Affichage des articles dont le libellé est mensonge collectif. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mensonge collectif. Afficher tous les articles

septembre 11, 2026

L'État à la casse avec Sarah Knafo.; débouter par les médias...!

Dans un long dossier que Marianne consacre à mon livre et à ma personne cette semaine, le journal n'a même pas réussi à contredire un seul des centaines de chiffres que j'ai donnés dans Le Casse du Siècle. 
 
Ils admettent à demi-mot que tout est juste. 
 
Et donc que c'est bien leur titre qui est « tout faux », ou plutôt tout mensonger.
 

 
Leur seul angle d'attaque ? 
 
Changer d'angle. 
 
Au lieu de raisonner en euros, et de parler de votre argent comme je le fais page après page, ils raisonnent en évolution de la part du PIB de chaque ministère dans le temps. 
 
Ce qui est totalement absurde puisque cela part du principe que les dépenses de l'Etat devraient nécessairement suivre la croissance économique. 
 
Comme si les gains de productivité étaient interdits. 
 
Comme si, dès qu'une entreprise française décrochait un gros contrat et faisait de gros bénéfices, faisant ainsi augmenter le PIB, il faudrait alors immédiatement augmenter les effectifs des bureaucrates en conséquence, sans quoi ce serait le signe que les services publics perdent des moyens ! 
 
Et comme si, à l'inverse, dès qu'une usine faisait faillite, on devrait réduire les dépenses de l'Etat à qualité de service public constant. 
Ridicule !
 
Derrière la pauvreté du fond, il y a l'absence de méthode : 
 
Quand Marianne avance des chiffres, qui n'invalident d'ailleurs jamais les miens, aucune source n'est précisée, sauf parfois un « calcul Marianne d'après l'INSEE ». 
 
Quels calculs ? 
Quelles données INSEE ? 
 
Nul ne sait. Nous devons les croire sur parole. 
 
Alors que dans Le Casse du Siècle, j'ai pris la peine de présenter des centaines de notes de bas de page avec sources précises et détails de tous les calculs. Chacun peut d'ailleurs les retrouver en un clic sur sarahknafo.fr/preuves. 
 
Les journalistes de Marianne ont été incapables de s'approcher du niveau de rigueur de ce qu'ils prétendent critiquer.
 
Marianne ne s'appuie que sur des dires d'« experts » pour affirmer de manière péremptoire que « on est déjà presque à l’os : il n’y a quasi pas d’économies à trouver ».
 
Ils ne se rendent même pas compte de l'absurdité de leur conclusion. 
 
Le pays le plus dépensier du monde n'aurait aucune possibilité de réduire ses dépenses ? On se demande comment survivent l'ensemble des autres pays de la planète !
 
Car oui, Marianne, qui adore visiblement faire des ratios en % du PIB, aurait pu se pencher sur celui-ci :
 
 57,3 % de dépenses publiques. Record du monde. Et ce ratio est en croissance continue depuis les années 1960. Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381414
 
Rappelons que Marianne a touché 973 554 € de subventions en 2024 
 
 J'ai prévenu dans le livre que tous les complices des casseurs m'attaqueraient, parfois sans argument : 
 
Vous allez vite découvrir qui a intérêt à faire perdurer le casse ! 
 

 
 Analysant le livre de Sarah Knaffo, dans @LEXPRESS, Alain Madelin, vieux libéral, @IdeesAction, pose la bonne question : - s'attaquer à des économies (-X milliards parci, -Ymilliards par là), c'est nécessaire, certes, - mais cela ne résout pas au fond la question clef : l'inefficacité de l'État, devenu un Léviathan glouton et impuissant qui étatise tout et veut tout faire ! Il faut donc, très vite, des réformes de fond, de structures comme on dit dans les entreprises qui règlent le problème définitivement ! Alain Madelin donne l'exemple de l'assurance maladie avec quelques idées clefs que je cite : - "Refuser l'étatisation complète de la SS engagée depuis des décennies - Distinguer clairement ce qui relève de l’assurance - qui doit être financé par les cotisations - et ce qui relève de la solidarité nationale - qui doit être financé par l'impôt, comme c’est le cas aujourd’hui au travers de la CSG et de la TVA - L'Assurance maladie est aujourd'hui un payeur aveugle qui rembourse des tarifs ; elle doit devenir un acheteur avisé, qui compare les coûts, qualité et résultats, pour contracter avec tous les offreurs de soins. - Il serait avisé de mettre les caisses en concurrence. Elles pourraient ainsi devenir des assureurs complets. En contrepoint, mutuelles et assureurs pourraient devenir assureurs dès le premier euro. Ce modèle, qui a fait ses preuves à l’étranger, s’inscrirait naturellement dans des règles de solidarité excluant toute sélection des risques. Au bout de la chaîne, Nicolas retrouve ainsi le seul pouvoir qui vaille : choisir son assureur. - Nous passerons sans doute bientôt d'un système qui rembourse la maladie à des plateformes qui la préviennent, et qui offrent à leurs cotisants la meilleure santé possible le plus longtemps possible. Personne n'en connaît encore la forme. - La France ne peut pas se contenter de gérer mieux ses hôpitaux d’hier, ce qui équivaudrait à réparer un vieux système épuisé. Elle doit construire celui qui va permettre d’accueillir la révolution de la santé du XXIe siècle" En définitive, c'est cela la clef d'une organisation libérale de l'état : c'est organiser des structures d'un État minimum qui soit efficace et compétitif pour faire mettre en œuvre une politique choisie, par des acteurs en concurrence, sélectionnés sur leur performance. L'état n'est pas, par essence, un bon gestionnaire. Par contre lui seul peut définir ce qui relève de la solidarité et ce qui relève de l'assurance. On pourrait décliner la même chose en ce qui concerne l'éducation nationale, ou plutôt l'enseignement. Alain Madelin est en fait un vrai penseur libéral : le libéralisme, c'est un état recentré sur ces missions clefs, qui confie la gestion de ces missions à des acteurs efficaces parce qu'en concurrence. On passe alors d'un système régulé par des tarifs, inefficace, à un système régulé par les prix, un système de marché. Évidemment, ce qui est régalien, la diplomatie, l'armée, la police, la justice relève d'une autre logique.
 
Le dossier de l'Université Liberté sur S. KNAFO

août 18, 2026

Parlons retraite...dans le sens démocratie libérale ! (Pour ma part, elle n'existerai pas, comme le travail)

 OUI, les retraites constituant aujourd’hui le premier poste de dépenses de protection sociale et le premier poste de dépenses publiques pris isolément. 

OUI, MAIS de quelles retraites parlon-nous ? 

Cour des comptes : 

📛Le régime des fonctionnaires civils et militaires de l'État est équilibré grâce à une très forte contribution budgétaire de l'État employeur ; 

📛Les cotisations versées pour les retraites de la fonction publique d'État sont fixées de manière à assurer l'équilibre du régime, ce qui signifie que l'État complète massivement le financement ; 

📛La caisse des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers (CNRAC) est dans une situation critique. 

À l'inverse : 

✅Les retraites du privé reposent essentiellement sur les cotisations salariales et patronales. 

✅L'Agirc-Arrco (complémentaire du privé) dispose même de réserves importantes et est globalement excédentaire.

Pascal Beuvelet 

@Pascal_Beuvelet 




Retraite des fonctionnaires : combien coûte réellement le système ? On parle beaucoup de l’âge de départ. Beaucoup moins de la façon dont est financée la retraite des fonctionnaires. 

 Pour un fonctionnaire, la retraite de base est calculée à partir du dernier traitement indiciaire détenu pendant au moins 6 mois, avec un taux pouvant atteindre 75 % du traitement indiciaire, sous conditions de durée de carrière. 

Les primes, elles, ne sont pas intégrées à cette pension de base. Mais le sujet devient surtout intéressant lorsqu'on regarde la facture pour les finances publiques.  

En 2024, les pensions civiles et militaires de l'État représentaient 63,7 Md€. Pour les financer, l'État a versé 48,2 Md€ de contribution d'équilibre. Autrement dit, une part considérable du financement ne provient pas directement des cotisations des agents, mais d'un financement assuré par l'État. Et ce n'est pas tout.  

Une analyse du Sénat estime qu'en additionnant les subventions supplémentaires de l'État et des collectivités aux régimes de retraite des fonctionnaires, le montant atteint 49,9 Md€ par an. 

Sur cette somme :  

36,1 Md€ proviennent de l'État seul  

8,2 Md€ des collectivités  

seulement 33,8 Md€ correspondent à des cotisations employeur considérées comme « normales » selon cette méthode. 

 Le Sénat estime ainsi que, pour la fonction publique d'État, le système représente un surcoût annuel d'environ 18 400 € par bénéficiaire.  Attention : cela ne signifie pas que les fonctionnaires « ne cotisent pas » ou que 49,9 Md€ = déficit. 

Il s'agit d'une estimation des subventions publiques supplémentaires nécessaires au financement des régimes, selon la méthode retenue par le Sénat. Et c'est justement là que le débat devient intéressant. 

Le problème n'est pas simplement : « À quel âge doit-on partir à la retraite ? » Il faut aussi demander : « Qui finance réellement les droits acquis, et combien cela coûte-t-il aux finances publiques ? »

 Avec une dette publique proche de 120 % du PIB, chaque dépense structurelle compte.  

Peut-on continuer à repousser la question du financement des retraites publiques sans regarder précisément la facture supportée par le contribuable ?

 Bienvenue en Absurdistan 


 

 Oui chers rapporteurs de la @Courdescomptes, le régime de retraite des fonctionnaires d’État a versé 65 Md€ en 2025. Mais la réalité est que les retraites du public représentent près du double de ce chiffre. Les déficits maquillés par les surcotisations mais désormais reconnus chez les fonctionnaires d’État, on les retrouve aussi dans le régime des collectivités locales (CNRACL), les régimes spéciaux, etc. Le combat ne s’arrète pas avec ce régime spécifique, il commence à peine, car c’est plus d’un quart des retraites payées chaque année par la France dont nous devons clarifier le poids sur le déficit budgétaire.

 En 2025, le régime de retraite des fonctionnaires de l’État a versé 65,1 Md€ à 2 millions de pensionnés. La Cour appelle à poursuivre le rapprochement avec le régime général et à clarifier le financement du régime.  Lire le rapport  : https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-retraites-des-fonctionnaires-de-letat

 

Sommaire:

A) - Le mensonge des soixante-quatre ans

B) - Passer de la retraite par répartition à la retraite par capitalisation

C) - POURQUOI LA CAPITALISATION

D) - Prolétaires de tous les pays, capitalisez !

E) -  Retraite

F) - Divers liens sur ce thème... Dossier complet

 

A) - Le mensonge des soixante-quatre ans

Deux mille trois cent quarante-sept euros : c'est ce que la France emprunte chaque seconde pour payer ses seuls intérêts. Sur cent euros de dépense publique, cinquante-sept partent en protection sociale, dont vingt-quatre en pensions. Et pendant que l'on s'écharpe sur la désindexation de quelques euros par mois, personne n'ose dire la seule chose qui compte : notre système de retraites, tel qu'il est, est mort. Il ne mourra pas dans dix ans, il est déjà infinançable. Alors mettons les chiffres sur la table, et posons ensuite la question que les candidats esquiveront jusqu'au printemps prochain.

Accessoirement, on vous ment depuis quinze ans sur l'âge de départ à la retraite. Il n'est ni de 62, ni de 64 ans. Il est de 67.



I — Sur cent euros de dépense publique


Commençons par le prétexte de l'été, puisqu'il occupe l'espace, avant de regarder la structure.


Rappelons la chronologie, parce qu'elle est instructive. À l'automne 2025, l'article 44 du budget de la Sécurité sociale prévoyait un gel de l'ensemble des pensions de base pour 2026, puis une sous-indexation de 0,4 point de 2027 à 2030 — la mesure d'économie la plus importante du texte, chiffrée à 3,6 milliards d'euros. La lettre rectificative du 23 octobre y ajoutait 0,5 point en 2027, portant la minoration à 0,9 point, pour financer la suspension de la réforme des retraites.

L'Assemblée nationale a supprimé l'article. Le Sénat l'a réintroduit — mais amputé, en gelant les seules pensions supérieures à 1 400 euros bruts par mois, et en abandonnant la sous-indexation 2027-2030. Voilà d'où vient le seuil de 1 400 euros : d'un amendement sénatorial pour 2026, non d'un projet gouvernemental pour 2027. Car pour 2027, la conversation a déjà changé de braquet : Bercy planche sur un gel visant les pensions au-delà de 3 000 euros, et le ministre de l'Économie a lui-même ouvert la porte à une sous-indexation des seules pensions élevées.

Le glissement mérite une seconde d'attention. En dix mois, le curseur est passé de « tout le monde » à « au-dessus de 1 400 euros », puis à « au-dessus de 3 000 euros ». Chaque cran vers le haut protège davantage d'électeurs. Chaque cran vers le haut réduit le rendement : là où un gel général rapporterait 3,6 milliards, un gel calibré au-delà de 3 000 euros ne toucherait guère plus d'un retraité sur dix et pourrait ne rapporter que l'ordre du milliard. Cela ne se fera pas, ou si peu que cela ne changera rien. Dix-sept millions de retraités votent, votent beaucoup, et votent tôt.

Maintenant, la structure. Regardons où va l'argent public, parce que c'est là que tout se joue et que personne ne veut y aller.


En 2024, la dépense publique française atteint 1 672 milliards d'euros, soit 57 % du PIB. La protection sociale, hors santé, en est le premier poste avec 693 milliards, soit 41 % du total ; la santé en ajoute 261 milliards, soit 16 %. Additionnez : sur cent euros de dépense publique, environ cinquante-sept partent en protection sociale au sens large — contre 26,5 % du PIB en moyenne dans l'Union européenne, quand la France est à 32,3 %.

Et les retraites, dans ces cent euros ? Le Conseil d'orientation des retraites est formel : en 2025, les dépenses brutes du système de retraite s'élèvent à 422,2 milliards d'euros, soit 14,1 % du PIB et 24,3 % de l'ensemble des dépenses publiques. Un euro public sur quatre part en pensions. Plus que la santé. Près de trois fois l'enseignement.

Ce n'est pas un scandale en soi : c'est un choix de société, et un choix dont je ne rougis pas. La France a fait reculer la pauvreté des personnes âgées comme peu de pays au monde. Mais un choix de cette taille ne peut pas être le seul sujet dont il soit interdit de parler.

Car sur ces mêmes cent euros, il y a aussi une ligne dont personne ne débat jamais, et c'est celle qui nous étrangle.

II — Ce que coûtent les intérêts, et ce que nous produisons

 
Ce que nous payons. En 2025, l'ensemble des administrations publiques a versé 64,7 milliards d'euros d'intérêts, soit 2,2 % du PIB, après +13,9 % en 2024 et +11,2 % en 2025. Pour 2026, la Cour des comptes attend environ 74 milliards. Sur le premier semestre 2026, la charge de l'État seul a bondi de 18,3 % en un an, alourdissant le budget de plus de 5 milliards. À taux constants, la barre des 100 milliards annuels tombera vers 2029, soit 3,2 points de PIB.

Ramenons cela à l'échelle humaine. Soixante-quatorze milliards, c'est 203 millions d'euros par jour. C'est 2 347 euros par seconde. C'est 1 082 euros par habitant, nourrissons compris. Et c'est 71 % de tout ce que l'impôt sur le revenu rapportera cette année à l'État — 104 milliards nets prévus. De janvier à fin septembre, l'intégralité de votre impôt sur le revenu ne paie que des intérêts. Pas une école, pas un lit d'hôpital, pas un gendarme.

Ce que nous produisons. Fin 2025, la dette Maastricht atteignait 3 460,5 milliards, soit 115,6 % du PIB — ce qui situe le PIB autour de 2 994 milliards. Fin mars 2026, elle avait déjà bondi de 75,6 milliards en un trimestre, à 3 536,1 milliards et 117,5 % du PIB. Côté croissance, le gouvernement a révisé sa prévision de 0,9 % à 0,7 %, rejoignant l'Insee, le FMI et l'OCDE ; la Banque de France ne table que sur 0,5 %. Le premier trimestre s'est soldé par une contraction de 0,1 %.

Le calcul. Appliquez 0,7 % à 2 994 milliards : la richesse nouvelle produite cette année, en volume, s'élève à 21 milliards d'euros. Vingt et un milliards créés. Soixante-quatorze milliards d'intérêts versés. Nos intérêts représentent trois fois et demie tout ce que notre économie aura produit de nouveau cette année. Avec l'hypothèse de la Banque de France, près de cinq fois.

Je connais l'objection, et elle est légitime : cette comparaison confronte une charge et un flux de croissance en volume, alors que la dette se rembourse en euros courants. Faisons-le en nominal. Avec 0,7 % de volume et un déflateur autour de 2 %, le PIB progresse d'environ 81 milliards en valeur : les intérêts en absorbent 92 %. Avec un déflateur plus modeste, on dépasse les 100 %. Selon la lecture retenue, les intérêts de notre dette absorbent donc entre la quasi-totalité et trois fois et demie la richesse nouvelle d'une année. Il n'existe aucune lecture, aucune, dans laquelle cela soit soutenable.

Et souvenez-vous de l'asymétrie fondamentale : le capital, on le roule, on le refinance, on le repousse indéfiniment. Les intérêts, jamais. Ils tombent avec la régularité d'un huissier. C'est la seule ligne du budget français sur laquelle aucun ministre ne négocie, aucun Parlement ne vote, aucune manifestation ne pèse. Le reste est arbitrage politique. Cela, c'est une servitude.

Un dernier chiffre : en 2026, l'Agence France Trésor doit emprunter 310 milliards d'euros à moyen et long terme. Un record absolu. Et la charge de la dette pèse désormais plus lourd que n'importe quelle mission régalienne : plus que la Défense hors pensions, presque autant que la recherche, l'enseignement supérieur, la police, la gendarmerie et la justice réunis.

Voilà l'état réel de la maison. Le gel des pensions, dans sa version la plus dure, c'est dix-huit jours d'intérêts. Dix-huit jours. On s'apprête à passer six mois à s'écharper sur trois semaines de facture bancaire.

III — Quand aurons-nous le courage de dire que le système est mort ?

Maintenant, la vraie question. Celle que ni la gauche ni la droite ne posera avant l'élection, chacune pour des raisons opposées et également médiocres.


Le constat, d'abord, chiffres officiels en main. Le système de retraites est en déficit et y restera. Le COR le dit sans détour : 5,1 milliards d'euros de déficit en 2025, environ 5 milliards en 2026, 6,8 milliards en 2030, puis une dégradation continue jusqu'à −0,9 % du PIB en 2045 et −2,4 % en 2070. La Cour des comptes est plus brutale encore : environ 15 milliards de déficit hors inflation en 2035, autour de 30 milliards en 2045.

Regardez surtout où se logent ces déficits, car c'est là que tout devient politiquement exploitable. Le régime le plus déficitaire, et de loin, est le régime général : 0,4 point de PIB en 2030, 0,9 point en 2045. Viennent ensuite les régimes des agents des fonctions publiques locale et hospitalière. Pendant que les régimes complémentaires, eux, gérés par les partenaires sociaux, dégagent un excédent tendanciel. Ajoutez les subventions d'équilibre versées par l'État aux régimes spéciaux — 6 milliards en 2026, dont 3,2 milliards pour la SNCF et 886 millions pour la RATP.

Traduction en français : ce ne sont pas « les retraites » qui sont infinançables. Ce sont certains régimes, précisément identifiés, chiffrés, documentés depuis vingt ans, et que nous refusons de toucher parce que chaque tentative se heurte à une coalition de statuts.

Le mensonge, ensuite. On raconte aux Français que l'âge de départ est de 62 ans, puis 64, et l'on organise chaque décennie une bataille rangée sur ce chiffre. Depuis la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, le relèvement est d'ailleurs suspendu pour cinq générations, celles nées de 1964 à 1968 : les 64 ans ne concernent plus que les générations nées à partir de 1969. Coût de la suspension : 1,4 milliard dès 2027.

Or l'âge légal n'est qu'une porte d'entrée. Ce qui détermine réellement votre pension, ce sont deux choses : le nombre d'annuités validées, et l'âge auquel la décote s'annule. Ce second âge, celui du taux plein automatique, celui à partir duquel votre retraite est calculée sans minoration quel que soit votre nombre de trimestres, est fixé à 67 ans — pour les salariés du privé, les indépendants, les sédentaires de la fonction publique, et pour la retraite complémentaire.

Soixante-sept ans. Depuis 2010. Voté, promulgué, appliqué, jamais remis en cause par personne — pas plus par ceux qui défilaient contre les 64 ans que par ceux qui les ont votés. Celui qui a une carrière hachée, celui qui a commencé tard, celle qui s'est arrêtée pour élever ses enfants : ceux-là partent à 67 ans, ou partent amputés de 1,25 % par trimestre manquant. Voilà la réalité que quinze ans de débat public ont soigneusement recouverte. On a hurlé sur un chiffre symbolique en laissant intact celui qui frappe les plus fragiles.

Alors reprenons les travaux sur la retraite par points. Ils ont été engagés en 2019 sur la base du rapport Delevoye et enterrés le 16 mars 2020 par le Covid, jamais par un vote. Le dossier n'est pas mort : il est au congélateur. Et il ne demande qu'à être rouvert, à trois conditions que je crois décisives.

Premièrement, ne la faisons pas universelle tout de suite.
 

C'est l'erreur de 2019 : vouloir fondre quarante-deux régimes en un seul d'un coup a soudé contre la réforme tout le monde et son contraire. Commençons par les régimes déficitaires — ceux que le COR et la Cour des comptes désignent nommément. Ils sont le problème, ils seront le laboratoire. Les régimes à l'équilibre attendront, et adhéreront quand ils constateront que le système fonctionne. L'universalité doit être un point d'arrivée, pas un préalable.

Deuxièmement, laissons les partenaires sociaux fixer la valeur du point. 

Ce n'est pas une concession, c'est la preuve que ça marche : l'AGIRC-ARRCO pilote depuis des décennies un régime par points, il est excédentaire, et il a lui-même décidé une sous-indexation de 0,4 point pour 2024-2026. Sans loi, sans 49.3, sans manifestation. Le paritarisme, quand on lui confie un paramètre et qu'on lui laisse la responsabilité, est infiniment plus courageux que le Parlement.

Troisièmement, laissons le COR s'occuper de l'âge. 

Avec un système par points, l'âge légal perd d'ailleurs presque tout son intérêt : on ouvre une fenêtre de départ, et chacun arbitre entre la date et le montant. C'est exactement ce que dit Marylise Léon, qui juge « profondément injuste » un système bâti autour d'un âge légal et demande le retour de ce débat dans la présidentielle de 2027.

Et c'est avec la CFDT qu'il faut travailler. Non par tactique, par cohérence : depuis son congrès de Tours en 2010, elle défend un système universel, et elle accepte le principe du point comme elle accepterait tout régime contributif. C'est le premier syndicat de France, il est réformiste, il est resté par répartition et il tend la main. Ne pas la saisir serait une faute politique majeure.

Reste l'honnêteté finale, et elle est rude. Oui, un système par points bien calibré peut produire des pensions plus faibles pour certains. Il rend visible ce que le système actuel dissimule : quand la démographie se dégrade — et le taux d'emploi des 60-64 ans plafonne à 44,4 % en France contre 55 % dans l'Union européenne —, quelque chose doit céder. Aujourd'hui, ce qui cède, c'est la dette. C'est-à-dire les enfants de ceux qui partent.

Alors choisissons. Soit on baisse un peu les pensions et on le dit. Soit on travaille un peu plus longtemps et on le dit. Soit on cotise davantage et on le dit. Soit on continue d'emprunter, et on ne le dit surtout pas — c'est l'option en vigueur, celle qui coûte 2 347 euros par seconde. Mais qu'on cesse de prétendre que ces quatre chemins n'existent pas.

IV En sortant


 

Une image, pour finir, puisque les chiffres finissent par ne plus rien dire.


Imaginez un ménage dont les revenus augmentent de mille euros dans l'année. Bonne nouvelle. Sauf que la même année, ses seuls intérêts d'emprunt lui coûtent trois mille cinq cents euros, et que 57 % de son budget est déjà engagé par des promesses qu'il a faites à lui-même et aux siens. Le capital n'est pas remboursé : il est refinancé chaque mois, un peu plus cher. Ce ménage n'est pas en difficulté passagère. Il est en cessation de paiement différée, et il tient uniquement parce que son banquier lui fait encore confiance.

Ce ménage, c'est nous. Le banquier, ce sont les marchés. Et la confiance ne se retire jamais progressivement.

Je ne prêche ni l'austérité aveugle, qui étoufferait une croissance déjà réduite à 0,7 %, ni la fuite en avant, qui nous mène droit aux 100 milliards d'intérêts de 2029. Je demande une chose simple : qu'on arrête de mentir sur les proportions et sur les mots. Qu'on cesse d'agiter huit euros de désindexation en guise de politique. Qu'on dise que le départ sans décote, c'est 67 ans. Qu'on admette que le système actuel, avec quarante-deux régimes, des subventions d'équilibre et un déficit programmé jusqu'en 2070, n'est plus réparable à coups de rabot — il est à refonder.

J'ai siégé dans cet hémicycle. La mécanique n'y fonctionne pas à la malveillance, elle fonctionne au report. Reporter, c'est toujours transférer la charge vers ceux qui ne votent pas encore. La dette est la plus injuste des politiques sociales : elle a tous les charmes de la gauche généreuse et tous les effets de la droite la plus dure.

Le respect que l'on doit aux Français, ce n'est pas de leur épargner les mauvaises nouvelles jusqu'au lendemain de l'élection. C'est de les traiter en adultes.

Soixante-sept ans. Deux mille trois cent quarante-sept euros par seconde. Bonne semaine quand même.

Bruno Millienne

Député Mouvement Démocrate, à Assemblée nationale

« Libres Pensées » paraît chaque semaine. Sources : Insee (comptes nationaux 2025, dépenses publiques par fonction, dette trimestrielle T1 2026), COR (rapport annuel 2026), Comité de suivi des retraites (avis 2026), Cour des comptes (finances publiques 2025 et système de retraites), DREES et Service des retraites de l'État (règles de décote), Dares (emploi des seniors), rapports du Sénat sur le PLF et le PLFSS 2026. Les ratios intérêts/création de richesse et l'équivalence « gel des pensions = dix-huit jours d'intérêts » sont des calculs de l'auteur, détaillés dans le texte.

 

Régime des retraites des fonctionnaires : 

DÉFICITAIRE - 50 MILLIARDS / ANS Ils cotisent 15 milliards, ils reçoivent 50 milliards 

Ce déficit est financé par la dette publique....  

Régime des retraites du privé : 

BÉNÉFICIAIRE - 92 MILLIARDS DE RÉSERVE 

CONCLUSION : la réforme des retraites ne devrait concerner QUE LES FONCTIONNAIRES


 

B) - Passer de la retraite par répartition à la retraite par capitalisation

Maintenir le système de retraite par répartition tel qu'il est, veut dire :


Imposer des transferts forcés de plus en plus lourds sur les générations futures, c'est-à-dire prendre le risque politique de voir ces générations ne pas payer. Notre génération sera alors brutalement appauvrie au moment de sa retraite.

Allonger la période de cotisation et ne plus payer les retraites à taux plein pour la génération actuelle de futurs retraités, c'est rompre les promesses et spolier notre génération. On prend le risque de voir la génération actuelle de futurs retraités brandir "ses droits acquis".

Payer les retraites en monnaie de singe. L'inflation a toujours été le moyen sournois privilégié par l'État pour ne pas payer ses dettes. Mais cela veut dire quitter le marché unique et renoncer aux disciplines monétaires.
Ce que l'État propose en ce moment même à notre génération c'est de continuer à payer les retraites des anciens et ne pas lui payer les retraites qu'elle était "en droit" d'attendre compte tenu du poids des cotisations sociales qu'elle supporte !
Pourquoi faire perdurer un modèle qui coûte cher et qui est socialement risqué, alors qu'il existe un système plus simple et plus sûr : le système par capitalisation ? C'est tout le problème de la transition d'un système à l'autre…

Existe-t-il un moyen simple de réaliser cet exploit ? Oui.

Donnons d'abord le choix à notre génération de quitter l'ancien système en lui restituant son salaire plein (celui correspondant à ce que paye l'employeur) ; Ou d'y rester .
Puis laissons la nouvelle génération d'actifs, celle de nos enfants, passer à la capitalisation.

Reste à payer les retraites du moment jusqu'en 2010. En 1991, d'après le Livre blanc sur les retraites, notre génération a payé 705 milliards de francs aux retraités du moment. Comment dégager, maintenant et jusqu'à 2010, 700 milliards de francs chaque année pour libérer nos enfants du système par répartition et en même temps assurer à notre génération une retraite supérieure à celle anticipée ? Il faut constituer dans un temps très court un capital qui rapporte chaque année au moins ce chiffre de 700 milliards de francs. Il faut générer un capital de 14 000 milliards de francs en supposant un taux d'intérêt de 5% l'an. Il faudrait donc créer un fonds de pension doté d'un capital de 14 000 milliards de francs. Soit près de deux fois le produit intérieur brut annuel !

Pour le constituer plusieurs moyens existent :

Vendre le patrimoine de l'État. La valeur nette du patrimoine des administrations publiques était de 2 000 milliards de francs en 1992. Ce patrimoine comprend les bâtiments publics, les routes et matériels de bureaux. Mais on pourrait vendre les autoroutes, les rues et monuments historiques, les œuvres d'art volées au cours de l'histoire à des étrangers par nos armées ou volées aux collectionneurs privés par l'État lui-même via les préemptions, les dations ou interdictions à l'exportation. On pourrait aussi vendre les rivages et voies maritimes ou aériennes dont la valeur nette n'est pas à l'heure actuelle estimée. En revanche, vendre la banque de France rapporterait 210 milliards de francs, valeur nette de ses actifs. Les entreprises publiques peuvent subir le même sort. On estime ainsi la valeur en bourse des Télécommunications à 200 ou 300 milliards de francs. Ce vaste programme de privatisation des services publics permettrait de constituer et démarrer un fonds de pensions capitalisable.

Lever directement un capital par la vente d'une exemption au contribuable : le droit de ne plus payer d'impôt sur le revenu jusqu'à son décès. Quelqu'un qui est taxé chaque année de 30 000 F d'impôt sur le revenu et qui escompte vivre 20 ans, paiera finalement la coquette somme de 600 000 F d'impôt au bout de vingt ans. A un taux d'intérêt de 5% l'an, si l'individu ou une entreprise avait pu disposer de cette somme et la placer sur le marché financier il aurait généré au bout de 20 ans un revenu égal à 1 600 000 F. Le contribuable, individu ou entreprise, peut être prêt à payer plus de 600 000 F le droit de disposer des 30 000 F qu'il paie à son inspecteur des impôts pour les placer sur le marché financier. Il peut même emprunter cette somme pour acheter le droit de ne plus être imposé. Tout le monde y gagne : l'État et le contribuable. S'il y a 10 000 000 de contribuables prêts à acheter ce privilège pour 600 000 F, on lève ainsi 6 000 milliards de francs.

Payer pour avoir le droit de passer à la "capitalisation". La génération à qui on permet de quitter le système de répartition pour assurer sa propre retraite profite du passage à la capitalisation. Une façon de constituer ce fonds de pension est alors d'exiger de ceux qui veulent le quitter d'acheter ce droit d'être libre. C'est immoral, mais cela permet la transition. 20 millions d'actifs qui achètent le droit une fois pour toute de passer à la capitalisation pour 100 000 F génère 20 000 milliards de francs !

En utilisant une combinaison quelconque de ces trois moyens, on lève un fonds de pension extraordinaire. L'épargne ainsi dégagée permet d'investir et de générer des revenus futurs exceptionnels et nos enfants seront beaucoup, beaucoup plus riches que nous. En même temps les hommes politiques font l'économie d'une révolution ce qui n'est pas négligeable pour ceux qui ont entamé une carrière dans ce métier peu recommandable. Plus nous tardons à faire la transition, plus nous nous rapprochons d'une révolution et d'une explosion sociale. Mais après tout pourquoi pas ? Une bonne révolution de temps en temps c'est une façon simple de redistribuer les cartes...

 Bertrand Lemennicier

 


C) - POURQUOI LA CAPITALISATION

Le problème des retraites, et plus précisément celui du passage à la capitalisation est un des problèmes majeurs de notre époque. Il est donc important que nous prenions conscience du changement formidable qui est en train de se produire dans le monde à ce sujet. Or, nous sommes en France terriblement en retard.

Nous sommes, en effet, les victimes des hommes politiques, car c'est le processus politique qui a conduit à la situation sans issue des retraites à laquelle nous sommes confrontés. Mais aujourd'hui les esclaves relèvent la tête ! C'est vrai, c'est facile d'instaurer un système par répartition. On prend par la force à ceux qui travaillent, on donne aux autres, et on semble être généreux. Il est également facile de prolonger la survie de ce système par des modifications marginales. On peut augmenter un petit peu les cotisations, changer un petit peu l'âge de la retraite, modifier quelques règles complexes et on arrive ainsi à transmettre le système au gouvernement suivant qui se lancera à son tour dans des bricolages à court terme. Mais nous ne sommes plus maintenant à un moment où nous pouvons nous contenter de ces replâtrages. On vous l'a déjà dit, il y a non seulement des changements démographiques très importants, mais aussi des problèmes économiques fondamentaux.

Démographie et "collectivisation"

En ce qui concerne les problèmes démographiques, citons un seul chiffre : le rapport des actifs aux retraités qui était, dans les années cinquante, de l'ordre de deux à un passera à 1,4 en 2010. Ce n'est pas si lointain, et cela implique une augmentation considérable de la charge qui pèsera sur les actifs dans un système de répartition.

Il y a par ailleurs le problème économique, à savoir le blocage de long terme de la croissance, explicable par le cercle vicieux de la collectivisation, c'est-à-dire ce système dans lequel le sort des individus dépend de moins en moins de leurs propres efforts de travail ou d'épargne, et dépend de plus en plus de ce qu'on veut bien leur donner au titre d'allocations de retraite, d'allocation chômage, de sécurité sociale, etc. On a ainsi détruit les incitations à produire, les incitations à se développer. Nous sommes, de ce fait, dans un processus de déclin continuel. Il faut en sortir, il faut briser ce cercle vicieux, et nous pouvons commencer par briser le cercle vicieux des retraites, car il faut extraire des retraites de plus en plus abondantes d'une économie qui produit de moins en moins, ou qui, tout au moins, stagne. L'expérience montre que c'est possible, et le cas du Chili est, de ce point de vue, particulièrement précieux.

Le vrai moteur de la croissance

Lorsqu'on passe d'un système de répartition à un système de capitalisation, on stimule le seul véritable moteur de la croissance, à savoir l'épargne. Les individus ont alors intérêt à épargner, c'est-à-dire à accumuler du capital et à créer de la richesse. On ne compte plus sur la générosité obligatoire des autres dans le futur pour subvenir à ses besoins lorsqu'on sera retraité. On compte sur soi-même, et c'est en ce sens que cette révolution à venir - même si on ne la voit pas encore en France, contrairement à d'autres pays - est une révolution morale. Elle représente, en effet, le retour à la responsabilité individuelle, et j'ai été heureux de voir avec quel enthousiasme vous avez tous réagi aux propos de José Piñera, parce qu'il a su donner à son propos cette dimension morale dont nous avons tellement besoin et qui manque tellement aux décisions politiques.

Bien sûr, toutes sortes d'objections sont habituellement soulevées au sujet du passage à la capitalisation, et je ne veux évidemment pas prendre le temps d'en faire la liste. Je me contenterai donc d'évoquer un argument fréquemment exprimé. On dit, en effet, que le passage à la capitalisation ne sert à rien, parce que, de toute façon, il faut bien tirer des ressources quelque part pour payer les retraites. Il importerait alors peu que ces prélèvements soient effectués par un régime de répartition ou par un système de capitalisation.

Ceux qui font ce raisonnement - que l'on trouve évidemment dans la bouche des leaders syndicaux - oublient précisément une chose fondamentale, à savoir que moins une société est collectivisée, plus on fait appel à la responsabilité individuelle, plus on est incité à créer des richesses. On ne prélève donc pas les retraites sur une quantité de ressources identiques, mais sur une quantité de ressources qui s'accroît lorsqu'on est dans un système de capitalisation.

On évoque aussi, bien entendu, les incertitudes qui viennent du fait, que dans un système de capitalisation, les rendements sont incertains, qu'il y a des cracks boursiers, etc. Bien sûr, rien n'est certain dans la vie, mais nous avons pourtant une certitude : le régime actuel a fait faillite et notre sort à tous est donc menacé.

Si le passage de la répartition à la capitalisation n'est pas plus généralement réclamé, il faut s'interroger sur les raisons de ces réticences. Dans le cas français, il y a deux types de raisons. Il y a d'abord le corporatisme. La France est, en effet, un pays extrêmement corporatiste, ce qui se traduit par exemple dans le fait que les systèmes de retraite - comme les systèmes d'assurance maladie sont des systèmes dits de cogestion, dont les syndicats patronaux et les syndicats de salariés sont les gérants. Ils ne veulent pas perdre leur pouvoir, et comme par ailleurs le monde politique a peur de la puissance syndicale, a peur des grèves dures à répétition, il préfère " s'écraser " et accepter que la démocratie cède sous la force brutale.

La foi et la peur

L'ancien premier ministre tchèque Vaclav Klaus a déclaré un jour: " Si les régimes communistes se sont effondrés, c'est parce qu'ils ont perdu leurs deux piliers: la foi et la peur. " Il avait certainement raison: le communisme a longtemps survécu parce qu'on avait foi en lui, mais aussi parce qu'on avait peur du pouvoir. Quand ces deux piliers se sont effondrés, le retour à la liberté est devenu possible. Nous sommes dans une situation semblable, à savoir une situation où ceux qui décident pour nous ont la foi dans des fausses solutions et la peur à l'égard de ceux qui exercent la force pour maintenir de manière conservatrice des systèmes qui pourtant ont fait faillite.

La peur, je l'ai déjà évoquée. La foi, pour sa part, est bien souvent en France l'attachement aux solutions erronées. Les erreurs intellectuelles y sont fréquentes, par exemple l'idée qu'il y a un nombre d'emplois limité dans l'économie, de telle sorte qu'il faudrait partager ces emplois. Il en résulte la fameuse loi des 35 heures, mais aussi tous ces systèmes de préretraites consistant à inciter les gens à ne plus travailler. On diminue donc l'âge de la retraite, alors qu'il faudrait l'augmenter ou tout au moins laisser la liberté à chacun de décider de l'âge de sa retraite. Pourquoi ne peut-on pas admettre à notre époque que les êtres humains sont assez "grands " pour décider par eux-mêmes de ce qui est préférable pour eux et donc pour les laisser librement négocier avec leur employeur s'ils veulent prendre leur retraite à 55, 60, 65, 70, 80, ou à 90 ans. Cette liberté de décision constitue une liberté fondamentale à laquelle tout le monde devrait avoir droit et que chacun doit revendiquer. Un certain nombre de gens seraient certainement heureux de pouvoir prolonger leur vie active, s'ils pouvaient en retirer un bénéfice. C'est un aspect du problème qui a été remarquablement bien souligné tout à l'heure par José Piñera.

Réhabilitation de l'épargne

Une autre erreur intellectuelle grave - qui permet de justifier le maintien du système de la répartition - est l'idée selon laquelle, pour " relancer l'économie " (cette économie qui stagne depuis plus de vingt ans précisément à cause de la collectivisation que je dénonçais tout à l'heure) il faudrait diminuer l'épargne et augmenter la consommation. L'épargne est ainsi conçue comme une " fuite du système économique " à laquelle correspondrait une diminution de la demande globale et donc de la production. Or, la thèse habituelle de la relance par la consommation constitue une erreur intellectuelle majeure: l'épargne, en effet, ne disparaît pas du circuit économique, bien au contraire elle est investie, elle permet la croissance future. Par conséquent la seule relance valable est la relance par l'épargne. Nous avons d'ailleurs de ce point de vue des exemples frappants, en particulier, bien sûr, celui du Chili. Vous pouvez regarder à travers le monde, là où la croissance est élevée, c'est évidemment parce qu'il y a des gens qui épargnent et qui investissent. Et c'est pourquoi le passage à la capitalisation a transformé le visage du Chili.

Cela me paraît quelque peu ironique que nous devions maintenant, nous " pays des Lumières ", si fier de l'intelligence supposée de ses élites, recevoir des leçons de ces lointains pays d'Amérique latine souvent considérés comme sous développés. Mais les vraies solutions viennent de là-bas et il faut avoir conscience du fait que l'imagination est souvent au pouvoir en Amérique latine et ne l'est plus dans la vieille Europe. Cette situation est également ironique parce qu'on a brocardé le Chili pendant longtemps pour des raisons que nous connaissons bien, à savoir que les Chiliens avaient un dictateur non élu, alors que nous, nous avons des dictateurs élus, ce qui est une grande différence...

Les fonds de pension à la française

Mais un étonnant hasard historique a fait que, de manière souterraine et bien rarement perçue, il y avait en fait une transformation formidable des institutions et des modes de fonctionnement de l'économie. Un homme comme José Piñera, parce qu'il avait la clairvoyance, mais aussi le courage, et aussi peut-être un peu de chance, a transformé son pays. Maintenant l'exemple du Chili fait tache d'huile. Huit pays en Amérique latine ont adopté des systèmes de retraites par capitalisation et José Piñera passe son temps à parcourir le monde pour expliquer les raisons de cette transformation et les raisons pour lesquelles un tel changement doit être réalisé.

En France, un timide pas a été fait l'an dernier vers la capitalisation et je dois rendre hommage pour cela à Jean-Pierre Thomas. La loi Thomas sur les fonds de pension est en effet un début d'application de la capitalisation. Mais qu'il me permette cependant de critiquer cette loi, non pas du fait de ses propres conceptions, mais à cause des obstacles significatifs qu'il a rencontrés et qui ont finalement considérablement réduit la portée et l'intérêt de la loi. Caractéristique également est le fait qu'au cours de la campagne électorale de 1997, les socialistes avaient affirmé qu'ils allaient supprimer les fonds de pension, c'est-à-dire la seule mesure d'ordre économique satisfaisante prise par le précédent gouvernement. Et même si la loi Thomas survit, totalement ou partiellement, ces faits apportent la preuve d'une méfiance ou d'une hostilité généralisées à l'égard de la retraite par capitalisation.

Si les fonds de pension à la française peuvent être critiqués, c'est pour toute une série de raisons qu'il serait trop long d'explorer en détail. Il y a d'abord le fait qu'il s'agit d'un système complémentaire et pas d'un système de remplacement de la retraite par répartition. C'est une différence essentielle avec le système chilien où l'on a donné le choix aux individus de quitter la répartition définitivement pour aller à la capitalisation. C'est aussi un système de portée très limité et il était d'ailleurs censé apporter seulement vingt à trente milliards. En effet, il était bordé par toute une série de dispositions complexes, avec des exemptions ou des plafonds précisément conçus de manière à limiter le développement du système, car la grande obsession du corps politique c'est de ne pas déplaire aux syndicats et de ne pas porter atteinte à leur chère retraite par répartition.

C'est aussi une réforme typiquement française, parce que, au lieu de laisser tout simplement les salariés décider eux-mêmes et individuellement du montant des ressources qu'ils souhaiteraient capitaliser à partir des sommes qui leur sont versées, on a conçu un système mixte où les fonds de pension ne pouvaient voir le jour qu'au sein de l'entreprise, après négociation avec les syndicats, ce qui limite évidemment la possibilité pour les salariés de passer d'un fond de pension a un autre.

La solution chilienne, pour sa part, avait consisté à rendre le pouvoir aux individus, en leur disant : "c'est votre argent qui est en cause, c'est à vous de le gérer, vous êtes des êtres responsables, et par conséquent vous n'avez pas à négocier avec un chef d'entreprise ou un syndicat de l'utilisation de votre argent". Mais, bien évidemment, cette conception des choses est mal vue en France. Ainsi, dans la discussion qui a eu lieu au Sénat à propos des fonds de pension, un ministre de l'époque, M. Lamassoure, a déclaré qu'il fallait empêcher que les individus puissent librement adhérer à un fonds de pension, parce que - figurez-vous - les institutions financières risquaient de démarcher leurs clients! C'est effectivement l'horreur absolue en France, alors que justement le démarchage est ce qui permet d'apporter aux clients un produit satisfaisant.

Un passage obligé: la transition

Je n'en dirai pas plus sur les fonds de pension français. Ils constituent une timide avancée, mais c'est tout de même une avancée. Je voudrais pour terminer évoquer le problème de la transition parce qu'il est vrai que ce problème existe et nous ne devons donc pas être irréalistes en cherchant à le nier. Ce problème existe pour une raison bien simple, c'est qu'on ne peut pas revenir sur le passé. Comme le dit mon ami François Guillaumat, lorsqu'un camion écrase une vieille dame, il ne peut pas la " désécraser " en reculant. Le passé est le passé et lorsqu'on a fait des erreurs il faut en supporter le poids. Nous pouvons malheureusement trouver beaucoup d'exemples de cette proposition évidente selon laquelle il y a toujours des coûts de transition. Ainsi, quand la démagogie conduit un gouvernement à faire une politique de contrôle des loyers pour plaire aux locataires, parce qu'ils sont électoralement plus nombreux que les propriétaires, qu'en résulte-t-il ? Une pénurie de logements. Un institut de recherche américain montrait il y a quelques années dans une de ses publications la photo d'une ville dévastée. On avait l'impression qu'une bombe était tombée dessus, mais il s'agissait plus simplement d'une ville où il y avait un contrôle des loyers. Le contrôle étatique fait souvent plus de destruction qu'une guerre. Lorsqu'il y a un contrôle des loyers il y a pénurie, et lorsqu'on le supprime ultérieurement, les loyers montent parce qu'il y a une offre insuffisante. Mais, au bout d'un certain temps, on recueillera les fruits de la transition sous forme de loyers moins élevés et de locaux plus abondants.

Il en va de même pour les pensions: il y a un coût de transition. Le problème est de savoir si nous voulons accepter ce coût de transition, assimilable à un investissement capable de transformer un système mauvais en un bon système et d'en apporter les fruits à toutes les générations à venir, ou si nous préférons conserver un système qui doit faire faillite de toutes façons, et donc être amenés à le changer plus tard dans des conditions encore plus hasardeuses. Il faut supporter ce coût et le faire le plus rapidement possible.

Mais il ne faut pas oublier non plus que ce coût diminue rapidement pour les raisons que nous avons déjà vues, àsavoir que l'impulsion donnée à l'activité économique par le supplément d'épargne dû aux fonds de pension allège le poids relatif du financement qu'il représente. Si nous avons une croissance à peu près nulle ou faible, comme la croissance française, et que l'on doit payer pour la transition, c'est plus difficile que si l'on a un taux de croissance de 7 %~ comme au Chili, où cette croissance forte est en grande partie due précisément au passage à la capitalisation. Ainsi, au bout d'un petit nombre d'années, la transition est effectuée.

La transition pose un autre problème important, à savoir qu'il y a des intérêts divergents parmi les citoyens. Ceux qui sont près de la retraite ont évidemment intérêt à maintenir le système par répartition, parce qu'ils n'auraient pas le temps d'accumuler beaucoup dans un système de capitalisation. En revanche, ceux qui sont loin de la retraite ont intérêt à passer au système par capitalisation, mais ils sont peut-être réticents pour payer les sommes nécessaires pour réussir la transition.

Il me semble qu'il faudrait accepter l'idée que ceux qui sont proches de la retraite courent un risque important, le risque que leur pension ne leur soit pas payée au taux qu'ils attendent dans le système actuel. Par conséquent, en acceptant pendant quelques années de payer le coût de la transition, ils font comme s'ils achetaient une assurance contre le risque. Quant aux plus jeunes, il me semble que le discours qu'il convient de tenir consiste à leur dire qu'ils doivent acheter un ticket d'entrée dans le système de capitalisation. Ils ont tout intérêt à passer à la capitalisation, mais nous ne sommes pas dans un monde idéal et nous devons tenir compte du passé. Ils doivent donc accepter pendant cinq ou six ans de financer la transition.

Le cas des médecins

Je voudrais enfin évoquer un point précis qui intéresse plus directement un certain nombre de ceux qui sont ici. Je salue l'effort fait par le Dr Maudrux pour essayer de faire passer à la capitalisation une catégorie spécifique de cotisants, à savoir celle des médecins, mais c'est une tâche particulièrement difficile. Je connais peu d'exemples d'une catégorie qui soit passée ainsi à la capitalisation, en dehors probablement des exemples historiques qui ont été cités par Georges Lane et du cas des fonctionnaires et des députés français qui ont depuis longtemps leur système de capitalisation, mais ces cas restent relativement rares.

Il n'en reste pas moins que le passage à la capitalisation est justifié, tout simplement parce que le système des retraites des médecins est menacé et qu'il convient de sauver ce qui peut l'être. Mais c'est plus difficile à réaliser qu'un changement général, parce que l'effet global que j'ai évoqué, à savoir la relance de l'économie du fait d'une plus grande épargne, ne peut être ici que marginal. Il faut alors être bien conscient de cette difficulté supplémentaire. Ceci implique peut-être que le travail de pionnier actuellement effectué pour les médecins soit éventuellement relayé par d'autres.

Or, nous avons des exemples de telles situations. Quand un système est prêt à faire faillite, il n'est pas si difficile de trouver des alliés pour le pousser vraiment à la faillite. Ainsi, les premiers qui se sont exprimés sur les ondes en écornant le monopole public de la radio par la création de radios libres ont pris quelques risques, ils ont même parfois été lourdement sanctionnés par le pouvoir... Mais en quelques mois ou quelques années tout le monopole s'est effondré et le système de la liberté - même si elle reste une liberté encadrée - a pu s'imposer. Nous pouvons donc espérer qu'une brèche est faite maintenant dans le domaine des retraites et que l'exemple donné par une catégorie particulière pourra s'étendre rapidement.

Comment éviter le naufrage

J'ajouterai enfin que nous ne pouvons pas agir en ignorant l'environnement politique, particulièrement hostile, que j'ai évoqué. Le succès du passage à la capitalisation serait mieux assuré si les sommes capitalisées n'étaient pas taxées à l'entrée. C'est le cas chilien et cela est logique. Les revenus futurs de l'épargne seront en effet taxés. Or, lorsque l'on sait que les taux de taxation si l'on tient compte des cotisations sociales et de tous les impôts - sont de l'ordre de 50 à 80 %, il est évident que l'incitation à entrer dans un système de capitalisation est considérablement réduite par l'existence d'une telle spoliation fiscale. C'est un élément qu'il ne nous appartient malheureusement pas aux uns et aux autres de décider. Mais il nous appartient peut-être d'essayer de faire comprendre que, contrairement au leitmotiv qui nous est assené chaque jour, l'épargne est surtaxée en France d'une manière absolument scandaleuse et que l'épargne est la clé de l'avenir. Si nous n'arrivons pas à le faire comprendre, il y a fort à parier que nous serons, notre pays et nous tous par conséquent, définitivement sur la voie du déclin.

 Pascal SALIN

 


D) - Prolétaires de tous les pays, capitalisez !

Faire fructifier nos cotisations plutôt que les engloutir ? La retraite par capitalisation est une nécessité, tant notre système par répartition est au bord du gouffre. La transition est possible. Refus de la faire, c’est laisser les plus précaires au bord du chemin. 

Dans le débat présidentiel qui s’amorce, les candidats sont (enfin) frappés d’une même épiphanie : notre système de retraite est à bout de souffle et il est temps d’en réformer le financement. L’ancien haut fonctionnaire Jean-Pascal Beaufret en a chiffré le déficit réel à 81 milliards d’euros par an, contributions de l’État comprises. Et la démographie censée le supporter est en berne. Même Marine Le Pen, pourtant rétive au libéralisme, s’y est mise, en plaidant désormais pour une capitalisation « volontaire », « pour ceux qui le peuvent ». La précision est savoureuse, car la France reste (heureusement) un pays libre où chacun peut (encore) placer son épargne comme il l’entend. Le mécanisme proposé existe déjà et a été renforcé en 2019, via la création du Plan d’épargne retraite (PER), ayant déjà séduit près de treize millions de souscripteurs et franchi les 150 milliards d’euros d’encours. Avec le ralliement du Rassemblement national, presque toutes les principales forces politiques – hormis certains partis de gauche, La France insoumise en tête – se disent désormais ouvertes à une dose de capitalisation. Le moment est idéal pour regarder de près ce mécanisme, et ce qu’il peut vraiment apporter.
 
Comment ça marche ?
 
À la différence du système par répartition régissant actuellement nos retraites, la capitalisation mise sur le temps pour générer ses ressources. Dans la répartition, les cotisations des actifs sont transférées chaque mois vers les retraités pour payer leurs pensions. Dans la capitalisation, elles sont investies, puis reviennent à l’actif sous forme de dividendes le jour où il cesse de travailler.
L’économiste Patrick Artus avait illustré l’apport concret de la capitalisation sur le long terme. Selon ses calculs, un euro placé en 1982 valait deux euros quarante ans plus tard dans la répartition, quand il aurait pu en valoir vingt-deux dans la capitalisation. Une dose de capitalisation permet donc de générer des pensions plus généreuses ou d’amoindrir le poids des cotisations dans le salaire net.
 Où cela marche déjà ?
 
Nul besoin de chercher bien loin des exemples de réussites. Les Pays-Bas ont adossé leur système à un puissant pilier de capitalisation, quasi universel. Le résultat est éloquent. Ils profitent d’un taux de remplacement (ratio de la pension par rapport au dernier salaire versé)
parmi les plus élevés de l’OCDE, supérieur à 90 %, contre 60 % en moyenne en France. Une performance obtenue avec un poids des retraites dans le PIB deux fois inférieur au nôtre (7 % contre plus de 14 % chez nous) et qui permet à leurs fonds de pension de peser désormais une fois et demie la richesse de leur pays.
En France, il n’y a pas que les titulaires d’un PER qui profitent de la capitalisation. Depuis 2005, les fonctionnaires cotisent à un régime par capitalisation obligatoire, le RAFP, quand d’autres professions (les pharmaciens en tête, devant les agents de la Banque de France et les élus) disposent du leur, créé pour faire face à une démographie déclinante. Solides et bien provisionnés, ces régimes traversent les crises sans dommage. Ce qui fonctionne pour eux pourrait fonctionner pour tous.
 
Le rendez-vous manqué de 1999
 
La France a failli généraliser ce procédé à tous les salariés. En 1999, le gouvernement Jospin crée le Fonds de réserve pour les retraites, précisément pour amortir le choc du papy-boom à venir grâce à de l’épargne collective. Si l’intuition était bonne, la réalisation n’a pas suivi. Ce fonds n’a jamais vraiment capitalisé pour nos vieux jours. Dès 2010, les ressources qui l’alimentaient et les dividendes qu’il générait ont été redirigées vers la CADES pour éponger la dette sociale. Notre seule réserve de long terme a fini en tirelire pour boucher les trous du passé. Le rendez-vous était pris, mais nous l’avons manqué.
 
Combien coûterait-il, et comment y parvenir ?
 
Posons un ordre de grandeur. Pour verser 350 euros de plus chaque mois à 18 millions de retraités (chiffre projeté en 2045), il faudrait disposer d’un fonds d’environ 1 500 milliards d’euros qui, placé à 5 % net (soit légèrement moins que la performance annuelle moyenne des bourses mondiales depuis 1900), dégagerait 75 milliards de revenus par an. On peut l’amorcer en transférant les réserves déjà constituées – environ deux cents milliards entre l’Agirc-Arrco, le reliquat du Fonds de réserve et les encours du PER –, puis l’alimenter de 25 à 30 milliards par an, correspondant à 10 % des cotisations retraites versées actuellement par les salariés (qui imposera donc en parallèle une baisse des pensions du même montant). À 5 %, la mécanique des intérêts composés permet d’atteindre la cible en vingt ans. La transition a un coût, qui pèsera d’abord sur les pensions d’aujourd’hui (les salariés ne pourront être mis à contribution dans le cadre d’un double versement, leur pouvoir d’achat étant déjà bien amputé par les cotisations actuelles). Mais c’est le prix pour cesser de cotiser à perte et offrir aux suivants une retraite digne de ce nom.
 
Comment financer notre économie ?
 
À l’inverse de la répartition qui ne produit aucun capital, la capitalisation constitue un trésor de guerre patient, investi sur des décennies. Or la France en manque cruellement. Faute de fonds de pension nationaux, la moitié du capital du CAC 40 est aujourd’hui aux mains d’investisseurs étrangers, selon la Banque de France. Nos fleurons sont financés par les fonds de pension néerlandais, canadiens ou américains, qui empochent les dividendes que nous ne savons pas capter. Un fonds collectif à la française inverserait la donne. Il orienterait l’épargne des Français vers les entreprises françaises, les start-up et les infrastructures, et garderait chez nous les fruits de cette croissance. Le PER montre déjà la voie, avec plus de 80 % de ses actifs placés en France et en Europe. Il suffirait de changer d’échelle.
 
Le vrai débat : obligatoire, collectif ou volontaire ?
 
C’est sur cette modalité que tout se joue. La capitalisation volontaire, chacun la pratique déjà s’il en a les moyens, à coups de plan d’épargne retraite, d’assurance-vie ou d’achats immobiliers. Mais qui peut réellement épargner ?
Prenons un salarié payé 1 600 euros net par mois. Chaque mois, environ 565 euros quittent son salaire brut pour financer la retraite par répartition, quand l’INSEE évalue sa capacité d’épargne personnelle à 80 euros. Il épargne donc sept fois moins que ce qu’il cotise. Et pour récupérer les quelque 290 000 euros qu’il aura versés sur sa carrière, il lui faudrait vivre jusqu’à quatre-vingt-neuf ans. Dans le cadre d’une capitalisation financée par 10 % de ses cotisations, il récupérerait 103 000 € à la retraite (31 000 € de versements et 72 000 € d’intérêts). En plaçant à 3 %, il pourrait se verser un complément de revenu de 300 € par mois sans toucher au capital qu’il pourra léguer à ses enfants.
Seule une capitalisation à la fois obligatoire et collective renverse la table. Obligatoire, elle embarque tout le monde et élargit l’assiette des cotisants. Collective, elle mutualise les risques, comprime les frais de gestion et profite d’abord aux plus modestes. C’est la seule forme permettant à tous les salariés les plus précaires de toucher, eux aussi, un dividende le jour de leur retraite.
Choisir la capitalisation collective et obligatoire, c’est faire œuvre de justice sociale, en relevant les petites pensions au lieu de réserver l’épargne aux plus aisés. C’est aussi cesser de voir nos fleurons passer sous pavillon étranger en dirigeant l’épargne des Français vers leurs propres entreprises. Non, la capitalisation n’est pas l’ennemie de notre modèle social. Elle pourrait même en devenir l’alliée la plus solide.
 
Erwann Tison (@Erwann_TISON)
https://x.com/lel_media/status/2089594048633860396 

Confier nos retraites aux marchés ? L’idée fait immédiatement surgir la peur du krach. Pourtant, une crise boursière ne condamne pas votre pension. Et l’exemple d’Enron, si souvent brandi contre la capitalisation, raconte en réalité une tout autre histoire.
 
 

 

E) -  Retraite

La retraite est la situation d'une personne qui se caractérise par :

  • l'arrêt de toute activité professionnelle et le retrait du marché du travail,
  • des revenus basés sur le produit d'un capital accumulé, le versement d'une rente viagère et/ou le bénéfice d'une pension de vieillesse (ou pension de retraite) obtenue, généralement sous certaines conditions (âge minimal, durée passée en emploi, etc.), à titre gratuit ou contre cotisations préalables. Ces cotisations ont pu être versées en partie par un tiers (un employeur, l'État...) à une caisse de retraite. Par ailleurs la pension de retraite peut, elle aussi, être complétée par un tiers.

La retraite, historiquement rare et courte, a été créée par Bismarck au XIXe siècle (l'anecdote veut qu'il ait demandé à fixer l'âge de la retraite de façon à n'avoir presque jamais à la verser). La retraite se généralise au XXe siècle avec l'allongement de la durée de vie et l'augmentation sans précédent des richesses.

Devenue perspective probable, elle pose des problèmes aigus de financement lorsqu'elle est gérée par l'État-providence, du fait de l'horizon temporel inhabituellement lointain du départ à la retraite (décalage de plusieurs dizaines d'années) et donc de l'incertitude sur les conditions dans lesquelles elle pourra s'exercer ; les hommes politiques peuvent profiter de cette incertitude pour spolier les jeunes actifs, en augmentant les cotisations sans que les citoyens réagissent, ainsi que les générations futures. A contrario, une gestion libre et responsable d'une épargne-retraite aboutit à des rendements élevés dans un cadre pérenne. Des revers de capitaux ponctuels (hedge-funds, ENRON) ne remettent pas en cause cet état de choses dans son ensemble. 

Types de retraites

Plusieurs grands types de fonctionnement, qui peuvent être combinés, existent :

  • la solidarité familiale : chaque groupe (famille, famille élargie, clan, etc.) prend en charge ses retraités et leur assure l'existence. C'est ce mécanisme qui était généralement appliqué historiquement, lorsque les marchés financiers n'existaient pas encore et que le bien moindre respect de l'État de droit empêchait la préservation de l'épargne.

C'est d'ailleurs le cas dans les pays du Moyen-Orient. Le cas le plus intéressant est celui de la Turquie. En effet, le taux des prélèvements obligatoires (en y incluant les charges sociales) n'est que de 25 %. Ce qui signifie que chaque famille habitant Smyrne a une résidence secondaire à Kusadaci. Cet exemple n'est pas le seul en Turquie. Ce qui a pour effet d'héberger les personnes âgées de la famille de façon confortable.

  • la retraite par capitalisation : de l'épargne est accumulée par les actifs (futurs retraités), soit individuellement soit collectivement, constituant ainsi un capital. Les intérêts produits par ce capital, et le capital lui-même, sont dépensés lors de la retraite. Dans le cas d'un régime privé de retraite par capitalisation, le retraité peut gérer lui-même ce capital ou bien le confier à un ou plusieurs professionnels de gestion de patrimoine. Cela suppose des gestionnaires efficaces et un contexte économique et réglementaire qui permette de mettre en œuvre sereinement une stratégie de placement diversifiée et durable. Dans certains pays comme la France, ce type de retraite est limité par les pouvoirs publics, qui ont introduit dès les années 1940, puis maintenu, la retraite par répartition comme régime obligatoire. Il convient de signaler que durant les années 1930 et 1940, les organismes de retraite par capitalisation ont subi les effets de la Grande Dépression et de la Seconde Guerre mondiale, en particulier les vagues d'inflation qui ont spolié les épargnants de la majorité de leur capital. Le capital accumulé peut être placé dans des produits plus ou moins risqués (pour une durée de placement suffisamment longue, les produits risqués génèrent un rendement plus élevé que les produits sans risque, mais peuvent se réduire à peau de chagrin). Généralement, l'épargne des jeunes actifs est placée dans des produits risqués, et au fur et à mesure que la date de retraite approche, l'épargne est transférée vers des produits à faible risque (obligations d'entreprise ou obligations d'État par exemple).
  • la rente viagère : le détenteur d'un capital provenant d'une capitalisation ou d'une autre source ne connaît pas son espérance de vie et il sait que ses capacités de travail vont s'amoindrir, ce qui limite les possibilités de bonne gestion d'un capital. Il peut donc préférer convertir son capital en rente viagère qui sera versée par un organisme de placement ; celui-ci, gérant un grand nombre de ces rentes viagères, peut, en moyennant les espérances de vie de ses clients, prévoir les futurs flux financiers et leur garantir individuellement un montant versé jusqu'à leur décès.
  • la retraite par répartition : ce sont les cotisations des travailleurs et employeurs actuels qui payent les retraités actuels. Deux présentations existent de ce système :
    • La doctrine officielle est celle d'une « solidarité » élargie, collective et intergénérationnelle, où chaque (futur) retraité prend en charge les retraités du moment (et sera pris en charge lui-même par les cotisants futurs). Dans ce système, le cotisant d'aujourd'hui n'acquiert aucun actif réel, sa retraite sera fonction de la cotisation donc de son salaire d'actif, en exacte proportion et le montant total des cotisations est partagé entre les retraités selon des clefs complexes et souvent injustes (pourcentage du salaire selon le nombre de trimestres cotisés, validés, plus proche de 50 % que de 100 %).
    • Dans l'imaginaire collectif et dans la présentation publicitaire, ce système est plutôt perçu comme une épargne collective (ce qu'il n'est pas, c'est une acquisition de points multipliés par les trimestres cotisés), un système de capitalisation mutuel, où le futur retraité acquiert des droits réels sur les futurs cotisants ; même si elles sont fixées par des règles complexes illisibles, les pensions peuvent être financées par une recherche de ressources financières.
Ces deux doctrines cohabitent plus ou moins bien selon la souplesse laissée aux inévitables variations de population et la gestion politique des intérêts contradictoires des pensionnés et des cotisants. Dans la réalité, la retraite par répartition présente des caractéristiques similaires à la vente pyramidale (ou au schéma d'escroquerie de Bernard Madoff, le plus grand escroc du XXIe siècle)[1]avec ses défauts, et le système génère son propre type de scandale, conduisant par contrecoup à réhabiliter les autres systèmes, y compris la capitalisation.

Position libérale

Les systèmes de capitalisation et de répartition sont très différents : la capitalisation est un système individuel ou collectif de placement, alors que la répartition est forcément un système collectif, sinon collectiviste, de « protection sociale » que ses promoteurs font passer pour une assurance vieillesse (alors que les techniques de l'assurance ne sont en fait jamais employées) ce qui est d'autant plus surprenant que la vieillesse n'est plus un « risque » peu probable, mais un événement à très forte probabilité.

Lorsque la croissance démographique est modérée, le rendement d'un système de retraite par capitalisation est largement supérieur à celui d'un système par répartition. Dans le système par répartition, les cotisations sont en fait analogues à un impôt (proportionnel au revenu) dont les fonds recueillis ne sont pas investis, mais immédiatement redistribués par les organismes de retraite publics ou parapublics (privés avec mission de « service public »).

Le système par répartition est proche de ce qu'on appelle la vente pyramidale, où le revenu est basé sur le « recrutement » de nouvelles personnes, et non sur la constitution de droits réels : on vend à prix coûtant un produit futur (la future pension de retraite), qui n'est en fait qu'une simple promesse de ce produit. Ce revenu futur n'est pas officiellement garanti et est constamment révisable. Ce système sacrifie l'avenir au nom de l'immédiat, au nom d'une soi-disant solidarité intergénérationnelle (alors que la « solidarité » est par définition une action volontaire, qui n'existe plus lorsqu'elle est rendue obligatoire). Il ne peut fonctionner que si la coercition étatique s'applique et oblige tout le monde à cotiser (c'est la fonction, dans un certain nombre de pays, des institutions de « sécurité sociale »).

Ce que Michel Godet appelle le « théorème de Sauvy » régit le fonctionnement de la retraite par répartition : les retraites futures ne se préparent pas en s’occupant des personnes âgées, mais en mettant au monde des enfants et en les élevant correctement. Une retraite par répartition doit tenir compte, non des cotisations versées par le passé (qui n'existent plus) mais de la démographie, puisque les pensions des moins jeunes sont prélevées sur les revenus des plus jeunes.

Les « solutions » étatiques au phénomène de transition démographique et de vieillissement de la population consistent à diminuer le montant des retraites, augmenter les cotisations ou obliger les salariés à travailler toujours plus longtemps : les victimes sont tantôt les actifs, tantôt les retraités, souvent les deux. De plus, la gestion des retraites tend à être discriminatoire en France, les bénéficiaires des régimes spéciaux de retraite et les fonctionnaires étant avantagés par rapport aux actifs du secteur privé. Une autre injustice tient au fait qu'avec la répartition, celui qui décède avant sa retraite a cotisé pour rien, ses héritiers n'obtenant rien[2].

La retraite comme instrument de spoliation

L'injustice fondamentale, qui remonte à la mise en place du système par répartition, est que la première génération de retraités qui a bénéficié du système n'a jamais cotisé ; cette dette cachée, perpétuée par le système, empêche aujourd'hui un passage brutal de la répartition à la capitalisation (dans le sens inverse, le passage de la capitalisation à la répartition est très facile, et les gouvernements ne se sont jamais privés de mettre en œuvre cette action confiscatoire et de détruire les systèmes individuels qui existaient déjà). On pourrait dire que la spoliation des générations suivantes a été installée dès le début, permettant alors aux politiciens promoteurs du système d'empocher leurs profits sur le marché politique. Afin de corriger ou d'atténuer ce passage « brutal » de la répartition à la capitalisation, il convient de dire qu'il peut être réalisé et qu'une méthodologie traduisant cette évolution existe et a été appliquée. En effet, des procédures et des élargissements progressifs à toute la population ont été menées, non en France, mais au Chili, dans le cadre de la libéralisation et de la Privatisation de l'économie, lorsque, entre 1978 et 1980, José Piñera était ministre du Travail et des Retraites.

La seule issue est un passage progressif de la répartition à la capitalisation, avec à terme la suppression de l'obligation de cotiser à un organisme de retraite étatique ou pseudo-étatique :

« Passer d'un système de répartition à un système de capitalisation, c'est stimuler le seul véritable moteur de la croissance, à savoir l’épargne. Dans ce système, les individus ont en effet intérêt à épargner, c'est-à-dire à accumuler du capital et à créer de la richesse, de manière à subvenir à leurs propres besoins une fois qu'ils ne seront plus en âge de travailler. Dans un système de capitalisation, on ne compte plus sur la générosité obligatoire des autres dans le futur pour subvenir à ses besoins lorsqu'on sera retraité. On compte sur soi-même, et c'est en ce sens que le passage à la capitalisation constitue une véritable révolution morale. Elle représente en effet le retour à la responsabilité individuelle. »
    — Pascal Salin, Libéralisme (2000)

Pour certains libéraux, une obligation d'épargner pour sa propre retraite devrait être maintenue, tout en permettant aux actifs de choisir leur mode d'épargne ou de cotisation. En France, avec l'abrogation du monopole de la Sécurité sociale, des organismes de retraite concurrents proposeraient différentes solutions, permettant un choix libre et responsable des individus.

Pour d'autres libéraux et pour les libertariens, au même titre que les cotisations d'assurance maladie ou d'assurance chômage, les cotisations retraite obligatoires constituent tant une spoliation qu'une déresponsabilisation des individus, qui relève d'un paternalisme méprisant[3] (« si on les laisse faire ce qu'ils veulent, ils vont dépenser tout leur revenu et n'épargneront pas pour leurs vieux jours »), les mêmes individus étant cependant jugés assez responsables pour pouvoir voter et influer ainsi sur l'évolution de leur pays.

Par conséquent, les personnes doivent retrouver une liberté de choix totale, ce qui signifie qu'elles sont libres de préparer leur retraite comme elles l'entendent. Une mauvaise solution serait de décréter que la gestion des retraites soit confiée à l'entreprise dans laquelle travaillent les salariés, celle-ci pouvant alors avoir tendance à placer le fonds de retraite des personnels dans ses propres actions, engendrant ainsi un risque énorme pour les salariés concernés (perte à la fois de son emploi et de son épargne en cas de faillite : voir le scandale du fonds de retraite Enron en 2001 aux États-Unis). Les moyens éprouvés d'investir à long terme, en diversifiant son risque, ne manquent pas[4] et permettent de se passer avantageusement des "services" de l'État, ou, si on est salarié, des services très intéressés de son propre employeur.

Les opposants à la capitalisation soulignent le risque plus élevé de ce type de système puisque l'argent a vocation à être investi dans le système productif via des actions, supposées risquées. C'est oublier que la sécurité des placements s'obtient par la diversification, et qu'une gestion financière simple permet historiquement des rendements de 5 à 7 % par an en bourse, avec un risque faible sur le long terme. L'offre de placements possible peut être très large, qu'elle soit à but lucratif ou non : assurances, organismes financiers, mutuelles, associations, etc., sans compter la solidarité familiale, qui a toujours été historiquement la vraie solidarité intergénérationnelle (par le don, l'héritage, la mise en commun).

À l'inverse, la retraite par répartition consiste à mettre tous ses œufs dans un seul panier, celui de l’État, sans aucune diversification ni même garantie. Les travaux économiques montrent que la retraite par répartition rapporte environ deux fois moins aux cotisants qu'un système de retraite par capitalisation[5]

Exemples de calculs pour comparer répartition et capitalisation

Le Rapport de la Révolution bleue sur les freins à la croissance présente un exemple d'estimation des rendements comparés des systèmes : « Prenons l’exemple d’un jeune âgé de 25 ans qui perçoit 1200 euros net par mois, ce qui correspond à 1900 euros pour l’entreprise en tenant compte des cotisations salariales et patronales afférentes à la santé et la retraite. On lui prélève 700 euros par mois soit 8400 euros par an. Si ces 8400 euros lui étaient reversés, il pourrait souscrire une assurance maladie (1400 euros par an) et placer chaque année 7000 euros pendant 40 ans au taux de 4 %. À l’age de 65 ans, il aurait un capital de 725 000 euros qui lui rapporterait 29 000 euros par an, soit une retraite mensuelle de 2417 euros, sans entamer le capital transmissible à ses héritiers. Avec le régime de répartition actuel, il percevra au mieux 750 euros, et ne laissera rien à ses enfants. »

Un calcul purement mathématique permet de comparer répartition et capitalisation[6]. Les hypothèses sont les suivantes :

  • deux salariés commencent leur carrière en même temps, à l'âge de 20 ans ;
  • leur carrière dure 40 ans, après quoi ils bénéficient de 20 ans de retraite ;
  • leurs conditions sont identiques d’un point de vue salarial : leur salaire de départ est de 2000 euros, chaque année il est augmenté de 2 % ;
  • le premier salarié a un régime de retraite entièrement par répartition : il cotise pour sa retraite à hauteur de 25 % de son salaire ;
  • le second a un régime de retraite entièrement par capitalisation : il cotise pour sa retraite à hauteur de 25 % de son salaire, et cet argent est investi dans un fonds d’épargne étatique qui garantit des intérêts composés annuels de 3 % par an (les intérêts sont incorporés au capital chaque année).

Le calcul donne les résultats suivants au moment de la retraite :

  • le salaire du premier passera de 4329 euros à 1500 euros (taux de remplacement de 34 %, dans l'hypothèse très optimiste où il récupère en allocations retraite l'équivalent des montants cotisés) ;
  • le salaire du second passera de 4329 euros à 2635 euros (taux de remplacement de 60 % pour la capitalisation).

La répartition équivaut en réalité à un placement à taux zéro ! Même avec un taux d'intérêt des placements qui serait de 1 % par an la capitalisation est supérieure.

L'origine pétainiste des retraites par répartition en France

C'est un décret-loi de l'État français (régime de Vichy) du 14 mars 1941 qui réforme l'assurance vieillesse pour imposer le système de la répartition à la place du système de la capitalisation, en créant une allocation aux vieux travailleurs salariés (AVTS), indépendante des cotisations versées. Les fonds des caisses vieillesse privées (20 milliards de francs de l'époque) sont confisqués (ils deviennent inutiles dans le cadre de la répartition, et permettent de financer immédiatement l'allocation).

Les prétextes n'ont pas manqué à l'époque : les fonds des systèmes par capitalisation auraient été laminés par l'inflation et la crise économique des années 1930, les redistribuer tout de suite était donc affaire de « justice » ; la retraite des vieux avec interdiction pour eux de travailler permettait prétendument de lutter contre le chômage des jeunes et des adultes d'âge moyen.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le général de Gaulle entérine les choix de Vichy, et ce seront Francis Netter et Pierre Laroque, deux anciens conseillers de René Belin (le syndicaliste CGT rallié au pétainisme, ministre de 1940 à 1942, auteur de la loi du 14 mars 1941), qui mettront en place la Sécurité sociale à la Libération.

Ce « dépouillement des générations futures », comme le dira Alfred Fabre-Luce, a depuis été avalisé par tous les hommes politiques français au pouvoir depuis sa mise en place en 1941. Il faut dire qu'il présente de nombreux avantages pour les politiciens, notamment celui de mettre la population sous la dépendance de l'État, seul capable de financer les déficits des régimes, seul décideur du montant des retraites versées (par fixation de la valeur du point de retraite) et seul garant des retraites futures, puisque seule la coercition étatique oblige les jeunes à cotiser pour les moins jeunes (se révolter contre l'État serait donc mettre en péril le versement des retraites « qui nous sont dues »[7]).

L'État ne prend d'ailleurs aucun risque : il dirige les systèmes de retraites du secteur privé (comme ceux du secteur public) mais ne s'est jamais engagé à leur paiement (les organismes de retraite sont par nature privés). La faillite de ces systèmes ne saurait en rien le concerner et le temps venu, il trouvera toujours le moyen de se défausser de sa responsabilité sur le marché, la conjoncture, les délocalisations, le dumping fiscal, etc., et venir comme le chevalier blanc « sauver les retraites » (au prix de nouvelles ponctions et potions amères). Une étude relative à l'origine pétainiste de la retraite par répartition, en France, a été réalisée en 2010 par Philippe Simonnot. Il fait état, effectivement, de la crise des retraites : le cadavre de Pétain bouge encore !

Erreurs courantes

  • "Le passage de la répartition à la capitalisation ne sert à rien, parce que, de toute façon, il faut bien tirer des ressources quelque part pour payer les retraites ; peu importe que ces prélèvements soient effectués par un régime de répartition ou par un système de capitalisation" : ceux qui font ce raisonnement oublient que l'épargne, à la différence de la redistribution, aboutit in fine à une création de richesses. On ne prélève donc pas les retraites sur une quantité de ressources identiques, mais sur une quantité de ressources qui s'accroît lorsqu'on est dans un système de capitalisation[8]. Il suffit de comparer le revenu fourni par un régime de répartition avec celui qu'offre la capitalisation, même avec un taux de rendement modeste : la capitalisation rapporte davantage.
  • Une variante plus élaborée de cet argument est la suivante : la retraite par capitalisation est indexée sur le revenu du capital, tandis que la retraite par répartition l’est sur les salaires (sur lesquels elle est prélevée) ; or, l’équilibre économique à long terme exige que revenu du capital et revenu salarié progressent au même rythme, celui de la croissance économique (« règle d'or» de l'économiste britannique Nicholas Kaldor) ; le rendement des deux types de retraites doit donc être équivalent. Or (en laissant de côté l’aspect éthique qui ne permet pas de mettre sur le même plan prélèvement forcé et épargne volontaire) il n’y a pas de raison pour que ces revenus progressent de la même façon, les gestionnaires de fonds pouvant, par exemple, dans une économie mondialisée, investir là où les perspectives de profit sont élevées (économies émergentes à croissance rapide).
  • "Dans un système de capitalisation, les rendements sont incertains, il y a des cracks boursiers, etc. ; il y a donc davantage de risques" : rien n'est certain dans la vie (on peut aussi mourir avant d'arriver à la retraite), mais ce qui est sûr est que les régimes actuels de répartition sont en faillite, et que le sort de tous les futurs retraités est menacé si rien ne change. Le contre-exemple du système privé de retraite chilien montre que le rendement du système privé est supérieur à celui des régimes gérés par l’État, même à proximité d'une crise, en l'occurrence en 2009. De plus, le système de retraite par capitalisation chilien propose différents niveaux de risque, permettant aux individus de se prémunir totalement contre le risque boursier, s'ils le souhaitent[9]. D'après Jacques Garello, du fait que les fonds de pension font des placements à long terme, la certitude d'avoir 6 à 7 % de rendement annuel est acquise à 100 % au bout de quarante ans de placement.
  • "On ne peut laisser les retraites subir les aléas du marché, la répartition est donc plus sûre" : c'est oublier un autre risque (outre le risque démographique inhérent à la répartition), qui est le risque politique (hyperinflation, faillite de l'État, dette publique excessive), car rien ne garantit aujourd'hui que l'État parviendra dans le futur à obliger les jeunes générations à cotiser pour payer les retraites des moins jeunes (une des premières mesures prises par les États en faillite, comme l'Argentine en 2002, est de diminuer le montant des retraites). Le risque politique existe également, dans une bien moindre mesure, pour la capitalisation (cas où les avoirs sont majoritairement constitués de titres publics ; confiscation des fonds de placement privés par un État en manque de ressources).
  • "Il est normal que ceux qui exercent des travaux pénibles ou dangereux aient le droit de partir à la retraite plus tôt que les autres" : Si un emploi est pénible, les candidats seront rares et donc, pour attirer des candidats, le salaire versé par l'employeur devra être plus élevé que pour un emploi non pénible ; dans un marché libre, la pénibilité est donc déjà prise en compte par un salaire plus élevé (sauf blocage autoritaire des salaires par l'État), ce qui permet au travailleur d'épargner davantage pour sa retraite et donc, de toucher une pension de retraite plus élevée et/ou de partir plus tôt, selon son choix. Travail pénible ou non, tout le monde devrait pouvoir partir en retraite quand il le veut (ce qui en France est actuellement impossible).
  • "Partir tôt à la retraite permet de donner du travail aux jeunes" : vieille erreur malthusienne. Les jeunes n’ont pas besoin qu’on leur libère une place : ils sont capables d’occuper un poste nouvellement créé. Une main-d'œuvre supplémentaire ne signifie pas moins de travail pour les autres : elle signifie des bras (ou des cerveaux) supplémentaires. Un départ précoce à la retraite ne profite en rien à la société.

Citations

  • « Le cerveau dûment lavé - et même lessivé - les Français s'imaginent pour la plupart que l'argent de leur retraite existe quelque part. Ils sont persuadés d'avoir, leur vie durant, cotisé pour eux-mêmes. Profonde erreur. Ils ont cotisé pour les autres, et leur argent a disparu. Ils ne sont riches que de l'espoir de voir l'État parvenir à contraindre les générations suivantes à cotiser pour eux. Pour la contrainte l'État s'y entend. Mais si les générations suivantes ont disparu, c'est-à-dire ne sont plus assez nombreuses, comme c'est le cas en France, que peut l'État ? Rien, strictement rien. Sauf mettre le système en faillite. C'est exactement ce qu'il se prépare à faire en s'abstenant d'agir aujourd'hui. » (Claude Reichman)
  • « Un spectre hante le monde : celui de la faillite du système de retraite de l'État. Le système de retraite par répartition qui règne en suprématie à travers la plus grande partie de ce siècle a un défaut fondamental enraciné dans une fausse conception sur le comportement de l'être humain : il détruit à un niveau individuel le lien essentiel entre l'effort et la récompense. En d'autres termes, entre les responsabilités personnelles et les droits individuels. Chaque fois que cela se produit à grande échelle et sur une longue période, le résultat est désastreux. » (José Piñera)
  • « Je suis allé à la rencontre des travailleurs, à la télévision, à la radio, et je leur ai dit : voulez-vous confier les prélèvements sociaux à un programme gouvernemental semblable à un trou noir dans l'univers, puisqu'on ne sait pas exactement comment l'argent est utilisé et où il va, ou préfèreriez-vous avoir cet argent dans un livret d'épargne, un livret de retraite qui resterait votre propriété, que personne ne pourrait s'approprier ? » (José Piñera)
  • « L'assurance et le marché financier, c’est la gestion de la durée. Le plan de Sécurité sociale (de 1945) va consister à faire vivre les gens dans un monde où la durée n’existe pas. On veut vous convaincre de faire abstraction du temps dans quoi que vous fassiez. On vous fait vivre au jour le jour, et on vous dit : faites-nous confiance, on s’occupe de vous. » (Georges Lane, 23 août 2011)
  • « La répartition est un mode de couverture qui n'est ni technique, ni nouveau, mais suppose et fait en sorte que le temps n'existe pas, c'est-à-dire soit retiré du calcul économique ; la répartition est un mode de couverture qui, pour pouvoir fonctionner, doit reposer sur l'obligation et la spoliation légales. » (Georges Lane, 2011)
  • « Ce dépouillement des générations futures [...] tend à préparer pour les enfants en bas âge une politique de privations. Mais ceux-ci, devenus adultes, rejetteront le fardeau. Tout le monde le sait déjà, et c'est pourquoi la défiance règne [...]. La contradiction est si bien entrée dans nos mœurs que nul ne s'étonne de voir coexister dans les projets des réformateurs un système d'assurance fondé sur la répartition et un système financier fondé sur l'appel à l'épargne. [...] Le rentier et l'ouvrier finiront par comprendre qu'ils sont également dupes dans cette affaire. Coupons dépréciés pour l'un, cotisations doublées pour l'autre, tel sera le bilan — alors que le fonctionnement normal de la capitalisation en régime de monnaie stable eût pu les satisfaire tous deux… Peut-être verra-t-on alors ces victimes faire cause commune contre l'État qui les exploite ? En travaillant à l'institution d'un système d'assurances sociales, les théoriciens de la lutte des classes n'avaient sans doute pas vu qu'ils vouaient l'ouvrier à découvrir, par l'expérience, leur solidarité. » (Alfred Fabre-Luce, 1938, Le Secret de la République)
  • « A démographie non constante et diminuant, la répartition est peut être maintenant une escroquerie. Nous faisons financer les points que nous décidons de nous attribuer par la génération suivante qui, elle, n'aura pas l'aide d'une bonne démographie, et nous osons appeler cela la solidarité intergénérationnelle ! Le nom de solidarité cache des montages immoraux. Aller à la banque, se servir en créant un découvert sur le compte du voisin sous prétexte qu'il est plus jeune, n'est pas ma conception de la solidarité entre les générations. » (docteur Gérard Maudrux, président de la Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France, juin 2007)
  • « Il faut trouver un moyen de préserver les générations à venir de la cupidité des générations présentes pour ne pas recourir à la banqueroute. » (Napoléon Bonaparte)
  • « Il faut dépenser pendant qu'on est jeune l'argent qu'on gagnera quand on sera vieux. » (Sacha Guitry)
  • « Dès lors que la solidarité est obligatoire, elle n’a plus de valeur morale. Et pour ce qui est des retraites, elle ne désigne en fait que le vol d’une génération par une autre. » (Pascal Salin)
  • « La retraite par répartition est un système de Ponzi qui a réussi à se maintenir grâce à l’intervention des pouvoirs publics. Ceux-ci ont remplacé la crédulité des épargnants par la contrainte légale. » (Jacques Bichot[10])
  • « Ce système par répartition selon lequel une génération prétend vivre aux crochets d’une autre est tout simplement indigne et immoral. La dignité du bipède consiste à subvenir lui-même à ses besoins. La démographie se chargera de tuer ce système honteux inadapté à une population vieillissante. » (Simone Wapler[11])
  • « Charles Ponzi est ce fameux escroc américain qui en moins de 8 mois en 1928 avait réussi à ruiner 40,000 épargnants. Il leur promettait des rendements spectaculaires, qui bien sûr étaient versés aux premiers déposants par l’apport des suivants. Ponzi a fait des émules (au début des années 90 en Russie, notamment), mais seuls les États européens ont osé mettre en place une carambouille de plus grande ampleur encore avec les « retraites par répartition ». » (Christian Michel, Le Crépuscule des guerriers[12])

Notes et références

  • Toutefois, la vente pyramidale ne fonctionne que parce que le nombre de clients augmente d'étape en étape ; elle se termine forcément en faillite. Le système de retraite par répartition peut facilement spolier particulièrement une génération donnée et donc n'aboutit pas forcément à une faillite.

  • Bien que les « pensions de reversion » aient été inventées pour pallier un peu ce problème, elles ne concernent que le veuf/la veuve/les enfants et ne représentent que 50 % de la pension que le conjoint décédé aurait pu obtenir.

  • Paternalisme qui était la conception prussienne quand Bismarck instaura le premier système de retraites en 1883. Aux États-Unis, Franklin D. Roosevelt instaura la Social Security en 1935 en prévision des élections de 1936. En France, la retraite par répartition trouve son origine dans l’AVTS (Allocation des Vieux Travailleurs Salariés), créée par Pétain en 1941.

  • fonds de pension, assurances-vie, rentes viagères, plans d'épargne, investissements immobiliers, fonciers, métaux précieux, actions, obligations, etc.

  • Retraites par répartition, une taxe « implicite » de 50 à 70 %, Contrepoints

  • Trouvé dans Les maths au carré, Falissard, éd. Ellipses, 2011

  • À noter que dans certains pays, la justice affirme que le paiement des retraites n'est en aucun cas garanti et reste entièrement à la discrétion de l'État (par exemple Supreme Court Case: Flemming vs. Nestor). En France, selon le Conseil de normalisation des comptes publics (CNOCP), « le système par répartition entraîne l'absence d'obligation relative aux prestations de retraite au-delà de l'exercice annuel pour les caisses de retraite gestionnaires des régimes, qu'ils soient de base ou complémentaires. Ces entités ne doivent donc pas comptabiliser de passif au titre des engagements futurs des régimes de retraite ».

  • Pascal Salin

  • Le système privé de pension chilien sort indemne de la crise, Contrepoints, mars 2010

  • Jacques Bichot, Retraites, Le dictionnaire de la réforme, l’Harmattan, 2010

  • Les taux d’intérêt bas menacent votre retraite, 23 mai 2017

  • Bibliographie

    • 1979, Carolyn L. Weaver, "Social Security: Has the Crisis Passed?", Cato Policy Report, January
      • Repris en 2002, "Social Security: Has the Crisis Passed?", In: David Boaz, dir., "Toward liberty. The idea that is changing the world: 25 years of public policy", Washington DC: Cato Institute, pp95-104
    • 2008,
      • Mitchell Orenstein, Privatizing Pensions: The Transnational Campaign for Social Security Reform, Princeton, NJ: Princeton University Press
      • Brink Lindsey, "Social security", In: Ronald Hamowy, dir., "The Encyclopedia of Libertarianism", Cato Institute - Sage Publications, pp479-480

    Voir aussi

    Liens externes

    Retraite par répartition

    Dans sa définition usuelle, la retraite par répartition est un système de retraite où les cotisations des travailleurs et employeurs actuels payent les retraités actuels. Il n'y a donc pas de réserves ou d'épargne mise de côté, mais une utilisaton immédiate des cotisations de la période pour payer les retraités actuels, sans garantie que les travailleurs actuels puissent toucher une retraite (ou la même retraite) demain. 

    1. La retraite par répartition en France

      Historiquement, la retraite en France était une retraite par capitalisation, où chacun cotise pour sa propre retraite, en se constituant une épargne. C'est le Maréchal Pétain qui est à l'origine de cette retraite par répartition, à travers un décret-loi de l'État français (régime de Vichy) du 14 mars 1941 qui imposer le système de la répartition et crée une « allocation aux vieux travailleurs salariés » (AVTS), indépendante des cotisations versées. Vichy confisque à cette occasion les fonds des caisses vieillesse privées (20 milliards de francs de l'époque).

      Les gaullistes, au sein du Commissariat aux Affaires sociales du gouvernement provisoire d’Alger, fustigent alors ce vidage en règle des caisses : « Cette innovation qui a été présentée par Vichy comme une amélioration importante n’a été en réalité qu’un expédient adopté pour permettre d’utiliser les réserves de l’assurance sociale au financement des retraites des vieux travailleurs instituées par l’acte dit loi du 14 mars 1941. »[1] Forcé à l'alliance avec les communistes, le général de Gaulle entérine pourtant les choix de Vichy et ne revient pas sur ce choix dévastateur.

      C'est aujourd'hui encore en 2023 la principale composante de la retraite obligatoire en France, malgré des cotisations en hausse constante et des prestations versées en diminution tout aussi constante.

      Cette impossibilité de la répartition à fonctionner face à une démographie dans laquelle le ratio retraités / cotisants est connue de longue date, redite dans de nombreux rapports mais les différents gouvernements français ont tous été incapables de réformer efficacement ce système. A cet égard, ce sujet représente un exemple classique de « défaillance de l'État ». Alors que les retraités sont ceux qui votent le plus, les politiques s'interdisent de toucher au niveau des retraites des retraités actuels en France, alors que ces derniers ont, en 2022, un niveau de vie supérieur aux actifs[2]. Loin d'agir pour le « bien commun », l’État sert de manière concrète à protéger des rentes.

      La retraite par répartition est devenue aujourd'hui une source de division dans la société, avec des jeunes convaincus qu'ils n'auront pas de retraite, et se font « voler » le fruit de leur travail pour financer les retraites d'autres : « Je [suis] partie du principe que je cotise pour les vieux mais que, quand viendra mon tour, je ne toucherai rien »[3] peut-on ainsi entendre fréquemment. De la même manière, les sondages montrent, logiquement, des salariés proches de la retraite refuser tout changement au système (« après moi le déluge »), et à l'inverse des salariés jeunes demandant un minimum d'équité avec un recul rapide et important de l'âge de la retraite. Ainsi, « les jeunes actifs sont moins réfractaires que leurs aînés à un recul de l'âge de départ. 44 % des 18-27 ans et 46 % des 27-43 ans approuvent un passage à 64 ans, contre seulement 23 % des 43-62 ans »[4].

      Face à ces constats, les différents gouvernements ont commencé à initier une dose, très insuffisante, de retraite par capitalisation. D'abord réservée exclusivement au profit des fonctionnaires avec la Préfon, elle s'est élargie aux indépendants (contrats Madelin) et aux salariés, avec les PERP puis PER.

      Avantages et inconvénients de la retraite par répartition

      Le principal avantage de la retraite par répartition est pour l’État, qui tient sous sa coupe une large partie de la population, le tout sans aucune obligation d'avoir un jour à verser des retraites aux cotisants actuels. Cette absence d'obligation est gravée dans le marbre : selon le Conseil de normalisation des comptes publics (CNOCP), « le système par répartition entraîne l'absence d'obligation relative aux prestations de retraite au-delà de l'exercice annuel pour les caisses de retraite gestionnaires des régimes, qu'ils soient de base ou complémentaires. Ces entités ne doivent donc pas comptabiliser de passif au titre des engagements futurs des régimes de retraite »[5].

      À l'inverse, ce système présente des inconvénients concentrés sur les travailleurs et les retraités :

      • Absence de garantie de percevoir une retraite, là où la retraite par capitalisation permet la constitution d'une épargne personnelle
      • Possibilité permanente d'un changement des règles toujours au détriment des travailleurs et des retraités (hausse de taux, changements de paramètres techniques, désindexation sur l'inflation, etc.)

      Pour ces différentes raisons, les libéraux plaident pour des solutions individuelles de retraite par capitalisation, seules à même de protéger réellement les individus, et d'ôter un pouvoir dangereux et clientéliste aux élus. Il est à noter que cela ne peut supprimer totalement les impacts négatifs d'une démographie décroissante, mais toutes choses égales par ailleurs, la retraite par capitalisation est nettement plus protectrice des salariés et retraités.

      Notes et références


    2. Retraites : le système par répartition, c'est à la faute à Pétain, Le Monde, 2 janvier 2020

    3. La Finance pour Tous

    4. Reddit

    5. Les Echos

    6. Acrobat-7 acidtux software.png [pdf]Rapport annuel du CNOCP, 2016

    Retraite par capitalisation

    La retraite par capitalisation est un système de financement de la retraite dans lequel les individus épargnent ou investissent de l'argent pendant leur vie active afin de constituer un capital qu'ils pourront utiliser pour financer leur retraite. Contrairement à la retraite par répartition, où les travailleurs actifs financent les prestations de retraite des retraités actuels sans aucune garantie d'avoir quelque chose pour leur retraite, de facto une pyramide de Ponzi[1], la retraite par capitalisation repose sur l'accumulation d'une épargne personnelle qui sera utilisée pour générer des revenus pendant la retraite. 

    Définition et fonctionnement de la retraite par capitalisation en France

    En France, la retraite était historiquement par capitalisation. C'est le maréchal Pétain qui l'a supprimée pour la remplacer par une retraite par répartition. Contrairement aux idées reçues, la retraite par capitalisation existe néanmoins pour partie en France aujourd'hui. Historiquement, seuls les fonctionnaires pouvaient en bénéficier, avec le système dit Préfon. Elle a été ensuite encouragée pour les professions libérales, avec le système dit Madelin. Plus récemment, pour tous les travailleurs, ont été créé le PERP puis le PER, offrant des mécanismes d'incitation fiscale afin de pallier la baisse inéluctable des prestations servies par les systèmes publics de retraite par répartition.

    Alors que les Français réalisent que la retraite par répartition n'a pas d'avenir, la capitalisation prend une ampleur importante, tant en termes d'épargne que de soutien :

    • Les Français épargnent de plus en plus sur les supports dévolus à l'épargne retraite, comme le PER, créé par Emmanuel Macron en mai 2019. En 2022, 1,3 million de nouveaux épargnants ont choisi d'ouvrir ces produits, avec une collecte sur l'année de 18,7 milliards d'euros[2].
    • Selon un sondage mené en août 2023, « 84 % des Français sont favorables à la capitalisation pour financer leur retraite »[3]. Ce sont en particulier les plus jeunes qui soutiennent la retraite par capitalisation.

    Avantages de la retraite par capitalisation

    La retraite par capitalisation a de nombreux avantages :

    • Propriété et contrôle : ceux qui cotisent à un plan de retraite par capitalisation ont la propriété et le contrôle de leur épargne. Ils peuvent prendre des décisions sur la manière dont leur argent est investi, ce qui leur permet de personnaliser leur portefeuille en fonction de leurs objectifs et de leur tolérance au risque. Surtout, ils ont la garantie que leur épargne leur bénéficiera à eux, là où la répartition n'est qu'une promesse, soumise à des changements de règles permanents, de réforme en réforme.
    • Flexibilité : les systèmes de retraite par capitalisation offrent généralement plus de flexibilité en termes de cotisation et de retraits. Les travailleurs peuvent choisir d'épargner plus ou moins selon leur situation personnelle du moment. De la même manière, les retraités peuvent choisir quand et comment retirer leur argent, ce qui peut être avantageux pour répondre à des besoins spécifiques.
    • Potentiel de rendement : les fonds investis dans des comptes de retraite par capitalisation ont le potentiel de générer des rendements plus élevés que les systèmes de retraite par répartition car ils sont investis sur les marchés financiers. Les experts de l'Institut Économique Molinari ont pu ainsi calculer que la retraite par répartition était 50 à 70 % moins intéressante que la retraite par capitalisation pour le cotisant[4]
    • Héritage : en cas de décès prématuré, les actifs accumulés dans un plan de retraite par capitalisation peuvent être transmis aux bénéficiaires ou aux héritiers, là où les héritiers ne perçoivent rien avec la retraite par répartition.

    Notes et références

  • Bernard Madoff et ses cousines : les retraites par répartition, Contrepoints

  • Après une année 2021 de rattrapage, l’assurance vie a retrouvé en 2022 son niveau d’avant la crise sanitaire avec 144,4 milliards d’euros de cotisations, France Assureurs

  • 84% des Français sont favorables à la capitalisation pour financer leur retraite, BFM, 31 août 2023

  • Bibliographie

     https://www.wikiberal.org/wiki/Retraite_par_capitalisation

     


    Leçons stratégiques d’une géopolitique des retraites et options de réformes pour 2027 

    Résumé exécutif

    Depuis trois ou quatre décennies, le vieillissement démographique est devenu l’un des grands déterminants de la transformation économique des pays développés. L’allongement de la durée de vie modifie simultanément le rapport entre actifs et retraités, la durée des carrières, le financement des pensions et les conditions de production. Cette évolution démographique soulève de sérieuses préoccupation en particulier avec les conséquences économiques et stratégiques liées aux conséquences de l’accession de la Chine à l’OMC en 2001.

    Le problème des retraites ne peut donc être réduit à celui de l’équilibre financier des régimes. Il dépend aussi du volume de travail disponible, du taux d’emploi des seniors, de la productivité des nations, de l’investissement et de la capacité à accumuler du capital. Les économies vieillissantes suivent à cet égard des trajectoires différentes : certaines prolongent davantage les carrières, d’autres diversifient le financement des retraites, tandis que le Japon, la Corée du Sud et Taïwan ont également fait de l’automatisation et de la technologie des réponses à la raréfaction relative de la main-d’œuvre.

    La France présente un paradoxe particulier : elle conserve une productivité horaire élevée, mais avec un volume annuel de travail et un taux d’emploi des seniors relativement faibles, tandis que la dépense de retraite représente une part importante de la richesse nationale. La suspension partielle de la réforme de 2023 et les économies recherchées sur les pensions en 2027 illustrent deux formes différentes d’ajustement : l’une agit sur la durée future des carrières, l’autre sur le niveau des dépenses.

    Une stratégie de long terme pourrait donc dépasser l’opposition entre âge légal et niveau des pensions. Elle devrait articuler durée des carrières, emploi des seniors, volume de travail, productivité, robotisation, intelligence artificielle, politique industrielle et épargne longue. La répartition demeurerait le socle de la solidarité intergénérationnelle, tandis que l’assurance et la capitalisation pourraient compléter son financement.

    La véritable question devient ainsi celle d’une politique économique du cycle de vie : comment organiser une économie capable de financer une société qui vit plus longtemps, en produisant davantage avec une population active proportionnellement moins nombreuse ?

    Introduction — Le problème des retraites est-il d’abord un problème de financement ou de capacité productive ?

    Le débat français sur les retraites demeure largement trop essentiellement formulé en termes budgétaires : déficit des régimes, âge légal, niveau des cotisations, désindexation des pensions ou recherche d’économies. Ces questions sont évidemment essentielles. Mais elles ne suffisent pas à rendre compte de la transformation profonde que connaissent les économies développées depuis le début du XXIe siècle.

    Le vieillissement n’est pas seulement un problème de financement des retraites. Il modifie le rapport entre population active et population retraitée, la durée des carrières, le volume de travail disponible, les besoins d’épargne et de santé, mais aussi les conditions mêmes de la production. Le véritable enjeu devient alors de savoir quelle quantité de travail une économie peut mobiliser, avec quelle productivité, quel capital et quelles technologies, pour financer une population qui vit plus longtemps.

    L’année 2001 constitue à cet égard un point de départ particulièrement éclairant. L’accession de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce ouvre une nouvelle phase de la mondialisation industrielle et commerciale, au moment même où les économies développées commencent à subir plus nettement les effets du vieillissement démographique. Depuis lors, le Japon, la Corée du Sud et Taïwan ont combiné vieillissement, transformation industrielle et automatisation ; les États-Unis et le Canada ont davantage diversifié les sources de financement de la retraite ; quelques pays européens ont expérimenté différentes formes d’allongement des carrières et d’adaptation à l’espérance de vie.¹ Pas la France depuis trois décennies.

    La comparaison internationale montre surtout qu’il n’existe pas une réponse unique. Les pays arbitrent différemment entre durée de la vie active, niveau des pensions, emploi des seniors, prélèvements, épargne et productivité. La question française doit donc être replacée dans cette transformation générale.

    La France possède une productivité horaire élevée, mais un volume annuel de travail sensiblement inférieur à celui de plusieurs grandes économies comparables et un taux d’emploi des seniors encore relativement faible. Parallèlement, la dépense publique consacrée aux pensions représente en France environ 13,4 % du PIB, contre 10,8 % en Allemagne et 8,1 % en moyenne dans l’OCDE selon les données comparables de l’OCDE.²

    Le problème n’est donc pas seulement de savoir comment financer les retraites existantes. Il est de déterminer comment articuler carrières, emploi, quantité de travail, productivité, industrie, technologie et épargne dans une société vieillissante.

    Comment, dès lors, organiser une économie capable de financer une société qui vit plus longtemps, tout en préservant sa cohésion sociale, sa capacité industrielle et son autonomie stratégique ?

    I. Depuis 2001, le vieillissement transforme à la fois le travail et la capacité productive

    Le vieillissement constitue le point de départ de toute réflexion sur les retraites. Mais son effet économique ne se limite pas à augmenter le nombre relatif de retraités. Il transforme progressivement la quantité de travail disponible et oblige les économies à rechercher de nouvelles sources de productivité.

    A. Le choc démographique : vivre plus longtemps, travailler plus longtemps ?

    Le phénomène est désormais massif. Dans l’OCDE, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus pour 100 personnes âgées de 20 à 64 ans est passé de 22 en 2000 à 33 en 2025 et devrait atteindre 52 en 2050. La population d’âge actif devrait, elle, diminuer de 13 % en moyenne au cours des quatre prochaines décennies. Dans plusieurs pays, notamment la Corée, l’Italie, le Japon, la Pologne et l’Espagne, la contraction sera nettement plus forte.³

    La question économique essentielle n’est donc pas seulement celle de l’espérance de vie, mais celle de la relation entre durée de la vie active et durée de la retraite. Une population peut vivre vingt ou trente années après son départ du marché du travail ; la question est alors de savoir quelle partie de l’allongement de la vie doit être consacrée à l’activité, quelle partie à la retraite et comment financer l’ensemble.

    L’emploi des seniors constitue ici une variable déterminante. En 2024, le taux d’emploi des 60-64 ans atteignait environ 56,5 % en moyenne dans l’OCDE, alors qu’il dépassait 70 % au Japon et demeurait inférieur à 45 % en France. À 65-69 ans, les écarts deviennent encore plus importants.⁴

    La durée de la carrière ne doit donc plus être envisagée uniquement comme une règle juridique. Elle dépend de la capacité réelle des entreprises à employer des salariés âgés, de l’état de santé, de la formation, de l’organisation du travail et de l’existence d’activités adaptées. Une hausse de l’âge légal qui ne s’accompagnerait pas d’un accroissement de l’emploi effectif des seniors déplacerait une partie du problème sans résoudre nécessairement la contrainte productive.

    B. Du vieillissement à la transformation industrielle : robotisation, IA et productivité

    Le vieillissement peut toutefois produire un effet différent : lorsqu’une économie manque progressivement de travailleurs, elle peut être incitée à substituer davantage de capital et de technologie au travail humain.

    Le Japon constitue l’exemple le plus visible de cette évolution. Le développement de la robotique ne répond pas seulement à une stratégie industrielle classique ; il accompagne une société dans laquelle la main-d’œuvre disponible diminue et où les besoins de santé, de logistique et de services aux personnes augmentent. La Corée du Sud suit une trajectoire comparable par l’intensité de son automatisation industrielle et de ses investissements technologiques.

    Le phénomène peut être décrit comme une forme de « démographie industrialisante » : la contrainte démographique pousse l’économie à investir dans les technologies permettant de produire avec moins de travail. L’intelligence artificielle élargit désormais considérablement le champ de cette substitution ou de cette complémentarité possible mais non automatique ou allant naturellement de soi sans effort de conceptualisation stratégique et politique.

    Cette évolution présente un double intérêt. Elle peut permettre de compenser une diminution quantitative du travail humain ; elle peut également faire du vieillissement un marché industriel : robotique d’assistance, santé numérique, dispositifs médicaux, mobilité, logement adapté, logistique ou services à la personne.

    Le vieillissement cesse alors d’être uniquement une charge budgétaire. Il peut devenir un facteur de demande, d’innovation et d’exportation, à condition que les entreprises et les systèmes de recherche disposent des capitaux et des compétences nécessaires pour transformer cette demande en capacités productives et que les autorités politiques facilitent cette adéquation au lieu de l’entraver.

    C. La quantité de travail et le paradoxe français

    La France illustre une autre combinaison. Elle possède une productivité horaire élevée, mais un volume annuel de travail inférieur à celui de plusieurs économies comparables. En 2024, le nombre annuel moyen d’heures travaillées était d’environ 1 509 heures en France, contre 1 334 en Allemagne, 1 617 au Japon, 1 865 en Corée du Sud et 1 796 aux États-Unis.⁵

    Cette comparaison doit être interprétée avec prudence : les structures de temps partiel, les vacances, la durée du travail et les méthodes statistiques diffèrent selon les pays. Elle révèle néanmoins une donnée essentielle : productivité horaire et quantité de travail sont deux variables distinctes.

    La réduction du temps de travail en France au début des années 2000 (gouvernement socialiste Jospin, 2001) constitue une étape importante de cette histoire. L’INSEE estime qu’entre 2000 et 2003, au moment de la mise en place des 35 heures, le temps de travail des salariés à temps complet a diminué d’environ 125 heures annuelles.⁶ Mais cette évolution ne saurait expliquer à elle seule la désindustrialisation française, qui résulte d’un ensemble de facteurs : mondialisation, spécialisation sectorielle, évolution de la demande, gains de productivité, choix d’investissement et concurrence internationale.

    La question pertinente est plutôt celle de la compensation : la France a-t-elle suffisamment accru sa productivité, son capital productif et son intensité technologique pour compenser durablement un volume de travail relativement faible ?

    C’est cette question qui relie directement le problème des retraites à celui de la capacité industrielle. Et sa réponse encore plus.

    II. Les réponses comparées : prolonger le travail, diversifier le financement, automatiser la production

    Les économies vieillissantes n’ont pas choisi une seule réponse. Trois grandes orientations se dessinent : prolonger la vie active, diversifier le financement des retraites et accroître la productivité par l’investissement et la technologie.

    A. Japon, Corée du Sud et Taïwan : prolonger l’activité et automatiser l’économie

    Le Japon combine deux réponses : un taux d’emploi très élevé des seniors et un effort ancien d’automatisation. La Corée du Sud présente également un taux d’activité élevé aux âges avancés, mais son expérience montre les limites d’un tel indicateur : une partie importante des travailleurs quitte leur emploi principal relativement tôt et retrouve ensuite des activités parfois moins qualifiées ou moins rémunérées.

    La Corée illustre ainsi une distinction essentielle entre âge de sortie du marché du travail principal et âge effectif de cessation d’activité. L’emploi des seniors peut contribuer au financement des retraites, mais son efficacité dépend de sa qualité et de sa productivité.

    Taïwan offre une autre dimension de la même problématique : une économie fortement technologique peut maintenir une capacité productive élevée malgré le vieillissement en investissant dans les secteurs à forte intensité de capital, de compétences et d’innovation.

    Ces trois expériences montrent qu’il existe une relation possible entre vieillissement et transformation industrielle. Elles ne constituent pas des modèles sociaux directement transposables à la France. Mais elles montrent comment une contrainte démographique peut devenir un facteur d’investissement technologique.

    B. États-Unis et Canada : emploi, flexibilité et diversification du financement

    Les États-Unis et le Canada reposent sur des architectures plus diversifiées. À côté des régimes publics, les régimes professionnels et l’épargne individuelle jouent un rôle important dans le financement des revenus de retraite. La capitalisation ne supprime évidemment pas la contrainte démographique. Les retraités de demain devront toujours consommer des biens et services produits demain. Mais elle permet d’ajouter au financement courant un stock d’actifs constitué au cours des décennies précédentes.

    Cette distinction est fondamentale : la répartition agit principalement sur un flux intergénérationnel ; la capitalisation ajoute un stock patrimonial susceptible de produire des revenus futurs tout en lissant certains aléas temporels ou fluctuations. Lorsque ce capital est investi dans l’économie productive, il peut également contribuer au financement des entreprises, de l’innovation et des infrastructures. L’enjeu n’est donc pas de choisir abstraitement entre répartition et capitalisation, mais de déterminer comment les différents mécanismes peuvent être articulés dans une économie vieillissante.

    C. L’Europe en mouvement : de l’âge légal à l’espérance de vie

    Les pays européens expérimentent différentes formes d’adaptation. En 2024, l’OCDE situait l’âge normal de retraite à 66,2 ans en Allemagne, 67 ans aux Pays-Bas, 67 ans en Italie et 64,3 ans en France ; il atteignait également 67 ans au Danemark, en Islande et en Norvège.⁷ En France, à contre-courant, un compromis politicien dit « budgétaire » en octobre 2024 a ramené cet âge légal de 64 ans à 62 ans, avec l’influence forte des partis de gauche.

    Plusieurs pays ont parallèlement prévu des mécanismes reliant directement ou indirectement l’âge futur de la retraite à l’évolution de l’espérance de vie. L’OCDE observe ainsi que les âges normaux futurs pourront atteindre ou dépasser 70 ans dans certains pays.⁸

    L’Allemagne offre un cas particulièrement intéressant. L’OCDE souligne que l’allongement de la vie active sera essentiel pour financer les retraites allemandes et envisage, à terme, un lien entre l’âge légal et l’espérance de vie lorsque l’âge normal aura atteint 67 ans. L’emploi des travailleurs âgés a déjà fortement progressé depuis 2000.⁹

    Ces expériences conduisent à une conclusion claire: modifier l’âge légal n’est efficace que si cette modification se traduit par davantage d’activité réelle. La réforme des retraites rejoint donc nécessairement celle du marché du travail, de la formation et de l’organisation des entreprises.

    III. La France face à son propre paradoxe : moins de travail, plus de retraités, davantage de dépenses

    La France aborde le vieillissement avec une combinaison particulière, on la observé : productivité horaire élevée, volume annuel de travail relativement faible, emploi des seniors encore inférieur à celui de plusieurs partenaires et niveau de dépense publique de retraite particulièrement important. Selon l’OCDE, les dépenses publiques de pensions représentent environ 13,4 % du PIB en France, contre 10,8 % en Allemagne et 8,1 % en moyenne dans l’OCDE.¹⁰ Le problème français n’est donc pas seulement celui du niveau des pensions. Il tient plus largement à l’équilibre entre nombre d’années travaillées, volume annuel de travail, nombre de retraités et productivité.

    A. L’âge de départ : l’ajustement démographique suspendu ?

    La réforme de 2023 avait engagé la France sur une trajectoire d’allongement de la vie active, en portant progressivement l’âge légal de 62 à 64 ans et en accélérant la durée d’assurance requise.

    Cette trajectoire a été « suspendue » (on insiste) dans le cadre des négociations parlementaires de l’automne 2025. Pour éviter la censure envisagée par la gauche, le gouvernement centriste (macroniste ou du « Bloc central ») de Sébastien Lecornu a proposé de suspendre jusqu’en 2028 la progression de l’âge légal et de la durée d’assurance ; cette concession constituait l’une des principales conditions posées par les socialistes pour ne pas censurer le gouvernement. Le coût minimal annoncé de la suspension avait été évalué à 400 millions d’euros en 2026 et 1,8 milliard en 2027.¹¹

    La réalité juridique est cependant plus nuancée qu’un simple retour à 62 ans. Depuis septembre 2026, l’âge légal s’échelonne progressivement de 62 ans et 9 mois à 63 ans et 9 mois pour les générations concernées, avant d’atteindre 64 ans pour les générations nées à partir de 1969.¹² La question économique demeure entière : quelle part de l’allongement de l’espérance de vie doit être consacrée à l’activité et quelle part à la retraite ?

    Si la durée d’activité cesse de progresser alors que la durée de retraite continue de s’allonger, l’équilibre doit être recherché ailleurs : cotisations, niveau relatif des pensions, fiscalité, emploi, productivité ou épargne. Il n’existe pas de variable démographique gratuite.

    B. De la suspension à la désindexation : deux ajustements de nature différente

    Le débat budgétaire de 2026 ajoute une seconde dimension. Le gouvernement a annoncé en septembre 2026 son objectif de réaliser environ 6 milliards d’euros d’économies sur les retraites en 2027, avec notamment l’hypothèse d’une modification de l’indexation et de l’abattement fiscal de 10 % dont bénéficient les retraités.¹³

    Il convient de distinguer clairement ce montant du coût de la suspension de la réforme : les 1,8 milliard d’euros correspondent à l’estimation initiale du coût de la suspension en 2027, tandis que les quelque 6 milliards constituent un objectif d’économies portant sur le poste des retraites dans le budget 2027.¹⁴

    Cette juxtaposition révèle deux conceptions différentes de l’ajustement. La suspension de l’âge et de la durée de cotisation agit sur le flux futur de travail et de cotisations. La désindexation ou la modification du niveau des pensions agit sur le niveau des dépenses et le revenu disponible des retraités présents.

    Ces instruments ne sont donc pas économiquement équivalents. Une économie réalisée sur les pensions peut améliorer les comptes publics à court terme ; elle n’augmente cependant ni le nombre d’actifs, ni le nombre d’heures travaillées, ni la productivité. Enfin, elle marque une régression nette par rapport aux cotisations déjà intégralement versées par les retraités au temps où ils étaient salariés, souvent pour des durées hebdomadaires de travail supérieures à 40 heures de surcroît. Cette considération amène justement au volume du travail.

    C. Le déficit français de quantité de travail : vers une autre équation ?

    Le paradoxe français se situe donc peut-être moins dans une insuffisance de productivité horaire que dans la combinaison entre durée des carrières, emploi des seniors et volume global de travail.

    L’allongement de la vie active agit sur le flux de travail et de cotisations. L’emploi des seniors permet de transformer une partie du vieillissement démographique en ressource économique. L’augmentation du volume annuel de travail agit dans la même direction, lorsque les conditions économiques et sociales le permettent.

    La productivité agit sur une autre dimension. Lorsque la population active progresse moins vite, l’investissement dans le capital productif, l’automatisation, la robotique et l’intelligence artificielle peut permettre de produire davantage avec moins de travail humain. C’est la stratégie industrielle et de fait financière qui a été retenue avec grand succès par le Japon.

    Enfin, la diversification du financement agit sur le stock de patrimoine. La répartition peut demeurer le socle de la solidarité entre générations, tandis que l’assurance, l’épargne longue et la capitalisation peuvent constituer des ressources complémentaires. L’équation devient ainsi : allongement des carrières + emploi des seniors + volume de travail + productivité + automatisation + épargne longue.

    La question des retraites cesse alors d’être exclusivement une question de paramètres sociaux. Elle devient une question de politique économique du cycle de vie.

    IV. La réforme des retraites comme politique économique du cycle de vie

    Le vieillissement démographique oblige à dépasser une conception des retraites réduite à l’équilibre annuel d’un régime. Lorsque la population active progresse moins vite que le nombre de retraités, la soutenabilité dépend simultanément de la durée des carrières, du taux d’emploi, du volume de travail, de la productivité et de la capacité à accumuler des actifs financiers.

    A. Intelligence artificielle, robotisation et productivité : produire davantage avec moins de travailleurs

    La première réponse ne consiste pas nécessairement à augmenter indéfiniment la quantité de travail humain. Elle peut également résider dans une transformation de sa productivité. Le vieillissement peut devenir un facteur d’investissement technologique. Le Japon en fournit l’exemple le plus visible, mais la Corée du Sud et, dans une autre configuration, Taïwan montrent également comment une contrainte démographique peut accompagner une montée en gamme technologique.

    L’intelligence artificielle élargit désormais considérablement cette perspective. Elle peut compléter le travail humain dans les activités administratives, médicales, industrielles ou de services et permettre d’absorber une partie des effets du vieillissement sans réduire proportionnellement la capacité productive. Le vieillissement peut ainsi devenir simultanément une contrainte démographique et un marché industriel: robotique d’assistance, santé numérique, dispositifs médicaux, mobilité, logement adapté ou services aux personnes. La technologie ne compense cependant la diminution du travail que si l’investissement, les compétences et l’organisation productive permettent de transformer les gains potentiels de productivité en production réelle.

    B. Répartition, assurance et capitalisation : le paradoxe de l’épargne française

    La capitalisation ne constitue pas à elle seule une réponse au vieillissement. Les retraités de demain devront toujours consommer des biens et services produits demain. Elle permet néanmoins d’ajouter au financement courant des retraites un stock d’actifs constitué au cours des décennies précédentes.

    La répartition organise principalement un transfert de ressources entre générations au même moment ; la capitalisation organise une accumulation de patrimoine destinée à produire des revenus futurs. Dans une économie vieillissante, les deux mécanismes peuvent donc être conçus comme complémentaires.

    La France dispose d’une épargne importante. La question est moins d’épargner davantage que de savoir comment orienter une partie de cette épargne vers le capital de long terme, notamment au bénéfice des entreprises, de l’innovation et des infrastructures.

    La politique des retraites rejoint alors la politique industrielle : l’épargne longue peut contribuer à financer les technologies dont l’économie vieillissante aura précisément besoin pour maintenir son niveau de production.

    C. De la réforme des retraites à une politique économique du cycle de vie

    Une politique française de long terme pourrait ainsi articuler plusieurs dimensions : prolonger les carrières lorsque cela est possible ; accroître l’emploi des seniors ; augmenter le volume de travail lorsque les conditions économiques et sociales le permettent ; accélérer l’investissement dans la robotique et l’intelligence artificielle ; transformer le vieillissement en marché d’innovation et d’exportation ; enfin, développer l’épargne longue et les mécanismes de capitalisation en complément de la répartition.

    L’expérience allemande montre l’importance de la prolongation effective des carrières et de l’emploi des seniors ; les expériences japonaise et sud-coréenne montrent comment la contrainte démographique peut stimuler l’automatisation et créer de nouveaux marchés technologiques. Ces expériences ne constituent pas des modèles transposables tels quels à la France. Elles permettent plutôt d’identifier des mécanismes susceptibles d’être combinés.

    Encadré n°1

    Quels axes possibles pour une nouvelle politique française des retraites après 2027?

    Une stratégie française pourrait rechercher un nouvel équilibre entre six dimensions : travailler plus longtemps lorsque cela est possible ; maintenir les seniors dans l’emploi ; accroître le volume global de travail ; investir davantage dans la robotique et l’intelligence artificielle ; transformer le vieillissement en marché industriel et technologique ; développer l’épargne longue en complément de la répartition.

    L’enjeu ne serait pas de substituer un modèle étranger au modèle français, mais d’adapter l’économie française à une donnée désormais durable : une population qui vit plus longtemps et dont la proportion de personnes âgées augmente. La retraite cesse alors d’être seulement l’aboutissement d’une carrière ; elle devient l’un des paramètres d’une politique économique du cycle de vie, reliant travail, capital, technologie, industrie et solidarité entre générations.

    L’allongement de la vie active agit sur le flux de travail et de cotisations ; la capitalisation agit sur le stock de patrimoine ; la robotisation et l’intelligence artificielle agissent sur la productivité du travail ; la politique industrielle agit sur la capacité de l’économie à transformer ces facteurs en production et en revenus.

    Conclusion

    Le vieillissement démographique ne constitue pas seulement un problème de retraites. Il transforme les conditions dans lesquelles les sociétés produisent, travaillent, épargnent et organisent la solidarité entre générations.

    Depuis 2001, les grandes économies ont engagé des réponses différentes. Certaines prolongent davantage les carrières et l’emploi des seniors ; d’autres diversifient les sources de financement des retraites ; le Japon, la Corée du Sud et Taïwan ont également fait de la robotisation et de l’innovation technologique des instruments d’adaptation à la raréfaction relative de la main-d’œuvre. L’Allemagne, de son côté, illustre l’importance croissante accordée à la prolongation effective des carrières.¹⁵

    La France se trouve devant une équation particulière. Sa productivité horaire demeure élevée, mais son volume de travail et son emploi des seniors sont relativement faibles, tandis que la dépense publique de retraite figure parmi les plus élevées de l’OCDE. La question ne peut donc être résolue durablement par une seule variable : ni l’âge légal, ni le niveau des pensions, ni les cotisations, ni même la capitalisation ne peuvent, isolément, absorber la totalité du choc démographique.

    Trois leviers apparaissent complémentaires. Le premier est celui de la durée et de la quantité de travail, par l’allongement des carrières lorsque cela est possible et par une meilleure utilisation du potentiel des seniors. Le deuxième est celui de la productivité, grâce au capital, à l’innovation, à la robotisation et à l’intelligence artificielle. Le troisième est celui de la diversification du financement, la répartition pouvant être complétée par l’assurance et l’épargne longue.

    La politique des retraites ne peut donc être durablement dissociée d’une politique du travail, de la productivité et de la capacité productive nationale. L’enjeu ultime n’est pas seulement de savoir comment répartir demain une richesse donnée entre actifs et retraités. Il est de déterminer quelle économie construire pour être capable de produire et d’accumuler suffisamment dans une société qui vit plus longtemps.

    C’est en ce sens que la question des retraites devient une question géopolitique : derrière l’âge de départ et le financement des pensions se joue la capacité des grandes économies à adapter leur modèle productif au nouveau rapport entre démographie, travail, capital et technologie.

    ANNEXES

    Annexe 1 — Vieillissement, emploi des seniors et âge normal de retraite : principaux repères internationaux

    Pays / zone Rapport 65+ / 20-64, 2025 Emploi 60-64 ans, 2024 Âge normal de retraite, 2024
    France ~34 % < 45 % 64,3 ans
    Allemagne ~36 % ~65 % 66,2 ans
    Italie ~41 % ~45 % 67 ans
    Espagne ~33 % ~55 % 65 ans
    Pays-Bas ~33 % ~70 % 67 ans
    Pologne ~32 % ~40 % 65 ans H / 60 ans F
    États-Unis ~28 % ~60 % 66,7 ans
    Canada ~31 % ~55 % 65 ans
    Japon ~52 % > 70 % 65 ans
    Corée du Sud ~30 % ~70 % 63 ans
    OCDE 33 % 56,5 % 64,7 ans H / 63,9 ans F

    Sources : OCDE, Pensions at a Glance 2025 ; OCDE, Employment Outlook ; statistiques nationales lorsque nécessaires. Les données d’emploi doivent être lues comme des ordres de grandeur comparatifs, compte tenu des différences de définition et de structure des marchés du travail.

    Annexe 2 — Volume annuel de travail et productivité : le paradoxe français

    Pays Heures travaillées par personne et par an (2024) Lecture synthétique
    France 1 509 h Productivité horaire élevée, volume de travail relativement faible
    Allemagne 1 334 h Faible durée annuelle, mais emploi des seniors plus développé
    Pays-Bas ~1 430 h Temps partiel très important
    Japon 1 617 h Volume de travail supérieur à France et Allemagne
    États-Unis 1 796 h Volume de travail élevé très supérieur à France et Allemagne et forte accumulation de capital
    Corée du Sud 1 865 h Volume annuel très élevé, très supérieur à France et Allemagne, et forte automatisation
    OCDE ~1 742 h Référence internationale

    Sources : OCDE, Hours worked et GDP per hour worked, données 2024.

    NOTES

    1. OCDE, Pensions at a Glance 2025: OECD and G20 Indicators, Paris, OECD Publishing, 2025, 248 p., chap. 1, « Recent pension reforms », section « Population ageing ». L’OCDE constate que le rapport entre les personnes âgées de 65 ans et plus et la population âgée de 20 à 64 ans est passé de 22 pour 100 en 2000 à 33 en 2025 et devrait atteindre 52 en 2050. 

    2. OCDE, Pensions at a Glance 2025, op. cit., 248 p., chap. 8, « Finances of retirement-income systems », section « Public expenditure on pensions ». Les dépenses publiques de pensions sont données à 13,4 % du PIB pour la France et 10,8 % pour l’Allemagne, contre 8,1 % pour la moyenne de l’OCDE selon les séries comparables retenues. 

    3. OCDE, Pensions at a Glance 2025, op. cit., 248 p., chap. 1, « Recent pension reforms », section « Population ageing ». L’OCDE projette notamment une diminution de la population d’âge actif au cours des prochaines décennies, avec des contractions particulièrement importantes dans plusieurs économies vieillissantes. 

    4. OCDE, Pensions at a Glance 2025, op. cit., 248 p., indicateurs relatifs à l’emploi des travailleurs âgés ; OCDE, OECD Employment Outlook 2025, Paris, OECD Publishing, 2025, 274 p., notamment chap. 2, consacré aux transformations démographiques, au travail des seniors et aux enjeux de productivité.

    5. OCDE, Hours worked et GDP per hour worked, statistiques comparatives, données 2024. Pour les comparaisons internationales de durée du travail et de productivité horaire, voir les séries statistiques correspondantes et les notes méthodologiques de l’OCDE. Les écarts doivent être interprétés avec prudence en raison des différences de méthodes statistiques et de structures d’emploi.

    6. Charles Raffin et Hatice Yildiz, « Depuis 1975, le temps de travail annuel a baissé de 350 heures, mais avec des horaires moins réguliers et plus contrôlés », Insee Première, n° 1749, 19 novembre 2019, 4 p., spéc. pp. 1-2. Les auteurs estiment qu’entre 2000 et 2003, lors de la mise en œuvre des 35 heures, la diminution du temps de travail des salariés à temps complet a représenté environ 125 heures annuelles en moyenne. 

    7. OCDE, Pensions at a Glance 2025, op. cit., 248 p., chap. 3, « Current retirement ages », section « Normal retirement age ». L’OCDE définit l’âge normal de retraite comme l’âge auquel une personne peut prendre sa retraite sans pénalité sur la base d’une carrière complète débutant à 22 ans ; cette définition explique certains écarts avec l’âge légal couramment utilisé dans les débats nationaux. 

    8. OCDE, Pensions at a Glance 2025, op. cit., 248 p., chap. 3, « Future retirement ages », section « Key results ». L’OCDE relève que plusieurs pays ont prévu des mécanismes d’évolution de l’âge de retraite et que les âges futurs peuvent atteindre ou dépasser 70 ans dans certaines configurations. 

    9. OCDE, Pensions at a Glance 2025: Germany, Paris, OECD Publishing, 2025, fiche nationale « Germany », spéc. section consacrée aux perspectives de l’âge de retraite et à l’évolution liée à l’espérance de vie.

    10. OCDE, Pensions at a Glance 2025, op. cit., 248 p., chap. 8, « Finances of retirement-income systems », sections « Public expenditure on pensions » et « Long-term projections of public pension expenditure ». 

    11. Olivier Pérou et Nathalie Segaunes, « Réforme des retraites : comment Sébastien Lecornu s’est converti à la suspension pour obtenir la bienveillance des socialistes », Le Monde, 15 octobre 2025 ; Financial Times, « French PM to freeze Emmanuel Macron’s pension reform until 2027 », 14 octobre 2025. Le Financial Times confirme le coût annoncé de 400 millions d’euros en 2026 et de 1,8 milliard d’euros en 2027 et relie explicitement la suspension aux négociations parlementaires sur le budget 2026.

    12. « Âge légal, carrières longues… Ce qu’implique concrètement la suspension de la réforme des retraites », Le Figaro, 8 octobre 2025 ; Bertrand Bissel et Thibaud Métais, « Âge de départ, durée de cotisation, budget… Ce que change la suspension de la réforme des retraites », Le Monde, 15 octobre 2025 ; Service-Public.fr, « Suspension de la réforme des retraites : qui est concerné ? », mise à jour 2026. Ces sources permettent de distinguer le décalage de la montée en charge de la réforme de 2023 d’un retour général et immédiat à l’âge légal de 62 ans.

    13. Bertrand Bissel, « Le gouvernement veut économiser 6 milliards d’euros sur les retraites en 2027 », Le Monde, 11 septembre 2026 ; Sébastien Lecornu, entretien au Figaro, 17 septembre 2026 ; Financial Times, « France seeks to rein in pensions and state salaries in 2027 », 1er octobre 2026. Le gouvernement a annoncé un effort demandé aux retraités inférieur à 6 milliards d’euros en 2027, dont les modalités devaient notamment porter sur la désindexation partielle des pensions (au-dessus d’un plancher de l’ordre de 2000 € par mois) ou l’abattement fiscal de 10 % ; le Financial Times replace cette mesure dans l’ensemble du programme de réduction du déficit public.

    14. « Retraites : ce que contient la lettre rectificative, qui prévoit la suspension de la réforme », Le Monde, 23 octobre 2025. La charge de la suspension initialement évaluée à 1,8 milliard d’euros en 2027 a ensuite été réévaluée à 1,4 milliard d’euros dans la lettre rectificative au projet de loi de financement de la Sécurité sociale.

    15. OCDE, Pensions at a Glance 2025, op. cit., 248 p., chap. 3, « Current retirement ages » et « Future retirement ages », ainsi que les fiches nationales consacrées à l’Allemagne, au Japon, à la Corée et aux États-Unis. L’étude comparative met en évidence la diversité des combinaisons entre âge de retraite, emploi des seniors, régimes professionnels et épargne. 

    16. OCDE, Pensions at a Glance 2025, op. cit., 248 p., chap. 2, « Pension systems and pension financing ». La distinction entre régimes par répartition et régimes financés par capitalisation ne supprime pas la contrainte économique fondamentale : les biens et services consommés par les retraités doivent être produits au moment de leur consommation.

    17. OCDE, OECD Employment Outlook 2025, Paris, OECD Publishing, 2025, notamment la section consacrée à l’intelligence artificielle, à la productivité et au vieillissement. L’OCDE souligne que l’IA peut contribuer à prolonger les carrières en réduisant certaines contraintes physiques et en améliorant les conditions de travail des travailleurs âgés, mais que les gains de productivité dépendent de la diffusion effective des technologies, de l’investissement, des compétences et de l’organisation des entreprises.

     François Souty, PhD
    Intervenant en géopolitique à Excelia Business School, La Rochelle et Paris-Cachan
    Intervenant en droit et politique de la concurrence de l’UE à la Faculté de droit de Nantes 

     https://lediplomate.media/economie-lecons-strategiques-geopolitique-retraites-options/?



     F) - Divers liens sur ce thème... Dossier complet !

    Dossier "Retraite" avec Lemennicier, Salin, Contrepoints, Wikiberal, Libertarian TV

    Powered By Blogger