en février 2026, 29 % des Français interrogés expriment une opinion négative de l’UE,
en hausse par rapport au printemps 2025 (25 %), tandis que 33 % ont une
image neutre et 38 % une opinion positive, plaçant la France parmi les
pays les plus critiques au sein de l’UE, aux côtés de la Grèce et de la
République tchèque. Des nuances persistent : un baromètre Verian pour
Le Monde en janvier 2026 révèle que 42 % des Français adhèrent aux
idées du Rassemblement National (RN), un record qui reflète une montée
de l’euroscepticisme. Un sondage exclusif de décembre 2024 pour Le Grand Continent montre
que 26 % des Français souhaitent quitter l’UE, le taux le plus élevé
parmi cinq pays européens sondés, bien que 65 % veuillent rester, avec
des préoccupations marquées sur l’immigration et l’économie. Par
ailleurs, un sondage IPSOS de
décembre 2025 met en lumière un pessimisme général, avec seulement 41 %
des Français s’attendant à une amélioration en 2026, bien en deçà de la
moyenne mondiale. Le Politico Poll of Polls confirme un soutien mitigé à l’UE, teinté de doutes sur des enjeux comme l’immigration et l’économie.
Aspects économiques : coûts et critiques pour la France
Sur le plan économique, l’UE est souvent critiquée pour ses coûts
élevés imposés à la France, avec des prévisions qui peignent un bilan
plutôt sombre, marqué par une croissance faible et une dette publique en
hausse constante. La Commission européenne prévoit une
croissance du PIB français de seulement 0.7 % en 2025, 0.9 % en 2026 et
1.1 % en 2027, freinée par l’incertitude politique, les ajustements
fiscaux et une consolidation budgétaire limitée. Le déficit public
devrait baisser légèrement à 5.5 % du PIB en 2025 et 4.9 % en 2026, mais la dette publique grimpera à 120 % du PIB d’ici 2027, bien au-dessus de la moyenne de la zone euro, aggravée par des déficits primaires persistants et des paiements d’intérêts en hausse. Des analyses comme celles de BNP Paribas et d’autres institutions soulignent que, malgré
des discours sur l’autonomie stratégique en défense (visant 2.5 % du
PIB en 2026) et l’IA, la croissance reste résiliente mais insuffisante
face aux tensions commerciales et à une productivité stagnante, avec
des prévisions pour la zone euro à 1.2 % en 2026, soutenue par une
inflation basse (1.8 %) mais qui masque des hausses dans l’alimentation
et l’énergie. Mastercard Economics Institute et Allianz Trade notent que
l’UE atténue certains chocs, comme les tarifs américains, mais la
croissance européenne reste modeste à 1.2 % en 2025 et 1.1 % en 2026,
avec des avertissements sur l’incertitude internationale qui pèse sur
les ménages. L’OCDE confirme une
croissance modérée, mais met en garde contre des risques accrus, y
compris une polarisation politique qui entrave les réformes.
Des réformes structurelles pourraient théoriquement booster la
productivité européenne de 20 % en comblant les écarts avec les
États-Unis, selon le FMI, mais en pratique, ces promesses sont souvent
vues comme biaisées par les Français, qui doutent de leur concrétisation
face à une instabilité politique persistante et des chiffres officiels
perçus comme optimistes. Pour la France, en tant que contributrice nette à l’UE (environ 9,3 milliards d’euros en contributions nettes récentes), les bénéfices comme l’accès au marché unique et les fonds NextGenerationEU sont contestés, car les critiques persistent sur les coûts nets qui pèsent sur les ménages,
avec une inflation globale basse (1-1.5 % en 2026) masquant des hausses
dans l’alimentation, l’énergie et le logement, rendant de plus en plus
difficile pour de nombreux Français de joindre les deux bouts au
quotidien.
Vers un débat nuancé
Ce rapport américain met en lumière des tensions transatlantiques sur
la régulation numérique, mais les preuves accumulées – des documents
internes aux sondages – montrent un paysage complexe. En France,
l’opinion reste relativement favorable à l’UE, mais l’euroscepticisme
grandit, alimenté par des préoccupations économiques et politiques.
Plutôt que de nier l’évidence, un dialogue factuel sur la balance
coûts-bénéfices et la liberté d’expression pourrait apaiser ces
controverses, en évitant les polarisations partisanes.
Ce que le Congrès US révèle sur la "Censure à l'européenne" (et que nos élus vous cachent)
On commence par le point le plus dingue de l'histoire :
C'est une commission d'enquête du Congrès américain qui publie aujourd'hui les preuves documentées du système de contrôle de l'information en Europe.
Pendant que nos élus imposent l'interdiction des réseaux aux adolescents, c'est Washington déterre les preuves d'un hold-up sur notre liberté d'expression.
En voici les éléments les plus inquiétants 👇
La genèse :
Un piège qui s'est refermé en 10 ans
Tout commence sous couvert de "sécurité".Le rapport montre qu'en 2015, l'UE crée des forums pour lutter contre le terrorisme.Très vite, la mission dévie : on passe de la traque des djihadistes à la surveillance du "populisme", des "mèmes" et des critiques de l'UE (p. 3).
La méthode du "Fait Accompli" : Avant que le DSA ne devienne une loi, la Commission a imposé des "Codes de conduite volontaires".
Le rapport révèle que ces codes étaient des laboratoires pour forcer les plateformes à censurer sans base légale, "pour combler le vide" avant que les citoyens ne puissent voter.
Le rôle trouble de la France et de l'Allemagne :
La "sous-traitance" de la censure : Le rapport pointe du doigt une stratégie française très précise.Ce que le Conseil Constitutionnel rejette en France (comme la Loi Avia), le gouvernement français le pousse à Bruxelles pour qu'il nous revienne sous forme de règlement européen (DSA).
C'est le fameux "C'est pas moi, c'est l'Europe".Le rapport dénonce ce mécanisme qui permet de contourner le juge judiciaire français au profit d'une autorité administrative (l'Arcom) et de la Commission européenne.
Pourquoi c'est une menace mondiale :
L'effet de cliquet : Comme les plateformes ne peuvent pas créer un algorithme différent pour chaque pays (trop coûteux), elles alignent leurs règles mondiales sur les demandes les plus restrictives.
Conséquence : Les critères de Bruxelles sur le "risque systémique" deviennent la norme pour un utilisateur à Paris, mais aussi à Lyon ou Marseille, sans aucun débat à l'Assemblée Nationale.
Le cas du COVID-19 : Le rapport prouve que la Commission a exigé la suppression de contenus "hors narratif officiel", même quand ils étaient factuellement vrais, simplement parce qu'ils étaient jugés "déstabilisants".On n'est plus dans la lutte contre le faux, mais dans la gestion de l'opinion.
L'inaction des élus français : Le vrai scandale ? :
Un travail de veille inexistant : Pourquoi est-ce le Congrès américain qui obtient ces documents par assignation (subpoena) et non le Parlement français ?
Nos élus ont voté le DSA sans en interroger les zones d'ombre.
Ils ont délégué notre souveraineté informationnelle à des fonctionnaires non élus à Bruxelles.
Des "Trusted Flaggers" politisés :
Le rapport montre que le signalement des contenus est confié à des ONG subventionnées.Ces "signaleurs de confiance" deviennent des juges de la vérité sans jamais avoir de comptes à rendre aux électeurs français.
Conclusion : Une souveraineté en miettes :
Ce rapport nous apprend que la France a activement soutenu un système qui :
- Contourne nos propres limites constitutionnelles.
- Politiser la modération via des termes flous ("risques systémiques").
- Installez un "Bouclier de la démocratie" qui ressemble de plus en plus à une cloche de verre.
Ce sont les défenseurs du 1er Amendement américain qui défendent aujourd'hui la liberté des Français, pendant que notre propre classe politique semble satisfaite de voir le débat public "administré" par des algorithmes et des comités.
Victor Ferry,
docteur en affaires et actualités
@mrvicfer
B) - La France rappelée à l’ordre par l’UE : une ingérence au détriment de notre souveraineté énergétique ?
Le 30 janvier 2026, la Commission européenne a adressé un avis motivé supplémentaire à la France pour non-transposition complète de la directive (UE) 2023/2413, visant à accélérer les procédures d’autorisation pour les projets d’énergies renouvelables.
Ce rappel à l’ordre, qui fait suite à
une lettre de mise en demeure en septembre 2024 et un premier avis
motivé en février 2025, donne deux mois à Paris pour corriger les
manquements, sous peine de saisine de la Cour de justice de l’Union
européenne (CJUE) avec demande de sanctions financières.
Alors que la France n’a pas pleinement intégré dans son droit
national les mesures pour simplifier les permis, réduire les délais et
présumer l’intérêt public supérieur des projets renouvelables, cette procédure met en lumière les tensions persistantes entre les ambitions européennes et les choix énergétiques nationaux.
Un manquement qui cache une résistance justifiée
La directive, adoptée en octobre 2023 et entrée en vigueur en
novembre de la même année, impose aux États membres de transposer
certaines dispositions clés d’ici juillet 2024. La France, comme
d’autres pays tels que Chypre, la Grèce ou l’Italie, a été visée par une
saisine de la CJUE en décembre 2025 pour non-transposition complète.
Mais ce « rappel à l’ordre » n’est pas une condamnation formelle,
il s’agit d’une étape procédurale préalable, qui pourrait mener à des
astreintes financières si la France ne se conforme pas. Déjà, des pays
comme la Bulgarie ont été condamnés à des amendes forfaitaires et
journalières pour des manquements similaires sur des directives
antérieures liées aux renouvelables.
Pourtant, ce retard français n’est pas un simple oubli administratif.
Il reflète une stratégie énergétique souveraine, priorisant la
décarbonation via un mix équilibré où le nucléaire joue un rôle central.
La France a déjà l’un des mixes
électriques les plus décarbonés d’Europe, avec une part de renouvelables
en hausse, mais elle refuse de se plier aveuglément à des objectifs qui
pourraient compromettre sa compétitivité.
En 2020, Paris n’avait atteint que 19,1 % d’énergies renouvelables
dans sa consommation finale brute, contre un objectif de 23 %, un écart
qui pourrait coûter cher si des sanctions étaient appliquées –
potentiellement jusqu’à 960 millions d’euros pour cette seule année. La
Commission européenne exhorte la France à relever ses ambitions pour
2030, visant au moins 44 % de renouvelables, mais Paris insiste sur le
choix souverain de son mix, incluant le nucléaire reconnu comme
technologie verte.
Les énergies renouvelables : Une pollution cachée malgré les discours écologistes
Les partisans des renouvelables, souvent portés par des discours
écologistes, présentent l’éolien et le solaire comme des solutions
miracles contre le changement climatique. Pourtant, leur impact
environnemental est loin d’être neutre. La fabrication de panneaux
solaires et d’éoliennes nécessite d’énormes quantités de matériaux
rares, extraits dans des conditions souvent polluantes et éthiquement
discutables. Le recyclage pose un défi majeur : d’ici 2030, on estime à 8
millions de tonnes les déchets de panneaux solaires, et jusqu’à 78
millions de tonnes d’ici 2050. Ces technologies, bien que produisant de
l’électricité sans émissions directes de CO2, ont un bilan matériel
comparable à celui du nucléaire – voire supérieur en termes de terres
utilisées et de déchets non radioactifs.
En comparaison, le nucléaire offre une empreinte environnementale
plus faible que les fossiles et similaire aux renouvelables, avec 20 %
de l’impact du charbon et 35 % du gaz naturel liquéfié. Les mines
d’uranium et la gestion des déchets radioactifs sont des préoccupations
légitimes, mais elles sont gérées avec des normes strictes,
contrairement aux chaînes d’approvisionnement des renouvelables, souvent
dépendantes de la Chine et générant des pollutions diffuses. La
France n’a pas besoin de multiplier les éoliennes et panneaux solaires
en pagaille, qui défigurent les paysages et dépendent des aléas
météorologiques, quand son parc nucléaire assure déjà une production
stable et bas carbone.
Le legs du Général de Gaulle : un parc nucléaire suffisant pour l’indépendance énergétique
C’est grâce à la vision du Général de Gaulle que la France dispose
aujourd’hui d’un atout majeur. En octobre 1945, il créa le Commissariat à
l’énergie atomique (CEA), posant les bases d’un programme nucléaire
civil et militaire pour restaurer la souveraineté nationale après la
Seconde Guerre mondiale. Accéléré par la crise pétrolière de 1973, le plan Messmer de
1974 lança la construction massive de réacteurs, aboutissant à 56
unités opérationnelles qui couvrent plus de 70 % des besoins électriques
français. Ce parc, compact et efficace, produit de l’électricité à
bas coût et sans émissions massives de CO2, rendant la France
exportatrice nette d’électricité en Europe.
Si l’UE ne s’ingérait pas dans les affaires nationales, ce modèle suffirait amplement à répondre aux défis énergétiques.
Au lieu de cela, les directives européennes forcent une transition
vers des renouvelables intermittents, imposant des investissements
massifs – comme les 300 milliards d’euros prévus en France pour des
projets souvent importés d’Allemagne ou de Chine – au détriment du
nucléaire.
Une législation européenne au profit de l’Allemagne ?
Derrière ces pressions se cache une influence allemande flagrante.
Ursula von der Leyen, d’origine allemande et présidente de la
Commission européenne, est souvent vue comme un fer de lance de Berlin
dans les affaires européennes. L’Allemagne, qui a fermé ses derniers
réacteurs en 2023 pour miser sur les renouvelables, subventionne massivement son
industrie (3 à 5 milliards d’euros pour réduire les coûts
énergétiques), tout en bloquant la classification du nucléaire comme
énergie verte jusqu’en 2025 sous pression des Verts. Berlin infiltre
même les administrations françaises via des organismes comme l’Office
franco-allemand pour la transition énergétique (OFATE), promouvant l’éolien au détriment du nucléaire.
Cette « trahison européenne » force la France à exporter
son électricité nucléaire bon marché pour combler les lacunes
allemandes, tout en indexant les prix sur le gaz et en favorisant des
renouvelables polluants via le charbon
L’Allemagne émet 9 à 10 fois plus de gaz à effet de serre que la France en 2024.
Des alliances comme le Green Deal de 2020 servent à déindustrialiser
l’Europe au profit de l’export allemand, aggravant la perte de
compétitivité française avec plus de 5.000 emplois perdus dans les PME
en 2023-2024.
Pas dans l’intérêt des Français
Tout cela n’est pas dans l’intérêt des Français. Cette ingérence
bruxelloise, souvent alignée sur les intérêts allemands, sape notre
indépendance énergétique, augmente les coûts et ignore les réalités
environnementales. Au lieu de sanctions potentielles pour des objectifs
irréalistes, la France devrait défendre son modèle nucléaire, hérité de
De Gaulle, pour une transition juste et souveraine. Sans un Frexit
énergétique ou une réforme profonde de l’UE, les citoyens paieront le
prix d’une politique dictée depuis Berlin et Bruxelles, au détriment de
notre avenir. Plutôt que de dilapider des ressources dans des
renouvelables intermittents, il est crucial que la France se consacre pleinement au projet ITER,
ce réacteur expérimental de fusion nucléaire international hébergé à
Cadarache, qui promet une énergie abondante, propre et quasi-illimitée,
sans émissions de CO2 ni déchets radioactifs à long terme. En
investissant dans ITER, dont le premier plasma est prévu pour 2033 et la
pleine puissance en 2036, la France peut consolider son leadership
mondial en énergie nucléaire avancée, ouvrant la voie à une production
industrielle de fusion dès les années 2040, et ainsi assurer une
souveraineté énergétique durable face aux pressions européennes.
Le thorium est un métal très lourd de couleur argentée qui se trouve
naturellement et abondamment dans la croûte terrestre, souvent associé à
d'autres minéraux radioactifs.
Il
est principalement étudié pour son potentiel en tant que combustible
nucléaire, en raison de son abondance et de sa capacité à produire de
l'énergie sans générer autant de déchets à longue durée de vie que l'uranium. Le thorium est ainsi considéré comme une alternative plus sûre et plus durable pour l'énergie nucléaire.
Thorium utilisé au Bhabha Atomic Research Centre à Mumbai en Inde.
Origine et numéro atomique
Le
thorium a été identifié en 1829 par le chimiste suédois Jöns Jacob
Berzelius, après avoir été extrait sous forme de minerai dans l'île de
Løvøya en Norvège. Le nom de ce minerai provient du dieu du tonnerre
dans la mythologie nordique, Thor.
La radioactivité du thorium a été découverte en 1898 par la physicienne Marie Curie et par le chimiste Gerhard Carl Schmidt.
Le thorium se situe en fin du tableau de Mendeleïev (numéro atomique = 90) dans la famille des actinides, tout comme l’uranium naturel (Z = 92)(1). Il dispose d’un seul isotope : le thorium 232.
Usages et intérêts
Le
thorium possède des qualités physico-chimiques exceptionnelles : il ne
fond qu’à 1 750°C et se vaporise vers 4 800°C (Pa). Il a de nombreuses applications industrielles comme matériau réfractaire, cathode en électronique, catalyseur en chimie, pour le cracking du pétrole, etc.
Une voie prometteuse pour le thorium comme combustible nucléaire semble être celle l'utilisation du mélange thorium-uranium
sous la forme de sel fluorés fondus, servant à la fois de combustible
et de caloporteur dans un réacteur à sel fondus (RSF). La filière
thorium-uranium 233 avait déjà suscité l’intérêt des chercheurs dès les
années 1950. Elle avait alors été rejetée, au bénéfice de la filière
uranium-plutonium car les conditions de radioprotection n’étaient alors
pas maîtrisées.
Le thorium peut également être utilisé par des
réacteurs de cette nouvelle génération dans des surgénérateurs à
neutrons rapides.
Différences avec l'uranium
Le thorium
est 3 à 4 plus abondant que l’uranium naturel (voir pargraphe sur les
ressources plus bas dans l'article) et est très faiblement radioactif (demi-vie de 14 milliards d’années).
Le thorium n'est pas fissile (l’uranium est le seul élément naturel à comporter un isotope fissile (uranium 235). mais fertile,
c'est-à-dire qu’il et peut se transformer par absorption d’un neutron
en uranium 233, élément fissile tout comme l’uranium 235 utilisé dans
les réacteurs actuels à eau pressurisée (type des réacteurs du parc nucléaire français).
Or, la fission de l’uranium 233 produit un peu plus de neutrons que
celle de l’uranium 235, ce qui permettrait de produire davantage
d’énergie avec une quantité donnée de minerai.
Dans le cas de
l'uranium, la réaction en chaîne est donc amorcée par de l'uranium 235
présent dans le minerai naturel puis dans le combustible préparé à
partir de ce minerai. Dans le cas du thorium, « il faut ajouter
artificiellement un élément fissile (ici de l'uranium 235) dans le
combustible préparé à partir de minerai naturel de thorium qui est non
fissile », explique le CEA(2) (comme l'illustre son schéma suivant).
Le couple Th232-U233 permet, comme U238-Pu239, la surgénération avec des neutrons rapides.
Contraintes économiques
L'exploitation du thorium implique des méthodes d'extraction plus coûteuses que celle de l'uranium, selon l'AIEA(3). « La
recherche, le développement et les essais d'installations nucléaires
alimentées au thorium sont tout aussi coûteux en raison d'un manque
d'expérience significative avec la prééminence historique du thorium et
de l'uranium dans l'énergie nucléaire », souligne l'Agence.
Le
retraitement des combustibles usés au thorium nécessite par ailleurs le
développement, au niveau industriel, d’un procédé spécifique (procédé
thorex), distinct de celui utilisé pour l’uranium, ajoute le CEA.
Le thorium dans le monde
Ressources estimées
La proportion de thorium dans la croûte terrestre est « de
l'ordre de un cent-millième, c'est-à-dire qu'il est plus abondant que
l'étain, l'arsenic et les métaux précieux. Il y en a deux fois moins que
le plomb, quatre fois moins que le zinc, dix fois moins que le cuivre,
mais il est de trois à quatre fois plus abondant que l'uranium »,
selon le CEA. L'AIEA évoque un même ratio entre la concentration
estimée de thorium (10,5 parts par million) et celle d'uranium (3 ppm).
L'AIEA
estimait les ressources mondiales de thorium à 6 355 000 tonnes à fin
2016. Ces ressources de thorium seraient principalement situées dans 7
pays selon les connaissances actuelles (par ordre d'importance)(4) :
en Inde (846 000 tonnes, soit environ 13% des ressources mondiales) ;
au Brésil (632 000 tonnes);
en Australie (595 000 tonnes) ;
aux États-Unis (595 000 tonnes) ;
en Égypte (380 000 tonnes) ;
en Turquie (374 000 tonnes);
au Venezuela (300 000 tonnes).
Inde, Norvège, Chine...
L’Inde
consacre actuellement un programme important de recherche pour
l'utilisation du thorium dans des surgénérateurs à neutrons rapides, ce
pays possédant également d’importantes ressources de ce minerai
longtemps resté dans l’ombre de l’uranium (et de faibles ressources
d'uranium par ailleurs).
La Chine a pour sa part annoncé à l'été
2021 l'achèvement d'un premier réacteur nucléaire expérimental au
thorium, au milieu du désert de Gobi.
En Norvège, Thor Energy a
réalisé une série d’essais avec du thorium dans le réacteur nucléaire de
recherche de Halden (au sud-ouest de la Norvège), avant son arrêt en
2018.
Sources / Notes
Pour
rappel, l’uranium est constitué de deux isotopes : l’uranium 238
(99,3%) et l’uranium 235 (0,7%) qui est le seul atome fissile présent
dans la nature et utilisé industriellement pour produire de
l’électricité.
Le thorium présente plusieurs avantages par rapport au
combustible nucléaire classique, l’uranium 235. Il peut générer plus de
matière fissile (uranium 233) qu’il n’en consomme pour alimenter les
réacteurs nucléaires refroidis par eau ou à sels fonduset il génère moins d’actinides mineurs à longue période que les combustibles au plutonium. On estime que la couche supérieure de la croûte terrestre compte en moyenne 10,5 parties par million (ppm) de thorium contre environ 3 ppm d’uranium.
« Du
fait de son abondance et de sa capacité à produire des matières
fissiles, le thorium pourrait offrir une solution à long terme pour
répondre aux besoins énergétiques de l’humanité », explique
Kailash Agarwal, spécialiste des installations du cycle du combustible à
l’AIEA et l’un des auteurs du rapport de l’AIEA.
Outre le fait
que lorsqu’ils sont en service, les réacteurs alimentés au thorium – et
l’énergie d’origine nucléaire en général – n’émettent pas de gaz à effet
de serre, l’un des autres avantages que présentent ces réacteurs est
qu’ils génèrent moins de déchets nucléaires à longue période que les
réacteurs actuels alimentés à l’uranium.
L'Inde mise sur le thorium comme nouveau combustible nucléaire
Le pays, qui possède le quart des réserves mondiales de cet élément,
veut s'affranchir de l'uranium, et ainsi assurer son indépendance
énergétique.
L'Inde va lancer la construction, dans les prochaines semaines, d'un prototype de réacteur à eau lourde fonctionnant au thorium, qui inaugurera une voie nouvelle dans le nucléaire civil. Le premier réacteur à vocation commerciale de ce type devrait entrer en service en 2020. L'Inde est un des seuls pays au monde à envisager sérieusement cette alternative aux combustibles nucléaires traditionnels que sont l'uranium et le plutonium.
L'utilisation du thorium dans le cycle de combustion présente de nombreux avantages. Le minerai produit moitié moins de déchets radioactifs que l'uranium et est disponible en quantité supérieure. Les réserves indiennes de thorium sont ainsi estimées à 290 000 tonnes contre seulement 70 000 tonnes dans le cas de l'uranium. De plus, au rythme de consommation actuel, les ressources mondiales identifiées en uranium pourraient s'épuiser d'ici cinquante à soixante-dix ans - sauf à recourir à la surgénération, qui était mise en oeuvre en France dans Superphénix.
Pour répondre à la croissance de ses besoins énergétiques, l'Inde n'a guère d'autre choix que de se tourner vers le thorium. Le pays veut augmenter la part de l'énergie nucléaire dans sa production d'électricité à 25 % en 2050, contre 3,7 % aujourd'hui, mais il manque d'uranium. L'Inde ne possède en effet sur son sol que 1 % des réserves mondiales de cet élément et n'est plus autorisé à en importer depuis 1974, date de son premier essai nucléaire.
La négociation d'un accord avec les Etats-Unis pourrait lever cette interdiction. Mais sa signature semble compromise en raison de l'opposition d'une partie de la coalition au pouvoir à New Delhi. "Si nous ne signons pas l'accord nucléaire avec les Etats-Unis, et faute de ressources suffisantes en uranium, nous devrons réviser à la baisse d'au moins 6 000 mégawatts (MW) notre objectif de production de 20 000 MW d'énergie nucléaire d'ici à 2020", a reconnu, le 29 octobre, Anil Kakodkar, le président du département indien de l'énergie atomique.
Reste donc le thorium, qui pourrait bien devenir le combustible de l'indépendance énergétique de l'Inde. Le pays en possède le quart des ressources mondiales. "L'idée consiste à se diriger vers l'autonomie grâce aux réacteurs à thorium", a confirmé, en octobre, Abdul Kalam, ancien président de la République, qui est considéré comme un des pères de l'arme atomique indienne.
Pour ce faire, New Delhi a lancé, à la fin des années 1970, un programme nucléaire en trois étapes. Le pays a d'abord importé des technologies étrangères pour construire des centrales classiques, à eau lourde, fonctionnant avec de l'uranium et produisant du plutonium. Douze réacteurs fonctionnent déjà et quatre autres sont en construction.
Le plutonium ainsi obtenu permettra le passage à la deuxième étape en 2010, avec la construction d'un surgénérateur d'une puissance de 300 MW. Ce réacteur utilisera comme combustible le plutonium inclus dans un "manteau" de matières fertiles, constitué d'uranium. L'Inde a finalement abandonné l'idée d'utiliser un manteau en thorium, quitte à dépendre encore de l'uranium. "Nous sommes dans la même situation qu'un investisseur. Avec le peu de ressources en plutonium que nous détenons, nous préférons miser sur un manteau en uranium, car l'énergie y est produite en plus grande quantité qu'avec un manteau en thorium", explique Ratan K. Sinha, le directeur du département "développement et conception des réacteurs" au centre de recherche atomique Bhabha.
La troisième étape, qui est initiée ces jours-ci avec le prototype au thorium, mènera à l'abandon définitif de l'uranium. Elle aboutira à la construction, dès 2020, de réacteurs fonctionnant au thorium, lit-on dans le plan d'orientation publié par le département atomique indien. Le pays a déjà construit un mini-réacteur test d'une puissance de 30 MW, pouvant convertir le thorium en uranium 233, une matière fissile qui n'existe pas à l'état naturel.
Cette technologie permet désormais à
l'Inde d'envisager, à terme, la construction de réacteurs qui
utiliseront, comme combustibles, l'uranium 233 et une légère quantité de
plutonium. "Nous avons encore besoin de temps pour concevoir des
installations sûres. En 2020, nous serons les seuls au monde à produire
de l'énergie nucléaire à grande échelle à partir du thorium",
assure M. Sinha. La conviction que le thorium a de l'avenir est partagée
par la société américaine Novastar Ressources, qui veut se placer comme
leader sur le futur marché de cet élément et vient de racheter une mine
aux Etats-Unis.
L’Inde développe ses propres technologies nucléaires, notamment les réacteurs PHWR
(Pressurized Heavy Water Reactor) de 700 MW. Le premier exemplaire a
été connecté au réseau en 2021 à Kakrapar, démontrant la maîtrise
technologique du pays.
L’Inde développe activement son programme de réacteurs au thorium,
s’appuyant sur ses importantes réserves nationales estimées à 846 000
tonnes. Le pays conçoit un cycle du combustible en trois étapes,
incluant des réacteurs surgénérateurs et des systèmes avancés au
thorium. Ce programme vise à réduire la dépendance aux importations
d’uranium et à établir une filière énergétique autonome. Un prototype de
réacteur rapide de 500 MW est en construction à Kalpakkam, marquant une
étape cruciale dans cette stratégie
L’Inde prend les devants avec sa filière à neutrons rapides
Le directeur du Conseil scientifique du Premier ministre indien,
C.N.R. Rao, a déclaré à des journalistes à Bangalore que le prototype de
surgénérateur indien de 500MW (le PFBR, un réacteur semblable au
réacteur français SuperPhénix fermé en décembre 1998 par le gouvernement
Jospin) est prêt à entrer en service au début de l’année prochaine. Il a
dit que le réacteur à neutrons rapides, en construction au Centre
Indira Gandhi pour la recherche atomique (IGCAR) à Kalpakkam, près de
Chennai, est le premier de ce type en Inde, et que « s’il s’avérait un
succès, nous deviendrons un chef de file dans l’énergie nucléaire avec
cette technologie entièrement nouvelle, que nous avons maîtrisée ». Le
réacteur a été entièrement conçu par IGCAR.
Le PFBR indien est un surgénérateur à sels de sodium fondus qui
utilise des oxydes d’uranium appauvri et du plutonium, connus sous le
nom de MOX, comme combustible. Une couverture fertile contient de
l’uranium appauvri pour absorber l’excès de neutrons générés par les
réactions de fission à l’intérieur du cœur du réacteur. Au bout de
quelques années, les éléments de la couverture sont retraités pour en
extraire le plutonium, qui sera utilisé pour alimenter les futurs
surgénérateurs. Tandis que les palettes de combustibles seront placés au
cœur du réacteur, les éléments de la couverture fertile resteront
autour de la paroi du réacteur. Le PFBR aura 181 assemblages
combustibles et 120 éléments de couverture.
Le complexe de fabrication du combustible nucléaire Hyderabad
fabrique les grappes de combustible du réacteur, qui sont ensuite
assemblées dans un atelier de l’IGCAR. Deux autres tranches de 500MW du
même type de réacteur sont actuellement en construction. L’Inde souhaite
construire six surgénérateurs de ce type d’ici 2020.
La prochaine série de PFBR sera recouverte de thorium-232. Une
couverture fertile de thorium autour du combustible à l’intérieur du
PFBR serait convertie en uranium-233, fissile, qui peut être ensuite
extrait pour servir comme nouveau combustible. Les réacteurs indiens de
troisième génération devraient utiliser de l’uranium comme combustible,
plus du thorium dans leur couverture fertile. Plusieurs scientifiques
spécialisés dans le nucléaire estiment qu’un programme nucléaire
utilisant du thorium permettrait de produire de l’électricité pour une
période allant jusqu’à 600 ans.
Thorium : la Chine domine l’énergie Infinie, un séisme géopolitique
La quête d’une énergie abondante, propre et sécurisée hante l’humanité depuis des décennies. Dans une vidéo récente sur YouTube, Idriss Aberkane, analyste géopolitique,
met en lumière un développement qui
pourrait redessiner le paysage mondial : les avancées chinoises dans les
réacteurs nucléaires à thorium.
Ce métal, souvent relégué aux oubliettes par l’Occident, promet une
source d’énergie quasi inépuisable, capable de transformer une simple
boule de la taille d’une orange en l’équivalent de la consommation
énergétique d’une vie entière, y compris pour des applications comme l’intelligence artificielle. Mais au-delà de la prouesse technique, la maîtrise du thorium par la Chine annonce un véritable séisme géopolitique.
Elle pourrait propulser Pékin vers une domination énergétique absolue,
affaiblir les puissances dépendantes des hydrocarbures et remodeler les
alliances mondiales. Cet article explore ces implications, en s’appuyant
sur les temps forts de la vidéo et des développements récents, pour
comprendre comment cette technologie pourrait accélérer le déclin de l’Europe tout en renforçant l’hégémonie chinoise.
Le thorium : une alternative nucléaire révolutionnaire
Le thorium, nommé d’après le dieu nordique Thor, est un élément
radioactif abondant dans la croûte terrestre – environ quatre fois plus
que l’uranium. Contrairement à ce dernier, il n’est pas fissile mais
fertile : il se transforme en uranium-233 sous l’effet de neutrons,
libérant une énergie colossale. Une vidéo explicative souligne que tenir
une boule de thorium de la taille d’une orange équivaut à sécuriser
toute l’énergie nécessaire pour une vie humaine, surpassant de loin le
pétrole, les biocarburants ou les éoliennes qui altèrent les paysages et
la biodiversité.
Les réacteurs à thorium, souvent basés sur la technologie des sels fondus (Molten Salt Reactors ou MSR),
fonctionnent à haute température mais à pression atmosphérique, évitant
les risques d’explosion comme à Tchernobyl. Le combustible, dissous
dans des sels fondus, sert aussi de fluide caloporteur, rendant le système intrinsèquement stable et autorégulé. En cas de surchauffe, le sel se dilate, ralentissant la réaction sans intervention humaine. De plus, ces réacteurs produisent beaucoup moins de déchets radioactifs – potentiellement zéro à terme via des cascades de réactions – et sont moins propices à la prolifération nucléaire, bien que des essais comme Teapot aux États-Unis aient démontré la possibilité de bombes à base d’uranium-233.
Les avantages sont multiples : efficacité énergétique supérieure, déchets gérables et sécurité accrue.
La vidéo note que le thorium est un sous-produit de l’extraction des
terres rares, domaine où la Chine domine déjà. Ses gisements, souvent en
Scandinavie ou en Chine, sont moins géopolitiquement sensibles que
l’uranium du Niger, par exemple. Mais des défis persistent : les sels
fondus sont corrosifs, nécessitant des alliages innovants. Malgré
cela, la technologie promet une révolution, car elle s’adapte aux
environnements hostiles comme les déserts, sans besoin massif d’eau pour
le refroidissement (contrairement aux centrales nucléaires classiques).
L’histoire oubliée : des États-Unis à l’abandon occidental
Les racines du thorium remontent aux années 1970 aux États-Unis, avec
des expériences prometteuses à Oak Ridge National Laboratory (ORNL). Le réacteur expérimental MSR y a fonctionné sans incident majeur, démontrant la viabilité de la technologie. Pourtant, les Américains l’ont abandonnée au profit des réacteurs à eau pressurisée (PWR), optimisés pour les sous-marins nucléaires comme l’USS Nautilus. Ces PWR, représentant aujourd’hui 96 % des réacteurs civils mondiaux,
étaient plus simples à adapter du militaire au civil, malgré leurs
inconvénients : besoin d’eau abondante, risques de surpression et
production de déchets à longue vie.
La vidéo pointe du doigt cette inertie industrielle, comparant le
nucléaire à l’aviation civile : changer un simple siège d’avion est un
calvaire réglementaire, imaginez pour une filière entière. Les
régulations, les investissements massifs dans les PWR et une
focalisation sur l’uranium – plus adapté à la production de plutonium
pour les armes – ont scellé le sort du thorium en Occident. L’Europe,
leader historique via la France, a suivi : influencée par des figures
comme Dominique Voynet, elle a délaissé la R&D sur le thorium pour
privilégier les énergies renouvelables intermittentes, accélérant son « suicide énergétique » .
Pendant ce temps, la Chine, avec sa vision millénaire – comme l’exprime l’acclamation « Zhōngguó wànsuì » signifiant « Vive la Chine » ou littéralement « Chine pour dix mille ans » – a repris le flambeau. Inspirée des travaux américains, elle investit massivement depuis les années 2010.
Les avancées chinoises : un bond en avant en 2025
En 2025, la Chine a franchi des étapes décisives, confirmant son leadership mondial. Le réacteur expérimental TMSR-LF1,
situé dans le désert de Gobi en Gansu, est opérationnel depuis juin
2024. En avril 2025, des scientifiques chinois ont réussi à le recharger
sans arrêt, une première démontrant la flexibilité des MSR. En
novembre 2025, une percée majeure : la conversion thorium-uranium a été
achevée, marquant la première mondiale en réacteur à sels fondus. Cela
permet d’engendrer plus d’énergie qu’il n’en consomme (l’uranium-233) à
partir du thorium, vers une énergie indépendante et durable.
Pékin vise un réacteur civil commercial d’ici 2035, mais les applications innovantes émergent déjà.
Adaptés aux déserts, ces réacteurs fonctionnent sans eau massive,
couplables à la pyrolyse anaérobie pour traiter déchets domestiques et
industriels. La vidéo évoque des centrales mobiles, comme des « groupes électrogènes » géants, déplaçables selon les besoins. Plus audacieux : les navires nucléaires. En 2025, la Chine a approuvé un porte-conteneurs de 14.000 TEU (Un
TEU correspond aux dimensions d’un conteneur standard de 20 pieds de
long -environ 6 mètres-, 8 pieds de large et 8 pieds de haut.) propulsé par un MSR au thorium, potentiellement autonome et automatisé, éliminant le fuel bunker et les émissions portuaires. Cela pourrait révolutionner le transport maritime, rendant les flottes chinoises invincibles en termes d’autonomie.
Ces progrès s’intègrent à l’économie chinoise : production
d’hydrogène, engrais, dessalement d’eau de mer, data centers alimentés
par clusters nucléaires. La chaleur haute température des MSR facilite
des réactions chimiques, changeant le jeu pour la synthèse d’ammoniac ou
les biocarburants. Près des ports ou zones minières, un cercle vertueux
émerge : énergie locale, mobilité hydrogène, réseaux d’eau – le tout
sans émissions massives.
Le séisme énergétique : une source quasi inépuisable et ses impacts
La maîtrise du thorium créerait un séisme planétaire. Imaginez une énergie inépuisable
: 1 kg d’uranium-233 issu du thorium libère théoriquement 23 GWh,
surpassant le charbon ou le gaz. Une tonne pourrait générer 23 TWh –
assez pour alimenter des nations entières. Avec des rendements même
modestes, cela éclipse les renouvelables intermittents. La vidéo insiste
: les civilisations progressent en transformant plus d’énergie ; le thorium, imbattable, propulsera ses maîtres vers la domination.
Répercussions immédiates : fin de la dépendance aux hydrocarbures.
Les navires thorium feraient le tour du monde sans ravitaillement,
automatisés via drones chinois. Sous-marins ou torpilles comme le
Poseidon russe gagnent en autonomie infinie, sans limites alimentaires
pour les équipages. Offshore, forage zéro fuel ; onshore,
micro-réacteurs pour climats artificiels ou exploitation de
l’Antarctique – bien que controversée, défiant les accords comme le
Protocole de Madrid.
Pour l’industrie, couplage avec pyrolyse transforme déchets en
ressources. Data centers, IA gourmands en énergie, deviennent viables
partout. Dessalement massif combat la pénurie d’eau ; production
d’hydrogène vert accélère la transition. Ce séisme rend obsolètes les
infrastructures actuelles : adieu pipelines gaziers, champs éoliens
géants. Les économies basées sur le thorium gagnent en résilience,
produisant localement sans vulnérabilités géopolitiques.
Répercussions géopolitiques : domination chinoise et déclin occidental
Géopolitiquement, les enjeux sont énormes. La Chine, avec ses
réserves de thorium et brevets, accède à une souveraineté énergétique
totale. Elle exportera ces réacteurs vers l’Afrique ou l’Algérie d’ici
2050, concurrençant de nombreuses nations et renforçant son influence
via la « Nouvelle route de la soie » . Des centrales mobiles ou navales sécurisent routes maritimes, protégeant intérêts en mer de Chine méridionale.
Pour l’Europe, c’est un cataclysme. Idriss Aberkane dépeint un « suicide »
historique : guerres passées, puis abandon nucléaire sous influence
verte. L’Allemagne, dépendante du gaz russe saboté par les sanctions,
voit son industrie s’effondrer. Les Verts implorent la guerre, mais sans
énergie bon marché, l’Europe stagne. La France, ex-leader nucléaire, a
gaspillé son avance ; l’UE, obsédée par le Net Zero, ignore le thorium.
Résultat : pollution importée, dépendance au GNL américain cher, et
vulnérabilité face à la Chine.
Les États-Unis réagissent : relance de R&D sur le thorium,
influencée par Trump et ses tarifs contre la Chine. Mais Pékin mène :
pas de « projet lunaire » surcommuniqués comme Musk, mais une
progression silencieuse, évitant pertes de face. Les
Américains, endettés, doivent financer leurs projets en créant un
engouement médiatique exagéré ; les Chinois, centralisés, investissent
patiemment.
Globalement, le thorium redessine les alliances. Pays émergents
optent pour des réacteurs chinois abordables et sécurisés, affaiblissant
l’OPEP et les exportateurs de gaz. La prolifération diminue, mais la
Chine gagne en soft power. L’Europe risque l’inutilité : sans
thorium, elle cède la primauté énergétique, accélérant son déclin
démographique et industriel.
l’Europe face à son destin : un appel à la réaction
Idriss Aberkane conclut sur l’impuissance face au « suicide »
européen : pulsions destructrices, de la Guerre de Trente Ans au wokisme
énergétique. Les Chinois, pensant sur des millénaires, saisissent
l’opportunité ; l’Occident, figé par des régulations contre-productives,
rate le train. Pourtant, des signes émergent : aux USA, résurgence du
thorium ; en Europe, débats sur la relance nucléaire.
Pour éviter le désastre, l’Europe doit investir massivement : R&D
(recherche et développement) sur la technologie MSR, partenariats avec
la Chine ou les USA. Sans cela, elle subira : l’énergie chinoise bon
marché inondera les marchés, rendant obsolètes ses industries.
Géopolitiquement, une Chine énergétique hégémonique dictera sa loi,
forçant des alliances asymétriques.
Vers un monde thorium-dominé
Le thorium n’est pas une utopie : c’est une réalité chinoise en 2025,
avec des percées confirmées. Sa maîtrise déclenche un séisme : énergie
inépuisable bouleverse économies, transports et géopolitique. La Chine
domine, l’Europe décline, les USA réagissent. Comme le dit Idriss
Aberkane, les civilisations transforment l’énergie pour survivre ;
celles ignorant le thorium périront. Il est temps de réveiller
l’Occident avant qu’il ne soit trop tard.
Le thorium peut-il rivaliser avec l’uranium comme combustible nucléaire ?
En bref
Le thorium pourrait être utilisé dans les réacteurs à sels fondus,
l’un des modèles d’énergie nucléaire de nouvelle génération dans lequel
le liquide de refroidissement du réacteur et le combustible lui-même
sont un mélange de sels fondus chauds.
Le Th-232 présente un intérêt pour la production d’énergie nucléaire
car il peut facilement absorber des neutrons et se transformer en
Th-233. Le Th-233 peut devenir du protactinium-233, qui devient à son
tour un isotope fissile et producteur d’énergie : le U-233.
Le thorium possède de nombreuses qualités mais également de nombreux
inconvénients : difficile à manipuler, métal fertile et non fissile,
risques plus élevés.
Mais il produit moins de déchets que le plutonium ou l’uranium et
reste une option attrayante pour l’avenir de l’énergie nucléaire.
En bref
Le thorium pourrait être utilisé dans les réacteurs à sels fondus, l’un des modèles d’énergie nucléaire de nouvelle génération dans lequel le liquide de refroidissement du réacteur et le combustible lui-même sont un mélange de sels fondus chauds.
Le Th-232 présente un intérêt pour la production d’énergie nucléaire car il peut facilement absorber des neutrons et se transformer en Th-233. Le Th-233 peut devenir du protactinium-233, qui devient à son tour un isotope fissile et producteur d’énergie : le U-233.
Le thorium possède de nombreuses qualités mais également de nombreux inconvénients : difficile à manipuler, métal fertile et non fissile, risques plus élevés.
Mais il produit moins de déchets que le plutonium ou l’uranium et reste une option attrayante pour l’avenir de l’énergie nucléaire.
L’idée d’utiliser le thorium comme combustible nucléaire a été abandonnée dans le passé car, traditionnellement, l’énergie nucléaire était liée à la recherche et au développement du nucléaire militaire – et l’uranium comme le plutonium permettaient la fabrication de bombes atomiques. Pour la production d’énergie, le thorium pourrait toutefois présenter de réels avantages et plusieurs pays investissent dans cet élément chimique (voir encadré). Ce métal pourrait être utilisé dans les réacteurs à sels fondus, l’un des modèles de nouvelle génération dans lequel le liquide de refroidissement du réacteur et le combustible lui-même sont un mélange de sels fondus chauds. Ces types de réacteurs peuvent atteindre des températures très élevées, ce qui augmente considérablement l’efficacité de la production d’électricité.
Le problème, toutefois, est que plus de 400 centrales nucléaires en service dans le monde utilisent principalement l’uranium (U) comme combustible. Bien que cet élément soit abondant, moins de 1 % de l’uranium sur Terre est de l’U‑235, l’isotope d’uranium qui est fissile. Le reste est de l’U-238. L’U-235 contenu dans l’uranium doit donc être concentré puis enrichi selon des procédés complexes et coûteux.
Et ce n’est pas tout, la fission de l’U-235 produit des déchets hautement radioactifs qui doivent être manipulés avec soin, puis stockés dans un endroit sûr pendant des périodes extrêmement longues. Ces déchets contiennent également un type de plutonium qui peut être exploité pour fabriquer des armes nucléaires.
Les réacteurs au thorium dans le monde
La Chine a achevé la construction d’un réacteur expérimental au thorium à Wuwei, à la périphérie du désert de Gobi (1). Le thorium a été testé comme combustible dans d’autres types de réacteurs nucléaires dans des pays comme les États-Unis, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Il fait également partie d’un programme nucléaire en Inde, en raison de l’abondance naturelle de l’élément dans ce pays. En France, des études sont menées par le CNRS qui développe un projet appelé MSFR (pour Molten Salt Fast Reactor), utilisant le thorium (2).
Quatre fois plus abondant que l’uranium
Le thorium (Th) a été découvert en 1828 par le chimiste suédois Jons Jakob Berzelius, qui lui a donné le nom de Thor, le dieu nordique du tonnerre. C’est un métal légèrement radioactif que l’on trouve dans les roches et les sols et qui est assez abondant dans la croûte terrestre. En effet, son principal isotope, le Th-232, est environ quatre fois plus abondant que l’U-238 (3) et aussi abondant que le plomb. La quantité que l’on trouve aux États-Unis, par exemple, pourrait répondre aux besoins énergétiques de ce pays pendant un millier d’années, et ce sans l’enrichissement requis pour les combustibles à base d’uranium.
C’est le minéral phosphate de terre rare, la monazite, qui contient le plus de thorium – jusqu’à environ 12% de phosphate de thorium (4). La monazite se trouve dans des roches ignées et autres roches et les ressources mondiales de monazite sont estimées à environ 16 millions de tonnes, dont 12 Mt dans des gisements de sables minéraux lourds sur les côtes sud et est de l’Inde.
Le Th-232 présente un intérêt pour la production d’énergie nucléaire car il peut facilement absorber des neutrons et se transformer en Th-233. Ce nouvel isotope émet un électron et un antineutrino en quelques minutes pour devenir du protactinium-233 (Pa-233). Cet isotope, quant à lui, se transforme en U‑233, qui est une excellente matière fissile. En effet, la fission d’un noyau d’U-233 libère environ la même quantité d’énergie (200 MeV) que celle de l’U-235.
Le problème du refroidissement
Dans les réacteurs conventionnels, l’uranium est stocké dans des barres de combustible solides, qui sont refroidies par d’énormes quantités d’eau. Sans ce refroidissement, les barres fondraient, libérant des radiations dangereuses. Le thorium subirait ses réactions dans un type de réacteur tout autre, appelé réacteur à sels fondus (ou MSR pour molten salt reactor) qui contient un mélange de sels fluorés dans lequel le combustible nucléaire est fondu. Ce type de réacteur n’a pas besoin d’être construit à proximité d’un cours d’eau, puisque les sels fondus eux-mêmes servent de liquide de refroidissement.
Les réacteurs peuvent de ce fait être installés dans des régions éloignées des côtes et même arides. Ces réacteurs ne peuvent donc pas non plus « fondre » au sens classique du terme et, en cas d’urgence, le combustible peut être rapidement évacué du réacteur. Les MSRs déployant du thorium sont également plus sûrs car ils fonctionnent à des pressions proches de la pression atmosphérique.
Comme l’uranium, le thorium absorbe aussi les neutrons, comme nous l’avons mentionné, mais contrairement à l’uranium, il ne libère pas davantage de neutrons pour perpétuer la réaction nucléaire en chaîne. Cette réaction commence lorsqu’un atome d’uranium est frappé par un neutron, libérant de l’énergie qui entraîne l’éjection d’autres neutrons des atomes d’uranium, relançant le cycle. En réduisant la quantité de neutrons injectés dans le combustible, c’est le thorium lui-même qui limite la vitesse de la réaction nucléaire.
Des investissements en R&D nécessaires
L’utilisation du thorium comme nouvelle source d’énergie primaire est une perspective séduisante depuis de nombreuses années, mais l’extraction de sa valeur énergétique latente d’une manière rentable est un défi. Le développement de nouvelles centrales nucléaires alimentées au thorium nécessitera donc d’importants travaux de recherche et développement, ainsi que des essais – des démarches qui pourraient être difficiles à justifier étant donné que l’uranium est relativement bon marché et abondant.
Autre inconvénient : le thorium est « fertile » et non fissile, de sorte qu’il ne peut être utilisé comme combustible qu’en association avec une matière fissile, telle que le plutonium recyclé, en tant que conducteur afin de maintenir une réaction en chaîne (et donc une réserve de neutrons excédentaires).
L’U-233 produit à la fin du cycle est également difficile à manipuler, car il contient des traces d’U-232, qui émet activement des rayons gamma. Si certains chercheurs soutiennent l’utilisation du thorium comme combustible parce que ses déchets sont plus difficilement à transformer en armes atomiques que ceux de l’uranium, d’autres affirment que des risques subsistent5.
Le bon côté des choses, c’est qu’il y a globalement moins de plutonium produit pendant le fonctionnement du réacteur. À tel point que certains scientifiques affirment que les réacteurs au thorium pourraient même contribuer à épuiser les tonnes de plutonium qui nous avons créées et stockées depuis les années 1950.