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avril 10, 2026

L'Humanité, journal subventionné, une rente absolue sur son courant politique.

L'Humanité : La Rente Institutionnelle Méconnue des Réseaux Publics


Si le débat public se focalise souvent sur les subventions directes versées par l'État à la presse, une réalité économique bien plus structurelle et moins documentée assure la pérennité du journal L'Humanité : la capture systématique des budgets d'acquisition des bibliothèques, médiathèques et Centres de Documentation et d'Information (CDI). Au nom d'un pluralisme érigé en obligation d'achat pour les gestionnaires publics, le titre bénéficie d'une diffusion "captive" qui dépasse désormais son lectorat spontané, lui octroyant une rente absolue sur son courant politique.

I. Au-delà des aides directes : Le mécanisme de la perfusion étatique

Avant d'analyser la rente des réseaux, il faut rappeler que L'Humanité est déjà le titre le plus aidé de France par exemplaire produit. En 2021, chaque numéro vendu recevait 50 centimes d'aide directe, contre seulement 4 centimes pour Le Monde.
 
 

II. La Rente Invisible : Les C.D.I des collèges / Lycée et les Bibliothèques comme clients forcés

La véritable force de frappe financière de L'Humanité réside dans son maillage des structures publiques. Contrairement à un abonné individuel qui peut résilier, l'institution achète par principe de représentativité éditoriale.
Le maillage des 26 000 points d'achat publics
En France, le réseau de lecture publique et scolaire constitue un marché de plus de 26 000 établissements. Pour L'Humanité, dont la diffusion papier est en chute libre, ce réseau fait office de "filet de sécurité" financier.
 
 

 
L'analyse du déséquilibre : En 2023, la diffusion totale de L'Humanité était de 38 841 exemplaires. Si l'on déduit les abonnements individuels (environ 13 700) et les ventes au numéro (environ 2 700), on constate que la majorité du tirage papier est absorbée par les "tiers" (administrations, CDI, bibliothèques).
Calcul de la captivité : Avec plus de 26 000 points institutionnels pour un tirage papier réel estimé à moins de 20 000 exemplaires physiques par jour, le journal ne survit que parce qu'une part massive de sa production est achetée par l'argent public pour être posée sur des étagères de CDI ou de médiathèques, indépendamment de la fréquentation réelle.
 

 

III. Le monopole du pluralisme : Une rente jamais remise en cause

Ce mécanisme crée un monopole politique. En tant que "quotidien d'opinion à faibles ressources publicitaires", L'Humanité préempte la quasi-totalité des budgets publics fléchés vers la gauche radicale dans les bibliothèques.
  • L'argument du pluralisme comme barrière à l'entrée : Les chartes documentaires des bibliothèques obligent à présenter "tous les courants". Comme L'Humanité est le seul quotidien national sur son créneau, il bénéficie d'une situation de monopole : une bibliothèque qui veut être "pluraliste" n'a pas d'autre choix que de s'abonner à ce titre précis.
  • Absence de mise en concurrence : Contrairement aux aides directes qui font l'objet de rapports de la Cour des Comptes, les budgets d'acquisition des CDI et des médiathèques sont atomisés entre des milliers de collectivités et d'établissements. Cette dispersion rend la rente globale invisible et empêche toute remise en cause politique du système.
  • La rente des archives : Dans les lycées et classes préparatoires, L'Humanité est souvent acheté en plusieurs exemplaires pour alimenter les "fonds d'archives" utilisés pour les épreuves de revues de presse (HGGSP, SES). L'État finance ainsi non seulement la lecture du jour, mais aussi le stockage historique du titre.

IV. Le pivot numérique : La nouvelle frontière de la rente

L'argent public suit désormais la transition numérique du journal via des plateformes dédiées.
  1. Lire l'actu : Cette plateforme, financée par le ministère de l'Éducation nationale, garantit à L'Humanité une présence numérique dans tous les établissements scolaires. Si l'accès est gratuit pour l'élève, l'éditeur perçoit une rémunération pour la mise à disposition de ses contenus.
  2. Pass Culture : Le dispositif permet aux jeunes de 15 à 18 ans d'utiliser leurs crédits publics pour s'abonner au titre. En 2025, la part des versions numériques représente déjà 54,3 % de la diffusion payée, une croissance dopée par ces mécanismes de recrutement financés par l'État.
 

 

Conclusion : Une dépendance structurelle au secteur public

L'analyse des chiffres montre que L'Humanité a cessé d'être un journal dépendant de ses lecteurs pour devenir un service culturel financé par la collectivité. Sa survie ne repose plus sur la séduction d'un public militant, mais sur son inscription irréversible dans les budgets de fonctionnement des infrastructures publiques (CDI, bibliothèques).
Cette rente institutionnelle, parce qu'elle est justifiée par le dogme du pluralisme, échappe à toute logique de marché et à toute critique parlementaire sérieuse. Elle garantit au journal un monopole absolu sur sa famille politique, financé par un contribuable qui, dans sa grande majorité, ne le lit plus.
 
Dindon Fiscal

 

novembre 22, 2025

La Fake news sur “L’empire de l’IA”

“L’empire de l’IA”, la contre-attaque qui fait plouf !

Un chiffre choc, glaçant même. Empire of AI, best-seller de l’été sur l’IA, affirme qu’un data center consomme mille fois l’eau d’une ville entière. Le problème, c’est que l’autrice s’est trompée : l’estimation était 5 000 fois trop élevée.

 


 

Cerrillos, petite ville chilienne de 88 000 habitants, devait accueillir un nouveau data center de Google. Dans son livre à succès consacré à Sam Altman et au système OpenAI, Karen Hao décrit une installation dont les besoins en eau dépasseraient mille fois ceux de la commune. De quoi s’imaginer un véritable monstre technologique à la soif inextinguible. Le chiffre était frappant… trop, sans doute. 

La menace fantôme 

Car tout ceci s’est révélé être une énorme erreur factuelle , qui fait partir la démonstration à vau-l’eau et basculer Karen Hao — pourtant diplômée d’ingénierie du MIT — du côté obscur de l’information scientifique. 


 

Dans un contexte saturé de chiffres alarmistes sur l’IA, ce ratio improbable a pu paraître crédible à beaucoup. Mais pas à Andy Masley, membre du courant de l’Effective Altruism , dont la démarche repose strictement sur les faits et les preuves. 

 


Le Jedi des ordres de grandeur 

Un calcul rapide montre en effet que ce ratio impliquerait que chaque habitant n’utilise que 0,2 litre d’eau par jour — une absurdité, près de 900 fois moins que la moyenne chilienne

En consultant les rapports de la SMAPA (service municipal de l’eau de Maipú/Cerrillos), Masley découvre que les chiffres présentés comme des « litres » dans la réponse officielle obtenue par Hao sont en réalité des mètres cubes. Une erreur d’unité qui change la comparaison d’un facteur 1 000. 

Karen Hao a reconnul’erreur et admis qu’un contrôle de plausibilité aurait suffi à la repérer. Elle a aussi annoncé qu’elle mettrait à jour son livre une fois la confirmation officielle reçue, tout en maintenant ses critiques sur l’implantation de data centers en zones de stress hydrique. 

Mais ce n’est pas tout. Masley lui reproche aussi d’avoir fondé sa comparaison sur les valeurs maximales de prélèvement autorisées, alors que la consommation réelle se situe plutôt autour de 20 % de ce plafond. Une autre source majeure de surestimation. 

Enfin, il pointe la confusion fréquente entre prélèvements et consommation nette : les volumes cités correspondent à de l’eau prélevée — restituée à plus de 90 % — et non à la part réellement consommée. Une nuance pourtant essentielle pour comprendre l’impact réel d’un data center. 

Ces trois éléments — l’erreur d’unité, la comparaison à la capacité maximale autorisée et la confusion entre prélèvements et consommation nette — modifient radicalement l’interprétation du cas de Cerrillos. 

Rien d’anecdotique. La circulation mondiale de chiffres spectaculaires mais faux finit par façonner une image déformée de l’IA, présentée comme une industrie prédatrice. Ce décalage entre perception et réalité alimente la défiance du public et complique tout débat rationnel autour de ces infrastructures. 

 


 

A lire : La France refroidit le cloud sans assécher la planète (50cl par requête ? Non, 0,0007.; 70 000 fois moins ! Une performance française.)

Un nouvel espoir 

S’il est légitime de se poser des questions sur l’impact environnemental des data centers, encore faut-il poser correctement les enjeux. Le volume total d’eau consommée, pris isolément, n’a aucune signification. Ce qui compte, c’est où et quand l’eau est prélevée. Un captage dans un grand cours d’eau en période de crue n’a aucun impact, alors que puiser de l’eau potable dans une zone sous stress hydrique peut devenir problématique. 


À Cerrillos, Google a mis en pause son projet de 200 millions de dollars après qu’un tribunal environnemental chilien a partiellement révoqué son autorisation et demandé une réévaluation intégrant la vulnérabilité de l’aquifère local et les effets du changement climatique. 

L’entreprise a annoncé repartir « à zéro », en adoptant un refroidissement par air, sans aucun prélèvement dans les puits environnants. Une solution plus coûteuse, mais appelée à devenir la norme partout où l’usage de l’eau fait l’objet d’une forte compétition. 

Frédéric Halbran

 https://x.com/lel_media/status/1992112305476161673

 


Idée reçue

La Fake news des 50cl

C’est une fake news qui fait couler beaucoup d’encre : une requête ChatGPT « consommerait » 50 cl d’eau. À ce sujet, les grands médias nationaux, comme le journal de 20 h de France TV du 26 octobre dernier, boivent régulièrement la tasse. Debunk à contre-courant.

D’où vient cette comparaison iconique de la bouteille d’eau ? D’une étude non revue par des pairs et plusieurs fois modifiée depuis. La version originale citait « 50 cl d’eau pour 20 à 50 réponses », et le chiffre est, peu ou prou, resté le même au gré des itérations.

On remarque déjà qu’il ne s’agit pas de 50 cl par requête, mais pour 20 à 50 d’entre elles, contrairement à ce que laisse penser l’infographie du 20 h — ce qui représente entre 1,42 cl et 2,5 cl par réponse. On est déjà loin de la bouteille d’eau.


Pour établir cette estimation, l’étude s’appuie sur un article ne fournissant qu’une fourchette très large de consommation électrique pour GPT-3 : entre 1,1 et 23 GWh, soit un facteur 20. L’auteur divise ensuite cette valeur par un nombre d’utilisateurs lui aussi incertain, en déduit une consommation par requête, puis extrapole jusqu’à l’eau nécessaire au refroidissement des serveurs et à la production d’électricité.

Les 50 cl correspondent uniquement au haut de cette fourchette. Avec l’estimation basse, on tombe sous le millilitre. Un chiffre déjà dépassé, puisqu’il concerne une version de ChatGPT de 2023 — une éternité dans le monde de l’IA.

Autrement dit, ces 50 cl sont à la fois surestimés, fragiles et obsolètes. Pourtant, plutôt que de les remettre en cause, les auteurs ont tenté de les consolider. Leur méthode, qu’ils reconnaissent eux-mêmes approximative, met malgré tout en lumière plusieurs points.

D’abord, l’eau prise en compte inclut non seulement celle utilisée par les data centers, mais aussi — et surtout — celle consommée pour produire l’électricité qui les alimente. En Finlande, par exemple, 99,8 % de l’eau utilisée pour une requête vient de la production électrique, et seulement 0,2 % du refroidissement des serveurs.

Ces chiffres varient fortement selon l’emplacement du data center et le mix énergétique local. L’Arizona, désertique, n’a pas grand-chose à voir avec la Finlande.

De plus, un volume total d’eau « consommée » ne signifie rien en soi. Tout dépend d’où et quand elle est captée. Dans un fleuve en période de crue, cela n’a aucun impact, alors que puiser de l’eau potable dans une zone sous stress hydrique a, au contraire, des effets importants.

En Finlande, Google refroidit ses serveurs avec l’eau de mer, renvoyée ensuite légèrement réchauffée, sans effet notable sur l’environnement. En France, le refroidissement en circuit fermé réduit la consommation à un niveau très faible.

Malheureusement, ces nuances disparaissent du débat public, écrasé par l’image choc de la bouteille d’eau, au mépris des ordres de grandeur.


L’ensemble des data centers de Google — en partie seulement dédiés à l’IA — représentait en 2023 l’équivalent de 1/5000ᵉ du débit de la Seine. Soit la consommation d’environ 41 parcours de golf, alors qu’il en existe 15 000 rien qu’aux États-Unis. À peine plus qu’une ville comme Montpellier. Quant au Paris Digital Park, le plus grand data center de France, il consomme deux fois moins d’eau que… France Télévisions. Mais ça, peu de chances que ça passe au 20 h.

  Antoine Copra

https://lel.media/insert/la-fake-news-des-50cl/

lel.media

 

novembre 18, 2025

Le chiffre de 211 milliards ne sont pas "versées" aux entreprises. Autopsie de la fabrique de l’opinion !!

La TVA à taux réduit (aide au consommateur), les aides salariales (aide aux salariés), les prêts (un prêt est dû et n'est pas une aide) et l'annulation de la double imposition (un mécanisme fiscal nécessaire pour garantir de ne pas payer 2 fois l'impôt sur le même flux) ne sont EN RIEN des aides aux entreprises. 

En réponse à Clémentine Autainhttps://x.com/Clem_Autain/status/1990082546634215819 ( 211 milliards d’euros. Non, ce n’est pas une “fake news”. Chaque année, des centaines de milliards d’euros sont versés aux entreprises françaises, sans aucun contrôle ni contrepartie. L’administration de Bercy elle-même le reconnaît. Il faut un État stratège qui impose des conditions sociales et environnementales au versement des aides, et contrôle leur efficacité économique réelle.) vous pouvez continuer à raconter des bobards, on les débunkera autant que nécessaire.

Arthur Leroux 


https://www.podbean.com/ep/pb-x4pwd-196b23d

Les « 211 milliards » : autopsie de la fabrique de l’opinion 
 
« 211 milliards d’euros : c’est le montant des aides publiques versées aux entreprises en 2023, selon une commission d’enquête du Sénat. C’est plus de 2 fois le budget de l’Éducation nationale ! » annonce Complément d’Enquête sur X à propos de son émission de ce jeudi soir. Un teasing qui en dit long sur la manière dont ce chiffre, pourtant à prendre avec des pincettes, a vampirisé le débat public. Jusqu’à masquer l’essentiel. 
 
Placardé sur fond noir à la Une de L’Humanité, repris en chœur par la presse, martelé sur les plateaux télé, ce chiffre s’est imposé dans l’opinion. Peu importe qu’il agrège des réalités hétérogènes ou qu’il soit assorti de multiples précautions méthodologiques, il est devenu parole d’évangile médiatique. Alors, « versées », vraiment ces 211 milliards ? 
 
Du rapport au slogan 
 
À l’origine, il y a une commission d’enquête sénatoriale, créée en janvier 2025 à l’initiative du groupe communiste dans le cadre de son droit de tirage. Présidée par Olivier Rietmann (LR), avec Fabien Gay (Parti Communiste) pour rapporteur, elle s’ouvrait en promettant d’éclairer « le Sénat comme l’opinion publique sur un enjeu majeur : celui de l’efficacité de l’argent public ». Après 87 heures d’auditions, dont une bonne part consacrées à interroger 33 PDG et directeurs généraux de grandes entreprises — Michelin, Total, LVMH, Google France et bien d’autres — et plusieurs mois de travaux, la commission a abouti à deux chiffres : environ 108 milliards d’euros d’aides au sens strict et 211 milliards d’euros au sens large.
 
Au-delà des montants, le rapport a révélé un maquis administratif d’une complexité telle que même l’État n’en maîtrise pas les contours. Économistes et hauts fonctionnaires ont décrit un empilement de dispositifs hétérogènes, sans tableau de bord global. Un constat jugé « irréel » par le président de la commission, Olivier Rietmann : la créature a fini par échapper à son créateur.
 
De ce brouillard a émergé le fameux « 211 milliards ». Sous l’impulsion de Fabien Gay qui le présente comme « le premier poste de dépenses de l’Ėtat », il a retenu l’attention des médias. « Les entreprises gavées aux aides publiques » (Médiapart). « Des sommes faramineuses versées sans contrepartie » (L’Humanité). « Les sénateurs lèvent le voile sur le pactole des aides aux entreprises » (Challenges). Le rapport, pourtant nuancé, est devenu un unique chiffre choc, parfait pour alimenter la fabrique de l’indignation. Et ceux qui tentent de le contester sont accusés de remettre en cause le travail du Sénat. Suprême habileté : l’onction de la Haute Assemblée confère au chiffre une légitimité médiatique renforcée. 
 
Vraies et fausses aides 
 
La distinction entre les deux périmètres est pourtant essentielle. Les 108 milliards d’euros du plus restreint correspondent à de véritables transferts financiers : subventions budgétaires, dispositifs sectoriels ou encore crédits d’impôt comme le CIR, qui représentait 7,4 milliards d’euros en 2022, répartis entre 25 000 entreprises (38 % pour les grandes, 27 % pour les ETI, 28 % pour les PME et 6 % pour les microentreprises). 
 
 Les 211 milliards du plus large intègrent en revanche des mécanismes différents : 77 milliards d’exonérations de cotisations sociales en 2024, des régimes de TVA réduite ou d’amortissements accélérés, ainsi que des prêts et garanties qui ne coûtent à l’État qu’en cas de défaut. Une large part du total correspond donc à des allègements pérennes de cotisations sociales, conçus comme des mesures structurelles de compétitivité, et non à des aides versées. 
 
Publié le 17 juillet 2025, soit deux semaines après le rapport sénatorial, le rapport du Haut-commissariat à la stratégie et au plan (HCSP) n’a pas eu le même écho. Il confirme pourtant l’existence de périmètres très différents : 45 milliards d’aides d’État au sens européen en 2022, 112 milliards en incluant subventions, dépenses fiscales et aides financières, et plus de 200 milliards si l’on ajoute exonérations sociales, aides locales, européennes et dispositifs fiscaux « déclassés ». 
 
Les paradoxes du rapporteur 
 
On l’a vu, ce chiffre devenu viral doit beaucoup à son porte-voix privilégié : Fabien Gay, rapporteur de la commission, mais aussi directeur de L’Humanité. Une sorte de juge et partie. Rapporteur d’un texte qui alimente ensuite les gros titres en une de son propre journal… Surtout que le rapport rappelle que les aides à la presse représentent environ 205 millions d’euros directement en 2023, auxquelles s’ajoutent d’autres dispositifs (par exemple le transport postal), portant le total à près de 300 millions. Pour L’Humanité seule, cela correspond à 6,6 millions d’euros, soit près de 36 % de son chiffre d’affaires et environ 0,70 € par exemplaire vendu. Ironie : l’un des secteurs les plus subventionnés en proportion de son activité a donc occupé une place centrale dans la dénonciation des « aides sans contrepartie . Plus ironique encore : son rapporteur a réduit le travail nuancé et approfondi de toute une commission à un chiffre-épouvantail, taillé pour servir son seul agenda idéologique, médiatique et politique. 
 
Tapis rouge 
 
 Le dernier acte de la pièce se joue à la télévision, et c’est l’inévitable Complément d’Enquête qui s’y colle ce soir. La bande-annonce donne le ton : musique sombre, tours de verre filmés à contre-jour, salariés en colère, caméra cachée, témoin anonyme, voix off martelant « 211 milliards, c’est plus que le déficit de l’État ». Tout l’arsenal anxiogène est mobilisé, frôlant la mise en scène complotiste. Le chiffre, arraché à son contexte, devient preuve à charge contre ces « Multinationales : les (vraies) assistées de la République ». 
 
Coupables, forcément coupables. 
 
Un parallèle s’impose avec la communication autour de la taxe Zucman. Là encore, tout part d’un calcul à la méthodologie contestée, visant cette fois les « ultra-riches » accusés d’échapper à l’impôt. Comme pour les 211 milliards d’aides aux entreprises, un débat technique se transforme en évidence morale, sans passer par la case de la rigoureuse analyse politique. D’un côté « taxer les riches », de l’autre « couper les aides aux multinationales ». Dans les deux cas, le service public déroule le tapis rouge à ces thèses (3 passages de Gabriel Zucman à la radio et la télévision publique — dont le 20 heures de France 2 — entre le 10 et le 15 septembre) et évacue la complexité économique au profit d’un récit binaire dénonçant les profiteurs contre la France qui souffre. Une grille de lecture simpliste qui alimente les populismes.
 
 
 

Le chiffre qui n(p)ourrit le débat 
 
Dans les deux cas, le barnum médiatique passe à côté de l’éléphant dans la pièce. 
 
 D’abord, les aides ne sont qu’une partie du système. En France, les prélèvements sur les entreprises — impôts, cotisations, charges — comptent parmi les plus élevés d’Europe. Même en tenant compte des aides directes, le solde net reste défavorable. Les entreprises françaises supportent un poids fiscal et social supérieur à la moyenne européenne. Autrement dit, l’État taxe d’une main et tente de corriger les effets de l’autre à travers ces fameuses aides. Dans ces conditions, multiplier les contreparties et les conditions d’attribution relève de la politique de Gribouille. Le débat sur les aides ne peut être dissocié de celui sur la fiscalité des entreprises et de la simplification de l’édifice.
 
Ensuite, reste la question de la contribution des plus riches à la justice fiscale, notamment sur les plus-values latentes. Mais elle mérite d’être posée clairement, sans martyriser les chiffres pour mobiliser l’opinion et dresser les uns contre les autres, au risque de décourager l’investissement et l’innovation, et d’aggraver le mal. 
 
Dans tous les cas, comme l’a montré la polémique autour des ZFE et du chiffre des « 48 000 morts » — brandi jusqu’au président de la République pour justifier la création de ces zones, alors que la part des moteurs thermiques dans les émissions censées en être responsables n’est en réalité que de… 5 % — aucun débat serein et productif ne peut avoir lieu sur des bases biaisées. Et quand l’opinion, intoxiquée, finit par s’en rendre compte, le réveil peut être brutal.
 

À l’aide : perdus dans le maquis 

La commission d’enquête sénatoriale a établi un constat qui a surpris jusqu’à ses propres membres : la France ne dispose pas d’un tableau de bord unique recensant l’ensemble des aides aux entreprises. Dès les premières auditions, les sénateurs ont eu le sentiment de pénétrer dans un véritable maquis. Derrière le chiffre global se cache une […]

Complément d’influence 

Souvenez-vous… En août, la France en vacances s’inquiétait de sa dette et découvrait le vrai coût de la retraite par répartition. Un mois plus tard, l’ouragan Zucman a tout balayé. Aujourd’hui, selon un sondage Ifop commandé par le Parti socialiste, 86 % des Français se disent favorables à la taxe Zucman et 79 % souhaitent une […]

 

 

 

 

novembre 14, 2025

La soumission des médias à l’état profond

La soumission des médias à l’état profond 

Comment le contrôle narratif étouffe la démocratie

Dans un monde où l’information est une arme, les médias traditionnels et les plateformes numériques ne sont plus des gardiens de la vérité, mais des instruments au service d’un « état profond » – ce réseau opaque d’agences de renseignement, d’ONG financées par des gouvernements, de médias subventionnés, du complexe militaro-industriel et de big tech qui dicte les narratifs politiques intérieurs et extérieurs.

 


 

Le récent scandale à la BBC, révélé par un mémo interne et amplifié par la démission de ses dirigeants Tim Davie et Deborah Turness le 9 novembre 2025, en est un exemple flagrant.

Comme l’a souligné Maria Zakharova, porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, dans son commentaire du 10 novembre 2025 : « La BBC, pour son film ‘Trump : Une seconde chance ?‘, avait monté le discours de Donald Trump de telle manière qu’il semblait que le président américain appelait à l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021.« 


Ce montage, destiné à influencer l’élection américaine, illustre comment les médias occidentaux fabriquent des « fake news à l’échelle industrielle » pour servir des agendas politiques,

en reliant cela à des cas passés comme Bucha, l’affaire Skripal ou les allégations d’armes chimiques en Syrie à Douma. Zakharova va plus loin en accusant la BBC d’être une « corporation du mal britannique« , où le montage et les commandes politiques transforment le journalisme en propagande impunie.

 

Ce scandale n’est pas isolé ; il révèle une soumission systémique des médias à un état profond qui contrôle les flux d’information pour maintenir le pouvoir. Aux États-Unis, des agences comme la CIA, le DHS et le Département d’État collaborent avec des ONG comme l’Atlantic Council ou le Stanford Internet Observatory pour « débunker » des narratives dissidentes, souvent via des fuites classifiées ou des briefings informels. En Europe, l’Union européenne joue un rôle similaire, imposant des régimes de censure globale sous couvert de régulation numérique. Le résultat ? Une harmonisation forcée des discours, où toute voix critique est étouffée, que ce soit sur la politique intérieure (comme les élections américaines) ou extérieure (comme le conflit en Ukraine).

L’état profond : un réseau invisible de contrôle narratif

L’état profond n’est pas une théorie du complot, mais une réalité documentée : un écosystème où les intérêts des élites gouvernementales, des contractors comme Booz Allen Hamilton et des médias se fondent pour façonner l’opinion publique. Comme l’explique Mike Benz, ancien responsable cyber au Département d’État américain, ce réseau utilise des ONG pour « laver » des narratifs officiels, qui sont ensuite amplifiés par les médias et les plateformes. Par exemple, pendant la guerre en Ukraine, des médias comme le New York Post ont inversé des vidéos de crimes ukrainiens pour les attribuer à la Russie, un cas de « cynisme particulier » selon Maria Zakharova, où les réseaux de désinformation occidentaux blanchissent des criminels de guerre tout en diabolisant l’adversaire.

Sur le plan intérieur, ce contrôle s’exerce lors des élections.

Le montage de la BBC sur Trump visait explicitement à influencer les électeurs américains, en le dépeignant comme un instigateur de violence.

Des publications sur X soulignent comment des comptes pro-Trump ou critiques de l’Ukraine sont ciblés : « Quand des comptes comme @catturd2@DC_Draino, et d’autres commencent à percer le narratif, soudain l’algorithme se resserre comme un nœud coulant. Shadowbans, bans de recherche, throttling, blackouts d’engagement. Ce n’est pas aléatoire. C’est une réponse. Cela sent l’influence de tierces parties, des opérations de suppression au niveau fédéral ou donneurs d’ordres, masquées derrière ‘trust & safety’ (confiance et sécurité). Le mode opératoire est trop chirurgical. Trop opportun. Et toujours visant les truth-tellers (ceux qui disent la vérité), les dissidents et les voix « America First » . Ils ne peuvent pas contrer l’argument, donc ils tuent le signal. Ils ne peuvent pas arrêter la vérité, donc ils étouffent la portée. »

Le shadow banning : la censure invisible au service du narratif

Le shadow banning, cette pratique sournoise où les algorithmes réduisent la visibilité d’un contenu sans notification, est l’outil préféré de l’état profond pour étouffer les voix dissidentes.

Sur Meta (Facebook, Instagram), des exemples abondent : des éditeurs rapportent des shadow bans sur des sujets comme la guerre en Ukraine ou Gaza, où le contenu critique est relégué aux abysses algorithmiques.

Ce mécanisme n’est pas neutre ; il sert à préserver des narratifs officiels. Pendant le conflit ukrainien, des plateformes ont shadow-banné des contenus pro-russes ou neutres, sous pression de gouvernements occidentaux. Trump lui-même a été victime de cela sur Truth Social, avec des rumeurs (démenties) de bans en Ukraine, illustrant comment les big tech alignent leurs algorithmes sur des agendas étrangers. Le résultat ? Une illusion de débat libre, où seul le narratif dominant émerge, renforçant la polarisation et la manipulation.

 


 

Les lois liberticides : DSA, DMA et la lutte fantoche contre la désinformation

Sous le prétexte de combattre la « désinformation », l’UE a imposé des lois comme le Digital Services Act (DSA) et le Digital Markets Act (DMA), qui transforment les plateformes en organes de censure globale. Entrés en vigueur en 2024 et pleinement appliqués en 2025, ces actes obligent les géants du numérique à supprimer du contenu « illégal » ou « préjudiciable » , sous peine d’amendes massives. Mais qu’est-ce qui est « préjudiciable » ? Un rapport du Congrès américain révèle que le DSA cible le « core political speech » (discours dissident), comme labelliser un post « nous devons reprendre notre pays » comme « illegal hate speech » . Le DSA permet des « removal orders » (ordres de retrait) automatisés via des « trusted flaggers » (signaleurs de confiance) – souvent des ONG alignées sur l’état profond – menaçant la liberté d’expression non seulement en Europe, mais mondialement, car les plateformes appliquent ces règles uniformément.

Critiqué comme une « menace pour la liberté d’expression et la foi » , le DSA est vu par des experts comme un outil d’intimidation plutôt qu’une règle impartiale. Le DMA, quant à lui, vise la concurrence, mais renforce le pouvoir des gatekeepers (gardiens), favorisant une harmonisation des contenus qui étouffe la diversité. Des publications sur les réseaux sociaux dénoncent cela comme une « régime de censure globale » , où l’UE censure les Américains via des lois automatisées. Sous couvert de « transparence » et de « sécurité », ces lois conditionnent l’obéissance, transformant les médias en relais d’un narratif unique pro-UE, anti-Russie, anti-Trump.

 


 

Impacts sur la politique intérieure et extérieure

Ce contrôle narratif sape la démocratie. Intérieurement, il influence les élections en shadow-bannant des candidats comme Trump ou en amplifiant des scandales fabriqués, comme celui de la BBC. Extérieurement, il justifie des guerres : les médias occidentaux ont promu des narratifs sur l’Ukraine (Bucha) ou la Syrie (Casques blancs) sans preuves solides, servant les intérêts géopolitiques de l’OTAN. Comme le note une publication sur X, « L’USAID finançait des médias privés pour promouvoir la censure et attaquer les plateformes de liberté d’expression comme Rumble et X. » . L’état profond, via des pipelines d’influence (Réseaux de renseignements → ONG → médias → plateformes), crée un consensus manufacturé, où la dissidence devient « désinformation » .

En conclusion, la soumission des médias à l’état profond n’est pas une dérive ; c’est un système conçu pour perpétuer le pouvoir.

Le shadow banning et les lois comme le DSA/DMA ne luttent pas contre la désinformation, mais contre la vérité qui dérange. Comme l’avertit Maria Zakharova, sans procès ni enquête, ces « fabricants de fake news » s’en tirent avec une « douce réprimande« .

Pour préserver la démocratie, il faut résister : soutenir des plateformes indépendantes, exiger la transparence et rejeter les narratifs imposés. Sinon, nous risquons un monde où la liberté n’est qu’une illusion algorithmique.

 https://multipol360.com/la-soumission-des-medias-a-letat-profond/

 

Le directeur général de la BBC, Tim Davie, ainsi que la PDG de BBC News, Deborah Turness, démissionnent après la polémique autour du montage truqué du discours de Donald Trump.
 
Au moins cela bouge outre Manche, démission des patrons de la BBC après ces énormes fake news sur Donald Trump. Deux questions : 
 
- quand vont-ils êtres jugés ?
- quand est-ce que les patrons de presse français vont également démissionner (LCI, BFM, France TV,...)
 
 

 

octobre 24, 2025

Une exception culturelle, le camp du Bien...fondé, de l’audiovisuel public français !

Quand le camp du bien se sent dépassé comme apeuré, la liberté par la privatisation ça dérange, la pensée unique fonctionnarisée ne serait !
 

Sur France Inter, ramener les ploucs dans le droit chemin
Une journée en URSS avec l'ancienne patronne de France Inter, Laurence Bloch.
Laurence Bloch cumule une cinquantaine d’années de présence dans l’audiovisuel public. Entrée à France Inter en 1978, juste après Sciences Po, elle a ensuite travaillé à France Culture, fut correspondante de Radio France en Afrique australe, directrice adjointe de France Culture, puis directrice de France Inter, avant de terminer sa carrière comme directrice de la stratégie de Radio France. Elle a quitté son poste en 2024. Autant dire que le visage actuel de la radio publique lui doit énormément.
 
 
 
 
L'audiovisuel d'Etat : une disparition plus importante que "les bijoux de la reine"
Interrogée ce 21 octobre par Benjamin Duhamel, l’ancienne patronne de France Inter est donc venue sur France Inter pour défendre France Inter. On est en famille. Laurence Bloch vient de sortir un livre, dans lequel elle étrille évidemment la galaxie Bolloré, et défend bec et ongles l’audiovisuel public à la française. On apprendra notamment que nos impôts, en payant le service public, paient « le réel et pas la reconstruction idéologique de la réalité ». Ca, c’est pas mal. Mais attendez la suite : pour cette dame, pilier historique du gauchisme culturel, la disparition des joyaux impériaux du Louvre peut être comparée sans problème à l’éventuelle disparition de l’audiovisuel d’Etat. Et, dans la comparaison, Radio France et France TV sont bien plus importants que des diadèmes ou des colliers inestimables.
 
Ecoutons : « [Si l’audiovisuel public s’arrêtait], où est-ce qu’on pourrait retrouver ces émissions qui nous donnent le sentiment d’être un peu plus à l’aise dans ce monde qui est compliqué ? Où est-ce qu’on retrouverait des émissions d’économie ? Où est-ce qu’on retrouverait des émissions de géopolitique ? Où est-ce qu’on retrouverait des émissions de sciences ? Nulle part ! » 
 
Ah oui, tout de même…Ca doit faire longtemps que Mme Bloch erre dans le vase clos de la maison ronde, pour ne pas s’apercevoir que dehors aussi, on pense.
 
 
Tranquilliser les CSP-
Après une charge en règle (d’assez bonne guerre, il faut le dire), Laurence Bloch livre une phrase extrêmement intéressante : 
 
« Le jour où il n’y aura plus l’audiovisuel de service public, ce pays sera un pays moins tranquille ».
 
 L’information comme sédatif : rendre le pays tranquille. Ce n’est pas un simple lapsus : c’est une pensée consciente, car Mme Bloch y revient une ou deux phrases plus loin. Parmi les deux objectifs que, selon elle, l’audiovisuel public doit se fixer, elle cite en premier lieu la nécessité d’être beaucoup « plus puissant », notamment sur les plateformes : on est en URSS, pas de doute là-dessus. Le second objectif est d’un mépris à peine croyable : « rattraper les CSP-, c’est-à-dire ces gens qui n’ont pas un patrimoine culturel suffisant pour être en tranquillité avec ce monde ». En français : obliger les ploucs à absorber leur dose de sédatif (nous y revoilà) pour ne pas se révolter contre la vision du monde qu’on leur impose. Les rendre « en tranquillité avec ce monde » : dormez bonnes gens, c’est vous qui payez votre perfusion de Valium.
 
 
 
On croyait, au passage, que la marque de l’intellectuel, de l’homme qui sait, était précisément l’intranquillité. « Those who sleep will never know, those who know will never sleep », disent les Américains avec leur sens de la formule. On apprend, grâce à Mme Bloch, que le camp du Bien s’est fixé pour mission de rendre « tranquille » ce monde où, depuis toujours, le conflit est le père de toutes choses. « Rattraper les CSP-», ça n’arrivera pas tant qu’ils auront un cerveau (ce dont Radio France ne semble pas persuadée). Il est vraiment temps de privatiser tout cela.
 
Patrice Bouche
 

 
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