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août 06, 2026

Les maux arts de la finance: Déficit public 2026 : Le gouffre de 106 milliards d'euros

France Macron and co.....

Déficit record : 106,8 milliards d'euros en 6 mois. 
Les chiffres du ministère des Comptes publics sont sans appel : le gouffre financier de la France s'aggrave encore de 6,4 % en 2026 [cite: Le déficit budgétaire de l’État atteint 106,8 milliards d’euros au premier semestre 2026, en hausse de 6,4 % sur un an.,
 
Selon les chiffres publiés le mardi 4 août par le ministère de l'Action et des Comptes publics, l'État a accumulé... un déficit budgétaire supérieur de 6,4 milliards d'euros...]. Le matraquage fiscal ne suffit plus à masquer l'incurie.
 

Déficit à 106,8 milliards : L’interminable naufrage financier d’un État asphyxié par sa dette et ses dépenses militaires

Les trois moteurs du dérapage budgétaire de 2026

Analyse des postes de dépenses qui creusent le trou financier de l’État :

  • Le piège de la dette : 34,5 milliards d’euros d’intérêts payés en six mois (+19 %), conséquence directe de l’accumulation des déficits.

  • L’engrenage militaire : L’explosion des dépenses liées aux opérations extérieures et à la programmation militaire.

  • La facture bruxelloise : Une augmentation massive de 23 % du chèque versé au budget de l’Union européenne.

L’illusion de la rigueur et l’asphyxie par la dette

Les chiffres officiels publiés par le ministère de l’Action et des Comptes publics révèlent l’ampleur de la dérive budgétaire de l’État : le déficit atteint le sommet colossal de 106,8 milliards d’euros au premier semestre 2026, s’imposant en hausse de 6,4 % sur un an.
Selon les chiffres publiés le mardi 4 août par le ministère de l’Action et des Comptes publics, l’État a accumulé, entre le 1er janvier et le 30 juin, un déficit budgétaire supérieur de 6,4 milliards d’euros à celui enregistré sur la même période en 2025.
L’embellie passagère enregistrée en 2025 est désormais balayée, réduisant à néant les vaines promesses du gouvernement de ramener le déficit à 5 % du PIB.
Symbole ultime de ce piège financier, la charge de la dette explose : la France a payé 34,5 milliards d’euros rien qu’en intérêts bancaires sur six mois, enregistrant une hausse vertigineuse de près de 19 %.

Le matraquage fiscal ne suffit plus à éponger la dépense publique

Le problème de la France ne provient aucunement d’un manque de prélèvements.

Les contribuables continuent d’être essorés : les recettes du budget général progressent de 2,8 %, portées par la hausse de la TVA et de l’impôt sur le revenu.
Les recettes de l’État restent pourtant relativement solides. Sur le semestre, les recettes du budget général ont progressé de 2,8 %, portées notamment par la TVA (+4,2 % à périmètre constant) et l’impôt sur le revenu (+2,7 %).
Malgré cette manne fiscale – complétée par la récupération de 6,9 milliards d’euros de dotations de recherche – le tonneau des Danaïdes reste béant face à des dépenses en hausse incontrôlée de 5,6 %.
L’État a également bénéficié en janvier de la restitution de 6,9 milliards d’euros correspondant aux dotations de recherche arrivées à échéance.,
Le principal problème vient de la progression des dépenses, qui ont augmenté de 5,6 % sur un an.

Dépenses militaires et tribut européen : Les priorités déconnectées du pouvoir

Ce gouffre financier est directement alimenté par les choix géopolitiques de l’exécutif. L’escalade des engagements militaires extérieurs et l’application d’une Loi de programmation militaire prévoyant 36 milliards de surcoûts font exploser le budget de la Défense.

Dans le même temps, le tribut exigé par Bruxelles grimpe en flèche avec un prélèvement versé à l’Union européenne en bond de 23 %. Face à 276,8 milliards de dépenses contre seulement 187,7 milliards de recettes, le semblant de « gel des crédits » n’est qu’un pansement sur une jambe de bois, condamnant la Nation à une dette exponentielle.

 Malgré les mesures d’économies annoncées et le gel de certains crédits, le déséquilibre reste massif. Une situation qui alimente mécaniquement la hausse de la dette publique…


Pour aller plus loin : La dérive vertigineuse du déficit public et l’explosion du coût de la dette témoignent de la faillite globale d'un État technocratique qui dilapide les ressources nationales. Qu'il s'agisse de verser des milliards à l'Union européenne et d'alimenter la surenchère militaire à l'étranger, de désarmer les services régaliens comme les sapeurs-pompiers face aux incendies majeurs, ou de mener des interventions clandestines dissimulées à la Nation, la logique du pouvoir reste celle de l'irresponsabilité budgétaire et de la fuite en avant.


Retrouvez nos enquêtes exclusives pour comprendre l'ampleur de cette crise d'État :

https://presse-internationale.ru/deficit-a-1068-milliards-linterminable-naufrage-financier-dun-etat-asphyxie-par-sa-dette-et-ses-depenses-militaires/

 

Etat prédateur : « Un Etat qui ne peut plus réformer ses dépenses se tourne vers ceux qui produisent encore de la richesse »

Finances publiques dégradées, système politique paralysé, incapacité à réformer : la France illustre ce que Grégory Edberg et Erwan Le Noan, enseignants à Sciences Po, appellent le basculement vers « l'Etat prédateur ». Un Etat qui, faute de projet, conserve intacte une seule capacité : celle de prélever.

Au début des années 1980, Pierre Rosanvallon diagnostiquait « la crise de l'Etat-providence ». Un demi-siècle plus tard, le mot de crise ne suffit plus. Le pacte social bâti après 1945 pour accompagner une société jeune et en croissance, dans un monde ordonné en blocs, s'est vidé de sa substance sans que rien ne le remplace.

Vieillissement démographique, accélération technologique, transition climatique, fragmentation géopolitique : partout dans l'OCDE, les Etats y font face avec des moyens déclinants et des marges politiques réduites à néant.

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/etat-predateur-un-etat-qui-ne-peut-plus-reformer-ses-depenses-se-tourne-vers-ceux-qui-produisent-encore-de-la-richesse-2245813?


 
Ce chiffre a un nom : le déficit budgétaire. 
 
En 6 mois, ce déficit a atteint 106,8 milliards d'euros. 
 
Officiellement, il pèse 5% du PIB. En réalité, il représente 57% des recettes de l'État. On vous détaille.
Le déficit ne vient pas seulement des dépenses courantes. Une bonne partie est absorbée par le remboursement de la dette :
 
34,5 milliards d'euros d'intérêts en 6 mois, +19% par rapport à l'année dernière. La France paie désormais plus pour rembourser sa dette que pour éduquer ses enfants. En année pleine, la charge de la dette (64 Md€) dépasse le budget de l'Éducation nationale (63 Md€).
 
Deux autres choix budgétaires expliquent le reste. La hausse du budget militaire, décidée par la nouvelle loi de programmation militaire, et la contribution au budget européen : +23% sur le semestre. Pourtant la France n'est pas à court de moyens. Elle dépense 57,3% de son PIB en dépenses publiques, un record en Europe, devant la Finlande et loin devant la moyenne de l'UE.
 
Côté recettes, la hausse est réelle : TVA (+4,2%), impôt sur le revenu (+2,7%). Mais les taxes sur l'énergie reculent, et 6,9 milliards € de dotations recherche ont dû être restitués. Ce déséquilibre ne disparaît pas, il s'accumule dans la dette totale du pays. La France doit désormais 3 550 milliards €, soit 118,1% de son PIB, le 3e taux d'endettement d'Europe.
 
[Sources : Anadolu Agency/ Les Financiers/ FranceSoir / Eurostat/ Creditnews/ dettedelafrance.fr / Touteleurope.eu]
 
 
 
Une critique "Gaulienne"

Il faut imaginer une France avec un déficit budgétaire intenable de 5% qui n'a pas connu de surplus depuis plus d'une génération, un déficit commercial abyssal, des entreprises non compétitives que l'on aide avec des rustines de subventions, des dépenses sociales qui explosent au moment même où les dépenses militaires deviennent urgentes, une dette gargantuesque dont les intérêts avalent toute marge de manœuvre. Et une assemblée trop divisée pour faire quoi que ce soit. Une France dans une situation tellement intenable qu'elle connaît l'humiliation d'un prêt sous conditions du FMI pour pouvoir simplement financer ses importations. 
 
 Ce n'est pas un scénario de prospective 2027, c'est l'année 1957. 
 
Et pourtant en 5 ans, tout bascule : dès 1963 la France retrouve le statut de grande puissance industrielle qu'elle n'avait plus connu depuis Napoléon III, un siècle plus tôt. Qui se souvient vraiment de ce qu'il s'est passé ? De la recette du redressement ? 
 
Plus vous augmentez le coût du travail, plus vous pénalisez les entreprises, la création de richesse et donc le marché du travail. J'insiste sur cet ordre : il faut faire partir son raisonnement de l'entrepreneur (et non de la consommation par exemple). On n'a pas le choix, car c'est l'entrepreneur qui prend le risque initial d'anticiper les besoins du marché par son apport en capital et qui permet aux échanges de se déployer. Il faut d'abord un individu prêt à risquer son capital pour devenir le catalyseur de la coopération humaine. Qu'elle soit interne (organisation des salariés, outils, etc) ou externe (partenaires, clients, etc), cette dynamique d'échange n'existe que parce qu'un entrepreneur a pris un risque conscient. Aucune création de richesse n'existe hors de ce risque et des échanges qu'il permet. Pénaliser l'entrepreneur, c'est pénaliser toute l'économie derrière lui. Arthur Homines
 
 
FRANCE 1957 : UN PAYS AU BORD DE L’EFFONDREMENT 
 
En 1957 l'industrie française est dépassée. 
 
 Elle produit quelques pépites dues au génie isolé de quelques ingénieurs d'élite, la DS de Citroën, l'avion Caravelle, mais rien à l'échelle nécessaire. Son industrie est sous-dimensionnée par rapport à celles des Américains, son organisation interne est archaïque, caractérisée par des relations très tendues entre syndicats et patrons. Le coût du travail et la fiscalité sont très élevés, alors que sa productivité est faible. Impossible donc d'exporter, impossible d'investir suffisamment, de construire des usines modernisées, efficaces, suffisamment automatisées. 
 
Alors même que la nouvelle révolution industrielle autour de l'aéronautique, du nucléaire, de l'espace bat son plein. 
 
Comme le pays ne peut s'enrichir par le dynamisme de son économie, le gouvernement de Mollet compense par le social. Ajoute une semaine de congés payés, augmente le salaire minimum, augmente les fonctionnaires, introduit un minimum vieillesse, bloque les prix agricoles… Mais tout cela coûte de plus en plus d'argent et ne fait que renforcer le manque de compétitivité de l'industrie française. Alors on multiplie les aides aux entreprises, les subventions à l'export, les facilités de paiement. Les grandes entreprises bien connectées en profitent, les petites périclitent. 
 
Tout cela est financé par la dette. Et les aides et niches créées deviennent impossibles à réformer sans s'aliéner leurs bénéficiaires. Et c’est au milieu de cette débandade économique que les frais liés à la guerre en Algérie explosent. Le pays est exsangue et ne peut plus faire face à ses dettes.
 
 Il doit avoir recours au FMI. C'est l'impasse et l'humiliation. Cette situation est… très très familière pour le moins. 
 
Tout le monde sait comment cela finit : le régime ne survit pas à la crise, la IVe République meurt, et De Gaulle est appelé au pouvoir. 
 
Mais comment le redressement a-t-il réellement lieu ensuite ? Comment est-on passé d'un pays totalement à terre à la France dominante et florissante du Général De Gaulle ? 
 
LA RECONSTRUCTION GAULLIENNE 
 
Face à l’ampleur de la crise, le 3 juin 1958 De Gaulle obtient de l’Assemblée Nationale les pleins pouvoirs législatifs jusqu'au 8 janvier. Il a 6 mois pour redresser l'économie française. 
 
 Il charge Jacques Rueff d'établir un plan de résurrection de l'économie nationale. Jacques Rueff est ce qui se fait de mieux dans la grande tradition des grands administrateurs français : un polytechnicien, inspecteur des finances, issu du cercle de réflexion X-crise, des anciens X qui réfléchissent à la meilleure façon de rendre à la France une économie digne d'elle. 
 
Rueff a des idées précises sur ce qui doit être entrepris pour la France et comprend tout le poids de la charge qui lui est confiée. Le 8 décembre 1958, un mois seulement avant la fin de la fenêtre où tout reste possible, Rueff remet à De Gaulle son rapport complet qui se conclut ainsi : « Ce programme ne peut être celui d'un groupe ou d'un parti, mais seulement celui de tous les Français qui veulent que leur pays continue d'exister. » Le plan doit être adopté en conseil des ministres le 27 décembre. Mais le 24, Pinay, ministre des finances, juge le plan trop radical et menace de démissionner s'il n'est pas atténué. De Gaulle ne lâche rien. Le 27, quelques heures à peine avant le moment où doit se tenir le conseil des ministres fatidique, les 4 ministres SFIO envoient une lettre de démission, ce qui bloque tout. De Gaulle met une pression biblique, et obtient qu'ils diffèrent leur départ au 8 janvier, jour où le régime parlementaire sera rétabli. 
 
Ce jour-là, le 27 décembre 1958, le plan Rueff est adopté dans son intégralité par le conseil des ministres. 
 
De Gaulle défend son plan directement à la radio le lendemain, dans une allocution encore disponible sur le site de l'INA. Il s'exprime ainsi : « Sans l'effort de mise en ordre avec les sacrifices qu'il requiert et avec les espoirs qu'il suscite, nous resterions un pays à la traîne, perpétuellement oscillant entre le drame et la médiocrité. Au contraire, si nous réussissons la grande entreprise nationale du redressement économique et financier, quelle étape sur la route qui mène la France vers les sommets ! » 
 
En quoi consiste le remède de cheval administré par Rueff et De Gaulle ? 4 étapes. 
 
1. Supprimer toutes les rustines pour stopper l'hémorragie. 
 
De toutes façons elles n’existent que parce que les vrais problèmes n’ont jamais été réglés. 
 
Alors plus de subventions aux entreprises, à la sécurité sociale, à la consommation. Fin des boucliers tarifaires (l'électricité et le charbon prennent immédiatement 15%). Tout est désindexé. Le blé, les salaires. Non seulement les retraites ne sont pas épargnées, mais on supprime la retraite pour les anciens combattants valides. (Le message est clair : si tu es en état de travailler, la France a besoin de toi, pas que tu restes à la maison.) Les dépenses de l'État baissent immédiatement de 14%, alors qu'elles ne faisaient qu'augmenter depuis un demi-siècle. 
 
BOUM. 
 
2. Augmenter les recettes de l'État 
 
En taxant prioritairement ce qui a le moins d’impact sur la performance économique du pays. 
 
Augmentation de la TVA. 
Augmentation des taxes sur le tabac et l'alcool. 
Augmentation de l'impôt sur les sociétés. 
 
3. Rétablir la compétitivité des entreprises. 
 
Cela pourrait sembler antinomique avec l'augmentation de l'IS, mais la réalité est que pour être taxé, il faut déjà faire du profit, et pour faire du profit, il faut déjà être compétitif. L'IS n'est ainsi pas l'ennemi numéro 1 de la compétitivité de l’époque. Le problème des entreprises françaises en 1957 consiste en des coûts de production disproportionnés par rapport à ceux de leurs voisins. Alors Rueff dévalue le franc. Et pas qu'un peu. Quasiment d'un tiers. 8 ans d'inflation effacés. Les entreprises françaises redeviennent compétitives, les importations deviennent prohibitives. 
 
Alors bien sûr, ça fait mal. Pendant deux ans, la situation est compliquée. Ce n'est pas pour rien que personne sous la IVe n'avait eu le courage ou les moyens de déployer un tel plan. Le pouvoir d'achat des ménages diminue. La croissance ralentit. Les anciens combattants manifestent. Les mécontents sont multiples : agriculteurs, ouvriers, PME… Les conseillers de De Gaulle l'avaient prévenu, et De Gaulle avait répondu « Eh bien les Français crieront… et après ? » Et bien après… 
 
La balance des paiements devient excédentaire dès 1959, et la France rembourse sa dette extérieure dans l'année. En 1957, les exportations ne couvraient que 75% des importations ; en 1960, 111%. La France accumule les réserves d'or, qui passent de 516 tonnes quand De Gaulle arrive au pouvoir à 2700 en 1963. (Nous en avons 2400 aujourd'hui). Et dès 1960, la croissance accélère et les salaires repartent fortement à la hausse. 
 
Pour rendre ces sacrifices plus acceptables, De Gaulle s'appuie sur un récit fort de refondation. Nous ne sommes pas en train de liquider un modèle social, nous sommes en train de refonder la France. Et ce qui a le plus péché en France de la façon la plus visible à l'époque, c'est la monnaie, dont la valeur s'effritait de mois en mois. Alors De Gaulle utilise un levier purement symbolique : il instaure le nouveau franc, en retirant simplement deux zéros à l'ancien franc, pour rendre selon ses mots « au vieux franc français, dont les pertes expriment nos épreuves, une substance respectable ». Tous les jours les Français utilisent des francs, et tous les jours ils peuvent sentir la nouvelle ambition que leur monnaie porte. Elle ressemble désormais beaucoup plus au dollar. 
 
 4. Reconstruire en se positionnant à l’avant-garde technologique. 
 
 Cette période de redressement financier n'est pas une finalité en soi. Il ne s'agit que de la douloureuse étape indispensable pour se donner les moyens de l'expansion. La France a désormais une monnaie stable, un État avec des marges de manœuvre financières et des entreprises libérées du boulet de coûts de production excessifs. Il est temps de passer à la reconstruction de l'appareil productif français, et de refaire de la France ce qu'elle n'était plus depuis un siècle : l'avant-garde mondiale de l'industrie, des sciences et des technologies. 
 
Aujourd'hui encore, on peine à mesurer ce qui a été accompli en moins de 10 ans. 
 
 A. Consolidation et modernisation de l’existant. 
 
Les lois d'orientation agricole de 62 font passer l'agriculture de la paysannerie au productivisme exportateur et transforment la France en première puissance agricole européenne. L'état favorise la concentration industrielle pour créer des champions de taille mondiale dans la chimie, l'aluminium, la sidérurgie. 
 
 B. Réorganisation du territoire. 
 
 La DATAR créée en 1963 transforme le territoire français en machine de guerre : autoroutes, ports, zones industrielles, métropoles d'équilibre, villes nouvelles. Aménagement du littoral Languedoc-Roussillon, le complexe de Fos-sur-Mer, l'usine marémotrice de la Rance. On investit dans les infrastructures, dans la croissance de la population. On crée des pôles d'excellence : Orsay-Saclay, Bretagne-Nord pour les télécommunications, Toulouse pour l'aérospatial, Lyon pour chimie-biologie-médecine. 
 
C. Focalisation sur les industries du futur 
 
On prend à bras le corps tous les grands sujets technologiques et souverains de l'époque, et on déroule. Création du CNES en 1961, lancement du premier satellite français, Astérix, en 1965, avec une fusée Diamant de fabrication 100% française. La France devient la troisième puissance spatiale derrière les US et l'URSS. 
 
Lancement du programme Concorde en 1962. Le premier avion sort des usines toulousaines en 1967. 
 
Déploiement du nucléaire civil. Et une décision qui en dit long : la IVe République avait signé en 1957-1958 les accords FIG avec l'Allemagne et l'Italie pour développer une dissuasion nucléaire à trois, avec usine d'enrichissement cofinancée. De Gaulle enterre le projet dès son retour au pouvoir, construit Pierrelatte seul, et fait cavalier seul sur la bombe. (La souveraineté ne se partage pas.) 
 
Premier essai Gerboise bleue en 1960 dans le Sahara, premier sous-marin lanceur d'engins le Redoutable en 1967. Après le traumatisme de 1940, De Gaulle vient de s'assurer que plus jamais la France ne pourra être envahie. 
 
En 1963, l'armée française a besoin d'un super calculateur Control Data fabriqué aux États-Unis pour effectuer les simulations indispensables pour passer de la bombe A à la bombe H. Washington bloque l'export pour entraver le redressement français, et l'américain General Electric prend le contrôle du français Bull en 1964. (Rachat de pépites françaises et limitation des exports, tiens tiens tiens) De Gaulle comprend que l'informatique est devenue un sujet majeur de puissance et lance en 1966 (!!!) un grand plan informatique, avec un délégué à l'informatique qui dépend directement du premier ministre, et crée la CII par la fusion des activités informatiques de Thomson, CGE et Schneider. La France développe sa bombe H. 
 
 D. La recherche et les sciences au cœur du projet France 
 
Peut-être le plus important à noter est que la France de De Gaulle mise tout sur la puissance scientifique. Réorganisation du CNRS en 1961, création du CNES pour la conquête spatiale en 1961, de l'INSERM en 1964 pour la biotech et la recherche médicale, de l'IRIA pour l'informatique et l'automatisation en 1967, du CNEXO pour explorer et exploiter notre vaste domaine maritime, l'ANVAR pour s'assurer que la recherche se transfère bien vers l'industrie en 1967. Le nombre de chercheurs en France passe de 9000 quand De Gaulle arrive au pouvoir à 31000 quand il le quitte. Les dépenses de R&D passent de 2,46% du budget de l'État en 1958 à 6,2% dès 1967. En 2026 aucun pays sur terre ne fournit le même effort public que la France de De Gaulle. 
 
Résultat : en moyenne la France gaullienne croît de 5,48% par an pendant 11 ans quand les États-Unis sont à 4,26 %. L'année du départ, 1969, la France fait 7% de croissance. Un record jamais retrouvé depuis. Alors même que la dette française est divisée par deux. Lors de son règne, De Gaulle double quasiment la taille de l'économie française. En 1973, le Hudson Institute publie une étude prospective sur l'économie mondiale. Il prévoit que la France devrait être de loin la première économie européenne et les Français, les Européens les plus riches. Malheureusement, les successeurs de De Gaulle n'ont pas eu la vision et le courage nécessaires pour tenir la trajectoire. 
 
 Récapitulons comment De Gaulle a fait passer la France d'un pays failli à une puissance mondiale. 
 
 1. Attendre que la crise permette d’obtenir des pouvoirs spéciaux pour contourner les blocages parlementaires. 
 
 2. Rétablir les finances pour se donner les marges de manœuvre nécessaires, en se débarrassant de toutes les rustines accumulées et en taxant ce qui ne nuit pas à la performance économique. 
 
 3. Rendre les entreprises françaises compétitives de façon structurelle et non par rustines en baissant leurs coûts. 
 
4. Reconstruire le tissu industriel et productif en consolidant l’existant, réorganisant le territoire, investissant massivement dans les technologies du futur, et pariant à fond sur la recherche scientifique. 
 
 RECONSTRUIRE LA FRANCE DE 2026 
 
 La France d'aujourd'hui nous rappelle furieusement la France de 1957. Déficit de 5,1 % du PIB, dette à 117,5 %, dernier excédent budgétaire en… 1974, retraites qui représentent 14% du PIB là où la moyenne OCDE est 8%, des dépenses sociales non financées qui s'accumulent, des besoins de réarmement urgents mais infinançables, des besoins d'investir dans l'IA et la robotique mais pas un rond pour le faire ; une industrie tombée à 9,6 % du PIB (Chine, Allemagne, Corée), un déficit commercial à 100 milliards, 157 Md€ de prélèvements sur les entreprises au-dessus de la zone euro et des rustines partout (CICE, boucliers, chèques, allègements) ; rapports qui s'empilent, assemblée sans majorité, loi spéciale faute de budget voté. 
 
Tout cela est… beaucoup trop familier. 
 
 La seule différence fondamentale avec 1957 est que la France a désormais l'euro ce qui lui permet de se crasher au ralenti. Le FMI ne toquera pas à la porte. Mais petit à petit, l'État a déjà de plus en plus de mal à se financer. Jusqu'au moment où les sommes à emprunter chaque année sur les marchés pour maintenir la machine à flot seront tellement importantes que l’on ne nous prêtera plus à des taux acceptables. La zone de danger selon le FMI se situe lorsqu’un pays a besoin d’emprunter plus de 15% de son PIB sur les marchés tous les ans. Nous sommes bientôt à 18%. La Grèce a sauté quand elle a dépassé les 20%. Avec notre trajectoire actuelle, la France atteindra le stade où elle devra probablement mendier l’aide de la BCE qui lui imposera alors sa politique économique sanglante quelque part entre 2029 et 2032. 
 
Tic tac. 
 
Alors, à quoi ressemblerait un redressement gaullien ? 
 
Quel serait le plan douloureux que nous devons imaginer, mais qui serait « celui de tous les Français qui veulent que leur pays continue d'exister » ? 
 
Le plan qui nous permettrait de retrouver un pays qui serait autre chose qu’un pays « à la traîne, perpétuellement oscillant entre le drame et la médiocrité » ? 
 
La crise arrive. Nous devons être prêts. 
 
Joan Larroumec 
@larroumecj 
Géoéconomie • technologie • démographie | Long sur 🇫🇷 & Europe | 
 
 
 

mars 18, 2026

Dossier France Télévisions 17 mars 2026

Une opération de transparence en trompe-l'œil pour sauver la soldate Ernotte

Sous la pression de la Commission d'enquête parlementaire, France Télévisions lance aujourd'hui une grande opération de "transparence financière" annoncée par Delphine Ernotte. Cinq rubriques, des graphiques colorés, des infographies en bulles pastel. Les chiffres publiés sont réels. Ce qu'ils taisent l'est tout autant.
 

 
ℹ️ Soulignons d'abord que c'est la 1ʳᵉ fois en dix ans de mandat que le public peut accéder à des chiffres réels avec sources datées. Bien, mais insuffisant. J'ai le rapport de la Cour des comptes sous la main, ça tombe bien nous allons pouvoir comparer dans le détail.
🙊 Spoiler : Le cadrage est entièrement défensif. Chaque donnée est accompagnée d'un narratif qui l'atténue, et les angles morts sont précisément ceux qui permettraient d'évaluer l'efficacité de la gestion. C'est de la transparence au sens où une vitrine de magasin est transparente : on voit ce qu'on a décidé de montrer.
 

 

I. Financement

Ce que dit France Télévisions

Les ressources du groupe s'élèvent à 2 856 M€ en 2025, dont 86% de dotation publique (2 454 M€), 10% de publicité (285 M€) et 4% d'autres activités commerciales (117 M€).
La France consacre 4,2€ par habitant et par mois à son audiovisuel public, soit "proche de la moyenne européenne" de 3,62€ — et moins que le Royaume-Uni (6,1€), le Danemark (7,3€) ou l'Allemagne (8,7€). En euros constants, FTV "coûterait 650 M€ de moins aux Français qu'il y a dix ans."

Lecture critique

La comparaison européenne est soigneusement tronquée. L'Italie (2,6€) et la Suède disparaissent du graphique. Surtout, comparer le coût par habitant sans comparer les ratios de productivité, les effectifs d'encadrement ou les coûts de structure, c'est comparer le prix au litre sans regarder la consommation du moteur.
Le chiffre "650 M€ de moins en euros constants" est construit en intégrant l'inflation de +20% côté dépenses, mais sans jamais appliquer le même raisonnement à la valeur des missions accomplies.

Ce que dit la Cour des comptes

 


Le tableau est nettement moins rose. La Cour relève que les concours publics ont subi "une baisse programmée" (c'est à dire prévisible) de 160 M€ entre 2018 et 2022. Mais surtout : sur la période 2017-2024, les déficits nets cumulés du groupe atteignent 81 M€, malgré un résultat d'exploitation officiellement présenté "à l'équilibre" chaque année — grâce à la neutralisation comptable d'opérations qualifiées d'"exceptionnelles" avec l'aval des commissaires aux comptes.

La Cour est explicite : "Jusqu'en 2024, France Télévisions a systématiquement présenté des prévisions budgétaires reposant sur un équilibre de son résultat d'exploitation, en neutralisant des opérations considérées comme exceptionnelles."
Résultat mécanique : les capitaux propres sont passés de 294 à 179 M€ en huit ans — sous le seuil légal de la moitié du capital social depuis 2021, seuil en dessous duquel le code de commerce impose à l'État actionnaire d'agir avant le 31 décembre 2026 sous peine de dissolution.
📌 À retenir : les comptes présentés au Parlement et à l'Arcom pendant huit ans reflétaient une réalité arrangée. France Télévisions est bien dans une situation de faillite.

II. Budget


 
Ce que dit France Télévisions

Le coût total des antennes et programmes s'élève à 2 738 M€. La ventilation présentée valorise l'offre de service public : information régionale (434 M€), information nationale (335 M€), séries et fiction (288 M€), documentaires (95 M€), cinéma (82 M€).
Les "frais de structure — RH, finance, juridique" sont affichés à 125 M€, soit "0,4€ sur 10 investis." Un chiffre présenté comme la preuve d'une gestion sobre.

Lecture critique

Le chiffre de 125 M€ est un tour de passe-passe par omission. Il exclut le poste "Conception et pilotage des offres, communication" — 210 M€ — qui recouvre précisément les coûts de direction éditoriale, de stratégie et de communication institutionnelle, autrement dit ce qu'une entreprise privée comptabiliserait sans hésitation en frais de structure.
En les additionnant : 335 M€ de coûts non-programmes, soit 12,2% du budget total — près de trois fois le chiffre mis en avant.
Mais le problème est plus profond encore. La page "transparence" reproduit exactement le mode de présentation que FTV utilise en interne depuis des années : le budget par "coût de grille", c'est-à-dire par activité éditoriale, jamais par nature de charges. Ce choix de présentation rend structurellement impossible toute évaluation externe des coûts de structure réels.

Ce que dit la Cour des comptes


C'est précisément ce point que la Cour cible dans sa section sur le pilotage financier — et c'est l'une des critiques les plus cinglantes du rapport. La Cour constate que FTV "présente invariablement ses prévisions budgétaires par métier et non par nature de charges (achats, charges de personnel, provisions etc.)."
Cette présentation "présente le défaut de rendre peu lisibles les évolutions de masse salariale et les charges d'exploitation hors dépenses de personnels."
Le plus accablant : "la direction du budget et le contrôle général économique et financier ont à maintes reprises demandé à l'entreprise de présenter son budget prévisionnel en nature, pour mieux identifier les charges sur lesquelles des économies seront portées, sans que France Télévisions ait jamais donné suite à cette demande, également formulée par l'inspection générale des finances et la Cour."
En clair : depuis des années, les tutelles réclament la ventilation par nature de charges. FTV refuse. Et sa page "transparence" de mars 2026 reproduit exactement ce refus — en ajoutant des infographies en bulles colorées.
Les chiffres de la Cour confirment l'ampleur de ce que la présentation par "coût de grille" dissimule. Pour l'année 2024 : masse salariale 658,5 M€, dépenses de personnel totales 962,2 M€ — un écart de 303 M€ qui correspond aux charges patronales, aux indemnités et aux avantages sociaux, jamais visibles dans la présentation FTV. Le coût de la grille lui-même a été ramené de 1 010 M€ à 898 M€ entre 2019 et 2023 — effort réel — mais les économies réalisées sur les programmes ont été absorbées par la dérive de la masse salariale et des frais de mission.
La Cour pointe également que les frais de mission s'établissent en moyenne à 42,8 M€ par an hors Covid, avec un pic à 46 M€ en 2024. Ces frais sont totalement absents de la page "transparence".
Quant aux "économies" annoncées pour 2025 — 80 M€ affichés — la Cour note que 42 M€ visent à compenser l'inflation, soit des "économies" qui ne font que maintenir les charges constantes en euros réels.
📌 À retenir : FTV refuse depuis des années de présenter son budget par nature de charges, malgré les demandes répétées de ses tutelles, de l'IGF et de la Cour. Sa page "transparence" perpétue exactement ce refus. On ne sait toujours pas combien coûte réellement l'appareil administratif — on sait seulement ce que FTV a décidé de ne pas montrer.

III. Fournisseurs

 


Ce que dit France Télévisions

En 2024, FTV a investi 864 M€ en programmes auprès de 743 fournisseurs différents. La diversité est affichée comme preuve de pluralisme éditorial. France TV Studio, filiale de production interne, est citée comme "deuxième fournisseur" — résultat d'une "stratégie de développement des recettes propres."
La part de production dépendante est passée de 5% à 20% en dix ans, présentée comme un "rééquilibrage."

Lecture critique

Les 743 noms masquent deux logiques de concentration radicalement opposées dans leur nature mais convergentes dans leur effet.
D'un côté, les groupes intégrés type Mediawan, Banijay et Newen qui captent une part croissante du marché sous des dizaines de marques indépendantes en apparence. Le groupe Mediawan représente à lui seul 12,8% du CA programmes, fédérant 28 sociétés de production sous une même holding.
De l'autre — et c'est le fait le plus structurel — la part de "production dépendante" allouée à France TV Studio est passée de 5% à 20% en dix ans, soit jusqu'à 88 M€ par an sur 2025-2027, par accord signé avec le secteur en 2024.
Quadruplement de la captivité interne. FTV présente cela comme un "succès industriel" ; c'est aussi, juridiquement, une dérogation croissante à l'obligation de recourir à la production indépendante — obligation qui fonde précisément le modèle de diversité qu'elle affiche.
Les données 2025 sur les fournisseurs, elles, "seront disponibles d'ici fin mars 2026" : la page transparence ouvre donc avec des chiffres vieux d'un an sur ce point précis.

Ce que dit la Cour des comptes

Le rapport de la Cour contient une analyse beaucoup plus précise et plus dérangeante que ce que FTV veut bien montrer. Sur la concentration des fournisseurs : "la part du chiffre d'affaires des dix premiers fournisseurs dans le chiffre d'affaires total de France Télévisions est passée de 37 à 41% entre 2017 et 2023" — soit une concentration notable en six ans, que FTV qualifie pudiquement de "légère."
Le secteur est "structuré autour de très grands acteurs tels que Mediawan, Banijay et Newen", dont les "refacturations intra-groupes" sont "souvent peu transparentes" — au point que les auditeurs internes "n'ont pas toujours accès aux comptes de produits et ne peuvent pas vérifier l'exhaustivité des recettes perçues par le producteur."
Sur France TV Studio, la Cour est précise là où FTV est vague. La filiale a vu ses effectifs passer de 323 ETP en 2018 à 636 en 2024 — doublement en six ans. Son chiffre d'affaires atteint 114 M€ en 2024, mais son potentiel contractuel en "production dépendante" est de 88 M€ au titre de la création seule (fictions, documentaires, captations) — soit 46,9 M€ réalisés sur ce segment en 2024. La "marge de progression reste importante", note la Cour — ce qui signifie que FTV se donne encore de la place pour augmenter la part captée en interne.
Pendant ce temps, le budget du programme national a été comprimé sous la barre des 900 M€ en 2023 — contre plus de 1 Md€ en 2019 — et FTV a imposé aux producteurs indépendants une ristourne de 5% acceptée par 80% d'entre eux, "l'économie escomptée se situant entre 15 et 20 M€." En d'autres termes : on comprime les indépendants tout en élargissant la part de la filiale captive.
La Cour soulève enfin un problème de gouvernance que FTV ne mentionne nulle part : la direction de l'audit interne chargée du contrôle des producteurs ne comprend que cinq personnes — "en réalité quatre de février 2022 à octobre 2023" après un départ non remplacé pendant 18 mois.
C'est cette structure sous-dimensionnée qui est censée contrôler 743 fournisseurs et des enveloppes de plus de 860 M€. Le taux de mise en œuvre des recommandations d'audit s'établit à 35%, 51% et 75% selon les audits de suivi de 2024 — quand les taux d'acceptation affichés sont de 70%, 82% et 88%. Accepter les recommandations sans les appliquer : l'écart dit tout.
📌 À retenir : Derrière les 743 noms, deux dynamiques de concentration convergentes que FTV ne nomme pas : la consolidation du secteur autour de Mediawan, Banijay et Newen d'un côté, le quadruplement de la part captée par sa propre filiale de l'autre. La "diversité des fournisseurs" est le paravent d'un marché qui se concentre aux deux extrémités — et FTV en est acteur, pas spectateur.

IV. Équipes


 

Ce que dit France Télévisions

8 720 salariés en 2025, répartis en 190 métiers sur 130 implantations. Réduction de 1 200 ETP en dix ans (-12%), présentée comme "un effort avec très peu d'exemples similaires dans la sphère publique." Salaire moyen contractuel : 61 000 € brut annuel. Salaire médian : 57 000 €. Rémunération PDG : 322 000 € fixe + variable jusqu'à 78 000 € — "fixée depuis 2010, inchangée." Comité de direction (13 membres) : rémunération moyenne 151 000 €, avec variable de 12,5% à 20%.

Lecture critique

FTV présente la réduction de 1 200 ETP comme une prouesse de gestion. Elle omet deux choses. D'abord, que cette réduction a été financée par l'État à hauteur de 78 M€ via le plan de recomposition des effectifs (2019-2022) — et qu'elle n'a produit qu'une "stabilisation ponctuelle de la masse salariale", selon la Cour.
Ensuite, que si les effectifs ont baissé de 12%, les dotations publiques n'ont baissé que de 7% en nominal : les effectifs ont donc été réduits presque deux fois plus vite que les budgets. La question que FTV n'abordera jamais : où est parti l'écart ? Dans la masse salariale par tête, dans la sous-traitance externalisée vers France TV Studio et France TV Publicité — ou dans les deux.
Sur les rémunérations, FTV choisit soigneusement son indicateur : le "salaire moyen contractuel" à 61 000 € plutôt que le Salaire Moyen Par Tête (SMPT) à 73 690 € en 2024, calculé par le Contrôle général économique et financier. L'écart de 21% correspond à des indemnités de licenciement, de départ en retraite, de primes et avantages — sommes bien réelles, versées à des salariés bien réels avec de l'argent public bien réel.
Sur le comité de direction : 13 membres pour 8 720 salariés, soit un pour 671. FTV publie leurs fourchettes de rémunération mais ne publie pas le nombre total de cadres dirigeants au-delà du comdir. Ce chiffre — que j'avais établi dans une précédente analyse — reste absent.
L'accord collectif de 2013 a été dénoncé par la direction en juillet 2025 et est en cours de renégociation — fait mentionné sans explication ni contexte. C'est pourtant l'aveu que le modèle social de l'entreprise est à reconstruire de fond en comble.

Ce que dit la Cour des comptes



Le rapport est dévastateur sur ce point — c'est son chapitre le plus dense et le plus documenté. Le constat de base : entre 2017 et 2023, les effectifs ont baissé de 10,3% mais la masse salariale n'a baissé que de 1,95%. La Cour documente la mécanique de cette déconnexion : l'accord collectif de 2013 a été rédigé en systématisant "la clause la plus avantageuse" des trois références applicables (code du travail, convention collective télédiffusion, convention journalistes), créant une structure salariale rigide où l'ancienneté génère une augmentation mécanique et continue des charges. Résultat : 22 écarts identifiés par l'IGF par rapport à la convention collective nationale, représentant un surcoût total théorique de 61,9 M€ — dont 26,6 M€ pour la seule prime d'ancienneté, 19,9 M€ pour l'indexation Outre-mer, 4,7 M€ pour la compensation forfait-jour.

 


Sur les licenciements : les indemnités versées sur la période 2017-2024 atteignent 133 M€ au total, soit une moyenne de 16,7 M€ par an — un régime "largement plus favorable aux salariés de France Télévisions" que le code du travail, avec des grilles d'indemnisation allant jusqu'à trois quarts de mois de salaire par année d'ancienneté pour les personnels techniques. Sur les départs en retraite : 27,5 M€ d'indemnités versés sur la période. Le plan de recomposition des effectifs (1 238 départs en rupture conventionnelle collective), financé à 78 M€ par l'État, n'a "eu que des effets limités" et n'a "conduit qu'à une stabilisation ponctuelle de la masse salariale" — les personnes parties étant remplacées par des salariés plus jeunes mais dont l'ancienneté, mécaniquement, augmente chaque année.
Sur les avantages en nature, la Cour va plus loin que FTV. Les 53 véhicules de fonction recensés au 1er janvier 2025 représentent un loyer mensuel cumulé de 21 466 € et un montant total de location de 1 727 658 €, avec des modèles allant jusqu'à 53 000 €.
La Cour note que "l'importance du parc de véhicules de fonction n'a pas d'équivalent chez d'autres entreprises publiques ni même chez la plupart des ministères." Sur les comités sociaux et économiques (13 CSE) : la dotation annuelle aux activités sociales et culturelles représente 2,2% de la masse salariale brute, soit 14,2 M€ en 2024 — dont 63% vont au comité interentreprises ex-ORTF, propriétaire du château de Lalinde en Dordogne (115 hectares, piscine ayant coûté 1 M€).
Sur les salaires cumulés : la Cour pointe que "certains niveaux de salaires chez France Télévisions étonnent au regard de la disponibilité des personnes concernées dans l'entreprise et de leur charge de travail" — une formulation administrative qui signifie, en langage clair, que des cadres touchent un plein salaire pour une présence partielle.
La conclusion de la Cour sur l'accord collectif résume tout : "Depuis sa mise en œuvre en 2013, l'accord collectif a conduit mécaniquement à alourdir les charges et à creuser le déficit d'exploitation."
FTV l'a dénoncé en juillet 2025 — soit douze ans après sa signature, neuf ans après que la Cour l'avait déjà qualifié en 2016 d'"accord contenant des dispositions généreuses, source de surcoûts pérennes." La dénonciation est la recommandation n°5 du rapport de la Cour : "Renégocier dans les meilleurs délais l'accord collectif du 28 mai 2013 en cours de dénonciation."
📌 À retenir : La Cour l'écrit noir sur blanc : l'accord collectif de 2013 "a conduit mécaniquement à alourdir les charges et à creuser le déficit d'exploitation." Il a fallu douze ans, 376 M€ de déficits d'exploitation cumulés sur la seule SA, et une recommandation explicite de la Cour pour que la direction le dénonce. Ce que FTV présente comme une réforme courageuse est l'exécution tardive d'un constat formulé dès 2016. La masse salariale, elle, n'a attendu personne pour continuer à croître.

V. CONCLUSION

Ce dossier, publié le 17 mars 2026 — soit aujourd'hui, en pleine séquence parlementaire sur l'audiovisuel public — n'est pas un exercice de transparence. C'est une plaidoirie.
Chaque rubrique répond point par point aux critiques du rapport de la Cour des comptes de septembre 2025. Chaque chiffre est réel mais encadré d'un narratif qui l'atténue. Chaque angle mort est précisément celui qui permettrait d'évaluer l'efficacité managériale : nombre total de cadres au-delà du comité de direction, masse salariale ventilée par catégorie, évolution du ratio encadrement/production, conditions exactes du barter de Cannes, détail des 150 M€ d'économies annoncées pour 2026.
La Cour des comptes, elle, ne plaide pas. Elle constate : des capitaux propres tombés de 294 à 179 M€ en huit ans, passés "en dessous de la moitié du capital social" depuis 2021 — seuil légal en dessous duquel la pérennité de l'entreprise est considérée comme non assurée, obligeant l'État actionnaire à agir. Elle constate des déficits d'exploitation cumulés de 376 M€ sur la seule société anonyme. Elle constate une masse salariale qui ne baisse pas malgré la réduction des effectifs, structurellement rigidifiée par un accord collectif que la direction elle-même a finalement dénoncé en juillet 2025.
France Télévisions a publié ce matin ce qu'elle était contrainte de publier. Ce qu'elle ne publie pas, c'est ce qui dérange : pas les chiffres bruts, mais leur mise en relation. Le ratio entre la réduction des effectifs (-12%) et la quasi-stagnation de la masse salariale (-1,95%). Le quadruplement de la part de production interne — de 5% à 20%, soit jusqu'à 88 M€ captés par la filiale France TV Studio. Les 46 M€ de frais de mission en année olympique. Les capitaux propres sous le seuil d'alerte légal depuis 2021.

Une dernière question qui mérite d'être posée

Le rapport de la Cour des comptes a été délibéré le 10 juillet 2025 — deux mois après la reconduction de Delphine Ernotte par l'Arcom le 14 mai. Calendrier normal, assure la Cour.
Sauf que la commission d'enquête Alloncle a produit un mail — dont l'existence n'a été ni confirmée ni démentie sous serment par la Cour ni par Christophe Tardieu, secrétaire général de France Télévisions — dans lequel la direction aurait demandé à reporter la publication du pré-rapport "non plus en mars 2025, mais après la reconduction de la présidente", au motif qu'un envoi avant "risquait de modifier les termes du débat" et aurait pu "heurter la sincérité de cette compétition."
Tardieu, auditionné, n'a pas dit qu'il n'avait pas envoyé ce mail. Il a dit qu'il ne l'avait "pas trouvé" dans sa messagerie.
Si ce rapport avait été publié en mars 2025 comme initialement prévu, l'Arcom aurait-elle pu, en toute connaissance de cause, reconduire Delphine Ernotte pour un troisième mandat ?
 



 

Le Président de la commission d'enquête, Jérémie Patrier-Leitus, ne serait PAS IMPARTIAL mais "favorable" aux cadres de France Télévision selon une note de cadrage de France Télévisions. Cette note a été remise à  toutes celles et ceux convoquées à la commission d'enquête sur l'Audiovisuel public. « Les services de FTV ont établi une note de cadrage pour préparer les auditions des cadres convoqués par la commission d'enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'AVP Extraits Commission créée à l'initiative du groupe UDR en réaction à l'affaire Cohen-Legrand et en se fondant sur les déclarations selon lesquelles "on ne représente pas la France telle qu'elle est ...mais on essaie de représenter la France telle qu'on voudrait qu'elle soit." Élargissement du champ d'enquête à la faveur de la publication du rapport de la Cour des Comptes. Nous aurons tout intérêt à être très factuel pour objectiver ce que nous cherchons à démontrer = contribuer à faire dégonfler le caractère polémique de l'initiative et ne pas nous aliéner les autres groupes plutôt réservés. Composition de la CE (31 députés dont 12 connus pour leurs positions plutôt favorable à FTV) Vigilance pour toutes les Auditions Le questionnaire qui nous est transmis au nom du rapporteur en amont des auditions est indicatif. Durée 1h30 / 2 h max avec liminaire de 15 min autorisé. Hors audition présidente. Obligation pour toutes les personnes dont la commission d'enquête a jugé l'audition utile de se rendre à la convocation Obligation de d'écluses liens d'intérêts Obligation de répondre aux questions posées et sous serment. Possibilité de poursuite pour faux témoignage En pratique les suites judiciaires données par le parquet ( qui ne peut-être saisi que par le président de la CE -qui nous est plutôt favorable en l'espèce -) sont très rares.»
 
Source : Blog CGC des Medias
 
 
 
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