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juillet 07, 2026

Nouvelles de Chine ( juillet 2026)

Sommaire:

A) - Le Grand Entretien avec Shanhui Zhang – La Chine face au basculement du monde

B) -  La Chine face au modèle japonais : ralentissement ou crise accélérée ?

C) - L'illusion de la souveraineté.

 

 


A) - Le Grand Entretien avec Shanhui Zhang – La Chine face au basculement du monde

Le Grand Entretien avec Shanhui Zhang – La Chine face au basculement du monde Alors que les équilibres internationaux connaissent une recomposition accélérée, la Chine apparaît plus que jamais comme l’un des acteurs centraux du nouvel ordre mondial en gestation. Rivalité stratégique avec les États-Unis, rapprochement renforcé avec la Russie, guerre au Moyen-Orient, tensions commerciales, ambitions technologiques et expansion diplomatique dans le monde arabe, en Afrique et en Europe : Pékin avance désormais sur tous les fronts avec une stratégie de long terme assumée. Les récentes rencontres entre Xi Jinping et Donald Trump puis entre Xi Jinping et Vladimir Poutine ont confirmé la volonté chinoise de peser directement sur les grands équilibres internationaux, dans un contexte marqué par l’affaiblissement relatif de l’Occident et la montée d’un monde plus multipolaire. Pour analyser la vision chinoise des grands bouleversements géopolitiques actuels, Le Diplomate Média a interrogé Shanhui Zhang 张善辉, journaliste chinoise, présentatrice et chroniqueuse à CGTN et CGTN Français, spécialiste des questions économiques et internationales, chroniqueuse régulière sur CNews et devenue au fil des années l’une des voix chinoises les plus connues et suivies dans les médias français. 

Propos recueillis par Roland Lombardi

Alors que les équilibres internationaux connaissent une recomposition accélérée, la Chine apparaît plus que jamais comme l’un des acteurs centraux du nouvel ordre mondial en gestation. Rivalité stratégique avec les États-Unis, rapprochement renforcé avec la Russie, guerre au Moyen-Orient, tensions commerciales, ambitions technologiques et expansion diplomatique dans le monde arabe, en Afrique et en Europe : Pékin avance désormais sur tous les fronts avec une stratégie de long terme assumée.

Les récentes rencontres entre Xi Jinping et Donald Trump puis entre Xi Jinping et Vladimir Poutine ont confirmé la volonté chinoise de peser directement sur les grands équilibres internationaux, dans un contexte marqué par l’affaiblissement relatif de l’Occident et la montée d’un monde plus multipolaire.

Pour analyser la vision chinoise des grands bouleversements géopolitiques actuels, Le Diplomate Média a interrogé Shanhui Zhang, journaliste chinoise, présentatrice et chroniqueuse à CGTN et CGTN Français, spécialiste des questions économiques et internationales, chroniqueuse régulière sur CNews et devenue au fil des années l’une des voix chinoises les plus connues et suivies dans les médias français.


Propos recueillis par Roland Lombardi

Le Diplomate : Depuis plusieurs années, la Chine semble considérer que le monde entre dans une phase de transformation historique profonde. Comment Pékin analyse-t-il aujourd’hui les bouleversements géopolitiques mondiaux actuels ?

Shanhui Zhang : Il faut partir du concept matriciel qui structure la pensée stratégique chinoise depuis 2017 : celui de « changements inédits depuis un siècle ». La Chine le décline en trois strates. Un changement du monde d’abord : dans l’Occident développé, montée des populismes, polarisation, perte de maîtrise sur les affaires globales ; en face, des émergents qui affirment leur autonomie. D’où la thèse centrale : le rapport de forces reste « Ouest fort, Est faible », mais la tendance de fond est celle d’un « Est qui monte, Ouest qui décline ». Entre 2001 et 2021, la part des pays développés dans le PIB mondial est passée de près de 79 % à 59 %, celle des émergents de 21 % à 41 %, ces derniers assurant désormais l’essentiel de la croissance mondiale. Un changement d’époque ensuite. La mondialisation a tissé une interdépendance sans précédent, mais accumulé ses effets pervers : fragmentation, fossé Nord-Sud, et ces « quatre déficits » de paix, de développement, de sécurité et de gouvernance, sur fond d’une course technologique où l’Occident mobilise l’arme des contrôles, sur les semi-conducteurs notamment, pour préserver sa domination. Un changement historique enfin, plus idéologique : la Chine assume l’idée que son modèle de développement offre « une option nouvelle aux nations qui veulent se développer tout en préservant leur indépendance ». De ces trois changements superposés, Beijing tire une conviction : le monde est de nouveau à la croisée des chemins, et la Chine revendique avoir choisi le camp du rééquilibrage plutôt que de la rupture.

La séquence de ces derniers mois en offre une illustration : en l’espace de six mois, les dirigeants de quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité se sont succédé à Beijing. Emmanuel Macron en décembre, Keir Starmer en janvier, Donald Trump en mai, Vladimir Poutine quelques jours plus tard. Aucune autre capitale au monde ne pourrait aujourd’hui jouer ce rôle de carrefour diplomatique. Pour la Chine, c’est la confirmation empirique de la multipolarité.

Mais il faut bien comprendre la nuance : la lecture chinoise ne célèbre pas le chaos. La guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, la fragmentation des chaînes d’approvisionnement — tout cela, la Chine le vit comme du désordre. Sa thèse est plutôt celle d’une recomposition : l’ordre ne s’effondre pas, il se rééquilibre — et il faut respecter l’ordre international établi après 1945. Et la Chine entend peser sur cette recomposition de l’intérieur des institutions, non en les renversant.

La récente rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping a été suivie avec énormément d’attention à travers le monde. Quel message principal la Chine souhaitait-elle envoyer aux États-Unis et à la communauté internationale à travers ce sommet ?

Le message tenait en un souhait, formulée par Xi dès l’ouverture des entretiens du 14 mai : les deux pays peuvent-ils échapper au « piège de Thucydide » et inaugurer un nouveau paradigme de relations entre grandes puissances ? La Chine a présenté cette question comme relevant à la fois de l’histoire, du monde et des peuples : une manière d’élever le sommet au-dessus du marchandage commercial et de signifier que la Chine se place, d’emblée, sur le pied de l’égalité stratégique.

Le cœur du message, c’est la formule retenue comme nouvelle définition de la relation : une « stabilité stratégique constructive ». Et il faut en lire les quatre couches, car la Chine les a explicitées. Une stabilité positive, axée d’abord sur la coopération ; une stabilité saine, où la compétition reste mesurée ; une stabilité normale, où les divergences demeurent gérables ; une stabilité durable, porteuse d’une paix prévisible. La Chine a insisté sur un point : c’est un engagement à « marcher l’un vers l’autre ». Autrement dit, un cadre qui devra se vérifier dans les actes. L’horizon fixé — les trois prochaines années, voire au-delà — trahit la véritable intention : verrouiller un mode d’emploi de la relation qui survive aux aléas politiques de Washington.

Sur le fond, deux signaux complémentaires. D’abord, l’économie : Beijing a martelé que la nature de la relation commerciale est le bénéfice mutuel, que la consultation d’égal à égal est la seule voie face aux frictions, et que « la porte de la Chine ne fera que s’ouvrir davantage ». C’est un appel direct aux entreprises américaines, dont une délégation de premier plan accompagnait Trump. Ensuite, la ligne rouge : Taiwan, présenté comme la question la plus importante de la relation. Le raisonnement chinois est explicite : bien gérée, elle préserve la stabilité d’ensemble ; mal gérée, elle précipite les deux pays vers la collision. Beijing a demandé aux États-Unis d’agir « avec la plus extrême prudence ».

À la communauté internationale, enfin, le message est celui de la responsabilité partagée : les deux premières puissances mondiales s’engagent à injecter de la stabilité dans un monde déréglé, d’où l’accord pour réussir ensemble les sommets de l’APEC et du G20 cette année. En clair : la Chine ne cherche pas l’affrontement, entend gérer la rivalité de façon prévisible, mais ne transigera pas sur ce qu’elle tient pour ses intérêts vitaux.

Les relations entre Pékin et Washington demeurent marquées par une forte rivalité stratégique, technologique et commerciale. Selon vous, la Chine considère-t-elle aujourd’hui les États-Unis de Donald Trump comme un adversaire systémique durable ou comme un partenaire avec lequel un nouvel équilibre reste possible ?

Ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre — et c’est justement là que réside la subtilité de la position chinoise. La Chine refuse le cadre de l’« adversaire systémique », qu’il perçoit comme une construction occidentale auto-réalisatrice : à force de désigner l’autre comme ennemi structurel, on finit par le devenir. La Chine lui préfère le vocabulaire de la « coexistence » et de la compétition maîtrisée.

Cela ne relève pas de la naïveté. Sur les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, les contrôles à l’exportation, la Chine sait que la rivalité est durable et n’entretient aucune illusion de réconciliation. La compétition stratégique est un fait de long terme. Et la réponse chinoise à ce défi tient en un mot : l’autonomie, stratégique et technologique. Face à l’arme des contrôles à l’exportation, la Chine a fait de l’autosuffisance et de la sécurité des chaînes d’approvisionnement un impératif national : monter en gamme dans les semi-conducteurs et réduire sa dépendance aux technologies américaines. La logique chinoise me paraît être la suivante : plus la relation est incertaine, plus il faut être maître de ses propres capacités, car c’est cette autonomie, et non la bonne volonté de Washington, qui garantit la marge de manœuvre.  Mais la Chine fait une distinction entre rivalité durable et inimitié inévitable. Et le Trump transactionnel lui offre paradoxalement une prise : un président qui préfère les deals à l’idéologie est, pour la Chine, un interlocuteur avec lequel on peut négocier des équilibres concrets. En somme : rivalité assumée, mais un nouvel équilibre reste non seulement possible, il constitue même l’objectif.

Dans le même temps, le rapprochement entre Xi Jinping et Vladimir Poutine semble se renforcer. La Chine voit-elle la Russie avant tout comme un allié stratégique face à l’Occident ou plutôt comme un partenaire circonstanciel dans un monde devenu multipolaire ?

La formule chinoise officielle mérite qu’on la lise à la lettre : « partenariat sans limites », mais non-alliance, non-confrontation, ne visant aucune tierce partie. Ces trois négations sont essentielles. Lors de la visite d’État de Poutine, le 20 mai, sa vingt-cinquième en Chine, à l’occasion du trentième anniversaire du partenariat stratégique et du vingt-cinquième du Traité de bon voisinage, les deux dirigeants ont réaffirmé qu’il ne s’agissait pas d’un bloc militaire.

La relation dépasse donc de loin le simple partenariat de circonstance. Elle repose sur des fondations profondes : une frontière commune d’environ 4 300 kilomètres qui interdit toute hostilité durable, une opposition partagée à ce que Beijing et Moscou nomment l’« hégémonisme », une complémentarité énergétique et technologique réelle. C’est ce que Xi appelle un « nouveau type de relation entre grandes puissances ».

Mais réduire cette relation à la géopolitique serait passer à côté de l’une de ses dimensions les plus investies par la Chine : le lien entre les peuples. La Chine sait qu’un partenariat purement transactionnel demeure fragile ; elle cherche donc à lui donner des racines sociales et culturelles. Les deux capitales viennent précisément d’ouvrir, à l’occasion de la visite de Poutine, une « Année de l’éducation Chine-Russie », dans le prolongement des Années croisées de la culture, du tourisme, du sport et des médias qui rythment la relation depuis plus d’une décennie. Concrètement : multiplication des partenariats universitaires et des doubles diplômes, essor de l’apprentissage du russe en Chine et du chinois en Russie, coopération scientifique, échanges de jeunes, festivals de cinéma, tourisme croisé en forte hausse. La Chine y voit un investissement de long terme : former une génération qui se connaît et se comprend. C’est la traduction, au niveau des sociétés, de ce que les dirigeants nomment une « amitié transmise de génération en génération ». Et ce socle humain est précisément ce qui distingue un partenariat durable d’une simple convergence d’intérêts.

L’Inde apparaît désormais comme l’autre grande puissance émergente du XXIe siècle, à la fois partenaire économique, rival régional et acteur stratégique autonome. Comment la Chine perçoit-elle aujourd’hui la montée en puissance indienne et la relation parfois concurrentielle entre Pékin et New Delhi ?

La Chine voit en l’Inde ce qu’elle est : une civilisation-État, un géant démographique, un pôle du Sud global — et un partenaire ancien, avec qui elle a noué des liens dès 1950 et avec qui elle a cofondé les Cinq Principes de la coexistence pacifique : respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, non-agression, non-ingérence dans les affaires intérieures, égalité et bénéfice mutuel, et coexistence pacifique. Les deux pays ont célébré en 2025 le 75ᵉ anniversaire de ces relations.

Le dégel amorcé à Kazan en 2024 s’est consolidé à Tianjin en 2025, où Modi s’est rendu pour le sommet de l’OCS — sa première visite en Chine depuis sept ans. Reprise des navettes ministérielles, des vols directs, du pèlerinage au mont Kailash : c’est l’approche « à double voie », gérer la frontière d’un côté, faire avancer l’économie de l’autre.

L’accélérateur porte un nom : l’imprévisibilité de Washington. Face au choc tarifaire américain, New Delhi a rouvert la porte à Beijing comme couverture — l’ancien ambassadeur indien Vijay Gokhale y voit un « contrepoids au désordre trumpien », source de capitaux, de technologies et de coopération climatique. La Chine a répondu par un optimisme prudent. Mais c’est un calcul, non un revirement dans le même mouvement, l’Inde a signé fin janvier un accord de libre : échange avec l’Union européenne, puis désamorcé son contentieux tarifaire avec les États-Unis. Elle diversifie ses appuis, en puissance qui refuse tout alignement.

À Tianjin, Xi a invoqué les Cinq Principes de la coexistence pacifique, ainsi que l’appartenance commune au Sud global — une façon de rappeler que la Chine et l’Inde, comme le suggère la formule diplomatique de la « danse du dragon et de l’éléphant », ont tout à gagner à évoluer côte à côte sans se marcher sur les pieds.

Concernant la guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis, Pékin a adopté une posture particulièrement prudente mais active diplomatiquement. Quelle est aujourd’hui la position réelle de la Chine sur ce conflit et quels sont ses intérêts stratégiques au Moyen-Orient, notamment au regard de sa forte dépendance aux approvisionnements énergétiques transitant par le détroit d’Ormuz ? La sécurisation des hydrocarbures est-elle devenue l’une des principales préoccupations géopolitiques chinoises ?

La position chinoise a été constante depuis le déclenchement des frappes américano-israéliennes du 28 février. La Chine les a condamnées comme une violation de la souveraineté iranienne et du droit international, a appelé sans relâche à la désescalade. Fin mars, Beijing a coparrainé avec Islamabad une initiative de paix en cinq points, avant de bloquer début avril, avec Moscou, le projet de résolution sur Ormuz. Ces prises de position s’inscrivent dans une même logique : la Chine ne soutient ni l’escalade ni les sanctions unilatérales, et privilégie une solution politique négociée entre les parties régionales — y compris sur le dossier nucléaire iranien et la sécurité des voies maritimes.

Il faut souligner ici un geste diplomatique chinois. Le 17 juin, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi s’est entretenu par téléphone avec son homologue iranien Abbas Araghchi ; le 22, à New Delhi, il recevait le numéro deux du Conseil suprême de sécurité nationale iranien. La Chine a salué la conclusion du mémorandum d’entente de première phase entre l’Iran et les États-Unis, et l’ouverture — avec l’appui du Pakistan et du Qatar — des consultations censées le prolonger. Le message est limpide : ni la force ni les rapports de puissance ne règlent quoi que ce soit ; le dialogue et la négociation, voilà la voie juste.

Rappelons ce que contient ce mémorandum : quatorze points, dont les principaux sont l’arrêt immédiat et permanent des hostilités, le renoncement à l’usage ou à la menace de la force, le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, et la non-ingérence dans les affaires intérieures. Pour la Chine, ces principes sont conformes à la Charte des Nations unies, et il y voit surtout un moyen de consolider un cessez-le-feu encore fragile. Dans ce dossier, la Chine se présente en puissance d’équilibre et en partenaire stratégique global de l’Iran. La ligne de Wang Yi est constante : la Chine soutient les revendications légitimes et fondées de l’Iran, son droit à défendre sa souveraineté et sa sécurité, ainsi que les efforts de médiation du Pakistan et de la communauté internationale et n’a cessé, à sa manière, d’œuvrer pour faire taire les armes. On retrouve là des méthodes semblables à celles du rapprochement saoudo-iranien qu’elle avait parrainé en 2023. Reste la vraie question : ce texte sera-t-il appliqué ? Sa mise en œuvre dépendra des États-Unis et de l’Iran.

La Chine développe depuis plusieurs années une présence économique et diplomatique croissante dans le monde arabe et en Afrique. Quels sont selon vous les objectifs de long terme de Pékin dans ces régions devenues essentielles pour les nouvelles routes de la soie et l’influence chinoise ?

La Chine considère le Sud global, et particulièrement l’Afrique et le monde arabe, comme l’avenir démographique et développemental de la planète, et surtout comme le terrain où la multipolarité se construit concrètement. L’initiative « la Ceinture et la Route » en est la colonne vertébrale, désormais complétée par les quatre grandes initiatives de Xi Jinping : développement, sécurité, civilisation et gouvernance mondiale.

Les objectifs sont clairs et, à mon sens, il faut avoir l’honnêteté de les nommer. Premièrement, bâtir des coalitions diplomatiques. Dans un monde turbulent cette diplomatie de terrain pèse plus que jamais dans le dialogue et le règlement des différends. Ensuite, proposer un modèle de coexistence : celui du « développement d’abord », de la non-ingérence et du partenariat sans conditionnalités politiques, en contrepoint de l’approche occidentale.

Je connais l’objection : le récit du « piège de la dette ». Il faut le prendre au sérieux ; la réalité le nuance pourtant fortement. La part chinoise de la dette africaine reste minoritaire face aux créanciers multilatéraux et privés occidentaux, et la demande d’infrastructures, elle, demeure immense. Les prêts chinois, consentis à des conditions avantageuses, ont précisément accompagné l’industrialisation du continent.

Le fait le plus significatif est d’ailleurs passé relativement inaperçu en Europe : depuis mai, la Chine applique un droit de douane zéro à l’ensemble des 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, une ouverture sans précédent du marché chinois aux produits africains. Surtout, la coopération sino-africaine change de nature. Hier, la relation relevait largement du flux à sens unique : des entreprises chinoises qui s’implantaient pour commercer et écouler des produits finis. Aujourd’hui, l’enjeu est de produire en Afrique, c’est-à-dire nouer de véritables partenariats avec les entreprises locales, localiser la fabrication dans la santé, l’agriculture, l’industrie, mais aussi les télécommunications et les nouvelles technologies, et y transférer des technologies avancées applicables. Des circuits de vente, on passe aux chaînes de valeur partagées : le bénéfice n’est plus seulement commercial, il devient industriel. Et l’indicateur décisif, c’est l’emploi créé pour la jeunesse africaine ; c’est là que le « gagnant-gagnant » cesse d’être un slogan.

Pour l’Afrique francophone en particulier, un public qui m’est cher, l’offre chinoise résonne précisément parce qu’elle ne charrie pas d’héritage colonial. Le message émis par la Chine est celui du partenariat entre égaux et de la « communauté de destin ». On peut le discuter ; on ne peut pas l’ignorer.

Les relations entre la Chine et l’Europe semblent de plus en plus ambiguës, notamment avec la France, partagée entre coopération économique, dépendances stratégiques et inquiétudes géopolitiques. Comment Pékin perçoit-il aujourd’hui la France et l’Union européenne ?

À mes yeux, la Chine perçoit l’Europe comme un pôle à part entière du monde multipolaire et surtout comme un pôle qu’il souhaite maintenir autonome de Washington. La France y occupe une place singulière, en raison de sa tradition gaullienne d’indépendance stratégique, que Macron a reformulée en « souveraineté européenne ». 

La formule chinoise, que Xi a redite à Macron à l’orée d’un nouveau cycle de soixante ans des relations franco-chinoises, résume la posture : l’interdépendance n’est pas un risque, la convergence des intérêts n’est pas une menace. En creux, c’est une réponse directe au « de-risking » bruxellois.

Car l’ambiguïté, vous avez raison, est réelle, et Beijing ne se la cache pas. Les tarifs sur les véhicules électriques, le contentieux des terres rares, les exclusions au nom de la cybersécurité qui visent les onduleurs photovoltaïques chinois, la pression de Macron sur le déséquilibre commercial : autant de points de friction. Mais l’analyse chinoise est que l’Europe est profondément divisée, tiraillée entre l’accès au marché chinois et l’alignement transatlantique, et que Washington lui-même — par ses coups de force, du Groenland aux tarifs — fragilise cet alignement. La stratégie de Beijing, à mon sens, est donc patiente et constante : offrir marché et investissements, se poser en multilatéraliste face à un partenaire américain erratique, et courtiser la France comme la puissance-pivot la plus susceptible de plaider l’autonomie. Plutôt que de chercher à éviter la Chine, l’Europe aurait intérêt à réfléchir à la manière de tirer parti de son marché de 1,4 milliard de consommateurs et de grandir avec elle. Ces frictions, aussi réelles soient-elles, ne sauraient condamner cinquante ans d’une relation qui demeure un partenariat stratégique global.

Enfin, beaucoup d’Occidentaux considèrent désormais que la Chine ambitionne de devenir (ou sera) la première puissance mondiale au XXIe siècle. Pékin cherche-t-il réellement à remodeler l’ordre international ou souhaite-t-il avant tout imposer un monde plus équilibré et multipolaire ?

Permettez-moi de commencer par un fait historique, et non une simple conviction : à la différence de toutes les puissances qui se sont hissées au sommet par la conquête, la Chine n’a ni histoire d’expansion coloniale, ni guerres de conquête à son actif. Même au XVe siècle, quand la flotte de Zheng He, la plus puissante du monde, sillonnait l’océan Indien jusqu’aux côtes africaines, elle n’a établi ni colonie, ni comptoir armé, ni traite. Quelle puissance occidentale peut en dire autant ? De la Route de la soie à aujourd’hui, la Chine s’est toujours pensée à travers le commerce et la connexion, et la paix figure au cœur de son héritage civilisationnel le plus profond.

La question mérite ensuite d’être retournée : qui, au juste, cherche à « remodeler » l’ordre international ? Ce n’est pas la Chine qui s’est retirée de l’Accord de Paris, de l’UNESCO ou du Conseil des droits de l’homme ; ce n’est pas elle qui a paralysé l’Organe d’appel de l’OMC, ni imposé des tarifs unilatéraux à ses propres alliés. La Chine est membre permanent du Conseil de sécurité, principal vainqueur de la guerre mondiale antifasciste, défenseur constant du système onusien : elle est aujourd’hui, paradoxalement, l’un des piliers les plus stables de l’ordre issu de 1945 que l’Occident dit vouloir protéger. Ce qu’elle demande, Xi Jinping le formule invariablement : un ordre « plus juste et plus raisonnable », davantage de voix pour le Sud global, une réforme du FMI et de la Banque mondiale, une gouvernance mondiale démocratisée. Est-il illégitime que des institutions dessinées en 1944, quand la majorité de l’humanité vivait sous tutelle coloniale, reflètent enfin le monde réel ?

Je connais l’inquiétude occidentale : le soupçon que « réforme » cache un ordre sinocentré. Mais interrogeons ce soupçon lui-même. Il projette sur la Chine la logique des puissances occidentales, celle du « piège de Thucydide » où toute puissance montante reproduirait nécessairement l’hégémonie de la précédente.

C’est précisément ce déterminisme que la Chine récuse. Elle n’a pas de bases militaires encerclant l’Amérique ;elle n’exporte pas son modèle politique ; elle ne conditionne ni ses prêts ni ses partenariats à des réformes institutionnelles. Son bilan, sur quarante ans d’ascension, est celui d’une puissance qui n’a mené aucune guerre. Le monde multipolaire n’est pas seulement le slogan de la Chine : c’en est le projet, et l’histoire dira qu’il fut aussi celui de la majorité de l’humanité.

Roland Lombardi est docteur en Histoire, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et des questions de sécurité et de défense. Fondateur et directeur de la publication du Diplomate.

Il est chargé de cours au DEMO – Département des Études du Moyen-Orient – d’Aix Marseille Université et enseigne la géopolitique à Excelia Business School de La Rochelle.

Il est régulièrement sollicité par les médias du monde arabe. Il est également chroniqueur international pour Al Ain. Il est l’auteur de nombreux articles académiques de référence notamment : « Israël et la nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient : quelles nouvelles menaces et quelles perspectives ? » in Enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, Études Internationales, HEI – Université de Laval (Canada), VOLUME XLVII, Nos 2-3, Avril 2017, « Crise du Qatar : et si les véritables raisons étaient ailleurs ? », Les Cahiers de l’Orient, vol. 128, no. 4, 2017, « L’Égypte de Sissi : recul ou reconquête régionale ? » (p.158), in La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation, Revue de la Défense Nationale, Été 2019, n°822 sous la direction de Pascal Ausseur et Pierre Razoux, « Ambitions égyptiennes et israéliennes en Méditerranée orientale », Revue Conflits, N° 31, janvier-février 2021 et « Les errances de la politique de la France en Libye », Confluences Méditerranée, vol. 118, no. 3, 2021, pp. 89-104. Il est l’auteur d’Israël au secours de l’Algérie française, l’État hébreu et la guerre d’Algérie : 1954-1962 (Éditions Prolégomènes, 2009, réédité en 2015, 146 p.). Co-auteur de La guerre d’Algérie revisitée. Nouvelles générations, nouveaux regards. Sous la direction d’Aïssa Kadri, Moula Bouaziz et Tramor Quemeneur, aux éditions Karthala, Février 2015, Gaz naturel, la nouvelle donne, Frédéric Encel (dir.), Paris, PUF, Février 2016, Grands reporters, au cœur des conflits, avec Emmanuel Razavi, Bold, 2021 et La géopolitique au défi de l’islamisme, Éric Denécé et Alexandre Del Valle (dir.), Ellipses, Février 2022. Il a dirigé, pour la revue Orients Stratégiques, l’ouvrage collectif : Le Golfe persique, Nœud gordien d’une zone en conflictualité permanente, aux éditions L’Harmattan, janvier 2020.

Ses derniers ouvrages : Les Trente Honteuses, la fin de l’influence française dans le monde arabo-musulman (VA Éditions, Janvier 2020) – Préface d’Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité de la DGSE, Poutine d’Arabie (VA Éditions, 2020), Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? (VA Éditions, 2021), Abdel Fattah al-Sissi, le Bonaparte égyptien ? (VA Éditions, 2023).


 


 

B) -  La Chine face au modèle japonais : ralentissement ou crise accélérée ?

Alors qu’une énième révolution de palais se déroule à Pékin, touchant à la fois l’armée populaire de Chine et l’autorité de Xi Jinping et que Donald Trump initie un jeu de go diplomatique, il est peut-être opportun de s’interroger sur l’avenir de la Chine. Rejetant toute idée de conflit, qui pourrait prendre une direction que les pires va-t’en guerre ne semblent pas imaginer, il convient d’initier un regard géopolitique décentré. Et si le Japon des années 1980 s’avérait une référence historique pour comprendre l’Asie : croissance spectaculaire portée par l’industrie, bulle financière et immobilière, vieillissement démographique croissant, et exposition aux tensions commerciales avec les États-Unis ? Pour la Chine post-2000, cette trajectoire présente des similitudes frappantes avec sa situation présente, avec une croissance rapide, un rôle central dans les chaînes globales de production. Évidemment, la Chine présente aussi de profondes différences, tant un État fortement impliqué dans l’économie, qu’une population plus nombreuse, et surtout un contexte géopolitique bien plus chargé. Dans ce nouveau paysage, où la peur américaine du déclassement économique et stratégique se manifeste jusque dans des interventions directes (Venezuela) et des ambitions territoriales (Groenland), la Chine risque-t-elle un atterrissage calme à la « japonaise » ou une crise accélérée par des facteurs externes ?

Le modèle japonais des années 1980 : croissance puis stagnation

À la fin des années 1980, l’économie japonaise tournait à plein régime, présentant une croissance régulière, des innovations majeures, des secteurs exportateurs dominants. Mais cette réussite masquait des fragilités profondes, tenant à un marché immobilier surévalué alimentant une bulle, un endettement élevé des banques et des entreprises, et un vieillissement rapide de la population. Lorsque cette bulle immobilière éclata au début des années 1990, l’économie n’implosa pas soudainement, mais entra dans une longue période de stagnation et de faible croissance. Les Japonais appellent cette époque la « décennie perdue ».

L’histoire montre également le rôle d’une peur américaine face à la montée japonaise, qui n’est pas sans se rapprocher de celle qui agite le président Trump à propos de la Chine.  À l’époque, les États-Unis exercèrent une pression sur le yen, notamment au moyen des accords du Plaza (22 septembre 1985), où les quatre premières économies mondiales (États-Unis, Allemagne fédérale, Royaume-Uni et France) obligèrent la cinquième, le Japon, à réévaluer sa monnaie. L’appréciation du yen ralentit les exportations et aggrava les tensions sur les marchés financiers et immobiliers, contribuant à transformer un ralentissement progressif en stagnation prolongée. Même dans ce contexte, le Japon ne connut pas d’effondrement brutal, mais un atterrissage prolongé, résultant de la combinaison de facteurs internes et de pressions externes.

La Chine post-2000 : similitudes et singularités

Depuis les années 2000, la Chine a connu une pareille transformation fulgurante, reposant sur une urbanisation massive, une explosion des exportations et des investissements publics colossaux dans les infrastructures. Cette croissance s’appuya sur une accumulation de capital élevée, une intégration profonde dans l’économie mondiale et un rôle clé dans les chaînes de valeur globales.  Mais ces succès masquaient des vulnérabilités analogues à celles du Japon des années 1980 : dette élevée, bulle immobilière persistante et vieillissement démographique accéléré, aggravé par la politique de l’enfant unique. Ces facteurs structuraux posent la question d’un ralentissement durable de la croissance dans les années 2030. Cependant, la Chine n’est pas un Japon en miniature. Elle reste un acteur mondial majeur et tente aujourd’hui de rééquilibrer son économie vers la consommation interne et l’innovation.

La peur américaine comme catalyseur externe : Japon, Chine et le spectre des années 1930

Toutefois, un autre élément remontant des années 1980 peut avoir un effet correcteur. En effet, la peur américaine face à une puissance montante peut avoir des effets à la fois économiques et militaires. Dans les années 1930, les États-Unis redoutaient le Japon, dont la montée industrielle et militaire menaçait leur position stratégique dans le Pacifique.  Longtemps contenue dans le domaine économique et diplomatique, cette peur s’est finalement traduite par une entrée en guerre après l’attaque préventive japonaise de Pearl Harbor. Cette crainte prolongée d’être dépassé peut pousser une puissance à des décisions extrêmes et préventives.  Et les États-Unis n’ont plus jamais laissé l’initiative à la puissance montante.  Depuis, cette peur américaine se traduit par des actions ciblées pour préserver un avantage stratégique, qu’il soit économique, technologique ou militaire.

Aujourd’hui, cette dynamique est en train de se remettre en place. La peur américaine d’un déclassement économique, technologique et militaire se manifeste par des restrictions sur les semiconducteurs, l’intelligence artificielle et les télécommunications, ainsi que par des interventions géopolitiques visant à limiter l’accès de Pékin aux ressources stratégiques, comme le pétrole du Venezuela ou les routes et minerais du Groenland.  Comme dans les années 1930, Washington cherche aussi à gérer ses priorités. Les accommodements avec la Russie sous l’administration Trump visent à réduire les tensions sur le front européen, permettant aux États-Unis de concentrer leur attention sur l’Indo-Pacifique et la Chine. Cette approche crée des frictions avec l’Europe, reléguée au second plan face à l’urgence perçue de contenir Pékin.

Ces exemples montrent combien la peur américaine n’est pas purement rhétorique. Au contraire, elle agit comme un catalyseur externe, capable d’amplifier les déséquilibres internes d’une puissance émergente et de transformer un simple ralentissement économique en crise ponctuelle ou prolongée. La comparaison avec le Japon, et la réédition partielle de la peur américaine des années 1930 comme 1980, suggèrent que la Chine pourrait être l’objet d’une vigilance extrême, voire d’actions préventives, si les États-Unis perçoivent un risque irréversible pour leur supériorité. Dans ce contexte, la montée de Pékin ne dépend pas seulement de ses déséquilibres internes, mais aussi de la manière dont un acteur dominant réagit à cette ascension.

Projection prospective : scénario chinois 2030-2050

Dans un développement géopolitique, on peut être tenté de s’interroger sur l’avenir. Démarche qui peut paraître étrange, sinon périlleuse, pour un historien, mais des économistes ne se piquent-ils pas déjà de réviser l’histoire ?  À l’horizon 2030, c’est-à-dire demain, la Chine devrait entrer dans une phase de ralentissement modéré. Il s’agit d’une conséquence de cette croissance actuelle qui reste positive, mais qui ne peut plus soutenir les niveaux spectaculaires des deux dernières décennies. Le marché immobilier, longtemps moteur de l’investissement, commence à corriger ses excès, et les entreprises fortement endettées doivent ajuster leurs bilans. Cette période voit également un renforcement des tensions sociales vingtenaires, liées au vieillissement démographique et à l’augmentation des inégalités, qui pèsent de plus en plus sur la consommation intérieure.

Entre 2035 et 2040, cette situation devrait s’intensifier : des crises ponctuelles apparaitront, marquées par des corrections plus profondes dans le secteur immobilier, des difficultés financières dans certaines entreprises publiques et privées, et des turbulences sur le marché bancaire. Les pressions extérieures s’accentueront, aux moyens de sanctions technologiques, d’une concurrence accrue pour les ressources critiques, et de stratégies américaines visant à limiter l’accès de la Chine aux flux du commerce mondial.  À terme, ces chocs externes aggraveront les déséquilibres internes et pourraient provoquer des ralentissements brutaux dans certaines régions ou secteurs chinois, transformant un simple ralentissement en crises cycliques et localisées.

De 2040 à 2045, la Chine pourrait connaître une stagnation prolongée, caractérisée par une croissance structurellement faible, une consommation intérieure atone et un marché du travail sous pression. Le vieillissement de la population sera alors le facteur central, réduisant la dynamique économique et accentuant les tensions sociales. C’est une phase où le pays se rapproche de ce que le Japon a vécu lors de sa « décennie perdue », mais avec des variables externes beaucoup plus fortes et potentiellement déstabilisantes.

Enfin, entre 2045 et 2050, la Chine pourrait amorcer des ajustements institutionnels et économiques. Une réforme du système financier permettra de stabiliser le marché immobilier et de renforcer les mécanismes de redistribution sociale. Cette phase pourrait permettre une stabilisation lente, offrant un potentiel de redressement partiel et une sortie progressive de la stagnation.

Cette projection illustre la complexité de l’atterrissage chinois. Il ne s’agit pas seulement d’un ralentissement économique classique à la japonaise. La trajectoire présente porte des facteurs internes et des pressions géopolitiques qui peuvent interagir pour créer des crises ponctuelles et prolonger une stagnation avant que des réformes institutionnelles ne tentent de stabiliser la situation.

L’analogie avec le Japon des années 1980 et, plus en amont, avec les peurs américaines des années 1930 éclaire utilement la situation chinoise actuelle sans pour autant en fixer l’issue. Elle montre que la peur américaine du déclassement n’est ni nouvelle ni exceptionnelle : elle constitue une constante de l’histoire des relations internationales, activée à chaque fois qu’une puissance montante semble menacer un ordre établi. Cette peur a parfois conduit à des stratégies de pression économique, parfois à des accommodements tactiques, et plus rarement à des confrontations ouvertes.

Dans le cas chinois, cette peur agit aujourd’hui comme une variable d’environnement, non comme un déterminisme. Les restrictions technologiques, les manœuvres autour des ressources énergétiques ou des routes stratégiques, et le recentrage américain vers l’Indo-Pacifique peuvent freiner, détourner ou renchérir la trajectoire de développement chinoise. Mais elles ne suffisent pas à en expliquer la dynamique profonde. Les facteurs internes démographie, dette, immobilier, transformation du modèle productif, capacité de l’État à réformer demeurent centraux et pourraient, selon les choix opérés à Pékin, conduire soit à une stagnation prolongée, soit à une adaptation progressive.

L’histoire invite également à la prudence dans les parallèles guerriers. Si les années 1930 rappellent que la peur peut déboucher sur des ruptures majeures, elles montrent aussi que ces ruptures ne sont jamais mécaniques. Aujourd’hui, l’interdépendance économique, la dissuasion nucléaire et la fragmentation du système international rendent une répétition pure et simple de Pearl Harbor improbable, sans l’exclure totalement. Le risque réside moins dans une guerre inévitable que dans une accumulation de malentendus stratégiques, de gestes coercitifs et de calculs erronés.

Dans ce contexte, les tentatives américaines d’accommodement avec la Russie (au prix de tensions avec l’Europe) apparaissent comme l’un des premiers ajustements possibles d’une puissance cherchant à hiérarchiser ses priorités. Elles ne préjugent pas d’un affrontement direct, mais traduisent une incertitude croissante quant à la configuration future de l’ordre mondial.

En définitive, l’avenir de la Chine ne se jouera ni uniquement à Washington, ni exclusivement à Pékin, mais dans l’interaction mouvante entre peurs, perceptions et capacités réelles. La peur américaine peut accélérer, contraindre ou détourner la trajectoire chinoise ; elle ne peut la déterminer entièrement. C’est dans cette zone grise, entre adaptation, ralentissement et recomposition stratégique, que se dessineront, demain comme aujourd’hui, les équilibres du XXIᵉ siècle à venir.

Gérald Arboit

https://nouvellerevuepolitique.fr/gerald-arboit-la-chine-face-au-modele-japonais-ralentissement-ou-crise-acceleree/



 

 C) - L'illusion de la souveraineté.

Il existe une tentation aussi vieille que les nations elles-mêmes : celle de ne rien devoir à personne, de fermer ses frontières pour créer un territoire autosuffisant, à l’abri des alliances changeantes et du chantage des fournisseurs. Cette tentation a ressurgi avec force depuis la pandémie de 2020 et la guerre en Ukraine, suivies de la fermeture du détroit d’Ormuz. 

 Les États-Unis ont conclu que leur souveraineté civile et militaire reposait sur des composants fabriqués à Taïwan. La Chine, de son côté, sait qu’elle dépend des semi-conducteurs de Taïwan et de la Corée du Sud, du soja du Brésil et des États-Unis, ainsi que du gaz naturel liquéfié provenant d’Australie, du Qatar et des États-Unis. Les Européens ont pris conscience de leur dépendance envers la Chine pour leurs panneaux solaires et leurs batteries de voitures électriques ; envers les États-Unis pour leurs armements, leurs systèmes financiers, leurs réseaux de communication et les logiciels faisant fonctionner leurs hôpitaux ; envers quelques mines africaines et russes pour le combustible alimentant leurs centrales nucléaires ; et envers l’Inde pour les principes actifs de la plupart de leurs médicaments. Enfin, le monde entier a découvert que la production agricole et industrielle de chacun dépendait de l’acide sulfurique et de l’hélium, dont l’approvisionnement a été interrompu par la fermeture du détroit d’Ormuz. 

 Chacun a également compris que ce qui constituait une vulnérabilité vis-à-vis d’autrui pouvait devenir une arme redoutable : Pékin a réalisé que ses aimants — uniques au monde — constituaient un moyen de dissuasion plus puissant que ses armées ; Washington a découvert que l’accès à ses réseaux de communication et à ses applications d’intelligence artificielle pouvait contraindre une puissance rivale à céder. 

Cette forme de chantage économique n’a rien de nouveau. Les Britanniques y ont eu recours pendant deux siècles. Dès 1940, les États-Unis ont fait de l’accès à leurs armes et au dollar des instruments de coercition, non seulement contre leurs ennemis, mais aussi contre leurs alliés les plus proches. De même, les Chinois ont compris que le meilleur moyen de ramener le président Trump à la raison (alors qu’il se vantait de pouvoir leur imposer des droits de douane exorbitants) consistait à suspendre, sans un mot, leurs exportations d’aimants, de gallium et de germanium — des ressources sans lesquelles l’ensemble du secteur industriel occidental se retrouverait rapidement paralysé. Les deux camps ont pris conscience qu’ils possédaient de nombreuses entreprises détenant des monopoles mondiaux, capables d’exercer un chantage sur l’ensemble de leurs clients. Les Européens, pour leur part, ont reconnu ne disposer que d’une seule entreprise de ce type (ASML, une société néerlandaise au capital majoritairement américain), ce qui ne leur offrait aucun levier crédible de représailles. 

Face à cette situation, un vent de panique a soufflé, et l’on a commencé à évoquer la nécessité d’une « souveraineté économique » — autrement dit, la production de tout sur le territoire national. 

Les États-Unis ont commencé par rapatrier la production de véhicules électriques et accordent désormais des subventions massives aux modèles contenant au moins 50 % de composants fabriqués sur le sol américain, un taux appelé à atteindre 80 % d’ici à 2027. 

 La Russie, la Chine et l’Inde ont agi de même, et l’Union européenne s’apprête à leur emboîter le pas. La France relocalise sa production pharmaceutique. L’Inde impose des droits de douane exorbitants sur les smartphones étrangers pour contraindre Apple et Samsung à les fabriquer sur son sol. L’Indonésie a interdit l’exportation de nickel brut afin d’obliger les industriels étrangers à le raffiner sur place. La Côte d’Ivoire tente d’adopter une stratégie similaire pour le café et les noix de cajou. Enfin, la Chine, en passe d’atteindre l’autosuffisance énergétique, a lancé de vastes programmes de recherche en biotechnologie visant à produire artificiellement, sur son propre territoire, toutes les protéines nécessaires à l’alimentation de sa population, afin de pouvoir se passer des États-Unis, de l’Afrique et du Brésil.

Chacune de ces décisions a sa propre logique ; leur apparition simultanée est absurde : si tout le monde essaie de produire localement tout ce qu’il consomme et pénalise ou interdit les importations, de nombreux produits seront bientôt indisponibles ou deviendront très chers, et tout le monde deviendra plus pauvre. Déjà, aux États-Unis, les véhicules électriques conformes aux normes de souveraineté coûtent 20 % de plus que leurs équivalents importés, pénalisant justement les ménages à faibles revenus qui ont besoin d’être accompagnés pendant la transition énergétique. De même, reconstruire toute une industrie chimique sur le sol européen pour produire tous les médicaments vitaux – comme cela vient d’être décidé – prendra des décennies et nécessitera des investissements colossaux, au détriment des investissements nécessaires dans de nombreux autres domaines de la santé et du développement durable. 

 Dans l’ensemble, cette obsession de la souveraineté économique alimente l’inflation, conduit à la récession et favorise la méfiance, les conflits d’intérêts et le nationalisme. La guerre suivra si nous continuons dans cette voie. 

Si la souveraineté est une illusion, que devons-nous faire ? La réponse est simple. Cela peut se résumer en une phrase : au lieu de rechercher la souveraineté, chaque pays devrait adopter la règle d’avoir au moins quatre fournisseurs dans chaque secteur. 

Un pays qui achète ses batteries auprès de quatre fournisseurs différents ne peut être pris en otage par aucun d’entre eux. Un pays qui répartit ses sources d’approvisionnement en gaz naturel entre quatre producteurs bénéficie d’une réelle liberté d’action. 

Cette diversification ne remet pas en cause l’obligation d’investir dans des domaines où la dépendance extérieure poserait un risque stratégique inacceptable : énergie durable, agriculture et alimentation, médicaments et fournitures médicales essentiels, semi-conducteurs les plus critiques, centres de données, défense et sécurité, communications sécurisées. 

 La véritable souveraineté – celle qui assure une protection durable aux peuples – n’est donc pas celle qui rêve de frontières hermétiques et de production entièrement nationale. C’est celui qui reconnaît que la force d’une nation réside dans la création d’une ou plusieurs entreprises mondialement irremplaçables, dans la qualité de ses alliances et dans la diversité de ses partenaires. L’Union européenne, par exemple, manque encore cruellement de quelques entreprises mondialement irremplaçables, et ses partenaires sont loin d’être suffisamment diversifiés. 

Aujourd’hui, le véritable pouvoir appartient à ceux dont personne ne peut se passer – et qui, à leur tour, peuvent se passer de personne.

Jacques Attali

Titulaire d'un doctorat en économie, Jacques Attali est diplômé de l'École polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il a fondé quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à l'analyse de l'avenir), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les journaux financiers *Les Échos* et *Nikkei*, après avoir également collaboré avec *L’Express*. Jacques Attali dirige aussi régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/en/positive-economy/the-illusion-of-sovereignty/

 

 

 

mars 04, 2026

Analyses & Bellicisme Trumpiste comme les intérêts israéliens

Sommaire:

A1) - « Le régime cherche à transformer l'attaque en réflexe patriotique »

A2) - Le démenti du Pentagone sur l’Iran : Trump renoue avec le bellicisme américain et les intérêts israéliens 

B) -  L’escalade américaine en Iran : Trump face à un isolement croissant sur la scène internationale

C) - Trump menace de couper les échanges commerciaux avec l'Espagne à cause des bases aériennes espagnoles.

D) - Guerre USA-Israël-Iran : Entre rumeurs sur des pertes françaises et justifications controversées de l’administration Trump

E) - Le siège invisible : comment les compagnies d’assurance ont fermé le détroit d’Ormuz

F) - Analyse des frappes israélo-américaines sur l’Iran

Ali Khamenei et Maduro, ou la fin de l’incantation. D’ores et déjà un événement d’une portée identique à ce que fut en son temps la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS.

 


A1) - « Le régime cherche à transformer l'attaque en réflexe patriotique »

Pouvons-nous considérer que les jours du régime iranien sont comptés ou existe-t-il un risque d’enlisement réel ?

La réponse tient en une idée centrale : tout dépend si les choses vont à ce rythme, c’est-à-dire si les bombardements ciblés et les éliminations de responsables se poursuivent avec la même intensité. La disparition de la figure suprême fragilise l’architecture idéologique du système. La République islamique repose sur une autorité religieuse et politique concentrée. Toucher cette clé de voûte crée un vide symbolique considérable. Toutefois, un régime ne repose pas uniquement sur un homme. Il repose sur des réseaux, des structures, des hommes armés, des circuits financiers et un appareil administratif. En Iran, les Gardiens de la Révolution, les milices Bassidji, les services de renseignement et une partie de l’armée régulière constituent encore un socle solide. Même affaibli, ce socle peut maintenir l’ordre par la force.

Si les frappes continuent à désorganiser la chaîne de commandement, à neutraliser les centres névralgiques et à couper les capacités de coordination, alors l’effondrement peut s’accélérer. Les défections pourraient apparaître, notamment si des responsables locaux estiment que le pouvoir central ne peut plus les protéger. En revanche, si l’intensité des frappes diminue ou si l’appareil sécuritaire réussit à se reconstituer autour d’une direction provisoire, le risque d’enlisement devient réel. Le régime pourrait se transformer en structure plus militaire que religieuse, recentrée sur la survie et la répression. Dans ce cas, il ne tomberait pas immédiatement ; il s’endurcirait.

L’offensive américano-israélienne va-t-elle réactiver la mobilisation populaire sur le terrain ? Ou la répression risque-t-elle de s’intensifier ?

Pour le moment, la réponse est claire : non, pas pour le moment, c’est trop tôt encore. La population est prise dans un double étau. D’un côté, les frappes et l’incertitude. De l’autre, un appareil sécuritaire qui reste capable d’arrêter, d’intimider et de contrôler les grandes villes. Dans un contexte de guerre, beaucoup hésitent à descendre dans la rue. Il existe une peur réelle du chaos, mais aussi la crainte d’être accusé de trahison en pleine confrontation extérieure.

Le régime, de son côté, cherche à transformer l’attaque en réflexe patriotique. Il peut tenter de présenter le conflit comme une agression contre la nation plutôt que contre le pouvoir. Dans ce type de situation, la répression ne diminue pas ; elle a tendance à s’intensifier. Coupures des communications, contrôles accrus, arrestations ciblées. Une mobilisation massive ne pourrait émerger que si deux conditions sont réunies : d’une part, une perception claire que le régime vacille réellement ; d’autre part, une désorganisation visible de la chaîne de commandement locale. Tant qu’un gouverneur, un chef de police ou un commandant régional peut encore donner des ordres cohérents, la rue restera prudente. Cinq jours après le début de l’offensive, il est trop tôt pour parler d’un soulèvement généralisé.

Dans l’hypothèse d’une chute plus ou moins rapide du régime, d’aucuns pointent un risque d’irakisation ? Qu’en pensez-vous ?

Pour l’instant, il ne se passe pas ce que certains imaginaient. On ne voit pas des foules immenses descendre dans les rues dès les premiers bombardements. C’est compréhensible. Quand un pays est frappé de l’extérieur, la première réaction n’est pas forcément la révolte. C’est le choc, l’inquiétude pour sa famille, la peur de ce qui peut arriver dans les heures suivantes.

Il faut se mettre à la place des gens. Sortir manifester alors que des frappes ont lieu et que les forces de sécurité sont en alerte maximale, c’est prendre un risque énorme. Les autorités n’ont pas disparu. Les arrestations restent possibles. Les contrôles aussi. Beaucoup peuvent penser que ce n’est pas le moment, que la priorité est d’attendre, de voir comment la situation évolue.

En parallèle, le pouvoir essaie de reprendre la main sur le récit. Il peut présenter les attaques comme une agression contre l’Iran en tant que nation, et non seulement contre le régime. Dans ces moments-là, certains hésitent à critiquer ouvertement le pouvoir, de peur d’être perçus comme soutenant l’ennemi. Cela ne veut pas dire que le mécontentement a disparu. Mais il ne se transforme pas automatiquement en mobilisation visible.

Dans l’hypothèse d’une chute plus ou moins rapide du régime, certains parlent d’un risque d’“irakisation”. Je comprends la comparaison, mais je reste prudent avec ce terme.

L’Iran n’est pas l’Irak de l’époque de Saddam Hussein. L’État iranien a une histoire plus longue, une administration enracinée et une identité nationale forte. Même ceux qui contestent le régime ne contestent pas nécessairement l’existence de l’État iranien. Cela compte énormément. On ne peut donc pas affirmer qu’une chute du pouvoir central conduirait automatiquement au chaos généralisé.

Cela dit, il existe des risques réels si l’effondrement est rapide et mal préparé.

L’Iran est un pays multiethnique. Les Perses sont majoritaires, mais il y a des minorités importantes : les Kurdes au nord-ouest, les Baloutches au sud-est, les Arabes du Khuzestan au sud-ouest, les Azerbaïdjanais au nord. Tant que le pouvoir central est solide, ces équilibres tiennent, parfois par l’intégration, parfois par la pression sécuritaire. Si le centre s’affaiblit brutalement, ces équilibres peuvent être remis en cause.

Dans les régions kurdes, il existe une tradition politique forte et des revendications anciennes d’autonomie culturelle et politique. Une chute du régime pourrait relancer ces demandes. La Turquie suivrait cela de très près, tout comme l’Irak, car la question kurde dépasse largement les frontières iraniennes.

Au sud-est, dans le Sistan-Baloutchistan, région pauvre et marginalisée, les Baloutches ont déjà connu des tensions avec le pouvoir central. Une vacance du pouvoir pourrait ouvrir la voie à des revendications plus fortes ou à l’émergence de groupes armés locaux. Le Pakistan, pays frontalier, serait directement concerné par toute déstabilisation prolongée.

Au Khuzestan, région stratégique pour ses ressources énergétiques et peuplée en partie d’Arabes iraniens, toute instabilité aurait des conséquences économiques et politiques majeures. L’Irak, voisin immédiat, ne pourrait pas rester indifférent à une évolution dans cette zone sensible.

À cela s’ajoute la question des Moudjahidines du Peuple, organisation d’opposition en exil. Si, dans le vide politique, ce mouvement tentait de s’imposer sans consensus national, cela pourrait créer des tensions supplémentaires à l’intérieur du pays.

Le risque, donc, ne serait pas forcément une guerre confessionnelle comme en Irak après 2003, mais plutôt une fragmentation progressive : centres de pouvoir locaux, rivalités régionales, tentations d’ingérences extérieures. Si la transition est mal organisée, le vide peut être exploité par différents acteurs, internes et voisins.

En résumé, je n’aime pas comparer mécaniquement l’Iran et l’Irak, et je souhaite le meilleur pour tous les peuples de la région. Mais si le régime s’effondre brutalement sans transition claire et inclusive telle que voulue par le prince Reza Pahlavi, il existe effectivement un risque de désordre, de tensions ethniques et d’implication des pays voisins. Rien n’est inévitable, mais le danger serait réel dans un scénario précipité.

Michel Fayad


 

A2) - Le démenti du Pentagone sur l’Iran : Trump renoue avec le bellicisme américain et les intérêts israéliens  

Dans un revirement spectaculaire qui ébranle l’administration Trump, le Pentagone a informé le Congrès qu’il n’existait aucun signe indiquant que l’Iran prévoyait d’attaquer les États-Unis en premier.

Cette révélation, rapportée par Reuters le 1er mars 2026, jette une ombre sur les justifications des frappes israélo-américaines lancées le 28 février contre Téhéran. Baptisées « Roaring Lion » par Israël et « Epic Fury » par les États-Unis, ces opérations ont visé un changement de régime, tuant le guide suprême Ali Khamenei et des dizaines de responsables iraniens.

Mais au-delà des faits militaires, cette affaire soulève des questions profondes sur le bellicisme renouvelé de Donald Trump, ses liens étroits avec Israël, et la priorisation des intérêts étrangers au détriment de ceux des Américains.

Des publications sur les réseaux sociaux relayant cette information, qualifient la situation d’ « extrêmement grave », soulignant un possible « lâchage » de Donald Trump par le Pentagone.

 


 

Le démenti du pentagone : une justification fragile pour les frappes

Selon des sources anonymes citées par Reuters, des responsables du Pentagone ont briefé des membres du Congrès à huis clos, affirmant qu’aucune information ne suggérait une attaque imminente de l’Iran contre les forces américaines. Ces briefings mettaient l’accent sur les capacités balistiques iraniennes et les menaces potentielles des proxies, mais sans preuve d’une initiative offensive de Téhéran. Ce démenti contredit directement les arguments de l’administration Trump, qui présentait les frappes comme préventives pour contrer une agression supposée.

Les négociations à Genève, interrompues brutalement par ces attaques, ajoutent à la controverse. Des pourparlers indirects sur le programme nucléaire iranien, médiatisés par Oman, se déroulaient encore le 26 février, avec des signes de progrès selon des sources diplomatiques. Des critiques démocrates, comme le sénateur Mark Warner, ont déclaré n’avoir vu aucune preuve d’une frappe préemptive iranienne, qualifiant le conflit de « guerre de choix ». Un sondage Reuters / Ipsos révèle que seulement 27 % des Américains approuvent ces frappes, contre 43 % qui les désapprouvent, reflétant un scepticisme croissant face à cette escalade.

 


 

Trump et le retour du « gendarme du monde »

Ce démenti met en lumière le comportement belliciste de Donald Trump, qui renoue avec la tradition américaine de se poser en « gendarme du monde ». Depuis son retour à la Maison-Blanche, Trump a multiplié les interventions unilatérales, invoquant souvent des menaces exagérées pour justifier des actions militaires. Son discours sur l’état de l’Union du 25 février, truffé d’accusations contre l’Iran – qualifié de « principal sponsor du terrorisme » – préparait déjà le terrain pour une confrontation. Trump y affirmait vouloir empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire, malgré des rapports du renseignement américain confirmant que Téhéran avait stoppé son programme en 2003 et n’en construisait pas actuellement.

Cette posture interventionniste n’est pas isolée. En janvier 2026, Trump a ordonné une opération militaire au Venezuela, qualifiée de « kidnapping » par de nombreux observateurs. Des forces spéciales américaines ont capturé le président Nicolás Maduro et sa femme Cilia Flores lors d’un raid nocturne à Caracas, les extradant vers New York pour des accusations de trafic de drogue. L’opération, impliquant environ 150 appareils, a causé au moins 40 morts selon des sources vénézuéliennes, et a été dénoncée comme une violation flagrante de la souveraineté. Donald Trump a justifié l’action par des motifs de lutte contre le narcoterrorisme, mais des critiques, comme la membre du Congré Bonnie Watson Coleman, l’ont accusée d’être motivée par des intérêts pétroliers, avec des consultations auprès d’exécutifs du secteur plutôt que du Congrès. Maduro, plaidant non coupable, a affirmé avoir été « kidnappé », et l’opération a provoqué des protestations mondiales, y compris en Amérique latine.

Ces actions illustrent un retour à une diplomatie de la canonnière, où les États-Unis imposent leur vision du monde par la force, au risque d’instabilité régionale et de pertes humaines inutiles.

Les liens étroit avec Israël : des intérêts américains sacrifiés ?

Les frappes sur l’Iran soulignent également les liens étroits entre Trump et Israël. La décision d’attaquer semble avoir été scellée lors de la visite de Benjamin Netanyahu à Washington le 11 février 2026, où des discussions sur des « dates possibles d’attaque » ont eu lieu, selon des rapports du New York Times. Benyamin Netanyahu, déterminé à torpiller les négociations avec l’Iran, a influencé Trump à abandonner la diplomatie au profit d’une offensive conjointe.

Cette alliance pose une question cruciale : les intérêts d’Israël priment-ils sur ceux des Américains ? Israël perçoit l’Iran comme une menace existentielle, justifiant des frappes pour neutraliser son influence régionale. Mais pour les États-Unis, les bénéfices sont moins clairs. Les frappes risquent d’escalader en un conflit prolongé, épuisant les ressources américaines et exposant les troupes à des ripostes iraniennes. Des sondages, comme celui de Quinnipiac en janvier 2026, montrent que 70 % des Américains s’opposent à une guerre avec l’Iran, particulièrement chez les démocrates (79 %). Pourquoi Trump engage-t-il les États-Unis dans une aventure qui pourrait gonfler les prix de l’énergie – via une fermeture potentielle du détroit d’Ormuz – et affaiblir sa position avant les midterms ?

Certains analystes suggèrent que l’influence d’Israël, via des lobbies puissants et des alliances personnelles (comme avec Netanyahu), oriente la politique étrangère américaine. L’opération au Venezuela, bien que distincte, renforce cette perception : Trump a admis des consultations avec des exécutifs pétroliers, priorisant des gains économiques à court terme au détriment de la stabilité internationale.

Conséquences et perspectives

Le démenti du Pentagone pourrait marquer un tournant, avec des appels à une enquête congressionnelle sur les justifications des frappes. Une publication sur X, réagissant à cette nouvelle, évoque un « lâchage » de Trump par le Pentagone, soulignant la gravité d’une fracture potentielle au sein de l’exécutif. À l’échelle globale, ces actions risquent d’isoler les États-Unis, renforçant des alliances alternatives comme les BRICS et accélérant le déclin de l’hégémonie américaine.

En conclusion, le bellicisme de Trump, illustré par les interventions récentes en Iran et au Venezuela (nous pourrions également y ajouter ses vues sur le Groenland), interroge la viabilité d’une Amérique qui se pose en justicier mondial. Prioriser les intérêts d’alliés comme Israël au détriment des Américains pourrait coûter cher politiquement et stratégiquement. Comme l’a noté un expert en géopolitique, « ce n’est pas un western : tuer le chef ne met pas fin à la guerre ». L’avenir dira si cette escalade mènera à une désescalade forcée ou à un conflit plus large.

https://multipol360.com/le-dementi-du-pentagone-sur-liran-trump-renoue-avec-le-bellicisme-americain-et-les-interets-israeliens/ 

 


 

B) -  L’escalade américaine en Iran : Trump face à un isolement croissant sur la scène internationale

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une opération militaire conjointe contre l’Iran, baptisée « Epic Fury » du côté américain et « Roaring Lion » pour les Israéliens. Cette attaque, qui a visé directement le cœur du régime iranien en éliminant le guide suprême Ali Khamenei et une quarantaine de hauts responsables, marque un tournant dans la politique étrangère de Donald Trump. Justifiée comme une mesure préemptive contre une prétendue menace imminente, elle s’inscrit dans une reprise du bellicisme américain, aligné sur les intérêts stratégiques israéliens. Pourtant, derrière cette démonstration de force, se dessine un tableau plus sombre :

Trump est de plus en plus abandonné par une coalition internationale, y compris par des alliés occidentaux et membres de l’OTAN, qui refusent de suivre Washington dans cette aventure risquée.

Le contexte d’une agression controversée

Les frappes interviennent dans un climat de tensions exacerbées, alors que des négociations nucléaires étaient en cours à Genève sous auspices suisses. Trump, influencé par une visite de Benjamin Netanyahu à Washington le 11 février, a opté pour une approche offensive, accusant l’Iran d’être le « principal sponsor du terrorisme » et de menacer la sécurité mondiale avec son programme nucléaire – bien que des rapports de renseignement américains confirment que Téhéran a suspendu ses activités en 2003. Le Pentagone a même démenti publiquement, lors d’un briefing au Congrès le 1er mars, toute indication d’une attaque iranienne imminente, soulignant l’absence de preuves pour justifier une action préemptive. Cette contradiction interne met en lumière une stratégie impulsive, où la diplomatie semble n’être qu’un écran pour masquer des préparatifs militaires.

L’opération fait écho à une intervention récente au Venezuela en janvier 2026, où les forces américaines ont capturé le président Maduro sous prétexte de trafic de drogue, causant une quarantaine de morts et provoquant des protestations mondiales. Ces actions unilatérales, qualifiées de « guerre de choix » par des critiques démocrates comme le sénateur Mark Warner, visent un changement de régime mais ignorent les leçons du passé : tuer un leader ne garantit pas la stabilité, comme l’a démontré la résilience du système iranien, qui a rapidement annoncé une succession et riposté avec des missiles sur des bases américaines dans sept pays du Moyen-Orient. L’Iran, anticipant l’assaut grâce à la montée visible des forces US dans le Golfe, a fermé le détroit d’Ormuz, bloquant 20 % du pétrole mondial et faisant grimper les prix de l’énergie – un coup dur pour l’économie américaine à l’approche des midterms.

Un isolement international qui s’accentue

Si Trump espérait rallier le monde derrière sa vision musclée, la réalité est tout autre. Les réactions internationales révèlent un abandon progressif, particulièrement chez des partenaires traditionnels.

Les alliés européens, piliers de l’OTAN, ont rapidement pris leurs distances, soulignant qu’ils n’ont pas participé aux frappes et appelant à la retenue pour éviter une escalade régionale.

Le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, dans une déclaration conjointe, ont évité de condamner directement les actions américaines mais ont insisté sur la nécessité de reprendre les négociations, condamnant plutôt les ripostes iraniennes sur des pays de la région. Cette formulation prudente masque une critique implicite : ces nations, engagées depuis des décennies dans le respect du droit international, voient dans les frappes une violation flagrante de l’article 2(4) de la Charte des Nations Unies, qui interdit l’usage de la force sans autorisation du Conseil de sécurité.

L’Espagne, membre de l’OTAN, va plus loin en condamnant ouvertement l’intervention, émergent comme une voix dissidente au sein de l’Alliance atlantique.

Madrid a refusé d’autoriser l’utilisation de ses bases militaires pour les opérations contre l’Iran, invoquant des préoccupations humanitaires et une opposition à l’escalade.

Donald Trump a réagi avec virulence, menaçant de couper les liens commerciaux et critiquant l’Espagne pour son refus d’augmenter ses dépenses de défense à 5 % du PIB, comme exigé par Washington. De même, le Royaume-Uni a initialement bloqué l’accès à sa base de Diego Garcia, provoquant l’ire de Trump qui a qualifié le Premier ministre Keir Starmer de « pas un Churchill« .

Ces refus soulignent une fracture au sein de l’OTAN : les alliés européens, las d’une Amérique imprévisible, craignent d’être entraînés dans un conflit coûteux qui expose leurs intérêts sans gain clair.

Au-delà de l’Europe, l’isolement s’étend. Des pays comme l’Australie et le Canada soutiennent verbalement les États-Unis, mais la majorité des nations, y compris dans le Moyen-Orient, condamnent les ripostes iraniennes tout en restant silencieuses sur les frappes initiales – un signe de prudence face à un Trump perçu comme imprévisible. La Russie et la Chine, quant à elles, dénoncent ouvertement l’agression, renforçant leurs liens avec l’Iran et accélérant le déclin de l’hégémonie américaine via les BRICS. Même au sein des États-Unis, l’opposition est massive : des sondages indiquent que 70 % des Américains s’opposent à une guerre avec l’Iran, particulièrement chez les démocrates, et des experts avertissent que ces actions pourraient pousser Téhéran vers l’arme nucléaire pour se défendre.

Les implications pour Trump et l’Amérique

Cette offensive, loin de consolider la position des États-Unis, expose les limites de la diplomatie trumpienne, marquée par la « perfidie » – l’utilisation de pourparlers comme couverture pour des assauts militaires. En contournant l’ONU et le Congrès, Trump risque non seulement une escalade prolongée, mais aussi une remise en question des alliances : être allié de Washington devient synonyme de vulnérabilité, comme le montrent les ripostes iraniennes sur des bases dans des pays hôtes. Les alliés occidentaux, confrontés à un Trump qui rompt avec la tradition de respect apparent du droit international, optent pour la distance plutôt que la loyauté aveugle.

À l’heure où le monde observe une ONU paralysée et un Conseil de sécurité muet, ces frappes pourraient marquer le début d’un conflit existentiel pour l’Iran, mais aussi pour l’influence américaine. Trump, en renouant avec un interventionnisme unilatéral, se retrouve isolé, lâché par ceux qui, hier encore, suivaient Washington.

Cette dynamique, amplifiée par les critiques internes et internationales, pourrait bien transformer « Epic Fury » en un boomerang politique pour le président républicain.

 https://multipol360.com/lescalade-americaine-en-iran-trump-face-a-un-isolement-croissant-sur-la-scene-internationale/

 


 

 C) - Trump menace de couper les échanges commerciaux avec l'Espagne à cause des bases aériennes espagnoles.

L'Espagne est membre de l'Union européenne, un bloc de 27 pays appliquant une politique commerciale commune. Toute tentative de cibler spécifiquement Madrid risque donc de créer des tensions avec d'autres États membres, comme l'Allemagne, la France et l'Italie.

Le président Donald Trump a menacé mardi de suspendre les échanges commerciaux avec l'Espagne et a déclaré avoir donné instruction au secrétaire au Trésor, Scott Bessent, de « rompre tout lien commercial » avec le pays, sur fond de différend concernant l'utilisation de bases militaires exploitées conjointement sur le territoire espagnol. « Nous allons couper tout commerce avec l'Espagne », a déclaré M. Trump lors d'un entretien avec le chancelier allemand Friedrich Merz dans le Bureau ovale. « Nous ne voulons plus rien avoir à faire avec l'Espagne. » 
 
 
 
 L'Espagne est membre de l'Union européenne, un bloc de 27 pays appliquant une politique commerciale commune. Toute tentative de cibler spécifiquement Madrid risque donc de créer des tensions avec d'autres États membres, comme l'Allemagne, la France et l'Italie. Bien que la Cour suprême ait invalidé l'utilisation par M. Trump d'une loi d'urgence de 1977 lui permettant d'imposer des droits de douane arbitrairement, des responsables de son administration affirment que cette décision « a réaffirmé » sa capacité à utiliser cette loi pour prendre d'autres mesures, comme l'imposition d'un embargo économique contre un pays. 
 
 Lors de la rencontre dans le Bureau ovale avec Merz, Trump a interrogé le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, et Bessent sur la possibilité d'imposer un embargo à l'Espagne. « Monsieur le Président, je pense que nous allons en discuter avec vous », a déclaré Greer. « Je sais que vous disposez de pouvoirs importants, confirmés par la Cour suprême. Nous savons que vous pouvez les utiliser et, si nécessaire pour garantir la sécurité nationale et économique, nous le ferons. » « Je suis d'accord », a rapidement ajouté Bessent. « La Cour suprême a réaffirmé votre capacité à mettre en œuvre un embargo. » Le président américain avait déjà proféré des menaces commerciales similaires contre l'Espagne en octobre dernier, en raison des faibles dépenses de défense de Madrid, mais sans jamais les mettre à exécution. « L'Espagne est un membre clé de l'OTAN, qui remplit ses engagements et contribue de manière significative à la défense du territoire européen. 
 
Elle est également un acteur majeur de l'exportation au sein de l'UE et un partenaire commercial fiable pour 195 pays dans le monde, dont les États-Unis, avec lesquels nous entretenons des relations commerciales anciennes et mutuellement avantageuses », a déclaré le gouvernement espagnol dans un communiqué. « Si l’administration américaine souhaite revoir cette relation, elle doit le faire dans le respect de l’autonomie des entreprises privées, du droit international et des accords bilatéraux entre l’Union européenne et les États-Unis. » 
 
S’adressant à la presse mardi, Trump a également déclaré que son administration avait « instauré un droit de douane de 15 % pour tous », au lieu du droit de douane global de 10 % mis en place par la Maison Blanche en vertu d’une loi commerciale distincte après la défaite devant la Cour suprême le mois dernier. Le président avait précédemment annoncé une nouvelle hausse de ce droit de douane de 5 %, mais n’a pas donné suite à cette annonce officielle. 
 
 
 
Ce week-end, Madrid a empêché les États-Unis d’utiliser des bases exploitées conjointement pour attaquer l’Iran dans le cadre de la guerre lancée par les États-Unis, qui entre dans son quatrième jour. La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a expliqué lundi que les troupes américaines stationnées à Morón de la Frontera et sur la base aérienne de Rota devaient « opérer dans le cadre du droit international » et que ces installations militaires n’étaient pas autorisées à « fournir un soutien, sauf si cela s’avère nécessaire d’un point de vue humanitaire ».
 
Un accord de 1953 avec les États-Unis confère à Madrid un droit de regard sur l'utilisation des forces américaines stationnées sur son territoire. Robles a déclaré que les bases n'avaient pas participé à l'attaque de samedi dernier contre l'Iran et ne seraient pas utilisées pour des « opérations de maintenance et de soutien ». 
 
Selon le site de suivi des vols FlightRadar24, plus d'une douzaine d'avions américains, dont plusieurs ravitailleurs Boeing KC-135, ont quitté les bases de Morón et de Rota ce week-end, sept d'entre eux étant déployés sur la base aérienne de Rammstein en Allemagne. Robles a indiqué que les États-Unis avaient « probablement effectué ces mouvements car ils savaient que les avions ne pouvaient pas opérer » depuis l'Espagne. Cette décision a été relevée par des alliés de Trump, comme le sénateur Lindsey Graham (R-Caroline du Sud), qui a fustigé le gouvernement du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, le qualifiant d'« aberration » représentative d'un « leadership européen pitoyablement faible et dévoyé moralement ». 
 
Lors de la conférence de presse avec Merz, Trump a ajouté que « l'Espagne a été terrible » et « hostile ». Le président a de nouveau évoqué le refus de l'Espagne de se conformer à son exigence que les membres de l'OTAN consacrent 5 % de leur PIB aux dépenses militaires – une position qui avait incité Trump à suggérer d'« exclure » l'Espagne de l'alliance et à menacer Madrid de droits de douane plus élevés l'année dernière. Regarder : The Conversation 25:44 La sénatrice Slotkin explique pourquoi les démocrates ont besoin de leur propre « Projet 2029 » | The Conversation Il a ajouté que les États-Unis n'avaient pas besoin de l'autorisation de l'Espagne pour utiliser les bases situées sur son territoire. « Nous pouvons utiliser leurs bases si nous le voulons, nous pouvons simplement atterrir et les utiliser », a-t-il déclaré. « Personne ne va nous interdire de les utiliser. » 
 
Ces remarques sont le dernier signe en date que Trump entend continuer à brandir la menace de sanctions commerciales pour faire pression sur ses alliés sur des questions sans lien avec le commerce, notamment les engagements de défense au sein de l'OTAN. Et cela montre bien qu'il n'a pas l'intention de ralentir le rythme effréné des menaces de droits de douane contre certains pays, malgré la décision de la Cour suprême invalidant les droits de douane qu'il avait imposés en vertu de la loi de 1977 sur les pouvoirs économiques d'urgence internationaux (IEEPA). 
 
L'administration Trump dispose certes de plusieurs autres pouvoirs pour imposer des droits de douane, mais ils sont moins flexibles. Parmi eux figure l'article 122 de la loi de 1974 sur le commerce, que le président a utilisé pour imposer un droit de douane de 10 % à certains pays après la décision de la Cour. Cependant, cette disposition n'autorise le président à imposer ce droit de douane que pendant 150 jours, après quoi l'approbation du Congrès est requise. 
 
Doug Palmer a contribué à cet article.

 


D) - Guerre USA-Israël-Iran : Entre rumeurs sur des pertes françaises et justifications controversées de l’administration Trump 

Un conflit qui s’étend au Moyen-Orient

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une série de frappes aériennes coordonnées contre l’Iran, baptisée opération « Fureur épique », visant à neutraliser les capacités nucléaires et balistiques de Téhéran, ainsi qu’à décapiter son leadership. Ces attaques ont entraîné la mort du Guide suprême Ali Khamenei et de plusieurs hauts responsables iraniens, marquant le début d’un conflit ouvert qui entre dans son quatrième jour au 3 mars 2026.

L’Iran a riposté par des salves de missiles et de drones contre Israël, les Émirats arabes unis (EAU), l’Arabie saoudite et d’autres alliés américains dans la région, causant des dommages relativement limités mais exacerbant les tensions régionales.

Le président Donald Trump a indiqué que les opérations pourraient durer « quatre ou cinq semaines », tout en excluant des pourparlers immédiats avec Téhéran. Ce conflit, qui s’étend désormais au Liban avec des affrontements impliquant le Hezbollah, a provoqué la fermeture d’ambassades américaines et des perturbations massives dans les transports aériens et le commerce pétrolier.

La rumeur des 70 militaires français tués aux EAU : Une désinformation démentie

Parmi les nombreuses informations circulant sur ce conflit, une rumeur particulièrement alarmante a émergé : l’annonce supposée par l’Institute for the Study of War (ISW) de la mort de 70 soldats français aux EAU suite à une attaque iranienne. Cette allégation s’est propagée sur les réseaux sociaux, évoquant une frappe massive sur la base française de « Camp de la Paix » à Abou Dhabi. Cependant, aucune source officielle et médiatique ne confirme cette affirmation pour le moment.

Les faits confirmés indiquent que des drones iraniens ont bien visé la base navale d’Al Salam (ou Camp de la Paix) les 28 février et 1er mars 2026, provoquant un incendie dans un hangar et des dommages matériels mineurs. Le ministère de la Défense émirati et français ont tous deux affirmé qu’il n’y a eu aucune victime parmi les forces françaises, qui comptent environ 700 personnels stationnés aux EAU dans le cadre d’un partenariat stratégique datant de 2009. La ministre française des Armées, Catherine Vautrin, a confirmé que « les dommages sont uniquement matériels et limités », sans blessés.

En réponse, la France a déployé des avions Rafale pour sécuriser l’espace aérien au-dessus de ses installations, démontrant une posture défensive sans engagement offensif direct dans le conflit.

L’ISW, un think tank américain, n’a publié aucune déclaration sur des pertes françaises ; ses rapports se concentrent sur la dégradation des défenses aériennes iraniennes et les frappes alliées, sans mention d’incidents aux EAU impliquant des victimes étrangères. Les bilans officiels des attaques iraniennes sur les EAU font état de 3 civils tués (des travailleurs étrangers) et 58 blessés légers, principalement dus à des débris, mais aucun militaire français ne serait concerné. 

Les justifications américaines : Le témoignage controversé de Marco Rubio

Au cœur des débats sur la légitimité de cette guerre, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a témoigné devant le Congrès le 2 mars 2026, défendant les frappes comme une action « préventive et défensive ».

Selon Rubio, les États-Unis ont agi en sachant qu’une attaque israélienne imminente déclencherait une riposte iranienne contre les intérêts américains, et que ne pas intervenir aurait entraîné des pertes plus lourdes.

Il a souligné les objectifs : détruire les capacités balistiques iraniennes, anéantir sa marine, mettre fin à son supposé programme nucléaire et stopper son soutien aux groupes armés proxies. Rubio a également exprimé l’espoir que le peuple iranien renverse son régime, sans viser explicitement un changement de régime par la force.

Cette justification a suscité de vives critiques au Congrès. Les démocrates, comme le sénateur Marc Warner, ont dénoncé l’absence de menace imminente contre les États-Unis – la cible principale étant Israël – et l’absence de consultation préalable du Congrès, violant potentiellement la Constitution. Rubio s’est appuyé sur une loi post-11 septembre autorisant des actions antiterroristes sans vote, affirmant que l’information a été fournie dans les 48 heures requises. 

Des sondages montrent une opposition majoritaire de l’opinion publique américaine à cette intervention, craignant un enlisement similaire à l’Irak.

Sur les réseaux sociaux comme X, les réactions sont polarisées : certains saluent l’action contre l’Iran, d’autres la qualifient de « logique absurde » et d’escalade illégale.

 


 

Conséquences régionales et perspectives

Le conflit a déjà des répercussions économiques : les prix du pétrole ont grimpé, et le tourisme au Moyen-Orient pourrait chuter de 25 % en 2026. Des milliers de civils sont affectés, avec des évacuations en cours pour les expatriés, y compris environ 25.000 Français aux EAU. L’ONU et l’AIEA surveillent de près les sites nucléaires iraniens, confirmant des dommages mais sans escalade radiologique pour l’instant.

Les justifications de Rubio mettent en lumière les divisions internes aux États-Unis et les risques d’une escalade prolongée. Ce conflit, motivé par des craintes nucléaires et des alliances stratégiques, pourrait redessiner la géopolitique du Moyen-Orient, mais à quel prix humain et économique ? 

https://multipol360.com/guerre-usa-israel-iran-entre-rumeurs-sur-des-pertes-francaises-et-justifications-controversees-de-ladministration-trump/



 

E) - Le siège invisible : comment les compagnies d’assurance ont fermé le détroit d’Ormuz

Au milieu du conflit armé opposant les États-Unis et Israël à l’Iran en mars 2026, un phénomène inattendu paralyse l’une des artères vitales du commerce mondial : le détroit d’Ormuz. 

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce n’est pas une flotte de missiles ou un blocus militaire qui a fermé cette voie maritime stratégique, par où transitent environ 20 millions de barils de pétrole par jour, soit un cinquième de la consommation mondiale.

C’est plutôt le retrait soudain de couvertures d’assurance contre les risques de guerre par plusieurs grands assureurs qui a créé un « blocus actuariel », rendant impossible le passage des navires. Cette situation, qualifiée de « siège invisible » par l’analyste indépendant Shanaka Anslem Perera dans son article publié sur Substack, met en lumière la vulnérabilité du commerce mondial face aux mécanismes financiers privés, bien au-delà des tensions géopolitiques. La Chine, principal acheteur de pétrole iranien, exerce des pressions sur Téhéran pour rouvrir le détroit, mais comme le souligne une publication virale sur X, Pékin n’a aucun levier sur les assureurs londoniens qui ont provoqué cette fermeture.


 

Le mécanisme du retrait des assurances

Le 1er et 2 mars 2026, sept clubs d’assurance mutuelle de protection et d’indemnisation (P&I), qui couvrent collectivement 90 % du tonnage maritime mondial, ont émis des avis de résiliation de 72 heures pour les couvertures contre les risques de guerre dans le golfe Persique, le golfe d’Oman et les eaux iraniennes (voir ici et ici). Parmi eux : Gard ASNorthStandardSteamship MutualAssuranceforeningen Skuld, l’American Club, le Swedish Club et le London P&I Club. Ces résiliations, effectives à partir du 5 mars, ont été motivées par une réduction de l’appétit au risque des réassureurs, confrontés à une escalade rapide du conflit, incluant des menaces de l’IRGC (Gardiens de la Révolution islamique), des interférences GPS et des décès parmi les marins.

Sans cette couverture, les armateurs ne peuvent pas naviguer légalement, car les financiers et les régulateurs l’exigent.

Résultat : les transits dans le détroit ont chuté de 80 %, passant de 138 navires par jour à seulement 28, avec plus de 40 très grands transporteurs de brut (VLCC) immobilisés et 13 méthaniers déviés. Des sources comme Bloomberg et Captive International confirment que, bien que l’Iran n’ait pas officiellement fermé le détroit, les avertissements radiophoniques prétendument émis par sa marine et le retrait des assurances ont créé une fermeture de facto.

Ce retrait s’explique par des facteurs structurels : les régulations Solvency II exigent un capital de valeur à risque (VaR) à 99,5 %, rendant impossible la modélisation des risques dans un environnement chaotique. Contrairement aux crises passées, comme les attaques houthistes en mer Rouge (où les primes ont augmenté de 20 fois sans retrait total), ou la guerre des tankers des années 1980 (où des garanties gouvernementales ont maintenu la couverture), il n’existe ici aucun filet de sécurité étatique pour le fret maritime mondial.

Les Impacts économiques globaux

Cette fermeture amplifie les chocs systémiques à travers huit fractures interconnectées, selon l’analyse de Perera : réassurance, pétrodollars, engrais, gaz européen, exposition chinoise, inflation, munitions et convergence des risques.

  • Énergie et Pétrole : Le Brent a grimpé à 79-82 dollars le baril, intégrant une interruption de 4-8 semaines, mais les experts estiment une durée de 6-18 mois pour la réinstauration des assurances. Les pipelines alternatifs (comme l’East-West saoudien ou Habshan-Fujairah émirati) ne couvrent que 25 % des flux normaux, laissant un déficit de 13-16 millions de barils par jour.
  • Engrais et Gaz : L’arrêt des usines iraniennes d’urée affecte 33 % du commerce mondial d’engrais, coïncidant avec la saison de plantation dans l’hémisphère Nord. L’Europe, avec des stocks de gaz à 30 %, risque une chute à 12 % en cas de froid, Qatar fournissant 10-14 % de ses importations de GNL.
  • Finance et Inflation : Les fonds souverains du Golfe (4,9-6 trillions de dollars) pourraient liquider 240-360 milliards en Treasuries US, élargissant les rendements de 25-75 points de base. L’inflation pourrait atteindre 3,5-4,7 % d’ici fin 2026, avec des hausses de fret et des primes d’assurance répercutées.
  • Militaire : Les stocks américains d’intercepteurs (856 SM-6, 800 THAAD) s’épuisent rapidement, sans production suffisante pour une guerre prolongée.

Des publications sur X soulignent que les tankers et cargos forment des files d’attente de plusieurs kilomètres, poussant les prix du pétrole et du gaz à la hausse.

Le rôle de la Chine et les limites du pouvoir géopolitique

La Chine, qui achète 80 % du pétrole exporté par l’Iran via un accord de coopération de 400 milliards de dollars sur 25 ans, presse Téhéran de rouvrir le détroit. Pékin perd 4-5 millions de barils par jour, bien que ses réserves couvrent 96-121 jours. Cependant, comme l’explique Perera, la Chine a un levier sur l’Iran mais aucun sur Lloyd’s of London, où se concentrent les assureurs. Même une capitulation iranienne ne rétablirait pas les couvertures du jour au lendemain ; cela nécessite des mois pour reconstruire les modèles de risque, surtout avec 440,9 kg d’uranium enrichi non comptabilisé.

Des analystes sur X notent que des garanties souveraines ou des escortes navales pourraient accélérer le processus, mais construire une alternative chinoise prendrait des mois.

Ce « siège invisible » révèle que le commerce mondial repose sur une confiance privée fragile, vulnérable à des retraits comme en 2008 lors de la crise financière. Les marchés sous-estiment la durée (4-8 semaines vs. 6-18 mois), créant des opportunités d’arbitrage, mais aussi des risques systémiques : Brent à 100-120 dollars, gaz européen à plus de 60 €/MWh, et une inflation triple choc. Sans filet de sécurité gouvernementaux pour l’assurance maritime, cette crise pourrait s’étendre à d’autres domaines comme le cyber ou le climat. Pour les investisseurs, privilégier les options d’achat à long-terme, l’or (à 5.400 $/once, projeté à 6 300 $) et le GNL américain. La réouverture dépendra non seulement de la fin des hostilités, mais d’une reconstruction institutionnelle – un rappel que la puissance militaire n’est pas tout.

https://multipol360.com/le-siege-invisible-comment-les-compagnies-dassurance-ont-ferme-le-detroit-dormuz/

 


F) - Analyse des frappes israélo-américaines sur l’Iran 

Une stratégie de « perfide » ou un calcul raté ?

Dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient, les frappes israélo-américaines sur l’Iran, survenues le 28 février 2026, marquent une escalade significative. Baptisée « Roaring Lion » (Lion rugissant) par Israël et « Epic Fury » par les États-Unis, cette opération conjointe vise un changement de régime à Téhéran.

Selon l’analyse de Jacques Baud, ancien officier de renseignement suisse et auteur spécialisé dans les conflits israélo-iraniens, ces attaques ne sont pas seulement prévisibles, mais s’inscrivent dans une stratégie de « perfide » – un terme juridique international désignant l’utilisation trompeuse de négociations pour masquer des préparatifs militaires.

Contexte des attaques : la quatrième agression

L’Iran n’a jamais attaqué Israël ou les États-Unis, pourtant, c’est la quatrième fois que le duo israélo-américain frappe le pays perse. Jacques Baud rappelle les précédents en 2024 et 2025, soulignant l’absence de condamnations occidentales, ce qui a encouragé cette impunité. L’opération iranienne de riposte, nommée « True Promise 4″, est perçue par Téhéran comme une continuation des défenses antérieures.

La décision d’attaquer semble avoir été prise lors de la visite de Benjamin Netanyahou à Washington le 11 février 2026, comme révélé par le Council on Foreign Relations.

Cette action n’a été approuvée ni par le Congrès américain ni par le Conseil de sécurité des Nations Unies, violant les normes internationales.

Plus choquant encore : ces frappes interviennent alors que des négociations se déroulaient à Genève entre Américains et Iraniens, sous les auspices de la Suisse.

Les négociations comme couverture militaire

Jacques Baud accuse les États-Unis, sous Donald Trump, d’instrumentaliser les pourparlers diplomatiques. « Les Américains utilisent les négociations non pas pour la paix, mais comme une couverture pour préparer une attaque », explique-t-il. Ce modus operandi s’est répété avec l’Iran en 2024-2025, avec le Hamas en Palestine, et même avec le Venezuela. Techniquement, cela constitue une « perfide » : leurrer l’adversaire en feignant la bonne foi.

Le discours de Trump sur l’état de l’Union le 25 février, truffé d’accusations fantaisistes contre l’Iran, préparait le terrain narratif pour justifier l’assaut. Les experts sérieux anticipaient cette escalade, d’autant que les négociations à Genève paraissaient sincères du côté iranien.

Objectifs des frappes : décapitation et changement de régime

Les Israéliens ont ciblé le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, détruisant sa résidence et tuant sa famille, y compris un petit-enfant. Jacques Baud note que Khamenei s’y attendait, ayant déclaré être prêt à mourir et ayant préparé sa succession. Environ 40 responsables iraniens auraient été éliminés, mais des remplaçants ont été annoncés immédiatement, démontrant la résilience du système iranien.

Critiquant la stratégie occidentale, Baud argue que l’Occident est passé de stratèges à tacticiens : « Attaquer la tête du serpent sans exploiter la surprise est inefficace. » L’Iran avait dupliqué ses structures de commandement, anticipant l’assaut grâce à la montée en puissance visible des forces américaines dans le Golfe Persique. Sans forces au sol pour exploiter la décapitation – comme des troupes parachutistes ou un gouvernement alternatif – les Américains et Israéliens n’ont pas pu capitaliser sur leur succès initial.


 

Riposte iranienne : une stratégie graduée et résiliente

L’Iran a répliqué avec des missiles sur des bases américaines dans sept pays du Moyen-Orient, franchissant les défenses Patriot et Dôme de Fer. Jacques Baud prédit une escalade graduelle : épuisement des défenses adverses, puis frappes sur des cibles économiques américaines.

Les Iraniens, attaqués quatre fois, voient désormais le conflit comme existentiel et visent un « succès décisif » pour dissuader de futures agressions.

Contrairement à 2025, où Téhéran limita sa réponse, l’Iran pourrait fermer le détroit d’Ormuz (désormais fermé), bloquant 20 % du pétrole mondial (20 millions de barils par jour). Cela pourrait être physique ou via des refus d’assurance pour les pétroliers, impactant les prix de l’énergie et affaiblissant Trump avant les midterms de 2026. Des sondages (Politico, janvier 2026 ; YouGov) montrent que 70 % des Américains s’opposent à une guerre avec l’Iran, particulièrement chez les démocrates.

Rôle des alliés et conséquences régionales

La France, impliquée dans la déstabilisation de l’Iran via des groupes d’opposition (retirés des listes terroristes américaines en 2012), pourrait être ciblée. Jacques Baud note que les ripostes iraniennes sur des bases américaines dans des pays alliés remettent en question ces alliances : « Être allié des États-Unis expose à des risques inutiles. » Contrairement aux Israéliens, qui tirent « sur tout et n’importe quoi », les Iraniens sont stratégiques, légitimant leurs actions aux yeux des Arabes.

Économiquement, Israël risque des destructions massives, pires que la « guerre des 12 jours » de 2025. Baud avertit que la logique pousse l’Iran à « raser Israël » pour survivre, bien que ce ne soit pas leur intention initiale.

Le Mythe du programme nucléaire iranien

Les motifs invoqués – brutalité contre l’opposition ou programme nucléaire – sont démontés par Jacques Baud. Les manifestations de décembre-janvier 2026 (30.000 morts allégués, probablement exagérés) furent provoquées par les américains via l’effondrement du rial. L’opposition est militarisée, non pacifique.

Sur le nucléaire : des rapports américains (CIA 2007DNI 2024-2025 – voir ici et ici) confirment que l’Iran stoppa son programme en 2003 et n’en construit pas. La fatwa de Khamenei l’interdisait, mais sa mort pourrait changer cela.

Ironiquement, les attaques répétées pourraient pousser l’Iran vers l’arme nucléaire pour se défendre, créant un nouvel « équilibre de la terreur ».

Implications globales : vers une troisième guerre mondiale ?

L’ONU est contournée, le Conseil de sécurité muet sauf Russie et Chine, qui condamnent. Les négociations avec la Russie (sur l’Ukraine) sont impactées : les Russes voient les américains comme perfides, militarisation des pourparlers. La Suisse, hôte des pourparlers, n’a rien compris, selon Jacques Baud.

(Quels sont les faits qui permettent d’affirmer que l’État islamique cherche à créer une guerre civile en France ; que le président syrien Bachar al-Assad a utilisé des armes chimiques ; que Vladimir Poutine tente de déstabiliser nos démocraties ; que le terrorisme a frappé la France, non pas pour ce qu’elle fait, mais pour ce qu’elle est ; que le génocide au Darfour a fait 400 000 victimes ?… Littéralement aucun, mais ces affirmations suffisent à asseoir la politique étrangère des pays occidentaux. L’auteur, ex-agent du service de renseignement stratégique suisse, passe ainsi en revue les principaux conflits contemporains, que les pays occidentaux ont géré à coups de fake news, ces trente dernières années. https://maxmilo.com/products/operatio... Pourquoi l’opération “Déluge d’Al-Aqsa” a eu lieu et quels étaient les objectifs du Hamas ? Que s’est-il réellement passé sur le terrain, le 7 octobre ? Quelles sont les leçons à retenir des opérations menées par les deux camps depuis cinq mois ? Pour répondre à ces trois questions et à bien d’autres, Jacques Baud revisite le conflit israélo-palestinien depuis son origine. Pourquoi n’a-t-il toujours pas trouvé d’issue ? Quelles ont été les stratégies israéliennes et palestiniennes depuis 75 ans ? Quels sont les impacts de ce conflit sur notre sécurité ? Quelles sont les options pour Israël et la Palestine dans les prochaines années ? Dans ce livre d’une rare clairvoyance, Jacques Baud déplore que les décisions occidentales entrent en collision avec le droit international. La question n’est pas de savoir pour qui nous sommes, mais comment l’ordre international créé après 1945 doit être appliqué. Le non-respect de ce droit par Israël est en train de provoquer sa perte. Comme pour n’importe quel conflit, ce n’est pas de l’émotion que viendra la solution, mais d’une analyse objective et dépassionnée, accompagnée d’une médiation honnête. )
 

Les BRICS ne sont pas une alliance militaire, mais cet événement pourrait accélérer le désengagement du dollar américains. Jacques Baud craint une escalade mondiale via les alliances, mais note la retenue rationnelle de Russie, Chine et Iran, contrastant avec l’impulsivité occidentale.

L’Iran a renforcé ses liens avec Moscou et Pékin récemment, refusant auparavant leur aide par fierté. Netanyahou a fui Israël, tandis que les Iraniens montrent confiance en leur résilience.

Succession et perspectives

Un conseil provisoire dirige l’Iran post-Khamenei ; un successeur devrait être annoncé. Baud est optimiste pour l’Iran : sa capacité de durée dépasse celle d’Israël et des américains, limités par des stocks d’armes épuisés (fournis à l’Ukraine et Israël).

En conclusion, ces frappes révèlent une diplomatie occidentale viciée, risquant un conflit prolongé coûteux pour Trump et déstabilisant la région. Comme l’écrit Jacques Baud dans ses ouvrages, les fake news et la perfidie gouvernent, mais la résilience iranienne pourrait inverser la donne. »

https://multipol360.com/analyse-des-frappes-israelo-americaines-sur-liran/ 

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