Affichage des articles dont le libellé est Énergie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Énergie. Afficher tous les articles

septembre 07, 2026

Prospective & intelligence artificielle: Un RENVERSEMENT SOCIAL depuis la RÉVOLUTION INDUSTRIELLE !

L’IA EST PEUT-ÊTRE EN TRAIN DE PRODUIRE LE RENVERSEMENT SOCIAL LE PLUS IRONIQUE DEPUIS LA RÉVOLUTION INDUSTRIELLE. 

 Pendant cinquante ans, on a dit aux jeunes : FAITES DES ÉTUDES. 

Quittez l’atelier. 

Quittez le chantier. 

Quittez l’usine. 

Quittez les métiers manuels. 

Entrez dans le bureau. 

C’est là que se trouvent : le salaire, le statut, la sécurité, la valeur ajoutée. 


Et maintenant arrive l’IA. Une étude du Burning Glass Institute montre quelque chose d’extraordinaire aux États-Unis. Chez les 22-34 ans, les jeunes sans diplôme universitaire connaissent l’un des marchés du travail les plus favorables depuis deux décennies. 

 Pendant ce temps…LA SITUATION DES JEUNES DIPLÔMÉS SE DÉGRADE. Attention : un diplôme reste encore statistiquement avantageux. Les diplômés ont toujours moins de chômage en niveau absolu. Mais la direction relative vient de changer. Et c’est cela qui compte. 

Pourquoi ? 

 Parce que l’IA attaque d’abord exactement les tâches que nous avions appris à considérer comme « hautement qualifiées » : rédiger, résumer, chercher, classifier, traduire, coder simplement, préparer une présentation, faire une première analyse, produire un reporting, répondre à un client. Autrement dit : LE TRAVAIL COGNITIF JUNIOR. Or c’était précisément la porte d’entrée traditionnelle du jeune diplômé dans l’entreprise. 

L’avocat junior. 

L’analyste junior. 

Le développeur junior. 

Le consultant junior. 

Le marketeur junior. 

Le comptable junior. 

Le paradoxe est fantastique : PLUS UNE TÂCHE EST NUMÉRIQUE, STANDARDISABLE ET EXÉCUTÉE DEVANT UN ÉCRAN…PLUS ELLE EST FACILE À DONNER À UNE IA. Pendant ce temps : plombier, électricien, infirmier, technicien, ouvrier spécialisé, installateur, cuisinier, serveur, maintenance, construction…restent ancrés dans : LE MONDE PHYSIQUE. Et le monde physique possède encore une propriété très précieuse : 

IL RÉSISTE AU SOFTWARE. 

Nous retrouvons exactement notre thèse. L’intelligence devient abondante. Les atomes restent rares. Donc la rente se déplace. 

 Pendant cinquante ans : 

DIPLÔME → RARETÉ → PRIME SALARIALE. 

 Demain, dans certains métiers : 

 PRÉSENCE PHYSIQUE + SAVOIR-FAIRE → RARETÉ → PRIME SALARIALE. 

Et il existe un deuxième phénomène encore plus puissant. Les baby-boomers partent à la retraite. L’immigration américaine a fortement ralenti. La population active sans diplôme diminue structurellement. 

Burning Glass avait déjà montré que la population américaine en âge de travailler sans diplôme universitaire diminuait d’environ 0,5 % par an, alors que la population diplômée continuait d’augmenter. Donc : OFFRE DE TRAVAIL MANUEL ↓ pendant que : OFFRE DE TRAVAIL COGNITIF ↑ 

Et maintenant l’IA arrive précisément du côté où l’offre humaine augmentait déjà. C’est presque une expérience économique parfaite. Résultat possible : COMPRESSION DE LA PRIME AU DIPLÔME. Pas disparition. Compression. Et cela pourrait avoir une conséquence sociale extraordinaire. L’IA pourrait, pendant une phase de transition, réduire certaines inégalités salariales…non pas en taxant les métiers cognitifs pour redistribuer aux autres…mais en : MODIFIANT LA RARETÉ RELATIVE DU TRAVAIL. Le marché ferait alors ce que cinquante ans de politiques publiques ont essayé de faire : revaloriser certaines tâches modestes. 

Pourquoi ? 

Parce qu’un analyste junior peut désormais être augmenté par Astra. Mais Astra ne vient toujours pas réparer votre toiture. PAS ENCORE. Et ces deux mots sont essentiels. Car cette anomalie durera seulement jusqu’à la deuxième révolution. 

 

 La première est : 

 IA → AUTOMATISATION DU TRAVAIL COGNITIF. 

 La seconde sera : 

IA + ROBOTIQUE → AUTOMATISATION DU TRAVAIL PHYSIQUE. 

Et voilà pourquoi 2026-2030 pourrait constituer une fenêtre historique étrange. Pendant quelques années : 

LE CORPS HUMAIN POURRAIT DEVENIR PLUS RARE QUE LE CERVEAU HUMAIN. Puis les robots arrivent. Optimus. Figure. Apptronik. 1X. robots industriels autonomes. véhicules autonomes. drones. 

Et alors notre équation reprend : LABOR → CAPEX. D’abord pour le cerveau. Ensuite pour les bras. Nous obtenons donc peut-être les trois phases de la révolution : 

PHASE 1 

 L’IA augmente les travailleurs intellectuels. 

PHASE 2 

L’IA remplace certaines fonctions intellectuelles juniors et revalorise relativement le travail physique. 

PHASE 3 

La robotique incorpore cette intelligence et attaque à son tour la rareté du travail physique. 

Et à ce moment-là…LE VÉRITABLE FACTEUR RARE NE SERA PLUS LE TRAVAIL. Il deviendra : capital, énergie, compute, machines, matières premières, capacité entrepreneuriale. 

C’est pourquoi je ne parlerais pas de « fin du diplôme ». Je parlerais de quelque chose de beaucoup plus profond : FIN DU DIPLÔME COMME ASSURANCE AUTOMATIQUE CONTRE LA CONCURRENCE TECHNOLOGIQUE. 

Pendant un demi-siècle, nous avons appris : plus une tâche est intellectuelle, plus elle est protégée. L’IA inverse l’équation. PLUS UNE TÂCHE EST COGNITIVE ET NUMÉRISABLE, PLUS ELLE EST EXPOSÉE. Et plus une tâche exige encore : un corps, des mains, un lieu, une interaction humaine, une responsabilité physique…PLUS ELLE POSSÈDE TEMPORAIREMENT UN MOAT. Voilà peut-être le plus grand retournement culturel de l’IA. 

Nous avions envoyé une génération entière vers les bureaux…AU MOMENT PRÉCIS OÙ LE BUREAU ALLAIT DEVENIR LE PREMIER ENDROIT AUTOMATISABLE. Et nous avions dévalorisé les métiers manuels…AU MOMENT PRÉCIS OÙ ILS ALLAIENT REDEVENIR RARES. 

 L’IA ne détruit donc pas simplement des emplois. ELLE REDESSINE LA HIÉRARCHIE DE LA RARETÉ HUMAINE. Et la robotique fera ensuite le reste.


LE PRIX DE LA PUISSANCE - Quand l’IA devient assez grande pour faire monter le taux du monde

La semaine dernière, nous écrivions La Course sans filet. Kevin Warsh retirait progressivement le GPS monétaire de Wall Street et demandait à la Silicon Valley de démontrer que sa révolution pouvait survivre au retour d’un véritable prix du capital.

Cette semaine, nous obtenons la réponse. Et elle est beaucoup plus intéressante que prévu.

Le marché obligataire mondial vient de subir une nouvelle secousse. Le Treasury américain à dix ans s’est rapproché de 4,8 %, le trente ans de 5,3 %. Au Japon, les taux longs atteignent des niveaux inconnus depuis plusieurs décennies. En Allemagne, le Bund remonte vers des niveaux oubliés depuis quinze ans. La France paie désormais une prime de risque considérable par rapport à son voisin allemand. La duration ne souffre plus uniquement aux États-Unis : le capital long est en train d’être repricé à l’échelle mondiale.

La lecture immédiate paraît évidente : inflation persistante, déficits trop importants, pétrole, banques centrales trop lentes, dettes publiques excessives. Tout cela compte. Mais ce n’est plus toute l’histoire.

Car un phénomène beaucoup plus profond se produit simultanément : l’intelligence artificielle elle-même commence à contribuer à la hausse du prix du capital dont on affirme ensuite qu’il constitue sa principale menace.

Les plus grands hyperscalers américains ont déjà levé des centaines de milliards de dollars sur les marchés obligataires pour construire leurs data centers. Les États empruntent pour financer leurs déficits. Les utilities doivent financer de nouvelles capacités électriques. Les réseaux doivent être renforcés. La défense réclame davantage de capital. Le nucléaire revient. Les laboratoires d’IA réservent leur compute plusieurs années à l’avance.

Tout le monde cherche la même chose : de la duration.

Nous pensions que l’IA allait bouleverser le software. Puis nous avons compris qu’elle allait bouleverser l’électricité. Ensuite le crédit. Elle commence maintenant à modifier le taux d’actualisation du monde entier.

 


 

Voilà pourquoi ce rapport s’appelle :

LE PRIX DE LA PUISSANCE

Car le marché ne demande plus simplement si l’IA existe. Il commence à demander combien il faut payer pour financer une civilisation qui veut simultanément construire l’intelligence, l’énergie, la défense, la robotique et les infrastructures nécessaires à sa souveraineté.

Et le paradoxe est délicieux : le principal problème de l’IA pourrait désormais être qu’elle fonctionne trop bien.

LE GRAND REPRICING : QUAND LE FUTUR SE MET À CONCURRENCER L’ÉTAT

Le mouvement obligataire de cette semaine mérite d’être pris au sérieux précisément parce qu’il n’est plus localisé. États-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France : dans toutes les grandes économies développées, le capital long demande davantage de rémunération.

Mais un taux long ne monte pas pour une seule raison. Il peut monter parce que l’État paraît moins solvable. Mauvais signal. Il peut monter parce que l’inflation risque de rester trop élevée. Mauvais signal également. Mais il peut aussi monter parce que l’économie réclame soudain énormément de capital pour financer un cycle d’investissement, parce que les anticipations de croissance réelle remontent et parce qu’une nouvelle vague de productivité semble possible.

Cette dernière hypothèse est encore trop peu discutée.

JPMorgan Private Bank a commencé à poser explicitement la question : et si une partie de la hausse des taux longs reflétait déjà l’anticipation d’un cycle de productivité lié à l’IA ?

Voilà une grille de lecture essentielle.

Le marché obligataire peut dire simultanément : il y aura davantage de dette et davantage de croissance.

Les deux font monter les taux.

La vraie question n’est donc pas simplement : les rendements montent-ils ?

C’est : pourquoi montent-ils ?

Et cette distinction change toute notre lecture TS2F.

Lorsqu’un État emprunte davantage pour financer ses dépenses courantes, la prime supplémentaire exigée par le marché peut refléter une détérioration. Lorsqu’une entreprise emprunte pour construire une infrastructure capable d’augmenter demain sa production, il existe potentiellement une contrepartie productive.

Voilà le conflit qui apparaît aujourd’hui. Le Treasury américain veut des milliers de milliards. Les hyperscalers veulent des centaines de milliards. Les utilities doivent reconstruire. Le Pentagone se réarme. Le nucléaire revient. SpaceX construit. Les laboratoires veulent garantir leur compute.

Silicon Valley commence à concurrencer Washington sur le marché mondial de l’épargne.

La semaine dernière, nous posions la question : qui obtiendra la duration ?

Cette semaine, la réponse commence à apparaître : celui qui acceptera de la payer — et surtout celui qui sera capable de la rentabiliser.


HARTNETT VOIT LE Krach. JE VOIS LA SÉLECTION.

Michael Hartnett a raison de placer les obligations au centre de son analyse. Son indicateur Bull & Bear reste en zone d’extrême optimisme, les flux ralentissent sur certaines poches actions et le cash comme les obligations redeviennent attractifs.

Il ajoute une dimension politique : une victoire démocrate importante lors des élections de mi-mandat pourrait, selon lui, provoquer un violent repricing des actions américaines, du dollar et du complexe IA.

Le scénario n’est pas absurde.

Une nouvelle majorité peut modifier les anticipations de fiscalité, de réglementation, de dépenses et de politique énergétique. Cela peut provoquer une correction de 10 %, 15 % ou davantage.

Mais il faut être extrêmement précis sur les mots.

Une baisse de 15 % des actions IA n’est pas nécessairement l’éclatement de la révolution IA.

Cela peut simplement être : l’éclatement d’une valorisation.

Internet a survécu à l’effondrement du Nasdaq. Le chemin de fer a survécu aux faillites ferroviaires. L’électricité a survécu aux crises des utilities.

Une technologie peut être révolutionnaire et son action trop chère.

Le techno-optimisme sérieux exige de savoir distinguer :

LA TECHNOLOGIE DE SON PRIX EN BOURSE.

Une victoire électorale peut modifier le multiple. Elle ne supprime pas la Chine. Elle ne supprime pas le déficit énergétique. Elle ne supprime pas la cybermenace. Elle ne supprime pas le besoin de compute, de robotique, de défense ou d’infrastructures souveraines.

La politique peut changer le prix de la course.

Elle ne peut plus facilement annuler la course.


WARSH : LE BANQUIER CENTRAL QUI OBLIGE L’ACCÉLÉRATION À DEVENIR PRODUCTIVE

Le marché du travail américain complique encore l’équation de Kevin Warsh. L’économie reste suffisamment solide pour tolérer une politique plus ferme, tandis que l’inflation demeure suffisamment élevée pour la justifier. Mais les rendements longs sont déjà suffisamment tendus pour qu’une erreur puisse devenir dangereuse.

Hartnett soulève ici un paradoxe important : une hausse des taux courts peut parfois contribuer à faire baisser les taux longs si elle restaure la crédibilité anti-inflation de la banque centrale.

Autrement dit, une Fed plus dure aujourd’hui peut réduire la prime de risque inflationniste sur trente ans demain.

C’est pourquoi, lors de la prochaine décision monétaire, je regarderai moins le quart de point lui-même que la réaction du Treasury trente ans.

Et c’est ici que notre doctrine accélérationniste doit évoluer.

L’accélération version 2024 pouvait se résumer à : construisez, le capital suivra.

En 2026, ce n’est plus suffisant.

Il faut désormais dire :

CONSTRUISEZ CE QUI PRODUIT PLUS VITE QUE LE COÛT DU CAPITAL N’AUGMENTE.

Voilà le véritable hard mode.

Un data center financé à 3 % n’a pas besoin d’être extraordinaire. À 7 %, il doit produire. Un néocloud fortement levier doit démontrer son taux d’utilisation. Un modèle doit générer du revenu. Un SMR doit délivrer des électrons. Un robot doit économiser du travail. Un logiciel IA doit améliorer une marge.

Warsh n’arrête donc pas nécessairement l’accélération.

Il lui impose un hurdle rate.

Et c’est peut-être exactement ce dont cette révolution avait besoin.


BROADCOM, DELL, SNOWFLAKE : LA PREUVE QUE L’IA SORT DE NVIDIA

Pendant que les obligations crient, l’économie réelle continue de produire des signaux extraordinairement puissants.

Broadcom vient d’élargir radicalement sa visibilité sur l’IA. La société prévoit une montée spectaculaire de ses revenus liés au custom silicon, avec des besoins exprimés en gigawatts par plusieurs grands clients. Ce point est essentiel, parce que la révolution commence à sortir du monopole narratif Nvidia.

Nous entrons progressivement dans un système comprenant GPU généralistes, ASIC, custom silicon, mémoire, réseaux, interconnect et CPU. Une véritable industrie se construit. Et une véritable industrie ne possède presque jamais un seul fournisseur.

Dell confirme la diffusion. Les commandes de serveurs IA se chiffrent désormais en dizaines et dizaines de milliards, avec une demande qui ne vient plus uniquement des hyperscalers mais aussi des néoclouds, des entreprises et des projets souverains.

Le marché doit regarder cela de très près.

Si Nvidia progresse seule tandis que Dell, Broadcom, networking, stockage et software stagnent, nous avons un problème.

Si la croissance se diffuse, nous avons une industrialisation.

Et pour l’instant, elle se diffuse.

Snowflake fournit peut-être le signal le plus important. Ses produits IA commencent à contribuer directement à l’accélération de son chiffre d’affaires.

Voilà la transition que nous attendions :

GPU → MODÈLE → AGENT → SOFTWARE → REVENU.

L’IA commence à sortir du capex pour entrer dans le compte de résultat.

Goldman observe d’ailleurs exactement cette rotation : le momentum qui était dominé par les bénéficiaires du capex IA commence à se déplacer vers le software et vers les bénéficiaires des cas d’usage. Le logiciel est désormais dans une dynamique longue sur trois mois malgré son retard sur douze mois.

C’est extrêmement sain.

Une révolution confinée chez son fournisseur de matériel finit par devenir une bulle.

Une révolution qui diffuse ses gains de productivité devient une économie.


LE MARCHÉ COMMENCE À PAYER L’UTILITÉ, PAS SEULEMENT L’INFRASTRUCTURE

C’est probablement le changement intellectuel majeur de l’automne.

De Salesforce à Snowflake, de CrowdStrike à Tesla, la question devient progressivement moins : qui vend l’IA ? et davantage : qui utilise l’IA pour gagner davantage d’argent ?

Goldman formule presque exactement cette transition en observant le déplacement des bénéficiaires des investissements vers les bénéficiaires des cas d’usage.

Je pense que cela constituera l’un des thèmes fondamentaux des douze prochains mois.

2024-2026 : qui vend le compute ?

2027 : qui transforme le compute en marge ?

Cela ne signifie pas vendre Nvidia.

Cela signifie élargir le terrain de chasse.

Cyber. Data. Software. Santé. Défense. Logistique. Robotique. Finance.

La meilleure entreprise IA de demain ne portera peut-être même pas « AI » dans son nom.

Elle utilisera simplement l’IA mieux que tous ses concurrents.


CYBERCAB : QUAND LE SOFTWARE SORT DE L’ÉCRAN

Tesla fournit cette semaine une autre image de la transition.

Le Cybercab reste loin d’une adoption industrielle garantie. Réglementation, sécurité, déploiement, coûts : beaucoup reste à démontrer.

Mais philosophiquement, le mouvement est considérable.

Pendant trois ans, nous avons observé l’IA raisonner.

Puis agir dans un ordinateur.

Maintenant elle commence à agir dans le monde physique.

Le modèle pense. L’agent décide. Le robot agit.

Nous entrons dans ce que j’appellerais :

L’IA CINÉTIQUE.

Et avec elle, le marché adressable change complètement.

Goldman a d’ailleurs fortement relevé certaines de ses hypothèses sur la robotique humanoïde. Dans son scénario appliqué aux entrepôts, l’automatisation pourrait représenter des dizaines de milliards de dollars d’économies pour Amazon et plusieurs centaines de points de base de marge.

Les chiffres précis resteront discutables.

Le mécanisme, lui, est évident.

L’IA n’a pas besoin de remplacer tous les humains pour créer une révolution économique. Elle doit simplement réduire de quelques points le coût du picking, du transport, de l’inspection, du support, de la maintenance ou de la programmation.

Quelques points de productivité appliqués à des industries de plusieurs milliers de milliards produisent des montants gigantesques.

Voilà pourquoi le marché obligataire pourrait lui aussi commencer à anticiper davantage de croissance réelle.


LE ROBOT EST UNE RÉPONSE TECHNOLOGIQUE AU VIEILLISSEMENT

C’est ici que le techno-optimisme devient une réponse directe au malthusianisme.

Une population active diminue.

Le pessimiste répond : moins de croissance. Moins de production. Plus de redistribution. Plus de rationnement.

La réponse technologique est différente : augmenter le capital par travailleur. IA. Robotique. Automatisation. Énergie.

Un pays qui perd 10 % de sa main-d’œuvre mais double sa productivité ne devient pas nécessairement plus pauvre.

Voilà pourquoi la robotique doit être pensée comme une infrastructure de souveraineté démographique.

Le Japon l’a probablement compris avant l’Europe parce qu’il n’avait pas le luxe de ne pas le comprendre.


LE TOKEN A BESOIN DU GIGAWATT

Mais le compute n’est jamais immatériel.

Goldman montre désormais clairement que les investissements liés à l’IA débordent vers les utilities et les secteurs fortement capitalistiques. La prime historique accordée aux entreprises « capital light » s’est comprimée : les multiples des sociétés capitalistiques et peu capitalistiques convergent.

C’est un changement de régime considérable.

Pendant quinze ans, Wall Street adorait le software parce qu’il permettait d’éviter :l’usine ; le stock ; le foncier ; l’électricité ; la dette.

L’IA réintroduit tout cela.

Le software demande désormais des centrales.

Le cloud demande des transformateurs.

Le modèle demande de l’uranium.

Le digital redonne une valeur stratégique à la matière.

Voilà pourquoi le techno-souverainisme ne peut jamais être simplement numérique.

La souveraineté numérique commence dans le monde physique.


700 GW DE PROJETS : IL EST TEMPS DE TUER LES FANTÔMES

L’autre événement révélateur concerne les demandes de raccordement des data centers américains.

Les projets annoncés excèdent très largement ce que le réseau peut raisonnablement absorber. Plusieurs centaines de gigawatts de demandes apparaissent dans les files d’attente, parfois plusieurs fois la demande physique crédible.

Une partie est donc fantôme.

Des développeurs réservent plusieurs sites. Des projets spéculatifs demandent des raccordements qu’ils ne construiront peut-être jamais. Les utilities risquent de surinvestir sur des besoins imaginaires.

Texas et d’autres juridictions commencent donc à demander davantage de dépôts, de garanties et de transparence.

Excellent.

Le techno-optimisme adulte doit être radicalement hostile au ghost demand.

Construire les vrais data centers.

Éliminer les faux.

Allouer l’électricité aux acteurs solvables.

Faire payer les réservations.

Encore une fois :

ACCÉLÉRER NE SIGNIFIE PAS ABOLIR LA DISCIPLINE.

La rareté devient ici le meilleur venture capitalist du monde.

Warsh demande : qui mérite le capital ?

Le réseau demande : qui mérite les mégawatts ?

Le crédit demande : qui mérite le refinancement ?

Les meilleurs projets obtiendront tout.

Les autres disparaîtront.

C’est exactement le genre de sélection dont la révolution IA avait besoin.


L’ÉNERGIE EST DEVENUE UNE INFRASTRUCTURE CYBER

Plus le réseau électrique devient automatisé, numérique et interconnecté, plus il devient une surface d’attaque.

Voilà pourquoi le cyber ne peut plus rester enfermé dans une case « software ».

Cyber, énergie et défense convergent.

Une centrale dont le système industriel peut être neutralisé à distance n’est pas pleinement souveraine.

Un réseau dont les composants critiques dépendent d’un fournisseur hostile n’est pas pleinement souverain.

Un data center relié à un réseau vulnérable n’est pas une infrastructure stratégique complète.

Le techno-souverainisme signifie donc aussi : contrôler le code qui contrôle l’électron.

Et c’est précisément pourquoi OpenAI, CrowdStrike, Palantir et l’ensemble du cyber deviennent progressivement des infrastructures parallèles au compute.

Chaque nouvelle technologie crée sa propre industrie de protection.

Plus d’agents autonomes signifie plus d’identités machines, de permissions, de secrets et d’actions susceptibles d’être compromises.

L’autonomie crée sa propre taxe de sécurité.


LE NUCLÉAIRE : PLUS LE CAPITAL EST CHER, PLUS IL FAUT DISTINGUER LA PUISSANCE DE LA PROMESSE

Les taux élevés sont évidemment un problème pour les actifs capitalistiques.

Et le nucléaire est capitalistique.

Mais parallèlement, la rareté électrique augmente sa valeur stratégique.

Voilà pourquoi il faut abandonner la question simpliste : « nucléaire ou pas nucléaire ? »

La vraie question devient : quel nucléaire, avec quel client, quel combustible, quel calendrier et quel financement ?

C’est pourquoi je continue à distinguer les différentes briques.

BWXT : industrie souveraine, savoir-faire, défense.

Centrus : enrichissement, HALEU, goulot stratégique.

UEC / URNM : combustible.

Oklo : convexité technologique, mais aussi beaucoup plus de duration.

Le taux long ne détruit donc pas la thèse nucléaire.

Il augmente la différence entre : l’actif indispensable et la promesse spéculative.


EUROPE : ÊTRE BON MARCHÉ N’EST PAS UNE STRATÉGIE

Goldman pose cette semaine une question que l’Europe devrait se poser depuis dix ans.

L’Europe est bon marché.

Très bien.

Et ensuite ?

Les rendements des Bunds et des obligations IG en euros convergent désormais vers le rendement de dividende du STOXX 600. Les actions doivent donc offrir davantage qu’un simple coupon pour justifier leur risque.

Simultanément, l’Europe supporte : une énergie chère ; un capital plus cher ; des stocks de gaz insuffisants ; une croissance faible ; une concurrence industrielle chinoise croissante.

Goldman montre notamment que les stocks de gaz européens restent sous les niveaux attendus et que les valeurs cycliques seraient parmi les premières bénéficiaires d’une véritable détente énergétique.

Le problème européen n’est donc pas simplement le PER.

C’est le prix des inputs.

Électron. Capital. Matières. Technologie.

Une action peut être bon marché et rester bon marché pendant quinze ans.

Une décote n’est pas une stratégie industrielle.


LA CHINE NE NOUS VEND PLUS SEULEMENT DES PRODUITS. ELLE NOUS VEND LES MACHINES.

C’est probablement l’un des graphiques les plus inquiétants de la note Goldman.

L’Europe importe davantage de Chine tandis qu’elle exporte relativement moins. Et les machines représentent près d’un tiers des importations européennes en provenance de Chine.

Nous ne sommes plus dans l’ancien modèle :

Europe = machines sophistiquées.

Chine = assemblage.

La frontière se déplace.

L’automobile illustre parfaitement le problème. Elle ne représente qu’une petite fraction de la capitalisation européenne, mais environ 10 % du chiffre d’affaires des sociétés européennes.

Le risque industriel est donc beaucoup plus important que ce que suggère son poids boursier.

Et le techno-souverainisme européen ne peut pas signifier l’autarcie.

Ce serait absurde.

La souveraineté consiste à conserver plusieurs options pour les fonctions dont nous ne pouvons accepter la perte.

Compute.

Énergie.

Défense.

Cloud.

Satellites.

Réseaux.

Semi-conducteurs.

Matières critiques.

Le principe est simple :

PRODUIRE CE QU’ON NE PEUT PAS SE PERMETTRE DE PERDRE.

Acheter librement le reste.


FRANCE : UNE SOUVERAINETÉ À CRÉDIT N’EST PAS UNE SOUVERAINETÉ COMPLÈTE

Le dossier français devient particulièrement révélateur.

La France veut simultanément financer : sa défense ; son nucléaire ; son État social ; sa transition énergétique ; son industrie ; sa souveraineté numérique.

Mais le marché obligataire lui demande progressivement davantage de rémunération.

Le spread OAT-Bund reste élevé. La dette dépasse largement 100 % du PIB. La croissance reste faible. Le déficit demeure important. L’incertitude politique s’ajoute au problème.

Le message est brutal mais simple : une puissance très endettée doit finir par demander la permission au marché qui refinance sa puissance.

La souveraineté technologique et la souveraineté budgétaire finissent donc nécessairement par se rencontrer.

Il ne suffit pas d’annoncer des milliards pour l’IA.

Encore faut-il que les milliards existent à un coût compatible avec le rendement du projet.


LE MARCHÉ ACTIONS REFUSE POURTANT DE CASSER

Avec des taux mondiaux à ces niveaux, on pourrait imaginer un massacre.

Ce n’est pas ce qui se produit.

Les actions américaines résistent.

Et Goldman fournit une explication intéressante : pendant que les indices tiennent, les multiples ont déjà baissé. Les bénéfices restent solides, mais le marché paie moins cher ces bénéfices parce que le taux d’actualisation augmente.

Voilà pourquoi l’indice peut sembler calme alors que quelque chose de beaucoup plus profond se passe sous la surface.

Le choc obligataire existe déjà.

Il apparaît dans les multiples.

Pas encore nécessairement dans un krach des indices.

Autrement dit : les obligations crient ; les actions écoutent ; les profits les empêchent encore de fuir.


SEPTEMBRE A DES DENTS — ET C’EST UNE BONNE CHOSE

Il ne faut cependant pas confondre notre optimisme structurel avec de l’insouciance tactique.

Septembre est historiquement un mois difficile pour les marchés américains. Les statistiques depuis 1928 sont médiocres, particulièrement les années de midterms.

Cette année, plusieurs acheteurs se retirent simultanément. Les rachats d’actions entrent dans leurs périodes de blackout. Les CTA ont déjà reconstitué une large partie de leurs positions. Le retail achète moins agressivement les replis. Et le calendrier d’expiration d’options de septembre est colossal.
Une baisse de 7 ou 8 % n’aurait donc rien d’extraordinaire.

Et je vais même plus loin : elle pourrait être excellente.

Car une baisse de prix n’est pas nécessairement une baisse de valeur stratégique.

Si Nvidia baisse de 15 % pendant que Broadcom augmente sa visibilité, Dell engrange des commandes, Snowflake monétise ses produits IA, le réseau manque d’électricité et la robotique progresse, alors la baisse devient potentiellement : un transfert de titres des mains faibles vers les mains fortes.

Le danger n’est pas la correction.

Le danger est de confondre correction et invalidation.


LE TECHNO-OPTIMISTE DOIT AIMER LES CORRECTIONS

Je veux inscrire cette règle au centre de TS2F :

UNE BAISSE DE PRIX N’EST PAS UNE BAISSE DE VALEUR STRATÉGIQUE.

Une révolution industrielle n’avance jamais en ligne droite.

Elle avance par : boom ; surinvestissement ; correction ; faillites ; consolidation ;nouveau boom.

Le chemin de fer.

L’électricité.

Internet.

Les semi-conducteurs.

Toujours la même mécanique.

La volatilité n’est donc pas l’ennemie d’une thèse long terme.

Elle est souvent le mécanisme permettant de construire la position.

Et lorsque les protections restent relativement bon marché, conviction structurelle et prudence tactique peuvent parfaitement cohabiter.

Penser que l’IA va transformer l’économie sur dix ans n’oblige pas à penser que le Nasdaq montera mardi.

Ce sont deux horizons différents.


LE VRAI DUEL : PRODUCTIVITÉ IA CONTRE INFLATION ÉNERGÉTIQUE

Voilà probablement l’équation macroéconomique de l’automne.

D’un côté :

IA.

Automatisation.

Software.

Robotique.

Productivité.

De l’autre :

pétrole.

Gaz.

Géopolitique.

Inflation.

Taux.

La productivité IA agit lentement mais profondément.

L’énergie peut produire de l’inflation beaucoup plus rapidement.

Si la productivité gagne progressivement : croissance réelle supérieure, meilleurs profits, stabilisation des taux.

Si l’inflation énergétique gagne : politique monétaire restrictive, taux réels élevés, compression des multiples.

Voilà pourquoi le véritable ennemi de la révolution IA n’est pas une majorité démocrate ou républicaine.

C’est :

LE KILOWATT-HEURE TROP CHER FINANCÉ AVEC UN TAUX TROP ÉLEVÉ.

La politique compte.

La physique davantage.


SPENGLER : LE TAUX D’INTÉRÊT EST LE PRIX QUE LE PRÉSENT DEMANDE AU FUTUR

C’est ici que la philosophie devient utile.

Spengler permet de regarder le taux autrement.

Une civilisation technologique investit parce qu’elle refuse les limites du présent. Elle construit aujourd’hui pour disposer demain d’une capacité supérieure.

Elle renonce donc à une ressource présente en échange d’un futur.

Le taux d’intérêt est, d’une certaine manière : le prix que le présent demande au futur pour lui céder ses ressources.

À 1 %, le futur est presque gratuit.

À 5 %, il doit convaincre.

Le taux n’abolit donc pas la volonté de puissance.

Il la sélectionne.


JÜNGER : LA MOBILISATION TOTALE RENCONTRE LE MARCHÉ OBLIGATAIRE

Jünger aurait probablement reconnu quelque chose de familier.

Toute la société commence à être mobilisée.

Le scientifique mobilise le modèle.

L’ingénieur, l’électricité.

Wall Street, l’épargne.

Le gouvernement, le budget.

Le Pentagone, la technologie.

Le robot, le software.

Mais cette mobilisation possède désormais un arbitre invisible : le marché du capital.

Chaque projet doit répondre à trois questions : combien ? combien de temps ?à quel rendement ?

La nouvelle mobilisation totale est donc financière autant qu’industrielle.


DANTEC : LE CYBERPUNK A DÉSORMAIS UN BILAN

Maurice G. Dantec aurait probablement apprécié l’ironie.

La nouvelle biosphère cybernétique paraît immatérielle.

Mais elle possède désormais : des gigawatts ; des obligations ; des transformateurs ;des centrales ; des robots ; des installations militaires ; des spreads de crédit.

Le cyberpunk a quitté le roman.

Il possède maintenant un bilan et un compte de résultat.

Une technologie devient véritablement réelle lorsqu’elle devient suffisamment grande pour que le marché obligataire soit obligé d’apprendre à la financer.


FAYE : L’ARCHÉOFUTURISME DEVIENT UNE THÈSE D’INVESTISSEMENT

Plus l’IA avance, plus nous revenons vers : l’uranium ; le cuivre ; le territoire ; l’énergie; les frontières ; la défense ; l’industrie.

Voilà pourquoi les anciennes classifications sectorielles deviennent progressivement absurdes.

Nvidia est-elle technologique ? Évidemment. Mais elle dépend des centrales.

Centrus est-elle une société d’énergie ? Oui. Mais sa valeur dépend partiellement de l’explosion du compute.

SpaceX est-elle défense, industrie, télécom, spatial ou IA ?

Tout cela à la fois.

L’archéofuturisme devient presque une allocation d’actifs :

LE FUTUR LE PLUS NUMÉRIQUE S’ACHÈTE AVEC DES ACTIFS DE PLUS EN PLUS MATÉRIELS.


VIRILIO : LE CAPITAL ACHÈTE DU TEMPS

Paul Virilio complète parfaitement cette lecture.

Pourquoi les laboratoires réservent-ils du compute des années à l’avance ?

Pourquoi Nvidia sécurise-t-elle sa mémoire ?

Pourquoi les États veulent-ils leurs propres infrastructures ?

Parce que six mois de retard dans une économie exponentielle ne valent pas six mois.

Pendant ces six mois, l’adversaire peut produire un meilleur modèle.

Puis utiliser ce meilleur modèle pour accélérer encore.

Le retard devient cumulatif.

Le capital n’achète donc plus uniquement un actif.

Il achète : du temps.

Et le temps devient de la puissance.

La formule minimale de la nouvelle compétition pourrait être :

VITESSE × CAPITAL × ÉNERGIE.


LAND : LA TECHNO-CAPITAL MACHINE FABRIQUE SON PROPRE TAUX D’INTÉRÊT

Et voici peut-être l’intuition philosophique la plus importante du rapport.

Chez Nick Land, le capital accélère la technologie et la technologie accélère le capital.

Mais la machine atteint désormais une échelle telle qu’elle produit une rétroaction nouvelle.

Plus d’IA implique plus de capex.

Plus de capex implique plus de dette.

Plus de dette implique davantage de concurrence pour l’épargne.

Plus de concurrence implique des taux plus élevés.

Des taux plus élevés sélectionnent les projets.

Autrement dit :

LA TECHNO-CAPITAL MACHINE COMMENCE À PRODUIRE ELLE-MÊME LA CONTRAINTE QUI LA SÉLECTIONNE.

C’est extraordinaire.

La machine devient son propre test de résistance.


SCHUMPETER : MAINTENANT, LA VRAIE FÊTE COMMENCE

Et c’est ici que Schumpeter devient notre meilleur allié.

Le capitalisme ne prospère pas grâce à la stabilité.

Il prospère grâce à la destruction créatrice.

Le néocloud fragile doit pouvoir disparaître.

Le data center fantôme doit perdre sa connexion.

Le mauvais logiciel IA doit perdre ses clients.

Le mauvais robot doit rester dans l’entrepôt.

Le mauvais financement doit faire défaut.

Le bon actif sera alors racheté par un acteur plus fort.

Je ne crains donc pas une vague de faillites localisées dans l’écosystème IA.

Je la considère presque comme une étape nécessaire.

Sans faillites : pas de sélection.

Sans sélection : pas de capitalisme.

Et sans capitalisme : le techno-souverainisme finit en planification industrielle bureaucratique.


ELLUL : LE DERNIER RISQUE EST DE CONSTRUIRE PARCE QU’IL FAUT CONSTRUIRE

Il reste néanmoins une question.

Construire davantage n’est pas en soi une vertu.

La technique peut progressivement devenir sa propre justification.

Plus de GPU parce qu’il faut plus de GPU.

Plus de data centers parce qu’il faut plus de data centers.

Plus d’automatisation parce qu’elle est possible.

C’est là qu’Ellul reste indispensable.

La vraie question doit toujours être : quelle capacité humaine, industrielle ou productive cette dépense crée-t-elle ?

Si nous n’avons plus de réponse : stop.

Notre techno-optimisme n’est pas l’idée que toute technologie est bonne.

Il repose sur la conviction que l’homme peut utiliser la technologie pour dépasser des contraintes réelles.


DOCTRINE TS2F : ACHETER LA PRODUCTIVITÉ, PAS LE RÉCIT

La stratégie devient alors plus claire.

Compute — NVDA / AVGO / LRCX. Le compute reste central, mais la sélection devient plus forte. Nvidia construit un écosystème. Broadcom élargit le custom silicon. Lam reste la fabrique des fabriques. Il faut acheter la croissance physique et éviter de confondre croissance financée et croissance économique.

Software / data / cyber. C’est probablement la prochaine grande phase. Snowflake montre que le revenu commence à sortir de l’infrastructure. CrowdStrike reste un péage sur l’autonomie numérique. Plus d’agents signifie plus de sécurité.

Sovereign software — Palantir. La puissance ne consiste pas seulement à produire de l’intelligence. Elle consiste à transformer information → décision → action.

Énergie / nucléaire — BWXT / LEU / UEC / URNM / OKLO. Le réseau devient le principal goulet physique. La hausse des taux augmente l’importance de choisir les actifs industriels réels plutôt que la simple promesse.

Robotique / autonomie. Cybercab n’est pas encore une victoire industrielle, mais le passage du software au monde physique est désormais observable.

Espace — SpaceX. Accès orbital, communications, défense et peut-être demain compute : les fonctions souveraines continuent à converger.

Or. Assurance contre les accidents de crédibilité monétaire et le coût financier de la Grande Mobilisation.

Cash. Pas sortie du marché. Réserve de capacité pour acheter la destruction créatrice.


QUATRE SCÉNARIOS

1 — PRODUCTIVITY SUPER-CYCLE

Les taux restent élevés mais se stabilisent. Warsh conserve sa crédibilité. L’inflation reflue progressivement. Broadcom, Dell, Nvidia et le software confirment que les investissements IA produisent de plus en plus de revenus et de productivité. La robotique avance.

Dans ce scénario, les multiples ne reviennent pas nécessairement aux excès précédents.

Les bénéfices prennent le relais.

C’est probablement le meilleur scénario possible.

2 — CREATIVE DESTRUCTION

Les taux longs restent élevés. Certains financements cassent. Des data centers sont annulés. Les projets fantômes disparaissent. Des néoclouds se restructurent. Les hyperscalers rachètent les bons actifs à prix réduit.

L’IA continue.

Avec moins d’acteurs.

Mais de meilleurs acteurs.

Très bon scénario pour les gagnants stratégiques.

3 — BOND VIGILANTE SHOCK

L’inflation persiste. L’énergie reste chère. Warsh resserre. Le Treasury trente ans dépasse durablement les niveaux actuels. Le crédit corporate s’écarte fortement. Le financement IA ralentit.

Les multiples chutent.

Les projets marginaux meurent.

C’est le scénario le plus dangereux pour les marchés.

Mais même là : la technologie survivrait probablement aux portefeuilles qui l’ont mal financée.

4 — POLITICAL REPRICING

Le scénario Hartnett.

Les élections américaines changent brutalement les anticipations fiscales et réglementaires. Les actions corrigent fortement. Le dollar baisse. Les obligations se reprennent. Le trade IA est débouclé.

Très bien.

Mais une fois encore : crash du trade ≠ fin de la révolution.

Cette distinction peut créer certaines des meilleures opportunités de toute la décennie.


CONCLUSION

L’IA N’EST PLUS UNE BULLE DANS LE MARCHÉ. ELLE COMMENCE À DEVENIR UN MARCHÉ POUR LE CAPITAL.

Relisons maintenant toute la séquence.

Le Futur à Crédit : l’IA devient trop grande pour être financée uniquement par les bénéfices.

L’Empire sur une puce : le compute devient une variable macroéconomique et géopolitique.

La Grande Mobilisation : Wall Street transforme progressivement le compute en infrastructure finançable.

Le Nouvel État-Machine : capital, énergie, technologie, défense et souveraineté commencent à fusionner.

La Course sans filet : Warsh oblige la révolution à démontrer sa productivité.

Et maintenant :

LE PRIX DE LA PUISSANCE.

Le prix du futur apparaît enfin à l’écran.

Des rendements longs à des niveaux oubliés.

Des centaines de milliards de dette corporate.

Des gigawatts à construire.

Des réseaux saturés.

Du pétrole cher.

Du gaz européen contraint.

Le réflexe pessimiste consiste à dire :

le futur est devenu trop cher.

Je pense exactement l’inverse.

Le futur est devenu suffisamment important pour avoir désormais un prix macroéconomique.

C’est cela la véritable rupture.

L’IA n’est plus un petit secteur software financé par le venture capital. Elle réclame suffisamment d’électricité, de dette, de serveurs, de semi-conducteurs, de territoire et de défense pour modifier le prix des autres actifs.

Une technologie devient civilisationnelle lorsqu’elle déborde de son propre secteur.

Le chemin de fer transforma le marché de l’acier, de la terre et du crédit.

L’automobile transforma le pétrole et les villes.

Internet transforma les télécoms et la publicité.

L’intelligence artificielle commence à transformer :

LE CAPITAL.

Et pendant que le prix du capital augmente, les preuves de diffusion se multiplient.

Broadcom élargit massivement sa visibilité IA.

Dell confirme l’explosion des serveurs.

Snowflake commence à convertir l’IA en revenus.

Tesla fait sortir l’algorithme de l’écran.

La robotique commence à devenir économiquement modélisable.

Les utilities retrouvent une croissance qu’elles n’avaient plus connue depuis des décennies.

Le cyber protège l’électron.

Le nucléaire retrouve sa fonction stratégique.

Voilà pourquoi je reste profondément techno-optimiste.

Pas parce que je pense que toutes les actions vont monter.

Exactement l’inverse.

Je pense que cette révolution devient suffisamment mature pour que des entreprises commencent enfin à mourir.

Et c’est une excellente nouvelle.

La phase où tout monte ensemble est souvent la phase spéculative.

La phase où le capital distingue : utile / inutile ; productif / improductif ;souverain / substituable ; cash-flow / promesse ; est la phase industrielle.

C’est là que nous entrons.

Hartnett voit les rendements au plus haut depuis vingt ans et pense : fin de bulle.

Je regarde le même marché obligataire et je pose une autre question :

ET SI LES TAUX DU MONDE MONTAIENT EN PARTIE PARCE QUE LE MONDE RECOMMENCE ENFIN À INVESTIR MASSIVEMENT ?

Cela ne signifie pas nier le risque.

Cela exige au contraire davantage de discipline.

Plus le capital coûte cher, plus il faut : de productivité ; de moats ; de cash-flow ;de rareté ; de souveraineté.

Et moins il faut de storytelling.

C’est exactement notre terrain.

La doctrine TS2F devient donc :

ACCÉLÉRER SOUS CONTRAINTE.

POSSÉDER LES GOULETS.

ACHETER LA PRODUCTIVITÉ.

FINANCER LA CAPACITÉ, PAS LES FANTÔMES.

LAISSER MOURIR LES ZOMBIES.

NE JAMAIS CONFONDRE LE PRIX D’UNE ACTION AVEC LA VALEUR D’UNE RÉVOLUTION.


Dantec aurait reconnu la nouvelle biosphère.

Faye, le retour de la matière sous le numérique.

Jünger, la mobilisation.

Virilio, la vitesse.

Land, la techno-capital machine.

Simondon, le milieu associé.

Schumpeter, la destruction créatrice.

Schmitt, le retour du souverain.

Ellul nous demanderait encore : qui dirige qui ?

Et Spengler nous rappellerait peut-être que toute civilisation finit par être jugée sur quelque chose de très simple : ce qu’elle accepte encore de construire.

L’Amérique construit peut-être trop.

L’Europe, trop peu.

Entre les deux, je sais quel risque je préfère.

Le premier peut produire une bulle.

Le second peut produire un musée.

Le taux long nous rappelle simplement qu’il faut désormais payer l’entrée.

Très bien.

LA PUISSANCE A TOUJOURS EU UN PRIX.

Le XXIᵉ siècle commence seulement à le découvrir.

Contre le récit. Pour le réel.

LeblogALupus 

@leblogALupus

https://blogalupus.substack.com/p/le-prix-de-la-puissance-quand-lia




Intelligence artificielle à savoir en ce mois de mai 2026

Sommaire:

A) - Santé et Éducation : la grande fusion qui vient.

B) - Intelligence artificielle, souveraineté normative et géopolitique : La fragmentation de la gouvernance mondiale entre puissances technologiques

C) - L'IA d'Anthropic progresse à une vitesse alarmante selon les experts en sécurité

D) - Pour nous être utile, l'IA ne doit pas penser à notre place

E) - ChatGPT sur iPhone : OpenAI est vexé et cherche un moyen pour rompre avec Apple

F) - « Elles font facilement oublier que ce sont des machines » : ces IA qui deviennent vos meilleures amies, pour le meilleur et pour le pire

G) - L’IA finira-t-elle par façonner les esprits ?

H) - 𝐋'𝐈𝐀 𝐞𝐬𝐭 𝐡𝐨𝐫𝐬 𝐝𝐞 𝐬𝐚 𝐛𝐨𝐢̂𝐭𝐞 : 𝐞𝐬𝐭-𝐜𝐞 𝐢𝐫𝐫𝐞́𝐯𝐞𝐫𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞 ?

I) - « Il ne peut pas y avoir d’IA socialiste » 
 
J) - Besoins d’énergie de l’IA : la France en marche vers un précipice pourtant évitable

mars 30, 2026

Trumpisme et Trumpénisation !!

 Sommaire:

A) - Trump et la guerre en Iran : Erreur fatale ou coup de génie ?

B) - Trump : Quand les patrons américains vont-ils réagir ?

C) - Trump tord le bras de l’Europe : ratifiez ou perdez votre gaz américain !

D) - Trump est un génie: l'erreur historique de l'Iran des Mollah

 


 

Trump et la guerre en Iran : Erreur fatale ou coup de génie ?

Depuis plus de dix ans, une partie de la presse occidentale et les soi-disant « experts » expliquent avec une remarquable constance que Donald Trump est un imbécile, un clown, un fou dangereux. Le problème, c’est que cette grille de lecture est surtout révélatrice de biais idéologiques, de la paresse intellectuelle ou pire, de la bêtise même, de ceux qui l’emploient. En géopolitique, sous-estimer son adversaire est toujours une erreur. Et dans le cas de Trump, c’en est même une double.

Car depuis longtemps j’avance une autre hypothèse : Donald Trump n’est pas l’anomalie du système américain, il en est le symptôme. Celui d’un Empire qui vieillit, doute, mais qui refuse encore de disparaître.

L’Amérique reste certes aujourd’hui la première puissance militaire, technologique et financière du monde. Mais elle est aussi un empire fatigué : une dette colossale, une industrie moribonde et depuis longtemps délocalisée, une société fracturée, voire décadente (wokisme) et surtout avec un rival systémique – la Chine – qui monte en puissance à une vitesse historique et qui la dépasse à présent (hormis dans le domaine militaire mais pour combien de temps ?) dans tous les secteurs. 

Dans ce contexte, l’élection puis la réélection de Donald Trump ne doivent rien au hasard. Elles traduisent le réflexe de survie d’une partie de l’Amérique. Celle que les castes globalisées regardent souvent avec mépris : l’Amérique périphérique, industrielle (ou ce qu’il en reste !), rurale, celle qui a payé la mondialisation de plein fouet et qui refuse d’être sacrifiée sur l’autel du libre-échange sauvage et des guerres idéologiques.

Trump n’est donc pas une parenthèse. Dans ce nouvel épisode du concept du « Piège de Thucydide », il représente donc le sursaut d’un empire dont le déclin fut notamment accéléré par quatre années catastrophiques d’une administration Biden inconséquente et incompétente.

Or l’Histoire est cruelle avec les sursauts.

J’écrivais en novembre 2024 : « Donald Trump sera-t-il le Justinien de l’Empire américain… et de l’Occident ? »

La comparaison n’avait rien d’un compliment facile. Justinien, Napoléon ou Churchill incarnent tous le même phénomène historique : celui du dirigeant qui tente de redresser une puissance vieillissante et en fin de vie.

Justinien, l’empereur romain d’Orient du VIsiècle, restaure quelque peu l’empire romain d’Occident et ralentit son déclin pendant seulement quarante ans. Napoléon prolongea quinze années la suprématie française et le Siècle français, puis ce fut l’Espagne, la Russie et Waterloo. Churchill offrit au Royaume-Uni un dernier moment, quelques années, de grandeur impériale avant l’avènement finalement du Siècle américain.

De fait, ces sursauts durent donc rarement.

La question est donc simple : le sursaut Trump n’aura-t-il duré que quinze mois ?

À lire aussi : ANALYSE – Détroit d’Ormuz : Comment l’Iran parvient à maintenir ses exportations de pétrole malgré la guerre

Un début de second mandat fulgurant

Car depuis janvier, que cela nous plaise ou non, Donald Trump avait accumulé les succès.

D’abord en politique étrangère. Contrairement à l’image belliciste que lui prêtent ses adversaires, Trump s’est toujours méfié des guerres coûteuses et inutiles. Il considère – à juste titre – que les États-Unis ont dilapidé leur puissance (et leur argent) dans des conflits périphériques sans intérêt stratégique réel.

Son objectif était donc clair : fermer les robinets impériaux.

Il a tout d’abord contribué à mettre fin ou à désamorcer huit conflits majeurs ou crises ouvertes à travers le monde. 

La fin du conflit ukrainien devait en faire partie. Pour Washington, cette guerre était devenue un gouffre financier sans retour stratégique évident. Son retrait progressif et la laisser aux Européens était une manière élégante de rappeler que l’OTAN n’est pas une mutuelle gratuite. 

Et, n’oublions pas que si le conflit perdure aujourd’hui, c’est aussi parce que le puissant complexe militaro-industriel américain, largement hostile à Trump, n’a cessé de court-circuiter sa stratégie en s’appuyant sur certains dirigeants européens – on se souvient du rôle trouble joué par Boris Johnson en 2022 pour torpiller les négociations en échange de grosses commissions – afin de maintenir ce conflit profitable à l’industrie de défense américaine.

Dans le même temps, Trump lançait une politique commerciale agressive pour relancer l’industrie américaine. Les tarifs douaniers n’étaient pas une folie ou un caprice protectionniste mais un outil de réindustrialisation forcée.

À cela s’ajoutaient plusieurs mouvements stratégiques importants : sécurisation de l’arrière-cour américaine, pression sur le Panama et le coup au Venezuela pour réduire l’influence chinoise, rapprochement discret avec la Russie et tout récemment, un accord économique majeur et historique avec l’Inde.

Sans oublier le Groenland, cible de moqueries médiatiques mais enjeu stratégique majeur : terres rares (comme au Venezuela d’ailleurs), routes arctiques, contrôle des ressources du futur.

De même, avec Trump, les États-Unis attiraient d’importants investissements venus du Golfe : près de 45 milliards de dollars annoncés par le Qatar dans différents projets industriels et énergétiques, plus de 600 milliards promis par l’Arabie saoudite sur plusieurs années et plus de 200 milliards de dollars d’investissements et de partenariats stratégiques des Émirats arabes unis dans les technologies et l’intelligence artificielle américaines (notons que ces flux pourraient évidemment être remis en question par la nouvelle guerre dans le Golfe et ses conséquences, d’autant plus que Riyad et Abou Dhabi avaient rejoint les BRICS sous le mandat de Biden).

Trump poursuivait aussi une idée stratégique peu commentée : faire “exploser” les BRICS+ de l’intérieur afin d’affaiblir la Chine en rapprochant plusieurs membres clés – Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Inde et même Russie – de l’économie américaine plutôt que de les laisser glisser durablement dans l’orbite de Pékin.

La logique était limpide : réduire les engagements périphériques pour concentrer la puissance américaine sur le véritable défi du XXIe siècle – la rivalité avec la Chine.

En clair, comme je l’indiquais dans un édito précédent, sortir des guerres pour préparer la grande compétition.

Et puis survient l’Iran.

La politique de Trump face à Téhéran

Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut revenir au premier mandat Trump.

En 2018, la sortie du JCPOA marquait un changement profond de stratégie. Washington abandonnait la logique d’endiguement diplomatique pour revenir à la pression maximale.

Mais la véritable nouveauté était ailleurs : dans l’acceptation également d’une stratégie de décapitation ciblée.

Le message américain devenait simple : les États-Unis ne se contenteraient plus d’user la périphérie du système iranien. Ils pourraient viser directement les cerveaux du dispositif.

L’élimination du général Qassem Soleimani en fut l’exemple le plus spectaculaire.

Cette approche repose sur un triptyque très clair : pression économique maximale, renseignement offensif et menace militaire crédible. L’objectif n’est pas forcément la guerre totale mais la désorganisation progressive de l’adversaire.

Depuis le début du second mandat Trump, cette stratégie a été renforcée.

Washington a accru sa présence militaire dans la région. Et surtout, la CIA, à l’instar du Mossad déjà bien implanté sur le territoire iranien, a relancé des opérations de recrutement en persan visant directement les élites iraniennes.

Ce n’est pas un détail. Quand une puissance prépare une opération majeure, elle cherche d’abord à comprendre le système qu’elle veut frapper. Logique.

Mais Trump, contrairement aux caricatures médiatiques, ne voulait absolument pas d’une guerre, d’où son hésitation et ses réticences manifestes pendant plusieurs semaines… 

Il voulait un rapport de force suffisant pour imposer une négociation ou provoquer une fracture interne du régime.

À lire aussi : ANALYSE – Gouvernance internationale de la concurrence, géopolitique et convergence normative

Le pari iranien

Trump ne le sait probablement pas, mais Churchill a écrit un jour : « Ne croyez jamais, jamais, jamais qu’une guerre sera simple et facile, ni que quiconque s’engage dans cet étrange voyage puisse en mesurer les marées et les ouragans qu’il rencontrera. L’homme d’État qui cède à la fièvre guerrière doit comprendre que, dès que le signal est donné, il n’est plus le maître de la politique, mais l’esclave d’événements imprévisibles et incontrôlables ».

Alors pourquoi cette intervention ?

Les théories complotistes circulent déjà : manipulation de Netanyahou, chantages et pressions diverses, diversion politique afin d’occulter les retombées de l’affaire Epstein, conversion soudaine de Trump au néoconservatisme…

Soyons sérieux.

Comme le rappelait si justement Michel Rocard : « En matière de grande catastrophe publique, toujours privilégier la connerie au complot. La connerie est à la portée de tous, c’est donc assez largement répandu. Le complot nécessite beaucoup d’intelligence et d’organisation, c’est très rare ».

Or Trump n’est pas idiot et n’est pas devenu un faucon idéologique du jour au lendemain.

Ma lecture est différente : j’opterais plutôt pour le grain de sable qui a, au dernier moment, fait gripper un plan qui devait se dérouler sans accroc. Trump ne croyait pas réellement à un nouveau regime change ou un renversement du régime par un soulèvement populaire massif. Depuis janvier, et en dépit d’émeutes sans précédent, rien ne laissait toutefois présager un mouvement révolutionnaire capable d’abattre la République islamique. Les oppositions iraniennes se haïssent entre elles et restent donc profondément divisées, sans figure fédératrice et charismatique faisant l’unanimité dans le peuple iranien capable d’incarner une alternative crédible et sérieuse – et Trump lui-même a refusé de recevoir et d’adouber Reza Pahlavi par exemple. Dans cette perspective, c’est plutôt le spectre d’une guerre civile en Iran qui se profilerait dans le cas d’une chute brutale du régime et avec des conséquences pour la région dévastatrices.

Par ailleurs, Trump ne croyait pas (surtout pas !) non plus à un scénario d’intervention directe américaine (et encore moins terrestre !) ou à une insurrection militaire interne menée par des groupes comme les Kurdes. Son plan semblait beaucoup plus classique dans la tradition de la Realpolitik : pression maximale, négociations serrées… et éventuellement un coup de palais.

Dans ce scénario, les services américains et israéliens sont parvenus à convaincre Trump, peut-être en lui “vendant” l’idée d’une opération courte et ciblée : décapitation du sommet du régime, destruction totale du programme nucléaire et accélération d’une recomposition interne du pouvoir.

Autrement dit : provoquer un coup d’État interne mené par un homme – ou un groupe – au sein de l’appareil militaire ou même des Pasdarans.

La CIA et le Mossad pouvaient sincèrement croire à ce scénario. Mais plusieurs hypothèses existent : leur homme a peut-être été tué accidentellement dans les frappes ciblées qui ont décimé, en 24h et dans une redoutable efficacité, plus d’une cinquantaine de dirigeants iraniens – y compris le Guide suprême Khamenei – ou bien, il a été découvert et éliminé par ses propres pairs dans les purges actuelles et toujours en cours au cœur du régime.

Car un élément est largement sous-estimé : les infiltrations du Mossad au sein même de l’appareil iranien sont nombreuses, et les purges internes et les règlements de compte qui en découlent sont aujourd’hui massifs mais peu évoqués publiquement.

Dans ce contexte, les factions les plus dures et radicales du régime semblent donc avoir repris la main.

Ou encore, et ce serait le scénario le plus intéressant pour les Israéliens et surtout le président américain, leur fameux « homme idoine », leur carte maîtresse, est bel et bien encore en vie mais n’a simplement pas eu l’opportunité de passer à l’action. Nous y reviendrons plus loin…

En attendant, l’Iran n’est ni l’Irak de Saddam Hussein ni la Libye de Kadhafi.

C’est un régime profondément enraciné dans son appareil sécuritaire.

Les Pasdarans représentent environ 150 000 hommes. Les milices basijis en mobilisent près de 800 000. Avec leurs familles et leurs réseaux économiques, ce sont plus de vingt millions d’Iraniens qui ont un intérêt direct à la survie du régime, qui au passage s’y connaît très bien en révolution, en « brouillard de guerre », en guerre asymétrique et d’attrition !

Dans ces conditions, la chute rapide du système était toujours une hypothèse optimiste.

Aujourd’hui, le conflit semble s’installer. Et avec lui les dangers classiques de toute guerre périphérique qui peut se traduire par un fiasco fatal pour Trump et pire, dégénérer en véritable séisme international. 

Rappelons-nous que Napoléon pensait régler un problème dynastique en Espagne. Il y inventa la guérilla moderne… et commença à y perdre son empire !

Le piège des puissances fatiguées

La véritable question n’est donc pas militaire. Les États-Unis peuvent frapper l’Iran autant de fois qu’ils le souhaitent. Même si le complexe militaro-industriel américain est aux anges, les stocks de l’Oncle Sam s’épuisent et du matériel doit être rapatrié d’autres théâtres stratégiques comme en Asie, à la grande joie aussi des Chinois… 

Le problème est donc politique et géostratégique.

Une guerre prolongée et, pire, une intervention terrestre, même limitée, en Iran, on l’a dit, pourrait ruiner la grande stratégie trumpienne : concentrer l’Amérique contre la Chine. 

Pour l’heure et en paraphrasant Audiard : quand une puissance (USA) qui dépense 1 000 milliards de dollars par an pour sa défense décide d’agir, celles qui en dépensent 150 (Russie) ou 250 (Chine) regardent… et s’adaptent.

Certes les Chinois sont très inquiets pour leur approvisionnement en hydrocarbures qui est vital pour eux, surtout si le détroit d’Ormuz venait à être totalement fermé. Mais Pékin, après ce premier niveau de lecture de la crise, en a une seconde plus favorable. Xi Jinping peut observer au final la situation avec une certaine satisfaction (tout en aidant discrètement d’une manière ou d’une autre l’Iran). Car si Washington s’enlise une nouvelle fois au Moyen-Orient pendant que l’Europe se ruine de plus en plus en Ukraine, contre ses propres intérêts, dans une guerre qui ne la concerne pas et que la Russie entame sa cinquième année dans ce même conflit, le XXIe siècle devient soudain beaucoup plus confortable pour la Chine. Il suffirait alors d’une reprise des combats entre l’Inde et le Pakistan, et ce serait alors le jackpot pour l’Empire du milieu !  

Je l’ai déjà écrit : si vous êtes un stratège chinois et que vous voyez vos trois principaux concurrents s’épuiser simultanément, vous avez toutes les raisons de sourire et de vous frotter les mains. « Le meilleur général est celui qui gagne la guerre avant même d’avoir commencé la bataille », écrivait Sun Tzu…

Quant à Moscou, dans ce contexte, et au-delà des (fausses) rumeurs de la presse occidentale évoquant la fourniture d’informations aux Iraniens (et oui, il faut toujours mettre les Russes dans le camp des « méchants » mais même le Pentagone n’y croit pas, la Russie ayant d’autres chats à fouetter en Ukraine et au cas où, ne souhaite pas compromettre ses futures relations avec les Israéliens et Trump), elle adopte une posture classique : attendre, profiter de la hausse du pétrole et proposer surtout ses services comme médiateur.

En somme, au risque de décevoir les soutiens (agents d’influence ?) inconditionnels du « Sud global » de nos contrées et qui défendent mordicus le régime des mollahs pourtant toujours ennemi de l’Occident et de la France depuis 1979 (il a d’ailleurs récemment attaqué notre base aux Émirats arabes unis puis a causé en Irak la mort d’un soldat français et blessé cinq autres), personne ne se précipite ouvertement pour sauver Téhéran. Mais tout le monde observe attentivement la suite.

À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Syrie, le laboratoire de la destruction régionale ?

Trump peut-il encore gagner ?

Je l’ai dit à plusieurs reprises : c’est peut-être le pari le plus risqué de la carrière – voire de la vie politique – de Donald Trump.

Car l’enjeu dépasse largement l’Iran.

Si la guerre s’enlise, Trump pourrait compromettre les élections de mi-mandat mais surtout perdre une grande partie de sa popularité – jusqu’ici remarquablement solide – au sein de son électorat MAGA, traditionnellement hostile aux aventures extérieures. Or cet électorat commence déjà à manifester des signes de doute et de déception face à cette nouvelle guerre et à ce qui pourrait apparaître, pour certains, comme la première promesse majeure non tenue par leur champion : celle de sortir l’Amérique des conflits coûteux et inutiles.

Le temps joue donc clairement contre Trump. Il en est très bien conscient, d’où certainement son impatience et son irritation. 

Et, à ce stade, malgré la puissance de feu des États-Unis ainsi que l’efficacité et la précision chirurgicale des frappes israéliennes, les mauvaises nouvelles – les Européens et l’OTAN refusent de participer à l’opération, le porte-avions Ford, endommagé, fait demi-tour et Joseph Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme (NCTC), proche de Trump et pilier du mouvement MAGA, vient de démissionner – continuent de s’accumuler pour Washington. Les bases, les intérêts et les ambassades américains au Moyen-Orient, tout comme Israël et les États alliés du Golfe, demeurent toujours exposés aux représailles iraniennes, aux drones et aux missiles de Téhéran, même si ces attaques semblent avoir ralenti — peut-être en raison d’une gestion plus contrainte des stocks — après déjà dix-sept jours de conflit…

Or l’Histoire nous apprend aussi qu’en géopolitique, les situations apparemment bloquées peuvent basculer très vite. Ou pas…

Si Trump parvient finalement à provoquer, sous la pression militaire, cette fameuse recomposition interne du régime iranien – ou même sa chute contrôlée –, il pourrait transformer une opération risquée en succès stratégique majeur.

Pour l’instant, reconnaissons-le : c’est loin d’être gagné, tant la « défense mosaïque » (structure du commandement militaire décentralisée), comme la résilience du pouvoir de Téhéran, est réelle. Les Israéliens ont beau éliminer les chefs un par un, ainsi que leurs remplaçants, « couper toutes les têtes », or celles du régime, comme celles d’une Hydre, repoussent à chaque fois. Pour combien de temps ?

Il ne faut pas oublier que les Pasdarans, force d’élite, pilier du régime, sont à la fois des combattants idéologiquement fanatisés et des acteurs économiques puissants. « Joueurs d’échecs, malins et très intelligents »(dixit Trump lui-même !), leur culture politique mêle professionnalisme, culte du martyr, loyauté révolutionnaire… et sens aigu des affaires.

Autrement dit, ils peuvent se montrer redoutablement déterminés. Mais ils restent aussi des hommes de pouvoir… et d’argent.

Comme le disait Charles Quint :

« Les incorruptibles n’existent pas. Ils sont simplement un peu plus chers que les autres. »

Dans ce contexte, l’« homme idoine », la fameuse taupe, évoqué plus haut pourrait apparaître – ou réapparaître – à un moment critique.

D’autre part, l’histoire regorge d’exemples où, au crépuscule des régimes les plus durs, certains responsables cherchent avant tout à sauver leur peau, leurs intérêts ou une partie de l’appareil de pouvoir.

En avril 1945, même Heinrich Himmler – pourtant le maître absolu de la SS et l’un des piliers les plus fanatiques du IIIᵉ Reich – tenta d’ouvrir des négociations secrètes avec les Occidentaux par l’intermédiaire du comte Folke Bernadotte, dans l’espoir de conclure une paix séparée sur le front occidental. L’objectif n’était évidemment pas une paix sincère, mais une manœuvre de survie personnelle et politique : préserver ce qui pouvait l’être du régime et tenter d’empêcher l’effondrement total face aux Soviétiques.

Ce type de calcul cynique est une constante dans les fins de régime, même les plus idéologiques.

Si un tel scénario devait émerger à Téhéran – fracture interne, coup de palais ou recomposition du pouvoir – le Moyen-Orient pourrait être profondément transformé.

L’un des principaux foyers de déstabilisation régionale disparaîtrait ou serait durablement affaibli. Et les États-Unis retrouveraient alors une marge d’initiative stratégique considérable, tout en portant, une nouvelle fois, un mauvais coup à Pékin…

Il sera intéressant de voir comment Trump, « l’homme qui ne perd jamais » (ou du moins, ne l’avoue jamais) va se sortir de cette aventure…

Mais ce serait mal le connaître que de le croire déjà piégé : Trump, l’imprévisible, a déjà montré à plusieurs reprises qu’il savait transformer des situations apparemment bloquées en coup de théâtre ou pirouettes géopolitiques inattendues, comme en juin dernier lors de la guerre des 12 jours par exemple…

La question reste donc entière.

Sommes-nous face à l’erreur fatale d’un empire fatigué, d’un empereur trop pressé et dépassé… ou au coup de génie d’un joueur qui mène une partie de poker mondiale où personne ne sait vraiment quelles cartes il détient ?

Les semaines à venir nous apporteront sans doute un début de réponse.

À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Pékin face à la guerre hybride : L’Iran comme terrain d’apprentissage stratégique

Roland Lombardi est docteur en Histoire, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et des questions de sécurité et de défense. Fondateur et directeur de la publication du Diplomate.

Il est chargé de cours au DEMO – Département des Études du Moyen-Orient – d’Aix Marseille Université et enseigne la géopolitique à Excelia Business School de La Rochelle.

Il est régulièrement sollicité par les médias du monde arabe. Il est également chroniqueur international pour Al Ain. Il est l’auteur de nombreux articles académiques de référence notamment : « Israël et la nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient : quelles nouvelles menaces et quelles perspectives ? » in Enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, Études Internationales, HEI – Université de Laval (Canada), VOLUME XLVII, Nos 2-3, Avril 2017, « Crise du Qatar : et si les véritables raisons étaient ailleurs ? », Les Cahiers de l’Orient, vol. 128, no. 4, 2017, « L’Égypte de Sissi : recul ou reconquête régionale ? » (p.158), in La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation, Revue de la Défense Nationale, Été 2019, n°822 sous la direction de Pascal Ausseur et Pierre Razoux, « Ambitions égyptiennes et israéliennes en Méditerranée orientale », Revue Conflits, N° 31, janvier-février 2021 et « Les errances de la politique de la France en Libye », Confluences Méditerranée, vol. 118, no. 3, 2021, pp. 89-104. Il est l’auteur d’Israël au secours de l’Algérie française, l’État hébreu et la guerre d’Algérie : 1954-1962 (Éditions Prolégomènes, 2009, réédité en 2015, 146 p.). Co-auteur de La guerre d’Algérie revisitée. Nouvelles générations, nouveaux regards. Sous la direction d’Aïssa Kadri, Moula Bouaziz et Tramor Quemeneur, aux éditions Karthala, Février 2015, Gaz naturel, la nouvelle donne, Frédéric Encel (dir.), Paris, PUF, Février 2016, Grands reporters, au cœur des conflits, avec Emmanuel Razavi, Bold, 2021 et La géopolitique au défi de l’islamisme, Éric Denécé et Alexandre Del Valle (dir.), Ellipses, Février 2022. Il a dirigé, pour la revue Orients Stratégiques, l’ouvrage collectif : Le Golfe persique, Nœud gordien d’une zone en conflictualité permanente, aux éditions L’Harmattan, janvier 2020.

Ses derniers ouvrages : Les Trente Honteuses, la fin de l’influence française dans le monde arabo-musulman (VA Éditions, Janvier 2020) – Préface d’Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité de la DGSE, Poutine d’Arabie (VA Éditions, 2020), Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? (VA Éditions, 2021), Abdel Fattah al-Sissi, le Bonaparte égyptien ? (VA Éditions, 2023).

https://lediplomate.media/edito-trump-guerre-iran-erreur-fatale-coup-genie/ 



 

B) - Trump : Quand les patrons américains vont-ils réagir ?

Il est rare de voir un président saper les fondements de son pays en prétendant œuvrer pour son développement. C'est pourtant précisément ce que fait le président Trump ; et l'on peut se demander combien de temps les patrons et les syndicats américains toléreront une telle politique. 
 
 En apparence, le président américain fait tout son possible pour aider les entreprises américaines : il réforme le système fiscal en leur faveur ; il consacre toujours plus de fonds publics aux industries de la défense et de l'intelligence artificielle ; par une déréglementation sans limites, il exonère les dirigeants américains de toute poursuite pénale pour corruption d'agents publics étrangers ou violation des règles et traités environnementaux internationaux, qu'il dénonce pourtant quotidiennement ; il oblige les partenaires des États-Unis à acheter du pétrole et du gaz américains plutôt que russes ; il conditionne tout accord commercial avec un pays à un engagement d'investissement de centaines de milliards de dollars aux États-Unis. Il se montre aussi exigeant et brutal envers les Européens qu'envers les Indiens, les Canadiens, les Australiens, les Indonésiens et les Africains, qui sont tous des partenaires et des marchés naturels pour les entreprises américaines. En Europe, il ne soutient que deux petits pays, la Hongrie et la Slovaquie, dont la seule particularité est d'être des alliés déclarés du président russe. 
 
 

 
 
En réalité, malgré les apparences, cette politique détruit les fondements mêmes du système économique américain : en cherchant à imposer des règles autoritaires aux autres, et aux Européens en particulier, en ne garantissant plus leur défense et en s'alliant avec leurs pires ennemis, elle les pousse à commercer davantage entre eux, à cesser d'acheter des avions, du matériel militaire et des systèmes numériques américains, et à développer des centres de données indépendants. Elle incite également les Européens et d'autres populations à ne plus étudier, vivre ou visiter les États-Unis ; elle les encourage à nouer de nouvelles alliances géopolitiques, entre Européens, ou avec des Latino-Américains et des Canadiens ; et à diversifier leurs partenariats industriels, notamment avec des entreprises chinoises, jusqu'alors considérées comme ennemies.
 
En réalité, les Européens commencent à envisager sérieusement l'acquisition de cartes de crédit et de systèmes numériques européens, et plus généralement à se désengager des services des entreprises numériques américaines. Les banques européennes s'attellent enfin à intégrer leurs marchés de capitaux afin de se libérer de l'emprise américaine. Les pays européens et asiatiques, ainsi que des fonds privés, commencent à vendre leurs bons du Trésor américain. Et même si, pour l'instant, personne en Europe ni ailleurs, pas même la Chine, ne peut se passer de gaz naturel américain, la tentation grandit de tout faire pour s'en affranchir. Il en va de même pour le dollar. Ces choix, que font de plus en plus d'Européens, d'Indiens et de Latino-Américains, les éloignent durablement des États-Unis et continueront de le faire, quel que soit le successeur de Trump à la présidence. 
 
 Les entreprises américaines commencent à en payer le prix : d'énormes contrats, quasiment signés, sont annulés ; les investissements promis sont remis en question. 
 
Tout cela aura des conséquences sur le niveau de vie américain, tant en termes d'inflation que de chômage, comme nous pouvons déjà le constater. 
 
Combien de temps encore les patrons américains, de la Silicon Valley au Texas en passant par New York, jusqu'ici fascinés, voire terrifiés par Trump, continueront-ils à le soutenir ?  
 Combien de temps encore les banques américaines le laisseront-elles poursuivre cette politique insensée qui discrédite leur système financier et accélère la chute du dollar, l'inflation et la crise de la dette ? 
 
Combien de temps encore les GAFAM le laisseront-elles compromettre l'immense potentiel du marché mondial qu'elles étaient en train de conquérir ? 
 
Si ces patrons américains persistent à soutenir leur président, si objectivement contraire à leurs intérêts à long terme, ils devront soit se résigner à se replier sur leur marché intérieur, soit pousser leur président à une confrontation brutale avec ses anciens alliés, afin de reconquérir par la force ce qu'ils ont perdu par leur résistance. Le président n'aura alors d'autre choix que de se montrer de plus en plus agressif envers le reste du monde, notamment les Européens, pour tenter d'obtenir par la force ce qu'il ne peut plus espérer obtenir d'eux par la négociation, aussi brutale soit-elle. Il déclarera ouvertement : « Achetez des armes américaines, sinon vous n’aurez plus accès à Internet ni à vos cartes de crédit ; nous ne vous protégerons plus, et vos logiciels et avions de fabrication américaine deviendront inutilisables.» Comme les Européens et les Indiens ne pourront céder à un tel chantage, une confrontation stratégique, voire militaire, entre les États-Unis et le reste du monde, y compris l’Union européenne, aussi impensable soit-elle aujourd’hui, deviendra inévitable.
 
En revanche, si le monde des affaires américain prend conscience de la gravité de la situation et comprend que tout cela lui est fatal, il s'alliera aux syndicats et aux forces modérées des partis républicain et démocrate pour mettre fin à cette expérience désastreuse et tenter de renouer avec l'ancien monde où les États-Unis bénéficiaient de la confiance de leurs alliés. Il imposera à la Maison-Blanche un président raisonnable, un président qui, au moins, défende ses intérêts. Si ce coup d'État échoue, il cherchera alors à délocaliser ses centres de commandement, à ne plus apparaître comme des entreprises américaines, ce qui ne fera qu'accélérer le déclin de l'empire actuellement dominant. 
 
Dans la sphère publique comme dans la sphère privée, la confiance est la condition de la paix ; or, dans les deux cas, il est très difficile de rétablir la confiance perdue, et le conflit ou la séparation deviennent alors presque toujours inévitables. En perdant la confiance du monde et du monde des affaires américain, le président Trump conduit inévitablement à une confrontation entre les États-Unis et le reste du monde, y compris l'Union européenne, confrontation dont seule une révolte des forces vives américaines contre leur président pourrait nous préserver.
 
 Jacques Attali 
Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/en/geopolitics/trump-when-will-american-bosses-react/ 


 

C) - Trump tord le bras de l’Europe : ratifiez ou perdez votre gaz américain ! 

Une nouvelle démonstration de la realpolitik made in USA

Bruxelles, 24 mars 2026 – L’information, révélée hier soir par le Financial Times et reprise ce matin par BFM Business, est sans ambiguïté : Donald Trump met l’Union européenne face au mur.

Soit Bruxelles ratifie sans délai ni modification l’accord commercial de Turnberry (signé en juillet 2025), qui impose 15 % de droits de douane sur une grande partie des exportations européennes vers les États-Unis, soit l’Europe perd son accès « privilégié » au GNL américain.


 

Message clair : vous voulez de l’énergie ? Vous signez. Sinon, d’autres clients attendent.

Cette menace n’est pas une surprise. Elle illustre à la perfection la méthode Trump : tordre le bras de ses « partenaires » jusqu’à ce qu’ils cèdent. On l’a vu avec le Canada et le Mexique (renégociation forcée de l’ALENA), avec la Chine (guerre tarifaire massive), avec l’Inde, le Brésil… et maintenant avec l’Europe. Le levier est toujours le même : la puissance américaine, qu’elle soit commerciale, monétaire ou énergétique. Aujourd’hui, c’est le GNL qui sert d’arme.

L’Europe, qui importe jusqu’à 60 % de son gaz naturel liquéfié des États-Unis depuis qu’elle a sacrifié le gaz russe sur l’autel des sanctions, se retrouve piégée.

Le blocage du détroit d’Ormuz et la concurrence asiatique rendent le chantage encore plus efficace.

Une dépendance énergétique auto-infligée

Cette situation est le résultat direct des choix suicidaires de l’UE.

En se lançant dans une politique de sanctions tous azimuts contre la Russie, Bruxelles a volontairement détruit sa propre sécurité énergétique. Le gaz bon marché et fiable venu de Sibérie a été remplacé par du GNL américain, plus cher, plus polluant (transport par méthaniers) et surtout soumis au bon vouloir de Washington. Ursula von der Leyen, toujours prompte à signer des accords sans consulter les peuples, a entériné cette dépendance. Résultat : l’Europe n’est plus maîtresse de son destin énergétique. Elle mendie du gaz auprès d’un « allié » qui n’hésite pas à utiliser ce besoin vital comme moyen de pression.

Et ce n’est pas un accident. C’est la logique permanente de la politique américaine : les alliés sont des vassaux utiles, pas des partenaires égaux. Henry Kissinger l’avait résumé il y a des décennies avec une lucidité glaçante :

« Être un ennemi des États-Unis est dangereux, mais être leur ami est fatal. »

La phrase, souvent paraphrasée sous la forme « il vaut mieux être un ennemi des Américains plutôt qu’un ami », n’a jamais été aussi d’actualité. Les exemples abondent : les Kurdes abandonnés, les Afghans laissés aux talibans, les Européens sommés d’acheter du gaz cher et des armes made in USA pendant que Washington impose ses tarifs.

Pour la France, un risque supplémentaire sur la souveraineté

La France, qui importe déjà une part croissante de son GNL américain, paiera cher cette nouvelle humiliation. Nos industries (chimie, acier, agroalimentaire) et nos ménages, déjà confrontés à des factures énergétiques explosives, risquent de voir les prix flamber encore si Washington décide de privilégier d’autres clients. Pendant ce temps, l’UE continue à imposer aux États membres des normes environnementales draconiennes tout en acceptant une dépendance totale vis-à-vis d’un pays qui n’a que faire des « valeurs » européennes quand ses intérêts sont en jeu.

Trump ne cache même plus son jeu. Il utilise ouvertement l’énergie comme arme de négociation, exactement comme il l’a fait avec l’Opep ou avec ses propres alliés du Golfe.

L’Europe, affaiblie par des années de soumission atlantiste, n’a plus les moyens de résister.

Le Parlement européen doit voter jeudi 26 mars sur la ratification de l’accord de Turnberry. On imagine déjà la pression exercée en coulisses par les lobbies américains et par la Commission von der Leyen, toujours prête à plier pour éviter une crise.

Cette affaire est une leçon brutale : dans le monde de Trump 2.0, il n’y a plus d’amis, seulement des intérêts. Et quand Washington dit « signez ou souffrez », l’Europe, comme tant d’autres avant elle, finit par courber l’échine. La souveraineté énergétique française, comme la souveraineté alimentaire, est en train d’être sacrifiée sur l’autel d’un « partenariat » qui n’est en réalité qu’une relation de domination. Il est temps que Paris cesse de se comporter en vassal et commence à reconstruire une véritable indépendance énergétique, avant que le prochain coup de pression américain ne devienne une catastrophe nationale.

https://multipol360.com/trump-tord-le-bras-de-leurope-ratifiez-ou-perdez-votre-gaz-americain/ 

 

 


D) - Trump est un génie: l'erreur historique de l'Iran des Mollah

L’erreur historique de l’Iran
 
Carl von Clausewitz a écrit que la guerre est « la continuation de la politique par d’autres moyens ». Le président Trump l’a compris dès le départ : l’opération Epic Fury vise à stopper la course nucléaire iranienne et à rétablir la dissuasion, et non à poursuivre le fantasme néoconservateur bien connu de l’occupation et de la reconstruction nationale. Epic Fury, c’est la paix par la force en action : une force crédible appliquée avec détermination lorsque les adversaires confondent retenue et faiblesse.
 
En militarisant le détroit d’Ormuz, l’Iran a commis une erreur stratégique aux proportions historiques.
 
Téhéran entendait punir l’Amérique. Au lieu de cela, il a exposé toutes les puissances fondées sur l’énergie importée, des voies maritimes vulnérables et l’illusion que la mondialisation abolit les frontières géographiques. La Chine est exposée. L’Europe est exposée. La Grande-Bretagne est exposée. L’Iran a créé un monde où la puissance des ressources naturelles détermine l’avenir.
 
Commençons par la Chine. La machine industrielle de Pékin repose sur le pétrole et le gaz importés transitant par des points de passage maritimes vulnérables, le vieux dilemme de Malacca sous une forme moderne. Une grande puissance dépendante de longues voies maritimes exposées ne peut être en sécurité, quelle que soit sa taille économique. La rupture du détroit d'Ormuz a contraint la Chine à chercher des solutions alternatives, prouvant ainsi que la taille n'est pas synonyme de résilience.
 
L'Europe et le Royaume-Uni sont confrontés au même problème. Après s'être affranchis de la dépendance russe, ils ont troqué une vulnérabilité contre une autre, s'appuyant sur le GNL importé et des flux maritimes exposés à la coercition. Lorsque les points de passage stratégiques se resserrent, ils absorbent les chocs au lieu de projeter leur puissance. Les critiques européennes en disent moins long sur un échec américain que sur un malaise face à un monde où la force brute compte encore.
 
L'erreur de l'Iran est de croire qu'une fois le détroit d'Ormuz structurellement instable, le monde se réorganise autour de lui. Cela se traduit par des corridors de contournement, une relance des enjeux politiques liés aux oléoducs et une planification urgente des itinéraires reliant Aqaba aux débouchés méditerranéens près de Gaza et au projet d'oléoduc Bassora-Aqaba, longtemps au point mort. L'ancien ordre énergétique se fissure. Le retrait des Émirats arabes unis de l'OPEP témoigne du déclin de la discipline des cartels au profit des intérêts nationaux sous pression.
 
Trump mérite des éloges, et non les reproches de l'Europe. L'opération Epic Fury a frappé des milliers de cibles, affaibli les capacités offensives de l'Iran et balayé l'idée que l'Occident encaisserait l'escalade sans réagir. L'administration américaine a agi tandis que d'autres se contentaient de leçons. Elle a rétabli la dissuasion dans le seul langage que Téhéran comprenne.
 
La leçon à retenir est plus importante encore. La puissance brute, fondée sur la sécurité des ressources naturelles, est ce que l'hémisphère occidental possède en abondance. Les États-Unis, le Canada et les Amériques contrôlent les hydrocarbures, le GNL, les terres agricoles, l'eau douce, les minéraux critiques et une profondeur stratégique à une échelle que l'Europe et l'Asie, dépendantes des importations, ne peuvent égaler. Cette crise a clarifié, et non affaibli, la position structurelle des Amériques.
 
La dimension financière confirme ce point. La demande de lignes de swap auprès de la Réserve fédérale pendant la crise prouve que le dollar reste roi. En cas de tensions, les gouvernements se tournent vers la liquidité en dollars, et non l'inverse. La puissance des ressources brutes et la puissance monétaire se renforcent mutuellement, et les États-Unis sont au cœur des deux.
 
Telle est la véritable signification d'Epic Fury. Clausewitz écrivait que « la pensée politique est l'objectif, la guerre est le moyen ». Trump l'avait compris. L'Iran a tenté d'instrumentaliser la géographie, et Trump a transformé la confrontation en une démonstration de vulnérabilité.
 
L'administration Trump mérite bien plus d'éloges qu'elle n'en a reçus, et l'histoire retiendra probablement que la plus grande erreur d'appréciation de l'Iran n'a pas seulement été de fermer le détroit d'Ormuz, mais aussi de révéler quelles puissances contrôlent encore les véritables sources de force.
 
James E. Thorne

 
@DrJStrategy
Stratège en chef des marchés chez WellingtonAltus
Docteur en économie. Perspicace, observations et conclusions. Opinions personnelles. Ceci ne constitue pas un conseil en investissement. Veuillez effectuer vos propres recherches

 

Powered By Blogger