A) - Les Français sacrifiés sur l’autel de l’idéologie : l’appauvrissement par procuration
B) - La macrongirl de l’IMA brille au firmament du vide
C) - La fable de l’écrivain réfractaire et du journal qui se prosterne, Boualem Sansal et Libération
D) - Flambée artificielle du pétrole : crise géopolitique, prétexte vert ou nouvel outil de contrôle social ?
E) - Le scandale qui révèle le visage criminel des réseaux maçonniques au cœur du pouvoir
A) - Les Français sacrifiés sur l’autel de l’idéologie : l’appauvrissement par procuration
La crise par procuration : une absurdité volontaire
Nous sommes en mars 2026 et le gazole flirte à nouveau avec les 2 euros le litre, parfois plus sur autoroute. Le baril de Brent dépasse les 100 dollars,
poussé par les tensions au Moyen-Orient. Les ménages se serrent la
ceinture, les artisans calculent au centime près, les transporteurs
répercutent. Et que nous répond-on ? « C’est la crise. » Comme si elle était tombée du ciel. Comme si nous n’avions pas choisi, collectivement, de nous y plonger.
C’est la crise par procuration. Exactement comme s’infecter volontairement par un virus sous prétexte que « tout le monde l’attrape » et qu’il faut « être solidaires
». Absurde ? Pourtant, c’est la logique que nos gouvernements
successifs nous imposent depuis des années. Les guerres en Ukraine et au
Moyen-Orient ne nous regardent pas. Elles ne menacent ni notre
territoire ni notre sécurité vitale. Nous y sommes entrés de notre plein
gré, par idéologie, pour « faire comme tout le monde », pour défendre « le bien » contre « le mal ». Résultat
: sanctions, embargos, dépendance énergétique aggravée, inflation
importée. Et pendant ce temps, le peuple français paie l’addition.
Des crises fabriquées par nos élites
Tout commence par un mensonge de fond : les crises seraient extérieures, inévitables, et nos dirigeants n’y seraient pour rien.
Faux. Les crises d’aujourd’hui sont la résultante directe des politiques menées par nos élites depuis des décennies.
Elles ne travaillent plus dans l’intérêt du peuple français. Elles
servent une idéologie mondialiste, verte, atlantiste, qui place les
grands principes abstraits au-dessus de la réalité concrète :
souveraineté énergétique, pouvoir d’achat, indépendance nationale.
Le sabotage de notre souveraineté énergétique
Prenons l’énergie. La France possédait, il y a encore quinze ans, une quasi-autonomie. Son parc nucléaire,
fruit de la grande politique gaullienne et pompidolienne, couvrait près
de 70 % de sa production électrique. Avec l’hydroélectricité et
quelques fossiles domestiques, nous étions l’un des pays les plus
indépendants d’Europe. L’indépendance énergétique globale atteignait 56 %
grâce à l’atome considéré comme production nationale. C’était une
fierté, une sécurité stratégique. Que reste-t-il aujourd’hui ? Un
sabotage en règle.
Depuis les années 2010, sous la pression des accords verts, des
lobbies écologistes et des compromis électoraux, on a fermé des
réacteurs (Fessenheim en
tête), reporté les maintenances, imposé des objectifs absurdes de
réduction à 50 % du nucléaire. On a préféré miser sur des renouvelables
intermittents, chers et importés en grande partie (panneaux solaires
chinois, éoliennes allemandes).
On a aligné notre politique sur Bruxelles et Berlin plutôt que sur nos intérêts.
Résultat : même si le nucléaire remonte légèrement en 2025-2026 grâce à un réveil tardif, la dépendance aux importations de gaz et de pétrole s’est creusée. Et quand les marchés mondiaux s’affolent, la facture explose.
Cette vulnérabilité n’est pas une fatalité géologique. Elle est
idéologique. Refuser le gaz russe, voisin fiable et bon marché via
pipelines, pour le remplacer par du GNL américain ou qatari, plus cher,
plus polluant (transport maritime) et plus volatile : voilà la « folie »
assumée depuis 2022. Avant le conflit ukrainien, la Russie fournissait
45 % du gaz européen. En 2025, moins de 13 %, et le pétrole russe est
tombé sous les 3 %. On a coupé les ponts pour « punir » Moscou.
On s’est surtout puni nous-mêmes. Le détroit d’Ormuz bloque
partiellement ? Le Qatar voit ses installations touchées ? Le prix du
gaz flambe de 35 % en quelques jours. Et la France, amputée de sa
souveraineté, subit. C’est de la haute trahison. Trahison envers
les générations qui ont bâti ce parc nucléaire. Trahison envers les
Français qui paient aujourd’hui le prix de cette idéologie.
L’appauvrissement quotidien des Français
Car l’appauvrissement est massif et quotidien. Une hausse de 10
dollars du baril représente environ 100 euros de dépenses énergétiques
supplémentaires par an et par ménage. Avec les 20-30 centimes de plus au
litre observés depuis février, un salarié moyen qui parcourt 30-50 km
par jour perd plusieurs dizaines d’euros par mois. Multipliez par des
millions de ménages : c’est des milliards qui sortent des poches des
Français pour aller… où ? Dans les caisses de l’État via la TVA qui
s’applique sur le prix total.
L’État s’enrichit mécaniquement sur la crise qu’il a contribué à créer.
Pendant ce temps, les boucliers tarifaires sont rognés, les aides
ciblées tardent, et la précarité énergétique touche des millions de
foyers : et l’on nous dira encore que c’est… la crise !
Guerres étrangères : nous n’y sommes pas impliqués
Mais l’idéologie ne s’arrête pas à l’énergie. Elle s’étend à la
géopolitique. La guerre en Ukraine ? Nous n’y étions pas impliqués
militairement. Pourtant, nous avons choisi les sanctions maximales,
l’envoi d’armes, l’accueil de réfugiés sans limite. Idem pour les
tensions au Moyen-Orient et les escalades impliquant l’Iran. Ces
conflits ne menacent pas directement nos frontières. Ils ne justifient
pas que nous sacrifiions notre économie. Mais « il fallait être solidaires », « défendre la démocratie », « punir l’agresseur
». Résultat : inflation énergétique, perturbation des chaînes
d’approvisionnement, et maintenant une nouvelle flambée des prix. Les Français n’ont rien demandé de tout cela. Ils voulaient simplement pouvoir se chauffer, rouler, travailler.
L’argent public détourné vers l’armement
Et pendant que les ménages s’appauvrissent, où va l’argent public ? Dans l’armement.
Les dépenses militaires mondiales ont atteint un record historique en
2024 : 2.718 milliards de dollars, en hausse de 9,4 %. La France n’est
pas en reste. Son budget défense a doublé en dix ans pour atteindre 57
milliards d’euros en 2026, avec une hausse supplémentaire de 6,7
milliards cette année. Loi de programmation militaire oblige : on
commande des canons César, des missiles, des blindés, des sous-marins.
On livre à l’Ukraine, on vend à l’Arabie saoudite. Les conglomérats
militaro-industriels (Lockheed, MBDA, etc.) voient leurs carnets de
commandes déborder. Les actionnaires se frottent les mains.
Pendant ce temps, les services publics craquent : hôpitaux en sous-effectif, écoles délabrées, routes non entretenues. L’argent
qui pourrait servir à relancer le nucléaire, à isoler les logements, à
baisser les taxes sur l’énergie, part en munitions et en drones.
C’est le choix assumé des gouvernements :
prioriser la guerre, l’OTAN, l’alignement atlantiste plutôt que le
bien-être du peuple.
Les classes laborieuses deviennent la variable d’ajustement. Elles paient l’inflation, les taxes, la précarité. Et quand elles protestent, on les traite de « populistes » ou de « complotistes ».
Des chiffres qui accusent
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 87 % des entreprises françaises disent voir leurs marges impactées par la crise énergétique. 28 % se sentent en danger d’existence. 77 % des Français se disent pessimistes pour 2026. Le moral est au plus bas, le pouvoir d’achat fond comme neige au soleil. Et pendant ce temps, les élites pantouflent, les think-tanks idéologiques pondent des rapports sur la « transition juste », et les médias mainstream expliquent que « c’est compliqué ». Non, ce n’est pas compliqué. C’est une trahison claire et organisée.
Une trahison historique et organisée
Successivement, de Sarkozy à Macron en passant par Hollande, les gouvernements ont choisi l’idéologie contre le pragmatisme.
L’Europe d’abord, le climat d’abord, les valeurs d’abord… et la France
en dernier. Ils ont sacrifié l’autonomie énergétique sur l’autel du
Green Deal. Ils ont sacrifié la neutralité sur l’autel de l’atlantisme.
Ils ont sacrifié le pouvoir d’achat sur l’autel de la « solidarité internationale ».
Le peuple n’est plus souverain : il est le dindon de la farce.
Il est temps de reprendre le contrôle
Il est temps de dire stop. La crise n’est pas une fatalité. Elle est le produit d’un choix politique.
Reprenons le contrôle. Exigeons une politique énergétique souveraine :
relance massive du nucléaire, diversification pragmatique des
approvisionnements (y compris avec des voisins stables), fin des
sanctions suicidaires. Exigeons que l’argent public serve d’abord les
Français : baisse des taxes sur l’énergie, investissements dans
l’industrie et l’agriculture, et non dans des aventures militaires
lointaines. Exigeons que nos dirigeants travaillent pour le peuple, pas pour des idéaux abstraits ou des alliances qui nous ruinent.
Les Français ne sont pas des sacrifiés consentants. Ils sont un grand
peuple, capable de résilience et de lucidité. L’heure du réveil a
sonné. Refusons la crise par procuration. Refusons l’appauvrissement
idéologique.
Reprenons notre destin en main. Avant qu’il ne soit trop tard.
B) - La macrongirl de l’IMA brille au firmament du vide
« Que d’hommes se pressent vers la lumière non pas pour voir mieux, mais pour mieux briller » (Nietzche).
Il suffit de remplacer le mot hommes par femmes et vous avez le
portrait vérité de la nouvelle présidente de l’Institut du monde arabe
(IMA), Anne-Claire Legendre, ex-conseiller pour l’Afrique du Nord et du
Moyen-Orient de Sa Majesté, Jupiter 1er. Un mois après avoir
succédé à l’indéboulonnable Jack Lang, l’intrigante quadragénaire à la
Carrière déjà bien remplie, étale sa science comme de la confiture mais
aussi son avantageux minois dans une pleine page du Monde[1].
Elle livre ses confidences à une certaine Roxana Azimi. Cela reste
entre Dames de bonne compagnie et cela relève de la fameuse diplomatie
féministe. C’est mieux ainsi. C’est plus convenable, dirait-on dans le
langage compassé du vieux Quai d’Orsay ! Mais, que retenir de quatre
colonnes de texte venant surtout mettre en valeur la photo de la Star du
Macron Circus ? Une logorrhée technocratico-médiatico-nombriliste
d’Anne-Claire Legendre mais, aussi et surtout, un hymne à la joie
d’elle-même et de son mentor préféré.
Une logorrhée technocratico-médiatico-nombriliste
Cet entretien de haut vol nous est présenté par Le Monde comme la « feuille de route de la diplomate arabisante » qui succède à Jack Lang, démissionnaire involontaire de l’IMA. On l’aura compris, c’est du sérieux.
Il débute très fort. Anne-Claire Legendre nous explique comment l’Institut accorde une place à la guerre actuelle en Iran. « Par
des tables rondes qui apporteront une vision historique et académique
dans le cadre d’un débat apaisé donnant une place aux sociétés civiles ».
Il fallait y penser. Et, elle poursuit sur sa lancée par un charabia
incompréhensible pour le commun des mortels. Notre diplomate déclare
qu’elle est à la recherche d’un « vrai enjeu de marque pour l’Institut » pour clarifier son rôle ! Elle y travaille avec les équipes pour « rendre plus lisibles à la fois la mission, les valeurs, la programmation, pour revoir la charte graphique et la signalétique ». C’est du costaud.
Elle rajoute, qu’en dehors d’être un centre d’apprentissage de l’arabe, le bidule est « aussi
un lieu dévolu aux échanges d’ordre géopolitique et diplomatique
s’adressant à un public français, tout en favorisant le rapprochement
des points de vue entre les pays concernés ». Mazette ! Vaste
programme, comme aurait dit le général de Gaulle. Nous voici pleinement
rassurés tant l’IMA possède désormais une boussole claire et un cap
pérenne. Nos centres de recherche sur les relations internationales
doivent se le tenir pour dit.
Notre passionaria devient plus évasive et plus floue lorsqu’elle
aborde la question de la dette actuelle des pays arabes envers
l’Institut. Rappelons qu’ils sont censés contribuer à hauteur de 40% du
budget mais ne le font pas. Mais Zorro est arrivé et nous livre sa
recette miracle pour combler le trou, nous qui avons les poches vides et
eux qui ont les poches pleines : « Il n’y a plus vraiment de
versement de subventions régulières, mais un fonds de dotation a été
créé pour recueillir les arriérés des pays arabes, et il existe des
subventions par projet. Mais on voit que la demande des pays a évolué.
On doit être dans une logique de coconstruction de coproduction … ». Élémentaire,
mon cher Watson. La vieille ficelle du jeu de bonneteau pour dissimuler
le gouffre financier que représente l’IMA pour un pays qui n’en a pas
besoin compte tenu de sa situation budgétaire catastrophique[2].
Pour conclure son morceau de bravoure et d’exercice
d’autosatisfaction, Anne-Claire Legendre nous explique qu’elle est/elle
s’est investie d’une mission quais-divine : « C’est une priorité.
Nous avons un rôle central dans la construction et le renforcement de la
cohésion nationale, parce que nous sommes une institution culturelle
républicaine qui peut apporter un éclairage sur la culture arabe, la
langue arabe, mais aussi le fait religieux. En langue, on constate une
énorme demande, qui n’est pas traité de manière suffisante par
l’éducation nationale car il n’y a pas assez de professeurs agrées ». Diantre. Il nous semblait, mais nous devons avoir un trou de mémoire, que « La langue de la République est le français » et que cette disposition faisait partie de ce que l’on qualifie de « bloc de constitutionnalité »[3].
Apprenons déjà à nos chères têtes blondes à parler et à écrive
convenablement la langue de Molière avant de nous soucier de
l’apprentissage des langues étrangères ! Laissons ce soin à d’autres qui
s’en chargent parfaitement. Il nous semblait que le rôle de tout
diplomate français, comme du Chef de l’État[4],
qui se respectait était de promouvoir l’apprentissage de la langue
française. N’existe-t-il pas une Organisation internationale de la
Francophonie (OIF) sise à Paris ainsi qu’une Cité internationale de la
langue française sise à Villers-Côtterets dans l’Aisne, Cité inaugurée
en grandes pompes par Emmanuel Macron en son temps ?
Où y a d’la gêne, y a pas de plaisir !
Un hymne à la joie d’elle-même et de son mentor
Après avoir lu et relu plusieurs fois le madrigal de la nouvelle
présidente de l’IMA, le lecteur reste sur sa faim tant la confusion
semble être sa ligne directrice. Elle se paie de mots pour soigner les
maux de l’Institut, sorte de bateau ivre dont le capitaine, encore
récemment renouvelé par Jupiter dans son mandat, devrait rendre des
comptes et rendre gorge. Un classique de la Macronie et de son en même
temps. Vidons les caisses et embrassons-nous Folleville ! Telle est sa
devise.
La Dame est une experte en brosse à reluire. Et elle s’y connait. Un
petit couplet sur Kim Jong Macron est toujours le bienvenu et ne peut
pas faire de mal par ces temps difficiles : « La guerre actuelle
change aussi le regard qu’on porte sur ces pays et qu’ils portent sur
nous. La France est connue pour sa position particulière dans la région.
Cette position d’allié fiable est d’autant plus appréciée à un moment
où l’on observe, dans la région, une diversification des partenariats
ainsi qu’une défiance envers l’alliance exclusive avec les États-Unis.
Par ailleurs, il n’a pas échappé aux pays arabes que la France est la
première puissance touristique au monde, dont ils sont eux-mêmes
friands ». Cela ressemble étrangement à des éléments de langage
(EDL) tout droit venus du Château pour justifier une injustifiable
diplomatie de gribouille dans l’actuel conflit qui secoue la zone. Cela
tombe bien. Elle en vient du Château où elle officiait, il y a peu
encore, aux côtés de l’ineffable, Emmanuel Bonne, le conseiller
diplomatique peu diplomatique[5].
Tout ceci est pathétique pour ne pas dire risible si le sujet n’était
pas sérieux. Nous sommes dans l’entre-soi dans ce qu’il a de plus
détestable pour les authentiques grands serviteurs de l’État. Et, il
n’en existe encore mais ils préfèrent se terrer dans un mutisme
assourdissant.
Notre nouvelle Diva du monde arabe ne doute de rien et n’oublie pas
qui l’a installée à la tête de ce machin dont le contribuable français
peine à comprendre l’utilité marginale au regard de son coût exorbitant.
Anne-Claire Legendre à la tête de l’IMA, ce n’est pas le Pérou. En
définitive, son madrigal médiatique n’est qu’un vulgaire bibelot
d’inanité sonore. Pouvait-il en être autrement pour cette magnifique
blonde à l’échine souple et au verbe haut qui fait partie du dernier
train de recasage des copains et des coquins de la République qui n’en
peut mais ?[6]
L’insoutenable légèreté de l’être
« De tous les vices, la vanité est décidément le plus ridicule ! » (Marcel
Pagnol). Assurément, la nouvelle présidente de l’IMA n’a pas été
oubliée le jour de la distribution … en vanité. Le moins que l’on puisse
dire est qu’elle a été gâtée tel une enfant gâtée. « Vanitas, vanitatum et omnia vanitas » (Vanité
des vanités et tout est vanité ». Comme cela ne fait plus mystère dans
les milieux bien informés, narcissisme et opportunisme sont les deux
mamelles de la cloporte jupitérienne. La pétulante Anne-Claire Legendre
ne fait pas exception à la règle. Son entretien au quotidien de
référence constitue un morceau de bravoure qui mériterait de prendre
place dans le sottisier du Quai d’Orsay. La péronnelle n’a pas le
moindre complexe, tout au long de cet entretien, tant elle fonctionne au
tout à l’égo comme son roi qui l’a fait reine. Pas plus que le doute,
l’humilité – qualité qui honore les authentiques diplomates – ne
l’habite tant elle est sûre de son fait. Le Monde, qui se
décrit comme producteur d’information fiable, lui sert la soupe qui
n’est qu’un infâme brouet. En dernière analyse, force est de constater
que la Macrongirl de l’IMA brille au firmament du vide.
[4] Victoire Riquetti, « France is wild » : quand l’Élysée met en scène sa force régalienne (en anglais …), www.bvoltaire.fr , 20 mars 2026.
[5] Jean Daspry, Emmanuel Bonne à Moscou : de la diplomatie pathétique, www.lediplomate.media, 15 février 2026.
[6] Jean Daspry, De la République des copains : 1,2, 3 …, www.lediplomate.media , 24 février 2026.
C) - La fable de l’écrivain réfractaire et du journal qui se prosterne, Boualem Sansal et Libération
Il est des moments où le traitement médiatique d’une affaire en dit
davantage que les faits eux-mêmes. Ce qui entoure aujourd’hui la
trajectoire de Boualem Sansal relève de cette catégorie – un cas
révélateur des ambiguïtés, des prudences et, parfois, des renoncements
qui traversent nos institutions culturelles et politiques.
À lire Libération, on croirait assister à une reconstitution
fidèle d’une séquence complexe. Mais très vite, une impression domine,
celle d’un récit orienté, qui épouse avec une troublante complaisance
les lignes de défense élaborées par Gallimard. Loin d’éclairer, ce récit
semble d’abord chercher à atténuer, à lisser, à rendre acceptables des
choix qui mériteraient pourtant d’être interrogés avec rigueur.
Car il ne s’agit pas ici d’un simple différend éditorial. Il s’agit
d’un écrivain dont la parole dérange, dont la liberté engage, et dont le
sort a manifestement été appréhendé à l’aune de considérations qui le
dépassent. Dans cette affaire, la retenue affichée par Élysée comme par
le Quai d’Orsay ne peut être comprise sans être mise en relation avec
une constante de la diplomatie française : la volonté de ne pas heurter
le pouvoir algérien.
Ce choix, qui peut relever d’une logique d’État, n’est pas en soi
illégitime. Mais il devient problématique lorsqu’il conduit à reléguer
au second plan la défense d’un écrivain menacé ou fragilisé. Il devient
plus problématique encore lorsqu’il s’accompagne d’une forme de silence,
voire d’effacement, au moment même où une parole claire serait
attendue.
C’est ici que le rôle des médias devrait être décisif. Non pour
amplifier des éléments de langage, mais pour introduire de la distance,
de la contradiction, de la complexité. Or, en reprenant une narration
qui inverse subtilement les responsabilités et recompose les rôles, Libération
manque précisément cette exigence. Le journal ne se contente pas de
relayer une version, il contribue à installer une grille de lecture qui
tend à exonérer les acteurs dominants et à déplacer le centre de gravité
du débat.
Face à ces prudences croisées, un fait demeure, difficilement
contestable : sans l’engagement persévérant du Comité de soutien à
Boualem Sansal, cette affaire serait probablement restée confinée dans
les marges. C’est cette mobilisation, extérieure aux circuits
institutionnels, qui a permis de maintenir la question ouverte,
d’empêcher son étouffement discret, et, finalement, d’obtenir des
avancées tangibles.
Il faut le dire clairement : ce sont ces voix indépendantes,
obstinées, parfois marginalisées, qui ont assumé ce que d’autres n’ont
pas voulu faire. Là où les institutions ont hésité, temporisé, ou
contourné, le Comité de soutien a nommé, alerté, insisté. Là où certains
ont cherché à relativiser, il a rappelé l’essentiel : la liberté d’un
écrivain ne se négocie pas.
Dès lors, vouloir aujourd’hui recomposer le récit, redistribuer les
rôles ou atténuer les responsabilités revient à prolonger ce qui a
précisément fait défaut au départ : le courage de dire les choses telles
qu’elles sont. Or il ne peut y avoir de démocratie vivante sans cette
exigence de vérité.
Car au fond, la question est simple : qui, dans cette affaire, a été
fidèle à l’idée même de liberté intellectuelle ? Ceux qui ont calculé,
attendu, aménagé ? Ou ceux qui ont, sans relâche, défendu Boualem Sansal
pour ce qu’il est — un écrivain libre, dont la parole mérite d’être
protégée sans condition ?
La réponse, cette fois, ne devrait plus être incertaine.
Kamel
Bencheikh est un écrivain et intellectuel franco-algérien dont le
parcours mêle engagement, réflexion politique et passion pour la langue
française. Après une vingtaine d’années en Algérie, puis un long ancrage
en France, il s’est imposé comme une voix universaliste, attachée à la
laïcité, à l’émancipation individuelle et à l’exigence républicaine.
Auteur entre autres de L’Islamisme ou la crucifixion de l’Occident
(éditions Frantz Fanon), chroniqueur dans divers médias et passeur
d’idées, il s’intéresse tout particulièrement aux questions
d’intégration, de citoyenneté et de liberté de conscience. Son œuvre,
comme ses prises de position publiques, reflète une volonté constante :
relier plutôt qu’opposer, éclairer plutôt qu’enflammer, et défendre une
vision humaniste de la France contemporaine.
D) - Flambée artificielle du pétrole : crise géopolitique, prétexte vert ou nouvel outil de contrôle social ?
Une flambée des prix qui pèse lourd sur le budget des Français
Depuis
fin février 2026, les cours du pétrole ont connu une flambée
spectaculaire, avec le Brent dépassant les 110 dollars le baril à
plusieurs reprises et frôlant les 120 dollars au pic.
En
Europe, cela s’est traduit par une hausse de 40 % des prix à la pompe
en quelques semaines : le diesel a régulièrement franchi la barre des 2
euros le litre, l’essence SP95-E10 oscillant entre 1,80 et 2 euros selon
les régions.
Pour une famille française moyenne
parcourant 15.000 km par an, l’addition supplémentaire atteint entre
1.200 et 1.800 euros annuels. Les réunions de crise se multiplient à
Bruxelles, à Matignon et dans les capitales européennes, tandis que les
citoyens se voient exhorter à télétravailler, à rouler moins et à voler
moins. Pourtant, à peine quelques heures après ces appels à la sobriété,
les prix ont chuté de 15 % en une séance le 31 mars, puis repassé sous
les 103 dollars pour le Brent ce 1er avril.
Coïncidence ? Ou manipulation de marché orchestrée par des acteurs qui profitent de la volatilité ?
Une chose est sûre : une fois de plus, c’est le peuple qui paie l’addition, au sens propre comme au figuré.
Le blocage d’Ormuz : une crise plus spéculative que physique pour l’Europe
Le déclencheur officiel de cette crise est bien réel : le blocage partiel du détroit d’Ormuz par l’Iran, qui représente 20 % du commerce pétrolier mondial. Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, environ 11 à 20 millions de barils par jour ont été perturbés. Pourtant, pour l’Union européenne, la dépendance directe à cette route est minime.
L’UE importe moins de 0,01 % de son pétrole d’Iran depuis l’embargo de 2012.
Ses
principaux fournisseurs restent les États-Unis (15 %), la Norvège (14
%), le Kazakhstan (13 %), la Libye, l’Arabie saoudite, le Nigeria et
l’Irak. Le brut arrive majoritairement via l’Atlantique ou des pipelines terrestres. Aucune pénurie physique massive ne menace donc le Vieux Continent.
Les
hausses observées relèvent davantage d’une spéculation mondiale sur les
prix spot que d’une rupture d’approvisionnement directe.
Les
majors américaines, Exxon en tête, y trouvent leur compte, tout comme
le maintien du système du pétrodollar. Pendant ce temps, les
consommateurs européens subissent les conséquences d’un marché
mondialisé et volatil.
Réunions de crise à Bruxelles : la sobriété imposée aux citoyens
Face
à cette tension, les institutions européennes ont multiplié les sommets
d’urgence. Le 19-20 mars à Bruxelles, les chefs d’État et de
gouvernement ont débattu d’une réponse coordonnée. La Commission, par la voix du commissaire à l’Énergie Dan Jørgensen, a plaidé pour une réduction immédiate de la demande. Le message est clair : « Même si la paix est établie demain, nous ne reviendrons pas à la normale. » Le 31 mars, une visioconférence des
ministres de l’Énergie a entériné cette ligne : sobriété obligatoire,
mesures de crise réactivées. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a même publié un rapport le
20 mars listant dix mesures concrètes pour baisser la consommation de
pétrole, ciblant principalement le transport (45 % de la demande
mondiale). Parmi elles : télétravailler autant que possible ; réduire
les limitations de vitesse d’au moins 10 km/h sur autoroutes ;
encourager massivement les transports publics ; instaurer une
circulation alternée dans les grandes villes ; développer le covoiturage
et les pratiques de conduite éco-responsable ; optimiser les livraisons
et l’efficacité des véhicules commerciaux ; détourner le GPL vers
d’autres usages ; réduire les voyages aériens non essentiels ; passer à
d’autres solutions de cuisson (électrique) ; et adapter les procédés
industriels.
Ces recommandations, présentées comme « rapides et concrètes », ressemblent étrangement à un semi-confinement volontaire.
Elles reprennent presque à l’identique les restrictions de mobilité imposées pendant la crise sanitaire du COVID 19 de 2020. Le but affiché ? Protéger les consommateurs et préserver les stocks pour les usages essentiels. La réalité ? Faire porter le poids de la crise sur le quotidien des citoyens ordinaires.
Une vulnérabilité énergétique choisie par idéologie
Cette
approche n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une logique plus large
: celle d’une transition énergétique accélérée, souvent présentée comme
inéluctable et vertueuse. Pourtant, de nombreux Français y voient une
arnaque idéologique. Pourquoi ? Parce que la vulnérabilité actuelle est
largement auto-infligée. Depuis 2022, l’UE a choisi d’embargoer
massivement le pétrole et le gaz russes, passant de 45 % de dépendance
au gaz russe à moins de 3 % en 2025. Les contrats nouveaux sont
interdits depuis janvier 2026, avec une sortie totale programmée fin
2027 via le plan REPowerEU. À la place, on a importé du GNL
américain, qatari ou norvégien, plus cher à transporter et bien plus
sensible aux chocs géopolitiques. On a aussi poursuivi la sortie du
nucléaire dans plusieurs pays, dont l’Allemagne qui a fermé ses
dernières centrales en 2023. Résultat : un système énergétique fragile,
incapable d’absorber les renouvelables déjà installés (120 GW de projets
« verts » risquent d’être abandonnés faute de réseau adapté). 26 des 27
États membres font l’objet de procédures pour non-respect des règles du
marché de l’électricité. L’idéologie a remplacé le pragmatisme :
on a sacrifié une énergie stable, bon marché et proche géographiquement au nom de principes géopolitiques.
Aujourd’hui,
face à un choc au Moyen-Orient, on n’a plus de marge de manœuvre. Et
plutôt que de corriger le tir, on impose encore aux citoyens de « faire des efforts
» : moins rouler, moins voler, moins chauffer. Le tout en accélérant la
transition vers des énergies renouvelables dont l’empreinte écologique
réelle (extraction de métaux rares pour les batteries, pollution des
mines, dépendance à la Chine et son éloignement) est souvent passée sous
silence. Les Français, confrontés à une inflation énergétique cumulée
de plus de 10 % ces dernières années, ont bien compris l’arnaque : une
écologie de façade qui masque un contrôle accru des modes de vie sans
toucher aux vrais grands pollueurs (industries lourdes, commerce mondial
par cargos).
La transition verte : arnaque ou outil de contrôle social ?
Cette
crise sert manifestement d’alibi pour pousser plus loin un agenda de
transformation sociétale. Des rapports internationaux, dans la lignée
des réflexions du Club de Rome et du Forum économique mondial, appellent
à une « économie circulaire », à la « ville en 15 minutes
» où la voiture individuelle devient obsolète, aux quotas carbone
individuels et à un marché de crédits d’émissions. Suppression
progressive des vols non essentiels, interdiction de nouveaux aéroports,
promotion du vélo et de la marche : tout y passe. Sous couvert de lutte contre le changement climatique, on impose un rationnement déguisé de la mobilité et de l’énergie.
Les classes moyennes et modestes, déjà étranglées par la hausse des
prix, paient le prix fort : moral en berne (77 % des Français
pessimistes pour 2026), confiance politique au plus bas (22 %). Pendant
ce temps, les entreprises subissent des hausses de coûts énergétiques de
73 % depuis 2020, avec 28 % d’entre elles en danger de survie. Loin
d’être une réponse à une urgence climatique, cette stratégie ressemble à
un outil de contrôle social.
Les mêmes qui nous ont imposé des confinements sanitaires nous imposent désormais des « confinements énergétiques ». Même instruction : restez chez vous. Différente excuse.
Cette stratégie va bien au-delà de la simple sobriété énergétique.
En réduisant drastiquement la mobilité des citoyens, elle constitue un formidable outil de contrôle social.
Moins
de déplacements signifie moins de possibilités d’organiser des
rassemblements, des manifestations ou des actions citoyennes
d’envergure. Quand les Français passent plus de temps contraints à
rester chez eux ou à limiter leurs trajets, la capacité de mobilisation
collective s’affaiblit significativement. À cela s’ajoute la
paupérisation accélérée : avec une facture énergétique qui explose, les
classes moyennes et populaires ont moins d’argent disponible, ce qui les
rend plus vulnérables et plus occupées à survivre qu’à contester les
politiques en place. On assiste ainsi à une forme insidieuse de
confinement énergétique qui, tout comme pendant la crise sanitaire,
favorise la passivité et l’acceptation résignée des mesures imposées.
Cette crise peut également servir à accélérer l’imposition des voitures électriques.
On nous martèle que si nous roulions tous à l’électrique, nous ne
subirions pas cette flambée des prix à la pompe. Pourtant, ces véhicules
prétendument « verts » sont faussement écologiques : extraction
massive de métaux rares, pollution des batteries et dépendance totale à
des pays lointains pour les composants, sans parler de leurs prix
exorbitants inaccessibles pour une grande majorité des Français.
Le discours très attendu de Donald Trump cette nuit
Dans
ce contexte, l’allocution de Donald Trump prévue cette nuit (1er avril
2026 à 21 heures locales, soit 3 heures du matin en France) est attendue
avec impatience. Le président américain doit s’adresser à la nation
pour donner « de nouvelles informations importantes sur l’Iran ». D’après ses déclarations récentes, il devrait réaffirmer que les États-Unis quitteront l’Iran « très bientôt », dans deux à trois semaines, indépendamment d’un accord formel. Il a déjà évoqué un « changement de régime
» positif à Téhéran, des négociations en cours et le passage imminent
de 20 pétroliers supplémentaires par Ormuz. Trump a même ironiquement
rebaptisé le détroit « Strait of Trump » (détroit de Trump) lors d’un discours. Il devrait également critiquer ouvertement les alliés européens : « Allez chercher votre pétrole vous-mêmes dans le détroit d’Ormuz
» ou achetez du brut américain. Ce discours America First risque fort
de calmer les marchés plutôt que de les amplifier. Les prix ont déjà
baissé ce mercredi après ses annonces préalables de désescalade. Une
confirmation d’une sortie rapide des hostilités et d’une réouverture
effective du détroit ferait chuter encore davantage les cours,
soulageant temporairement les pompes.
Mais cela n’effacera pas les failles structurelles européennes.
Au
contraire, cela mettra en lumière l’incapacité de l’UE à assurer sa
souveraineté énergétique sans dépendre des États-Unis ou de la
volatilité mondiale.
Le peuple, éternelle victime de l’addition
Au
final, cette crise énergétique, réelle dans ses effets immédiats,
révèle surtout les choix politiques désastreux des dernières années.
Plutôt que de diversifier intelligemment et de préserver des sources
fiables (nucléaire, gaz russe via pipelines), on a préféré l’idéologie
verte. Résultat :
les
citoyens paient deux fois. D’abord financièrement, à la pompe et dans
leur facture globale. Ensuite, dans leur liberté : on leur demande de
changer radicalement leurs habitudes sous prétexte de « sobriété ».
La
chute rapide des prix ces derniers jours, coïncidant avec les signaux
de détente, renforce le soupçon d’une manipulation spéculative. Demain,
après le discours de Trump, les cours pourraient encore reculer. Mais
l’UE, elle, continuera sur sa lancée : accélération de la transition,
restrictions durables, et discours moralisateur sur la « responsabilité collective ». Les Français, lucides, ont déjà compris : cette « arnaque »
ne sauvera pas la planète. Elle ne fera que renforcer le contrôle sur
leur quotidien tout en enrichissant d’autres acteurs. Il est grand temps
de revenir à une politique énergétique pragmatique, souveraine et au
service du peuple. Sinon, l’addition risque d’être encore plus lourde
demain.
E) - Le scandale qui révèle le visage criminel des réseaux maçonniques au cœur du pouvoir
Depuis le, 30 mars 2026, la cour d’assises de Paris est le théâtre d’un procès hors norme.
Vingt-deux personnes – dont quatre militaires de la DGSE (dont deux
parachutistes du centre de Cercottes), trois policiers et plusieurs
chefs d’entreprise – comparaissent pour meurtre, tentatives
d’assassinat, violences aggravées et association de malfaiteurs. Le nom
de cette affaire ?
Athanor, une loge maçonnique de Puteaux (Hauts-de-Seine), dissoute en 2021, qui a muté en véritable officine de tueurs à gages.
L’affaire éclate en juillet 2020. Deux jeunes agents de la DGSE, Carl
Esnault et Pierre Bourdin, sont interpellés en embuscade devant le
domicile d’une coach en entreprise, Marie-Hélène Dini. Ils sont armés,
en Clio volée. Ils affirment avoir cru exécuter une mission officielle
d’homicide (« homo » dans le jargon des services) : éliminer une espionne du Mossad. Mensonge. Il s’agissait d’un contrat privé, commandité pour des raisons bassement professionnelles. Le commanditaire ? Jean-Luc Bagur, vénérable maître de la loge Athanor, rival de Dini dans le secteur du coaching.
L’instruction a révélé bien pire : une
cellule criminelle au sein de la loge qui négociait des contrats
d’assassinat pour 20.000 à 50.000 euros.
Agressions, incendies, passages à tabac, espionnage industriel… et un
meurtre avéré, celui du pilote automobile Laurent Pasquali en 2019.
Tout cela pour des motifs souvent dérisoires : concurrence économique,
rancunes personnelles. Des profils « insérés » – agents de renseignement, policiers, entrepreneurs – ont basculé dans le crime organisé sous couvert maçonnique.
Le pouvoir politique au centre du scandale
Nous avions déjà tiré la sonnette d’alarme en juin 2025 (voir ici). Il ne s’agit pas d’une simple dérive de « francs-maçons barbouzes ».
La loge Athanor met en lumière les prérogatives exorbitantes que s’arrogent les élites politiques et leurs réseaux.
Des ministres emblématiques du quinquennat Macron sont cités comme
membres ou proches de la franc-maçonnerie : Gérard Collomb (ancien
ministre de l’Intérieur), Jean-Yves Le Drian (ministre des Affaires
étrangères), Vincent Peillon ou encore Jean-Michel Baylet. L’opacité de
ces réseaux, qui comptent 160.000 à 180.000 membres en France (GODF,
GLDF, GLNF), permet une cooptation discrète aux plus hauts niveaux de
l’État.
Un détail encore plus grave : une vingt-troisième personne, ancien
agent de la DGSE, est accusée de trahison pour avoir transmis des
informations confidentielles à une puissance étrangère. Le Mossad est
régulièrement évoqué dans les récits, même si la justice parle plus
sobrement de « puissance étrangère ». Deux militaires de la DGSE ont été manipulés en leur faisant croire à une opération d’État. Qui, dans l’appareil, a laissé de tels profils opérer en toute impunité ?
Une élite qui s’octroie le droit de vie et de mort
Comme nous le soulignions avec une lucidité glaçante :
« Cette affaire illustre une
mentalité selon laquelle certains acteurs politiques et leurs alliés se
considèrent au-dessus des lois. Le droit de vie et de mort,
historiquement réservé aux souverains absolus, semble avoir été
revendiqué par des individus au sein de ces réseaux. »
Pendant que Macron multiplie les postures martiales sur la scène internationale, qu’il renforce la « dissuasion avancée » et les budgets militaires, une loge maçonnique transformée en réseau de tueurs à gages militaires prospérait à deux pas de Paris.
Des agents de l’État, formés pour défendre la nation, ont été instrumentalisés pour des vendettas privées.
L’État de droit ? Une façade. Les réseaux occultes, eux, fonctionnent à plein régime.
Le procès, qui doit durer jusqu’au 17 juillet, risque de durer trois
mois et demi de révélations embarrassantes. Pourtant, on sent déjà le
silence médiatique et politique s’installer. Aucune commission d’enquête
parlementaire sérieuse. Aucune interpellation au gouvernement. Le
Parlement, comme toujours, reste muet face à l’hégémonie des réseaux qui
traversent tous les partis.
Les risques énormes pour les populations
Ce scandale n’est pas anecdotique. Il révèle un cancer
démocratique : des élites qui se croient intouchables, protégées par le
secret maçonnique et les complicités institutionnelles. Quand des
militaires d’élite peuvent être retournés pour 20.000 euros, quand des
policiers couvrent des contrats d’assassinat, c’est toute la confiance
dans l’appareil d’État qui s’effondre.
Les Français, déjà exsangues par l’inflation, le choc énergétique et
les guerres par procuration, vont découvrir que leurs dirigeants ne se
contentent pas de jouer avec le feu à l’étranger. Ils tolèrent – ou
protègent – des réseaux criminels au sein même des services de
renseignement. Les tensions sociales qui couvent (pouvoir d’achat en
berne, sentiment d’abandon) vont s’aggraver quand la population
comprendra que l’État n’est plus neutre, mais capturé par des cercles
opaques.
Candace Owens, qui avait pointé du doigt ces « bérets rouges »
et les liens supposés avec le Mossad, avait-elle raison ? Le procès
Athanor apporte des éléments troublants. Peu importe les dénégations
officielles : le voile est levé. Une loge maçonnique est devenue une
officine du crime. Et le pouvoir politique, au lieu de la démanteler
depuis longtemps, a laissé faire.
L’heure de la transparence a sonné. Si rien n’est fait, ces dérives ne feront qu’empirer. Les
populations paieront, encore une fois, le prix de l’arrogance et de
l’incompétence d’une caste qui se croit au-dessus des lois.
A) - Avec la mort de Larijani, une fenêtre d'opportunité s'ouvre pour que les manifestations reprennent
B) - La mollarchie : un système bien plus difficile à détruire qu’un régime
C) - Un plan en cinq points pour éviter la catastrophe nucléaire et économique au Moyen-Orient
D) - Pétrole : une flambée des prix qui expose notre vulnérabilité par idéologie
E) - Ormuz ou l’illusion du contrôle : Chronique prospective d’une crise énergétique mondiale
F) -Interview de Michel Fayad par Arnaud Benedetti : « Le régime ne montre aucun signe de capitulation »
G) - Différents liens (7) sur le thème de l'Iran
VDH : TOUS LES SIGNES POINTENT DANS LA MÊME DIRECTION
Victor Davis Hanson, historien militaire qui étudie depuis cinquante ans la fin des guerres, affirme que la dynamique est en train de changer rapidement en faveur des États-Unis. Quand il parle d’un tournant, il est utile d’écouter ses raisons.
Son analyse ne repose pas sur les communiqués officiels du Pentagone, mais sur le comportement concret des acteurs régionaux et internationaux.
Les Européens
VDH rappelle sa règle : les Européens ne s’engagent jamais dans un conflit à moins d’être convaincus que le vainqueur est déjà déterminé. Au début de l’opération, ils sont restés très prudents et critiques. Aujourd’hui, certains signes montrent qu’ils commencent à se repositionner. Ce n’est pas de l’idéalisme : c’est un calcul pragmatique. Ils estiment que la victoire américaine devient probable.
Les monarchies pétrolières du Golfe
Les Saoudiens, les Émiratis et les Qataris ont toujours excellé à lire l’évolution du rapport de forces régional. Depuis le début du conflit :
- Le Qatar a expulsé les attachés militaires et de sécurité iraniens (persona non grata après les frappes sur Ras Laffan, centre majeur du gaz mondial).
- Les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et Bahreïn ont intercepté des centaines de missiles balistiques et de drones iraniens (plus de 300 missiles et 1 700 drones pour les Émirats seuls depuis le début).
- Les Émirats ont réaffirmé leurs engagements d’investissements massifs aux États-Unis, même en pleine guerre.
Ces actions ne sont pas idéologiques : ce sont des paris stratégiques. Ces pays parient désormais sur une victoire américaine et sur l’affaiblissement durable de l’Iran.
Al Jazeera
C’est le signal le plus frappant selon VDH (souligné dans ses interventions chez Hannity et ailleurs). Al Jazeera, média qatari historiquement très critique des interventions militaires américaines (et souvent cité par la droite anti-guerre américaine contre Israël), a récemment qualifié la campagne de bombardements américains de « brillante et efficace », en ajoutant qu’elle avait été sous-estimée.
Quand le média d’un pays qui abrite à la fois la plus grande base aérienne américaine au Moyen-Orient (Al Udeid) et un bureau politique du Hamas commence à reconnaître l’efficacité militaire américaine, le message est clair : ils pensent que les États-Unis vont l’emporter.
Le signal militaire
Les A-10 Thunderbolt II (« Warthogs ») et les hélicoptères d’attaque AH-64 Apache opèrent désormais librement dans l’espace aérien iranien sud et dans le détroit d’Ormuz.
- Les A-10 chassent et détruisent des vedettes rapides d’attaque iraniennes (fast-attack craft) dans le détroit.
- Les Apache visent des drones et des sites de lancement.
Ces appareils, lents et volant bas, sont des plateformes d’appui rapproché. Leur déploiement massif confirme ce que le général Dan Caine (président des chefs d’état-major interarmées) et le CENTCOM affirment : les défenses aériennes iraniennes sont très fortement dégradées, voire inexistantes dans de nombreuses zones.
La stratégie iranienne actuelle
L’Iran adopte désormais une tactique de type « rope-a-dope » (encaisser les coups en attendant que l’adversaire s’épuise). L’objectif : faire traîner le conflit, espérer un retournement de l’opinion publique américaine, miser sur une pression politique avant les midterms de novembre 2026 pour forcer Trump à arrêter. C’est leur seule carte restante.
Conclusion de VDH
Si Trump maintient la pression et va jusqu’au bout (ce qu’il semble déterminé à faire), le régime iranien peut s’effondrer. Pas dans des années, mais « assez rapidement » — en « deux, trois, quatre semaines » selon ses estimations les plus récentes.
Regardez ce que les gens font, pas ce qu’ils disent.
Tous les acteurs qui ont un intérêt réel dans la région (Européens opportunistes, monarchies du Golfe, même Al Jazeera) se positionnent comme s’ils croyaient à une victoire américaine décisive.
A) - Avec la mort de Larijani, une fenêtre d'opportunité s'ouvre pour que les manifestations reprennent
Est-ce que l’élimination de Larijani constitue un tournant dans la conduite de la guerre ?
Il faut d’abord comprendre que c’était une figure historique du
régime. Né en Irak, il était le fils d’une famille très importante liée
directement au clergé chiite. Son père était un proche de Khomeini, le
fondateur de la République islamique d’Iran. Fils et frère de religieux,
Larijani avait fait la guerre Iran-Irak, servi comme officier dans le
corps des Gardiens de la révolution islamique. Il faut bien avoir à
l’esprit que les combattants de la guerre contre l’Irak sont rentrés en
Iran, à l’issue de la guerre, auréolés de gloire. C’étaient de
véritables figures héroïques pour le régime. Larijani a donc été
Président de l’assemblée islamique après avoir occupé différents postes,
notamment au gouvernement, puis il s’est retrouvé au cœur de l’appareil
sécuritaire du régime. Je dirai même qu’il en était devenu la figure
centrale, ce qui en a fait l’un des hommes les plus puissants et les
plus dangereux d’Iran. Après la mort du Guide suprême Ali Khamenei lors
des frappes américano-israéliennes, il était devenu le véritable
dirigeant de la République islamique d’Iran. Si certains le présentent
comme un érudit et un pragmatique, c’était aussi un véritable idéologue,
et l’on peut même le qualifier de fou sanguinaire. Il est en effet l’un
des grands ordonnateurs des massacres des 8 et 9 janvier dernier. Il
les a personnellement supervisés, qualifiant les manifestations
d’émeutes terroristes. Sa mort est donc un symbole. L’appareil
sécuritaire perd avec lui l’un de ses principaux maillons et donneurs
d’ordres, en même temps qu’une figure historique de la République
islamique.
Quelle sera la réponse du régime ?
La République islamique, proclamée en 1979, s’est construite sur la
terreur et le récit mystique. Il a donc immédiatement été question de
vengeance. La riposte ne s’est donc pas fait attendre. Les Gardiens de
la Révolution islamique ont tiré des missiles balistiques sur Israël,
notamment sur Tel Aviv et sa périphérie. Dans le même temps, le régime a
organisé des funérailles importantes à Téhéran, faisant de Larijani un
martyr. En agissant ainsi, on revient donc à ce que je vous disais : le
régime va devoir le venger. Il a lancé des menaces contre des cibles
diverses. Les bases américaines et plus largement occidentales dans la
région, comme les installations énergétiques, seront sans doute ciblées.
Téhéran va tout faire pour accroître la pression sur les pays
alentours. L’Europe, comme les intérêts des démocraties occidentales,
risque d’être aussi pris pour cibles. La menace terroriste est donc à
prendre au sérieux.
Quel est l’état d’esprit des oppositions dans le moment ?
Les oppositions iraniennes sont plurielles. Elles ont en commun
d’être pour la plupart démocratiques et laïques, tant à l’intérieur du
pays qu’à l’extérieur. En Iran, il y a une forme de cohésion de fait. À
l’intérieur du pays, l’une des urgences, c’est de penser l’avenir, de
trouver une issue. À l’extérieur, les différents groupes se connaissent
et se parlent. Mais il y a encore des divergences entre certaines
organisations. Elles sont évidemment dépassables, mais pour l’heure, ce
n’est pas encore le cas, notamment au sein d’un certain nombre de
groupes politiques ethniques. Les leaders de ces groupes cherchent à
comprendre la stratégie américaine pour l’après-régime, qui ne leur
apparaît pas claire. Cependant, on voit que Reza Pahlavi est pour
l’heure la figure qui se détache, car la plus connue, et la plus
symbolique. Avec la mort de Larijani, une fenêtre d’opportunité s’ouvre
pour que les manifestations reprennent, cela d’autant plus que nous
sommes dans la période des fêtes de Norooz, le nouvel an iranien. Les
prochains jours seront sans doute décisifs.
Franco-iranien, Emmanuel Razavi
est Grand reporter, spécialiste
du Moyen-Orient et de l’Iran. Il collabore avec les rédactions de Paris
Match, Le Figaro Magazine, Atlantico, Franc-Tireur, VA, Politique
Internationale et Écran de Veille, ainsi qu’avec Historia, Le Figaro
Histoire, et la revue de géographie Hérodote. Il a produit et réalisé
plusieurs documentaires, notamment sur le Moyen-Orient, pour les chaînes
de télévision Arte, M6, France 3 et Planète. Ses enquêtes sur
l’ingérence de la République islamique d’Iran en France l’ont conduit à
témoigner, en février 2025, devant une commission de travail
sénatoriale, et en octobre 2025, devant la commission d’enquête sur les
liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des
organisations et réseaux soutenant l’action terroriste. Il est diplômé
en géopolitique et Relations Internationales (IEP). Derniers livres
publiés : « Paris-Téhéran, le grand dévoilement » et « La Pieuvre de
Téhéran » (Cerf, 2025) coécrits avec Jean-Marie Montali.
B) - La mollarchie : un système bien plus difficile à détruire qu’un régime
La
mollarchie définit l’islam selon une vision-du-monde
politico-religieuse. Convaincue d’appartenir au camp du Bien, la
mollarchie dispense sa haine contre l’Occident en général et les Juifs
en particulier. Contre la mollarchie, deux alliés aux intentions
cependant très différentes : États-Unis et Israël. Jérusalem joue sa
survie là où Trump joue perso. Enfin, presque 80 % des Iraniens
n’attendent qu’une aide concrète pour en finir avec la dictature
mollarchique. Une aide qui tarde bien tragiquement à arriver…
Le monde selon les mollahs
La mollarchie n’est pas une dictature fermée comme la Corée du Nord.
Elle revendique une hégémonie civilisationnelle de portée mondiale. Pour
elle, l’espace-temps est celui d’Allah. Pour elle, la notion de patrie
est inconnue. Pour elle, le peuple doit répondre à la soumission. 700
000 hommes : 200 000 gardiens de la révolution et 500 000 bassidji,
police des basses œuvres notamment dans la répression des
manifestations, forment le rempart idéologico-sécuritaire. Mourir en
martyr demeure la certitude d’une vie éternelle au paradis d’Allah.
Aussi, le guide suprême, dès la première minute de sa désignation, se
définit comme un « mort en puissance », de sorte que la succession, quel
que soit le cas de figure où elle se présente, est théoriquement une
option « naturelle » car la mollarchie ne repose pas sur les hommes mais
sur le symbole qu’ils véhiculent. Le système est une hydre redoutable
qui a appris à se régénérer quasi automatiquement. Tant que les
Occidentaux ne l’auront pas compris, ils ne comprendront rien à la
mollarchie.
Le monde selon Netanyahou
Pour Israël, c’est une guerre existentielle. La population fait bloc
autour de ses dirigeants — quitte à reporter à plus tard les diverses
dissensions politiques. Le président Herzog ayant refusé l’amnistie à
Netanyahou, une fois la guerre finie l’actuel premier ministre risque
d’avoir un réveil difficile, rattrapé qu’il risque d’être par les
affaires.
Le monde selon Trump
C’est un pragmatique qui veut entrer dans l’histoire comme l’homme à
avoir mis à genoux le régime de Téhéran. Seulement le monde rêvé de
Trump n’est pas toujours le monde réel de l’Histoire. Son logiciel, ce
sont les affaires, et quoi qu’il dise, le peuple iranien n’est pas son
souci. L’Américain joue au Monopoly-menteur dans le but de contrôler le
circuit économique mondial, dont Ormuz est la clé de voûte, et à moyen
terme, de contrer Pékin. Exit Make América Great Again, welcome Trump first.
Le monde selon Reza Pahlavi
D’un caractère entier, il a la réputation d’être un électron libre,
cependant son nom revient souvent en Iran. Les Iraniens sont connus pour
nourrir un très fort sentiment national, notamment chez une partie de
la jeunesse, généralement plutôt favorisée, qui voit le fils de Shah
comme le témoin d’une histoire qu’ils n’ont jamais connue. Pahlavi
est-il l’homme d’un XXIᵉ siècle libéral ou bien l’héritier d’un père à
la tradition absolutiste ? Pour bon nombre d’observateurs, il est pour
l’heure l’homme de la situation, bien qu’il ne bénéficie pas des bonnes
grâces de Trump. Là où l’homme de Mar-a-Lago veut tout faire pour barrer
la route à la Chine — et indirectement à la Russie —, le fils du Shah
veut redonner à l’Iran sa puissance et augurer un nouvel ordre
moyen-oriental, créer un axe économique avec Israël et s’impliquer dans
les Accords d’Abraham, faisant ainsi de la région une force économique
et énergétique concurrentielle à la puissance américaine. Mais c’est
bien connu, Trump n’aime pas la concurrence.
Le peuple iranien, dindon de la farce ?
60 % des Iraniens ont moins de 30 ans, presque deux-tiers d’hommes et
de femmes qui n’ont jamais connu que l’embrigadement idéologique de la
mollarchie. Alors, comment interpréter les manifestations de janvier ?
La diaspora iranienne avec laquelle une certaine jeunesse reste en
contact — généralement la plus favorisée — a très certainement joué un
rôle fondamental en assurant le lien entre le « monde réel » et
l’univers mollarchique. (1) Il y a aussi les Iraniens, que
l’effondrement économique plonge dans la précarité. Tout cela forme un
magma humain en constante ébullition. Mais pour les Iraniens bien
décidés à en finir avec le système, un fort sentiment se fait jour.
Après l’élimination d’Ali Khamenei, ils espéraient les frappes
israélo-américaines comme une action préliminaire avant l’aide massive
en armes et en logistique que Washington n’a cessé de promettre. Mais,
si vu du ciel, les cibles sont une chose, sur le terrain, la réalité est
tout autre…
Le jour d’après
Sans considérer la chose comme acquise, Téhéran, en régionalisant le
conflit, est en train de réaliser ce qu’aucune diplomatie n’a vraiment
réussi : faire en sorte que les pays du Golfe et Israël pourraient
envisager un rapprochement d’intérêt, tant il est vrai que les affaires
ont besoin de la paix pour se réaliser. Pour autant, convergence ne
signifie pas forcément alliance. Tout dépendra des conséquences à court
terme du blocage du détroit d’Ormuz. Les prix s’envolent, entraînant par
ricochet une vague inflationniste porteuse d’une récession mondiale,
autant dire que personne ne veut laisser pourrir une telle situation.
Pour l’heure, personne ne peut vraiment se faire une idée de ce que
pourrait être un nouveau Moyen-Orient. Sans le parapluie américain, les
pays du Golfe ne sont que des « banques aux pieds d’argile », pour
reprendre l’expression d’un journaliste du Jewish Chronicle. L’État
hébreu, quant à lui, va très vite se trouver face à la pression
considérable des puissances occidentales qui n’ont aucun intérêt à la
poursuite d’un conflit aux effets dévastateurs, notamment sur leur
propre politique intérieure. Reste à savoir jusqu’où ira le soutien de
Washington. Trump, qui n’en sera pas à son premier retournement de
veste, pourrait fort bien lâcher l’État hébreu dans le seul but de
sortir d’une situation extrêmement délicate pour son avenir politique.
Sur la question du Hezbollah. Jérusalem n’a aucun état d’âme.
Netanyahou est bien décidé, dût-il se mettre à dos la communauté
internationale, à briser une bonne fois pour toute le mouvement
pro-iranien. D’autre part, ses coalisés ultranationalistes entendent
clairement poursuivre leur politique visant à rendre impossible la
création réelle d’un État de Palestine. Les résultats des guerres menées
par Israël contre les mollahs et ses proxys seront déterminants pour
les prochaines élections normalement prévues en octobre 2026.
L’Europe, quant à elle, brille par ses pas de clercs : un pas en
avant, deux en arrière. Énergiquement dépendante, soit elle décide de se
reprendre en main en participant à une force de coalition pour
sécuriser le détroit d’Ormuz, soit elle continue son sport favori, se
réunir sans jamais obtenir de majorité fiable.
Dans l’état actuel de la situation, les Russes prioritairement, mais
les BRICS en arrière-plan pourraient profiter d’un contexte où les
cartes sont sans cesse redistribuées. La Chine, prochaine position du
curseur géopolitique, ne pourra pas rester éternellement spectatrice.
Elle le sait et attend patiemment son heure.
Michel Dray ,
Président de Convergences méditerranéennes
(1) Au jour d’aujourd’hui, la connexion Internet bénéficie qu’à 1 % de la population, à savoir les hiérarques du système.
C) - Un plan en cinq points pour éviter la catastrophe nucléaire et économique au Moyen-Orient
Jeffrey Sachs : « Cette guerre ne profite à personne »
Dans une interview récente accordée
à Glenn Diesen depuis la Malaisie, le professeur Jeffrey Sachs,
économiste de renommée mondiale, met en garde contre l’escalade
incontrôlable du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
Face au risque d’une guerre nucléaire et
à une crise économique mondiale, Jeffrey Sachs propose, avec sa
collègue Sybil Fares, un plan concret en cinq mesures pour mettre fin à
ce qu’il qualifie de « pure situation perdant-perdant-perdant ».
L’ « Option Samson » et le spectre d’une catastrophe nucléaire
Israël possède ce que l’on appelle l’« Option Samson
» : en cas de menace existentielle, il pourrait recourir à l’arme
nucléaire. Selon Jeffrey Sachs, cette hypothèse n’est plus théorique.
David Sacks, conseiller influent de Donald Trump (et tsar de l’IA à
la Maison Blanche), a récemment averti que si le conflit se prolongeait,
Israël pourrait être détruit et envisager des frappes nucléaires contre
l’Iran. Son message est sans équivoque : « Déclarez la victoire et rentrez chez vous. »
La situation militaire se dégrade très rapidement. Les arsenaux d’intercepteurs s’épuisent des deux côtés, tandis que les destructions d’infrastructures se multiplient.
Sachs insiste : poursuivre cette voie n’est pas seulement dangereux
pour la région, mais aussi pour la sécurité d’Israël elle-même.
Une crise économique déjà en marche
Le détroit d’Ormuz est fermé. La libération annoncée de 400 millions
de barils des réserves stratégiques américaines ne couvrirait que 20
jours de flux normal. Parallèlement, la production de pétrole et de gaz
s’arrête et les installations physiques sont détruites dans l’échange de
tirs. « Les gens savent faire des calculs », souligne Sachs.
Même si Trump tente de calmer les marchés, la crise sera longue,
meurtrière et mondiale. Elle touche particulièrement l’Iran et les pays
du Golfe, mais personne n’en sortira gagnant.
Le plan en cinq points pour une paix durable
Avec Sybil Fares, Jeffrey Sachs détaille cinq mesures
interdépendantes, fondées sur la reconnaissance des intérêts légitimes
de sécurité de chaque partie :
Cesser immédiatement l’agression contre l’Iran
Les États-Unis et Israël doivent
arrêter les bombardements et renoncer à toute politique de changement de
régime. L’Iran a le droit de ne pas être attaqué de manière flagrante
et illégale, comme cela se produit depuis des années. Cette agression
ouverte viole le droit international.
Revenir à l’accord sur le nucléaire (JCPOA)
L’accord de 2015 (Plan d’action global commun),
négocié avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de
l’ONU et ratifié unanimement, avait précisément empêché l’Iran de
développer une arme nucléaire. Trump l’a déchiré en 2018. L’Iran répète
qu’il ne veut pas l’arme nucléaire et accepte des inspections strictes.
Un retour à la table des négociations à Vienne est possible et urgent.
Rouvrir le détroit d’Ormuz par un accord régional
Ce n’est pas à Trump de dicter des
ordres à la Chine ou ailleurs. Les pays du Conseil de coopération du
Golfe et l’Iran (tous membres de l’Organisation de la coopération
islamique et pour certains des BRICS)
doivent régler cela bilatéralement. Les États du Golfe réaffirmeront
leur souveraineté sur les bases militaires américaines présentes sur
leur territoire et garantiront qu’elles ne serviront jamais à agresser
l’Iran. Le détroit rouvrira immédiatement.
Créer un État palestinien sur les frontières de 1967
C’est la racine de tous les conflits
des trente dernières années. Israël doit revenir aux frontières du 4
juin 1967 ; un État palestinien viable verra le jour à Gaza, en
Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté
en ce sens à de nombreuses reprises ; seuls les veto américains l’ont
bloqué. C’est la doctrine du « Clean Break »
de Netanyahu qui empêche cette solution depuis des décennies : Israël
exige 100 % du territoire historique de la Palestine mandataire, alors
que l’État palestinien ne représenterait que 22 % de ce territoire.
Désarmer les groupes armés
Une fois l’État palestinien établi et
accueilli aux Nations Unies (comme 184 autres États), le Hamas, le
Hezbollah et tous les autres groupes non étatiques se désarmeront. La
région entière et le Conseil de sécurité l’exigeront. La paix devient
alors possible.
Sécurité indivisible ou illusion hégémonique ?
Sachs insiste sur un principe fondamental : la sécurité est indivisible.
On ne peut pas augmenter sa propre sécurité en braquant une arme sur l’autre.
Les guerres actuelles (Iran, Ukraine, tensions autour de Taïwan) proviennent toutes de la poursuite d’une « paix hégémonique
» : l’idée que les États-Unis et Israël peuvent imposer leur volonté
par la force militaire écrasante sans jamais reconnaître les
préoccupations légitimes des autres. Netanyahu a cru qu’il pouvait
contrôler le Congrès américain et imposer une « Grande Israël » sans compromis. Cette illusion est aujourd’hui en train de s’effondrer.
Pourquoi une telle sous-estimation de l’Iran ?
Les responsables américains ont cru que tuer des dirigeants ferait
s’effondrer le régime iranien et que des menaces suffiraient à le faire
capituler. Ils ont écarté l’hypothèse (pourtant évidente) de la
fermeture du détroit d’Ormuz ou d’attaques sur les bases américaines.
Sachs compare cela aux échecs passés en Irak et en Afghanistan : « Nous créons notre propre réalité. » Aujourd’hui,
le processus décisionnel américain est en ruines : président
psychologiquement instable, Congrès qui refuse d’exercer son rôle
constitutionnel, aucune planification sérieuse. C’est de l’improvisation pure.
Le professeur Jeffrey Sachs soutient que le désespoir grandit aux États-Unis et en Israël alors qu’ils échouent à vaincre l’Iran, et que des armes nucléaires pourraient être utilisées si nous continuons sur cette voie.
Conclusion : l’heure de la raison
« Limitez les dégâts, déclarez la victoire à votre manière, mais ne nous entraînez pas dans le désastre. »
Tel est le message urgent de Jeffrey Sachs à Donald Trump. Cette
guerre est un fiasco moral, stratégique et économique. Le chemin de la
sortie existe : reconnaître les intérêts de sécurité de chacun, revenir au droit international et privilégier la diplomatie. Reste à savoir si Washington et Tel Aviv seront prêts à l’emprunter avant qu’il ne soit trop tard.
Les cinq mesures détaillées figurent également dans l’article co-écrit par Jeffrey Sachs et Sybil Fares, « Ending the Trump-Netanyahu War in the Middle East ». Le temps presse.
D) - Pétrole : une flambée des prix qui expose notre vulnérabilité par idéologie
En mars 2026, la France et l’Europe entière font face à une
nouvelle flambée des prix de l’énergie. Le baril de Brent oscille autour
de 108 à 110 dollars, avec des pics récents au-delà de 119 dollars. En
France, le gazole dépasse régulièrement les 2 euros le litre dans
de nombreuses stations, en hausse de 15 à 30 centimes en quelques
semaines seulement. L’essence (SP95-E10) se situe autour de 1,80 à 1,85
euro le litre, et le SP98 flirte avec les 1,95 euro.
Cette
hausse n’est pas un accident conjoncturel : elle résulte directement
des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, où le détroit d’Ormuz est
partiellement bloqué et où des installations clés de GNL ont subi des
dommages significatifs.
Une dépendance volontairement créée par le dogmatisme européen
Cette
crise met en lumière une vulnérabilité structurelle que les dirigeants
européens ont eux-mêmes créée : le refus obstiné d’importer du gaz et du
pétrole russe, notre voisin géographique le plus proche, au nom d’un
dogmatisme idéologique. Depuis le début du conflit Russo-Ukrainien en
2022, l’Union européenne a mis en place un embargo progressif
sur le pétrole russe (importations tombées à moins de 3 % en 2025) et
un calendrier de sortie du gaz russe : interdiction des nouveaux
contrats depuis janvier 2026, interdiction totale des importations par
gazoduc et GNL d’ici fin 2027, avec des transitions pour certains pays. Le plan REPowerEU,
présenté comme une voie vers l’indépendance, a en réalité remplacé une
dépendance stable et peu coûteuse par une dépendance chaotique aux
marchés mondiaux.
La Russie, un partenaire historique sacrifié
La
Russie représentait avant 2022 environ 45 % des importations de gaz de
l’UE. En 2025, cette part est tombée à environ 13 %, et le reste est
progressivement supprimé.
Les Européens se sont
tournés vers le GNL américain, qatari, algérien ou norvégien. Ces
alternatives sont plus chères à transporter (tankers au lieu de
gazoducs), plus sensibles aux chocs géopolitiques et souvent liées à des
fournisseurs lointains ou politiquement instables. Le résultat est là : dès qu’un conflit éclate au Moyen-Orient, les prix s’envolent et l’Europe paie le prix fort.
Pendant ce temps, la Russie continue d’exporter massivement son pétrole
et son gaz vers l’Asie (Chine, Inde), empochant des revenus qui, malgré
les sanctions et les réductions, restent substantiels grâce à la hausse
des cours mondiaux.
Refuser le voisin russe : une pure folie idéologique
Refuser
le voisin russe relève de la pure folie idéologique. Géographiquement,
la Russie est le fournisseur le plus logique : pipelines existants (Nord Stream, Yamal, TurkStream), distances courtes, coûts de transport minimaux, approvisionnement stable et prévisible.
Avant 2022, ces flux étaient fiables et bon marché.
Aujourd’hui,
par principe, on les sacrifie au profit d’un GNL qatari ou américain
qui traverse les océans et dont les infrastructures sont vulnérables aux
conflits. Le Qatar, par exemple, voit une partie de sa capacité de
production affectée, ce qui réduit l’offre européenne et fait grimper
les prix du gaz de 35 % en quelques jours. Cette politique n’a pas
affaibli durablement la Russie sur le plan énergétique ; elle a surtout
fragilisé l’Europe.
Des impacts immédiats et brutaux sur la vie quotidienne
Les conséquences concrètes sur la vie quotidienne des Français sont immédiates et brutales.
Pour des millions de ménages, la voiture reste le moyen de transport
principal : trajets domicile-travail, courses, accompagnement des
enfants, loisirs. Chaque hausse de 10 centimes au litre représente
plusieurs dizaines d’euros par mois pour un salarié moyen qui parcourt
30 à 50 km par jour. Les artisans, commerçants, livreurs et
transporteurs routiers voient leurs marges s’effondrer. Le secteur
agricole et agroalimentaire, déjà sous pression, subit une inflation en
cascade sur les engrais, le transport et la logistique. Les entreprises
de l’industrie manufacturière, particulièrement exposées, ont vu leurs
coûts énergétiques augmenter de 73 % en moyenne entre 2020 et 2023, avec
des effets persistants sur la rentabilité. Selon les données
disponibles, 87 % des entreprises estiment que leur marge est touchée
négativement, et près de 28 % se sentent en danger d’existence à court
terme.
Inflation en cascade et renoncements forcés
Le gouvernement multiplie les annonces de contrôles et de « boucliers »
temporaires, mais la mécanique est implacable : la hausse des
carburants se répercute sur tous les biens de consommation.
L’alimentation, les produits manufacturés, les services augmentent.
L’inflation énergétique, qui avait déjà progressé de 10,5 % entre 2022
et 2023, repart à la hausse. Pour les ménages modestes ou les classes
moyennes, c’est un renoncement supplémentaire : chauffage réduit,
vacances annulées, sorties limitées. Les factures d’électricité et de
gaz suivent la même tendance, même si la France est relativement
protégée grâce à son parc nucléaire. Mais le gaz reste essentiel pour
les pics de consommation et pour l’industrie.
Un moral des Français déjà au plus bas
Le moral des Français est déjà très bas. Les sondages récents
(CSA, Ipsos, Odoxa) convergent : 77 % des Français se disent
pessimistes pour l’année 2026, un record. Seuls 41 % sont optimistes
pour leur situation personnelle, et la confiance dans la politique
nationale tourne autour de 22 %. L’indice de moral économique est au
plus bas historique pour un début d’année (-64 selon certaines mesures).
Les Français ont le sentiment d’être pris en otage par des choix
stratégiques qui les dépassent : ils paient le prix d’une politique
énergétique idéologique pendant que les grandes puissances (États-Unis,
Chine) continuent de s’approvisionner où bon leur semble.
Une obstination absurde et contre-productive
Cette
obstination est d’autant plus absurde que la Russie n’est pas un
adversaire éternel sur le plan énergétique. Elle reste un producteur
majeur, avec des infrastructures existantes et une capacité à livrer
rapidement et à moindre coût.
Refuser
ces approvisionnements sous prétexte idéologique, alors que la vie
quotidienne des Français et la compétitivité des entreprises en
dépendent, relève du dogmatisme dangereux.
L’Europe
a voulu punir Moscou en 2022 ; elle s’est surtout punie elle-même en
s’exposant aux chocs du Moyen-Orient et aux fluctuations du GNL
américain. Le pragmatisme aurait consisté à diversifier sans couper brutalement un fournisseur historique et géographiquement logique. Aujourd’hui, on paie le prix de cette erreur stratégique.
Il est temps de placer le pragmatisme au centre des priorités
Il
est temps de revenir à la raison. La sécurité énergétique de la France
et de l’Europe ne peut pas reposer uniquement sur des principes
idéologiques. Elle doit prioriser la proximité géographique, la
stabilité des contrats et le coût raisonnable pour préserver le pouvoir
d’achat et l’emploi.
La vie des Français passe avant les grands discours.
Le
nucléaire français est un atout majeur, mais il ne couvre pas tout. Le
gaz et le pétrole restent indispensables pour la transition et pour les
pics. Continuer à snober le voisin russe alors que les alternatives sont
plus chères et plus risquées, c’est condamner les ménages à payer toujours plus cher pour des choix politiques obstinés.
Une crise qui n’est pas une fatalité
La
crise actuelle n’est pas une fatalité. Elle est la conséquence directe
d’une politique énergétique déconnectée des réalités géographiques et
économiques. Il est encore possible de corriger le tir :
diversifier
intelligemment, rouvrir le dialogue pragmatique avec les fournisseurs
stables, et placer la vie quotidienne des Français au centre des
priorités.
Les entreprises françaises, les artisans,
les salariés, les familles n’en peuvent plus de cette folie idéologique
qui leur coûte cher chaque jour à la pompe, au chauffage et dans leur
budget. Le pragmatisme n’est pas une faiblesse : c’est la seule voie
réaliste pour protéger le quotidien et la compétitivité de la nation.
E) - Ormuz ou l’illusion du contrôle : Chronique prospective d’une crise énergétique mondiale
« Hausse du pétrole et du gaz, tensions dans le Golfe, inquiétudes sur le détroit d’Ormuz. » À intervalles réguliers, l’économie mondiale semble rejouer la
même partition. Depuis le premier choc pétrolier consécutif à la guerre
du Kippour, une crise au Moyen-Orient entraîne une envolée des prix,
généralement contenue par des mécanismes d’ajustement éprouvés.
Mais la séquence ouverte en 2026 diffère profondément. Le
détroit d’Ormuz, par où transite environ 20 % du pétrole mondial selon
les estimations de l’Agence internationale de l’énergie, devient un
point de rupture logistique. La question centrale n’est plus celle de
l’offre, mais celle de la circulation.
Dans ce contexte, les États-Unis, dont la doctrine de sécurisation du
Golfe remonte à la doctrine Carter, apparaissent en quête d’alliés pour
assurer une mission qu’ils assumaient jusque-là de manière
prépondérante. L’Arabie saoudite, pilier de la régulation depuis la fin
des années 1970, voit sa capacité d’action contrainte. Quant à la
Russie, redevenue un acteur énergétique majeur depuis les années 2000,
elle reste en position de stabilisateur potentiel… mais politiquement
neutralisée.
Dès lors, la crise d’Ormuz marque-t-elle la fin du modèle de stabilisation énergétique construit depuis les années 1970 ?
Un système historiquement stabilisé : production, sécurité et compensation (1979–1987)
La révolution iranienne de février 1979 provoqua une chute brutale de
la production du pays, estimée à près de cinq millions de barils/jour.
Le prix du baril doubla en quelques mois. Pourtant, le marché ne
s’effondra pas, l’Arabie saoudite augmentant sa production. Ce faisant,
elle consolidait son rôle de producteur d’appoint. Dans le même temps,
l’Union soviétique bénéficiait de la hausse des prix, sans intervenir
dans la régulation globale. Ce moment marqua la structuration d’un
premier équilibre : les chocs pouvaient être absorbés par la flexibilité
de l’offre.
La guerre Iran-Irak (22 septembre 1980-20 août 1988) entraîna une «
guerre des pétroliers », avec plus de 400 navires attaqués entre 1984 et
1988. La réponse américaine prit la forme de l’opération Earnest Will
(24 juillet 1987-26 septembre 1988), qui consistait à escorter les
tankers koweïtiens protégés par le pavillon américain. Cette opération
illustra une mutation décisive : la sécurisation militaire des flux
devenait le complément indispensable de l’ajustement de la production.
De ce fait, entre 1979 et la fin de la guerre froide, se mit en place
un système reposant sur la flexibilité saoudienne, la puissance navale
américaine et une production soviétique significative mais peu intégrée.
Cet équilibre se renforça après 2000 avec le retour de la Russie et la
formation OPEP+, consacrant un système énergétique tripolaire.
2026 : une rupture systémique – la désynchronisation des variables
Comme lors des crises précédentes, une hausse des prix a suivi
immédiatement les tensions dans le Golfe. Mais la dynamique diverge
rapidement : les primes d’assurance atteignent des niveaux comparables,
voire supérieurs, à ceux observés à la fin des années 1980, sans qu’un
dispositif équivalent à Earnest Will ne soit immédiatement opérationnel.
Ainsi, comme en 1987, assurer un tanker aujourd’hui coûte jusqu’à 2 %
de sa valeur, voire au-delà, mais sans la certitude qu’un acteur soit
capable de sécuriser durablement sa route, notamment en passant le
détroit d’Ormuz. Contrairement aux prix du pétrole, les primes
d’assurance ne traduisent pas une tension sur l’offre, seulement une
dégradation de la sécurité des flux, expliquant leur envolée lors de
chaque phase d’un conflit maritime.
À partir de la troisième semaine de l’opération américano-israélienne,
une contradiction apparaît néanmoins. Le pétrole est disponible et la
production saoudienne reste élevée. Mais le trafic maritime diminue
fortement. Contrairement à certaines analogies abusives avec les convois
de la Seconde Guerre mondiale, la situation du détroit d’Ormuz se
rapproche bien davantage de la guerre des pétroliers de 1987, où le
trafic n’était pas interrompu mais profondément dégradé par la
combinaison de menaces asymétriques et de contraintes géographiques.
Passer cet étroit chenal n’est possible qu’en convoi en raison de sa
largeur limitée, de la proximité des côtes, tant iraniennes
qu’émiraties. S’ajoutent, contrairement à 1987, une incertitude durable
(pas de stabilisation à court terme, juste la volatilité décisionnelle
américaine), une pression accrue sur les acteurs économiques (armateurs
et assureurs) comme sur les alliés, et un basculement du système
énergétique.
La question n’est plus seulement d’extraire ou de produire, mais de sécuriser des flux devenus vulnérables.
Le
système tripolaire élaboré en 1973 ne fonctionne plus. Pour la première
fois, il ne semble pas y avoir d’opérateur capable de rétablir
l’équilibre. L’Arabie saoudite ne peut compenser un blocage des flux,
car les États-Unis se trouvent incapables de reproduire seuls
l’opération Earnest Will. Enfin, la Russie, malgré ses capacités, reste
partiellement exclue du jeu européen depuis son invasion de l’Ukraine.
La crise actuelle combine ainsi les vulnérabilités de 1979 et de 1987,
sans leurs mécanismes de résolution.
Fragmentation et recomposition : vers un marché sous contrainte
Comme lors des chocs pétroliers précédents, les États européens
mettent en place des mesures de soutien. Mais contrairement aux années
1970, où les politiques d’efficacité énergétique et de diversification
(nucléaire, mer du Nord) avaient permis une adaptation structurelle, la
réponse actuelle demeure largement budgétaire. La crise confirme une
évolution amorcée depuis les années 2010 et puissamment révélée après la
rupture avec les facilités énergétiques russes du fait de son agression
de l’Ukraine. Cette fragmentation du marché énergétique se caractérise
par la réorientation des exportations russes vers l’Asie, accélérée
après 2022. Elle rappelle que le pétrole n’est pas seulement une
marchandise globale, mais un outil de puissance géopolitique, comme lors
des embargos depuis 1956.
Enfin, la situation actuelle évoque moins un choc pétrolier classique
qu’une transition vers un système instable, comparable aux périodes de
guerre où la logistique était devenue déterminante. Et ce, en l’absence
d’un acteur capable de combiner production, sécurité et flexibilité. En
cela, la présente crise marque une rupture historique.
Depuis la guerre du Kippour (octobre 1973), le système énergétique
mondial reposait sur un équilibre entre production et sécurité. La crise
actuelle du détroit d’Ormuz en révèle les limites, ces deux dimensions
échouant, pour la première fois, simultanément. Le pétrole n’a jamais
été aussi disponible. Mais il n’a jamais été aussi difficile à
acheminer. Dans cette nouvelle configuration, la puissance ne réside
plus seulement dans la maîtrise des ressources, mais dans celle des
routes. Et c’est précisément là que se joue désormais l’équilibre du
système international.
F) -Interview de Michel Fayad par Arnaud Benedetti : « Le régime ne montre aucun signe de capitulation »
1/ Que change l’élimination d’Ali Larijani ?
Secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale depuis août 2025,
Ali Larijani était devenu, dans les semaines précédant le conflit, le
dirigeant de facto de la République islamique. Il coordonnait la riposte
iranienne depuis le premier jour des frappes et servait de pivot entre
l’appareil sécuritaire et les canaux diplomatiques. Il incarnait aussi,
avec son frère Sadeq, président du Conseil de discernement de l’intérêt
supérieur du régime, l’un des piliers dynastiques d’un système
théocratique où les deux frères ont été, chacun à leur poste, des
instruments fidèles — l’un pour la répression judiciaire, l’autre pour
la projection militaire et diplomatique.
Son élimination fragilise la capacité de coordination du régime sans
le faire tomber. Larijani était un profil rare capable de faire tenir
ensemble l’appareil des Gardiens et un canal diplomatique vers
l’Occident — non par modération, mais par calcul stratégique pour la
survie du système. Ce calcul disparaît avec lui : le régime devient plus
rigide, plus fragmenté dans ses prises de décision, moins capable de
gérer une sortie de crise.
Mais la vraie question n’est pas seulement de savoir si ce régime
mérite de tomber — il le mérite —, c’est ce qui pourrait émerger
ensuite. L’affaiblissement de l’axe chiite ne crée pas l’islamisme
sunnite, déjà implanté depuis longtemps, avec ses réseaux transnationaux
et ses financeurs. En revanche, il libère un espace stratégique que les
forces wahhabites, salafistes et takfiristes, déjà structurées, sont
prêtes à occuper. Les chancelleries occidentales et les analystes
doivent anticiper dès maintenant ce déplacement du centre de gravité de
la menace islamiste, car c’est là que réside le défi le plus durable
pour la région et pour l’Europe.
2/ Où en sommes-nous, au 21 mars, de l’état des opérations conduites par Washington et Tel-Aviv ?
Nous sommes au 21e jour du conflit, officiellement désigné sous les
noms d’opération « Furie épique » du côté américain et « Lion rugissant »
du côté israélien. Le Pentagone a déployé un troisième porte-avions
dans la région et acheminé des renforts aériens, maritimes et terrestres
substantiels. Israël frappe durement le Liban en parallèle, poursuit
l’élimination systématique de figures dirigeantes du régime, et son
porte-parole militaire a déclaré qu’Israël allait « traquer, trouver et
neutraliser » Mojtaba Khamenei, le nouveau Guide suprême.
Les deux alliés ne poursuivent pas exactement les mêmes objectifs.
Washington cherche à détruire les capacités balistiques et nucléaires
iraniennes dans un délai contrôlé, en veillant à la stabilité des
marchés énergétiques. Israël, lui, adopte une ligne maximaliste : il
vise les têtes dirigeantes, dispose de nombreuses cibles encore intactes
et considère qu’il s’agit d’une opportunité historique d’affaiblir
durablement le régime.
De son côté, l’Iran ne montre aucun signe de capitulation. Mohsen
Rezaee, conseiller militaire du nouveau Guide suprême, a posé
publiquement ses conditions pour tout cessez-le-feu : retrait total des
forces américaines du Golfe Persique, réparations intégrales et
garanties de sécurité à long terme. La réponse américaine est ferme :
aucun accord sans reddition inconditionnelle. Ce décalage rend toute
sortie de crise à court terme improbable.
Nous sommes donc dans une guerre réelle, assumée, mais dont le terme
reste incertain. La chute de la République islamique, si elle survient,
sera une délivrance pour les peuples opprimés depuis des décennies — le
peuple iranien d’abord, mais aussi le Liban, saigné par le Hezbollah. La
lucidité stratégique commande néanmoins de s’interroger dès maintenant
sur l’après : le vide laissé pourrait être comblé par des réseaux
wahhabites, salafistes et takfiristes déjà structurés et prêts à agir,
financés par des pétrodollars du Golfe.
3/ Que savons-nous de la structure de commandement du régime ? Qui dirige ?
Le pouvoir iranien fonctionne aujourd’hui selon une architecture de
survie, distribuée et souterraine, sans chef unique clairement
identifiable de l’extérieur. Plusieurs pôles en structurent néanmoins
l’équilibre :
Mojtaba Khamenei est l’autorité formelle, désigné Guide suprême par
l’Assemblée des experts début mars. Sa légitimité reste précaire. Il n’a
exercé aucune fonction exécutive, ne s’est jamais montré en public
depuis sa nomination, et communiquerait uniquement par écrit depuis un
abri sécurisé.
Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et ancien commandant
du CGRI, est la figure la plus active et visible. Il coordonne l’effort
de guerre quotidien, gère les affaires internes et représente la
continuité exécutive du régime.
Mohsen Rezaee, vétéran du CGRI et nouveau conseiller militaire du
Guide suprême, assure la liaison entre le politique et le militaire et
pose les conditions de sortie de crise côté iranien.
Sadeq Larijani, frère d’Ali et président du Conseil de discernement,
reste un relais institutionnel puissant, même si son rôle opérationnel
dans la guerre directe est difficile à apprécier.
Mohammad Ali Jafari, ancien commandant en chef du CGRI, conserve une
influence stratégique sur les opérations asymétriques et les proxies et
alliés régionaux (Hezbollah, Hachd al-Chaabi, Houthis), qui constituent
le levier principal d’action régionale du régime.
Le pouvoir n’est donc pas concentré : il repose sur un équilibre
mouvant entre ces pôles, où le poids du sécuritaire et des réseaux
informels augmente fortement. Le régime tient encore, mais en mode
dégradé, opaque et vulnérable, ayant perdu les profils capables de
penser au-delà de la survie immédiate. La question décisive reste celle
du vide qui se créera derrière lui dans la région et dans le monde, que
les forces islamistes sunnites radicales sont déjà prêtes à exploiter.
Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire,
Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université,
essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient
régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ?
(Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du
discours public et les évolutions de la vie politique française.
Au nombre des nombreux mensonges du régime iranien, découverte en 2002 du programme militaire secret et des sites clandestins d’enrichissement de Natanz et Arak. Découverte du site de Fordo en 2008. Site de la pioche en 2024. Site de Minzadehei en 2026.https://diplomatie.gouv.fr/fr/politique