novembre 01, 2026

Dossier Murray Rothbard et ses hommages !.

Sommaire:

A) -  Murray Rothbard

B) -  Une alternative à l’État : trois idées-clés du « Libertarian Manifesto » de Murray Rothbard

C) - Divers posts de Murray Rothbard au sein de l'Université Liberté 

 

 


 

 A) - Murray Rothbard 

Murray Newton Rothbard (2 mars 1926 - 7 janvier 1995), fut un économiste américain, théoricien de l'École autrichienne d'économie (élève de Ludwig von Mises), du libertarianisme et de l'anarcho-capitalisme. Son œuvre majeure, L'Éthique de la liberté, est un exposé d'un anarcho-capitalisme basé sur le droit naturel.

En 1942, il se rend à la High School, Birch Wathen School, à New York City. Il poursuit ses études à l'université de Columbia où il est d'abord diplômé en mathématiques (B.A en 1945) puis en économie (M.A en 1946).

L'économiste du laissez-faire

En économie, Murray Rothbard a popularisé la pensée de Ludwig von Mises, dans un langage et avec des arguments propres à convaincre les économistes contemporains, formés à l'empirisme. Son premier essai économique fut un coup de maître : dans un recueil d'articles publiés en 1956, sous le nom de Towards Liberty il publiait un article intitulé « Toward a Reconstruction of Utility and Welfare Economics », il y réfutait dès l'origine ces rationalisations encore courantes de l'étatisme que sont les « externalités » et les « services collectifs » — aussi parfois appelés « biens publics », montrant que ces rationalisations refusent le seul critère objectivement observable de l'accroissement d'utilité — l'action volontaire — au profit de gloses arbitraires sur des préférences dont la prétendue mise en forme mathématique n'est là que pour faire oublier, qu'en réalité, on ne peut pas les connaître, ni les mesurer ni les comparer : l'action, et seule l'action, permet de connaître les préférences, elle en est la preuve authentique et unique.

Le critère de la préférence démontrée comme seule preuve de l'action productive permettra à Rothbard de dépasser son maître Mises dans la compréhension du monopole. Mises admettait la possibilité d'un « monopole » sur un marché libre. Dans le chapitre 10 de Man, Economy and State, intitulé « Monopole et concurrrence », Rothbard démontre que le concept est contradictoire — et il l'est depuis ses origines grecques : toute forme d'organisation contractuelle est a priori productive (et conforme à la justice naturelle), tout acte de violence agressive fausse la concurrence (et viole la justice naturelle) et de ce fait mérite qu'on l'appelle « privilège de monopole ».

C'est ainsi que Murray Rothbard établit le caractère productif de tout acte pacifique, et l'impossibilité de prétendre scientifiquement qu'un acte qui viole le consentement d'un propriétaire ajouterait à une quelconque « production totale ». Ce qui lui permet de conclure que le laissez-faire capitaliste réalise la production maximum, et que quiconque affirme que l'intervention de l'État pourrait accroître cette production est ipso facto un charlatan.

À l'imitation de L'Action humaine de Mises, Rothbard entendait mettre en avant un système complet d'économie politique. D'où les deux tomes de Man, Economy and State, complétés par Power and Market, développement des effets destructeurs de l'intervention étatique déjà évoqués à la fin du premier Traité. Rothbard y fait un large usage du raisonnement à l'équilibre, mais dans les conditions énoncées par Mises. Il y développe aussi la théorie autrichienne de la conjoncture, et le caractère nécessaire du revenu d'intérêt.

La théorie de l'entrepreneur capitaliste

Peu de temps après la sortie du livre d'Israel Kirzner en 1973, Competition and Entrepreneurship, Murray Rothbard a lancé un débat[1] qui se poursuit encore aujourd'hui dans le camp de l'école autrichienne sur la nature de l'entrepreneur. Les deux auteurs affirment leur proximité intellectuelle avec Ludwig von Mises. Mais leurs différences de points de vue concernent à la fois des questions centrales et des détails. Le débat se concentre principalement sur les questions de l'entrepreneur pur (vision d'Israel Kirzner) par opposition à l'entrepreneur-capitaliste (vision de Murray Rothbard).

Israel Kirzner isola « l'esprit d'entreprise pur » et le sépara des autres variables. Il rencontra le désaccord de Murray Rothbard selon lequel l'entrepreneur ne peut jamais être séparé du capitaliste, propriétaire des ressources de production. Israel Kirzner déclare que l'entrepreneur peut conceptuellement, dans certaines occasions, ne pas posséder de ressources. Donc, éventuellement, les ressources peuvent être alternativement fournies par le capitaliste qui possède les ressources productives. L'entrepreneur pur ne possède donc pas de ressources de production, pas de capital, pas de facteurs de production et pas de ressources en général. Murray Rothbard présente son objection en soutenant qu'en réalité, l'entrepreneur est toujours capitaliste, en utilisant précisément le terme d'entrepreneur capitaliste en tant que propriétaire du capital ou propriétaire d'une ressource économique[2].

Dans son ouvrage, Israel Kirzner précisa explicitement et clairement que son entrepreneur pur n'est qu'un dispositif analytique utilisé dans sa méthodologie afin d'isoler la variable entrepreneuriale au sens strict dans le but d'étudier son essence et ses contributions. Mais une telle concession méthodologique est inacceptable pour Murray Rothbard car elle efface l'individu du monde réel[3]. Les deux fonctions [entrepreneuriale et capitalistique] ne peuvent absolument pas être séparées, pas même en théorie.

Pour Murray Rothbard, tout individu est propriétaire de lui-même. En effet, quiconque possède la vie possède aussi des ressources, par le seul fait d'exister. Il dispose de la ressource de la vie elle-même avec laquelle il doit agir afin de la préserver jusqu'à son dernier acte. L'action est un aspect essentiel de chaque moment de la vie humaine. C'est la ressource la plus intime et intrinsèque à chacun d'entre nous.

L'épistémologue réaliste

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Si Rothbard a été capable de remettre en cause les plus anciens concepts, et de tirer les conséquences des faits généraux de l'action humaine qu'on ne peut pas imaginer autres qu'ils ne sont, c'est parce qu'il se moquait de toute prétendue « vérification expérimentale » des propositions de type 2 + 2 = 4. Il tenait pour définitivement établi et probant tout axiome, c'est-à-dire toute proposition dont on est obligé de se servir au cours de toute tentative pour la réfuter. C'est dire qu'il n'était ni empiriste, ni positiviste.

Ce parti pris permet aux économistes autrichiens de se libérer, dans les domaines qui relèvent de la seule logique (c'est-à-dire, pour eux, la quasi-totalité de la théorie, par opposition à l'histoire économique) des analyses et des concepts qui dépendent de la disponibilité des statistiques. Par exemple dans celui de l'incertitude, ou dans celui de l'information, tout comme celui du monopole. Pour illustrer les progrès possibles quand on applique cette méthode, appropriée à son objet, on peut rappeler que, s'il a fallu 70 ans à Hayek pour comprendre que la justice sociale n'a aucune définition identifiable comme concept normatif — elle n'est qu'une désignation du pillage des faibles par les puissants dans la pseudo-démocratie socialiste, c'est parce qu'il fallait d'abord se poser la question de son sens.

Cependant, à la différence de Mises, Rothbard fondait le raisonnement logique non sur une conception kantienne de l'a priori mais sur une théorie aristotélicienne des concepts, qu'on pourrait rattacher à l'objectivisme de Ayn Rand, Nathaniel Branden et Leonard Peikoff. Avec sa tentative d'aller au-delà de Ludwig von Mises, d'un point de vue épistémologique, avec une solution aristotélicienne et néo-thomiste, La tentative de Murray Rothbard est de renouer avec la tradition de l'apriorisme de Nassau Senior et John Elliott Cairnes, lorsque ce dernier avait tenté de trouver des lois économiques irréfutables comme une déduction logique de « faits indiscutables de la nature humaine et du monde » [4].

Ainsi, c'est dans la tradition même d'Aristote qu'il a écarté la définition catastrophique du monopole que celui-ci avait avancée, comme Böhm-Bawerk l'avait également réfuté en 1881 à propos de l'intérêt sur l'argent, en démontrant que celui-ci n'est pas « contre nature », mais traduit bien au contraire un aspect nécessaire de l'action humaine.

Le philosophe politique

Il restait à démontrer que le laissez-faire capitaliste est conforme à la justice : c'est ce qu'il fait dans L'Éthique de la liberté. Il y montre que la seule définition cohérente de la justice est la propriété naturelle, la libre disposition reconnue comme juste de toute possession qu'on n'a pas volée, c'est-à-dire prise à un autre sans son consentement. L'Éthique de la liberté décline les conséquences de cette définition, reprenant de nombreuses solutions de la tradition juridique et en contestant d'autres.

Le credo libertarien repose sur un axiome central :
Aucun individu ni groupe d’individus n’a le droit d’agresser quelqu’un en portant atteinte à sa personne ou à sa propriété.
On peut appeler cela « axiome de non-agression », « agression » étant défini comme prendre l’initiative d’utiliser la violence physique (ou de menacer de l’utiliser) à l’encontre d’une autre personne ou de sa propriété. Agression est donc synonyme d’invasion, d’intrusion.
Si personne n’a le droit d’agresser quelqu’un d’autre, en bref, si chacun a le droit absolu d’être « libre » de toute agression, il s’ensuit immédiatement que le libertarien approuve pleinement ce qu’on appelle généralement les « libertés civiles » : liberté d’expression, de publication, d’association, liberté de « commettre » des délits sans victimes tels que la pornographie, les « déviations » sexuelles, la prostitution, la drogue, toutes choses que le libertarien ne considère pas du tout comme des délits, puisqu’il ne s’agit pas d’agression à l’encontre d’une autre personne ou de sa propriété. En outre, il considère la conscription comme un esclavage à grande échelle. Et puisque la guerre, et plus particulièrement la guerre moderne, entraîne l’exécution massive de civils, le libertarien considère de tels conflits comme du meurtre de masse, et donc comme quelque chose d’absolument illégitime.
Tous ces points de vue sont considérés comme de gauche sur l’échelle idéologique contemporaine. D’autre part, le libertarien s’opposant à l’agression contre le droit de propriété privée, il s’oppose tout aussi vigoureusement à l’intrusion du gouvernement dans les droits de propriété et dans l’économie de marché au travers de contrôles, règlementations, subventions ou interdictions. Car si chaque individu a le droit de posséder et de ne pas être agressé et volé, alors il a aussi le droit de se défaire de sa propriété (par la transmission ou l’héritage) et de l’échanger contre la propriété d’autres personnes (liberté de contrat et économie de marché libre) sans subir d’intrusion. Le libertarien est donc en faveur d’un droit de propriété sans restriction et du libre-échange, c’est-à-dire d’un système capitaliste de laissez-faire.
Le libertarien ne voit aucune incohérence à être de gauche dans certains domaines et de droite dans d’autres. Au contraire, il considère que sa position est quasiment la seule qui soit cohérente du point de vue de la liberté individuelle.
S’opposant à toute agression individuelle ou en groupe contre les droits de la personne et les droits de propriété, le libertarien constate que, tout au long de l’histoire et aujourd’hui encore, il y a un agresseur central, dominant et prépondérant qui bafoue tous ces droits : l’État. Contrairement aux autres penseurs de gauche, de droite ou du centre, le libertarien refuse d’accorder à l’État le droit moral de commettre des actions que quiconque jugerait immorales, illégitimes et criminelles si elles étaient commises par une seule personne ou un groupe de personnes. Il insiste pour appliquer la règle morale générale à tous, et à ne faire aucune exception.
Si nous regardons l’État « tout nu », nous nous apercevons qu’il est autorisé (voire encouragé) à commettre toutes sortes d’actes que même les non libertariens s’accorderaient à juger comme des crimes ou délits répréhensibles. L’État est un habitué du meurtre de masse, qu’il appelle « guerre », parfois « répression de la rébellion ». Il fait de l’esclavage par la « conscription » dans ses forces militaires. Il vit et tire son existence de la pratique du vol sous la contrainte, qu’il nomme « fiscalité ». Le libertarien souligne que le fait que de telles pratiques soient approuvées ou non par une majorité de la population ne change rien à leur nature : sanctionnées ou non par le peuple, la guerre c’est bien le meurtre de masse, la conscription, l’esclavage, et la fiscalité, le vol. Bref, le libertarien, comme l’enfant de la fable, s’obstine à répéter que « le roi est nu ».
Extrait de « For a New Liberty: The Libertarian Manifesto » [1], traduit en français et adapté par Dilbert.

Le droit naturel

Le concept même de droits est défini négativement, il délimite le domaine d’action d’une personne où nul ne peut s'immiscer. Aucun homme n'a donc le Droit de forcer quelqu’un à accomplir une action positive puisque l’individu ainsi contraint subirait une violation de son Droit sur sa personne et sa propriété
(L'Éthique de la Liberté, chapitre 14).

L'historien de la société

Outre ses œuvres dans les domaines de l'économie et de la politique, Rothbard s'est également intéressé à l'histoire économique. Il a commencé sa carrière avec Conceived in Liberty, histoire des États-Unis avant la Déclaration d'indépendance. En 1963, il publiait America's Great Depression, explication autrichienne de la crise de 1929 et des sottises de la politique américaine avant et après, que l'historien Paul Johnson devait reprendre dans son ouvrage Modern Times. Il est un des rares auteurs qui ait disserté dans son œuvre Perspective autrichienne sur l'histoire de la pensée économique sur les écoles qui ont précédé Adam Smith, telles que celles des scolastiques et des physiocrates. C'est ainsi que Rothbard a permis de réévaluer à leur juste mesure les travaux d'auteurs français comme Turgot (cf. son "Eclat de Turgot"). A contrario, les thèses de Smith constituaient, d'après lui, une régression dans la compréhension de l'économie, Rothbard allant jusqu'à parler d'une dégringolade gigantesque et calamiteuse par rapport aux sommets atteints par la tradition continentale (cf. "Adam Smith en examen", trad. par François Guillaumat).

L'activiste politique

L'action partisane de Murray Rothbard se caractérise par d'importants revirements stratégiques.

Le foyer politique de Rothbard était la Old Right, isolationniste et très sensible aux thèses libertariennes (Albert Jay Nock en étant le représentant préféré de Rothbard). Or, dès les années cinquante, guerre froide aidant, le centre de gravité de la droite américaine s'est recomposé autour d'un anti-communisme et d'un nationalisme musclés. Dans ce contexte, l'anarchisme de Rothbard paraissait au mieux anachronique, au pire une trahison, un État fort étant considéré, en particulier par la National Review et son mentor, William F. Buckley Jr., indispensable à la compétition militaire et géopolitique avec l'Union Soviétique.

Rothbard chercha alors de nouveaux amis politiques, se rapprochant par exemple brièvement du cercle de la romancière Ayn Rand.

Cette tentative ayant échoué, Rothbard s'intéressa durant les années soixante à la New Left libertaire et anti-impérialiste. En 1965, il créa avec Leonard P. Liggio la revue Left and Right dont le but était de rapprocher droite libertarienne et gauche libertaire.

Rothbard se lassa rapidement de ce courant politique, principalement en raison de sa mentalité anti-capitaliste, mais également par rejet de la contre-culture. La rupture avec la gauche anti-autoritaire était donc consommée dès 1970.

Durant cette décennie, Rothbard participa à la création du Libertarian Party et du Cato Institute, dont il s'éloigna ensuite parce qu'ils lui semblaient trop tièdes, voire opportunistes. Il se rapprocha ensuite de diverses organisations paléo-conservatrices et rejoignit finalement le Mises Institute de Llewellyn H. Rockwell Jr. en 1982.

Rothbard vit dans la chute de l'Union soviétique une opportunité pour ressusciter la Old Right et fonda beaucoup d'espoirs dans divers mouvements et hommes politiques populistes, dont Pat Buchanan. Force est de constater que cette stratégie, que ses héritiers au Mises Institute poursuivent, n'a pas encore porté ses fruits.

L'anarchisme et l'anti-impérialisme (bien ancré dans la tradition libérale classique) de Murray Rothbard, ainsi que ses alliances politiques parfois surprenantes, lui ont valu beaucoup d'inimitiés à droite et notamment celle des néo-conservateurs. Elles expliquent largement certaines accusations qui ont été portées contre lui, par exemple d'avoir été un compagnon de route des communistes ou encore de s'être allié à des antisémites (rappelons à ce propos que Rothbard était juif). On peut, en effet, s'interroger a posteriori sur l'opportunité de certains articles et alliances de circonstance de Rothbard - encore qu'ils ne semblent pas justifier les critiques mentionnées ci-dessus - mais pas au point de pouvoir mettre sérieusement en doute la constance idéologique dont il a fait preuve durant toute sa vie. Si l'action partisane de Rothbard s'illustre tant par son étonnante souplesse stratégique que par son relatif insuccès, cela est probablement dû à la difficulté qu'il a éprouvée à trouver des relais pour diffuser ses idées dans le contexte politique de son époque.

source : An Enemy of the State, The Life of Murray Rothbard, Raimondo, J., Prometheus Books, Amherst NY, 2000.

Concepts

La pensée de Rothbard est détaillée dans les articles connexes. Cliquez sur les liens pour plus d'information :

Les 8 mythes économiques

Discussions sur le forum
Oui, Rothbard était Bien Un Anarcap Conservateur (for)





Au sein du Ludwig von Mises Institute, Murray Rothbard publia un tract afin de combattre les mythes économiques qui assiègent nos pensées.

Mythe n°1 : Les déficits sont la cause de l'inflation. Les déficits n'ont rien à voir avec l'inflation. Ces deux affirmations sont fausses. Les déficits sont financés, soit par le public grâce à la vente de bons du trésor, soit par le système bancaire qui est générateur d'inflation par le mécanisme d'accroissement des réserves bancaires.

Mythe n°2 : Les déficits n'ont pas un effet d'éviction sur les investissements privés.

Supposons que les déficits soient élevés et croissants et que les taux d'intérêts baissent, comme aux États Unis au début des années 80. Cela ne signifie pas que l'effet d'éviction ne joue pas. Les taux d'intérêt baissent parce qu'il y a moins d'emprunt de la part des chefs d'entreprise en période de récession. les taux d'intérêt réels (taux d'intérêt moins taux d'inflation) restent élevés. Si l'épargne se dirige vers les bons du Trésor, il y aura nécessairement moins d'épargne disponible pour l'investissement productif. Et, les taux d'intérêt sont supérieurs à ce qu'ils auraient du être sans les déficits. Le détournement de l'épargne est soit direct (financement par le public), soit indirect (finacement par le système bancaire).

Mythe n°3 : Les importations des pays où le coût de main d'œuvre est faible cause le chômage dans notre pays.

Les salaires sont élevés dans les pays développés (France, États-Unis) parce que la productivité du travail y est plus élevée. Et, cette productivité ne provient pas d'un phénomène magique. C'est parce que des entreprises ont investi des montants importants en technologie et en équipement en capital, au sens large. L'investissement en capital est une aide pour les travailleurs. Ces derniers obtiennent ainsi des salaires plus élevés. Par contre, dans les pays où le capital ne peut pas venir en aide aux travailleurs, les taux de salaire sont plus faibles. Par conséquent, les salaires élevés ne sont pas une menace pour la prospérité, ils sont la conséquence de cette prospérité. Certains représentants de l'industrie se plaignent du dumping social. Toutefois, les salaires élevés dans leur industrie provient du fait que cette industrie n'est pas efficace dans l'utiisation du travail en comparaison d'autres industries. Et, donc, pour compenser la désaffection des salariés, les salaires sont plus élevés que dans d'autres secteurs. Il est dangereux pour l'industrie, elle-même, ainsi que pour l'économie du pays entier de faire appel à l'État pour intervenir sur des restrictions à l'importation (quotas ou tarifs). Car les entreprises inefficaces perdent toujours de l'argent et elles demanderont de plus en plus de protection de l'État jusqu'où jour où elles ferment définitivement leur porte.

Mythe n°4 : Les augmentations des impôts sont une solution pour résorber les déficits.

Une règle comportementale de l'homme politique est simple. Plus son budget augmente, plus il a tendance à vouloir le dépenser. Il s'aide pour cela des groupes de pression, toujours bien attentionnés et bienveillants vis à vis du public qui considèrent que tel ou tel secteur a besoin d'aide. Ainsi, l'augmentation des impôts n'arrive jamais à réduire la dette.

Mythe n°5 : les économistes utilisant des tableaux ou des modèles informatiques à haute vitesse peuvent prévoir le futur de façon plus précise.

Mythe n°6 : Chaque fois que la banque centrale restreint l'offre de monnaie, les taux d'intérêt augmentent (ou baissent); chaque fois que la banque centrale accroît l'offre de monnaie, les taux d'intérêt s'accroissent (ou baissent).

Mythe n°7 : il existe un échange équilibré entre le chômage et l'inflation.

Mythe n°8 : la déflation (la baisse des prix) est impensable, et provoquerait une dépression catastrophique.

Les sujets polémiques

Murray Rothbard est loin de faire l'unanimité parmi les libertariens sur un certain nombre de sujets pour lesquels il a un avis très tranché :

  • les réserves fractionnaires des banques : pratique illégitime selon Rothbard, analogue à une escroquerie ;
  • le droit des enfants : Rothbard affirme que les parents ont le droit de laisser mourir de faim leurs enfants ; il n'y a pas pour l'enfant de "droit à la vie" puisque ce serait imposer une obligation positive aux parents (voir L'enfant est-il une marchandise ?)
  • l'avortement : pour Rothbard (comme pour Ayn Rand) un enfant ne peut acquérir de droits avant d'être né, l'avortement est donc permis à n'importe quel stade de la grossesse
  • la règle du "double talion" en droit pénal : à la nécessaire réparation des dégâts causés, s'ajoute (de façon optionnelle) le droit d'infliger au coupable des dégâts équivalents
  • privatisation complète de tous les biens publics, car « toute propriété aux mains de l’État est entre les mains de voleurs, et doit être libérée le plus rapidement possible »
  • contrairement aux néo-conservateurs, Rothbard préconise un isolationnisme absolu en matière de politique étrangère[5] ; concernant Israël, il défend une position antisioniste[6]
  • de façon générale, un certain nombre de libertariens contestent son apriorisme absolu, son refus de l'empirisme, sa conception radicale du droit naturel

Citations sur Murray Rothbard

  • Parmi les autrichiens de premier plan, il faut citer Murray Rothbard, qui a carrément rendu les banques centrales responsables des cycles économiques, et développé une critique libertarienne rigoureuse de l’État. (Eamonn Butler, Introduction à l’École autrichienne)
  • Son influence ne fit que croître, et croît encore depuis sa mort. Il n’est peut-être pas largement reconnu, mais sans Murray, il n’y aurait pas de Ron Paul tel que nous le connaissons. Et je dis cela sans vouloir par là diminuer ou déprécier le moins du monde le rôle personnel et les réalisations extraordinaires de Ron Paul. Il n’y aurait aucun mouvement Ron Paul, et il n’y aurait aucun programme libertarien populaire ou, comme le « gang des ragots » préfère dire, aucun programme libertarien « populiste ». Quant à moi, mes propres opinions se sont également radicalisées, avec celles de Murray. (...) A Murray, qui, j’en suis sûr, nous regarde aujourd’hui de là-haut, je dis : merci Murray, tu es mon héros : « C’était un homme auquel, tout bien considéré, je ne retrouverai pas de pareil », et j’espère que tu es content de ton élève. (Hans-Hermann Hoppe, Bien comprendre le libertarianisme)
  • Murray Rothbard a une sale manie, c’est d’écrire simplement et directement. Il dit ce qu’il pense et il explique pourquoi il le pense, et qui plus est, avec une logique simple et facile à suivre. Il ne se sert ni des équations, ni des statistiques ni d’aucun des autres accessoires de la Grande-Prêtrise économique. Il se borne à accompagner ses lecteurs pas à pas au cours du raisonnement ; il choisit les faits pertinents — pertinents à la démonstration qu’il est en train de faire — et trouve les résultats sans difficulté. Il livre au lecteur les présuppositions dont il se servira au cours de son exposé ; ensuite il rassemble les preuves puis arrive aux conclusions. C’est une manière d’agir tout à fait démodée, et même carrément discréditée de nos jours. (Gary North, Pourquoi Murray Rothbard n’aura jamais le prix Nobel)

Informations complémentaires

Notes et références

  1. Murray Rothbard, 1974, commentaire du livre d'Israel Kirzner, Competition and Entrepreneurship, Journal of Economic Litterature, Vol 12, N°3, Septembre, pp902-904
  2. C'est la même position adoptée par des auteurs autrichiens décédés comme Henry Hazlitt, Percy Greaves ou de nouveaux auteurs dans la lignée de Murray Rothbard comme Jörg Guido Hülsmann, Peter Klein, Nicolai Foss et Joseph Salerno. Encore une fois, la pièce maîtresse de la question est de conceptualiser les idées de capital et des ressources. Pour les successeurs de Murray Rothbard, il y a un changement sémantique du terme capitaliste. Ce dernier ne se réfère pas spécifiquement au système économique et aux liens politiques, mais à la dynamique de capitalisation des ressources effectuée par des entrepreneurs. C'est ainsi que des moyens de production tels que des machines et des usines ne sont peut être pas la propriété de l'entrepreneur. Il se peut qu'il ne possède pas de capital financier. Mais tout entrepreneur est supposé détenir des connaissances, des compétences et des expériences. Bref, il dispose de ressources cognitives et énergétiques (de l'engagement, de la motivation). Sans la possession d'un cerveau et d'un système sensoriel, il ne peut y avoir de découverte d'opportunités ou de jugement entrepreneurial. Il s'agit au sens étroit du capital cognitif et au sens large du capital humain. Il est donc certainement vrai que dans certains cas, une personne qui met en pratique une idée d'entreprise peut ne pas avoir de capital monétaire. Le terme d'entrepreneur capitaliste ne peut donc être réduit à l'aspect monétaire. Les ressources monétaires peuvent provenir de capitalistes, de business angels, de banques, de sociétés de capital-risque ou par le financement participatif sur internet.
  3. Israrel Kirzner a subi les attaques des rothbardiens. Pour Peter Klein, l'entrepreneur kirznerien est un ideal type ; pour Joseph Salerno, un être éthéré ou une construction imaginaire.
  4. John Elliott Cairnes, 1888, "The Character and Logical Method of Political Economy", London, Frank Cass., p64
  5. "La position libérale, en général, consiste à réduire le pouvoir de l'État, à le ramener autant que possible à zéro, et l'isolationnisme est la pleine expression dans le domaine des affaires étrangères de l'objectif de diminution du pouvoir de l'État à l'intérieur du pays." Murray Rothbard on War
  6. Murray Rothbard, War Guilt in the Middle East

Bibliographie sélective

Pour une liste plus détaillée des œuvres de Murray Rothbard, voir Murray Rothbard (Bibliographie)
  • 1962,
  • 1963,
    • a. America's Great Depression (rééditions 1972, 1975, 1983, 2000)
    • b. What Has Government Done to Our Money?, [lire en ligne]
  • 1969, Economic Depressions: Causes and Cures
  • 1970, Power and Market
  • 1972,
    • a. Education: Free and Compulsory
    • b. Left and Right, Selected Essays 1954-65
  • 1973,
    • a. For a New Liberty: The Libertarian Manifesto, [lire en ligne]
    • b. The Essential von Mises
  • 1974
    • a. The Case for the 100 Percent Gold Dollar, [lire en ligne]
    • b. Egalitarianism as a Revolt Against Nature and Other Essays
  • 1975-79, Conceived in Liberty (4 vol.) ISBN 0-945466-26-9.
  • 1979, Individualism and the Philosophy of the Social Sciences
  • 1982, The Ethics of Liberty, L'Éthique de la liberté, [lire en ligne]
  • 1983, The Mystery of Banking
  • 1988, Ludwig von Mises: Scholar, Creator, Hero
  • 1994, The Case Against the Fed
  • 1997, Logic of Action (2 vol.)
  • 2005, History of Money and Banking in the United States
  • 2006, The Complete Libertarian Forum (2 vol.), [lire en ligne]
  • 2007,
    • a. The Betrayal of the American Right
    • b. Economic Controversies

Articles connexes

Murray Rothbard (Littérature secondaire)

Liens externes

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Sur Rothbard

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A) - Une alternative à l’État : trois idées-clés du « Libertarian Manifesto » de Murray Rothbard

 Et si les maux de notre société découlaient tous d'une seule et même source que nous considérons comme indispensable : l'État ? 

En 1973 l'économiste, historien et philosophe américain Murray Rothbard lance un pavé dans la mare avec son ouvrage fondateur, For a New Liberty: The Libertarian Manifesto.

Le livre n’a pas été traduit en français mais parmi toutes les présentations disponibles de la philosophie libertarienne, celle-ci est sans doute la meilleure et la plus iconoclaste en même temps. Écrivain passionné mais toujours rigoureusement logique, Rothbard montre dans cet ouvrage toute l'étendue de ses multiples talents : à la fois économiste, historien, philosophe politique et moraliste.

Il y énonce d’abord les principes d'une société complètement libre, ce qu’il appelle « le credo libertarien ». Ici il faut comprendre le mot libertarien comme un ensemble de principes éthiques rationnels au fondement de la politique. Le libertarianisme ne traite pas d’économie mais de ce qui est juste et injuste dans la vie en société : c’est une philosophie politique.

Partant de ce credo moral donc, il propose ensuite des solutions concrètes aux grands problèmes de société d'aujourd'hui : l'éducation, la guerre, la liberté d'expression, la pollution, la criminalité, la fiscalité...

Le socle moral : la liberté est fondée sur des principes rationnels

Pour bâtir une philosophie politique cohérente, Murray Rothbard ne commence pas par des équations économiques complexes, mais par une question éthique fondamentale : qui possède votre corps ?

Pour Rothbard, il n'y a que trois possibilités logiques :

  1. Chaque personne se possède elle-même (le principe de propriété de soi).
  2. Une classe d'individus possède les autres (système d'esclavage ou de caste).
  3. Tout le monde possède une fraction égale de tout le monde (« communisme participatif »).

Rothbard démontre rapidement que la deuxième option viole l'égalité morale de l'être humain, tandis que la troisième est une absurdité physique impraticable qui se transforme inévitablement en une oligarchie répressive. Seule la propriété de soi est moralement et pratiquement viable.

La propriété de soi est donc le fait que chaque individu est le seul propriétaire légitime de son corps, de son esprit et du fruit de son travail. C’est un droit que tout le monde possède naturellement, du simple fait d’être humain. Pour développer ce point, Rothbard convoque John Locke (1632-1704), le philosophe anglais, précurseur des Lumières anglo-américaines.

Si chacun est propriétaire de lui-même, nul ne peut disposer de la personne ou des biens d'autrui sans son consentement. Le principe de non-agression découle alors immédiatement et logiquement de la propriété de soi. Ainsi toute initiation de la violence physique contre la personne ou la propriété d'autrui est illégitime. Comment définir une agression ? C’est une interférence dans la propriété d'autrui sans son consentement, répond Rothbard.

Il souligne également que les « droits de l'homme », entendus au sens de droits individuels, et les « droits de propriété » sont indissociables. La liberté d'expression n'est qu'un vœu pieux si l'État détient le monopole des imprimeries, du papier journal et des salles de conférence ! Pour exercer un droit humain, il faut impérativement pouvoir disposer de ressources matérielles privées.

Bien que respectant l'intention libératrice de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, Rothbard la critique sévèrement pour avoir mélangé droits authentiques et pseudo-droits. Les articles concernant les « droits économiques et sociaux » sont à ses yeux des violations des droits réels, car ils exigent la coercition contre les producteurs pour financer ces prestations.

Le point important à souligner ici est que, selon notre auteur, une défense cohérente de la liberté exige des principes moraux intransigeants, fondés sur le droit naturel plutôt que des calculs utilitaristes, conséquentialistes, fluctuants et incertains. Il écrit ainsi :

« Les problèmes que pose le fait de se limiter à une éthique utilitariste sont nombreux. D’une part, l’utilitarisme suppose que nous pouvons évaluer les alternatives et décider des politiques en fonction de leurs conséquences bonnes ou mauvaises. Mais s’il est légitime d’appliquer des jugements de valeur aux conséquences de X, pourquoi n’est-il pas tout aussi légitime d’appliquer de tels jugements à X lui-même ? Ne peut-il pas y avoir quelque chose dans un acte lui-même qui, dans sa nature même, puisse être considéré comme bon ou mauvais ? »

En filigrane, Rothbard critique ici l’éthique utilitariste de Mises, qui reste pourtant son maître en économie, comme une base insuffisante pour un libertarianisme cohérent.

L'État est un agresseur qui se présente en protecteur

La seconde idée-clé est la nature coercitive de l’État. Par coercitive, il faut entendre agressive. Nous avons vu qu’une agression est toujours une interférence dans la propriété d'autrui, donc une violation du socle moral de la liberté.

La grande originalité de Rothbard réside dans son refus d'accorder à l'État une quelconque exemption morale. Alors que la plupart des philosophies politiques appliquent un étalon éthique aux citoyens et un autre aux hommes politiques, le libertarien applique le même code moral universel à tout le monde.

Or l’Etat est une institution qui acquiert ses revenus par la contrainte physique connue sous le nom de « fiscalité » et qui revendique un monopole forcé de la fourniture de services de défense (police et tribunaux) sur une zone territoriale donnée.

S’appuyant notamment sur Lysander Spooner, théoricien anarchiste américain du XIXe siècle, Rothbard explique que tout État accomplit certains actes qui seraient universellement condamnés et qualifiés de criminels s'ils étaient commis par un individu ou une bande privée.

Ainsi, dit-il, l'impôt est du vol légalisé, la conscription est un esclavage, la guerre est un meurtre de masse, la politique monétaire est une contrefaçon monopolisée.

Selon notre auteur, le mythe du contrat social masque la véritable genèse de l’État. Celui-ci opère selon la logique du racket : il produit la menace (guerres extérieures, ennemis intérieurs) pour ensuite vendre sa propre protection aux populations assujetties.

Démystifier l’État : « un gang de bandits à grande échelle »

Rothbard formule alors une idée fascinante : la notion de l'État-bandit. L’État a toujours été « un gang de bandits à grande échelle ». Et si une masse critique de citoyens prenait conscience de cette réalité, l'État s'effondrerait très rapidement pour ne devenir rien de plus qu'une simple organisation criminelle démasquée.

Alors comment un groupe restreint de dirigeants parvient-il à imposer sa volonté à l'ensemble d'une société ? Rothbard cite le philosophe David Hume qui l'avait déjà remarqué il y a plus de deux siècles : chaque gouvernement repose sur le soutien de la majorité. Ce soutien n'a pas besoin d'être un enthousiasme militant. Une simple soumission passive suffit. L'État subsiste parce que la plupart des gens acceptent de payer leurs impôts, d'obéir aux lois et de se soumettre aux décrets sans opposer de résistance active.

La propagande et la mystification idéologique sont donc les conditions indispensables à la survie de l'État, y compris en démocratie. Rothbard écrit :

« Alors que l’existence de tout gouvernement, de la monarchie absolue à la dictature militaire, repose sur le consentement de la majorité de l’opinion publique, un gouvernement démocratique doit fabriquer et façonner ce consentement au quotidien. »

Les masses n’étant pas formées pour développer des théories abstraites, elles adoptent les idées diffusées par les intellectuels. L'État noue donc avec eux une alliance historique fondée sur un échange de services. Ils élaborent des rationalisations pour convaincre le public que l'État est sage, bon, altruiste ou scientifiquement indispensable, et que son absence provoquerait le chaos.

En échange de cette légitimation idéologique, l'État intègre les intellectuels à la classe dirigeante en leur offrant statut, prestige, sécurité financière et postes de planificateurs au sein de la bureaucratie. Rothbard écrit :

« Si cette fonction était autrefois assurée par la caste sacerdotale et l'alliance du Trône et de l'Autel, elle est aujourd'hui remplie par des technocrates, économistes et experts scientifiques. »

Par la suite, il détaille les nombreux mécanismes de mystification employés par l'État et ses intellectuels. Mais je vous renvoie au chapitre concerné, pour ne pas alourdir davantage une présentation déjà longue.

L’alternative libertarienne : privatiser les services publics, y compris le régalien

Comment le marché libre et les contrats volontaires peuvent-ils remplacer l'État dans la fourniture des services régaliens (police, justice, routes) ?

Une société libre est une société dans laquelle il n’existe aucune possibilité légale d’agression coercitive contre la personne ou les biens d’un individu. Donc c’est une société sans État.

Face à cette critique radicale de l’État, la réaction immédiate est souvent : « Mais qui construira les routes ? Qui protégera les citoyens contre le crime si l'État disparaît ? »

Rothbard consacre une grande partie de son Manifeste à démontrer que tous les services actuellement monopolisés par l'État peuvent être fournis de manière plus efficace, plus économique et plus éthique par le marché libre : la sécurité, la justice, les routes et l'éducation gagnent à être gérées par des contrats volontaires et le marché libre.

Aujourd'hui, l'État gère les routes de manière bureaucratique, créant des embouteillages chroniques en fixant un prix artificiellement bas aux heures de pointe. Des propriétaires privés appliqueraient une tarification dynamique ajustée à la demande, élimineraient la congestion et veilleraient à la sécurité de leurs clients pour maximiser la valeur de leurs biens.

Les compagnies de protection privées seraient financées de manière concurrentielle. Contrairement à la police d'État qui bénéficie d'un revenu garanti par l'impôt (quelle que soit sa courtoisie ou son efficacité), une agence de sécurité privée perdrait ses clients au moindre abus ou à la moindre incompétence.

La justice arbitrale privée existe déjà dans le commerce international. Dans une société libertarienne, des juges privés et des tribunaux d'arbitrage appliqueraient un code juridique fondé sur la non-agression et la restitution à la victime.

La stratégie libertarienne, selon Rothbard, exige de maintenir le cap sur l'abolition totale de la contrainte étatique sans compromis opportuniste.

Contrairement aux réformistes qui prônent de petites coupes budgétaires de 2 %, Rothbard adopte une posture abolitionniste forte, inspirée par les combattants contre l'esclavage du XIXe siècle. Il ne s’agit pas d’employer la violence mais de combattre par la force et le courage des idées, par une révolution intellectuelle radicale.

Rothbard posait souvent la question : « S'il existait un bouton magique sur ce pupitre qui, si vous appuyiez dessus, abolirait instantanément l'État et toutes ses contraintes, appuieriez-vous dessus ? » Le libertarien authentique répond sans hésiter : oui, immédiatement !

Pour Rothbard, même si la liberté s'obtient souvent par étapes dans la réalité, le libertarien ne doit jamais théoriser ou légitimer le gradualisme, sous peine d'oublier son objectif ultime.

Conclusion : des questions pratiques qui restent ouvertes

En définitive, le Libertarian Manifesto a fourni une base éthique monumentale au libertarianisme mais soulève des questions pratiques et empiriques : qui défend les faibles contre les puissants propriétaires ? N'y a-t-il pas un risque de monopole de fait (le propriétaire le plus riche crée sa propre police) ? Comment exécuter les contrats si personne n'a le droit ultime ?

Par exemple, une théorie libertarienne robuste devra expliquer quelles structures d'incitations obligeront les acteurs les plus puissants à rester dans les limites du principe de non-agression sur le long terme. Autrement dit, pour que l'ordre libertarien soit durable, il doit exister des mécanismes qui rendent la violation des droits coûteuse, même pour les plus puissants.

C’est à ce type de questions que le disciple et héritier intellectuel de Rothbard, Hans Hermann Hoppe, a consacré ses ouvrages au cours des années 1990 et 2000. On peut également se reporter aux analyses brillantes des deux auteurs du livre The Sovereign Individual en 1997, qui combinent la politique et les technologies. Ce livre vient d’être traduit en français, mais c’est un autre sujet et nous y reviendrons dans nos prochains articles.

  1. Quelques années plus tard, en 1982, il développera les thèses du Manifeste dans un livre plus approfondi, L’éthique de la liberté, traduit en français aux Belles Lettres en 2011. ↩
  2. John Locke, Traité du gouvernement civil, 1690. ↩
  3. Murray Rothbard, For a New Liberty, 1ère partie, chapitre 2. ↩
  4. Lysander Spooner, No Treason, 1870. Traduit en français et édité par l’Institut Coppet. ↩
  5. For a New Liberty. The Libertarian Heritage: The American Revolution and Classical Liberalism ↩
  6. For a New Liberty, 1ère partie, chapitre 3, L'Etat et les intellectuels. ↩
  7. Rothbard crédite l’auteur franco-belge du 19ème siècle Gustave de Molinari comme étant le père intellectuel de cette vision anarchiste individualiste, qui englobe la justice et la défense. ↩
  8. « Why Be Libertarian ? » (1966), dans Left and Right: A Journal of Libertarian Thought, 2, no. 3, p. 5–10. Repris dans le chapitre 15 de Egalitarianism As a Revolt Against Nature. Traduit en français ici : https://beefandbitcoin.substack.com/p/pourquoi-etre-libertarien. ↩
  9. « L'Individu souverain: Survivre et prospérer face à l'effondrement de l'État-providence » (The Sovereign Individual) est un livre de James Dale Davidson et William Rees-Mogg, traduit et publié en français par l'éditeur Konsensus en 2026. ↩

 Damien Theillier

 https://libertis.net/articles/89j5s257/fr/une-alternative-a-l-etat-trois-idees-cles-du-libertarian-manifesto-de-murray-rothbard 

 

  

Damien Theillier est un philosophe et libéral français, fondateur de l'Institut Coppet et de l’École de la liberté, un site de cours en ligne.

Il est professeur de philosophie, diplômé de l'université Paris-Sorbonne, co-auteur de Culture Générale (Pearson) et de Un chemin de liberté, la philosophie de l'Antiquité à nos jours, (Berg International).

Il est directeur de publication de la revue Laissons Faire.

Il fait partie des 100 auteurs et du comité de rédaction des livres Libres ! 100 idées, 100 auteurs et Libres !! - 100 idées / 100 auteurs / 100 feuillets. Il est co-auteur du livre Libéralisme et liberté d'expression (sous la direction d’Henri Lepage, Texquis, mai 2015).

Liens externes

 

C) - Divers posts de Murray Rothbard au sein de l'Université Liberté 

 

À LA MÉMOIRE DE MURRAY ROTHBARD de Joann et Hans-Hermann HOPPE !

 

Murray. Rothbard 

À LA MÉMOIRE DE

PRÉFACE 

Murray Rothbard a eu une belle vie. 

En parcourant les essais de ce recueil, on découvre sans cesse son enthousiasme, son optimisme, son goût de la vie et, surtout, son sens de l'humour. Il se passionnait pour bien des choses : l'école autrichienne d'économie, le libertarianisme, la politique, les échecs, l'architecture baroque allemande des églises, le jazz et le sport. Il ne s'est jamais laissé abattre et a toujours fait preuve d'optimisme, même lorsque, comme l'écrit Ralph Raico, cet optimisme semblait irréaliste.

 

 

Dissonance, Hoppe - Mises Institute ! L'Anarcho-capitalisme phagocyté par les "libéralopithèques" ? 

Hoppe: Mises Institute: Quo Vadis?

 
Depuis 1985, Hans-Hermann Hoppe collaborait étroitement avec le Mises Institute (fondé en 1982 par Lew Rockwell et Murray Rothbard). 
 
Devenu Senior Fellow, puis Distinguished Senior Fellow en 2000 (un titre unique créé spécialement pour lui), Hoppe est à ce jour la figure qui incarne le plus remarquablement l'esprit anarcho-capitaliste, en tant que plus proche héritier intellectuel de Murray Rothbard. 

 

La Société de la Propriété et de la Liberté de Hans-Hermann HOPPE ( Expression 2)

La Société de la Propriété et de la Liberté 

Un radicalisme intellectuel intransigeant

Suite à mon article initial¹, l'Institut Mises n'a pas réagi officiellement, si ce n'est par une brève annonce de ses deux nouveaux directeurs exécutifs m'informant que je serais déchu de mon titre de seul et unique membre émérite de l'institut, titre que j'occupais depuis longtemps². Cette réaction, et les événements qui ont suivi, n'ont fait que confirmer mes inquiétudes, mes critiques et mes soupçons, comme nous le verrons brièvement ci-après. 
 
 
 

À qui appartient le droit de propriété ? Murray N. Rothbard

À qui appartiennent les ondes radio et les mers ?

L'analyse du spectre radioélectrique et des voies navigables par Murray Rothbard dans son ouvrage *Man, Economy, and State* constituait une tentative précoce et remarquablement systématique d'intégrer deux ressources prétendument « exceptionnelles » au droit de propriété ordinaire. En 1962, il soutenait que les fréquences radio utilisables étaient rares et donc susceptibles de propriété, et que les zones de pêche en mer pouvaient également être appropriées, délimitées et échangées. Il affirmait même que les zones maritimes concernées pouvaient être délimitées par latitude et longitude. Rothbard n'inventait pas ces idées de toutes pièces ; dans les notes de bas de page, il citait Ronald Coase sur le spectre et Jerome Milliman sur l'eau, démontrant ainsi qu'il était conscient d'aborder un débat réel, bien que encore marginal. Ce qui distinguait Rothbard, ce n'était pas seulement son intérêt pour les marchés, mais surtout son insistance à poser la question préalable : à qui appartient le droit de propriété ? 

 
 

Hans-Hermann Hoppe....Joyeux anniversaire - 25 hommages en lecture dans l'Université Liberté......!

Hans-Hermann Hoppe fête aujourd'hui ses 77 ans.  

Peu de penseurs vivants ont poussé la théorie libertaire aussi loin que lui. Économiste et philosophe allemand qui a étudié avec Jürgen Habermas avant de passer à l’école autrichienne, Hoppe est devenu l’élève le plus important de Murray Rothbard. Il a pris la praxéologie misésienne et les droits naturels rothbardiens et a essayé de leur donner une base plus solide. Dans son « éthique de l’argumentation », il soutenait que l’acte même de débat raisonné présuppose la propriété de soi et le principe de non-agression. Argumenter, c’est déjà admettre que les personnes, et non les collectifs, sont les unités morales de base. 

 

 

Le détournement populiste du courant libertarien, de l'anacarp au populisme de droite comme le paléo-libertarien de Javier Milei !

Le détournement populiste du courant libertarien (1) 

Résumé

Dans le premier volume de cette note, nous retraçons le développement du mouvement libertarien au cours de la seconde moitié du xxe siècle. Nous montrons les spécificités idéologiques, par une étude de ses racines plus ou moins lointaines. Nous le distinguons d’autres courants plus ou moins proches de lui, mais avec lesquels il ne saurait être confondu, pour peu que l’on veuille faire l’effort nécessaire pour essayer de voir clair dans une mouvance libérale infiniment plus diverse que ne veulent l’admettre ses ennemis, qui pensent pouvoir décrédibiliser à bon compte un courant de pensée vieux de plusieurs siècles en le réduisant à des avatars radicaux et à ses franges les plus extrémistes.

Nous examinons également la stratégie d’union entre une partie (il faut bien le reconnaître, largement majoritaire aujourd’hui) du courant libertarien anarcho-capitaliste et la frange la plus conservatrice de la droite religieuse, sous la houlette notamment de Murray N. Rothbard, grand stratège de ce qui a été appelé le « fusionnisme » ou la « stratégie paléo ».

Jérôme Perrier,

 

 

Aidez-nous à célébrer les 40 ans de Mises U !

40 ans d'enseignement novateur de l'économie autrichienne. Venez célébrer avec nous cette étape majeure pour l'Université Mises !

Aidez-nous à célébrer les 40 ans de Mises U !

C’est une année mémorable à l’Institut Mises. Le grand Murray Rothbard aurait eu 100 ans le 2 mars. Nous avons consacré cette année, l'Année Rothbard, à honorer sa mémoire et à défendre son combat de toute une vie pour la liberté. Le 4 juillet marquera le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance. Nous prévoyons de nous souvenir de ce document révolutionnaire de la bonne manière – à la manière rothbardienne – en rappelant aux gens à quel point il était important dans la lutte pour les droits de propriété et le droit à la sécession. 

 

 

La montée, l'échec et la pertinence du paléolibertarisme

La montée, l'échec et la pertinence du paléolibertarisme

 Dans les années 1990, Pat Buchanan en vint incarner, politiquement parlant, un mouvement que Lew Rockwell qualifiera plus tard de « paléoisme » – un mouvement de paléolibertaires et de paléoconservateurs contre le statu quo étatiste. D’une part, les paléoconservateurs étaient caractérisés par leur non-interventionnisme et leur défense du localisme. D’autre part, il y avait les paléolibertaires, un terme inventé par Rockwell pour identifier les libertaires qui s’opposaient à d’autres «libertaires» qui ne se souciaient pas assez de freiner le pouvoir fédéral et l’impérialisme américain.

 

 

Sur l'application du populisme rothbardien

Tout comme l'action de l'État est un jeu à somme nulle, la politique l'est aussi : certains gagnent, d'autres perdent. Mais pour que le terme « populisme » ait un sens, il doit présenter des caractéristiques distinctives afin de ne pas être confondu avec la simple démocratie. 

Bien que la politique se manifeste dans différents contextes, des schémas se dégagent néanmoins – l'idée de lutte des classes en est un. Ainsi, dans la lutte populiste, outre l'antagonisme, le peuple et ses dirigeants politiques dénoncent l'ordre établi, c'est-à-dire le statu quo. Le populisme se situe donc au cœur d'une lutte des classes, celle qui oppose les préoccupations du peuple à celles des élites dirigeantes.

 

 

Égalitarisme - Égalité - Égalité en droit

Égalitarisme

L'égalitarisme est une doctrine politique prônant l'égalité absolue des citoyens en matière politique, économique et sociale. Les égalitaristes soutiennent que les riches ne servent aucun objectif global dans la société et que les vastes accumulations de richesses doivent être réduites. Ces défenseurs de la justice sociale soutiennent que la seule façon de parvenir à une société équitable est de modifier substantiellement la répartition des richesses. Très souvent, ils demandent des taux d'imposition marginale plus élevés, des droits de succession plus élevés et même des plafonds sur la richesse personnelle ou sur les salaires.

 

 

Des "libéraux" de tous temps ont crée, façonné des chemins, mais un seul leurs sont commun, celui de la Liberté ! 1/4 

 A prolific author and Austrian economist, Murray Rothbard promoted a form of free market anarchism he called "anarcho-capitalism." In this talk, given at the 1981 National Libertarian Party Convention, Rothbard tells the story of how he came to learn about economics and libertarianism as he grew up in the Bronx and attended Columbia University in the 1930s and 40s. He reminisces about meeting Frank Chodorov, Baldy Harper, George Stigler and Ludwig von Mises, and takes a number of audience questions. Download the .mp3 version of this talk here: http://bit.ly/1cPSUnz

 

 

 

Du communisme à une vision libertarienne pour la Liberté. Essai d'un être "libéral" sans le savoir, comme beaucoup d'entre-nous. 


Le mouvement libertarien américain (« libertarian ») s’est formé au cours des années 60, lorsque les Républicains issus de la Old Right décidèrent de s’en aller à cause des montées des courants néo-conservateurs au sein du Parti. Murray Rothbard partira donc du Parti pour ses raisons et Ayn Rand suivra, du fait de son profond athéisme et de ses idées sur l’égoïsme qui en gênaient plus d’un au sein de ces nouveaux courants grandissants du fait de la guerre froide
.
 
 

 

Praxéologie - La futilité de l'utilitarisme !

La futilité de l'utilitarisme !

Murray Rothbard avait une conception de l'éthique différente de celle dominante chez les économistes orthodoxes. Il défendait les droits, tandis que le courant dominant privilégie l'utilitarisme. Les économistes orthodoxes se prétendent généralement « neutres », mais leur recours à la « fonction de bien-être social » contredit cette affirmation. 
 
  

Au-delà de l’être et du devoir être ! (Murray Rothbard sur Hans-Hermann Hoppe) 

L
e Professeur Hans-Hermann Hoppe,  immigrant assez récent d’Allemagne de l'Ouest,  vient de faire un immense cadeau au mouvement libéral américain.  
Dans ce qui constitue une percée fulgurante pour la philosophie politique en général  et pour le libéralisme en particulier, il a réussi à transcender la célèbre dichotomie de l’être et du devoir être, de l’opposition entre les faits et les normes  qui infecte la philosophie depuis la scolastique, et qui avait conduit le libéralisme contemporain dans les impasses épuisantes.
Et pas seulement cela :  
ce que Hans-Hermann Hoppe réussi à faire, c’est mener à bien la démonstration des Droits naturels anarcho-capitalistes à la Locke d'une manière à la fois sans précédent et inattaquable, et qui fait paraître ma propre défense du Droit naturel presque mollassonne en comparaison.

 

 

« Moi, l'État, je suis le Peuple. » Nietzsche.....Un MYTHE son DÉCLIN ?


LE MYTHE DU DÉCLIN DE L’ÉTAT : 40 ANS DE FONCTIONNARISATION FRANÇAISE 

On entend souvent que l’État « se retire ». Que le privé « prend le relais ». Que les fonctionnaires « stagnent » voire « disparaissent ». Mais que disent les chiffres ?

 

 

L'anarcho-capitalisme serait-il un idéal de socièté ? La France des "Lumières" serait-elle toujours aussi innovante ?



Les idées philosophiques précèdent toujours leur application. Il n'y a pas d'acte sans idée, il n'y a pas d'organisation sociale sans idée. Une fois qu'on a compris qu'un maximum de liberté est à la fois souhaitable et logiquement possible, on est naturellement amené à appeler de ses voeux une société anarchique, ou anarcho-capitaliste.
 

 

 

 

 

 

 

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