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mai 03, 2026

L'incertitude, le régime des mollahs ou une pseudo démocratie occidentalisée ?

Sommaire:

A) - Les guerres américaines post-délibérées

B) - COMMENT ÉTRANGLER LE RÉGIME DES MOLLAHS

C) - Golfe : les monarchies face au défi d’une défense intégrée

D) - L’Iran tient-il le détroit d’Ormuz et Donald Trump à la gorge ? 

E) -  Hormuz ou la vie.

F) - Émirats arabes unis, OPEP et détroit d’Ormuz : Symptôme d’un Moyen-Orient qui change de logique

Lire aussi: https://universite-liberte.blogspot.com/2026/05/informations-etatsuniennes.html


A) - Les guerres américaines post-délibérées

La guerre contre l'Iran est peut-être la première guerre véritablement « post-délibérée » de l'histoire américaine. 

Bien que profondément imparfaites et peut-être menées à la hâte, les interventions militaires américaines en Afghanistan et l'invasion de l'Irak avaient néanmoins fait l'objet de débats au Congrès. Pour la guerre contre l'Iran, rien de comparable n'existait, écrit Brandan Buck, de l'institut Cato. 

Au cours des huit dernières semaines de guerre contre l'Iran, les deux institutions délibératives américaines, le Congrès et les médias, ont largement failli à leur devoir d'entretenir un débat public sur la question la plus importante à laquelle une république puisse être confrontée : le choix entre la guerre et la paix. Aucune de ces institutions n'a été irréprochable durant la guerre mondiale contre le terrorisme. Pourtant, au Capitole, des débats ont eu lieu avant le début des hostilités, et les médias ont déployé des efforts considérables pour susciter l'adhésion. Au regard des critères actuels, ces agissements semblent presque admirables. La guerre contre l'Iran est peut-être la première guerre véritablement « post-délibérative » de l'histoire américaine. 
 
 Pour saisir la différence, il faut remonter plus de vingt ans en arrière. Bien que profondément imparfaite et peut-être précipitée, une intervention militaire américaine en Afghanistan, puis l'invasion de l'Irak, ont néanmoins fait l'objet d'un débat au Capitole. La première a été directement déclenchée par une attaque directe, les attentats du 11 septembre. La seconde a été précédée d'environ deux mois d'auditions au Congrès, suivies d'un vote sur l'autorisation d'emploi de la force militaire (AUMF). L'AUMF autorisant la guerre en Irak a été adoptée par le Sénat passed the Senate par 77 voix contre 23 et par la Chambre des représentants par 296 voix contre 133. in the House Ces débats et votes ont depuis été largement considérés comme des erreurs, mais ils ont bien eu lieu. 
 
Aucune délibération comparable n'a eu lieu au Congrès à la veille du lancement unilatéral de la guerre contre l'Iran par le président. Malgré les précédents recours à la force par l'administration au Venezuela et contre l'Iran en juin 2025, le Congrès s'est montré peu enclin à un débat approfondi avant le début des hostilités. Alors que les forces américaines se déployaient au Moyen-Orient, aucun effort sérieux n'a été entrepris pour contraindre le Congrès à voter. Le Congrès n'a fait que réagir a posteriori, par le biais de résolutions sur les pouvoirs de guerre qui ont échoué – des tentatives timides pour tenter de rectifier le tir. Exprimant le sentiment quasi unanime des républicains au Congrès, le représentant Blake Moore said of the vote a déclaré à propos du vote qu'il serait « irresponsable de paralyser le commandant en chef et nos chefs militaires ». Dans le monde à l'envers de Washington, le fait de se soustraire à ses devoirs constitutionnels est requalifié en responsabilité.
 
De l'autre côté de l'hémicycle, tandis que de nombreux démocrates s'inquiétaient du recours à la force par le président Trump en Iran, les dirigeants du parti ont éludé le problème de fond, privilégiant la procédure au principe. Au printemps 2026, par exemple, le sénateur Mark Warner a critiqué Trump pour son intervention militaire au Venezuela, reiterated those critiques  y voyant une diversion par rapport à la possibilité d'un changement de régime en Iran. Warner a réitéré ces critiques après le début de la guerre en Iran, s'en prenant à Trump sur la manière dont elle menait le conflit plutôt que sur le fond. process of the war Face à une telle équivoque, il n'est pas absurde d'affirmer que les dirigeants démocrates ont acquiescé au vote sur les pouvoirs de guerre car ils savaient qu'il serait rejeté, permettant ainsi à leur parti de se donner des airs d'opposition alors que, dans les faits, leur désaccord était surtout rhétorique. 
 
Le rôle des grands médias durant la guerre en Iran a été largement réactif, sans qu'ils n'abordent les questions fondamentales relatives à l'autorité présidentielle ou à la prudence stratégique. Leurs reportages se sont limités à un récit des événements, se contentant de poser des questions du type « va-t-il le faire ou non ? »,will he or won’t he au lieu d'examiner les enjeux plus profonds de la guerre et sa signification pour la société américaine. La couverture médiatique a également minimisé des événements troublants,  troubling developments comme la destruction d'une école iranienne par l'armée américaine et le massacre de 165 civils iraniens au début du conflit. Plus inquiétant encore est le soutien apporté à la guerre par des chaînes comme Fox News et  CBS News qui ont frôlé la caricature. 
 
 Il ne s'agit pas ici de déterminer le bien-fondé des arguments pour ou contre la guerre, mais de souligner que ce débat est quasiment inexistant. Les grands médias traitent la guerre comme s'il s'agissait de la météo : un phénomène à observer plutôt qu'une décision à débattre. C'est l'antithèse même de l'autonomie que nous garantit la Constitution. 
 
Ces tendances à l'esquive ne sont évidemment pas nouvelles. La seconde moitié de la Guerre mondiale contre le terrorisme a été particulièrement déplorable du point de vue du débat public et parlementaire. Malgré ses promesses de campagne en matière de politique étrangère, le président Obama, tirant les mêmes leçons casualty aversion que ses prédécesseurs quant à la crainte des pertes humaines, a revu sa politique plutôt que de la réduire. S’appuyant sur des interprétations extensives des autorisations d’emploi de la force militaire, Obama a étendu la présence militaire clandestine américaine au Moyen-Orient. De même, il a lancé l’opération Odyssey Dawn,a no-fly zone turned regime-change une zone d’exclusion aérienne transformée en opération de changement de régime sans concertation préalable, et encore moins avec un vote du Congrès. Les conséquences de l’intervention en Libye, ainsi que des actions clandestines américaines en Syrie covert action in Syria et du soutien à la coalition saoudo-émiratie au Yémen, coalition in Yemen ont engendré des désastres à l’étranger et ont conforté le Congrès et les médias dans leur rôle de simples spectateurs.
 
Pour ceux qui aspirent à une politique étrangère plus conforme aux normes constitutionnelles et fondée sur un débat public vigoureux, les perspectives sont mitigées. Si la presse traditionnelle a souvent failli à ses responsabilités, un écosystème de « nouveaux médias » – podcasts, plateformes en ligne et commentaires indépendants – a, dans une certaine mesure, comblé ce manque. Ces sources présentent certes des lacunes, mais leur émergence constitue, globalement, un correctif bienvenu. Reste à savoir si ces commentaires dissidents peuvent susciter et entretenir un débat public plus vigoureux, susceptible d'influencer le paysage politique. Si les nouveaux médias ont mobilisé les auditeurs, transformer cette énergie en action politique est une autre affaire. Si les consommateurs de médias dissidents ne se transforment pas en électeurs dissidents, les commentaires en ligne d'aujourd'hui risquent d'être aussi inefficaces que l'opposition imprimée d'hier. 
 
La situation est plus sombre encore au Congrès. La guerre en Iran a renforcé une tendance de plusieurs décennies à l'abdication du Congrès, les législateurs s'en remettant au président plutôt que d'assumer leur responsabilité de débattre des questions de guerre et de paix. L'histoire récente n'est guère rassurante, car la polarisation accrue a alimenté la montée en puissance de la présidence impériale. Pourtant, quelques lueurs d'espoir subsistent : un petit nombre de voix conservatrices résolues se sont jointes a small number of resolute conservative voices à un nombre croissant de voix libérales plus constantes pour appeler à la retenue et au retour aux normes constitutionnelles. Pour faire entendre ce chœur, il faudra une mobilisation électorale soutenue, notamment lors des primaires, traditionnellement marquées par une faible participation. Si les Américains estiment que la politique étrangère relègue la politique étrangère au second plan au détriment des priorités nationales et souhaitent un contrôle parlementaire constant du pouvoir exécutif, ils doivent clairement faire savoir aux élus en place que leurs décisions auront des conséquences dans les urnes. Si, comme le dit l'adage, « le gouvernement que vous élisez est celui que vous méritez », alors les électeurs américains doivent clairement affirmer qu'ils exigent – ​​et méritent – ​​mieux. 
 
En dehors du contexte électoral, les sondages indiquent que l'opposition à la guerre en Iran n'est pas une position marginale, mais la norme but the norm – une position partagée par des voix de tous bords politiques. Pour concrétiser ce sentiment et le traduire en politique, il faudra ce qu'Abraham Lincoln appelait « une confiance patiente dans la justice ultime du peuple », associée à un effort soutenu pour y parvenir.
 
Brandan P. Buck 

Chercheur, Institut Cato
Fusion on May 1, 2026. 

https://ow.ly/SUpz50YTEl8

 


B) - COMMENT ÉTRANGLER LE RÉGIME DES MOLLAHS

Au jujitsu, on dénombre une douzaine de techniques d’étranglement, du gyaku au sankaku jimé (en utilisant ses mollets !), qui ont toutes le même résultat : afflux de sang au cerveau coupé, l’adversaire tombe dans les pommes en quelques secondes s’il ne se résigne pas à signaler sa défaite par une petite tape sur le bras.

C’est tout l’objectif du blocus du détroit d’Ormuz, où la Maison-Blanche espère prendre le régime des mollahs à son propre piège en le privant de devises, tandis que, contre-étranglement, Téhéran compte couper les 20 % de la consommation mondiale de pétrole transitant quotidiennement par cette voie de navigation.

Qui craquera le premier ? Certes, les pays importateurs de pétrole en Asie et en Afrique sont menacés de pénurie physique et, loi de l’offre et de la demande oblige, les prix flambent à la pompe même dans les pays exportateurs nets, comme les États-Unis Ce qui menace le monde d’une récession, voire d’ici quelques mois d’une crise énergétique sans précédent depuis, peut-être, le choc pétrolier de 1974. Mais le prix du baril, à 109 $ pour le brent mardi, est encore très loin des 150 $ prédit par des analystes au début du blocus début avril et l’impact ne serait pas existentiel. Alors que le régime des mollahs joue sa survie.

En effet, ses exportations de pétrole, déjà sous sanctions occidentales et donc réduites à 2 Mbj (millions de barils par jour), passaient en temps normal à 90 % par Ormuz. Or, l’or noir constitue 60 % des recettes en devises du pays. L’Iran ne pourrait plus payer ses importations vitales de denrées alimentaires, médicaments et pièces détachées. « À mesure que les exportations de pétrole iraniennes s’effondrent, il n’y aura plus de liquidités pour financer les importations ; l’activité économique s’effondrera alors, la monnaie entrera dans une spirale de dévaluation et l’hyperinflation s’ensuivra », affirme Robin Brooks, de la Brookings Institution. Sans oublier que la fermeture du détroit bloque déjà physiquement les importations iraniennes par voie navale. Alors que la possibilité de substitution des importations par des produits de l’industrie locale s’avère très faible. Emprunter à l’étranger pour remplacer les devises des hydrocarbures n’est pas non plus vraiment une option ; aucune banque internationale n’oserait se livrer à ce jeu-là, même basée en Chine…

Les Pasdarans privés de salaire

Surtout, la majorité des ressources budgétaires du régime est tirée des taxes sur les exportations d’hydrocarbures. Qui paierait les 8 millions de fonctionnaires et employés de structures parapubliques, et surtout les 190 000 gardiens de la Révolution, ainsi que les 90 000 miliciens Bassiji chargés de la répression intérieure ? Sachant qu’un nervi sans solde se montre vite bien moins motivé… Cela anéantirait aussi les capacités de patronage des Pasdarans, désormais le centre du pouvoir iranien.

Le régime pourrait toutefois régler les salaires en faisant tourner frénétiquement la planche à billets. Hyperinflation garantie au vu des nombreux précédents historiques, de l’Allemagne de Weimar à la Hongrie de 1953 (des milliards de milliards de %), en passant par, plus récemment, le Zimbabwe ou le Venezuela, pour cause d’explosion de la masse monétaire. Destruction de l’épargne populaire, fuite massive des capitaux, troubles sociaux et politiques assurés, sans compter que les Pasdarans et Bassijis n’aimeraient pas être payés en monnaie de singe.

Pour toutes ces raisons, le régime des mollahs serait donc acculé dans quelques semaines à la capitulation, ou s’effondrerait face à une révolte intérieure massive…

En théorie, du moins. Car, en pratique, il a encore des cartes en main, quoique pas simples à jouer. En bref, l’étranglement américain est redoutable mais pas forcément mortel.

Tout d’abord, il existe des régimes ayant survécu plusieurs années à des épisodes d’hyperinflation. Le régime iranien a en outre montré depuis un demi-siècle une résilience spectaculaire aux sanctions occidentales. Il peut exporter un peu par camions et trains via l’Asie centrale, ou utiliser un pipeline de contournement d’Ormuz, d’une capacité de 300 000 barils par jour. Insuffisant. Mais ses tankers peuvent aussi forcer le blocus. Deux ont été arraisonnés, mais un nombre surprenant, une douzaine selon Lloyds, transportant 15 millions de barils, est passé ces dix derniers jours. Ces pétroliers de « flotte fantôme » débranchent leurs transpondeurs et suivent des itinéraires près des côtes qui les rendent difficiles à arraisonner. Ou transbordent leur cargaison en pleine mer à des navires d’autres pavillons. À moins que la marine américaine n’ose pas intercepter certains tankers en fonction de leur destination, la Chine, par exemple. Washington assume d’ailleurs ne pas instaurer un blocus parfaitement hermétique, plutôt un nœud coulant pouvant être resserré surtout avec l’arrivée sur zone d’un troisième groupe naval.

L’Iran peut aussi vendre l’or noir des pétroliers déployés depuis des semaines par précaution au-delà du détroit, en mer d’Oman et jusqu’en Malaisie. Il y en a pour 10 à 25 millions de barils, selon les cabinets Kpler, Kayrros ou Vortexa à partir de données satellites. L’équivalent de dix jours d’exportations maximum.

Autre grave souci : puisqu’il ne peut plus exporter, Téhéran est obligé de stocker sur son sol le pétrole extrait de ses 4 000 puits… sauf que les capacités vont vite être saturées, même en remettant en service en panique des pétroliers désaffectés. Les mêmes cabinets spécialisés estiment les capacités disponibles entre 30 et 90 millions de barils. C’est-à-dire qu’entre mi-mai et mi-juin, l’Iran devrait arrêter de pomper son pétrole… mais cela serait catastrophique pour une raison technique connue sous le nom de « water coning » ; quand le pompage s’arrête, l’eau remonte mécaniquement, piégeant l’huile dans les pores de la roche de manière irréversible et rendant le puits définitivement hors service.

Le régime des mollahs sera donc confronté dans un mois à un dilemme existentiel : soit trouver un compromis avec Washington, soit voir ses puits de pétrole s’anéantir un par un, soit forcer le blocus au culot, soit surenchérir militairement en attaquant les États-Unis partout où c’est possible pour l’obliger à lâcher prise…

Yves Bourdillon

https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-bourdillon-comment-etrangler-le-regime-des-mollahs/

 


 

C) - Golfe : les monarchies face au défi d’une défense intégrée

Les frappes iraniennes contre les infrastructures pétrolières et les bases militaires du Golfe ont mis en évidence une limite structurelle : la sécurité régionale ne peut plus dépendre uniquement de dispositifs nationaux séparés. Pour les monarchies du Moyen-Orient, l’enjeu est désormais de partager les capacités d’interception, les radars et les renseignements afin de construire une défense régionale plus cohérente.

Durant la guerre, l’Iran a lancé plus de 550 missiles balistiques et 2 200 drones contre les Émirats arabes unis, soit un volume supérieur à celui dirigé contre Israël. Des frappes transfrontalières ont également visé des raffineries et des terminaux gaziers au Qatar, en Arabie saoudite, au Koweït et à Bahreïn. Les dégâts matériels sur les installations énergétiques ont été importants, notamment au Qatar, où près d’un sixième des exportations gazières aurait été affecté. Cette séquence a confirmé la capacité de l’Iran à imposer un coût élevé à ses adversaires régionaux. Elle a aussi révélé les limites des défenses aériennes actuelles pour protéger les actifs stratégiques du Golfe. Face à un arsenal iranien limité mais efficace, les États de la région sont poussés à mieux coordonner leurs systèmes de détection et d’interception afin de réduire les angles morts et d’éviter une réponse fragmentée.

Les limites des systèmes isolés

Aucun État du Golfe ne peut, seul, assurer une défense aérienne suffisamment profonde et redondante. La menace iranienne joue sur la masse, la dispersion et la saturation. Drones suicides. Missiles balistiques. Projectiles à bas coût. Attaques coordonnées. Salves multiples. Face à ce type d’offensive, une batterie nationale, même moderne, ne suffit plus. Et puis il y a la question du coût et des capacités de production et de stockage. Alors qu’un drone « low cost » est facile à produire et que son coût est inférieur à 50 000 dollars, son intercepteur coûte 2 millions de dollars et n’est pas disponible à volonté. À terme, ce n’est pas l’intercepteur qui abat un drone « Shahed » qui gagne.

La logique change. Il ne s’agit plus seulement de déployer des Patriot, des THAAD ou des systèmes de défense rapprochée. Il s’agit de créer un espace de défense commun. Un réseau. Une architecture capable de fusionner les données radar, d’identifier les trajectoires, d’attribuer les menaces et de répartir la charge d’interception entre plusieurs États.

Le Golfe a longtemps fonctionné avec des dispositifs fragmentés. Chaque capitale protégeait ses sites critiques. Chaque armée conservait ses chaînes de commandement. Chaque État verrouillait ses données. Cette logique rassurait les souverainetés. Elle affaiblissait la défense collective. La guerre a montré la limite de cette approche. Une brèche dans un espace aérien national peut menacer, en quelques minutes, les infrastructures d’un voisin. Dans le Golfe, les vulnérabilités circulent aussi vite que les missiles.

Les États-Unis et Israël avaient déjà intégré cette donnée. Pendant la guerre, Washington et Tel-Aviv ont synchronisé leurs frappes, leurs alertes et leurs messages de dissuasion. Les monarchies du Golfe en tirent une leçon brutale. Des systèmes nationaux perfectionnés restent insuffisants contre une offensive simultanée, hybride et volumétrique. La défense aérienne ne se pense plus comme une frontière. Elle se pense comme un maillage.

Initiatives américaines : postes de commandement et cellule multinationale

Washington a préparé ce basculement avant même le déclenchement de la guerre. Dès 2025, l’USCENTCOM a multiplié les dispositifs destinés à pousser les alliés du Golfe vers une coordination plus étroite. L’objectif était clair : passer de la coopération ponctuelle à une planification commune.

En novembre 2025, les commandements américain et qatari ont inauguré un Combined Command Post à Al Udeid. Le dispositif associe officiers qataris et américains dans la planification et la conduite de la défense aérienne. En décembre 2025, un poste similaire a été ouvert à Bahreïn avec la 5ᵉ Flotte américaine et l’armée bahreïnienne. Ces structures ne sont pas de simples symboles. Elles installent une habitude opérationnelle. Elles rapprochent les chaînes de commandement. Elles accélèrent la circulation des alertes.

Le palier supérieur a été franchi en janvier 2026 avec la création du MEAD-CDOC (Middle Eastern Air Defense – Combined Defense Operations Cell). Installée à Al Udeid, dans l’actuel Combined Air Operations Center qatari, cette cellule regroupe des officiers américains, qataris, bahreïniens et israéliens. Sa fonction est centrale : coordonner la défense aérienne et antimissile entre partenaires régionaux.

Le MEAD-CDOC doit servir de plateforme permanente pour les exercices multinationaux, le partage des alertes et l’allocation des interceptions. L’enjeu est autant militaire qu’économique. Intercepter deux fois la même menace coûte cher. Rater une salve coûte beaucoup plus. Dans une guerre de saturation, l’efficacité dépend de la hiérarchisation des cibles. Chaque missile d’interception doit être utilisé au bon moment, contre la bonne menace, par l’acteur le mieux placé.

Coordination intra-Golfe : exercices et structuration régionale

À l’échelle régionale, les monarchies du Golfe ont progressivement repris le chantier de la coopération militaire après la réconciliation d’Al-Ula, en 2021. La fin du blocus du Qatar a rouvert un espace politique. Elle n’a pas fait disparaître les méfiances, mais elle a permis de remettre au centre une évidence stratégique : face à l’Iran, les divisions internes coûtent cher. Il aura fallu des années de tensions pour redécouvrir cette vérité pourtant élémentaire.

Les États du Conseil de coopération du Golfe ont donc relancé leurs exercices conjoints. L’exercice Integration 1, organisé au Koweït en 2023, s’inscrivait dans cette logique. L’enjeu n’était plus seulement de faire manœuvrer des forces côte à côte. Il s’agissait surtout de tester des procédures communes, des circuits d’alerte, des protocoles de communication et des mécanismes de coordination entre centres de commandement.

Cette évolution s’analyse comme un réalignement fonctionnel dans lequel la défense unifiée prend le dessus sur les divergences politiques. Le Golfe ne devient pas homogène. Il devient plus pragmatique. Les différends demeurent, mais ils ne peuvent plus empêcher l’interconnexion minimale des systèmes de défense.

Le CCG a également réactivé une initiative plus ancienne : Hizam al-Taawun, la « Ceinture de coopération ». Son objectif est de connecter les radars et les centres de commandement aérien des États membres. L’ambition est de construire un réseau d’alerte précoce capable de produire une image aérienne commune. Une carte unique. Des données partagées. Des décisions plus rapides. Des protocoles d’engagement mieux harmonisés. Des réunions régulières à Riyad, avec l’appui des États-Unis, travaillent à cette common air picture régionale.

Le problème, c’est que ce n’est pas seulement technique. C’est aussi très politique. Les armées du Golfe n’ont pas le même matériel : Patriot, THAAD, systèmes occidentaux, russes ou nationaux. L’interopérabilité reste donc un vrai combat quotidien contre les incompatibilités techniques et les réflexes de souveraineté.

Renseignement et intégration discrète

Les États du Golfe ont aussi renforcé le partage de renseignements. Les liaisons sécurisées avec les commandements américains se sont améliorées, et les échanges entre radars et centres d’alerte se sont intensifiés. Cela permet un suivi radar mutuel et une meilleure anticipation des trajectoires de missiles. Ce n’est pas encore une défense intégrée à part entière, mais c’est déjà une mécanique commune qui se met en place. Cette évolution se fait davantage par petits pas fonctionnels que par grands traités officiels. Tous les États n’affichent pas le même niveau d’engagement : certains coopèrent discrètement, d’autres plus ouvertement. Mais tout le monde sait que le système actuel reste provisoire. Les bases américaines et les arrangements ad hoc ne suffiront pas à long terme.

Israël et les monarchies du Golfe : la coopération qui s’accélère

La guerre avec l’Iran a nettement accéléré la dynamique lancée par les accords d’Abraham. La coopération entre Israël et certains pays du Golfe est passée du stade diplomatique au stade opérationnel. Le geste le plus fort a été le déploiement, en 2026, d’un système Iron Dome complet aux Émirats arabes unis, avec du personnel israélien sur place pour le faire fonctionner. C’était une première : jamais une batterie complète n’avait été transférée à un pays tiers en pleine guerre régionale. Selon les Israéliens, elle a intercepté plusieurs dizaines de missiles iraniens visant les Émirats. Au-delà du résultat militaire, le message est clair : les Émirats sont prêts à coopérer directement avec Israël quand la menace iranienne l’exige. Bahreïn reste plus prudent, et l’Arabie saoudite observe, négocie et temporise. En échange, les Émirats accèdent à des technologies israéliennes dans les radars, les drones, le commandement numérique et les logiciels de C2. Israël, lui, gagne en profondeur stratégique grâce aux réseaux et aux positions d’observation que les pays arabes peuvent lui offrir.

Cette convergence repose sur une lecture très similaire de la menace iranienne. Des projets de coproduction, notamment de drones Hermes 900, aux Émirats arabes unis, vont dans ce sens. Cela dit, la prudence reste de mise des deux côtés : on partage, mais par filtres, par niveaux de confiance et sans tout mettre sur la table. Riyad, de son côté, continue de lier toute normalisation complète à des avancées sur le dossier palestinien. Cela freine une architecture ouverte, mais sur les sujets concrets – missiles balistiques, drones, attaques maritimes, cybermenaces ou C4I – les coopérations continuent d’avancer.

Des cadres souples plutôt que des pactes formels

Sur le plan diplomatique, le Forum du Néguev a créé en juin 2023 un groupe de travail sur la sécurité régionale, réunissant Israéliens, Américains, Égyptiens, Émiratis, Marocains, Bahreïniens et même des représentants palestiniens. Plus de trente responsables militaires y ont participé. Ce genre de format a l’avantage de ne créer aucune obligation juridique et de ne pas forcer les pays à rendre publiques des coopérations qu’ils préfèrent parfois garder secrètes. C’est exactement pour ça qu’il est utile : il permet d’avancer concrètement sans se heurter tout de suite aux symboles politiques. Le grand défi, à terme, sera de faire passer toutes ces coopérations bilatérales ou « minilatérales » vers une véritable architecture régionale plus structurée.

Vers une architecture régionale de défense

L’intégration antiaérienne du Golfe se construit progressivement. Rien ne ressemble encore à une OTAN du Golfe. Mais les fondations d’une architecture régionale de défense commencent à se dessiner, non par proclamation politique, mais par accumulation de mécanismes techniques, opérationnels et sécuritaires.

Le consensus opérationnel est désormais établi : la protection du Golfe contre les missiles et les drones iraniens exige un bouclier régional partagé. À terme, l’objectif est connu. Une ligne d’alerte unifiée. Des radars et des satellites connectés. Des procédures d’engagement harmonisées. Une image aérienne commune. Un réseau de données partagé. Une répartition plus rationnelle des interceptions. Une capacité à absorber la saturation sans s’effondrer dès la première vague.

La guerre avec l’Iran a joué le rôle de catalyseur. Elle a forcé les monarchies du Golfe à regarder en face l’obsolescence des défenses isolées. Elle a montré qu’une attaque contre un seul État peut mettre sous tension tout l’équilibre régional. Elle a aussi confirmé le poids central des États-Unis dans la coordination militaire du Golfe.

Mais les monarchies cherchent désormais à réduire leur dépendance. Non pas en se coupant de Washington. Ce serait un geste spectaculaire et peu réaliste. Elles veulent plutôt bâtir une autonomie opérationnelle relative. Une capacité régionale à voir, décider et agir plus vite. Une défense moins fragmentée. Un réseau plus dense. Un maillage capable de transformer la vulnérabilité partagée en avantage collectif.

Les prochains mois diront si ce basculement devient une doctrine durable ou s’il reste une réaction de crise. Le Golfe a souvent annoncé des architectures régionales qui se sont perdues dans les rivalités, les susceptibilités et les comités techniques. Cette fois, la pression est différente. L’Iran a montré la portée de son arsenal. Les monarchies ont vu leurs failles.

Karim Serraj

https://nouvellerevuepolitique.fr/karim-serraj-golfe-les-monarchies-face-au-defi-dune-defense-integree/

 


 

D) -L’Iran tient-il le détroit d’Ormuz et Donald Trump à la gorge ? 

L’analyse pragmatique d’un industriel indien

Dans le dernier numéro de Choc du monde, le magazine de prospective internationale de TVL, l’animateur revient sur la crise qui paralyse le Golfe.

Depuis les frappes israélo-américaines du 28 février 2026 contre l’Iran, le Détroit d’Ormuz est devenu l’épicentre d’un bras de fer économique et stratégique mondial.

L’Iran propose de rouvrir le détroit, de mettre fin à la guerre et de reporter les négociations sur le nucléaire à plus tard. Washington hésite. Pour décrypter les enjeux, l’émission reçoit Ram Divedi, industriel indien, fondateur de la Kutniti Foundation et observateur privilégié des rapports de force en Asie.

Une proposition iranienne qui force Trump à réfléchir

Selon la Maison Blanche, Donald Trump « n’aime pas » la dernière offre de Téhéran, mais « a-t-il vraiment le choix ? » interroge l’animateur. L’Iran offre la réouverture du détroit et la fin immédiate des hostilités en échange d’un report des discussions nucléaires. Sur Fox News, le secrétaire d’État Marco Rubio a rappelé la logique américaine : un blocus « extraordinaire » pèse sur l’Iran pour que « le coût de toutes leurs actions néfastes l’emporte sur les bénéfices ». Rubio insiste : le blocus ne vise pas à bloquer la navigation, mais à empêcher l’Iran d’être le seul bénéficiaire d’un « système de péage et de contrôle illégal » dans le détroit.

Ram Divedi nuance : « Ça peut arriver » que le blocus fasse plier Téhéran, mais le temps joue en faveur de l’Iran.

Les puissances asiatiques et arabes raisonnent sur le long terme, tandis que les Américains changent constamment de cap.

Le prisme indien : énergie, multialignement et réalisme

L’Inde, 3ᵉ importateur mondial de pétrole brut, voit 85 à 90 % de ses approvisionnements et de son GPL transiter par Ormuz. Le conflit est donc « quasiment à ses portes ». Ram Divedi rappelle le cas emblématique du port de Chabahar (financé en partie par l’Inde) : malgré les pressions américaines, New Delhi a injecté 120 millions d’euros pour maintenir l’activité, transférant la propriété à une société iranienne tout en gardant le pilotage opérationnel. « C’est très à l’indienne », résume-t-il (voir ici).

L’Inde pratique un multialignement assumé : bons rapports avec les États-Unis (malgré les tensions), avec l’Iran, la Russie, et même « paradoxalement » avec la Chine. Elle refuse de choisir un camp.

« L’Inde ne fait pas d’alliances, elle fait des partenariats », explique Divedi.

Technologie, investissements, chaînes d’approvisionnement et énergie : elle multiplie les partenariats concrets et sectoriels, construits de manière ascendante (de bas en haut), plutôt que de suivre une stratégie imposée d’en haut.

Le recul de l’hégémonie américaine

Pour le penseur indien, la puissance américaine reste « monstrueuse » sur les plans technologique, militaire et économique, mais elle est « beaucoup moins hégémonique qu’avant ». Deux éléments l’illustrent :

  • La guerre informationnelle : les Iraniens ont excellé dans l’asymétrie narrative, retournant les éléments de langage contre l’administration Trump elle-même.
  • La révolution des drones : un vieux F-5 iranien (avion américain des années 60) a réussi à bombarder une base américaine sans être abattu. Ram Divedi évoque la crainte de drones lancés depuis des porte-conteneurs ou des camions, rendant les frappes conventionnelles obsolètes.

Même les data centers indiens (70 milliards de dollars d’investissements Amazon, Google, Microsoft) deviennent des cibles potentielles, forçant New Delhi à repenser sa sécurité.

Nucléaire, BRICS et dédollarisation

L’Inde voit d’un œil intéressé la volonté américaine d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire : cela créerait un précédent utile face au Pakistan. Mais elle ne souhaite pas que Téhéran abandonne complètement son programme. Sur le plan énergétique, New Delhi accélère sa transition : 25 % du mix est déjà renouvelable, le nucléaire civil vient d’être privatisé, et les véhicules électriques sont poussés (y compris dans l’armée pour leur discrétion en Himalaya).

Les BRICS ? Ram Divedi démythifie : ce n’est ni une OTAN ni un bloc anti-occidental, mais un dialogue du « Sud global » pour contester la domination du dollar, du FMI et de la Banque mondiale. Résultat : 

les échanges russo-indiens se font de plus en plus hors dollar, et les guerres américaines accélèrent ce mouvement.

 

Edouard Chanot reçoit Ram Divedi, industriel indien et fondateur du think tank Kutniti. L’Iran tient le détroit d’Ormuz et peut-être aussi Donald trump à la gorge. Selon la Maison Blanche, Donald Trump « n’aime pas » la dernière proposition iranienne. Selon plusieurs sources, Téhéran a proposé une réouverture du détroit et mettre fin à la guerre, tout en reportant les négociations nucléaires à une phase ultérieure. Les négociations bloquent, la paix est-elle ou non au bout du détroit ? Comme le Sud global et l'Inde vivent-ils cette guerre menée par l'axe israélo-américain ?

 

L’Inde regarde d’abord ses frontières

L’Inde, 4ᵉ puissance économique mondiale (bientôt 3ᵉ), a une diplomatie discrète mais une puissance économique et militaire réelle. Elle appelle à la paix depuis le début du conflit sans condamner explicitement les frappes américaines.

« Les problèmes du reste du monde ne sont pas ceux de l’Inde, et inversement », conclut Ram Divedi en citant le ministre indien des Affaires étrangères.

Pour l’Inde, la crise d’Ormuz n’est pas une question idéologique, mais une équation pragmatique de prix du brut, de balance commerciale et de croissance (révisée à 6 % pour 2026-2027). New Delhi s’adaptera, comme toujours, « à l’indienne » : jour après jour, partenariat après partenariat.

L’émission rappelle une fois de plus que, dans le monde multipolaire de 2026, ce ne sont plus seulement Washington et Téhéran qui décident : les grands émergents, à commencer par l’Inde, pèsent de tout leur poids dans la balance.

https://multipol360.com/liran-tient-il-le-detroit-dormuz-et-donald-trump-a-la-gorge/

 


 

E) -  Hormuz ou la vie.

L’enjeu de la guerre en Iran, avec ses conséquences catastrophiques qui se profilent (même si l’on peut désormais espérer un répit), devrait nous rappeler une vérité trop longtemps passée sous silence.
 

Depuis 1973, les observateurs lucides savent que le monde est excessivement dépendant des puissances pétrolières ; depuis au moins 1990, les plus grands experts prédisent que la concentration de CO2 dans l’atmosphère, due à la combustion des énergies fossiles, perturberait le climat et menacerait à terme la survie de l’humanité. De fait, depuis 2010, nous subissons déjà les conséquences climatiques de ces émissions. Aujourd’hui, nous savons – même si nous refusons de l’admettre – que l’été 2026 sera exceptionnellement chaud presque partout dans l’hémisphère Nord, et que l’année suivante sera encore plus chaude en raison de l’évolution du phénomène El Niño. 
 
Et pourtant, la faible réduction de la production mondiale de combustibles fossiles, due à la guerre en Iran, suscite la panique et l'envie de développer de nouveaux moyens de polluer la planète. Or, la fermeture du détroit d'Ormuz devrait être perçue comme une excellente nouvelle, car elle nous offre une occasion unique d'accélérer la transition vers une économie non dépendante des énergies fossiles. En effet, depuis plusieurs décennies, nous utilisons d'autres formes d'énergie – durable, nucléaire ou renouvelable – pour les mêmes processus de production. 
 
De même, nous savons désormais que l'aménagement du territoire détruit la fine couche d'humus indispensable à la vie et à une agriculture durable. Nous savons aussi que le système agroalimentaire industriel qui en découle est un poison destructeur. Enfin, nous prenons conscience que les combustibles fossiles alimentent une autre forme majeure de pollution : la captation de l'attention, via les réseaux sociaux et autres addictions virtuelles. 
 
En définitive, nous savons désormais que plus de la moitié de ce que l'humanité produit, consomme et finance – principalement par l'endettement – ​​est désastreuse pour elle-même et, plus encore, pour les générations futures. Et qu'elle s'est désormais dotée des moyens de ne plus y penser. 
 
Pourtant, une grande partie de cette production, que j'ai appelée « l'économie de la mort », provient de ce qui nous parvient par le détroit d'Ormuz. 
 
Fermer ce détroit, même un instant, interromprait donc l'approvisionnement d'une partie de ce qui détruit la planète. Et lutter pour sa réouverture revient à agir comme un toxicomane qui voudrait massacrer tous ceux qui l'empêchent d'accéder à l'une des pharmacies vendant les substances dont il est dépendant.
 
Si l'économie de la mort représente au moins 50 % du PIB mondial, l'autre moitié, 
 
« l'économie de la vie », englobe tout ce qui découle de formes d'énergie durables, de la mobilité durable, de l'agriculture durable, d'une alimentation saine, de l'eau, du recyclage, de la culture, de la santé, de l'éducation, de la démocratie, de la liberté de la presse et des moyens de les défendre. Or, nous savons qu'une grande partie de ce qui est actuellement obtenu par la combustion d'énergies fossiles peut désormais être obtenue grâce à l'électricité produite à partir de sources durables. 
 
Alors pourquoi ne saisissons-nous pas cette opportunité pour orchestrer la transition de l'économie mondiale vers l'économie de la vie ? Pourquoi refusons-nous de voir que les Chinois le font déjà subrepticement ? Bien qu'ils soient actuellement les principaux producteurs de l'économie de la mort, dans 20 ans, ils seront les acteurs majeurs de l'économie de la vie – démocratie mise à part. 
 
La fermeture, même temporaire, du détroit d'Ormuz aurait pu être l'occasion de cette prise de conscience. Ce ne fut pas le cas. Les États-Unis foncent droit vers le désastre avec leurs propres énergies fossiles. L'Inde et l'Afrique suivent la même voie. Et l'Europe, pourtant la mieux placée pour être la championne de l'économie de la vie (car elle en possède toutes les formes, tous les talents, toutes les industries, tous les territoires), semble prise de panique à l'idée de perdre l'une de ses portes d'entrée vers l'économie de la mort. 
 
Aucun homme politique n'ose dire que la hausse des prix de l'essence, comme celle du tabac, est une bonne nouvelle et que toutes les subventions doivent être réservées aux transports publics, à ceux qui acceptent de passer aux véhicules à énergie durable dans un délai raisonnable, et à ceux qui, objectivement, ne peuvent le faire et qui, de toute évidence, ne doivent pas subir les conséquences de la négligence des pouvoirs publics qui, depuis tant d'années, n'ont pas compris que la transition vers une économie de la vie était la condition de la survie de nos sociétés. 
 
Il y a toujours de bonnes raisons de ne pas faire l'essentiel, en pensant que d'autres s'en chargeront plus tard. Mais le fait est que, depuis cinquante ans, personne ne l'a fait. Et que les drogues de toutes sortes continuent de nous tuer. 
 
Je le dis sans détour : l’humanité disparaîtra si, d’ici 30 ans, l’économie du vivant ne représente pas au moins les deux tiers du PIB mondial. C’est possible. Cela exige une transformation radicale et immédiate que personne n’entreprend, ni même ne prépare. Puissent au moins la folie de Trump nous faire enfin prendre conscience de cette urgence.
 
Jacques Attali  

Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.
 



F) - Émirats arabes unis, OPEP et détroit d’Ormuz : Symptôme d’un Moyen-Orient qui change de logique

La sortie annoncée des Émirats arabes unis de l’OPEP et de l’OPEP+ dépasse largement la seule question pétrolière. Elle révèle la fragmentation progressive du Golfe, l’autonomisation stratégique d’Abou Dhabi, l’affaiblissement relatif de la centralité saoudienne et l’entrée du Moyen-Orient dans une logique de puissance plus flexible, plus concurrentielle et moins prévisible.

La sortie des Émirats de l’OPEP, révélateur d’un ordre régional en recomposition

La sortie annoncée des Émirats arabes unis de l’OPEP et de l’OPEP+ ne constitue pas un simple ajustement technique du marché pétrolier. Elle révèle une transformation bien plus profonde : celle de la fragmentation progressive de l’ordre stratégique du Golfe et, plus largement, du modèle de stabilité qui a structuré le Moyen-Orient depuis plusieurs décennies.

Pendant longtemps, l’équilibre régional reposait sur une architecture relativement lisible. La sécurité était largement garantie par la présence militaire américaine, la discipline pétrolière s’organisait autour de l’OPEP sous leadership saoudien, et les monarchies du Golfe avançaient dans une logique de coordination prudente face aux grandes menaces régionales, au premier rang desquelles figurait l’Iran. Cet équilibre n’a jamais été parfaitement homogène, mais il produisait une forme de prévisibilité. Chacun connaissait les lignes rouges, les dépendances réciproques et les limites du jeu. La stabilité ne reposait pas sur la confiance, mais sur une mécanique d’intérêts suffisamment solide pour éviter les ruptures majeures.

La crise actuelle autour du détroit d’Ormuz accélère brutalement la remise en cause de cette architecture. Dans un contexte de confrontation ouverte entre l’Iran, Israël et les États-Unis, la question énergétique cesse d’être une simple variable économique pour redevenir un instrument direct de souveraineté. Le contrôle des flux maritimes, la sécurité des exportations, la protection des infrastructures critiques, la capacité d’augmenter ou de réduire sa production deviennent des outils de puissance immédiate. Le détroit d’Ormuz concentre cette réalité. Près d’un tiers du commerce maritime mondial d’hydrocarbures y transite. Toute menace sur cet axe provoque instantanément une onde de choc globale : hausse des prix, tensions sur les assurances maritimes, ralentissement des flux, reconfiguration des routes commerciales. Ce n’est plus seulement une question régionale, mais un point de pression sur l’économie mondiale.

C’est dans ce cadre qu’il faut lire la décision émiratie. Abou Dhabi ne cherche pas simplement à sortir de quotas jugés trop contraignants. Les Émirats affirment qu’ils ne veulent plus subordonner leur politique énergétique à une logique collective susceptible de limiter leur marge de manœuvre au moment même où l’incertitude régionale exige davantage de flexibilité stratégique. Autrement dit, la logique de l’intérêt national prime désormais sur celle de la discipline commune. Cette décision traduit aussi une réalité économique : les Émirats ont massivement investi ces dernières années pour augmenter leurs capacités de production. Maintenir ces capacités sous contrainte de quotas collectifs devient de moins en moins acceptable pour un État qui veut rentabiliser rapidement ses investissements et consolider sa place parmi les grands producteurs mondiaux.

À lire aussi : Et oui la Russie est plus que jamais influente dans le Golfe !

Riyad, Washington et Abou Dhabi : vers une logique transactionnelle du Golfe

Mais au-delà de l’économie, le signal politique est considérable. L’OPEP a longtemps été l’un des principaux instruments de projection de l’influence saoudienne. Riyad ne dominait pas seulement par sa capacité de production, mais aussi par sa faculté à imposer un rythme collectif au marché mondial. Une sortie émiratie affaiblit mécaniquement cette centralité et rappelle que l’alignement entre les deux puissances du Golfe n’est ni automatique ni permanent. Les divergences entre l’Arabie saoudite et les Émirats ne sont d’ailleurs pas nouvelles. Elles se sont déjà manifestées sur le dossier yéménite, sur la relation avec le Qatar, sur la concurrence économique régionale, sur les ambitions logistiques et portuaires, ainsi que sur les choix diplomatiques vis-à-vis de la Turquie ou de l’Iran.

Mais dans le contexte actuel, ces divergences prennent une portée beaucoup plus structurante. Elles montrent que le Golfe n’est plus un bloc homogène, mais un espace de concurrence entre puissances qui coopèrent autant qu’elles se surveillent. Le message adressé à Washington est tout aussi important. Donald Trump n’a jamais caché son hostilité à l’égard des politiques de restriction de production menées par l’OPEP lorsqu’elles contribuent à maintenir des prix élevés. Dans une période marquée par l’inflation énergétique et les tensions internationales, la question du prix du pétrole devient immédiatement une question politique intérieure américaine.

En choisissant davantage d’autonomie, Abou Dhabi envoie donc aussi un signal de compatibilité stratégique avec les attentes américaines, sans pour autant renoncer à sa propre logique de diversification diplomatique. Les Émirats cherchent moins l’alignement que la capacité de parler à tous : Washington, Pékin, Moscou, Riyad, Téhéran. Car le Golfe d’aujourd’hui n’est plus celui des alliances simples. Les Accords d’Abraham ont confirmé une régionalisation plus pragmatique des rapports de force. La médiation chinoise entre Riyad et Téhéran a démontré que Pékin pouvait désormais intervenir dans un espace autrefois structuré presque exclusivement par Washington. La Russie, malgré son affaiblissement relatif, conserve elle aussi des leviers énergétiques et diplomatiques importants.

Nous sommes entrés dans une logique transactionnelle où l’alliance n’est plus un camp, mais un calcul permanent. La sortie des Émirats de l’OPEP s’inscrit pleinement dans cette recomposition. Ce n’est pas la fin du Golfe comme espace stratégique commun, mais c’est la fin de l’illusion selon laquelle ses intérêts resteraient durablement homogènes. Chaque acteur protège désormais sa propre sécurité, ses propres débouchés, sa propre capacité de négociation et sa propre relation avec les grandes puissances.

À lire aussi : Arabie saoudite OPEP : Stunning Shift from American Allies

Du Golfe au Liban : Ormuz comme révélateur d’un Moyen-Orient plus instable

Cette évolution concerne directement le Liban. Lorsque les puissances régionales entrent dans une logique de compétition flexible plutôt que de stabilisation collective, les États fragiles deviennent encore plus vulnérables. Le Liban, déjà prisonnier de sa propre crise de souveraineté, subit alors non seulement ses fractures internes, mais aussi l’absence d’un ordre régional stabilisateur. Dans un Moyen-Orient où chacun sécurise d’abord ses propres intérêts, les petits États ne sont plus protégés par un équilibre général : ils deviennent des terrains de projection des rivalités extérieures.

Ormuz n’est donc pas seulement une question de pétrole. C’est un révélateur. La sortie des Émirats de l’OPEP montre que la guerre actuelle produit davantage qu’une tension conjoncturelle sur les marchés : elle accélère la redéfinition des hiérarchies régionales et confirme le recul des mécanismes traditionnels de régulation. Le Moyen-Orient entre dans une phase où les solidarités automatiques s’effacent, où la souveraineté se mesure à la capacité d’agir seul, et où la stabilité devient moins un héritage qu’un rapport de force à reconstruire.


 

 

avril 02, 2026

NOUVELLES de FRANCE - Avril 2026

Sommaire:

A) - Les Français sacrifiés sur l’autel de l’idéologie : l’appauvrissement par procuration 

B) - La macrongirl de l’IMA brille au firmament du vide 

C) - La fable de l’écrivain réfractaire et du journal qui se prosterne, Boualem Sansal et Libération

D) - Flambée artificielle du pétrole : crise géopolitique, prétexte vert ou nouvel outil de contrôle social ?

E) - Le scandale qui révèle le visage criminel des réseaux maçonniques au cœur du pouvoir

 


 

A) - Les Français sacrifiés sur l’autel de l’idéologie : l’appauvrissement par procuration 

La crise par procuration : une absurdité volontaire

Nous sommes en mars 2026 et le gazole flirte à nouveau avec les 2 euros le litre, parfois plus sur autoroute. Le baril de Brent dépasse les 100 dollars, poussé par les tensions au Moyen-Orient. Les ménages se serrent la ceinture, les artisans calculent au centime près, les transporteurs répercutent. Et que nous répond-on ? « C’est la crise. » Comme si elle était tombée du ciel. Comme si nous n’avions pas choisi, collectivement, de nous y plonger. 

C’est la crise par procuration. Exactement comme s’infecter volontairement par un virus sous prétexte que « tout le monde l’attrape » et qu’il faut « être solidaires ». Absurde ? Pourtant, c’est la logique que nos gouvernements successifs nous imposent depuis des années. Les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ne nous regardent pas. Elles ne menacent ni notre territoire ni notre sécurité vitale. Nous y sommes entrés de notre plein gré, par idéologie, pour « faire comme tout le monde », pour défendre « le bien » contre « le mal ». Résultat : sanctions, embargos, dépendance énergétique aggravée, inflation importée. Et pendant ce temps, le peuple français paie l’addition. 

Des crises fabriquées par nos élites

Tout commence par un mensonge de fond : les crises seraient extérieures, inévitables, et nos dirigeants n’y seraient pour rien.

Faux. Les crises d’aujourd’hui sont la résultante directe des politiques menées par nos élites depuis des décennies.

Elles ne travaillent plus dans l’intérêt du peuple français. Elles servent une idéologie mondialiste, verte, atlantiste, qui place les grands principes abstraits au-dessus de la réalité concrète : souveraineté énergétique, pouvoir d’achat, indépendance nationale. 

Le sabotage de notre souveraineté énergétique

Prenons l’énergie. La France possédait, il y a encore quinze ans, une quasi-autonomie. Son parc nucléaire, fruit de la grande politique gaullienne et pompidolienne, couvrait près de 70 % de sa production électrique. Avec l’hydroélectricité et quelques fossiles domestiques, nous étions l’un des pays les plus indépendants d’Europe. L’indépendance énergétique globale atteignait 56 % grâce à l’atome considéré comme production nationale. C’était une fierté, une sécurité stratégique. Que reste-t-il aujourd’hui ? Un sabotage en règle. 

Depuis les années 2010, sous la pression des accords verts, des lobbies écologistes et des compromis électoraux, on a fermé des réacteurs (Fessenheim en tête), reporté les maintenances, imposé des objectifs absurdes de réduction à 50 % du nucléaire. On a préféré miser sur des renouvelables intermittents, chers et importés en grande partie (panneaux solaires chinois, éoliennes allemandes).

On a aligné notre politique sur Bruxelles et Berlin plutôt que sur nos intérêts.

Résultat : même si le nucléaire remonte légèrement en 2025-2026 grâce à un réveil tardif, la dépendance aux importations de gaz et de pétrole s’est creusée. Et quand les marchés mondiaux s’affolent, la facture explose. 

Cette vulnérabilité n’est pas une fatalité géologique. Elle est idéologique. Refuser le gaz russe, voisin fiable et bon marché via pipelines, pour le remplacer par du GNL américain ou qatari, plus cher, plus polluant (transport maritime) et plus volatile : voilà la « folie » assumée depuis 2022. Avant le conflit ukrainien, la Russie fournissait 45 % du gaz européen. En 2025, moins de 13 %, et le pétrole russe est tombé sous les 3 %. On a coupé les ponts pour « punir » Moscou. On s’est surtout puni nous-mêmes. Le détroit d’Ormuz bloque partiellement ? Le Qatar voit ses installations touchées ? Le prix du gaz flambe de 35 % en quelques jours. Et la France, amputée de sa souveraineté, subit. C’est de la haute trahison. Trahison envers les générations qui ont bâti ce parc nucléaire. Trahison envers les Français qui paient aujourd’hui le prix de cette idéologie. 

L’appauvrissement quotidien des Français

Car l’appauvrissement est massif et quotidien. Une hausse de 10 dollars du baril représente environ 100 euros de dépenses énergétiques supplémentaires par an et par ménage. Avec les 20-30 centimes de plus au litre observés depuis février, un salarié moyen qui parcourt 30-50 km par jour perd plusieurs dizaines d’euros par mois. Multipliez par des millions de ménages : c’est des milliards qui sortent des poches des Français pour aller… où ? Dans les caisses de l’État via la TVA qui s’applique sur le prix total.

L’État s’enrichit mécaniquement sur la crise qu’il a contribué à créer.

Pendant ce temps, les boucliers tarifaires sont rognés, les aides ciblées tardent, et la précarité énergétique touche des millions de foyers : et l’on nous dira encore que c’est… la crise !

Guerres étrangères : nous n’y sommes pas impliqués

Mais l’idéologie ne s’arrête pas à l’énergie. Elle s’étend à la géopolitique. La guerre en Ukraine ? Nous n’y étions pas impliqués militairement. Pourtant, nous avons choisi les sanctions maximales, l’envoi d’armes, l’accueil de réfugiés sans limite. Idem pour les tensions au Moyen-Orient et les escalades impliquant l’Iran. Ces conflits ne menacent pas directement nos frontières. Ils ne justifient pas que nous sacrifiions notre économie. Mais « il fallait être solidaires », « défendre la démocratie », « punir l’agresseur ». Résultat : inflation énergétique, perturbation des chaînes d’approvisionnement, et maintenant une nouvelle flambée des prix. Les Français n’ont rien demandé de tout cela. Ils voulaient simplement pouvoir se chauffer, rouler, travailler. 

L’argent public détourné vers l’armement

Et pendant que les ménages s’appauvrissent, où va l’argent public ? Dans l’armement. Les dépenses militaires mondiales ont atteint un record historique en 2024 : 2.718 milliards de dollars, en hausse de 9,4 %. La France n’est pas en reste. Son budget défense a doublé en dix ans pour atteindre 57 milliards d’euros en 2026, avec une hausse supplémentaire de 6,7 milliards cette année. Loi de programmation militaire oblige : on commande des canons César, des missiles, des blindés, des sous-marins. On livre à l’Ukraine, on vend à l’Arabie saoudite. Les conglomérats militaro-industriels (Lockheed, MBDA, etc.) voient leurs carnets de commandes déborder. Les actionnaires se frottent les mains. 

Pendant ce temps, les services publics craquent : hôpitaux en sous-effectif, écoles délabrées, routes non entretenues. L’argent qui pourrait servir à relancer le nucléaire, à isoler les logements, à baisser les taxes sur l’énergie, part en munitions et en drones.

C’est le choix assumé des gouvernements : prioriser la guerre, l’OTAN, l’alignement atlantiste plutôt que le bien-être du peuple.

Les classes laborieuses deviennent la variable d’ajustement. Elles paient l’inflation, les taxes, la précarité. Et quand elles protestent, on les traite de « populistes » ou de « complotistes ». 

Des chiffres qui accusent

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 87 % des entreprises françaises disent voir leurs marges impactées par la crise énergétique. 28 % se sentent en danger d’existence. 77 % des Français se disent pessimistes pour 2026. Le moral est au plus bas, le pouvoir d’achat fond comme neige au soleil. Et pendant ce temps, les élites pantouflent, les think-tanks idéologiques pondent des rapports sur la « transition juste », et les médias mainstream expliquent que « c’est compliqué ». Non, ce n’est pas compliqué. C’est une trahison claire et organisée. 

Une trahison historique et organisée

Successivement, de Sarkozy à Macron en passant par Hollande, les gouvernements ont choisi l’idéologie contre le pragmatisme. L’Europe d’abord, le climat d’abord, les valeurs d’abord… et la France en dernier. Ils ont sacrifié l’autonomie énergétique sur l’autel du Green Deal. Ils ont sacrifié la neutralité sur l’autel de l’atlantisme. Ils ont sacrifié le pouvoir d’achat sur l’autel de la « solidarité internationale ».

Le peuple n’est plus souverain : il est le dindon de la farce. 

Il est temps de reprendre le contrôle

Il est temps de dire stop. La crise n’est pas une fatalité. Elle est le produit d’un choix politique.

Reprenons le contrôle. Exigeons une politique énergétique souveraine : relance massive du nucléaire, diversification pragmatique des approvisionnements (y compris avec des voisins stables), fin des sanctions suicidaires. Exigeons que l’argent public serve d’abord les Français : baisse des taxes sur l’énergie, investissements dans l’industrie et l’agriculture, et non dans des aventures militaires lointaines. Exigeons que nos dirigeants travaillent pour le peuple, pas pour des idéaux abstraits ou des alliances qui nous ruinent. 

Les Français ne sont pas des sacrifiés consentants. Ils sont un grand peuple, capable de résilience et de lucidité. L’heure du réveil a sonné. Refusons la crise par procuration. Refusons l’appauvrissement idéologique.

Reprenons notre destin en main. Avant qu’il ne soit trop tard. 

https://multipol360.com/les-francais-sacrifies-sur-lautel-de-lideologie-lappauvrissement-par-procuration/

 


B) - La macrongirl de l’IMA brille au firmament du vide 

« Que d’hommes se pressent vers la lumière non pas pour voir mieux, mais pour mieux briller » (Nietzche). Il suffit de remplacer le mot hommes par femmes et vous avez le portrait vérité de la nouvelle présidente de l’Institut du monde arabe (IMA), Anne-Claire Legendre, ex-conseiller pour l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient de Sa Majesté, Jupiter 1er. Un mois après avoir succédé à l’indéboulonnable Jack Lang, l’intrigante quadragénaire à la Carrière déjà bien remplie, étale sa science comme de la confiture mais aussi son avantageux minois dans une pleine page du Monde[1]. Elle livre ses confidences à une certaine Roxana Azimi. Cela reste entre Dames de bonne compagnie et cela relève de la fameuse diplomatie féministe. C’est mieux ainsi. C’est plus convenable, dirait-on dans le langage compassé du vieux Quai d’Orsay ! Mais, que retenir de quatre colonnes de texte venant surtout mettre en valeur la photo de la Star du Macron Circus ? Une logorrhée technocratico-médiatico-nombriliste d’Anne-Claire Legendre mais, aussi et surtout, un hymne à la joie d’elle-même et de son mentor préféré.

Une logorrhée technocratico-médiatico-nombriliste 

Cet entretien de haut vol nous est présenté par Le Monde comme la « feuille de route de la diplomate arabisante » qui succède à Jack Lang, démissionnaire involontaire de l’IMA. On l’aura compris, c’est du sérieux.

Il débute très fort. Anne-Claire Legendre nous explique comment l’Institut accorde une place à la guerre actuelle en Iran. « Par des tables rondes qui apporteront une vision historique et académique dans le cadre d’un débat apaisé donnant une place aux sociétés civiles ». Il fallait y penser. Et, elle poursuit sur sa lancée par un charabia incompréhensible pour le commun des mortels. Notre diplomate déclare qu’elle est à la recherche d’un « vrai enjeu de marque pour l’Institut » pour clarifier son rôle ! Elle y travaille avec les équipes pour « rendre plus lisibles à la fois la mission, les valeurs, la programmation, pour revoir la charte graphique et la signalétique ». C’est du costaud.

Elle rajoute, qu’en dehors d’être un centre d’apprentissage de l’arabe, le bidule est « aussi un lieu dévolu aux échanges d’ordre géopolitique et diplomatique s’adressant à un public français, tout en favorisant le rapprochement des points de vue entre les pays concernés ». Mazette ! Vaste programme, comme aurait dit le général de Gaulle. Nous voici pleinement rassurés tant l’IMA possède désormais une boussole claire et un cap pérenne. Nos centres de recherche sur les relations internationales doivent se le tenir pour dit.

Notre passionaria devient plus évasive et plus floue lorsqu’elle aborde la question de la dette actuelle des pays arabes envers l’Institut. Rappelons qu’ils sont censés contribuer à hauteur de 40% du budget mais ne le font pas. Mais Zorro est arrivé et nous livre sa recette miracle pour combler le trou, nous qui avons les poches vides et eux qui ont les poches pleines : « Il n’y a plus vraiment de versement de subventions régulières, mais un fonds de dotation a été créé pour recueillir les arriérés des pays arabes, et il existe des subventions par projet. Mais on voit que la demande des pays a évolué. On doit être dans une logique de coconstruction de coproduction … ». Élémentaire, mon cher Watson. La vieille ficelle du jeu de bonneteau pour dissimuler le gouffre financier que représente l’IMA pour un pays qui n’en a pas besoin compte tenu de sa situation budgétaire catastrophique[2].

Pour conclure son morceau de bravoure et d’exercice d’autosatisfaction, Anne-Claire Legendre nous explique qu’elle est/elle s’est investie d’une mission quais-divine : « C’est une priorité. Nous avons un rôle central dans la construction et le renforcement de la cohésion nationale, parce que nous sommes une institution culturelle républicaine qui peut apporter un éclairage sur la culture arabe, la langue arabe, mais aussi le fait religieux. En langue, on constate une énorme demande, qui n’est pas traité de manière suffisante par l’éducation nationale car il n’y a pas assez de professeurs agrées ». Diantre. Il nous semblait, mais nous devons avoir un trou de mémoire, que « La langue de la République est le français » et que cette disposition faisait partie de ce que l’on qualifie de « bloc de constitutionnalité »[3]. Apprenons déjà à nos chères têtes blondes à parler et à écrive convenablement la langue de Molière avant de nous soucier de l’apprentissage des langues étrangères ! Laissons ce soin à d’autres qui s’en chargent parfaitement. Il nous semblait que le rôle de tout diplomate français, comme du Chef de l’État[4], qui se respectait était de promouvoir l’apprentissage de la langue française. N’existe-t-il pas une Organisation internationale de la Francophonie (OIF) sise à Paris ainsi qu’une Cité internationale de la langue française sise à Villers-Côtterets dans l’Aisne, Cité inaugurée en grandes pompes par Emmanuel Macron en son temps ? 

Où y a d’la gêne, y a pas de plaisir !

Un hymne à la joie d’elle-même et de son mentor 

Après avoir lu et relu plusieurs fois le madrigal de la nouvelle présidente de l’IMA, le lecteur reste sur sa faim tant la confusion semble être sa ligne directrice. Elle se paie de mots pour soigner les maux de l’Institut, sorte de bateau ivre dont le capitaine, encore récemment renouvelé par Jupiter dans son mandat, devrait rendre des comptes et rendre gorge. Un classique de la Macronie et de son en même temps. Vidons les caisses et embrassons-nous Folleville ! Telle est sa devise.

La Dame est une experte en brosse à reluire. Et elle s’y connait. Un petit couplet sur Kim Jong Macron est toujours le bienvenu et ne peut pas faire de mal par ces temps difficiles : « La guerre actuelle change aussi le regard qu’on porte sur ces pays et qu’ils portent sur nous. La France est connue pour sa position particulière dans la région. Cette position d’allié fiable est d’autant plus appréciée à un moment où l’on observe, dans la région, une diversification des partenariats ainsi qu’une défiance envers l’alliance exclusive avec les États-Unis. Par ailleurs, il n’a pas échappé aux pays arabes que la France est la première puissance touristique au monde, dont ils sont eux-mêmes friands ». Cela ressemble étrangement à des éléments de langage (EDL) tout droit venus du Château pour justifier une injustifiable diplomatie de gribouille dans l’actuel conflit qui secoue la zone. Cela tombe bien. Elle en vient du Château où elle officiait, il y a peu encore, aux côtés de l’ineffable, Emmanuel Bonne, le conseiller diplomatique peu diplomatique[5]. Tout ceci est pathétique pour ne pas dire risible si le sujet n’était pas sérieux. Nous sommes dans l’entre-soi dans ce qu’il a de plus détestable pour les authentiques grands serviteurs de l’État. Et, il n’en existe encore mais ils préfèrent se terrer dans un mutisme assourdissant.

Notre nouvelle Diva du monde arabe ne doute de rien et n’oublie pas qui l’a installée à la tête de ce machin dont le contribuable français peine à comprendre l’utilité marginale au regard de son coût exorbitant. Anne-Claire Legendre à la tête de l’IMA, ce n’est pas le Pérou. En définitive, son madrigal médiatique n’est qu’un vulgaire bibelot d’inanité sonore. Pouvait-il en être autrement pour cette magnifique blonde à l’échine souple et au verbe haut qui fait partie du dernier train de recasage des copains et des coquins de la République qui n’en peut mais ?[6]

L’insoutenable légèreté de l’être 

« De tous les vices, la vanité est décidément le plus ridicule ! » (Marcel Pagnol). Assurément, la nouvelle présidente de l’IMA n’a pas été oubliée le jour de la distribution … en vanité. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle a été gâtée tel une enfant gâtée. « Vanitas, vanitatum et omnia vanitas » (Vanité des vanités et tout est vanité ». Comme cela ne fait plus mystère dans les milieux bien informés, narcissisme et opportunisme sont les deux mamelles de la cloporte jupitérienne. La pétulante Anne-Claire Legendre ne fait pas exception à la règle. Son entretien au quotidien de référence constitue un morceau de bravoure qui mériterait de prendre place dans le sottisier du Quai d’Orsay. La péronnelle n’a pas le moindre complexe, tout au long de cet entretien, tant elle fonctionne au tout à l’égo comme son roi qui l’a fait reine. Pas plus que le doute, l’humilité – qualité qui honore les authentiques diplomates – ne l’habite tant elle est sûre de son fait. Le Monde, qui se décrit comme producteur d’information fiable, lui sert la soupe qui n’est qu’un infâme brouet. En dernière analyse, force est de constater que la Macrongirl de l’IMA brille au firmament du vide.

Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques

 https://lediplomate.media/tribune-macrongirl-ima-brille-firmament-vide/

[1] Roxana Azimi (propos recueillis par), Anne-Claire Legendre, « L’IMA peut offrir un débat apaisé », Le Monde, 20 mars 2026, p. 20.

[2] Jean Daspry, Jeter l’argent par les fenêtres ou la diplomatie des largesses !www.lediplomate.media , 31 janvier 2026.

[3] Article 2, Titre premier – DE LA SOUVERAINETÉ, Constitution française du 4 octobre 1958, https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur

[4] Victoire Riquetti, « France is wild » : quand l’Élysée met en scène sa force régalienne (en anglais …)www.bvoltaire.fr , 20 mars 2026.

[5] Jean Daspry, Emmanuel Bonne à Moscou : de la diplomatie pathétiquewww.lediplomate.media, 15 février 2026.

[6] Jean Daspry, De la République des copains : 1,2, 3 …www.lediplomate.media , 24 février 2026.

 

 

C) - La fable de l’écrivain réfractaire et du journal qui se prosterne, Boualem Sansal et Libération

Il est des moments où le traitement médiatique d’une affaire en dit davantage que les faits eux-mêmes. Ce qui entoure aujourd’hui la trajectoire de Boualem Sansal relève de cette catégorie – un cas révélateur des ambiguïtés, des prudences et, parfois, des renoncements qui traversent nos institutions culturelles et politiques.

À lire Libération, on croirait assister à une reconstitution fidèle d’une séquence complexe. Mais très vite, une impression domine, celle d’un récit orienté, qui épouse avec une troublante complaisance les lignes de défense élaborées par Gallimard. Loin d’éclairer, ce récit semble d’abord chercher à atténuer, à lisser, à rendre acceptables des choix qui mériteraient pourtant d’être interrogés avec rigueur.

Car il ne s’agit pas ici d’un simple différend éditorial. Il s’agit d’un écrivain dont la parole dérange, dont la liberté engage, et dont le sort a manifestement été appréhendé à l’aune de considérations qui le dépassent. Dans cette affaire, la retenue affichée par Élysée comme par le Quai d’Orsay ne peut être comprise sans être mise en relation avec une constante de la diplomatie française : la volonté de ne pas heurter le pouvoir algérien.

Ce choix, qui peut relever d’une logique d’État, n’est pas en soi illégitime. Mais il devient problématique lorsqu’il conduit à reléguer au second plan la défense d’un écrivain menacé ou fragilisé. Il devient plus problématique encore lorsqu’il s’accompagne d’une forme de silence, voire d’effacement, au moment même où une parole claire serait attendue.

C’est ici que le rôle des médias devrait être décisif. Non pour amplifier des éléments de langage, mais pour introduire de la distance, de la contradiction, de la complexité. Or, en reprenant une narration qui inverse subtilement les responsabilités et recompose les rôles, Libération manque précisément cette exigence. Le journal ne se contente pas de relayer une version, il contribue à installer une grille de lecture qui tend à exonérer les acteurs dominants et à déplacer le centre de gravité du débat.

Face à ces prudences croisées, un fait demeure, difficilement contestable : sans l’engagement persévérant du Comité de soutien à Boualem Sansal, cette affaire serait probablement restée confinée dans les marges. C’est cette mobilisation, extérieure aux circuits institutionnels, qui a permis de maintenir la question ouverte, d’empêcher son étouffement discret, et, finalement, d’obtenir des avancées tangibles.

Il faut le dire clairement : ce sont ces voix indépendantes, obstinées, parfois marginalisées, qui ont assumé ce que d’autres n’ont pas voulu faire. Là où les institutions ont hésité, temporisé, ou contourné, le Comité de soutien a nommé, alerté, insisté. Là où certains ont cherché à relativiser, il a rappelé l’essentiel : la liberté d’un écrivain ne se négocie pas.

Dès lors, vouloir aujourd’hui recomposer le récit, redistribuer les rôles ou atténuer les responsabilités revient à prolonger ce qui a précisément fait défaut au départ : le courage de dire les choses telles qu’elles sont. Or il ne peut y avoir de démocratie vivante sans cette exigence de vérité.

Car au fond, la question est simple : qui, dans cette affaire, a été fidèle à l’idée même de liberté intellectuelle ? Ceux qui ont calculé, attendu, aménagé ? Ou ceux qui ont, sans relâche, défendu Boualem Sansal pour ce qu’il est — un écrivain libre, dont la parole mérite d’être protégée sans condition ?

La réponse, cette fois, ne devrait plus être incertaine.

Kamel Bencheikh
 
Kamel Bencheikh est un écrivain et intellectuel franco-algérien dont le parcours mêle engagement, réflexion politique et passion pour la langue française. Après une vingtaine d’années en Algérie, puis un long ancrage en France, il s’est imposé comme une voix universaliste, attachée à la laïcité, à l’émancipation individuelle et à l’exigence républicaine. Auteur entre autres de L’Islamisme ou la crucifixion de l’Occident (éditions Frantz Fanon), chroniqueur dans divers médias et passeur d’idées, il s’intéresse tout particulièrement aux questions d’intégration, de citoyenneté et de liberté de conscience. Son œuvre, comme ses prises de position publiques, reflète une volonté constante : relier plutôt qu’opposer, éclairer plutôt qu’enflammer, et défendre une vision humaniste de la France contemporaine.

 


 

D) - Flambée artificielle du pétrole : crise géopolitique, prétexte vert ou nouvel outil de contrôle social ? 

Une flambée des prix qui pèse lourd sur le budget des Français

Depuis fin février 2026, les cours du pétrole ont connu une flambée spectaculaire, avec le Brent dépassant les 110 dollars le baril à plusieurs reprises et frôlant les 120 dollars au pic.

En Europe, cela s’est traduit par une hausse de 40 % des prix à la pompe en quelques semaines : le diesel a régulièrement franchi la barre des 2 euros le litre, l’essence SP95-E10 oscillant entre 1,80 et 2 euros selon les régions.

Pour une famille française moyenne parcourant 15.000 km par an, l’addition supplémentaire atteint entre 1.200 et 1.800 euros annuels. Les réunions de crise se multiplient à Bruxelles, à Matignon et dans les capitales européennes, tandis que les citoyens se voient exhorter à télétravailler, à rouler moins et à voler moins. Pourtant, à peine quelques heures après ces appels à la sobriété, les prix ont chuté de 15 % en une séance le 31 mars, puis repassé sous les 103 dollars pour le Brent ce 1er avril.

Coïncidence ? Ou manipulation de marché orchestrée par des acteurs qui profitent de la volatilité ? 

Une chose est sûre : une fois de plus, c’est le peuple qui paie l’addition, au sens propre comme au figuré.

Le blocage d’Ormuz : une crise plus spéculative que physique pour l’Europe

Le déclencheur officiel de cette crise est bien réel : le blocage partiel du détroit d’Ormuz par l’Iran, qui représente 20 % du commerce pétrolier mondial. Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, environ 11 à 20 millions de barils par jour ont été perturbés. Pourtant, pour l’Union européenne, la dépendance directe à cette route est minime.

L’UE importe moins de 0,01 % de son pétrole d’Iran depuis l’embargo de 2012.

Ses principaux fournisseurs restent les États-Unis (15 %), la Norvège (14 %), le Kazakhstan (13 %), la Libye, l’Arabie saoudite, le Nigeria et l’Irak. Le brut arrive majoritairement via l’Atlantique ou des pipelines terrestres. Aucune pénurie physique massive ne menace donc le Vieux Continent

Les hausses observées relèvent davantage d’une spéculation mondiale sur les prix spot que d’une rupture d’approvisionnement directe.

Les majors américaines, Exxon en tête, y trouvent leur compte, tout comme le maintien du système du pétrodollar. Pendant ce temps, les consommateurs européens subissent les conséquences d’un marché mondialisé et volatil.

Réunions de crise à Bruxelles : la sobriété imposée aux citoyens

Face à cette tension, les institutions européennes ont multiplié les sommets d’urgence. Le 19-20 mars à Bruxelles, les chefs d’État et de gouvernement ont débattu d’une réponse coordonnée. La Commission, par la voix du commissaire à l’Énergie Dan Jørgensen, a plaidé pour une réduction immédiate de la demande. Le message est clair : « Même si la paix est établie demain, nous ne reviendrons pas à la normale. » Le 31 mars, une visioconférence des ministres de l’Énergie a entériné cette ligne : sobriété obligatoire, mesures de crise réactivées. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a même publié un rapport le 20 mars listant dix mesures concrètes pour baisser la consommation de pétrole, ciblant principalement le transport (45 % de la demande mondiale). Parmi elles : télétravailler autant que possible ; réduire les limitations de vitesse d’au moins 10 km/h sur autoroutes ; encourager massivement les transports publics ; instaurer une circulation alternée dans les grandes villes ; développer le covoiturage et les pratiques de conduite éco-responsable ; optimiser les livraisons et l’efficacité des véhicules commerciaux ; détourner le GPL vers d’autres usages ; réduire les voyages aériens non essentiels ; passer à d’autres solutions de cuisson (électrique) ; et adapter les procédés industriels.

Ces recommandations, présentées comme « rapides et concrètes », ressemblent étrangement à un semi-confinement volontaire.

Elles reprennent presque à l’identique les restrictions de mobilité imposées pendant la crise sanitaire du COVID 19 de 2020. Le but affiché ? Protéger les consommateurs et préserver les stocks pour les usages essentiels. La réalité ? Faire porter le poids de la crise sur le quotidien des citoyens ordinaires.

Une vulnérabilité énergétique choisie par idéologie

Cette approche n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une logique plus large : celle d’une transition énergétique accélérée, souvent présentée comme inéluctable et vertueuse. Pourtant, de nombreux Français y voient une arnaque idéologique. Pourquoi ? Parce que la vulnérabilité actuelle est largement auto-infligée. Depuis 2022, l’UE a choisi d’embargoer massivement le pétrole et le gaz russes, passant de 45 % de dépendance au gaz russe à moins de 3 % en 2025. Les contrats nouveaux sont interdits depuis janvier 2026, avec une sortie totale programmée fin 2027 via le plan REPowerEU. À la place, on a importé du GNL américain, qatari ou norvégien, plus cher à transporter et bien plus sensible aux chocs géopolitiques. On a aussi poursuivi la sortie du nucléaire dans plusieurs pays, dont l’Allemagne qui a fermé ses dernières centrales en 2023. Résultat : un système énergétique fragile, incapable d’absorber les renouvelables déjà installés (120 GW de projets « verts » risquent d’être abandonnés faute de réseau adapté). 26 des 27 États membres font l’objet de procédures pour non-respect des règles du marché de l’électricité. L’idéologie a remplacé le pragmatisme :

on a sacrifié une énergie stable, bon marché et proche géographiquement au nom de principes géopolitiques.

Aujourd’hui, face à un choc au Moyen-Orient, on n’a plus de marge de manœuvre. Et plutôt que de corriger le tir, on impose encore aux citoyens de « faire des efforts » : moins rouler, moins voler, moins chauffer. Le tout en accélérant la transition vers des énergies renouvelables dont l’empreinte écologique réelle (extraction de métaux rares pour les batteries, pollution des mines, dépendance à la Chine et son éloignement) est souvent passée sous silence. Les Français, confrontés à une inflation énergétique cumulée de plus de 10 % ces dernières années, ont bien compris l’arnaque : une écologie de façade qui masque un contrôle accru des modes de vie sans toucher aux vrais grands pollueurs (industries lourdes, commerce mondial par cargos).

La transition verte : arnaque ou outil de contrôle social ?

Cette crise sert manifestement d’alibi pour pousser plus loin un agenda de transformation sociétale. Des rapports internationaux, dans la lignée des réflexions du Club de Rome et du Forum économique mondial, appellent à une « économie circulaire », à la « ville en 15 minutes » où la voiture individuelle devient obsolète, aux quotas carbone individuels et à un marché de crédits d’émissions. Suppression progressive des vols non essentiels, interdiction de nouveaux aéroports, promotion du vélo et de la marche : tout y passe. Sous couvert de lutte contre le changement climatique, on impose un rationnement déguisé de la mobilité et de l’énergie. Les classes moyennes et modestes, déjà étranglées par la hausse des prix, paient le prix fort : moral en berne (77 % des Français pessimistes pour 2026), confiance politique au plus bas (22 %). Pendant ce temps, les entreprises subissent des hausses de coûts énergétiques de 73 % depuis 2020, avec 28 % d’entre elles en danger de survie. Loin d’être une réponse à une urgence climatique, cette stratégie ressemble à un outil de contrôle social.

Les mêmes qui nous ont imposé des confinements sanitaires nous imposent désormais des « confinements énergétiques ». Même instruction : restez chez vous. Différente excuse.

Cette stratégie va bien au-delà de la simple sobriété énergétique.

En réduisant drastiquement la mobilité des citoyens, elle constitue un formidable outil de contrôle social.

Moins de déplacements signifie moins de possibilités d’organiser des rassemblements, des manifestations ou des actions citoyennes d’envergure. Quand les Français passent plus de temps contraints à rester chez eux ou à limiter leurs trajets, la capacité de mobilisation collective s’affaiblit significativement. À cela s’ajoute la paupérisation accélérée : avec une facture énergétique qui explose, les classes moyennes et populaires ont moins d’argent disponible, ce qui les rend plus vulnérables et plus occupées à survivre qu’à contester les politiques en place. On assiste ainsi à une forme insidieuse de confinement énergétique qui, tout comme pendant la crise sanitaire, favorise la passivité et l’acceptation résignée des mesures imposées.

Cette crise peut également servir à accélérer l’imposition des voitures électriques. On nous martèle que si nous roulions tous à l’électrique, nous ne subirions pas cette flambée des prix à la pompe. Pourtant, ces véhicules prétendument « verts » sont faussement écologiques : extraction massive de métaux rares, pollution des batteries et dépendance totale à des pays lointains pour les composants, sans parler de leurs prix exorbitants inaccessibles pour une grande majorité des Français.

Le discours très attendu de Donald Trump cette nuit

Dans ce contexte, l’allocution de Donald Trump prévue cette nuit (1er avril 2026 à 21 heures locales, soit 3 heures du matin en France) est attendue avec impatience. Le président américain doit s’adresser à la nation pour donner « de nouvelles informations importantes sur l’Iran ». D’après ses déclarations récentes, il devrait réaffirmer que les États-Unis quitteront l’Iran « très bientôt », dans deux à trois semaines, indépendamment d’un accord formel. Il a déjà évoqué un « changement de régime » positif à Téhéran, des négociations en cours et le passage imminent de 20 pétroliers supplémentaires par Ormuz. Trump a même ironiquement rebaptisé le détroit « Strait of Trump » (détroit de Trump) lors d’un discours. Il devrait également critiquer ouvertement les alliés européens : « Allez chercher votre pétrole vous-mêmes dans le détroit d’Ormuz » ou achetez du brut américain. Ce discours America First risque fort de calmer les marchés plutôt que de les amplifier. Les prix ont déjà baissé ce mercredi après ses annonces préalables de désescalade. Une confirmation d’une sortie rapide des hostilités et d’une réouverture effective du détroit ferait chuter encore davantage les cours, soulageant temporairement les pompes.

Mais cela n’effacera pas les failles structurelles européennes.

Au contraire, cela mettra en lumière l’incapacité de l’UE à assurer sa souveraineté énergétique sans dépendre des États-Unis ou de la volatilité mondiale.

Le peuple, éternelle victime de l’addition

Au final, cette crise énergétique, réelle dans ses effets immédiats, révèle surtout les choix politiques désastreux des dernières années. Plutôt que de diversifier intelligemment et de préserver des sources fiables (nucléaire, gaz russe via pipelines), on a préféré l’idéologie verte. Résultat :

les citoyens paient deux fois. D’abord financièrement, à la pompe et dans leur facture globale. Ensuite, dans leur liberté : on leur demande de changer radicalement leurs habitudes sous prétexte de « sobriété ».

La chute rapide des prix ces derniers jours, coïncidant avec les signaux de détente, renforce le soupçon d’une manipulation spéculative. Demain, après le discours de Trump, les cours pourraient encore reculer. Mais l’UE, elle, continuera sur sa lancée : accélération de la transition, restrictions durables, et discours moralisateur sur la « responsabilité collective ». Les Français, lucides, ont déjà compris : cette « arnaque » ne sauvera pas la planète. Elle ne fera que renforcer le contrôle sur leur quotidien tout en enrichissant d’autres acteurs. Il est grand temps de revenir à une politique énergétique pragmatique, souveraine et au service du peuple. Sinon, l’addition risque d’être encore plus lourde demain.

https://multipol360.com/flambee-artificielle-du-petrole-crise-geopolitique-pretexte-vert-ou-nouvel-outil-de-controle-social/

 


E) - Le scandale qui révèle le visage criminel des réseaux maçonniques au cœur du pouvoir

Depuis le, 30 mars 2026, la cour d’assises de Paris est le théâtre d’un procès hors norme. Vingt-deux personnes – dont quatre militaires de la DGSE (dont deux parachutistes du centre de Cercottes), trois policiers et plusieurs chefs d’entreprise – comparaissent pour meurtre, tentatives d’assassinat, violences aggravées et association de malfaiteurs. Le nom de cette affaire ?

Athanor, une loge maçonnique de Puteaux (Hauts-de-Seine), dissoute en 2021, qui a muté en véritable officine de tueurs à gages.

L’affaire éclate en juillet 2020. Deux jeunes agents de la DGSE, Carl Esnault et Pierre Bourdin, sont interpellés en embuscade devant le domicile d’une coach en entreprise, Marie-Hélène Dini. Ils sont armés, en Clio volée. Ils affirment avoir cru exécuter une mission officielle d’homicide (« homo » dans le jargon des services) : éliminer une espionne du Mossad. Mensonge. Il s’agissait d’un contrat privé, commandité pour des raisons bassement professionnelles. Le commanditaire ? Jean-Luc Bagur, vénérable maître de la loge Athanor, rival de Dini dans le secteur du coaching.

L’instruction a révélé bien pire : une cellule criminelle au sein de la loge qui négociait des contrats d’assassinat pour 20.000 à 50.000 euros.

Agressions, incendies, passages à tabac, espionnage industriel… et un meurtre avéré, celui du pilote automobile Laurent Pasquali en 2019. Tout cela pour des motifs souvent dérisoires : concurrence économique, rancunes personnelles. Des profils « insérés » – agents de renseignement, policiers, entrepreneurs – ont basculé dans le crime organisé sous couvert maçonnique.

Le pouvoir politique au centre du scandale

Nous avions déjà tiré la sonnette d’alarme en juin 2025 (voir ici). Il ne s’agit pas d’une simple dérive de « francs-maçons barbouzes ».

La loge Athanor met en lumière les prérogatives exorbitantes que s’arrogent les élites politiques et leurs réseaux.

Des ministres emblématiques du quinquennat Macron sont cités comme membres ou proches de la franc-maçonnerie : Gérard Collomb (ancien ministre de l’Intérieur), Jean-Yves Le Drian (ministre des Affaires étrangères), Vincent Peillon ou encore Jean-Michel Baylet. L’opacité de ces réseaux, qui comptent 160.000 à 180.000 membres en France (GODF, GLDF, GLNF), permet une cooptation discrète aux plus hauts niveaux de l’État.

Un détail encore plus grave : une vingt-troisième personne, ancien agent de la DGSE, est accusée de trahison pour avoir transmis des informations confidentielles à une puissance étrangère. Le Mossad est régulièrement évoqué dans les récits, même si la justice parle plus sobrement de « puissance étrangère ». Deux militaires de la DGSE ont été manipulés en leur faisant croire à une opération d’État. Qui, dans l’appareil, a laissé de tels profils opérer en toute impunité ?

Une élite qui s’octroie le droit de vie et de mort

Comme nous le soulignions avec une lucidité glaçante : 

« Cette affaire illustre une mentalité selon laquelle certains acteurs politiques et leurs alliés se considèrent au-dessus des lois. Le droit de vie et de mort, historiquement réservé aux souverains absolus, semble avoir été revendiqué par des individus au sein de ces réseaux. »

Pendant que Macron multiplie les postures martiales sur la scène internationale, qu’il renforce la « dissuasion avancée » et les budgets militaires, une loge maçonnique transformée en réseau de tueurs à gages militaires prospérait à deux pas de Paris.

Des agents de l’État, formés pour défendre la nation, ont été instrumentalisés pour des vendettas privées.

L’État de droit ? Une façade. Les réseaux occultes, eux, fonctionnent à plein régime.

Le procès, qui doit durer jusqu’au 17 juillet, risque de durer trois mois et demi de révélations embarrassantes. Pourtant, on sent déjà le silence médiatique et politique s’installer. Aucune commission d’enquête parlementaire sérieuse. Aucune interpellation au gouvernement. Le Parlement, comme toujours, reste muet face à l’hégémonie des réseaux qui traversent tous les partis.

Les risques énormes pour les populations

Ce scandale n’est pas anecdotique. Il révèle un cancer démocratique : des élites qui se croient intouchables, protégées par le secret maçonnique et les complicités institutionnelles. Quand des militaires d’élite peuvent être retournés pour 20.000 euros, quand des policiers couvrent des contrats d’assassinat, c’est toute la confiance dans l’appareil d’État qui s’effondre.

Les Français, déjà exsangues par l’inflation, le choc énergétique et les guerres par procuration, vont découvrir que leurs dirigeants ne se contentent pas de jouer avec le feu à l’étranger. Ils tolèrent – ou protègent – des réseaux criminels au sein même des services de renseignement. Les tensions sociales qui couvent (pouvoir d’achat en berne, sentiment d’abandon) vont s’aggraver quand la population comprendra que l’État n’est plus neutre, mais capturé par des cercles opaques.

Candace Owens, qui avait pointé du doigt ces « bérets rouges » et les liens supposés avec le Mossad, avait-elle raison ? Le procès Athanor apporte des éléments troublants. Peu importe les dénégations officielles : le voile est levé. Une loge maçonnique est devenue une officine du crime. Et le pouvoir politique, au lieu de la démanteler depuis longtemps, a laissé faire.

L’heure de la transparence a sonné. Si rien n’est fait, ces dérives ne feront qu’empirer. Les populations paieront, encore une fois, le prix de l’arrogance et de l’incompétence d’une caste qui se croit au-dessus des lois.

https://multipol360.com/le-scandale-qui-revele-le-visage-criminel-des-reseaux-maconniques-au-coeur-du-pouvoir/

 

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