La guerre contre l'Iran est peut-être la première guerre véritablement « post-délibérée » de l'histoire américaine.
Bien que profondément imparfaites et peut-être menées à la hâte, les interventions militaires américaines en Afghanistan et l'invasion de l'Irak avaient néanmoins fait l'objet de débats au Congrès.Pour la guerre contre l'Iran, rien de comparable n'existait, écrit Brandan Buck, de l'institut Cato.
Au cours des huit dernières semaines de guerre contre l'Iran, les deux institutions délibératives américaines, le Congrès et les médias, ont largement failli à leur devoir d'entretenir un débat public sur la question la plus importante à laquelle une république puisse être confrontée : le choix entre la guerre et la paix.Aucune de ces institutions n'a été irréprochable durant la guerre mondiale contre le terrorisme.Pourtant, au Capitole, des débats ont eu lieu avant le début des hostilités, et les médias ont déployé des efforts considérables pour susciter l'adhésion.Au regard des critères actuels, ces agissements semblent presque admirables.La guerre contre l'Iran est peut-être la première guerre véritablement « post-délibérative » de l'histoire américaine.
Pour saisir la différence, il faut remonter plus de vingt ans en arrière.Bien que profondément imparfaite et peut-être précipitée, une intervention militaire américaine en Afghanistan, puis l'invasion de l'Irak, ont néanmoins fait l'objet d'un débat au Capitole.La première a été directement déclenchée par une attaque directe, les attentats du 11 septembre.La seconde a été précédée d'environ deux mois d'auditions au Congrès, suivies d'un vote sur l'autorisation d'emploi de la force militaire (AUMF).L'AUMF autorisant la guerre en Irak a été adoptée par le Sénat passed the Senatepar 77 voix contre 23 et par la Chambre des représentants par 296 voix contre 133. in the HouseCes débats et votes ont depuis été largement considérés comme des erreurs, mais ils ont bien eu lieu.
Aucune délibération comparable n'a eu lieu au Congrès à la veille du lancement unilatéral de la guerre contre l'Iran par le président.Malgré les précédents recours à la force par l'administration au Venezuela et contre l'Iran en juin 2025, le Congrès s'est montré peu enclin à un débat approfondi avant le début des hostilités.Alors que les forces américaines se déployaient au Moyen-Orient, aucun effort sérieux n'a été entrepris pour contraindre le Congrès à voter.Le Congrès n'a fait que réagir a posteriori, par le biais de résolutions sur les pouvoirs de guerre qui ont échoué – des tentatives timides pour tenter de rectifier le tir.Exprimant le sentiment quasi unanime des républicains au Congrès, le représentant Blake Moore said of the votea déclaré à propos du vote qu'il serait « irresponsable de paralyser le commandant en chef et nos chefs militaires ».Dans le monde à l'envers de Washington, le fait de se soustraire à ses devoirs constitutionnels est requalifié en responsabilité.
De l'autre côté de l'hémicycle, tandis que de nombreux démocrates s'inquiétaient du recours à la force par le président Trump en Iran, les dirigeants du parti ont éludé le problème de fond, privilégiant la procédure au principe.Au printemps 2026, par exemple, le sénateur Mark Warner a critiqué Trump pour son intervention militaire au Venezuela, reiterated those critiquesy voyant une diversion par rapport à la possibilité d'un changement de régime en Iran.Warner a réitéré ces critiques après le début de la guerre en Iran, s'en prenant à Trump sur la manière dont elle menait le conflit plutôt que sur le fond.process of the warFace à une telle équivoque, il n'est pas absurde d'affirmer que les dirigeants démocrates ont acquiescé au vote sur les pouvoirs de guerre car ils savaient qu'il serait rejeté, permettant ainsi à leur parti de se donner des airs d'opposition alors que, dans les faits, leur désaccord était surtout rhétorique.
Le rôle des grands médias durant la guerre en Iran a été largement réactif, sans qu'ils n'abordent les questions fondamentales relatives à l'autorité présidentielle ou à la prudence stratégique.Leurs reportages se sont limités à un récit des événements, se contentant de poser des questions du type « va-t-il le faire ou non ? »,will he or won’t he au lieu d'examiner les enjeux plus profonds de la guerre et sa signification pour la société américaine.La couverture médiatique a également minimisé des événements troublants, troubling developmentscomme la destruction d'une école iranienne par l'armée américaine et le massacre de 165 civils iraniens au début du conflit.Plus inquiétant encore est le soutien apporté à la guerre par des chaînes comme Fox News et CBS Newsqui ont frôlé la caricature.
Il ne s'agit pas ici de déterminer le bien-fondé des arguments pour ou contre la guerre, mais de souligner que ce débat est quasiment inexistant.Les grands médias traitent la guerre comme s'il s'agissait de la météo : un phénomène à observer plutôt qu'une décision à débattre.C'est l'antithèse même de l'autonomie que nous garantit la Constitution.
Ces tendances à l'esquive ne sont évidemment pas nouvelles.La seconde moitié de la Guerre mondiale contre le terrorisme a été particulièrement déplorable du point de vue du débat public et parlementaire.Malgré ses promesses de campagne en matière de politique étrangère, le président Obama, tirant les mêmes leçons casualty aversionque ses prédécesseurs quant à la crainte des pertes humaines, a revu sa politique plutôt que de la réduire.S’appuyant sur des interprétations extensives des autorisations d’emploi de la force militaire, Obama a étendu la présence militaire clandestine américaine au Moyen-Orient.De même, il a lancé l’opération Odyssey Dawn,a no-fly zone turned regime-change une zone d’exclusion aérienne transformée en opération de changement de régime sans concertation préalable, et encore moins avec un vote du Congrès.Les conséquences de l’intervention en Libye, ainsi que des actions clandestines américaines en Syrie covert action in Syriaet du soutien à la coalition saoudo-émiratie au Yémen, coalition in Yemenont engendré des désastres à l’étranger et ont conforté le Congrès et les médias dans leur rôle de simples spectateurs.
Pour ceux qui aspirent à une politique étrangère plus conforme aux normes constitutionnelles et fondée sur un débat public vigoureux, les perspectives sont mitigées.Si la presse traditionnelle a souvent failli à ses responsabilités, un écosystème de « nouveaux médias » – podcasts, plateformes en ligne et commentaires indépendants – a, dans une certaine mesure, comblé ce manque.Ces sources présentent certes des lacunes, mais leur émergence constitue, globalement, un correctif bienvenu.Reste à savoir si ces commentaires dissidents peuvent susciter et entretenir un débat public plus vigoureux, susceptible d'influencer le paysage politique.Si les nouveaux médias ont mobilisé les auditeurs, transformer cette énergie en action politique est une autre affaire.Si les consommateurs de médias dissidents ne se transforment pas en électeurs dissidents, les commentaires en ligne d'aujourd'hui risquent d'être aussi inefficaces que l'opposition imprimée d'hier.
La situation est plus sombre encore au Congrès.La guerre en Iran a renforcé une tendance de plusieurs décennies à l'abdication du Congrès, les législateurs s'en remettant au président plutôt que d'assumer leur responsabilité de débattre des questions de guerre et de paix.L'histoire récente n'est guère rassurante, car la polarisation accrue a alimenté la montée en puissance de la présidence impériale.Pourtant, quelques lueurs d'espoir subsistent : un petit nombre de voix conservatrices résolues se sont jointes a small number of resolute conservative voicesà un nombre croissant de voix libérales plus constantes pour appeler à la retenue et au retour aux normes constitutionnelles.Pour faire entendre ce chœur, il faudra une mobilisation électorale soutenue, notamment lors des primaires, traditionnellement marquées par une faible participation.Si les Américains estiment que la politique étrangère relègue la politique étrangère au second plan au détriment des priorités nationales et souhaitent un contrôle parlementaire constant du pouvoir exécutif, ils doivent clairement faire savoir aux élus en place que leurs décisions auront des conséquences dans les urnes.Si, comme le dit l'adage, « le gouvernement que vous élisez est celui que vous méritez », alors les électeurs américains doivent clairement affirmer qu'ils exigent – et méritent – mieux.
En dehors du contexte électoral, les sondages indiquent que l'opposition à la guerre en Iran n'est pas une position marginale, mais la norme but the norm– une position partagée par des voix de tous bords politiques.Pour concrétiser ce sentiment et le traduire en politique, il faudra ce qu'Abraham Lincoln appelait « une confiance patiente dans la justice ultime du peuple », associée à un effort soutenu pour y parvenir.
Au jujitsu, on dénombre une douzaine de techniques
d’étranglement, du gyaku au sankaku jimé (en utilisant ses mollets !),
qui ont toutes le même résultat : afflux de sang au cerveau coupé,
l’adversaire tombe dans les pommes en quelques secondes s’il ne se
résigne pas à signaler sa défaite par une petite tape sur le bras.
C’est tout l’objectif du blocus du détroit d’Ormuz, où la
Maison-Blanche espère prendre le régime des mollahs à son propre piège
en le privant de devises, tandis que, contre-étranglement, Téhéran
compte couper les 20 % de la consommation mondiale de pétrole transitant
quotidiennement par cette voie de navigation.
Qui craquera le premier ? Certes, les pays importateurs de pétrole en
Asie et en Afrique sont menacés de pénurie physique et, loi de l’offre
et de la demande oblige, les prix flambent à la pompe même dans les pays
exportateurs nets, comme les États-Unis Ce qui menace le monde d’une
récession, voire d’ici quelques mois d’une crise énergétique sans
précédent depuis, peut-être, le choc pétrolier de 1974. Mais le prix du
baril, à 109 $ pour le brent mardi, est encore très loin des 150 $
prédit par des analystes au début du blocus début avril et l’impact ne
serait pas existentiel. Alors que le régime des mollahs joue sa survie.
En effet, ses exportations de pétrole, déjà sous sanctions
occidentales et donc réduites à 2 Mbj (millions de barils par jour),
passaient en temps normal à 90 % par Ormuz. Or, l’or noir constitue 60 %
des recettes en devises du pays. L’Iran ne pourrait plus payer ses
importations vitales de denrées alimentaires, médicaments et pièces
détachées. « À mesure que les exportations de pétrole iraniennes
s’effondrent, il n’y aura plus de liquidités pour financer les
importations ; l’activité économique s’effondrera alors, la monnaie
entrera dans une spirale de dévaluation et l’hyperinflation s’ensuivra
», affirme Robin Brooks, de la Brookings Institution. Sans oublier que
la fermeture du détroit bloque déjà physiquement les importations
iraniennes par voie navale. Alors que la possibilité de substitution des
importations par des produits de l’industrie locale s’avère très
faible. Emprunter à l’étranger pour remplacer les devises des
hydrocarbures n’est pas non plus vraiment une option ; aucune banque
internationale n’oserait se livrer à ce jeu-là, même basée en Chine…
Les Pasdarans privés de salaire
Surtout, la majorité des ressources budgétaires du régime est tirée
des taxes sur les exportations d’hydrocarbures. Qui paierait les 8
millions de fonctionnaires et employés de structures parapubliques, et
surtout les 190 000 gardiens de la Révolution, ainsi que les 90 000
miliciens Bassiji chargés de la répression intérieure ? Sachant qu’un
nervi sans solde se montre vite bien moins motivé… Cela anéantirait
aussi les capacités de patronage des Pasdarans, désormais le centre du
pouvoir iranien.
Le régime pourrait toutefois régler les salaires en faisant tourner
frénétiquement la planche à billets. Hyperinflation garantie au vu des
nombreux précédents historiques, de l’Allemagne de Weimar à la Hongrie
de 1953 (des milliards de milliards de %), en passant par, plus
récemment, le Zimbabwe ou le Venezuela, pour cause d’explosion de la
masse monétaire. Destruction de l’épargne populaire, fuite massive des
capitaux, troubles sociaux et politiques assurés, sans compter que les
Pasdarans et Bassijis n’aimeraient pas être payés en monnaie de singe.
Pour toutes ces raisons, le régime des mollahs serait donc acculé
dans quelques semaines à la capitulation, ou s’effondrerait face à une
révolte intérieure massive…
En théorie, du moins. Car, en pratique, il a encore des cartes en
main, quoique pas simples à jouer. En bref, l’étranglement américain est
redoutable mais pas forcément mortel.
Tout d’abord, il existe des régimes ayant survécu plusieurs années à
des épisodes d’hyperinflation. Le régime iranien a en outre montré
depuis un demi-siècle une résilience spectaculaire aux sanctions
occidentales. Il peut exporter un peu par camions et trains via l’Asie
centrale, ou utiliser un pipeline de contournement d’Ormuz, d’une
capacité de 300 000 barils par jour. Insuffisant. Mais ses tankers
peuvent aussi forcer le blocus. Deux ont été arraisonnés, mais un nombre
surprenant, une douzaine selon Lloyds, transportant 15 millions de
barils, est passé ces dix derniers jours. Ces pétroliers de « flotte
fantôme » débranchent leurs transpondeurs et suivent des itinéraires
près des côtes qui les rendent difficiles à arraisonner. Ou transbordent
leur cargaison en pleine mer à des navires d’autres pavillons. À moins
que la marine américaine n’ose pas intercepter certains tankers en
fonction de leur destination, la Chine, par exemple. Washington assume
d’ailleurs ne pas instaurer un blocus parfaitement hermétique, plutôt un
nœud coulant pouvant être resserré surtout avec l’arrivée sur zone d’un
troisième groupe naval.
L’Iran peut aussi vendre l’or noir des pétroliers déployés depuis des
semaines par précaution au-delà du détroit, en mer d’Oman et jusqu’en
Malaisie. Il y en a pour 10 à 25 millions de barils, selon les cabinets
Kpler, Kayrros ou Vortexa à partir de données satellites. L’équivalent
de dix jours d’exportations maximum.
Autre grave souci : puisqu’il ne peut plus exporter, Téhéran est
obligé de stocker sur son sol le pétrole extrait de ses 4 000 puits…
sauf que les capacités vont vite être saturées, même en remettant en
service en panique des pétroliers désaffectés. Les mêmes cabinets
spécialisés estiment les capacités disponibles entre 30 et 90 millions
de barils. C’est-à-dire qu’entre mi-mai et mi-juin, l’Iran devrait
arrêter de pomper son pétrole… mais cela serait catastrophique pour une
raison technique connue sous le nom de « water coning » ; quand le
pompage s’arrête, l’eau remonte mécaniquement, piégeant l’huile dans les
pores de la roche de manière irréversible et rendant le puits
définitivement hors service.
Le régime des mollahs sera donc confronté dans un mois à un dilemme
existentiel : soit trouver un compromis avec Washington, soit voir ses
puits de pétrole s’anéantir un par un, soit forcer le blocus au culot,
soit surenchérir militairement en attaquant les États-Unis partout où
c’est possible pour l’obliger à lâcher prise…
C) - Golfe : les monarchies face au défi d’une défense intégrée
Les
frappes iraniennes contre les infrastructures pétrolières et les bases
militaires du Golfe ont mis en évidence une limite structurelle : la
sécurité régionale ne peut plus dépendre uniquement de dispositifs
nationaux séparés. Pour les monarchies du Moyen-Orient, l’enjeu est
désormais de partager les capacités d’interception, les radars et les
renseignements afin de construire une défense régionale plus cohérente.
Durant la guerre, l’Iran a lancé plus de 550 missiles balistiques et 2
200 drones contre les Émirats arabes unis, soit un volume supérieur à
celui dirigé contre Israël. Des frappes transfrontalières ont également
visé des raffineries et des terminaux gaziers au Qatar, en Arabie
saoudite, au Koweït et à Bahreïn. Les dégâts matériels sur les
installations énergétiques ont été importants, notamment au Qatar, où
près d’un sixième des exportations gazières aurait été affecté. Cette
séquence a confirmé la capacité de l’Iran à imposer un coût élevé à ses
adversaires régionaux. Elle a aussi révélé les limites des défenses
aériennes actuelles pour protéger les actifs stratégiques du Golfe. Face
à un arsenal iranien limité mais efficace, les États de la région sont
poussés à mieux coordonner leurs systèmes de détection et d’interception
afin de réduire les angles morts et d’éviter une réponse fragmentée.
Les limites des systèmes isolés
Aucun État du Golfe ne peut, seul, assurer une défense aérienne
suffisamment profonde et redondante. La menace iranienne joue sur la
masse, la dispersion et la saturation. Drones suicides. Missiles
balistiques. Projectiles à bas coût. Attaques coordonnées. Salves
multiples. Face à ce type d’offensive, une batterie nationale, même
moderne, ne suffit plus. Et puis il y a la question du coût et des
capacités de production et de stockage. Alors qu’un drone « low cost »
est facile à produire et que son coût est inférieur à 50 000 dollars,
son intercepteur coûte 2 millions de dollars et n’est pas disponible à
volonté. À terme, ce n’est pas l’intercepteur qui abat un drone « Shahed
» qui gagne.
La logique change. Il ne s’agit plus seulement de déployer des
Patriot, des THAAD ou des systèmes de défense rapprochée. Il s’agit de
créer un espace de défense commun. Un réseau. Une architecture capable
de fusionner les données radar, d’identifier les trajectoires,
d’attribuer les menaces et de répartir la charge d’interception entre
plusieurs États.
Le Golfe a longtemps fonctionné avec des dispositifs fragmentés.
Chaque capitale protégeait ses sites critiques. Chaque armée conservait
ses chaînes de commandement. Chaque État verrouillait ses données. Cette
logique rassurait les souverainetés. Elle affaiblissait la défense
collective. La guerre a montré la limite de cette approche. Une brèche
dans un espace aérien national peut menacer, en quelques minutes, les
infrastructures d’un voisin. Dans le Golfe, les vulnérabilités circulent
aussi vite que les missiles.
Les États-Unis et Israël avaient déjà intégré cette donnée. Pendant
la guerre, Washington et Tel-Aviv ont synchronisé leurs frappes, leurs
alertes et leurs messages de dissuasion. Les monarchies du Golfe en
tirent une leçon brutale. Des systèmes nationaux perfectionnés restent
insuffisants contre une offensive simultanée, hybride et volumétrique.
La défense aérienne ne se pense plus comme une frontière. Elle se pense
comme un maillage.
Initiatives américaines : postes de commandement et cellule multinationale
Washington a préparé ce basculement avant même le déclenchement de la
guerre. Dès 2025, l’USCENTCOM a multiplié les dispositifs destinés à
pousser les alliés du Golfe vers une coordination plus étroite.
L’objectif était clair : passer de la coopération ponctuelle à une
planification commune.
En novembre 2025, les commandements américain et qatari ont inauguré
un Combined Command Post à Al Udeid. Le dispositif associe officiers
qataris et américains dans la planification et la conduite de la défense
aérienne. En décembre 2025, un poste similaire a été ouvert à Bahreïn
avec la 5ᵉ Flotte américaine et l’armée bahreïnienne. Ces structures ne
sont pas de simples symboles. Elles installent une habitude
opérationnelle. Elles rapprochent les chaînes de commandement. Elles
accélèrent la circulation des alertes.
Le palier supérieur a été franchi en janvier 2026 avec la création du
MEAD-CDOC (Middle Eastern Air Defense – Combined Defense Operations
Cell). Installée à Al Udeid, dans l’actuel Combined Air Operations
Center qatari, cette cellule regroupe des officiers américains, qataris,
bahreïniens et israéliens. Sa fonction est centrale : coordonner la
défense aérienne et antimissile entre partenaires régionaux.
Le MEAD-CDOC doit servir de plateforme permanente pour les exercices
multinationaux, le partage des alertes et l’allocation des
interceptions. L’enjeu est autant militaire qu’économique. Intercepter
deux fois la même menace coûte cher. Rater une salve coûte beaucoup
plus. Dans une guerre de saturation, l’efficacité dépend de la
hiérarchisation des cibles. Chaque missile d’interception doit être
utilisé au bon moment, contre la bonne menace, par l’acteur le mieux
placé.
Coordination intra-Golfe : exercices et structuration régionale
À l’échelle régionale, les monarchies du Golfe ont progressivement
repris le chantier de la coopération militaire après la réconciliation
d’Al-Ula, en 2021. La fin du blocus du Qatar a rouvert un espace
politique. Elle n’a pas fait disparaître les méfiances, mais elle a
permis de remettre au centre une évidence stratégique : face à l’Iran,
les divisions internes coûtent cher. Il aura fallu des années de
tensions pour redécouvrir cette vérité pourtant élémentaire.
Les États du Conseil de coopération du Golfe ont donc relancé leurs
exercices conjoints. L’exercice Integration 1, organisé au Koweït en
2023, s’inscrivait dans cette logique. L’enjeu n’était plus seulement de
faire manœuvrer des forces côte à côte. Il s’agissait surtout de tester
des procédures communes, des circuits d’alerte, des protocoles de
communication et des mécanismes de coordination entre centres de
commandement.
Cette évolution s’analyse comme un réalignement fonctionnel dans
lequel la défense unifiée prend le dessus sur les divergences
politiques. Le Golfe ne devient pas homogène. Il devient plus
pragmatique. Les différends demeurent, mais ils ne peuvent plus empêcher
l’interconnexion minimale des systèmes de défense.
Le CCG a également réactivé une initiative plus ancienne : Hizam
al-Taawun, la « Ceinture de coopération ». Son objectif est de connecter
les radars et les centres de commandement aérien des États membres.
L’ambition est de construire un réseau d’alerte précoce capable de
produire une image aérienne commune. Une carte unique. Des données
partagées. Des décisions plus rapides. Des protocoles d’engagement mieux
harmonisés. Des réunions régulières à Riyad, avec l’appui des
États-Unis, travaillent à cette common air picture régionale.
Le problème, c’est que ce n’est pas seulement technique. C’est aussi
très politique. Les armées du Golfe n’ont pas le même matériel :
Patriot, THAAD, systèmes occidentaux, russes ou nationaux.
L’interopérabilité reste donc un vrai combat quotidien contre les
incompatibilités techniques et les réflexes de souveraineté.
Renseignement et intégration discrète
Les États du Golfe ont aussi renforcé le partage de renseignements.
Les liaisons sécurisées avec les commandements américains se sont
améliorées, et les échanges entre radars et centres d’alerte se sont
intensifiés. Cela permet un suivi radar mutuel et une meilleure
anticipation des trajectoires de missiles. Ce n’est pas encore une
défense intégrée à part entière, mais c’est déjà une mécanique commune
qui se met en place. Cette évolution se fait davantage par petits pas
fonctionnels que par grands traités officiels. Tous les États
n’affichent pas le même niveau d’engagement : certains coopèrent
discrètement, d’autres plus ouvertement. Mais tout le monde sait que le
système actuel reste provisoire. Les bases américaines et les
arrangements ad hoc ne suffiront pas à long terme.
Israël et les monarchies du Golfe : la coopération qui s’accélère
La guerre avec l’Iran a nettement accéléré la dynamique lancée par
les accords d’Abraham. La coopération entre Israël et certains pays du
Golfe est passée du stade diplomatique au stade opérationnel. Le geste
le plus fort a été le déploiement, en 2026, d’un système Iron Dome
complet aux Émirats arabes unis, avec du personnel israélien sur place
pour le faire fonctionner. C’était une première : jamais une batterie
complète n’avait été transférée à un pays tiers en pleine guerre
régionale. Selon les Israéliens, elle a intercepté plusieurs dizaines de
missiles iraniens visant les Émirats. Au-delà du résultat militaire, le
message est clair : les Émirats sont prêts à coopérer directement avec
Israël quand la menace iranienne l’exige. Bahreïn reste plus prudent, et
l’Arabie saoudite observe, négocie et temporise. En échange, les
Émirats accèdent à des technologies israéliennes dans les radars, les
drones, le commandement numérique et les logiciels de C2. Israël, lui,
gagne en profondeur stratégique grâce aux réseaux et aux positions
d’observation que les pays arabes peuvent lui offrir.
Cette convergence repose sur une lecture très similaire de la menace
iranienne. Des projets de coproduction, notamment de drones Hermes 900,
aux Émirats arabes unis, vont dans ce sens. Cela dit, la prudence reste
de mise des deux côtés : on partage, mais par filtres, par niveaux de
confiance et sans tout mettre sur la table. Riyad, de son côté, continue
de lier toute normalisation complète à des avancées sur le dossier
palestinien. Cela freine une architecture ouverte, mais sur les sujets
concrets – missiles balistiques, drones, attaques maritimes,
cybermenaces ou C4I – les coopérations continuent d’avancer.
Des cadres souples plutôt que des pactes formels
Sur le plan diplomatique, le Forum du Néguev a créé en juin 2023 un
groupe de travail sur la sécurité régionale, réunissant Israéliens,
Américains, Égyptiens, Émiratis, Marocains, Bahreïniens et même des
représentants palestiniens. Plus de trente responsables militaires y ont
participé. Ce genre de format a l’avantage de ne créer aucune
obligation juridique et de ne pas forcer les pays à rendre publiques des
coopérations qu’ils préfèrent parfois garder secrètes. C’est exactement
pour ça qu’il est utile : il permet d’avancer concrètement sans se
heurter tout de suite aux symboles politiques. Le grand défi, à terme,
sera de faire passer toutes ces coopérations bilatérales ou «
minilatérales » vers une véritable architecture régionale plus
structurée.
Vers une architecture régionale de défense
L’intégration antiaérienne du Golfe se construit progressivement.
Rien ne ressemble encore à une OTAN du Golfe. Mais les fondations d’une
architecture régionale de défense commencent à se dessiner, non par
proclamation politique, mais par accumulation de mécanismes techniques,
opérationnels et sécuritaires.
Le consensus opérationnel est désormais établi : la protection du
Golfe contre les missiles et les drones iraniens exige un bouclier
régional partagé. À terme, l’objectif est connu. Une ligne d’alerte
unifiée. Des radars et des satellites connectés. Des procédures
d’engagement harmonisées. Une image aérienne commune. Un réseau de
données partagé. Une répartition plus rationnelle des interceptions. Une
capacité à absorber la saturation sans s’effondrer dès la première
vague.
La guerre avec l’Iran a joué le rôle de catalyseur. Elle a forcé les
monarchies du Golfe à regarder en face l’obsolescence des défenses
isolées. Elle a montré qu’une attaque contre un seul État peut mettre
sous tension tout l’équilibre régional. Elle a aussi confirmé le poids
central des États-Unis dans la coordination militaire du Golfe.
Mais les monarchies cherchent désormais à réduire leur dépendance.
Non pas en se coupant de Washington. Ce serait un geste spectaculaire et
peu réaliste. Elles veulent plutôt bâtir une autonomie opérationnelle
relative. Une capacité régionale à voir, décider et agir plus vite. Une
défense moins fragmentée. Un réseau plus dense. Un maillage capable de
transformer la vulnérabilité partagée en avantage collectif.
Les prochains mois diront si ce basculement devient une doctrine
durable ou s’il reste une réaction de crise. Le Golfe a souvent annoncé
des architectures régionales qui se sont perdues dans les rivalités, les
susceptibilités et les comités techniques. Cette fois, la pression est
différente. L’Iran a montré la portée de son arsenal. Les monarchies ont
vu leurs failles.
D) -L’Iran tient-il le détroit d’Ormuz et Donald Trump à la gorge ?
L’analyse pragmatique d’un industriel indien
Dans le dernier numéro de Choc du monde, le magazine de prospective internationale de TVL, l’animateur revient sur la crise qui paralyse le Golfe.
Depuis
les frappes israélo-américaines du 28 février 2026 contre l’Iran, le
Détroit d’Ormuz est devenu l’épicentre d’un bras de fer économique et
stratégique mondial.
L’Iran propose de rouvrir le
détroit, de mettre fin à la guerre et de reporter les négociations sur
le nucléaire à plus tard. Washington hésite. Pour décrypter les enjeux,
l’émission reçoit Ram Divedi, industriel indien, fondateur de la Kutniti Foundation et observateur privilégié des rapports de force en Asie.
Une proposition iranienne qui force Trump à réfléchir
Selon la Maison Blanche, Donald Trump « n’aime pas » la dernière offre de Téhéran, mais « a-t-il vraiment le choix ? » interroge l’animateur. L’Iran offre la réouverture du détroit et la fin immédiate des hostilités en échange d’un report des discussions nucléaires. Sur Fox News, le secrétaire d’État Marco Rubio a rappelé la logique américaine : un blocus « extraordinaire » pèse sur l’Iran pour que « le coût de toutes leurs actions néfastes l’emporte sur les bénéfices ». Rubio insiste : le blocus ne vise pas à bloquer la navigation, mais à empêcher l’Iran d’être le seul bénéficiaire d’un « système de péage et de contrôle illégal » dans le détroit.
Ram Divedi nuance : « Ça peut arriver » que le blocus fasse plier Téhéran, mais le temps joue en faveur de l’Iran.
Les puissances asiatiques et arabes raisonnent sur le long terme, tandis que les Américains changent constamment de cap.
Le prisme indien : énergie, multialignement et réalisme
L’Inde, 3ᵉ importateur mondial de pétrole brut, voit 85 à 90 % de ses approvisionnements et de son GPL transiter par Ormuz. Le conflit est donc « quasiment à ses portes ». Ram
Divedi rappelle le cas emblématique du port de Chabahar (financé en
partie par l’Inde) : malgré les pressions américaines, New Delhi a
injecté 120 millions d’euros pour maintenir l’activité, transférant la
propriété à une société iranienne tout en gardant le pilotage
opérationnel. « C’est très à l’indienne », résume-t-il (voir ici).
L’Inde pratique un multialignement assumé : bons rapports avec les États-Unis (malgré les tensions), avec l’Iran, la Russie, et même « paradoxalement » avec la Chine. Elle refuse de choisir un camp.
« L’Inde ne fait pas d’alliances, elle fait des partenariats », explique Divedi.
Technologie,
investissements, chaînes d’approvisionnement et énergie : elle
multiplie les partenariats concrets et sectoriels, construits de manière
ascendante (de bas en haut), plutôt que de suivre une stratégie imposée
d’en haut.
Le recul de l’hégémonie américaine
Pour le penseur indien, la puissance américaine reste « monstrueuse » sur les plans technologique, militaire et économique, mais elle est « beaucoup moins hégémonique qu’avant ». Deux éléments l’illustrent :
La guerre informationnelle
: les Iraniens ont excellé dans l’asymétrie narrative, retournant les
éléments de langage contre l’administration Trump elle-même.
La révolution des drones
: un vieux F-5 iranien (avion américain des années 60) a réussi à
bombarder une base américaine sans être abattu. Ram Divedi évoque la
crainte de drones lancés depuis des porte-conteneurs ou des camions,
rendant les frappes conventionnelles obsolètes.
Même
les data centers indiens (70 milliards de dollars d’investissements
Amazon, Google, Microsoft) deviennent des cibles potentielles, forçant
New Delhi à repenser sa sécurité.
Nucléaire, BRICS et dédollarisation
L’Inde
voit d’un œil intéressé la volonté américaine d’empêcher l’Iran de se
doter de l’arme nucléaire : cela créerait un précédent utile face au
Pakistan. Mais elle ne souhaite pas que Téhéran abandonne complètement
son programme. Sur le plan énergétique, New Delhi accélère sa transition
: 25 % du mix est déjà renouvelable, le nucléaire civil vient d’être
privatisé, et les véhicules électriques sont poussés (y compris dans
l’armée pour leur discrétion en Himalaya).
Les BRICS ? Ram Divedi démythifie : ce n’est ni une OTAN ni un bloc anti-occidental, mais un dialogue du « Sud global » pour contester la domination du dollar, du FMI et de la Banque mondiale. Résultat :
les échanges russo-indiens se font de plus en plus hors dollar, et les guerres américaines accélèrent ce mouvement.
Edouard Chanot reçoit Ram Divedi, industriel indien et fondateur du think tank Kutniti.
L’Iran tient le détroit d’Ormuz et peut-être aussi Donald trump à la gorge. Selon la Maison Blanche, Donald Trump « n’aime pas » la dernière proposition iranienne. Selon plusieurs sources, Téhéran a proposé une réouverture du détroit et mettre fin à la guerre, tout en reportant les négociations nucléaires à une phase ultérieure. Les négociations bloquent, la paix est-elle ou non au bout du détroit ? Comme le Sud global et l'Inde vivent-ils cette guerre menée par l'axe israélo-américain ?
L’Inde regarde d’abord ses frontières
L’Inde,
4ᵉ puissance économique mondiale (bientôt 3ᵉ), a une diplomatie
discrète mais une puissance économique et militaire réelle. Elle appelle
à la paix depuis le début du conflit sans condamner explicitement les
frappes américaines.
« Les problèmes du reste du monde ne sont pas ceux de l’Inde, et inversement », conclut Ram Divedi en citant le ministre indien des Affaires étrangères.
Pour
l’Inde, la crise d’Ormuz n’est pas une question idéologique, mais une
équation pragmatique de prix du brut, de balance commerciale et de
croissance (révisée à 6 % pour 2026-2027). New Delhi s’adaptera, comme
toujours, « à l’indienne » : jour après jour, partenariat après partenariat.
L’émission
rappelle une fois de plus que, dans le monde multipolaire de 2026, ce
ne sont plus seulement Washington et Téhéran qui décident : les grands
émergents, à commencer par l’Inde, pèsent de tout leur poids dans la
balance.
L’enjeu de la guerre en Iran, avec ses conséquences catastrophiques qui se profilent (même si l’on peut désormais espérer un répit), devrait nous rappeler une vérité trop longtemps passée sous silence.
Depuis 1973, les observateurs lucides savent que le monde est excessivement dépendant des puissances pétrolières ;depuis au moins 1990, les plus grands experts prédisent que la concentration de CO2 dans l’atmosphère, due à la combustion des énergies fossiles, perturberait le climat et menacerait à terme la survie de l’humanité.De fait, depuis 2010, nous subissons déjà les conséquences climatiques de ces émissions.Aujourd’hui, nous savons – même si nous refusons de l’admettre – que l’été 2026 sera exceptionnellement chaud presque partout dans l’hémisphère Nord, et que l’année suivante sera encore plus chaude en raison de l’évolution du phénomène El Niño.
Et pourtant, la faible réduction de la production mondiale de combustibles fossiles, due à la guerre en Iran, suscite la panique et l'envie de développer de nouveaux moyens de polluer la planète.Or, la fermeture du détroit d'Ormuz devrait être perçue comme une excellente nouvelle, car elle nous offre une occasion unique d'accélérer la transition vers une économie non dépendante des énergies fossiles. En effet, depuis plusieurs décennies, nous utilisons d'autres formes d'énergie – durable, nucléaire ou renouvelable – pour les mêmes processus de production.
De même, nous savons désormais que l'aménagement du territoire détruit la fine couche d'humus indispensable à la vie et à une agriculture durable.Nous savons aussi que le système agroalimentaire industriel qui en découle est un poison destructeur.Enfin, nous prenons conscience que les combustibles fossiles alimentent une autre forme majeure de pollution : la captation de l'attention, via les réseaux sociaux et autres addictions virtuelles.
En définitive, nous savons désormais que plus de la moitié de ce que l'humanité produit, consomme et finance – principalement par l'endettement – est désastreuse pour elle-même et, plus encore, pour les générations futures.Et qu'elle s'est désormais dotée des moyens de ne plus y penser.
Pourtant, une grande partie de cette production, que j'ai appelée « l'économie de la mort », provient de ce qui nous parvient par le détroit d'Ormuz.
Fermer ce détroit, même un instant, interromprait donc l'approvisionnement d'une partie de ce qui détruit la planète.Et lutter pour sa réouverture revient à agir comme un toxicomane qui voudrait massacrer tous ceux qui l'empêchent d'accéder à l'une des pharmacies vendant les substances dont il est dépendant.
Si l'économie de la mort représente au moins 50 % du PIB mondial, l'autre moitié,
« l'économie de la vie », englobe tout ce qui découle de formes d'énergie durables, de la mobilité durable, de l'agriculture durable, d'une alimentation saine, de l'eau, du recyclage, de la culture, de la santé, de l'éducation, de la démocratie, de la liberté de la presse et des moyens de les défendre.Or, nous savons qu'une grande partie de ce qui est actuellement obtenu par la combustion d'énergies fossiles peut désormais être obtenue grâce à l'électricité produite à partir de sources durables.
Alors pourquoi ne saisissons-nous pas cette opportunité pour orchestrer la transition de l'économie mondiale vers l'économie de la vie ?Pourquoi refusons-nous de voir que les Chinois le font déjà subrepticement ?Bien qu'ils soient actuellement les principaux producteurs de l'économie de la mort, dans 20 ans, ils seront les acteurs majeurs de l'économie de la vie – démocratie mise à part.
La fermeture, même temporaire, du détroit d'Ormuz aurait pu être l'occasion de cette prise de conscience.Ce ne fut pas le cas.Les États-Unis foncent droit vers le désastre avec leurs propres énergies fossiles.L'Inde et l'Afrique suivent la même voie.Et l'Europe, pourtant la mieux placée pour être la championne de l'économie de la vie (car elle en possède toutes les formes, tous les talents, toutes les industries, tous les territoires), semble prise de panique à l'idée de perdre l'une de ses portes d'entrée vers l'économie de la mort.
Aucun homme politique n'ose dire que la hausse des prix de l'essence, comme celle du tabac, est une bonne nouvelle et que toutes les subventions doivent être réservées aux transports publics, à ceux qui acceptent de passer aux véhicules à énergie durable dans un délai raisonnable, et à ceux qui, objectivement, ne peuvent le faire et qui, de toute évidence, ne doivent pas subir les conséquences de la négligence des pouvoirs publics qui, depuis tant d'années, n'ont pas compris que la transition vers une économie de la vie était la condition de la survie de nos sociétés.
Il y a toujours de bonnes raisons de ne pas faire l'essentiel, en pensant que d'autres s'en chargeront plus tard.Mais le fait est que, depuis cinquante ans, personne ne l'a fait.Et que les drogues de toutes sortes continuent de nous tuer.
Je le dis sans détour : l’humanité disparaîtra si, d’ici 30 ans, l’économie du vivant ne représente pas au moins les deux tiers du PIB mondial.C’est possible.Cela exige une transformation radicale et immédiate que personne n’entreprend, ni même ne prépare.Puissent au moins la folie de Trump nous faire enfin prendre conscience de cette urgence.
Jacques Attali
Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État.Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet.
Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues.Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express.
Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.