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août 08, 2026

Les intellectuels ou la gauche pédo bobo caviar anticapitaliste !

Sommaire:

A) - Pourquoi tant d’intellectuels sont-ils de gauche ?

B) - Le rôle des intellectuels et des intellectuels libertariens anti-intellectuels - Hans-Hermann Hoppe

C) - Les intellectuel(le)s "Epsteiniens" de France: "Apprenons l'amour à nos enfants".Pas de l'amour, de la pédophilie, pédocriminalité !

D) - La bataille intellectuelle contre le marxisme a été remportée il y a plus d’un siècle.


 

A) - Pourquoi tant d’intellectuels sont-ils de gauche ?

Pourquoi tant d’intellectuels de gauche défendent-ils systématiquement l’expansion de l’État? On répète souvent que les intellectuels penchent naturellement à gauche… parce qu’ils seraient plus sensibles, plus instruits ou plus conscients des injustices sociales. L’explication est flatteuse, surtout pour ceux qui la récitent, mais elle évite soigneusement une hypothèse beaucoup moins glorieuse : une bonne partie de cette classe intellectuelle dépend matériellement de l’État pour survivre. Elle défend donc moins une philosophie désintéressée qu’un écosystème qui lui assure salaire, prestige et sécurité.

Beaucoup de ces grands sermonneurs n’ont jamais créé d’entreprise, développé d’invention, embauché un salarié, convaincu un client ou risqué leur propre argent. Ils n’ont jamais vécu avec la possibilité réelle de tout perdre parce qu’un produit ne se vendait pas ou qu’une mauvaise décision menaçait la survie de leur organisation. Ils évoluent plutôt dans un univers protégé, composé de chaires de recherche, de subventions, de revues spécialisées, de colloques financés et de départements universitaires où chacun confirme les convictions du voisin.

Ils parlent abondamment de la richesse, de sa répartition et de ses prétendues injustices, mais plusieurs n’en ont jamais produit un seul dollar. Leur capital n’est pas économique; il est institutionnel et symbolique. Il se mesure en titres, en publications, en invitations, en postes permanents, en passages médiatiques et en proximité avec les organismes publics. Leur carrière ne dépend pas de la satisfaction volontaire d’un consommateur, mais de budgets votés, de programmes administratifs et de fonds prélevés auprès de gens qui, eux, doivent produire quelque chose que d’autres souhaitent réellement acheter.

Il n’est donc pas étonnant que l’État soit pour eux à la fois une mère nourricière, un employeur, un protecteur et une divinité laïque. Plus l’État grossit, plus il crée de programmes, de commissions, de bureaux, de postes de consultants, de recherches subventionnées et de nouveaux champs d’expertise artificiels. Chaque problème social devient une occasion de réclamer une autre étude, une autre réglementation, une autre structure publique ou un autre comité où l’on pourra rémunérer ceux qui expliquent aux autres comment vivre.

Il ne s’agit même pas nécessairement d’un complot conscient. L’intérêt matériel suffit. L’entrepreneur dépend du marché, l’employé privé dépend de la santé de son entreprise et l’universitaire militant dépend largement du budget public. Lorsqu’un individu passe toute sa vie dans un milieu où l’argent arrive par subvention plutôt que par échange volontaire, il finit naturellement par considérer ce modèle comme supérieur. Il ne voit plus l’État comme une institution limitée, mais comme le grand distributeur légitime de ressources, de reconnaissance et de vertu.

Voilà pourquoi une certaine classe intellectuelle est incapable d’imaginer qu’un problème puisse être résolu autrement que par davantage d’intervention publique. Devant le logement, elle réclame des programmes. Devant l’inflation, elle réclame des contrôles. Devant la pauvreté, elle réclame de nouvelles bureaucraties. Devant l’énergie, elle réclame des interdictions. Devant les salaires, elle réclame davantage de réglementation. La concurrence, la responsabilité individuelle, la déréglementation, l’innovation et l’entrepreneuriat ne sont presque jamais envisagés, car ces solutions ont le défaut impardonnable de ne pas placer les intellectuels au centre du dispositif.

Cette dépendance économique s’accompagne d’une impressionnante homogénéité idéologique. Dans certains départements universitaires, la recherche de la vérité a progressivement cédé la place à la récitation d’un credo. On y retrouve la même bible déconstructiviste, le même écologisme autoritaire, la même obsession identitaire raciale et du genre, le même mépris de la civilisation occidentale, la même exaltation des structures collectives et la même fascination pour les syndicats. On y enseigne moins à penser qu’à reconnaître les bons oppresseurs, les bonnes victimes et les mots interdits de la semaine.

Ces nouveaux clercs ressemblent parfois à des moines copistes de l’ancienne religion. Ils reproduisent les mêmes concepts, citent les mêmes auteurs, adoptent les mêmes conclusions et se félicitent mutuellement de leur audace dans des salles où presque tout le monde pense exactement la même chose. Leur religion possède son péché originel, nommé privilège; ses damnés, généralement occidentaux, blancs, masculins ou entrepreneurs; ses saints, choisis parmi les groupes déclarés opprimés; et son paradis terrestre, toujours administré par un État omniprésent.

Le dissident n’est plus réfuté, il est moralement disqualifié. Une objection à la théorie du genre devient une violence. Une critique de l’immigration de masse devient une phobie. Une défense du marché devient une preuve d’insensibilité. Une réserve sur le syndicalisme devient une attaque contre les travailleurs. La fonction de l’intellectuel n’est alors plus de chercher ce qui est vrai, mais de surveiller ce qui peut être dit.

Les centrales syndicales participent largement à cet univers. Elles se présentent comme les nobles défenseures du peuple, alors qu’elles constituent souvent des machines institutionnelles puissantes vivant de cotisations obligatoires, de privilèges légaux et d’une proximité permanente avec l’État. Elles ne créent aucune richesse en elles-mêmes; elles négocient la répartition de celle produite ailleurs, tout en prétendant incarner une supériorité morale sur ceux qui prennent les risques nécessaires à sa création.

Il serait évidemment absurde de prétendre que tous les universitaires sont inutiles ou que toute recherche publique est sans valeur. Les sciences, la médecine, le génie, l’histoire et plusieurs domaines fondamentaux ont produit des avancées majeures. Le problème commence lorsque l’intellectuel confond son diplôme avec une preuve d’intelligence universelle et son emploi subventionné avec une validation de ses idées. Il peut connaître parfaitement la littérature de son domaine tout en ne comprenant rien à l’entreprise, à la création de valeur ou aux effets concrets des politiques qu’il recommande.

Être intelligent ne signifie pas nécessairement devenir entrepreneur, mais celui qui prétend réorganiser la société devrait au moins comprendre comment celle-ci produit ce qu’il souhaite redistribuer. Il devrait savoir qu’avant de financer un programme, il faut qu’une personne ait créé une richesse taxable. Il devrait saisir qu’un salaire ne vient pas d’un décret, qu’un logement ne sort pas d’un comité et qu’une entreprise ne fonctionne pas grâce à un manifeste sur la justice sociale.

Le véritable intellectuel devrait accepter la contradiction, le risque de l’erreur et l’épreuve de la réalité. Il devrait être capable de reconnaître qu’une théorie séduisante peut produire des conséquences désastreuses. Il devrait surtout cesser de croire qu’il est moralement supérieur à ceux qui bâtissent, inventent, investissent, embauchent et produisent.

Le marché n’est pas parfait, mais il oblige au moins chacun à confronter ses idées aux besoins des autres. Une entreprise qui ne crée rien d’utile finit généralement par disparaître. Une théorie universitaire inutile, elle, peut survivre pendant cinquante ans à condition d’obtenir une subvention, un département et quelques disciples pour la recopier.

C’est peut-être là que se trouve la véritable réponse. Tant d’intellectuels sont de gauche parce que la gauche leur offre un monde dans lequel leur statut, leur sécurité et leur pouvoir augmentent avec la taille de l’État. Ils défendent la mamelle publique avec l’ardeur de ceux qui savent qu’une véritable épreuve du marché risquerait de révéler une vérité cruelle : sans l’université qui les a vus naître et l’État qui les nourrit, plusieurs de ces faux prophètes finiraient non pas parmi l’élite, mais parmi les pauvres qu’ils prétendent représenter. En réalités, ils sont des eunuques déguisés en moines copistes.

Samuel Rasmussen


 

Animateur à Les Trois Afueras
UdeS R.internationales
Éditeur sur Pilulerouge.ca

 https://pilulerouge.ca/pourquoi-intellectuels-de-gauche/

 

 

 

 

D) - La bataille intellectuelle contre le marxisme a été remportée il y a plus d’un siècle.

Les coups les plus rigoureux et les plus dévastateurs sont venus de l’école autrichienne d’économie ; pourtant, chose étrange, ces arguments décisifs ne sont presque jamais enseignés. 

 

La théorie subjective de la valeur de Carl Menger, élaborée dans les années 1870, a sapé la théorie de la valeur-travail sur laquelle Marx avait bâti tout son système. Eugen von Böhm-Bawerk a ensuite procédé à un démantèlement systématique de la pensée économique de Marx, mettant en lumière les contradictions de la théorie de la plus-value et du « problème de la transformation ». Ludwig von Mises est allé encore plus loin en démontrant qu’un calcul économique rationnel est impossible sous le socialisme car, en l’absence de propriété privée et de prix de marché, il n’existe aucun moyen d’allouer efficacement les ressources. Friedrich Hayek a par la suite étendu cette analyse à la question de la connaissance : les informations nécessaires au fonctionnement d’une économie complexe sont dispersées et ne peuvent être centralisées. Enfin, Murray Rothbard a montré comment Marx avait mal compris la nature du capitalisme en substituant à l’échange volontaire et à la création entrepreneuriale une théorie erronée de l’exploitation fondée sur la valeur-travail et la lutte des classes. 

 Il ne s’agissait pas là d’objections mineures. Elles s’attaquaient aux fondements théoriques du marxisme et, dans le cas de Mises et de Hayek, prédisaient avec justesse le gaspillage chronique, les pénuries et l’effondrement final des économies socialistes. L’histoire a confirmé leurs arguments à l’échelle de la civilisation. 

Pourtant, dans les universités, les médias et le débat politique, ces critiques restent marginales. Marx continue d’être largement enseigné comme un économiste et un théoricien social sérieux. Ses erreurs sont atténuées, replacées dans leur contexte historique ou présentées comme des points de départ intéressants. Les réfutations apportées par l’école autrichienne se voient rarement accorder le même poids. Des étudiants peuvent suivre des cursus complets en sciences sociales sans jamais aborder en profondeur la critique de Böhm-Bawerk ou l’argument de Mises sur le calcul économique. 

 Cette négligence n’est pas fortuite. Elle reflète une préférence intellectuelle plus profonde pour des théories qui présentent les marchés comme pathologiques et légitiment une extension du pouvoir de l’État. Il en résulte un discours public qui continue de recycler les catégories marxistes bien après que leurs fondements économiques ont été démontrés comme étant erronés. Nous payons encore le prix de cette mémoire sélective. 

Creative Deduction 

@CreativeDeduct 

Paléolibertarianisme. Anarcho-capitalisme. École autrichienne d'économie. Substack : http://substack.com/@creativededuc

https://x.com/CreativeDeduct/status/2086071145728774632 

 

 

Hommage à Bernard Pivot: La lecture c’est avoir de l’esprit !

"Les gens qui lisent sont moins cons que les autres, c’est une affaire entendue. Cela ne signifie pas que les lecteurs de littérature ne comptent pas d’imbéciles et qu’il n’y a pas de brillantes personnalités chez les non-lecteurs. Mais, en gros, ça s’entend, ça se voit, ça se renifle, les personnes qui lisent sont plus ouvertes, plus captivantes, mieux armées dans la vie que les personnes qui dédaignent les livres.


C’est logique, après tout. Le lecteur développe son intelligence au contact des raisonnements, au frottement des idées, au heurt des chimères ou des apories. Il devient l’intime de héros de fiction dont il a suivi les aventures avec curiosité, souvent avec passion. Il range dans sa mémoire des morceaux d’histoire de France ou d’ailleurs, des vies de personnages illustres, des récits de découvertes, d’exploits, de faits divers, d’existences obscures ou infortunées, de peuples en majesté ou en servitude, de civilisations défuntes.

 

Bref, il collectionne des éclats de ce qui constitue la culture générale dont le livre, même s’il a aujourd’hui des concurrents, reste le principal pourvoyeur. Beaucoup trop d’hommes politiques, de chefs d’entreprise, de hauts fonctionnaires, de manageurs, de responsables de tout poil ne lisent que des livres utiles à l’exercice de leur profession.

 

La littérature ? Perte de temps. Les romans ? C’est bon pour les femmes. Pauvres types ! (Pas sûr qu’au même niveau de responsabilités les femmes lisent plus et mieux.) Eux qui vivent dans un monde clos de privilégiés et en connaissent les protocoles, ignorent tout de l’évolution des comportements dans les différentes strates de la population dont ils ont directement ou indirectement la charge.

 

Romans et récits leur apprendraient bien des choses. Sur le clair-obscur des mentalités. Sur les raisons des volte-face et des fidélités. Sur les fiertés minuscules et les détresses inavouables. Sur le grand bazar du commerce des corps et des âmes. Et donc, par comparaison, par confrontation, sur eux-mêmes.

 

Lire des romans, c’est prendre des nouvelles des autres. Barack Obama : « Grâce à la littérature, j’ai pu imaginer ce qui se passait dans la vie des gens. » Milan Kundera : « La bêtise des hommes vient de ce qu’ils ont réponse à tout. La sagesse du roman, c’est d’avoir question à tout. »

 

Lire de la poésie, c’est soulever des chapeaux, des couvercles, des tapis, le ciel.

 

Lire n’est pas se retirer du monde, c’est entrer dans le monde par d’autres portes. Lire, c’est prendre Voltaire comme professeur, Proust comme oncle de la ville et Vialatte comme tonton des champs, Duras comme cousine, Stendhal, Dumas, Camus et Semprun comme amis, La Fontaine et Vincenot comme gardes-chasse, Louise Labé comme amante, Colette comme cuisinière, Montaigne, Jean Giono et Julien Gracq comme voisins.

 

Lire, c’est agrandir sa famille, engager du personnel, se faire des amis, multiplier ses relations, se constituer un fabuleux carnet d’adresses.

 

Lire, c’est faire entrer un peu de lumière dans le dédale piégeux de nos existences. Mais si l’on comprend mieux le monde en lisant, la lecture peut aussi le complexifier, le rendre plus énigmatique. Il y a des livres qui décoiffent, qui dérangent, dont on sort troublé et même chamboulé. Ce sont peut-être les meilleurs puisqu’ils nous atteignent au plus profond et qu’ils modifient nos façons de voir et de ressentir. Ils nous poussent à des examens de conscience. Ils nous encouragent à prendre des résolutions, à tenter des expériences. Ce sont des perturbateurs existentiels.

 

Lire, c’est courir le risque de se remettre en cause. Enfin, la lecture est l’une des dernières activités humaines – avec, entre autres, la conversation et l’amour – où il n’y a nulle nécessité de retenir des codes, d’appuyer sur des touches, de consulter des écrans. Technologie nulle, simplicité du contact avec les mots (à condition, bien sûr, de continuer de préférer le papier à la tablette).

 

Lire, c’est avoir de l’esprit jusqu’au bout des doigts." 

Bernard Pivot

octobre 27, 2025

Histoire et libéralité: Comment le monde s’est enrichi ? Suivez Edouard Hesse !

Comment le monde s’est enrichi

Pourquoi le monde moderne est-il si riche ? 
 
La technologie, à elle seule, ne l’explique pas. Pour Joel Mokyr, auteur de La culture de la croissance et nouveau prix Nobel d’économie aux côtés de Philippe Aghion et Peter Howitt, la Révolution industrielle est née d’un big bang intellectuel : l’apparition d’une culture du progrès… que nous avons peut-être oubliée depuis.
 
 



Pendant des millénaires, les innovations — moulin à eau, harnais, imprimerie — améliorent la vie sans créer de progrès durable. Au point que chaque génération contemple avec nostalgie la grandeur disparue de l’Antiquité. Les savants, issus des élites cultivées, et les inventeurs, en prise avec le quotidien, ne se côtoient pas. Ils travaillent séparément, sans théorie commune. Impossible, pour un innovateur médiéval, de passer du moulin à eau aux lois de l’hydraulique.

Mais vers 1760, tout bascule. Les innovations s’enchaînent, se renforcent, et le progrès devient une habitude. D’une génération à l’autre, les gens vivent plus longtemps, mangent mieux, travaillent moins et accèdent à des ressources qui, jadis, étaient le privilège exclusif des rois.

Joel Mokyr montre que cette révolution ne vient pas seulement des institutions ou des marchés, mais d’une mutation culturelle : la foi dans la connaissance, le goût du progrès, la récompense de l’innovation. Au cœur de cette culture, des « entrepreneurs culturels » qui osent transformer le monde. À leur sujet, l’économiste cite George Bernard Shaw : « L’homme raisonnable s’adapte au monde ; le déraisonnable persiste à essayer d’adapter le monde à lui-même. Tout progrès dépend donc de l’homme déraisonnable. »



Bouleverser l’ordre établi


Deux figures se trouvent au cœur de ce bouleversement : Francis Bacon et Isaac Newton.
Au début du XVIIᵉ siècle, la science n’est qu’une branche de la philosophie, soumise à l’autorité des Anciens. Bacon rompt avec cette tradition : elle ne doit pas servir uniquement à décrire le monde, mais à le transformer pour améliorer concrètement la condition humaine. Il appelle à unir la théorie des savants et le savoir-faire des artisans. La connaissance devient utile, la recherche se met au service du progrès.

Newton en offre la démonstration. Ses "Principia Mathematica" révèlent que l’univers obéit à des lois simples, universelles et accessibles à la raison. Cet ordre nouveau nourrit un immense optimisme : comprendre la nature, c’est pouvoir l’utiliser. Dans la Grande-Bretagne du XVIIIᵉ siècle, entrepreneurs et manufacturiers en tirent la conviction que la science peut résoudre leurs problèmes concrets ou offrir de meilleurs produits à leurs clients. La science se diffuse, elle se démocratise.

    A lire : Le savant et l’artisan

Premier savant mondialement célèbre, anobli et enterré à Westminster, Newton fait de la science une voie d’accès au prestige social. Avec Bacon, il pose les fondations culturelles sur lesquelles les Lumières bâtiront le monde moderne. La confiance dans la raison et le progrès devient alors la source de l’explosion de richesse qui suivra.

Unité intellectuelle, fragmentation politique


La Révolution industrielle n’avait rien d’inévitable. Elle aurait pu ne jamais avoir lieu, ou surgir ailleurs. Des « entrepreneurs culturels » sont apparus en Chine ou dans le monde islamique, mais ils furent étouffés, marginalisés, réduits au silence.

En Europe, au contraire, ils ont trouvé un allié inattendu : le chaos politique. Entre 1500 et 1700, le continent, morcelé en royaumes, principautés et cités rivales, ressemble à un champ de bataille permanent. Ce désordre crée un véritable marché des idées. Aucun pouvoir ne peut imposer son orthodoxie à tous. Un savant chassé de Paris se réfugie à Amsterdam, un inventeur censuré à Rome s’installe à Londres. Descartes, Locke et Bayle prospèrent grâce à cette libre circulation.

Les princes européens eux-mêmes se disputent les talents. Mathématiciens, ingénieurs et philosophes négocient leur patronage, changent de protecteur et accroissent leur prestige.
 
 

 

A lire : Quand l’Europe osa ce que la Chine refusa

Ce dynamisme s’appuie sur la République des Lettres, un réseau informel de savants qui communiquent par-delà les frontières et inventent ce que nous appelons aujourd’hui la science ouverte. La réputation joue un rôle clé : pour l’obtenir, il faut publier, soumettre ses travaux à la critique des pairs, établir l’antériorité de sa découverte. Le secret devient contre-productif.

Enfin, l’Europe se distingue par sa perméabilité intellectuelle. Là où d’autres civilisations dressent des barrières, elle emprunte sans complexe : poudre et imprimerie chinoises, chiffres arabes, techniques textiles indiennes. Le continent devient le lieu de convergence des savoirs du monde.

Que reste-t-il aujourd’hui de la culture qui a permis le Grand Enrichissement ? 
De cette foi dans la connaissance, de cette volonté de comprendre la nature pour l’harnacher aux besoins humains ? 
La marche du progrès n’est pas éternellement acquise. Elle peut s’éroder, se diluer, disparaître. La peur des OGM, des vaccins, de l’intelligence artificielle ou du nucléaire en témoigne : autant d’inquiétudes souvent démesurées face à des technologies qui améliorent la vie et préservent l’environnement. Comme au XVIIIᵉ siècle, nous devons célébrer la connaissance plutôt que la craindre, encourager l’innovation plutôt que la freiner, voir dans la science un instrument d’émancipation plutôt qu’une menace.
 
Edouard Hesse 

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