Affichage des articles dont le libellé est Ostracisation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ostracisation. Afficher tous les articles

avril 20, 2026

Les nouvelles internes de FRANCE !

Sommaire:

A) - « Il faut foutre en l’air ce système complètement ! » : Un Gilet Jaune cash sur Tocsin

B) -  Carburant : la colère des artisans explose, le 2 mai pourrait-il être le déclencheur d’une nouvelle vague populaire ? 

C) -  Voilement des enfants ou quand l’État ne veut pas choisir

D) -Le RN et les entreprises : de l'ostracisme à l'épreuve du réel

E) - L’or rentre à Paris, et avec lui une idée de la souveraineté

F) - Pêcheurs français au bord de la rupture : « Nous sommes en train de mourir »

 


 

A) - « Il faut foutre en l’air ce système complètement ! » : Un Gilet Jaune cash sur Tocsin

Dans une interview explosive diffusée ce vendredi 17 avril 2026 sur la chaîne Tocsin, Christophe Morel, figure historique des Gilets Jaunes, revient sans filtre sur l’état du mouvement et la crise profonde que traverse la France. Face à l’animateur, il martèle un message clair : 

les Gilets Jaunes n’ont pas disparu, ils se sont transformés, et le système tout entier doit être remis en cause.

Les Gilets Jaunes : toujours là, mais plus discrets

Interrogé sur l’atmosphère du mouvement et les appels à une nouvelle mobilisation (notamment dans le Nord ce week-end), Christophe Morel explique que les Gilets Jaunes sont loin d’être morts. Si les grandes manifestations de 2018-2019 ont diminué en nombre, le mouvement perdure sous des formes plus décentralisées :

« Juste parce qu’on ne parle plus d’un mouvement, ça ne veut pas dire que ce mouvement n’existe plus. »

Il cite les dizaines de ronds-points encore occupés, les associations, les collectifs et même un syndicat des Gilets Jaunes. La répression passée a poussé le mouvement à devenir plus discret, mais il reste très actif sur le terrain et sur les réseaux sociaux. « Les Gilets Jaunes sont bel et bien sur les ronds-points », insiste-t-il.

Soutien total aux combats du quotidien

L’interview bascule ensuite sur les images en direct de la ferme Soulet en Ariège, où des citoyens protestent contre la vaccination obligatoire des animaux. Christophe Morel apporte un soutien sans équivoque :

« Les Gilets Jaunes ont cette particularité… d’être du côté de toutes les luttes pour la justice, la dignité, le bien commun de tous et contre tous les abus d’autorité de cette oligarchie. »

Le Gilet Jaune devient pour lui un symbole universel : contre l’injustice, l’inégalité et l’autoritarisme.

Un système « non viable » et condamné d’avance

Christophe Morel pointe du doigt l’explosion des prix du carburant – passé de 1,547 € en 2018 à 2,23 € aujourd’hui – comme symptôme d’un mal plus profond :

« La hausse des prix du carburant est une conséquence d’un système non viable… condamné dès sa conception. »

Pour lui, les Gilets Jaunes ne se contentent pas de protester contre un symptôme : ils contestent le système à sa racine. Il appelle à une « émancipation populaire » et à une refondation profonde de la gouvernance.

Appel à l’union populaire : « La solution est politique au sens noble »

Au-delà des luttes corporatistes ou partisanes, Christophe Morel plaide pour une « coagulation populaire » qui rassemble toutes les professions ainsi que les chômeurs, les sans-abri et les citoyens ordinaires :

« La lutte ne doit pas être partisane… elle doit être faite pour tout le monde. Nous avons besoin de prendre du recul sur tout ça et de chercher vraiment une solution collective. »

Il cite l’exemple de l’Irlande pour montrer que d’autres peuples ont su reprendre leur souveraineté. Pour lui, la réponse ne peut être que politique, au sens le plus noble du terme : remettre le pouvoir entre les mains du peuple.

Où retrouver les Gilets Jaunes ?

Christophe Morel donne des points de rendez-vous concrets : le rond-point du parapluie à Grande-Synthe, des actions à Paris, Besançon et bien d’autres, relayés sur les réseaux sociaux et les médias indépendants.

En conclusion, cette intervention cash sur *Tocsin* sonne comme un rappel : les Gilets Jaunes de 2018 n’ont pas été vaincus, ils ont muté. Face à une France qui s’enfonce dans la misère sociale et l’autoritarisme, ils incarnent toujours cette révolte populaire qui refuse de mourir.

Le message est limpide : il faut « foutre en l’air ce système complètement » et reconstruire ensemble.

https://multipol360.com/il-faut-foutre-en-lair-ce-systeme-completement-un-gilet-jaune-cash-sur-tocsin/ 

 


 

B) -  Carburant : la colère des artisans explose, le 2 mai pourrait-il être le déclencheur d’une nouvelle vague populaire ?  

Dans la « Matinale Tocsin » du 17 avril 2026, l’ambiance était électrique. Face à Nicolas Vidal, deux voix du terrain – David Lequent, patron pêcheur artisan et président de l’Union française des pêcheurs artisans (UFPA), et Fabien Diaz, responsable du syndicat Art Taxi 32 dans le Gers – ont dressé un tableau sans filtre de l’exaspération qui monte dans les petites entreprises françaises. Le carburant qui flambe, les taxes qui étranglent, l’État accusé de remplir ses caisses pendant que les artisans coulent : le constat est clair, et le ton est celui d’une période pré-révolutionnaire.

Une mobilisation nationale fixée au 2 mai… mais déjà sabotée ?

David Lequent a lancé l’appel : une grande journée de rassemblement à Paris le 2 mai, au Trocadéro, ouverte à toutes les corporations touchées (pêcheurs, taxis, ambulanciers, agriculteurs, transporteurs, citoyens lambda). Objectif affiché : faire pression sur le gouvernement face à la crise du gazole et de l’énergie fossile, dont les prix ont explosé ces dernières semaines.

Mais dès l’annonce, l’administration a répondu par une mesure inédite : la préfecture exige une caution de 10 millions d’euros pour autoriser le rassemblement place du Trocadéro, au motif de la présence de bâtiments anciens. « Jamais vu ça », s’étonne David Lequent. « On n’a pas demandé ça à la CGT ni à FO. » Face à cette « aberration », le lieu devra être changé. Pour les organisateurs, le message est limpide : l’État a peur de ce qui pourrait se passer.

Fabien Diaz, lui, préfère une autre stratégie : des actions décentralisées devant les mairies et préfectures partout en France. « Il faut éviter de donner du grain à moudre à la milice », explique-t-il, en référence aux débordements souvent provoqués ou instrumentalisés par les forces de l’ordre lors des grands rassemblements parisiens. Il annonce déjà une réunion publique ouverte à tous dans le Gers avec députés et sénateurs pour les mettre face à leurs contradictions sur les taxes carburant.

Le seuil de rentabilité franchi : les bateaux restent au port

Pour les pêcheurs artisans, le chiffre est implacable : le seuil de rentabilité du gazole est à 60 centimes le litre. Au-delà, c’est le gouffre.

« On va pêcher juste pour payer le carburant, sans salaire pour l’équipage ni pour l’armement »

témoigne David Lequent. Résultat : de plus en plus de bateaux restent à quai, des ports se mobilisent localement, et la filière – déjà laminée par les quotas, les aires marines protégées et les réglementations successives – voit ses effectifs fondre.

Même son de cloche chez les taxis et les petites entreprises :

« L’État n’est plus là pour nous protéger, il a une volonté de nous tuer »,

lance Fabien Diaz. Il parle d’ubérisation de la société : disparition progressive des artisans au profit des grands groupes, liquidations judiciaires qui s’enchaînent chaque jour.

280 millions d’euros de surplus de taxes… et rien pour les Français

Les deux invités pointent du doigt le même paradoxe : l’État perçoit des surplus records grâce à la hausse des carburants (280 millions d’euros récemment cités), mais refuse tout plafonnement des prix ou baisse des taxes. « C’est du racket pur et simple », résume David Lequent. « On donne à l’économie française, et en cas de coup dur, cet argent ne nous revient pas. »

Ils rappellent que la France est l’un des rares pays européens à ne rien faire pour soulager ses citoyens et ses entreprises. Pendant ce temps, la mayonnaise monte dans tous les secteurs : pêche, taxis, ambulances, agriculture, transport routier.

Un spectre irlandais et le souvenir des Gilets Jaunes

David Lequent n’hésite pas à évoquer le spectre de la révolution irlandaise qui « flotte sur l’État français ». Il rappelle comment, en Irlande, des réunions publiques locales ont débouché sur une mobilisation spontanée massive à Dublin en quelques jours. « Si l’État ne réagit pas, la France peut s’embraser », prévient-il.

Pour beaucoup d’observateurs, cette colère multi-corporations rappelle les prémices des Gilets Jaunes en 2018 – un mouvement né exactement de la même étincelle : la hausse du carburant et le sentiment d’abandon des territoires et des petites gens. Les Gilets Jaunes auraient-ils été, en réalité, un galop d’essai ? Une répétition générale avant une mobilisation plus large, plus structurée, qui cette fois-ci regroupe déjà les professions les plus exposées et ne se limite plus à un seul symbole ?

Les deux invités le sentent : le peuple est à bout. « On demande qu’à bosser tranquillement, faire vivre nos familles », martèlent-ils. Mais si rien ne change, « le citoyen, le peuple va dire stop ».

La balle est dans le camp du gouvernement

À quelques jours du 2 mai, le message est lancé : plus on sera nombreux, plus la pression sera forte. David Lequent appelle tous les marins-pêcheurs, toutes les entreprises impactées et tous les citoyens à converger vers la capitale. Fabien Diaz mise sur l’essaimage local et les confrontations directes avec les élus.

L’État est prévenu. Entre une caution jugée provocatrice, un refus obstiné de plafonner les prix et une exaspération qui traverse tous les métiers, la France des artisans et des territoires semble entrée dans une véritable période pré-révolutionnaire. Les Gilets Jaunes n’étaient peut-être que le premier acte. Le deuxième pourrait s’écrire dès le 2 mai… si le gouvernement continue de faire la sourde oreille.

https://multipol360.com/carburant-la-colere-des-artisans-explose-le-2-mai-pourrait-il-etre-le-declencheur-dune-nouvelle-vague-populaire/

 


C) -  Voilement des enfants ou quand l’État ne veut pas choisir

Il est intellectuellement paresseux d’aborder la question du voilement des enfants sous un angle strictement laïque. Il ne s’agit ni d’expliquer aux jeunes filles qui portent le voile qu’elles menaceraient le vivre-ensemble républicain, comme l’a affirmé le ministre Laurent Nuñez lors de la rupture du jeûne le 12 mars à la Grande Mosquée de Paris, ni de débattre d’une pratique religieuse. Il est ici question de droits liés à la protection de l’enfance.

Si l’on se penche sur la charia et le fiqh islamique, le voile ne protège pas les petites filles de la sexualisation. Il les y fait entrer. Dans la logique des interprétations liées à la sourate 33, verset 59, le voile est présenté comme un signe permettant une distinction morale et statutaire entre les corps féminins. On apprend aux jeunes filles dès le plus jeune âge à adapter leur corps au regard masculin.

En parallèle, dans la sourate 65, verset 4, on peut lire la phrase « de même pour celles qui n’ont pas encore de règles », comprise par de nombreux exégètes et juristes sunnites comme incluant les jeunes filles avant leurs premières règles. Ces interprétations montrent que le texte prévoit juridiquement des prépubères dans le cadre du mariage et de sa dissolution.

Autrement dit, le voile sexualise les petites filles. Il les inscrit dans une logique où leur corps doit être caché, protégé et contrôlé. Elles deviennent ainsi responsables du regard des hommes.

Quant au droit à la liberté de conscience, protégé par la CIDE, il est souvent confondu avec l’imposition de la religion des parents. L’État reste pourtant garant de ce droit, alors même que l’enjeu réel du voilement des enfants réside dans la pression religieuse et la sexualisation précoce. Il lui revient donc de protéger l’enfance contre toute forme de maltraitance, y compris celles liées aux abus religieux. En tout état de cause, instrumentaliser des enfants ne fera pas avancer le prétendu « combat contre l’islam politique ».

La récente polémique autour des propos de Laurent Nuñez sur le voilement des enfants met en lumière une contradiction profonde dans la manière dont l’État appréhende la question religieuse, et en particulier l’islam. D’un côté, une volonté affichée de fermeté face à l’islamisme et aux logiques séparatistes. De l’autre, un discours qui tend à éviter toute conflictualité avec certaines pratiques religieuses, y compris lorsqu’elles concernent des mineures.

Cette tension est d’autant plus forte que la séquence se déroule à la Grande Mosquée de Paris, institution historiquement structurée par l’influence algérienne en France. Dès lors, la parole ministérielle s’inscrit dans un environnement diplomatique et communautaire sensible.

Ce contexte est renforcé par les fortes tensions entre la France et l’Algérie, notamment autour des OQTF et des laissez-passer consulaires, mais aussi des négociations relatives à la libération de Christophe Gleizes. De fait, chaque prise de parole publique sur l’islam du ministre de l’Intérieur et des Cultes est perçue comme un signal politique.

À cela s’ajoute que la France est un pays durablement marqué par les attentats islamistes. Ce traumatisme structure profondément le débat public qui se polarise autour de l’usage du terme « islamophobie » dont la définition demeure floue et politiquement disputée. Cette conflictualité permanente produit un effet paradoxal empêchant à la fois de nommer clairement les problèmes et de les traiter sereinement.

L’État oscille donc entre plusieurs logiques. Il cherche à contenir les dérives, à éviter la stigmatisation, à maintenir un équilibre diplomatique et à répondre à une demande sociale forte de clarté et de protection. Mais en voulant tenir ensemble ces impératifs contradictoires, il finit par brouiller sa propre position.

Cette difficulté est d’autant plus marquée que la question de l’islam en France ne peut être dissociée de réalités démographiques et politiques. La diaspora algérienne y occupe une place importante, et une part significative de celle-ci est de culture ou de confession musulmane. Dès lors, toute prise de position publique s’inscrit dans une lecture communautaire potentielle, renforçant à la fois la prudence et l’ambiguïté de la parole ministérielle.

Cette ambiguïté n’est pas seulement politique ou diplomatique. Elle soulève une question plus fondamentale sur le rôle même de l’État face au fait religieux.

Pourquoi l’État refuse-t-il d’intervenir sur le voilement des enfants tout en prétendant organiser un islam « acceptable » ? Il en vient alors à sélectionner certains interlocuteurs et à leur déléguer implicitement la définition des pratiques religieuses compatibles avec les principes républicains, comme l’illustre la publication en février dernier d’un guide de près de 1 000 pages par la Grande Mosquée de Paris.

La véritable question est donc de savoir qui décide de ce que serait un « bon islam » ? Selon quels critères juger des pratiques à encourager ou à bannir dans un pays laïque ? En quoi encadrer la foi personnelle des individus serait-il légitime ? Et pourquoi la Grande Mosquée de Paris serait-elle plus légitime qu’un autre interlocuteur ?

Mettre en scène un islam républicain ne change rien au fond du problème. Tant qu’on refuse d’affronter un corpus théologique qui a historiquement légitimé la répression de l’apostasie, la hiérarchie des sexes ou encore la subordination politique, nous resterons dans le slogan.

Rihame Allouch et Mehdy Raïche


 https://nouvellerevuepolitique.fr/rihame-allouch-et-mehdy-raiche-voilement-des-enfants-ou-quand-letat-ne-veut-pas-choisir/

 

 

 


D) -Le RN et les entreprises : de l'ostracisme à l'épreuve du réel

Face à la « gentrification économique » du RN, le patronat doit privilégier la realpolitik. L’heure n’est plus à l’indignation, mais à l’exigence de la crédibilité économique.

Il fut un temps, pas si lointain, où le simple fait pour un dirigeant d’entreprise de croiser un cadre du Front National relevait de l’hérésie. Il y a peu encore, toute rencontre entre un patron et Marine LE PEN ou Jordan BARDELLA n’était envisageable que sous le sceau du secret. On se souvient de cet épisode, vieux de sept ans déjà, où le MEDEF, cédant à la pression politique et médiatique, avait fini par décommander Marion MARÉCHAL, pourtant invitée à venir s’exprimer devant les chefs d’entreprise. Aujourd’hui, bien que quelques gardiens autoproclamés du temple républicain s’indignent encore d’une « banalisation » de l’extrême droite, la donne a changé.

Considérer que de telles rencontres fassent figure de transgression trahit une approche biaisée de notre vie démocratique. Échanger avec un chef de parti, qui jouit d’une représentation à l’Assemblée nationale, ce n’est pas l’approuver ni encore moins l’adouber ; c’est l’écouter et l’informer, le défier voire le corriger. Refuser le dialogue par crainte de « pactiser avec le diable » relève d’une étonnante conception du dialogue républicain et du diable lui-même. Le monde de l’entreprise a infiniment plus à gagner à tenter de faire tomber les écailles idéologiques des yeux de ses interlocuteurs politiques qu’à feindre de les ignorer. Nous ne sommes plus au temps des excommunications de salons parisiens, mais à celui des bilans comptables et des défis de terrain.

Une « gentrification économique » qui rebat les cartes

Nous assistons ces 10 dernières années et particulièrement aujourd’hui à une dynamique implacable : la véritable « gentrification économique » du Rassemblement National. Fini le parti exclusivement cantonné aux débats enflammés sur les seules valeurs, la nation ou l’identité. La mue est là, chiffrée, palpable. L’économie représente aujourd’hui près des deux tiers des propositions du parti, contre à peine 10 % par le passé. Ce basculement n’est pas un simple ripolinage de façade, c’est une nécessité stratégique pour un mouvement qui ambitionne de gouverner.

Sous la conduite de Marine LE PEN, le parti à la flamme a opéré des aggiornamenti spectaculaires pour rassurer les marchés, les investisseurs et les acteurs économiques : renoncement formel à la sortie de l’Union européenne, abandon de la sortie de l’euro et même une conversion inattendue à la règle orthodoxe des 3 % de déficits. Face aux dérapages économiques de LFI, le RN drague ouvertement les patrons. En se positionnant avec une telle insistance sur les questions régaliennes et budgétaires, la stratégie est limpide : le mouvement cherche à siphonner l’espace historique laissé vacant par une droite républicaine en perte de repères et divisée par sa querelle des chefs. Pour l’entourage de la direction du parti, dans les difficultés économiques de cette fin de quinquennat, il s’agit désormais de se crédibiliser, de défendre la science contre le dogme, de substituer le réalisme aux œillères isolationnistes du passé.

L’épouvantail a changé de camp, reste le défi de l’incarnation

Ne nous y trompons pas : la priorité absolue des chefs d’entreprise – qu’ils dirigent une TPE de proximité, une PME industrielle ou un grand groupe – reste la stabilité. Dans un climat marqué par l’inflation, le mur d’investissements de la transition écologique et la rudesse de la concurrence internationale, nos entreprises ont besoin de visibilité, pas de chimères idéologiques. Or, sur ce terrain de l’anxiété économique, l’épouvantail a clairement changé de camp. Aujourd’hui, le risque majeur de déstabilisation économique perçu par le patronat vient bien moins de l’extrême droite que des thérapies de rupture promues par l’extrême gauche, LFI en tête. Face aux menaces de chaos social, d’asphyxie fiscale et réglementaire, le discours économique lissé du RN trouve une oreille plus attentive.

Cependant, attention aux mirages ! Si le dialogue est ouvert, le blanc-seing n’existe pas. Les échos récents des rencontres entre les parlementaires RN et des cercles d’entrepreneurs font état de divergences persistantes. Et c’est heureux. C’est bien la preuve éclatante qu’une rencontre n’est jamais une reddition, dans un sens ou dans l’autre.

La grande question qui se pose désormais au RN est implacable : le casting politique et technocratique du parti sera-t-il jugé suffisamment robuste, pointu et crédible à l’avenir pour effacer les échecs cuisants des précédents débats présidentiels ? L’épreuve du pouvoir ne tolère ni l’amateurisme ni l’à-peu-près. Ce réalisme est une règle désormais vitale pour le RN dans son rapport à l’économie ; et il est tout aussi nécessaire au monde économique dans son rapport décomplexé au RN.

Bernard Cohen-Hadad

Bernard Cohen-Hadad est entrepreneur et président du Think Tank Étienne Marcel. Membre de la Société d’économie politique, il est aussi président de la commission du développement économique du Conseil économique, social et environnemental régional en Île-de-France. Il est également membre de la Chambre de commerce et d’industrie de la Région de Paris-Île-de-France. Auteur de L'Avenir appartient aux PME paru chez Dunod, Bernard Cohen-Hadad est l’auteur de nombreuses tribunes publiées dans les médias. Il a été membre de l’Observatoire de l’épargne réglementée, de l’Observatoire du financement des entreprises, de l’Observatoire des PME et ETI par le marché et du Comité consultatif du secteur financier (CCSF). Il participe actuellement à l’Euro Retail Payment Board (ERPB) auprès de la Banque centrale européenne, au Comité national des moyens de paiements (CNMP) et au Comité pour l’éducation financière (EDUCFI). Il est membre du Conseil scientifique de l’École supérieure des métiers du droit.

https://nouvellerevuepolitique.fr/le-rn-et-les-entreprises-de-lostracisme-a-lepreuve-du-reel/ 

 

 


E) - L’or rentre à Paris, et avec lui une idée de la souveraineté

La décision de rapatrier 129 tonnes d’or depuis les États-Unis n’a rien d’un geste folklorique ni d’une bravade dirigée contre Washington. Officiellement, il s’agissait de moderniser les lingots conservés à l’étranger et de les remettre aux standards du marché. L’opération, présentée par TF1 comme une manœuvre technique, a aussi permis à la France d’enregistrer une importante plus-value comptable, estimée à 12,8 milliards de dollars. 

Un retour matériel, mais surtout politique

Il faut partir d’un constat simple : l’or n’est pas un actif comme les autres. On le dit archaïque, dépassé, relégué par la finance électronique, mais chaque crise sérieuse lui redonne sa vraie fonction. L’or reste la garantie ultime, celle qui échappe au risque de contrepartie, aux sanctions, aux défaillances bancaires et aux emballements monétaires. Quand un État choisit de le garder chez lui, il ne parle pas seulement de rendement ou de stockage. Il parle de contrôle, donc de souveraineté.

La France détient aujourd’hui environ 2 436 tonnes d’or, principalement conservées à la Banque de France. Ce volume la place parmi les grands détenteurs mondiaux et constitue l’un des rares actifs stratégiques dont la valeur politique croît à mesure que le désordre international s’aggrave. 

La fin de l’innocence monétaire

Pendant longtemps, conserver une partie du stock à New York allait de soi. Cela relevait de la logique du système occidental : sécurité américaine, centralité du dollar, confiance dans les circuits de la Réserve fédérale. Mais cette géographie de la confiance s’est fissurée. Les sanctions financières, le gel d’avoirs souverains et la fragmentation croissante du système mondial ont changé la nature du problème. Désormais, posséder un actif ne suffit plus. Encore faut-il le posséder là où personne ne peut en limiter l’usage.

C’est là que le rapatriement de l’or prend une autre signification. Même quand il est présenté comme une modernisation logistique, il traduit une prudence stratégique. Les États ont compris qu’en période de fortes tensions, la souveraineté ne se mesure pas seulement par la quantité de réserves, mais par la maîtrise physique de ces réserves.

À lire aussi : ÉCONOMIE – La contre-offensive monétaire de Pékin : Xi Jinping veut défier l’empire du dollar

Le retour silencieux du métal dans la géopolitique

Ce mouvement français s’inscrit dans une tendance plus vaste. Depuis plusieurs années, l’or redevient un instrument de puissance. Les banques centrales en achètent massivement, tandis que plusieurs pays cherchent à réduire leur exposition au dollar et aux actifs vulnérables aux décisions politiques américaines. Le regain d’intérêt pour l’or n’est donc pas un réflexe défensif isolé, mais un symptôme de la dédollarisation partielle du monde et de la méfiance croissante envers l’ordre financier hérité de l’après-guerre. 

Dans ce cadre, le rapatriement de 129 tonnes n’est pas un épisode anecdotique. Il révèle quelque chose de plus profond : même au cœur du camp occidental, l’idée progresse que la sécurité financière ne peut plus être totalement externalisée. L’allié demeure l’allié, certes, mais la dépendance, elle, devient un risque.

Un signal pour le temps qui vient

Le plus intéressant n’est donc pas l’or lui-même, mais ce qu’il raconte. Il raconte la montée d’un monde moins confiant, moins fluide, plus conflictuel. Un monde où les chaînes financières sont des instruments de pression, où les réserves deviennent des outils de résilience, et où la matérialité reprend ses droits face à l’abstraction monétaire.

La France n’a pas seulement déplacé des lingots. Elle a, en réalité, réaffirmé un principe ancien que l’on croyait effacé : dans les temps d’incertitude, la puissance commence par ce que l’on tient réellement entre ses mains.

Giuseppe Gagliano


Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

https://lediplomate.media/decryptage-or-rentre-paris-avec-lui-idee-souverainete/

 

 


 

F) - Pêcheurs français au bord de la rupture : « Nous sommes en train de mourir »

Dans une interview diffusée récemment sur Tocsin (media indépendant), Jean-Vincent Chantreau, secrétaire général de l’Union française des pêcheurs artisans (UFAPA), dresse un tableau alarmant de la filière pêche française. Face à la flambée historique du gasoil marin, les bateaux restent à quai, les entreprises perdent de l’argent à chaque sortie en mer et les marins-pêcheurs artisans lancent un cri d’alarme :

« La pêche est condamnée à disparaître. »

L’interview, enregistrée mi-avril 2026, intervient dans un contexte de crise énergétique déclenchée par les tensions au Moyen-Orient.

Une crise du carburant qui fait couler la filière

Avant la crise actuelle, le gasoil marin (détaxé) oscillait autour de 0,60-0,65 € le litre. Il a aujourd’hui explosé entre 1,10 € et 1,40 € selon les ports, voire plus dans certaines régions isolées. Or, le carburant représente 35 à 45 % des charges d’exploitation des navires artisanaux. Résultat :

« À chaque fois que les bateaux partent en mer, ils perdent de l’argent », explique Jean-Vincent Chantreau. Nombreux sont ceux qui restent le long des quais, cuves vides.

Le secrétaire général de l’UFAPA rappelle que la pêche artisanale croule déjà sous les normes européennes, la concurrence des importations massives et la prolifération des parcs éoliens offshore qui réduisent les zones de pêche. La hausse du gasoil agit comme un « coup de semonce » fatal.

L’aide gouvernementale jugée insuffisante

Le gouvernement a annoncé fin mars un plan d’urgence de 70 millions d’euros pour avril, dont 5 millions d’euros dédiés à la pêche (remboursement de 20 centimes par litre). Jean-Vincent Chantreau est clair : « Ce n’est pas dans les clous. » Le seuil de rentabilité ou même d’équilibre se situe autour de 0,60-0,70 € le litre. Avec l’aide, le gasoil reste donc largement au-dessus de 1 €. « Nous sommes très largement en perte », insiste-t-il.

Des solutions concrètes proposées… et ignorées ?

L’UFAPA a transmis plusieurs pistes au gouvernement et à la ministre de la Mer Catherine Chabaud :

Encadrer les marges des compagnies pétrolières : passer d’un profit de guerre (30-33 % de marge brute) à un profit constant.

Réduire les taxes (TVA, TICPE, CE carbone) ou baisser temporairement la TVA à 15-17 % comme autorisé par l’Europe.

Réaffecter les taxes éoliennes : plus de 60 millions d’euros déjà collectés auprès des exploitants de parcs offshore (2024-2026) et non utilisés pour la décarbonation de la pêche.

Moratoire d’un an sur les subventions éoliennes offshore (8 à 10 milliards d’euros par an via la PPE3) pour soulager les carburants.

Microtaxe européenne de 1 centime par kilo sur les produits agroalimentaires importés de pays tiers, afin de créer un fonds souverain de soutien aux filières locales.

Chantreau conclut : « Il faut trouver l’argent là où il y en a » sans impacter le porte-monnaie des Français.

 

Vers une mobilisation historique le 2 mai

Face au silence, l’action s’organise. Des blocages de ports ont déjà eu lieu en Corse et dans les Hauts-de-France ; des manifestations ciblent les dépôts de carburant (comme au Calvados le 15 avril).

Le samedi 2 mai 2026 à 11 h, les pêcheurs artisans appellent à une grande mobilisation pacifique et multisectorielle place du Trocadéro à Paris, sous la bannière du mouvement « Réveil des terroirs ».

Seront présents : pêcheurs, agriculteurs, transporteurs routiers, artisans, commerçants et taxis. Objectif : « Nous rapprocher des oreilles du gouvernement et de Matignon » pour imposer un vrai débat avant les élections présidentielles de 2027. « Sinon ça va déborder », prévient Jean-Vincent Chantreau.

Il insiste sur l’enjeu souverain : sans pêcheurs et sans agriculteurs locaux, la France risque la pénurie alimentaire dans un contexte géopolitique tendu. « Le poisson que vous ne pêchez pas, ce sont autant de denrées en moins sur le marché. »

L’interview se termine par un appel clair : rendez-vous le 2 mai à Paris. La filière pêche, déjà fragilisée depuis des années, voit dans cette crise du carburant le risque d’une disparition définitive des petits bateaux artisans qui font vivre les littoraux français.

https://multipol360.com/pecheurs-francais-au-bord-de-la-rupture-nous-sommes-en-train-de-mourir/

 

janvier 24, 2026

Réveillez-vous, Occident ! Les Blancs n'ont pas inventé l'esclavage......

Les Blancs n'ont pas inventé l'esclavage.  
 
C'est l'Occident qui y a mis fin. 
 

 
 
 J'avais du mal à croire ce que j'entendais. « Oui, elle m'a dit qu'ils séparaient les enfants en deux files, selon la couleur de leur peau. Une file pour les opprimés, l'autre pour les oppresseurs. » Cela se serait passé dans une école primaire de Topanga, en Californie, un endroit où j'avais vécu pendant près de deux ans. J'ai dit « près de » car, malheureusement, je pouvais le croire. Topanga est, comme le dit un ami, un repaire de « hippies qui ont trouvé la solution à certains problèmes ». Des adeptes du New Age, des nomades, des guérisseurs holistiques. Dans les années 60, c'était un épicentre de la contre-culture, le berceau de Marvin Gaye, Neil Young et Jim Morrison. 
 
Mode de vie hippie, prix de Los Angeles.
C'est aussi une ville majoritairement blanche. Le fait d'être noir – une rareté là-bas – m'offrait un point de vue privilégié pour observer de près les attitudes, pourtant bien intentionnées, de personnes blanches face à la question raciale. Il était donc inquiétant, mais plausible, que cet exercice d'oppresseur-opprimé puisse se dérouler dans une école primaire locale. Intrigué, j'ai décidé d'enquêter. Ce que j'ai découvert était pire que ce que j'avais imaginé. Cet exercice ne se limitait pas à une petite ville hippie excentrique. Il se pratiquait à l'échelle nationale. 
 
 I. La Marche des Privilèges 
 
L'Association Nationale des Psychologues Scolaires a publié « Parler de race et de privilège : Plan de leçon pour les élèves du collège et du lycée ». 
 Elle recommande la « marche des privilèges » – un exercice où les élèves se mettent en rang, ferment les yeux et avancent ou reculent en fonction d'affirmations concernant leur race et leur sexe.
Bien que conçu pour sensibiliser les élèves à leur propre identité, cet exercice leur apprend à se percevoir comme membres d'une race – plutôt que comme des individus. Il instaure précisément la conscience raciale qu'il prétend guérir. 
 
La NASP représente plus de 25 000 psychologues scolaires, et la marche des privilèges est une pratique courante dans les écoles du pays.
En 2021, à l'école primaire A.M. Kulp en Pennsylvanie, une enseignante de CM2 a organisé une marche des privilèges. Selon plusieurs parents ayant témoigné lors des réunions du conseil scolaire, les élèves ont été alignés « du plus blanc au plus foncé » et les élèves blancs ont été invités à présenter leurs excuses aux élèves noirs. Le conseil scolaire a confirmé la tenue de la marche des privilèges, mais a nié qu'il y ait eu des excuses. Il y a eu désaccord sur les détails, mais pas sur le fait que l'exercice ait eu lieu. Mais même dans le meilleur des cas, l'exercice lui-même pose problème. Comme l'a déclaré Samantha Ferry, qui a retiré ses enfants de l'école : « Les enfants ne voient pas la couleur de peau, et vous les ségréguez, vous les séparez. » 
 
Nous sommes devenus plus racistes. 
 
Je n'ai jamais participé à une marche des privilèges quand j'étais enfant. Ayant grandi dans un milieu modeste du Bronx, j'avais des amis de toutes origines : noirs, blancs, asiatiques, hispaniques. 
 
La couleur de leur peau m'importait peu.
En revanche, je faisais des distinctions, notamment en fonction de leurs goûts en matière de jeux vidéo, de la version de Pokémon à laquelle ils jouaient et de la taille de leur deck Yu-Gi-Oh!. Pour autant que je sache, c'était la norme. Nous avions fondamentalement le même matériel biologique, mais nous étions connectés par un logiciel commun : notre état d'esprit. Fils d'immigrants ghanéens, mes parents n'ont jamais parlé de race. Ils m'ont appris à me considérer comme un individu. Quelqu'un qui a le pouvoir d'agir. Quelqu'un qui peut réussir. Ils m'ont élevé comme un Américain, pour que je poursuive le rêve américain. Pour que je me concentre sur mon avenir, pas sur leur passé. Il n'y avait pas de manifestations de privilèges. Pas d'identification à l'oppression. Mais quelque chose a changé depuis les années 90. On dit aux Blancs qu'ils devraient se sentir coupables. Que la « blancheur » est mauvaise. Qu'ils sont les méchants éternels de l'histoire. On dit aux Noirs qu'ils devraient éprouver du ressentiment. Que le succès est le fruit de la suprématie blanche. Que nous sommes les victimes éternelles de l'histoire. Cela alimente le ressentiment entre Blancs et Noirs. Nous dressant contre notre histoire, contre notre civilisation, les uns contre les autres et contre nous-mêmes. Et cela repose sur une compréhension incomplète de l'histoire humaine. Plus précisément, de l'histoire de l'esclavage. Cela a laissé une plaie béante qui refuse de se refermer. La guérison exige la vérité. Et la vérité dépasse ce qu'on nous a enseigné. Tout le monde a été coupable dans l'histoire de l'esclavage. 
 
Mais l'Occident a aussi été le premier héros. 
 
Comprendre cela déplace le fardeau d'un groupe spécifique vers l'humanité. Cela met également en lumière la vérité : le bien contre le mal n'est pas une question de Noirs contre Blancs. C'est une guerre au cœur même de l'humanité. Ce n'est qu'en racontant toute l'histoire des péchés de l'humanité que nous pourrons nous libérer de la prison mentale qui emprisonne les êtres humains de toutes origines. 
 
Libres de voir l'Occident non comme l'antagoniste de l'histoire, mais comme un protagoniste complexe – imparfait, complice, mais le premier à changer. Restaurer la confiance morale de l'Occident. Et raviver l'esprit de l'Occident. 
 
II. L'Occident est démoralisé. 
 
En 2003, 60 % des jeunes Américains se disaient « extrêmement fiers » de leur pays. Aujourd'hui, ce chiffre n'est plus que de 18 %.
 
 
Une chute de 42 points. Et pour beaucoup, la fierté a fait place à la honte : un sondage Harvard de 2025 a révélé que près d’un tiers des jeunes Américains ont explicitement « gêné » d’être Américains. De l’autre côté de l’Atlantique, le déclin est encore plus marqué. Parmi les jeunes Britanniques (18-24 ans), seuls 24 % sont fiers de l’Empire britannique, tandis que 35 % en ont explicitement « honte ». La nation qui a aboli la traite négrière mondiale, plongée dans la honte. Les universités occidentales sont gangrenées par des attitudes illibérales : un étudiant américain sur trois pense désormais qu’il est acceptable d’utiliser la violence physique pour empêcher des conférenciers de s’exprimer sur le campus. 
 
Une attitude fondamentalement incompatible avec une valeur occidentale essentielle : la liberté d’expression. 
 
Les relations interraciales ont également souffert. En 2001, environ 70 % des Américains avaient une opinion positive des relations entre Noirs et Blancs. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 53 %. Mais plus révélateur encore : 59 % des Afro-Américains pensent aujourd'hui que les relations raciales resteront toujours un problème. Ces dix dernières années, nous avons beaucoup parlé de race, et pourtant, cette obsession a engendré moins d'espoir. 
 
 Le bilan moral 
 
Une nation rongée par la haine de soi ne peut être grande. Le dégoût de soi a corrodé la psyché américaine et l'âme de l'Occident. Comment en est-on arrivé là ? À travers les récits que nous nous racontons. Et le récit le plus puissant est l'histoire. Nous avons enseigné à la jeunesse américaine que l'esclavage est le péché originel de l'Amérique, et non celui de l'humanité. Cela a conduit à un bilan moral incomplet : un bilan où les péchés de l'Occident sont mis en avant, tandis que ses succès sont minimisés. Le système éducatif américain est le point faible. Comme l'explique cet étudiant de l'UCLA, on lui a enseigné une version de l'histoire à l'école. Il a appris le reste en ligne. Les futurs dirigeants américains reçoivent une éducation partielle. TikTok comble les lacunes. 
 
 L'éducation erronée de l'Amérique 
 
Vous savez peut-être que l'esclavage est bien antérieur à l'Amérique. Qu'il était pratiqué dans le monde entier. Qu'il a été aboli en premier et qu'il a exercé une pression morale et militaire sur les autres peuples pour qu'ils fassent de même. Mais beaucoup de jeunes l'ignorent. Je l'ai vérifié moi-même en interrogeant des étudiants de l'UCLA, l'une des meilleures universités publiques, sur les origines de l'esclavage.
 
Ils savaient tous que l'esclavage était un mal. 
 
 Certains pensaient qu'il avait commencé en Amérique. Beaucoup ignoraient que des Africains vendaient d'autres Africains aux Européens. Rares étaient ceux qui savaient comment il avait pris fin à l'échelle mondiale. N'oublions pas qu'il s'agissait d'élèves d'élite. Ils l'ignoraient car on ne leur avait pas enseigné ces sujets. 
 Pourquoi ? 
Pourquoi les enfants américains apprennent-ils les horreurs de la traite transatlantique, mais pas l'histoire des négriers africains qui l'ont alimentée ? 
Pourquoi apprennent-ils l'histoire des esclaves de Jefferson, mais pas celle des 150 000 Africains libérés par la marine britannique ? 
Pourquoi le fait que les Britanniques aient été la première grande puissance à abolir l'esclavage suscite-t-il la condamnation, et non la célébration ?
 
L'histoire sélective crée des hiérarchies morales. 
 
Enseigner aux enfants que les Blancs ont inventé l'esclavage, c'est leur apprendre qui blâmer. Enseigner aux enfants que l'Occident a été le premier à y mettre fin à l'échelle mondiale, et le récit s'effondre. Mais contester ce récit, c'est menacer ceux qui profitent de la division. La critique sélective anti-occidentale ne démantèle pas la hiérarchie. Elle l'inverse. Elle troque le vieux mensonge – l'infériorité biologique des Noirs – contre un nouveau : l'infériorité morale des Blancs. La nouvelle hiérarchie est-elle aussi brutale que l'ancienne ? Non. Mais elle est tout aussi fausse. Et on ne peut bâtir l'unité sur un mensonge. Car les hiérarchies empêchent la guérison. 
 
Un monopole sur l'histoire 
 
Souvent, lorsqu'on reconnaît l'existence de l'esclavage à l'échelle mondiale, on est accusé de minimiser la traite transatlantique. Mais réfléchissez : chaque élève américain apprend l'histoire de la traversée de l'Atlantique. Les horreurs de la vie dans les plantations. 
 
La brutalité de l'esclavage. 
 
Et c'est bien normal. Mais quand des étudiants d'une des meilleures universités américaines ignorent que l'esclavage existait avant l'Amérique – quand ils pensent que l'un des plus vieux fléaux de l'humanité a été inventé ici – il y a un manque. TikTok ne devrait pas combler ces lacunes. C'est à nous de le faire. La traite transatlantique des esclaves n'a pas été minimisée. Elle a été amplifiée au point de devenir un monopole. Je ne dis pas qu'il faut en parler moins. Au contraire, il faut en parler davantage que des autres traites d'esclaves – car, évidemment, elle a eu lieu ici. Je dis simplement qu'il faut aussi parler du reste du monde. Un essai reconnaissant des milliers d'années d'esclavage à l'échelle mondiale ne minimisera pas l'esclavage occidental. C'est un pas vers un équilibre. 
 
 Critique destructive vs critique constructive 
 
En 2021, la statue de Thomas Jefferson a été retirée de l'hôtel de ville de New York après 187 ans – parce qu'il possédait des esclaves.
 
La même année, le conseil scolaire de San Francisco vota le changement de nom de 44 écoles, dont le lycée Abraham Lincoln, le lycée George Washington et l'école primaire Jefferson. La révolte des parents fut si forte que le conseil revint sur sa décision. Mais l'envie était bien présente : détruire des monuments de l'histoire, transformer les héros de l'histoire en figures maléfiques. Pourtant, il convient de considérer comment les architectes noirs de la liberté – ces géants dont les mouvements ont permis l'adoption du 13e amendement et du Civil Rights Act – parlaient des Pères fondateurs. Frederick Douglass : esclave ayant fui, il étudia la Constitution et la qualifia de « glorieux document de liberté ». Martin Luther King Jr. : battu, emprisonné et assassiné, il qualifia la Constitution de « paroles magnifiques », une promesse que l'Amérique se devait d'honorer. Les activistes sélectifs d'aujourd'hui : bénéficiaires des droits mêmes pour lesquels King a donné sa vie, ils qualifient la Constitution de « déchet » rédigé par des « esclavagistes et des colons » et prétendent que les idéaux fondateurs étaient « faux au moment de leur rédaction ». Ceux qui ont le plus souffert sont restés constructifs. Ceux qui ont le moins souffert sont devenus destructeurs. Douglas et King n'ont pas cherché à abroger la Constitution. Ils ont cherché à la faire respecter. Ils étaient constructifs, exigeant que l'Amérique soit à la hauteur de ses propres idéaux. Le critique sélectif est destructeur, exigeant que nous condamnions entièrement les fondements. L'un veut bâtir sur les fondements occidentaux. L'autre veut les détruire. Et cette impulsion destructrice repose sur un récit partiel de l'histoire, qui se résume ainsi :  
L'esclavage était une institution américaine. Créée par les Blancs pour asservir les Noirs. Il a commencé et s'est terminé en Amérique. Les Blancs étaient les oppresseurs et les Blancs d'aujourd'hui sont collectivement coupables. Les Noirs ont été opprimés par les Blancs et nourrissent un grief qui doit être apaisé par les Blancs d'aujourd'hui, mais qui ne le sera jamais.
Il y a juste un problème. Ce récit est incomplet. 
 
 III. La véritable histoire de l'esclavage 
 
L'esclavage est un mal. Et c'est un mal humain ancestral, commis par tous, contre tous. Des preuves d'esclavage remontent à des milliers d'années. Certaines sources suggèrent une existence d'au moins 11 000 ans. L'esclavage est antérieur à l'écriture et, probablement, à la civilisation elle-même. C'était la norme. Non pas parce que l'on pensait que c'était juste. Comme le souligne l'économiste Thomas Sowell : « Ce n'est pas parce que l'on pensait que l'esclavage était juste qu'il a persisté pendant des milliers d'années. Il a persisté surtout parce que l'on ne se posait pas la question de sa moralité.» Ce qui variait, ce n'était pas le fait de réduire des êtres humains en esclavage, mais la manière dont cela se produisait. 
 
Les péchés de nos pères.
 
La traite transsaharienne : Bien avant que les Européens n’entament la traite transatlantique, des millions d’Africains étaient contraints de traverser le Sahara pour être vendus au Moyen-Orient. On estime le taux de mortalité pour ce voyage entre 20 et 50 %. Les hommes et les garçons étaient systématiquement castrés. Des garçons dès l’âge de huit ans étaient castrés sans anesthésie, à l’aide de couteaux rudimentaires et de fers chauffés à blanc. La plupart ne survivaient pas. Les taux de mortalité variaient de deux tiers à 90 %. C’est pourquoi la population d’ascendance africaine au Moyen-Orient est faible par rapport à celle des États-Unis, malgré la durée plus longue et le nombre plus élevé d’esclaves capturés par la traite arabe. La traite barbaresque : Pendant plus de trois siècles, des pillards nord-africains ont capturé et réduit en esclavage plus d’un million d’Européens.
Ces esclaves étaient entassés sur des navires, enchaînés à des rames, fouettés et contraints de ramer jusqu'à l'épuisement. La filière d'approvisionnement africaine : les historiens estiment qu'environ 90 % des Africains vendus aux marchands européens étaient déjà réduits en esclavage par d'autres Africains. Les royaumes côtiers ont bâti leur économie sur la capture et la vente de leurs voisins. Les marchands européens ne chassaient pas la plupart des esclaves ; cela aurait été difficile car ils luttaient pour survivre à des maladies comme le paludisme et aux conditions de vie difficiles en Afrique. Ils les achetaient donc. Les Chinois, les Coréens, les Japonais, les Indiens, les Amérindiens, les Aztèques – même les monastères bouddhistes possédaient des esclaves. Ce qui rendait la version européenne unique, ce n'était pas son immoralité, mais son ampleur. Les progrès de la technologie navale leur ont permis de réduire des populations en esclavage par-delà les océans. L'esclavage était courant en Afrique avant l'arrivée des Européens. Ils n'ont pas inventé la filière d'approvisionnement. Ils se sont intégrés à celle qui existait déjà.  
L'argument de l'esclavage de type chattel 
 
Certains diront : « Mais l'esclavage américain était différent. C'était de l'esclavage de type chattel : héréditaire, racial, et d'une déshumanisation sans pareille.» L'esclavage de type chattel américain était un mal. Des enfants nés en servitude, leur humanité niée par la loi. Monstrueux. Et des monstruosités similaires existaient ailleurs. La traite des esclaves arabes était elle aussi héréditaire. Les enfants d'esclaves étaient légalement esclaves. Mais on castrait aussi les garçons. Un système disait : vos descendants seront esclaves. L'autre disait : vous n'aurez pas de descendance. L'un a laissé une cicatrice. L'autre a laissé un vide. Se demander lequel est « pire » est une erreur fondamentale. Le mal n'est pas une compétition. La palme de la malice revient à l'humanité. Reconnaître son universalité nous libère tous des jeux de reproches raciaux. Cela nous permet aussi de voir clairement quelle culture, à travers ses mécanismes de défense, a permis à tous d'échapper à ce mal. Aucune civilisation n'est irréprochable, et l'Occident fut le premier à se laver les mains de ses fautes. 
 
Avant les notions de « Blanc » et de « Noir »
 
Il n'y avait ni « Blancs » ni « Noirs » lorsque l'esclavage a commencé. Les Anglais combattaient les Espagnols. Les Ashanti se battaient contre les tribus voisines. Lorsque les royaumes africains vendaient des captifs aux marchands européens, ils ne « trahissaient pas leur race ». Ils vendaient leurs ennemis, comme cela avait été le cas tout au long de l'histoire. Le concept de « Blanc » et de « Noir » en tant que catégories raciales unifiées a été inventé à la fin du XVIIIe siècle par des scientifiques européens qui ont décidé de hiérarchiser l'humanité. Cette hiérarchie a ensuite servi à justifier l'esclavage a posteriori. Tout comme toutes les formes de préjugés sont utilisées pour excuser le mal. Mais l'esclavage n'avait pas besoin du racisme pour exister. Il est antérieur au concept de race de plusieurs millénaires. Le racisme était une rationalisation a posteriori, et non la cause.  
 
Les effets du racisme 
 
Soyons clairs : La traite transatlantique des esclaves s’est déroulée à une échelle industrielle – plus de 12 millions d’Africains ont été déportés par-delà l’océan. Et les conséquences de l’esclavage américain furent uniques par leur dimension raciale. Lois Jim Crow. Ségrégation. Discrimination en matière de logement. Un siècle d’oppression légale dont les effets se font encore sentir aujourd’hui. Cet héritage est bien réel. Il ne faut pas l’ignorer. Et – l’institution de l’esclavage elle-même était mondiale. Comme l’écrit Sowell : 
« D’un point de vue réducteur, la leçon que certains tirent de l’histoire de l’esclavage, automatiquement perçue comme l’asservissement des Noirs par les Blancs, est que les Blancs étaient ou sont fondamentalement mauvais.» « Cependant, replacés dans le contexte plus large de l’histoire mondiale, une leçon bien différente pourrait être que nul, quelle que soit sa couleur de peau, ne peut se voir confier un pouvoir absolu sur un autre peuple.»
 J’étais dans un cachot d’esclaves 
 
Il y a cinq ans, je suis allé au Ghana. Je me suis retrouvé dans un cachot d'esclaves. Dans un château, où des gens qui me ressemblaient vendaient d'autres gens qui me ressemblaient… à des Blancs.
 
J'ai vu les chaînes qu'ils portaient.
J'ai touché les murs qu'ils ont touchés. Je suis resté debout dans l'obscurité désespérée, la porte du cachot close. L'air était lourd du poids de l'histoire. Le silence était absolu. Et alors, j'ai compris quelque chose auquel je n'avais jamais pensé. L'esclavage était universel. Car le mal n'a pas de couleur. Nous ne devons jamais minimiser le mal. Mais nous devons le reconnaître comme humain – afin de cesser de l'associer à un groupe particulier. Tout le monde a participé à l'esclavage. La question est : qui a décidé d'y mettre fin ? 
 
IV. L'Occident 
 
 Chaque civilisation a été un bourreau dans l'histoire de l'esclavage. La civilisation occidentale fut la première héroïne. Il y a eu des révoltes d'esclaves – Spartacus en 73 av. J.-C., Haïti en 1804. Ils ont lutté courageusement pour leur liberté. Et l'Occident a fait quelque chose d'inédit : il s'est retourné contre l'esclavage depuis sa position de puissance et a mené une campagne mondiale pour l'abolir partout. L'Occident n'a pas inventé l'esclavage. Mais elle a bel et bien inventé la critique de l'esclavage.
 
La même tradition intellectuelle qui a déplacé la Terre du centre de l'univers, qui a séparé l'Église et l'État, qui a consacré les droits individuels, cette même tradition s'est tournée vers une institution ancestrale et a répondu : « C'est injuste.
» Aucune autre civilisation ne s'était rebellée contre cette institution lorsqu'elle détenait le pouvoir. Les Britanniques furent les premiers à la combattre à l'échelle mondiale. En 1807, la Grande-Bretagne abolit la traite négrière. En 1833, elle abolit l'esclavage lui-même dans tout l'Empire, qui représentait alors un quart de la planète. Et il ne s'agissait pas d'une politique d'élites, mais d'une révolution morale populaire. Les femmes qui n'avaient pas le droit de vote boycottèrent le sucre issu de l'esclavage. On pouvait lire sur les sucriers : « Non fabriqué par des esclaves. »
 
La naissance de la consommation éthique. La Grande-Bretagne a alors accompli un acte sans précédent. Elle ne s'est pas contentée d'abolir l'esclavage dans son empire. Elle a usé de son influence pour contraindre d'autres empires à faire de même. Elle a fait pression sur l'Empire ottoman pour qu'il ferme ses marchés aux esclaves. Elle a envoyé des navires de guerre dans les eaux brésiliennes, bombardant les forts côtiers jusqu'à ce que le Brésil accepte de mettre fin à la traite négrière. L'escadre d'Afrique de l'Ouest de la Royal Navy a intercepté des navires négriers pendant plus de 50 ans, libérant ainsi environ 150 000 Africains. Certains prétendent que tout cela n'était qu'une question d'économie, que l'abolition était une affaire d'argent et non de morale. 
Cet argument ne résiste pas à un examen superficiel. 
Si l'abolition de l'esclavage était rentable, pourquoi la Grande-Bretagne a-t-elle consacré 40 % de son budget national à indemniser les propriétaires d'esclaves ? ​​
Cet emprunt n'a été intégralement remboursé qu'en 2015. Les contribuables britanniques ont financé l'abolition pendant 182 ans. Pourquoi près de 1 600 marins britanniques sont-ils morts en interceptant des navires négriers, principalement de maladies ? 
Pourquoi faire pression sur les partenaires commerciaux pour qu'ils abandonnent un système qui conférait à la Grande-Bretagne un avantage concurrentiel ?  
Aux États-Unis, la guerre de Sécession a fait plus de 750 000 morts, soit plus que toutes les autres guerres américaines réunies, et la Reconstruction a coûté des milliards. L'idée que l'abolition était une mesure d'économie est historiquement inexacte. Elle reposait sur des principes moraux, des principes qui n'existaient même pas dans d'autres civilisations. En 1841, un consul britannique rapporta cet échange avec le souverain de Zanzibar : Le souverain déclara que les Arabes n'étaient pas « comme les Anglais, qui ont toujours su lire et écrire » et étaient incapables de comprendre le point de vue anti-esclavagiste. L'obsession britannique à ce sujet leur paraissait « tout à fait inexplicable ». Inexplicable. Car le vocabulaire moral n'existait pas en dehors de l'Occident. De fait, l'esclavage existe encore dans certains de ces pays. Mais pas en Occident. 
 
Un simple raisonnement logique : 
 
Si l'on juge les civilisations à l'aune de leur participation à l'esclavage, toutes les civilisations doivent être condamnées. Si l'on les juge à l'aune de celle qui l'a aboli en premier, l'Occident doit être célébré. On ne peut appliquer le premier critère sans appliquer le second. Le critique destructeur veut compter les fautes mais pas les victoires. Il condamne l'esclavagiste mais refuse de reconnaître le mérite de l'abolitionniste – alors qu'ils appartenaient souvent à la même civilisation, voire qu'il s'agissait d'une même personne, aux prises avec une institution plus ancienne que l'histoire écrite. 
 
 V. Les Pères fondateurs
 
Quand on dit que « les Pères fondateurs étaient des propriétaires d'esclaves », on falsifie l'histoire. Certes, beaucoup l'étaient. Mais ce fait est utilisé pour discréditer leurs réalisations, comme s'il prouvait qu'ils étaient des imposteurs. On s'en est servi pour effacer les noms de Jefferson et de Washington à San Francisco et à New York. La réalité est plus humaine. Ils n'ont pas créé ce système. Ils y sont nés. Washington et Jefferson ont hérité d'esclaves dès leur enfance en Virginie. Et pendant une grande partie de leur vie, ils ont pleinement participé à ce système : acheter, vendre et tirer profit d'êtres humains, comme on le considérait à l'époque. C'était mal. Les principes sont intemporels, même si ceux du passé ne les percevaient pas. Mais voici ce qui les distinguait de leurs prédécesseurs : Ils ont tenté de démanteler le système auquel ils participaient. 
 
Jefferson 
 
 Jeune avocat, Jefferson a représenté gratuitement des esclaves lors de procès pour l'abolition de l'esclavage. Il tenta de condamner l'esclavage dans la Déclaration d'indépendance. Le Congrès l'abolit. Il rédigea la loi de Virginie interdisant l'importation d'esclaves. En tant que président, il incita le Congrès à mettre fin définitivement à la traite négrière. Pourtant, il n'était pas un héros sur la question de l'esclavage. Il en fut complice. Il n'affranchit quasiment aucun de ses esclaves. Il tira profit de leur travail. Il était également prisonnier de ses dettes. Selon la loi de Virginie, les esclaves servaient de garantie. Il ne pouvait les affranchir sans rembourser ses créanciers. Il mourut avec une dette équivalente aujourd'hui à des millions. Jefferson a semé des idées qui ont survécu à ses contradictions. Mais il ne s'en est jamais affranchi. 
 
Washington 
 
Washington avait plus d'options, mais Mount Vernon, le domaine dont il hérita, fonctionnait grâce au travail des esclaves. Les affranchir de son vivant aurait signifié la ruine. Comme Jefferson, il possédait de nombreuses terres mais peu d'argent. Alors il attendit. Il profita de leur travail toute sa vie. Il poursuivait ceux qui tentaient de s'échapper. Puis, dans son testament, il affranchit ses 123 esclaves et finança leurs soins et leur éducation. Était-ce un acte héroïque ? Non. Il les affranchit sans rien débourser. Mais c'était rare. Tandis que d'autres transmettaient leurs esclaves à leurs héritiers, Washington mit fin à ce cycle et assura leur avenir. Aucun des deux n'était irréprochable. Aucun n'échappa pleinement au système dans lequel il était né. Mais les mots pour lesquels ils se sont battus – « tous les hommes sont créés égaux » – devinrent l'arme de Lincoln pour abolir définitivement l'esclavage. 
 
« Si ce n'était la grâce de Dieu, j'aurais pu être à leur place.» 
 
Nous ne sommes pas meilleurs que les Pères fondateurs. Nous sommes plus chanceux. Imaginez, dans 100 ans, que l'énergie propre soit bon marché et abondante. L'humanité nous regardera avec horreur. « Ils savaient que le carbone détruisait la planète. Ils le savaient – ​​et ils ont continué à le brûler. » Imaginez maintenant qu'ils disent : « Les militants écologistes de 2026 étaient des hypocrites. Ils conduisaient des voitures. Ils prenaient l'avion. Ils participaient au système. » Serait-ce juste ? Ou préférerions-nous qu'ils disent : « Ils ont constaté les injustices et ont tenté d'orienter la société vers le bien, compte tenu des contraintes de leur époque. Ils ne pouvaient pas se désengager complètement. Mais ils ont agi. » Voilà ce que sont les Pères fondateurs. « Tous les hommes sont créés égaux » est un idéal. Ils ne l'ont pas incarné parfaitement. Mais c'était la première fois dans l'histoire que quelqu'un essayait. Des philosophes avaient médité sur l'égalité. Des religions l'avaient prêchée. Mais aucune nation ne s'était jamais fondée sur ce principe. Si nous exigeons des héros sans défaut, nous n'en aurons pas. La grandeur ne réside pas dans l'absence de défauts, mais dans leur dépassement. Nous ne célébrons pas les Pères fondateurs parce qu'ils répondaient aux normes de notre époque. Nous les célébrons parce qu'ils ont surpassé celles de la leur. Et déboulonner leurs statues n'efface pas leurs défauts. Cela efface les symboles des idéaux qu'ils nous ont légués pour les juger. 
 
VI. Griefs des Noirs, culpabilité des Blancs 
 
L'histoire sélective ne se contente pas de déformer le passé. Elle condamne le présent. Quand on enseigne que la « blancheur » est la source de l'oppression, être blanc devient un défaut moral. Un défaut dont les enfants s'excusent à l'école. C'est ainsi que l'on se retrouve avec des revues universitaires à comité de lecture publiant des articles décrivant la blancheur non pas comme une couleur de peau, mais comme une « affection maligne, quasi parasitaire ». Un article du Journal of the American Psychoanalytic Association affirmait que la blancheur a des appétits « voraces et insatiables » et rend ses hôtes « susceptibles à la contagion ».
 
Cet article a été validé par des pairs.
Ils pathologisent une race. Ils traitent la couleur de peau comme une maladie. Mais la seule maladie ici, c'est la déshumanisation elle-même. Depuis la nuit des temps, les humains se déshumanisent les uns les autres en fonction de l'appartenance tribale, de la religion et de la caste. On parle des Blancs comme s'ils étaient les seuls capables du mal. Mais face au bien comme au mal, nous sommes tous égaux. 
 
 Le Piège 
 
 Et ce ne sont pas seulement les Blancs qui souffrent de cette vision des choses. En 2020, le Musée national d'histoire et de culture afro-américaines du Smithsonian a publié une infographie listant les « aspects de la blancheur ». Parmi eux : le travail acharné, l'autonomie, la ponctualité, la patience et la famille nucléaire. Des vertus universelles – les mêmes vertus qui ont bâti toutes les civilisations prospères, y compris nombre d'Afrique et d'Asie – qualifiées de « blancheur ». La famille nucléaire – associée à la blancheur – alors qu'avant les années 1960, les Noirs avaient un taux de mariage plus élevé que les Blancs. Conséquence ? Ces vertus sont inaccessibles aux Noirs. Ce serait « faire comme les Blancs ». Si la blancheur est un défaut moral, alors la réussite qui en découle est forcément mal acquise. La réussite devient une preuve d'oppression. La compétence devient complicité. Voilà comment on piège les gens. On leur dit que la réussite est synonyme de suprématie. On leur dit que les outils de la réussite appartiennent à leurs oppresseurs. Et ensuite, on s'étonne qu'ils ne réussissent pas. La réaction a été si rapide que l'exposition du Smithsonian a été retirée. Mais l'impulsion était là – et la vision du monde qui la sous-tend demeure. 
 
Voir le monde en couleurs 
 
J'en ai été témoin. Un ami a été licencié. Son employeur voulait qu'il soit là 15 minutes avant son service, sans être payé. Il a refusé. Et il sentait le cannabis en arrivant au travail. Des clients se sont plaints. Il a été licencié. Quand il m'en a parlé, il a évoqué le colonialisme. Il a mentionné que les Blancs brûlent du Palo Santo, mais que l'odeur du cannabis est diabolisée. Je l'ai écouté. Puis je lui ai dit la vérité. « Frère, c'est dur de se faire virer. Mais la plupart des gens pensent juste que le cannabis sent mauvais. J'en ai fumé pas mal dans ma vie, et je trouve ça mauvais aussi. » (Il y a une raison pour laquelle personne ne fabrique d'eau de Cologne au cannabis.) « Si tu vas voir ton employeur en parlant de colonialisme, tu n'arriveras pas à le convaincre. Pourquoi ne pas essayer d'avoir une conversation directe ? « Écoute, si tu veux que je sois là 15 minutes en avance, il faut me dédommager. » Des questions d'horaires. De dédommagement. Des choses concrètes. » Il y a eu un silence. Puis j'ai entendu des gribouillis. « Attends… tu prends des notes ? » ai-je demandé. « Ouais, je ne serais pas arrivé là sans apprendre », a-t-il dit. C'est pour ça que je l'adore. Parce qu'il voulait gagner. Et ces croyances l'en empêchaient. Quand on perçoit le monde à travers le prisme de la couleur, on ne voit plus clair. On devient aveugle à ses propres actions et prisonnier de facteurs hors de notre contrôle. Cela nous enferme dans une prison mentale dont nous seuls pouvons nous libérer. 
 
Tribalisme 
 La pensée binaire nous pousse à adopter un comportement tribal.
Plus tôt cette année, un jeune homme nommé Karmelo Anthony a poignardé à mort Austin Metcalf, un adolescent. Les faits étaient clairs. Karmelo a avoué. Et pourtant, des centaines de milliers de dollars de dons ont afflué pour sa défense, provenant de personnes noires et blanches.
 
Comme si sa couleur de peau rendait l'immoralité du meurtre ambiguë. Quelques semaines plus tard, une femme nommée Shiloh Hendrix a insulté un enfant en utilisant un terme raciste dans un parc. Certes, moins grave qu'un meurtre. Mais tout aussi odieux. Indéfendable. Et pourtant, elle aussi a reçu de nombreux dons, principalement de la part de personnes blanches, en réaction au soutien de Karmelo.
 
Les deux camps s'empressent de défendre leur camp ou de se faire passer pour des alliés. Les deux camps s'intéressent davantage à la couleur de peau qu'à la morale. Voilà ce qui arrive lorsqu'on catégorise les gens au lieu de les juger individuellement. Cela conduit à privilégier les préférences au détriment des principes. 
 
Culpabilité collective 
 
Si l'on attribue une culpabilité collective à travers le temps, il faut le faire de manière cohérente. Si les Blancs d'aujourd'hui héritent de la culpabilité liée à l'esclavage, ils héritent aussi du mérite de son abolition. Si l'on condamne les descendants des esclavagistes, il faut aussi condamner les descendants des rois africains qui ont vendu leurs voisins. Mais je ne crois pas à la culpabilité collective intergénérationnelle. Les personnes d'aujourd'hui ne sont pas celles d'hier. Nous n'héritons ni des péchés ni des vertus de nos ancêtres. Nous sommes des individus. Jugés pour nos actes. Non pour ceux qui, ayant la même couleur de peau que nous, ont fait des siècles auparavant.  
 
Réveillez-vous, Occident ! 
 
 Si tout le monde autour de vous agit mal, et que vous aussi, vous avez agi de la même manière, mais que vous êtes le premier à vous réveiller et à y mettre fin, devriez-vous être condamné comme tout le monde ? Ou devriez-vous être reconnu comme celui qui s'est réveillé le premier ? 
 
Voilà l'Occident. L'Occident n'a pas inventé l'esclavage. Mais nous avons été les premiers à l'abolir. Voilà ce que nous devrions enseigner à la jeunesse américaine. L'histoire dans son intégralité. Conscients de nos fautes, mais concentrés sur nos victoires. 
 Les valeurs des Lumières – la dignité individuelle, l'État de droit, la conviction que tous les hommes sont créés égaux – sont nées en Occident. 
 Mais elles n'appartiennent pas aux Blancs. Elles appartiennent à tous. Le combat entre le bien et le mal est réel. Mais il n'oppose pas les races. Il se joue au plus profond du cœur humain. Dans notre capacité au bien et au mal, nous sommes tous égaux. 
 
La moralité n'est pas une question de couleur de peau.

 Kaizen D. Asiedu 
 

@thatsKAIZEN 
Esprit clair. Harvard (promotion 2012), 
lauréat d'un Emmy Award.
 
Sources & Citations here.
 


 
 
 

 
 
 
 
 
 
Powered By Blogger